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Produit de Russia Beyond the Headlines

Distribué avec

Le sarrasin, nourriture historique des Russes Découvrez l’origine et les vertus d’une denrée qui a souvent sauvé de la faim. P. 8

Des clics et des pointes sur le pavé parisien Le jeune photographe Little Shao fait poser des ballerines sur fond de paysages urbains, à Paris et ailleurs.

Publié en coordination avec The Daily Telegraph, The Washington Post et d’autres grands quotidiens internationaux

P. 7 LITTLE SHAO

Ce supplément de huit pages est édité et publié par Rossiyskaya Gazeta (Russie), qui assume l’entière responsabilité de son contenu Mercredi 20 juin 2012

ÉVÉNEMENT

Diversification Perm, ou le bel exemple de reconversion d’une ville longtemps associée à l’industrie militaire

Révolution culturelle dans l’Oural

Le Sedov fera escale à Brest en juillet REUTERS/VOSTOCK-PHOTO

Un festival de musique, de théâtre et d’art contemporain insuffle une nouvelle vie à cet ancien bastion ouralien du complexe militaro-industriel de l’époque soviétique. EMMANUEL GRYNSZPAN LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

La vaste esplanade qui grouille de monde de 11 à 23 heures au cœur de la ville a transformé Perm en « cité festivalière ». Scènes de concert, salles d’exposition, cinéma, ateliers d’artistes et d’artisans, espaces de performances font vibrer un public qui n’a jamais eu accès à une offre culturelle aussi diversifiée dans une agglomération où le déclin de l’industrie de l’armement a laissé un grand vide. « Je suis venue par curiosité et parce que c’est gratuit », sourit béatement Julia, une étudiante de 21 ans accompagnée de deux amies. Ce qu’elle retient de sa visite ? « J’ai vu des acrobates mexicains, appris à modeler des figurines de glaise, écouté plein de concerts, vu des sculptures bizarres… Je suis ici depuis au moins... enfin je ne m’en lasse pas ». Au sein de la foule dense autour des pavillons en bois, arpentant les pelouses et admirant les sculptures, on observe une majorité de jeunes, mais aussi des familles entières et même des retraités.

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OPINIONS SERVICE DE PRESSE

Pendant le mois de juin, le festival des Nuits Blanches provoque une effervescence sans précédent dans une ville déprimée par la crise.

Les cols blancs veulent respirer l’air provincial OGONIOK

Tatiana Gladycheva est responsable de production dans l’usine de pâtisserie Bolchevik. Dorénavant, elle ne met que cinq minutes pour aller au bureau. Après son travail, elle fait une balade en forêt. Et pourtant, elle vit en centre-ville. Tout ça grâce à la délocalisation de l’usine Bolchevik dans la région de Vladimir.

En 2009, l’usine a décidé de déménager son unité de production, son siège et tout le personnel dirigeant. Vu son profil, Tatiana aurait très bien pu rester à Moscou et trouver un poste

Un changement de façade Nombreuses sont les nouvelles têtes dans le cabinet ministériel dirigé par Dmitri Medvedev. Mais le lien avec l’administration présidentielle de V. Poutine restera fort. PAGE 2

LORI/LEGION MEDIA

LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR

Kazan, au Tatarstan : un sportif survole le lac Kaban en Jet Water Board qui permet de décoller jusqu’à 20 mètres au-dessus de l’eau. (Crédit photo : RIA Novosti)

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Affaires franco-russes

Mystères de Moscou

Dans un entretien exclusif, le directeur de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe, Pavel Chinsky, fait le point des relations bilatérales et de la réussite des entreprises françaises en Russie.

Visite guidée des souterrains de la capitale regorgeant de légendes : un immense réseau de tunnels et de bunkers bâtis pendant la Guerre froide pour servir d’abris antinucléaires.

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EN LIGNE SUR

dans une autre société. Mais elle a décidé de se lancer dans l’aventure. Elle n’est pas une exception, mais au contraire le reflet d’une tendance. D’après les sondages réalisés par le site Web de recrutement Superjob, en 2006, 15% des Moscovites étaient prêts à déménager en province. Aujourd’hui, ils sont 24%, soit près d’un quart. « Beaucoup d’entreprises déménagent en banlieue pour réduire leurs coûts administratifs », explique Natalia Grichakova, directrice de la société de recherche en ressources humaines Malakout.

SERVICE DE PRESSE

M.PORTNIAGUINA, O.FILINA

Tel un gros poisson volant...

© MAKSIM BOGODVID _RIA NOVOSTI

SHUTTERSTOCK/LEGION-MEDIA

Les sociétés sont de plus en plus nombreuses à quitter Moscou, entraînant leurs cadres. Un quart des « cols blancs » de la capitale se disent prêts à partir travailler en province.

Syrie : jusqu’où, le soutien de Moscou ? Tandis que Konstantin Eggert se lamente du soutien continu du Kremlin à Bachar al-Assad, Evgueni Shestakov s’étonne de voir une Europe de plus en plus belliqueuse envers la Syrie.

PHOTO DU MOIS

Mobilité L’encombrement de Moscou fait fuir les entreprises

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ANNA ARININA/SELLYOURPHOTO

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Au cours de son premier tour du monde qui le conduira dans 32 ports, le célèbre quatre-mâts, plus grand navire-école de ce type au monde, fera escale en France à l’occasion des Tonnerres de Brest (le grand rassemblement de voiliers) du 13 au 19 juillet. Des manifestations culturelles diverses sont prévues à bord et à quai. D’ailleurs, le Sedov a embarqué le groupe rock Mumyi Kroll et son chanteur Iliya Lagoutenko.

L’ œnotourisme : voyagez en Russie sur la route des vins ! LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR/14707


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Politique

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI www.larussiedaujourdhui.fr communiqué DE ROSSIYSKAYA GAZETA distribué AVEC LE FIGARO

Gouvernement Quinze nouvelles têtes parmi les ministres de Medvedev

Opposition La mobilisation s’essouffle

© ria novosti

Dmitri Medvedev salue le ministre de l’Énergie Alexandre Novak lors de la première réunion du cabinet.

L’équipe gouvernementale affiche un nouveau visage et des changements structurels, mais les fidèles de Poutine demeurent, dont Sergueï Lavrov aux Affaires étrangères.

aux Affaires étrangères, aux Finances et à la Défense. Il y a aussi des changements structurels : la séparation du ministère de la Santé et du Développement social en deux entités distinctes, la réouverture de l’Agence fédérale chargée de la construction, la création d’un ministère de l’Extrême-Orient, une région pour laquelle on prévoyait la mise en place d’une entreprise publique, dite corporation d’État, à l’aide de gros financements : « Il ne doit pas s’agir d’un organisme se substituant aux ministères ni aux administrations, mais les incitant à remplir leurs fonctions », avait expliqué le vice-Premier ministre Igor Chouvalov. D’après un haut fonctionnaire fédéral, c’est l’ancien ministre des Situations d’urgence, Sergueï Choïgou, qui devait prendre les rênes de cet organisme, mais il a été nommé gouverneur de la région de Moscou et faute d’un personnage ayant son expérience et sa crédibilité, on s’est rabattu sur la création du nouveau ministè-

M. Tovkaïlo, M. Lutova, O. Kouvchinova vedomosti

Vladimir Poutine a signé le mois dernier les décrets entérinant la naissance du nouveau gouvernement. Le président et son Premier ministre Dmitri Medvedev avaient promis un important renouvellement du cabinet et ils ont tenu parole : 15 ministres, soit les deux tiers, sont nouveaux, dont Andreï Belooussov au Développement économique, Maxime Sokolov aux Transports ou Alexandre Novak à l’Énergie. Parmi les sept vice-Premiers ministres en revanche, deux seules arrivées : celles d’Arkadi Dvorkovitch, chargé de l’Économie et de l’Énergie, et d’Olga Golodets des Questions sociales, les fidèles de Poutine restant en place

Le nouveau gouvernement que dirige Dmitri Medvedev devrait se concentrer sur la stabilité budgétaire plus que sur les réformes dont l’ancien président avait fait un cheval de bataille re confié à Victor Ichaev, anciennement porte-parole du président en Extrême Orient. Le nouveau gouvernement devrait être moins soumis aux groupes de pression, note un haut fonctionnaire : « Si Igor Setchine a toujours été associé au complexe pétrolier et énergétique, on ne peut pas en dire autant de son successeur Arkadi Dvorkovitch. Pareil pour le ministre de l’ Énergie Alexandre Novak, désigné à la place de Sergueï Chmatko ». On note aussi qu’avec le départ de Viktor Zoubkov, le secteur agricole ne sera plus re-

présenté au sein du gouvernement. Selon Medvedev lui-même, ce sont les groupes de pression qui retardent la mise en place du vaste programme de privatisations, censé permettre d’ici à 2017 au gouvernement de sortir du capital deVTB, Rosneft, RusHydro, etc. « Les décisions sont prises, mais les dirigeants sont ensuite pris d’assaut par les groupes d’interêt », se plaignait en avril dernier un Medvedev alors encore président. Igor Setchine a résisté au processus de privatisation, ou l’a retardé. Dvorkovitch, qui appelait au contraire à une accélération, a d’ailleurs été désigné dans ce but : privatiser le secteur énergétique. Il n’est pourtant pas dit que Medvedev parvienne à ses fins. Recasé à la tête du géant pétrolier Rosneft, Setchine continuera d’exercer une forte influence hostile aux privatisations. Le recul de l’âge de la retraite pourrait être un sujet de division au sein du nouveau gouvernement. Mme Golodets n’a pas fait connaître sa position sur la question. En tant qu’économiste, Belooussov est en revanche conscient du poids du système actuel des retraites sur l’économie russe. Selon une analyse de l’économiste en chef d’Alfa Bank Natalia Orlova, la nouvelle équipe devrait faire porter ses efforts sur la stabilité budgétaire plus que sur les réformes qui avaient été chères à la présidence Medvedev : Chouvalov, le ministre des Finances Silouanov et le ministre du Développement économique Belooussov suivront une politique de rigueur. Mme Orlova estime que les marchés salueront l’arrivée de Dvorkovitch, qui adhère aux principes de l’économie libérale et a conquis la confiance des investisseurs quand il était conseiller de l’ex-président. Article déjà publié dans Vedomosti

reuters/vostock-photo

Un cabinet très remanié pour un air de changement

Seul un Russe sur dix descendrait dans la rue Entre 11 et 12% des Russes se disent prêts à participer à des manifestations d’opposition. Un chiffre pratiquement inchangé depuis le début de l’année : la contestation marque le pas. Sofia Samokhina kommersant

Les Russes n’envisagent de descendre massivement dans la rue que pour protester contre « le manque d’argent ou la perte d’un emploi », estiment les sociologues au vu des dernières enquêtes. Le directeur de l’institut de sondage FOM Alexandre Oslon (proche du Kremlin) estime que les slogans d’opposition « ne fonctionnent pas ». Tout aussi inefficace sur les citoyens passifs s’avère la propagande du gouvernement, car « à travers la télévision, ils peuvent vérifier simplement que le monde est stable et qu’il ne s’est rien passé. Les facteurs qui influencent réellement l’humeur des masses ne sont pas si nombreux, indique Oslon. En premier lieu, le manque d’argent ou la perte d’un emploi ». Actuellement, assure le sociologue, les appels à manifester se basent sur des causes « spéculatives et idéologiques », de sorte que le mouvement de contestation stagne. Si une grande manifestation se préparait prochainement, 61%

des répondants ne soutiendraient ni les partisans, ni les opposants au régime, montre l’enquête. Comme au début de l’année, seuls 3% des répondants sont prêts à prendre part à un rassemblement de soutien aux autorités. La majorité des sondés n’ont pas conscience de l’humeur contestataire : 36% ont noté le « mécontentement populaire » au cours du mois dernier. Parmi ces derniers, 7% ont déclaré que près de la moitié de la population du pays (48%) ressent du mécontentement et est prête à descendre dans la rue. Les indicateurs cités par le FOM mesurent non pas l’activité contestataire, mais les intentions de participation - qui ne se concrétisent pas nécessairement. Selon le directeur du centre d’analyse Levada Centre, Lev Goudkov, « les indicateurs stables dans les trois groupes - prêts, pas prêts à participer, et ne soutenant ni les partisans ni les opposants au pouvoir - ne font que pointer un environnement qui réagit à l’information sur les rassemblements, mais cette information n’a en principe que peu d’effet, précise l’analyste. Si l’activité des manifestants augmente, ce ne sera que légèrement ». Article déjà publié dans Kommersant

entretien avec l’observateur olivier védrine

« Caractère prioritaire » des relations franco-russes Les relations bilatérales entre la France et la Russie vont-elles subir deschangementssouslaprésidence de François Hollande ? Je suis très optimiste. Les deux Chefs d’État ont exprimé leur intention d’assurer par des efforts communs concertés le développement progressif des relations entre la Russie et la France, qui revêtent un caractère prioritaire pour les deux États.

Né à : Clermont-Ferrand ÂGE : 43 ans profession : journaliste

Olivier Védrine est rédacteur en chef de l’édition russe de la Revue Défense Nationale et du EuropeanUnion Foreign Affairs Journal. Conférencier de la Commission européenne (Team Europe) et président de l’Université Continentale, il est professeur invité à l’Université Lomonossov.

service de presse

La France et la Russie peuvent-ellesjouerunrôlecommundanslarésolution de la crise syrienne ? La France condamne avec la plus grande vigueur la poursuite constante par le régime de Bachar al-Assad de la répression sanglante. Il est de l’intérêt de tous que soit mise en œuvre une transition démocratique répondant aux aspirations du peuple syrien. Avec nos amis russes, nous avons des vues ou des analyses qui ne sont pas exactement les

biographie

mêmes. Mais ce qui est important, c’est que nous nous retrouvions toujours pour un dialogue constructif et intense. Quelle est votre perception du climat d’investissement en Russie et quelle tendance se dessine ? La Banque mondiale a confirmé

récemment ce que disait le FMI il y a quelques mois : le modèle de croissance russe est difficilement soutenable à terme car il est trop dépendant du prix des matières premières exportées et la rente pétrolière ne s’est pas traduite par des investissements productifs assurant une diversi-

fication suffisante de l’économie et de l’industrie russes. Il faudra beaucoup de volonté politique pour améliorer de manière significative le climat des affaires et permettre l’arrivée d’investissements directs étrangers nécessaires à la ré-industrialisation de la Russie.

Comment voyez-vous le mouvement de contestation politique en Russie ? Il est évident aujourd’hui qu’il existe une aspiration du peuple russe à davantage de liberté. C’est très positif. Je remarque qu’en Russie, chacun peut dire ce qu’il veut sans chercher à rester « politiquement correct ». La situation des droits de l’homme en Russie peut-elle constituer une pierre d’achoppement entre Paris et Moscou ? Cela demeure un sujet de réoccupation mais il y a des signes positifs. L’adoption d’une loi interdisant notamment le placement en détention provisoire de personnes soupçonnées pour la première fois de délits à caractère économique, l’annonce par la Cour constitutionnelle russe du prolongement du moratoire sur la peine de mort, la signature de la loi fédérale sur la ratification par Moscou du Proto-

cole 14 de la Cour européenne des droits de l’homme, et l’autorisation de certaines manifestations de l’opposition démontrent que la Russie est capable d’un dialogue amical et franc sur toutes les questions y compris celles des droits de l’homme. Comment évaluez-vous le potentiel de l’initiative visant à faire du russe une langue officielle de l’Union européenne ? Ce potentiel est faible mais il existe. Son aboutissement dépendra du développement de l’activité de la société civile européenne russophone et/ou russophile. Personnellement, j’ai signé la pétition pour faire de la langue russe une langue officielle de l’UE. C’est une belle initiative que nous devons encourager, la langue russe et la Russie font partie de l’Europe ! Propos recuillis par Maria Afonina

LES SUPPLÉMENTS SPÉCIAUX ET SECTIONS SUR LA RUSSIE SONT PRODUITS ET PUBLIÉS PAR RUSSIA BEYOND THE HEADLINES, UNE FILLIALE DE ROSSIYSKAYA GAZETA (RUSSIE), DANS LES QUOTIDIENS INTERNATIONAUX : • LE FIGARO, FRANCE•THE DAILY TELEGRAPH, GRANDE BRETAGNE • SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, ALLEMAGNE •EL PAÍS, ESPAGNE •LA REPUBBLICA, ITALIE•LE SOIR, BELGIQUE •DUMA, BULGARIE •GEOPOLITICA, SERBIE •AKROPOLIS, GRÈCE •THE WASHINGTON POST ET THE NEW YORK TIMES, ÉTATS-UNIS • ECONOMIC TIMES, INDE •MaInichi SHIMBUN, JAPON• CHINA BUSINESS NEWS, CHINE •SOUTH CHINA MORNING POST, CHINE (HONG KONG) •LA NAcION, ARGENTINE•FOLHA DO SAO PAOLO, BRÉSIL • EL OBSERVADOR, URUGUAY.  Email redac@larussiedaujourdhui.fr. Pour en savoir plus consultez larussiedaujourdhui.fr. Le Figaro est publié par Dassault Médias, 14 boulevard Haussmann 75009 Paris. Tél: 01 57 08 50 00. Impression : L’imprimerie, 79, rue de Roissy 93290 Tremblay-en-France. Midi Print 30600 Gallargues-le-Montueux. Diffusion : 321 101 exemplaires (OJD pv DFP 2011)


Société

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI www.larussiedaujourdhui.fr communiqué DE ROSSIYSKAYA GAZETA distribué AVEC LE FIGARO

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Expédition Le groupe Mumyi Troll à bord du célèbre voilier, plus grand navire-école de ce type au monde, qui fera escale à Brest

Le Sedov fait son tour du monde en 14 mois... et en musique

alamy/legion media

Pour célébrer le 1 150ème anniversaire de l’État russe, le bâtiment construit en 1921 va sillonner trois océans, avec à son bord des marins expérimentés, des cadets et... des rockers ! Marina Darmaros

la russie d’aujourd’hui

reuters/vostock-photo

Le quatre-mâts Sedov, répertorié dans le livre des records Guinness comme le plus grand voilier du monde, a levé l’ancre le 20 mai, depuis le port de Saint-Pétersbourg pour une expédition de 14 mois qui le conduira dans 32 ports du Globe. Le but de ce voyage : la célébration de la naissance de l’État russe, il y a 1 150 ans, l’an 862 marquant le premier rassemblement des peuples slaves. Le navire de légende traversera trois océans et visitera 21 pays. Du 13 au 19 juillet, le Sedov fera escale en France, à Brest, où sera reconstitué un village russe accueillant de nombreuses manifestations culturelles. Pour ce bateau-école appartenant à l’Agence fédérale russe de la Pêche, ce sera le premier tour du monde, mais le quatrième en date pour son capitaine, Nikolaï Zortchenko. « L’objectif princi-

pal est de hisser le pavillon russe. Car la Russie est l’une des principales puissances maritimes et doit montrer son ouverture et ses intentions pacifiques au monde entier », explique l’attaché de presse du ministère de la Pêche, Alexandre Savelov.

vraies stars, j’aimerais qu’ils restent avec nous jusqu’au bout ». Le groupe russe, né àVladivostok en 1983, promet de réaliser le souhait de Dmitri. « L’idée d’écrire un album en pleine mer me suit depuis l’enfance. Elle a

Entre cadets et rockers

L’objectif est de montrer les intentions pacifiques de la Russie, l’une des principales puissances maritimes

L’équipage du voilier compte 200 personnes, dont la moitié est constituée d’élèves-officiers de l’Université technique d’État de Mourmansk. Les corps de cadets se relaieront à deux reprises pendant le voyage, aux ports de Casablanca et de Vladivostok. « Je ne suis jamais allé à l’étranger, ce sera donc pour moi une grande expérience et l’occasion rêvée de découvrir le monde », s’enthousiasme Dmitri Stolpovski, cadet de 18 ans. Il montera à bord à Casablanca, au Maroc, et y restera jusqu’à l’arrivée du navire à Vladivostok. Ses parents sont très fiers de sa participation à cette aventure. Mais ce qui le séduit particulièrement, c’est la présence à bord de son groupe de rock favori : Mumiy Troll. « Je suis fan de Mumiy Troll, c’est super qu’ils viennent avec nous. Ce sont de

commencé à se réaliser l’année dernière, lors de notre tournée Rock po-flotski (Rock’n’flotte), où nous jouions à bord de navires de la flotte militaire russe », explique le fondateur et chanteur du groupe, Iliya Lagoutenko.

Pavillon et divertissement

À l’image de ce qui est prévu à Brest et qui a déjà eu lieu à SaintPétersbourg, des manifestations culturelles et des rencontres avec la population locale seront organisées à bord et à quai dans tous les ports où le Sedov jettera l’ancre, avec la collaboration du ministère russe des Affaires étran-

en Chiffres

15

nœuds : c’est la vitesse que développe Sedov grâce à ses 32 voiles. Son moteur moderne lui permet de ne filer que 7 nœuds.

117

mètres : c’est la longueur du Sedov, répertorié dans le Guinness des records comme le plus grand des voiliers encore en service.

gères, des ambassades et des consulats. Pour Iliya Lagoutenko, « l’escale dans les différents pays aura valeur de geste synonyme de paix et d’entente entre les peuples ». Construit en Allemagne en 1921, le Sedov avait été offert à l’Union soviétique en 1950 au titre des dommages de guerre après la chute du régime nazi.

Changement d’air : les cols blancs optent pour la province « Il y a encore trois ans, lors de son déplacement, la société risquait de perdre 7 à 15% de son personnel. Aujourd’hui, cette perte se limite à 1-3%. Et les cadres dirigeants, en règle générale, restent ». Cette « délocalisation » peut s’effectuer de différentes manières. L’entreprise déménage directement avec ses cadres ; elle délocalise des unités de production puis cherche le personnel sur place ; ou bien elle y envoie des cadres expérimentés pour former le personnel local et lancer la production. Résultat : dans certaines régions autour de Moscou se forment de véritables quartiers résidentiels de « cols blancs » à l’activité débordante. L’exemple de Stoupino est flagrant. Déja en 2009, la région autour de cette ville était classée par Forbes comme la plus attractive de Rus-

sie en matière d’investissements dans le secteur réel. Les plus anciens employés de l’usine Mars (qui a déménagé ses locaux dès les années 90) n’hésitent pas à prévenir d’emblée les nouvelles recrues que la direction « apprécie particulièrement que l’employé soit prêt à venir s’installer à Stoupino et à passer ses weekends en compagnie des collègues et de leur famille, pour un pique-nique par exemple ». Principaux atouts : la proximité du lieu de travail, le voisinage sûr et agréable et le cadre naturel. L’expérience a montré que la proposition d’un « paquet » social, dans le cadre du déménagement, s’avère un argument décisif pour convaincre les plus réticents au changement. Le manque d’infrastructure des villes périphériques ou provinciales consitue souvent un obstacle, bien que l’arrivée des entreprises entraîne une amélioration des conditions locales. Tatiana Gla-

dycheva, par exemple, se souvient avoir été frappée par l’absence de voitures en bon état et d’enfants sur les aires de jeux lors de sa venue à Sobinka en 2009. Mais aujourd’hui, dit-elle, « j’ai l’impression que la ville reprend vie. Dans la rue, on voit de plus en plus de familles avec des poussettes. Il y a du travail, les gens s’accrochent à leur emploi et les possibilités de promotion sociale sont réelles. Les infrastructures, notamment le réseau routier, s’améliorent ». Si ces avancées sautent aux yeux des ex-Moscovites, les autochtones ne sont pas moins agréablement surpris par l’apport des nouveaux bureaux tout modernes qui s’installent. Dans la seule ville de Tver, pour une population de 400 000 habitants, 14  centres d’appels ont été ouverts, dotés chacun de près de 1 000 postes à pourvoir. Les forums locaux grouillent de discussions sur les conditions de

Qui est prêt à faire ses valises ? service de presse

suite de la premiére PAGE

Tatiana Gladycheva a déménagé à Vladimir avec son usine.

travail chez Beeline, Ozon, Tele2, ces « call centers » venus de la capitale. Une chose aussi commune qu’un espace de repos avec table de ping-pong provoque une vague de réactions extasiées sur les forums : une véritable révolution dans le mode d’organisation de l’espace et du temps de travail pour une petite ville. Le fonctionnement de l’entreprise est simple : comme pour les centres d’appels, un dirigeant est parachuté juste le temps d’organiser la mise en place. Il en va autrement dans le cas d’une pro-

duction hautement technologique, qui nécessite la présence en permanence de responsables venus de Moscou. Il n’est pas anodin que l’idée de quitter la capitale soit dans l’air du temps, étant donné la saturation des infrastructures moscovites (nombre très limité de places en maternelle, dans les écoles et les hôpitaux). Un problème que l’on peut contourner en se tournant vers la région ! Article déjà publié dans Ogoniok


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Économie

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI www.larussiedaujourdhui.fr communiqué DE ROSSIYSKAYA GAZETA distribué AVEC LE FIGARO

Énergie La Russie mise sur l’exportation massive de son savoir-faire nucléaire, parallèlement à celle des matières premières

Après la manne pétrolière, celle de l’atome ? Au cours de son dernier exercice, la société d’État Rosatom a vu presque doubler ses commandes à long terme pour la construction de centrales nucléaires.

30 dernières années, ont accordé une licence pour la construction de deux tranches. L’accident de Fukushima a également eu un impact positif sur la filière. « Maintenant, la demande ne concerne plus seulement l’énergie nucléaire, mais aussi la sécurité énergétique, explique K.Komarov. La Russie a un atout dans ce domaine : nous ne proposons pas seulement de construire des centrales à l’étranger, nous en construisons activement sur notre propre territoire ».

Alexandre Emelianenko la russie d’aujourd’hui

La Russie représente 25% du volume de construction de centrales nucléaires dans le monde

vostock-photo

Selon le PDG de Rosatom Sergueï Kirienko, c’est la conséquence « de la confiance croissante dans la technologie nucléaire russe à l’échelle nationale et à l’étranger ». Cette déclaration a été prononcée par M. Kirienko lors du forum international Atomexpo 2012, qui a réuni début juin à Moscou 1 300 spécialistes de 53 pays. Des déclarations non moins intéressantes ont été formulées dans un entretien accordé à La Russie d’Aujourd’hui par le directeur général adjoint de Rosatom chargé du Développement et des Affaires internationales, Kiril Komarov. Après l’accident de la centrale japonaise de Fukushima, certains pays ont abandonné le développement du nucléaire. L’exemple le plus célèbre est l’Allemagne. « Certes, acquiesce Komarov, en Allemagne et il y avait et il y a des blocs nucléaires en activité. Toutefois, au cours des trente dernières années, le pays n’a pas élaboré de programme en vue de la construction de centrales nucléaires ». Tous les autres pays qui ont déjà mis au point un programme sérieux dans le domaine ont réaffirmé leur engagement en faveur du développement de l’éner-

D’ici à 2030, ce sont 350 unités de centrales nucléaires qui pourraient être construites dans le monde.

gie nucléaire. Ces pays sont la Chine, l’Inde, le Vietnam et d’autres pays de l’Asie du Sudest, la Turquie, la quasi-totalité des pays d’Europe centrale et orientale, l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Brésil, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. L’exemple le plus illustre est fourni par les États-Unis qui, pour la première fois depuis les

en Chiffres

21

c’est le portefeuille de réacteurs nucléaires en projet pour Rosatom à l’international.

16% 10 de la pro-

duction d’énergie électrique en Russie est d’origine nucléaire.

centrales nucléaires sont en exploitation en Russie (33 tranches de 24,2 GW).

Urbanisme En 2014, la « Silicon Valley » moscovite accueillera le sommet du G8

Skolkovo, la cité de la technologie qui veut réinventer la ville

explique que le partenariat avec la New Cities Foundation favorisera l’émergence d’une « philosophie de la ville » débouchant sur un environnement spécifique. « Nous sommes intéressés par l’expérience des maires et des gens qui participent intellectuellement à la création des différentes composantes, par les modèles et les idées de nouvelles villes », explique-t-elle. Poumpianskaïa souligne que le défi est de construire une entité fonctionnelle. « Ce doit être une ville vivante, mais très confortable et utilisant au maximum les idées et les technolo-

La construction du réseau routier de Skolkovo, du parc industriel et de l’université de la future technopole a débuté. L’ouverture du premier bâtiment, l’Hypercube, est prévue pour septembre.

Informatique Du nouveau dans la sécurité

Un programme « tueur » de fichiers piratés Pirate Pay est un outil potentiellement révolutionnaire dans la lutte contre le piratage sur les réseaux pair-à-pair. Il a été conçu par trois jeunes informaticiens russes. Elena chipilova

Environ 70% des bâtiments de la ville seront construits par des architectes russes de la nouvelle génération

Maria Tchobanov

la russie d’aujourd’hui

service de presse

Dans les bureaux de l’« Hypercube »

service de presse

Skolkovo, la future « innoville » russe (ou la ville innovante) qui accueillera le sommet des 8 principaux pays industralisés en 2014, se pose comme modèle évolutif d’urbanisme, appliquant les plus récentes solutions de pointe en matière d’efficacité énergétique et de planification urbaine. Le projet en a été présenté lors du « New Cities Summit » qui s’est récemment tenu à Paris. « Réfléchir à l’avenir, construire ensemble » avait été choisi comme thème de ce premier sommet qui a réuni les représentants des administrations locales, des grandes entreprises, des organismes de recherche et des entreprises spécialisées dans l’innovation. Jacob Bennett, directeur adjoint du fonds Skolkovo, considère comme l’un des garants de la réussite du parc industriel de Skolkovo le principe « smart + connected communities ». Ce système destiné aux « innovilles » a été conçu par le leader mondial des réseaux, l’américain Cisco, qui a l’intention d’installer à Skolkovo un centre de re-

Sur le marché mondial, la Russie propose des projets de génération « trois plus ». Ils comprennent tous les systèmes de sécurité protégeant la centrale, même en cas de tremblement de terre, de tsunami et de panne électrique. Cela signifie qu’en régime de fonctionnement normal, le réacteur sera désactivé, il n’y aura pas d’émission de radiations, et donc aucune menace pour la vie et la santé humaine ou la nature. Fin 2011, le portefeuille de Rosatom comptait 21 réacteurs à l’étranger, et à l’heure actuelle, 9 sont en cours de construction dans le pays. Personne n’en construit autant. Même la Chine, où le gouvernement a créé deux

cherche et travaille actuellement sur ce concept de « ville intelligente ». « Il s’agit d’un système pilote qui pourrait ensuite être mis en œuvre dans d’autres villes de Russie. Mais notre réussi-

La construction de l’« Hypercube » sera achevée dès la fin de l’été 2012. Ce bâtiment phare du projet Skolkovo accueillera le sommet du G8 en 2014. Conçu par l’architecte russe Boris Bernaskoni, ce centre d’affaires sera modulable, pouvant modifier l’agencement de ses locaux, voire doubler ou presque sa superficie initiale.

te sera plus grande encore si l’on commence à nous copier ailleurs dans le monde », précise Jacob Bennett. Seda Poumpianskaïa, viceprésidente du fonds Skolkovo,

gies nouvelles, les pensées et conceptions philosophiques qui font une ville moderne ». C’est pourquoi, estime-t-elle, le projet doit s’appuyer sur le partenariat avec la New Cities Foundation, le recours à l’expérience internationale, à l’esprit international, aux architectes internationaux et autres spécialistes. Le caractère multiculturel de cette ville du futur est aussi un défi pour ses créateurs. « Nous devons construire et harmoniser les conditions de vie pour que les gens de différents pays, de différentes langues et cultures, se sentent à l’aise et veuillent y travailler et vivre avec leur famille », explique la vice-présidente du fonds Skolkovo. L’architecte français Jean Pistre, qui préside le conseil urbain de Skolkovo, fait remarquer qu’environ 70% des bâtiments seront dessinés par des architectes russes représentant une nouvelle génération - et la perspective d’un style Skolkovo.

compagnies nucléaires, ne fabrique que 25 réacteurs. L’industrie nucléaire va connaître un fort développement dans les années à venir, estiment les experts de Rosatom. D’ici à 2030, on pourrait construire dans le monde 350 unités de centrales. Cette prévision n’est que légèrement inférieure à celle de Rosatom avant Fukushima. En outre, la Russie espère maintenir sa part actuelle de 25% du volume de construction de centrales nucléaires dans le monde. Le carnet actuel de commandes à l’étranger de Rosatom est estimé à 37,5 milliards d’euros. La Russie est connue comme fournisseur de matières premières sur le marché mondial : gaz, pétrole, aluminium et autres métaux. L’énergie nucléaire de pointe est susceptible de modifier la donne et d’offrir notamment une alternative à la manne pétrolière et gazière. Lors du forum Atomexpo 2012, les experts russes et français ont confirmé les projets de la jointventure Alstom-Atomenergomash visant à localiser en Russie plus de 50% de la production d’équipements de turbine pour les centrales nucléaires nouvellement construites. Selon son PDG Andreï Nikipelov, Atomenergomash achève dans le cadre de la co-entreprise avec le français Alstom l’examen des sites en vue de l’implantation des technologies recourant à la turbine demi-vitesse Arabelle, un groupe de travail ayant à ce jour identifié plus d’une centaine d’options.

la russie d’aujourd’hui

En 2009, les frères Andreï et Alexeï Klimenko et leur ami Dmitri Chouvaev ont créé un programme de gestion du partage de fichiers pour un réseau de fournisseurs de services Internet. Peu de temps après, les trois collègues âgés d’à peine plus de vingt ans ont réalisé que cette application avait des capacités inattendues mais significatives en matière de protection de la propriété intellectuelle. Le programme empêche le partage de fichiers sur les réseaux « torrent », systèmes de partage de fichiers pair-à-pair permettant le transfert de gros volumes de données. Pour télécharger un fichier, les utilisateurs secondaires doivent connaître l’adresse IP d’un ordinateur qui possède le fichier. Chouvaev et les frères Klimenko ont justement trouvé un moyen d’empêcher ces téléchargements secondaires. « Pour transformer cette technologie en un service mondial, nous devions convaincre tours les fournisseurs Internet d’acquérir notre programme », explique Andreï Klimenko. Les partenaires se sont rapidement rendu compte que le soutien financier nécessaire pour transformer cette technologie en

une entreprise rentable ne serait pas facile à obtenir, mais leur participation à plusieurs concours a fini par payer, sous forme d’aides matérielles et de subventions. Le Microsoft Seed Financing Fund a ainsi investi 75 000 euros, alors que le Bortnik Fund a décidé d’apporter une contribution d’environ 25 500 euros. La direction du centre d’innovations Skolkovo a également accepté d’héberger l’entreprise sur son site, ce qui permettra certains avantages fiscaux ainsi que des interactions avec d’autres spécialistes. La violation des droits d’auteur en Russie a pris des proportions gigantesques, et la communauté internationale fait pression sur le gouvernement pour qu’il sévisse. Selon différentes estimations, l’industrie du cinéma perd environ 375 millions d’euros par an à cause du piratage. En décembre 2011, le film « Vissotski, merci d’être en vie » est sorti dans les salles et durant le premier mois, Pirate Pay a protégé le film sur les réseaux torrent. « Près de 50 000 utilisateurs n’ont pas pu achever leur téléchargement », se félicite Andreï Klimenko. Les représentants de l’entreprise ont révélé que les projets coûteront aux clients entre 9 000 et 37 400 euros en fonction des ressources nécessaires pour une protection efficace. Au cours des deux prochaines années, l’entreprise envisage de consolider sa place sur le marché russe et de se faire connaître au niveau international.


Économie

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI www.larussiedaujourdhui.fr communiqué DE ROSSIYSKAYA GAZETA distribué AVEC LE FIGARO

entretien avec pavel chinsky

Transparence Paiements en ligne requis

Fini le temps des mallettes pleines de gros billets

L’impact croissant des marques françaises

Un projet de loi relatif à la lutte contre la corruption rendrait obligatoire le paiement électronique pour toutes les transactions supérieures à 15 000 euros. D.Kazmine, A.Kreknina vedomosti

M. chinsky est directeur général de la chambre de commerce et d’industrie franco-russe

Est-ce que l’image de la France change en Russie ? Les marques françaises ont un impact grandissant. Et cela va bien au-delà du luxe, qui est très lié à l’image de la France. Cet impact est économique, mais aussi social. Nous avons des marques connues de tous et en particulier de la classe moyenne. La Logan de Renault est le premier véhicule vendu en Russie. Les entreprises françaises font la promotion de modes de consommation nouveaux pour les Russes. En revanche, nous sommes moins performants en termes

d’image sur les nouvelles technologies. Des succès français comme le TGV ou l’industrie pharmaceutique sont moins connus. La troisième présidence Poutine va-t-elle donner lieu à des réformes importantes et améliorer le climat d’affaires ? Ce qui est important, c’est que le pouvoir comprend la nécessité d’aider à la fois les ménages et les entreprises. Il met au point de nouveaux instruments limitant la pression fiscale sur les entrepreneurs. Nous sommes rassurés du fait que les libéraux occupent toujours des postes clés au sein du gouvernement. On y trouve des gens appartenant à l’entourage de Prokhorov [milliardaire et politicien libéral, ndlr] et de Koudrine [ancien ministre des Finances]. L’incertitude vient de la marge de manœuvre par rapport à l’administration présidentielle. On craignait un retour des siloviki [membres des structures de sécurité] qui ne s’est pas produit. On sait surtout que la relation entre Poutine et Medvedev reste fusionnelle. Il n’y a pas de dysfonctionnement à ce niveaulà. Cette relation est stable. Nous avons en revanche une vraie inquiétude sur la capacité de l’appareil d’État à attirer les investissements étrangers directs, à calmer les inquiétudes des russes eux-mêmes, qui se traduisent par une fuite massive des capitaux. L’État serat-il capable de changer le modèle économique ? Poutine a lui-même fait le constat qu’il était nécessaire de sortir de l’économie de rente pétrolière. La crise est aux portes de la Rus-

service de presse

Après la première rencontre entre Vladimir Poutine et François Hollande, peut-on dire que l’axe franco- russe se porte bien ? Il n’y a guère d’inquiétude sur les relations franco-russes. La discussion entre Hollande et Poutine a été cordiale, contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là. Les deux présidents ont convenu d’organiser prochainement un séminaire intergouvernemental. Il sera précédé par une réunion du Conseil économique, financier, industriel et commercial (CEFIC). Les relations bilatérales sont stabilisées par des grands projets comme les investissements français dans le Caucase Nord, la montée prochaine de Renault-Nissan jusqu’à 100% du capital d’AvtoVAZ, ou l’acquisition de Rosbank par Société Générale. Je pense aussi à Auchan, qui, avec ses 20 000 salariés, est le premier employeur étranger en Russie. Total possède 20% dans Novatek, Vinci construit la première autoroute payante en Russie, ce qui est aussi le premier partenariat public-privé du pays.

La grande inconnue, ce sont les répercussions de la crise en Russie.

biographie Né en : 1974 formation : historien

Pavel Chinsky a démarré sa carrière en France comme enseignant-chercheur de 1999 à 2007. Normalien agrégé, il est l’auteur d’une dizaine d’articles et de deux monographies (en français et en italien) sur la mise en

sie. Quels risques se profilent pour son économie ? La grande inconnue n’est pas liée à la composition du gouvernement, mais au développement de la crise en Europe et à ses répercussions en Russie. On a déjà observé un dévissage du rouble et il existe un risque d’effondrement du prix du baril de pétrole à cause de la baisse de la demande énergétique européenne. La marge entre prix du baril et prix d’équilibre du budget est désormais très réduite, contrairement à la situation des années 2000. Il n’existe plus de marge de manœuvre. Quel type d’aide la CCIFR offre-telle aux entreprises ? Nous avons établi des contacts auprès de diverses administrations (douanière, fiscale, immigration) qui nous permettent d’agir comme interface avec ces dernières. Nous avons par exemple un département qui gère les demandes de visa. Nous avons d’autres types de

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place du régime stalinien. Depuis 2000, il est directeur de la collection « Domaine russe » au Cherche-Midi, maison d’édition créée à Paris. Il est devenu formateur en entreprises à partir de 2003. En 2007, il a pris la direction générale de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCIFR).

services, comme des cours de français des affaires pour les employés russes. Nous organisons des déplacements en province pour faciliter les contacts. Nous avons signé des accords de coopération avec 20 régions russes qui nous donnent la possibilité d’intervenir au niveau des gouverneurs. Nous disposons d’informations statistiques mises à jour, de bases de donnée locales (avec entre autres la liste des entreprises françaises implantées sur place et une mise à jour des interlocuteurs). Nous articulons nos services avec l’agence Ubifrance. Eux aident les entreprises à s’installer en Russie. Ensuite, nous prenons le relais. La troisième fonction de la CCIFR est le lobbying. En accord avec le MEDEF et le RSPP [le patronat russe], nous préparons des propositions communes qui sont adressées au président du CEFIC. Propos recueillis par Paul Duvernet

À partir de 2014, tous les commerçants dont le chiffre d’affaires est supérieur à 1,5 millions d’euros devront permettre à leur clientèle de régler leurs achats par carte bancaire. En outre, ils devront prendre à leur charge la commission bancaire. Le ministre des Finances Anton Silouanov avait déjà annoncé cette limitation des paiements en espèces pour les sommes dépassant les 15 000 euros. Cet encouragement des paiements par carte devrait selon lui porter un coup à l’économie souterraine, expliquait-il dans un entretien donné à la chaîne d’information Rossiya 24, une économie dont l’ampleur est due à la trop forte monétisation (la masse monétaire représente 25% en Russie, contre moins de 10% dans les pays développés). La réduction de la circulation des espèces est une mesure qui a déjà été proposée par le président de Sberbank Guerman Gref l’année dernière au Premier ministre Vladimir Poutine [à l’époque, ndlr]. Mais pour Ivan Oskolkov, du ministère du Développement économique, une telle initiative, sans parvenir à vaincre l’économie informelle, va créer des problèmes pour les citoyens honnêtes : « Il ne faut pas limiter, mais créer des conditions favorables au développement des services bancaires et des paiements par carte, contribuer à l’éducation financière de la population ». D’ailleurs, ces limitations risquent de toucher gravement les concessionnaires automobiles et les agences immobilières. Le directeur de l’agence Incom Nedvijimost’, Petr Ponomarenko, met en garde contre une envolée des prix de l’immobilier car certains agents n’hésiteront pas à ajouter des frais bancaires au montant du logement. Cela risque également de compliquer les transactions dans le cadre de contrats complexes d’achat vente qui repré-

sentent 70 à 80% des contrats sur le marché secondaire. Dmitri Schoutchko, directeur associé du magasin auto Avtomir, affirme que son magasin prend en charge les frais des transactions bancaires. Pourtant, les clients qui choisissent le paiement par carte restent rares. Ce sont avant tout les magasins d’alimentation, encore peu équipés de terminaux bancaires, qui risquent d’être les plus touchés par cette mesure. Seules les chaînes visant une clientèle aisée sont pour l’instant équipées de terminaux universels pour toutes les cartes bancaires. Cette mesure s’appliquera également aux magasins en ligne, où la part informelle du revenu

Le paiement électronique pourrait handicaper les magasins d’alimentation, peu équipés en terminaux représente 70 à 80% pour un volume du marché de 8 à 8,75 milliards d’euros, note le ministère des Finances. Par ailleurs, d’ici à 2014, les modifications apportées au Code civil fixeront la limite à 15 000 euros des paiements en liquide des marchandises ou des services pour les personnes physiques, et à 2 500 euros pour les personnes morales. Pour l’instant, aucune limitation n’existe mais le ministère des Finances cite l’exemple de la Grèce où cette limite est de 1 500 euros et de seulement 1 000 euros en Italie. Il n’exclut pas d’abaisser progressivement le plafond retenu. Un haut fonctionnaire insiste toutefois sur le fait que les limitations seront surtout valables pour les transactions entre personnes physiques et juridiques et entre simples citoyens. Article déjà publié dans Vedomosti

itar-tass

Sotchi, pôle d’attraction des investissements français Un Forum automnal incontournable

Il l’a dit

Le Forum International d’Investissements de Sotchi se tiendra cette année du 20 au 23 septembre. En 2011, il a accueilli 548 participants étrangers de 47 pays. À cette occasion, 105 accords ont été signés pour une somme totale de 11,4 milliards d’euros.

"

SERVICE DE PRESSE, ADMINISTRATION DE LA RÉGION DE KRASNODAR

Emmanuel Quidet Cela fait maintenant plus de dix ans que se tient le Forum International d’Investissements de Sotchi qui réunit annuellement plus de 8 000 personnes, représentant plus de 40 pays. Chaque année, ce Forum donne lieu à toujours plus de signatures de pro-

jets d’investissements puis à leur concrétisation. La CCIFR prend part au Forum chaque année depuis six ans. En septembre 2011, elle a organisé une mission aux côtés de l’ambassadeur de France en Russie,

Russia Beyond the Headlines est partenaire Média du Forum.

au cours de laquelle étaient invitées une trentaine d’entreprises françaises issues des secteurs de la construction et du tourisme. La délégation a assisté à la signature du contrat de co-entreprise entre le groupe public français Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) et la société publique russe Sites touristiques du Caucase du Nord (KSK), qui permettra de mener à bien les projets de construction des stations alpines dans les

républiques caucasiennes russes. Afin d’accompagner et représenter les entreprises françaises, la CCIFR participera cette année à ce forum qui donne l’occasion de faire des rencontres propices à l’élaboration de projets d’investissement et de renforcer ainsi les relations francorusses ».

Emmanuel Quidet est le président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe.


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Opinions

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SYRIE : LE SOUTIEN DE MOSCOU EN DÉBAT où est Le point de rupture ? Konstantin Eggert

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kommersant

Konstantin Eggert est commentateur politique. Article déjà publié dans Kommersant

L’Europe s’ennuie sans guerre Evgueni Chestakov

rossiyskaya gazeta

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rançois Hollande a déclaré : « Il est inadmissible de laisser le régime d’Assad tuer son propre peuple ». En fait, ce sont les Européens euxmêmes qui risquent de « tuer le peuple syrien ». Le ministre belge de la Défense a déclaré que son pays était prêt à prendre part à une intervention militaire contre Damas, Paris ayant de son côté laissé entendre qu’il pourrait la soutenir. Après la tragédie du village syrien de Houla, la Russie a plusieurs fois demandé l’ouverture d’une enquête indé-

des célébrités trop engagées Alexeï Pankin

The Moscow Times

D

ans un récent article publié par Russia Beyond the Headlines, le corresponant politique Dmitri Babich écrivait : «  La classe moyenne tant vantée... qui était derrière les contestations n’a jamais menacé Poutine de grèves. La raison était simple : la ville pouvait vivre tranquillement sans se soucier des grévistes ». Mais cette fois, le journaliste s’est trompé. La Russie a été

confrontée à la menace d’une grève organisée par certaines de ses célébrités les plus populaires. Ksenia Sobtchak - femme du monde, animatrice de télévision et figure de la contestation depuis décembre 2011 - devait initialement présenter la cérémonie des prix musicaux de la chaîne Muz-TV le 1er juin, comme elle l’a fait les quatre dernières années. Mais elle a appris à la dernière minute qu’elle avait été écartée du programme. Elle n’a pas pris part à la cérémonie de récompenses TEFI, l’équivalent russe des Emmy Awards. Andreï

Malakhov, co-présentateur du prix de Muz-TV aux côtés de Sobtchak et célèbre animateur de la première chaîne, a boycoté la cérémonie par solidarité. Olga Chelest, autre vedette de la télévision, a refusé de remplacer Ksenia Sobtchak. Il se pourrait bien que le Kremlin soit derrière ce qui apparaît comme une crise nationale latente. Les noms de Sobtchak et de Malakhov sont presque des injures aux oreilles de l’électorat conservateur du Président Poutine. Après tout, Sobtchak a commencé sa carriè-

Poutine devra choisir entre opportunisme et sa loyauté envers le clan de son ancien mentor politique re comme animatrice dans une émission de téléréalité semi-érotique, et Malakhov présente un programme populaire peu respectueux des valeurs morales traditionnelles. Plus ces personnalités de la télévision « poubelle »

lu dans la presse une loi visant à dissuader les MANIFESTAnts

Le 8 juin dernier, Vladimir Poutine apposait sa signature à un projet de loi controversé réprimant les troubles à l’ordre public lors de manifestations. Adoptée et prête à l’emploi, la loi a aussitôt été décriée par une grande partie de la presse russe. Loin d’être unanimes cependant, les journaux se sont empressés de comparer leur système judiciaire aux autres pays et efforcés de comprendre pourquoi une telle loi avait vu le jour. Préparé par Clémence Laroque

pendante pour identifier les auteurs de ce crime. Toutefois, l’Ouest a tiré ses propres conclusions en se fondant uniquement sur les avis fournis par l’opposition syrienne, qui accuse les autorités du pays d’être responsables du drame. Celui-ci a été utilisé par de nombreux pays européens pour déclarer « personae non gratae » les ambassadeurs syriens, bien que ces derniers n’aient rien commis de contraire à leur statut diplomatique. La nette réticence des adversaires d’Assad en Occident à attendre le résultat de l’enquête sur les événements de Houla, ainsi que leur empressement à expulser les chefs des missions diplomatiques syriennes, suggèrent l’existence d’une collusion. La réponse instantanée et bien huilée de l’Ouest, le tout en connexion avec le soi-disant « Groupe des Amis de la Syrie », qui semblait réduit à néant, en dit long. Après deux jours de pourparlers à Damas, l’émissaire spécial de l’ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan a une fois de plus exhorté les parties à mettre fin à la violence. Cependant, ses

sergej jolkin

epuis l’annonce de la mort de plus de cent civils, dont des enfants, dans la localité de Houla, les puissances occidentales ont décidé de renvoyer de leur pays les diplomates syriens. Tout le monde se pose la même question : « Combien de victimes syriennes faudra-t-il pour que la « communauté internationale » fasse enfin réellement pression sur Bachar Al-Assad ? ». Dix mille morts ne suffisent apparemment pas. Les hommes politiques, diplomates et journalistes se sont réjouis lorsque la Russie et la Chine se sont jointes à la déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le massacre de Houla. Beaucoup d’entre eux ont notamment repris les mots de Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, qui déclarait que la fin des violences était plus importante que la destinée de Bachar Al-Assad. En réalité, la situation reste inchangée pour le moment. Les représentants russes, sans chercher à avancer des preuves, continuent à affirmer que « seuls » quelques habitants de Houla sont morts sous les tirs des forces gouvernementales, et que les autres ont été victimes de « terroristes ». Je précise donc ma question : « Quelle est la norme lorsqu’on parle de civils tués par des bombardements de l’armée ? » Jusqu’à

quinze morts c’est bon, mais à partir de seize, c’est trop ? Moscou se joint à la propagande du régime de Damas en balayant toutes les protestations des habitants de Houla qui affirment, preuves à l’appui, qu’ils ont été victimes des « chabiha », miliciens pro-régime qui mènent des actions d’intimidation envers les opposants d’Assad. Les représentants politiques et propagandistes de la télévision russe relayent les théories selon lesquelles des « terroristes étrangers » mènent des combats à armes égales contre l’armée régulière. « Des fanatiques s’attaquent au pouvoir en Syrie ! », crient-ils. Dans le même temps, cela ne les gêne pas le moins du monde que Moscou refuse obstinément de reconnaître comme terroristes de vrais mouvements radicaux tels que le Hamas en Palestine ou le Hezbollah au Liban. Il n’est pas étonnant de voir que l’Armée syrienne libre (opposée au régime) comprend des combattants venant de différents horizons, y compris des islamistes. Ces gens s’opposent à l’armée régulière, qui possède

des chars, des armes et des forces aériennes. Il est clair que les forces en présence sont inégales et que le gouvernement porte dans ce cas une responsabilité d’autant plus importante. On a à plusieurs reprises permis à Assad d’arrêter les combats et d’entreprendre des réformes politiques. Et il paraît de plus en plus évident qu’il continuera à n’en faire qu’à sa tête. Le moment de vérité arrive. Le Kremlin va devoir décider s’il est prêt à soutenir son dernier allié du Proche-Orient jusqu’au bout. Les représentants russes semblent tout à la fois vouloir garder leurs contrats d’armement et la base navale de Tartous et imposer au monde leur vision de la souveraineté comme licence d’arbitraire politique à vie.

L’amende, dans les faits, en Europe

La Douma redevient une arène politique

vedomosti

Kommersant

« Si l’on convertit en roubles, la loi allemande prévoit une amende de 500 000 roubles pour troubles à l’ordre public et la législation suisse, 4,5 millions de roubles », a déclaré l’un des auteurs de la loi, le député Mikhaïl Starshinov. L’amende russe entre donc dans les normes européennes. De plus, dans la forme, la loi ne viole pas l’article 31 de la Constitution sur la liberté de se rassembler, défiler et manifester. Elle punit seulement sa violation. Un détail curieux cependant : en vertu de l’article 19 de la Constitution, qui garantit l’égalité devant les tribunaux et la loi, participer à une manifestation peut dorénavant coûter plus cher que violer le code de la route.

Les débats sur la législation relative aux manifestations avaient cessé il y a une bonne dizaine d’années dans les chambres du Parlement. Aujourd’hui, la Douma (chambre basse) est redevenue un lieu d’affrontements politiques. Certains ont considéré la séance parlementaire du 5 juin comme un « cirque ». Ces personnes doivent remercier les dirigeants de ce pays, qui se sont évertués à choisir comme députés russes des artistes prêts à amuser la galerie. Si quelqu’un a trouvé absurde ce débat, il doit l’imputer aux faux députés du parti de la majorité (Russie Unie). La seule résistance possible est d’exposer leurs idées dans ce qu’elles ont d’absurde.

Rédaction

Victor Khamraev

La journée de l’amende

seront perçues comme des meneurs du mouvement de contestation démocratique, pire sera l’image de ce mouvement aux yeux des partisans conservateurs de base de Poutine. Mais dans le même temps, il convient de rappeler que Ksenia Sobtchak est la fille d’Anatoly Sobtchak, ancien maire de SaintPétersbourg pour qui Poutine a travaillé dans les années 1990, co-auteur de la Constitution de 1993 et proche collaborateur du Président Boris Eltsine, dont Poutine a été nommé directeur adjoint du cabinet présidentiel en 1997. L’actuel président a toujours été loyal envers Anatoly Sobtchak (aujourd’hui décédé). Il sait pertinemment que tout scandale impliquant Ksenia Sobtchak

appels semblent sans effet sur l’opposition syrienne, constituée d’un ensemble de groupes armés ne répondant à personne. Ces groupes dépendent de sponsors qui ont intérêt à perturber le plan de paix Annan. D’ailleurs, à l’Ouest, bon nombre de personnes appellent à une intervention armée afin de porter au pouvoir les marionnettes de l’implacable opposition syrienne. Combien de Syriens mourront dans une telle mission de « paix » ? Aucun des adversaires d’Assad n’ose le dire à haute voix. Dans le même temps, l’Occident ne cache pas qu’il aide depuis longtemps l’Armée syrienne libre. Alors si une telle ingérence dans les affaires d’un pays tiers n’est pas jugée honteuse en Europe, mais au contraire utile, la Russie dispose au moins d’un droit moral : celui fournir de son côté un soutien militaire et technique aux autorités de Damas. Moscou n’a pas moins intérêt que l’Occident à la fin de la violence en Syrie. Cependant, les Russes jugent inacceptable d’utiliser dans les relations internationales une « guillotine » pour traiter un mal de tête. Le plan de Kofi Annan reste le seul outil soutenu par la communauté internationale, capable d’éviter un carnage à plus grande échelle encore, et des conflits religieux en Syrie. La Russie est d’accord pour affirmer que le président syrien n’a pas le droit de tuer des civils. Mais ce droit, les militaires de l’OTAN, qui se ruent déjà dans la bataille, ne le possèdent pas non plus. Evgueni Chestakov est Rédacteur en chef du Service international de Rossiyskaya Gazeta. Article déjà publié dans Rossiyskaya Gazeta

ne ferait que rendre encore plus populaire la fille de son mentor. Au fond de lui-même, Poutine a sûrement compris que plus nombreuses seront des célébrités comme Sobtchak et Malakhov à quitter la télévision en signe de protestation, plus il sera facile d’attirer des gens « normaux », rendant inutile la création d’une télévision publique dont son prédécesseur, Dmitri Medvedev, avait annoncé le prochain lancement. L’ex-agent du service de renseignement extérieur du KGB sait comploter. Alexeï Pankin est éditeur et journaliste. Article déjà publié dans The Moscow Times

Le courrier des lecteurs, les opinions ou dessins de la rubrique “Opinions” publiés dans ce supplément représentent divers points de vue et ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de La Russie d’Aujourd’hui ou de Rossiyskaya Gazeta. merci d’envoyer vos commentaires par courriel : redac@larussiedaujourdhui.fR.

Rédaction GAZETA.RU

Manifester dans la rue, pour un citoyen russe, et contrairement à un Européen ou un Américain, c’est son seul moyen d’exprimer publiquement ses idées. La grogne grandissante prouve que le système politique est en crise et qu’il est urgent de le reconstruire. Avec la loi « anti-manifestation », le Kremlin signale qu’il n’a pas conscience de cette crise. Le gouvernement est guidé par l’illusion que cette « maladie » va passer. L’ampleur de la crise est bien moins importante que durant les années 1990. Sortir de l’impasse est plus facile. Malheureusement, ceux qui prennent les décisions aujourd’hui sont moins nombreux qu’il y a une génération.

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Culture

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI WWW.LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR COMMUNIQUÉ DE ROSSIYSKAYA GAZETA DISTRIBUÉ AVEC LE FIGARO

Révolution culturelle dans l’Oural

CHRONIQUE LITTÉRAIRE

Un souffle fantastique

SERVICE DE PRESSE (3)

Vladimir Spivakov invite des solistes moscovites pour un grand concert gratuit en plein air. SUITE DE LA PREMIÈRE PAGE

Irina, 65 ans, a atterri par mégarde dans la grande salle d’exposition alors qu’elle cherchait la sortie. Depuis, elle revient fréquemment en ramenant ses camarades avec elle. « Quand j’ai aperçu ces collages d’outils d’autrefois [« Divers squelettes » d’Alexandre et Olga Florenskykh], j’étais horrifiée. Mais on m’a expliqué qu’il s’agissait d’une manière de revaloriser le patrimoine. Depuis, je m’amuse à jouer au guide pour épater mes amies ! », plaisante-t-elle. « Nous présentons des œuvres accessibles au grand public », explique Vladimir Gurfinkiel, directeur artistique du festival. « Il est primordial que la perception des œuvres d’art soit d’ordre émotionnel plutôt qu’analytique. Le spectateur arrive avec sa curiosité, et repart avec une plus grande liberté intérieure ». La programmation des arts de

scène comporte une forte composante internationale, avec des troupes de théâtre de rue venues de France (« Les Goulus », « Les Plasticiens volants » et « La Grosse Couture »), et d’Allemagne (« Antagon » et « TheaterAKTion »). Les musiciens viennent de toute l’Europe (Goran Bregovic en tête d’affiche) et même du Mexique. « On nous reproche d’inviter des étrangers aux dépends des artistes locaux », justifie Boris Milgram, ministre régional de la Culture et l’initiateur de la révolution culturelle permiake. « Je réponds que notre objectif n’est pas de satisfaire les politiques ou les artistes, mais le public. Nous apportons un accès gratuit à la scène culturelle internationale. Nous leur transmettons ses valeurs. Nous éduquons le public avec des spectacles de qualité ». Au-delà du festival, l’irrigation culturelle du territoire ouralien a des objectifs à long terme.

Perm souffre de la désindustrialisation : la ville, grand centre de l’armement pendant la Guerre froide, a perdu 150 000 habitants partis chercher du travail ailleurs. Pour Milgram, dont la profession est metteur en scène de théâtre, « nous devons rendre la vie locale intéressante pour retenir les jeunes ». Perm offre une réponse à l’un des problèmes les plus cruciaux du pays : la concentration extrême de tous les pouvoirs (politique, économique, culturel) dans la capitale. Toutes les forces vives sont attirées dans le centre du pays, tandis que l’immense périphérie russe se vide. Le galeriste moscovite Marat Guelman, gourou de l’art contemporain russe, a été invité à Perm par Milgram pour dénicher des talents. Il a monté un important musée d’art contemporain (le PERMM) et invité Nikolaï Polissky, le maître du « land art ». Ce dernier a réalisé une immen-

se arche de 12 mètres de haut constituée de troncs d’arbres entremêlés, représentant la première lettre en caractère cyrillique du nom de la ville. L’autre œuvre d’art devenue symbole de la ville est « l’homme rouge », une série

Perm rêve de faire contrepoids à Moscou et entrer dans le club des capitales culturelles européennes de sculptures d’Andreï Lublinsky ornant des places du centre. À travers cette profonde transformation du paysage urbain, le but de Milgram est de faire entrer la ville dans le club des capitales culturelles européennes, à l’instar de Paris, Berlin ou Istambul. Mais la culture peut-elle remplir le vide laissé par l’industrie ? L’initiative lancée par le trio Milgram-Gurfinkiel-Guel-

man s’est heurtée à un mur de scepticisme, de conservatisme et d’hostilité franche. Les uns prétendent apporter de l’oxygène à une culture locale assoupie depuis des décennies, les autres s’indignent des dépenses exorbitantes occasionnées. Un problème qu’ont rencontré en leur temps toutes les capitales culturelles d’Europe, d’Avignon à Édimbourg, de Bilbao à Salzburg. La culture pèse sur le budget local, mais les retombées économiques finissent par amortir les investissements. L’attractivité des villes festivalières va bien au-delà de l’industrie du tourisme. Se hisser à un tel niveau de notoriété prendra à Perm une décennie d’efforts constants. Tout dépendra de la capacité des élites politiques à voir à long terme. Le public local a déjà voté avec ses pieds en quelque sorte. Au bout de 11 jours d’activité, le festival enregistrait déjà un demi-million de visiteurs.

Photographie Quand l’univers urbain inspire de nouvelles figures chorégaphiques

Clic et pointes sur le pavé parisien Thinh Souvannarath, alias Little Shao, est un jeune photographe parisien de 29 ans qui fait poser des ballerines dans le décor de capitales de la danse telles que Paris et Saint-Pétersbourg. TATIANA SHRAMTCHENKO LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

je les vois du même œil. C’est juste les codes qui changent. J’ai même réalisé à Paris des shoots de danseuses classiques dans des attitudes et des univers hip-hop et au final, une grâce s’en dégage quand-même », affirme Little Shao. La différence entre la série faite à Paris et celle de SaintPétersbourg est marquante. La série parisienne montre des danseuses en décontracté (leggings, shorts, t-shirts) dans des poses originales. Seules leur grâce et leur souplesse ainsi que le port des pointes trahissent leur appartenance au registre classique. Ces modèles incarnent la légè-

La beauté stricte de Saint-Pétersbourg a suggéré au photographe les poses les plus classiques

La ballerine russe Elena Ivolguina à Saint-Pétersbourg.

reté et l’indolence propres à Paris avec ses mansardes et ses parcs verdoyants. Pour Saint-Pétersbourg, le ton change radicalement. La beauté stricte de cette ville a inspiré au photographe l’image de la danseuse étoile, figée dans des poses classiques de ballet. Voici notre ballerine sur la Place du Palais, la jambe levée à la seconde, la voici, en tutu, faisant démonstration d’un grand écart parfait sur les marches de la cathédrale Saint-Isaac, et voici encore sa silhouette cambrée sur fond de la Neva gelée. Little Shao veut maintenant pousuivre et compléter cette série dans des villes comme San Fransisco, New York, Moscou et d’autres mégapoles. En attendant sa première grosse exposition qui pourrait avoir lieu à Moscou. Pour en savoir plus, consultez son travail sur le site : › www.littleshao.com.

TITRE : JE NE TE MENS JAMAIS AUTEUR : A. SELINE ÉDITION : L’AUBE TRADUIT PAR CATHERINE TOUSSAINT

C’est souvent aux traducteurs que nous devons la découverte d’auteurs nouveaux. C’est le cas de Catherine Toussaint, qui nous fait découvrir Alexandre Seline, auteur contemporain né dans les années soixante, dont les éditions de L’aube sortent un recueil de neuf nouvelles qui s’inscrivent dans la plus pure tradition de la littérature fantastique russe. Alexandre Seline est ingénieur atomiste. Il fait partie de ces scientifiques qui apportent un souffle particulier lorsqu’ils se tournent vers la littérature, notamment par la dialectique qu’ils élaborent autour du réel. Souvent aux limites du fantastique, Seline met en scène des humains aux prises avec la vie qui les malmène, où ils brillent rarement et n’ont jamais le dernier mot. Dans la plupart de ses nouvelles, nous sommes dans une logique de l’absurde. En dépit de toute vraisemblance, les choses s’enchaînent vers un dénouement inéluctable. Ainsi le héros de L’effet tunnel qui finit par se réjouir que sa fille, puis sa femme soient engrossées par Internet plutôt que par une machine à sous ou une marque de bière ! Au contraire, lorsque la logique et la vérité sont respectées, ce n’est que pour mieux dissimuler une réalité mensongère. Alexandre Seline s’amuse de ses contemporains, de leurs travers et de leurs petits arrangements cupides qui leur permettent de créer des illusions collectives en toute « sincérité », comme disent les habitants du village d’Alpatovka. Ces derniers ont conféré à leur forêt des pouvoirs magiques qui les dédouanent de leur responsabilité et garantissent la paix sociale, ou comme dans la réserve de chasse de Bratov. À Bratov, chacun contribue à la construction d’une énorme arnaque (il n’y a pas l’ombre d’un gibier, mais les tartarins sont nombreux et l’on fait la queue sur les routes pour aller chasser à Bratov), puis à son effondrement sous la vengeance d’un hérisson, car « un éboulement commence avec une pierre de deux cents grammes… un éboulement est l’accumulation d’une énorme quantité d’énergie potentielle qui se transforme en énergie cinétique ». Les éditions de L’aube publieront bientôt le premier roman d’Alexandre Seline, écrivain attentif aux bruits du monde et aux gesticulations de ses contemporains, qui semble avoir troqué pour de bon le microscope pour la plume, sans pour autant perdre la distance entre le regard et l’objet de l’observation. Christine Mestre

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Une ballerine française à deux entrechats de la Tour Eiffel.

On danse partout : dans les rues, dans le métro, sous les ponts.

LITTLE SHAO (3)

Pour Little Shao, le mariage de la photo et de la danse n’est pas le fruit du hasard. Adolescent, il s’adonne au « breakdance » puis au «new style », enfin décide de fusionner ces passions avec une autre de ses activités favorites : la photo. Ses maîtres dans le domaine sont Raymond Depardon, Dave Hill, Andrew Eccles et David Lachapelle. Ils ont en commun le travail minutieux de la lumière qui fait ressortir le côté graphique. En danseur de hip-hop qui se respecte, Little Shao est nourri de l’esthètique et de culture urbaine : ses modèles portent pantalons larges et t-shirts XL et posent sur fond de murs pleins de grafs et de terrains vagues des banlieues. Pourtant, en voyant des photos de ballerines prises à New York, il sent le déclic : « Je viens du hip hop, je maîtrise le thème de la rue et de la danse car je suis danseur, donc j’essaye de faire mieux ! ». De là l’idée de faire une série de photos de danseuses classiques dans les mégapoles. « Je ne vois pas de différence [entre les danseurs du hip-hop et classiques en tant que modèles, ndlr],

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Loisirs

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI WWW.LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR COMMUNIQUÉ DE ROSSIYSKAYA GAZETA DISTRIBUÉ AVEC LE FIGARO

Insolite Moscou : visite guidée dans le réseau des abris souterrains de la Guerre froide

Descente dans les boyaux mystérieux de la capitale

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LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Un remugle âcre d’humidité et de moisissure...Vestiges olfactifs d’un temps aux relents de Guerre froide et des risques d’une attaque nucléaire. Le « Bunker 42 », fameux abri atomique situé juste en dessous de la Taganka, à moins de trois kilomètres du Kremlin, nous ouvre les portes d’un véritable monde élaboré dans le sous-sol de Moscou - un labyrinthe de béton armé situé à 18 étages de profondeur, soit quelque 65 mètres dans les entrailles de la ville. En longeant, à la lueur vascillante de rares torches, les sombres galeries menant à la salle de commandement et aux appartements de Staline, le bruit des pas est couvert par le grondement tonitruant du métro. Dans l’air vicié et glacial résonne la voix du guide qui énonce des détails historiques sur les postes de télégraphe désuets et les vieilles salles de commandement aux murs desquelles sont accrochés des uniformes usés et des masques à gaz d’un autre âge. Et là, derrière cette porte hermétique de 40 cm d’épaisseur, s’ouvre à nous un royaume de grisaille, créé par Staline, élevé sous Khroutchev comme rempart contre tout dérapage de la Guerre froide et transformé en 2006 en site touristique incontournable devenu aujourd’hui lieu de rassemblement des « diggers » (piocheurs) moscovites. Ces véritables « maîtres des lieux », ces explorateurs des ténèbres se déplacent le long des canalisations dans le dédale souterrain de la ville. Ils seraient près de 3 000 à Moscou. Le « bunker de Staline » est l’un des 40 cibles de prédilection, fermées au public, de ces passionnés des profondeurs. « Celui-ci est de-

Le mythe et la réalité se confondent dans les récits que nourrissent les galeries du sous-sol moscovite puis des dizaines d’années. Son camarade, même âge, en uniforme militaire, tire longuement sur sa pipe. Son nom est Alexeï, mais tout le monde l’appelle Liocha. « Il y a tellement de rumeurs sur le sous-sol de Moscou que pour comprendre la part de vérité, mieux vaut descendre soimême ». Il raconte qu’il a réussi à aller jusqu’aux fondations du théâtre du Bolchoï par les tunnels du métro. Difficile de distinguer le mythe de la réalité dans ces récits. Le seul à savoir peut-être la vérité est Vadim Mikhaïlov, que certains appellent le « roi » des diggers tandis que d’autres le prennent pour un fou. Son téléphone ne répond jamais, personne non plus chez lui, au deuxième étage d’un hôtel particulier en plein centre de Moscou. La gardienne affirme ne pas l’avoir vu depuis belle lurette : « Il change souvent de numéro. Il est très étourdi et perd sans arrêt ses portables lors de ses excursions, raconte Liocha, tirant sur sa pipe. À vrai dire,

19 Septembre

Jennifer Eremeeva

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Les siècles de guerre, de famine, de révolutions et autres catastrophes se succèdent. Mais les Russes tiennent le coup. Comment y parviennent-ils ? La réponse se cache dans le sarrasin. Cette graine dure est un aliment de base en Europe de l’Est depuis des temps anciens, et les Russes peuvent revendiquer le sarrasin : c’est dans les régions autour du lac Baïkal que cette graine aurait commencé à être cultivée. Très apprécié en Asie, le sarrasin y apparaît surtout sous forme de nouilles, contrairement à l’Europe de l’Est, où les grains sont d’abord grillés puis bouillis dans l’eau et consommés sous forme de bouillie (« porridge ») ou comme accompagnement. Des steppes d’Asie centrale et des plaines de Sibérie, le sarrasin est arrivé en Occident par les routes historiques du commerce et des invasions, tirant son nom des Maures de l’Espagne méridionale. Une période de pousse courte et une bonne adaptation à des sols pauvres ont fait du sarrasin un aliment abordable pour la paysannerie d’Europe. Les Néerlandais ont été les premiers à importer dans le Nouveau Monde ce grain qui a connu un grand succès au XIXème siècle, mais demeure large-

ment méconnu aujourd’hui. Ce qui est regrettable, parce que le sarrasin est très nutritif : « Il contient plus de protéines que le riz, le blé, le millet ou le maïs… mais sans gluten », écrit le célèbre diététicien Nicholas Perricone, qui aime prescrire le sarrasin à ses patients. Le sarrasin est un aliment récurrent et polyvalent de la cuisine russe. J’en ai mangé pour la première fois à Saint-Pétersbourg, à la fin des années 1980, quand le ravitaillement était insuffisant et aléatoire. Mon amie Assia et sa mère consommaient de la gretchka quasiment à chaque repas. Pendant mes séjours dans leur appartement chaleureux, j’ai appris à apprécier le grain, pas seulement pour sa saveur mais pour la quantité d’énergie qu’il procure. Une portion de gretchka vous fait tenir la journée. Pas étonnant, donc, que ce produit miracle apparaisse à chaque repas. Du sarrasin au petit-déjeuner, suivi de sarrasin comme accompagnement avec la viande, du gibier ou des abats. Mais ce qui s’allie le mieux avec la gretchka, ce sont les champignons, un autre aliment de base de la cuisine russe. Sarrasin et champignons sont à l’émigré russe ce que la madeleine est à Proust : le goût du temps perdu. Ce plat russe classique peut servir d’accompagnement, de farce ou même de plat principal végétarien.

Ingrédients :

Les « diggers » explorent les structures souterraines, une à une.

375 ml de graines de sarrasin • 500 ml de bouillon de poulet ou de légumes • 2 oignons jaunes hachés • 3 gousses d’ail haché • 30 ml de beurre, divisé en deux • 1 œuf • 60 g de champignons séchés (mélange de chanterelle, morille, et lentin de chêne), nettoyés et coupés en dés • 1 tasse de Madeira ou vin blanc • 2 tasses de champignons crus (portabella et cèpes) • 120 ml de crème fraîche • 120 ml de crème épaisse • 2 c. à soupe de noix de muscade fraîche • Sel, poivre • Persil frais haché

Préparation

Rendez-vous à la rentrée ! larussiedaujourdhui.fr

Le sarrasin, ce sauveur alimentaire méconnu

Le mariage avec les champignons ANNA ARININA/SELLYOURPHOTO (2)

LUCIA BELLINELLO

venu une véritable mecque du tourisme. Il y a beaucoup d’autres choses à voir sous le bitume : un réseau dense de tunnels menant droit au Kremlin. On parle aussi beaucoup du Métro-2, ou de la bibliothèque secrète d’Ivan le Terrible », raconte à voix basse Alexeï, 30 ans. « On nous appelle les « diggers », mais je n’aime pas ce terme ». Sa première descente date de 1995, en pleine nuit, à la lumière de la lune : « J’étais avec des amis, nous avons été jusqu’à la banlieue et nous nous sommes engouffrés sous le sol par une bouche d’égout. Ça m’a tout de suite beaucoup plu ». La pénombre, le silence, cette sensation de fouler un territoire où personne n’avait posé le pied de-

COUP DE PROJECTEUR

KIRILL LAGUTKO

Sous le bitume de la capitale russe, des explorateurs intrépides révèlent l’existence d’innombrables abris et autres bunkers sur lesquels courent les légendes les plus folles.

RECETTE

S’ab

Le bunker 42 Le Bunker 42 a été construit le long des couloirs du métro.

ces sorties se terminent souvent mal. Il y a même eu des morts, dans ces souterrains ». Mais la principale difficulté reste toujours de ne pas se faire attraper par la police qui peut vous coller une amende de 37 euros.

À l’époque où la Guerre froide semblait pouvoir dégénérer en conflit nucléaire, cet abri situé à une profondeur de 65 mètres était sous surveillance 24 heures sur 24. Le système de survie (purification de l’air, approvisionnements, etc.) était conçu pour une vie en autarcie d’une décennie.

1. Placez les champignons séchés dans un bol et immergez dans la Madeira 50 minutes. 2. Faites chauffer une cocotte sur feu moyen-fort et faites griller les graines, en mélangeant avec une cuiller en bois. Grillez pendant 3-4 minutes, puis ajoutez l’œuf, et touillez encore 1-2 minutes. Ajoutez le bouillon, baissez le feu à moyen, couvrez et laissez mijoter 15-20 minutes. Quand le liquide s’est presque complètement évaporé, retirez la cocotte du feu et laissez reposer. 3. Faites fondre la moitié du beurre dans une casserole. Quand le beurre crépite, ajoutez

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LORI/LEGION MEDIA

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les champignons. Faites sauter 7 minutes jusqu’à ce que les champignons rendent de l’eau puis la réabsorbent. Laissez de côté. 4. Ajoutez les aux champignons sautés. 5. Faites fondre le reste du beurre dans une cocotte. Ajoutez l’ail et l’oignon, faites sauter jusqu’à ce qu’ils deviennent transparents. Ajoutez le sarrasin, mélangez pendant 3 minutes. Ajoutez les champignons et la muscade. 6. Ajoutez la crème fraîche et la crème épaisse, la moitié du liquide des champignons. 7. Portez le mélange à frémissement. Quand le liquide est à moitié absorbé, couvrez et laissez cuire à feu doux 10-15 minutes jusqu’à ce que tout le liquide soit absorbé. 8. Garnissez de persil frais. Autres recettes sur larussiedaujourdhui.fr

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