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Festival du jeune cinéma russe "Nouvelles générations - nouveaux noms" est un Festival qui se déroulera en Belgique à la mi-novembre. P. 7

Luc Perceval parle de Tchekhov Le réalisateur belgo-allemand présente sa vision des classiques russes. P. 7

Produit de Russia Beyond the Headlines

Ce supplément est édité et publié par Rossiyskaya Gazeta (Moscou, Russie) qui assume seule l'entière responsabilité de son contenu Mercredi 7 novembre 2012

Le "Cogneur" revient sur la scène artistique

Le cinéma Oudarnik ("Cogneur"), un légendaire bâtiment constructiviste, a été transformé en musée d'art contemporain après avoir été occupé partiellement par un casino pendant plus d'une décennie. Ce lieu culte de l'avant-garde soviétique se trouve désormais au coeur du renouveau artistique de la capitale russe. SUITE EN PAGE 8 © RG

À Moscou, les travailleurs immigrés venus de Kirghizie se retrouvent le dimanche sur un terrain de volley. Pour de l’argent. Les mises peuvent atteindre jusqu’à 2 500 euros. Parfois, on

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© ELENA POCHETOVA

MOSKOVSKIE NOVOSTI

Mercedes Fashion Week 2012 à Moscou

Début octobre, les habitants de Veliky Novgorod ont célébré la fête du chou et de la moisson. Voyez notre diaporama sur www.larussiedaujourdhui.be/16385.

Rosneft

Rostov-sur-le-Don

"La Russie d'Aujourd'hui" publie un entretien croisé avec les ambassadeurs belge et russe sur la coopération bilatérale.

Le rachat de TNK-BP propulse le pétrolier d'État en première ligue. C'est le contrat de la décennie.

Voyage au sud de la Russie, dont l'une des villes acueillera une étape de la coupe du monde de foot en 2018.

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© ANDREI ZAITSEV

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© ALAMY/LEGION MEDIA

Relations bilatérales

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© AFP/EASTNEWS

EVGUENI GLADINE

un des joueurs. Sur le terrain de volley, à deux pas d’une station de métro, quelques centaines de Kirghizes suivent le déroulement du match entre l’équipe de Kara-Su et celle de Tchom-Bagysh. Chaque point marqué est salué par des cris de joie (une seule victoire sépare les deux équipes de la demi-finale). Les Kirghizes ont pris l'habitude de former leurs équipes sur base de l'origine régionale des joueurs.

© KONSTANTIN CHALABOV_RIA NOVOSTI

leur demande de jouer pour des équipes d’autres travailleurs immigrés d’une nationalité différente. Le plus souvent, ils refusent car ils ont peur de perdre. « Arrêtez de hurler ou j’appelle la police ! Allez jouer au volley dans vos villages  ! Ici, nous sommes à Moscou ! » Les joueurs tournent les yeux vers les hauteurs d’un immeuble résidentiel d’où proviennent les protestations d’une femme. Les visages angulaires restent perplexes. « D’accord, on va se calmer ! », lance

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Le festival du chou

Un match de volley pour se détendre entre deux chantiers Tous les week-ends, des immigrés kirghizes organisent des tournois de volley-ball, pour arrondir leurs fins de mois, mais aussi et surtout pour garder un lien social et décompresser.

EN LIGNE SUR

PHOTO DU MOIS

Société La vie des immigrés kirghizes dans la capitale russe

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Diplomatie

ENTRETIENS CROISÉS AVEC NOS AMBASSADEURS

Nos liens mutuels se renforcent a ouvert une représentation à Bruxelles et Gazprom envisagerait de faire de même. La Russie souhaite implanter des technologies dans les domaines d'excellence belges. D'autre part, la récession dans les États membres de l'UE a directement touché la Belgique, et l'élargissement de la présence belge sur le marché russe en pleine expansion peut contribuer à régler ce problème.

© SERVICE DE PRESSE

Dans un entretien avec La Russie d'Aujourd'hui, l'ambassadeur de Russie en Belgique Alexandre Romanov décrit l'activité des entreprises russes sur le marché belge. Comment évolue la coopération économique russo-belge ? La tendance reste largement positive. En 2010-2011, les échanges ont augmenté de 40%. En 2011, ils ont atteint le niveau record de 13,6 milliards d'euros, et ce malgré la crise. Le maintien de cette tendance positive a été rendu possible grâce à l'augmentation des livraisons de produits belges dans notre pays. Toutefois, en valeur, les exportations russes vers la Belgique continuent à dépasser les importations. À la fin 2010, nous avons mis en place un dialogue entre des partenaires belges et le Fonds d'innovations Skolkovo, les deux pays procèdent à des échanges de spécialistes hautement qualifiés. Quels sont les principaux projets en cours ? Le plus grand projet, et le plus innovant du point de vue technologique, est celui de Solvay, avec son complexe de production de PVC dans la région de Nijni-

BIOGRAPHIE

Alexandre Romanov NÉ : EN 1950 FORMATION : MGIMO

Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Fédération de Russie au Royaume de Belgique depuis 2009. Avant ce poste il a été diplomate dans divers pays, dont le Niger, le Royaume du Maroc, la France et le Sénégal.

Novgorod pour un investissement de 1,5 milliards d'euros. Solvay va aussi lancer la production de substances tensio-actives. Les entreprises russes sont également actives sur le marché belge. Je citerai le métallurgiste NLMK, le pétrolier Lukoil, qui élargit son réseau de stations-service. Il y a aussi la compagnie minière Mechel, l'entreprise d'engrais minéraux Eurochem, et Elinar, un producteur de matériaux d'isolation. À Anvers, une filiale du producteur de diamants russe Alrosa s'est implantée avec succès. La compagnie énergétique Inter RAO

Parlez-nous des échanges culturels entre nos pays. Les échanges culturels se développent de façon intense. Chaque année, de grands musiciens russes se produisent en Belgique, comme les chefs d'orchestreValery Guerguiev, Vladimir Spivakov, Iouri Temirkanov entre autres. Des chefs russes dirigent des orchestres belges : Andreï Boreïko est à l'Orchestre National de Belgique, et Dmitri Iourovski dirige l'Opéra flamand. Nos jeunes musiciens remportent régulièrement des prix au Concours Reine Elisabeth : en 2010 le Grand Prix est revenu au pianiste Denis Kozhoukhine, et en 2012 le lauréat du premier prix a été le violoniste Andreï Baranov. Nous développons la coopération entre musées. Cette année, le Musée russe a ouvert à Louvain sa deuxième filiale virtuelle en Belgique et sa 111e au monde. La coopération entre le Musée de l'Ermitage et le Musée royal de l'Armée et de l'histoire militaire de Belgique se poursuit. Enfin, le Centre Culturel et Scientifique de Russie à Bruxelles organise chaque année plus de 120 événements. L'Église orthodoxe russe célèbre le 150e anniversaire de sa présence en Belgique. Quel rôle joue-t-elle sur les échanges culturels ? En Belgique, on compte plus de 80 000 chrétiens orthodoxes, pour l'essentiel russophones. L'histoire de l'apparition en Belgique de la première église orthodoxe il y a 150 ans en dit beaucoup sur l'importance de l'église en tant que composante de la vie du peuple russe. Les temples du diocèse de Bruxelles et de Belgique ont toujours été des centres d'attraction pour nos compatriotes. Une preuve supplémentaire de l'intérêt durable envers l'orthodoxie est le nombre croissant des paroisses. En avril 2012, on a consacré un nouveau temple à Liège, et en novembre on consacrera une nouvelle église à Mons. Quant à l'influence de l'orthodoxie sur les échanges culturels, nous tenons à souligner le travail de l'école de peinture d'icônes russes de Bruxelles, et le grand intérêt du public pour les spectacles des collectifs russes spécialisés dans la musique sacrée. Propos recueillis par Victor Onuchko

Le dynamisme des régions

© ALEXANDRE GANUSHIN

Un intérêt durable

L’ambassadeur de Belgique en Russie Guy Trouveroy souligne l'expansion des entreprises belges sur le marché russe. Quelssontlesrésultatsdelamission économique belge à Oulianovsk, début octobre ? Nous apprécions de plus en plus le dynamisme économique de certaines régions russes. À l’initiative de la Chambre de Commerce belgo-luxembourgeoise pour la Russie et le Belarus (CCBLR) et de la Région wallonne, une mission commerciale s’est rendue à Oulianovsk du 1er au 5 octobre. Les quinze entreprises belges et luxembourgeoises de la délégation ont été chaleureusement accueillies par le Gouverneur Serguei Morozov ainsi que par la bourgmestre de la ville Marina Bespalova. La délégation a pu visiter des entreprises dans les secteurs de l’aéronautique et de l’automobile. La compagnie Barco compte des clients dans ces secteurs. La délégation s’est également rendue dans la ville voisine de Dimitrovgrad connue, elle, pour ses centres de recherche en matière nucléaire. Les autorités fédérales construisent dans cette ville le centre de référence en médecine nucléaire pour le pays dans le cadre de la lutte pour le can-

BIOGRAPHIE

Guy Trouveroy NÉ : EN 1952 FORMATION : DROIT, DROIT ÉCONOMIQUE

Ambassadeur du Royaume de Belgique en Russie depuis 2009. Au cours de sa carrière diplomatique il fut ambassadeur dans les pays suivants : Egypte, Soudan, Inde, Népal, Sri Lanka et Maldives.

cer. Une firme belge est à l’honneur : Ion Beam Applications (IBA) fournira de l’équipement de protonthérapie au centre. Nous avons pu aussi déambuler dans les rues d'Oulianovsk, visiter le musée de plein air de l’Aéronautique, même piloter un YAK, dans un simulateur de vol. Comment pourriez-vous décrire les relations économiques et commerciales entre la Belgique et la Russie ? Les échanges commerciaux sont excellents et toujours en pleine expansion. Quelques chiffres : en 2011, près de 5 milliards d'euros

d’exportations belges vers la Russie et près de 9 milliards d'euros d’exportations russes vers la Belgique. La Belgique est le 7ème fournisseur de la Russie parmi les 27 de l’UE. On compte une trentaine d’investissements belges en Fédération de Russie. Les produits chimiques restent le premier poste à l’exportation, mais nous vendons aussi des machines et du matériel de transport ; des fruits et légumes, et de la viande. Une poire sur trois vendue en Russie vient de nos vergers. De Russie, nous importons du pétrole et des diamants. Investir en Russie n’est pas toujours simple, mais les entreprises, une fois installées, sont quasi unanimement positives. SunInbev opère une dizaine de brasseries. AGC a construit plusieurs lignes de verre plat. Solvay monte avec son partenaire russe Sibur une très grande usine chimique. Barry Callebaut et Puratos, dans le domaine alimentaire, sont très actifs. Et si vous avez envie de retrouver de bonnes références belges, vous pourrez toujours aller vous restaurer dans un des nombreux Pain Quotidien de Moscou. Nous suivons avec attention l’initiative « Skolkovo » de création d’une Silicon Valley russe. Plusieurs entreprises belges sont intéressées par le concept. Janssen Pharmaceutica du groupe Johnson&Johnson a déjà conclu un accord avec Skolkovo. Le promoteur du projet, l’homme d’affaires russe Viktor Vekselberg, est venu à deux reprises en Belgique voir fonctionner notre secteur « high tech ». Et au niveau culturel ? Les programmes officiels sont assez modestes. Néanmoins les échanges culturels sont assez denses. Des institutions russes, des fondations ou des galeries invitent régulièrement des artistes belges en Russie, dans pratiquement tous les domaines. Jan Fabre a secoué, il y a peu, la scène moscovite avec sa pièce L’orgie de la tolérance tandis que Luc Tuymans subjuguait le public avec son exposition « Against the Day ». Le cinéaste Jaco Van Dormael est venu donner des «  master classes » ; de même que les dessinateurs Schuiten et Peeters, Hermann aussi. Les échanges dans les domaines de la musique sont très nombreux. Nous sommes ravis de constater que notre compatriote Catherine de Zegher sera la curatrice de la prochaine Biennale d’Art Contemporain de Moscou (2013). À la mi-novembre, l’artiste belge Hans op de Beeck participera à une exposition de groupe à Moscou sur le thème de « la Vanité ». Les relations culturelles se portent donc bien ! Propos recueillis par Maria Afonina

Principaux acteurs des échanges bilatéraux

LES SUPPLÉMENTS SPÉCIAUX ET SECTIONS SUR LA RUSSIE SONT PRODUITS ET PUBLIÉS PAR RUSSIA BEYOND THE HEADLINES, UNE FILLIALE DE ROSSIYSKAYA GAZETA (RUSSIE), DANS LES QUOTIDIENS INTERNATIONAUX: • LE SOIR, BELGIQUE• EUROPEAN VOICE, UE • LE FIGARO, FRANCE • THE DAILY TELEGRAPH, GRANDE BRETAGNE • SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, ALLEMAGNE • EL PAÍS, ESPAGNE • LA REPUBBLICA, ITALIE •DUMA, BULGARIE • POLITIKA, GEOPOLITIKA, SERBIE • THE WASHINGTON POST, THE NEW YORK TIMES ET THE WALL STREET JOURNAL, ÉTATS-UNIS • ECONOMIC TIMES, NAVBHARAT TIMES, INDE • MAINICHI SHIMBUN, JAPON • CHINA BUSINESS NEWS, CHINE • SOUTH CHINA MORNING POST, CHINE (HONG KONG) • LA NATION, ARGENTINE • FOLHA DO SAO PAOLO, BRÉSIL • EL OBSERVADOR, URUGUAY • TODAY, SINGAPOUR • UNITED DAILY NEWS, TAÏWAN • SYDNEY MORNING HERALD, THE AGE, AUSTRALIE • ELEUTHEROS TYPOS, GRÈCE • JOONGANG ILBO, CORÉE DU SUD. EMAIL : REDAC@LARUSSIEDAUJOURDHUI.BE. POUR EN SAVOIR PLUS CONSULTEZ LARUSSIEDAUJOURDHUI.BE. LE SOIR EST PUBLIÉ PAR SA ROSSEL ET CIE. RUE ROYALE. 100 - 1000 BRUXELLES - BELGIQUE . TÉL: 0032/2/225.55.55. IMPRESSION : ROSSEL PRINTING COMPANY SA. DIFFUSION : 94.800 EXEMPLAIRES


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Société

Embauche Prendre le taureau par les cornes

Le volley-ball fédère les Kirghizes de Moscou

Commment mettre fin à la discrimination ?

SUITE DE LA PREMIÈRE PAGE

La ligue ne compte pas plus de 15 équipes. Aujourd’hui, personne ne pourrait dire quand ni où a été organisé le premier tournoi. « Il y a autant de joueurs que de Kirghizes à Moscou, et tu peux remonter à la chute de l’URSS », confie un joueur du nom de Davliaiev. « Et vous acceptez les Russes ? » «  Nous acceptons tout le monde : les Russes, les Ukrainiens, les Daghestanais. Le mois dernier, des Tadjiks sont venus jouer. Ils se sont pointés une fois, et puis plus rien... Ils jouaient mal ». « Et les Russes ? » « Les Russes sont encore pire que les Tadjiks ». Ici, c’est très sérieux. Les équipes s’affrontent selon un calendrier bien établi, sous la surveillance d’un arbitre. Pour un non spécialiste, il semble qu’ils jouent bien, très bien même.

Le ministère du Travail s'est décidé à agir en interdisant toute mention de l’âge, du sexe, de l'appartenance ethnique et du lieu de résidence dans les annonces d'offre d'emploi. EVGUENIA TCHAIKOVSKAIA THE MOSCOW TIMES

Une nouvelle loi devrait également interdire aux enquêteurs de poser des questions relatives à l'appartenance religieuse, aux opinions et aux appartenances politiques ou à des organisations publiques. Si ces changements sont approuvés, seules les qualifications et compétences professionnelles seront autorisées dans les offres. En cas d’infraction aux nouvelles règles, les amendes iront de 12,5 à 25 euros pour les particuliers, de 75 à 125 euros pour les indépendants individuels, et de 250 à 375 euros pour les entreprises.

Autogestion

Un pro parmi les amateurs Un joueur hors pair fait partie du lot : Almaz Atabaev. Son équipe, Nookat, a déjà remporté les deux tournois précédents. Sur le site de la Fédération de volleyball du Kirghizistan, sa biographie le décrit comme un « sportif professionnel, ancien de l’équipe nationale ». « Vous êtes professionnel... Que vous apportent ces compétitions amateurs ? » Almaz profite d’une pause en cours de match pour nous parler : « Je joue pour le plaisir, et un peu pour l’argent aussi. Et puis, il n’y a aucun autre endroit où je puisse jouer à Moscou ». « Pourquoi les Kirghizes aiment-ils tant le volley ? Pourquoi pas le foot ou le basket ? »

Pas d’interdiction à l’heure actuelle

« Difficile à dire. Dans notre culture, tous les sports sont liés au cheval. À Moscou, il n’y a pas de chevaux, alors tout le monde joue au volley. Il faut bien se rassembler, communiquer. Chez nous, on dit : si tu veux rencontrer quelqu’un, va jouer au volley. Ici, on peut demander de l’aide en cas de besoin et on apprend toujours quelque chose ».

« Aujourd’hui, il est en principe illégal de discriminer les candidats, mais aucune loi n’interdit de le faire par écrit », déclare Alexeï Vovtchenko, ministre adjoint du Travail et de la Protection sociale. Dans les faits, presque toutes les offres d’emploi contiennent des dispositions discriminatoires. Beaucoup de personnes qualifiées et compétentes ne trouvent pas de poste après avoir atteint un certain âge.

Chaude, la finale La dernière partie pour la première place a commencé. Dehors, la nuit tombe. Les supporters kirghizes encerclent le terrain, une masse noire et informe de vestes en cuir ou en tissu d’où émergent les quelques gilets orange fluo des balayeurs.Vers la fin du deuxième set, les joueurs se disputent sur un point. Très vite, c’est l’empoignade, encouragée par les fans, jusqu’à ce qu’un vieil homme habillé de cuir noir, comme sorti tout droit d’un film de mafieux, sépare les deux camps. Le match reprend. « Que d’émotions ! », déclare en souriant Davliaiev, comme s’il voulait se justifier. « Cela vous arrive d’avoir des problèmes avec la police durant les tournois ? » « Il nous est arrivé de nous faire virer. Mais tant que les habitants du quartier ne se plaignent pas, ça se passe bien ». Dans le troisième set, l’équipe de Nookat a pris une sérieuse avance, qui lui a permis de finalement remporter le match et le

© EVGENI GLADIN (2)

Selon Davliaiev, il n’existe pas de structure formelle pour accueillir les volleyeurs dans les rangs des travailleurs migrants. La compétition est organisée par les équipes elles-mêmes, à tour de rôle. Le chèque remis aux vainqueurs provient d’un fonds commun, dont une partie est alimentée par les organisateurs, et le reste par les cotisations des participants (50 euros par équipe). Le gain peut monter jusqu’à 2 500 euros, lorsque des paris sont engagés, ce qui n’est pas fréquent. Les joueurs viennent de divers milieux professionnels : ils sont concierges, ouvriers du bâtiment, cuisiniers, laveurs de voiture, conducteurs de transports en commun ou auto-entrepreneurs.

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« Cette loi permettra aux personnes à la recherche d’un emploi de ne plus simplement parcourir les annonces en vain et de réellement obtenir des entretiens », indique le ministre dans les colonnes de Rossiyskaya Gazeta. Cependant, les experts ne pensent pas que cela apportera des changements majeurs. Même si les employeurs n’ajoutent pas de restrictions en matière d’âge dans leurs annonces, les sites de recherche d’emploi continueront à filtrer les employés via leurs formulaires d’inscription. « Cette initiative augmentera le flux inutile de CV de candidats, qui n’obtiendront toujours pas le poste parce que les employeurs n’abandonneront pas leurs critères », déclare à Kommersant Mark Rozine, président d’Ecopsy Consulting. Cette agence de recrutement prétend combattre la discrimination en expliquant aux employeurs que leurs exigences sont inappropriées. « Durant ces dernières années, le nombre d’offres d’emploi contenant des critères discriminatoires a diminué de 30% », explique le porte-parole de la société. Il sera toutefois presqu’impossible de prouver qu'un candidat a été rejeté sur base de critères illégaux. Le projet de loi doit être présenté à la Douma en décembre 2012. Article publié dans The Moscow Times

EN BREF « Il faut bien se rassembler. Chez nous, on dit : si tu veux rencontrer quelqu’un, va jouer au volley » tournoi, pour la troisième fois consécutive. Pour la cérémonie de clôture, les joueurs sont rassemblés en cercle. Le vieil homme à la veste en cuir s’avance pour remettre une enveloppe contenant l’argent au capitaine de l’équipe victorieuse. Almaz Atabaev recompte les billets, puis distribue environ 50 euros à chaque co-équipier, se réservant la somme restante, plutôt rondelette.

La nuit est tout à fait tombée maintenant. Les Kirghizes se dirigent par petits groupes vers le métro. Deux garçons s’approchent du terrain, un filet et un ballon de volley à la main. Denis et Oleg habitent le quartier et le soir, ils viennent s’entraîner. « Cela vous dérange-t-il qu’ils occupent le terrain, durant la journée, le week-end ? » « Non, pas vraiment, répond Oleg. Qu’ils jouent. Ils sont arrivés les premiers. Nous aurions bien aimé jouer avec eux, mais nous ne sommes pas assez forts. Pas envie de perdre », ajoute-til en ricanant. Article publié dans Moskovskie Novosti

Un Centre de visas à Bruxelles

Évolution des valeurs morales

Dans la capitale belge s'est tenue l'inauguration du Centre de visas pour la Russie. Le Centre assurera les fonctions techniques liées à la procédure d’obtention d’un visa russe : réception et vérification des documents, aide afin de les remplir, réalisation des demandes de visa, perception des frais consulaires, information et conseil aux demandeurs. L'octroi du visa est décidé par le service consulaire de l'ambassade russe. Prochainement, un deuxième Centre de visas pour la Russie ouvrira ses portes à Anvers.

Le 26 novembre 2012 au Parlement européen aura lieu une table ronde dans le cadre du Forum russe européen. Son thème : « L'évolution des valeurs morales et des droits de l'homme dans une Europe multiculturelle ». Selon les organisateurs, la résolution de la crise systémique mondiale, ne peut être recherchée que dans la confrontation de positions différentes et souvent contradictoires. Les participants sont invités à évoquer les moyens de sortir de la confrontation entre points de vue laïc et religieux sur les droits de l'homme.

Internet Les policiers veulent se servir de la toile pour mieux communiquer et savoir comment ils sont perçus

Pour leur 25ème anniversaire, les OMON (CRS russes) ont reçu en cadeau leur propre nom de domaine, omon.ru. VERONIKA SEVOSTIANOVA IZVESTIA

L’unité spéciale urbaine de police (OMON) a reçu un cadeau hors du commun pour ses 25 ans. Les forces spéciales se sont vues offrir le nom de domaine omon.ru. Les policiers avaient manifesté le souhait d'utiliser ce domaine pour créer leur propre réseau social. L'objectif étant pour eux de pouvoir communiquer en interne, débattre sur différents sujets, se distraire avec des jeux pédagogiques et recevoir des échos sur le travail de leurs unités. Le nom de domaine omon.ru

a été enregistré en l’an 2000 et a appartenu à un particulier pendant plus de dix ans. Il y a peu, il a été racheté par les représentants de la compagnie d’enregistrement des domaines REG.RU. « Il faut absolument augmenter le prestige des services de police, y compris en en faisant la promotion à travers des sites spécialisés, explique le copropriétaire de REG.RU Philippe Gross-Dneprov. Il faut montrer comment les soldats risquent leur vie, combien les entraînements sont difficiles, comment ils sont formés aux techniques des arts martiaux, comment ils vont à l’assaut d’un bâtiment, ou encore comment se déroule leur entraînement tactique... » « Nous planifions de créer un portail multifonctionnel, a expli-

© ITAR-TASS

Un réseau social pour les forces anti-émeute

Les OMON veulent pouvoir mieux communiquer en interne et avec le grand public.

qué un agent des forces spéciales au ministère de l'Intérieur à Moscou. On trouvera sur le site un forum des collaborateurs des OMON et des jeux pédagogiques pour les citoyens. Les Moscovites pourront se mettre à la place des forces spéciales, apprendre à se battre, connaître les aspects juridiques du travail, s’essayer à l’arrestation d’un criminel ». Les spécialistes et les policiers eux-mêmes discutent actuellement de l’aspect que devra avoir le site. Selon l’une des versions de base, les OMON pourront avoir leur propre réseau social. « Il est également possible qu’on trouve sur le portail une place à accorder à des sondages policiers », envisage Philippe GrossDneprov.

Selon un membre du conseil civique du ministère,Yaroslav Svintsov, de tels sondages doivent être anonymes, afin d'empêcher que quiconque puisse faire pression sur les policiers ou les influencer. Les résultats doivent être envoyés directement à la direction de l’agence ou du département. Dans un futur proche, des domaines de troisième niveau pourront être enregistrés par tous les départements des OMON de Russie. Certains porteront le nom de la région puis l’adresse omon.ru. Les collaborateurs des OMON ont eux-mêmes indiqué, dans leurs discussions avec le journal, être intéressés à l'idée de créer leur propre réseau social. Article publié dans Izvestia


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Économie

PARTENAIRE

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Énergie Le géant pétrolier britannique BP se place sous l'aile du groupe d'État Rosneft pour explorer l'Arctique Fin du pétrolier privé TNK-BP

EN CHIFFRES

61 milliards de dollars. C'est la valeur totale de la transaction, en additionnant les sommes liquides versées par Rosneft aux actionnaires de TNK-BP, ainsi que les échanges d'actions entre Rosneft et BP.

© PHOTOSHOT/VOSTOCK-PHOTO

Rosneft / TNK-BP : le contrat de la décennie pés dans le consortium AAR de l’autre. Ce dernier empochera en principe 28 milliards de dollars en liquide, tandis que BP recevra 17 milliards de dollars ainsi que 12,84% du capital de Rosneft. BP s’engage dans un second temps à acquérir 5,66% de Rosneft pour la somme de 4,8 milliards de dollars. Au final, BP détiendra 19,75% de Rosneft et pourra nommer deux administrateurs sur les neufs du conseil d’administration. L’État russe continuera à disposer de la majorité du capital de Rosneft. Sa

L'alliance entre Rosneft et BP permet au pétrolier d'État russe de récupérer le savoir-faire britannique et son réseau international. Au prix d'une dette monumentale. IRINA DOUBOVA LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

Rosneft dépense en effet 55 milliards de dollars pour acquérir 100% de TNK-BP, le troisième groupe pétrolier russe, qui appartenait jusqu’ici à parité au Britannique BP d'une part, et à trois milliardaires russes regrou-

part tombera à 55,25% contre 75% aujourd’hui. Au terme de la transaction, Rosneft deviendra le premier groupe pétrolier mondial coté, en terme de production, avec 4,5 millions de barils par jour. Le géant russe fait d’une pierre trois coups : une domination écrasante de la production domestique (presque la moitié des volumes russes de brut), un accès au savoir-faire de BP en matière d’exploration, notamment offshore. Et surtout, grâce à son nouvel actionnaire stratégique, il obtient une stature

internationale. Le groupe cherche à acquérir des gisements en Afrique et en Amérique latine. Cet appétit place Rosneft face à des obligations gigantesques. Le groupe affirme financer l’acquisition de TNK-BP grâce à ses propres ressources, ainsi qu’à travers des crédits bancaires. On sait que Rosneft table sur un crédit de 15 milliards de dollars. Une majorité d’experts pense que le seul moyen de couvrir les dépenses est un placement boursier, soit d’une partie de TNK-BP, soit de Rosneft lui-même. Le président Valdimir Poutine a affirmé, lors de la réunion du Club de discussion Valdaï, que les autorités ne pouvaient tout simplement pas refuser au pétrolier BP de rejoindre Rosneft. Selon lui, BP s’était adressé à plusieurs reprises déjà aux autorités russes pour obtenir leur aide dans la résolution de conflits avec les actionnaires d’AAR. « Quand BP, lors de notre entrevue, a exprimé le souhait de collaborer avec Rosneft, nous ne pouvions pas leur dire non, sans avoir l’air de les mettre sous la

Le 1er septembre 2003, le consortium russe AAR et le géant britannique BP forment une alliance stratégique dans le but d’unir leurs actifs pétroliers sur les territoires russe et ukrainien. Ils fondent la co-entreprise TNK-BP, partagée à parts égales entre BP et AAR et devenue aujourd’hui le troisième producteur russe de pétrole en volume de réserves et de production. AAR a apporté dans la nouvelle entreprise ses parts de TNK International, ONAKO et SIDANKO, ainsi que sa participation dans le capital de RUSIA Petroleum et de l’exploitant gazier Rospan International en Sibérie occidentale. BP a apporté ses parts des entreprises SIDANKO et RUSIA Petroleum, ainsi que sa part du réseau de stations-service BP à Moscou. Par ailleurs, en janvier 2004, BP et AAR ont signé un contrat visant à incorporer dans TNK-BP 50% des parts de l'entreprise Slavneft.

coupe de TNK avec qui ils étaient en conflit », a révélé Poutine. Il a ajouté également que la présence d’un représentant de BP au conseil d’administration de Rosneft , possible grâce à cette transaction, contribuerait à accroître la transparence de l’activité de la société russe. « Cela va accroître la transparence de l’activité de Rosneft, l’une des compagnies les plus importantes de notre pays », a déclaré le président. Selon le directeur du Fond pour une sécurité énergétique nationale Konstantin Simonov, « c’est pour le groupe britannique BP un moment crucial car ses 50 % de parts dans TNK-BP assuraient près de 20% de sa production et une part significative de ses réserves. En effet, près du quart de son activité était basée sur les actifs russes. Ainsi, BP reste présente en Russie, un marché clé pour elle, tandis que Rosneft obtient une participation de plus de 20%, ce qui devrait contribuer à l’amélioration des indicateurs de l’entreprise et favoriser la transparence de la compagnie ».

EN BREF PhosAgro et le belge Prayon signent un accord

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L'accord signé entre les deux entreprises prévoit l’obtention d’un accès aux technologies de Prayon pour l'extraction des terres rares. Les bénéfices nets obtenus dans le cadre du projet seront partagés entre les deux partenaires. PhosAgro a construit une usine expérimentale de production de terres rares. L'entreprise russe est en train d'élaborer le projet d’usine pilote qui devrait être lancée au début de 2013. À l'époque soviétique, Prayon avait construit en Russie quatre usines à grande capacité de production d’acide phosphorique, qui ont été jusqu'à présent utilisées avec succès.

AFFAIRES À SUIVRE MISSION ÉCONOMIQUE À MOSCOU 3- 5 DÉCEMBRE, RUSSIE, MOSCOU

Début décembre, la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise pour la Russie et la Biélorussie organise une mission économique à Moscou. L'objectif est d'introduire les entrepreneurs belges auprès des leaders de la pharmacie russe et des services médicaux. Pour vous inscire, contactez M. Arkady Arianoff : a.arianoff@ccblr.org › www..ccblr.org

Industrie Qu'est-ce qui pousse les couturiers à faire coudre leurs créations en Russie ?

Santé Tribulations d'une clinique privée

Le sursaut patriotique inattendu du textile

La médecine va se financer en bourse

LENA SMIRNOVA THE MOSCOW TIMES

Désormais à l'honneur grâce à la Mercedes-Benz Fashion Week de Moscou, les créateurs de style qui ont rapatrié leur fabrication dans leur pays d'origine affirment que la stratégie n'est pas seulement patriotique, mais répond également à une logique commerciale. « Ce n'est pas un coup de pub », a déclaré Olga Feldt, directrice générale de Kira Plastinina Style. L'entreprise a inauguré une usine de fabrication dans la région de Moscou la semaine dernière, dans le cadre d'un effort visant à transférer la production de l'Asie vers la Russie. Kira Plastinina rejoint une liste de maisons de mode qui quittent une Chine où les coûts montent. L'exode pourrait être précisément ce dont a besoin la Russie pour relancer la filière textile en décomposition du pays. Cependant,

© EKATERINA CHESNOKOVA_RIA NOVOSTI

Beaucoup de Russes expriment leur patriotisme en hurlant dans les stades. Des couturiers montrent que le claquement des talons aiguille est une meilleure preuve d'amour pour leur patrie.

La créatrice Kira Plastinina a quitté la Chine pour revenir produire à Moscou.

l'investissement initial dans les usines locales et le personnel spécialisé est si élevé qu'il est parfois plus intéressant de déployer la production dans les pays d'Europe de l'est voisins. La créatrice russe Kira Plastinina a investi presque quatre millions d'euros pour ouvrir une première ligne de production à l'usine d'Oziory après 10 ans de fermeture. Sa société prévoit de doubler ce montant en investissant dans une seconde ligne.

L'usine de textile va produire 325 000 vêtements par an, qui couvriront 100% de la marque haut de gamme de Plastinina et 15% de sa ligne de vêtements fabriqués en série pour les jeunes femmes de 14 à 25 ans. Ce chiffre devrait grimper à 40% lorsque la deuxième ligne de production sera lancée. Les vêtements de la marque étaient auparavant fabriqués en Chine. Les cadres de l'entreprise insistent sur le fait que le démé-

nagement est une étape commerciale logique. « Le lancement de la production dans la région de Moscou va nous permettre de simplifier le chemin qu'une collection doit parcourir de la conception jusqu'au point de vente, dit Plastinina. Nous pouvons réagir aux demandes de nos clients plus rapidement, et nous pouvons nous adapter rapidement au courants mondiaux ». Plastinina a calculé que l'entreprise réduirait son cycle de production de neuf à deux mois en réalisant les vêtements en Russie. Les coûts salariaux ont fortement augmenté, car les ouvriers chinois sont payés 80-100 euros par mois contre 700 euros pour les ouvriers russes. Plastinina affirme cependant que le prix des vêtements restera identique car l'usine russe utilisera une technologie plus efficace. D'autres couturiers russes comme Masha Tsigal et Alexander Terekhov ont des ateliers à Moscou.ValentinYudashkin, l'un des couturiers les plus en vue du pays, fabrique ses principales collections à Moscou, et cherche à étendre sa capacité de production russe. Des obstacles perdurent. Les couturiers sont obligés d'assurer eux-même la formation des ouvriers textiles. Pour les productions de moindre volume et de haute couture, il reste plus avantageux de produire certaines lignes de vêtements à l'étranger. Article publié dans The Moscow Times

La première clinique d’accouchement privée en Russie vient d'introduire sa compagnie sur la bourse de Londres. Les investisseurs ont plébiscité la médecine privée russe. OLGA BOLDINA LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

L’introduction en bourse de l'entreprise chypriote MD Medical Group Investments (MDMG), créée par le gynécologue de Moscou Mark Kourtser s’est déroulée à la mi-octobre à Londres. Il s'agit d'une chaine de cliniques privées de gynécologie qui inclut plusieurs hôpitaux et un centre périnatal. Lors de l’introduction boursière, la société a été évaluée à 900 millions de dollars, dans le haut de la fourchette indicative. M. Kourtser a levé 311 millions de dollars en plaçant 35% du capital. La médecine privée est, actuellement, le secteur le plus attrayant de l’économie russe - selon le médecin. « Nous avons été dispensés de l’impôt sur le revenu, tandis que la demande de services

de qualité reste gigantesque, si bien que les bénéfices sont très importants. Et c’est la première fois que l’État nous aide réellement ». D'après les experts, le marché russe de la médecine privée affichera en 2012 une croissance de 20% et conservera ce rythme pendant encore plusieurs années. « La capitalisation des entreprises médicales privées a déjà atteint des dizaines de millions de dollars, mais les investisseurs misent sur une croissance ultérieure du secteur. La prochaine réforme du régime d’assurance qui donnera aux cliniques privées le droit de participer au système d’assurance maladie obligatoire contribuera sans aucun doute à cette croissance, ce qui stimulera le marché », explique Vladimir Gourdous, PDG de Team Drive, qui dirige deux grands projets médicaux du groupe public russe Rosnano. Le risque principal reste la concurrence des hôpitaux publics qui ont privatisé une partie de leurs services, plus ou moins légalement.


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Régions

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Voyage Découvrez la capitale du Sud de la Russie, au carrefour culturel et commercial des cinq mers

Rostov-sur-le-Don hors cadre C’est l’une des plus belles villes de Russie, grâce aux riches commerçants de l’époque prérévolutionnaire qui bâtissaient de hautes demeures aux façades richement ornées.

Pour s’y rendre Moscou

PAUL DUVERNET

Rostov-sur-le-Don

LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

Où se loger Le Don Plaza est en plein centre mais c'est un énorme « Intourist » sans charme. Plus occidental, l’hôtel Attaché offre un bon rapport qualité/prix.

Où se restaurer Belluci, qui propose une cuisine italienne raffinée et quelques plats locaux dans un charmant endroit. Pirs, un endroit très à la mode accueillant la jeunesse dorée mais qui n’en possède pas moins une cuisine succulente.

© LORI/LEGION MEDIA

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FAITS SUR LA VILLE

Le réseau de tramway de Rostov-sur-le-Don est le seul de Russie à posséder un écartement européen des rails (1.435 mm). Ceci est dû au fait que le prédécesseur du tram de Rostov était un tramway hippomobile, appartenant à une société par actions belge, qui a construit les rails selon les normes européennes.

Un stade pour le mondial de foot

Un stade de 45 000 places d'un coût de près de 200 millions d'euros sera construit sur la rive gauche du Don pour la coupe du monde de football de 2018. La construction du stade donnera lieu

à l'extension de la ville à l'est car à l'heure actuelle, la majorité du million d'habitants réside sur la rive droite, estime Alekseï Polianski, architecte en chef de la région de Rostov. « Le stade sera le premier ouvrage important que nous construirons sur la rive gauche (le bassin d'inondation du Don, ndlr). Il va de soi qu'il ne sera pas seul. Nous voulons y créer un nouveau centre de la ville ». Après le championnat mondial, près d'une moitié des gradins sera demontée. Le stade ne gardera que 25 000 sièges. Cela suffira largement pour les matchs du championnat national.

trouve plusieurs restaurants chics ». De nombreux squares permettent aux habitants de respirer un air d’autant plus convenable qu’un vent (modéré) chasse la pollution automobile. La proximité de la steppe, l’intensité des échanges et de la construction charge toutefois le pavé de poussière.

L’autre défaut principal de la ville tient au manque d’harmonie architecturale. Les nouveaux gratte-ciels de verre et de béton ont la fâcheuse habitude de « rapetisser » par comparaison les belles demeures bâties par les négociants des XVIII et XIXèmes siècles ou les séduisantes chapelles orthodoxes épargnées par le pouvoir soviétique. Les auto-

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Le théâtre académique Maxime Gorki de Rostov est le seul théâtre au monde construit dans le style constructiviste. Les architectes, cherchant à refléter l’époque de l'industrialisation du pays, ont créé un projet de bâtiment rappelant un tracteur.

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Sous la direction de l’inventeur Alexandre Popov, la première station radio civile de Russie a commencé à émettre en 1901 depuis le bâtiment du poste de pilotage.

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© RIA NOVOSTI

Rostov surplombe le Don majestueux, tout entier penché sur une rive aménagée en promenade arpentée de long en large par les gracieuses « rostovtchanki » (les demoiselles locales), chaque fin d’après-midi. Le climat se montre clément avec cette ville. En hiver, il fait juste un peu plus froid qu'à Bruxelles (4° de différence). Mettez de côté vos stéréotypes sur la Russie, Rostov est situé à 1000 km au sud de Moscou. En été, le climat est méridional, voire caniculaire, franchissant souvent la barre des 40° celsius. Si Rostovsur-le-Don reste peu connue audelà des frontières russes, quelques-uns de ses ressortissants ont acquis une réputation internationale, comme le musicien Iouri Bashmet et les écrivains Mikhaïl Cholokhov (Le Don paisible) et, surtout, Alexandre Soljenitsyne. Sa position géographique non loin des mers Noire, d’Azov et de la Caspienne lui valent le surnom de « ville des cinq mers » (grâce aussi au canaux creusés à l’époque soviétique reliant Rostov avec la Baltique et la mer Blanche). Rostov doit aussi sa qualité de centre névralgique fédéral au fait que les principales voies ferroviaires et autoroutières menant au Caucase passent par elle. Centre régional avec une longue histoire de pôle commercial principal du sud de la Russie, Rostov offre aujourd’hui un visage moderne aux visiteurs. Le pouvoir soviétique a laissé une profonde empreinte en transformant la ville en pôle industriel de premier plan. C'est à cette époque que la ville a franchi la barre du million d'habitants. Aujourd'hui, le temps semble encore s'accélérer. « La ville change à une vitesse phénoménale  », souligne Alexandre Payet, un entrepreneur français installé ici depuis 2007. « Le grand anneau des jardins [principale avenue commerçante] était encore encombrée de troquets de second ordre et de kiosques de fortune. Alors qu’aujourd’hui tout est nettoyé, et on

Le vol de Bruxelles à destination de Rostov-sur-leDon (via Moscou) coûte 500-550 euros pour 7 à 10 h de trajet. Le train vous emmène de Moscou à Rostov-sur-le-Don en 17 heures, le billet coûte entre 65 (2e classe) et 285 euros (1ère classe).

rités municipales seraient bien inspirées d’accorder davantage d’attention à leur patrimoine architectural si elles désirent développer un véritable potentiel touristique. La « capitale du Sud » a récemment reçu une stimulation supplémentaire pour se moderniser. Rostov-sur-le-Don sera l’une des sept villes russes à accueillir la coupe du monde de football de 2018. Des liaisons ferroviaires à grande vitesse et la rénovation perpétuellement retardée de l’aéroport sont au programme. Et, surtout, la construction sur la rive gauche du Don d’un nouveau stade capable d’accueillir 43 700 spectateurs. Budget : 220 millions de dollars, pris en charge par le budget fédéral et la région. Surdimensionné, pour certains autochtones. « Les gradins du vieux stade sont vides pendant la plupart des matches », ricane Pavel, supporter déçu du club local, qui se bat pour rester en première ligue. « Je ne vois pas très bien ce qu’ils vont faire du nouveau ! » Les travaux vont en tous cas créer beaucoup d'emplois et favoriser dans la région l'usage des der-

nières technologies de la construction. L’infrastructure routière souffre à l’inverse d’une saturation comparable à celle de Moscou et réclame une amélioration immédiate. Sur le versant culturel, les habitants louent la qualité de leur théâtre dramatique et du théâtre lyrique. Côté tourisme, le point faible reste la baignade : la mer d’Azov n’est qu’à 20 km, mais les plages dignes de ce nom à 80 km. C’est une mer qui ressemble plus à une immense flaque d’eau trop peu profonde pour s’y baigner et dont la propreté est douteuse. Le Don est lui si pollué que seul les cosaques ivres s’y risquent. Ces derniers forment le cœur du folklore local. Paysans guerriers chargés depuis le XVIème siècle de défendre le flanc sud de l’empire russe, les Cosaques sont célèbres pour leurs exploits militaires, leurs danses athlétiques et leurs chœurs virils. Décimés durant la guerre civile pour avoir choisi à 80% de combattre les révolutionnaires, ils tentent de renouer avec leur mode de vie traditionnel dans quelques villages (qu'ils appellent "stanitsa") dispersés autour de Rostov.

Tradition Logé dans un écrin de verdure, ce village offre une atmosphère rappelant les plus belles pages du « Don Paisible » de Cholokhov

Starotcherkassk et sa Grande armée de Cosaques du Don IRINA CHOUVALOVA LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

Plusieurs routes mènent à Starotcherkassk. Mais elles ne permettent pas d'entrer dans la stanitza (village) : à toutes les entrées, l'automobiliste se heurte à un panneau de sens interdit. Selon la légende locale, les autorités ont décidé d’interdire la circulation dans un souci de respect de l’environnement. Au XVIIe siècle, le village de

Starotcherkasskaïa s'appelait Tcherkassk et était la capitale de la Grande Armée du Don. À son apogée, c'était une vraie ville comptant des milliers de foyers. Les remparts de terre et les fortifications dotées de canons étaient en mesure de repousser toute attaque, qu'elle émane des khans tatars ou du tsar de Moscou. Mais le passage des Cosaques au service de l'État a changé le destin de la ville. Afin de venir à bout de la rébellion, la capitale de l'armée du Don a été transférée à Novotcherkassk, et l'ancien avant-poste cosaque a été nommé de façon humiliante Starotcherkassk (« Vieille Tcher-

kassk »). De son ancienne grandeur ne sont restés que les canons pris aux Turcs, les dépendances de l'Ataman (le chef), la cathédrale militaire de la Résurrection et la maison de Kondrat Boulavine [leader de l'insurrection des cosaques en 1708, ndlr], dont les habitants sont particulièrement fiers. Quoi qu'il en soit, le village mérite le détour pour sa magnifique église de la Résurrection. À noter l’étonnant soleil (symbole païen) ornant le vestibule et les splendides peintures de l’iconostase récemment restaurées. Logé dans un écrin de verdure, Starotcherkassk offre un oasis de calme et une atmosphère rappelant les plus belles

Sergueï Balakleev RÉDACTEUR EN CHEF DU JOURNAL "LES COSAQUES". RADIO SVOBODA

"

C'est une communauté de personnes rassemblées dans un même esprit, qui honorent leurs ancêtres, et qui vivent selon les règles édictées par ces ancêtres. Les gens qui veulent entrer dans cette communauté, doivent accepter ce code d'honneur. Les cosaques sont profondément orthodoxes, ils vivent selon les canons de l'église".

© ITAR-TASS

Au XVIIe siècle, Starotcherkassk était la capitale de la Grande armée du Don. Aujourd'hui, c'est un charmant village authentique dans la banlieue de Rostov.

IL L'A DIT

Un endroit idéal pour observer la renaissance de la culture cosaque.

Un oasis de calme et une atmosphère qui rappellent les plus belles pages du « Don Paisible » de Cholokhov

pages du Don Paisible de Cholokhov. C'est un des endroits à visiter pour observer la renaissance de la culture cosaque. Il faut d'ailleurs distinguer plusieurs types de cosaques. Les premiers sont les héritiers des Cosaques des rives du Don et de Kouban, baignés par les valeurs cosaques : l’orthodo-

xie, le patriotisme, le courage, la force de l’esprit, caractéristiques de l’homme et de la femme. L’autre « lignée » est représentée par les membres d’organisations formées dans les années 90, ou par les amateurs de culture et de musique cosaque participant aux ensembles folkloriques, pourtant pas nécessairement cosaques à l’origine.


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Opinions

PREMIER PAS VERS LA LÉGITIMITÉ Konstantin von Eggert POLITOLOGUE

es élections du Conseil de coordination de l'opposition russe sont terminées. Ceux qui doutaient de la portée politique de l'événement ont obtenu ces derniers jours plusieurs preuves du fait que ce scrutin était d'une importance cruciale du point de vue des autorités. Des preuves telles que la diffusion du film Anatomie d'une protestation-2 [la deuxième partie du reportage controversé, qui raconte l'origine du mouvement de protestation russe, a été retirée de l'antenne, ndlr], la détention de Sergueï Oudaltsov, l'histoire des dix candidats fantômes de MMM [pyramide financière, ndlr], qui ont soudainement ressenti l'envie irrépressible d'être élus au sein du conseil, avant de refuser de retirer leur propre argent des caisses... Je pensais que les attaques informatiques contre le site web du Conseil de coordination constitueraient l'apogée de la campagne du Kremlin visant à faire la « promotion » médiatique du nouvel organe de l'opposition. Mais je me trompais. Apparemment, les autorités ont jugé insuffisant leur travail visant à populariser leurs adversaires et ont fourni un bonus aux coordinateurs, désormais élus. Dans un tel contexte, l'opposition n'a tout simplement pas le droit de décevoir les attentes du gouvernement. Blague à part, la cause de la nervosité des « siloviki » (structures de sécurité) est claire : Alexeï Navalny, Garry Kasparov, Ksenia Sobtchak, et tous les autres membres élus du conseil ont fait le premier pas vers l'acquisition de la chose la plus importante pour toute personna-

L

© VIKTOR BOGORAD

Dmitri Babitch ANALYSTE

es Russes préfèrent-ils Romney ou Obama ? En réalité, aucun des deux candidats ne suscite les passions, en raison d'une fascination en berne pour tout ce qui est américain, y compris le sacro-saint rituel de l'élection présidentielle américaine. Contrairement à ce que dit Romney, la Russie, tout en n'étant pas l'incarnation de la démocratie ou de la prospérité économique, n'est certainement pas une menace pour les États-Unis. Ce n'est pas non plus une menace pour ses voisins. Les radotages du leader géorgien Mikhaïl Saakachvili concernant les politiques « agressives » du Kremlin, par exemple, devraient soulever des doutes précisément en raison de leur caractère provocateur. Les voisins de l'Union soviétique de Staline évoquaient rarement, à l'apogée de sa puissance dans les années 1940 et 1950, le caractère agressif du dictateur soviétique, de peur de le provoquer et de devenir sa prochaine victime. Les agresseurs potentiels sont généralement tranquilles, on les provoque rarement. Ce sont des choses faciles à voir. Ainsi, quand Obama a dit à Romney lors du dernier débat : « Vous semblez vouloir ressusciter la po-

L

litique étrangère des années 1980 », il a en réalité exprimé les sentiments de beaucoup de Russes. De nombreux Russes, tout comme beaucoup d'Américains, se posent la question suivante : la différence entre Romney et Obama n’est-elle que rhétorique ? En fait, Romney promet de faire des choses qu'Obama réalise déjà, mais avec plus d'énergie. Plus d'exécutions de terroristes présumés (en tuant des civils à l'occasion) à l'aide de drones, plus de sanctions contre l'Iran, plus de rigidité avec la Russie... En fait, la fameuse « inflexibilité » républicaine envers Moscou a parfois conduit à de belles relations personnelles entre les dirigeants soviétiques et leurs homologues américains. « Les dirigeants soviétiques ont parfois bénéficié de la présence des Républicains à la Maison Blanche, car la rhétorique dure de ces derniers fournissait l'excuse rêvée pour plus d'idéologie et de programmes de réarmement à l'intérieur de l'URSS », se souvient Dimitri de Kochko, un analyste français de la politique étrangère. Au lieu de montrer sa préoccupation au sujet de la déclaration fracassante de M.Romney sur l'« ennemi géopolitique numéro un », M. Poutine a immédiatement remercié « Mitt » pour cette phrase, car elle a permis au président russe de démontrer à son peuple que le

bouclier antimissile américain rapidement déployé en Europe pourrait tomber entre de « mauvaises mains ». Dans cette situation, Poutine n'a pas voulu émettre de jugements moraux : il s'est comporté comme un acteur politique qui profite avec sang-froid des erreurs de son ennemi.

Les Américains ne méritent-ils pas quelqu'un de moins arrogant que l'assez fourbe M. Obama ?

Poutine n'a pas émis de jugements moraux : il a profité avec sangfroid des erreurs de son ennemi En fait, on semble se rapprocher de la solution d'une énigme ancienne. La voici : pourquoi les candidats démocrates étaient-ils plus populaires auprès des simples Russes (Kennedy et Roosevelt étaient les seuls personnages totalement positifs, même pour les médias soviétiques ultra-critiques), tandis que les dirigeants

soviétiques s'en sortaient mieux avec les républicains bellicistes ? La réponse à cette question ne réside pas dans la faiblesse ou la force militaire de la Russie (que Reagan a sans doute écrasée). Sous Staline, la supériorité militaire américaine sur la Russie était bien plus évidente, mais elle ne conduisit pas à la paix dans les années d'après-guerre. La réponse, comme d'habitude, réside dans la perception. Les candidats comme Romney font que les Russes à Moscou et les Syriens à Damas se sentent comme des otages. Et tout otage rêve d'une forteresse, que les dirigeants soviétiques se sont empressés de fournir. Poutine n'est pas ce genre de personne. Le récent accord de la Russie avec BP montre à quel point il est éloigné de l'isolationnisme. Mais la bouche de Romney est un instrument si pratique : grâce à elle, vous pouvez « geler » et « débloquer » les réformes dans votre forteresse assiégée quand vous le souhaitez. Un homme d'État pragmatique comme Poutine pourrait-il rêver de quelque chose de mieux ? Finalement, le peuple des ÉtatsUnis ne mérite-t-il pas quelqu'un de plus compétent et de moins arrogant que la seule alternative à l'assez fourbe Monsieur Obama ? Dmitri Babitch est un commentateur politique de RIA Novosti.

LU DANS LA PRESSE GUERRE OUVERTE CONTRE L'OPPOSITION Le militant d'extrême gauche Léonid Razvozjaev a été enlevé à Kiev par les services spéciaux russes alors qu'il s'apprêtait à demander l'asile politique. C'est la première fois qu'une telle opération est montée dans un pays étranger. Léonid Razvozjaev affirme avoir été ensuite torturé et forcé à signer des aveux. Les autorités russes l'accusent d'avoir fomenté un soulèvement et d'avoir accepté le financement d'un député géorgien.

Préparé par Veronika Dorman

OPPOSANT = TERRORISTE ?

À QUI DÉSSERT LE CRIME ?

LE DERNIER MOT N'EST PAS DIT

Olga Kouzmenkova

Mikhaïl Rostovski

Éditorial

GAZETA.RU, 23 OCTOBRE

MOSKOVSKI KOMSOMOLETS, 26 OCTOBRE

VEDOMOSTI, 25 OCTOBRE

Le comité d'enquête essaye de nous convaincre que Razvozjaev a eu une envie subite de faire amende honorable. L'histoire de Razvozjaev est sans précédent pour l'opposition russe. Même dans "l'affaire du 6 mai" (manifestation de l'opposition qui a fini en bastonade, ndlr), les services de sécurité se comportent de manière relativement civilisée, les suspects ont le droit de voir leurs avocats et personne ne se plaint d'avoir été torturé. Le cas de Razvozjaev ressemble moins à la poursuite d'opposants politiques que de suspects de terrorisme. Est-ce que désormais, pour le pouvoir russe, un militant de l'opposition est comme un terroriste ?

Dans certaines situations, les services spéciaux des pays les plus démocratiques peuvent "oublier" les conventions internationales. Les États-Unis, par exemple, utilisent allègrement l'arrestation en territoire étranger. Je ne dis pas cela pour excuser nos agents, mais pour rappeler que les "arrestations extraordinaires" relèvent d'une "zone grise" du point de vue de la morale et du droit international. Ma question est la suivante : l'affaire Razvozjaev appartient-elle à la catégorie "la fin justifie les moyens" ou bien ressemble-t-elle aux "erreurs" des services américains sous Bush Junior, qui attrappaient des citoyens innocents et les soumettaient à des traitements pas très humains.

Il est évident que malgré toutes ces preuves qui ne prouvent rien et qui ont été obtenues de manière illégale, le procès contre Oudaltsov aura lieu et sera public. Les autorités ont permi à Razvozjaev de raconter sa version des faits aux journalistes qui l'ont tout de suite publiée, ce qui laisse supposer qu'elles veulent un procès médiatisé et scandalisant comme celui des Pussy Riot. L'une des conséquences de cette nouvelle stratégie est l'élargissement des limites de ce que se permet le pouvoir. L'affaire des Pussy Riot s'est soldée par une limitation de la liberté de parole et de conscience. Reste à voir quelles seront les effets de l'affaire Oudaltsov.

Dans un tel contexte, l'opposition n'a tout simplement pas le droit de décevoir les attentes du gouvernement élus au Conseil y seront toujours, disons, dans un an. Je ne suis pas convaincu que le travail de cette structure sera couronné de succès. Je ne doute pas qu'il sera difficile pour des gens aussi différents de trouver une langue commune. Mais ce que je sais, c'est que tous ceux qui se sont rendus à ce scrutin – gagnants et perdants – ont compris le principal au sujet de la politique, ce sans quoi faire de la politique n'a aucun sens. Konstantin von Eggert est politologue. Article publié dans Kommersant

© VIKTOR BOGORAD

ROMNEY OU OBAMA, LEQUEL EST PIRE ?

lité politique – la légitimité. Sans élections, celle-ci est impensable. Malheureusement, Mikhaïl Gorbatchev ne l'a pas compris en son temps. En 1990, il n'a pas osé annoncer des élections générales du président de l'URSS et y participer, préférant être élu lors d'une session du Congrès des députés du peuple. Boris Eltsine, lui, l'a en revanche parfaitement saisi. Il était prêt pour confirmer sa légitimité à faire un discours juché sur un tank 1991 et à danser sur scène dans un état de pré-infarctus cinq ans plus tard. Le nombre de votants (effectivement pas très élevé dans le cas des élections du Conseil de coordination) est moins important que la disposition à soumettre sa position au jugement du public. Je ne sais pas si tous les membres

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Littérature

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CHRONIQUE LITTÉRAIRE

QUESTIONS & RÉPONSES

Au pays des Cosaques

TITRE : MES TREIZE ONCLES AUTEUR : V. OTROCHENKO ÉDITION : VERDIER TRADUIT PAR ANNE–MARIE TATSIS-BOTTON

Tchekhov passe l'existence humaine au peigne fin

Pourquoi transposez-vous systématiquement le texte original de la pièce en langage familier ? Pour moi, dans un spectacle de Tchekhov, il est important de déceler le vrai. Pour nous, étrangers, c’est encore plus difficile car nous avons à faire à de vieilles traductions. Une traduction est toujours artificielle car elle est faite par des gens qui s'efforcent de respecter un langage académique. Or l’académisme est contraire à Tchekhov. C’est pourquoi j’essaie,

en un sens, de réinventer sa langue et de montrer à quoi elle aurait pu ressembler de nos jours. Dans ce but, je demande dans un premier temps aux comédiens d’apprendre le texte traduit, puis de le réciter avec leurs propres mots.

parle de la nature de la pensée humaine et de la nostalgie. Nous éprouvons souvent la nostalgie et ne parlons jamais de la mort, alors que c’est ce qui nous attend tous.

© SERVICE DE PRESSE (2)

Luc Perceval, metteur-en-scène célèbre pour ses relectures très contemporaines d’oeuvres classiques, présente au Festival international de théâtre Les saisons Stanislavski ses spectacles Otello et La cerisaie. Il nous parle de sa vision personnelle des oeuvres de Tchekhov.

Une scène du spectacle La Cerisaie.

Luc Perceval.

jours l’espace scénique existant. La scène est l’endroit où nous nous trouvons ici et maintenant.

Le refus de lieux d’action concrets est-il également dicté par l’époque moderne ? Je n’aime pas le naturalisme de la pièce : ce sont les vestiges d’un temps révolu, qui ne sont plus d’actualité. Quand Tchékhov écrivait, le théâtre tendait vers le réalisme, s’efforçant de rattraper le cinéma, d’où le changement constant des lieux d’action : premier acte dans la maison, deuxième dans le jardin, etc. C’est très illusoire, quand le théâtre essaie de ressembler à la vie, ça sonne faux. J’utilise tou-

Qu’évoque La cerisaie de nos jours ? Nous avons trouvé que cette dernière pièce de Tchekhov parle de la mort. De la perte. Les personnages savent qu’ils doivent se rendre, lâcher, vendre leur cerisaie et abandonner tous les souvenirs qui vont avec. Après, il se passera autre chose, mais quoi ? C’est cela justement la vie : la mort et la renaissance. Pour moi, La cerisaie, ce n’est pas seulement une oeuvre naturaliste sur la Russie, cette pièce

Vous avez défini Tchekhov comme un auteur politique. Qu’est-ce que vous avez voulu dire ? Tchekhov est l’un des meilleurs analystes de tous les temps, il passe l’existence humaine au peigne fin. Il dévoile la dualité de l’homme, notre désir de vivre et notre peur de mourir. La peur et l'angoisse sont des thèmes très politiques car la société moderne se livre à un autocontrôle permanent par le biais de l’exploitation des multiples phobies. Nous vivons tous dans un état de frustration permanent et c’est très proche de l’univers de Tchekhov. Pour vous, y a-t-il une différence entre la mentalité de l’Est et de l’Occident ? En Occident, il existe un stéréotype de l’âme russe et de son côté pathétique. Mais moi, je n’y crois pas. Quand je lis Tchekhov, j’ai l’impression que je connais chacun de ces héros personnellement. Ce sont mes voisins, mes amis, mes tantes et oncles. Quant à l’âme russe, c’est Dostoïevski qui l'a décrite le mieux.

Je suis justement en train de mettre en scène ses Frères Karamazov. Le seul moyen de comprendre le théâtre russe est de travailler longtemps en Russie, moi je n’y suis que de passage. J’espère que bientôt, j’arriverai à venir approfondir mon travail sur place. Pourquoi Dostoïevski maintenant ? Et pourquoi les Karamazov ? Dostoïevski est un écrivain du niveau de Shakespeare, il répond aux grandes questions existentielles. Aujourd’hui, avec la chute du capitalisme, le monde occidental s’enfonce dans le chaos, et des grands auteurs du niveau de Dostoïevski sont plus que d’actualité, les gens ont besoin de sens profond et de réponses aux questions essentielles. Et puis, j’ai choisi les Frères Karamazov aussi car ce roman possède tous les ingrédients indispensable à une bonne pièce de théâtre. Une histoire simple avec une configuration dramaturgique claire, qui parle du père et de ses fils. Tous les gens sont attachés à la famille et ainsi peuvent se sentir proche du système décrit par Dostoïesvski. Propos recueillis par Oleg Karmounine, Izvestia

Cinéma Profitez du festival consacré au jeune cinéma russe entre les 14 et 19 novembre prochains

Le Centre Culturel et Scientifique de Russie à Bruxelles invite les cinéphiles à découvrir quelques uns des futurs grands noms du cinéma russe. DARIA MOUDROLIUBOVA LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

Depuis quatre ans déjà, la représentation russe en Belgique et aux Pays-Bas organise un festival de cinéma russe consacré aux jeunes cinéastes, en collaboration avec l'Université de cinéma et télévision de Saint-Pétersbourg. La sélection présentée le 15 novembre prochain au Centre Culturel et Scientique de Russie à Bruxelles par le réalisateur et scénariste Constantin Lopouchansky comportera six courts-métrages primés lors de différents festivals en Russie. Si certains films restent à l'orée du cinéma professionnel, deux méritent vraiment le détour. Tout d'abord, l'excellent Prodige de Guzel Ilyasova, l'un des huit courts-métrages qui représentaient la Russie au Short Film Corner du dernier Festival de

Cannes. Une petite fille dans un bois enchanté créant des miracles par la seule force de sa volonté : une merveille de poésie servie par des interprètes d'exception, à la photographie très maîtrisée qui renvoie à l'univers magique de la photographe néerlandaise Ellen Kooi. L'auteur du deuxième courtmétrage, Anatoly Belyaevsky, enseignait l'histoire dans un collège dans la région de Volgograd jusqu'à très récemment, et n'avait jamais tenu une caméra avant d'assister à un court programme de formation continue à l'Université de Saint-Pétersbourg. Le voilà propulsé au palmarès du festival Piterkit, où son film Perdus en Russie a décroché, l'année dernière, le Grand Prix à l'unanimité. Les enseignants seraientils les mieux placés pour observer les plus infimes évolutions de la société, là où elles prennent source ? La position de Belyaevsky n'est pas sans rappeler celle de François Bégaudeau, auteur de Entre les murs, ou encore

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Nouvelles générations - nouveaux noms

Perdus en Russie, d'Anatoly Belyaevsky, et Prodige, de Guzel Ilyasova, deux films qui valent le détour. d'Alexeï Ivanov, auteur de l'un des meilleurs romans des dix dernières années en Russie, Le géographe a bu son globe. Tous deux sont des professeurs de lycée qui ne reconnaissent plus le monde de leurs élèves. Belyaevsky, lui, a choisi de s'éloigner de sa classe pour mieux observer deux congénères co-

casses dont la joie de vivre avait rejailli jusque dans la salle de projection du festival. Dans un village sur le Don, deux amis revoient la notion de glamour, pris dans un élan poético-éthylique : un traîneau pour limousine, une cabane dans les arbres pour penthouse. Loin des clichés du genre, il n'y a, dans Perdus en Russie,

point d'agressivité, de bagarres, d'injures, ni de discussions à n'en plus finir, mais plutôt un huisclos campagnard prêt à tout instant à éclater... de rire. À voir au Centre Culturel et Scientifique de Russie à Bruxelles Rue du Méridien, 21 - 1210 Bruxelles. Séances ensuite dans les universités en Belgique.

Encore un auteur que nous font découvrir les éditions Verdier ! Vladislav Otrochenko, déjà récompensé en Russie par plusieurs prix, s’inscrit d’emblée dans la lignée des écrivains russes que sont Boulgakov et Gogol et, davantage encore, des écrivains latino-américains, tenants du réalisme merveilleux. Otrochenko puise son inspiration dans ses racines, la culture des Cosaques du Don avec son folklore et ses mythes. S’ingéniant à brouiller les pistes temporelles et matérielles, à mêler l’illusoire et le réel, l’auteur de Mes treize oncles brosse dans une prose jubilatoire et baroque, le portrait de la pittoresque famille Mandrykine : la mère Annouchka, le père Malakh, dit l’Immortel, géniteur d’une lignée loufoque, 13 fils « enfavorisés » de naissance tous arborent dès leur apparition au monde d’imposants favoris - dont l’aîné Semion, le plus beau et le plus doué, est en fait le fils putatif d’un Grec de passage, Antipatros, artiste, devin et fin stratège comme son illustre homonyme. Ils vivent dans une maison qui s’ouvre à l’infini sur des volées de marches, des jardins, des enfilades gigantesques où la joyeuse fratrie se perd ellemême, oubliant un certain temps, à moins que ce ne soit un temps certain, L’Immortel, dans un cagibi ! Ces légendes pour un album de photographies (c’est le soustitre de l’ouvrage) s’élaborent autour des clichés réalisés à des moments divers, mariages, enterrements, Noël, Pâques. La famille est entourée d’une parentèle nombreuse et agitée, donc floue, qui s’efforce d’être immortalisée par le photographe qui n’a pas apprivoisé le temps, mais « seulement le mirage de l’instant, le mirage périssable d’un certain instant choisi qui brille précieusement comme un diamant indestructible, dans l’écrin de l’éternité voulue par Dieu… », pas plus que l’espace, car le hors-champ « infini, non imprimé, (est) séparé à jamais par les frontières infranchissables de l’image triomphalement nette comme le territoire d’un immense État est séparé d’une enclave petite, mais indomptable ». Il y a dans Mes treize oncles une incontestable jubilation à décrire avec une profusion d’adjectifs, à distordre la phrase, à triturer la langue, pour embarquer le lecteur dans un tourbillon hallucinatoire, passant du moment infiniment précis de l’éclair lumineux à l’Histoire, de l’infiniment grand au détail, pour questionner les notions constitutives de la culture et de la condition de l’homme, l’espace et le temps. Christine Mestre Découvrez d’autres chroniques sur larussiedaujourdhui.be


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Loisirs

Art Sauvetage d'un monument

EMMANUEL GRYNSZPAN LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

L'Oudarnik « va redevenir un phare de la vie culturelle moscovite après avoir disparu de la scène pendant plus d’une décennie », se réjouit Chalva Breus, entrepreneur et mécène russe. La fondation ArtChronika, qu’il préside, a reçu de la Mairie de Moscou, propriétaire de l’Oudarnik, un bail de 49 ans pour transformer le lieu en musée d’art contemporain. Construit en 1931, l’Oudarnik a tour à tour été un cinéma et un théâtre qui a fonctionné même aux heures les plus noires de la seconde guerre mondiale. Mais dans les années 90, l’endroit s’est peu à peu dégradé et le rez-de-chaussée a été occupé par un casino. Heureusement, un sursaut culturel observé ces deux dernières années, grâce notamment au changement de maire, a contribué à redonner à l’Oudarnik sa fonction culturelle première. La première exposition est dédiée aux artistes nominés pour le Prix Kandinski, la distinction la

plus respectée du monde de l’art contemporain russe. Les visiteurs peuvent admirer sur trois niveaux les œuvres de 35 artistes appartenant à deux sélections : le prix de l’année et le prix du meilleur jeune artiste. Dans la 1ère sélection figurent des artistes mondialement reconnus comme les vidéastes d’AES+F, le maître du land art Nikolay Polissky, le sculpteur Dmitry Gutov et le plasticien Andrei Monastyrsky. AES+F est présent avec son dernier projet « Allegoria Sacra » qui a déjà été montré dans divers lieux de la capitale. Nikolay Polissky est plus rarement exposé, sans doute à cause de la taille monumentale de ses œuvres. Son « Esprit Universel » trône au centre du salon d’honneur, tel un cerveau de bois commandant tout l’espace alentour. Le second étage (l’ancienne salle de cinéma) est baigné dans la pénombre, mais grâce à de savants éclairages, plusieurs installations y font merveille, en particulier « l’Heure H » de Grisha Bruskin. Cette série de sculptures blanches représente avec humour les phobies du citoyen soviétique. Tous les médias, tous les supports sont présents, de la vidéo aux installations et à l’art conceptuel. On trouve du post-Duchamp (le ready-made de Jilaev), de la

« L'esprit universel », scultpure de Nikolay Polissky, au centre du salon d'honneur. Au fond à droite, projection d'« Allegoria Sacra », d'AES+F.

peinture (Safronova), du dessin, des maquettes (la remarquable « Usine Utopie » du groupe ZIP), des collages et, bien entendu, beaucoup de photographie (Gavrilova et Khoroshilova). Dans la variété des thèmes abordés, on note la forte présente de la religion, non seulement orthodoxe, mais également musulmane (Garunov). Et encore le thème de l’immigration (Khoroshilova) et celui de l’apocalypse (AES+F). Le jury, composé presque pour moitié d’experts internationaux, rendra public une présélection de trois vainqueurs dans chaque catégorie. Les deux vainqueurs ultimes ne seront annoncés qu’au début décembre. Les visiteurs sont d'ailleurs invités à donner leur

© RG

Le cinéma culte « Oudarnik » ("cogneur", en russe), haut lieu de l'avant-garde soviétique, devient un musée d'art contemporain.

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Le retour du « Cogneur » sur la scène moscovite

Iouri Shabelnikov : oeuvres de la série "Post Biblique".

avis sur le site www.kandinskyprize.ru. L’exposition, pour sa part, restera ouverte au public jusqu’au 16 décembre prochain. Tout l’espace de l’Oudarnik a été repensé pour accueillir des expositions. Kirill Svetlyakov, commissaire de l’exposition, rappelle que l’Oudarnik n’a pas été conçu pour accueillir des œuvres plastiques, mais assure que l’espace sera repensé entièrement à l’aide d’architectes. « L’Oudarnik est à l’image de l’ère soviétique : à la fois archaïque et moderne. Nous avons conservé ces deux temporalités tout en les synchronisant avec les œuvres d’art. Cela permet au visiteur de jouer avec le temps et de se « synchroniser » lui-même ».

Gourmets La chaîne de boulangerie belge rencontre un franc succès en Russie malgré une concurrence croissante

Les Moscovites en font leur Pain Quotidien TATIANA CHRAMTCHENKO LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

Situé sur la rue piétonne du Stary Arbat, en plein coeur de Moscou, entre un magasin de téléphonie et un antiquaire, ce café apporte un véritable bol d’air frais, avec son air de maison de campagne. En entrant, on remarque d’emblée la prédominance des matières simples et naturelles : parquet, tables et chaises en bois, tapisserie au mur, un long comptoir avec des tabourets disposé le long de la grande fenêtre. Près de la vitrine aux pâtisseries alléchantes, un gigantesque buffet en bois avec d’innombrables bocaux remplis de gourmandises. Lors de la création de sa chaîne de boulangerie en 1990, le chef

cuisinier belge Alain Coumont a puisé son inspiration dans le style campagnard. Et il a touché juste, en Russie la tradition des « datchas » et des week-ends à la campagne reste très ancrée. Aujourd’hui, c’est avec plaisir que les Moscovites viennent passer un moment de détente au Pain Quotidien, où il sont reçus chaleureusement avec une corbeille de viennoiseries et de petits pains fleurant bon l’hospitalité campagnarde. Peu de visiteurs ce samedi matin. Autour d’une grande table ovale, de jeunes gourmandes (au milieu de la table, trois impressionnants bocaux de confiture sont à l’honneur) papotent de leur programme du week-end. La grande table commune est l’incontournable élément de chaque café de la chaîne. Elle sert non seulement à installer les joyeuses bandes d’amis mais aussi à réunir des gens qui ne se connaissent pas autour d’une

de visiteurs russes que de touristes. « Moi je prendrai des oeufs et du poisson, comme d’habitude », lance un homme d’une cinquantaine d’années depuis le seuil de la porte. « Pour moi aussi ce sera comme toujours deux oeufs et du saumon, une corbeille de petits pains français, du café et du lait à part ! Merci ! » ajoute la dame qui l’accompagne. Selon la responsable du café, Nadia, 27 ans, beaucoup de clients sont des habitués qui ont leurs plats de prédilection. Apparemment, la bonne vieille tradition européenne des cafés « du coin », où l’on peut manger un bout pas loin de chez soi semble s’installer dans la capitale russe. «  Nos clients prennent avant tout des

© TATIANA CHRAMTCHENKO (2)

À Moscou, qui ne souhaite commencer sa journée par un petit déjeuner gourmand comme en Belgique ? Nous avons profité de la matinée pour déguster les spécialités du Pain Quotidien.

Dans le café - boulangerie Le Pain Quotidien.

tasse de café et d’une conversation désinvolte, pour commencer la journée du bon pied. Dans un coin, un couple âgé de touristes allemands savourent leur chocolat chaud dans des bols tout en discutant des monuments à visiter. Le Pain Quotidien est l’un de ces endroits où il y a autant

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croissants et du pain, raconte Nadia. Pour le petit déjeuner, ils commandent en général une omelette ». En plus des plats traditionnels français, le café propose également des petits-déjeuners typiquement russes : de la kacha d’avoine avec du miel ou les syrniki (galettes de fromage blanc) accompagnés de yaourt et de fruits. Les grands dormeurs peuvent commencer leur journée du weekend plus tard par le déjeuner avec un somptueux velouté préparé par les chefs français et belges. Ce potage n’est pas chose courante pour les Russes mais ils commencent sérieusement à y prendre goût. Il se mange lentement pour déguster chaque cuillérée, en l’accompagnant de bon pain frais. Il n’est pas rare que ce genre de « déjeuner » se prolonge jusqu’à 15-16 heures de l’après-midi. Et pourquoi ne pas se le permettre ? Aujourd’hui, c’est jour de repos !

Le prochain numéro sort le 5 décembre

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La Russie d'Aujourd'hui est une source d'informations politiques, économiques et culturelles internationalement reconnue. Elle propose une c...

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