La Russie d'Aujourd'hui

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Le talisman des diplomates Le photographe russe Edouard Pessov expose ses portraits de célèbres diplomates en juin à Bruxelles. P. 7

La BD russe sort de l'anonymat

Perçue comme un genre bas de gamme, la BD lutte pour accéder au rang de 9ème art. P. 7

Produit de Russia Beyond the Headlines

Ce supplément est édité et publié par Rossiyskaya Gazeta (Moscou, Russie) qui assume seule l'entière responsabilité de son contenu Mercredi 6 juin 2012

On peut rire de presque tout !

SOCIÉTÉ

Les cadres s'enfuient en province © SHUTTERSTOCK/LEGION-MEDIA

Zinedine Zidane à l'émission « Ourgant du Soir », un talk show au format du célèbre « Late Night Show » américain.

Soucieux d’améliorer leur cadre de vie, de plus en plus de cols blancs sont prêts à quitter Moscou pour suivre leur entreprise en banlieue. Face à l’encombrement de la capitale, les petites villes attirent beaucoup d’entreprises amenant avec elles un développement économique et une conception du travail plus moderne dans un cadre de vie à échelle humaine. Des délocalisations qui semblent de plus en plus attractives. PAGE 3

© RUSLAN ROSCHUPKIN

En Russie, l’humour est une ressource naturelle. La réserve d’histoires drôles et d'anecdotes est inépuisable et sans cesse renouvelée. Et l’industrie du rire est un secteur florissant. Il ne se passe pas un mois sans qu’une nouvelle émission, série ou un nouveau spectacle ne soit créé.

La plupart des projets comiques télévisuels sont empruntés à l’étranger, comme le célèbre « Comedy Club », un show de stand-up à l’américaine, dont le succès ne tarit pas depuis sa création en 2005. Les principaux humoristes de l’estrade russe aujourd’hui y ont fait leurs premières armes.

À l’instar d’Ivan Ourgant, le chouchou de la principale chaîne d’État, qui y anime et co-anime plusieurs émissions en prime-time. Si le rire télévisé est plutôt politiquement correct et rarement irrévérencieux à l’égard du pouvoir, c’est sur Internet que l’humour se fait vé-

ritablement satire, sous toutes les formes : caricatures, vidéos, photomontages, affiches. La critique du régime y est aussi drôle que mordante.

PHOTO DU MOIS

Gouvernement sous influence du Kremlin

20 ans de chorégraphie

Beaucoup de nouveaux noms apparaissent dans l'équipe, mais les experts doutent des objectifs de réformes. Les décisions importantes seront prises par le Kremlin, estiment-ils. M. TOVKAÏLO, M. LUTOVA, O. KOUVCHINOVA

Vladimir Poutine a signé le mois dernier les décrets entérinant la naissance du nouveau gouvernement. Le président et son Premier ministre Dmitri Medvedev avaient promis un important renouvelle-

© ITAR-TASS

VEDOMOSTI

Seuls deux vice-Premiers ministres sur sept sont nouveaux.

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EN LIGNE SUR

LARUSSIEDAUJOURDHUI.BE

© PHOTOSHOT/VOSTOCK-PHOTO

ment au sein du gouvernement et ils ont tenu parole : 15 ministres sur 21 sont nouveaux, dont Andreï Belooussov au Développement économique, Maxime Sokolov au Transport ou Alexandre Novak à l’Énergie. Parmi les 7 vice-Premiers ministres en revanche, seul deux sont des nouveaux venus : Arkadi Dvorkovitch est chargé de l’Économie et de l'Énergie et Olga Golodets des Questions sociales. Il y a aussi des changements structurels : la séparation du ministère de la Santé et du Développement social en deux entités distinctes, la réouverture de l'Agence fédérale chargée de la construction, la création d’un ministère de l’Extrême-Orient.

Les solistes de Lar Lubovitch Dance Company, Katarzyna Skarpetowska et Brian McGinnis, lors du concours Benois de la Danse au Bolchoï le 22 mai 2012. Ce concours annuel a été lancé par l'Association internationale de la Danse à Moscou en 1991.

En 10 ans, le cheerleading, ce sport venu des États-Unis, s’est fortement développé en Russie en dépassant les stéréotypes et préjugés qui y sont généralement associés.

Les échanges commerciaux et industriels entre Belgique et Russie s'intensifient. Une excellente nouvelle dans le contexte de morosité ambiante.

Lipetsk, ville fondée par Pierre Le Grand et lieu de villégiature privilégié de l’aristocratie russe, se glorifie de posséder une solide industrie métallurgique et une station thermale de renom.

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© GEOPHOTO

Repos d'aristocrate

© NIKOLAI KOROLIOV

Intérêt mutuel © IMAGO/LEGION MEDIA

Un sport émergent

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Vladimir Poutine et sa remuante "filleule" Ksenia Sobtchak, fille du mentor de Vladimir Poutine, est une célébrité de la télévision et, depuis peu, une figure de l'opposition. Le journaliste Alexeï Pankin décrypte ce cas de conscience de Poutine.

SUITE EN PAGE 8 : NOTRE ENTRETIEN AVEC IVAN OURGANT ET LES CARICATURES DE SERGUEÏ ELKIN

Politique Le nouveau cabinet ministériel à la loupe

OPINIONS

Entretien avec le violoniste russe Andreï Baranov LARUSSIEDAUJOURDHUI.BE


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Politique

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Gouvernement sous influence suite de la premiÉre PAGE

Micro-Trottoir

Réactions au nouveau gouvernement

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Un certain nombre de figures impopulaires telles que Nourgaliev et Golikova sont parties. Je pense donc que la société accueillera favorablement la composition de ce gouvernement. Mais en principe, pour la majorité de la population, la composition du gouvernement n’est pas réellement importante.

Dmitri Orlov,. directeur d’une agence de communication politique et économique

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La plupart des nouveaux ministres étaient déjà vice-ministres, ils savent comment faire fonctionner un ministère.

Alexeï Makarkin, vice-président du Centre

Le Premier ministre Dmitri Medvedev serre la main d'Alexandre Novak lors de la première réunion du nouveau gouvernement.

Les priorités pour le gouvernement sont de garantir une croissance positive et améliorer le climat des affaires miste en chef d’Alfa Bank Natalia Orlova, le nouveau gouvernement va sûrement se concentrer sur la stabilité budgétaire plus que sur les réformes : Chouvalov, le ministre des Finances Silouanov et le ministre du Développement économique Belooussov, devraient suivre une politique de rigueur budgétaire. D’après elle, les marchés salueront l’arrivée de Dvorkovitch qui adhère aux principes de l’économie de marché et a conquis la confiance des investisseurs quant il était conseiller du président Medvedev. Selon l’économiste de HSBC

Alexandre Morozov, la désignation de Dvorkovitch et Golodets aux postes de vice-Premiers ministres annonce un renforcement de l’aile réformatrice au sein du gouvernement, bien que le centre décisionnel se situe au Kremlin. Il est donc trop tôt pour qualifier le cabinet de réformateur. « Il est intéressant de voir comment sera formé le budget pour les trois prochaines années », note Morozov. Après la formation du budget, on verra plus clairement quel courant prend le dessus. Les priorités pour le gouvernement sont de garantir une croissance positive et améliorer le climat des affaires. Et ces objectifs ne dépendent pas du gouvernement mais du président, selon le recteur de l’École supérieure d’économieYaroslav Kouzminov : « Le développement de l’économie dépend directement des changements apportés au système juridique, de l’image et des actions des organes de l’ordre, de l’impression de liberté en Russie. L’économie aussi a besoin de respirer », assure Kouzminov.

Olga Golodets, vice-Première ministre

© sergei kolatchev_ria novosti

qu'économiste, Belooussov est en revanche conscient du poids du système actuel des retraites sur l’économie russe. Selon une analyse de l’écono-

Olga Golodets était auparavant vice-maire de Moscou.

Après avoir obtenu son diplôme en économie à l’Université de Moscou, Olga Golodets a géré des programmes sociaux pour la fondation Reformougol. Elle a en-

© itar-tass

Alexandre Novak vient du ministère des Finances.

Repéré par l’ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine lors des réunions sur la politique interbudgétaire, Alexandre Novak était alors vice-gouverneur du kraï de Krasnoïarsk et venait sou-

au lancement des obligations infrastructurelles. Alexandre Novak s'est fait respecter en défendant les intérêts du ministère des Finances. « Novak ne craignait personne, pas même [le vice-Premier ministre] Setchine », racontent ses collègues du ministère. Le nouveau ministre a annoncé ses objectifs : stimuler la prospection de nouveaux gisements d'hydrocarbures, ouvrir le marché de l’électricité à la concurrence, optimiser l’efficacité énergétique, accroître la sûreté et la sécurité dans le secteur, attirer les investisseurs et améliorer l’accès aux infrastructures. La seule critique vient des vétérans de l'industrie, qui lui reprochent de n'avoir jamais mis les mains dans le cambouis. « C’est un expert financier, il n’a jamais travaillé dans la production ».

suite travaillé pendant 8 ans comme directrice des ressources humaines à Norilsk Nickel, le géant minier russe. Puis elle a dirigé le département social à la mairie de Moscou. Le maire Sergueï Sobianine lui a fixé des objectifs très précis, depuis la réduction des files d’attentes en maternelle jusqu’à l’amélioration des conditions sociales. Selon elle, ces objectifs ont été atteints. Elle devra désormais gérer des problèmes plus complexes comme le dialogue avec les salariés, tenter de promouvoir une législation plus conforme avec la réalité, travailler à une formule pour les retraites, répondant à la fois aux revendications sociales et aux exigences de stabilité financière. Enfin, l’essentiel : achever la réforme de la santé, à peine entamée par son prédécesseur.

Mikhaïl Abyzov, un ministre extérieur

© itar-tass

Alexandre Novak à l’Énergie : un financier au fort tempérament vent à Moscou pour les affaires économiques de sa région. Koudrine, depuis longtemps à la recherche d’un adjoint pour le secteur des industries, l’a trouvé très professionnel et ambitieux, avec une solide expérience de dirigeant corporatif et régional.Tout ce qu’il fallait pour ce poste. Koudrine reste satisfait de ce choix : « Novak, c’est le mélange idéal du savoir faire dans le domaine des entreprises et des finances : il comprend aussi bien le fonctionnement du marché que celui des structures gouvernementales ». Selon ses collègues, en quatre ans de loyaux services au ministère des Finances, Novak a su faire bonne impression : dès son arrivée, il a lancé la campagne anticrise, en apportant notamment un soutien aux secteurs énergétiques. Il a également participé

C’est un gouvernement composé de purs technocrates.

Vladimir Slatinov, politologue

© ekaterina shtukina_ria novosti

Voici un mois, il était encore question de la mise en place d'une corporation d'État avec de gros financements. « Il ne doit pas s’agir d’un organisme qui remplace les ministères et les administrations, mais qui les pousse à remplir leurs fonctions en Extrême-Orient », avait expliqué le vice-Premier ministre Igor Chouvalov. D’après un haut fonctionnaire fédéral, c’est Sergueï Choïgou qui devait prendre les rênes de cet organisme, mais il fut désigné comme gouverneur de la région de Moscou et on n’a trouvé personne avec autant d'expérience et de crédibilité - ce qui explique la création du nouveau ministère. C’est Victor Ichaev, anciennement porte-parole du président en Extrême Orient, qui en prend la tête. Le nouveau gouvernement devrait être moins soumis à la pression des lobbies, note un haut fonctionnaire : « Si Setchine a toujours été associé au complexe pétroénergétique, on ne peut pas en dire autant de son successeur Dvorkovitch. Pareil pour le ministre de l’Énergie Alexandre Novak, désigné à la place de Sergueï Chmat­ ko ». Après le départ de Zoubkov, le gouvernement n’aura plus non plus de représentant du secteur agricole... Selon Medvedev lui-même, ce sont les lobbies qui retardent la mise en place du vaste programme de privatisation, censé permettre d’ici 2017 au gouvernement de sortir du capital de VTB, Rosneft, RusHydro, etc. « Les décisions sont prises, mais les dirigeants sont ensuite pris d’assaut par les groupes d’interêt », se plaignait en avril dernier un Medvedev alors encore président. Setchine a toujours été opposé aux privatisations, tandis que Dvorkovitch appelait à une accélération du processus. Il a d’ailleurs été désigné dans ce but : privatiser le secteur énergétique. Il n’est pourtant pas dit que Medvedev parvienne à faire passer la privatisation. Recasé à la tête de Rosneft, Setchine continuera à exercer une très forte influence. L’augmentation de l’âge des retraites pourrait être un sujet de divisions dans le nouveau gouvernement, car on ne connaît pas la position de Mme Golodets. En tant

Mikhaïl Abyzov était conseiller de Dmitri Medvedev.

Ce touche-à-tout vient d'être désigné par décret présidentiel comme « chargé de coordonner les activités du « grand gouvernement » et d'élaborer des mécanismes de coopération avec les

organes publics ». Dans les années 1990, il rachetait les dettes des entreprises russes auprès des pays voisins, élaborait des systèmes de distribution et de paiement. En 1998, il devient directeur des investissements à la société nationale d'électricité RAO EES. Et c’est là aussi qu’il entre en relation avec beaucoup de gros entrepreneurs, commeVictor Vekselberg et Léonard Blavatnik, et pose les jalons de son activité future. En 2005, Abyzov se consacre à son business qui, selon ses dires, lui aurait rapporté l’année dernière près de 1,25 milliards d’euros. En 2010, il entre au sein de la direction de RCPP (Union russe des industriels et des entrepreneurs). En automne 2011, à la surprise générale, il dirige le Comité de soutien à Dmitri Medvedev, pour devenir en janvier le conseiller du président sortant.

des technologies politiques

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Il est impossible d’attendre de Poutine un tournant libéral. Kolokoltsev a reçu son poste grâce à un bon travail pendant les manifestations du moins pour Poutine. Medinski a reçu le sien grâce à son aptitude à la propagande. Konovalov a gardé son poste grâce à son amitié universitaire avec Medvedev, Dvorkovitch pour sa fraternité, et Abyzov parce qu’il soutiendra ses idées les plus farfelues. Le nouveau Poutine, celui qui a tiré les leçons du passé, n’est pas encore né.

Mikhaïl Kassianov, ancien premier ministre et figure de l'opposition

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Rendez-vous particulièrement impressionnant. La nomination de Medinski est une agréable surprise. Nikiforov, ministre des Communications, est une jeune très créatif. La nomination la plus attendue est celle de Silouanov qui est né et a grandi au ministère des Finances. Une chose importante est la division du ministère de la Santé en deux ministères et la création du ministère pour le Développement de l’ExtrêmeOrient. Bien qu’il y ait peu de femmes au gouvernement, elles sont tout de même présentes dans l’administration présidentielle.

Alexander Torchine, premier vice-président du Conseil de la Fédération

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Il s’agit d’un gouvernement technique. Ce n’est pas un gouvernement de rupture. Je doute sérieusement qu’il soit en mesure de répondre efficacement aux défis auxquels la Russie doit aujourd’hui faire face.

Alexeï Koudrine, ancien ministre des finances

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Vladimir Mendinski s’est dirigé vers ce poste il y a bien longtemps, il a écrit quelques livres, s’est occupé des questions culturelles à la Douma. Par conséquent, la nomination de cet arriviste s'inscrit dans la logique gouvernementale. La nomination de Kolokoltsev, c’est du sérieux. Je pense qu’il aura dans tous les cas plus de succès que Nourgaliev. Puisque, à la différence de Nourgaliev, Kolokoltsev est toujours, d’abord et avant tout, un maître d’ouvrage opérationnel.

Stanislav Koutcher, commentateur politique

LES SUPPLÉMENTS SPÉCIAUX ET SECTIONS SUR LA RUSSIE SONT PRODUITS ET PUBLIÉS PAR RUSSIA BEYOND THE HEADLINES, UNE FILLIALE DE ROSSIYSKAYA GAZETA (RUSSIE), DANS LES QUOTIDIENS INTERNATIONAUX: • LE soir, belgique• LE FIGARO, FRANCE • THE DAILY TELEGRAPH, GRANDE BRETAGNE • SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, ALLEMAGNE • EL PAÍS, ESPAGNE • LA REPUBBLICA, ITALIE •DUMA, BULGARIE •GEOPOLITICA, SERBIE • AKROPOLIS, GRÈCE • THE WASHINGTON POST ET THE NEW YORK TIMES, ÉTATS-UNIS • ECONOMIC TIMES, INDE • YOMIURI SHIMBUN, JAPON • CHINA BUSINESS NEWS, CHINE • SOUTH CHINA MORNING POST, CHINE (HONG KONG) • LA NATION, ARGENTINE • FOLHA DO SAO PAOLO, BRÉSIL • EL OBSERVADOR, URUGUAY. Email redac@larussiedaujourdhui.be. Pour en savoir plus consultez larussiedaujourdhui.be. Le soir est publié par sa rossel et cie. rue royale. 100 - 1000 bruxelle - Belgique . Tél: 0032/2/225.55.55. Impression : rossel printing company sa. Diffusion : 94.800 exemplaires


Société

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Mobilité L'envol du coût de la vie dans la capitale, les problèmes de circulation et la pollution incitent les sociétés à déménager

Les cols blancs veulent respirer l'air provincial

rectrice de la société de recherche en ressources humaines Malakout. « Il y a encore trois ans, lors de son déplacement, la société risquait de perdre 7 à 15% de son personnel. Aujourd’hui, cette perte se limite à 1-3%. Et les cadres dirigeants, en règle générale, restent ». Cette « délocalisation » peut s’effectuer de différentes manières. L’entreprise déménage directement avec ses cadres. L’entreprise délocalise certaines unités de production puis cherche le personnel sur place. Ou bien, elle y envoie quelques cadres expérimentés pour former le personnel local et lancer la production. Résultat : dans certaines régions autour de Moscou se forment de véritables quartiers résidentiels de « cols blancs » à l’activité débordante. L’exemple de Stoupino est flagrant. Déja en 2009, Stoupino est qualifié par Forbes comme la région de Russie la plus attractive en matière d’investissements dans le secteur réel. Les plus anciens employés de l’usine Mars (qui a déménagé ses locaux dès les années 90) n’hésitent pas à prévenir d’emblée les nouvelles recrues que la direction « apprécie particulièrement que l’employé soit prêt à venir s’installer à Stoupino et à passer ses weekends en compagnie des collègues et de leur famille autour d’un pique-nique ou un ciné ». Les arguments essentiels sont la proximité du lieu de travail, le

M.Portniaguina, O.Filina ogoniok

Tatiana Gladycheva est responsable de production dans l’usine de pâtisserie Bolchevik. Elle vient de Moscou mais désormais, le matin, en pleine heure de pointe, elle met 5 minutes à rejoindre son bureau. Après sa journée de travail, elle fait une balade en forêt. Tout cela alors qu'elle vit en plein centre ville. Ce cadre de vie idéal s’explique par la délocalisation de l’usine Bolchevik en région de Vladimir. En 2009, l’usine a décidé de déménager non seulement son unité de production mais son siège, avec tout le personnel dirigeant.Vu son profil, Tatiana aurait très bien pu rester à Moscou et trouver un poste dans une autre société. Mais elle a décidé de se lancer dans l'aventure. Son cas n’est plus une exception. D’après les sondages réalisés par le site de recrutement Superjob, en 2006, 15% des Moscovites étaient prêts à déménager dans une nouvelle ville pour leur emploi. Aujourd’hui, ce chiffre atteint les 24%. « Beaucoup de compagnies déménagent en banlieue pour réduire leurs coûts administratifs », explique Natalia Grichakova, di-

© service de presse

De plus en plus d'entreprises quittent Moscou en emmenant ses cadres. Le quart des « cols blancs » se dit prêt à quitter le centre de la capitale pour partir travailler en province.

Qui est prêt à faire ses valises ?

Tatiana Gladycheva a déménagé avec son usine vers Vladimir.

Il l'a dit

Montée des rivalités entre villes

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Dans un rayon d'environ 500 kilomètres de Moscou, une véritable bataille se livre pour récupérer les ressources en personnel et en capital : la ville qui en sortira vainqueur se transformera en un puissant cluster industriel. De toute évidence, par exemple, Nijni Novgorod et Samara peuvent rivaliser l'une avec l'autre " Guennady Konstantinov, Directeur scientifique chez HSE

voisinage agréable et le cadre écologique. Il y a un autre argument de taille : la question du logement. L’expérience a montré que la proposition d’un paquet social, dans le cadre du déménagement, s’avè-

re un argument décisif pour convaincre les plus sédentaires. Souvent, le seul problème qui demeure est le manque d’infrastructure des villes de la banlieue, bien que cette ruée en masse des entreprises promette d’office une amélioration des conditions locales. Tatiana Gladycheva, par exemple, se souvient qu’arrivée à Sobinka en 2009, elle fut marquée par l’absence de voitures en bon état et d’enfants sur les aires de jeux. « Aujourd’hui, j’ai l’impression que la ville reprend vie. Dans la rue, on voit de plus en plus de familles avec des poussettes. Il y a du travail et les gens s’accrochent à leur emploi. Il existe de fortes possibilités de promotion sociale et les réseaux de communication et les routes sont meilleurs. En gros, tout cela n'a que du bon : la nature, le confort d’un petit village et ça ne fait que s’améliorer ». Si ces avancées sautent aux

yeux des habitants de la capitale, que dire des autochtones qui intègrent ces bureaux tout frais débarqués de la capitale avec leur système de travail évolué. Rien qu’à Tver, pour une population

Quitter Moscou est dans l’air du temps à cause du déficit d'infrastructures sociales adéquates de quelque 400 000 habitants, 14 centres d’appels ont été ouverts avec chacun près de 1000 postes à pourvoir. Les forums locaux grouillent de discussions sur les conditions de travail chez Beeline, Ozon, Tele2, ces « call centers » venus de la capitale. Une chose aussi commune qu’un espace de repos avec une table de ping pong provoque une vague de réactions extasiées sur les forums. Une véritable révolution dans le mode

d’organisation de l’espace et du temps de travail pour une petite ville. Le fonctionnement de l’entreprise est simple, comme pour les centres d’appels, un manager est parachuté juste le temps d’organiser le système. Il en est autrement quand il faut mettre en place une production hautement technologique. Cela nécessite une présence en continu de responsables venus de la capitale. Et, d’après les agences de recrutement, de plus en plus de cadres supérieurs se disent prêts à des déplacements longue durée et même à franchir le cap et venir s’installer en banlieue. Il n’est pas anodin que l’idée de quitter Moscou soit dans l’air du temps étant donné les difficultés rencontrées en matière de conditions sociales et d’infrastructure (nombre très limité des places en maternelle, dans les hôpitaux, dans les écoles). La tendance est de se tourner vers la région pour éviter ces problèmes. Petr P. travaille depuis quelques années pour Sibour-Neftekhim, une usine chimique basée à Moscou. Lui qui est né et a grandi dans la capitale, pense pourtant de plus en plus à rejoindre un département régional de sa compagnie. « Une filiale ouvre à Tobolsk et ils forment l’équipe, raconte Petr. C’est justement ma spécialisation et j’ai bien envie d’y aller. D’abord, mon salaire sera supérieur. Puis, je serai logé dans une maison individuelle en pleine nature : c’est important pour ma femme et mon bébé. Enfin, il ne faut pas faire la queue pour les places en maternelle, à Moscou nous sommes en 80e position sur la liste. Les nounous sont moins chères. Et puis je verrai davantage ma famille car le travail est tout près de la maison. Pour moi, c’est l’idéal ! ». Il est probable qu’à la fin du « voyage d’affaires prolongé », beaucoup de cadres choisiront de rester en province. Et Moscou devra alors faire de réels efforts pour reconquérir son image perdue de ville « à taille hu­ maine ». Cet article a été publié dans Ogoniok

Sport Le Cheerleading connaît un essor extraordinaire en Russie malgré les préjugés

« Ce n'est pas de la propagande américaine » Venu des États-Unis, ce sport combinant danse, gymnastique et figures acrobatiques, est à ce point méconnu que les Russes ignorent avoir remporté le championnat du monde en 2011. Ioulia Zvereva

Bien qu’il soit directement associé au football américain, le cheerleading a acquis une popularité mondiale, non pas en tant que groupe de supporter (voir l’encadré : cheer-dance et show de cheer-dance), mais grâce à l’exécution de prouesses acrobatiques (cheer). Le cheerleading s’est progressivement affirmé comme un sport à part entière, et de nos jours, cette activité cesse peu à peu d’être perçue comme un simple soutien aux équipes de football, de basket ou autres. Aujourd’hui, la Russie compte plus de 400 équipes de cheerleading, qui concourent dans différentes catégories : le cheer, le cheer-dance, le cheer-dance show, les stunts (pyramides) en groupe ou à deux (voir encadré). Les équipes russes participent régulièrement aux compétitions internationales. Lors du dernier Championnat russe de cheerleading, 80 équipes originaires de 15

© service de presse

La Russie d'Aujourd'hui

L'équipe Vertigo de Saint-Pétersbourg.

À la russe En Russie, la Fédération de Cheerleading réunit 43 clubs régionaux, de Kaliningrad à Vladivostok. Depuis 2007, le cheerleading est reconnu discipline sportive, et chaque région prépare son équipe pour le Championnat de Russie, qui permet au gagnant de participer aux Championnats d’Europe et du Monde.

régions du pays sont venues montrer leur savoir-faire. Et en 2011, lors du Championnat mondial de cheer-dance, c’est l’équipe russe Non-Stop qui a remporté la première place. « En 1999, le cheerleading était quasiment inconnu en Russie. Dès le début, nous avons coopéré avec les organisations internationales, et notamment l’Association américaine de cheerleading. Nous emmenions des entraîneurs avec nous lors de stages, sans bien savoir quelles

étaient les règles du concours. Nous venions simplement pour regarder et apprendre », raconte Valentina Petrovna, l’adjointe du président de la Fédération de Cheerleading de Russie. L’une des raisons expliquant la popularité du cheerleading en Russie est la diversité corporelle des jeunes athlètes. Dans les films américains, les pom-pom girls sont toujours des jeunes filles minces. Mais en réalité, il n’en est rien. Les équipes russes qui remportent les compétition préfèrent le plus souvent de solides demoiselles capables de former des pyramides acrobatiques. Le cheerleading demande un grand investissement, c’est pourquoi la plupart des amateurs qui choisissent cette activité sont des sportifs. Anna Komogorova, journaliste pour Radio Zenit, s'est lancée il y a peu, mais a déjà eu l’occasion de participer à la compétition internationale La Palmyre du Nord, qui s’est tenue en avril à Saint-Pétersbourg. Lorsqu’elle était étudiante, Anna a participé à de nombreux shows dansants lors de soirées universitaires. Après ses études, elle a commencé à suivre des cours de cheerleading, trois fois par semaine, après le travail. « Pour moi, il

Petit glossaire pour les néophytes De l’anglais « cheer », encourager, et « lead », mener. C'est un sport qui combine des éléments de spectacle sportif (danse, gymnastique, acrobatie). Le cheerleading se divise en plusieurs catégories. Cheer : éléments issus de la gymnastique et de l’acrobatie, exécution de pyramides et de figures de danse en chantant. Dance : elle combine danse sportive et éléments de gymnastique,

avec une plastique et une chorégraphie travaillée, parfaitement synchronisée. Cheer-mixte : représentation d’une équipe mixte (filles et garçons). Cheerleader individuel : numéro en solo du (de la) meneur(se). Cheer dance : danse sportive combinée à des éléments de gymnastique, avec un changement rapide de costumes pendant la représentation.

ne s’agit pas d’un métier, mais d’un passe-temps. Je ne suis pas payée pour le faire, ni pour participer aux compétitions. Ce n'est pas non plus un hobby, parce que j’y passe près de neuf heures par semaine. Je dirais que c’est un mode de vie. C’est formidable de pouvoir se délester de son travail, participer à des compétitions, se réincarner dans une autre vie. Le cheerleading, c’est un énorme travail sur soi, et un dépassement physique », confie-t-elle. En 2013, la Fédération de cheerleading de Russie prévoit d’organiser des représentations à l’Université de Kazan. Peut-être les

responsables des JO seront-ils inspirés pour intégrer un jour le cheerleading parmi les disciplines olympiques ? En attendant, la popularité de ce sport est telle que le cheerleading n’a besoin d’aucune publicité pour attirer de jeunes amateurs. « Le seul problème qui existe actuellement autour du cheerleading, c’est qu'il serait soi-disant une propagande du mode de vie américain », remarque Valentina Petrovna. « Je pense qu’il n’en est rien. Le sport n’a pas de frontières, qu’elles soient géographiques ou idéologiques. Et le cheerleading, c’est un sport ».


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Économie

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Commerce bilatéral Dans un contexte de stagnation de la zone euro, la croissance des échanges est bon signe

L'industrie belge enfin sur le radar des Russes

Russie reste solvable grâce à ses énormes ressources… qui correspondent à autant de besoins. Et ces paramètres ne disparaîtront pas ! », note Gilles Heyvaert, directeur des Affaires économiques belges au ministère des Affaires étrangères. Cependant, malgré l’énorme potentiel, ces opérations sont très complexes selon Dolores Martinez, M&A Manager chez le chimiste Solvay, qui a œuvré à la joint venture avec Sibur portant sur un montant de 1,5 milliard euros. Elle relève qu’« il y a une très grande difficulté chez les Russes à partager le pouvoir. Cela implique d’établir une relation de confiance pour négocier des éléments essentiels. Dans notre projet qui remonte à 2007, le contrat de fourniture d’éthylène était capital. Il nous faut un contrat sur du très long terme. Or, il n’y avait aucun précédent de cet ordre… Des contrats de 6 mois, un an, voire deux tout au plus ! Nous avons du être très didactiques pour faire passer notre point de vue. Mais une fois que cela marche, c’est très gratifiant. D’un côté, nous allons monter un site qui rassemble le meilleur de nos technologies dans le secteur du vinyle et de l’autre, nous avons le sentiment de participer au développement local ».

TATIANA HACHIMI

LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

La Fédération des Chambres de Commerce belges a tenu le 24 mai son événement phare, la BLCCA Academy, consacré à la stimulation des échanges commerciaux avec l’étranger. Le lendemain, Ernst&Young livrait son baromètre sur l’attractivité de la Belgique. On constate que la Belgique brouille son image par la multiplication des acteurs institutionnels et que la remise en question de la déductibilité des intérêts notionnels introduit une insécurité juridique peu rassurante pour les investisseurs. Faut-il y voir des éléments qui ont poussé le constructeur russe de la voiture « Marussia » à délaisser la Wallonie au profit d’un partenariat avec le Finlandais Valmet ?

Chercher la croissance là où elle se trouve

Dans le même temps, des fleurons de l’industrie belge investissent massivement en Russie pour pérenniser leurs activités. « La

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milliards d'euros, c’est la somme des exportations belges vers la Russie en 2011. La Russie est le 15ème marché pour les exportations de produits belges.

© SOLVAY

En 2011, la Russie se classait 15e client et 9e fournisseur de la Belgique. Les stations Lukoil font partie du paysage urbain belge tandis que Solvay s’implante aux côtés d’AGC à Nijni Novgorod.

EN CHIFFRES

L'ancien Premier ministre Y. Leterme inaugurant une coentreprise belgo-russe à Nijni Novgorod en 2010.

Echanges par secteurs industriels

Prometteurs mais complexes, les échanges suscitent autant d’intérêt que de questions

Privatisations Un nouvel ajournement dicté par la bourse

Report pour cause d'avis de tempête La déprime sur les marchés financiers incite le nouveau gouvernement à décaler des privatisations dont le budget fédéral avait pourtant bien besoin.

PAUL DUVERNET

Le monde des affaires a accueilli avec surprise les déclarations fin mai du président Vladimir Poutine sur le calendrier et les modalités du programme de privatisations. Certes, les deux champions d’État du pétrole et du gaz, respectivement Rosneft et Gazprom, verront bien une sortie partielle de leur actionnaire principal, mais seulement à partir de 2013, voire 2015. Ce qui n'était pas prévu, c'est que le holding d'État Rosneftegaz soit autorisé à participer aux privatisations. Détenu à 100% par le gouvernement, Rosneftegaz possède une part de 75% dans Rosneft et 10% dans Gazprom. Autrement dit, si ce holding récupère des actions de sociétés publiques, il sera difficile de parler de privatisation. Ce qui trouble d'autant plus les observateurs, c'est la nomination par Vladimir Poutine de son allié de 20 ans Igor Setchine à la direction de Rosneft. Il est de notoriété publique que Setchine prône l’accroissement du rôle de l’État dans l’économie et dans le secteur énergétique en particulier. Premier vice-Premier minis-

© REUTERS/VOSTOCK-PHOTO

LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

Igor Setchine freinait depuis longtemps la privatisation.

Le Kremlin veut éviter que ses actifs soient vendus à bas prix à cause de la forte sousévaluation des marchés tre jusqu'au dernier remaniement ministériel, il avait résisté au camp des « libéraux » du gouvernement afin de retarder le processus de privatisation. La presse spécule sur un projet d'Igor Setchine visant à consolider sur la base de Rosneft plusieurs actifs pétroliers pour en faire un champion du secteur capable de rivaliser avec des majors internationales comme Shell ou BP. Les actifs concernés sont Transneft (oléoducs), Zaroubejneft (groupe

public possédant des actifs pétroliers à l'étranger) et Sourgoutneftegaz (4e pétrolier russe, privé mais dont les actionnaires sont proches du Kremlin). La consolidation pourrait s'étendre au secteur de l'électricité, sur lequel Setchine a veillé de près durant son passage au gouvernement. Les actifs visés sont Inter RAO EES (génération d'électricité en Russie et à l’étranger), FSK (propriétaire du réseau fédéral électrique) et RusHydro (qui regroupe quasiment tous les actifs hydroélectriques russes). Ces trois derniers groupes sont cotés en bourse, de même que Transneft, Rosneft et Gazprom. Les analystes financiers ont immédiatement saisi la logique derrière la décision du Kremlin. « Une surprise du gouvernement, consistant à consolider les actifs du secteur énergie autour de Rosneftegaz. En tant que sponsor, il pourrait revaloriser les actions de Sourgoutneftegaz, de Transneft et de Rosneft », estime Vassili Konouzine, analyste chez IFK Alemar. « Se retrouver sous l'aile de Rosneftegaz serait aussi bénéfique aux actifs électriques qui ont besoin de recapitalisation. En outre, l'influence de Setchine, à la tête de Rosneftegaz, sera plus pratique pour le secteur ». Pour Alexeï Malikov, analyste chez Trade-Portal, « l'arrivée de Setchine dans une compagnie renforce significativement ses capacités de lobbying ».

Des moyens à la mesure des ambitions

L’immensité des moyens nécessaires pour s’implanter en Russie n’est pas à la portée de tous. Pour Physiol, spin off active dans les implants intraoculaires, les licences d’importation constituent un frein.

« Grâce à nos excellentes relations avec le Dr Malyugin, à la pointe dans le domaine de la micro-chirurgie de l’œil, Physiol est présente en Russie. Mais pour nous y étendre, il faudrait des ressources dont nous ne disposons pas », constate Hélène Bernard, Exécutive Manager de la PME. D’autres stratégies sont liées à la crise. C’est le cas avec la banque KBC qui revend sa filiale russe Absolut Bank, malgré des chiffres positifs pour 2011 et début 2012. Ce recentrement sur la zone euro s’explique par le poids des aides publiques accordées aux banques. Prometteurs mais complexes, les échanges avec la Russie suscitent autant d’intérêt que de questions. Pour y apporter des réponses concrètes, la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise pour la Russie et le Belarus organise le 6 juin prochain une session « Doing business in Russia ».

Zone euro Les nuages pointent à l'horizon

Le gouvernement retient son souffle devant la crise L’Europe reste le premier partenaire commercial de la Russie et la Chine, une destination clé pour l’export russe. Quand Bruxelles éternue, Moscou risque de prendre froid ! ALEXEÏ MOISEEV

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Il semble que la crise de l’euro n’ait pas encore eu d’impact significatif sur l’économie réelle russe, qui croît à un rythme relativement lent. Mais tout dépendra de l’issue de cette crise et de l'évolution des prix des matières premières. Celles-ci - surtout le pétrole et les métaux - sont essentielles au pouvoir économique russe et, lors des précédentes turbulences qui ont agité les marchés, leurs prix ont considérablement baissé. Mettant en évidence la vulnérabilité de l'économie russe... La taxe sur le pétrole russe est structurée de façon telle que les entreprises pétrolières payent un impôt de plus en plus élevé à mesure que les prix du pétrole augmentent. Selon le même principe que la progressivité de l'impôt sur le revenu. Ce système a été pensé pour que les gains fortuits ne profitent pas exclusivement aux entreprises pétrolières mais soient taxés et redistribués. Quand les prix du baril chutent, les pétroliers n’enregistrent qu’une légère baisse de leurs re-

venus puisque la part du lion est prélevée par l’État lorsqu'ils augmentent. C'est donc le gouvernement qui encaisse le coup quand les prix du pétrole dégringolent. Par conséquent, si la crise européenne débouche sur une baisse significative du prix du pétrole, la Russie sera fortement touchée. Au-delà du pétrole, il ne faut pas oublier les marchés des capitaux, qui souffrent profondément de la crise européenne. La

En cas de chute importante des cours du pétrole, c'est d'abord le budget qui va encaisser le choc bourse russe est très sensible au moindre fléchissement de l’appétit pour le risque. Jusqu'ici, les autorités européennes et la Banque centrale empêchent la crise de la zone euro de dégénérer en crise bancaire systémique, qui se solderait par un gel du marché monétaire, un déficit du financement du commerce. Si cette apocalypse financière advient, ce qui reste peu probable, les implications pour la Russie seront beaucoup plus dramatiques et auront pour conséquence une baisse importante des performances économiques.

EN BREF Attirés par le marché de l'emploi russe Les offres d’emploi en Russie séduisent de plus en plus d'Européens touchés par la crise. Les chercheurs d’emploi viennent principalement de l’Eurozone, où le marché du travail stagne, dans le prolongement de la crise financière. Les secteurs attractifs restent les mêmes - pétrole, gaz et banque en tête, mais les ambitions se réduisent : désormais, les demandes pour des positions de cadre moyen comme directeur marketing ou chef de département apparaissent plus souvent.

Privés de Baïkonour

© REUTERS/VOSTOCK-PHOTO

Trois satellites russes et quatre étrangers attendent d’être lancés dans l’espace depuis la base de Baïkonour. Le Kazakhstan refuse depuis fin mai que son territoire serve de lieu de chute des fusées Soyouz et exige un nouvel accord intergouvernemental stipulant non seulement les délais d’utilisation des zones d’impact mais également le coût supplémentaire que la Russie devra payer pour ses lancements depuis Baïkonour. La Russie construit parallèlement son propre cosmodrome Vostotchny.

Guerre contre le tabac 42 millions de personnes fument chaque jour en Russie – 60% des hommes et 21% des femmes – ce qui en fait le pays comptant le plus de fumeurs au monde. Des slogans terrifiants apparaissent comme, par exemple, celuici : « les cigarettes vous mangent vivant ». Ils répondent désormais en Russie aux campagnes de l’industrie du tabac qui, inlassablement, martèlent à qui veut l'entendre que le tabac est « sexy », « sophistiqué », « frais », « drôle » et même « bon pour la santé »...

PepsiCo légèrement grisé

© REUTERS/VOSTOCK-PHOTO

La compagnie américaine PepsiCo entre sur le segment des boissons alcoolisées. Le fabricant de sodas a annoncé qu’il prévoyait de lancer la production de cidre, du sbiten (une boisson alcoolisée traditionnelle russe) et de l’hydromel sous l a m a r qu e R u s s k y D a r, aujourd’hui utilisée pour le kvas. PepsiCo contrôle 29,5% du marché russe des sodas. Si PepsiCo commence à produire de l'alcool, la société sera soumise à la loi russe sur les boissons alcoolisées. À partir du 1er juillet, les producteurs devront obtenir une autorisation de l’autorité de surveillance de l’alcool russe pour n’importe quelle boisson excédant 0,5% d’alcool.


Régions

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Voyage Lipetsk, la ville des parcs, fontaines et places, une cité balnéaire avec ses eaux curatives... et sa grosse usine sidérurgique !

Villégiature pour aristocrates Lipetsk

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IOULIA TARANOVA

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La première chose qui saute aux yeux après une nuit agitée dans le train, c’est le bâtiment de la gare, très étiré vers le haut. Les chats locaux n’ont que faire du train arrivant de Moscou, contrairement aux chauffeurs de taxi, qui prennent d’assaut les voyageurs. Arrivée à la voiture, un autocollant m'intrigue : « Merci au maire pour les routes ». Ioura, le chauffeur de taxi, m’explique : « Pour la première fois cette année, les routes n’ont pas été réparées après l’hiver. Les crevasses dans le goudron sont immenses. Il faut que le maire ait honte en voyant que la ville entière roule avec ce genre d’autocollants ».

La ville de Pierre Ier

Nonobstant les difficultés routières, Lipetsk est une ville d’histoire. Après avoir traversé les inévitables quartiers dortoir hérissés de barres d’immeubles soviétiques, nous entrons dans un tout autre Lipetsk, avec des fontaines, des églises, des parcs et de vieilles maisons à deux étages. Pour commencer Ioura m’emmène place Pierre le Grand. La statue de l’empereur russe est déguisée en père Noël chaque année pour le réveillon. Un obélisque en fonte, autre monument dédié à Pierre Ier, se dresse sur une colline qui porte aussi le nom du souverain. Si Pierre Ier est chéri dans la ville, c'est qu'il en est le père fondateur. Lipetsk lui doit aussi bien sa station balnéaire que ses premières usines de métallurgie. En visitant le coin, Pierre Ier découvre les riches réserves de minerai de fer non loin de la ville. Dès 1703, un oukase impérial déclenche la construction des usines du haut Lipetsk, sur la rivière Lipovka. Le souverain a tout de suite compris l'intérêt de développer la métallurgie sur ces terres, où poussait une forêt, indispensable à l’industrie de l'époque. D'autant plus qu'en aval de la rivière se trouvaient les premiers chantiers navals pour les navires de guerre. Mais à la fin du XVIIIe siècle, la Russie s’implante solidement sur la mer Noire, où de nouveaux chantiers navals sont construits, volant la vedette à ceux du bassin du Don. Rapidement, les usi-

nes de Lipetsk tombent en déclin avant d'être fermées. Lipetsk serait restée une ville provinciale de la région de Tambov si elle ne disposait pas de ses sources d’eau minérale, dont une légende raconte la découverte des vertus médicinales. Non loin de l’usine à fondre la fonte vivaient une vieille femme et sa servante. Un jour, cette dernière rapporte de l’eau de la source et quand elle la fait bouillir, l’eau devient noire. La vieille femme prend peur, pensant que sa servante cherche à l’empoisonner, et la fait arrêter par la police. L’histoire aurait pu s’arrêter là si Pierre Ier n’était pas intervenu. Il donne l’ordre d’analyser la composition de cette eau mystérieuse et de relâcher la jeune femme. Et l'on découvre ainsi que l’eau possède des vertus curatives. Il ne restait plus qu'à construire une station balnéaire, devenue au XIXe siècle la destination préférée des aristocrates de la cour pétersbourgeoise. Aujourd’hui, à la place de l’ancienne station thermale se trouve le parc Nijni, avec ses sources minérales, et le plus ancien sanatorium de Russie, le « Lipetsk ».

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FAITS SUR LA VILLE

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Le nom de Lipetsk vient de l'arbre le plus répandu de la ville, c'est-à-dire le tilleul (« lipa » en russe). Cet arbre est d'ailleurs représenté sur les armes de la ville.

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La composition de l'eau de Lipetsk est similaire à celle de l'eau des célèbres stations thermales allemandes Liebenstein et Termont.

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Lipetsk et Saint-Pétersbourg ont en commun d'avoir toutes deux été fondées en 1703 par le même homme, Pierre le Grand.

Que voir en deux heures ?

De la plus ancienne rue de la ville, la rue Lénine, marchez jusqu’à la place Sobornaïa pour visiter la cathédrale de la Nativité du Christ, construite par l’architecte italien Tommaso Adolini. Des-

© CORBIS/FOTO SA

Pour s’y rendre

Où se loger

Où se restaurer

Un train part quotidiennement de la gare Paveletski de Moscou à 21h30 et arrive à 7h30 le matin. Depuis la gare, si vous vous rendez en centre ville, vous pouvez prendre les bus N° 312, 347 et 348 (le trajet coûte 30 centimes), l'arrêt est situé en face de la rue de la gare sur la droite.

Le grand confort se trouve au 4 étoiles « Laguna » sur la rive gauche. Si l'emplacement est plus important que les étoiles, préférez le 3 étoiles « Lipetsk » (80 euros la nuit) sur la rue Lénine ou l'hôtel « Style » à un jet de pierre de la Place de la Cathédrale et du Temple de la naissance du Christ (67 euros la nuit).

Le restaurant « Berendey » (Bectoujeva, 8) est un must pour la cuisine russe. Pour un repas léger, choisir « Buffet » (Plekhanov, 61) et « Giusto » (Pervomayskaïa, 55). Pour un café, opter pour « Chocolad » (Plekhanov, 1), « Biskvit » (Zegelya, 1), « Skazka » (Sovetskaïa, 4).

cendez ensuite les 101 marches de la colline de Pierre, le long d’une cascade de fontaines et accédez à l’étang du Komsomol, pour admirer une autre fontaine qui jaillit de l’eau. Ensuite traversez la rue, et promenez-vous dans le parc Nijni. À l’entrée, les plus téméraires peuvent gouter de l’eau médicinale non traitée, salée et au goût de rouille. Mais achetez-vous plutôt dans un kiosque une bouteille de « Lipetsky Buvet » ou « Rossinka », qui n’ont pas moins de vertus curatives mais sont plus agréables à boire. Vous pouvez ensuite passer par le zoo pour nourrir des lamas,

avant de partir à la recherche de l’unique « monument aux terroristes » au monde, comme on appelle ici une sculpture perdue au fond du parc érigée en mémoire des révolutionnaires de la « Volonté du peuple » (« Narodnaïa Volia », une organisation terroriste russe du XIXe siècle responsable de plusieurs attentats à la bombe, dont l’assassinat de l’empereur Alexandre II en 1881, ndlr). Terminez la promenade sur la place Pierre le Grand, admirez la statue de l’empereur et la fontaine chantante. S’il vous reste des forces et du temps, traversez le fleuve pour visiter les quar-

tiers modernes de la ville et l’usine métallurgique Novoliptseski, le cœur battant de l’économie locale.

Comment occuper un weekend ?

Quittez la ville. Par exemple en direction de Ielets, une ville ancienne à l’architecture très bien conservée. Ou bien vers Zadonsk, qui compte de nombreux monastères. Non loin, Astapovo a accueilli Lev Tolstoï dans ses derniers jours. Aujourd’hui, on y trouve un musée où l’on peut écouter sur gramophone un enregistrement précieux de la voix de l’écrivain conservé par miracle.

Artisanat Des dizaines d'entreprises artisanales font revivre un art multiséculaire

La dentelle traditionnelle continue de séduire La dentelle est la carte de visite de Lipetsk. Des centaines d’artisanes ont présenté leurs ouvrages au festival « Les dentelles d’or de Russie » à la fin du mois d’avril. IRINA DOUBOVA

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« C’est un métier très particulier, qui contient à la fois la beauté et l’âme humaine. C’est pourquoi l’objectif du festival est de conserver la fabrication de la dentelle à la main comme un élément essentiel de la culture nationale », a déclaré dans son adresse l’adjointe au gouverneur de Lipetsk, Ludmila Kourakova. Le festival de la dentelle, qui s’est tenu du 27 au 29 avril, a été solennellement inauguré devant le Musée d’art populaire et décoratif de Lipetsk. Les modèles fabriqués par les ouvrières de la ville

et leurs collègues moscovites ont été présentés lors d’un défilé à ciel ouvert. Les invités ont participé en arborant des parasols en dentelle pour se protéger du soleil ou des habits décorés de motifs ajourés. Anna Vassenkova, l’une des artisanes les plus anciennes de la région, est venue à l’inauguration vêtue d’un gilet de sa fabrication. Cela fait 65 ans qu’elle est dans la dentelle. « La dentelle ne disparaîtra pas. Le travail manuel est toujours apprécié, et dans la dentelle, il y a tellement d’élégance, de féminité ! Jamais la dentelle ne sera démodée ». Dans l’une des salles du musée, où étaient exposés les ouvrages en compétition, les mots de l’artisane ont trouvé confirmation : sous les yeux des visiteurs travaillaient sept jeunes filles et… un jeune homme.

« Cette exposition montre que des choses intéressantes et créatives sont fabriquées ailleurs que dans les centres traditionnels de la dentelle – Riazan, Vologda, Ielets – mais aussi dans des endroits sans tradition particulière. C’est une preuve de la popularité de la dentelle, qui a encore de l’avenir devant elle », explique Marina Sorokina, du Musée russe, auteur d'ouvrages sur la dentelle, et présidente du jury du festival. La clôture de l'événement s’est tenue à Ielets. Dentelle deVologda et de Viatka, motifs rythmés de Mtsensk et « paons colorés » de Riazan… Et au-dessus de toute celle splendeur, la surpassant par sa délicatesse et sa légèreté, la célèbre dentelle de Ielets : un « Arbre de vie » de 2 mètres sur 1,10. La toile a été créée par 20 artisanes simultanément, qui ont passé trois semaines à l’ouvrage. Les invités

© RG

Jadis destination de vacances prisée, Lipetsk est plus connue aujourd'hui pour son industrie métallurgique. Mais elle n’a rien perdu de son charme de ville de repos et de bains provinciale.

© GEOPHOTO

La création ne vient pas que des centres (Riazan, Vologda, Ielets).

Le festival apporte la preuve de la popularité de la dentelle et démontre qu'elle a encore un bel avenir du festival qui souhaitaient percer les mystères de la dentelle étaient invités à visiter les ateliers de l’entreprise « Dentelle de Ielets », dont l’histoire a commencé il y a plus

de 90 ans. La ville de Ielets a accueilli le festival dans les meilleures traditions. L’ancienne rue marchande a été envahie par des jeunes dames en crinoline et munies de parasols en dentelle. Elles se promenaient sans hâte dans le « Village des artisans » où forgerons, tisserands et potiers faisaient des miracles sur leurs oeuvres. Des stands de mets traditionnels appâtaient les visiteurs par les couleurs et les odeurs savoureuses.


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Opinions

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Poutine et sa remuante filleule

régner sur les troubles Sergei Aleksachenko vedomosti

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Alexei Pankin

The Moscow Times

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ans un récent article publié par Russia Beyond the Headlines, le commentateur politique Dmitry Babich écrivait : « La classe moyenne tant vantée... qui était derrière les protestations n'a jamais menacé Poutine de grèves. La raison était simple : la ville pouvait vivre tranquillement sans se soucier des grévistes ». Mais cette fois, le journaliste s'est trompé. Le week-end passé, la Russie a été confrontée à la menace d'une grève organisée par certaines de ses célébrités les plus populaires. Ksenia Sobtchak - célébrité mondaine, animatrice de télévision et figure de la contestation depuis décembre 2011 - devait initialement présenter la cérémonie des prix musicaux de la chaîne Muz-TV le 1er juin, comme au cours des quatre dernières années. Mais Sobtchak a appris à la dernière minute qu'elle avait été écartée du programme. Sobtchak n'a pas pris part à la cérémonie de récompenses TEFI, l'équivalent russe des Emmy Award. En réponse, Andreï Malakhov, co-présentateur du prix de MuzTV aux côtés de Sobtchak et célèbre animateur de la première

chaîne, a annoncé son boycott par solidarité. Olga Chelest, autre célébrité de la télévision, a refusé de remplacer Sobtchak. Outre Malakhov et Sobtchak, deux autres piliers du showbiz russe ont été avancés pour présenter les prix Muz-TV : Maxime Galkine et Lera Kudryavtseva. On imagine aisément l'angoisse qu'ils doivent éprouver, tiraillés entre le désir de montrer leur solidarité avec leurs collègues et l'envie de présenter un événement grassement payé. Un libéral anti-Poutine pourrait dire que « ce régime sanguinaire a une fois de plus montré sa nature bestiale et son goût pour la censure ». Un gauchiste pourrait affirmer : « Vous avez personnellement fait de ces marginaux des personnalités télévisées de premier plan. C'est votre problème maintenant si ces « Frankenstein » n'obéissent plus à vos ordres ». Cette crise nationale en gestation pourrait constituer un nouveau schéma ingénieux du Kremlin. Les noms de Sobtchak et Malakhov sont presque des jurons pour l'électorat conservateur du président Poutine. Après tout, Sobtchak a commencé sa carrière comme animatrice dans l'émission de téléréalité semi-érotique « Dom-2 » (« Maison-2 »),

Poutine est tiraillé entre sa loyauté envers le clan de son mentor Sobtchak et ses intérêts politiques

Poutine sait que tout scandale impliquant Ksenia Sobtchak ne fera qu'augmenter sa popularité et Malakhov présente le programme de potins télévisés « Poust Govoryat » (« Qu'ils parlent »), qui bafoue sans vergogne les valeurs morales fondamentales. Plus ces personnalités de la télévision « trash » seront perçues comme des leaders du mouvement de protestation démocratique, pire ce mouvement semblera aux yeux des partisans conservateurs de base de Poutine. Mais dans le même temps, il convient de rappeler que Ksenia Sobtchak est la fille d'Anatoly Sobtchak, pour qui M. Poutine a travaillé dans les années 1990, quand Sobtchak était maire de Saint-Pétersbourg.

Sobtchak a également été coauteur de la Constitution de 1993, membre de la première vague de démocratie postsoviétique et proche associé du président de l'époque, Boris Eltsine. Après son poste dans le bureau du maire de SaintPétersbourg, Poutine a été nommé directeur adjoint du cabinet présidentiel de Boris Eltsine en 1997. Jusqu'à présent, M. Poutine ressent un fort sentiment de loyauté envers son mentor, Sobtchak. Poutine sait pertinemment que tout scandale impliquant Ksenia Sobtchak ne fera qu'augmenter sa popularité et le gain financier potentiel résultant de sa notoriété. Et au fond de son cœur, Poutine doit comprendre que plus les célébrités comme Sobtchak et Malakhov quittent la télévision en signe de protestation, plus il sera facile d'attirer des gens normaux, rendant en fin de compte inutile la création d'une télévision publique. En effet, les intrigues de cet ex-agent du service de renseignement extérieur du KGB, réputé à l'époque pour être pro-occidental et libéral, ne connaissent pas de frontières. Alexeï Pankin est éditeur et journaliste Article déjà publié dans The Moscow Times

lu dans la presse Pourquoi Moscou reste-t-il au côté de damas ? Alors que les violences en Syrie continuent et que les pays occidentaux n'excluent désormais plus une intervention armée, la Russie rechigne toujours à condamner fermement le régime de Bacher al-Assad. Moscou cherche à jouer un rôle décisif dans la résolution de la crise, en espérant ne pas rompre sa bonne entente avec le vieil allié syrien. Mais les motivations du Kremlin ne semblent pas toujours claires à la presse russe.

Préparé par Veronika Dorman

L’heure de vérité

La voix russe

Les jeux sont faits

KOMMERSANT

Vedomosti

MOSKOVSKY KOMSOMOLETS

Les officiels russes, sans prendre la peine de chercher des preuves, soutiennent que seulement quelques personnes ont péri à Houla, sous le feu de l’armée. Les autres sont des victimes des « terroristes ». L’heure de vérité est venue. Le Kremlin doit décider s’il est prêt à soutenir son dernier client proche oriental jusqu’à la fin. Et pas tant pour les contrats d’armement ni la base militaire de Tartus que pour imposer au monde sa vision de la souveraineté, comme une licence illimitée pour l’arbitraire. L’Occident doit répondre : en quoi l’arbitraire de Kadhafi était-il différent de celui d’Assad ? Pourquoi la Libye a mérité une intervention armée, et la Syrie toujours pas ?

« La Russie n’a d’autre choix que de renforcer la pression sur Assad. Moscou devrait expliquer clairement au président syrien qu’elle ne pourra lui accorder aucun soutien s’il ne parvient pas à reprendre en main la situation, quels que soient les responsables des violences », considère le politologue Fedor Loukianov. La Russie a déjà atteint ses objectifs dans la crise syrienne : elle a récupéré le rôle de pays décisionnaire clé, a évité le scénario de force. Mais la situation est à un carrefour et il est dans l'intérêt de la Russie de convaincre Assad que le modèle yéménite est le moins dangereux et douloureux, d’autant qu’il pourra négocier des conditions de sortie avantageuses.

La vérité est du côté de la Syrie. Tout acte hostile ou décision d’intervention militaire sous prétexte d’une provocation à Houla seront perçus par la Syrie et ses alliés comme une infraction grave au droit international et un acte d’agression ouverte contre un Etat souverain. L’opinion publique sera du côté de la Syrie, qui sera forcée de répondre à l’agression avec tous les moyens dont elle dispose. L’Occident, quant à lui, accuse le pouvoir syrien. Quel que soit le responsable de l’horrible provocation à Houla, il a réussi. Le conflit politique a pris un tour nouveau, avec le renvoi des diplomates syriens des pays occidentaux et les allusions à une intervention internationale.

Konstantin Eggert

Polina Khimchiachvili

ans le reste du monde on appelle ça « une crise politique », en Russie, on préfère « le temps des troubles ». Comment désigner autrement une telle situation : une coalition politique a obtenu plus de la moitié des sièges au parlement, son candidat a remporté deux tiers des voix à l’élection présidentielle, mais la coalition en question n’est pas capable, pendant deux mois et demi, de former un gouvernement. L’annonce de la composition du nouveau gouvernement m’a convaincu une fois de plus de la justesse d’un tel diagnostic. Jugez par vous-mêmes : à de rares exceptions près (Chouvalov, Khloponine, Dvorkovitch), les portefeuilles ministériels ont été distribués à des fonctionnaires de second ordre (adjoints, chefs de service, ministres régionaux). Presqu’aucun d’entre eux ne s’est démarqué, à ce jour, ni dans les débats autour de la « stratégie 2020 », ni dans les discussions sur le « gouvernement ouvert », pas plus que dans les médias. D’un autre côté, aucun d’entre eux ne peut être accusé de manquer de l’expérience nécessaire pour devenir un bon ministre, contrairement à un chef d’atelier d’une usine d’armement dans l’Oural. [référence à la nomination récente d'un représentant plénipotentiaire du président, ndlr] De toute évidence, entre les membres du tandem, les négociations ont été difficiles. Poutine était satisfait de ses ministres et

aurait préféré qu’ils conserve leurs postes (sinon, pourquoi les auraitil traîné avec lui dans son administration). Medvedev, lui, voulait un renouvellement des cadres, mais ses propositions devaient être soit objectivement faibles, soit irrecevables. Résultat : un compromis, les vieux ministres sont partis, mais les nouveaux ne sont pas arrivés. Au lieu d’un nouveau gouvernement, nous avons une formation de technocrates, comme en Grèce ou en Italie.

La solution à une crise est de former un gouvernement en fonction des résultats électoraux Avec la différence que la Grèce et l’Italie savent comment sortir des crises politiques : en organisant des élections législatives, anticipées, comme en Grèce, ou en respectant le calendrier, comme en Italie. La solution pour sortir d’une crise, c’est précisément de former un gouvernement en fonction des résultats électoraux. Ce qui ne veut pas dire que la crise est résolue : une coalition peut s’effondrer ou se révéler incapable. Mais les mécanismes sont clairs. Sauf en Russie, où c’est flou. Ou plus exactement : trouble. Sergueï Aleksachenko est économiste. Article publié dans Vedomosti

sondage

Droits des minorités sexuelles Les représentants des minorités sexuelles doivent-ils ou non avoir le droit d'organiser des gay pride pour revendiquer leurs droits ?

La moitié des habitants de notre pays condamnent le fait d'appartenir à une minorité sexuelle. Ils sont un tiers à ne pas condamner. Seulement 7% de répondants estiment que les représentants des minorités sexuelles avaient le droit de faire une gay pride. On constate une plus grande tolérance chez les Moscovites et les habitants des autres grandes villes, les personnes éduquées, les femmes et les jeunes.

Le courrier des lecteurs, les opinions ou dessins de la rubrique “Opinions” publiés dans ce supplément représentent divers points de vue et ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de La Russie d’Aujourd’hui ou de Rossiyskaya Gazeta. merci d’Envoyer vos commentaires par courriel : redac@Larussiedaujourdhui.BE

Andreï Yachlavski

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Culture

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CHRONIQUE LITTÉRAIRE

Bande dessinée Un festival annuel tente de populariser ce genre encore largement méconnu du grand public

Inaccessible rédemption

TITRE : POTEMKINE OU LE TROISIÈME COEUR AUTEUR : IOURI BOUÏDA ÉDITION : GALLIMARD TRADUIT PAR SOPHIE BENECH

Voir notre diaporama sur larussiedaujourdhui.be © TATIANA CHRAMTCHENKO (3)

La BD peine à trouver son public malgré sa diversité La reconnaissance du « 9ème art » prend du temps en Russie car il est considéré comme une édition de très basse qualité culturelle. Mais l'offre créative fait mentir les stéréotypes. TATIANA CHRAMTCHENKO LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

Il y a seulement quelques années en Russie, il était difficile de parler de bande dessinée : elle était quasiment inexistante dans le pays et loin de constituer un secteur éditorial à part entière. Bien que la Russie aime se penser comme « le pays qui lit le plus au monde », le lecteur russe ne conçoit pas vraiment le texte et l’image de la BD comme formant un tout. Faute de culture spécifique, il se limite à regarder les images sans lire les textes. En outre, la bande dessinée est souvent perçue par les Russes comme un divertissement très bas de gamme. Une perte de temps en quelque sorte. Dépasser ce stéréotype n’est pas chose facile, pas plus que de

populariser le langage spécifique des bandes dessinées. Un début d'engouement se fait cependant jour dans la jeune génération pour ce pan de la pop culture. Depuis 2002, tous les ans à Moscou, se tient le Festival international de bande dessinée KomMissia. Au début, juste un projet de bédéphiles invétérés, qui s’est vite mué en un événement culturel d’envergure et qui s’est doté d’un véritable projet social, Respect. En automne 2009, les fondateurs de Respect, fans de BD ou dessinateurs, ont adressé une demande de subvention à l’Union Européenne et ont décroché une bourse pour la réalisation de leur projet. Parmi les pays participants, outre la Russie, on trouve l’Ukraine, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Espagne, la Belgique et d’autres encore. Leurs histoires en images s’inspirent des problèmes sociaux actuels et leurs travaux voyagent ensuite dans le monde sous la forme d’une exposition itinérante.

Le projet Respect, comme son nom l’indique, est basé sur le thème du respect et de la compréhension mutuelle et met en lumière, par la BD, les problèmes de l’intolérance dans notre société. Il contribue accessoirement à dissiper le cliché selon lequel la BD est superficielle.

Pour les dessinateurs russes, les thèmes de prédilection restent le pouvoir, l’immigration et le nationalisme Selon les organisateurs, « le projet est tourné vers les jeunes car ils se trouvent souvent dans des conditions sociales difficiles qui peuvent amener à des éclats de violence. La BD est le langage idéal pour soulever ce genre de problèmes, car dans ce milieu, les auteurs ont l’habitude de travailler sur le sens, le texte et le dessin et véhiculent une

image positive pour la jeunesse ». Cette année, le festival KomMissia s'est déroulé du 27 avril au 27 mai. Dans le cadre du programme Respect, 22 auteurs ont exposé leur travail. Les albums des créateurs étrangers ont été traduits en russe spécialement pour l’occasion. Chacun a parlé des problèmes sociaux qui lui tenaient à coeur. Au final, la sélection fut diverse et originale et traitait de thèmes d’actualité. Pour les dessinateurs russes, les thèmes de prédilection restent le pouvoir, l’immigration et le nationalisme. Constantin Comardine a présenté l’album « Gouvernement légal », une allégorie en images sur le monopole du pouvoir dans la société. Un groupe de Terriens se posent sur une planète inconnue et y découvrent une civilisation très évoluée et pacifique, dans laquelle le pouvoir n’existe pas. Quand les Terriens apprennent aux indigènes à « élire leur président », apparaît la no-

tion de pouvoir et avec elle, les sentiments vindicatifs. Khikhous (44 ans), le dessinateur de BD le plus connu de Russie, a raconté l’histoire d’un génocide de poissons. Pendant longtemps, les poissons et les hommes vivaient en paix, mais un jour, le président décréta que les poissons étaient coupables des maux de l’humanité et décida de les chasser du pays en les parquant dans des camps sous-marins spéciaux. Présent également, le Bruxellois Thierry Bouüaert (48 ans) décrit une guerre civile sur fond de conflits ethniques. La guerre sévit dans « un quelquonque pays européen », et c’est l’histoire de la relation entre deux héros, un Wallon et un Français, qui passe de la haine à l’amitié. L’auteur prépare actuellement un album sur la jeunesse russe des années 90. En trois ans d’existence, l’expo itinérante Respect a visité bien des lieux. Le 25 mai, elle revient d'Helsinki pour repartir vers Makhatchkala (Daguestan).

Photographie Les portraits d'Edouard Pessov

Le « talisman » de la diplomatie russe exposé au public Du 8 au 30 juin, le Centre scientifique et culturel de Bruxelles accueille l’exposition d'Edouard Pessov, qui a passé la plus grande partie de sa vie à chroniquer la diplomatie russe.

BIOGRAPHIE

Edouard Pessov

SOFIA RAEVSKAIA

LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

NÉ À: TBILISSI ÂGE: 80 ÉTUDES: AUTODIDACTE

En 1978 il entre au service photo de TASS et en 1992 il passe au service photo international de l’agence. Depuis 1992, il travaille au ministère des Affaires étrangères.

© ARCHIVES PERSONNELLES (4)

Les héros des photographies d’Edouard Pessov, ce sont Leonid Brejnev, Mikhaïl Gorbatchev, Sergueï Lavrov ou encore Evgueni Primakov, et bien d’autres célèbres diplomates. Parmi les œuvres exposées à Bruxelles, on trouve aussi bien des clichés protocolaires que des images inédites du quotidien des personnalités officielles. « Il n’a pas fait que créer les annales de notre diplomatie extérieure, il a également montré l’existence des gens qu’il photographiait », explique le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Pessov a travaillé presqu’un quart de siècle au sein de TASS, la plus grande agence de presse

soviétique. Dans ses archives, des photos de tous les ministres des Affaires étrangères d’URSS et de Russie, à commencer par Andreï Gromyko. Lors de l’inauguration d’une exposition similaire à Moscou, l’ancien chef de la diplomatie russe, Igor Ivanov, disait en souriant : « En comptant Gromyko, sept ministres se sont succédés, mais Edouard Pessov est resté à son poste. La voilà, la continuité de notre politique étrangère ». Le photographe explique sa sélection ainsi : « Chaque photo a son histoire. Chacune reflète une étape de notre vie ». La rencontre entre Pessov et la photographie a eu lieu à Tbilissi, où il est né il y a 80 ans. C’est là qu’il a décidé de devenir photographe professionnel. Mais il a eu à exercer beaucoup de petits boulots pour vivre : électricien, savonnier, fabriquant d’allumettes. Sans jamais cesser de photographier. Le succès est venu après la publication d’une photo dans

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En haut : Nixon à Moscou en 1972. En bas : Sergueï Lavrov en 2007 et Edouard Chevarnadze de retour en Georgie en 1991.

la Pravda : il a été remarqué et invité à Moscou. À partir de 1978, sa carrière s’envole – il devient correspondant de TASS. Aujourd’hui, Pessov continue de travailler avec le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qu’il accompagne dans ses déplacements partout en Russie et à l’étranger. De tels voyages peuvent

avoir lieu 5-6 fois par mois, pendant 3-4 jours. « Nous avons 3000 diplomates, 158 ambassades. Il y a toujours du travail ». « J’ai surnommé Pessov le talisman du ministère des Affaires étrangères. Nous savons que s’il nous accompagne dans un déplacement, tout se passera bien », raconte Lavrov.

C’est la fin des années 20, à Paris. Dans cet entre-deux guerres défini par Bultmann comme « une halte douloureuse entre la Crucifixion et la Résurrection ». Le jazz mêle ses accents à ceux de La Madelon, les cicatrices laissées par la grande guerre sur les hommes et sur toute la société sont profondes. Dans ce Paris léger et tragique, Dali croise Mademoiselle Chanel et Berdiaev,Teilhard de Chardin ; Théo le Russe blanc, croise Mado l’adolescente unijambiste, psychopathe, cynique et pleine de hargne, tout droit sortie de la Cour des miracles d’Hugo. Théo, Fiodor Zavalichine, est un de ces nombreux Russes qui peuplent Paris et sa banlieue. Ancien militaire, médaillé de la grande guerre, c’est la photo pornographique qui lui assure une existence prospère. Théo et ses amis évoquent leur vie à la lumière de la pensée inévitable de Dostoïevski, mais aussi de celle de Pascal, de Spinoza, de la Bible et de la mythologie grecque. Un jour, la vie de Théo bascule. Il revit, à travers le film d’Eisenstein, la tragédie du Potemkine à laquelle il prit part lors de son service militaire à Odessa. Il réalise soudain qu’il a tiré sur d’innocentes victimes, des femmes et des enfants et, tel le héros de Dostoïevski, Zossime, rattrapé par la culpabilité, il court se dénoncer à la police. Mais la justice des hommes ne peut juger un crime qui remonte à 20 ans et Dieu, « ce marchand de honte », demeure silencieux… « Le châtiment est inexorable uniquement dans le cas ou Dieu existe ». Théo devra faire seul son chemin expiatoire. Le médecin qui soigne sa soudaine épilepsie le met en garde contre « le sentiment de culpabilité (… ) il est fréquent qu’il oblige un homme à commettre des actions fatales, qu’il fasse de lui un esclave et un monstre ». Justement, un curieux engrenage transforme notre héros en quête de rédemption en tueur en série... Il quitte Paris avec Mado, couple improbable dans un road movie qui doit les conduire à Lourdes où un charlatan a promis à Mado de faire repousser sa jambe. Sur son chemin de croix, Théo sent palpiter dans sa poitrine un autre cœur à côté du sien, puis un troisième : le cœur de Jésus, de l’amour, seule rédemption. Iouri Bouïda livre un roman dense, complexe, raffiné et cru sur ses thèmes de prédilection, le bien, le mal, le silence de Dieu, le cercle vicieux de la vie et de ses souffrances, « un labyrinthe dans lequel se cogne et se débat une conscience stupide qui tente de trouver une sortie là où il n’y a pas d’entrée… ». Christine Mestre Découvrez d’autres chroniques sur larussiedaujourdhui.be


Loisirs

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recette

Entretien Un humoriste qui monte...

On rit partout et de tout ! Au boulot !

Jean-Michel, Ivan Ourgant et Gricha Ourgant sont une seule et même personne ; le charmant et populaire présentateur télé, Ivan Ourgant, 34 ans, qui vient de lancer une nouvelle émission. Maria Afonina

la russie d'aujourd'hui

Jennifer Eremeeva

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

© vladimir

que le mot « comique » est entré dans le langage courant russe », analyse Ourgant. Dans son nouveau projet, « Ourgant du soir », l’humoriste est en tête-à-tête avec un invité. « C’est le "Late night show" américain classique : une discussion avec un invité, un débat sur les questions du jour, des blagues et un contrat de plusieurs millions pour le présentateur », explique Ourgant. « En fait, je suis un très mauvais interviewer, j’apprends, j’essaye ». Ourgant joue les modestes alors qu’en deux mois, il a déjà reçu sur son plateau la star du foot Zinedine Zidane, le président de la fédération de hockey russe Vladislav Tretiak, l’écrivain Zakhar Prilepine, et beaucoup d’autres célébrités russes et étrangères du cinéma, de la musique, de la mode... Personne n’est reparti sans le sourire. Sauf peut-être le pilote de course Nikolaï Fomenko, qui est reparti sans son bolide Maroussia, puisqu’il l'a offert à Ourgant. Entre les blagues et les plateaux, quand il a du temps libre, Ivan Ourgant aime faire la cuisine, passer du temps avec les copains. « J’aime aussi mon pays », déclare-t-il, avant d’enchaîner, avec le plus grand sérieux : « J’aime les États-Unis et la France, même si ça ne commence pas par la même lettre et se trouve d a n s d i ff é re n t s c o i n s d u monde ». Il y a quelques années, à l’issue de voyages aux États-Unis et en France avec le célèbre journalisteVladimir Pozner, Ourgant a participé au tournage de deux films documentaires, « L’Amérique à un étage » et « Le tour de France », qui n’ont été diffusé qu’à la télé-

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NÉ : le 16 avril 1978 TAILLE : 1.90 m

Diplômé de l’Académie de théâtre de Saint-Pétersbourg. Avant de travailler à Pervy Kanal, Ivan Ourgant animait des émissions sur les radios « Rousskoe Radio », ­« Hit‑fm », et sur les chaînes Pyaty kanal, MTV Russie, « Rossiya ». En 2005 il a été embauché par Pervy Kanal pour animer l’émission « Grande première », puis pour collaborer à d’autres projets. Ourgant a tourné dans plus de vingt films.

vision russe. Un film similaire a été tourné par le duo sur l’Italie, mais n’a pas encore été montré. « Il faut d’abord que Poutine et Berlusconi s’entendent », rigole Ourgant.

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roschupkin

biographie

© photo xpress

© ruslan

Dans les années 1990, « Jean-Michel » était un obscur présentateur de cabaret. Aujourd’hui, Ivan Ourgant est une célébrité dans toute la Russie. Ourgant présente quatre émissions humoristiques en prime-­ time sur la principale chaîne de télévision russe. Dans « SMAK », il jongle avec des poêles, de la nourriture et des blagues, en cuisinant et rigolant avec un invité. Dans « La grande différence », Ourgant reçoit des stars nationales venues se faire parodier et en discuter. « Projectorparishilton » est une partie de thé pendant laquelle Ourgant et trois sbires épluchent les journaux de la semaine et ironisent sur les nouvelles lois, les médias et l’état des choses dans le pays en général. On peut rire de tout et avec tout le monde, considère Ourgant. « Y compris du président. Bien sûr, c’est plus drôle de rire d’un président étranger parce que tu peux t’en défendre avec l’arme atomique. Alors que rien ne te protégera de ton propre président ». Selon l’humoriste, « l’industrie du rire existe en Russie depuis sept-huit ans, quand on a compris que l’humour pouvait rapporter non seulement du plaisir mais aussi beaucoup d’argent. L’apogée a été atteinte il y a deux ans, avec une explosion du nombre d’émissions, qui ont fini par toutes se ressembler. C’est alors

La gretchka, un miracle russe

Une autre des identités du présentateur, qu’il renie pourtant, c’est Gricha Ourgant, un musicien qui a présenté son premier album aux Moscovites le 20 mai, dans un parc de la capitale. « Beaucoup de gens se servent de mon nom de famille désormais. Moi je n’y suis pour rien. Je ne sais jouer que des petits extraits de country », assure l’humoriste. De son côté Gricha Ourgant, a répondu à la question d’un journaliste qui lui demandait s’il comptait venir sur le plateau de « Ourgant du soir » : « Vous savez, j’ai beaucoup de parents. Le nom de famille est très répandu. Bref, je refuse de participer aux émissions télévisées de gens qui portent le même nom que moi ». Les collègues du présentateur le disent toujours bienveillant et son « Au boulot ! », avec lequel il lance quotidiennement son « Ourgant du soir », est un mot d’ordre que tous prononcent avec un sourire chaleureux.

© sergey yolkin (2)

foot de plage une victoire méritée, mais "non sans l’aide de Dieu"

« Poutine est l’un des rares leaders pouvant se targuer d’être devenu une marque à part entière. Il n’est pas seulement devenu le symbole de la Russie, mais aussi l’incarnation d’un style. En tant que leader, il est perçu comme étant plus fort que le pays qu’il dirige. Il est, du moins en apparence, le maître incontesté de la Russie. Il peut en faire ce qui lui plaît. Pour une partie du monde, Poutine est celui qui peut tenir tête à l’hégémonie américaine ». Fedor Loukianov, Global Affairs.

Pour la première fois, la Russie est devenue championne du monde de foot… de plage ! L’équipe russe a écrasé le Brésil avec un score de 12 : 8 lors d’un tournoi à Ravenne, le 12 septembre dernier. L’équipe russe tire une fierté toute particulière d'avoir vaincu le Brésil, 13 fois champion mondial dans la discipline. « C’est une victoire méritée, mais non sans l’aide de Dieu », confiait alors le gardien de but russe, Andrei Boukhlitski.

AUTEUR : SERGUEÏ ELKINE

AUTEUR : SERGUEÏ ELKINE

mais demeure largement méconnu aujourd’hui. Ce qui est regrettable, parce que le sarrasin est très nutritif : « Il contient plus de protéines que le riz, le blé, le millet ou le maïs… mais sans gluten », écrit le célèbre diététicien Nicholas Perricone, qui aime prescrire le sarrasin à ses patients. Le sarrasin est un aliment récurrent et polyvalent de la cuisine russe. J’en ai mangé pour la première fois à Saint-Pétersbourg, à la fin des années 1980, quand le ravitaillement était insuffisant et aléatoire. Mon amie Assia et sa mère consommaient de la "gretchka" quasiment à chaque repas. Pendant mes séjours dans leur appartement chaleureux, j’ai appris à apprécier le grain, pas seulement pour sa saveur mais pour la quantité d’énergie qu’il délivre. Une portion de gretchka vous fait tenir la journée. Pas étonnant donc que ce produit miracle apparaisse à chaque repas. Du sarrasin au petit déjeuner, suivi de sarrasin comme accompagnement avec la viande, gibier ou abats. Mais ce qui s’allie le mieux avec la gretchka, ce sont les champignons, un autre aliment de base de la cuisine russe. Sarrasin et champignons sont à l’émigré russe ce que la madeleine est à Proust : le goût du temps perdu. Ce plat russe classique peut servir d’accompagnement, de farce ou même de plat principal végétarien.

Ingrédients :

375 ml de graines de sarrasin • 500 ml de bouillon de poulet ou de légumes • 2 oignons jaunes hachés • 3 gousses d’ail haché • 30 ml de beurre, divisé en deux • 1 œuf • 60 g de champignons séchés (mélange de chanterelles, morilles et lentins du chêne), nettoyés et coupés en dés • 1 tasse de Madeire ou vin blanc • 2 tasses de champignons crus (portabella et cèpes) • 120 ml de crème fraîche • 120 ml de crème épaisse • 2 c. à soupe de noix de muscade fraîche • Sel, poivre • Persil frais haché

Préparation

1. Placez les champignons séchés dans un bol et immergez dans le Madeire ou l'eau bouillante. Assurez-vous que les champignons sont complètement immergés dans le liquide. Laissez tremper 50 minutes. 2. Faites chauffer une cocotte sur feu moyen-fort et faites griller les graines, en mélangeant avec une cuillère en bois. Grillez pendant 3‑4 minutes, puis ajoutez l’œuf, et touillez encore 1‑2 minutes. Ajoutez le bouillon, baissez le feu à moyen, couvrez et laissez mijoter 15‑20 minutes. Quand presque tout le liquide s’est évaporé, retirez la cocotte du feu et laissez reposer avec le couvercle pour terminer la ­cuisson. 3. Faites fondre la moitié du beurre dans une casserole. Quand le beurre crépite, ajoutez les champignons. Faites sauter 7 mi-

Caricatures

très fier de lui-même bomber le torse vaut mieux que sortir ses bombes

Les siècles de guerres, de famines, de révolutions et autres catastrophes se succèdent. Mais les Russes tiennent le coup. Comment y parviennent-ils ? La réponse se cache dans le fait qu’ils consomment régulièrement du sarrasin. Cette graine dure a été un aliment de base en Europe de l’Est depuis des temps anciens, et les Russes peuvent tout particulièrement revendiquer le sarrasin : c’est dans les régions autour du lac Baïkal que le grain aurait été cultivé en premier. Très apprécié en Asie, le sarrasin y apparaît surtout sous forme de nouilles, contrairement à l’Europe de l’Est, où les grains sont d’abord grillés puis bouillis dans l’eau et consommés sous forme de porridge ou comme accompagnement pour remplacer le riz ou les pommes de terre. Des steppes d’Asie centrale et des plaines de Sibérie, le sarrasin est arrivé en Occident par les routes historiques du commerce et des invasions, tirant son nom des Maures de l’Espagne méridionale. Une période de pousse courte et une bonne adaptation à des sols pauvres ont fait du sarrasin un aliment abordable pour la paysannerie indigente d’Europe. Les Néerlandais ont été les premiers à importer dans le Nouveau Monde un grain qui a connu un grand succès au XIXe siècle,

© lori/legion media

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nutes jusqu’à ce que les champignons rendent de l’eau puis la réabsorbent. Laissez de côté. 4. Repêchez les champignons réhydratés et ajoutez les aux champignons sautés. Passez le reste du liquide à travers un torchon propre et laissez de côté. 5. Faites fondre le reste du beurre dans une cocotte. Ajoutez l’ail et l’oignon, faites sauter jusqu’à ce qu’ils deviennent transparents. Ajoutez le sarrasin, mélangez pendant 3 minutes. Ajoutez les champignons et la muscade. Ajustez l’assaisonnement de sel et poivre. 6. Ajoutez la crème fraîche et la crème épaisse, la moitié du liquide des champignons. 7. Portez le mélange à frémissement. Quand le liquide est à moitié absorbé, couvrez et laissez cuire à feu doux 10‑15 minutes jusqu’à ce que tout le liquide soit absorbé. 8. Garnissez de persil frais. Autres recettes sur larussiedaujourdhui.be

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