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Distribué avec

Recette : l’okrochka Une soupe d’été traditionnelle contre les maux citadins : manger sain et frais sans prendre de poids P.12

Révolution de studio Mosfilm, l’incubateur à chef-d’oeuvres du 7ème art passe à l’ère digitale

Publié en coordination avec The Daily Telegraph, The Washington Post et d’autres grands quotidiens internationaux

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Ce supplément de douze pages est édité et publié par Rossiyskaya Gazeta (Russie), qui assume l’entière responsabilité de son contenu Mercredi 16 juin 2010

Littérature 15 écrivains français traversent le continent de Moscou à Vladivostok à bord du Transsibérien

Sur les traces de Cendrars Echenoz, Sallenave, Fernandez et leurs confrères roulent sur les traces de Blaise Cendrars et de sa « Prose du Transsibérien ». Un voyage surprenant, émouvant, parfois même cocasse.

SPÉCIALEMENY POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Présent sur le marché russe depuis 16 ans, Bonduelle y a ouvert au bout de dix ans son unique usine à Dinsk près de Krasnodar, la capitale du Kouban. L’établissement fournit un quart de la production totale des légumes en conserve de cette région connue comme le grenier de la Russie. Trois Français travaillent au sein de la direction de l’usine, à Novotitarovsk, non loin de la capitale régionale.

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

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ANDREY ZVEZDENKOV

VLADIMIR ANOSOV

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L’écrivain et poète Blaise Cendrars a été inspiré par un voyage qu’il a fait à bord du Transsibérien alors qu’il n’avait que 17 ans

Sport Un scandale profite à la candidature de Moscou pour la Coupe du monde en 2018 ou en 2022

Le rêve mondial du football russe se rapproche EPSILON

Les accusations sans fondement portées contre Moscou et Madrid par le patron de la Fédération anglaise de football, lors d’une conversation enregistrée à son insu, ont desservi la candidature de son pays et braqué les projecteurs sur celle de la Russie. IRINA FILATOVA / ANDY POTTS AVEC MOSCOW TIMES ET MOSCOW NEWS

Lord Triesman avait insinué que l’Espagne et la Russie se seraient entendues sur le trucage de matches dans le cadre de la Coupe du monde qui se dispute en Afrique du Sud, en échange d’un abandon de la candidature espagnole à l’organisation du tournoi de 2008. Le président de la Football Association (FA), dont

Le groupe agro-alimentaire français a installé il y a six ans une usine dans le sud de la Russie. Ses cadres relatent les défis qu’ils y ont relevés et leur plaisir de vivre dans le Kouban, sur les bords de la mer Noire. ELENA LOUBINETS

VERONIKA DORMAN

Le 28 mai, les passagers au départ de la gare de Iaroslavl ont dû se frayer un chemin à travers une foule compacte et inhabituelle amassée sur le quai. C’est qu’on n’embarque pas une délégation d’écrivains français sans y mettre les formes. Au son d’une fanfare militaire et dans une nuée de ballons bleu-blanc-rouge lâchés par des enfants chantant à tue-tête une chanson populaire, le Transsibérien des écrivains quittait la capitale pour un périple de 20 jours. Dans le cadre d’une opération croisée des chemins de fers russes et français (année France-Russie oblige), les plumitifs ont emboîté le pas à leur illustre prédécesseur Blaise Cendrars, de Moscou à Vladivostok, à l’assaut de la Russie profonde.

Bonduelle craque pour le Kouban

La « remarquable » candidature russe

dération internationale a qualifiée de « remarquable », en proposant 13 villes de sa partie européenne pour l’organisation du tournoi. À la clé : la construction de plusieurs stades modernes. À l’heure actuelle, seul le stade de Loujniki à Moscou correspond aux normes requises, même si les installations qui sont en cours de réalisation pour l’Olympiade de 2013 à Kazan et les Jeux Olympiques d’hiver 2014 à Sotchi font également partie de ce grand projet. Des villes comme Kaliningrad, Yaroslavl, Saransk et Sotchi, où la passion pour le football se développe à grands pas, accueilleront des installations de premier plan.

La Russie a déposé sa candidature, que le président de la Fé-

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les commentaires ont paru dans la presse britannique, a été contraint de démissionner du poste qu’il occupait également comme président du comité de la candidature de l’Angleterre, et la FA a envoyé des lettres d’excuses à Moscou et Madrid. Mais ce ne sera probablement pas suffisant pour réparer les dégâts causés à la candidature anglaise. Et vu que la bataille pour la sélection du pays d’accueil de 2018 devait se dérouler entre l’Angleterre et la Russie, le scandale place d’office la Fédération russe en position de favori.

Renaissance juive

Chaos dans le « Bio »

Les juifs russes ont désormais l’embarras du choix pour pratiquer leur religion. À condition toutefois de résider dans une grande ville.

La mode de l’alimentation saine fait rage en Russie, mais aucune réglementation ne distingue le vrai du faux « bio ». PAGE 4

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DÉBATS ET OPINIONS

Moscou sensible à l’effet Obama Le politologue Dmitri Trenine voit un assouplissement dans la diplomatie russe, causé par la nécessité de modernisation. PAGE 8

Qui étouffe la presse libre ? Le spécialiste des médias Alexeï Pankine estime que la domination totale du Kremlin sur la télévision, utile un temps, doit à présent cesser. La candidature russe propose 13 villes d’accueil pour la Coupe du Monde

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Stations de skis contre séparatisme caucasien Medvedev veut construire cinq stations de ski pour revitaliser une économie caucasienne totalement déprimée par le terrorisme. PHOTOXPRESS

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LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI WWW.FR.RBTH.RU COMMUNIQUÉ DE ROSSIYSKAYA GAZETA DISTRIBUÉ AVEC LE FIGARO

International

International Le Kremlin mise sur la « puissance douce » pour regagner un peu de l’influence que la Russie a perdue au Proche-Orient

Faites des blinis, pas la guerre ! former le coeur de la communauté russophile» Les 10 000 Russes de la diaspora et les 10 000 Libanais qui ont étudié dans les universités soviétiques dans les années 1980 et 90 attendent beaucoup de la promesse de Moscou de régler leur principal problème au Liban, la sécurité. Le rôle traditionnel de la Russie dans les pays arabes vente d’armes et ingénierie industrielle – n’a pas disparu. En quête de soutien militaire et de contrats, le président libanais Michel Suleiman s’est rendu à Moscou en février. À cette occasion, Medvedev a déclaré que la sécurité mondiale et régionale était « le sujet le plus brûlant » dans les négociations russo-libanaises.

La Russie veut de nouveau se faire entendre au Proche-Orient. Au Liban, elle ne vient pas, cette fois, armée de kalachnikovs, mais de blinis et de ballets. ANNA NEMTSOVA SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Une histoire commune

DARKO VOJINOVIC_AP

Dans l’air humide d’une chaude soirée méditerranéenne, des 4x4 de luxe ralentissent et se garent le long du trottoir d’une rue animée, ornée de lilas et de bougainvilliers roses. « Bystreï ! [dépêche-toi] », crie une gamine à son père. « Ya seïtchas ! [j’arrive] », répond-il, avec un lourd accent oriental. Main dans la main, ils courent vers un bâtiment de cinq étages et s’engouffrent dans une salle en sous-sol. Ici, loin des chantiers bruyants de Beyrouth en plein essor, ce concert d’un groupe folklorique russe paraît presque surréaliste : « Les bouleaux se dressent dans un silence ensommeillé. Et la neige tombe dans la lumière dorée ». La douce mélodie de l’accordéon et de la guitare jette un voile de mélancolie sur le public. En 60 années d’existence, le Centre de Russie pour la Science et la Culture de Beyrouth s’est transformé, passant d’une école de langue et de ballet à tous les étages pendant la journée, à un centre de loisirs et de fêtes le soir ; mais quand la guerre reprend, il sert aussi d’abri contre les bombes pour les Russes de la capitale libanaise. La communauté russe de Beyrouth a grandi toute seule, après avoir été à l’origine liée aux pèlerins orthodoxes qui, pendant des siècles, se sont rendus à pied à Jérusalem, certains s’arrêtant là où se situe aujourd’hui le Liban. Cette communauté a reçu le renfort d’officiers blancs, venus avec l’armée d’occupation française dans les années 1920, pour travailler en tant que topographes. Dès les années 1930, ils étaient près de 3 000 Russes blancs à vivre dans la ville, organisant notamment un bal russe annuel, tandis que les Soviétiques offraient des bourses aux communistes libanais.

Les activiés de Rossotroudnitchestvo prouvent que le Proche-Orient reste une région géopolitique prioritaire pour l’influence russe

Nombre d’Arabes éduqués à Moscou voient d’un bon œil le retour de la présence russe au Proche-Orient nancement de l’agence a augmenté d’au moins 50% l’an dernier. Cette année, l’État a investi 424 millions d’euros dans divers programmes humanitaires et les salaires des employés des 72 centres culturels de par le monde. Plutôt que de repartir

à zéro, on mise sur les diasporas russes existantes, en s’adaptant aux particularités et intérêts de poches de culture russe aussi peu connues que celle de Beyrouth. Selon le vice-président de l’agence, Mikhaïl Kojokine, le ProcheOrient est une région géopolitique prioritaire pour l’influence russe. Le Centre russe de Damas compte 500 étudiants, et celui de Tel-Aviv organise des concours d’écriture pour les jeunes de l’immense diaspora russe d’Israël. L’année dernière, l’agence a inauguré un nouveau centre russe à Amman, en Jordanie.

L’expansion de Rossotroudnitchestvo

Néanmoins, Ekaterina Sokirianskaïa, de l’Organisation Non Gouvernementale « Memorial », reste sceptique sur les sommes investies dans ces Centres pour la Science et la Culture au Proche-Orient. Selon elle, cet argent serait plus utile à certaines républiques de la Fédération de Russie : « Je n’ai jamais vu de palais de la culture à Grozny ou Nazran. Les enfants de Tchétchénie et d’Ingouchie ne voient pas les Russes danser des ballets ou chanter des opéras : ils pensent que tous les hommes russes por-

Il y a du nouveau. Afin de renforcer le pouvoir diminué de la Russie dans le monde et promouvoir la langue et la culture russes, le président Medvedev a fondé, il y a deux ans, une agence fédérale, Rossotroudnitchestvo (collaboration russe). Le fi-

Timides progrès au sommet russo-européen de Rostov Les Russes n’ont pas obtenu de régime sans visa pour l’Europe et la « modernisation des relations », thème de la rencontre, reste pour l’instant au niveau des intentions. BEN ARIS BUSINESS NEW EUROPE

Les relations entre l’Union européenne et la Russie ont traversé des moments difficiles et une longue période de morosité, atteignant leur nadir en août 2008 pendant la guerre entre la Russie et la Géorgie. Mais la crise économique qui a causé des répercussions dans le monde entier force les uns et les autres à rechercher des débouchés commerciaux pour sortir de leur situation d’endettement actuelle.

Le président de l’UE Herman Van Rompuy a déclaré aux journalistes, à l’issue de la réunion, que le bloc de 27 membres veut devenir un partenaire privilégié de la Russie pour une Europe plus compétitive et diversifiée. Van Rompuy a ajouté qu’à la différence des Américains, les Européens sont habitués à travailler dans cette voie. « Avec la Russie, nous n’avons pas besoin de redemarrer à zéro. Nous voulons juste une « avance rapide », a-til précisé, faisant référence à la « remise à zéro » des relations entre Moscou et Washington l’an dernier. Avec des pertes affichant des centaines de milliards de pétro-dollars, le rythme des réformes en Russie a ralenti au cours de ces

dernières années et l’État a commencé à exclure activement certains investissements des secteurs considérés comme stratégiques pour l’économie. Mais après une chute impressionnante du cours du pétrole, l’économie s’est arrêtée brusquement, plaçant le Kremlin devant un gros déficit budgétaire. La crise a également convaincu le gouvernement russe qu’il n’a pas d’autre choix que de diversifier l’économie, basée actuellement sur les ressources naturelles. Pas d’autre choix donc que d’entreprendre de profondes réformes et d’attirer les capitaux étrangers. « La Russie va s’écrouler si l’on ne modernise pas sa structure sociale et son économie », a dé-

Au Proche-Orient comme à la maison «Je pense que les Russes ont la possibilité d’égaler les Américains et les Français en terme d’influence culturelle au Liban» estime Leena Saïdi, une productrice de films documentaires. «Nos cultures et nos valeurs sont largement similaires. La principale barrière reste la langue. Ce sont les Libanais qui sont allés étudier en Russie dans les années 80 et 90 qui continueront à

La coopération par le biais de l’enseignement à distance Afin d’aider des professeurs de russe tels que Marina Yermilova-Sarieddine, Rossotroudnitchestvo est en train d’élaborer un programme d’enseignement à distance financé par Gazprom. Les professeurs russes auraient la possibilité d’enseigner aux étudiants étrangers sans quitter leurs salles de cours de Moscou ou Saint-Pétersbourg. L’agence finance également des programmes d’échanges pour 400 étudiants de divers pays, en espé-

L’approche de Medvedev

tent des uniformes et patrouillent dans les rues ».

claré le président russe Dmitri Medvedev aux membres de la chambre supérieure du Parlement la veille du sommet. « Nous n’avons pas d’alternative. Si nous ne parvenons pas à nous moderniser, le pays va s’effondrer et l’économie va se dégrader ». Le changement de direction était déjà en cours l’année dernière, mais sa nécessité est apparue encore plus nettement lors du sommet UE-Russie. Le Kremlin a adopté cette année une nouvelle politique, pragmatique et respectueuse des investissements étrangers, selon ce qu’on a pu apprendre concernant le document normatif élaboré par le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. La nouvelle approche du gouvernement russe

La première vague d’émigrés russes fuyant la révolution bolchevique a formé le noyau de la classe professionnelle de Beyrouth. La Société topographique des officiers blancs dessinait des cartes du Liban pour l’armée française. L’un d’entre eux, Alexandre Serov, était le fils d’un célèbre peintre russe, Valentin Serov. Sa famille vit toujours dans la même maison ottomane que dans les années 1940, non loin de l’Université américaine de Beyrouth (UAB).

Représentation à l’étranger Grigori Seroff, qui préfère l’ancienne transcription de son nom, enseigne l’architecture à l’UAB et peint de magnifiques aquarelles de paysages ruraux et urbains libanais. L’année dernière, Vladimir Poutine a décerné à Seroff et à son épouse française Florence des médailles pour leur contribution à la promotion de la culture russe au Liban. « À Moscou, j’ai expliqué à tous qu’après 80 ans de vie à Beyrouth, je suis resté 100% russe, mais je suis aussi devenu 100% libanais », plaisante Seroff.

Un nouveau rôle ?

rant atteindre le chiffre de 3 000 d’ici à deux ans. « La Russie et les États-Unis ont cessé leur compétition militaire au Proche-Orient », dit Sergueï Vorobiev, un attaché culturel à l’ambassade de Russie au Liban. « La course reprend, avec les États-Unis et la France, mais sur le terrain de la culture et de l’économie désormais ». Vorobiev ajoute qu’une étude récente dans 50 pays a montré que c’est au Liban que l’attitude est la plus positive envers la Russie.

Les étudiants de l’Université américaine de technologie au Liban ont célébré le Jour des étudiants, fête traditionnelle russe, en récitant des poèmes de Pouchkine et la Maslenitsa, la fête de la chandeleur, en se gavant de blinis. « Il ne faut pas se faire d’illusions, la Russie ne réglera pas les conflits au Proche-Orient en enseignant le ballet ou en préparant des blinis », conclut Kojokine. « Mais c’est le début de la restauration de son influence dans la région ».

propose de former « des alliances pour la modernisation » avec au moins 14 États membres de l’UE comme partenaires de la Russie. Les principaux membres de l’UE ont réévalué leurs relations avec la Russie. L’Allemagne a depuis longtemps été le « meilleur ami » de la Russie au sein de l’Union. En ce qui concerne la France, le renouveau de l’amitié entre les deux pays est plus récent. Depuis le changement de gouvernement en Pologne, un nouveau climat s’est instauré entre Varsovie et le Kremlin, et une évolution semblable se dessine à Londres, également tentée par un rapprochement. Reste les États baltes, irréductibles adversaires. Mais leurs problèmes économiques les ont contraints à plus de pragmatisme dans leurs relations avec la Russie. Quant aux pays de l’Europe du Sud, ils ont fait appel à Moscou avant tout le monde pour tenter d’attirer les capitaux. Le sommet s’est déroulé sous le

thème de la « modernisation des relations », et la main de partenaire tendue par le Kremlin été rapidement saisie par les dirigeants de l’UE. Les objectifs du programme de modernisation portent notamment sur le renforcement de la primauté du droit, la lutte contre la corruption, l’amélioration du climat d’investissement en Russie et un soutien pour favoriser l’adaptation à la réglementation technique européenne. Lilit Gevorgyan, analyste chez Global Insight, constate que « La Russie souhaite se présenter en partenaire dynamique offrant des possibilités lucratives pour les entreprises de l’UE, en mettant particulièrement l’accent sur la modernisation. Aucun point à l’ordre du jour n’a amené à un accord contraignant, mais ce n’était pas le but. Le sommet devait mettre un terme au climat d’hostilité entre l’Est et l’Ouest et permettre de construire une relation de travail entre l’UE et la Russie ».


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Société

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Religion Estimée à 400 000 membres, la communauté juive renoue avec ses racines

Transports Ton univers impitoyable

Juifs russes et fiers de l’être

Révolte populaire contre les gyrophares

Les juifs russes ont désormais l’embarras du choix pour pratiquer librement leur religion et vivre selon les préceptes de la torah. À condition de résider dans les grandes villes.

EFIM GROSMAN_PHOTOXPRESS

Rien n’est plus désagréable à Moscou que l’infernale circulation automobile. Aux incessants bouchons s’ajoute l’arrogance des grosses berlines coiffées de gyrophares.

KARINA YOFFEE SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Ana Sorokina, une jeune femme de 33 ans aux yeux bruns intenses et les cheveux cachés par un foulard, baisse la tête pour réciter sa prière du Shabbat qui inaugure la journée de repos pour tous les juifs de la planète. C’est un rituel pour cette Moscovite qui a redécouvert ses racines juives avec une grande ferveur, ces dernières années. Bien qu’elle ne soit pas juive orthodoxe, Sorokina respecte la cacherouth et enseigne le yiddish dans plusieurs universités russes, tout en étant membre de diverses associations juives, dont le e-club, un groupe pour les 25-45 ans qui veulent explorer le mode de vie juif dans le cadre des dîners de Shabbat, des retraites et des projets sociaux. « Je suis ce que l’on appelle une ‘néo-yiddishiste’ », dit Sorokina, « je suis très loin des orthodoxes, mais je mène une vie pleinement juive ». On estime à 400 000 le nombre de juifs en Russie (2 millions selon les chefs religieux juifs orthodoxes), et nombreux sont ceux qui profitent de leur liberté de culte nouvellement acquise. Au Centre culturel judaïque de Nikitskaïa (CCJ), à Moscou, les enfants et les retraités apprennent l’hébreu, tandis que des conférences, des lectures et des cours couvrent tous les aspects du judaïsme. Selon la directrice du centre, Réguina Yoffe, l’intérêt est tel que les candidats à l’adhésion sont sur des listes d’at-

BEN ARIS SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Nombreux sont ceux qui profitent de leur liberté de culte nouvellement acquise

tente. Le CCJ compte actuellement 10 000 membres. De nombreux juifs russes ont encore un rapport ambigu avec la religion après 70 ans d’athéisme forcé et un taux élevé de mariages mixtes. Mais ils sont également curieux de leur appartenance, une partie de leur identité ayant été longtemps dissimulée de peur et de honte. Maria Mourachova, 26 ans, a grandi dans un foyer athée typique, avec une mère juive et un père russe non juif, qui se définissaient comme membres de l’intelligentsia soviétique avant tout. Voulant approfondir ses racines juives, elle a fait un voyage parrainé en Israël. Aujourd’hui installée à Moscou, elle travaille au CCJ : « En tant que juive, il est fondamental pour moi de faire en sorte que des coreligionnaires qui ne sont pas affiliés ou qui ont peur de cette

étiquette juive, puissent se sentir fiers d’être juifs en Russie », dit-elle. À Moscou, Saint-Pétersbourg et une poignée d’autres grandes villes, la communauté juive est florissante. Les restaurants kacher, les synagogues, les yeshivas (écoles religieuses) sont omniprésents, et même les employeurs sont sensibles aux besoins particuliers des juifs pratiquants. Mais partout ailleurs, c’est une autre histoire. Arrivé en 2004 à Tomsk, une ville de 500 000 habitants en Sibérie occidentale, le rabbin Levi Kaminetski fut étonné d’y découvrir une communauté juive atomisée là où elle avait prospéré jadis, parmi les exilés de la Russie tsariste et les marchands qui pourvoyaient à leurs besoins. Kaminetski, membre du Habad, un mouvement international hassidique dédié à la diffusion du

judaïsme, a entrepris de reconstruire la synagogue principale de la ville, fonder un centre communautaire et des écoles. Mais sur 15 000 âmes, il n’en voit que 500 pour les grandes fêtes, le nombre de pratiquants réguliers étant bien moindre. « Il n’y a rien eu pendant 80 ans », expliquet-il. « Mais l’annihilation n’a pas été totale. Les traditions se transmettaient encore dans le cercle familial ». Kaminetski assure que son objectif principal n’est pas de faire en sorte que tout le monde devienne pratiquant, mais que chacun se sente juif, en découvrant les traditions et en participant aux fêtes. Pour autant, tous les nouveaux voisins de Kaminetski n’apprécient pas ses efforts. La synagogue, encore en construction, a été vandalisée plusieurs fois à coup de pierres et de graffitis antisémites.

Elles vous doublent allègrement en empruntant la voie opposée, ou grillent les feux rouges, vous obligeant à écraser violemment la pédale du frein pour éviter une collision. Mais il y a du changement dans l’air. La patience des Moscovites, qu’on pensait infinie, semble avoir des limites... Voilà que les conducteurs lambda s’enflamment pour la bizarre mode des seaux en plastique bleus. Ils les scotchent sur le toit de leurs véhicules pour singer les milliers d’arrogants hauts fonctionnaires et leurs impérieux gyrophares. Dans le monde sans pitié des années 1990, les voitures de luxe pouvaient faire ce qu’elles voulaient, puisque 200 roubles glissés à un policier vous tiraient d’affaire. Le code de la route a fini par être oublié, et le résultat, c’est que la Russie affiche aujourd’hui les pires statistiques en matière de sécurité routière : environ 200 000 accidents de la route ont coûté la vie à 31 000 personnes en 2009, selon le ministère de l’Intérieur. Mais ne noircissons pas le tableau outre mesure. Une tendance positive se fait jour car les conduites agressives laissent la place à des manières plus humaines. Il arrive désormais - ô miracle ! - que des conducteurs vous laissent sortir d’une route secondaire ou

Moscou se voit en capitale du football SUITE DE LA PAGE 1

Les travaux nécessités par la candidature russe contrastent avec une Angleterre déjà garnie de stades de renommée mondiale, comme Wembley, Old Trafford et Anfield. C’est pourquoi le président de la Fédération internationale (Fifa) Sepp Blatter a qualifié la candidature de l’Angleterre comme « la plus facile » à soutenir, et celle de la Russie, de « remarquable ».

Bon pour les affaires L’organisation de la phase finale de la Coupe du monde en 2018 ou en 2022 va stimuler le développement de l’infrastructure sportive et touristique en Russie, a déclaré le vice-premier ministre Igor Chouvalov. « Cela représente des opportunités immenses pour les entreprises. C’est ce qu’on appelle les infrastructures connexes : les hôtels et les services urbains », a commenté Igor Chouvalov lors de la présentation de la candidature russe. Chargé de superviser la candidature de son pays, le vice-pre-

mier ministre estime que la Russie peut se targuer d’une vaste expérience dans l’organisation de compétitions sportives internationales, notamment dans le domaine du football. Chouvalov a refusé de préciser le montant des crédits affectés à la mise en place de l’infrastructure et les détails du budget proposé pour la compétition. Cependant, Alexey Sorokine, le directeur général de l’Union russe de football, a déclaré que l’argent qui sera débloqué par la Russie « satisfera la FIFA ». Le ministre du Sport, du tourisme et de la politique de jeunesse Vitaly Moutko considère que l’enveloppe prévue « est comparable au budget de l’Allemagne pour l’organisation de la Coupe du monde » en 2006. Mais certains experts estiment que la Russie pourrait avoir besoin d’un budget supérieur : « l’Allemagne possédait déjà une infrastructure plus développée et n’a pas eu à effectuer d’implorants travaux d’aménagement », explique l’analyste Andreï Rojkov. La Russie prévoit de construire 16 stades dans 13 villes, notam-

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fr.r

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res

ment à Moscou, Saint-Pétersbourg, Kaliningrad, Rostov-surle-Don, Sotchi, Samara et Nijni-Novgorod. Selon Rojkov, la construction d’un stade coûte entre 70 et 300 millions de dollars. Le Premier ministre Vladimir Poutine a déclaré l’année dernière que l’accueil de la Coupe du monde était « une mission nationale ». En réalité, la Russie compte réaliser les travaux nécessaires en matière de transport et d’infrastructures sportives, même si sa candidature n’est pas retenue, a affirmé Igor Chouvalov. Moutko considère que l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi « a renArchavine, Pavlioutchenko et Pogrebniak, trois stars du foot russe

forcé la position de la Russie » dans la compétition. Sauf que les travaux de Sotchi ne sont pas en avance sur le calendrier... La construction des sites olympiques est actuellement estimée à 12 milliards de dollars. Le manque d’hôtels et de stades pourrait paradoxalement donner un avantage à la Russie, car l’un des objectifs de la Fifa est de développer les infrastructures destinées au ballon rond dans le monde entier. Parmi les autres prétendants à l’organsation de la Coupe du

s’arrêtent devant un piéton traversant sur un passage clouté. On n’eût imaginé pareille bienveillance cinq ans plus tôt. La classe moyenne tolère de moins en moins ceux qui enfreignent les règles. L’indignation a atteint son comble quand, en mai dernier, une Mercedes S600 équipée d’un gyrophare et grillant un feu dans le centre de Moscou a percuté une BMW. La voiture fautive appartenait au sénateur et oligarque Suleiman Kerimov. La police a commencé par nier l’accident puis la culpabilité de la Mercedes. Mais quand plusieurs témoins ont posté des images sur l’Internet, une vague de protestations publiques s’est soldée par la comparution d’un homme au tribunal, qui fut condamné à une amende de... 2,40 euros. La révolte prend parfois une tournure cocasse. Une vidéo postée sur l’Internet montre un individu coiffé d’un seau bleu « attaquant » une voiture avec gyrophare en montant sur son toit, juste devant le Kremlin. C’est la classe moyenne en action. Les conducteurs sont l’une des forces politiques de base les mieux organisées du pays. Ils ont déjà mis sur pied des manifestations massives contre le prix de l’essence, les tarifs d’importation et la corruption des agents de la circulation. Ils deviennent de plus en plus actifs dans leurs revandications contre l’élite des gyrophares. Aussi étrange que cela puisse paraître, aujourd’hui, la démocratie en Russie porte un seau bleu sur la tête ! Ben Aris est rédacteur en chef de Business New Europe.

monde en 2018 ou en 2022, figurent l’Angleterre, les États-Unis, l’Australie et les candidatures communes de l’Espagne et du Portugal, ainsi que des Pays-Bas et de la Belgique. Le comité exécutif de la Fifa choisira les pays hôtes pour 2018 et 2022 lors d’un vote à Zurich le 2 décembre prochain.

WWW.FIFA.COM

Des résultats moyens sur le terrain La Russie n’a jamais vraiment brillé sur la scène du football mondial. L’Union soviétique n’a fait son apparition en Coupe du monde qu’en 1958, et depuis, sa sélection a disputé une demi-finale qu’elle a perdue (contre l’Allemagne), ayant par ailleurs atteint les quarts de finale à trois reprises seulement. La meilleure perforITAR-TASS

mance soviétique date de la demi-finale de 1966, avec une 4ème place. Depuis la fin de l’URSS, la Russie a été éliminée au 1er tour à deux reprises, en 1994 et en 2002, et n’a même pas réussi à se qualifier en 1998 ni lors de la dernière Coupe du monde en 2006. Pourtant, avec un solde 64 buts marqués contre 44 encaissés, elle se classe au 10ème rang mondial.


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Économie

Alimentation Les pouvoirs publics russes tardent à réglementer le segment de l’alimentation diététique

EN BREF

L’univers chaotique du « Bio »

Alcatel repart à l’assaut du marché russe

L’ère des magasins vides tombe progressivement dans l’oubli et les Russes commencent à être plus vigilants sur la qualité des produits qu’ils consomment. La mode est désormais à la nourriture saine. Le problème, c’est que les rayons des magasins sont envahis d’aliments qui n’ont souvent de « diététique » que le nom.

Les études de l’Institut de l’agriculture biologique montrent que pour l’heure, le marché des produits bio en Russie reste très modeste : 60 millions d’euros. « De nombreux produits se font passer pour bio, les emballages portent les mentions éco, bio, naturel, etc., ce qui permet au producteur d’augmenter ses prix à l’unité et attirer le consommateur », prévient Lidia Seryoguina, directrice du site Seryoguina.ru. « Il n’y a pas encore de critères rigoureux, imposés à tous », dit Andreï Khodous, « la part de l’alimentation pseudo-saine atteint les 60-70% dans certains segments. En réalité les produits sains ne représentent pas plus d’1% de l’offre alimentaire globale ». Le changement des habitudes alimentaires concerne pour l’instant surtout les habitants des grandes villes. La province est à la traîne. Mais le changement se profile à l’horizon. Le service fédéral de surveillance et de défense des droits des consommateurs, prévoit d’introduire des normes sur l’alimentation saine afin de donner aux producteurs et aux consommateurs les repères nécessaires. Malgré un rythme de croissance encore lent, le potentiel de développement du marché de l’alimentation saine en Russie est significatif. À titre de comparaison : aux États-Unis, le marché des emballages portant l’indication « organique » a augmenté de 19,3% en 2007, et de 9,4% en 2008. En Russie, on commence à faire la réclame de la vie équilibrée, et le pays devrait suivre la tendance générale, si les producteurs parviennent à assurer un niveau convenable de qualité et de prix. « J’ai fini par comprendre qu’un changement de régime à lui tout seul ne résoudra pas mon problème de poids. Il faut impérativement changer de mode de vie », conclut Ivan.

De nombreux produits se font passer pour éco, bio, naturel, etc., ce qui permet au producteur d’augmenter ses prix !

NATALIA FEDOTOVA SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Un habitant de l’URSS atterrissant dans un banal supermarché de notre époque penserait à coup sûr que les forces de l’audelà ont décidé de le récompenser subitement en l’envoyant au paradis. Les magasins alimentaires soviétiques offraient une réalité déprimante : viande en conserve, laitue de mer et pelmeni douteux. Obtenir un bout de saucisson, même le moins cher, relevait de l’exploit. Désormais, les amateurs de bonne chère sont gâtés. Mais tout a un prix : les problèmes de santé et de poids ont aussi fait leur apparition. En prenant conscience des conséquences néfastes de l’abondance, les Russes s’interrogent de plus en plus sur ce qu’ils consomment. « À cause de mon surpoids, mon cœur ressemblait à un biceps de culturiste. Les médecins m’ont dit que si je ne perdais pas des kilos immédiatement, il ne tiendrait pas », raconte Ivan Boutman, ancien sportif, aujourd’hui chef de département d’une banque moscovite. « J’ai dû passer à des produits allégés en matières grasses ». Selon les données du département de la Santé de Moscou, 38% des Moscovites souffrent de surcharge pondérale. Deux fois plus qu’il y a douze ans. D’autres chiffres interpellent aussi : 48% des décès en Russie sont dus à des infarctus, 37% à des congestions cérébrales.

ANATOLY TIPLYASHIN_ FOTOIMEDIA

Cette statistique inquiétante des maladies cardio-vasculaires a stimulé l’intérêt pour la nourriture saine. La moitié des Russes cherchent désormais à acheter des produits écologiques,

En réalité, les produits véritablement sains ne représentent pas plus d’1% de l’offre alimentaire globale selon un sondage réalisé par la compagnie Nielsen à l’automne 2009. Qui plus est, 75% des Russes préfèrent acheter des produits russes, qu’ils considèrent plus sains, assure Dwight Wat-

son, directeur de Nielsen Russie. Dans les supermarchés de Moscou, on trouve aujourd’hui des sachets de salade avec des ingrédients inhabituels ; des yoghourts faisant baisser le cholestérol ou encore des produits laitiers avec 0% de matières grasses ; des produits bio, qui améliorent la flore intestinale, font baisser les taux de glucose dans le sang ou réduisent les risques de diabète. Le groupe français Danone est naturellement sur les rangs avec un produit « sain » : des laitages de la marque « Danakor » dont la consommation quotidienne, assure le producteur, permettra de réduire de 10% le niveau de cholestérol, en trois semaines.

« Maintenant le matin je ne mange que des yoghourts. C’est vrai que je dépense beaucoup plus en nourriture », ajoute Boutman.

Le marché de l’alimentation saine : en plein devenir Le directeur du Partenariat non commercial pour le développement de l’agriculture écologique et biologique, Andreï Khodous, remarque qu’une tendance est en train de se former : l’intérêt pour la production nationale. « La demande pour les produits bio importés est en baisse, elle est en hausse pour les produits russes. Par conséquent, la production nationale pour le marché intérieur augmente elle aussi », note Khodous.

Le groupe français a pris la décision d’ouvrir à l’automne prochain une nouveau bureau à Moscou pour relancer ses ventes de téléphones portables sur le marché russe. Ces dernières années, l’offre Alcatel dans les magasins russes s’était faite très modeste, avec un assortiment réduit au segment bas de gamme. Alcatel prévoit de trouver des accords avec les deux des trois principaux opérateurs (MTS et Megafon). Les experts estiment qu’en suivant une stratégie réaliste, le groupe peut espérer atteindre une part de marché de 4%. Actuellement, il n’en occupe que 1% mais se maintient grâce à la forte demande dont sont l’objet les téléphones bon marché.

RosAtom fait du plat aux français

ROSATOM

L’entreprise d’État RosAtom se livre à une grosse offensive commerciale afin de susciter des partenariats avec des acteurs occidentaux. Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) a mordu à l’hameçon début juin en signant avec RosAtom un accord portant sur les procédés avancés de traitement des combustibles usés, sur la gestion des déchets et sur les systèmes nucléaires du futur. EDF et RosAtom sont sur le point de signer un mémorandum de coopération visant à commercialiser ensemble des réacteurs nucléaires dans des pays tiers.

Restauration rapide Le secteur passe entièrement sous domination étrangère en Russie

Le géant américain Yum! (Pizza Hut, KFC, Long John Silver’s, etc.) a racheté 100% des actions de la chaîne russe Rostik’s-KFC. La multinationale de la restauration rapide ajoute ainsi la Russie à sa collection de 37 000 restaurants dans 110 pays. PAUL DUVERNET SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Le Kremlin n’aime pourtant pas trop voir des secteurs entiers passer sous domination étrangère. Il y avait deux exceptions : la bière et le tabac, dominés depuis plusieurs années par de grands groupes étrangers. Désormais, il faudra y ajouter le secteur de la restauration rapide - une autre « mauvaise habitude » abandonnée aux capitaux occidentaux. En mettant la main sur la principale enseigne de restauration rapide russe, Yum! vient ainsi chatouiller son rival de toujours, le géant mondial McDonald’s qui, en Russie comme ailleurs, avale

des parts de marché les unes après les autres. En réalité,Yum! était déjà partenaire de Rostik’s depuis 2005, date à partir de laquelle le suffixe « KFC » fut adjoint à l’enseigne. Le leader mondial de la restauration rapide à base de viande de volaille avait longtemps caressé l’idée de démarrer à partir de zéro sur le marché russe, avant de réaliser les difficultés liées à la recherche d’emplacements idoines et la cherté de l’immobilier commercial. Du coup, le développement organique devenait moins attractif que l’acquisition du concurrent local. C’est ainsi queYum! a axé sa stratégie sur une absorption progressive de Rostik’s. Le géant américain signa un contrat avec les actionnaires de la société russe, lui donnant, pour la modique somme de 15 millions de dollars, les droits de la marque Rostik’s. Yum! a, au cours des années suivantes, fourni pour des services financiers à son partenaire russe

pour 30 millions de dollars et avait pris une option sur 100% de Rostik’s, option qui n’a été réalisée qu’au tout dernier moment (en janvier dernier, les actionnaires de la marque russe n’excluaient pas queYum! puisse renoncer à l’acquisition). Rostik’s KFC compte 161 restaurants (dont 107 franchises). Son chiffre d’affaires a atteint 147,3 millions d’euros en 2009, versement des franchises compris. La direction annonce une addition moyenne de 4,7 euros et sans plus de détails financiers. Deuxième chaîne de restauration rapide en Russie derrière McDonald’s, Rostik’s voit sa valeur estimée entre 150 et 200 millions de dollars. L’entreprise a été fondée en 1993 par Rostislav Ordovski-Tanaïevsli-Blanco, un l’homme d’affaires d’origine russe né au Venezuela. Cet homme au profil et au passé inhabituels est avec McDonald’s le précurseur de la restauration rapide en Russie,

ayant ouvert son premier restaurant en 1990. Un facteur qui a dû peser dans la décision américaine, c’est la très bonne tenue du marché. Alors que le secteur de la restauration dans son ensemble plongeait en 2009 en raison de la crise, le segment de la restauration rapide affichait pour sa part une croissance de 15%, selon la Fédération russe des Hôtels et Restaurants. L’appétit des Russes n’a pas échappé aux concurrents. Leader incontesté, McDonald’s possède 245 restaurants en Russie et table sur 45 ouvertures en 2010. Burger King a ouvert cette année un établissement à Moscou, tandis que l’enseigne Subway se répand comme une traînée de poudre à travers le pays en passant de 18 à 32 restaurants en quelques mois. Un sondage réalisé par l’institut VTsIOM en février dernier révèle que la popularité de ce type de restaurant reste très importante en Russie et que sa clien-

IGOR STOMAKHIN_ROSFOTO

Règne américain sur le fast-food

Fast food, tabac, bière : le Kremlin laisse le contrôle aux étrangers.

tèle n’est pas du tout la même qu’en Occident. Selon le sondage, 19% des Russes fréquentent régulièrement les établissements de restauration rapide. Le portrait-type de l’habitué du « fastfood » est le suivant : un jeune homme âgé de 18 à 24 ans vivant dans un grand centre urbain, occupant un emploi bien payé et possédant un diplôme universitaire.

Les raisons invoquées pour la fréquentation d’un « fast food » sont les contraintes de temps (37%) puis les bas prix (10%). Curieusement, les femmes se disent attirées par la nourriture elle-même (29%) ainsi que par l’atmosphère des restaurants (22%). C’est dire si l’image de la restauration rapide en Russie est meilleure qu’en Europe.

fr.rbth.ru/expert


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Économie

Tourisme alpin Les investisseurs étrangers sont courtisés pour développer les loisirs dans le Caucase

EN BREF

Medvedev chausse ses skis pour combattre le séparatisme

Sarkozy à St-Pétersbourg

Pour redonner du tonus à une économie caucasienne ravagée par le terrorisme et la gabegie, le Kremlin mise sur l’or blanc. Un défi risqué qui va nécessiter des sommes colossales.

LE CHIFFRE-CLÉ

11,9

TIM GOSLING BUSINESS NEW EUROPE

MILLIARDS D’EUROS C’est le coût de la construction de cinq stations de ski, y compris les infrastructures de transport.

RIA NOVOSTI

Le Président Medvedev veut construire cinq stations de ski de première classe dans le Caucase du Nord, un programme qui s’inscrit dans le cadre du développement d’une région engluée dans la violence. 11,9 milliards d’euros devraient être ainsi investis dans ce projet pharaonique d’ici 2020. Le Kremlin n’ambitionne pas moins que de rivaliser avec les meilleures stations de sport d’hiver européennes. Le quotidien Kommersant rapporte que l’investissement total à engager représente le double du budget des Jeux Olympiques d’hiver 2014 de Sotchi. L’opération sera supervisée par le représentant du président russe dans la région fédérale du Caucase du Nord, Alexandre Khloponine. Le journal Moscow Times s’est entretenu sur ce projet avec l’expert Rostislav Mourzagoulov. Ce dernier affirme que le développement des stations de ski sera alimenté par des fonds privés, l’État se concentrant essentiellement sur le contrôle des aspects organisationnels et réglementaires. Mourzagoulov a même donné des noms, précisant que Allianz, JP Morgan et Morgan Stanley se sont déjà engagés dans le programme, aux côtés d’autres investisseurs de Russie, des États-Unis, de pays européens et du Moyen-Orient. Selon un consultant, la Sberbank se-

Station de Krasnaïa Poliana. La création de nouvelles stations devrait créer 160 000 emplois

rait également impliquée. Khloponine a indiqué que le gouvernement n’injectera pas plus de 13% du total des dépenses, et cet argent sera utilisé pour la construction de l’infrastructure routière et l’équipement. Son adjoint, Maxim Bilalov, attend un retour sur investissement dix ans après le lancement du projet. Le Caucase du Nord traverse actuellement une vague de violence sans précédent. Les attaques contre la police, les militaires et les fonctionnaires locaux sont devenus une réalité quotidienne

de cette région. Sans parler desdeux guerres séparatistes en Tchétchénie. Le développement de l’économie de ces régions est indissociable de la lutte contre le terrorisme. Mais tout reste à faire. Attirer à la fois des investisseurs et des touristes relève de la gageure. A l’heure actuelle, on connaît déjà l’emplacement des futures stations. Il s’agit de Matlas (Daguestan), Mamison (Ossétie du Nord), Arkhyz (République de Karatchaïévo- Tcherkessie), Lago-Naki (République d’Adygea)

Automobile Les constructeurs en mal d’un créneau bien défini

et Elbrouz (République de Kabardino-Balkarie). En ressuscitant l’industrie touristique autrefois florissante dans le Caucase du Nord, le programme prévoit aussi la création de pas moins de 160 000 emplois grâce à dix millions de visiteurs attendus chaque année, ce qui équivaut au nombre de touristes qui affluent dans les montagnes autrichiennes chaque hiver. C’est dire si les autorités n’ont pas peur des gros chiffres. Le projet est déjà critiqué par les représentants du secteur de

PAROLES D’EXPERTS

Ivan Bontchev

Les françaises n’ont pas la cote sur les routes russes "

RESPONSABLE SECTEUR CHEZ ERNST & YOUNG

Les marques de voitures françaises souffrent d’un déficit d’image autant basé sur des mythes que sur la réalité. Cela n’empêche pas la Logan de faire un tabac dans le bas de gamme.

Popularité comparée des modèles

Les françaises sont réputées moins fiables que les allemandes. La force des françaises, c’est leur design qui attire une clientèle d’esthètes. Elles sont en bonne position dans les classes A et B.

David Pavlov RESPONSABLE DU SECTEUR OCCASIONS AU

MIKHAÏL LVOV

SEIN DU GROUPE MAJOR

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Au début des années 90, les Russes ont soudain eu les moyens d’importer des voitures étrangères. Obnubilés par les marques de luxe, ceux qui le pouvaient se jetaient sur les plus prestigieuses : Mercedes, BMW, Audi, Volvo. Une autre catégorie de consommateurs s’est rapidement formée : les amateurs de japonaises. Ces dernières n’étaient pas considérées comme « prestigieuses », mais on les savait fiables. Enfin, la troisième catégorie : les américaines, pour les amateurs d’exotisme et de puissance. Les interminables limousines font désormais partie intégrante du paysage moscovite. Peugeot, Renault ou Citroën ne rentrent dans aucune de ces catégories. Autre grosse lacune : les constructeurs français ne proposent pas de 4x4, une énorme portion du marché russe. Ces véhicules puissants sont très aimés en Russie, en tant que symboles de masculinité... et bien pratiques aussi pendant les

"

Les françaises apparaissent souvent trop féminines aux russes. Le confort, une belle ligne et la sécurité sont des valeurs avant tout féminines. Les hommes recherchent l’agressivité, le dynamisme, la puissance.

AVTOSTAT (JANVIER 2010)

six mois de neige et de boue. Le handicap d’image est difficile à récupérer sur un marché très conservateur. Même si elles sont souvent plus chères, les allemandes, japonaises et coréennes dépassent largement les ventes des françaises. Ces dernières ont toutefois trouvé une niche au tournant des années 2000, lorsque le marché russe a explosé. Aujourd’hui, les automobilistes russes ne sont plus uniquement des passionnés capables de parler de mécanique pendant des heures. Les femmes sont arrivées. Elles raisonnent sans les vieux préjugés et n’ont pas besoin de savoir comment marche une voiture.

Comment le marché va-t-il évoluer ? Le style « original » des françaises va-t-il devenir un handicap ou un atout ? Sont-elles condamnées à la même niche ? Par ailleurs, les producteurs français ont maintenu des prix élevés, non seulement pour les voitures, mais aussi pour le service après-vente. Le coût reste un critère décisif dans le choix d’une voiture. Des prix bas sont capables de faire des merveilles. Et là, il faut noter qu’un modèle français a réussi à atteindre les sommets de popularité. Il s’agit de la Renault Logan, assemblée à Moscou. A un prix variant entre 8 000 et 11 000 euros, elle est devenue l’une des voitu-

res les plus vendues sur le marché russe. Mais est-elle bien française ? Elle ne ressemble pas à ses compatriotes. Ni par son prix, ni par ses formes utilitaires, ni par l’ascétisme de sa partie technique. La Logan s’insère dans un créneau habituellement occupé par les japonaises et coréennes de petite et moyenne gamme sur le marché russe. Ces dernières auraient pu garder le contrôle de ce segment en évitant toute prétention. La Logan se veut une voiture bon marché, pratique, pour des automobilistes qui se moquent des apparences. Les acheteurs ne lui demandent qu’une chose : qu’elle roule bien.

tourisme, selon RIA Novosti. « Il est peu probable qu’on atteigne ces chiffres, même après la construction des nouveaux aéroports », selon un expert cité par Kommersant. Le PDG de Hôtels Azimut, Alexander Genedelsman, souligne aussi la brièveté de la saison touristique en Russie, et la crainte de voir la plupart des hôtels en projet, qui auront coûté près de six milliards de dollars, rester vides pendant la plus grande partie de l’année. L’exubérant président tchétchène Ramzan Kadyrov a ajouté son grain de sel en annonçant l’intention de son gouvernement de construire un grand domaine skiable dans la gorge d’Argoun au sud-est de la république, un ancien bastion militaire. Kadyrov reste en l’occurrence dans le droit fil du projet de développement du tourisme en Tchétchénie qu’il avait révélé en janvier. Selon lui, la gorge d’Argoun, l’une des régions les plus pittoresques (et les plus explosives...) de la république, située à la frontière avec la Géorgie, serait un endroit idéal pour accueillir une station de ski. Une de plus.

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Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev se rencontreront le 19 juin dans le cadre du 14ème Forum économique international de Saint-Pétersbourg (17 au 19 juin). Les signatures de nombreux contrat sont attendues lors du Forum, le plus important pour les investisseurs étrangers. Parmi les accords attendus, celui entre EDF et RosAtom. Le géant français de l’électricité envisage de commercialiser des centrales nucléaires avec son nouveau partenaire dans des pays tiers. Gaz de France pourrait aussi finaliser un accord de participation au gazoduc Nord Stream.

Innovations franco-russes L’Exposition nationale russe, inaugurée le 11 juin par Vladimir Poutine et François Fillon, a révélé au public parisien les principales innovations russes. Parmi les exposants, le holding Soukhoï et la Snecma présentaient le nouveau moyen courrier SuperJet-100. AvtoVaz et Renault ont affiché des projets automobiles. Enfin Total et Transneft ont montré leurs innovations dans l’acheminement gazier. GETTY_FOTOBANK

Pour en savoir plus, notre site www.fr.rbth.ru

Industrie automobile La reprise des ventes suspendue au soutien de l’ État

Le Kremlin maintient la prime à la casse Suivant l’exemple des Occidentaux, Moscou a alloué 262 millions d’euros l’année dernière pour subventionner les crédits destinés à stimuler les ventes de voitures russes. BEN ARIS BUSINESS NEW EUROPE

L’automobile russe a beaucoup plus souffert de la crise que les autres secteurs industriels. Pour venir en aide aux constructeurs, l’État a lancé un programme spécial des « primes à la casse » qui marche si bien qu’il a été décidé de le prolonger. La Russie est du coup devenue l’un des rares pays d’Europe où la production automobile redémarre. Les ventes de voitures russes ont connu une augmentation en avril pour la première fois depuis octobre 2008, car c’est précisément en avril dernier que le programme des « primes à la casse » a été lancé. La production automobile russe a progressé de 52,7% sur l’année pour la période allant de janvier à avril. Celle des voitures de marques étrangères a augmenté de 66,8% sur l’année, tandis que la production automobile nationale est en hausse de 40,9%. Plus de 200 000 prêts ont été accordés et 65 000 voitures ont déjà

été vendues grâce au programme. « La raison de l’extension du programme des primes à la casse est liée au succès qu’a eu la première étape de ce programme, qui devait normalement se terminer à la fin du mois de juin », indique Elena Sakhnova, analyste de VTB Capital. « L’expérience internationale montre que les ventes vont chuter de façon spectaculaire si le gouvernement suspend ce genre d’aides. C’est pourquoi le Kremlin a décidé de réallouer les fonds des autres programmes budgétaires pour soutenir les producteurs nationaux, qui ont tout juste commencé à sortir la tête de l’eau ». La Russie a produit 1,65 millions de véhicules en été 2008, ce qui lui a permis de devancer l’Allemagne pour devenir pendant une brève période le plus grand marché automobile en Europe. Cependant le secteur automobile russe a enregistré la pire contre-performance de tous les pays européens en 2009 avec une production annuelle en baisse de 60%, à 595 000 véhicules. Selon l’Association des entreprises européennes, le volume global devrait atteindre 1,4 millions d’unités cette année.


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Économie

EVGENY PEREVERZEV_KOMMERSANT

Finance Le PDG explique sa stratégie du « pas de cadeau »

Au sein du secteur bancaire russe, Alfa a la réputation d’être capable de résister aux secousses financières les plus violentes. Mais son agressivité lui vaut aussi maints ennemis. GUY NORTON BUSINESS NEW EUROPE

Alors que le reste du secteur financier mondial est en train de se débattre avec les séquelles de la crise économique de l’an dernier, Alfa Bank a déjà repris la route de la croissance grâce à une politique associant la réduction rigoureuse des coûts, le discernement dans les prêts et le recouvrement des créances. Propriété de l’oligarque Mikhaïl Fridman, la banque est le seul grand établissement financier à avoir survécu à la grande crise de 1998 pour devenir par la suite la plus grande banque commerciale privée du pays. Elle a failli s’effondrer lors de la crise de l’année dernière. Les créances douteuses avaient atteint 10% du portefeuille de prêts total en avril 2009 - environ quatre fois la moyenne du secteur et le pire résultat de toutes les banques de Russie, selon une enquête effectuée à l’époque par la Banque Centrale.

En effet, tandis que les autorités évoquaient la possibilité très probable d’une « deuxième vague » de la crise financière, le président d’Alfa Bank Piotr Aven avait officiellement affirmé qu’il s’attendait à accumuler jusqu’à 30 % de créances douteuses - le double des prévisions officielles et un volume suffisant pour déclencher un effondrement total du système bancaire russe. Le PDG actuel d’Alfa Bank Ed Kaufman a eu un parcours assez sinueux au cours des 18 derniers mois. L’un des meilleurs banquiers du marché, il a choisi d’abandonner sa carrière stable à UBS pour prendre le contrôle d’Alfa, convaincu par le plus gros salaire jamais proposé à Moscou, selon certaines rumeurs. Kaufman est plutôt optimiste en ce qui concerne l’implosion financière récente : « Lorsque j’ai rejoint Alfa, ma mission était d’intégrer entièrement l’activité d’investissement bancaire dans une plate-forme bancaire universelle. En 2009, notre banque a eu la meilleure année avec le doublement de son chiffre d’affaires par rapport à 2008 et 50% de plus par rapport à 2007 ». Cela ne veut pas dire qu’Alfa Bank n’a pas connu de période

ALFA BANK

Alfa Bank ou l’instinct de survie

Le PDG d’Alfa Bank Ed Kaufman

La fermeté d’Alfa lui a causé des ennuis, mais les partenaires occidentaux apprécient sa rigueur difficile. Kaufman fut contraint de licencier un cinquième de son personnel l’an dernier. C’était la campagne la plus controversée de recouvrement de créances parmi les banques de Russie. L’insistance avec laquelle Alfa demande à être payée rapidement a suscité l’irritation de certains entrepreneurs influents en

Russie. En mars 2009, la banque a exigé que les entreprises appartenant à l’oligarque Oleg Deripaska – qui fut un temps l’homme le plus riche de la Russie remboursent plus de 1 milliard de dollars sous forme de prêts, sous peine d’être confrontées à la faillite. Deripaska, qui était proche du Kremlin à l’époque, venait juste de négocier un moratoire de paiement avec ses autres créanciers. Alfa savait bien qu’elle jouait avec le feu. Certains hommes d’affaires étaient obligés de s’exiler pour avoir contesté le statut des favoris du Kremlin. La prouesse d’Alfa lui a valu une réprimande de la part du président russe Dmitri Medvedev, surtout que le Kremlin s’efforçait de contenir l’effondrement total du système bancaire à cause de l’insolvabilité. Medvedev a déclaré alors que la crise n’était pas le meilleur moment pour jouer à « l’égoïsme d’entreprise ». « Nous ne pouvons pas sacrifier l’avenir d’entreprises entières et l’emploi de milliers de travailleurs pour satisfaire les ambitions d’un établissement de crédit précis », a alors déclaré le président. Pourtant, le pari a été gagné. Deripaska a adopté un programme de remboursement et Alfa a donc eu gain de cause. Et tandis que les créances douteuses ont continué à augmenter dans le secteur bancaire, celles d’Alfa sont restées au niveau de 10%. Faire preuve de fermeté en Russie peut causer des ennuis, mais les partenaires occidentaux d’Alfa Bank ont apprécié sa façon d’agir. La banque a toujours été ponctuelle avec ses partenaires occidentaux et s’est distinguée des autres grandes banques russes après la débâcle économique de 1998 par son engagement à rembourser entièrement ses obligations étrangères à temps. La capacité d’Alfa à respecter ses engagements n’a fait que renforcer sa réputation sur les marchés internationaux de crédit. Alors que l’Europe et l’Amérique sont confrontées à une crise croissante de la dette, la banque russe a allègrement émis un emprunt obligataire de 600 millions de dollars sur cinq ans pour les investisseurs au début de l’ année. Cet argent lui a permis de retrouver la croissance. Alfa, explique son patron, n’a pas l’intention de se donner plus d’importance qu’elle ne peut en avoir : « Nous ne cherchons pas à être la plus grande banque d’investissement en Russie, mais celle de l’investissement le plus rentable, qui minimise les coûts et les risques ».

Entrepreneurs Pour les jeunes générations, le salut ne se trouve plus dans le salariat

Quand la crise stimule la création d’entreprises Monter sa propre affaire avec le soutien de l’État est en vogue en Russie. Mais les experts sont sceptiques : la viabilité d’une entreprise établie avec l’argent d’autrui ne va pas de soi. MICHAEL MALYKHINE RIMMA AVSHALOUMOVA VEDOMOSTI

Pour monter une affaire au plus fort de la crise, Natalia Dovgal, une habitante de Saint-Pétersbourg âgée de 30 ans, a investi avec ses partenaires 12 000 roubles au total. En un an, le chiffre d’affaires de leur société, « City Gifts », spécialisée dans la vente des souvenirs et les réalisations publicitaires graphiques, a dépassé 5 millions de roubles. Natalia explique : « Je voulais créer ma propre entreprise depuis très longtemps. Après avoir travaillé dans la publicité pendant quatre ans, j’ai décidé de monter une agence moi-même ». Le déclic est venu de son ancien employeur... qui a mis la clé sous la porte pour cause de crise. Les jeunes entrepreneurs comme Natalia sont à la fois nombreux et trop rares.

Abondance de candidats... Le service « poisk@mail.ru » a enregistré une hausse considérable de l’intérêt que les internautes vouent à l’entrepreneuriat. La fréquence d’apparition de la question « Comment monter sa propre entreprise ? » dans la base de données du service a augmenté de 62% au cours de l’année dernière. Selon l’analyse, plus de 300 000 requêtes ont été faites et les internautes les plus actifs font partie de la tranche d’âge 19-25 ans. L’analyse a également montré que ce sont les filles qui s’intéressent le plus à cette question (58,77% du nombre total de requêtes sur ce sujet). Selon les estimations des analystes du portail Web, les questions les plus fréquemment posées par les internautes concernent l’ouverture d’un café ou d’un restaurant, car près d’un dixiè-

me des futurs entrepreneurs veulent ouvrir une société spécialisée dans la restauration. Le salon de coiffure, l’agence de voyage, la boutique de vêtements et la pharmacie arrivent en deuxième et troisième positions par ordre de popularité. Les hommes, quant à eux, s’intéressent plutôt aux questions liées à l’ouverture d’un magasin de pièces détachées pour automobile, une station de lavage ou un cabinet de conseil juridique. Une étude intitulée « Indice de développement des petites entreprises » affirme qu’en 2009, le nombre de Petites et Moyennes Entreprises russes a bondi de 9,3%. Un tiers de ces PME ont été créées grâce aux subventions de l’État. « L’accroissement du nombre d’entrepreneurs ne signifie pas que ce secteur de l’économie est en train de connaître une amélioration », tempère Alexandre Chamray, auteur de l’étude. Le chiffre d’affaires total des PME a en effet diminué de 9,7% !

... Mais peu d’élus Dans la cadre de sa stratégie de soutien à l’emploi en 2010, le ministre de la Santé et du Développement social s’appuie surtout sur une nouvelle stimulation de l’entrepreneuriat. Le vice-ministre Maxime Topiline a exigé des régions russes au début de l’année un changement radical de stratégie. Au lieu d’orienter les chômeurs vers le travail temporaire, les régions devront les encourager à créer leur entreprise, en leur accordant un capital initial de 58 800 roubles par personne, majoré du même montant pour chaque personne embauchée. Cette mesure a déjà profité à 127 600 chômeurs en 2009, et cette année, on compte soutenir 174 400 nouveaux entrepreneurs. Selon Chamray, la plupart des petites entreprises créées grâce aux subventions fédérales risquent toutefois de s’avérer peu rentables car leurs entrepreneurs novices ne prennent pas de risques financiers.

Entreprises favorites des novices Business préféré

Crédit à la consommation La crise a modifié les habitudes

Les banques prêtent pour des achats plus modestes La croissance des crédits à la consommation a connu un coup d’arrêt l’an dernier, brutalement freinée par des taux d’intérêt sur une période de six mois ayant atteint un record de 80%, à la limite de l’absurde. TIM GOSLING BUSINESS NEW EUROPE

Le 1er juin dans l’après-midi, une longue queue se forme devant l’un des magasins de la chaîne Svyaznoï (sorte de Darty russe), en plein centre de Moscou. Passeports à la main, les clients déposent des demandes de crédit à la consommation pour acheter, qui un nouveau téléphone portable, qui un appareil photo numérique. Cette scène n’aurait guère pu être observée il y a encore douze mois. La queue, s’il y en avait eu une, eût été beaucoup plus courte, et les demandeurs du crédit - plus

fébriles de se voir sèchement éconduits. Mais aujourd’hui, les consommateurs ont repris confiance. Les banques ont adouci leurs exigences. Les crédits à la consommation ont pratiquement atteint le niveau de demande des années d’avant la crise. Les taux d’intérêt sont redescendus aux alentours de 50%, un niveau certes très élevé. Les cartes de crédit sont un phénomène récent en Russie et le nombre de cartes émises par les principales chaînes de magasins connaissent une croissance exponentielle. Environ un tiers des achats effectués dans les enseignes d’électroménager sont réalisés à l’aide d’un crédit. Michael Toutch, directeur des opérations de Svyaznoï, se réjouit de voir son programme de crédit monter en puissance, avec une croissance de 20 à 25% attendue en 2010. Par ailleurs, tout

comme en 2007, 65% des demandes de crédit dans ses magasins sont acceptées, contre seulement 35% l’an dernier. Un succès qui s’explique par le fait que les opérateurs bancaires, partenaires d’enseignes comme Svyaznoï, sont sortis des difficultés et considèrent que les emprunteurs sont désormais en mesure de rembourser les prêts. Alexeï Levtchenko, patron de Renaissance Credit (troisième sur le marché russe) se rappelle avoir gelé tous les nouveaux prêts en septembre 2008. Aujourd’hui, la situation de la banque s’est stabilisée et celle-ci a même acheté 14 filiales de la Barclays Bank à la fin du mois de mai pour relancer son développement. Le potentiel du marché russe de la consommation ne fait guère de doute. Les dépenses des ménages atteignent près de la moitié du Produit intérieur brut

(PIB), mais la plupart des achats sont effectués en espèces. Les emprunts des consommateurs ne représentent que 8% du PIB. Toutch reconnaît que les règles du jeu ont changé à Svyaznoï après la crise. Bien que le volume des crédits passant par ses magasins cette année soit en très forte hausse, le nombre d’unités qu’il vend a augmenté de 27% seulement. Le résultat, c’est une baisse de la taille moyenne des prêts de 12% environ. En d’autres termes, le Russe moyen achète davantage de téléphones portables, ou de caméras numériques, mais il choisit des modèles moins chers. Un point sur lequel Toutch et Levtchenko sont d’accord, c’est que la confiance des consommateurs est loin d’être entièrement revenue. Or cette confiance est l’élément clé pour que la Russie puisse revenir aux forts taux de croissance précédant la crise. « Il est très difficile de calculer le degré de la crainte », considère Levtchenko. « Elle jouera probablement un rôle de moins en moins important, mais elle est encore fortement présente dans les esprits. La reprise, c’est logique, ne démarre pas comme une Ferrari ».

En %*

Café, restaurant Salon de beauté Agence de voyage Magasin de vêtements Salon de coiffure Pharmacie Épicerie Magasin des pièces détachées pour automobile Bureau de prêteur sur gages Magasin de produits chimiques ménagers

10,56 1,82 1,80 1,37 1,12 0,93 0,91 0,82 0,80 0,66

*En fonction du pourcentage du nombre de requêtes des internautes WWW.MAIL.RU EVGENY EGOROV_ FOTOIMEDIA

Durant l’année 2009, le nombre de Petites et Moyennes Entreprises russes a bondi de 9,3%.


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Régions

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Bonduelle craque pour le Kouban Les Français dirigent les principales branches : l’agronomie, les finances, la production. Issu d’une famille de paysans de père en fils, l’agronome en chef Jean-Michel Besse est arrivé en Russie il y a six ans. Son collègue Samuel Coupri, le directeur exécutif adjoint à la production, est venu quatre ans plus tard, après trois ans passés en Ukraine. « Ma femme Natalia est ukrainienne, de culture proche de celle de Kouban ; nous n’avons donc pas eu de problèmes d’adaptation linguistique », commente Samuel Coupri. Il persévère dans sa préférence pour les pelmeni par rapport au borchtch de Kouban. Néanmoins, en vrai cosaque, Samuel ne demeure pas en ville. Il possède une maison dans une stanitsa (village cosaque) et a planté son propre potager sur quelques centaines de mètres carrés. En rentrant du travail, il s’occupe de ses légumes. « Je suis adepte des produits sains, et c’est bon aussi pour ma pratique de la langue. On bavarde par-dessus la palissade avec le voisin ». Les spécialistes français n’ont pas beaucoup de temps libre. La période d’activité intense à la conserverie commence dès le mois de mai, avec le début de la saison des haricots rouges. Puis mûrissent les petits pois, et les moissons durent jusqu’en octobre, jusqu’à ce que le maïs soit mis en boîte. Toute la matière première est produite ici, à Dinsk, sur 6 000 hectares d’espaces loués. Les 50 agronomes travaillant sous les ordres de JeanMichel Besse gèrent 3 300 hectares de terrains, de la préparation des sols aux semailles jusqu’à la récolte. L’ensemencement se fait en plusieurs étapes pour que l’usine soit pourvue en matière première durant toute la saison. L’usine de Novotitarovsk comp-

L’usine Bonduelle exporte désormais dans les autres pays de l’ex-URSS. Mêmes normes de qualité pour tous !

Le choix géographique de l’usine a été dicté en partie par une politique régionale attractive pour les investisseurs te deux chaînes de fabrication des conserves. Tout est automatisé, au détail près : l’acheminement de la matière première, la séparation des épis de maïs et des cosses de pois, le battage du grain. Les machines remplissent les boîtes de légumes, les stérilisent, forment les palettes. Les principaux équipements technologiques sont fournis par la firme GERICO. Le contrôle de qualité est mené par le laboratoire central de l’usine, tout le processus

est surveillé de près, du choix des semences au produit fini. En 24 heures, tournant à plein, la conserverie traite 200 000 tonnes de marchandise. « Le plus gros problème pour nos techniciens avait d’abord été l’importation de pièces de rechange pour l’équipement de l’usine, en raison des formalités à la frontière », raconte Samuel Coupri. « Heureusement que les liens entre la Russie et L’Europe se sont resserrés. Nous avons élargi la production et ne travaillons plus seulement pour le marché russe, mais pour toute l’ex-URSS. Ce sont les mêmes normes pour tous, y compris la France ». « Nous avons eu aussi des difficultés pour réunir toutes les conditions nécessaires à la production d’un produit conforme

à nos exigences de qualité », explique Jean-Michel Besse. « Le sol de Kouban contient de bonnes réserves d’eau, les terres sont riches en matières organiques, mais elles sont lourdes et vaseuses. Il faut des tracteurs puissants pour les travailler. En plus, à cause du passage brutal entre l’hiver et l’été, on ne peut pas garantir de moisson sans irrigation ». Les spécialistes de Bonduelle l’admettent volontiers : le choix géographique a été dicté en partie par la politique d’investissement attractive et le soutien du pouvoir local. La conserverie de Kouban a été construite en un temps record. En juin 2003, la première pierre était posée, en octobre de la même année, un accord était signé avec l’admi-

Agriculture La région d’Oulianovsk tente d’attirer les classes moyennes en zone rurale

Repeupler les campagnes russes Un schéma original est actuellement testé pour encourager les entreprises agricoles individuelles et tirer un trait final sur les kolkhozes. OLGA CHAMINA

« Novaïa Derevnia », ou « Village nouveau » : c’est le nom de l’ambitieux projet qu’accueille l’oblast d’Oulianovsk (900 km à l’est de Moscou). Youri Chevtchenko, directeur de l’entreprise « Agropark-Management » et EdouardVyrypaev, copropriétaire de RTM, sont les moteurs derrière cette première expérience de « Village nouveau » dans la région de Novomalyklinsk : 28 habitations, 20 mini-fermes, trois usines de conditionnement de la viande (capacité : 10 000 tonnes par an), de fabrication d’aliments combinés pour le bétail et de produits laitiers, le tout complété par des bâtiments administratifs et de service. Douze familles se sont déjà installées, mais le nombre de candidatures s’élève à 18 500, soit 180 candidats pour une place. Il s’avère cependant que 70% des postulants sont plus motivés par l’accès au logement que par le développement de l’agriculture... Pour autant, les promoteurs ne doutent pas du succès de leur entreprise. Le gouverneur d’Oulianovsk, Sergueï Morozov, a d’ailleurs estimé que le projet devrait permettre de créer 20 000

ELENA NAGORNYKH_PHOTOXPRESS

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L’exploitant a l’option de s’émanciper de l’entreprise gestionnaire

emplois dans la région, d’augmenter le salaire moyen et de résoudre le règlement de divers problèmes sociaux, comme la sécurité agro-alimentaire et la modernisation de la sphère sociale ; il devrait enfin favoriser « la formation d’une classe moyenne à travers la création d’entreprises familiales ». Le projet est novateur parce qu’il parie sur l’agriculteur individuel dans une culture rurale encore embourbée dans les schémas kolkhoziens et sovkhoziens. Le modèle économique implique

que les investisseurs prennent en charge la construction des infrastructures et des exploitations agricoles, pour les revendre ensuite aux propriétaires particuliers dont les paiements seront échelonnés sur cinq à dix ans. Autre possibilité : construire des mini-fermes dans les agglomérations voisines du «Village nouveau ». Dans ce cas, l’agriculteur souscrit un emprunt auprès de Rosselkhozbank (le crédit agricole russe), cautionné par les investisseurs qui financent la réalisation de la ferme. Ensuite,

pendant les cinq à dix années suivantes, en travaillant au moins quatre heures par jour, l’exploitant reçoit 388 euros par mois de la part des investisseurs, jusqu’à remboursement complet du prix de la ferme. Ses revenus peuvent augmenter jusqu’à 1 162 euros mensuels, et l’exploitant a l’option de s’émanciper de l’entreprise gestionnaire pour se mettre à son compte. Il est aussi libre de quitter le « Village nouveau » à tout moment, avec des indemnités correspondantes à ce qu’il a investi dans l’acquisition de la ferme. L’activité des agriculteurs du « Village nouveau » est contrôlée par l’entreprise gestionnaire, qui assure le suivi du cycle de production et de distribution, ainsi que l’entretien des exploitations. Les investisseurs n’ont pas inventé ce type d’unions agricoles, qui existent déjà en Europe et aux États-Unis. Mais ils se heurtent à un certain nombre de difficultés locales. Par exemple, l’absence d’agriculteurs et de spécialistes qualifiés. Le directeur général du holding agricole « Altyn »,Valery Pokorniak, estime que le succès d’un tel projet repose sur trois composantes essentielles : une sélection rigoureuse et juste des candidats, des conditions claires et transparentes de contrat et de transfert de la propriété, ainsi qu’un système efficace d’achat de la production des exploitants.

nistration de la région. Un an plus tard, l’usine était inaugurée. En 2005, la production de la filiale russe de l’entreprise française avait augmenté de 40%. Jean-Michel concède que « bien sûr, les problèmes d’ordre administratif surgissent. C’est très compliqué d’enregistrer en Russie des variétés étrangères. Il nous a fallu trois ans pour inscrire nos variétés de pois et maïs au registre national. Ils doivent repasser à nouveau tous des tests très complexes. Mais nous comprenons aussi que nous sommes des invités, et ne pouvons pas mettre les pieds sur la table. C’est une manière de défendre les intérêts des producteurs locaux. Mais là aussi les choses s’arrangent et la Russie vient à notre rencontre ».

VLADIMIR ANOSOV

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Les deux hommes s’investissent beaucoup dans la formation des cadres russes. Jean-Michel se dit « convaincu que nous pourrions collaborer sur des projets d’élevage, de développement de la culture en serre, coopérer plus activement dans la recherche agronomique. Nous essayons de présenter la France à nos collègues russes. Nous les emmenons dans des exploitations agricoles, dans des usines Bonduelle à l’étranger. Ils ont pu observer le travail des services agronomiques français. Nous transmettons chaque jour notre savoir-faire aux habitants de Kouban, apprenons aux agronomes du coin à régler de nombreux problèmes de manière autonome ». Jean-Michel Besse et Samuel Coupri admettent que depuis qu’ils travaillent à Kouban, ils ne se sont pas seulement intégrés dans la vie russe, mais ont appris à l’aimer. Samuel est fasciné par les musées locaux et la fantastique couleur nationale cosaque, alors que Jean-Michel s’est pris de passion pour le ballet russe. Et ce dernier de préciser : « Même si j’ai toujours une paire de bottes en caoutchouc dans ma voiture, presque tous les dimanches je mets un costume et nous allons, ma petite fille Naomi et moi, au théâtre de Krasnodar. J’ai été ébahi de découvrir de tels théâtres si loin de Moscou et de SaintPétersbourg. Ce fut une immense surprise pour moi ! »

Industrie pharmaceutique Bientôt une usine à Kalouga pour produire de l’insuline

Diabète : les Danois ont une solution La société danoise Novo Nordisk va aider l’industrie pharmaceutique russe à fabriquer des médicaments contre une maladie qui touche sept millions de personnes en Russie. GUY NORTON BUSINESS NEW EUROPE

La visite de Dmitri Medvedev au Danemark à la fin du mois d’avril a servi de cadre à la signature d’un accord entre le président de Novo Nordisk, Lars Rebien-Sørensen, et le gouverneur de la région de Kalouga, Anatoly Artamonov. Il s’agit de construire une usine de fabrication d’insuline dans la région de Kalouga, située à 200 km au sud de Moscou. Le projet à plusieurs étapes porte dans un premier temps sur l’édification de l’unité de production, représentant un investissement compris entre 80 et 100 millions de dollars. L’usine emploiera plus de 225 personnes pour produire des doses d’insuline sous forme de cartouches ou de stylos préremplis. « La construction et l’extension progressive de l’usine sur plusieurs années permettront d’assurer une bonne qualité de production, le transfert durable de technologies et la formation des employés lo-

caux », estime Sørensen. La région de Kalouga fournira l’infrastructure nécessaire (routes et services publics).

Une véritable épidémie Environ trois millions de Russes suivent actuellement un traitement contre le diabète. Selon les estimations de la Fondation internationale du diabète, près de sept millions de Russes auraient besoin d’un traitement contre cette maladie. Les ventes des médicaments de Novo Nordisk ont explosé sur les marchés des pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). La population de ces pays s’enrichit, vit plus longtemps et fait moins d’exercice. Le diabète y est en hausse et pourrait affecter 174 millions de personnes en 2030, contre 113 millions aujourd’hui. Selon Sergey Tsyb, le directeur du département de bio-ingénierie du ministère russe de l’Industrie et du Commerce, l’usine de Novo Nordisk s’inscrit dans les plans du gouvernement qui consistent à encourager l’introduction de technologies innovantes dans l’industrie pharmaceutique en Russie. L’accord est aussi une victoire personnelle pour Artamonov, qui ambitionne de créer un complexe pharmaceutique dans sa région.


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LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI WWW.FR.RBTH.RU COMMUNIQUÉ DE ROSSIYSKAYA GAZETA DISTRIBUÉ AVEC LE FIGARO

Débats et Opinions

MOSCOU SENSIBLE À L’EFFET OBAMA Dmitri Trenine THE MOSCOW TIMES

L

es soldats de l’OTAN marchant au pas sur la Place Rouge lors de la journée de la Victoire. Moscou, au prix d’un compromis, négociant un accord avec la Norvège, mettant ainsi un terme au différend vieux de 40 ans qui portait sur la frontière maritime entre les deux pays. Le spectacle du Premier ministre Vladimir Poutine posant le genou à terre devant le mémorial de Katyn, là-même où des officiers polonais furent tués sur ordre du régime stalinien. Ce ne sont là que quelques aperçus de l’image d’une Russie bienveillante que l’hebdomadaire New Europe a brossée dernièrement. Pour autant, le tableau appelle immédiatement trois questions : tout cela est-il bien réel ? Pourquoi ce changement ? Et comment réagir à la nouvelle politique étrangère russe ? Le nouveau ton adopté par Moscou, plus particulièrement à l’égard des États-Unis, a été amorcé l’an dernier. Mais aujourd’hui, le soutien du Kremlin à l’adoption d’une quatrième vague de sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies contre l’Iran, apporte une substance bien réelle à ce changement. Qui plus est, la renonciation aux revendications territoriales dans l’Arctique — enjeu du différend avec la Norvège — constitue une énorme concession de la part de Moscou. Un document interne émanant du ministère des Affaires étrangères, et selon toute vraisemblan-

ce authentique, est paru dans l’édition russe de l’hebdomadaire américain Newsweek du 10 mai. Il montre qu’aujourd’hui, le Kremlin fait de ses relations avec les États-Unis et l’Europe sa priorité. Plus rien à voir avec ce que l’on a pu observer lors du défilé de la journée de la Victoire de 2007 sur la Place Rouge, où Poutine, alors président, comparait la politique de son homologue américain George W.Bush à celle du Troisième Reich ; rien à voir avec la reprise, toujours en 2007, des patrouilles aériennes russes de bombardiers stratégiques le long de la côte norvégienne ainsi qu’au-dessus de l’Atlantique nord et dans les Caraïbes ; rien à voir enfin avec l’allocution à la Nation du président Dmitri Medvedev qui, le 5 novembre 2008 — au lendemain de l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis — menaçait de déployer des missiles Iskander à courte portée aux abords de Kaliningrad. Quatre facteurs ont plus particulièrement contribué à ce revirement positif : la guerre en Géorgie en 2008, la crise économique mondiale, le facteur Obama et la montée en puissance constante de la Chine. La guerre en Géorgie a révélé la rapidité avec laquelle les relations avec les États-Unis pouvaient se dégrader, allant presque jusqu’à faire renaître la Guerre froide, laissant la Russie isolée et en position générale de faiblesse. La crise économique a détruit les illusions d’une croissance soutenue, ainsi que l’orgueil retrouvé de la Russie. De son côté, l’administration

Obama, en redéfinissant la politique étrangère des États-Unis, a écarté les pricipales sources de friction dans les relations Russie-Occident, à savoir la perspective de l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine et à la Géorgie, les rapports privilégiés avec le président géorgien Mikheil Saakashvili, ainsi que le déploiement d’un dispositif stratégique antimissile en Europe centrale. M.Obama a également fait preuve d’un véritable respect et d’une volonté d’ouverture sincère à l’égard de la Russie.

Pour finir, dans la mesure où la Chine a gagné en confiance et en assurance, l’ombre qu’elle fait planer au-dessus de la Russie s’est étendue et épaissie. Face à cette situation, les dirigeants russes entrevoient à la fois de nouveaux dangers et de nouvelles chances. Le retard du pays, non seulement par rapport à l’Occident, mais également à certaines puissances émergentes, conduit au besoin de moderniser l’assise technologique de la Russie. Mais où trouver l’argent nécessaire à cet objectif ?

QUI ÉTOUFFE LA PRESSE LIBRE ?

Le nouveau défi à relever en politique étrangère consiste à canaliser les ressources ainsi offertes pour les mettre au service de la modernisation du pays. Ce qui implique de meilleures relations avec les États-Unis en particulier, et avec le monde occidental en général. Les obstacles ne manquent pas. Le pouvoir russe a une conception trop étroite de la modernisation pour qu’elle donne les résultats voulus. Sans l’existence d’un pouvoir judiciaire indépendant, sans des droits de proprié-

té garantis, sans un coup d’arrêt à la corruption, la modernisation souhaitée par M.Poutine n’ira nulle part. Le danger réside dans l’incapacité à créer l’environnement commercial, politique et juridique approprié pour pouvoir en tirer quelque profit. D’une manière générale, le monde occidental a bien accueilli la nouvelle ligne de conduite de la Russie. M.Obama, de son côté, a fait parvenir au Congrès un accord de coopération avec la Russie portant sur l’énergie nucléaire. Dans le même temps, l’Union européenne a offert à la Fédération un « partenariat pour la modernisation », les deux parties se montrant désireuses de voir enfin la Russie rejoindre l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Ce point est effectivement crucial. On ne saurait mieux préparer le terrain de la modernisation qu’en adhérant à l’OMC. Une fois cette étape franchie, il conviendra de parvenir à un statut commercial permanent pour les échanges de la Russie avec les États-Unis, ainsi qu’à des mesures pratiques en direction d’une zone de libre échange paneuropéenne entre l’Union européenne, la Russie, l’Ukraine ainsi que d’autres pays. Du côté de l’Europe, la meilleure façon d’apporter une aide efficace à la modernisation russe serait de procéder à l’abolition progressive du régime des visas avec la Fédération. Dmitri Trenine est directeur du Centre Carnegie à Moscou.

SONDAGES Infidélité à la russe LES HOMMES MARIÉS SONT PLUS INFIDÈLES QUE LES FEMMES ET LES PERSONNES SANS EMPLOI RÉAGISSENT MOINS BIEN AUX ÉCARTS DE LEUR CONJOINT QUE CELLES QUI ONT UN TRAVAIL STABLE, SELON UN RÉCENT SONDAGE DE SUPERJOB.RU.

Alexeï Pankine THE MOSCOW TIMES

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e 3 mai 2010, à l’occasion de la Journée mondiale de la presse libre, l’association internationale « Reporters sans frontières » a publié une liste de 40 « prédateurs de la presse libre ». Le Premier ministre russe Vladimir Poutine se trouve sur cette liste. La façon dont l’honorable organisme justifie ce choix a des airs de remise de médaille : « La ‘verticale du pouvoir’, formule qui résume sa politique de reconstruction d’un État fort après les années de confusion et de dilution de l’autorité sous Boris Eltsine, a traversé toutes les composantes de la société. La presse n’y a pas échappé... Les télévisions nationales parlent d’une seule voix ». Je suis persuadé que l’auteur de ces lignes a été influencé par un livre événement qui vient tout juste d’être publié. Dans « Non pas grâce à... mais en dépit de », l’ancien ministre de l’Énergie nucléaire, Evgueni Adamov, décrit la façon dont le banquier et fondateur de NTV, Vladimir Goussinski, a réagi quand Adamov a refusé de l’aider à résoudre les problèmes de sa banque « Most » aux dépens des entreprises du secteur nucléaire, au lendemain de la crise financière d’août 1998 : « Tu crois que tu vas rester longtemps à ton poste ? Tu vas être embarqué tout à l’heure par le FSB… Tu ne finiras pas ta journée ici… Je vais te démontrer le pouvoir des média ! ». D’après l’ancien ministre, il était question de 100 millions de dollars. « Il n’y avait pas de logique à impliquer les médias dans cette affaire, alors que le FSB allait m’emmener de toute façon. Mais cela n’a pas effleuré l’esprit

Les hommes trompent plus souvent leur conjoint (ou l’avouent plus souvent) que les femmes (28% contre 17%). L’infidélité est très répandue au-delà de 40 ans (32%) et elle

Poutine a détruit la télé des oligarques, mais il n’a pas su ou eu le courage de la remplacer par un système indépendant de mon interlocuteur: J’ai pu observer à cette occasion la tournure d’esprit de ceux qu’on appelle les oligarques », poursuit Adamov, qui décrit ensuite en détail la guerre médiatique engagée contre lui. C’est le type de chantage et de racket médiatique appliqué par de nombreux média russes sous Eltsine que les « Reporters sans frontières » décrivent de façon critique. Il me semble que la chasse de Poutine contre la chaîne NTV et les

mesures de contrôle de l’ORT visaient moins la liberté de la presse ou les journalistes de ces chaînes que leurs propriétaires,Vladimir Goussinski et Boris Berezovski. En fait, l’objectif était de reprendre le contrôle de l’État. Je suis sur ce point d’accord avec les auteurs de la liste. Je suis également d’accord avec « Reporters sans frontières » sur le fait que la période où « les télévisions nationales parlent d’une seule voix » s’éternise. Ayant vaincu le système de la « télévision des oligarques » incompatible avec la liberté de la presse, Poutine n’a pas su, ou plutôt n’a pas eu le courage, de le remplacer par un système indépendant. Mais il est probable que chaque dirigeant a sa mission et ses ressources. Il appartient au Président Medvedev de faire un nouveau pas vers la création de conditions favora-

bles au développement de la presse indépendante en Russie. Ce sera pour lui plus facile car la réforme des médias s’est faite toute seule : grâce au développement rapide de l’Internet, l’univers médiatique a radicalement changé au cours de la dernière décennie. Dans ces conditions, le contrôle des médias traditionnels a beaucoup moins d’importance qu’avant, ce qui favorise l’exercice de la liberté. Pour notre part, nous observerons les progrès de Medvedev à travers l’œil de « Reporters sans frontières », tout en espérant que l’association sera aussi compréhensive vis-à-vis des problèmes de nos dirigeants qu’elle l’a été cette année. Alexeï Pankine, rédacteur en chef du magazine « Stratégies et pratique de l’Édition »

augmente proportionnellement aux revenus... Les personnes ayant des enfants trompent leur conjoint deux fois plus souvent que celles qui n’en ont pas (26% contre 13%).

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Perspectives fait qu’ils aient essuyé de lourdes pertes. Ils furent parmi les premiers à voler sur des [chasseurs]Yak-1, un modèle qu’ils ont très vite maîtrisé », raconte cet homme de 87 ans décoré du titre de Héros de l’URSS.

Aéronautique De la naissance à la relance avec l’aide de la France

Un siècle d’aviation en commun

L’EUROPE AVEUGLE DEVANT LA STRATÉGIE DU HAMAS

LA BOUCLE INFERNALE DU PROCHE-ORIENT

COMMENT ISRAËL A PERDU LA BATAILLE DE L’IMAGE

Ioulia Latynina

Fedor Loukianov

Vladimir Beider

THE MOSCOW TIMES

GAZETA.RU

OGONËK

L’objectif des activistes n’était pas d’apporter de l’aide humanitaire à Gaza, mais d’accumuler des cadavres. Il y avait 700 personnes à bord. Bien sûr, beaucoup étaient du Hamas, mais il y avait aussi des Européens. Dans un monde où les terroristes se font exploser dans le métro, c’est incroyable qu’il reste tant d’idiots prêts à défendre le premier qui gémit « je suis une victime ». C’est ça le pire : la flottille était destinée à exploiter la sympathie mal placée de défenseurs des droits de l’homme crédules, pions volontaires de la nouvelle stratégie des militants.

La transgression consciente d’un blocus militaire est un acte politique qui n’a rien à voir avec une mission humanitaire. Le nombre de défenseurs des droits de l’homme et de provocateurs politiques pourrait être établi par une enquête impartiale. Qui n’aura pas lieu, puisque ni les Israéliens, ni les pro-palestiniens n’y ont intérêt. À terme, c’est Israël qui risque de perdre le plus. En perdant le soutien international, le pays va se refermer sur lui-même pour sa survie, tandis que les pays arabes, sentant de la sympathie extérieure, vont renforcer la pression.

La suite ? Rien de nouveau. En répondant aux provocations du Hamas, Israël déclencha, en 2008, la guerre de Gaza. Le Hamas portait les coups en se cachant au cœur de la population, et les défenseurs des droits de l’homme accusèrent Israël d’avoir volontairement pris pour cible des civils. L’ONU créa une commission d’enquête qui, s’appuyant sur les témoignages du Hamas, condamna Israël. Avec la flottille, une fois de plus, les combattants se sont servis de civils pacifistes comme bouclier. La commission de l’ONU enquête déjà sur « les crimes d’Israël »...

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Quelques-uns des pilotes de la fameuse escadrille française Normandie-Niemen, qui a combattu aux côtés des pilotes soviétiques

Après la Seconde Guerre mondiale, l’irruption de la Guerre froide a poussé les Soviétiques à engouffrer des moyens financiers et scientifiques considérables pour constituer une aviation militaire capable de rivaliser avec celles des pays capitalistes. Avec un premier test lors de la Guerre de Corée, au cours de laquelle le même Sergueï Kramarenko a abattu 15 avions américains à bord de son MiG-15 en deux ans, dans le premier duel d’avions à réaction de l’histoire. L’aviation russe n’avait alors plus rien à envier à personne. Aeroflot possèdait la première flotte du monde. Les chasseurs Soukhoï et MiG se vendaient comme des petits pains aux alliés du Pacte de Varsovie. Aujourd’hui, vingt ans après la fin de la Guerre froide, la Russie revient frapper à la porte européenne pour relancer une industrie aéronautique lourdement handicapée par deux décennies de sous-investissement dans le secteur. Et c’est la France qui, de nouveau, lui ouvre la porte, avec la fourniture de moteurs et de systèmes avioniques du SuperJet 100. Premier avion russe de conception résolument post-soviétique (à l’inverse des concurrents Tu-204 et An-148), l’appareil développé par Soukhoï « est à 30% français », selon l’aveu formulé par le ministre de l’Industrie russe Viktor Khristenko le 31 mai dernier. Cet avion régional d’une centaine de places « est le plus français de tous les avions russes », toujours selon le ministre. « Cette coopération avec les Français constitue une excellente référence pour les projets à venir. C’est pourquoi les fournisseurs français ont de très bonnes chances d’entrer dans notre projet d’avion moyen courrier MS-21 ». Cet appareil mis au point par Irkut n’existe encore que sur le papier mais Moscou espère déjà en faire un concurrent des Airbus et Boeing qui règnent sur ce segment. Irkut, qui reçoit déjà des pièces de Thalès et Sagem pour ses chasseurs Su-30MK, est sur le point de signer avec un autre groupe français, Zodiac Aerospace, pour des systèmes destinés au MS-21. Mais Viktor Khristenko ne s’arrête pas là : « Nous espérons que les groupes français accepteront de partager les risques liés au projet et deviendront nos partenaires ». Trouvera-t-il des groupes français assez audacieux pour quitter le navire Airbus et rejoindre la barque russe ?

Le SuperJet-100 de Soukhoï, ici accompagné par des chasseurs du même constructeur, est pour un tiers composé de pièces françaises

La Russie fête actuellement le centenaire de son aviation. La France, qui a joué un rôle clé lors des premiers vols russes et pendant la Seconde Guerre mondiale, est encore présente pour une nouvelle aventure. PAUL DUVERNET SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD‘HUI

Mais quelle est donc la date précise du premier vol effectué par un aviateur russe ? Les historiens et spécialistes continuent de se disputer. Le 24 mai 1910, l’aviateur Yakov Gakkel réussit un vol à Gatchnia, non loin de Saint-Pétersbourg, sur un appareil baptisé Rossia A. Un peu auparavant, des vols avaient déjà été effectués par Mikhaïl Efimov, non sur le territoire russe actuel, mais en Ukraine (Odessa et Kiev). Et en février de la même année, le Tsar Nicolas II avait par oukase ordonné la création de la flotte aérienne russe, dont la tâche était de former officiers et pilotes à la commande d’aéroplanes. Il s’agissait aussi de constituer un parc d’appareils destinés à l’armée et à la flotte. Le monde était alors en proie à une furieuse passion pour tout ce qui touchait à la conquête des airs. La France se trouvait au cœur de cet engouement mondial, grâce en particulier à Blériot et son héroïque traversée de la Manche, qui fit grand bruit aux quatre coins de la planète. Les plus ardents adeptes hexagonaux n’avaient alors de cesse que de démontrer les prouesses d’une aviation qui progressait à un rythme effarant. Ce fut l’un d’entre eux, Georges Legagneux, qui effectua le 15 septembre 1909 le tout premier vol sur territoire russe, six mois avant les autochtones. Il épata la bonne société russe rassemblée non loin du centre de Moscou, avec son bi-

plan de marque Voisin. Le site de ce premier vol (Khodynka) est resté jusqu’à aujourd’hui un lieu d’exposition d’aéroplanes divers. Aucun expert ne conteste l’importance de l’effort réalisé par Legagneux pour introduire l’aviation en Russie. S’il est une chose sur laquelle l’ensemble des acteurs de l’aviation russe s’accorde, c’est sur la nécessité de fêter dignement ce centenaire,

celui de la participation de l’escadrille Normandie-Niemen au combat contre les forces nazies pendant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs vétérans de l’escadrille ont été invités à défiler le 9 mai dernier sur la Place Rouge à Moscou lors des cérémonies commémorant le 65ème anniversaire de la victoire des Alliés sur le nazisme. Ce moment fort de l’alliance franco-russe dans les airs a commencé lors-

L’impulsion est venue d’un impétueux aviateur français qui, le premier, survola en 1909 le territoire russe

« Les fournisseurs français ont de très bonnes chances d’entrer dans notre projet d’avion MS-21 »

alors que le gouvernement n’a rien prévu jusqu’ici. Au terme d’une orageuse conférence de presse le 26 mai dernier à Moscou, une lettre ouverte a été envoyée au Premier ministre Vladimir Poutine, lui demandant d’apporter son soutien à cette initiative. Un anniversaire que le gouvernement russe ne manque en revanche jamais de marquer, c’est

que quatorze pilotes et 58 mécaniciens français basés au Liban rejoignirent le territoire soviétique 12 novembre 1942 via l’Irak et l’Iran. Le baptême du feu eut lieu peu après lors de la décisive bataille de Koursk début 1943. Sergueï Kramarenko, un « as » de l’armée de l’air soviétique, s’en souvient avec émotion : « Ils ont magnifiquement combattu, avec une belle discipline, malgré le RIA NOVOSTI

LU DANS LA PRESSE « FLOTILLE DE LA PAIX » : LA PRESSE N’Y VOIT PAS D’HUMANITAIRE La dénonciation d’une opération politique pro-Hamas dans la presse russe contraste avec le ton plus nuancé de Vladimir Poutine, pour qui l’attaque de la flotille par l’armée israélienne « dans des eaux neutres » exige « un examen particulier ». « Nous avons toujours appelé à la levée du blocus » (de Gaza), a aussi rappelé le Premier ministre. Préparé par Veronika Dorman

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CES SACRÉS FRANÇAIS

Sourire discret à Tim Roth Natalia Gevorkyan SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

L

a vie d’un correspondant étranger se distingue par la quantité de collègues qui viennent, passent, font un saut à Paris, et bien sûr, appellent. - Natacha, je suis de passage en allant à Strasbourg, j’ai à peine deux heures. On dîne ? Tu es où ? - Retrouve-moi place des Vosges. J’y suis. C’est la Fête de la musique. Tu as de la chance, on s’entend à peine ! Mon collègue me demande où je suis exactement. - À la terrasse du restaurant, juste derrière Tim Roth. En général, je suis assez indifférente aux célébrités qu’il n’est pas rare de croiser dans le Marais. Et je ne collectionne pas ces rencontres. Mais parfois, c’est intéressant. Ioko Ono. Nous faisions nos courses dans la même boutique. Elle est reconnaissable au premier coup d’œil, même si les années ont fait leur travail. Elle achetait avec panache, cher et beau. Jean-Paul Gaultier marchait au petit matin rue des Francs-Bourgeois. Rien ne trahissait le couturier à la mode : un jogging, des baskets, un blouson. Il souriait à tous les passants. Bruce Willis, avec sa démarche si caractéristique, discutait à mi-voix avec une jolie femme. Patricia Kaas, aussi belle dans la vie que sur scène et à l’écran, une femme élégante et fragile, avec un visage triste. J’ai été frappée par le réalisateur Leos Carax. Nous nous sommes mis d’accord au téléphone pour une interview, l’heure, le lieu, et tout à coup il me dit : « Je vais vous dire comment vous allez me reconnaître. Je serai accompagné de deux chiens presque identiques ». Le réalisateur mondialement connu

craignait sincèrement que je puisse ne pas le reconnaître. C’est totalement différent de voir les gens célèbres en dehors d’une réception, d’un festival ou d’une conférence de presse. Naturels et détendus. Dans leur vie privée de tous les jours. Ils sont comme tout le monde, heureusement, sans signes d’arrogance, vêtus sans excès, et cherchant davantage à se fondre dans la foule qu’à s’en démarquer. Les Parisiens, si j’en juge par mes observations, sont discrets. Impossible que j’aie reconnu Bruce Willis, et pas eux ! Mais pas un regard insistant, pas un commentaire dans le dos, aucune demande d’autographe, aucun geste superflu de leur part... Mais avec Tim Roth, j’ai craqué. Mon collègue, ayant saisi mon regard malicieux, hurla, à travers les ondes musicales qui déferlaient de tous côtés : - Natacha, nous ne sommes pas en train de travailler là, pas vrai ? Nous dînons juste. Nous ne sommes pas des paparazzis ! Honteuse, j’ai rangé le portable avec lequel j’étais sur le point de photographier mon acteur bienaimé. Il dînait en grande compagnie. Quand il s’est levé pour aller dans le fond du restaurant, il devait immanquablement passer devant moi. Je n’ai pas pu résister et lui ai fait un immense sourire. Il a ôté ses lunettes noires, s’est légèrement incliné et m’a rendu mon sourire. Je voulais déjà ouvrir la bouche pour dire quelque chose, mais au dernier moment je me suis mordu la langue... Mon collègue a ri de bon cœur. Il ne s’attendait pas à ce que je craque pour un acteur. Mais il y avait de la musique, la ville chantait, et ne pas sourire dans une telle ambiance eût été tout bonnement impossible. Surtout s’il y a quelqu’un, qui n’est pas n’importe qui, à qui sourire. Natalia Gevorkyan, correspondante à Paris du journal Kommersant.

CES SACRÉS RUSSES

Le bonheur est sur les rails François Perreault SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

A

ppelé, dans le cadre de ses activités professionnelles, à sortir de Moscou, Jean-Pierre ne pouvait pas ne pas profiter de l’occasion : au diable la voiture, il fallait bien essayer au moins une fois les trains de banlieue, les fameux « electritchki ». Cette mission à Tver, à 150 kilomètres au nord de Moscou, était l’occasion idéale. Snobant les collègues motorisés, notre homme fonce à la gare de Leningrad, direction les guichets. Les premières minutes sont périlleuses : il faut laisser le temps au cerveau de déchiffrer la masse humaine agglutinée devant les comptoirs, et risquer (avec l’épaule droite, pour les droitiers) un mouvement subtil mais musclé et régulier, afin de ne pas reculer face aux babouchkas expérimentées qui dominent outrageusement la compétition avec un calme olympien. Le billet est en poche et le train peut s’ébranler. Malheureusement, Jean-Pierre n’aura pas eu la chance d’avoir une place assise ; mais il aura trouvé 10 cm2 sur lesquels poser un pied, entre l’entrée du wagon et la première rangée de sièges en bois. L’autre panard a, lui, trouvé appui sur l’énorme sac plastique négligemment déposé au sol par une grand-mère surchargée. L’ivrogne appuyé sur notre ami ne serait pas si dérangeant, si son collègue éthylique n’était

pas situé de l’autre côté de JeanPierre. Le va-et-vient incessant de la bouteille cessera néanmoins après quelques minutes : face à l’arrivée des contrôleurs, c’est tout le wagon qui se met en branle. Dans un jeu du chat et de la souris sans subtilité, la moitié du wagon dépourvue de billets prend les jambes à son cou, et évite l’amende en passant au wagon suivant. Jean-Pierre, qui a perdu son billet dans l’aventure, sera ainsi le seul à acquitter les 200 roubles requis, sous le regard hilare des habitués de l’omnibus. Ayant retrouvé de nouveaux voisins (la canne à pêche du vieillard de droite est un poil contrariante), Jean-Pierre peut enfin admirer le paysage en tentant de maintenir son équilibre. Mais sa position est précaire : il doit désormais faire face à la cohorte de vendeurs itinérants qui s’annonce à tour de rôle, le bousculant d’un coup de hanche. Notre ami n’a pas très bien compris à quoi servait l’étrange appareil à dix roubles (un dénoyauteur de pommes, si son russe ne l’a pas trahi), mais l’objet a connu un franc succès. L’aiguiseur de couteau universel également, même si durant la démonstration, Jean-Pierre a failli y perdre un œil. Mais toute bonne chose a une fin : les 150 kilomètres ont été avalés en moins de quatre heures ; voilà déjà les faubourgs de Tver à l’horizon. Quel dommage que la réunion de travail soit déjà terminée ! François Perreault est expatrié à Moscou depuis quatre ans.


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Cinéma

Cinéma Les Studios Mosfilm passent à l’ère numérique pour survivre dans un environnement de plus en plus concurrentiel

ANNA ARTEMEVA (7), MOSFILM (2)

Révolution de studio

Le studio Mosfilm, qui a donné au monde des centaines de chefs-d’œuvre, est à l’image du cinéma russe : à la pointe de la technique, mais en manque d’idées cinématographiques. VERONIKA DORMAN SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Compter le nombre de films réalisés et produits entre les murs du studio Mosfilm est une gageure. Nommer tous les grands maîtres qui y ont travaillé reviendrait à dresser une anthologie exhaustive du cinéma soviétique. Du Cuirassé Potemkine d’Eisenstein et Pychka de Romm, au Ciel pur de Tchoukhraï, Oncle Vania de Kontchalovski, et Solaris de

Tarkovski, Mosfilm tient une place d’honneur dans le patrimoine cinématographique mondial. Fondé en 1924, son atelier expérimental est devenu, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le premier studio total d’Europe, centre de création et société de production à la fois. L’URSS a entraîné dans sa chute la puissante industrie cinématographique nationale, agonisante dans les années 1990. Ce n’est qu’au tournant du siècle que le cinéma russe a commencé à retrouver ses esprits, alors que Mosfilm subissait une modernisation totale. « Il n’y a pas un secteur qui ait échappé à une mise à niveau drastique », explique Karen Chakhnazarov, le

« Nous sommes à la pointe de la modernité. Nous n’avons rien à envier aux studios occidentaux » président de Mosfilm. « Aujourd’hui, nous sommes à la pointe de la modernité, et n’avons rien à envier aux grands studios occidentaux ». Néanmoins, la production annuelle ne dépasse pas, depuis le début de la crise, les 40-50 films. De plus, « le cinéma russe actuel ne génére pas d’idées artistiques aussi puissantes que le cinéma soviétique », déplore Chakhna-

zarov. Et même s’il y a incontestablement de jeunes réalisateurs très talentueux, on ne peut encore parler véritablement de nouvelle vague. Les différents studios d’enregistrement et de mixage (dont, par exemple, une salle de 6 300 mètres cube qui peut accueillir un orchestre de 150 musiciens), ont été conçus par des spécialistes européens et équipés des outils technologiques les plus en pointe. Ce qui a permis une diversification au-delà du cinéma. « 50% de notre activité, c’est l’enregistrement d’albums de musique », précise Andreï, un ingénieur du son. Le joyau décoratif de Mosfilm,

Le « vrai son » de la kalachnikov La plupart des films russes sont sonorisés séparément. Les acteurs réenregistrent leur texte en studio, alors que les bruits d’ambiance sont intégralement recréés par des bruiteuses. VERONIKA DORMAN SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

À chaque image filmée, correspond une séquence sonore. Des pas rapides ou fatigués dans la forêt ou sur des graviers, le frottement du tissu, une gifle, les sabots d’un cheval sur la place Rouge, une porte mal huilée… Recréer ces bruits, telle est la fonction du studio de bruitage de Mosfilm, où tous les sons d’ambiance sont enregistrés séparément. Dans les couloirs, on parle avec admiration des « magiciennes » qui tiennent les lieux.

« Nous travaillons toutes ici depuis plus de quarante ans », confie Irina Kislova, une vielle dame tirée à quatre épingles. Depuis des décennies, elles viennent se plonger dans l’obscurité de leur boîte à bruits : une grande salle remplie d’accessoires et équipée d’un écran géant. Pendant la projection d’une séquence, les bruiteuses, en synchronisation parfaite avec l’image, « font du bruit ». Au sol : du pavé, différents parquets et carrelages, tôle, galets, gravier, terre battue ; aux murs : des portes de tailles et d’ancienneté diverses, des fenêtres, des loquets, des robinets, une baignoire, des rideaux ; les placards sont remplis de chaussures, tissus, et objets improbables, ramassés dans quelque grenier ou décharge. « Une vraie kalachnikov ne fera

c’est la reconstitution d’un quartier de Moscou fin XIXe-début XXe : rues pavées, façades de pierre et de bois, réverbères et enseignes d’époque. Le plateau « Vieux Moscou » a servi, depuis 2004, de décor dans plus de 40 films, se transformant en SaintPétersbourg, Tbilissi, Copenhague, ou n’importe quelle ville historique au besoin. Le seul ennui, c’est qu’un gratte-ciel élevé de l’autre côté de la rue oblige aux plans bas ou aux trucages. Au-delà de sa modernité, ce qui fait l’unicité et la suprématie du studio moscovite dans un secteur devenu très compétitif, ce sont ses fonds. Notamment, plus de 400 000 pièces de vêtements et d’uniformes militaires, selon les estimations de Sergueï Plokhov, chef du département des costumes et accessoires. Dans ces cavernes d’Ali Baba, des dizaines de milliers objets, toutes époques confondues, sont répertoriés. Les stars absolues de la brocante luxuriante, se sont les véhicules rétro : les Rolls Royce de 1913, BMW 321 de 1928, Packard de 1937 et autres bus et tracteurs de collection. Les voitures, objets et costumes les plus célèbres sont exposés dans le musée du studio, et ne servent plus aux tournages, tandis que n’importe qui peut louer à la journée un costume de pirate, de garde rouge ou de tsarine. Ça arrondit les fins de mois. Le fonds le plus précieux d’entre tous, c’est évidemment la filmothèque elle-même, que Mosfilm n’a jamais acceptée de vendre, même au plus fort d’une crise, à l’inverse d’autres grands studios tels que Lenfilm ou le Studio Gorki. À l’heure qu’il est, ces films sont numérisés, soustitrés en anglais, et mis à la disposition du public pour quel-

Chakhnazarov, une vie à Mosfilm

Mosfilm, c’est sa maison. Avant d’en prendre la direction en 1998, Karen Chakhnazarov (né en 1952 à Krasnodar), y a fait ses armes : assistant d’abord, scénariste et réalisateur ensuite. En 1983, il est consacré par le public et la critique pour sa comédie musicale virevoltante, Nous sommes du Jazz, qui raconte les difficiles débuts du jazz dans l’URSS des années 1920. Son dernier film, La salle n°6, une adaptation intimiste de la nouvelle éponyme de Tchékhov, est une réflexion artistique sur l’internement psychiatrique. Chakhnazarov a treize films à son actif en tant que réalisateur.

ques euros, à l’unité ou au forfait, dans une vidéothèque virtuelle (www.cinema.mosfilm.ru). En ce moment, l’argent public manque. C’est pourquoi Mosfilm produit surtout des séries télévisées, qui bénéficient de financements privés. Mais ce sont des projets d’envergure, « pas de la soupe », insiste Chakhnazarov, qui engagent autant de moyens qu’un long-métrage. « L’industrie du cinéma est reconstruite », se félicite Chakhnazarov. Ne reste plus qu’à retrouver des producteurs aisés et des réalisateurs talentueux. Idéalement, dans le même lot.

Les pariahs sont là Trois réalisateurs mal aimés de la critique française - Luc Besson, Claude Lelouch et Michaël Cohen - sont à l’affiche du festival de cinéma de Moscou (MIFF). PAUL DUVERNET

jamais le bon bruit », explique Faïna Ianpolskaïa, en heurtant un palier et un gros cadenas pour imiter la mitraillette. « Et essayez d’enregistrer en prise directe le bruissement d’aile du papillon ou le glissement de la soie ! » Dissimulés par une vitre teintée, les ingénieurs du son mixent ces créations sonores, sans jamais vraiment savoir à l’aide de quel

objet ou de quelle partie du corps les bruiteuses ont imité la glace brisée ou la mâchoire qui craque sous un coup de poing. « Pour un bruit de porte, il faut parfois superposer dix sons, et sans se servir d’une porte, mais d’une grille, d’un bout de bois et d’une vieille chaise », raconte Faïna, en exhibant une veine abîmée au-dessus du genou : Tarkovski avait voulu refaire 20 prises pour une scène de gifle. À l’heure de la numérisation généralisée, les bruiteuses tiennent tête aux ordinateurs : « Jamais le son émis par une machine ne sera aussi vivant que celui que nous arrachons à nos objets ».

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Peu de grandes stars au programme du MIFF qui démarre demain, mais des films au profil discret. Luc Besson présidera le jury pour une sélection de 15 œuvres, dont Ça commence par la fin, de Michaël Cohen, qui s’est fait étriller par la critique parisienne à sa sortie fin mai. En ouverture du MIFF, que patronne Nikita Mikhalkov, la projection du dernier Claude Lelouch : Ces amourslà, dont la presse ne s’est pas encore emparée puisqu’il ne sortira que le 10 septembre. L’invitation de ces trois personnalités du cinéma français par

Mikhalkov n’est pas un hasard. Une chose les réunit : le désamour de la presse. Besson et Lelouch ont toujours affiché le plus grand mépris pour la critique (qui le leur rend bien), abrités qu’ils sont derrière d’incontestables succès au box-office. Pour Cohen, dont la carrière démarre, tout reste à faire côté public. Quant à Mikhalkov, il vient de parvenir à mettre la critique et le public d’accord contre lui. Le MIFF est un festival de série « A » comme Cannes, Venise ou Berlin, mais il arrive un peu tard dans la saison. Il reste pour cette raison boudé par les grandes productions et souffre d’être infiniment moins médiatisé que ses pairs. La présence de Besson à Moscou n’est sans doute pas étrangère à la sortie prochaine de son dernier opus : Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-sec, dont la projection clôturera le festival.


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Culture

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SOUVENIRS, SOUVENIRS...

À mes amis Yannick Noah et Roland Garros ! Nicolaï Dolgopolov SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

TADEUZS KLUBA

C

Jean Echenoz, Patrick Deville et Olivier Rollin dans un village de Sibérie. Des vieux croyants les ont tancé sur la présence de gros mots dans la littérature.

Sur les traces de Cendrars SUITE DE LA PAGE 1

La plupart ne sont jamais venus en Russie, mais beaucoup en ont rêvé. Tous attendent que leur accointance du pays et de ses espaces infinis, de littéraire devienne réelle. Au programme, les bibliothèques, universités, librairies, Alliances françaises de Nijni-Novgorod, Kazan, Ekaterinbourg, Novossibirsk, Krasnoïarsk, Irkoutsk, Oulan-Oude, et Vladivostok, où les attendent les éternels amoureux de la France, qui ne sont souvent jamais sortis de leur région d’origine. À chaque rendez-vous, quelques dizaines de lecteurs, parfois érudits, indéniablement curieux, ravis surtout de pouvoir serrer la main d’un écrivain qu’ils ne connaissent pas toujours, mais liront sans faute. Pourtant, l’émotion est surtout du côté des voyageurs français. « C’est difficile de vous dire ce que nous ressentons, à chaud. Le sentiment de la rencontre est trop fort. Il se développera dans le temps, et prendra forme dans le souvenir », s’excuse Sylvie Germain devant les hôtes d’Irkoutsk qui la pressent de

s’exprimer sur ses impressions baïkaliennes. Ils voulaient la vraie Russie, loin des capitales. Ils l’ont eue. Certaines tables rondes ne manquent pas de surprendre. « C’est incroyable ! Ils nous ont accusés de ne rien connaître de la Russie que les ours et la vodka ! » s’emporte Dominique Fernandez, à l’issue d’un débat avec des lecteurs. Pendant ce temps, Guy Goffette et Jean Echenoz étaient aux prises avec les habitués de la Maison des écrivains qui exigeaient que l’on cesse d’utiliser des gros mots dans la littérature, parce que ça corrompt l’âme et l’esprit. Mais les villes et leurs hôtels ne sont que des haltes. La véritable aventure, c’est le chemin de fer. Deux semaines sur les rails, et les usages de la vie de train n’a plus de secrets pour eux. Installés dans des compartiments confortables, les écrivains ont pris les habitudes des voyageurs des grandes lignes. Les soirées sont faites de promenades dans les couloirs, en chaussons, de dégustation joyeuse de vodka tiède, et de conversations interminables sur le sens du voyage et de la littérature, dans la fumée

dense de cigarettes, entre deux wagons. « Je parcours le même chemin que les héros de mon Carnet de route imaginaire d’un combattant de la Légion tchèque, qui s’est emparée du Transsibérien pendant la Première Guerre mondiale, explique Kris,

Des Vieux-Croyants accoutrent Sallenave et Fernandez en costumes traditionnels de mariage scénariste de BD, et je réalise un rêve de gosse ». « Tous les matins, on met les montres à l’heure. Le train avance et le soleil retarde », écrivait nerveusement Cendrars dans sa Prose du Transsibérien. Il y a sept heures de décalage horaire entre Paris et Oulan-Oudé. Chaque nuit passée sur les rails raccourcit un peu la journée qui suit. Ce qui ne l’empêche pas d’être longue et chargée. L’objectif de l’entreprise ne se réduit pas à présenter les écrivains français aux Russes. Il s’agit aussi de les initier aux trésors lointains et insoup-

çonnés de la Russie des confins. « Ce voyage va changer ma vie. Je m’attendais à quelque chose de très protocolaire. Mais c’est une aventure géographique et humaine inouïe », s’émerveille Maylis de Kerangal, en escaladant une colline qui surplombe les vastitudes verdoyantes de la région bouriate. L’immersion est assurée : l’après-midi est passé dans une famille de VieuxCroyants, qui n’hésitent pas à accoutrer Danièle Sallenave et Dominique Fernandez de costumes traditionnels pour jouer le rituel des épousailles, déclenchant l’hilarité de leurs confrères français. De bonne foi, les écrivains et les journalistes qui les accompagnent, se prêtent à toutes les mises en scène, émerveillés comme des enfants face à un monde qu’ils découvrent. Certes, ils auront vu quelque chose d’une autre Russie, et ils auront sans doute attrapé la maladie du voyage qui rongeait Blaise Cendrars. Le seul regret, c’est que pour comprendre pleinement le pays et ses habitants, il vaut mieux voyager en troisième classe, mêlé au commun des voyageurs et aux senteurs de poulet fumé et de cornichons.

Festival Quand jeunes Français et Russes se rencontrent pour parler culture

RosSotroudnitchesvo, sorte d’Alliance Française version russe, a organisé le mois dernier un festival-rencontre entre des enfants russes et français pour rapprocher les deux peuples. KIRILL PRIVALOV SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

« Sur le pont d`Avignon on y danse tous en rond...» Il n’était pas rare d’entendre cette chansonnette provençale, tout comme la langue russe, fin mai dans les rues d’Avignon où se tenait le premier forum des enfants franco-russe. Après la chute de l’URSS qui entraîna la disparition de la grande colonie internationale de pionniers « Artek »,

en Crimée, et d’autres institutions de ce genre, il ne restait plus de lieux de rencontre pour les jeunes. C’est pourquoi les organisateurs se sont appliqués à faire de la place aux enfants des différentes régions de Russie et de France. Il y avait des artistes en herbe du Daguestan, d’Orenbourg, de Grozny, deVoronej, de Nijni-Novgorod et de Moscou. Les Avignonnais, habitués à accueillir tous les ans le festival international de théâtre, étaient subjugués par le professionnalisme des enfants. Et les Français n’étaient pas en reste, ayant envoyé à Avignon un groupe de clowns et une chorale d’enfants de Lyon.

À L’AFFICHE DE L’ANNÉE CROISÉE 2010

NATALI MEDVEDEVA

Dialogue de la jeunesse sur le Pont d’Avignon

’est à Roland Garros que s’est jouée la Grande Révolution. Mon Dieu, que nous étions pauvres... non, misérables, nous les Russes, sur la terre battue française, dans la deuxième moitié des années 1980 ! Aujourd’hui, nos joueurs réservent sans sourciller des suites luxueuses dans des hôtels cinq étoiles, sans oublier d’installer à côté maman, papa, et le personnel d’encadrement. À l’époque, je dénichais pour nos stars des appartements très modestes. Les francs alloués par l’État soviétique couvraient à peine les frais. Quant aux indemnités journalières (dont j’ai honte de révéler le montant), nos maîtres de la raquette les économisaient pour des achats de première nécessité : t-shirts, shorts, pantalons, parapluies, batteries de voitures, médicaments, collants… Tout, en fait, car tout était en déficit chez nous. Beaucoup de nos filles et garçons traversaient la frontière avec des malles pleines de nourriture. Si la douane les confisquait, ils jouaient à Paris avec le ventre presque vide. Le plus souvent, les douaniers baissaient les yeux, et dans les chambrettes de nos champions, ça sentait la soupe lyophilisée, les conserves de poisson et la saucisse. Il est même arrivé que Yannick Noah vienne à notre aide. Pour combattre le racisme, il organisait, avec sa mère, des tournois de bienfaisance. Qui était mieux placé pour y participer que les Soviétiques ? En récompense de notre bonne volonté, le logement et la nourriture étaient gratuits, et des francs étaient distribués avec tact, sous forme d’argent de poche.Tous les ressortissants d’URSS faisaient des efforts, et jouaient des parties exemplaires, en leur âme et conscience. Mais pourquoi une telle pauvreté, alors que déjà à cette époquelà, on payait grassement pour une simple participation à de prestigieux tournois ? C’est que les joueurs étaient obligés de donner tout l’argent des prix remportés à leur patrie. De retour à la maison, tous les gains, l’argent de poche, les revenus, étaient versés à la caisse du Comité du sport. Situation absurde que celle de ces gens qui gagnaient pas mal d’argent, mais étaient condamnés à la portion congrue sous forme d’indemnités journalières.

Le programme des enfants était chargé : des ateliers, des spectacles et des concerts sous les yeux de Mireille Mathieu

Le premier soir, une grande parade à traversé la ville, en musique, et entraîné tous ceux qui le voulaient à la soirée de gala qui inaugurait le festival, sur la place centrale de la ville. Le programme était chargé : des ateliers et des master-classes, des spectacles et des concerts, des pique-niques. Le ton était donné par la chanteuse Mireille Mathieu, la marraine du festival. Selon Farit Moukhametchine, le directeur de RosSotroudnitchestvo, c’est en discutant avec elle

que l’idée de cette rencontre franco-russe est née. Mireille Mathieu donna une réception en son nom au Palais des Papes, sans accepter pour autant de monter sur scène dans sa ville natale. Elle chanta seulement, a cappella, avec les enfants russes, son vieux tube « Tous les enfants chantent avec moi »… Et la ville entière reprit en choeur le refrain et ses vibrants « la la la ». Regardez le diaporama sur www.fr.rbth.ru

FESTIVAL « VOICES » 4–9 JUILLET 2010 VOLOGDA/ RUSSIE

Promouvoir un cinéma européen indépendant, jeune et créatif, dans une ville de la très lointaine province : tel est le défi de cette première édition du Festival VOICES. Au programme : une sélection d’une dizaine de longs métrages inédits en Russie, réalisés par des metteurs en scène européens. › www.voices-festival.org

C’est là qu’est advenue la Grande Révolution de 1988 à RolandGarros. En se frayant avec assurance un chemin vers le haut du classement, la jeune Natacha Zvereva a annoncé, pendant le tournoi, qu’elle ne comptait donner à personne son prix, c’est-àdire son revenu. J’ai soutenu l’acte de la jeune révolutionnaire dans mon journal de jeunesse, enhardi par la Perestroïka, qui s’est vendu, grâce à cela, à 21 millions d’exemplaires. Une tempête s’est levée : l’indignation des fonctionnaires et des organes d’État soviétiques se heurtait à la rafale de soutien de toute l’humanité progressiste, la presse française en tête, évidemment, défendant, cela va de soi, les droits de l’homme. Natacha est arrivée jusqu’en finale, où elle a cédé devant l’implacable Allemande Steffi Graf. Mais il n’était plus question de sport. Le barrage de l’austérité avait été percé. Un an après, l’exemple de la jeune Biélorusse serait suivi par Andreï Tchesnokov. Le capitaine Chamil Tarpichtchev a soutenu cet élan pécuniaire tout à fait légitime des joueurs. Installés dans mon bu-

Le futur n’était pas loin, quand nos joueurs ne gagneraient plus pour la patrie, mais pour eux-mêmes. reau, nous célébrions la première victoire financière des nôtres. Mon ami remarqua : « Si on nous laisse vivre correctement, les gars peuvent remporter et Roland Garros, et la Coupe de la Fédération, et même la Coupe Davis. À condition qu’on les laisse tranquilles ». J’ai répondu que le futur n’était pas loin, quand nos joueurs ne gagneraient plus seulement pour la patrie, mais pour eux-mêmes. À ce moment-là, un coup de fil de Moscou annonça à Chamil que son premier fils venait de naître. Nous nous sommes précipités à l’aéroport, et avant de monter dans l’avion, le superstitieux Chamil me dit résolument : « Tu vois, les étoiles convergent. Nous allons prendre la Coupe Davis aux Français eux-mêmes ». L’avenir montra qu’il ne s’était pas trompé ! Nikolaï Dolgopolov est le rédacteur en chef adjoint de Rossiyskaïa Gazeta. Il fut correspondant à Paris de la Komsomolskaïa Pravda entre 1987 et 1993.

PHOTOGRAPHIE DE LA NOUVELLE RUSSIE, 1991-2010 23 JUIN – 29 AOÛT 2010 MAISON EUROPÉENNE DE LA PHOTOGRAPHIE, 5/7 RUE DE FOURCY, PARIS

Ce n’est qu’avec la Perestroïka qu’apparut enfin au grand jour l’art non officiel représenté par Alexander Abasa, Vladimir Michoukov, Vladimir Siomine, et surtout Igor Moukhine, qui se montre particulièrement attentif à la dialectique entre les vestiges du communisme et l’émergence d’un capitalisme totalement débridé. L’exposition embrasse des artistes qui ne se définissent pas à proprement parler comme des photographes. Les plus grands noms sont réunis pour la circonstance : Serguei Bratkov, Vladislav Mamychev-Monro, Oleg Kulik et le groupe AES+F. › www.mep-fr.org TOUS LES DÉTAILS SUR NOTRE SITE

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Culture

Art contemporain Les collectionneurs occidentaux d’art russe servis à domicile

RECETTE

Ouvrir boutique à l’Ouest

L’okrochka ou la vie ! Jennifer Eremeeva SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Frustrées par un marché intérieur de l’art contemporain sous-développé et stagnant, quelques galeries russes se procurent des débouchés en ouvrant des succursales en Europe et aux États-Unis. JOHN VAROLI

Depuis mars, deux galeries moscovites ont ouvert en Occident, et au moins deux autres ont le même projet, rejoignant Orel Art à Paris. Cette dernière a été fondée en 2001 par la Russe Ilona Orel, qui présente de grands artistes compatriotes, tels que Valery Kochliakov et le duo Komar et Melamid. C’était le premier espace de la capitale française à se spécialiser dans l’art russe. Huit ans plus tard, en 2009, Orel a ouvert une filiale à Londres. Les filiales étrangères de ces galeries ont pour ambition de promouvoir l’art contemporain russe aux collectionneurs internationaux. Mais en s’implantant durablement à l’étranger, elles auront aussi la possibilité de travailler efficacement avec des artistes non russes, et de devenir à terme des acteurs de premier plan sur le marché de l’art international. « Ouvrir un espace d’exposition en dehors de Moscou, telle est la nouvelle tendance parmi les jeunes galeries moscovites ambitieuses, qui se sentent à l’étroit ici : un groupe d’acheteurs réguliers réduit, peu d’artistes novateurs et dynamiques, et l’absence d’une infrastructure aidant les galeries à se développer », explique Marina Goncharenko, propriétaire de la galerie GMG,

OREL ART

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Exposition de Dubossarsky & Vinogradov à la Gallerie Orel. Paris, 2007

qui envisage aussi une expansion à l’international. Le 15 mars, Art Kvartal est devenue la première galerie de Moscou à ouvrir un espace en dehors du pays, en choisissant Phoenix, dans l’Arizona, à cause de la scène artistique particulièrement vibrante de cette métropole du Sud-Ouest des ÉtatsUnis qui attire les riches collectionneurs américains. « J’ai besoin d’une galerie aux ÉtatsUnis, parce que 70% de mes acheteurs à Moscou sont des étrangers, surtout des expats », dit Alexandre Charov, le propriétaire. « Très peu de Russes achètent de l’art contemporain, et la plupart préfèrent les antiquités ou les objets de luxe, voitures et yachts, parce qu’ils ont du mal à com-

prendre la valeur durable de l’art contemporain, et le fait qu’elle ne fera qu’augmenter avec le temps ». « La Russie, ce n’est pas que du gaz et du pétrole à l’export, et les beaux arts ont toutes leurs chances de devenir un produit d’exportation important et lucratif », soutient Charov, un homme d’affaires moscovite qui a fait fortune dans la négociation de titres financiers. « Je vois que les collectionneurs étrangers, et je parle de gens qui s’y connaissent vraiment en art, ont une grande estime pour l’art russe ». La galerie Regina a inauguré un espace sur deux étages dans le quartier Fitzrovia de Londres, le 29 avril. Le site va « présenter l’art international le plus fasci-

nant et en même temps se concentrer sur les artistes reconnus et émergents de Russie et d’Ukraine », commente son propriétaire Vladimir Ovtcharenko. « Il y a plusieurs raisons pour lesquelles nous avons choisi Londres », explique-t-il. « D’abord, nous avons un groupe fantastique d’artistes russes que nous voulons montrer plus souvent au public international. Ensuite, de plus en plus de nos clients russes et ukrainiens vivent à Londres, et nous devons être là où ils sont, sinon, ils iront voir ailleurs ». La galerie Heritage de Moscou, qui se spécialise dans l’art des artistes émigrés des années 1920 et l’art contemporain, prévoit également d’ouvrir un espace à Londres en automne.

Mon beau mari russe souffre des excès de la semaine dernière. Il a trop mangé de mauvaise bouffe, bu beaucoup trop d’alcool, il n’a pas fait assez d’exercice, et au boulot, il brûle la chandelle par les deux bouts. Soudain, il frappe du poing le comptoir de la cuisine et crie : « Kéfir et haltères ! » J’acquiesce distraitement en ajoutant le kéfir à la liste des courses. Nous avons déjà les haltères. « Kéfir et haltères ! » est l’éternel cri de ralliement masculin du dimanche soir, de Kaliningrad à Ioujno-Sakhalinsk. L’essentiel, c’est la santé, se disentils en se dirigeant vers la salle de sport en jogging de l’équipe olympique russe. Là, ils errent en regardant d’un air stupide les étranges machines, puis courent beaucoup trop vite sur le tapis de course pendant trois minutes trente. À bout de souffle, ils attrapent des haltères beaucoup trop lourds pour un type qui fait deux fois leur taille, font un demi-mouvement, avant de les laisser retomber au sol avec un grognement. Ayant retrouvé leurs esprits, ils se dirigent, avec soulagement et résignation, vers la seule chose qui maintient en vie l’homme russe : le bania (sorte de sauna humide). L’enthousiasme initial pour un régime sain est aussi fragile. Les épouses sont encouragées à remplir la maison de fruits frais, légumes et kéfir, auquel on attribue, en Europe de l’Est,

des pouvoirs supérieurs à la pénicilline. Le problème, c’est que ce n’est pas goûteux, et les hommes russes n’ont pas été créés pour le supporter plus d’une journée. C’est aussi la durée réelle d’un régime austère. C’est pourquoi j’ai pensé à l’okrochka. Cette soupe froide estivale est traditionnellement préparée avec du kvas, une boisson de blé fermentée, mais ça marche aussi avec du kéfir que l’on trouve plus facilement hors de Russie et d’Ukraine, et qui a l’avantage de représenter la moitié du dogme kéfir + haltères. L’okrochka allie le croquant des légumes frais, la viande et les œufs, pour une soupe à la fois rafraîchissante et nourrissante. Les recettes traditionnelles varient largement, ce qui rappelle leurs origines à base de « mélangez tout ce qui reste dans le garde-manger ». Il existe aussi des préférences régionales : certains utilisent la langue de bœuf ou la saucisse pour la viande, d’autres le poisson fumé ou le jambon. Toutes les versions comportent des concombres frais, de la ciboulette, de l’aneth, des radis et des œufs durs. Faire suivre son régime à mon beau mari fut chose aisée avec cette version saine de l’okrochka : du kéfir allégé, du blanc de dinde à la place de la saucisse, et un seul jaune d’œuf au lieu de deux. Les légumes frais et l’aneth ont fait le reste, et je suis heureuse d’annoncer qu’il est fin prêt pour les haltères.

Exposition L’Académie des Beaux-Arts russe présente des pièces uniques à Paris

Portrait impérial à l’Institut de France MARIA TCHOBANOV

L’Institut de France se tranforme du 15 juin au 4 juillet en un musée miniature d’histoire de l’Académie russe des Arts.

PHOTOXPRESS

MARIA TCHOBANOV

Ingrédients :

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

1 litre de kéfir (choisissez la teneur en matière grasse qui vous convient) 1 verre d’eau froide 300 g de viande ou poisson, en dés 1 concombre, pelé et égrainé, en dés 6 radis, en dés 4 ciboules finement hachées ½ verres d’aneth frais 1 cuiller à soupe de sucre 1 cuiller à soupe de gros sel 2 cuillers à soupe de moutarde de Dijon 2 œufs durs

Des pièces d’archives, des photographies et des œuvres d’art soulignent le rôle qu’ont joué depuis trois cents ans les arts et sciences de France dans l’émergence de l’école académique et de l’art russes. La vraie surprise de cette exposition sera, selon le Secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts Arnaud d’Hauterives, le tableau monumental (3mètres par 4,5) du portraitiste français André Brouillet, récemment redécouvert par l’artiste russe Zourab Tsereteli, qui l’a fait restaurer à ses frais. La toile représente la visite de l’empereur russe Nicolas II à l’Académie française en compagnie du Président Français Félix Faure le 7 octobre 1896.

Arnaud d’Hauterives devant une toile monumentale du portraitiste français André Brouillet.

Préparation : « Du point de vue artistique, ce n’est sans doute pas un chefd’œuvre, mais c’est une page d’histoire, témoignage vivant d’une époque où la France était

véritablement tournée vers la Russie. André Brouillet suscitait un très grand respect parmi ses contemporains. Il est remarquable que tous les personnages de

ce tableau énorme, le couple impérial mis à part, aient accepté de poser spécialement pour le peintre », explique Arnaud d’Hauterives.

Faites cuire les œufs (17 minutes dans de l’eau bouillante salée), puis plongez-les dans un bol d’eau glacée, pour mieux séparer les blancs des jaunes. Enlevez la coquille, séparez les

blancs des jaunes, coupez les blancs en cubes et mettez de côté. Placez les jaunes dans un grand bol et ajoutez la moutarde, le sucre et le sel. Mélangez jusqu’à l’obtention d’une pâte. À l’aide d’un fouet, incorporez lentement le kéfir et l’eau à la pâte, en vous assurant que le mélange est homogène. (NB : à cet endroit des recettes traditionnelles, on ajoute une cuillerée généreuse de crème fraîche. Pour des raisons d’économie, de calories et de matières grasses, j’ai sauté cette étape, sans que le résultat en souffre. Vous pouvez aussi ajouter du yaourt grec, aussi crémeux mais moins calorique que la crème fraîche). Ajoutez le reste des ingrédients et réfrigérez pendant au moins deux heures avant de servir.

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Julia Golikova golikova@rg.ru Tél.: +7 (495) 775 3114

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