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BÉARN 2030

J.-P. MATTEI ET Ch. LAINE

« Sachons préserver le rôle des maires »

N°1: la population 10 septembre 2012

© ARCHIVES JEAN-PHILIPPE GIONNET

SOMMAIRE 52 000 de plus dans le Grand Pau

» PAGES VI-VII

Les moteurs de l’économie de demain » PAGES VIII-IX

© ???

Les nouveaux défis de la démographie

© DR

Moins de jeunes, plus de seniors

Pierre Delfaud, économiste

« Le Béarn ne manque pas d’atouts » » PAGE III

assos maires

© JUPITER IMAGES, MONTAGE STUDIO GRAPHIQUE P.P.

Unis pour représenter et défendre les intérêts de nos 547 communes et de nos intercommunalités


LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

II | Faits et perspectives

BÉARN 2030

EDITO Des atouts et des choix L’enjeu est capital. Le Béarn en 2030 n’aura plus vraiment le visage que nous lui connaissons aujourd’hui. Tout au long des vingt ans à venir, notre région sera confrontée à de nombreux changements sociétaux et devra faire face à des défis humains, économiques, environnementaux et d’infrastructures qui installeront de plain-pied le Béarn dans le XXIe siècle. Journaux de territoires, La République des Pyrénées et L’Eclair se proposent, tels des agitateurs d’idées, de lancer le débat, ou plutôt d’initier une réflexion collective visant à planter le décor des scénarios du futur. Accompagnés par quatre parrains L’association des Maires des Pyrénées-Atlantiques, la Chambre de commerce et d’industrie de PauBéarn, le Crédit Agricole PyrénéesGascogne et le Comité départemental du tourisme - nous publierons d’ici la fin de l’année quatre suppléments qui présenteront et décrypteront quatre thématiques majeures de l’avenir du Béarn. Nous consacrons aujourd’hui la première édition spéciale à la population. En 2030, un habitant du Béarn sur trois aura plus de 60 ans. Les moins de 20 ans ne représenteront plus que 20 % de la population. Quels sont les enjeux de cette évolution démographique pour notre région ? Le prochain supplément sera consacré aux infrastructures de transports. Les évolutions démographiques et économiques qui vont s’opérer conditionneront pour une large part l’adaptation des moyens de transports locaux et régionaux aux nouvelles réalités du territoire. Routes, voies ferrées, aéroports, transports collectifs urbains et ruraux : quels choix pour demain ? Le troisième numéro de « Béarn 2030 » sera dédié à l’économie régionale. S’appuyant sur trois piliers – la chimie, l’aéronautique et l’agroalimentaire – l’économie béarnaise est-elle bien armée pour se projeter en 2030 ? Le quatrième volet de notre enquête s’intéressera aux Pyrénées. Le massif pyrénéen, qui a amorcé une dynamique de croissance, réussira-t-il à relever les lourds défis de demain ? L’économiste aquitain Pierre Delfaud, spécialiste de la prospective régionale, n’hésite pas à l’affirmer : les atouts du Béarn sont suffisamment nombreux pour que notre territoire se projette avec confiance dans l’avenir. A condition de faire les bons choix. Aujourd’hui et demain. l JEAN MARZIOU

2012

2040: la démographie des Pyrénées

La population des PyrénéesAtlantiques

Un département attractif

2017

684 135

Avec un nombre de naissances à l’équilibre avec celui des décès, la population croît en moyenne de

2020

695 242

0,8%

664 473

2012

habitants

762 944

2040

Le 2 e département aquitain

1783

2012 : 664473 2040 : 762944

+98 471 habitants

Pau

par an grâce à l’excédent migratoire.

Des aires urbaines toujours 2010 2005 plus denses 275 250

en 2040

240 262

Population par département, en milliers, de 1999 à 2040 (prévisions Insee) Gironde

Bayonne

Densité de population en 2009 Nombre d’habitants par km2 265 ou plus de 132 à moins de 265 de 72 à moins de 132 de 39 à moins de 72 de 15 à moins de 39 moins de 15

223 500

222 000

Pau

Les pyramides des âges Aujourd’hui, un Pyrénéen sur deux a au moins 44 ans; en 2040, un sur deux aura au moins 48 ans.

1 286

Hommes

en 1999

Femmes

Âge

Pyrénées-Atlantiques

763 en 2040

600

493

en 1999

Dordogne

464

388 Landes

327

375 en 2040

Lot et Garonne

305 en 1999

1999 2015 2025 2035 2007 2020 2030 2040

2007 95 90 85 80 75 70 65 60 55 50 45 40 35 30 25 20 15 10 5 0 10 8 6 4 2 0 2 4 6 8 10

2020

2040

10 8 6 4 2 0 2 4 6 8 10

10 8 6 4 2 0 2 4 6 8 10

Effectif de chaque âge pour 1 000 habitants

Une population vieillissante Aujourd’hui, la part des 65 ans et plus dans la population des Pyrénées-Atlantiques (20,3%) est déjà supérieure à la moyenne nationale (16,3%). Et avec les générations du baby-boom arrivant progressivement aux grands âges, les plus de 60 ans auront dépassé les moins de 30 ans dès 2020. 2007

2040

Les jeunes Moins de 20 ans, en %

Supplément de la République des Pyrénées et de l’Eclair. Directeur de la publication : Christophe Galichon Rédacteur en chef : Jean Marziou Enquêteetrédaction :EricNormand Editing, secrétariat de rédaction : Olivier Bonetti Studio graphique de PyrénéesPresse Impression : imprimerie P.P.S.A. ZI Berlanne, 64160 Morlaàs.

Bayonne

Gironde

23,8 21,5

PyrénéesAtlantiques

22,2 19,6

Dordogne

20,6 18,4 22,2 19,9 22,1 19,8

Landes Lot-et-Garonne

Les adultes

20 à 64 ans, en %

Les seniors

60 53,5 57,5 50,4 55,5 45,7 57 48 55,8 47,7

65 ans et plus, en %

16,2 25 20,3 30,1 23,9 35,9 20,8 32,1 22,1 32,5


LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

Faits et perspectives | III

BÉARN 2030

QUESTIONS À... Pierre Delfaud, professeur d’économie à l’Université de Bordeaux IV

s-Atlantiques L’Aquitaine, 4 e croissance démographique régionale

« Oui, le Béarn a des atouts pour affronter l’avenir » ENTRETIEN Quel visage

liser. Notamment dans les territoires qui ont une tradition industrielle, comme c’est le cas du Béarn qui dès lors en profiterait. »

aura le Béarn en 2030 ? Sera-t-il proche de celui que nous connaissons, ou au contraire sera-t-il un territoire désindustrialisé ou bien encore, a contrario, de plus en plus productif : ce sont les trois pistes d’évolution qu’a étudiées l’économiste aquitain.

Variation de la densité (habitants par km2 et par an) plus de 10 5 à 10 1à5

2012 : 3 258 000 2040 : 3 880 000

+ 622 000 habitants

0,4 à 1 0,2 à 0,4 0 à 0,2 – 0,2 à 0

Variation annuelle moyenne entre 1999 et 2011 +1,6% +1,3% +1,1% +1,0%

s e oc lon rse ée ain Co gued ussil rén y uit P n Ro q a i L d A Mi

En Aquitaine 22,7 20,4 Les adultes

58,1 50,7

19,2 28,9

A quoi pourrait ressembler le Béarn en 2030 ? Pierre Delfaud : « Sans être MadameSoleil,poursavoiràquoi ressemblera un territoire dans quelquesannées,ilfautdéjàpartir de l’existant. Et qu’avons-nous aujourd’hui ? De tous les territoires aquitains, le Béarn est, sur un plan socio-économique, le plus équilibré. Si l’on considère la structure par âge, il arrive à fixer ses jeunes ménages, notamment dans l’agglomération paloise. Bien sûr, il y a des secteurs de vieillissement, comme les vallées d’Aspe ou d’Ossau, mais le Béarn garde une proportion de jeunes plus élevée qu’ailleurs. C’est un atout intéressant pour l’avenir. » Voyez-vous d’autres atouts qui permettent d’envisager l’avenir avec optimisme ? « Oui. Le Béarn est aussi un territoire équilibré : la part de l’emploi public est moins forte que dans d’autres régions. Cela ne veut pas dire qu’il y a moins de fonctionnaires, mais simplement qu’il y a une base productive impor-

« Je pense que

l’agglomération paloise doit enfin se décider à s’affranchir des limites départementales et s’allier à Tarbes. »

Les jeunes

Les seniors

E

conomiste à l’Université de Bordeaux- IV, Pierre Delfaud est aussi vice-président du conseil économique et social régional, à la tête de la section « veille et prospective. » Cet excellent connaisseur du territoire aquitain livre ici sa vision de ce que pourrait être le Béarn en 2030.

tante pour cette zone d’emplois, avec bien sûr les trois piliers que sont la chimie, l’aéronautique et l’agroalimentaire. Grâce à ce poids de l’économie productive, très supérieur par exemple à celui de la Dordogne, du Lot-etGaronne ou encore des Landes, on trouve en Béarn moins d’inégalités de revenus, moins

Pierre Delfaud, ici dans son bureau de l’Université de Bordeaux. « De tous les territoires aquitains, le Béarn est le plus équilibré » selon l’universitaire, vice-président du conseil économique et social aquitain. © E.N de contrastes entre riches et pauvres. On le vérifie très simplement. Quand on se promène chez vous, on a le sentiment d’être dans une région cossue, aisée, où l’on vit plutôt correctement. Même si ceux qui y vivent ne s’en rendent pas forcément compte. » Cela veut-il dire que le Béarn de 2012 et celui de 2030 seront très semblables ? « Pour ma part, j’imagine trois scénarios pour ce territoire. L’un d’eux est en effet dans la continuité de la situation actuelle qui fait que le Béarn de 2030 aura les mêmes caractéristiques que celui de 2012, avec un bon équilibre entre base productive et emplois publics. Ensuite, il peut y avoir deux autres évolutions possibles. La première serait un passage du productif vers le résidentiel. Ce n’est pas un scénario impossible et qui verrait l’aéronautique et la chimie disparaître progressivement, comme l’industrie de la chaus-

sure il y a quelques années. Mais Pau ne sera jamais Le Creusot. La situation géographique de Pau, au pied des Pyrénées, permettra d’attirer de plus en plus de retraités, à fort pouvoir d’achat. Pau retrouve alors sa vocation de ville anglaise et le pyrénéisme est remis à l’honneur. C’est donc une spécialisation accrue dans l’économie résidentielle avec de nouveaux emplois dans le tourisme, les services à la personne, la construction… Un peu à l’image du Périgord noir. Ce peut être une sorte de redécouverte du territoire. Ce n’est pas dramatique, c’est simplement autre chose qu’aujourd’hui. » Et le dernier scénario ? « La crise mondiale persiste et, paradoxalement, cela participe de la réindustrialisation de la France. Les salaires sont en effet devenus trop élevés en Chine et il est désormais plus intéressantpourlesindustrielsdereloca-

Lequel de ces trois scénarios a le plus de chances d’aboutir ? « L’avenir le dira mais, quoi qu’il arrive, je ne suis pas très inquiet. En plus des atouts que je citais, de gros progrès ont été réalisés. La desserte routière a été améliorée avec l’A65, même si son coût est prohibitif. Sur la LGV, vous êtes même insatiables puisque vous espérez désormais un barreau direct depuis Montde-Marsan. Alors que si l’on regarde ce dossier il y a 15 ans, il aurait été inimaginable d’envisager un autre tracé en direction de l’Espagne qu’en longeant le littoral, comme la ligne actuelle. Par contre, si vous obtenez la LGV, l’aéroport est mort. Enfin, il y a l’université. Et l’enseignant bordelais que je suis pense que l’UPPA n’a rien à gagner à s’engager avec l’Université de Bordeaux. « Université de Pau et des Pays de l’Adour », quel beau nom quand même ! Qu’il serait dommage d’y renoncer. Cette université doit rester dans sa catégorie d’université de taille moyenne, d’outil d’aménagement et d’attractivité du territoire. Soyez au-to-no-mistes ! Ou alors tournez-vous plutôt vers Saragosse ou Pampelune pour développer la coopération transfrontalière. Si j’étais Palois, je serais autonomiste. » Le Béarn doit-il accentuer ses relations avec les territoires voisins ? « Je pense que l’agglomération paloise doit enfin se décider à s’affranchir des limites départementales et s’allier à Tarbes. Aujourd’hui, c’est déjà quasiment la même agglomération. Il faut avancer sur ce tableau afin de conforter ce que j’appelle le troisième pied du trépied du grand Sud-Ouest, face à des agglomérations millionnaires comme Bordeaux et Toulouse. Pau et Tarbes ont longtemps été comme Brive et Tulle : la cité bourgeoise qui regarde avec dédain la ville ouvrière. Une alliance serait d’autant plus pertinente si d’aventure le Pays basque venait à obtenir sa collectivité. Par exemple, organiser un service de transport entre les deux agglomérations serait déjà un premier pas. Donc, en 2030, on pourrait très bien avoir une grande agglomération des 2B (Béarn et Bigorre) qui pèserait plus de 400 000 habitants. » l PROPOS RECUEILLIS PAR ERIC NORMAND


LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

IV | La démographie en marche

BÉARN 2030

Demain, nous vieillirons dava DÉMOGRAPHIE Avec une population plus nombreuse mais aussi beaucoup plus âgée, le Béarn de 2030 devra relever le

E

n cette année 2030, nous sommes 730 000 à résider dans les Pyrénées-Atlantiques. Dont environ 425 000 pour le seul territoire de Béarn et Soule. Une population qui, année après année, a cru régulièrement, bien plus à la faveur des arrivées dans notre département que par l’apportd’unenatalitéquidécline. LE TÉMOIN

Kotte Ecenarro, 1er vice-président du conseil général « Notre objectif est d’avoir le même niveau d’encadrement pour les personnes âgées sur l’ensemble du territoire. » Conséquence, les cheveux gris sont de plus en présents dans nos rues. D’autant qu’aux migrations s’ajoutent l’augmentation de l’espérance de vie et l’arrivée au «grandâge»desenfantsdubabyboom. Les natifs des années 50 sont aujourd’hui octogénaires. Près d’un tiers de la population adésormaisplusde65ans,contre un quart 20 ans plus tôt. C’est aussi 5 points de plus que la moyenne nationale. 2021 a été l’année d’un véritable basculement : il y a 9 ans, les plus de 60 ans sont devenus plus nombreux que les moins de 30 ans.

Arriver à l’équité Retour en 2012. Dans son bureaudeBayonne,KotteEcenarro, 1er vice-président du conseil général en charge des affaires sociales,mesurel’ampleurdudéfi à relever : anticiper l’accélération du vieillissement de la population et organiser l’accueil et la prise en charge des futurs seniors. D’oresetdéjà,lasituationapparaît critique. Il manque à ce jour plus de 700 places de maisons de

retraite en Pyrénées-Atlantiques. A la tête du plus gros budget du département - 300 millions d’euros, dont plus de la moitié dédiéeauxpersonnesâgées-l’élu d’Hendaye et ses équipes doivent donc trouver les leviers pour accueillir ces seniors. Avec une stratégie assumée : arriver à l’équité pour l’ensemble du département. « Notre objectif, c’est avant tout de tendre vers l’égalitéentreterritoires»confirme l’élu. Concrètement, qu’il n’y ait plus de « zones blanches » en matière d’hébergement pour personnes âgées, que l’on soit sur le piémont béarnais, en BasseNavarre, sur le littoral basque ou dans le Nord-Béarn ; que les centres urbains comme les zones rurales aient le même niveau d’encadrement.

Quelle alternative aux maisons de retraite ? Une mission pas simple au vu des tensions actuelles sur les financespubliques.L’Étatcomme le conseil général doivent en effet mettre la main au portefeuille à chaquecréationdelits :lepremier prend en charge la partie médicale, le second l’hôtellerie. Une alliance qui se révèle bancale en cas de défaillance de l’un des deux partenaires. Ce qui retarde ou freine des projets. « C’est vrai que nous manquons actuellement de lisibilité » confie Kotte Ecenarro. Cet été, le département a enregistré le recul du gouvernement pour le financement de plusieursprojetsd’établissements hospitalierspourpersonnesâgées dépendantes (Ehpad) en Béarn. Une situation qui oblige à favoriser des alternatives, comme le maintien à domicile. Adoptée avantl’été,lafeuillederoute20132017, dite schéma de l’autonomie, ambitionne ainsi d’améliorer conséquemment la couverture départementale de ces services de soins à domicile. l ERIC NORMAND

La croissance de la population va se poursuivre en Pyrénées-Atlantiques. Le 64 sera marqué par un fort vieillissement à miser sur le développement du maintien à domicile, même s’il manque déjà 700 places en maisons de retraite.

Des projets de maisons de retraite Le maintien à domicile à de plus en plus compliqués à lancer Construira-t-on encore, dans l’avenir, des maisons de retraite en Pyrénées-Atlantiques ? Difficile à dire. Car si, à ce jour, on recense 141 établissements spécialisés dans le 64, près d’une trentaine de projets - constructions ou réhabilitations - dorment dans les cartons des pouvoirs publics. Et bien malin celui qui peut prédire s’ils verront le jour. Ce qui est sûr, c’est que les accouchements apparaissent de plus en plus compliqués. Même si l’objectif reste de faire émerger, à moyen terme, de nouvelles

structures. D’autant que face à un Pays basque bien doté, et qui le sera encore mieux une fois livrés les projets d’Urrugne et d’Hendaye, le Béarn affiche son retard, notamment en milieu rural.

Un déficit à combler Voilà qui explique aussi la volonté du conseil général d’accompagner la construction de nouveaux équipements à Lagor, Lembeye, Sault-deNavailles, Lasseube ou encore Navarrenx. Ce qui permettrait de

combler une partie du déficit de 700 places. 200 nouvelles places doivent déjà voir le jour d’ici 2017. Problème : pour ces chantiers, le département doit composer avec un État aux poches vides. En juillet, la ministre des Personnes âgées, Michèle Delaunay, a ainsi indiqué que les projets béarnais prioritaires, ceux de Lagor et Lembeye, ne seraient pas soutenus par l’État sur le budget 2012. Le conseil général a toutefois prévu de représenter ces projets pour bénéficier des crédits de l’État. l

Les crédits de l’État se raréfiant, les créations de nouvelles maisons de retraite vont être compromises. Principale alternative pour la prise en charge des personnes âgées : le maintien à domicile. A ce jour, on estime que dans notre département 89 % des plus de 75 ans vieillissent chez eux. Un ratio certes important mais appelé à fortement augmenter. En corollaire, le nombre de personnes vivant en établissement spécialisévadiminuer,danslalignée de l’évolution constatée ces dernières années : 13,7 % des plus de 75 ansétaientainsienmaisonderetraite en 1999 pour seulement 11% douze

ansplustard.Avec,pourcesprochaines années, la perspective de passer sous le seuil des 10 %. Objectif : développer l’offre afin de permettre aux retraités de passer la dernière partiedeleurviechezeux.Pourcela, afin d’améliorer la couverture du territoire et combler des manques dans des zones sous-équipées, le regroupement des services d’aide à domicile (type ADMR) sera encouragé ainsi que leur fusion avec des services de soins infirmiers (les SSIAD). Une stratégie qui s’accompagnerad’unpland’adaptationpour les habitations et d’une politique de lutte contre l’isolement. l


LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

La démographie en marche | V

BÉARN 2030

ntage à la maison défi du vieillissement. Les pouvoirs publics s’y préparent dès aujourd’hui. EN CHIFFRES

45,5 ans

Ce sera, en 2030, l’âge moyen deshabitantsdesPyrénées-Atlantiques.Actuellement,ilestd’environ 42 ans. Cette augmentation de l’âge moyendeshabitantsdudépartement va s’accélérer puisqu’en 2040 il sera, selon l’Insee, de 48 ans. A cette date, lapartdesplusde85ansdevraitatteindre6,8%(contre5,5%pourlaFrance métropolitaine) et la part des plus de 75 ans 17,5 % (14,7 % en France).

SANTÉ

L’hôpital public lance sa révolution en Béarn La révolution hospitalière est en marche. En 2030, la concurrence acharnée entre établissements de santé d’un même territoire, que l’on connaît encore aujourd’hui,neseraplusdemise. Place à la complémentarité, à la collégialité, aux alliances. On pourra alors être pris en charge dansunétablissement,êtreopéré dans un autre et passer sa convalescence dans un troisième. LE TÉMOIN

Christophe Gautier, directeur de l’hôpital de Pau

141

« Les hôpitaux deviendront des lieux de haute technicité, avec C’est actuellement le nombre des séjours plus courts. » d’établissements dédiés aux personnes âgées dans le département (Ehpad, Foyers logements, Long séjour, Marpa....). Ce qui représente 8 538 places pour l’ensemble des Pyrénées-Atlantiques. L’âge moyen d’entrée en maison de retraite en 2012 est de 84 ans. Et la durée moyenne de séjour est de 3 ans.

13 042

C’est, début juillet, le nombre de bénéficiaires de l’APA dans le département. L’Allocation personnalisée d’autonomie est versée aux personnes âgées de plus de 60 ans, qu’elles soient en établissement ou chez elles. En France, le nombre de bénéficiaires de l’APA augmentera de 60 % d’ici 2040.

88 ans de la population. Une situation qui dès aujourd’hui oblige les pouvoirs publics ©DR/JUPITER IMAGES

privilégier

Plus de 90 % des personnes âgées resteront chez elles. © DR/JUPITER IMAGES

Ce sera l’espérance de vie pourles femmesen2030.Quantauxhommes, ils peuvent espérer arriver à 82 ans. L’espérance de vie est actuellement de plus de 84 ans pour les femmes et de 78 ans pour les hommes.

Les personnels sont de mieux en mieux formés Pour développer le maintien à domicile et améliorer le maillage territorial, encore faudra-t-il trouver des personnels aptes et motivés pour travailler auprès des personnes âgées, aussi bien pour travailler dans les services d’aides à domicile (SAD) que les services de soins infirmiers (SSIAD). Comme l’indique Kotte Ecenarro, la formation des salariés apparaît comme l’un des enjeux des années à venir. Des actions seront donc engagées

auprès de ces personnels et des formations diplômantes proposées à un public le plus souvent féminin. Il s’agit à la fois d’améliorer la qualité du service mais aussi de valoriser des métiers, comme celui d’auxiliaire de vie à domicile, qui recruteront massivement ces prochaines années. 114 services d’aides à domicile étant recensés aujourd’hui dans le département, c’est aussi une véritable filière d’emplois qui va être structurée. l

Cescénariodufuturs’écritdès à présent. Car ce type de coopérationexistedéjàenBéarn.Elleest illustréeparunsigleCHT(communauté hospitalière de territoire) qui modifie la relation que le patient aura avec les établissements de santé. Directeur du centre hospitalier de Pau, Christophe Gautier s’est déjà projeté vers le futur. Pour preuve, son hôpital affiche le titre « d’établissement-siège»decetteCHT,installée l’an passé et qui rayonne sur l’ensemble du territoire Béarn et Soule.

L’offre de santé de demain se construit à Monein «C’estundispositifpermispar la loi et qui a été constitué afin de mettreenréseaulesétablissements publicsdesanté»confirmeChristophe Gautier. En Béarn, sa construction se fait progressivement, via des rencontres régulièresàMonein,réunissantaussibien les directeurs des établissements que les praticiens hospitaliers. PourquoiMonein ?Parcequec’est aucœurduBéarn,àéquidistance desétablissementsconcernéspar la CHT. C’est ici qu’est actuellement dessiné le futur visage du territoire hospitalier béarnais. Autour de la table, on trouve les représentantsdeshôpitauxdePau, Oloron, Orthez et Mauléon, le centrelongséjourdePontacqmais aussilesmembresassociéscomme lesétablissementsgériatriquesde

Monein et Garlin ou le centre hospitalier des Pyrénées (CHP). « L’objectif est d’assurer un accès à des services de qualité sur tout le territoire. Grâce à un maillage oùlesmissionsdesétablissements s’affirmentdefaçontrèscomplémentaire.Onnepeutpastoutfaire partout, mais nous ne sommes pas non plus dans une vision de centralisationsurl’hôpitaldePau. C’est même plutôt l’inverse. »

Pour maintenir des services de proximité Pour l’usager, cette mise en réseauauradesconséquencesde plus en plus visibles ces prochainesannées.Sansattendre2030,le modèle de l’hôpital traditionnel va évoluer. Les établissements deviendront,selonl’expressionde ChristopheGautier,deslieux«de hautetechnicité,avecdesséjours plus courts puis, en lien avec la médecine de ville, une prise en charge dans le cadre d’une filière coordonnée. » Concrètement, il s’agit d’arriver à maintenir des servicesdeproximité,notamment en zone rurale. «Les jeunes praticiens ne veulent plus exercer de façonisoléedansdeshôpitauxde proximité. Pour qu’ils se rendent toujoursdanscesétablissements, on met en place des postes dits partagés. Ces praticiens se partagentalorsentrePauetleshôpitaux de proximité. » Par exemple, une partie de l’imageried’Oloronestdéjàassurée par des radiologues du centre hospitalier de Pau. Idem pour la gastro-entérologie orthézienne. «Celapermetdefixerdelacompétence médicale sur le territoire. » Et d’assurer dans le même temps l’avenir d’établissements qui ont souventvécu,douloureusement, la disparition de services. Christophe Gautier, qui relève que chaque établissement reste autonome, n’hésite pas à parler d’outil d’aménagement du territoire. « Car il ne marchera que si l’on est dans le respect du territoire. Si l’on avait dit, on met tout à Pau et rien ailleurs, cela n’aurait pu réussir. Notre parti pris, c’est d’avoir une répartition harmonieuse » sur un territoire qui, en terme d’activité hospitalière, est aujourd’huile2e d’Aquitaineaprès l’agglomérationbordelaise. Et qui entend le rester. l

ZOOM

Médecins : prévoir le renouvellement Si pour la médecine libérale, le départ en retraite de nombreux médecins devrait poser des problèmes aigus, notamment en zone rurale, pour le secteur hospitalier béarnais, la situation est moins critique. Même s’il faut dès aujourd’hui anticiper les conséquences de la démographie médicale et éviter toute pénurie. Le Béarn ne disposant pas de faculté de médecine, le centre hospitalier de Pau a passé une convention avec son homologue de Bordeaux. « Nous nous positionnons pour être un lieu d’accueil et de formation de jeunes médecins, leur donner envie d’exercer chez nous. » Ces derniers viennent y parfaire leur internat, voire acquérir une nouvelle spécialité. « Il y en a actuellement 45. L’idée, c’est d’avoir une filière de recrutement de médecins, en provenance du CHU de Bordeaux. »


LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

VI | Les modes de vie

BÉARN 2030

Le Grand Pau prêt à accueillir 52 000 habitants de plus

Pour les élus du Grand Pau, priorité est donnée à la cité royale avec pour objectif de construire ou de rénover. © JEAN-PHILIPPE GIONNET

LOGEMENT La croissance démographique impose de développer l’offre de logements sur l’agglomération paloise.

C

inquante-deux mille habitants : c’est la population gagnée par les 123 communes du Grand Pau ces deux dernières décennies. En cette année 2030, ce vaste territoire riche de huit intercommunalités pèse plus des deux tiers du Béarn, s’étalant des limites des Landes jusqu’aux lisières du Piémont pyrénéen. LE TÉMOIN

Jean-Pierre Mimiague, Président du Grand Pau. « A une époque, on a construit un peu n’importe où sans tenir compte de l’accessibilité. Maintenant, c’est fini. » Dans ses centres rénovés, le Grand Pau revendique fièrement ses 272 000 habitants. Petit rappel, ils n’étaient que 220 000 en 2012. L’augmentation a été fulgurante en 18 ans, supérieure à 23 %. Le double de l’évolution qu’avait prévue l’Insee pour l’ensemble des Pyrénées-Atlantiques. Et ce n’est pas terminé. Le Grand Pau continue à gagner des habitants. Symbole de cette croissance, la cité royale, qui en rêvait depuis

si longtemps, a rejoint le club des villesde plusde 100000habitants, coiffant Roubaix et Dunkerque, talonnant désormais Nancy et Caen.

1 600 logements par an Eté 2012. Dans sa mairie de Serres-Castet, d’où il a le plus beau des panoramas sur le territoire qu’il préside, Jean-Pierre Mimiague dévoile ses objectifs à son interlocuteur. Il le sait, ils sont ambitieux. « 52 000 habitants de plus, c’est beaucoup, certes. Mais c’est ce à quoi nous nous attendons » révèle le président du Grand Pau. Qui, chiffres en tête, sait qu’il peut dire son optimisme. « Avec le même niveau de croissance que les 20 dernières années, nous serons à 45 000 habitants de plus. Mais si l’on ne se base que sur les dix dernières années, durant lesquelles nous avons eu un développement fort, nous sommes à ce niveau de progression. Et nous avons choisi d’être ambitieux. »Va donc pour les 52 000 habitants supplémentaires ! Soit, quand même, un gain supérieur aux populations actuelles de Bayonne ou Tarbes. Mais cela oblige aussi à anticiper l’accueil de ces nouveaux Béarnais. Avec en tête une priorité : comment loger tout ce petit monde. « 52 000 habitants, cela

correspond à 35 000 ménages. Ce qui fait donc 1 600 logements à produire chaque année d’ici 2030 ». Ces logements, ils seront variés. « Du collectif, du semicollectif, du pavillonnaire groupé avec du logement social bien sûr... Nous voulons arriver à trouver un équilibre dans les formes urbaines. Car l’objectif est de produire des logements mais aussi de consommer moins de foncier. Partout où c’est possible, nous densifierons. » Densifier, le mot est lâché. Car la stratégie est affichée, assumée : reconquérirlescentres-villes.Celui de Pau, bien sûr, mais aussi ceux des petits pôles ruraux, des chefslieux de cantons qui, eux aussi, ont pâti de l’étalement urbain. «Pourcela,nousavonsdéfiniune armature urbaine car si l’on veut 1 600 logements par an, pas question de faire n’importe quoi. A une époque, on a construit un peu n’importe où, sans tenir comptedel’accessibilité,desservices. Maintenant, c’est fini. »

La priorité paloise Pour arriver à leur dessein, les élus du Grand Pau peaufinent leur arme absolue : le Scot. Un sigle de plus, né de l’inventivité administrative, et qui passerait inaperçu au milieu d’autres s’il n’avait vocation à dessiner, façon-

La reconquête des centres-villes et la fin de l’étalement urbain signent l’essor de moyens de transport alternatifs à la voiture, qu’ils soient collectifs ou individuels. © ARCHIVES NICOLAS SABATHIER ET DR

ner ce que sera notre cadre de vie. Car le Scot - pour Schéma de cohérence territorial - est un document qui fixe des règles en matière d’urbanisme, transport, zones économiques... Et qui s’impose ensuite à tout le monde. Jean-Pierre Mimiague est satisfait de l’avancée des travaux. Début 2014, le document entrera en vigueur. Sa colonne vertébrale est connue. Le Grand Pau sera fort, si sa capitale est forte. « Pour nous, la priorité, c’est en effet Pau. Donc, on va essayer de construire ou rénover sur Pau. Même si la perte de population a été enrayée ces dernières années, il reste encore beaucoup à faire. Des opérations sont lancées pour rénover les logements vides. Il ne faut pas non plus oublier le milieu rural. Les villages ont besoin de recevoir de nouvelles familles, pour animer la commune, faire vivre l’école. Mais pour l’habitat, plus question de s’éparpiller. » JeanPierre Mimiague annonce donc la couleur. Il sait qu’il doit souvent faire preuve de pédagogie pour passer le message auprès de ses collègues maires. Pas toujours simple pour ces derniers de dire non à des permis de construire. Mais la reconquête des centres est aussi à ce prix. l ERIC NORMAND


LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

Les modes de vie | VII

BÉARN 2030

Les agriculteurs redoutent la perte de 30 000 hectares

Des centres urbains plus denses LES TÉMOINS

Patrick Fiffre,

Damien Caudron,

directeur directeur de du CAUE (*) l’Audap (*) La FDSEA veut donner un coup de frein à la disparition des terres agricoles : 26 200 ha ont été perdus ces 10 dernières années. © ARCHIVES JEAN-PHILIPPE GIONNET

Le département sera-t-il amputé d’ici 2030 de 30 000 hectares de terres agricoles ?C’estactuellementlagrande crainte des agriculteurs. « Depuis 2005, la commercialisation des sols progressedeuxfoisplusviteet26 200 hectaresdesurfacesagricolesontdéjà été perdus ces dix dernières années en Pyrénées-Atlantiques » déplore la FDSEA, le syndicat agricole majoritaire. En Aquitaine, une exploitation agricole de taille moyenne (30 hectares) disparaît ainsi chaque jour. Et les agriculteurs redoutent que cette tendance s’accentue avec la hausse de la démographie, notamment dans lesespacespériurbains.D’oùlaproposition d’éditer une charte départementale«afind’engageruneréflexion sur les usages du foncier. » Objectif, préserverlesterres.Unmessagelancé endirectiondeséluscommedesservices de l’État. ZOOM

Les déplacements, enjeu du futur Biensûr,lavoitureindividuellen’apas disparumaisencetteannée2030,les transports en commun se sont imposés. Ilestvraique,dèsledébutdu3e millénaire,lesélusalertésparlacroissance du trafic automobile, l’explosion des prix de l’essence et l’allongement des temps de parcours domicile-travail, ontprisconsciencequel’organisation desdéplacementsétait,aumêmetitre quelelogement,leprincipalenjeudes annéesàvenir.Pautravaillealorsàson bus à haut niveau de service (BHNS) quand,dèsl’été2012,leprésident du GrandPauJean-PierreMimiaguevoit déjà plus loin, conscient qu’il faudra aussi réserver des « couloirs hors de la communauté d’agglomération. » Du côté des autres collectivités, le conseil général prévoit d’étendre le transport àla demande, déjà enplace à Lacq et bientôt à Nay, sur tout le territoiredépartemental.Objectif,créer desréseauxdetransportsencommun à l’échelle de territoires intercommunaux. Côté conseil régional, le cadencementferroviaireseralancéfin2013 sur Pau-Bayonne, avec des trains partantàheuresfixes.Desprojetsqui obligentàengagerdesréflexionspour développer l’attractivité des gares, renforcer leur accessibilité et maîtriser l’urbanisation autour de leurs quartiers.

URBANISME On parie ? Qu’il réside dans la préfecture, une ville moyenne, voire un cheflieu de canton, le Béarnais de 2030 est d’abord un citadin. Le retour des centres-villes est un coup d’arrêt à l’étalement urbain : voilà en effet ce que vont réserver les prochaines décennies. Des friches commerciales seront reconverties, des immeubles vétustes réhabilités, des constructions verticales vont pousser. Directeur du CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement) des PyrénéesAtlantiques, Patrick Fiffre a d’ailleurs une expression pour décrire cette évolution urbaine. « C’est la fin des dents creuses » explique le responsable d’une structure dont la mission est de conseiller les communes dans leurs projets d’aménagement. Traduction : vive la densification.Toutes les réglementations, comme celles issues du Grenelle de l’environnement, plaident

Pour ces deux urbanistes, le modèle du pavillon neuf et isolé deviendra de plus en plus rare. © DR en ce sens. « La densification, c’est un véritable enjeu pour l’avenir. Et les documents d’urbanisme (typePLUoucartes communales) doivent afficher cette ambition. »

Objectif : redynamiser les cœurs de ville Si, aujourd’hui, les prix plutôt bas du foncier à la campagne éloignent les jeunes actifs des centres urbains où ils travaillent le plus souvent, la tendance s’inversera. Un basculement en lien avec la nécessité de préserver du foncier pour les terres agricoles, la maîtrise du trafic automobile mais aussi la volonté politique des élus locaux de redynamiser leurs cœurs de ville. « Ce sont des choix politiques qui doivent d’abord émaner

d’eux » note Patrick Fiffre. A l’Audap (Agence d’urbanisme AtlantiquePyrénées), le directeur Damien Caudron tient grosso modo le même discours que son homologue du CAUE. Lui et ses collègues interviennent sur des territoires plus grands que le CAUE, mais leurs missions se complètent. « La croissance démographique se répartira de manière plus organisée qu’aujourd’hui. Pour maîtriser l’étalement urbain, nous travaillons déjà avec les élus à développer les centres-villes, le tout devant être articulé avec les politiques de transport. » Viadeschantiersdeconstruction ou réhabilitation, publics (bailleurssociaux)commeprivés (promoteurs), de grands centres urbains comme Pau ou des bourgs en milieu rural offriront ainsi de nouvelles réponses en matière de logement. Est-ce à dire qu’il sera impossible de faire construire à la campagne, dans les premières ou deuxièmes couronnes des villes ? « Le marché permettra toujours à chacun de choisir où il veut résider » tempère Damien Caudron. Mais le modèle du pavillon neuf et isolé, posé sur une vaste parcelle, deviendra de plus en plus rare. l (*) CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement). Audap (Agence d’urbanisme Atlantique-Pyrénées).

ANALYSE Patrick de Stampa, président de la CCI Pau-Béarn

«L’accueil, c’est aussi la formation» Patrick de Stampa, président de la CCI LE TÉMOIN

La CCI a-t-elle repris à son compte le « volem viure al païs » des occitanistes ? En tout cas, fixer les jeunes, leur permettre de trouver ici chaussures à leurs pieds et de s’insérer professionnellement sans passer par l’exil loin de l’horizon pyrénéen, c’est le vœu de Patrick de Stampa. « Pour notre part, en matière d’accueil pour les nouveaux arrivants, nous pouvons jouer un rôle dans le domaine de la formation » indique le président de la CCI Pau-Béarn, dont la structure gère aussi l’Ecole supérieure de commerce (ESC) de la ville, qui accueille à ce jour 1 500 étudiants. Car, même s’il reste très attaché à l’avancée de certains dossiers comme le développement des infrastructures, Patrick de Stampa ne montre guère d’inquiétude pour l’avenir. Aux yeux du président de la CCI, le Béarn, tiré par ses grandes filières (chimie, agroalimentaire, aéronautique....), connaîtra ces

Les entreprises auront besoin de cadres formés notamment à l’ESC Pau . © ARCHIVES ASCENCION TORRENT prochaines années « une croissance économique significative ». Conséquence, les entreprises auront aussi besoin de cadres, de managers. L’accueil des nouveaux Béarnais ne pourra faire l’économie d’un développement de l’enseignement supérieur. Afin que leurs enfants puissent trouver des emplois localement.

L’axe Pau-New Delhi « La fusion de notre école avec celles de Bordeaux et Marseille et l’ouverture d’un campus à Biarritz (en septembre 2015) montrent bien que nous préparons l’avenir. » Ce développement doit donner une aura supplé-

mentaire au campus palois. « Sans attendre 2030, en 2020 notre école sera connue au niveau international. » Selon Patrick de Stampa, ce mariage permettra ainsi de renforcer le site de Pau, et non de diluer son identité dans un ensemble plus vaste. « Bien au contraire, s’allier avec Bordeaux, ouvrir à Biarritz, permettra d’avoir une Aquitaine renforcée, et donc aussi un Béarn renforcé. Plus besoin pour nos jeunes de partir. Ils trouveront ici des écoles de commerce avec des atouts, qui leur permettront ensuite de trouver un emploi localement. » Ce qui ne veut pas dire que les relations internationales sont enterrées. Local et global riment de mieux en mieux. Ancrage et mobilité ne sont pas antinomiques. A Pau, une destination stratégique a ainsi été identifiée : l’Inde et sa capitale New Delhi. « Nos étudiants pourront alterner études à Pau et études en Inde. Le monde de demain se construit actuellement en Asie et nous avons besoin que nos étudiants, quand ils reviennent sur notre territoire, aient une formation qui leur permet d’avoir une vision à moyen et long terme. » l

EN CHIFFRES

307 500

C’est ce que pourrait compter, en 2030, l’aire d’influence du Grand Pau. Cette dernière est en effet plus vaste que le territoire proprement dit du Grand Pau qui réunit huit intercommunalités. L’Insee estime ainsi quel’aireurbaineduGrandPaucompte enréalité150communes,avecenplus des 123 communes fédérées actuellement,unepartieducantond’Arthez ou encore la Plaine de Nay.

C’estl’augmentationdelapopulationespéréedansledépartement selon l’Insee entre 2012 et 2040.

28

C’est le nombre d’immeubles vétustes et dégradés que la Ville de Pau a identifiés dans son centre. Soit, en tout, 823 logements. Ces immeubles sont au cœur d’une vaste opération de réhabilitation que doit encadrer la Société immobilière et d’aménagement du Béarn. Il s’agit d’obligerlespropriétairesàlancerdes chantiers de rénovation. Dans cette optique, des aides financières sont accordées, et peuvent couvrir jusqu’à 40%ducoûtdestravaux.Lepropriétaire qui ne réalise pas les travaux prescrits risque l’expropriation.

9 865

C’est le nombre de logements vacants identifiés, en juin 2012, par l’Audap,enPyrénées-Atlantiques. Ce quicorrespondàunpeumoinsde3% des353017logementsrecensésdans le département. Les taux de vacance diffèrent selon les agglomérations : 3 % sur celle de Bayonne et 8 % sur celle de Pau.

75 %

C’est la part de la population du Béarn quirésideaujourd’huidans l’aire d’influence des deux axes ferroviaires qui irriguent le territoire : Puyoô-Orthez-Pau-Coarraze et PauOloron. Au total, ces 138 kilomètres de lignes ferroviaires desservent six gares.Maislamiseenplaceducadencementetledéveloppementdecertains secteurs précis pourraient conduire à l’ouverture (ou réouverture) à moyen termedenouvellesgares :Lacq,Lescar et Bordes sont ainsi évoquées.


LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

VIII | L’avenir économique

L’innovation, clé des succès de demain

BÉARN 2030

EN CHIFFRES

23 000

C’est, d’ici 2030, le nombre de nouveaux actifs espérés sur les 52 000 nouveaux habitants attendus sur le seul territoire du Grand Pau.

14 %

C’est, selon l’Insee, ce que représente l’emploi salarié dans l’industrie danslesPyrénées-Atlantiques.Unniveau supérieur au reste de l’Aquitaine qui affiche un taux de 12,5 %.

INDUSTRIES Avec ses chercheurs, ses PME innovantes et sa forte culture industrielle, le Béarn peut envisager l’avenir sereinement.

C

’est une bonne idée d’avoir rouvert la gare de Lacq. C’est en tout cas ce que se disent régulièrement, en cette rentrée de septembre 2030, les ingénieurs qui travaillent sur le campus de Toray, au carrefour des trois usines du groupe japonais qui constituent la « carbon valley. » Grâce au cadencement ferroviaire imaginé dans les années 2010, les ingénieurs béarnais peuvent multiplier plus facilement les déplacements vers l’agglomération paloise où, après quelques minutes de tramwaybus, ils échangent aussi bien avec les chercheurs de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour que leurs collègues du centre JeanFeger deTotal, dont le site s’étale désormais des deux côtés de la route de Morlaàs jusqu’au nouvel échangeur de l’A64, enfin mis en service après des années de pourparlers.

Une économie de la connaissance en Béarn

09091235-sm

Les graines de ce développement tout à fait plausible ont été semées vingt ans plus tôt, c’està-dire dans les années 2010 quand les élus locaux ont misé sur l’aménagement des zones d’activités et des structures d’accueil pour les jeunes entreprises. Avec une priorité : développer les liens entre les mondes de la recherche et de l’entreprise, décloisonner les compétences et promouvoir une économie de la connaissance afin de conforter le socle industriel béarnais. Mais aussi aiguiser l’esprit d’initiative, sous l’égide bienveillante des pôles de

compétitivité Avenia ou Aerospace Valley. Ce scénario du futur porte en lui des résultats qui pourraient être spectaculaires. Investissant des secteurs aussi variés que les géosciences, la biomasse, le traitement des déchets, une myriade de start-up ont éclos dans les murs de la technopole paloise Helioparc II, installée sur les terrains de ce qui fut jadis l’usine Bidegain, ou de sa cousine de Lacq Chemstart’up. Attirés par la réputation du territoire, le niveau des emplois et les salaires induits, mais aussi séduits par la communication qui associe qualité de vie et décor pyrénéen, les cadres diplômés affluent en Béarn. g

Le Béarn de 2030 pourrait toujours revendiquer le taux de chômage le plus faible d’Aquitaine. Tiré par ses filières historiques - chimie, aéronautique, agroalimentaire - que soutient un réseau dense de sous-traitants et un chapelet de PME spécialisées dans les services aux entreprises, le Béarn de 2030 continue à revendiquer le taux de chômage le plus faible d’Aquitaine. Une performance qui n’est vraiment pas nouvelle. Qui confère même à la tradition dans la Région. En cette année 2012, avec un taux de chômage à 8 % sur ces deux bassins d’emplois identifiés - Pau-Lacq-Orthez et OloronMauléon - contre 10 % pour

l’ensemble de la région, le Béarn s’affirme déjà comme le territoire le plus préservé en Aquitaine. En pleine crise, certains secteurs, en tension, s’alarment même des difficultés à recruter. C’est le cas de la métallurgie ou encore de la chimie.

« L’industrie sera le creuset de l’innovation » Depuis quelques années déjà, on perçoit ce que sera le futur économique du Béarn. Quelques filières continueront à jouer leur rôle de locomotive mais seront plus morcelées, plus segmentées, en leur sein. Là où il y a aujourd’hui une seule société qui revendique une activité diversifiée et investit plusieurs marchés, on en trouvera désormais une dizaine, chacune avec une mission bien précise. Pour se développer, les sociétés se recentreront sur leur cœur de métier. Dans un rapport publié en 2011, le Centre d’analyse stratégique (CAS), un service du ministère des Finances, annonçait déjà la couleur : « L’industrie sera le creuset de l’innovation. » Les emplois de demain seront issus de la recherche et de la montée en gamme, les profils d’experts de plus en plus recherchés alors que se développeront l’externalisation des tâches et le recours à la sous-traitance. Mieux vaut aussi ne pas faire l’impasse sur les technologies de communication. « Les exclus du monde numérique peinent à trouver leur place » écrit le CAS. Un message à intégrer dès aujourd’hui. Répétons-le, les fruits de 2030 seront issus des semailles de 2012. l ERIC NORMAND

Que ce soit avec la métallurgie et la sous-traitance aéronautique, l’agroalimentaire misant sur la recherche et l’innovation qu’elles pourront se développer. © DR, ARCHIVES

Le papy-boom est une Si l’avenir appartiendra donc aux salariés très qualifiés, bénéficiant d’une expertise dans leur branche, d’autres compétences, réclamant moins de qualifications, seront aussi nécessaires à l’activité économique régionale. C’est l’Insee qui le dit dans une étude récente sur les qualifications des Aquitains dans les prochaines années. Dans un contexte de dynamismedémographiquemais aussi de vieillissement de la population et de départs massifs

en retraite, les recrutements ne pourront qu’augmenter dans la filière dite «des services aux particuliers.»Disons-le,lepapy-boom est aussi une aubaine pour le marché du travail.

Des embauches dans le secteur social Les embauches devraient notamment progresser dans des spécialités comme la santé et le social. En premier lieu, ce sont les besoinsenprofessionnelsdesanté qui se feront sentir. « Le maintien


LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

L’avenir économique | IX

BÉARN 2030

267 172

C’est le nombre total d’actifs recensés par l’Insee en 2010 dans les Pyrénées-Atlantiques. Parmi eux, 231 356salariés.Les10dernièresannées, l’emploi salarié a crû de 1 % par an.

COMMUNICATION

11

+

2012

%

2030

C’est, selon l’Insee, le niveau d’augmentation de la population active prévue d’ici 2030 pour l’ensemble de l’Aquitaine. Ce qui la classe parmi les régions dynamiques de France, même si elle reste loin d’autres comme Midi-Pyrénées ou Languedoc-Roussillon(+15%prévus).

Une « Pyrénées Valley » de l’internet est à créer Et si l’on ne se reposait pas uniquement sur nos seuls atouts, si l’on faisait tirer le wagon de l’économie béarnaise par de nouvelles locomotives, sans pour autant ranger les actuelles, qui ont fait preuve de leur santé et de leur capacité d’innovation, au garage ? INTERVIEW

Jean Philippe, DG du Crédit agricole PyrénéesGascogne « Cela donnerait à notre territoire un formidable coup de jeune, une ouverture sur le monde. »

ou la chimie, le tissu économique béarnais continuera à s’appuyer sur ses locomotives historiques. Mais c’est aussi en MARC ZIRNHELD

aubaine pour le marché du travail

Les embauches devraient progresser dans le secteur de la santé.

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© JUPITER IMAGES

à domicile des personnes dépendantes nécessitera une augmentation du nombre d’infirmiers, d’aides-soignants mais aussi d’auxiliaires de vie sociale. » Dans le même temps, dès 2015, les travailleurssociauxserontdeplus enplusnombreux.«Lafilièreoffrira des débouchés vers les métiers de l’action sociale, un domaine qui continuera à prendre de l’importance dans l’économie régionale»écritl’Inseequiprévoit une forte demande en bac + 2 ou + 3 (éducateur, assistant social...).

Toujours en corollaire des départs massifs en retraite, les secteurs de la banque et des assurances seront d’importants pourvoyeursd’emplois.Demême, grâce aux efforts de rénovation et mise aux normes, aux constructions de logements, le secteur du bâtiment devrait bénéficier d’un climat favorable. L’Insee estime que l’emploi y progressera de 2 % par an. Mais là aussi, ce sont ceux qui,engéniecivilouéco-construction, seront les mieux formés qui réussiront à s’intégrer. l

De son poste privilégié d’acteur et d’observateur du paysage économique local, le directeur général du Crédit agricole Pyrénées-Gascogne, Jean Philippe, croit lui aussi qu’il serait bon d’appuyer sur le bouton de la diversification. « Si on laisse faire les choses, on risque d’avoir des flux de retraités. Or, je crois qu’il ne faut pas subir sa démographie. Pour cela, il faut mettre en avant des filières spécifiques » estime-t-il. Pas question bien sûr d’éluder nos champions béarnais que sont la chimie, l’aéronautique ou l’agroalimentaire, auxquels Jean Philippe agrège le tourisme, mais y ajouter un nouveau pilier permettrait de consolider le tissu des emplois. Passionné par les nouvelles technologies, lui-même a déjà réfléchi à la question. « Je crois qu’il serait bon de travailler à une filière des usages d’inter-

net. Il n’y a pas de bassin spécifique en France qui soit spécialisé là-dessus. Certes, beaucoup d’entreprises ici travaillent dans ce secteur, mais on pourrait en accueillir bien d’autres, créer des emplois de techniciens, de designers, d’informaticiens. » Faire en quelque sorte émerger une « Pyrénées Valley. »

Un coup de pouce à la réputation de la région Une ambition qui dépasse la seule lecture économique. Qui touche à l’image, à la réputation de la région. « Quand vous faites cela, vous donnez à votre territoire un formidable coup de jeune, une ouverture sur le monde, mais vous en faites aussi un lieu incontournable pour ceux qui travaillent dans ce domaine, vous pouvez envisager des manifestations annuelles. C’est aussi avoir une vision stratégique de l’avenir car ceux qui maîtriseront ces moyens de communication auront un avantage concurrentiel. » D’autant que l’affirmation de cette filière profiterait aux autres. « Nous accompagnerions bien évidemment cette filière si elle voyait le jour » indique Jean Philippe qui attend des élus qu’ils impulsent ce type de chantier. Des bases sont déjà là. « On ne le sait pas forcément mais il y a ici un terreau, un socle de petites entreprises. Il y en a même plus qu’on ne le croit. Rien qu’à Pau, nous avons pas mal de sociétés qui travaillent autour de la communication. Il y a vraiment des choses à faire. Cela ferait avancer notre territoire. » l

Une Pyrénées Valley pourrait prospérer dans notre région. © JUPITER IMAGES


X | Une terre d’accueil

LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

BÉARN 2030

Pour l’urbaniste Vincent Vles, il convient de freiner l’étalement et la dispersion de l’habitat. © INFOGRAPHIE PYRÉNÉES-PRESSE

La ville moteur de l’intégration MIGRATION En 2030, l’accroissement démographique ne reposera que sur le seul solde migratoire. Ce qui pose un défi aux

T

erre d’asile, ayant jadis accueilli les Espagnols fuyant la guerre civile danslesannées30et40, les Portugais après la guerre, puis danslafouléelesAfricainsduNord venus chercher du travail sur le champdeLacq,leBéarnaretrouvé, en cette année 2030 et depuis de nombreuses années, sa vocation de territoire d’immigration. Conséquence d’une féconditéenberne,dedécèssupérieurs LE TÉMOIN

Vincent Vles géographe et urbaniste à l’UPPA

« L’intégration des nouveaux arrivants ne peut faire l’économie d’une réflexion d’ensemble sur la ville. » aux naissances, la croissance démographique des PyrénéesAtlantiques ne s’appuie plus que surleseulsoldemigratoire.Qu’ils soientcadresdel’industriechimique, étudiants, retraités en quête d’unemeilleurequalitédevievoire d’un décor pyrénéen, ou salariés de la sous-traitance aéronautique, les nouveaux Béarnais se comptent chaque année par milliers.

Aménager la ville Dès aujourd’hui, le territoire doit donc se préparer à négocier

l’arrivéedecesfutursmigrants.Les logermaisaussilesassimiler.Quitte àenfairedesBéarnais«capetot» ? Pasforcément.«LeBéarnn’estpas unvillagegaulois,isolé,quiaurait développé une spécificité telle qu’un nouvel arrivant soit obligé defourniruneffortparticulierpour s’intégreretpartageruneviesociale commune»tempèreVincentVles, directeur du département de géographieetd’aménagementdu territoire de l’Université de Pau et desPaysdel’Adour.Lechercheur, il est vrai, ne paraît pas particulièrement inquiet. Le Béarnais a beau, dit-on, exceller dans l’art du sous-entendu, sa propension à accueillir l’autre a rarement été prise en défaut.Pourautant,selonVincent Vles, l’intégration des nouveaux arrivantsnepeutfairel’économie d’une réflexion d’ensemble sur la ville.Bref,l’histoirenepeutsuffire, le levier de l’intégration passera par la cité. La mutation urbaine doit être engagée. « Grande ou petite, il convient de requalifier la ville : du point de vue des mobilités, pour freiner l’étalement et la dispersiondel’habitat.Maisaussi développer les modes de transport, le logement, les espaces publicsetlavalorisationdupatrimoine architectural » détaille l’universitaire. Il attend aussi que ces rénovations ne dérivent pas vers une « muséification » qui déroulerait ensuite le tapis rouge à une population « bobo. » Pas d’intégration donc sans cadre de vie agréable et fonctionnel, où se

mélangent autochtones et arrivants. « C’est par le rajeunissement des lieux, la création de cheminements et de circulations d’accèsrapideetsansvoitureque les villes créent de la vie, où se mêlent alors l’habitant et le nouveau venu. Cela permet aux échanges de se manifester, aux liens de se tisser, aux solidarités desenouer.C’estcequiestensuite porteurd’attachementrapideàla région et à ses habitants » précise Vincent Vles. Et de noter que ce raisonnement doit guider les chantiers de rénovation et d’aménagement. « Le travail sur la ville, qui offre la majeure partie des services à la population, m’apparaîtdonccommel’élément fondamental du processus d’appropriationpourlesnouveaux arrivants : puisse les politiques urbaines en tenir compte ! »

Un travail sur l’image D’autantque,c’estunatoutde ces rénovations urbaines, ces stratégies d’embellissement, en plus de faciliter l’intégration des nouveaux, deviennent, dixit Vincent Vles, des « vecteurs d’images.»Dequoipermettreaux villesrénovéesdegagneruneaura, une réputation. L’universitaire cite ainsi les exemplesdeBordeaux,Montpellier, Nantes ou Grenoble « qui ont pu structurer leur territoire et accroître ainsi leur attraction. » Autant de réussites à suivre pour Pau et les cités béarnaises. l ERIC NORMAND

DÉCRYPTAGE

Valoriser le Béarn ou les Pyrénées ? Le dernier exemple est rugbystique. La Section Paloise a intégré le terme Pyrénées dans son appellation. Tout comme avec Pau et sa « Porte des Pyrénées»,lesdécideurslocauxprennentdésormaisconsciencequelevocable « Pyrénées » est plus porteur que « Béarn », souvent méconnu loin de nos cieux, parfois même confondu avec le Pays basque. « Ne communiquer que sur le mot Béarn introduirait une complexité et un flou difficiles à appréhender. Pour un voyageur, où commence et finit le Béarn ? Sauf pour ce qui est de la frontière au Sud, que nul ne peut manquer, notre voyageur ne se pose même pas la question. Je reste donc dubitatif quant à l’idée de faire du Béarn une marque. Le Béarn gagnerait plutôt à être mieux identifié aux Pyrénées » commente Vincent Vles.

Verra-t-on un Béarn à deux vitesses ? Le Béarn de 2030 sera-t-il homogène ? Ou verra-t-on plutôt se dessiner un territoire à deux vitesses, avec une césure entre un axe Orthez-Lacq-Agglo de Pau dynamique et un Piémont qui tire la langue ? « Je ne crois pas à cette fracture-là » rassure Vincent Vles. « Le Piémont oloronais a ses difficultés, mais son dynamisme économique est évident et son ancrage aux villes est solide. Pour Oloron, l’aéronautique avec Toulouse et Bordeaux en fournit un bel exemple. » Reste que l’universitaire tempère son pronostic pour la montagne « qui n’est pas autonome et est forcément dans une position plus fragile en raison des politiques agricoles et environnementales, des fragilités du milieu naturel ou du changement climatique. » Et de conclure : « La gestion de la montagne va demander beaucoup de finesse. »

Le tourisme, grande filière de 2030 ? Le constat est implacable. Depuis Paris, le voyage vers Londres, Berlin voire... Montréal est souvent moins coûteux que vers Pau, Biarritz ou Tarbes. A se demander si, à la lumière de ces éléments, le tourisme peut devenir la grande filière économique des prochaines années, à l’égal pour le Béarn de ce que sont aujourd’hui la chimie ou l’aéronautique. « Le tourisme est déjà une filière mature dans le Sud-Ouest aquitain, Béarn compris » répond Vincent Vles qui ne parie pas sur un développement intensif du secteur. « Sans doute le tourisme restera un ensemble important de l’économie de la région. Il continuera à attirer des clientèles pour la plupart fidèles, mais vieillissantes. Cette clientèle est très satisfaite, vient essentiellement pour les paysages et le mode de vie, mais ne souhaite pas forcément que la région attire plus de visiteurs. »


LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

Une terre d’accueil | XI

BÉARN 2030

EN CHIFFRES

390 000

C’est, selon l’Insee, le nombre de ménages supplémentaires que comptera l’Aquitaine en 2030 par rapport à 2010. Uneévolutionquiestavanttoutlefait desexcédentsmigratoires.Celareprésente une progression de 1 % par an. Le nombre de ménages atteindrait alors un million huit cent mille dans la région.

100 %

Sur la période 1999-2010, toujours selon l’Insee, c’est la part du solde migratoire dans l’accroissement de la population des Pyrénées-Atlantiques. S’il n’avait fallu compter que sur la seule fécondité,lapopulationseraiteneffet restée au même niveau. Comme dans les Landes d’ailleurs. Il faudra développer les modes de transport, le logement, les espaces publics. © DR/REPRO PP

des nouveaux Béarnais acteurs locaux : faire en sorte que les nouveaux arrivants se sentent très vite Béarnais. ANALYSE

L’école, accélérateur d’intégration

André Berdou, président du comité départemental du tourisme

Faire aussi des nouveaux Béarnais des ambassadeurs du territoire André Berdou président du CDT 64 INTERVIEW

Les différents élus interrogés dans le cadre de ce supplément « Béarn 2030 » louent aussi le vecteur d’intégration que représente la présence d’une ou plusieurs écoles sur un territoire communal. « Pour l’intégration des nouveaux, l’élément déclencheur, c’est l’école. Les parents se connaissent et, petit à petit, ont envie de faire des choses en commun. Il y a une grosse différence entre une commune avec une école et une sans école » indique ainsi le maire de GerJean-PierreMatteï.Mêmeraisonnement du côté de Jean-Pierre Mimiague, maire de Serres-Castet et président du Grand Pau qui, en plus de l’école, insiste aussi sur le rôle comparable joué par les associations. l

Et si ces nouveaux arrivants étaient aussi des « touristes à l’année » ? Des résidents qui, en plus de s’installer en Béarn pour travailler, étudier, ou passer leur retraite, souhaitent profiter des richesses du territoire, découvrir son environnement, saluer son patrimoine, tester ses activités. Au comité départemental du tourisme (CDT), le constat a été dressé : les envies des habitants du Béarn se rapprochent de celles des touristes. Ce qui impose de s’adapter à cette tendance, notamment en aidant à l’intégration des arrivants. André Berdou, président du CDT, est conscient de ces nouvelles missions. « Notre communication et notre promotion participent à l’intégration de ces arrivants en valorisant le territoire, les grands sites, l’art de vivre... » Bref, le CDT leur livre des éléments de fierté locale par exemple en faisant la promotion

Les envies des nouveaux Béarnais se rapprochent de celles des touristes. © CDT 64 des grandes fêtes de l’été qui valorisent l’identité bascobéarnaise (Septembre en Béarn, fête de la pêche roussanne, pastorales...).

Accélérer le processus d’intégration Mais il s’agit désormais d’aller plus loin pour accélérer ce processus d’intégration avec l’idée de faire des nouveaux Béarnais des ambassadeurs du territoire. André Berdou songe ainsi à une rubrique « nouveaux résidents » sur le site internet du CDT, qui renverrait vers les services de l’Etat ou des collectivités.

Autre option, s’inviter dans les différents pots d’accueil aux nouveaux habitants organisés par les communes. « Ce qui faciliterait la connaissance de notre département.Toulouse pratique cela depuis 15 ans. » Voilà qui permettrait la transformation de ces nouveaux habitants en ambassadeurs, complété par la création d’une carte postale « Pyrénées-Atlantiques » qu’ils utiliseraient pour communiquer leurchangementd’adresseàleurs proches. De petites mesures qui joueraient à la fois sur la notoriété hors des frontières locales et sur l’intégration des nouveaux Béarnais. D’autant qu’André Berdou note que la destination « Béarn » a une belle marge de progression. « Le mot Pyrénées identifie instantanément le massif, la montagne, comme le terme « littoral » ou « océan » traduit la côte. Il reste à construire une destination touristique Béarn. L’Office de tourisme de Pau se met à la tâche. Le CDT va l’accompagner en lien avec les territoires voisins, les professionnels du tourisme et les collectivités concernées. » l

47 %

C’est actuellement la part de personnes seules parmi les nouveaux arrivants. 20 % sont des couples sans enfant. Ce qui fait que, selon l’Insee, les « petits ménages » représentent 67 % des entrants. Près de la moitié sont d’ailleurs âgés entre 20 et 34 ans. Ce sont aussi bien des actifs que des étudiants.

49 %

Près de la moitié des nouveaux arrivants du Béarn sont Aquitains ou Midi-Pyrénéens. En effet, les flux de migration constatés ces dix dernières années par l’Insee sont avant tout locaux. L’immigration en provenance du reste de la France - région parisienne comprise - représentait 41 %. Il reste donc 10 % pour une provenance de l’étranger. Le phénomène « Total » joue à plein sur le territoire du Grand Pau avec la présence des « expatriés » du groupe qui alternent entre la France et les pays d’exploration et de production.

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des gens qui quittent le Béarn restent dans le grand Sud-Ouest (Aquitaine, Midi-Pyrénées). Concernant l’émigration, l’Insee met également en exergue les nombreux départs vers la région toulousaine.


LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

XII | Paroles d’élus

BÉARN 2030

ENTRETIEN Jean-Paul Matteï, maire de Ger, et Christian Laine, maire de Lescar, évoquent l’évolution de leur fonction.

« Préservons le rôle des maires ! »

L

e premier est maire d’une commune rurale, Ger (2000 habitants), le second d’une cité urbaine, Lescar (10 300 âmes). Malgré cet écart, les deux édiles ont la même analyse sur l’évolution de leur fonction dans les vingt ans à venir. En 2030, le maire sera-t-il toujours ce gestionnaire de proximité ? J.P Matteï - « S’il reste des maires. Je m’interroge. Il y aura certes une évolution avec le transfert des compétences vers l’intercommunalité, mais je crains avant tout une crise des vocations. Alors que je crois nécessaire de conserver un ancrage local. Si aujourd’hui le maire doit être organisateur, fédérateur, animateur, peut-être demain ne serons-nous plus que des chefs de quartier. » Ch.Laine - « Même analyse. Aujourd’hui, le maire doit faire avancer les dossiers et répondre aux habitants pour les petits problèmes du quotidien. En même temps, des strates nouvelles se mettent en place avec l’extension des intercommunalités. Les communes, qui ont déjà perdu une partie de leurs prérogatives, seront dépendantes de ces structures. Le maire risque de devenir un simple médiateur, coincé entre la demande des habitants et des intercommunalités qui géreront les dossiers que nous gérons aujourd’hui. » Va-t-on vers des fusions de communes ? J.P Matteï - « Ce sera compliqué car la notion communale est très ancrée et qu’une commune reste incarnée par son maire. Mais je dirais quand même oui, certainement. » Ch.Laine - « Cela risque même d’être une condition économique pour survivre. Les petites communes seront obligées de s’associer. L’Etat pousse d’ailleurs à cela. » J.P Matteï - « On le voit déjà avec les associations. Certaines se regroupent pour continuer à

fonctionner. Chez moi, l’école de rugby fédère une trentaine de communes. On gardera le représentant de la commune, mais au niveau administratif, on arrivera à des fusions. » Ch.Laine - « Et si c’est le cas, il faudra faire attention à garder la notion de démocratie. Car si le maire est élu par les habitants de sa commune, dans une intercommunalité, il n’y a pas d’électeurs. » Faut-il aller vers une professionnalisation de l’élu ? J.P Matteï - « Sur des petites communes, non. Il faut plutôt susciter des vocations. Améliorer la rémunération des élus ? Je suis partagé. Le temps passé et la passion mise dans nos engagements dépassent les notions financières. Je crois au contraire que l’élu ne doit pas être un professionnel. La légitimité s’accompagne aussi d’une déconnexion de la professionnalisation du mandat de maire. Mais il faudrait sans doute plus d’élus issus de la société civile. Des entrepreneurs par exemple. Certains critiquent les politiques mais doivent alors accepter de s’engager dans la vie publique. Dans une

petite commune, bien organisée, on peut faire les deux. »

« Il faudra déjà veiller à ce

que ceux qui gèrent notre territoire s’occupent aussi de notre commune. » Ch.Laine - « Le maire est aussi un chef d’entreprise. Pour ma part, je fais 14h par jour, travaille le samedi et le dimanche et je suis moins bien payé que quand j’étais salarié. Alors que les maires ont tous les risques : un trou dans la chaussée, quelqu’un qui tombe, et c’est de la responsabilité du maire. Et il y a la réglementation qui change trois fois par semaine... Il faut s’accrocher. » Quelles seront les compétences qui, dans l’avenir, occuperont le plus les maires ? J.P Matteï - « Avec les transferts vers les intercommunalités, il faudra déjà veiller à ce que ceux qui gèrent notre territoire s’occupent aussi de

Gérer le foncier n’est-il pas le principal enjeu des prochaines années ? J.P Matteï - « A Ger, nous avons la volonté d’avoir un rythme lent de progression de la population. D’éviter une urbanisation traumatisante. Si vous acceptez un lotissement de 50 maisons, cela veut dire 200 personnes en plus. Et 2 à 3 classes supplémentaires. Mais c’est paradoxal car si l’urbanisation est la clé du développement, nous sommes de plus en plus contraints et avons de moins en moins de liberté. » Ch.Laine - « Entre la chambre d’agriculture qui veut préserver les terres, les propriétaires terriens qui réclament des terrains constructibles, les entrepri-

Christian Laine. Jean-Paul Matteï.

© NICOLAS SABATHIER

Tout le 64

à 09091215-PG

notre commune et pas que de celle du voisin. Une grande partie de notre temps sera consacrée à la négociation. Nous serons des pédagogues afin de faire valider nos projets par l’intercommunalité. » Ch.Laine - « On passe actuellement notre temps à gérer des problèmes qui ne nous regardent pas : de voisinage, de feuilles dans la piscine. On est des médiateurs dans des problèmes privés. »

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DU

e

ses souhaitant être toutes au même endroit, gérer le foncier devient très compliqué. Ce que l’on peut dire, c’est que la maison individuelle sur un terrain de 2 000 m2, c’est fini : aujourd’hui, on densifie. » J.P Matteï - « On est conscient de ce besoin d’économie du foncier. Mais c’est parfois compliqué de mettre les gens ensemble. En milieu urbain, la vie en appartement va poser moins de problèmes que dans des lotissements où les voisins sont « touche à touche. » Les problèmes de voisinage sont moins importants dans les appartements que dans des lotissements. Aujourd’hui, il vaut mieux construire en vertical que faire du lotissement où les gens sont les uns sur les autres. » On aura donc toujours besoin de maires dans 20 ans ? J.P Matteï - « Oui, une personne avec une petite équipe. Maintenant, est-ce qu’on trouvera des gens pour le faire ? Je ne sais pas. » Ch.Laine - « Il faudra toujours un intermédiaire, un médiateur. » l PROPOS RECUEILLIS PAR ERIC NORMAND

ZOOM

Pau et Tarbes dans un destin commun A la question « comment voyez-vous leBéarnen2030 ?»,ChristianLaine et Jean-Paul Matteï estiment qu’un rapprochement avec Tarbes est inévitable. Ch.Laine - « On aura un développement des métropoles, parce qu’il y a besoin de proximité, que les déplacements coûtent cher. » J.-P. Matteï - « Je vois le Béarn avec laBigorre.D’unpointdevueadministratif, je pense qu’existera un réseau de villes avec ce territoire pertinent Pau-Tarbes-Lourdes.BéarnetBigorre, il y a un destin commun. » Ch.Laine -«Aujourd’hui,Pautravaille plus avec Tarbes qu’avec Bayonne. Le rapprochement avec Tarbes est évident. Coincé, entre Bordeaux et Toulouse, si on ne se fédère pas, on risque d’être largués. »

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Béarn 2030 numéro 1  

1er supplément Béarn 2030 sur la population

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