6 La Principauté
Octobre 2010
Politique & Société
INTERVIEW EXCLUSIVE XCLUSIVE • Le chef du gouvernement princier fait le point sur les dossiers les plus urgents
INTERVIEW
“On va renforcer l’
L
e nouveau Ministre dʼEtat Etat a imposé un style. Cʼest celui de la proximité réactive. On lʼa vu au contact des plagistes victimes dʼun fameux coup de tabac, de commerçants inquiets des changements circulatoires, désamorçant par un dialogue dʼurgence des conflits sociaux ou dépêchant son conseiller aux affaires sociales auprès de salariés ou retraités inquiets. Alors que circulent avec insistance des rumeurs de remaniement et que la reprise se confirme en une fin dʼannée qui va céder sa place à lʼannée du mariage Princier… nous avons interrogé Michel Roger sur sa vision des défis quʼil va devoir relever dans les prochains mois pour Monaco, le Prince Souverain et les Monégasques.
S.E. M. MICHEL ROGER Ministre dʼEtat
■ Monsieur le ministre les fiançailles du Prince Souverain sont bien sûr avant tout un événement privé. Le Gouvernement, comme la population, sʼassocie au bonheur du couple. Mais au-delà, ce mariage devrait être également un atout majeur pour lʼimage de Monaco et même pour la relance économique de la Principauté. Michel Roger : “Le mariage de S.A.S. le Prince Souverain va, forcément, donner un coup de projecteur sur Son pays et ses acteurs, notamment économiques, il faut sʼen réjouir. Lʼactivité économique de Monaco, sa diversité, son attractivité, sont avant tout fondées sur la conjugaison de nombreux talents, alliés ou associés à des investissements publics importants et avisés, mais aussi à la présence dʼacteurs privés de qualité. Cʼest une des clés de la réussite du modèle monégasque. La crédibilité de Monaco repose sur la pertinence de cette politique de rayonnement. Le mariage de SAS le Prince contribuera, bien sûr, à renforcer la présence de la Principauté sur la scène internationale, et certainement, sur le plan économique. Mais cʼest avant tout un moment de bonheur personnel et familial, que S.A.S. le Prince Souverain et Mademoiselle Charlène Wittstock souhaitent partager avec la population”.
■ En attendant il faut tenir compte de la conjoncture, cʼest ce que vous faites dans la préparation du budget rectificatif avec un déficit maitrisé et réduit. Comment revenir à lʼéquilibre ? MR : “La conjoncture est plutôt en train de sʼaméliorer et la situation économique fin août 2010 est nettement meilleure quʼil y a un an. Cependant, comme je lʼai déjà dit, Monaco doit traverser cette période de crise internationale, et donc dʼincertitude, en maîtrisant ses dépenses publiques, certes, mais aussi en adoptant une approche résolument prospective pour retrouver une croissance dynamique et responsable. Cʼest le sens du projet de budget rectificatif que le Gouvernement a élaboré : maîtriser le déficit, cela ne veut pas dire « tout arrêter », mais plutôt « faire des choix » et préparer le futur.. Cʼest avec cette approche que le Gouvernement présente une estimation de déficit ramené de 105 à 93.8 millions dʼEuros. Un chiffre auquel on peut encore soustraire les 27 millions correspondant au rachat dʼun terrain au Fonds de réserve constitutionnel. Mieux, nos prévisions, après exécution budgétaire, nous placent en deçà de la barre des 50 millions de déficit. Cʼest une perspective raisonnablement envisageable et qui correspond à nos objectifs”. ■ Question traditionnelle : où en est le fonds de réserve, comment lʼoptimiser et lʼutiliser ? MR : “Le Fonds de Réserve Constitutionnel est de 4
PAR PATRICE ZEHR
Milliards dʼEuros, soit lʼéquivalent dʼenviron quatre à cinq ans de dépenses budgétaires totales, en progression de 15 % sur les cinq dernières années. Le portefeuille de valeurs mobilières représente environ 50 % du Fonds de Réserve Constitutionnel. Le risque qui y est associé doit sʼanalyser par rapport à une contrainte de temps. En effet, à très long terme les actifs risqués, volatils, ont une performance supérieure. Ceci est normal puisque le risque doit être rémunéré. Dans la mesure où Monaco nʼa pas un besoin prévisible des sommes placées, il est un investisseur de très long terme et peut se permettre de doter son portefeuille dʼactifs risqués. Toutefois, lʼEtat doit aussi, dʼune façon générale, faire preuve dʼune grande prudence car il sʼagit de gérer au mieux les acquis de nombreuses années de gestion avisée des finances publiques. Cʼest ce quʼil a été décidé de faire avec la nouvelle gestion mise en place en 2009 qui doit permettre de profiter de la performance générée par certains actifs en évitant des écarts négatifs trop importants. En 2008/2009, il a donc été décidé dʼoptimiser en ce sens la performance de ce portefeuille financier en diversifiant : - les actifs : augmentation de la part actions, les investissements de dette des pays émergents, les matières premières, - et les types de gestion : un montant important du FRC est dédié à une gestion passive, le rôle du gérant étant de suivre le « budget de risque » et non dʼanticiper les performances des marchés à venir. Cette orientation a été approuvée par les élus au sein de la Commission de Placement des Fonds. Aujourdʼhui, la performance enregistrée par les titres de placement par rapport au 1er janvier de lʼannée est de + 1,18 %, à comparer à lʼévolution des marchés des actions CAC 40 qui est de - 4,42 % et de lʼEUROSTOCKS qui est de - 6,46 %. Au demeurant, le risque associé à notre portefeuille est bien inférieur au risque actions associé à ces indicateurs. • Lʼutilisation du Fonds est clairement définie par les textes (Ordonnance Souveraine du 29 février 1968). Les produits sont constitués de lʼexcédent des recettes éventuellement constaté après la clôture du budget et les produits de la gestion financière, immobilière… Les dépenses sont constituées de lʼexcédent de dépenses éventuellement constaté après la clôture du budget et les charges de gestion financière, immobilière… Le Fonds de Réserve Constitutionnel nʼa pas vocation à servir à des investissements de lʼEtat et, si tel a été le cas par le passé pour des raisons budgétaires pour certaines opérations dʼenvergure, le Gouvernement, conformément à lʼengagement pris auprès de la Haute Assemblée, va progressivement procéder au rachat par le Budget de lʼEtat des opérations de ce type”. ■ La relance par le bâtiment doit déboucher sur une relance du secteur immobilier. Ce secteur paraît en panne ? Construire des appartements comme à la Tour Odéon cʼest bien, les vendre cʼest mieux - faut-il revoir les droits de mutations, les prix du marché et la répartition on shore - off shore ? MR : “Pour être le plus direct possible, je vous dirais que nous nʼavons pas dʼinquiétude concernant la commercialisation immobilière de la Tour Odéon, ni sur sa réalisation dʼailleurs. Mais ce qui importe, tout dʼabord, cʼest de faire de la prospective économique pour attirer des investisseurs à Monaco : le dynamisme de notre secteur immobilier est étroitement lié à notre attractivité et à la qualité de lʼaccueil que nous pouvons réserver à
ceux qui souhaitent investir en Principauté. En ce sens, jjʼai ʼai sou sou-haité qu quʼun quʼ un groupe de travail, sous llʼégide ʼégide de Monsieur André GARINO, formule recommanda des recommandations pragmatiques llʼlʼat ʼʼat atatpour « renforcer lʼattractivité de Monaco et augmenter sa capacité à dégager des recettes ».Le » Gouvernement annoncera prochaiprochai nement des mesures concrètes sur les axes suivants : main maintenir une économie diversifiée, mieux accueillir les entreentre preneurs résidents, moderniser notre droit économique, développer le onshore et attirer une nouvelle clientèle pour notre place financière”. ■ Sur les chantiers - le pragmatisme llʼemporte, ʼemporte, llʼhôpital ʼhôpital comme Fontvieille 2. Peut-on parler dʼambid ambi cependant dʼambitions à la baisse ? justeMR : “Concernant llʼhôpital ʼhôpital tout d dʼabord, ʼabord, ccʼest ʼest juste ment pour maintenir une très haute qualité de soins monéaux résidents de la Principauté et du bassin moné gasque que le futur hôpital va être redimensionné : le projet doit correspondre aux besoins de santé de notre population et pas davantage. Ce n nʼest ʼest pas la taille dʼun dʼun projet qui en fait sa qualité. Des pôles de référence de très haut niveau sont confirmés dans ce futur établissement. Les ratios de personnels seront maintenus et le nouvel hôpital sera doté d dʼun ʼun un plateau technique dʼexcellence. dʼexcellence. La recherche y sera développée comme en témoigne déjà llʼeffort ʼeffort important consenti dès 2011 pour renforrenfor cer le Centre Scientifique de Monaco”. ■ Cʼest Cʼest est la rentrée - où en est la restauration du dialogue social ? MR : “Le dialogue social est au cœur des priorités du Gouvernement M. Stéphane Valeri et son équipe ssʼy sont attelés avec comme approche de privilégier la concertation et llʼécoute. ʼécoute. Une dizaine de rencontres bilatérales avec les délégations patronales et syndi syndicales a déjà eu lieu, qui ont permis au Gouvernement de mieux appréhender les positions précises des par partenaires sociaux. Il faut poursuivre les échanges et passer maintenant à une autre phase, celle des réunions tripartites sur des questions sectorielles, pour que chacun puisse expri exprimer son opinion et que des décisions soient prises. La première de ces réunions aura lieu courant octobre sur le travail dissimulé. Je peux d dʼailleurs ʼailleurs vous assurer que, dans ce contexte, le Gouvernement conservera une approche ouverte, afin que la ligne adoptée puisse permettre à tous de se tourner vers llʼavenir ʼavenir avec sérénité et modernité”.