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"Less Lethal Weapons"

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"Less Lethal Weapons"

Waiting for stick hits and tear gas

Armes chimiques: que dit le droit international ? p. 7

Dix-sept ans auparavant p. 29

De la Loi Travail aux Gilets jaunes: notes sur l’intensification d’une séquence répressive p. 35 "Less Lethal Weapons" p. 57

Récolte p. 77

Comment se protéger des gaz et des impacts en manif p. 113

Comment se prémunir d’une arrestation, comment agir en cas d’arrestation ou de contrôle p. 121

«Libéral et autoritaire: le rapprochement peut surprendre. C’est pourtant au nom d’une certaine idée de la liberté que la sécurité se voit promue au rang de fin en soi de l’action politique. (...) Cette idée est néolibérale plus que libérale, faisant assez peu de cas de la dimension morale et juridique de la vie sociale. Dans les démocraties occidentales, l’évolution institutionnelle des dernière décennies s’est caractérisée par une déconnexion entre la liberté et le droit, rendant ainsi possible l’apparition d’un autoritarisme d’un genre nouveau. A ce titre, le rapprochement entre nos deux scénarios (celui de la «désétatisation heureuse» et celui d’un «retour de l’Etat» permet de poser une hypothèse: l’incapacité du marché à s’autoréguler a bien souvent été confondue avec l’impuissance de la société civile à élaborer ses propres normes. Les néolibéraux ont conclu des limites du «laissez faire» traditionnel à la nécessité de reprendre en mains les mouvements d’émancipation venus de la société».

Michael Foessel, Etat de vigilance

Légitimité politique: les insuffisances du modèle sécuritaire, p.63-64

«(...) ce n’était nullement une anomalie ou une faute morale pour un policier que de tirer de près sur des mécontents non armés dans des espaces clos. Bien au contraire, cette fonction était incluse dans la conception même des armes. Blesser grièvement des civils sans armes était un résultat intentionnel de la production de ces munitions. La «bavure» était la norme. Aujourd’hui, les entreprises concernées prétendent qu’elles fabriquent des types de gaz de moins en moins nocifs et des armements de moins en moins létaux. Mais cela revient à arguer de l’innocuité d’une arme inventée pour causer des blessures. Peut-on parler d’accident lorsqu’une arme conçue pour tirer au visage est utilisée pour tirer au visage ?»

Anna Feigenbaum, Petite histoire du gaz lacrymogène Du lacrymo pour la populo, p.78-79

Armes chimiques: que

dit le droit international ?

Avant le Protocole de Genève de 1925 que nous allons voir plus loin, c’est l’article 23 de Convention de la Hague de 1899 qui tend à la prohibition de poisons ou d’armes empoisonnées en cas de conflits internationaux et entre Etats.

Mais en temps de guerre, c’est aussi et surtout le Protocole de Genève de 1925 sur la prohibition des gaz et des armes bactériologiques ainsi que la Déclaration de Paris de 1989 font foi en la matière. Au travers de ces accords, les 138 premiers pays signataires1 s’engagent à ne plus utiliser d’armes chimiques ou bactériologiques dans le cas de conflits entre Etats, mais aussi en cas de conflits internationaux. Ce traité, ratifié en 1925, rentrera en vigueur en 1928. Les armes bactériologiques elles, seront prohibées de manière plus concrète à partir des années 1970 avec le Traité du 10 avril 1972 sur l’interdiction de la fabrication d’armes bactériologiques.

Ratifié par les pays suivants, entre 1926 et 2011 : Afghanistan, Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Allemagne, Angola, Antigua-et-Barbuda, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Autriche, Bahreïn, Bangladesh, Barbade, Belgique, Bénin, Bhoutan, Bolivie, Brésil, Bulgarie, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Cap-Vert, Chili, Chine, Chypre, Cité du Vatican, Corée du Nord, Corée du Sud, Costa Rica, Côte d’Ivoire, Croatie, Cuba, Danemark, Egypte, El Salvador, Equateur, Espagne, Estonie, Etats-Unis, Ethiopie, Fidji, Finlande, France, Gambie, Ghana, Grèce, Grenade, Guatemala, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Hongrie, Inde, Indonésie, Iran, Iraq, Irlande, Islande, Israël, Italie, Jamaïque, Japon, Jordanie, Kenya, Koweït, Laos, Lesotho, Lettonie, Liban, Libéria, Libye, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Madagascar, Malaisie, Malawi, Maldives, Malte, Maroc, Maurice, Mexique, Moldova, Monaco, Mongolie, Népal, Nicaragua, Niger, Nigéria, Norvège, Nouvelle-Zélande, Ouganda, Pakistan, Panama, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Paraguay, Pays-Bas, Pérou, Philippines, Pologne, Portugal, Qatar, République centrafricaine, République dominicaine, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Rwanda, Sainte-Lucie, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Iles Salomon, Sénégal, Serbie, Sierra Leone, Slovaquie, Slovénie, Soudan, Sri Lanka, Suède, Suisse, Swaziland, Syrie, Tanzanie, Thaïlande, Togo, Tonga, Trinité-et-Tobago, Tunisie, Turquie, Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen.

Mais cela vaut pour les périodes de guerre. Comment sommes-nous donc passé.es d’une prohibition (relative, nous allons le voir) des armes chimiques en temps de guerre, à un usage d’armes chimiques en temps de paix, à l’intérieur même du territoire national (at home, comme le diraient les américain.es), mais aussi par delà l’océan (oversea).

Anna Feigenbaum, dans sa Petite histoire du gaz lacrymogène (Libertalia, 2019), nous apporte des éléments de réponse déterminants.

Pourvu d’une épaisse moustache et d’un regard perçant, Amos Fries était un orateur passionné. Lors d’une conférence qu’il donna en 1921 à des officiers du General Staff College de Washington, il chanta les louanges du CWS2 et des hauts faits de ce service pendant la guerre, ne manquant pas de rappeler que les Etats-Unis étaient entrés dans la course aux armements chimiques « sans expérience préalable, sans matériaux, sans documentation et sans personnel». Les années 1920 devinrent l’âge d’or du gaz lacrymogène. Fries tira profit du développement effréné des gaz de combat par l’armée américaine pendant la guerre. Il fut l’un des principaux artisans de la transformation de ces technologies militaires en outils du maintient de l’ordre social. Pour y parvenir, Fries lança une vaste campagne de relations publiques, qui faisait d’une arme hautement toxique un attribut bénin de la nécessaire répression des foules émeutières3 .

Aussi, cet usage en temps de paix (mais aussi en temps de guerre) fut rendu possible par les failles et les contournements du Protocole de Genève de 1925. Ce texte d’intention comporte en effet un certain nombre de lacunes qui ne manqueront pas d’être exploitées par les fabriquants d’armes et les fanatiques de l’ordre intérieur ou impérialiste.

2. CWS: Chemical Warfare Service (service des armes chimiques de l’armée américaine).

3. Anna Feigenbaum, Petite histoire du gaz lacrymogène, Gaz de guerre pour temps de paix, Editions Libertalia, 2019, p. 65

Le Protocole ne fournit ni une liste des armes chimiques ni une énumeration des agents chimiques interdits. De plus, les substances prohibées, autres que les gaz asphyxiants et toxiques, ne sont point mises en évidence. On ajoute que les substances «similaires» sont également interdites, aussi pourrait-on en conclure que les gaz lacrymogènes et les défoliants subissent le même sort.

Toutefois il existe une divergence d’interprétation entre le texte anglais et le texte français, tout les deux faisant également foi. La version anglaise, en employant l’expression «other gases» à la place de «similaires», apparaît beaucoup plus contraignante et semble s’appliquer également aux défoliants et lacrymogènes. Cette interprétation est cependant contestée: par exemple, les Etats-Unis ont déclaré que le Protocole de 1925 ne s’applique pas à ces deux catégories de substances4 5 .

De plus: Le Protocole interdit l’emploi mais non la possession d’armes chimiques. Par conséquent l’acte de Genève laisse la porte ouverte, comme on le verra, à la réciprocité, aux représailles et à l’emploi de gaz contre les Etats non parties, dans la mesure où, dans ce dernier cas, l’opinion selon laquelle le Protocole est devenu partie du droit international coutumier, n’est point partagée6 .

Nous commençons donc à l’apercevoir; ce protocole est assez poreux.

4. Le 24 Mars 1965 le Secrétaire d’Etat, D. Rusk, déclara que les lacrymogènes ne sont pas interdits par le Protocole (voir: American Journal of International Law, 1966, pp. 102-104). Le «U.S. Commander’s Handbook on the Law of Naval Operations « (NWP 9, July 1987) de la marine de guerre des Etats-Unis affirme que les lacrymogènes et les herbicides ne sont pas prohibés en temps de guerre, bien que les Etats-Unis aient renoncé au «first use» des lacrymogènes, à l’exception de cas bien déterminés. Des limitations s’appliquent aussi à l’usage des herbicides (voir paragraphes 10.3.2.2 et 10.3.2.3).

5. Ronzitti Natalino. Le désarmement chimique et le Protocole de Genève de 1925. In: Annuaire français de droit international, volume 35, 1989. pp. 149-157;

6. Ibid.

Et ce sont précisément ces failles et ces porosités qui permettront peu à peu l’usage d’armes chimiques en temps de paix (mais aussi et toujours, en temps de guerre).

Encore une fois, Amos Fries était à la manoeuvre. En première ligne de sa guerre à lui: Déjà réputé pour son anticommunisme viscéral et sa xénophobie, Fries était, sans aucune retenue, un fervent partisan de solu tions militaires pour étouffer toute contestation, tant au sein des frontières américaines qu’à l’étranger.

Un journaliste de l’Evening Independent écrivit que Fries était «souvent accusé d’être un militariste invétéré, aspirant à créer une caste militaire aux Etats-Unis». Mais, pour ceux qui partagaient ses vues, Fries était une excellente figure de proue de la guerre chimique. Bon père de famille, soldat dévoué et ingénieur de talent, Fries était le visage idéal de la modernisation de la guerre.

A l’instar de certains adorateurs du progrès scientifique, en Europe, qui clamaient que les armes chimiques étaient la marque d’une société plus civilisée, Fries voyait en elles le summum de la technologie américaine. Elles symbolisaient la modernité industrielle et étaient la vitrine moderniste du croisement de la science et de l’art militaire que Fries incarnait.

Dans un discours radiodiffusé le 11 novembre 1924, il déclara que «le niveau d’utilisation de la chimie peut presque servir aujourd’hui de baromètre de la civilisation dans un pays. Ces propos étaient destinés à peser directement sur les préparatifs, alors bien avancés, de la convention de Genève, dans laquelle de nombreux intervenants voulaient inclure l’interdiction des armes chimiques. Si elles venaient à être prohibée, Fries savait que cela signifierait la fin du CWS - et donc de sa propre carrière, si florissante depuis la fin de la guerre7 .

Aussi Fries n’allait pas en rester là, son prosélytisme favorable à l’usage des gaz de combat (aussi en temps de paix) ne faisait qu’aller crescendo.

Après avoir alerté des risques de la disparition du CWS, il parvint à rassembler autours de lui un certain nombre de personnes partageant ses vues sur la modernisation de la guerre au travers de la production et de l’usage des armes chimiques.

7. Anna Feigenbaum, Petite histoire du gaz lacrymogène, Gaz de guerre pour temps de paix, Editions Libertalia, 2019, p. 66-67

8. Ibid, p. 68

Au cours de l’automne 1919, Fries travailla (...) pour mettre sur pied un réseau de journaliste, de spécialistes du droit international, de scientifiques et de politiciens afin de plaider leur cause. En bons stratèges, ils lancèrent une vaste campagne de communication dans les différents médias pour promouvoir «l’usage des gaz de combat en temps de paix».

Mais Fries et ses acolytes n’étaient pas seulement des positivistes fanatiques et convaincus au profil fascisant; ils étaient également profondément racistes et impérialistes. Aussi, leurs dires et leurs écrits prennent une certaine tournure... notamment lorsque qu’un journaliste du nom de Theo Knappen fait l’éloge de Fries en ces termes: Fries a bien étudié la question de l’emploi des gaz et fumées pour mater tant les foules que les sauvages. Il est fermement convaincu que dès que les officiers de police et les administrateurs coloniaux se seront familiarisés avec le gaz comme moyen de maintenir l’ordre et d’affermir leur pouvoir, il y aura une telle diminution des désordres sociaux et des soulèvements de sauvages qu’elle équivaudra presque à leur entière suppression9 .

On le voit, l’ordre est leur obssession.

Mais il ne s’agit pas de n’importe quel ordre: mais bien d’un ordre blanc, suprémaciste, masculiniste, capitaliste, bourgeois, colonial et raciste - un ordre ayant systématiquement recours à la force, à la violence et à la douleur pour parvenir à se consolider et à se maintenir en place.

De manière assez peu surprenante - car très organique -, c’est surtout auprès de la police que les thèses et les pratiques de Fries trouvèrent leurs plus amples résonnances.

9. Ibid, p. 68-69

Aussi, et alors que se déclencha le crack boursier de 1929, et qu’arriva la Grande dépression des années 30 qui s’en suivit, c’est durant cette période que l’usage du gaz lacrymogène - encore du gaz de combat à l’époque - se généralisa au sein des polices américaines.

Contre toute attente, dans ces mêmes années, le Royaume-Uni refusa pendant un certain temps d’utiliser ces armes nouvelles dans ses colonies, l’Inde surtout. Alors que pourtant: le gaz lacrymogène offrait une alternative à la repression sanglante et au meurtre de civils manifestant pacifiquement: son usage pouvait changer l’image des gouvernements sans qu’ils aient à changer l’ordre réel des choses10 .

Malheureusement, sans grande suprise au regard du contexte actuel et qui perdure depuis les années 1920 au moins, ce sera en Palestine alors occupée par les Britanniques que se feront les premiers usages de gaz lacrymogène sur des populations civiles.

Le 20 décembre 1933, le haut-commissaire reçut enfin le feu vert officiel du gouvernement. Celui-ci décida d’autoriser l’usage du gaz lacrymogène en Palestine pour maîtriser des foules hostiles lorsque l’alternative serait d’ouvrir le feu. Imitant ainsi l’exception américaine, il entérinait cette atteinte au droit international en s’arrogeant le droit de faire usage de gaz de combat contre des populations civiles en ébullition.

L’autorisation du gouvernement s’accompagnait d’une consigne, enjoignant aux autorités coloniales d’employer des grenades de fabrication britannique, les Lacrymatory Generators No 2 mark II - un produit qui allait ultérieurement cesser d’être distribué aux forces de l’ordre, en raison de ses effets mortels11 .

10. Ibid, p. 110

11. Ibid, p. 116-117

Puis, comme continue de l’expliquer A. Feigenbaum (dont je recommande la lecture complète), cette autorisation d’utilisation du lacrymogène en Palestine ne tarda pas à faire tache d’huile vis-à-vis d’autres territoires colonisés par l’Empire Britannique (mais aussi par l’Italie, comme pendant la Guerre d’Ethiopie de 1935-1936).

Peu à peu, le gaz lacrymogène devint l’instrument de répression de prédilection des régimes dont le souci sera - dans un souci d’image - de ne plus (trop) faire couler le sang. Cela devint tant accepté vers la fin des années 1930, que le gaz lacrymogène fut même vu comme un moyen «humaniste et humanitaire» de gérer la contestation et la répression.

Dans pareil contexte, les fantômes du positivisme et du proto-technofascisme12 ne sont pas bien loin.

Employées pendant la première guerre mondiale, les armes chimiques l’ont été aussi depuis. L’Espagne y a recouru pour faire front à la rébellion des Rifs (1924-25) et le Japon s’en est servi en Mandchourie (1937-1943).

Ces deux Etats n’avaient pas encore ratifié le Protocole de 1925. Parmi les Etats ratifiants, ayant employé l’arme chimique, on peut compter l’Italie pendant la guerre d’Ethiopie (1935-36). Après la seconde guerre mondiale l’arme chimique a été employée par l’Egypte lors du conflit yéménite (1967) et par l’Union Soviétique en Afghanistan (1985).

12. Je considère les futuristes italiens des années 1920-1930 comme étant les premiers technofascistes de l’histoire. Voir à ce propos: Allan Sekula, L’image instrumentalisée: Steichen s’en va en guerre.

13. Ronzitti Natalino. Le désarmement chimique et le Protocole de Genève de 1925. In: Annuaire français de droit international, volume 35, 1989. pp. 149-157; p.152.153

14. Appelés herbicides arc-en-ciel (Rainbow Herbicides) en raison des différentes couleurs apposées sur les barils pour les distinguer, ces défoliants sont en réalité au nombre de six. En plus du très connu agent orange, nous avons donc également l’agent vert, l’agent rose, l’agent violet, l’agent bleu, l’agent blanc et enfin, l’agent orange. Tous ces herbicides furent utilisés dans le cadre de l’opération Ranch Hand, de 1962 à 1971.

L’Irak en a fait large usage contre l’Iran dans le conflit du Golfe. Dans sa déclaration du 21 mars 1986, le Président du Conseil de Sécurité des Nations Unies dénonça le recours à ce type d’arme par l’Irak. Cet Etat dût admettre l’usage fait sur le champ de bataille, qui s’est révélé stratégiquement payant du point de vue militaire et psychologique, vers la fin du conflit. L’Irak employa également l’arme chimique contre la population civile dans le Kurdistan irakien, laquelle tentait de profiter du conflit pour proclamer un Etat indépendant (15). Le Conseil de Sécurité a dénoncé l’utilisation d’armes chimiques dans le conflit Iran-Irak (résolution 598 de Juillet 1987)13.

A ces exemples, je voudrais ajouter un autre cas, un cas qui se différencie légérement de ce que nous avons vu jusqu’à présent, en cela qu’il ne s’agit pas ici de gaz, mais d’un agent chimique liquide à pulvériser, un défoliant composé notamment de dioxine et destiné à tuer la végétation.

Certain.es aurons déjà reconnu le tristement célèbre «agent orange»14 qui sera déversé massivement sur la végétation, mais aussi sur les populations sud Vietnamiennes (mais aussi Laotiennes et Cambodgiennes) entres les années 1961-62 à 1971.

Profitant de la porosité du Protocole de Genève de 1925 (et alors en effet que les Etats-Unis ne considéraient pas les défoliants comme une catégorie proscrite par le Protocole de 1925), ce ne sont pas moins de 80 millions de litres de divers agents chimiques qui seront déversée sur le sud Viet-Nam, alors communiste.

Ces épandages, connus sous le nom de l’opération Ranch Hand eurent - et ont toujours - des effets désastreux sur les populations qui d’ailleurs ont dû fuir les zones aspergées d’agents chimiques, provoquant ainsi un véritable exode.

Alors que le plus connu de ces défoliant est l’agent orange, ces herbicides sont pourtant au nombre de six et sont dénommées les herbicides arc-en-ciel, ce en raison de la couleur de la bande de peinture qui cerclait les barils d’agent chimique servant à les identifier.

A la fin de de guerre du Viet-Nam, environ 2 millions de personnes ont fui le Vietnam (mais aussi le Laos et le Cambodge).

Au début des années 1990, environ 1 million de ces personnes s’étaient installées aux Etats-Unis, et environ 750’000 entre l’Europe et l’Amérique du Nord.

Selon plusieurs études et suivis de cas effectués entre les années 1966 à 2008, il s’est avéré que les cas de Spina Bifada et autres naissances «monstrueuses» sont directement reliés à l’épandage de l’agent orange et des autres agents chimiques contenant de la dioxine, induisant ainsi des mutations génétiques graves sur plusieurs générations, tout en polluant également les sols, la végétation, l’alimentation ou encore l’eau ou le lait maternel, là aussi sur plusieurs générations.

Ces attaques chimiques n’ont jamais été reconnues comme constituant un crime contre l’humanité ou un écocide.

Parallèlement à ces événements se déroulant oversea, le gaz lacrymogène était toujours d’avantage utilisés par les polices du monde entier afin de contenir et de matter les mouvements de contestation et de protestation, cela s’accentuant durant la période de protestation contre la guerre du Viet-Nam, mais aussi lors de la période de lutte pour les droits civiques, ces deux périodes coïncidant à quelques années près.

Un événement aurait pu passer à la trappe de l’histoire comme cela est malheureusement courant, si celui-ci n’avait pas été photographié ce jour là, notamment par le photographe Spider Martin qui couvrait le mouvement pour les droits civiques dans la région de Montgomery. C’est d’ailleurs pour ce travail que celui-ci est principalement connu, et nous lui devons notamment ces clichés (voir page suivante) réalisés lors d’une marche de protestation pacifique entre Selma et Montgomery dans l’Etat d’Alabama, une marche qui sera durement réprimée.

Malgré le Civil Right Act de 1964 mettant en principe fin à la ségrégation raciale aux Etats-Unis, les citoyen.nes afro-américain.es d’Alabama éprouvaient toutefois des difficultés à se présenter sur les listes électorales en raison d’un lobby virulant venant du Ku Klux Klan et des suprématistes blancs de la région. Mais ce fut aussi le meurtre de Jimmie Lee Jackson, le 26 février 1965, battu par plusieurs policiers puis abattu par un autre policier, qui déclancha les protestations pacifiques dans la région de Selma et de Montgomery.

Trois marches furent organisées, les 7, 9 et 25 mars 1965. C’est lors de la première de ces trois marches que le cortège, cherchant à rallier Selma à Montgomery, se fit subitement durement réprimer par les forces de l’ordre, à l’aide de coups de bâton, mais aussi à l’aide de gaz lacrymogènes.

Comme nous pouvons l’apercevoir sur les clichés montrés ici (le premier des quatre clichés notamment), l’usage du gaz lacrymogène n’était pas voué à être utilisé de manière anecdotique. En effet, les policiers sont équipés d’un nombre important de grenades lacrymogènes et sont porteurs de masques à gaz, ce qui indique que leur usage faisait intégralement partie de la doctrine alors déployée ce jour là et durant cette période.

Environ 600 personnes participèrent à cette première marche qui tenta de rallier Selma à Montgomery. Mais une fois arrivée à la hauteur du pont Edmund Pettus, la police chargea la marche pacifique et fit un usage massif de coups de bâtons et de gaz lacrymogène. Environ 85 personnes furent blessées ce jour là, journée aussi nommée Bloody Sunday.

De nombreuses photographies furent produites par différents photographes ce jour là. De toutes ces photographies, ce furent surtout celles montrant la leader Aurelia Boynton au sol et inanimée, après avoir été matraquée et gazée par la police, qui fut largement republiée dans la presse, provoquant un écho d’indignation vis-à-vis des pratiques et des méthodes de la police. Mais ces protestations ne suffiront pas à faire disparaître l’usage du gaz lacrymogène, alors que celui-ci devenait en effet toujours d’avantage constituant de la doctrine fondamentale du maintien de l’ordre.

Entre les années 1970-1990, l’usage du gaz CS s’est alors tout à fait banalisé et généralisé dans le monde entier. Le gaz CS (chlorobenzylidène malonitrile) que nous connaissons toujours de nos jours fut mis au point entre les années 1943 et 1985 à l’initiative des britanniques toujours.

Aussi on le voit, malgré les tentatives de mise en place d’accords internationaux contre l’usage des armes chimiques, leur usage est, à travers l’histoire (civile ou militaire), bel et bien largrement répandu.

La première arme chimique moderne fut utilisée par l’Allemagne à Ypres pendant la première guerre mondiale, le 22 avril 1915. Ce jour là, quelques 180 tonnes de chlore gazeux furent envoyées sur les lignes françaises. Du nom de ypérite (ou gaz moutarde), cette première attaque chimique massive intoxiqua environ 15’000 soldats et en tua environ 1000.

Avant le traité de 1925, la première guerre mondiale fut un moment ou l’industrie chimique jouissait d’un essort florissant tout azimut.

Très vite également, à cette même période, on vit apparaître les premiers masques à gaz et autres équipements de protection adaptés à cette nouvelle manière de mener la - désormais - guerre moderne (et dont leur ultime extension sera les protections dites «ABC», pour atomique, bactériologique et chimique).

Toutefois, ces armes ne furent que très peu utilisées pendant la seconde guerre mondiale, la conflit précédent ayant certainement gravé des souvenirs indélébiles et fort traumatisants (aux même titre que les deux frappes atomiques sur la Japon à la fin de la seconde guerre mondiale). L’ypérite en effet, en plus d’empêcher de respirer et d’étouffer, produisait également des brûlures cutanées larges et intenses.

Aux quelques exemples déjà cités précédemment, ajoutons toutefois qu’après la seconde guerre mondiale, c’est la France qui fit usage d’armes chimiques dans le cadre de la guerre d’Algérie (1956-1962).

La Libye elle, utilisa de l’ypérite jusqu’en 1987. Les attaques chimiques contre la population iranienne sous le régime du tyran Saddam Hussein firent environ 60’000 victimes, dont environ 10’000 mort.es.

Dans un cadre civil, la secte japonaise Aum développera un intérêt prononcé et inquiétant pour les armes chimiques ou bactériologiques. Cela cuminera notamment avec l’attaque au gaz sarin (un neurotoxique qui attaque le système nerveux central) dans le métro de Tokyo le 20 mars 1995, attaque qui fit 13 mort.es et plus de 6’000 blessé.es et intoxiqué.es. Cette secte est depuis lors et de facto placée sur la liste internationale des organisations terroristes.

Dans un registre toujours plus tristement contemporain, diverses armes chimiques furent utilisées par le régime contesté de Bachar al-Assad durant la guerre civile syrienne (2011-2024). Plusieurs massacres à l’arme chimique sont à dénombrer: le massacre de la Ghouta, l’attaque chimique de Khan Cheikhum ou encore l’attaque chimique de Douma.

Le massacre de la Ghouta eut lieu le 21 août 2013. Il s’agit d’une attaque massive au gaz sarin qui fit plusieurs milliers de blessé.es et jusqu’à 2000 mort.es, principalement des civil.es. L’attaque chimique de Khan Cheikhum eut lieu le 4 avril 2017, et c’est un mélange de chlore et de gaz sarin qui fut utilisé ce jour là. Malgré le fait que cette attaque ciblait les rebelles s’opposant au régime de Bachar al-Assad, celle-ci fit de nombreuses victimes parmi la population civile, dont de nombreux enfants. Entre 100 et 200 mort.es furent dénombré. es, l’attaque faisant également environ 500 blessé.es et intoxiqué.es. Enfin, l’attaque chimique de Douma eut lieu le 7 avril 2018. Il s’agit d’une attaque au chlore qui fit plus de 100 mort.es. Beaucoup furent retrouvé.es étouffé.es et intoxiqué.es dans les sous-sols, croyant alors y trouver refuge.

La Syrie nie toujours ces attaques et tentera à plusieurs reprises de camoufler ses crimes et méfaits avec l’aide de la Russie et du régime du tyran Vladimir Poutine, soutien indéfectible du tyran Bachar al-Assad.

Au travers de tout ces exemples, et quand bien même des normes internationales existent, nous voyons que celles-ci n’ont pas pour autant permis de supprimer totalement l’usage des armes chimiques, tant en temps de guerre qu’en temps de paix.

En temps de guerre, les tyrans ou les forces impérialistes n’hésitent pas à systématiquement violer et contourner le droit et les règles internationales. Cela est d’autant plus désastreux que ce sont souvent les populations civiles qui souffrent le plus de ces attaques et de leurs conséquences. De plus, tout comme les mines, les munitions ou les projectiles n’ayant pas explosés, ces conséquences font perdurer la guerre sur plusieurs générations entières, ce bien après l’arrêt effectif des hostilités.

En temps de paix, nous avons vu également la manière dont les armes chimiques sont passées d’un usage en temps de guerre, à un usage en temps de paix. Ce processus dura quelques décennies à peine, et à partir des années 1930, les polices du monde entier étaient équipées de gaz lacrymogènes (gaz de combat tout d’abord, puis le gaz CS, toujours utilisé de nos jours).

Bien que l’usage de ces armes ait nettement reculé en cas de conflits entre Etats ces quelques dernières décennies, leur usage est toutefois tout à fait généralisé et banalisé en cas d’antagonismes intérieurs ou de conflits sociaux, ce avec des degrés d’intensité variables selon les pays en question, les lois appliquées et les normes locales ou nationales, les contextes politiques, les types de régime en place, etc.

Force est de constater enfin que la chimie a eut des effets non négligeables, sinon majeurs et souvent délétères sur l’état de notre civilisation, de nos connaissances et de leurs applications, mais aussi sur les corps et enfin, sur l’environnement et la biosphère.

Soldat brûlé suite à une exposition à l’ypérite, pendant la Première guerre mondiale de 1914-1918, période pendant laquelle furent utilisés les gaz de combats pour la première fois

Orphelinat accueillant les enfants touchés par les effets secondaires de l’agent orange et des autres défoliants ayant été utilisés penant la Guerre du Vietnam de 1955 à 1975.

Dix-sept ans auparavant

Bien que ceux-ci se soient considérablement réduits en raison de l’achèvement de la période de l’altermondialisme, et malgré sa réputation de petit pays tranquille aux paysages de carte postale, la Suisse n'est pas exempte de troubles sociaux ou d'antagonismes intérieurs.

En effet, abritant également les sièges de nombreuses organisations internationales comme l'Organisation des Nations Unies (ONU) ou l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ou accueillant des rassemblement tels que le World Economic Forum (WEF) à Davos, la Suisse est également exposée à de multiples influences extérieures et internationales.

C'est en partant d'un tel contexte - du local au global - que fut appelé ce rassemblement de protestation à l'encontre de l'OMC dont le siège se trouve à Genève. En ce 28 novembre 2009, des confédérations paysannes des quatre coins du monde se sont rassemblées afin de protester contre les politiques néolibérales mises en avant et promues par l'OMC dans le monde entier.

C'est lors de ce rassemblement que je récolterais le premier objet qui me servira plus de tard de point de départ pour une recherche et pour une récolte plus poussée. Comme nous le verrons plus loin, c'est en effet à partir d’une douille du nom de ARWEN AR2 CS ramassée ce 28 novembre, que je m'attellerais à une recherche plus "archéologique" relative à ces objets issus de l’arsenal de la répression des régimes libéraux-autoritaires, comme peut l’être la France, et dans une moindre mesure, la Suisse également.

Ma récolte a pu se poursuivre à partir de l’année 2016 et 2017 aux abords de la dite Jungle de Calais, puis entre 2018 et 2019, durant la

séquence des Gilets jaunes. C’est lors de ces événements qu’il me fut possible de récolter ces objets de manière plus large et complète (à minima: un exemplaire de chaque type).

Assurément, la Suisse n'a certainement pas connu de protestations ou de violences sociales aussi importantes que celles qui se sont déroulées en France ces dix ou vingt dernières années. Sauf peut-être dans les années 1980, période pendant laquelle les scènes subculturelles suisses ou suisse-romandes cherchaient à gagner en légitimité. A cela, nous pourrions également rappeler l'épisode du sommet du G8 à Evian en 2003, lorsque Genève fut la proie d'émeutes et de pillages au soir. Mais encore une fois, rien de comparable à ce que la France a pû connaître par le passé, ou même actuellement.

Toutefois, les frontières entre les deux pays ne sont pas étanches. En témoigne l’usage fait par la police française du lanceur de balle de défense de 40 mm (LBD 40) manufacturés par l’entreprise suisse Brügger et Thomet basée dans le canton de Thoune, et dont l’usage est fortement décrié en raison des nombreuses blessures graves que cette arme peut provoquer.

Car quand bien même ces armes - chimiques ou sublétales - n’ont pas pour vocation de tuer, elles permettent toutefois de faire souffrir fortement.

Celles-ci blessent et mutilent aussi parfois gravement, certains médecins ayant déclarés avoir eu affaire à des «blessures de guerre» durant la séquence des Gilets jaunes (mains et doigts arrachés, pieds arrachés, divers traumatismes maxillaires et crâniens, yeux atteints, etc).

De la Loi travail aux Gilets jaunes

Note sur l'intensification d’une séquence répressive

Ayant documenté et assisté à deux des trois grandes manifestations contre la Loi travail en 2016, puis à la séquence des Gilets jaunes entre 2018 et 2019, il m’a été possible de constater la montée graduelle de la violence déployée par l’Etat français afin de contenir et de réprimer les foules protestataires et les mouvements sociaux.

Lors des manifestations contre la Loi travail, l’usage des lacrymogènes ainsi que des sprays au poivre était déjà généralisé et déjà utilisés parfois massivement. L’usage des flashballs était toutefois très rare. Les LBD et leurs projectiles à ogive n’étaient pas encore utilisés. Le contact direct entre policier et manifestants était alors encore courant, et avec cela, ses inévitables coups de matraque dans les côtes ou les jambes. Les nassages étaient encore rares; il s’agissait en effet plus de canaliser et de repousser que de nasser. Les brigades de BRAV-M (brigade de répression de l’action violente motorisée) n’existaient pas encore, celle-ci étant réputées pour leur grande mobilité, leur vélocité au contact ainsi que pour leur grande agressivité. Celles-ci virent le jour spécifiquement durant la séquence des Gilets jaunes. Pendant la séquence de la Loi Travail, c’est plutôt la BAC (brigade anticriminalité) qui supportait les CRS (compagnie républicaine de sécurité), la BAC étant également réputée pour son agressivité.

Nous étions alors confronté.es à une gestion encore relativement classique du maintien de l’ordre: contact, bouclier, matraque, sprays, gaz. Mais la doctrine bascula lors de l’apparition du mouvement des Gilets jaunes, l’intensité de l’événement amenant l’Etat à faire usage de toujours d’avantage de violence afin de contenir cette radicalité alors inédite.

L’usage des gaz lacrymogènes devint toujours plus massif, et avec ceux-ci, l’usage de diverses grenades de désencerclement qui provoqueront de nombreuses blessures graves, surtout aux mains et aux jambes. Mais c’est surtout l’usage des décriés lanceurs de balle de défense (LBD) qui devint toujours plus courant, provoquant là aussi, de nombreuses blessures graves, dont surtout de nombreuses blessures à la tête. Malgré sa dite létalité réduite, ces armes et ces projectiles peuvent potentiellement provoquer la mort.

L’article Wikipédia consacré à la séquence et au mouvement des Gilets jaunes fait état de 11 morts, de 25’800 blessé.es parmi les civil.es et de 1944 fonctionnaires blessé.es. Les arrestations furent elles aussi très nombreuses: 12’107 interpellations, 10’718 gardes à vue, 3100 condamnations et 400 peines de prison ferme. Le Mur jaune lui fait état de 1 décès, 5 mains arrachées, 236 blessures diverses à la tête, 25 éborgné.es, 21 blessé.es par des tirs de grenade GLI-F4 ou GM2L et enfin, 221 blessé.es par des tirs de LBD.

Ce bilan est considérable, et n’a rien de comparable à ce que nous avons pu voir pendant la séquence de la Loi travail, malgré l’ampleur de la contestation également.

C’est à un très net durcissement de la doctrine du maintien de l’ordre auquel nous avons assisté ces dernières années, ce durcissement posant évidemment question au regard du droit fondamental à manifester et à protester - en Suisse également.

Qui en effet, en ultime instance, nous protège de la police ?

"Less Lethal Weapons"

Notes sur l'usage des armes à léthalité réduite comme instrument répressif de prédilection des régimes libéraux-autoritaires.

Comme indiqué précédemment, depuis 2009, je m’intéresse à ces armes et à ces munitions non-létales (ou à létalité réduite, de l'anglais less lethal weapons), armes servant notamment à la répression des foules antagonistes ou des mouvements sociaux.

Ces dispositifs sont devenus les armes de prédilection des démocraties libérales-autoritaires et des régimes pacifiés au sein desquels certes il faut réprimer et maintenir l'ordre (capitaliste), mais avec le souci cette fois-ci de ne plus tuer.

C’est lors d'une manifestation de protestation à l'encontre de l'OMC à Genève en novembre 2009, qu’il m’a été possible de récolter une première douille de munition lacrymogène du nom de ARWEN AR-2 CS.

Presque 10 ans plus tard, en reprenant mes recherches sur cet objet dans le cadre de mes études (mais aussi sur d'autres objets récoltés durant l'année 2016 pendant les manifestations à l'encontre de la Loi Travail ou aux abords de la "Jungle de Calais" ainsi que pendant la séquence des Gilets jaunes entre 2018 et 2019), j'ai réalisé le potentiel "archéologique" et documentaire que recelaient ces objets une fois des recherches effectuées à leur sujet.

Aussi, cette munition ARWEN AR2 CS (Fig.1), avant d'être tirée à Genève aux abords du siège de l'OMC, a été mise au point à partir de 1977 par l'armée britannique qui tira profit de son expérience de gestion des foules antagonistes durant les troubles en Irlande du Nord. Il fallait mettre au point une munition ainsi qu'un lanceur modulable ca-

pable de réprimer, mais sans faire couler le sang des groupes bélligérants ou des groupes de population à contenir ou à réprimer.

Alors que le mouvement des Gilets jaunes fit irruption avec un certain fracas dans le réel macronien à partir du mois de novembre 2018, l’état libéral-autoritaire d’E.Macron fit notamment usage d’une arme qui descend du Flashball; une invention française d’abord conçue à des fins de défense personnelle et de la propriété, avant de se voir développée et améliorée à des fins de maintien de l’ordre.

Mais les balles de caoutchouc sphériques du Flashball ne sont en rien similaires ou comparables aux ogives de 40mm tirées par les décriés

LBD, les lanceurs de balles de défense GL06 (ou LBD 40) à canon rayé manufacturés par la société suisse basée à Thoune, Brügger et Thomet. Les munitions alimentant le LBD sont quant à elles majoritairement produites en France par la branche Alsetex du Groupe Etienne Lacroix à Précigné dans la Sartes.

Selon le Mur jaune déjà cité précédemment, 221 personnes ont été blessées suite à des tirs effectués au LBD, ce avec une fréquence inquiétante de tirs au visage avec pour conséquence des yeux perdus, des mâchoires fracturées et autres traumatismes faciaux-crâniens.

Une interpellation sur l’usage des LBD par la France fut tardivement effectuée par le Conseiller National socialiste Pierre-Alain Fridez au mois de mars 2019, mais cette interpellation sera balayée par le Conseil National. Une autre interpellation fut faite au mois de mai 2019 par le

député au Grand Conseil genevois Guy Mettan (PDC, UDC), mais le mal était alors déjà fait.

La société suisse Brügger et Thomet elle, se défendit en avançant que la société thounoise n’est pas responsable des munitions qu’utilisent les français pour alimenter les armes suisses - et alors que ces armes sont toutefois bien considérées commes des armes de guerre au regard de la législation internationale.

Très récemment, nous avons pu voir une augmenation inquiétante de l’usage de LBD en suisse cette fois-ci, notamment lors de plusieurs manifestations pro-palestiniennes, tant en suisse romande qu’en suisse allemande.

En continuant mes recherches sur une autre munition irritante lacrymogène, la grenade GM2 CS (Fig.2), j’ai découvert que celle-ci avait été utilisée massivement par la police bahreïni entre 2011 et 2013 afin de réprimer sa population, ce malgré une annonce de cessation de vente prononcée par la France au travers d’un communiqué publié le 17 février 2011.

Des usages abusifs de gaz lacrymogènes ont en effet été rapportés par l’ONG Bahrain Watch pendant qu’une autre ONG, Physician for human rights, annonce dans un rapport que 39 personnes sont décédées durant cette période suite à des expositions prolongées aux gaz et suite à leur utilisation en espace confinés comme les habitations.

Cette même grenade fut à nouveau utilisée en 2014 lors des commémoration du soulèvement, soit 3 ans après l’annonce de cessation d’exportation prononcée par la France.

Un autre type de grenade irritante lacrymogène CS, la PLMP 7B (Fig.3) de Nobel Sécurité, sera également et notamment utilisée en 2014 au Burkina Faso (ancienne Haute-Volta) afin de réprimer les mouvements de protestation à l’encontre de Blaise Compaoré, le compagnon-traître historique de Thomas Sankara durant la période Mitterand. Celui-ci souhaitait alors modifier la constitution afin de prolonger son occupation du pouvoir qu’il occupa de 1987 à 2014. Il fut exfiltré vers la Côte d’Ivoire avec l’aide du gouvernement de François Hollande.

On le voit, l’usage de ces munitions et de ces armes chimiques est devenu généralisé et massif, aussi généralisé et massif - sinon hégémonique - que le rapport du capital lui-même. Toutes les polices du monde entier en sont aujourd’hui dotées, et ces armes font pleinement partie de l’arsenal de base de tous corps policier, au même titre que le bâton, le spray au poivre ou encore, le taser.

(Fig.1) Lanceur et munition

Arwen AR-2 CS

(Fig.3) Grenade PLMP 7B

1. Extrait du site de la Police Ordnance Company Inc., extrait faisant état de l’histoire du système ARWEN (Anti Riot Weapon ENfield) - 192.139.188.71/index.asp?id1=75

2. Image du premier lanceur ARWEN 37S Mark III d’une capacité de 5 coups (il existe également une version monocoup) - http://www.municion.org/noletal/37mmArwenRR.htm

3. Extrait du site de la Police Ordnance Company Inc, explications relatives au lanceur ARWEN 37 (vu précédemment) et historique du système ARWEN - Police Ordnance Company Inc - PoliceOrdnance.com

4. Extrait du site de la Police Ordnance Company Inc., extrait de fiche explicative sur la munition lacrymogène et irritante ARWEN AR-2 Multi-Source CS Irritant Round, qui contient 4 palets lacrymogènes - http://www.policeordnance.com/Arwen-Ammunition.asp

5. Extrait du site de la Police Ordnance Company Inc., fiche technique détaillée de la munition lacrymogène et irritante ARWEN AR-2 CS.

6. Manifestation syndicale européenne, Genève, 16.05.2009 - Policier suisse équipé d’un fusil d’ordonnance sur lequel est monté un lanceur-adaptateur permettant le tir de munitions de type ARWEN - Archive personnelle.

7. Extrait du site du fabricant français SAE Alsetex, fiche technique détaillée relative à la grenade lacrymogène et irritante GM2.

8. Schéma chimique et représentation de la molécule de gaz chlorobenzylidène malonitrile, ou gaz CS.

9. Première page d’un rapport faisant état des nombreuses exactions commises par le régime bahreïni sur sa population lors des protestations de 2011. Ce rapport faisant notamment état d’un usage massif et détourné des gaz, comme des tirs à l’intérieur des habitations. La plupart de ces lacrymogènes utilisés pendant cette période étaient d’origine française - https://s3.amazonaws.com/PHR_Reports/Bahrain-TearGas-Aug2012-small.pdf

10. Voir note précédente.

11. Projectile de fabrication française retrouvé au Bahreïn pendant les manifestations de commémoration du soulèvement de 2011, en février 2015 - Orient XII, Comment la France contribue à la répression au Bahreïn.

12. Titre d’une article faisant état des ventes de gaz lacrymogènes au Bahreïn par la France. Malgré une interdiction d’importation, ces armes seront pourtant massivement utilisées par le régime bahreïni.

13. Capture de captation vidéo montrant des policiers bahreïnis tirant des gaz lacrymogènes à l’intérieur d’une habitation pendant les répressions de 2011.

14. Un manifestant posant avec la grenade lacrymogène PLMP 7B de fabrication française. On peut bien lire «CS» sur la grenade. (Ph.DR). Manifestations à l’encontre de Blaise Compaoré - http://226infos.net/?p=2212

15. CRS équipés de lanceurs Cougar, probalement à Mayotte, légende manquante.

16. Un CRS déployé à Mamoudzou, le 10 octobre 2011 - http://www.lefigaro.fr/actualitefrance/2011/10/19/01016-20111019ARTFIG00641-troubles-sociaux-mort-dun-manifestant-a-mayotte.php -- >

17. Mode d’emploi d’un lanceur de grenades lacrymogènes de 56mm Cougar, fabriqué en France par le fabriquant Lacroix-Alsetex - DFPN/SDE/Bureau des Activités Physiques et Professionnelles - Procédures d’emploi des armes

18. Nomenclature du lanceur Cougar, DFPN/SDE/Bureau des Activités Physiques et Professionnelles - Procédures d’emploi des armes – Réforme des corps et carrières – Brigadier Chef – Janvier 2007

Récolte

AR : ARWEN

BD : Balle de défense

CS : Chlorobenzylidène malonitrile (ou gaz CS)

CTS : Combined Tactical Systems

DBD : Dispositif balistique de dispersion

DISPO PROP (DP) : Dispositif de propulsion

DPR : Dispositif de propulsion à retardement

FUM LAC : Fumée lacrymogène

GN : Gendarmerie nationale

JAM : Joint Activity Munition; munition à effet multiple

LAC : Lacrymogène

LBD : Lanceur de balle de défense

LGGM : Lanceur de grenade de la gendarmerie mobile

LOT : Lot de fabrication

MDCP : Munition de défense à courte portée

PB : Pellet Balls

PLMP : Partie inférieur de grenade lacrymogène

PN : Police nationale

R : Retardement

SAE : Société d'Armement et d'Etudes Alsetex

SAPL : Société d'Application des Procédés Lefebvre

Description: Douille métallique de munition lacrymogène Arwen AR-2

CS

Arme associée: Arme dédiée type Arwen 37S Mark III ou adaptateur pour fusil d’ordonnance (suisse)

Fabriquant: Police Ordnance Company Inc.

Origine: UK/USA

Description: Ogive de LBD (lanceur de balle défense) en caoutchouc et plastique de haute densité

Arme(s) associée(s): Lanceur de balles de défense 40 mm (LBD) à canon rayé, produit par Brügger et Thomet, Suisse

Fabriquant: SAE Alsetex

Origine: France

Description: Douille et amorce destinée à lancer les muntions à ogives de 40mm de type LBD 40

Arme associée: Lanceur de balle de défense de 40mm (LBD 40)

Fabriquant: Combined Tactical Systems

Origine: USA, France

Description: Douille de 56mm, dispositif de propulsion à retardement 1.5s/50m pour tir de palets lacrymogènes

Arme(s) associée(s): Lanceur Chouka ou Cougar

Fabriquant: Lacroix-SAE Alsetex

Origine: France

Description: Douille et dispositif de propulsion à retardement 2.2s/100m pour tir de palets lacrymogènes

Arme associée: Lanceur Chouka ou lanceur Cougar

Fabriquant: Lacroix-SAE Alsetex

Origine: France

Description: Douille et détonateur de propulsion à retardement pour grenade lacrymogène

Arme associée: Lanceur de balle de défense de 40mm (LBD 40)

Fabriquant: SAE / Société d'Armement et d'Etudes Alsetex

Origine: France

Description: Palet lacrymogène

Arme associée: Grenade PLMP7

Fabriquant: Nobel Sport (Nobel Sécurité), SAE Alsetex

Origine: France

Description: Palet lacrymogène

Arme associée: Grenade MP7

Fabriquant: Lebel (Verney-Carron)

Origine: France

Description: Enveloppe de grenade lacrymogène CM6 (SAE760) CS

Arme associée: Grenade à main ou lanceur Chouka (40-120m) ou lanceur Cougar (150-220m)

Fabriquant: Lacroix - SAE Alsetex

Origine: France)

Description: Enveloppe de grenade lacrymogène CM6 (SAE760) CS

Arme associée: Grenade à main ou lanceur Chouka (40-120m) ou lanceur Cougar (150-220m)

Fabriquant: Lacroix - SAE Alsetex

Origine: France

Description: Amorce pour grenade lacrymogène MP7 ou PLMP 7 (B-C)

Arme associée: Grenade à main

Fabriquant: Nobel Sécurité, filliale de Nobel Sport

Origine: France

Description: Enveloppe de grenade lacrymogène PLMP 7B contenant 7 capsules de gaz lacrymogène CS

Arme associée: Grenade à main

Fabriquant: Nobel Sécurité, filliale de Nobel Sport

Origine: France

Description: Enveloppe de grenade lacrymogène GLIF4, désormais interdite

Arme associée: Grenade à main, ou lanceur Cougar

Fabriquant: SAE Alsetex

Origine: France

Description: Dispositif de propulsion pour grenade lacrymogène GM2, propulseur à aileron stabilisateur pour jets de grenades lacrymogènes GM2 à une distance de 200 mètres

Arme associée: Lanceur Cougar

Fabriquant: Société d'Armement et d'Etudes Alsetex

Origine: France

Description: Enveloppe de grenade de désencerclement SAE44C. Utilisée depuis 2004, à effet de choc, projette 18 projectiles de caoutchouc et génère une onde sonore de 150db pour une force cinétique de 80 joules

Arme associée: Grenade à main

Fabriquant: Société d'Armement et d'Etudes Alsetex et Société d'Application des Procédés Lefebvre (SAPL)

Origine: France

Description: Fragments de caoutchouc provenants de la grenade de déscencerclement SAE44C. Utilisée depuis 2004, à effet de choc, projette 18 projectiles de caoutchouc et génère une onde sonore de 150db pour une force cinétique de 80 joules

Arme associée: Grenade à main

Fabriquant: Société d'Armement et d'Etudes Alsetex et Société d'Application des Procédés Lefebvre (SAPL)

Origine: France

Comment se protéger des gaz

et des impacts pendant une manif

Le gaz CS, quels effets: sans protections, dès que la fumée est inhalée, une intense sensation de brulûre emplit les voies respiratoires, nez, gorge, larynx, poumons. Il ne devient plus possible de respirer, aussi la prérogative devient immédiate: il faut s’extraire du nuage de gaz. Les yeux et les muqueuses se mettent elles aussi à brûler affreusement, le nez et les yeux coulent, il ne devient plus possible de voir ce qui se passe autours de soi. Aussi là encore, la priorité consiste à s’extraire du nuage de gaz et à se mettre en sécurité en attendant que les effets les plus intenses se disspipent (ce au bout de quelques minutes). Les gaz peuvent aussi brûler légèrement la peau si celle-ci est dénudée et en cas de chaleur et de transpiration. Nous allons voir ici ce qu’il est possible de faire afin de remédier à tout cela.

Le vent et la pluie: les forces de l’ordre sont attentives à la météo ainsi qu’à la direction des vents. Lorsque les vents sont favorables et se dirigent vers les manifestant.es, les gaz sont tirés. Observer les vents et la direction des fumées peut vous permettre d’échapper aux nuages de gaz. Les jours de pluie feront que les gaz retomberont au sol et se dissiperont ainsi plus rapidement.

Les protections occulaires: les lunettes de natation comportant un joint étanche (ou toute autre paire de lunettes comportant des joints étanches) sont très efficaces afin de protéger les yeux des gaz irritants. Il se peut que nous soyez fouillé.es en début de manifestation, essayez donc de prévoir deux paires, rangées à différents endroits.

Les protections respiratoires: le must reste le masque à gaz comportant des filtres spécifiques ABC. Mais cela est un équipement encombrant et souvent onéreux qui risque lui aussi d’être confisqué en début de manifestation. Pour ce qui est des moyens plus sommaires, le jus de citron est très efficace. Il suffit de vous munir d’un foulard en tissu que vous imbiberez généreusement de jus de citron pour ensuite utiliser ce foulard comme masque respiratoire, ceci en le placant bien sur la bouche et sur le nez. Rechargez le tissu de jus de citron régulièrement.

Le sérum phy: munissez vous de nombreuses capsules de sérum physiologiques. Cela est un moyen bon marché et très efficace afin de laver les yeux des gaz irritants. En porter une grande quantité peut aussi servir à aider d’autres personnes qui n’en seraient pas munies. Suite à l’exposition à des gaz, ne vous grattez surtout pas les yeux ou la peau. Mettez vous en sécurité et lavez vous les yeux généreusement à l’aide du sérum phy.

Les décontaminants en spray: plus onéreux que le sérum physiologique trouvé en pharmacie ou au rayon des soins occulaires, mais aussi bien plus efficace de par leur efffet de soulagement immédiat et rafraîchissant. Ces décontaminants en spray sont trouvables dans les magasins spécialisés en sécurité pour environ une vingtaine de francs (ou euros).

Les palets lacrymogènes: Les palets lacrymogènes sont dangereux de différentes manières. Tout d’abord de par les gaz et la fumée irritante que ceux-ci émettent, mais pas seulement. Il existe plusieurs types de grenades lacrymogènes, certaines lancées au sol à la main, d’autres tirées en l’air (en parabole) à l’aide de lanceurs. Le premier type de lancé (à la main) n’est dangereux que de par les gaz que les palets lacrymogènes dégagent. Le second type de lancé (à l’aide de lanceurs conçus pour et permettant les tirs paraboliques) est

dangereux en raison de la retombée par les airs des palets lacrymogènes. En effet, ceux-ci peuvent se loger dans le cou et passer sous les vêtements en retombant, ce qui générera certainement des brûlures et des blessures importantes. Porter une écharpe ou une capuche est recommandé et permettra de prévenir ce genre d’incident. Pour neutraliser des palets lacrymogènes, il suffit de les asperger d’eau jusqu’à ce que cesse la combustion, ou encore de les recouvrir à l’aide d’un seau ou d’une boite de conserve par exemple. Renvoyer les palets lacrymogènes en direction des forces de l’ordre ne sert à rien dans la plupart des cas, car rappelons le, ceux-ci utilisent la direction du vent afin d’optimiser le tir et la dispersion des nuages de gaz en direction des manifestant.es. Enfin, ne vous saisissez jamais d’un palet lacrymogène à la main, vous y risquez là aussi des blessures et des brûlures importantes aux doigts et aux mains.

Les

gels de marquage PMC: ou Produit de marquage codé. Les PMC sont des gels ADN dont les traces peuvent subsister sur la peau et sur les vêtements de quelques semaines à plusieurs mois. Difficile a identifier dans le chaos d’une manifestation ou d’une émeute, et donc difficile à différencier d’un spray au poivre, tentez d’éviter simplement tout aérosol qui pourrait y ressembler. Vous doucher et laver vos vêtements ne servira à rien. Aussi, ces substances sont à éviter autant que possible.

Les balles en caoutchouc, les tirs de LBD, les coups de matraque: Tout d’abord, portez des vêtements amples, épais et couvrants. Ne laissez pas de peau apparente, surtout au niveau du cou et des jambes. En effet, les tirs de balles en caoutchouc de type hexagonale sont souvent réalisés en visant les jambes, et peuvent de plus rebondir aléatoirement dans toutes les directions. Porter des sous-vêtements comme un sweatshirt ou un pantalon de training épais amoindri considérablement les impacts de balle en caoutchouc ou les coups de matraque. Lorsque vous aperçevez les tireurs armés

de LBD, ne restez pas dans le champ de tir, restez toujours en mouvement, recherchez à vous mettre à l’abri. Les tirs de LBD sont particulièrement dangereux, évitez les autant que possible. Les coups de matraque sont souvent infligés dans les jambes également. Pour peu que le coup n’atteigne par d’organe vital (comme le foie ou les reins), vous vous en sortirez avec un bleu qui restera apparent durant quelques semaines. Les blessures dûes au LBD peuvent être elles bien plus sérieuses et nécessiteront des soins particuliers.

Les grenades de désencerclement et à effet de souffle: Ces grenades sont particulièrement dangereuses. Tout d’abord de par l’effet de souffle important que celle-ci produisent en raison de leur charge de TNT, mais aussi en raison des projectiles que celles-ci dispersent autours d’elle. Ne vous saisissez JAMAIS d’une grenade qui vient d’être lancée, (quel que soit le modèle ou le type) n’essayez JAMAIS de la «shooter» du pied également. Tentez simplement de vous éloigner du périmètre du lancé et mettez vous à l’abri à bonne distance. Certaines grenades de désencerclement vont simplement exploser très bruyamment projetant une onde de choc sonore autours d’elle, d’autres projeteront autours des fragments de caoutchouc qui eux aussi peuvent rebondir dans toutes les directions, pouvant ainsi générer de multiples blessures.

La panique: si vous êtes en groupe, restez en groupe, tenez-vous les un.es les autres par les mains ou par les bras afin de ne pas perdre vos camarades dans la cohue. Rapprochez vous des bords de rue afin de vous aider des bâtiments pour sortir du lieu de gazage. Si vous le pouvez et si cela est nécessaire, trouvez refuge dans un bâtiment. Si nécessaire, également montez vous réfugier dans les étages. Faites de même si vous êtes seul.e. Il se peut que d’autres personnes autours de vous paniquent également. Si cela vous est possible, tentez de faire sortir ces personnes du lieu d’affrontement ou de gazage.

Les protections auditives: Entre les cris, la musique, les coups de feu ou les explosions, les manifestations sont par nature des événements très bruyants. Aussi, afin de protéger vos oreilles des divers bruits alentours, n’hésitez pas à porter des protections auditives de type boules quiès, ou encore des protections de chantier. Cela, en plus de rendre l’expérience plus «agréable», vous protégera des acouphènes et autres troubles de l’audition qui pourraient survenir une fois l’événement achevé.

La douche: une fois rentré.e chez vous, douchez-vous généreusement, changez de vêtement et lavez tout. Les molécules de gaz CS en effet se déposent sur la peau et les vêtements, pouvant ainsi prolonger leur effet irritant, surtout en cas de fortes chaleur et de transpiration. Ne vous grattez pas la peau ou les yeux également avant d’avoir pu vous laver, cela pourrait déclencher des irritations supplémentaires.

Les effets psychologiques: participer à des manifestations et prendre part aux mouvements sociaux sur le long terme peut vous exposer à des violences ou des traumatismes qui peuvent perdurer dans le temps. Si de plus, vous êtes l’objet de poursuites judiciaires ou pénales ou encore, l’objet de blessures graves, ces effets (psychologiques et temporels) peuvent être décuplés. Aussi, au-delà de l’aide juridique et médicale immédiate, il peut être intéressant d’être suivi.e par un.e psychothérapeute. Les séances d’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) peuvent être très efficaces afin de diminuer l’effet mémoriel des traumas induits par des situations violentes.

Comment se prémunir

d’une arrestation, comment

agir en cas d’arrestation ou de contrôle

Contexte, rôle: le contexte et le rôle que vous y jouez sont déterminants. En effet, les disposition à prendre ne seront pas les mêmes selon que vous serez photographe, journaliste, manifestant. es ou émeutier.e.

Photographe, journaliste: Sauf exception, et pour peu que vous vous trouviez dans un régime démocratique, vous avez peu de chances d’être arrêté.e. Une carte de presse peut également aider à calmer les ardeurs de la police. Si vous n’en êtes pas muni.e, annoncez vous comme photographe et jouez la carte «artiste» ou «citoyen.ne engagé.e». Dans ce second cas, il se peut que la police soit d’avantage offensive et hostile, un risque d’arrestation pour détention administrative est possible. Avant de partir dans un autre pays, renseignez vous bien sur les aspects légaux de celui-ci: type de régime, liberté d’expression, droit à manifester, droit de la presse, etc.

En cas d’arrestation, tentez d’abord de vous dégager de cette situation à l’aide des éléments cités ci-dessus. Si l’arrestation à tout de même lieu, demandez immédiatement à pouvoir vous entretenir avec un.e avocat.e et relevez les identités et les matricules des agents. Ne résistez pas (sinon verbalement), cherchez surtout à préserver votre matériel ainsi que vos prises de vue.

Manifestant.es, émeutier.e: En tant que simple manifestant.e, et pour peu que vous vous trouviez dans un régime démocratique, vous avez peu de chance d’être arrêté.e. Si cela toutefois arrive, optempérez dans les limites de la dignité et ne vous laissez jamais faire sur le plan de la défense mentale: votre action est juste. Selon les faits reprochés, demandez l’aide de l’antirép ou d’un.e avocat.e.

Ne portez rien sur vous qui pourrait vous incriminer ou aggraver votre cas au regard de la loi (drogue, couteau, etc).

En tant qu’émeutier.e, les risques d’arrestations sont évidemment décuplés. La tactique du bloc peut avoir tout son utilité dans pareil contexte, En effet, l’effet de masse permet de disparaître et de passer plus inaperçu lors des actions mais aussi lors de la dissolution de l’événement. En tant qu’émeutier.e, et selon la nature de vos actions, vous risquez des poursuites pénales, notamment pour destruction de la propriété ou atteinte à agent dépositaire de l’autorité publique. Aussi, il est important d’avoir autours de soi un cordon de solidarité important, mais aussi des contacts avec des avocat.es prêt.es à défendre vos actions.

Index des illustrations

Couverture: résidus d’affrontements, protestations contre la Loi Travail, Paris, 9 avril 2016

Table: résidus d’affrontements, protestations contre la Loi Travail, Paris, 14 juin 2016

P. 5-6: résidus d’affrontements, protestations contre la Loi Travail, Paris, 14 juin 2016

P. 27-28: Camp de la Lande (Jungle de Calais), oeuvre réalisée avec des résidus de grenades lacrymogènes PLMP, octobre 2016.

P. 31-34: Manifestation de protestation contre l’organisation mondiale du commerce (OMC), Genève, 28 novembre 2009

P. 37-42 Manifestations de protestations à l’encontre de la Loi Travail, Paris, 9 avril - 14 juin 2016

P. 43-44: Manifestations de protestation contre l’augmentation des prix du carburant, Tirs de gaz lacrymogènes dans les jardins parisiens, Mouvement des Gilets jaunes, Paris, 1er décembre 2018

P. 45-46: Manifestations de protestation contre l’augmentation des prix du carburant, Barrage de CRS, Mouvement des Gilets jaunes, Paris, 19 janvier 2019

P. 47-48: Manifestations de protestation contre l’augmentation des prix du carburant, Membre de la BRAV-M équipé d’un lanceur de balle de défense LBD 40, Mouvement des Gilets jaunes, Paris, 30 mars 2019

P. 49-50: Manifestations de protestation contre l’augmentation des prix du carburant, Un manifestant pris dans les gaz lacrymogènes sur la Place de l’Etoile, Mouvement des Gilets jaunes, Paris, 16 mars 2019

P. 51-52: Manifestations de protestation contre l’augmentation des prix du carburant; 1. Manifestantes équipées de manière à contrer les effets des gaz lacrymogènes 2. Un CRS équipé d’un LBD40 met en joue des manifestant.es. 3. Un CRS équipé d’un LBD40 4. La douleur prodiguée par les gaz, Mouvement des Gilets jaunes, Paris, 2018-2019

P. 53-54: Manifestations de protestation contre l’augmentation des prix du carburant, Un CRS tient une grenade de type PLMP7, Mouvement des Gilets jaunes, Paris, 16 décembre 2019

P. 55-56: Manifestations de protestation contre l’augmentation des prix du carburant, résidus d’affrontement, masque à l’effigie de Benalla, Mouvement des Gilets jaunes, Paris, 1er Mai 2019

P. 77-78: résidus d’affrontements, protestations contre la Loi Travail, Paris, 14 juin 2016

P. 111-112: résidu de grenade GR56, Manifestations de protestation contre l’augmentation du prix du carburant, Mouvement des Gilets jaunes, Paris, 16 mars 2019

P. 119-120: Un CRS mettant en joue des manifestant.es à l’aide d’un lanceur de balles de défense (LBD40). Manifestations de protestation contre l’augmentation du prix du carburant, Mouvement des Gilets jaunes, Paris, 16 mars 2019

P. 123-124: Des manifestant.es pris.es dans un nuage de gaz lacrymogène, Manifestations de protestation contre l’augmentation du prix du carburant, Mouvement des Gilets jaunes, Place de l’Etoile, Paris, 16 mars 2019

P. 127-126: Des manifestants montrent des photographies de blessés par la police et la répression d’Etat, Manifestations de protestation contre l’augmentation du prix du carburant, Mouvement des Gilets jaunes, Place de l’Etoile, Paris, 2018 - 2019

P. 129-130: Des manifestant.es pris.es dans un nuage de gaz lacrymogène, Manifestations de protestation contre l’augmentation du prix du carburant, Mouvement des Gilets jaunes, Paris, 16 mars 2019

Verso: résidus d’affrontements, protestations contre la Loi Travail, Paris, 9 avril 2016

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