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KIBLIND Magazine Numéro Président


Avec Adobe Character Animator CC (version bêta), il n’a jamais été aussi simple d’animer vos personnages et de les regarder se fondre dans la réalité. Créez des personnages 2D dans Adobe Photoshop CC et Adobe Illustrator CC et donnez-leur vie dans Character Animator. Réalisez vous-même les mouvements et enregistrez votre voix à l'aide d'une webcam et d'un microphone.

Character Animator capture automatiquement votre voix, reprend les mouvements de votre bouche pour une parfaite synchronisation des lèvres à l'écran et suit vos mouvements et les expressions de votre visage en temps réel ; si vous souriez, votre personnage sourit lui aussi.

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Maxime Mouysset pour KIBLIND et Adobe

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Data visualisation et infographie avec Illustrator

4 jours

2 jours

Analyser, trier et traiter des données pour les mettre en forme dans Illustrator

Dynamiser sa présence sur les médias sociaux

L’innovation à l’œuvre

5 jours

2 jours

Produire des bannières publicitaires et des animations interactives en HTML5

Se confronter à la création contemporaine et développer ses facultés d’innovation

KIBLIND 03-17

© zuco

Animate : bannières et animations

Chargé de publication digitale

Chargé d’UX design

FO R M AT I O N C E RT I F I A N T E

FO R M AT I O N C E RT I F I A NTE

14 jours

10 jours

Concevoir et réaliser des publications enrichies

Intégrer l’expérience utilisateur dans sa communication digitale


Nuits sonores

The Chemical Brothers Dj set AIR Laurent Garnier UK style set Vitalic ODC Live Einstürzende Neubauten Mind Against Floating Points Solo live Stormzy Talaboman Pharoah Sanders Helena Hauff vs Umwelt Omar Souleyman Mustafa Özkent ve Belçika Orchestrası KiNK Live Beak> Khidja Live Dollkraut Ashinoa The Pilotwings Aurora Halal Live

24–28 Mai 2017 Lyon, FR

#nuitsso2017 nuits-sonores.com

The Black Madonna ESG Mark Ernestus’ Ndagga Rhythm Force Derrick Carter Does Disco

A day with

The Legendary Tigerman Dj Marfox Mighty Sands Yussek Kamaal Roy Davis Jr Group Doueh & Cheveu Shlømo DMX Krew

And many more…

Nina Kraviz Bjarki Andy Stott Levon Vincent

A day with

Jon Hopkins Actress Randomer Daniel Avery

A day with


Édito En fins limiers de l'actualité, nous avons bien senti qu'il se tramait quelque chose. Les yeux usés par les recherches incessantes, nous avons enfin mis le doigt sur ce qui troublait la société française ces derniers temps : l'élection présidentielle. Se portant volontaire pour prendre part à la chose publique, le magazine Kiblind n'a pas laissé passer l'occasion de mettre sa voix au service de la nation. Et n'ayant pas honte de ses idéaux, il a choisi. Il a choisi Pompon, mi-homme mi-manège, sans programme ni volonté, avec pour 'unique ambition le deuxième tour gratuit. Bien que convaincu, le grand démocrate magazine Kiblind est aussi allé voir les multiples utopies, passées, présentes, dessinées, rigolées, sapées ou enracinées, pour ne laisser traîner aucun Photo : Thomas Chéné

doute en chemin. Le résultat est là, net comme une majorité absolue.


Kiblind magazine n°60 – Président Printemps 2017 SÉLECTION 1/2 12 INTRO PICTOS

Président 20

INTERVIEW

Pompon 22

CARNET DE VOYAGE

Le parti de l'âne 26

INTERLUDE

Laurent Blanc 31

CRÉATIONS ORIGINALES

Présidents dessinés 34

DISCUSSION

Hot Shot 2 42

DISCUSSION

Présidentiables & musique 46

INTERLUDE

Nos présidents 49

REPORTAGE GRAPHIQUE

Champignons & Présidents 50

RÉTROGRAPHIE

Coluche Président 56

INTERLUDE

Camembert 61

MODE

Le Président de la sape 62

OUTRO

Playlist de Président DISCUSSION

The West Wing 44

71

SÉLECTION 2/2 72


Contributeurs

Sandra Laugier – La philosophe Sandra Laugier, professeure de philosophie à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne et membre de l’Institut universitaire de France, fait partie de ces rares et bienfaisants universitaires qui prennent au sérieux les séries télé.

Geoffroy Monde – Pour le jeu des 7 différences, nous avons choisi de convier au micro l’ami Geoffroy Monde que vous avez sans doute déjà vu dans notre n° 59, ainsi qu’en une de Paris Match pour sa BD chez Delcourt (De rien, une merveille).

Maxime Mouysset – Maxime Mouysset est un petit peu notre bonhomme à nous, notre gars sur qui on peut compter. Dans la partie « romance » de notre carnet de relations, il est surligné en rouge avec des cœurs surmontant les i. Ancien stagiaire et présente idole, Maxime n'a cessé de grimper la montagne de l'excellence pour se retrouver aujourd'hui DA en agence multicasquettes et surtout chez vos libraires grâce à Télérama, le Centre Beaubourg ou à nous. Nous sommes on ne peut plus fiers de vous présenter le travail filé de Maxime Mouysset sur la candidature Pompon, lui cet ancien étudiant de la HEAR de Strasbourg au talent monstre.

Clément Arbrun –

Journaliste chez Rockyrama, Soap, Le Tag parfait ou Les Inrockuptibles, Clément Arbrun a eu l’excellente idée de vouloir écrire pour nous. Et figurez-vous bien que ça a matché sévère.

Elora Quittet – Brillante étudiante lyonnaise, Elora a également l’avantage d’écouter plein de trucs et d’écrire ce qu’elle en pense pour nous ou Hartzine.fr.


Contributeurs

Manon Raupp –

Simon Boileau –

Férue de musique indépendante jouissive, Manon Raupp, depuis Toulouse, fabrique tout aussi indépendamment son fanzine Ductus Pop.

Outre sa gestion plaquée or des réseaux sociaux de chez France Info, Simon Boileau sillonne les mers agitées de la planète rap et de la bande dessinée. Son pied marin fait des merveilles.

Basil Sedbuk – Basil Sedbuk est un passionné d’illustration qui abreuve son monde sur son excellent blog, LaBelleIllustration.blogspot.com.

Ted Supercar – Activiste artistique et écrivain public pour Hartzine.fr, Ted Supercar a l’oreille aiguisée comme peu de gens dans ce monde. Et quand il dit que la musique est bonne, lui on le croit.

Thomas Chéné – La merveilleuse École des Gobelins nous a fait en 2011 un cadeau bien précieux : le photographe Thomas Chéné, qui alterne aujourd’hui projets mode et envolées artistiques.

Matthieu Chiara –

Delphine Zehnder –

Parisien grand, talentueux ancien de la HEAR, Matthieu Chiara monopolise notre attention depuis deux ans grâce à son excellent Hors-Jeu (éd. L’Agrume) et son Dessins variés, effets divers à l’origine de sa présence ici.

Ancienne du Petit Bain parisien, Delphine est également amoureuse de la bande dessinée dont elle colporte les ébats autant qu’elle peut.

Alix Devallois –

Marine Normand – Nonobstant sa fougueuse passion pour Claude François, Marine Normand est une personne formidable : elle a fondé Retard Magazine, travaille aux Inrocks et pense que Blackout est le meilleur album de Britney.

Il faut se figurer qu’un shooting de cahier mode, ça ne se fait pas tout seul. Il faut des gens de talent pour s’en occuper. La styliste parisienne Alix Devallois fait partie de ceux-là.


STAFF Directeur de la publication : Jérémie Martinez Direction Kiblind & Klar : Jérémie Martinez Jean Tourette  Baptiste Viry Gabriel Viry Team Kiblind  Magazine : Maxime Gueugneau & Simon Bournel-Bosson - Alix Hassler - Alizée Lagé Jérémie Martinez - Justine Ravinet - Jean Tourette Olivier Trias - Baptiste Viry - Gabriel Viry Réviseur : Raphaël Lagier  Merci à : Alizée Avice - Matthieu Sandjivy - Camille Viry Direction artistique :  Klar/KIBLIND Agence (www.agence-klar.com)

INFOS Le magazine Kiblind est imprimé sur papier Fedrigoni Couverture : Arcoprint Milk 300g - Papier intérieur : Arcoprint Milk 100g Typographies : Kiblind Magazine (Benoît Bodhuin) et Orphéon (Marine Stephan) Imprimeur  : DEUX-PONTS Manufacture d'histoires www.deux-ponts.fr Édité à 40 000 exemplaires par Kiblind Édition & Klar Communication. SARL au capital de 15 000 euros - 507 472 249 RCS Lyon . 27 rue Bouteille - 69001 Lyon  04 78 27 69 82  - www.kiblind.com  Le magazine est diffusé en France. Liste complète sur www.kiblind.com. Ce numéro comprend un cahier supplémentaire de 20 pages pour la région Rhône-Alpes. ISSN : 1628-4146 // Les textes ainsi que l’ensemble des publications n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Tous droits strictement réservés. THX CBS. Contact : redaction@kiblind.com


Sélection 1/2

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INSTANT INSTA

talcmag

antoineeckart

localservice

twice

georgegreaves

sunghyun.iii

hedgerart

frisoblankevoort

lisa_laubreaux

rocabalboa

ahkhosravani

jeeeoook


images

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LE BULLETIN DE L'HIVER

SCREEN SHOT Ce qu'il se passe sur internet, reste sur internet

Dans notre monde de performance, il était temps que les saisons et ceux qui les font reçoivent une juste sanction.

La Famille Kelly

Une interview d’un spécialiste de la Corée du Sud par la BBC qui finit en très grande mignonnerie n’était pas chose gagnée. Mais les deux enfants de Robert Kelly ont bien joué le coup en s’incrustant l’air de rien dans la conversation. → Le fumet d'Atlanta : 9/10

→ La Remontada 5/10

Peut-être que, sur place, c'est pas top. Mais les effluves qui nous en parviennent de ce côté-ci de l'Atlantique sentent diablement bon avec, en trois mois, un album de Migos, deux de Future, une mixtape du petit nouveau 6lack et une statuette pour la série de Childish Gambino, Atlanta.

L'aventure malheureuse du PSG nous aura au moins appris une chose : la remontada, c'est quand même incroyable. D'un seul coup, le sport n'est plus cette pénible chose devant laquelle on s'ennuie, mais une épopée grandiose. Monaco ou Federer et Nadal (dans leur combat contre les ans) l'ont, eux, effectué dans le bon sens.

→ L'affaire Théo : 0/10

On s'en tiendra à la présomption d'innocence. Mais tout de même, il nous faudra des dessins techniques d'une précision diabolique pour nous convaincre de la version soutenue par les accusés, tenant la pénétration de plus de dix centimètres d'une matraque dans un anus pour un malencontreux accident.

→ La Mise en examen : 9/10

Quelle chouette idée que les manquements à la loi d'un pays soient jugé par un tribunal impartial. On appelle ça la justice. Un concept que certains ont tendance à mal comprendre, surtout quand ils sont candidats à la présidentielle. Peu importe, la mise en examen marche comme sur des roulettes avec ou sans leur consentement.

Donald Trump dessine

Donald Trump et les memes sont en train de nous livrer la plus belle des histoires d’amour. On se rappellera avec émotions de ses premiers statements, de ses décrets louches et de leur détournement par les internautes du monde entier. Zelda 20/20

→ Denis Brogniart 8/10

Depuis bien longtemps, un homme illumine notre téléviseur et ça n'est pas prêt de s'arrêter. Car les ans n'ont pas de prise sur Denis Brogniart, le fougueux présentateur de Koh-Lanta, lui qui avouait dans L'Équipe travailler son corps de rêve même pendant le tournage. Et tu sais, Denis, ça ne nous étonne pas.

→ Se tromper : 2/10

Franchement, les Américains... Après le fiasco de Steve Harvey pour Miss Univers 2015 et l'élection de Donald Trump, ils ont rebeloté dans la bourde avec l'annonce du meilleur film aux Oscars, Warren Beaty annonçant La La Land au lieu de Moonlight. Il s'agirait de grandir.

Nintendo a lancé sa Switch avec le nouvel épisode de Zelda, The Legend de Zelda : Breath of the Wild qui a roulé sur les critiques (98 % sur Metacritic). Apparemment, le meilleur jeu du monde est sorti. Ça se voit que ces gens n’ont jamais joué à Track & Fields 2.


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COUVERTURES

Pouvoir à la une Parce que toutes ces forêts ravagées par la presse papier méritaient bien qu'on leur rende hommage. Y a pas à dire, la puissance, ça reste quelque chose de fascinant. Et pour la presse, c'est quand même plus pratique quand elle est incarnée. Peu importe qu'il. elle soit bon.ne ou méchant.e, élu.e ou imposé.e, l'homme ou la femme qui gouverne à nos destinées sera toujours une figure de choix pour les directeurs artistiques des médias du monde entier. Surtout quand ces derniers sont bons. Ainsi, ce n'est pas un hasard que le New Yorker ressorte trois fois dans cette légère sélection de unes consacrées aux visages du pouvoir. Ces gens-là savent illustrer les aventures du monde. Ce n'est pas un hasard non plus si Vladimir Poutine revient deux fois, tant ce personnage intrigue les journalistes du monde entier. Car oui, voilà ce qui réunit ces couvertures : le récit. Ces unes interprètent l'actualité en marche, lui donnent une vision, une teneur quasi romanesque et incorpore les aspérités de l'époque dans le grand livre de l'Histoire. Pour que, malgré la perplexité dans laquelle elle nous plonge, la suite des évènements reste intelligible pour nous tous. Une façon de mêler la fiction au réel pour que celui-ci, quand c'est bien fait, devienne enfin palpable.


images

CLIP

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VHS

C'est en mangeant des chips devant la dernière vidéo de Karaocake (« Youth Slips »), qu'on s'est rendus compte que l'aspect de l'image était un peu fané. Ça nous a instantanément rappelé cette finale du 100m des JO de Barcelone 92 que nous regardions en boucle grâce à notre magnétoscope Panasonic. Ah mais voilà, c'est ça : ça ressemble à une foutue VHS. Le travail – remarquable - de Tom Gagnaire, le réalisateur de « Youth Slips », n'est pas le seul à vouloir nous faire voyager dans un faux passé très actuel, dans un autre monde en fait. Le filtre VHS est même parvenu à toucher les hautes sphères de l'industrie musicale comme en témoigne le clip de l'excellent « Blasé » de Ty Dolla $ign et ses 47 millions de vues, ou encore le « Ode To Viceroy » de Mac DeMarco et ses 8 millions d'affichages. Parce que 92 c'était si cool. Pensez à Carl Lewis pour voir.

— Matthieu Chiara


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JEU DES 7 ERREURS

Geoffroy Monde

JEU DES 7 ERREURS

Geoffroy Monde LOGO-TYPES Il y a 54 ans, Harvey Ball dessinait le premier Smiley pour la campagne interne d'une société d'assurance. Un dépôt à l'INPI du logo est fait en 1971 par le français Franklin Loufrani et en 1988, le groupe Bomb The Bass affuble la pochette de son single « Beat Dis » d'un smiley qui deviendra le symbole des free parties au Royaume-Uni et en France. Enfin, en 1994, l'Office québécois de la langue française recommande le mot « binette » pour remplacer l'anglicisme « smiley ». Sacrés Québécois. Le smiley est le premier symbole qui remplaça le mot dans le langage courant

écrit. Lui et ses copains les emojis sont aujourd'hui, dans le monde numérique, un alphabet à part entière pour s'exprimer de par le monde avec un même langage. 2,3 milliards de messages avec emojis ont été envoyés en 2016 et on compte près de 1 800 emojis différents. Tous sont approuvés par le Unicode Consortium, garant du code du même nom qui permet leur partage par tous les supports et n'importe où. Ils sont maintenant un outil de choix pour les marques dont plus de 250 ont sorti leurs propres emojis. Sans compter Kim Kardashian.


POLEYMIEUX AU MONT D’OR (69) DU 30 JUIN AU 2 JUILLET 2017 FESTIVAL #13 WWW.DEMONDOR.COM

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Photo : Thomas Chéné


Président Président Président Président Président Président


intro pictos

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Un jour, un grand homme a pris sa et nous a fait une promesse. S’il était président, nous écrivait-il, il nommerait Premier ministre et Coluche ministre de la Rigolade. L’ tourne, M. Lenorman, et nous ne pouvons attendre que vous décrochiez le pompon. Il est temps de brandir nos et d’affirmer ce que l’on veut


Président

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vraiment pour l’avenir de la France. À savoir, bien sûr, beaucoup de , de la fraternité, de la justice sociale, un parc énergétique renouvelable, gagner aux et un bon de Britney. Une utopie que nous avons voulu comparer à quelques autres, scrutées à la , qui ont existé et existent encore, absurdes, drôles ou sérieuses.


Interview

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Jeune loup de la politique, Pompon cartonne. Si vous n’avez pas encore croisé son regard malicieux, regardez derrière vous, il n’est sûrement pas loin. Dès ses débuts dans le sud-ouest de la France, il se fait remarquer par sa pugnacité et sa vision du monde qui l’entoure. Et puis un jour lui vient une révélation. Et si finalement, l’avenir de la politique ne tenait qu’à un pompon ?

Votez Pompon, c'est le pompon Il est des êtres qui vous marquent profondément, qui transforment votre vie, qui font qu’un beau matin, au chant du coq, à l’heure où blanchit la campagne, vous vous réveillez en vous disant : « voilà ! »... Eh bien Pompon en fait partie. Prenez un ticket, installez-vous confortablement, le manège va démarrer ! Préparezvous : Pompon n’a pas fini de vous faire tourner la tête.


Interview

Comment êtes-vous venu à la politique ? Dès la sixième ! Quand je suis arrivé au collège Lapérouse à Albi. À cette époque, tout le monde se moquait de moi, de mes sourcils crépus et longs et de mon nom soi-disant « rigolo ». Dans la cour, à chaque récré on essayait de m’attraper. « Ça porte bonheur » qu’ils disaient... « C’est lui, touchez-lui la touffe »... J’ai décidé de prendre les choses en main et de retourner la situation. Si les autres se fichaient de moi, eh bien moi, j’allais prendre le pouvoir. Depuis lors, je me suis présenté à toutes les élections de délégués : 6e, 5e, 4e, 3e, jusqu’à la terminale. Et ainsi les choses ont changé  ? Non, non... À chaque fois, je n’avais qu’une voix, la mienne... Une fois, je n’ai même pas eu ma voix (j’avais voté pour quelqu’un d’autre). Là, c’était le pompon.  Mais l’été de la terminale, alors que j’hésitais presque à penser à me

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jeter sous un pont, j’ai eu comme une révélation. C’était lors de la fête de mon village natal à Montboudif dans le Cantal. J’ai été frappé de voir les enfants monter aussi haut dans leur voiture de manège, s’étirant, usant de leur bras long pour attraper le pompon. Tout était là. Devant mes yeux et mes cheveux. Peut-on être au second tour avec le Pompon ? Il semblait que oui !!! Oui !!! Et là, tout s’est enchaîné. J’ai offert des tours de manège à tous ceux qui voulaient bien me suivre dans l’aventure, convaincu Évelyne Leclercq, Simone Garnier et Fabienne Égal de m’accompagner en campagne, etc. Ensuite j’ai fait une petite pause. Je me suis retiré dans la campagne toulousaine, chez ma sœur. Tout était allé tellement vite... Trop vite... Tout ça, ça m’avait fait un peu tourner la tête. Même si mon manège à moi, c’est surtout moi. C’est à ce moment précis que j’ai développé ma théorie : « le Pompon sur la Garonne », la cerise sur le gâteau quoi.

Depuis, de nombreux politologues se sont raliés à vous et à votre théorie !  Mais c’était évident ! Avec la Ve République et son mode de scrutin présidentiel, on était arrivé au bout du bout. Là, les dés sont relancés, les cartes rebattues, faites vos jeux. Avec le pompon, tout devient facile dès les résultats du premier tour car le second est gratuit ! Les marins ont été les premiers à rejoindre le

" Peut-on être au second tour avec le Pompon ? Il semblait que oui  !!! Oui  !!! Et là, tout s'est enchaîné. J'ai offert des tours de manège à tous ceux qui voulaient bien me suivre dans l'aventure "


Pompon

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" Le 23 avril, on va organiser un tour de manège géant en direct sur facebook live. [...] Les deux candidats qui toucheront le pompon seront les seuls à avoir un tour gratuit !!! " mouvement. Puis on a réussi à débaucher des personnalités de tous les partis et des gens de la société civile (gens du tricot, skieurs, etc.). Même les abstentionnistes ont décidé de se mobiliser pour avoir le pompon. C’est une réussite totale. Le 23 avril, on va organiser un tour de manège géant en direct sur facebook live. Chacun devra bien choisir sa monture pour conquérir le graal final. Et il y aura le choix ! Un cheval fougueux, un lapin sauteur, une tasse 360°, un Dingo souriant, une Yamaha rutilante... Les deux candidats qui toucheront le pompon seront les seuls à avoir un tour gratuit !!! Fini la figure du candidat sauveur, du feu général, les gens en avaient marre qu’on les prenne pour des Mickey.  Et comment vous envisagez la suite  ? Je pense qu’on peut carrément conquérir le monde. Là par exemple, le CIO m’a demandé l’autorisation d’appliquer la théorie du Pompon sur la Garonne pour l’attribution des prochains Jeux olympiques d’été et ça a l’air bien parti ! On fabrique des badges à mon effigie à New York et même Rihanna a donné son accord pour utiliser son tube Man Down comme hymne de nos campagnes : Rom popompon Rom popompon. Aujourd’hui, quand les gens me croisent, ils sont simplement heureux : « c’est le Pompon », qu’ils crient.

Textes : J.Martinez & M. Mouysset Illustrations : Maxime Mouysset


Carnet de voyage

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Le parti de l’âne À Paris, le théâtre des 2 Anes revendique 100 ans d’humour politique (ou à peu près) et le dernier territoire d’une « libre république du rire », évidemment en grande forme en période électorale…


Le parti de l'âne

« Si Hidalgo avait été maire, en 1939, c’est certain qu’avec leurs chars diesel et sans vignette Crit’air, les Allemands ne seraient jamais rentrés dans Paris… » Parfois, dans la vie, il n’en faut pas davantage pour faire rire 300 spectateurs en chœur, encore mieux lorsqu’il s’agit de petites vacheries sur la capitale ou de blagues sans âge. « À Paris, on a Autolib’ et il paraît que les femmes adorent. Mais la demi-heure de location, c’est pour le créneau? » Lol. Cette fois, le voisin de derrière n’a pas osé son « Excellent! », ponctuant à peu près chaque vanne, mais le cœur y est vraisemblablement… Bienvenue au théâtre des 2 Ânes, un samedi à l’heure du goûter : devant un public chauffé à blanc, comme les cheveux, Bernard Mabille fait du stand-up de comité d’entreprise (« vous êtes drôlement habillée, Madame, pour une Parisienne ! ») avant un hommage collectif, interprété par un faux Renaud, pour les grandes espèces qui ont marqué cette scène : Jean Poiret, Pierre Dac, Jean Amadou… Les chansonniers respirent encore et le petit théâtre de Pigalle en est la réserve naturelle, entièrement dédiée à l’humour politique, à grands coups de sketches, d’imitations et de refrains populaires. « Saviez-vous que la France est le pays d’Europe qui compte le plus d’animaux domestiques? Ben oui : 8 millions de chômeurs ! » Florence Brunold a le champ libre pour dérouler son grand concours canin et la galerie des « Républichiens ». On y retrouve le « chartreux de Bordeaux », le « p’tit caniche Sarko » (« il est propre, il fait dans sa caisse noire ») et, bien sûr, le cabot-cadeau : « Vous avez vu Fifi avec sa grosse touche de poils audessus des yeux? Pris la patte dans un sac de croquettes et, en plus, il

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ne veut pas lâcher le nonos… » À notre gauche, un spectateur échoué, la quarantaine à peine, observe du coin de l’œil si nous réagissons. Un petit rictus et c’est la contagion immédiate, alors que la salle explose, sans s’arrêter, en assistant mordicus au développement de la meute : toutou Cahuzac dans sa niche fiscale ; Duflot à poils longs, abandonnée en rase campagne ; Macron, le chien errant, avec sa vieille maîtresse qui le tient en laisse…

Dominique Grosse Canne « Pour chaque spectacle, on écrit le fond de sauce, puis on ajoute les ingrédients en fonction de l’actu », explique Jacques Mailhot, ancien journaliste et figure de l’humour politique, notamment à la radio (L’Oreille en coin sur France Inter, Les Grosses Têtes). Avec son visage souriant et sa voix douce, il parcourt sa septième présidentielle, sur la scène des 2 Ânes, dont il est


Carnet de voyage

devenu propriétaire en 1995, perpétuant un patrimoine aujourd’hui centenaire et un succès jamais démenti. « Chaque année, le spectacle est écrit pendant l’été. Nous l’interprétons, tout au long de la saison, en alternance avec d’autres chansonniers (Objectif l’Urne, Politicus Circus) et les tournées ». Résultats : plusieurs dizaines de milliers de spectateurs, chaque année, dont quelques habitués de premier rang (Copé, Raffarin, Roland Dumas) ; des records d’audience, en chaîne, sur Paris Première, qui diffuse certains spectacles et mobilise toute la troupe pour son émission la plus regardée (La Revue de presse). Ainsi, malgré une jauge microcosmique et un comique légèrement grassouillet, Les 2 Ânes reste un animal à grandes oreilles qui raisonne bien au-delà de son Pigalle natal. Le métro parisien, par exemple, serait beaucoup moins drôle sans ses fameuses affiches auxquelles le concept du jeu de mot doit sûrement un peu de sa superbe : Pas nique au FMI, Le Grand Prix de MonteCarla, Sarkozyx le Gaulois, Flanby le Magnifique (censurée, en 2013, par la RATP), Hollande met le P.I.Bas, etc. De

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Le métro parisien serait beaucoup moins drôle sans les fameuses affiches des 2 Ânes auxquelles le concept du jeu de mot doit sûrement un peu de sa superbe.

même, Jacques Mailhot a largement contribué à la carrière de certains professionnels du rire, comme Ruquier, Timsit, Gerra ou Jean Roucas (sorti des planches, en 2015, pour ses petites tentations à l’extrême). « Aux 2 Ânes, la vocation d’un chansonnier est d’être dans l’opposition, quel que soit le camp au pouvoir ; il faut brocarder mais notre rôle n’est pas de transformer le spectateur en électeur du FN ! » Sur scène et en campagne, tout le monde ramasse gentiment et quand les chiens passent, il reste d’autres espèces, rappelant le lien organique du théâtre avec l’aventure du Bébête Show. Les pensionnaires actuels se moquent, comme hier, des animaux politiques, dont la poule Hidalgo (« elle pond une connerie par jour »), le caméléon Bayrou ou Baupin la sauterelle (« c’est tout vert et ça ne pense qu’à sauter »), conformément à un leitmotiv de la satire politique, encore bien vivace aux 2 Ânes : Dominique Grosse Canne, Hollande et son scooter (« jamais sur les roues, toujours sur la béquille »), VGE en cerf qui brame devant une biche ou en lave volcanique devant son cratère…


Le parti de l'âne

Eurofillon « Avec l’affaire Fillon, on est gâté », commente Jacques Mailhot en privé, tout en déplorant un peu plus sérieusement le niveau de la campagne, comme sa petite troupe avait déjà prévenu au lever du rideau : « Ce n’est même plus la primaire, c’est la maternelle ! ». Englué dans son Family gate, le candidat des Républicains est logiquement la guest star du jour, grimé tour à tour en catho déprimé (« il fait même pleurer les oignons »), en missionnaire déprimant (« Allez dans la paix du Christ ») ou en distributeur automatique de billets pour une SaintePénélope au foyer : « – François, tu veux goûter ma soupe? – Elle est bien trop épaisse ; tiens, voilà du liquide… » Plus largement, les sujets préférés des 2 Ânes sont à mi-chemin entre un zinc animé et une discussion à peine imaginaire entre deux chauffeurs de taxi : on y parle d’argent, d’impôts, de circulation, d’embouteillages et de mariage gay, comme dans ce sketch, garanti sans cliché, où deux tourtereaux mal déguisés s’apprêtent à passer devant Monsieur le maire. « – Alors, qui est le mari? – Cette semaine, c’est moi (...) – Et qu’avez-vous prévu pour la réception? – On adore le poisson, donc ce sera de la raie… » (Rires). De la même manière, quitte à ne pas être politiquement correct, le petit théâtre ne s’embarrasse pas trop des conventions qui, hors de lui-même, pourraient consister à ne pas rire de tout, notamment du physique. Aux 2 Ânes, Guillaume Pepy, le directeur de la SNCF, est la « Dalida du ferroviaire » car son strabisme expliquerait l’énorme bug des rames trop larges. Quant à Emmanuelle Cosse,

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Carnet de voyage

ministre écologiste, la sanction tombe directement sur la scène : « Quand je l’ai vue, je me suis remis aux pesticides. » « Excellent ! », reprend-on juste derrière. Et s’il est bon ton de se demander, aujourd’hui, comment les humoristes Michel Leeb ou Michel Courtemanche ont pu passer à la télé, au siècle dernier, avec leurs caricatures de personnages d’origine africaine ou asiatique, les chansonniers sont plutôt de bon niveau pour l’accent chinois ou pour qualifier JeanVincent Placé de « Khmer vert ».

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Après deux heures de spectacle, Les Primaires des primates s’achève sur un pastiche de Stéphane Plaza, l’agent immobilier +++, devant le décor de l’Élysée. Les candidats y défilent pour leurs aménagements, dans une forme de bouquet final qui aura peut-être raison d’un spectateur de devant, proche de l’étouffement. Marine Le Pen ne dort que d’un œil comme son père et souhaite trois machines à laver (blanc, noir et couleurs). DSK, toujours en peignoir, se soucie de la robinetterie (« J’ai l’échangeur qui chauffe »).

Le parti de l'âne

Sarkozy veut enlever les buissons du jardin et les casseroles de la cuisine. Donald Trump fait enfin une nouvelle apparition, comme un écho des savanes au pays des animaux domestiques : « On a bien vu un âne gagner le grand prix d’Amérique. » Texte : Gabriel Viry Photos : Yohann Borel


Interlude : Le footballeur Président

Illustration : Amina Bouajila Pictos : Alizée Avice | Texte : Alix Hassler

LES CHEVALIERS DE LA PAILLADE Le tout jeune Laurent Blanc a fait partie d'une épopée comme seule la 1ère Division peut en narrer. Le mythe du Montpellier 89-91 reste encore gravé dans le marbre du football avec une équipe qui compta Cantona, Xuereb, Der Zakarian, Valderrama, Baills, Guérin et Colleter entre autres pépites du ballon rond.

BIG BISOUS Durant la Coupe du Monde 98, Laurent Blanc avait pour habitude de laisser quelques miasmes sur le crâne de Fabien Barthez par l'entremise d'un bisous. Un clin d'œil, dit-on, à une soirée hautement festive.

LE POIL Laurent Blanc est un fan du joli poil. Outre une mouche d'obédience mochissime qu'il a acquise sur le tard, il fut un professionnel de la coupe mulet durant la grande période 90-92. Est-ce un hasard qu'il possède une maison secondaire à Carnon-Plage, à deux pas de La Grande-Motte ?

LE CHEVAL DE BOIS Laurent Blanc a profité de sa plastique superbe pour donner aux fans de football la plus embarrassante vignette Panini de l'histoire, pour la session 93. Il y pose peinard en tenue jean-torse nu, enlaçant un cheval de carrousel comme si c'est son meilleur ami.

LE CLOPEUR Parce que les fumeurs sont clairement les gens les plus cools, Laurent Blanc n'a pas manqué d'en être. Celui-ci, avec son srab Fabien Barthez, disposait même d'une pièce fumeur dans le vestiaire de Manchester United.

LA TOUILLETTE À l'image de ses illustres prédécesseurs Jean Tigana (le cure-dent) et Luis Fernandez (la sucette), l'entraîneur Laurent Blanc s'est choisi un ustensile de bouche pour éviter de se manger les joues alors que . Il s'agira pour lui de la touillette de cagé.

LAURENT « LE PRÉSIDENT » BLANC — Il a suffit d'une praline rageuse en 98 contre le Paraguay pour que la France entière appuie sur le bouton « Amour Toujours » du clavier de ses émotions. Outre une jambe méga-puissante en période de coupe du monde, le joueur français dispose d'un des plus grands palmarès du football moderne, glâné au gré de sa carrière en club, de son parcours en équipe nationale et de son nouveau métier d'entraîneur. Mais mieux que tout ces trucs un peu surcotés, il a eu droit à un surnom. Et quel surnom : Le Président. Pas élu et sans programme, il n'a pourtant jamais déçu ses ouailles et laissé une trace au moins aussi belle que celle de Footix dans le cœur des supporters.


Créations originales

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Félicité Landrivon | France Peinarde felicitonlandrive.tumblr.com


CrĂŠations originales

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Antoine Nogueira | PrĂŠsident angotonutriez.tumblr.com


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Chester Holme | Nobody's Home chesterholme.co.uk


CrĂŠations originales

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Sofia Sita | PrĂŠsident sofiasita.com


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Louise Vendel | PrĂŠsident louisevendel.com


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Quentin Faucompré | Présidence quentin-faucompre.tumblr.com


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Thibaut Gleize | La denrĂŠe thibaut-gleize.tumblr.com


CrĂŠations originales

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CĂŠlestin Krier | La langues des ombres backtothecave.tumblr.com


Créations originales

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FÉLICITÉ LANDRIVON

SOFIA SITA

THIBAUT GLEIZE

La chance a permis à une partie de notre équipe d’habiter Lyon. Ce qui lui a offert l’opportunité de se prendre en pleine face beaucoup des affiches de Félicité. Ses collages et compositions typographiques au charme irrésistible font en effet la joie des organisateurs de concerts alternatifs et, ce faisant, des promeneurs ébaubis. felicitonlandrive.tumblr.com

Sofia Sita est une illustratrice italienne qui a fait ses armes à Bologne, ce qui est le signe d’une très bonne santé. Une bienportance que l’on peut admirer dans ses dessins à l’allure naïve mais au fond bien senti, et dont profitent aujourd’hui la ville de Dundee et les magazines Dude ou 1977. sofiasita.com

Thibaut Gleize est né à Mont-de-Marsan et vit aujourd’hui à Bordeaux. Des activités prenantes mais qui ne l’empêchent pas de s’intéresser aux saucisses ou aux chiens mutants ninjas pour lesquels il éprouve une admiration sans borne. Le tout retranscrit dans des dessins au réalisme trompeur. thibaut-gleize.tumblr.com

ANTOINE NOGUEIRA

LOUISE VENDEL

CÉLESTIN KRIER

Nous marierions avec plaisir Antoine Nogueira avec notre fille préférée. C’est simple, il a tout pour nous plaire : étudiant en graphisme à l’EPSAA de Paris, il aime mêler la rigueur du design à la poésie de l’illustration. Il a également fondé son collectif, Gribouilli, et la revue du même nom. Et puis ce qu’il fait c’est beau antoinenogueira.fr

Oui, c’est vrai, nous avons repéré Louise Vendel chez la concurrence. Dans l’excellente revue Les Ombres pour être précis. Et tant mieux car nous avons pu nous faire un festin de ses illustrations et inviter l’étudiante des Arts décoratifs de Paris à magnifier notre magazine. louisevendel.com

Un matin, la gueule encore tout à fait en saucisson, nous recevions le mail de Célestin. Un œil, puis deux se sont ouverts à la grâce des formes noires de ses dessins se débattant dans des décors entre le rupestre et le sauvage. Créateur d’une mythologie sans précédent et sans âge, Célestin fait partie de ces rares dessinateurs qui ont un univers. backtothecave.tumblr.com

CHESTER HOLME

QUENTIN FAUCOMPRÉ

Un gars qui aime le foot et le cyclisme ne peut pas être foncièrement mauvais. Enfin, si, ça arrive, mais pas Chester Holme qui les dessine avec tellement de bonté et de beauté que c’en est renversant. Et nous l’avons été, renversés, par le travail du Londonien déjà primé par les D&AD et repéré par It’s Nice That et Drip for Drip. chesterholme.co.uk

Quentin Faucompré est le genre de type pénible qui touche à tout et le réussit. Tant pis pour les autres et tant mieux pour nous puisque le fondateur de l’Orbis Pictus Club nous offre son trait gracieux et absurde, l’un de ses 858 talents avec la vidéo, la performance, la sculpture ou encore le puzzle. quentin-faucompre.tumblr.com


Discussion

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Clément Arbrun

Hot Shots 2 : Make America Goofy Again À revoir Hot Shots ! 2, difficile de ne pas déceler, derrière l’éclat de la parodie délurée, le nonsense d’un idiocrate qui a pris ses aises à la Maison Blanche.


Discussion

En 1981, la prise d’otage par des étudiants iraniens des résidents de l’ambassade américaine prend fin. Quatre ans plus tard, Ronald Reagan, sans rire, rassure son peuple lors d’un discours au Bureau Ovale : « j’ai vu Rambo II. La prochaine fois qu’un tel événement arrivera, je saurai comment agir. » En pleine Guerre Froide, il affirme même vouloir s’occuper du système de taxe fédéral « à la manière de Rambo ». En 1993, alors que Bill Clinton devient le 42e président des États-Unis, la comédie parodique Hot Shots ! 2 envahit les multiplexes. Ses auteurs, Jim Abrahams et Pat Proft, y défragmentent Rambo III. Si la crise des otages est le canevas de Hot Shots ! 2 – qui sous couvert de Guerre du Golfe cartoonise Saddam Hussein – c’est la punchline triomphaliste de Reagan qui fascine les scénaristes : cette propension des dirigeants états-uniens à démolir la frontière entre réel et fiction. Car le véritable héros du pastiche n’est pas Topper Harley (Charlie Sheen) mais le Président Thomas Benson, « POTUS » vieillissant qui à l’aube de sa réélection affronte le bellicisme irakien. Il est incarné par Lloyd Bridges, pater de Jeff, fidèle des frères Zucker (le commissaire shooté de Y a-t-il un pilote dans l’avion, c’est lui), et, du haut de ses deux mètres, belle figure fissurée des westerns et séries B S-F kitsch – l’ère d’Harry Truman. Membre durant les années quarante de l’Actor’s Lab, troupe de théâtre acoquinée avec le Parti Communiste, Bridges a subi les foudres du sénateur McCarthy. Le voir quatre décennies après se vêtir des oripeaux du pouvoir n’est pas le moindre éclat de ce chamboule-tout politique. Envers homer-simpsonien du Président Muffley, le leader joué par Peter Sellers dans Docteur Folamour, Benson est, éructera Saddam, « un scénario catastrophe ». Fiasco lorsqu’il défonce à coups de pelle Bush, Reagan, Carter, Gerald Ford et Nixon.

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Lorsqu’il rend son repas sur le costume deux-pièces du Premier Ministre du Japon – à l’instar de son cousin éloigné Bush Père, qui avait fait de même sur Kiichi Miyazawa. Lorsqu’il demande à son Vice-Président le sens du mot « sabotage »...Pour Proft et Abrahams, ériger un tel gugusse à la tête du pays, c’est faire hommage à Mad, la revue satirique d’Harvey Kurtzmann. En décembre 1956, Mad proposait à ses lecteurs d’élire non pas Dwight Eisenhower mais le lunaire Alfred E. Neuman, tête à claques dont la tirade (« What – me, worry ? ») traduit l’impertinence morveuse. Son slogan ? « Vous pouvez faire pire [que voter pour moi], vous l’avez déjà fait ! ». Benson ne dit pas mieux. Pourquoi ce Mister Magoo cravaté, qui trempe son dentier dans le champagne, remplit un buste d’Abraham Lincoln de biscuits à la cannelle et préfère avaler quelques crêpes fourrées à la crème de kirsch plutôt que protéger sa nation serait-il plus irresponsable que les amis occidentaux de la fratrie Ben Laden ?

Aujourd’hui, ce « pourquoi » est un « pourquoi pas ». Paré de sa devise patriotique, « La Solution Simple » (que les médias jugent « trop simpliste »), et de ses mimiques burlesques (sourcils très froncés, mine imperturbable, détachement autistique), l’ahuri intègre la bande des alter ego pop de Donald Trump. Tandis que le web détourne en gribouillis d’enfants les décrets signés par le républicain aux premiers jours de son investiture, Benson affirme fièrement à son bras droit : « Je m’entraîne à faire des A… il y en a une pleine page, c’est bien ! » Face au cabotin, passé du reality show à la politique-spectacle, il y a ce bouffon qui oublie être Président, mais se souvient avoir aperçu ce dernier « à la télé ! il a les cheveux blancs et ma taille ! ». Le grisonnant Benson est parano ; du type à terrasser son épouse, qu’il prend pour un espion ; mais pas plus qu’un président qui sacre en paroles d’évangile le complotisme de Breitbart News. Surtout, lorsqu’il n’évoque pas le peuple japonais (« nos millions d’immigrants clandestins ! »)

" J’ai vu Rambo II. La prochaine fois qu’un tel événement arrivera, je saurai comment agir." (Ronald Reagan)


Clément Arbrun

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ou la gent féminine (« J’ai perdu mon berlingot à quinze ans... »), Benson renverse le monde. Un monde englobé par ces mots de Jean Baudrillard, en 1991 : « La guerre du Golfe n’a pas eu lieu ». Au creux d’une société parasitée par les simulacres et la « multiplication du faux », quoi de mieux qu’un chef qui taille ses crayons grâce à son conduit auditif, possède une peau en amiante et survit aux flammes quand il s’agit de « mater de l’ostrogoth oriental » ? Dès lors que le biographe Tim O ’Brien érige le 45e président des États -Unis

en « empereur du chaos », l’anarchie slapstick n’est que plus percutante. Benson vit dans un « monde à l’envers », où l’illogique devient logique, un nonsense américanisé à outrance, Terminatorisé. Le monde du « fait alternatif », ou, pour citer le The Art of the Deal de Trump, celui de l’« hyperbole véridique ». Lorsqu’il combat en tenue d’Obi Wan un Saddam grimé en Dark Vador, Benson investit la fiction, mais incarne la vérité... présidentielle. Bush (Père) ne résumait-il pas dans U.S. News & World Report les bombardements en Irak à « un affrontement

entre le bien et le mal » ? Pas la peine d’aller chercher bien loin pour déceler la véracité actuelle d’un mégalo qui déclare : « Pas besoin de traverser les mers, on fera la guerre chez nous ! », dès l’instant où le Clown Of The United States (descriptif du compte parodique Tronald J. Dump) déglingue sa propre nation. Sauf que cette grotesquerie n’a plus rien de drôle. Après la post -vérité, veuillez accueillir la post-hilarité...

Texte : Clément Arbrun Images : Klar

Top 6 - Présidents au Cinéma Independence Day : Président Thomas J. Whitmore (Bill Pullman)

Scary Movie 3 : Président Baxter Harris (Leslie Nielsen)

« Peut-être le sort a-t-il voulu qu’aujourd’hui soit le 4 juillet. Vous allez une fois de plus devoir défendre notre liberté. Non pas de la tyrannie, de l’oppression, de la persécution... Mais de l’anéantissement. Nous combattons pour notre droit de vivre. D’exister ». Emmanuel Macron aura beau hurler, ses discours n’attendront jamais l’intensité de l’orateur Thomas Whitmore.

Dans Ya-t-il un flic pour sauver le président ?, Leslie Nielsen transformait la mère Bush en punching-ball. 12 ans plus tard, il incarne – toujours sous la direction de David Zucker – un leader qui urine par les doigts et cogne les handicapés. « Mais qu’auraitfait le Président Ford ? » se demande-t-il à la Maison Blanche en admirant...un portrait du Harrison d’Air Force One. Faits alternatifs !

Mais qui a re-tué Pamela Rose : Présidente Barbara Applepie (Audrey Fleurot)

Fahrenheit 9/11: George W. Bush

La Jessica Chastain hexagonale érigée en improbable Présidente des United States of America ? C’était un fantasme, Kad & Olivier en ont fait une réalité. Glamour, pétillante, fière, elle est la cerise sur la tarte à la crème. Prends-en de la graine, Melania Trump.

Mars Attacks! : James Dale (Jack Nicholson) La folie, le Diable, la monstruosité, le vagabond, le mafioso, l’assassin. Puisqu’il avait déjà incarné tout cela par le passé, Jack Nicholson avait tout pour devenir l’homme le plus (im)puissant du monde, au centre d’un univers anarchique, celui de Tim Burton. CQFD.

« Était-ce un rêve ? Ou était-ce la réalité ? ». Soufflé par la victoire de George W. Bush face à Al Gore, Michael Moore dépeint l’égérie de Fox News en jackass ricanant, golfeur frimeur et texan ripou. En ouverture, Bush Jr se fait poudrer, comme dans les coulisses d’un théâtre. Derrière la tragédie, le personnage...ou le comédien ?

Groland : Christophe Salengro Président de la présipauté du Groland depuis 1992, ce Charles de Gaulle possédé par l’esprit Canal «  mourirrai t » volontiers pour son pays, entre deux fioles de vinasse. Avant de scruter sa contrée imaginaire du haut de ses deux mètres, Salengro faisait du modeling pour les romans-photos d’Hara-Kiri. Un cursus en or.


Discussion

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The West Wing et la fin du libéralisme ?

La magnifique série A la Maison Blanche (The West Wing, NBC 1999-2006) pourrait apparaître datée à ses spectateurs aujourd’hui (look des acteurs, musique guillerette, idéalisme sociallibéral un peu optimiste) : mais oui, elle est datée… de l’entrée de la série TV au XXIe siècle. Comme Urgences (ER), TWW combinait l’innovation

esthétique et morale, en nous plongenat directement dans le contexte de l’action, en filmant les personnages en conversation et en mobilité, en déplaçant les questions éthiques et politiques vers l’élaboration d’une sensibilité commune, éduquée/ transformée par la fréquentation hebdomadaire de personnages certes

imparfaits, mais toujours en quête de perfection. On peut parler, pour ER et TWW, de care du public dans tous les sens de l’expression : le souci du public, de la réception, mais aussi une forme de soin apporté à la communauté. La formation morale que construit la série n’est possible que par sa forme esthétique : régularité, intégration des


Sandra Laugier

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" L’absence de fait du peuple réel dans TWW, l’ironie de l’équipe envers les mobilisations environnementalistes et altermondialistes…. en font aussi une première formulation de l’aveuglement de la démocratie libérale, qui a de multiples conséquences aujourd’hui. " personnages à la vie ordinaire et familiale des spectateurs, initiation à des formes de vie non explicitées et à des vocabulaires nouveaux et initialement opaques, et cesans que le spectateur soit lourdement guidé et éclairé. A lui. elle de se débrouiller et de s’éduquer à ces formes de vie démocratique. C’est cette méthodologie et narrativité de la série TV qui fait sa pertinence et son expressivité morale : mais cela conduit à réviser le statut de la morale, à la voir non dans des règles transcendantes et principes de décision mais dans l’attention aux conduites ordinaires, aux micro-choix quotidiens, aux styles d’expression des individus. TWW nous présentait aussi une morale perfectionniste, par la création d’un univers à l’époque aussi fictionnel et utopique que celui, aujourd’hui, de WestWorld (le monde de la cohabitation avec les robots) ou de The Man in the High Castle (le monde où nous serions si l’Allemagne et le Japon avaient gagné la seconde guerre mondiale) : un président américain brillant et cultivé, Jed Bartlet (Martin Sheen revenu d’Apocalypse Now) animé du sens de la justice, prix Nobel d’économie, lecteur de Foucault... ; son équipe de conseillers, C.J. Cregg, Josh Lyman, Toby Ziegler... brillants et engagés dans le progrès social et la défense des libertés, et dont les échanges et modes d’expression singuliers, orchestrés par Aaron Sorkin, formaient le public au sens démocratique et à l’intelligence collective. Le monde de la Maison Blanche et ses héros étaient porteurs d’un idéal alors non réalisé, par une représentation inversée de la réalité politique

américaine d’alors (le bushisme réactionnaire, imbécile et guerrier). Ce qui correspondait bien à un concept de la démocratie qui, dans la perspective perfectionniste d’un Ralph Waldo Emerson et d’un Henry David Thoreau, serait l’utopie, comme à Walden, d’un autre monde, perpétuellement à venir. La fiction a curieusement rejoint la réalité : A la Maison Blanche s’achevait en 2006 sur l’élection, après deux mandats du président Bartlet, du démocrate hispanique Matt Santos (Jimmy Smits). Ce personnage était directement inspiré aux scénaristes par le parcours d’un brillant jeune sénateur de l’Illinois, révélé lors de sa première campagne électorale en 2004. La campagne de 2008 semblait ajouter la réalité à la fiction, alors que c’était l’inverse : Barack Obama était bien, après Clinton, l’inspirateur de l’univers de TWW, l’idéal se révélant finalement réalisable… Non sans déception. Après deux mandats d’Obama et la victoire de Trump, et malgré toute la nostalgie que l’on peut avoir suite au départ d’un président à la fois talentueux, éthique, et incarnant les luttes pour les droits civiques, et bien sûr la consternation sidérée que suscite l’arrivée au pouvoir de son exact inverse, on voit peutêtre autrement TWW. La série incarne de fait et soutient avec tout le talent argumentatif de ses scénaristes le libéralisme (au sens américain du terme) dans sa continuité de Clinton à Obama à Clinton, avec son perfectionnisme moral et son sens de la justice certes, mais aussi sa conviction de la supériorité de la dé-

mocratie américaine, son ignorance de la réalité sociale, et sa condescendance par rapport au reste du monde – qu’il s’agisse de l’Europe ou de la Russie. L’absence de fait du peuple réel dans TWW, l’ironie de l’équipe envers les mobilisations environnementalistes et altermondialistes…. en font aussi une première formulation de l’aveuglement de la démocratie libérale, qui a de multiples conséquences aujourd’hui. Depuis la fin de TWW et l’élection de Matt Santos, puis d’Obama, la démocratie, si bien incarnée et exprimée Obama au moment l’élection d’Obama, est restée à l’état verbal d’aspiration. Quel sens de la démocratie peut-on revendiquer dans un univers d’inégalités, sociale et raciale ? Quelle utopie reconstruire alors, sous Trump ? On peut se demander où vont s’exprimer dorénavant l’aspiration et le rêve démocratique. Dans une série comme Designated Survivor, où le président est finalement et par un pur hasard un citoyen ordinaire ? Ou ailleurs que dans la fiction, dans les mouvements protestations et révoltes qui en ce moment traversent l’Amérique mais n’ont pas encore leur place à l’écran ? Ou simplement dans l’exigence quotidienne de participation de tou.te.s à la vie publique, qui est la forme minimale de vie démocratique qu’on peut demander et pourtant relève encore de l’utopie.

Texte : Sandra Laugier Images : Klar


Discussion

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Présidentiables et musique : un kamoulox bien français Les élections présidentielles approchent et avec elles, l’envie de mieux connaître les candidats. Enquête sur leurs goûts musicaux, tellement absurdes qu’on conseille l’absorption d’une aspirine avant de continuer la lecture de ce papier.


Marine Normand

Les élections présidentielles approchent et avec elles, l’envie de mieux connaître les candidats. Enquête sur leurs goûts musicaux, tellement absurdes qu’on conseille l’absorption d’une aspirine avant de continuer la lecture de ce papier. Obama n’en finit pas de faire rêver. Après huit ans à la Maison Blanche et un bilan mitigé, des affiches à son image ont néanmoins récemment fleuri à Paris, tout comme une pétition réclamant sa candidature pour la présidence de la France. Et si ce n’est pas forcément sa politique qui donne des envies de « yes we can », la réponse est peut-être à chercher du côté du cool, qui suinte par tous les pores du 44e président des États-Unis. La double playlist qu’il a imaginée pour l’été 2016 le prouve : Aretha Franklin flirte avec Prince (et Manu Chao, comme quoi personne n’est parfait), Chance the Rapper frôle Janet Jackson. Une sélection cinq étoiles qui, comparée aux goûts de nos élus oscillant souvent entre Didier Barbelivien et Cali, donne des envies de billet sans retour pour le Washington de 2009.

Musique et politique française : un WTF intégral Soyons honnêtes. Le paysage politique actuel, comme l’élection présidentielle française de 2017 ressemble à une partie de kamoulox sous acides. Candidats chelous, rebondissements dignes d’une série Netflix, on regarde dorénavant les informations avec un sachet de pop -corn, en attendant l’arrivée de Bruce Willis (qui ne devrait plus tarder, au point où on en est). En France, Yann Barthès a récemment décrit cette élection comme celle des candidats qui n’en ont « Rien

Au point où on en est, on prend d’ailleurs les paris et on mise tout sur Nadine Morano groupie des Destiny’s Child. à Foutre », hommage involontaire peut-être au titre générationnel de Nekfeu, On Verra. « Rien à foutre de rien, rien à foutre de rien, je n’en ai vraiment Rien à foutre de rien, rien à foutre de rien, on verra bien » Un leitmotiv qui semble revenir chez tous les candidats à l’élection présidentielle. Mais d’ailleurs, quels sont leurs goûts musicaux ? Et peut-on juger un homme politique à sa playlist ?

Historique de la Ve République Nos anciens présidents ont bien fait de ne pas se lancer dans la conception de compilations. Si Charles de Gaulle était friand de Henri Salvador et Georges Brassens (à notre

plus grand étonnement), Mitterrand donnait plutôt dans le Sardou (une confidence venant de l’auteur des infernaux Lacs du Connemara luimême) tandis que Chirac, pour draguer les votes des jeunes, n’a pas hésité à flirtouiller avec Madonna (mais écoutait plutôt Pierre Boulez). Sarkozy annonçait déjà en 2007 une posture musicale un peu YOLO en arrivant à rameuter à ses meetings à la fois Johnny Hallyday et Doc Gynéco (qui avaient d’ailleurs précédemment collaboré sur un titre à ne jamais oublier, Le Temps Passe), et publiait une playlist en 2012 qui mélangeait allégrement Julien Clerc et Enrico Macias. D’un autre côté, Hollande répondait au même exercice, et enchaînait Zaz (smiley vomi) avec Adele (smiley pleurs), sans oublier La Superbe de Benjamin Biolay (smiley cœur).


Discussion Présidentielles 2017 Aujourd’hui, s’il est encore difficile d’identifier les artistes derrière les candidats (qui en ont sûrement un peu marre de passer pour des porte-parole, et dont les annonces de soutien ruinent souvent la carrière, demandez à Faudel), certains ont néanmoins pris la parole pour encourager leur poulain. L’exemple le plus récent restant Boy George, qui a publié puis effacé un tweet en soutien à Macron (oui, on avait prévenu que cet article allait être un peu n’importe quoi). Le fondateur du mouvement « En Marche » n’en est pas à son premier « statement » showbiz : il avait fêté en juillet dernier l’anniversaire de Line Renaud en compagnie de Vanessa Paradis et Johnny Hallyday (sa femme serait très amie avec Laetitia Hallyday). Macron, qui d’ailleurs a suivi pendant dix ans des études de piano au conservatoire d’Amiens (et non pas de pipeau, comme on pourrait le croire), est peut-être le candidat le plus « musical » de cette élection 2017. Celui qui a annoncé clairement ce qui passait dans ses écouteurs, c’est

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le candidat du PS. Benoît Hamon a ainsi récemment évoqué ses préférences musicales dans une interview pour Rolling Stone. Le député des Yvelines parle de ses passions adolescentes pour ACDC et Status Quo, de sa période plus sombre avec Joy Division, Sisters of Mercy et The Cure, et avoue un penchant pour Miossec (incontournable pour un breton) ainsi que pour Téléphone (que l’on traitera ici de la même manière que le Manu Chao d’Obama : en essayant d’effacer de notre mémoire cette faute de goût). Plus surprenants, les goûts de François Fillon (que, par souci éditorial, on espère encore dans la course quand paraîtra cet article), qui vont de la musique baroque (son fief, Sablé-sur-Sarthe, accueille un festival dédié) à la pop. Dans un papier du Monde datant de 2009, celui qui était encore premier ministre se vantait d’être allé voir Police au Stade de France* et d’avoir fait découvrir Amy Winehouse à une journaliste en 2006. L’homme qui se cache derrière ses sourcils (et ses idées vieillottes pour la France) avouait même être plus Beatles que

Marine Normand

Rolling Stones. Comme quoi, il y a encore des choses à sauver du côté des Républicains. Fidèle à ses principes, Marine Le Pen, elle, se targue d’être fan de chanson française. Celle qu’on décrit dorénavant comme une « exnightclubbeuse », suite à des révélations sur sa jeunesse, a été surprise plusieurs fois à chantonner des airs de Dalida (Paroles), Sylvie Vartan (Nicolas) ou Johnny Hallyday (Quoi ma Gueule). Prenez populisme français, enlevez cinq lettres, et vous avez pop française. Et comme cet article continue d’être complètement incohérent, vous serez ravis d’apprendre que Jean-Luc Mélenchon adore Quelqu’un qui m’a dit de Carla Bruni et Alors On Danse de Stromae. Une chose est sûre : les goûts musicaux de nos hommes politiques sont à l’image de cette campagne 2017 : résolument absurdes et imprévisibles. Au point où on en est, on prend d’ailleurs les paris et on mise tout sur Nadine Morano groupie des Destiny’s Child. Texte : Marine Normand Images : Klar


Interlude : Les présidents Présidents

JEUNOT Le fringant Louis-Napoléon Bonaparte et ses 40 printemps. Jules Grévy, 78 ans à l’aube de son second mandat, est la plus vieille personne à avoir été élu.

Illustration : Amina Bouajila Pictos : Alizée Avice | Texte : Alix Hassler

ZINZIN Le 23 mai 1920, Paul Deschanel, président de la IIIe République, chute d’un train en marche, dans le Loiret, et est retrouvé par un garde-barrière en pyjama sur les voies. Autre fait d’armes, il reste agrippé plusieurs heures sans raison au sommet d’un arbre du jardin de l’Élysée.

LA PROSTATE DE LA FORTUNE En 1954, un débat sur l'Europe embourbe l’élection dans une série de 11 scrutins, dont aucun nom ne se détache. De son côté, René Coty est en train de se faire opérer de la prostate. Personne ne connaissant sa position, le Congrès décide de l’élire en guise de compromis, alors même qu’il n’est pas candidat. Gros mojo.

JOKER DE LUXE Alain Poher a été deux fois président de la république sans qu'on ne demande l'avis de personne. Président du Sénat pendant 24 ans, il a du, en tant que deuxième personnage de l'État, assurer l'intendance après la démission de De Gaulle en 1969 et la mort de Pompidou en 1974.

IL OUBLIERA SA TÊTE On en place une pour François Mitterrand qui a oublié les codes nucléaires dans la poche de sa veste, la laissant partir au pressing. Boom.

TAPEZ HOT AU 82222 Félix Faure décède en 1899, à l’Élysée, à la suite d’un AVC dans les bras de sa maîtresse, Marguerite Steinheil. Septième président français, il serait surtout monté trop vite au septième ciel lors d’une gâterie de sa douce. Suite à cet épisode, Steinheil hérite du surnom de « pompe funèbre ». Georges Clemenceau dédie quant à lui une épitaphe au président Faure : « Il voulait être César, il ne fut que Pompée. »

RÉGLO Le président Charles de Gaulle tenait à payer lui-même les factures d’électricité de ses appartements et ses frais de téléphone, jusqu’aux timbres de sa correspondance. Carré le général !

ET QUI PLUS EST, PRÉSIDENT FRANÇAIS — En France, nous avons cette manie très très pénible de croire qu'il nous faut un super-héros pour gouverner à la destinée du pays. Ce qui donne une élection présidentielle gonflée de sa propre importance, un homme qui prend tout seul rendez-vous avec le peuple et une splendide déception à l'arrivée. Mais comme la nature est bien faite, il ne s'agit en réalité que d'êtres humains aux qualités et aux défauts absolument banals. Et parmi la tapée de président qu'on a eu, quelques-uns ont retenu notre attention. Des êtres humains, oui, mais français tout de même.


Illustration : Simon Bournel-Bosson Texte : Maxime Gueugneau

Reportage graphique

En diagonale (3/4) :

Champignons & Présidents

L'ex-compagnon de Ségolène Royal a dit un jour « La Corrèze est une terre qui fait pousser des champignons et... des présidents ! » N'écoutant que notre courage et notre vénérable président de la république, nous sommes partis à la découverte de cet humus exceptionnel. Car oui, assoiffés de terres nobles nous

sommes, amoureux de pouvoir nous resterons. Qui sont donc ces hommes et ces cochons truffiers qui parviennent à dénicher d'un même coup l'accompagnement parfait de l'omelette et les gens capables d'affronter sans frémir les questions de David Pujadas ? Quels sont ces collines, ces arbres et ces rues

pavées qui cachent un peuple mariant aussi bien la girolle à la tête de veau sauce Corona ? Ce sont forcément des individus grandioses, des paysages majestueux et des villes sans repos qui façonnent ces contrées. En fait, oui et non.


→ Limoges

→ Uzèrche

Pour se préparer à la terre promise, nous avions choisi de faire un saut à Limoges. Histoire de profiter des colombages limougeauds, d'ingurgiter quelques nouilles chinoises en bavardant chez nos amis du Phare et de reluquer cette foutue gare – oui, elle est très jolie, on a compris. Et puis nous avons dû quitter cette

belle limousine avant de plonger dans un corréziano-fanatisme insolent. Était-ce (déjà) dû à l'émotion ou bien simplement à cause d'un sprint d'1,5km parce qu'on était complètement à la bourre ? Toujours estil qu'on a failli bien vomir et que ça a bien fait marrer la fille d'Europcar. Ce fut donc notre dernier moment de lucidité.

Nous nous sommes mis à perdre la boule très tôt dans notre voyage. Alors que nous cherchions à en savoir plus sur la désorientation complète que nous subissions, nous sommes tombés sans nous défendre sous le charme uzerchois. Car, en plus de ses bâtisses d'une

beauté intemporelle, Uzerche abrite également l'élégant Café de la Mairie. Déjà électrisés à l'idée de notre balade corrézienne, voilà que l'établissement en rajoute une couche avec une table de air hockey tout ce qu'il y a de plus diabolique : une forme en half-pipe jamais

vue et quatre parties pour la modique somme de 2 euros. Que pouvaient-on faire, nous pauvres pêcheurs, face à une tentation de la sorte ? Alors nous avons joué. Et nous sommes repartis, le cœur battant, le bras tremblant, vers d'autres aventures sportives.


→ Tulle

meubles seventies accolés à certaines des plus bluffantes bâtisses de France. Un parcours en TUT (Transport Urbain de Tulle) sur les traces des reliques Hollandaises suffit à nous faire comprendre que nous sommes là en terre d'audace où le Jack Saloon 415 côtoie le vinyl shop The Rev' et où les enjolivures du Théâtre Municipal serre la main aux moellons du centre postal. Notre trouble est évident, cette ville nous pose trop de questions existentielles. Nous fuyons.

Enfin, après de longs kilomètres d'errance à l'écoute d'Alouette FM, nous y arrivons. Le potager de la république, là où le pouvoir naît, grandit et donne ses plus beaux fruits ; là, enfin où Marianne choisit ses époux : Tulle. Le fief de François Hollande, de Jacques Chirac, de Henri Queille ou de Jacques Delors, pour ne citer qu'eux, transpire la conquête électorale par tous ses caniveaux. À notre arrivée, des cotillons millésime 2012 jonchent encore le sol près de Notre-Dame où Françou fit son discours de la victoire. Victoire, voilà le deuxième nom de Tulle. Car oui, nous sommes bien en face d'une préfecture de winners. Symbole de cette vision américaine de la vie, le building pharaonique de la Cité Administrative de Tulle surplombe de son regard trumpiste la délicieuse rivière Corrèze qui tranche la ville en deux. Facétie architecturale qui n'est que l'arbre qui cache une forêt d'im-


→ Sarran

→ Brive-La-Gaillarde

La prochaine étape ne ressemble à aucune autre. Pour tout dire, ça n'est pas vraiment une étape, c'est un pèlerinage. Sur les pas de notre père à tous, nous avons voulu marcher. Celui qui n'hésita pas à se servir de sa franche poignée de main, d'emplois fictifs et de son sourire

ravageur pour accéder au poste de président a en effet choisi pour lieu de résidence le si joli village de Sarran, à une vingtaine de kilomètres de Tulle. Tout à notre joie, nous roulons à vive - mais légale - allure vers le musée du président Jacques Chirac, niché au cœur

du massif des Monédières. L'ambiance y est imposante. Un léger fog nous enrobe et nous plonge dans une solennité aux limites de la zénitude. Jacquot, l'amoureux du Japon, ne pourrait pas être plus fier de nous.

Et puis vint le drame. L'enflure est fermée pour deux mois. Ce vaisseau spatial architectural, caprice d'un demi-dieu républicain situé au sud-est de nulle part, ne nous fait même pas la politesse d'une ouverture hivernale. Nous nous contorsionnons pour voir ici une sta-

tue béninoise, là le fanion de la finale de France 98. Un maigre butin pour nous qui en attendions tellement. Mais l'amour de la France n'a pas de répit, et nous repartons vers celle qui saura nous ravir : Brive-La-Gaillarde. Remontés par une session Francis Ca-

brel de haut vol, nous reportons tous nos espoirs sur la ville la plus peuplée de Corrèze. Et nous faisons bien. Après un parcours dans le quadrillage urbain mais vide du centre-ville, nous trouvons notre bonheur parmi les jeunes. La fontaine de jouvence briviste, l'évidence même.


→ Brive-La-Gaillarde

Tout échaudés par notre déception chiraquienne, nous fonçons dans une étonnante de gueule du loup pour éteindre le feu qui brûle en nous. Au détour d'une rue nous remarquons une ambiance drôlement américaine devant le bar basque. Un métissage qui nous plaît, à première vue. Après le shot de bienvenue et la découverte de déguisements affriolants, elle nous plaît, aussi, à la deuxième vue. Et soudain-mais-c'estbien-sûr : nous sommes dans une soirée spéciale États-Unis du BDE de l'École de Gestion et de Commerce de Brive. Le panard. Pourquoi nous ont-ils laissé entrer ? Mystère. Peut-être parce que nous aussi sommes jeunes et fringants, nous aussi avons l'allure de ceux qui veulent bouffer le monde, nous aussi aimons Ja Rule. Après quelques déhanchés sur Ashanti, nous croisons la route de ce drôle de petit bonhomme affublé d'une casquette « Make America Great Again ». Il ajoute qu'elle lui a couté chère parce qu'il l'avait fait importer. La dure réalité nous rattrape et la géopolitique moderne vient tapoter sur notre dos. Nous ne nous retournons pas et filons droit à la soirée de l'école para-médicale à deux pas de là. De celle-ci, nous retiendrons ses trois principaux atouts : une bande-son faite de Magic System, le droit de fumer à l'intérieur mais aussi des nouveaux amis venus du centre de formation SNCF qui n'hésitent pas à être complètement saouls, mythomanes et, quelque part, un peu drôles. La jeunesse nous avait accueilli, la jeunesse nous devions quitter. Filonser sur la route de nos 70 ans.


→ Collonges-la-Rouge

→ Sarlat-la-Canèda

→ Périgeux Pour avoir 70 ans, il ne suffit pas d'être en mauvaise santé, de porter des charentaises et de se promener les mais dans le dos. Tout ça, nous le faisons déjà, et depuis longtemps. Non, pour entrer de plein pied dans le monde merveilleux des seniors, il faut surtout se fader les villages touristiques sans habitant mais aux restaurants très chers qui servent des pizzas mozarella-fois gras-magret-cèpescrème-saindoux. Ce que nous avons fait. Les fort mignonnes villes de Collongesla-Rouge et Sarlat-la-Canèda nous ont gentiment rappelé que nous n'avions plus de carte 12-27 et qu'il y avait une bonne raison à cela. Qu'importe, contre tous les bien-pensants, nous avons pris deux grenadines au Jimmy's pour admirer la place de liberté de Sarlat. Et nous avons aimé.

Ce genre de requinque permet ensuite toutes les folies, à l'image d'une nuit à Périgueux. Il faut dire que les planètes avaient commencé à s'aligner dès le village troglodyte des Eyzies que nous avons traversé à grands coups de Benny Benassi. Deux ou trois summer jams plus tard, nous étions dans la capitale du Périgord,

écoutant attentivement le plan d'attaque édicté par nos agents sur place, Alizée et Marine. Manger du camembert rôti dans des œufs à ski ? Ok. Boire du Tariquet au Café de la Place ? Mais oui. Y retourner après avoir zoné dans les rues ? Avec plaisir. Se frotter à des aisselles d'inconnus à La Cantina ? Et pourquoi pas. Danser

sur du Joe Dassin avec des mâles alpha ? Plutôt deux fois qu'une. Cette vilaine programmation ne pouvait finir que d'une seule manière : dans la fameuse boîte gay sans gay de Périgueux, le Key Largo et sa ronde infinie de mamans dansant sur Jul. Merci Périgueux, dans notre cœur, c'est toi la présidente.


Rétrographie

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Coluche Président

La vraie campagne improbable du candidat Coluche pour l’élection présidentielle de 1981, illustrée par Siné.


Coluche Président

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«  J'ai voté pour rien pendant longtemps. On a voté pour rien pendant longtemps. Aujourd'hui on va voter pour quelqu'un qui, politiquement, n'est rien. ».

Fin 1980, la France se prépare mollement au traditionnel duel Gauche-Droite, qui devra monopoliser la télévision et la radio durant plusieurs mois. Giscard prépare sa propre succession, Mitterrand n’est pas encore déclaré. Et sans que personne ne s’y attende, le plus inattendu des candidats fait surface : Michel Colucci, alias le grand Coluche. D’abord pour le « parti d’en rire », comme l’avait fait avant lui Pierre Dac en 1965 ; puis avec une conviction grandissante, au fur et à mesure que la campagne électorale avançait. Ça commence par une bonne blague, qui n’a pas plu à tout le monde. « Bonjour. Nous sommes en direct du rocher aux putes ! » Coluche et son camarade Romain Goupil ont une quotidienne sur

RMC. Depuis douze jours. La fine allusion au rocher de Monaco et à sa princesse (dont la famille détient 17% de l’actionnariat) n’a pas remporté l’unanimité. C’est même diamétralement l’opposé. On les invite poliment à prendre leurs affaires et aller voir ailleurs. Nous sommes le 2 février 1980, et c’est la deuxième fois en six mois qu’ils se font virer d’une radio. Coluche en a marre de se faire museler. Goupil lui dit alors que le seul moyen pour pouvoir dire ce qu’il veut, c’est de se présenter à l’élection présidentielle. Il en savait quelque chose : il avait travaillé

pour la candidature de Krivine en 1969. Coluche se laisse convaincre. Mais pour que ça fonctionne, il faut organiser une vraie campagne, avec slogans, affiches, discours et tout le toutim. Même s’il s’agissait d’une grande déconnade. Du moins, au début. Durant les mois qui suivirent, ils préparèrent leur coup. Sans prendre de gants, Coluche, Goupil et Maurice Najman, journaliste à Libé, rédigent la candidature, sous forme d’un manifeste « pour leur foutre au cul » (reproduit ci-dessus). Cet avis à la population est placardé dans le Charlie Hebdo du 29 octobre 1980 et


Rétrographie

lance officiellement la campagne électorale. Le lendemain, au Théâtre du Gymnase, l’humoriste tient sa première conférence de presse et présente son programme. Ou plutôt son « Cahier des Charges », qu’il synthétise en cinq courtes phrases : « J'ai voté pour rien pendant longtemps. On a voté pour rien pendant longtemps. Aujourd'hui on va voter pour quelqu'un qui, politiquement, n'est rien. Ils nous prennent pour des imbéciles ? Votons pour un imbécile ! » Efficace. Le message est passé. Et les médias, d’abord amusés, s’intéressent à lui, tant cette annonce improbable semble purement clownesque. Et lui, comme il sait si bien faire, fait rire. Invité chez Guy Lux, il arrive sur scène en salopette et queue-depie sur l’air de God save the Queen : « Voici ma devise : quand je suis arrivé, la France était coupée en deux, maintenant elle va être pliée en quatre ! »

Le « candidat nul » Pourtant, Coluche n’est pas là que pour détendre l’atmosphère. Sous le ton de la blague qu’il manie si bien, se dessine de plus en plus visiblement une vraie voix : celle des déçus, des aigris, des désabusés, des politiquement tristes ; celle de ceux qui n'y croient plus, depuis le temps qu’on leur ressasse que tous les candidats « c’est blanc bonnet et bonnet blanc » ; ceux qui ont décidé de s’extraire du vote et qui ne vont plus aux urnes. Sur Antenne 2, il s’explique : « Je suis un candidat nul, et je veux recueillir les voix des abstentionnistes. Je veux recueillir les voix des gens qui ont l’âge et la possibilité de voter en France et qui d’habitude ne votent

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pas. Je voudrais qu’ils montrent combien ils sont et pourquoi ils font ça. Parce qu’en fait ils ne sont pas représentés politiquement, ni par la droite ni par la gauche. » Sans langue de bois, pour le coup, le discours séduit ; et bien au-delà des abstentionnistes. Après tout pourquoi ne pas voter pour lui ? Poussé par ses copains de Hara-Kiri et Charlie Hebdo – dans lequel il a dorénavant un supplément ColucheHebdo chaque semaine – il se lance pleinement dans la bataille. Il enfile l’écharpe tricolore par dessus sa salopette bleu clair et commence ses shows en incitant le public à scander « Coluche Président ! », tandis qu’il lance gentiment à qui saura les recevoir quelques bras d’honneur : « Je me présente pour vous, pour leur foutre au cul ! »


Coluche Président

Du côté de la campagne « sérieuse », même si on serre un peu les fesses face aux menaces de l’amuseur, on n’est pas trop inquiété par ses effets de manche. Jusqu’au matin du 14 décembre 1980 : un sondage du Journal du Dimanche révèle que Coluche récolterait 16 % des intentions de vote… C’est énorme. C’est la panique à gauche et à droite. Tandis qu’en Coluchie, on commence à se dire que c’est vraiment possible. À plus forte raison que les soutiens abondent, notamment chez les artistes et du côté des intellectuels de gauche comme Guattari, Bourdieu,

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Deleuze et Touraine. Mais ce soir-là, au JT, pas un mot sur ce score inattendu. C’est la censure polie. La classe politique traditionnelle est à présent inquiète. L’intrusion de Coluche dans la course à la présidentielle, ses prises de parole satiriques et leurs répercutions dans la presse, dérangent le petit monde établi, habitué à un jeu de campagne bien réglé. Surtout son effet sur l’opinion publique pose problème. Il faut le faire taire. Ou, au pire, le rallier à la gauche de Mitterrand, qui redoute que le candidat Coluche lui pique trop de voix et lui bloque le

second tour. Il refuse. Et devant ces manœuvres, sa posture de candidat anti-système, populiste à tendance poujadiste, se précise : « Un pour tous, tous pourris ! »

Flics et bandit À partir des estimations du JDD et de la prise de conscience que Coluche pouvait être gênant, d’un côté comme de l’autre, sa campagne prend une tournure beaucoup moins drôle. Déjà, le 24 novembre 1980, le régisseur de son spectacle, René Gorcin, est retrouvé mort


Rétrographie

dans une carrière de la banlieue parisienne, deux balles dans la nuque. Est-ce en rapport avec sa candidature ? Coluche espère que non, et préfère croire à une agression crapuleuse. L’enquête révélera en effet un crime passionnel. Mais selon son ami Jean-Michel Vaguelsy, il y aurait eu des ordre du Cabinet du ministre de ne pas pousser l’affaire, histoire d’ajouter des casseroles au candidat, voire même de l’effrayer. Car ce qu’il ignore, c’est que dans le plus grand secret, les Renseignements Généraux ont monté un dossier sur lui : depuis plusieurs semaines, ils l’ont placé sur écoute, ont enquêté sur sa famille, ses amis, ses mœurs et traqué ses « erreurs de jeunesse », ses zones d’ombre. De sorte à pouvoir envoyer aux rédactions de l’époque des documents confidentiels auxquels elles n’auraient jamais pu avoir accès, sur « la vraie nature de Coluche ». C’est avec ces mots que L’Express titrera la Une de son édition du 27 décembre 1980, dans laquelle un dossier de quatre articles d’investigation lui sera consacré. Dans son sillage, Minute fait paraître une photo anthropométrique du comique, extraite d’un fichier de police de 1963 qui fait état d’un vol d’environ 1200 F, commis chez un épicier de Dinard. La manœuvre des RG est simple : s’attaquer à l’homme, scruter son passé, pour tenter d’infléchir sa courbe de sympathie. Et ils semblent prêts à tout pour ça. C’est bien qu’il dérange. Il commence à recevoir des messages d’insultes, des menaces de cassage de gueule. Puis des menaces de mort, sous forme de coups de fil anonymes l’informant sur les risques à conduire en moto, ou de courriers à domicile assortis d’une petite balle et du message « la pro-

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chaine, c’est pour toi ». Certains sont signés du groupe « Honneur à la Police ». On crève les pneus de sa voiture, on l’espionne. Il demande alors une protection officielle. Mais ça ne le rassure pas. Forcément : quand on s’attire la haine des flics, on se méfie de ceux qui gardent la porte. Sur le plan médiatique, Coluche continue d’être censuré pendant les premiers mois de 1981. Patrick Poivre d’Arvor lui en donne la confirmation en off. Il en a marre. Entre menaces, pressions et censure, cette candidature commence à le gonfler. Le 16 mars 1981, en Une de Charlie Matin, il annonce qu’il se retire : « J’ai voulu remuer la merde politique dans laquelle on est, je n’en supporte plus l’odeur. » En avril, il appelle à voter Mitterrand, qui sera élu le 10 mai. Le soir-même il est invité au siège du PS pour célébrer la victoire. N’était-il finalement que le pantin de Mitterrand depuis le début, comme le raconte Jacques Attali ? Tchao. Mais juste avant de jeter définitivement l’éponge, dans un excès d’orgueil, le candidat Coluche nous a laissé un petit cadeau : une série d’affiches de campagne réalisée en une nuit, avec Siné. Quelques derniers messages pour marquer cette aventure, que le hasard du calendrier a eu le bon goût de faire tomber le 1er avril, dans les pages du supplément au n°542 de Charlie Hebdo : « Coluche, enfin les 22 affiches officielles à découper et à coller partout… » Prout.

Texte : Jean Tourette Affiches : Siné

Coluche Président


Illustration : Amina Bouajila Pictos : Alizée Avice | Texte : Alix Hassler

Interlude : le Camembert Président

POIDS LOURD Chaque année, un(e) Français(e) en consomme 26 kilos.

<3 CAMEMBERT <3 D’après un sondage IPSOS sur le goût des français, le Fromage est l’aliment préféré en 2016 avec 62 % de likes, devant le chocolat (57 %) et les fruits (54 %).

RIGHT ON TIME Le plébiscite est quotidien : un camembert est vendu toutes les secondes en France.

LE REBEL En 1791, un prêtre réfractaire se réfugie chez Marie Harel, fermière normande. Avec son aide, elle moule le premier fromage rond, baptisé du nom de son village d’origine, Camembert.

SEXY Pour le stocker et le transporter, l’ingénieur Ridel invente la boîte en bois de peuplier, adoptée rapidement par tous les producteurs. Elle devient un support novateur de communication grâce à son étiquette, travaillée par les graveurs et illustrateurs.

RÉPUBLICAIN En 1968, André Besnier fonde la marque Président qui propose le premier camembert au lait pasteurisé fabriqué industriellement. Le créateur de la marque, explique le nom: « La France est le pays des Présidents, tout le monde est président ! De l’association de pêche, des boulistes, des anciens combattants. »

TÂTILLON Le camembert de Normandie obtient son AOC en 1983. Le vrai camembert est un fromage au lait cru et moulé à la louche. Il fait 11 cm de diamètre.

SOCIÉTÉ SECRÈTE En 2017, la Confrérie des chevaliers du camembert lance des démarches visant à inscrire le camembert de Normandie au patrimoine immatériel mondial de l’Unesco.

RADICALISÉ Pour les fanatiques, le « Lactopole André Besnier » est à Laval, et expose plus de 4 000 étiquettes de camemberts. Un rêve de tyrosémiophiles. Oui, ces gens qui collectionnent les étiquettes des boîtes de fromage.

VOTEZ CAMEMBERT ! — Dans cette trouble période d’élections, où chaque jour apporte son lot de rebondissements et fait craindre un avenir incertain, il est bon de se réfugier dans de petits plaisirs simples : une balade au soleil, une paresseuse grasse matinée, un bon film à la télé, et bien entendu, manger des choses qui sentent mauvais. Quoi de mieux, en effet que le fromage pour remplir son cœur de joie. Et dans le pays aux 46 AOC, une spécialité remporte la majorité des suffrages : le camembert, président du PFF (ou paysage fromager français).


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le président

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Rencontre avec le président de la sape parisienne Jocelyn Amel dit LE BACHELOR Direction artistique : Baptiste Viry @ KIBLIND Agence Photographie : Thomas Chéné Stylisme : le Bachelor (marque Connivences)


Outro

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t s i l y Pla t n e d i Prés

Morceaux un tantinet cools qui ont l'avantage de faire référence à la présidence.

Fabe – Lettre au Président (1997) Lil Wayne – President Carter feat. Jay-Z (2011) President of the United States of America – Lump (1995) Gérard Lenorman – Si j'étais Président (1980) Alain Bashung – Résident de la République (2008) James Brown – Funky President (People it's Bad) (1974) IAM – Le Nouveau Président (1991) Principles Of Geometry – A Mountain for President (2007) Young Jeezy – My President feat. Nas (2009) Philippe Katerine – Barbecue à l'Élysée (2009) Mr.President – Coco Jambo (1996) Eric B. & Rakim – Eric B. is President (1986) The Electric Prunes – Hey Mr.President (1969)

5'06'' 4'15'' 2'14'' 3'40'' 3'21'' 4'05'' 3'28'' 3'23"" 5'29'' 2'24'' 3'37'' 6'25'' 2'47''

Bonus Track Bonus Track : Marylin Monroe – Happy Birthday, Mr.President (1962)

1'53''

Ghost Track Ghost Track : Valerie Gee's Car Band – Un Président pour La France (1981)

3'40''


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magazine

Back Office #1 REVUE On connaît le truc. Les éditions B42 nous avaient déjà fait le coup avec Back Cover : sortir une revue sur le design graphique qui allie une prouesse éditoriale avec le décorticage en règle de la chose graphique. Mais, tranquillement, elles ont décidé de pousser le bouchon un peu plus loin ou, du moins, dans une nouvelle direction avec Back Office, la revue que les éditions B42 viennent de lancer en collaboration avec Fork Éditions. Ourdie par le trio Élise Gay & Kevin Donnot (E+K) et Anthony Masure, Back Office donne sur le versant technique de la discipline en s’intéressant aux outils numériques aujourd’hui omniprésents dans la profession. Pour le premier numéro, le triumvirat s’est penché sur les reconfigurations à l’œuvre dans le graphisme induit par l’arrivée de ces nouveaux outils. Intitulée « Faire Avec », cette première mouture interroge les effets de l’instrument sur le processus de création, la façon dont le graphiste s’arrange avec cette technologie qu’on lui met dans les pattes. Pour discuter de tout cela, Back Office est allé pêcher large et beau et grand avec des interventions ou articles de PierreDamien Huyghe, Frank Adebiaye, Étienne Robial, Thomas

Bouville & David Vaillance ou encore Raphaël Bastide pour discuter de Photoshop, de travaux ante-Mac, de matériel créatif, de re-typographie, de machines numériques, etc. Bref, de la façon dont les designers interagissent avec les outils mis à leur disposition, outils qui ne cessent d’évoluer et de transformer en retour ces interactions. Avec Back Office, nous avons donc une somme qui interroge sous un angle rafraîchissant la sempiternelle place du graphisme entre art et industrie. Objet éditorial parfaitement maîtrisé par le studio E+K, ce premier numéro offre le double plaisir de nombreuses pistes de réflexion offertes dans un écrin digne de ses questionnements. Une victoire de plus à mettre à l’actif des éditions B42 et de Fork Éditions. M. Gueugneau

Back Office #1 sorti le 16.02, une coédition B42/Fork Éditions 144 pages, 15 €

revue-backoffice.com


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Les Praticiens de l’infernal vol. 2 BD Vingt ans après leurs premières aventures rocamboliennes dans les colonnes des Inrocks, les jumeaux mutants et Fongor Fonzym reviennent sauver le monde… ou le détruire par maladresse, c’est selon. Ce coup-ci, les trois éminents spécialistes du paranormal se rencardent sur de mystérieux raisins décapitateurs tombés du ciel. Kamoulox, vous dites ? Certainement pas. C’est avec une logique bien à lui que Pierre La Police pratique l’art du dérapage sémantique contrôlé. Mariant des mots qui n’auraient jamais dû se rencontrer, il donne naissance à de chimériques « chips aromatisées au fait de conduire une auto ». Une case à la fois, le pape de l’absurde s’appuie sur les codes narratifs jusqu’à ce qu’ils cèdent sous leur propre poids. Ouf, La Police est toujours là quand on a besoin de lui. Simon Boileau / @lesaisai

Les Praticiens de l'infernal vol.2 de Pierre La Police, sorti le 23.03 chez Cornélius, 168 pages, 20€ cornelius.fr

Une Sœur

Guirlanda

BD Quelle enflure. Bastien Vivès sort un nouvel album et, bien sûr, en profite pour nous en mettre plein la vue. Sous couvert de narrer la découverte adolescente de la sexualité, un été sur l’Île aux Moines, l’auteur de Polina peaufine encore un peu plus son style faussement lâché et parvient à une maîtrise qui paraît aujourd’hui être parvenue à son sommet. Convenant parfaitement à un récit tenant autant du fantasme que de la réalité, son dessin évanescent parvient d’un même coup à incarner le trouble psychologique prépubère et le caractère horssol de ces vacances estivales. Du grand art.

GRAND & GROS  Bienvenue au pays des Guirs. Des ? Des Guirs. Guirlanda est le pays imaginé par Lorenzo Mattotti et Jerry Kramsky où l’on retrouve un peu des Moumines, de Moebius, Fred voire Hayao Miyazaki. Pour cette nouvelle collaboration, les deux amis nous emmènent dans le monde onirique d’Hippolyte parti à la recherche de sa femme enceinte. Un récit épique, qui rappelle les contes classiques et les mythes grecs, merveilleusement porté par les douces et fabuleuses illustrations de Mattotti. Celuici renoue avec la « Ligne fragile » lui permettant d’aller au plus profond de ses émotions (et des nôtres).

M. Gueugneau

Delphine Zehnder

INT UNE SOEUR_p001-054.indd 1

24/02/17 11:37

Une Sœur de Bastien Vivès, sortie le 03.05 chez Casterman, 224 pages, 20 €

Guirlanda de Lorenzo Mattotti & Jerry Kramsky, sorti le 08.03 chez Casterman

casterman.com

casterman.com


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La Structure est pourrie, camarade FOU Ce livre est fou et magique. L’histoire est fantastique, mêlant urbanisme, révolution et Arménie. 336 pages de délire narratif et graphique, donnant à Yann Kebbi l’occasion d’exprimer son talent de dessinateur qui confine ici au génie. Pas un roman, pas une bande dessinée, un mix des deux, où le dessin raconte autant que les textes. Ça donne envie de pleurer tellement c’est beau ! Basil Sedbuk

La Structure est pourrie, camarade, de Viken Berberian et Yann Kebbi, sorti le 30.01 aux éditions Actes Sud BD, 336 pages, 26 € actes-sud.fr

PHOTOGRAPHIE ILLUSTRATION PEINTURE MUSIQUE MODE

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Gouffre REVUE Surtout, que personne ne s’en fasse : la bande dessinée est entre de bonnes mains. Avec Sammy Stein et Alexis Beauclair qui chapeautent le projet Lagon, il semblerait en effet qu’elle se trouve dorlotée à la hauteur de son potentiel. Gouffre, troisième revue du projet, offre un écrin sans pareil à l’expérimentation et laisse une liberté totale à l’évolution de la BD. Conceptuelle, exubérante, abstractive, formelle, sensitive, elle se déploie dans tous les recoins les plus innovants et fascinants de sa discipline, bien servie par une science de l’édition sans égale. On tient là la référence de la revue dessinée. M. Gueugneau

Gouffre, sortie le 13.01, 300 pages, 45 € plirevue.com

Banana Split

Nowow #1

The Arts Factory Magazine sort un moment des autoroutes de l’information pour poser sur notre chemin réel le pavé Banana Split. Une somme qui nous rappelle par le menu que la jeunesse créative n’est pas en train de dormir au fond de la salle. 50 artistes émergents, de larges illustrations et le sentiment apaisant de savoir que de nombreuses personnes œuvrent pour la beaut.

Notre cœur se fend devant l’aboutissement imprimé de ce grand défenseur de la culture. Après 3 ans de bons services, Nowow s’est muni de sa nouvelle formule avec couverture par Blandine Pannequin et de ses pages qui déroulent les parcours de Cranes Records, des Éditions L’Empyrée ou de l’illustratrice Leah Reena Goren, pour passer dans le monde réel. Ce n°1 est une entrée en fanfare.

Banana Split, sorti fin décembre chez The Arts Factory Magazine, 128 pages, 18 € > tafmag.com

Porte-Clés Un petit bonbon à l’arsenic. Une douceur à la ciguë. Avec ce mignon Porte-Clés en riso, Hector de La Vallée nous rappelle en 12 pages pourquoi nous l’aimons si fort. Ce goût de mort dont il rassasie ses personnages laisse en bouche une malaisance dont, paradoxalement, nous redemandons sans cesse la saveur. Ça tombe bien, un tome 2 est en approche. Porte-Clés de Hector de La Vallée, sorti le 25.01 chez FP&CF > editionsfpcf.com

Nowow #1, sorti le 23.02, 60 pages, 5 € > nowow.fr

La Belle et La Bête Depuis des temps immémoriaux, les hommes se racontent l’histoire d’une jeune femme qui tombe amoureux d’une bête. Mais jamais personne ne l’avait racontée comme Carole Martinez la raconte, ni surtout illustrée comme Violaine Leroy l’illustre. La dessinatrice strasbourgeoise, que nous aimons par -dessus tout, donne ici la pleine mesure de son talent. La Belle et La Bête de Carole Martinez et Violaine Leroy, sorti le 09.03 chez Gallimard Jeunesse, 28 pages, 14 € > gallimard-jeunesse.fr


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Musique

Robedoor NOISE Après plus d’une décennie de musique noise partagée entre stoner industriel et ambient de catacombes, Robedoor continue d’étourdir son auditoire à coups de dissonances plaintives et de chants cabalistiques appuyés par des riffs lugubres, psalmodiés comme l’oraison morbide d’une société qui n’arrivera pas à se sauver d’elle-même. Cette fois, c’est la noyade dans les eaux usées (sewage), une lente asphyxie dans les méandres fangeux de nos excréments, un enlisement abyssal où résonne lourdement aux tempes, écrasée par la pression des hauts-fonds merdeux, la pulsation de notre fragile constitution. L’album est dur et souffre, montre la voie d’une spiritualité dégénérée en six morceaux au masochisme salvateur, dont la corruption purifiante sauvera peut-être l’innocent de sa propre mystification. Ted Supercar

New Age Sewage de Robedoor, sortie le 21.04 chez Hands In The Dark handsinthedarkrecords.com

Novella POP Groupe britannique discret mais néanmoins actif depuis 2010, Novella vient de sortir son deuxième album Change of State. La pochette, une linogravure de la chanteuse Sophy Hellington inspirée par les peintures de guerre de Paul Nash, donne le ton. Car derrière l’apparent onirisme des guitares et des voix qu’encadrent avec précision la batterie et la basse, le groupe pose un regard critique sur le Royaume-Uni actuel. Novella déploie une pop atemporelle, comme pour mieux déconstruire les conflits de notre temps. Manon Raupp

Change of State de Novella, sorti le 17.02 chez Sinderlyn

synderlyn.com

Casual Gabberz Après des soirées et une exposition, les Casual Gabberz sortent enfin leur compilation en forme d’éruption d’un bouton qui aurait trop mûri. C’est jouissif, vital et ça saigne un peu. Un vrai panard techno hardcore pris par Krampf, Panteros666, Détente, Orgasmic, Aamour Ocean, Butter Bullets et beaucoup d’autres. Casual Gabberz : Inutile de fuir, compilation sortie le 17.02 chez Casual Gabberz Records > casualgabberz.co

Empereur Il suffit parfois de quatre Belges pour que tout parte à vaul’eau. Encore faut-il que ceux-là s’équipent largement de guitares et soient poussés par une énergie punk tenace. Oh bah tiens, c’est exactement l’attitude adoptée par les gars d’Empereur qui sortent une merveille d’EP post-punk augmenté chez Casbah et Le Turc Mécanique. Everyday’s Death & Resurrection Show EP d’Empereur, sorti le 17.03 chez Casbah Records et Le Turc Mécanique > leturcmecanique.bandcamp.com/ casbah-records.com


Sélection 2/2

76

Xiu Xiu INDIE ROCK Chez Xiu Xiu, la bipolarité a du bon. Après nous avoir pris par les sentiments avec la sublime reprise de la BO de Twin Peaks l’an dernier, le groupe signé chez Teenage Menopause nous embarque dans la cacophonie interstellaire de Forget. Porté par la voix aussi écorchée que vulnérable de Jamie Stewart qui nous provoque d’entrée avec « The Call », Forget est un album en dilettante où l’on aime être dérouté, de la noise ténébreuse à la diaphane indie pop, pour un résultat ultra -mélodique. Xie xie xiu xiu ! Elora Quittet

Forget de Xiu Xiu, sorti le 24.02 chez Teenage Menopause teenagemenopause.bandcamp.com

Mondkopf Le projet solo de Paul Régimbeau devait, en principe, rester au placard pour quelque temps. Mais les événements du 13 novembre l’ont poussé à reparaître pour quelques nuits d’introspection musicale. Ce nouvel album en est le résultat, foudroyant de profondeur, le Toulousain laissant sa spontanéité guider des improvisations expertes et impérialement maîtrisées. They Fall But You Don’t de Mondkopf, sorti le 27.02 chez In Paradisum > inparadisum.net

NLF3 Ils sont rares, les groupes qui réussissent à tenir notre curiosité ardente vingt ans durant. Le grand trio français NLF3 est de ceux-là, qui parviennent à maintenir un niveau céleste de qualité, tout en se réinventant d’album en album. Maniant avec délicatesse le fil étroit qui relie la chose électronique au rock instrumental, il récidive sur le modèle du less is more pour son très élégant nouvel effort. Waves of Black and White de NLF3, sortie le 31.03 chez Prohibited Records > prohibitedrecords.com

Musique

Karaocake La musique de Karaocake, c’est fait de tout petits riens : un agencement méticuleux de pierres précieuses taillées par Stéphane « Domotic » Laporte et la voix un rien mélancolique de Camille Chambon qui se pose par-dessus comme la rosée. Pour un édifice qui brille de mille feux. Here & Now de Karaocake, sorti le 24.03 chez Objet Disque > objetdisque.org

Kumisolo Kumisolo (membre de Konki Duet et Cruz) est une sorte de spirale dont il est difficile de se sortir. Franco‑japonaise à Paris, elle s’inspire de la musique occidentale imitant les sons orientaux et vice-versa. Ce qui donne une pop hypnotique, invoquant tout et rien, se situant partout et nulle part. Unique en fait. Kabuki Femme Fatale de Kumisolo & Joe Dalovaz, sortie le 07.04 chez Alter K > alter-k.com

L’Effondras Il ne sera plus permis de dire que le Parc des Cévennes n’est pas un endroit enchanteur. À l’écoute de l’album de L’Effondras, enregistré dans ces terres-là, nul doute que l’humus cévenol n’est pas pour rien dans la transe qui nous enrobe. Le rock instrumental des Burgiens a puisé dans les forces de la nature pour tenter de nous en rendre la vigueur. Et ça marche à fond. Les Flavescences , sorti le 03.03 chez Noise Parade > noiseparade.bandcamp.com

Mathew Lee Cothran Mathew Lee Cothran, officiant habituellement dans les groupes Coma Cinema et Elvis Depressedly, vient de livrer sous son propre nom Judas Hung Himself in America : bande-son d’une insomnie rendue insondable par le deuil, la sobriété et les crevasses politiques, où la guitare lo-fi côtoie l’autotune avec douceur. Judas Hung Himself in America de Mathew Lee Cothran, sorti le 24.02 chez Joy Void > joyvoid.limitedrun.com


DU 1ER JUIN AU 5 AOÛT

2017

www.nuitsdefourviere.com

© Namsa Leuba

billetterie 04 72 32 00 00


Sélection 2/2

78

Le B  :   on Air Frais

MOFO M'enfin

MV Festival On y sera

On dit que Marseille se déguste en été avec un doigt de musiques suaves et dansantes. C’est l’idée du festival Le B :on Air qui invite pour la deuxième fois les mélomanes à se gaver de musiques électroniques telles que celles d’Helena Hauff, Mall Grab, Chloé, December ou The Black Madonna.

Le formidable festival de rock indé audonien revient pour sa 13e édition avec cette envie bien légitime de tout péter. Avec Marietta, Aquaserge, The Luyas, Robbing Millions, les Fils de Venus, Forever Pavot DJ set, Johnny Mafia, Il Est Vilaine et le Black Devil Disco Club, ça devrait le faire.

Au-delà d’une touche graphique parfaite grâce aux affiches de l’Atelier Tout Va Bien, le festival dijonnais MV s’en sort pas trop mal non plus niveau programmation en invitant les crews Bon Gamin (Ichon, Myth Syzer, etc.) et Positive Education, Fimber Bravo, Jerkcub, Lætitia Sadier et... nous !

02.06 > 04.06 – Marseille

21.04 > 23.04 – Saint-Ouen

10.05 > 14.05 – Dijon

Nuits Sonores Le taulier

Pink Flamingo Divin

Autre Je Moi tout mou

La grand-messe lyonnaise des musiques électroniques et indépendantes reprend ses droits pour le week-end de l’ascension. Pas de mot, juste des noms : The Black Madonna, Andy Stott, Pharoah Sanders, Dollkraut, DJ Marfox, Actress, Einstürzende Neubauten, MR TC, Rizan Sa’id, Kekra, AJ Tracey, etc

Dans le jargon NBA, on appelle ça un all-star game. Dans la vraie vie, nous dirons qu’il s’agit d’une exposition qui rassemble quelques-unes de nos idoles (Idir Davaine, Simon Thompson, Mario Picardo et Louis Granet), curatée par Sophie Toulouse de la revue The Drawer. On ajoutera ce commentaire : ça bute.

La Galerie Treize-Dix est toujours dans les bons coups. Ainsi a-t-elle convié Axelle Vianney à fomenter une exposition sur la fragilité du moi. La sélection des six artistes est d’une justesse peu commune puisque nous avons Lisa Zordan, Moonessi, Taku Bannain, Sarah Beth Schneider, Anne Gorouben et Yuki Kitazumi.

Jusqu’au 18.04, Galerie

Jusqu’au 01.05 – Paris.

Nuits sonores

24—28 Mai 2017 Lyon, FR

Design graphique : Superscript2

24.05 > 28.05 – Lyon

AgentModerne – Paris


Événements

79

Sciences Frictions À la recherche

La Fresk Beau séjour

D’Days Designdujour

Les Inrocks s'associent à La Cité des Sciences et de l'Industrie pour faire joujou avec le futur . Ateliers, mapping, live immersif du bouillant NSDOS, carte blanche au label Antinote, DJ set de Superpoze et concert de La Femme pour avoir un pied dans la fête et l'autre dans le 22e siècle.

La Machine du Moulin Rouge a eu la belle idée d’habiller son hall des faits d’armes de graphistes et d’illustrateurs. Tous les premiers mercredis du mois, un nouveau venu bienvenu réalise une fresque et installe son exposition. Les prochains : Le festival POLAR, Nikibi et le Studio IAIA IOIO.

Fort accueillante, la capitale française laisse quelques-uns de ses plus beaux lieux d’exposition à la discipline du design. Ce sont les D’Days où se côtoient aussi le beau et l’inutile, l’artisanat et l’efficace. Pendant deux semaines, le design le plus créatif prend ses aises comme s’il était chez lui.

27.04 – Paris

Les 05.04, 03.05 et 07.06 – Paris

02.05 > 14.05 – Paris

BD Aix Goutû

Central Vapeur C'est chaud

Villette Sonique La tempête

Depuis quelques années, le festival BD Aix s’inscrit délicatement dans notre calendrier à l’aide d’un gros marqueur rouge. Cette année encore, les expositions de Pierre La Police, Nine Antico ou Jakob Hinrichs, la présence de 50 auteurs goûtus et l’affiche magistrale de Simon Roussin nous obligent à fiévreusement tracer une croix sur le deuxième week-end d’avril.

La capitale française de l’illustration possède son festival et forcément on est sur un sans -faute. Le grand week-end final-feud’artifice sera ainsi l’occasion de voir l’exposition de Guillaume Chauchat et Jochen Gerner, de rencontrer Sascha Hommer et Benoît Jacques et de se balader dans le salon peuplé des maisons d’éditions les plus prometteuses qui soient.

Nul ne doit jamais douter que chacune des éditions de Villette Sonique est une tempête de bon goût musical qui nous emporte vers des contrées encore en friche mais d’une beauté sauvage. La prog 2017 le prouve : Royal Trux, Jenny Hval, Groupe Doueh & Cheveu, Princesse Nokia, Annette Peacock, Pizza Noise Mafia, Keiji Haino & Merzbow.

07.04 > 09.04 – Aix-en-Provence

31.03 > 02.04 – Strasbourg

25.05 > 31.05 – Paris


bande dessinée l’Art invisible

  bande dessinée

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du mercredi de la poulaillerie --E au dimanche de 10 H 30 --E Lyon 2 e arr. --E

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13, rue --E

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  AU Expo’ --E musée 14 avril --E 20 sept. 2017


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Le musée d’art contemporain de Lyon est ouvert du mercredi au dimanche, de 11h à 18h. Informations au 04 72 69 17 17 et sur www.mac-lyon.com

Ed Ruscha, The Back of Hollywood, 1977 (détail) Collection mac LYON


20 prepared dc – motors, 81 cardboard boxes 70 x 70 x 70 cm © Zimoun en collaboration avec l’architecte Hannes Zweifel, 2014

25 mars > 06 août 2017

01 53 35 50 00 www.104.fr

Zimoun


Afriques Festival

Exposition

Afriques Capitales PASCALE MARTHINE TAYOU • HASSAN HAJJAJ AKINBODE AKINBIYI • MIMI CHERONO NG’OK WILLIAM KENTRIDGE • ALA KHEIR • YOUSSEF LIMOUD…

29.03

28.05.2017

01 40 03 75 75 - lavillette.com - #100pourCent

Partenaires du festival

Partenaires de l'exposition Untitled, 2014 © Mimi Cherono Ng’ok

Mécènes de l'exposition


*JEU GRATUIT SANS OBLIGATION D’ACHAT VALABLE DU 1ER MARS AU 8 JUIN 2017.

L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

Kiblind 60 - Président  
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