(FR) Panoramic for a land

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PANORAMIC FOR A LAND

JULIE LARROUY

PANORAMIC FOR A LAND

«Panoramique» est un terme utilisé pour décrire des tapisseries en papier-peint sur lesquelles sont imprimés des paysages, souvent promesses d’évasion et porteurs d’une vison entière et crédible d’un ailleurs. Inspirée de la technique picturale classique qui visait à reconstituer des scènes narratives au fil d’un espace en rotonde, la notion de panoramique en vient à définir le processus qui se produit lorsqu’une une succession d’images se présente à la pensée comme une vision complète.

Le projet Panoramic for a land tire son titre de l’une de ces tapisseries que j’ai décollées de la chambre d’une maison particulière lors d’une résidence en 2018. Cette image d’une forêt bleuie par la lumière au fil du temps, fut décollée de son mur et transportée dans mon atelier pour y être re-composée en la ré-agençant, puis recollée une première fois dans le cadre d’une exposition organisée dans son lieu d’origine.

Quatre reconstitutions du panorama ont été réalisées à ce jour, chacune conçue telle une réponse spécifique au temps et lieu de sa monstration. Chaque étape de Panoramic for a land en propose en somme une nouvelle formulation : le papier peint est décollé puis recomposé en une nouvelle installation. Cette dimension protocolaire se veut à la fois répétitive, restrictive mais néanmoins ouverte aux interactions singulières qui se produisent avec le lieu et aux déplacements générés par ces adaptations. Elle implique simultanément la préservation et la dégradation du matériau, mais aussi la conservation d’une sorte de mémoire des aléas de l’image qui, exposée, transportée, montée et démontée au gré de ses expositions, devient un palimpseste de ses déplacements et de ses reconfigurations. Elle m’interroge sur son économie, sur ce basculement dans lequel elle place le modèle suranné face aux gestes, face au présent.

Panoramique Forest Land a été exposée à un éclairage naturel pendant une trentaine d’années dans une maison

particulière. L’image lentement surexposée en ressort bleuit.

MAISON PARTICULIERE, SPA

Etat: cette tapisserie en papier est décollée de son mur en 2017. Le papier accidenté par son extraction et fragilisé par une surexposition à la lumière et des

dépôts en surface est alors restauré afin d’en fixer l’état matériel et d’éviter une dégradation trop rapide.

11/2017 PANORAMIC FOREST LAND TAPISSERIE EN PAPIER, VAPEUR D’EAU, dim.variables / archives du décollage

Faits: la tapisserie est ensuite reconstituée en atelier en six lés puis recollée dans son contexte initial. La taille du poster est réduite, l’image est isolée sur le mur. Cette réduction fait qu’il subsiste des résidus inusités,

ceux-ci sont stockés. L’intitulé premier du poster «Panoramique Forest Land» devient «Panoramic for a land».

02/2018 PANORAMIC FOR A LAND TAPISSERIE EN PAPIER, PAPIER, COLLE, VAPEUR, OUTIL, 400x280cm / vue d’exposition

MAISON DE LA CULTURE DE MARCHE-EN-FAMENNE

Etat: le décollage à la décolleuse à vapeur du panorama a généré de nouvelles ‘pièces’ qui, à la manière d’un

puzzle au protocole aléatoire, allaient être assemblées pour l’ exposition suivante.

03/2018 PANORAMIC FOR A LAND TAPISSERIE EN PAPIER, PAPIER, VAPEUR D’EAU, dim.variables / archive du décollage

Faits: l’évocation du format panoramique est un impératif à la reconstitution de la tapisserie.

« Panoramic For a Land » est assemblé directement sur la cloison de l’exposition.

L’image est comme étirée dans sa longueur. Quelques pièces sont stockées pour ne conserver à la vue que les cimes et le sol déjà altérés par la reconstitution qui a eu lieu à Spa.

PANORAMIC FOR A LAND TAPISSERIE EN PAPIER, PAPIER, COLLE, 360x135cm / vue d’exposition 09/2018

ESPACE D’ART CONTEMPORAIN, L’ORANGERIE, BASTOGNE

Etat: le panorama a été décollé sans humidification préalable, certaines parties trop solidement encollées

au mur s’en retrouvent déchiquetées.

11/2018
PANORAMIC FOR A LAND TAPISSERIE EN PAPIER, PAPIER, dim.variables / archive du décollage

Faits: Le matériau mémorise chacun des gestes appliqués au cours des montages et des décollages, il y a donc nécessairement des pertes. Afin d’assurer la pérennité de l’installation, des reproductions des pièces à échelle une sont ajoutées à la reconstitution.

Cette fois, la reconstitution ne sera plus assignée à une forme rectangulaire et unitaire mais fragmentée. Y seront greffées ces reproductions partielles du panoramique

09/2020
PANORAMIC FOR A LAND TAPISSERIE EN PAPIER, PAPIER, PLAQUES DE PLÂTRES, IMPRESSIONS NUMERIQUES dim.variables / vue d’exposition, réalisée avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, photographie: ©F. Winants

SB34-THE POOL, BRUXELLES

Etat : le panorama a été transporté en atelier. Le support rigide maintient le papier tendu. La question du stockage vient interférer avec celle de la préservation

de l’objet: le matériau étant désormais friable, il subit une sorte d’érosion, de nouvelles pièces apparaissent, par plaques.

01/2021 PANORAMIC FOR A LAND TAPISSERIE EN PAPIER, PAPIER, PLAQUES DE PLÂTRES, IMPRESSIONS NUMERIQUES dim.variables / archive du stockage

Faits : une reproduction de la tapisserie intègre le panorama, un poster imprimé. Ces pièces reconstituées numériquement sont autant d’archives que de matières pour pallier la perte d’éléments du panorama. Le

panorama est éclaté spatialement, les pièces n’en sont pas toutes visibles, la reconstitution se veut aussi un exercice mental.

04/2021 PANORAMIC FOR A LAND TAPISSERIE EN PAPIER, PAPIER, PLAQUES DE PLÂTRES, IMPRESSIONS NUMERIQUES dim.variables / vue d’exposition, réalisée avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, photographie: ©Silvia Caparelli

ANCIENNE BIBLIOTHEQUE DES CHIROUX, LIEGE

Etat: le panorama se meut lentement. Pièces originales et reproductions s’agglomèrent pour finir

par se confondre.

01/2024
PANORAMIC FOR A LAND TAPISSERIE EN PAPIER, PAPIER, PLAQUES DE PLÂTRES, IMPRESSIONS NUMERIQUES dim.variables / archive de la numérisation

EXTRAITS DES TEXTES DES EXPOSITIONS

Panoramic for a land a été exposé dans différentes expositions collectives. Voici quelques extraits de textes qui les accompagnaient.

«Massif Continental, croiser l’espace»

Espace d’Art Contemporain l’Orangerie Bastogne

Eglantine Chaumont, Simon Delneuville, Julie Larrouy et François Winants (extraits)

2020

«Massif Continental, c’est tout d’abord quatre artistes qui se rencontrent et décident de mettre en commun leur travail sous un même label. C’est une association de fait, questionnant les méthodologies de la monstration et du faire valoir dans le champ de l’art contemporain. C’est un packaging, une boite creuse dans laquelle vous pourriez placer Eglantine, Simon, Julie et François, mais pourquoi pas Paul, Françoise et Aurélie? En fait, Massif continental ne leur appartient déjà plus! Et bien que le contenu de la boite puisse être modifier à souhait, le contenant est quant à lui très défini. Massif continental, c’est un regard sur notre rapport à la nature et à ses artefacts. C’est un outil mis en commun, qui nous questionne sur la perception de la nature, de la manière dont nous la vivons, l’exploitons ou la contemplons. Que ce soit dans notre quotidien ou de façon plus rhétorique et culturelle, il nous interpelle quant à notre appropriation de ses symboles. Autant Massif Continental utilise un concept proche du merchandising, de la consommation immédiate et volatile, autant ces quatre artistes sont, par leurs pratiques respectives, dans le faire et le vivre. Ils pratiquent l’espace, l’environnement et les codes de l’art contemporain avec aisance, en expérimentant la rencontre, l’échange et la mémoire. Le contraste entre nature et culture est posé. Nous serons moins confrontés à des massifs intenses de conifères ou à un coucher de soleil continental qu’à des propositions d’appréhender notre nature.

Croiser l’espace est la troisième proposition de Massif continental et l’expression de quatre artistes aux identités fortes, autonomes et individuelles.

Julie Larrouy (F) °1988, vit et travaille à Bruxelles et manipule l’image et la représentation. Nous connaissons tous ces posters géants ou tapisseries de papier qui représentent un cliché de nature dans des appartements et maisons cosy d’une époque révolue. Ici, nous sommes face à un flanc tendre de colline dans l’ombrage feuillu et tapissé de feuilles mortes. Le temps a fait son œuvre et les pigments fatigués rendent l’image plus diaphane et plus romantique qu’au premier jour. Julie intervient à ce moment précis. Elle se réapproprie d’abord l’image, puis à nouveau, elle l’expose à la lumière et au regard. Elle la dénature ensuite, par un jeu de procédés dignes d’une restauratrice de papier, précautionneuse d’entretenir le processus d’altération et le contrôler. Alors que dans un premier temps elle a préservé au mieux l’image allant jusqu’à la ré-encoller sur un support dans un souci de sauvegarde. Elle décide ensuite de l’altérer à nouveau par des déchirements, des superpositions, du collage majoré. Que nous donne-t-elle à voir de ce cliché bucolique, de cette image de nature presque ‘pornographique’ et galvaudée? Il n’en reste que des fragments et des éclats, une nouvelle nature. Nous voici face à une autre image, face à une lecture plus sculpturale, un archétype.» / Gauthier Pierson

«Submerge»

SB34 Bruxelles

Julie Larrouy, Marion Séhier cur. Maud Salembier

2021

‘« Toi, enfant de la Terre, écoute moi Toi qui as le secret du Shagma, Dans, toutes les strates et les mondes engloutis Suis, Spartakus, Bob, Rébecca... » «Les Mondes engloutis», série d’animation, 1985.

On raconte que le monde fut inondé par les dieux et déesses « pour décimer l’espèce humaine, grâce aux vents et aux flots. » Et qu’alors « il n’y eut plus de

différence entre mer et terre ». Que « Tous les réservoirs du grand Abîme furent rompus et les ouvertures du ciel béantes », que « La pluie se déversa sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits ».

Et que les cloches d’un royaume perdu, submergé pour avoir abrité des rites païens ancestraux, peuvent être entendues, sonner sous les vagues d’une plage, sous les sables telluriques, aux confins des mondes arthuriens.

Il est des paysages lunaires, écorces, souches et dunes grises ou verdâtres, morcelées, qui vivent dans les rêves de ruines romantiques sortis de grottes ou de visions post-apocalyptiques. Cicatrisation des failles mémorielles d’une image cristallisée, des branches d’arbres saignées à bleu, lapidaires, lacérées, latentes, en devenir, s’échouent indéfiniment dans les espaces interstices de maisons délaissées. Les images et matières se craquèlent, traversées par une temporalité sismique et excavée des tréfonds de l’histoire de l’humanité.

Dans les méandres en dialogue d’une forêt fossilisée et brocéliandesque aux atours de mythe mélancolique oublié, délavé, se tapit une tourbe océanique, tectonique météoritée de crustacés grouillants et de lychens brutalistes.’ / Maud Salembier

1.Ovide, Les métamorphoses.

2.Genèse VII 11-12.

Couverture: photographie: ©Silvia Caparelli

PANORAMIC FOR A LAND vue de l’exposition «Submerge» en duo avec Marion Séhier, réalisée avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, photographie: ©Regular Studio.

Julie Larrouy vit et travaille à Bruxelles.

Elle définit sa pratique artistique par une exploration de l’image dont elle sonde les fonctionnements internes les manières par lesquelles le sens s’y construit et son impact sur les imaginaires. Des projets tels que « Panoramic for a land » lui donnent l’occasion d’interroger ses modes de production artistique.

www.julielarrouy.com

Ce livret a été mis à jour dans le cadre de MutantX, la Biennale de l’Image Possible, 2024.
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