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JOURNÉES DES ALTERNATIVES URBAINES 2015

LE LIVRE

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Mode d’emploi du livre des JAU Estimés lectrices et lecteurs, Voici venir le livre des JAU 2015. Ce livre n’est pas une solution, ou une réponse à des questions. Il est ce que vous en ferez. On peut l’aborder de plusieurs manières. En voici quelques unes : La recette classique tout d’abord : observer l’objet, peut être le soupeser, le humer… Entrer en contact comme on entrerait en nourriture : ouvrir et lire linéairement de la page 3 à la page 94. La manière aléatoire, plus rigolote, parfaite pour les gens pressés, mais qui fait aussi courir le risque de manquer quelques trésors cachés au fil des pages : ouvrir le livre au hasard et lire ce qui se présente. Recommencer aussi souvent que nécessaire, selon l’intérêt suscité par les textes et les images ; un peu comme une médication librement consentie, une infusion pépère. Et puis une manière pour laquelle ce livre a été conçu, et qui tente modestement de refléter la multiplicité des aspects déployés par les JAU 2015 : choisir un texte selon son intérêt, le lire bien-sûr, mais également porter son attention sur les signes de renvois rencontrés au cours de la lecture ! Ces signes font référence à d’autres textes, à d’autres témoignages disséminés au fil des pages. Ils n’ont pour but que d’ouvrir votre attention à des aspects un peu différents d’une même question, et devraient vous permettre de créer vos propres relations entre les multiples sujets qui constituent le livre, tous abordés lors de l’édition 2015 des JAU. Quelle que soit votre méthode de prédilection nous nous réjouissons d’imaginer vos lectures, puisque chacune sera comme lire un nouveau livre. Bonne lecture ! Jeanne et Yannick


JournĂŠes des alternatives urbaines 2015

Le livre


Table des matières Mode d’emploi du livre Petit historique des JAU Projeter ou procéder ? Chapitre 1 Des enjeux de société Chapitre 2 Ressentir le monde Chapitre 3 Réfléchir et faire ensemble Chapitre 4 Gérer l’énergie Chapitre 5 Questionner la ville Bénévoles Organisation et réalisation Contes-rendus et prises de notes Soutiens financiers Réalisation du livre

Rabat de couv.

P.6 – P.7 P.8 P.10 – P.25 P.26 – P.45 P.46 – P.69 P.70 – P.77 P.78 – P.91

P.92 P.93 P.93 P.93 P.94


Les JAU, un mini historique La première édition des « Journées des Alternatives Urbaines » a eu lieu les 3 et 4 mai 2013 à la Maison de Quartier Sous-Gare, à Lausanne. À l’origine de l’événement, l’Association écoquartier s’interrogeant sur le développement des villes et espaces urbains, voulait permettre au grand public comme aux spécialistes de comprendre comment les villes suisses évoluent ; et ouvrir le débat sur leur avenir. Lors des JAU 2013, les débats ont porté sur la diversité dans les villes. On a présenté des activités développées en Suisse, en France et en Autriche. Le public a ainsi pu s’informer sur des questions aussi variées que l’habitat coopératif et les jardins partagés, l’agriculture contractuelle de proximité, les systèmes d’échanges locaux, les partages d’énergie renouvelables ou ceux de compétences et de connaissances. 500 personnes ont assisté aux tables-rondes, présentations et conférences proposées pendant les deux jours. Fort du succès des JAU 2013, et du soutien réitéré de l’Association écoquartier, un groupe s’est réuni quelques mois plus tard pour réfléchir à la nouvelle édition prévue pour mai 2015.


Composé d’urbanistes, géographes, architectes, chercheurs, étudiants et artistes intéressés par la question du développement urbain, ce comité de programmation a défini cinq thématiques principales, ainsi que les personnes qui en auraient la charge jusqu’à l’événement. Rapidement, le groupe de bénévoles s’est rendu compte de la nécessité d’engager un coordinateur pour assurer l’organisation générale de l’événement. L’épisode du hangar à avions évoqué plus loin nous a occupés dans ce livre 3 pendant quelque six mois. Les délais se raccourcissant, le groupe a décidé de s’adjoindre de nouvelles compétences et a lancé un appel en automne 2014. En février 2015, un groupe élargi s’est consolidé lors d’un workshop sur le thème « Ville partagée », et a défini plusieurs volets de la programmation des JAU 2015. Une vingtaine de bénévoles très motivés ont travaillé d’arrache-pied de février à mai 2015, pour mettre sur pied la seconde édition des Journées des Alternatives Urbaines sous le thème générique « Do it together : faire soi-même c’est bien, faire ensemble, c’est mieux ! ». → Pas de hangar mais des forces vives P.48

→ Projeter ou procéder… P.8

Cette deuxième édition s’est déroulée du 8 au 10 mai 2015 dans le quartier du Vallon à Lausanne. Elle a réuni des intervenants de Lausanne, de Suisse et d’Europe et 1200 participants. C’est elle que nous évoquons dans ce livre. JyS


Projeter ou procéder... ...une réflexion sur notre organisation Deux visions (à moins que ce ne soient carrément des principes d’organisation) s’affrontent lorsqu’il s’agit de mener collectivement un projet. N’échappant pas à la règle, les JAU ont navigué entre les deux 3 . Car si elles finissent par converger, ces visions commencent surtout par s’opposer… 1

Un canevas est posé en amont, dans ses grandes lignes, pour donner une représentation de l’événement. Quitte à être modifié par la suite, il sert à fédérer les idées et les énergies autour d’une vision concrète. Rassure par la confiance en un leadership fort et visionnaire. Avantages : Offre un point de mire, un but à atteindre. Agrège les personnes impliquées par les tâches à effectuer. Voyant l’ensemble, les limites de la participation individuelle apparaissent plus clairement. Difficultés : Difficile de distinguer ce qui est collectivement validé de ce qui n’est qu’une proposition. Certains éléments se retrouvent en bout de chaîne juste parce qu’on les a posés un jour « pour mettre quelque chose » : les choses se figent malgré nous. Beaucoup d’énergie à investir pour rallier ou évincer les avis et propositions divergentes.

2

L’accent est mis sur la construction d’un élan collectif ; la mise en forme, considérée comme la résultante des énergies et idées mises en commun, est repoussée en aval du processus. Rassure par la confiance en un collectif soutenant et résilient.

Avantages : Toute personne peut y trouver sa place. Permet d’inclure progressivement les personnes et les idées. Soutien à la créativité, aux initiatives personnelles et collectives, à l’émergence d’idées et de pratiques nouvelles. Difficultés : Peut générer de l’anxiété par sa divergence fondamentale avec les modèles de management dominants. Beaucoup d’énergie à investir pour accueillir les personnes et pour assurer la réflexivité du groupe sur son processus.

3 → Pas de hangar mais des forces vives P.48

Ces deux approches s’opposent bien souvent dans les groupes dès qu’il s’agit de mener des projets et peuvent générer des conflits, car les racines de ce qui nous rassure sont profondes. En liant une meilleure connaissance des tendances des personnes impliquées avec une analyse des différentes phases du projet, le collectif devient capable de choisir de manière éclairée. Il peut ainsi tirer le meilleur de chacune des deux manières de faire en fonction de l’avancement du processus. J.S

Projeter ou procéder

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Projeter ou procĂŠder

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Des enjeux de société

Chapitre 1

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1 Panorama d’une production sociale de l’habitat Quelles innovations dans les coopératives d’habitation ? Vivons ensemble ! Le Jeu des Monnaies Les Community Land Trusts Financement Imaginer et expérimenter la ville partagée Tremplin vers le futur Invitation aux balades interstitielles

Des enjeux de société

P.12

P.14 P.16 P.18 P.19 P.22

P.24 P.25

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Panorama d’une production sociale de l’habitat Il existe différents modes de production de la ville. Produite par l’État ou produite par le secteur privé, une ville peut aussi être produite par et pour ses habitants ! Le processus de production sociale de l’habitat peut prendre différentes formes et de très nombreux projets voient le jour partout dans le monde. Toutefois, sept aspects, sept phases de production de l’habitat se retrouvent dans tous les projets (de nouveau, sous différentes formes). Voici sept exemples tirés d’un peu partout dans le monde qui illustrent ces sept aspects :

Production sociale Production Production sociale sociale de l’habitat de l’habitat de l’habitat 1 1 1 1 S’organiser S’organiser S’organiser S’organiser

Mehr als Wohnen, Mehr Wohnen, Mehr als als Wohnen, Zürich / Suisse : Mehr als Wohnen, Zürich Zürich /// Suisse Suisse ::: Zürich Suisse

Coopérative de coopératives Coopérative de Coopérative de coopératives coopératives Coopérative de coopératives pour développer un quartier entier pour pour développer développer un un quartier quartier entier entier pour développer un quartier entier 2 2 2 2 Négocier la terre Négocier Négocier la la terre terre Négocier la terre

Champlain Housting Trust, Champlain Trust, Champlain /Housting Housting Trust, Burlington USA : Trust, Champlain Housting Burlington Burlington /// USA USA ::: Burlington USA

Community Land Trust, propriété collective Community Land propriété collective Community Land Trust, Trust, propriété collective Community Land Trust, propriété collective du sol par l’ensemble des habitants du sol par l’ensemble des habitants du sol par l’ensemble des habitants du sol par l’ensemble des habitants 3 3 3 3 Planifier Planifier Planifier Planifier

Klong Bang Bua Community, Klong Bua Klong Bang Bang Bua Community, Community, Thaïlande : Bua Klong Bang Community, Thaïlande Thaïlande ::: Thaïlande

Community architects - l’architecte Community architects -- l’architecte Community architects l’architecte Community architects - l’architecte se positionne au service de la communauté se positionne au service de se positionne au service de la la communauté communauté se positionne au service de la communauté 4 4 4 4 Financer Financer Financer Financer

Kambi Moto Community, Kambi Community, Kambi Moto Moto Community, Nairobi / Kenya : Kambi Moto Community, Nairobi Nairobi /// Kenya Kenya ::: Nairobi Kenya

Groupes d’épargne, mutualisation Groupes d’épargne, mutualisation Groupes d’épargne, mutualisation Groupes d’épargne, mutualisation des ressources financières des ressources financières des ressources financières des ressources financières 5 5 5 Chapitre 1 5 Construire Construire Construire Construire

Centrale des coopératives Centrale Centrale des des coopératives coopératives d’habitations, Nicaragua : Centrale des coopératives d’habitations, d’habitations, Nicaragua Nicaragua ::: d’habitations, Nicaragua

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3 Planifier Planifier Planifier Planifier

Thaïlande : Bua Community, Klong Bang Klong Bang Thaïlande : Bua Community, Thaïlande Thaïlande ::

Community architects - l’architecte Community architects - l’architecte Community architects -- l’architecte se positionne au service de la communauté Community architects l’architecte se positionne au service de la communauté se se positionne positionne au au service service de de la la communauté communauté

4 4 4 4 Financer Financer Financer Financer

Kambi Moto Community, Kambi Moto Community, NairobiMoto / Kenya : Kambi Community, Kambi Community, NairobiMoto / Kenya : Nairobi Nairobi // Kenya Kenya ::

Groupes d’épargne, mutualisation Groupes d’épargne, mutualisation Groupes d’épargne, mutualisation des ressources financières Groupes d’épargne, mutualisation des ressources financières des ressources ressources financières financières des

5 5 5 5 Construire Construire Construire Construire

Centrale des coopératives Centrale des coopératives d’habitations, Nicaragua : Centrale des Centrale des coopératives coopératives d’habitations, Nicaragua : d’habitations, Nicaragua Nicaragua :: d’habitations,

Coopérative en aide mutuelle Coopérative en aide mutuelle Coopérative mutuelle -mutualisationen deaide la force de travail Coopérative mutuelle mutualisationendeaide la force de travail mutualisation mutualisation de de la la force force de de travail travail

6 6 6 6 Gérer Gérer Gérer Gérer

Communauté Milton Parc, Communauté Milton Parc, Montréal / Canada : Parc, Communauté Milton Communauté Milton Montréal / Canada : Parc, Montréal Montréal // Canada Canada ::

Rénovation urbaine, rachat de quartier Rénovation urbaine, rachat de quartier Rénovation urbaine, de quartier par ses habitants quirachat restent Rénovation urbaine, deimpliqués quartier par ses habitants quirachat restent impliqués par habitants qui dansses toutes les décisions par habitants qui restent restent impliqués impliqués dansses toutes les décisions dans toutes toutes les les décisions décisions dans 7 7 7 7 Partager Partager Partager Partager

Fédération de coopératives, Fédération de coopératives, Uruguay : de coopératives, Fédération Fédération Uruguay : de coopératives, Uruguay :: Uruguay

Transferts des mécanismes d’acquisition Transferts des mécanismes d’acquisition Transferts des mécanismes de terrain en Amérique latined’acquisition Transferts des mécanismes de terrain en Amérique latined’acquisition de de terrain terrain en en Amérique Amérique latine latine

4 points essentiels

CONCLUSION

1

La production sociale de l’habitat ne se fait pas seulement à l’échelle du bâtiment, mais à l’échelle de la ville

3

La capacité à travailler en partenariat avec des acteurs publics est un élément clé de réussite pour tous ces projets

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Le processus de production sociale de la ville est basé sur la demande des habitants

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Importance des échanges, de l’entraide, de la solidarité, de la coopération entre les coopératives

Des enjeux de société

Source : Cyril Royez, UrbaMonde

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Quelles innovations dans les coopératives d’habitation ? Esquisse de la problématique Alors que le logement est considéré comme un produit standard et immuable depuis des décennies, il semble que de nouveaux modèles d’habitats soient aujourd’hui testés avec succès par plusieurs coopératives. Pensé comme un espace habituellement neutre, développé pour un modèle familial unique, papa, maman et leurs enfants, le logement proposé sur le marché n’a que très peu évolué. Les ménages se sont pourtant diversifiés, s’éloignant toujours plus des schémas hérités, sans que cela ne se reflète pour autant dans l’organisation de l’habitat. Pendant longtemps, l’émergence de cette diversité n’a pas donné lieu, comme on aurait pourtant pu l’espérer, à une multiplicité de formes spatiales issues de la spécificité et des attentes des uns et des autres. Or, les coopératives, par leur modèle de gouvernance, ont certainement prêté une oreille plus attentive que d’autres à l’expression de ces besoins et ont, visiblement, su relayer les désirs patents. Le processus participatif soutenu par certaines d’entre elles, a très certainement appuyé ce phénomène d’innovation, en encourageant l’habitant à sortir d’un rôle passif pour s’exprimer. La démarche participative est pourtant relativement simple à mettre en place. Les coopérateurs et futurs voisins se retrouvent et définissent les priorités communes, nourrissent de longs échanges, et orientent dans un dialogue fécond le travail des architectes en charge des travaux, et ce, dès la phase de planification déjà. Les sujets abordés sont parfois vastes, la définition de l’espace commun en est un. Celui-ci peut s’arrêter à un simple couloir convivial, invitant à la discussion, ou intégrer une salle de réunion. Les espaces extérieurs sont investis par certains habitants motivés, et de petits projets naissent, comme par exemple des carrés de jardins. C’est dans ce contexte que sont apparues de nouvelles pièces. Ainsi une chambre d’amis indépendante est mise à disposition des ménages présents dans l’immeuble. Plus radicales, de très grandes colocations allant jusqu’à trente pièces offrent de vastes espaces partagés, ponctués d’espaces privatifs, comprenant une, deux, voire trois chambres. Contrairement aux idées reçues, ces colocations ont trouvé preneurs non seulement parmi les étudiants, mais également parmi les couples sans enfants, les familles monoparentales, les aînés, etc… 1

4

5

1 → Panorama d’une production sociale de l’habitat PP.12-13

1 → De la charte à la gouvernance de quartier PP.16-17

4 → Créer un projet d’installation solaire thermique pour un immeuble P.75

5 → Compound Compound P.85 → Une approche des écovillages P.83

LA TOTALITÉ DE CE TEXTE RENVOIE AUX NOTES CITÉS EN MARGE

Débat JAU Les Journées des Alternatives Urbaines ont donné la parole à cinq acteurs romands, entretenant au quotidien des liens plus ou moins étroits avec les coopératives. Durant ce débat se trouvaient réunis Madame Elinora Krebs, Cheffe du Service du logement et des gérances à la Ville de Lausanne, Monsieur Pascal Magnin, Secrétaire général de l’association romande des maîtres d’ouvrage

Chapitre 1

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d’utilité publique (ARMOUP), Monsieur Vincent Studer, Représentant de la Communauté d’intérêt des coopératives d’habitation biennoises, avec pour animateur Monsieur Laurent Guidetti, membre du comité ASPAN et fondateur de tribu architecture. Cinq sujets allaient constituer autant de prismes permettant d’aborder par différents biais le thème de l’innovation, ceux-ci étant cités ici dans l’ordre d’apparition : À savoir, la relation au contexte, le montage financier, la gouvernance, la mixité sociale et fonctionnelle, et pour finir la mutualisation des espaces. Pour appuyer leurs discours, les intervenants avaient tout loisir d’évoquer des réalisations qui leur semblaient représentatives ou qui leur tenaient à cœur. Les logements et ateliers de FAB-A à Bienne ont été présentés, afin de souligner le dynamisme affiché par cette jeune coopérative fraîchement constituée. La remise en état du château de Corcelles-sur-Chavornay par la Codhava, une coopérative dont les membres n’ont pas hésité à mettre la main à la pâte a également été débattue. La SCH Le Corbusier à La Chaux-de-Fonds, à l’origine d’un bâtiment labellisé Minergie-P, est citée pour la mixité sociale, fonctionnelle et générationnelle mise en place dans cet écoquartier situé sur une ancienne friche ferroviaire. Au cours de la discussion, le projet zurichois Kalkbreite, un bloc de la taille d’un quartier, bâti au-dessus d’un dépôt de tramways et achevé en 2014, est très souvent évoqué par les participants. Ce projet est en effet innovant à plus d’un titre. En premier lieu, cette réalisation d’envergure est issue d’un dialogue fructueux noué entre les autorités et la coopérative formée pour l’occasion par des gens du quartier. Les habitants qui s’y sont ensuite installés ont volontairement renoncé à la voiture. Des commerces au rez-de-chaussée, un cinéma et des surfaces d’activité ont abouti à la définition d’un programme de locaux extrêmement varié, ce qui a contribué au succès de l’opération, estimée des Zurichois, vu son retentissement dans la presse. Outre ces différents aspects, le projet a également montré qu’il était possible de proposer des loyers bas au centre de Zurich, sans renoncer pour autant à certains services complémentaires. Les coopérateurs ont en effet souhaité la mise en place d’une conciergerie, solution assez surprenante dans un contexte comprenant des logements sociaux. De cette journée animée, l’auditeur lambda ressort absolument convaincu et séduit par l’originalité proposée aujourd’hui par chacune des coopératives, qu’elles soient actives en Suisse romande ou Outre-Sarine. L’expérimentation tentée par ces dernières, dans un contexte qui tend à émousser toute ardeur, devrait être non seulement mieux comprise, mais également mieux soutenue par les pouvoirs publics. Qui sait en effet ? Ces tentatives aujourd’hui isolées pourraient être les fondements de la ville heureuse de demain, où les quartiers sont conçus à l’image de leurs habitants, par et pour eux. Le paysage mériterait, en tous les cas, de s’enrichir de ce genre de réalisations, à la fois ambitieuses, détonantes et rafraîchissantes… Mais pour cela, il est indispensable que les acteurs concernés aient la volonté de dialoguer ensemble, qu’ils soient coopérateurs ou représentants de l’autorité. Heureusement, tous sont aujourd’hui conscients qu’il faut s’atteler à bâtir des espaces urbains durables. Il semble donc qu’une solution soit à portée de main. A.C

Des enjeux de société

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Vivons ensemble ! De la charte à la gouvernance de quartier Vendredi 8 mai 2015, conférence de l’Association écoquartier. Représentée par Marie-France Hamou; Sylviane Gosteli, co-présidente, Valéry Beaud, co-président; Philippe Solms, coordinateur.

3 → Réfléchir et faire ensemble PP.46-69

L’Association écoquartier L’association citoyenne écoquartier a pour but de promouvoir les écoquartiers, ou quartiers durables, dans le canton de Vaud, en Suisse. Au terme d’une réflexion participative, elle vient de publier la brochure VIVONS ENSEMBLE ! De la charte à la gouvernance de quartier. Constituant un outil d’aide à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une charte d’[éco]quartier, cette nouvelle publication s’adresse autant aux acteurs publics et privés de l’urbanisme et de l’immobilier, qu’aux habitants et usagers de la ville.

La charte, un complément essentiel aux planifications Pour parvenir à un écoquartier digne de ce nom, la charte de quartier apparaît comme un complément essentiel aux planifications standards. Reposant sur l’adhésion volontaire des acteurs concernés, elle permet d’aller au-delà des conventions-cadre usuelles, d’énoncer des principes et objectifs ambitieux en matière de durabilité et d’établir une éthique de coopération entre les parties prenantes. Elle est ainsi en mesure de contribuer à un développement urbain plus durable et véritablement intégrateur.

Impliquer les collectivités, propriétaires, promoteurs, habitants, etc. Pour couvrir au mieux les multiples enjeux de quartier, une charte doit fédérer aussi largement que possible les acteurs directement et indirectement concernés. Visant à les engager sur des objectifs concertés et partagés, il est essentiel qu’elle soit élaborée selon un processus participatif et qu’elle puisse être précisée de manière évolutive au fur et à mesure de l’implication de nouveaux venus dans le quartier. La brochure VIVONS ENSEMBLE ! identifie huit catégories principales d’acteurs et détaille ce que ces acteurs peuvent, selon leur marge de manœuvre spécifique, s’engager à faire par le biais d’une charte. Pour l’Association écoquartier, un tel instrument se prête non seulement à la concertation, mais aussi à la co-conception et à la co-gestion, cela à chaque phase du développement et de la vie du quartier .3

Chapitre 1

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Gouvernance, bien-vivre social et activités, gestion durable des ressources Pour préciser le contenu potentiel d’une charte, la brochure retient trois grands thèmes. Le thème de la gouvernance 1   5 recouvre les enjeux de participation et d’élaboration évolutive de la charte, ainsi que la question des moyens requis pour son application et son suivi. Le thème du bien-vivre social 1   5 et des activités renvoie, entre autres, aux objectifs possibles en matière d’habitat, d’espaces partagés, de qualités d’usage, de surfaces d’activités, de dynamiques de proximité et de vie sociale. Quant au thème de la gestion durable des ressources 4 , il concerne les questions d’énergie, de matériaux et procédés constructifs, de biodiversité, d’eau, de déchets et de mobilité. Au fil de ces thèmes, des pistes sont énoncées : trouver sa place dans un lieu en devenir, mutualiser des ressources et des équipements, en optimiser l’usage, imaginer, créer et gérer les espaces publics et communs, favoriser la présence de lieux pour les activités non rentables, minimiser l’empreinte écologique, etc.

Mise en œuvre et instances de quartier Pour conduire l’élaboration, la mise en œuvre et l’actualisation d’une charte, un processus clair et des instances de quartier sont nécessaires. Si des ateliers participatifs permettent de définir le contenu de la charte, il faut aussi lui donner vie et en assurer le suivi en s’appuyant sur une permanence de quartier et une structure de type « forum » fonctionnant sur le mode d’une assemblée citoyenne. Ces éléments sont indispensables pour garantir l’information et la concertation entre les parties prenantes, et pour les accompagner de sorte qu’elles puissent, sur la base de la charte, contribuer de manière cohérente aux objectifs visés.

Quelques remarques et questions au terme de la présentation Lorsqu’il s’agit de développer un nouveau quartier, comment faire participer suffisamment tôt les futurs habitants puisque ceux-ci ne sont pas encore connus ? La genèse de GWL Terrein à Amsterdam constitue une réponse très convaincante sur ce point. Pour la conception de cet écoquartier, un appel par voie de presse a permis de mobiliser de potentiels futurs habitants. Sur 600 personnes ayant répondu à l’appel, 135 ont intégré les groupes de travail participatifs. Un quartier lausannois est évoqué : une charte y a été adoptée, mais faute d’être respectée, celle-ci apparaît comme une coquille vide. Consciente de ce risque, l’Association écoquartier insiste sur le rôle des instances de quartier. La permanence, qui accompagne les acteurs afin qu’ils respectent au mieux la charte, doit aussi assurer un suivi pour le forum de quartier – ce dernier étant le lieu où les problèmes peuvent être débattus et résolus de manière concertée entre les parties prenantes. P.S

1 → Les Community Land Trusts P.19

5 → Des biens communs pour la ville P.87

1 → Quelles innovations dans les coopératives d’habitation ? P.14

5 → Une approche des écovillages P.83

4 → Scénarii et initiatives pour la transition énergétique P.72 → Créer un projet d’installation solaire thermique pour un immeuble P.75

www.ecoquartier.ch

Des enjeux de société

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Le Jeu des Monnaies Ce jeu a été proposé à la Marmotte le samedi 9 mai de 15h-17h30. Il était animé par Bernard Dugas et Gian Paolo Berta, membres de la SASFERA, Monnaie Léman, la monnaie complémentaire citoyenne du bassin de vie lémanique transfrontalier (monnaie-leman.org). Simulation des échanges financiers en vigueur dans les systèmes économiques dits « de marché », Le Jeu des Monnaies permet aux joueurs d’expérimenter la complexité des échanges en œuvre sur les places financières, et de se rendre compte de leurs impacts sur différents niveaux de la vie humaine. Connu aussi sous le nom de « Jeu de la Corbeille » ou « Jeu des Valeureux », le Jeu des Monnaies consiste en un échange de cartes. Au cours du jeu, les participants vont pouvoir tester tour à tour plusieurs modèles de répartition des cartes, de même que différents scénarios de production des valeurs attribuées à celles-ci. Sans entrer dans des considérations morales, on peut ainsi avoir un aperçu des enjeux à l’œuvre dans la moindre transaction financière. Tout en jouant, ce qui est toujours agréable, il semble que les participants font entre autres l’expérience concrète des points suivants :

la quantité d’argent disponible n’affecte pas le nombre d’échanges réalisés les comportements individuels et collectifs sont influencés par le système d’échange choisi l’utilisation d’un système d’échange générant de la dette engendre toujours le même résultat le contrôle de la quantité de monnaie en circulation peut stimuler ou ralentir une économie locale la valeur que l’on donne aux choses et leur prix (échange de monnaie) ne sont pas liés notre intelligence peut être mise au service de nos intentions 1   2   3   4   5 . le jeu permet de sentir en soi l’effet des règles de comptabilité qui sont utilisées dans le groupe : car la monnaie se résume finalement à un ensemble de règles comptables !

1 → Des enjeux de société PP.11-25

2 → Ressentir le monde PP.26-45

3 → Réfléchir et faire ensemble PP.46-69

4 → Gérer l’énergie PP.70-77

5 → Questionner la ville PP.78-91

L’objectif de jeu est de recueillir le plus de graines (unité de récompense choisie par les créateurs du jeu) possibles en échangeant ses cartes pour obtenir des carrés, c’est à dire 4 cartes identiques. Chaque joueur commence avec 4 cartes à jouer. Il doit les échanger pour constituer un carré. Les carrés seront récompensés par le caissier avec 1 graine et 4 nouvelles cartes mélangées. Les participants vont s’apercevoir à chaque tour de jeu des différences dans le fonctionnement de la place de marché. Plusieurs variantes du jeu leur permettront de comparer les effets produits par différents modèles économiques ; du troc à l’émission de crédit en passant par l’entrée en jeu d’un banquier trader ! 1

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LA TOTALITÉ DE CE TEXTE RENVOIE AUX NOTES CITÉS EN MARGE

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Le jeu se déroule par étapes (1. Troc ; 2. Monnaie rare, centralisée et dette ; 3. Crédit mutuel ; 4. Réflexion finale) Après avoir échangé des cartes, les joueurs sont invités à échanger leurs impressions ! D’abord au sein de leur groupe, puis en ligne ! Ils sont aussi encouragés à publier des comptes rendus vidéo de leurs parties, histoire d’inciter de nouveaux groupes à faire l’expérience. Pour en savoir plus, et pour jouer au jeu : www.valeureux.org Ce jeu est mis à disposition selon les termes de la licence – Creativcommons

Les Community Land Trusts Des citoyens sortent le sol du marché et créent durablement du logement accessible Le vendredi 8 mai 2016 à 15h30 au foyer du 2.21. Geert van der Pauw, du Community Land Trust de Bruxelles a présenté le modèle, ses origines et son exemple bruxellois. « Les CLT modifient l’approche de la propriété des sols. Dans ce système, la propriété du bâti et celle du terrain sont disjointes. Les terrains appartiennent à perpétuité à un organisme à but non lucratif. Les ménages qui accèdent à la propriété possèdent seulement la maison construite dessus et louent la parcelle à un prix souvent symbolique (moins de 50 dollars par mois dans la plupart des CLT américains) ». (Libé, 6/04/2015) Les Community Land trusts sont basés sur 6 principes : 1

La distinction entre la propriété du sol et de la propriété du bâtiment

2

La location du sol (leasing) au propriétaire du bâtiment

3

L’accessibilité du bâtiment à des personnes ayant des bas revenus

4

Le verrouillage perpétuel des subsides qui permet, lors de la revente du bien, de laisser l’essentiel de la plus-value dans le patrimoine du CLT et de partager le reste de la plus-value (31%) entre le CLT (6%) et les propriétaires du bâtiment.

5

La gestion du Trust par les acteurs de la société : le conseil d’administration du trust est composé pour 1/3 des habitants du CLT, pour 1/3 des représentants de l’intérêt public, pour 1/3 de représentants de la société civile.

6

Le Stewardship qui implique « l’accompagnement des habitants » par l’information et la formation.

Des enjeux de société

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Pour situer les Community Land Trusts A travers un CLT des citoyens et habitants s’organisent pour acquérir des terrains, les sortir du marché immobilier, et assurer un accès pour tous aux logements et locaux d’activité qui y sont construits. Les CLT renoncent pour toujours à la vente de leurs terrains, mais les louent à leurs membres qui peuvent y construire, acheter un logement ou des locaux d’activité. Ils contrôlent et limitent les plus-values possibles lors de la revente, assurant ainsi de manière perpétuelle un prix abordable des logements et autres locaux. Les CLT ont été inventés aux États-Unis dans les années 1960 et s’implantent progressivement en Europe depuis une décennie environ. Le premier CLT, fondé notamment par des activistes des droits civiques pour les afro-américains, a été constitué en Géorgie en 1969. L’idée maîtresse était alors de permettre à des paysans noirs, dépendants de propriétaires terriens blancs, d’acquérir des terres et de créer leur propre activité agricole. Aujourd’hui les États-Unis comptent quelques 300 CLT actifs, de 10 à 2000 logements. Les CLT se sont révélés être des structures particulièrement solides face à la crise financière ; leur détachement des mécanismes de la spéculation foncière a permis une stabilité du logement dont ont pu bénéficier les propriétaires de bâti, et parmi eux les plus exposés. En 2008, en pleine crise des subprimes, le CLT de Burlington recevait le World Habitat Award de l’ONU.

Un instrument pérenne de politique du logement En Belgique, la propriété privée du logement est extrêmement répandue et les aides à son accession sont nombreuses. Elles reviennent intégralement aux propriétaires et ne sont pas conditionnées par une limite sur les plus-values à la revente. Résultat ? La spéculation immobilière va bon train et l’État se voit contraint d’injecter de nouvelles et plus importantes aides au logement pour en réguler l’accès. Le principe du CLT implique au contraire un verrouillage perpétuel du niveau des subsides étatiques, permettant d’acheter les terrains et de les extraire définitivement du marché spéculatif. Le CLT de Bruxelles (comme les CLT aux États-Unis) repose en grande partie sur des subsides de l’État pour l’achat des terrains et pour les charges de fonctionnement ; et sur des hypothèques sociales pour les propriétaires individuels. Ces aides étatiques imposent au CLT d’attribuer les logements aux populations qui ont droit au logement social. Le public du CLT Bruxelles regroupe même les classes de revenus les plus basses parmi ces ménages. Le prix de vente des logements tient compte des revenus, et s’appuie sur le principe voulant que les ménages ne doivent pas consacrer plus d’un tiers de ceux-ci au paiement de leur emprunt hypothécaire. Lors d’une revente, le logement ne peut être acheté que par un membre du CLT. Le prix est contrôlé et le propriétaire ne peut engranger que 25% de la plus-value estimée. Ce mécanisme permet de maintenir des prix abordables de manière durable.

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Le CLT Bruxelles C’est lors d’un forum sur les coopératives que les fondateurs du CLT ont découvert ce modèle. Après un voyage d’étude à Burlington, aux États-Unis, ils ont constitué en 2010 un réseau de personnes et associations favorables aux CLT. Ils ont ensuite convaincu le gouvernement de la Région bruxelloise de financer une étude de faisabilité pour la création d’un CLT à Bruxelles. En 2013 ils ont reçu le premier subside de fonctionnement, et depuis, de nouveaux subsides ont permis d’acquérir quatre terrains pour un total prévu de 60 logements. Un premier bâtiment a été inauguré en 2015 et quatre nouveaux projets sont en discussion. Le CLT Bruxelles est seul propriétaire des terrains. La gouvernance est élargie et comprend les habitants (les propriétaires de logements), les pouvoirs publics et la communauté au sens large (voisins et quartiers concernés). Le CLT Bruxelles s’est structuré en fondation d’utilité publique pour la propriété des terrains, et en association pour la gestion au quotidien de son patrimoine. Son travail est d’une part d’acquérir les terrains, de construire et de vendre des logements ; d’autre part d’assurer une présence et une aide aux habitants dans la vie et la gestion des lieux.

5 → Compound Compound P.85

1 → Quelles innovations dans les coopératives d’habitation ? P.14

Du logement social participatif Les projets bruxellois s’adressent à des populations pauvres, souvent d’autres cultures. Ils démontrent que la participation dans l’habitat n’est pas réservée aux classes moyennes et supérieures 5 . Geert de Pauw explique que les habitants des CLT n’ont pas beaucoup d’expérience de telles dynamiques : ils n’ont jamais fonctionné dans un conseil d’administration ni même dans une association, et ont encore moins participé à l’élaboration d’un projet d’habitat. De plus, la pénurie de logements abordables les amène souvent à postuler davantage par nécessité que par choix. Face à cela, le CLT insiste beaucoup sur l’implication dans le projet 1 , accompagne les habitants et leur offre des formations pour les préparer aux réunions. L’expérience montre que ces derniers trouvent un intérêt et une plus-value à la participation, formulent des propositions, comprennent le processus et ses blocages, et parviennent à s’approprier le projet.

www.communitylandtrust.wordpress.com

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Financement La question du financement d’un processus aboutissant à un événement Notre processus de création a fait la part belle à l’ouverture et à l’adaptabilité des modes de fonctionnement PROJETER OU PROCÉDER . Nous avons retiré nombre de bénéfices de ce choix, mais cela a soulevé une question délicate : comment financer non un objet précis, mais l’ensemble d’un processus dont l’événement public n’est qu’une partie ? Autrement dit : comment obtenir des soutiens financiers pour un projet sur la base d’un processus, sans image concrète et définie du « produit » final ?

→ Projeter ou procéder P.8

3 → Pas de hangar mais des forces vives P.48

Les JAU 2015 dans la norme Les bailleurs de fonds semblent apprécier tout particulièrement l’idée qu’ils financent un projet précis, dont les résultats attendus sont clairement définis (et mesurables) et dont le déroulement est tracé avec rigueur et précision. Quels financements espérer si nous faisons le choix de maintenir une part d’incertitude sur le produit final pour pouvoir garder ouverts — et suivre ! — les chemins de traverse au cours du processus de création ? Comment assurer les financeurs du sérieux de notre démarche, sans pour autant devoir inventer un événement pour l’heure encore fictif ? Les gains à en espérer, en termes de sérénité et de créativité notamment, sont loin d’être négligeables. Pour les JAU 2015 nous avons produit un dossier de recherche de fonds hybride, décrivant succinctement un événement de trois jours tout en détaillant des intentions plutôt que des réalisations concrètes ; ce qui nous a permis d’envisager l’occupation d’un hangar à avions 3 .

Une piste de solution ? Dans le champ de la coopération au développement, certaines organisations ont répondu à cette question en recherchant des financements sur la base d’intentions, pratiques, valeurs et principes qu’elles appellent leurs non-négociables*. Elles posent ainsi les jalons de toute action, sans nécessité d’assurer par avance des résultats que leur démarche, axée sur le processus, ne leur permet pas de connaître. En un mot, cette pratique permet de remplacer les objectifs par la confiance.

Un mot sur la confiance Evidemment, la réputation de l’organisation (voire des personnes impliquées) demandeuse du financement participe grandement à établir cette confiance. A ce titre il est opportun de rappeler que les JAU ont été initiées par l’Association écoquartier, dont la réputation de sérieux et d’efficacité s’est construite – auprès des bailleurs publics notamment – depuis son lancement en 2007. Ce socle de

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confiance solide combiné à une première édition réussie des JAU en 2013 a joué un rôle décisif dans l’accès à certains financements… Sans pour autant révolutionner les principes habituels.

Intérêt d’envisager un « financement alternatif » Peut-on réaliser les alternatives à partir de modèles standards ? Profitons de l’élan général de réflexion autour des alternatives pour en faire de même au niveau du financement, en l’occurrence d’un événement. Il s’agirait alors d’impliquer les bailleurs de fonds, non pour collaborer au niveau du projet lui-même mais bien pour questionner l’ordre établi et mener ensemble la réflexion sur la manière de financer ces projets qui ne rentrent pas spontanément dans les cadres habituels. Le processus ne peut sortir que renforcé d’une discussion, d’un passage en revue des intentions, puis des réalisations et apprentissages en amont et en aval.

Le prix libre… Pour les JAU 2015 nous avons choisi de proposer les inscriptions à la journée du vendredi (journée "pro") à prix libre. Et nous avons fait de même pour les repas, concoctés sur place par Elise Magnenat et les bénévoles de la cuisine. L’incertitude budgétaire induite par cette pratique a été doublement (ré)compensée. D’une part, le simple fait de fonctionner autrement a placé l’ensemble de l’événement dans un référentiel basé sur des valeurs plutôt que sur des échanges de type consommateur-prestataire ; une rémunération non matérielle, donc, qui a nourri l’ensemble de l’événement. Et dans un second temps nous avons pu constater que les rentrées financières, particulièrement celles liées aux repas, ont été supérieures à nos attentes.

CONCLUSION

Financement à prix libre sur la base de non-négociables

Partant de l’idée que l’on peut sans crainte dissocier le coût de la valeur ; ajoutant à cela les multiples effetsrebonds du don et de l’engagement libre et volontaire ; le tout associé à une ouverture profonde à la nouveauté, à la curiosité et à un certain goût pour la surprise ; se dessine le développement organique d’un projet dans lequel le financement est réellement une ressource comme une autre, qui ne permet la création qu’assemblée aux multiples autres contributions qui feront l’œuvre commune. Quel est le prochain pas ? La proposition, à tester, est de financer un projet sur la base de principes (non-négociables), entièrement à prix

*

libre, de la participation du public aux soutiens financiers institutionnels. Il s’agit donc d’obtenir le soutien de bailleurs de fonds, sur la base de principes d’action plutôt que de résultats attendus, pour un financement sans montant préétabli puisqu’il n’y a pas de budget fixe non plus. Le tout serait assorti d’une réflexion menée conjointement avec les financeurs sur l’adéquation entre le processus et son financement. Une nouvelle manière de voir et de faire, qui s’appuie sur la conviction que du foisonnement et de la générosité naît l’abondance. Qui commence ?... J.S

Ideas for Development, Robert Chambers, pp. 74-76, Routledge, 2013. (Ouvrage consultable en ligne)

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Imaginer et expérimenter la ville partagée Tremplin vers le futur Le processus global « Imaginer et expérimenter la ville partagée » a démarré officiellement le samedi 14 février 2015 et s’est concrétisé lors des Journées de mai. Nous avions alors demandé à tous les participants d’imaginer ce qui pourrait être partageable dans les logements, les quartiers et la ville 1 . Par la suite, les personnes intéressées ont été conviées à participer à des « rencontres-fil-rouge » égrainées au fil du printemps pour ponctuer la démarche qui allait aboutir aux trois Journées des Alternatives Urbaines2015. Entre février et mai, les expériences concrètes se sont multipliées, les idées, envies et projets se sont échangés, et un réseau s’est constitué sur le thème de la ville partagée. Les JAU2015 ont regorgé d’activités pratiques qui visaient toutes un passage à l’action concrète, expérimentant l’action collective et le partage 3 . Pour l’équipe qui a œuvré à la réalisation des JAU, ces trois journées devaient servir à cela : rassembler, partager des idées, et passer à l’action concrète ! Entre l’engagement individuel comme bénévole lors de l’événement et une multiplicité d’ateliers et de rencontres auxquelles le public a été convié, les occasions de partager des instants de convivialité en diffusant et acquérant de nouveaux savoirs ont foisonné. Pour clore — temporairement ! — le processus, la rencontre « Tremplin vers le futur » a eu lieu le dimanche 10 mai. Ce fut l’occasion de revenir sur ce que chacun avait imaginé et expérimenté. Cet échange d’impressions nous a permis de réfléchir à une continuité en nous interrogeant sur la poursuite des actions entreprises, ainsi que sur l’évolution de nos idées en vue de multiplier les projets concrets pour une ville partagée. Nous vous donnons rendez-vous et vous souhaitons la bienvenue aux JAU2017 pour découvrir et expérimenter la suite de cette démarche !

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1 → Quelles innovations dans les coopératives d’habitation ? P.14

3 → Réfléchir et faire ensemble PP.46-69

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Invitation aux balades interstitielles

La croûte terrestre. Ou la peau de la terre. Ou le substrat. Ou l’épiderme nourricier. Ou la chaleur des douces enveloppes. Mais ne nous égarons pas. La carapace. Le glissant, le dur, et râpeux. L’uniforme, le lisible. Le goudronné, le bétonné. Où préféreriez-vous vous assoupir ? Avec quoi pourront bien s’amuser vos orteils en liberté, si ce n’est avec ce brin d’herbe que vous tortillonez en même temps que des mains s’égarent ? Mmmmh ? Et pourtant, quelquefois, une graminée se faufile entre les graviers et se pointe et fait la nique à l’uniforme noir du goudron vainqueur. En considération de nos abandons et de toutes les légèretés envisageables nous vous proposons, nous vous proposons quoi ? Nous vous proposons de Voir  : l’interstice,le petit tertre de rien,une bullée de terre, un mur qui serait mieux en vert, une pente qu’on pourrait terrasser (avec douceur…) un trottoir dont une moitié est de trop, qu’on pourrait verdir, des semailles, une rose trémière…aux tenues de nuque si troublantes ? A ce propos, ne nous interdisons pas de réfléchir aux floraisons, aux tiges, aux mélancoliques courbures,

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à la chargée florale, si, si, ça mérite réflexion, nous qui nous tenons si mal à table et partout ailleurs Bref, de la promenade dans le château des subversions douces que nous n’avons qu’à rendre inéluctables en occupant le terrain. Objectif ? Pas la Lune, qu’il faudrait laisser tranquille,Pas Mars, Mais la constitution, à terme, tranquillement, D’une équipe d’arpenteurs inoxydables pour dresser (toujours avec douceur…) Le PeAU !!! Le Potentiel écologique Agricole Urbain (parce que la fraise des champs, ça va cinq minutes…) En gros, du collectif, de la propriété partagée, des bouffes sublimes, du frais, et la marée indisciplinée de cartographes, parcourant l’amour-monde, interrogeant tout et tout le monde, parce que finalement, il faut un sacré corpus idéologique pour justifier «  l’estouffagat  » de la terre nourricière… Et que si NOUS n’interrogeons pas ce corpus, QUI ? Et puis interroger, interroger… Plutôt l’amadouer ?..... Irréversiblement ? Inventorier les interstices de notre espace urbain, c’est la proposition.

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« Florides helvètes » extrait P.28 Gum boots dancing Photo de fond PP.28-29 Trois jours en mai P.30 13, rue de l’industrie P.32 Les balades sensibles, une construction P.33 Le perspectographe P.35 Danse pas la bouche pleine P.36 Contes pour petits et grands P.38 Les Two en concert P.39 Le slam, poésie urbaine alternative P.41 Surprise Building P.42 Le quartier du Vallon à Lausanne P.42

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Impressions d’un passant à Lausanne Extrait de «Florides helvètes» […] Tout à coup on voit au – dessus de soi d’extrêmement bas le troisième pont et des bouts de dessous des personnes qui passent. La rue st – Martin, qui termine la place et inaugure un resserrement qui va sans doute bientôt rendre apparente la rivière, commence à gauche par une fabrique de carton qui a pour clôture un clocher, et, à droite, par un marchand de vernis qui a de bien jolies têtes d’anges dans sa vitrine. Je ne sais maintenant plus où aller. J’étais à la placette du tunnel. Un homme était sur un banc et je n’ai pas osé lui demander mon chemin  ; parce que c’est une question un peu ridicule que de demander où est un cours d’eau qui est sous terre, et où se trouve le point où il est encore apparent. J’ai alors franchi ce tunnel et suis arrivé à une autre place pleine d’animation et très grande. Ensuite j’ai pris un escalier. J’étais toujours dans l’incertitude. Un balayeur m’a adressé la parole et nous avons causé un peu. Entre – temps je me suis arrangé pour le questionner sur la fonte des neiges, puis sur les eaux, puis brusquement je lui ai demandé où disparaissait le Flon. -

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bout de la rue du Vallon. est-ce ? dis. rue du Vallon ?

Il m’inspecte de haut en bas,

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cependant avec politesse. Lui aussi trouve déconcertant que je ne connaisse pas les rues. Précédemment, il me considérait comme un être humain. Brusquement, il se ravise  ; cependant, comme je le dis, avec politesse. Il se peut bien que, chu d’un astre étranger, je mérite encore quelque égard. Alors, il me dit  : - c’est la première à votre gauche, en face du café que vous voyez. - c’est peut – être encore assez loin… peut – être une heure. Il rit des yeux, ôte sa pipe, la remet. - non (dit – il doucement)  ; c’est à peine à deux minutes. Suivez la rue du Vallon  : vous tombez dessus. J’adore la politesse jointe à la précision. En effet, suivant cette rue, je ne tarde pas à me trouver en face d’espèces de foulons,ou tout au moins de toits, de toitures, au nombre de cinq, de six, inexplicables. Un courant d’air pousse à gauche et je vois que la ville a brusquement cessé, en même temps que le vallon tourne, et cesse d’avoir des maisons, pour livrer à l’œil le spectacle d’âpres sapins dévalant des deux montagnes vers une eau qui devrait leur donner leur sens et qui n’apparaît pas  : oui, comprend – on, c’est encore couvert. On entend  : cela va venir  ; il est impossible que cela tarde, mais nous n’y sommes pas. Il faut découvrir un sentier et longer ce qu’il y a dans la fraîcheur, qui est ce qu’il y a de

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plus émouvant, aux sens incessamment alertés par le progrès de l‘homme humain. Ce sont des usines, des petites usines  : deux usines, trois usines, cinq petites usines en bois gris vermoulu recouvert de mousse. Oui, exactement comme des coques, et bien calfatées  : afin d’empêcher qu’on voie. On doit seulement entendre. C’est un sourd bruit de roues uni à un cliquetis modeste. Elles sont là comme des coléoptères enfoncés dans la mousse, ivres des sucs qu’ils sucent, les uns plus haut, les autres plus bas, selon leur passion qui est fonction biologique. La première – à ce que j’ai entendu dire longtemps après – peut – être une petite usine de bougies stéarine pour ceux qui en veulent encore. Elle ne fournit que des clients de grande marque. Une autre est une petite fabrique de cire à cacheter dans laquelle entre une nécessaire part minime de cire d’oreille. Une autre – mais celle – là est visible en ville sous l’espèce d’un magasin où les foules sages se portent – est broyeuse et concasseuse de cacao amer, qui se détaille en Croque – en – bouche apprêtées et pliées, aptes à provoquer l’émerveillement. D’autres, plus petites encore, et dont je ne saurai jamais rien, broient et manipulent en sourdine. Qu’on m’excuse si j’ai l’air d’insister, mais c’est ainsi  ; c’est discret et comme un peu clandestin.

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Pour rien, comme tout ce qui est vaudois. On avance. C’est de plus en plus solitaire, et toujours on ne voit pas l’eau. Pourtant, à un instant, un parfait rectangle pratiqué à la scie dans ces planches laisse éclater un flot de pierreries. Cela roule et cela rentre  ; ce n’est qu’un échantillon. Il faut lever la tête pour voir le paysage. C’est tout à fait un décor pour une histoire d’ermite et de faux-monnayeurs, ou d’un chevalier faisant reculer une bête. On se croirait dans les parties saintes du canton de Fribourg. Ah  ! Mais maintenant le fracas s’accentue et il est de toute évidence que je vais voir apparaître l’eau. Elle serait visible si je voulais me pencher, mais c’est dangereux. D’affreux rochers font cesser les sapins  ; donc c’est en bas. Encore une de ces fabriques, la dernière, perdue, modique, assassine.[…]

Extrait de «  Florides helvètes  » de Charles-Albert Cingria Édition de l’Age d’Homme

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Les balades sensibles Les balades sensibles dans le Vallon ont eu lieu du vendredi 8 au dimanche 10 mai 2015. Environ 95 personnes ont participé à ces neuf promenades réparties sur les trois jours des JAU2015. Intervenants Gilles Malatray — Desartsonnants —, Jeanne Schmid, les traceurs de PKL (Association de Parkour Lausanne), Joséphine Maillefer et son groupe de chanteuses, Yannick Henaff, Julien Sansonnens, Claude Mottier. Organisation et conception Jeanne Schmid et Gilles Malatray

Trois jours en mai Le quartier du Vallon est niché juste derrière le Tunnel, quasiment au pied de la Cité, à Lausanne 2 . Tout en contrastes, riche d’une histoire pré-industrielle et populaire, il fut aussi renommé pour ses bains et ses sources thermales. Sa situation géographique en fait une porte urbaine qui permet l’accès à la campagne, et la forêt s’épanouit sur les flancs des collines entre lesquelles il s’est développé. Ensemble avec mon comparse Desartsonnants, nous avons élaboré un parcours 2 sur lequel nous avons guidé sept des neuf balades. L’une d’entre elles, consacrée plus particulièrement à l’ancienne ligne de funiculaire qui reliait la place du Vallon au sommet de la colline de Sauvabelin (1899 – 1948), fut animée par Julien Sansonnens, auteur d’une plaquette dédiée à ce funiculaire COUV maintenant oublié. Accompagnés par Claude Mottier et sa caméra, nous avons emmené les promeneurs entre ville et nature, entre ruelles, passages et sites industriels. Nous avons attiré leur attention sur les paysages minuscules nichés au creux des souches, sur les perspectives s’ouvrant entre deux collines, sur des points d’écho; et sur le chant des oiseaux répondant aux sons des moteurs ou à ceux des activités ouvrières... Nous avons recomposé des paysages sonores, cherché ensemble la rumeur de cours d’eau enterrés, exploré le meilleur cadrage pour découvrir les images offertes par un toit, ou par des cheminées contrastant avec la forêt... Nous avons écouté l’eau ruisselant des falaises de molasse, raconté les sources du Vallon, évoqué l’histoire de quelques maisons... Nous avons joué à entendre et à regarder tous ces petits riens qui composent l’identité d’un territoire et savouré quelques performances au long de notre chemin 2 .

2 → Extraits de «Florides helvètes» P.28

2 → Le quartier du Vallon à Lausanne P.42

COUV → Photo du funiculaire sur les pages intérieures de couverture P.2

2 → 13, rue de l’industrie P.32 → Photo, les traceurs de PKL P.45

www.parkourlausanne.ch www.blog.jsansonnens.ch

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Ces promenades furent l’occasion de belles rencontres.

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Nous avons vécu des échanges à la fois simples, étonnants, et souvent émouvants ; et reçu quelques magnifiques cadeaux, telle cette remarque entendue à plusieurs reprises : « je passe tous les jours par ces chemins, mais je n’avais jamais perçu toutes les merveilles du quartier du Vallon ». JyS

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Carte des balades sensibles et sites d’activité des JAU2015 dans le quartier du Vallon.

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13, rue de l’industrie Pour 6 voix de femmes Joséphine Maillefer

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www.myfairmusic.com

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©Joséphine Maillefer

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Les balades sensibles, une construction Lors des premières rencontres du comité de programmation des JAU 2015, nous avons identifié cinq thématiques principales TDM , chacune prise en charge par les membres du groupe en fonction de leurs intérêts. Parmi celles-ci, celle que nous avons appelée les « villes sensibles ». Il s’agissait de proposer un regard artistique sur le partage et la durabilité des questions urbaines que le comité souhaitait développer. Ma démarche personnelle s’attachant à explorer le regard porté sur certains aspects de notre environnement qui nous demeurent invisibles à force de banalité, je souhaitais offrir au public des JAU une manière d’alternative aux coups d’œil quotidiens jetés sur la ville. Quelques mois auparavant, j’étais entrée en contact via réseaux sociaux, avec un artiste sonore très engagé dont la démarche entrait profondément en résonance avec mes préoccupations artistiques. C’est donc tout naturellement que j’ai proposé au comité d’inviter Gilles Malatray – dit Desartsonnants – et d’élaborer avec lui un parcours de promenade qui mettrait l’accent sur ces détails ignorés qui pourtant fondent l’identité d’un territoire donné. Interrogé sur le principe, Gilles m’a retourné son acceptation enthousiaste. Après plusieurs péripéties liées au processus de création des JAU 3 , nous avons commencé à réfléchir ensemble - toujours via réseaux sociaux – à un projet qui mettrait en commun son amour de la chose sonore et ma passion pour le détail qui transforme en merveille l’image à priori la plus banale. Gilles est un nomade, il est basé à Lyon, alors que je le suis sur les bords du Léman. Notre travail préparatoire s’est déroulé à coups de téléphone et de longues conversations électroniques au cours desquelles la complicité s’est peu à peu transformée en amitié. Nous ne nous sommes jamais rencontrés avant sa venue à Lausanne en janvier 2015 pour deux journées de repérage sur le territoire du Vallon qui allait accueillir nos balades. Lors de ces deux jours, nous avons arpenté ensemble le quartier du Vallon 2 , et pris le temps d’établir un premier itinéraire. Puis nous avons repris nos échanges à distance. Cherchant le moyen de présenter notre parcours pour susciter l’envie de promenade, nous avons décidé de créer une carte jalonnée d’images et de légendes… Peu à peu l’idée du Guide des balades dans le Vallon s’est imposée*. J’ai construit ce petit livre pour lequel nous décidions ensemble - et toujours à distance - des points de vue et d’écoute à mettre en valeur. J’ai pour ma part beaucoup photographié, effectué des recherches sur la petite et la grande histoire du Vallon 2 , et rédigé les textes présentant les lieux à visiter ; Gilles de son côté me proposait des ébauches poétiques orientées par la perception auditive qu’il avait eue du quartier lors de sa visite. Gilles Malatray et moi nous sommes revus quelques jours avant les JAU, et avons peaufiné in situ notre projet. Yannick Henaff nous avait rejoints entretemps, et nous a offert son soutien logistique, ainsi que son regard sur le pay-

*

TDM → Table des matières P.5

3 → Pas de hangar mais des forces vives P.48

2 → Le quartier du Vallon à Lausanne P.42

2 → Extraits de «Florides helvètes» P.28

Le Guide des balades dans le Vallon est disponible dans sa version papier auprès de l’Association de Quartier du Vallon qui a permis son financement, ou en ligne sur :  www.jeanne-schmid.com/2015/04/06/guide-des-balades-dans-le-vallon

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sage urbain, magnifié par une machine à dessiner répondant au doux nom de « perspectographe » 2 . Pendant les quelques mois qui précédaient les Journées des Alternatives Urbaines, de nouveaux intervenants se sont greffés sur le projet. C’est ainsi que nous avons pu offrir au public des promenades guidées émaillées de récits sur les lieux traversés, d’installations sonores ou d’incitations à l’écoute et à l’observation… Ces balades ont aussi été relevées par les démonstrations de Parkour urbain 2 préformées par les traceurs de PKL, et pimentées par trois concerts pour voix à capella 2 élaborés et mis en scène dans un immeuble du quartier par la compositrice Joséphine Maillefer. Habituée par mes activités professionnelles au travail à distance, j’ai découvert à l’occasion de la préparation des balades sensibles la richesse des possibilités offertes par les réseaux sociaux. Je n’avais jamais encore développé de collaboration avec une personne inconnue, contactée uniquement en raison de l’intérêt suscité par son profil en ligne. Depuis, à l’occasion d’une nouvelle balade dans un autre quartier de Lausanne, j’ai réédité l’expérience ; approchée cette fois par une artiste qui s’intéressait à la démarche collaborative que j’avais mise en place. Ces expériences de partage virtuel aux résultats absolument concrets ouvrent très certainement de nouvelles perspectives. Et surtout, elles remettent en cause la perception que j’avais des réseaux sociaux comme quelque chose d’un peu futile, ne servant pas à grand-chose d’autre qu’à exposer à un monde qui s’en fout des photos de mon chat ! JyS

2 → Le perspectrographe P.35

2 → Photo, les traceurs de PKL P.45

2 → 13, rue de l’Industrie P.32

L’un des courts textes écrits par les promeneurs au retour des balades.

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Le perspectographe Albrecht Dürer (1471 – 1528) Les gravures de Dürer illustrent un dispositif très sophistiqué : une vitre quadrillée est fixée sur une table spécialement conçue — le perspectographe — équipée d’un viseur qui peut être réglé avec précision au moyen d’une vis horizontale. Soit on dessine directement sur la vitre, soit on dessine les contours du modèle ou de l’objet sur une feuille quadrillée.

La grille de Dürer, un mode d’emploi

Positionner la grille Choisir un objet que l’on observera à travers la grille posée devant la vitre Poser l’objet le plus loin possible Faire un dessin en utilisant comme instrument de mesure la grille reportée sur papier quadrillé Ou prendre un crayon indélébile et dessiner directement sur la grille Puis appliquer une feuille de papier et prendre l‘empreinte du dessin Il est recommandé de comparer le monotype issu du dessin sur la grille avec le dessin exécuté sur papier quadrillé

Aparté Quand Dürer a gravé ce fameux lièvre (Vatanen en rêvait), doit-on imaginer qu’il l’a pensé comme sujet mobile ? Mr Dürer, graveur de son état, et soumis mais pas plus que quiconque, aux lois de la gravitation, a-t-il, en retour, été conduit, par ce lièvre gravé - et dont il ressort une certaine gravité, de profil – vers l’idée de la profondeur des fuites, comme qui dirait des effets de perspective de qui a pris « du champ dans le pré » (Lapointe dixit) ? Et précisons encore pour délimiter le sujet, que ces fuites, indiquant un infini probable, à tout le moins géométrique, ont autant pour effet de démontrer la réduction des dimensions d’une chose avec l’augmentation des distances, que le regret qu’on a d’en voir les traits s’estomper dans le cas, par exemple où Les Quatre Sorcières (gravure sur cuivre 1497), moins sûres de leurs pouvoirs, auraient à esquisser un pas de course. La question qui absout toute mignardise serait : mais comment naît donc une idée ? Comment Dürer, peu après Alberti et son traité « de Pictura » en 1436, qui lui même s’était mis en miroir de Brunelleshi 1416, lui même ayant compris Lorenzetti 1344, ce dernier informé peut-être de Vitruve -25, comment Dürer, donc, dans cet encastrement temporel a-t-il l’idée d’un outil ou d’une machine à encastrement spatial ? Une machine transportable qui rend possible le dessin dans un cadre « révélateur » de la vision simulée du monde ? Comment vient-il à Dürer son invention du perspectographe ou « œilleton du Dürer » ? Mais comment ne lui serait-elle pas venue ? YHE

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Danse pas la bouche pleine Vendredi 21h15, au Foyer du 2.21. Création du collectif TANK Zoé Coudougnan, Julie Bugnard et Indra Berger Quels sont les liens entre mots et gestes ? En quoi la lecture peut-elle engendrer le mouvement ? En se basant sur des textes issus de sessions d’écriture collective, nous construisons une chorégraphie aux allures de discours. Cette création se veut une recherche mouvante sur les langages, la manière dont le corps et le texte se défient, se comprennent, se lient afin de donner naissance à un propos unique. Le geste laisse des traces dans l’air, le texte ancre ces images. Nous avons présenté lors des Journées alternatives urbaines au théâtre 2.21, une étape de travail, dans laquelle nous avons fixé les premières images de notre recherche, les premiers échos de voix et où les mots se sont mis à danser.

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Bonjour. Bienvenue à tous. J’espère que vous êtes bien installés. J’ai beaucoup de choses à vous dire alors commençons tout de suite. Vous connaissez Paul Valéry  ? Un écrivain, philosophe français. Et pour bien débuter ce moment partagé je vais vous présenter un de ses nombreux textes (  Philosophie de la danse  ). «  Une chose peut être dite et bien dite  : Nous avons trop de puissances pour nos besoins. Vous pouvez facilement observer que la plupart, l’immense plupart, des impressions que nous recevons de nos sens ne nous servent à rien, sont inutilisables, ne jouent aucun rôle dans le fonctionnement des appareils essentiels à la conservation de la vie. Nous voyons trop de choses, nous entendons trop de choses dont nous ne faisons rien ni ne pouvons rien faire; ce sont parfois les propos d’un conférencier. L’homme s’est aperçu qu’il possédait plus de vigueur, plus de souplesse, plus de possibilités articulaires et musculaires qu’il n’en avait besoin pour satisfaire aux nécessités de son existence, et il a découvert que certains de ses mouvements lui procuraient par leur fréquence, leur succession ou leur amplitude, un plaisir qui allait jusqu’à une sorte d’ivresse, et si intense parfois, qu’un épuisement total de ses forces, une sorte d’extase d’épuisement pouvait seule interrompre son délire, sa dépense motrice exaspérée. Ce corps dansant semble ignorer le reste, ne rien savoir de tout ce qui l’environne. On dirait qu’il s’écoute et n’écoute que soi ; on dirait qu’il ne voit rien, et que les yeux qu’il porte ne sont que des joyaux, de ces bijoux inconnus

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dont parle Baudelaire, des lueurs qui ne lui servent de rien. Ce n’est pas tout  : ici point d’imprévu; s’il paraît quelquefois que l’être dansant agit comme devant un incident imprévu, cet imprévu fait partie d’une prévision très évidente. Tout se passe comme si... Mais rien de plus  ! Donc, ni but, ni incidents véritables, point d’extériorité... La danseuse n’a point de dehors... Rien n’existe au-delà du système qu’elle se forme par ses actes, système qui fait songer au système tout contraire et non moins fermé que constitue le sommeil, dont la loi tout opposée est l’abolition, l’abstention totale des actes. Je veux vous montrer comment cet art, loin d’être un futile divertissement, loin d’être une spécialité qui se borne à la production de quelques spectacles, à l’amusement des yeux qui le considèrent ou des corps qui s’y livrent, est tout simplement une poésie générale de l’action des êtres vivants  : elle isole et développe les caractères essentiels de cette action, la détache, la déploie, et fait du corps qu’elle possède un objet dont les transformations, la succession des aspects, la recherche des limites des puissances instantanées de l’être, font nécessairement songer à la fonction que le poète donne à son esprit, aux difficultés qu’il lui propose, aux métamorphoses qu’il en obtient, aux écarts qu’il en sollicite et qui l’éloignent, parfois excessivement, du sol, de la raison, de la notion moyenne et de la logique du sens commun.  »

Extrait du spectacle «  Philosophie de la danse  »

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Contes pour petits et grands Dimanche 10 mai de 10h à 13h30 au Foyer du 2.21 Nous sommes tous faits d’histoires. Elles nous entourent et ne font qu’un avec nous. Le conte a le pouvoir d’aller chercher en chacun une corde qu’il va faire vibrer, amenant l’intériorité et nous émerveillant. Les histoires contées par Ibrahim Obeida au long de son spectacle « Ibou conte » incitent au voyage vers des contrées encore inexplorées, enfouies à l’intérieur même de ceux qui l’écoutent. Ce matin-là, il nous a amenés à rêver pour appréhender la vie différemment. L’après-midi, ce sont Caroline Aeby et Gustavo Dolyenko qui nous ont invités à savourer deux récits inventant tous deux un monde plus solidaire, écologique et convivial. La conteuse et le guitariste nous ont d’abord raconté « La Quête de l’Ours Anatole », une histoire qui parle d’amitié, de consommation et qui interroge sur l’importance d’avoir quelqu’un à qui parler. « Les Jacarés » ont suivi. Ce récit qui défend mère nature, parle de solidarité et démontre combien l’homme agit par cupidité sans réfléchir aux conséquences ! Quelques heures de contes et de récits destinés aux enfants, à leurs parents, et à tous les adultes qui savent encore comment faire pour s’émerveiller !

Chapitre 2

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The Two en concert Samedi 9 mai 2015 de 21h au théâtre 2.21 « Live my Life » No more will I rush, when I wake up No more will I stress, to catch that bus No more will I work for a man who takes my life,my time, my friends, now onwards, I’ll live my life

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Chapitre 2

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Stag en scène aux JAU 2015


Le slam, poésie urbaine alternative Vendredi 8 mai 2015 au Théâtre 2.21 Né en opposition à la poésie académique et élitiste, en rivalité avec la New York représentante de ladite poésie, le slam a vu le jour en 1984 à Chicago sous l’égide du poète prolétaire Marc Smith. Dès le départ, le slam est donc une poésie alternative, en plus d’être participative, le spectateur devenant « acteur ». Le but du slam est de dynamiser la pratique de la poésie, de l’oraliser, de la démocratiser et de réconcilier la poésie avec la performance. Le slam a des règles très simples : pas de musique, pas de costume, pas d’accessoire ; trois minutes par personne ; un texte dit, un verre offert. La ville est une thématique et un décor très présents dans les textes des slameurs. Ces derniers représentent d’ailleurs leur ville lors des compétitions internationales. La composante urbaine est ainsi très présente dans le slam, les scènes ayant lieu principalement dans les villes même s’il nous arrive de slamer dans des villages ou des stations de montagne mais cela reste occasionnel. Le slam peut donc ainsi être considéré comme une PUA : une Poésie Urbaine Alternative. La SLAAM (Société Lausannoise des Amatrices et Amateurs de Mots) a animé un atelier et une scène slam lors de la deuxième édition des Journées des Alternatives Urbaines, le vendredi 8 mai 2015 au Théâtre 2.21. L’atelier a eu lieu sous tente de 18h à 19h30 avec quatre participants, deux adultes et deux adolescents, un cinquième ayant rejoint l’atelier en cours de route. Ils avaient tous de la facilité dans l’écriture, se sont révélés être d’excellents slameurs et ont tous participé à la scène slam, qui a eu lieu à 20h30 dans la salle 2 du théâtre. A leurs côtés, trois slameurs de la SLAAM ont également pris part à cette scène : Stag, CinqCentDouze et moi-même. Un des exercices de l’atelier a consisté à dresser une liste de mots proposés par les participants puis à les utiliser dans son texte. En voici un exemple: Le temps de l’ORGASME général est venu ; y a trop de FRUSTRATIONS C’est vraiment la MERDE, on a b’soin d’une RÉVOLUTION Mais inutile de faire couler le SANG Pour faire jaillir le CHANGEMENT J’prône le chaos organisé ou, comme on dit chez nous, le CHENIT À quoi sert l’INTELLIGENCE sans le sel de la vie ? L’idéal qu’on nous a inculqué s’appelle « le BONHEUR » Y va et vient, est insaisissable telle la RUMEUR « La roue tourne » comme les ailes d’un HÉLICOPTÈRE J’arrive pas à lever les pieds du sol, j’ai un truc COLLÉ AUX PTERES Stag ayant fait sensation lors de la scène slam et le public en redemandant encore, les organisateurs des JAU auraient beaucoup aimé publier un de ses slams dans ce livre et avoir un témoignage sur sa pratique du slam. Malheureusement, elle nous a quittés en février dernier : la SLAAM a ainsi perdu sa mascotte et sa doyenne. C’est d’ailleurs après les JAU, durant lesquelles je l’ai présentée à plusieurs reprises comme « la doyenne » au cours de la session slam, qu’elle m’a écrit qu’elle n’aimait pas trop ce mot. Elle a tout de même avoué que le mail des organisateurs sur « la doyenne de la SLAAM qui a marqué les esprits » lui a « fait quand même très plaisir ». P.M

www.slaam.ch

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Surprise building Après ses premières représentations qui ont fait salle comble au théâtre du Vide-poche, La Troupinette nous a fait l’honneur de venir présenter Surprise Building le vendredi 8 mai à 18h30 au Foyer du 2.21

Le synopsis Surprise building est un voyage surprenant nous entraînant au cœur d’un immeuble de quartier. Sous nos yeux défilent les peines, les espoirs, les délires de voisins si proches mais pourtant si distants. En quête d’amitié, d’amour, de reconnaissance, ils tentent maladroitement de trouver leurs places. Avec un rythme effréné, les scènes hilarantes se succèdent sous le regard complice et intrusif d’une gardienne omniprésente. Surprise building est une pièce qui parle à chacun-e d’entre nous, elle nous emporte dans les complexités humaines avec une grande dérision. latroupinette.wix.com/la-troupinette

Le quartier du Vallon à Lausanne Ce premier texte de 2015, j’ai décidé de l’orienter très personnellement, au vu des événements tragiques qui ont endeuillé cette année naissante, vers la question de la résistance. Résistance liée aux gestes et aux réflexions d’un promeneur écoutant, aux habitants, aux politiques, aux acteurs locaux, au terrain même. Cette approche, subjective et assumée en tant que telle, s’appuie sur de très récentes promenades-écoute à Lausanne, 2 avec Jeanne Schmid, artiste plasticienne suisse, et l’association préparant les JAU 2015. Le projet de ces rencontres, pour lesquelles j’ai été invité à prêter l’oreille, s’est implanté dans un quartier en voie de requalification urbaine 1   5 . Quartier discret, niché dans ses collines abruptes, presque à demi caché, voire un tantinet méprisé par le reste de l’agglomération aux dires de certains. Il s’agit du quartier du Vallon, à deux pas du centre historique de Lausanne. Dans ce dernier, nous avons longuement devisé, en le parcourant de long en large, de choses et d’autres, essentiellement liées aux lieux traversés à pied. Qu’est-ce qui fait que, au-delà des projets d’aménagement, l’on puisse s’intéresser à ce territoire en particulier ? La diversité de sa population, de ses couches sociales, de ses ethnies, de ses topologies, de ses paysages multiples, de choses qui relèvent du ressenti, difficiles à formaliser, à partager ? La variété des ambiances sonores et visuelles qui, approchées sous des angles plus ou moins décalés, peuvent nous surprendre dans leurs poésies révélées…? C’est en arpentant longuement, lentement, le Vallon, escalier par escalier, de places en forêts, de zones industrielles en lieux culturels alternatifs 3 , que petit à petit, nous mesurons combien ce dernier, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, résiste à la fois à notre analyse de prime abord, et aux cases dans

Chapitre 2

2 → Trois jours en mai P.30 → Les balades sensibles, une construction P.33

1 → Panorama d’une production sociale de l’habitat PP.12-13

5 → Malley s’éveille PP.80-83

3 → La cour du 2.21 P.49

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lesquelles nous serions à même de le contraindre. La première des résistances viendrait donc du lieu lui-même, qui ne se laisse pas apprivoiser, ni comprendre dans toutes sa diversité, aussi facilement que cela. Les scènes qu’il nous offre ne sont pas celles d’une ville suisse propre, nette et sans aspérités. Entre poubelles éventrées, déchets jonchant le sol de certains passages et décharges publiques junkies peu ragoûtantes dans des sentes forestières à deux pas d’un centre hospitalier, la vision proprette d’une ville suisse « en prend un coup ». Ce quartier héberge également des friches artistiques et des théâtres ouverts à des expériences collaboratives 5 , lieux alternatifs, lieux de résistance invitant à des rencontres et autres projets citoyens. Il héberge également plusieurs lieux sociaux, foyers d’accueil, que vraisemblablement le centre historique ou les rives du Léman ne souhaiteraient pas forcément accueillir. […] Les différents paysages qui le composent, nous emmenant d’une zone très habitée jusqu’à la lisière de la ville, entre forêts sauvages et escarpées, bâtiments industriels et architectures assez disparates, confèrent au final à ce quartier une unité et un charme incroyablement attirant 2 . Quand aux sonorités qui le font vivre à l’oreille, elles sont très variées, mises en valeur par une topologie de creux et de bosses (très prononcées), ou les échos et réverbérations se jouent joliment de l’espace. On passe très rapidement d’une scène acoustique à l’autre, sans que l’oreille n’aie le temps de s’ennuyer un seul instant, de jour comme de nuit. Le bourdon de la cathédrale en contre-bas, nous arrive comme une source diffuse, à la fois très présente et discrète, incroyablement réverbérée par les vallonnements de la ville et les nombreux recoins architecturaux du quartier. Les voix sont assez présentes, sonnent clair, sans envahir l’espace qui reste assez aéré acoustiquement. Entendue d’une colline à l’autre, l’activité de dépôts municipaux, de nuit, prend une couleur toute particulière, en sons joliment et presque étrangement réverbérés, musicaux dans leur rythme, tonalité, spatialisation… Bref, du bonheur à partager pour des promeneurs écoutants de tous crins. Pour nous, écouter le Vallon attentivement, sans a priori, avec respect, le regarder, le scruter, l’ausculter dans ses moindres recoins, est une façon de construire des approches, des postures, qui tenteront de ne pas s’enfermer dans une vision trop réductrice, ne négligeant ni les attraits ni les dysfonctionnements du quartier. Une façon de lui donner aussi une parole vive. Parole d’experts qui le parcourent, l’analysent, le (re)pensent, paroles d’habitants et de résidents, quels qu’ils soient 3 , qu’il ne faut surtout pas oublier, et encore moins négliger, parole qui devrait, qui doit être ouverte, au-delà de toutes conditions sociales, religions, obédiences politiques 5 , aujourd’hui plus que jamais. Au-delà de ce premier arpentage/repérage, l’idée est de proposer, lors des JAU2015, en collaboration avec différents acteurs locaux, plusieurs parcours sensibles imbriqués donnant à voir et à entendre le quartier, dans ses choses évidentes, triviales, comme dans ses parcelles les plus secrètes. Un des axes étant de faire resurgir en mémoire des éléments aujourd’hui disparus (funiculaire abandonné 2 , dont on voit encore la gare de départ et certaines traces d’ouvrages d’art enfouis dans la nature, le Flon : rivière entièrement recouverte…). Remettre à jour des vestiges visuels, architecturaux, y compris sonores, donner à entendre des sons fantômes, depuis longtemps disparus, pour certains d’entre eux, est une façon de conjuguer l’histoire et le présent en gardant un

Ressentir le monde

5 → L’atelier 6 dans le quartier P.81

2 → Extraits de «Florides helvètes» P.28

3 →Les Journées des Alternatives Urbaines au Vallon P.54

5 → Une approche des écovillages P.83

2 → Trois jours en mai P.30 → Carte des balades P.31 → Extraits de «Florides helvètes» P.28

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œil sur l’avenir,voire de faire en sorte que la mémoire résiste à un trop grand effacement du passé. Il ne s’agit pas de prôner une nostalgie du « c’était mieux avant ». On peut au contraire, partir d’un état des lieux, d’une mémoire enfouie, pour aller vers une démarche prospective, mais sans pour autant faire table rase de toute une histoire sociale, de l’évolution d’un quartier au fil du temps. Parcourir ce quartier, c’est donc pour nous résister, pour peut-être prévenir le risque d’une urbanisation galopante, massive et trop unificatrice qui ferait perdre son âme au lieu. Résister c’est tâcher de préserver une mémoire de territoire éclectique, socialement brassée, avant que la réhabilitation ne lui fasse une peau neuve peut-être trop lisse. Résister c’est faire en sorte que l’expérience sensible des parcours urbains, via l’oreille et le regard, soit le théâtre de découvertes inouïes, révélant un territoire caché, hétérotopique dans le sens où le définissait Foucault. Résister, c’est prendre et donner la parole 3 , mettre en place des projets d’installations, de mises en scènes éphémères, d’ateliers partagés, faire prendre conscience des beautés intrinsèques des lieux, qui ne se révèlent pas de prime abord, sans que l’on ait creusé un tant soit peu son territoire en le parcourant, en rencontrant ses résidents. En ce début d’année 2015 marquée du sceau d’une violence et d’une intolérance insoutenable, la résistance est aussi celle de prendre le temps d’aller à la rencontre des lieux, des gens, de prendre du recul pour que ces Parcours Sensibles placent l’humain au cœur du projet, entre silences respectueux, éloquents, paroles partagées et images plus ou moins fugitives. G.M janvier 2015

3 → Comment raconter les alternatives ? P.50

Repérage dans le Vallon.

Chapitre 2

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RĂŠflĂŠchir et faire ensemble

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3 Pas de hangar mais des forces vives La cour du 2.21 Disco Soupe épluche si affinités Comment raconter les alternatives ? Jardinage urbain Atelier de lessive à la lavande Imaginer sa ville de rêve Les Journées des Alternatives Urbaines au Vallon L’espace d’accueil de la Terrasse, un acteur des JAU Atelier Kombucha Le Vrunch de Veganopolis Cuisine participative tous les jours Toutes à Alternatiba ! Si le Café-Réparation était… L’atelier des mystères en quelques questions En cours Mon regard n’est pas à vendre ! La bombe de graines : mode d’emploi

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P.48 P.49 P.49 P.50 P.52 P.52 P.53

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P.55 P.56 P.57 P.58 P.59 P.61 P.63 P.64 P.66 P.68

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Pas de hangar mais des forces vives Au cours de l’été 2014, alors que l’organisation des JAU2015 avançait à bon train, nous avons mis beaucoup d’énergie dans l’idée d’investir, pour six mois au moins, un ancien hangar à avions situé dans les hauts de la ville. Notre but était d’y mener, à l’échelle 1 : 1 et dans un lieu commun, des expérimentations d’alternatives en tout genre. Bien que le projet initial nous ait laissé suffisamment de latitude 1 pour nous engager sur cette voie, la réflexion autour de cette évolution ainsi que les tractations avec la Ville de Lausanne nous ont occupés jusqu’au début de l’automne.

1 → Financement P.22

→ Projeter ou procéder P.8

Un projet rassembleur Dès l’annonce du projet hangar nous avons senti l’engouement qu’une telle opportunité pouvait susciter : une simple soirée d’information a réuni pas moins d’une quarantaine de personnes, toutes porteuses de projets divers et ravies à l’idée de disposer d’un lieu d’expérimentation. Hélas, à la fin du mois de septembre la décision définitive tombe : la Ville décide de maintenir la démolition du hangar dans le courant de l’hiver ; Il ne sera donc pas mis à notre disposition.

Changement de cap L’épisode du hangar représente un pivot dans le processus d’évolution de notre structure d’organisation. Au passage, ici se lit clairement la question de l’objet final en rapport au processus PROJETER OU PROCÉDER  : comment aurions-nous pu envisager une occupation sur plusieurs mois d’un hangar à avions de 3000m2 avec pour seul horizon l’image d’un événement de trois jours à réaliser ? À six mois des dates projetées pour un événement public, nous avons dû faire le deuil d’une aventure dont la réalisation nous était matériellement interdite, et nous orienter dans une direction suffisamment claire pour offrir un nouveau cadre à notre engagement. Ce travail nous l’avons fait de manière explicite, au cours d’une réunion de comité au goût un peu particulier, ce qui nous a permis de rebondir en maintenant une bonne part de l’énergie présente.

Une opportunité de rassembler de nouvelles forces Reprenant ce qui était alors notre plan A et pour lequel nous avions notamment assuré la disponibilité d’un lieu (le théâtre 2.21), nous avons choisi d’augmenter nos forces en invitant les personnes intéressées à nous rejoindre lors d’une réunion publique. Ce choix se situe à l’origine de la création des sous-groupes thématiques qui ont concrètement réalisé les JAU2015. J.S

Chapitre 3

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La cour du 2.21 3 Comme chaque membre de l’équipe que nous croisions ici ou là, Gilles Malatray et moi étions absorbés par notre activité. Nos deux heures de « balade sensible » nous projetaient dans un univers presque campagnard, éloigné de l’agitation plus urbaine qui régnait aux abords du QG des JAU. Pourtant, à chacune de nos arrivées aux abords de la magnifique cour des anciens ateliers de la ville, c’était un peu comme si nous rentrions à la maison ! Partageant un moment de détente avec l’un ou l’autre promeneur avant de rencontrer un nouveau groupe de marcheurs curieux, nous avons pu savourer autant de moments différents, selon que nous débarquions à l’heure du repas, au cœur d’une après-midi ou à l’orée d’une soirée. J’ai beaucoup aimé découvrir ces gens attablés, discutant ou se restaurant en musique ; ceux qui s’affairaient derrière les marmites de la cuisine, et ceux qui riaient en préparant de délicieux repas… 3 Et puis les groupes installés dans l’espace du champ libre où chacun pouvait participer aux discussions qui s’initiaient là ; les membres du staff prenant une pause sous la tente avant de se relancer dans leurs activités… 3 Et l’allure parfois un brin survoltée de notre coordinateur qui se pressait du four au moulin pour s’assurer que tout continuait à « rouler » sans encombres… INTRO

→ Cuisine participative tous les jours P.58

3 → En cours P.64

→ Projeter ou procéder P.8

Tous ces sourires, ces regards de connivence, cette complicité… C’était comme si nos trois jours de fête et de partage, au sein de ce quartier un peu oublié de Lausanne, avaient créé une parenthèse dans l’agitation du temps. Et même si j’ai regretté de ne pouvoir participer aux tables-rondes ou aux ateliers qui m’intéressaient le plus, même si je n’ai pu suivre aucune conférence, même si j’ai passé plus de temps à débusquer des points de vue insolites ou à tendre l’oreille aux multiples échos entre deux collines, j’ai toujours eu le sentiment d’appartenir à un groupe : celui qui a rendu possible la magie des JAU2015 ! JyS

Disco Soupe épluche si affinités Samedi 9 mai dès 17h30, Cour du 2.21 Disco Soupe est un mouvement solidaire et festif qui se fixe comme objectif de valoriser le rebut alimentaire pour sensibiliser au gaspillage. Le principe est simple : des personnes de tous horizons se rencontrent pour cuisiner les légumes invendus des supermarchés sous forme de soupe, distribuée gratuitement ensuite à la foule présente. Les déchets alimentaires produits lors de l’événement sont réunis et distribués à des organismes tiers pour en faire du compost.

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Le mouvement a un fonctionnement open source. N’importe qui peut organiser une Disco Soupe, tant qu’elle respecte les valeurs de ses « discommandements » : accès et participation de tous, diffusion de la philosophie anti-gaspillage ; et indépendance vis-à-vis de toute affiliation politique, religieuse, ou de marques et entreprises. En outre, la musique est un élément central de l’organisation d’une disco soupe !

5 → Des biens communs pour la ville P.87

Comment raconter les alternatives ? La Langue Des Bois (LDB) est un média indépendant qui met en ligne du contenu radiophonique sur son site web. Elle a suivi en temps réel les trois journées des JAU2015, et diffusé plusieurs capsules sonores autour de l’événement. lalanguedesbois.ch

La Langue des Bois a organisé la table-ronde «comment raconter les alternatives», animée par Yves Sancey le dimanche 10 mai 11h30 – 13h au foyer du 2.21. Les moyens techniques ainsi que les formes d’évocation les plus adéquates ont été abordés dans un débat réunissant radios et médias alternatifs de Lausanne, Genève et Paris.

Questions posées Comment raconter un quartier ? Un média comme la radio permet d’aller au contact des populations tout en restant sur des rapports distanciés. On peut l’utiliser pour capter de la mémoire, de l’ambiance ; sans obligatoirement mener une action dans la régularité, mais plutôt en se plaçant dans une attitude de disponibilité. Cet usage permet par exemple d’interviewer les habitants d’un quartier afin d’en cartographier les communs. Comment documenter les communs ? Frédéric Sultan anime sur Paris le projet « remix bien communs ». Il s’agit d’une plateforme web sur laquelle il réunit des médias sur la question des communs 5 . remixbienscommuns.org et wiki.remix.the.commons.org

Comment toucher un large public en recourant aux médias traditionnels pour diffuser les récits de transitions réussies ? Au niveau européen, des collectifs soutenus par le milieu institutionnel produisent des documents qu’ils proposent aux grands médias, et la diffusion des récits de transition vers le grand public est en augmentation. Cela ne peut fonctionner que si la qualité de la production est élevée. Mais ça marche aussi parce que des personnalités appuient la démarche ! A titre d’exemple on cite Futur Perfect media, compagnie de production américaine qui montre dans ses vidéos plusieurs démarches alternatives réussies qui font la part belle aux dimensions sociales et écologiques.

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Projets abordés Créer un environnement sans copyright : Erdem, musicien indépendant défend la gratuité des formats digitaux. Il cherche à convaincre d’autres musiciens d’utiliser le format numérique sous la licence – Creativcommons. Permettre l’appropriation du média : Issu du centre socioculturel Lausannois Pôle Sud, un groupe s’est structuré pour faire une émission hebdomadaire sur django.fm, la radio du centre. Diffusant de la musique et des capsules enregistrées lors d’événements, l’émission est divisée en trois parties : Une rubrique culturelle, une rubrique société civile et une autre liée à la migration, « la rose des vents ». Le groupe propose également des cycles de formation à la production d’émissions. La structure de Django permet ce type d’ouverture et d’expérience formatrice. Itinérance et recherche d’indépendance : Libr’adio est une antenne dépendante de Fréquence Banane qui produit beaucoup d’émissions sur les alternatives. Son projet ? Devenir indépendante, augmenter son nombre d’heures d’antenne, et prôner l’itinérance qu’offre le média radio. Toutefois lors de ces échanges, Yves Sancey a mis en évidence la difficulté de ne disposer que du canal du web pour faire connaître ces initiatives.

L’armoire ouverte réalisée pendant un atelier le samedi 9 mai. Elle est destinée à prendre place dans un lieu du quartier ouvert aux habitants, pour qu’il y déposent des objets dont ils n’ont plus besoin, et viennent y chercher ceux qui pourraient leur manquer.

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Jardinage urbain

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Gian Paolo Berta et Denis Anselmo Une rencontre, un projet Voici quelques mois, avec mon collègue Denis (connu à l’occasion des JAU 2015), nous avons décidé de nous lancer dans un projet de maraîchage, motivés par l’annonce d’arrêt d’activité du principal fournisseur de légumes pour les paniers des Jardins de Nyon. À partir de décembre nous avons donc cherché le terrain sur lequel nous installer. Nous sommes partis de presque rien, sans terre, sans équipement et avec très peu de moyens et nous avons travaillé d’arrache-pied pour nous équiper convenablement sans trop dépenser. A part le labour initial, nécessaire pour cette année, nous pratiquons une agriculture peu ou pas mécanisée. Sans eau (bien que jusqu’ici nous n’en ayons pas manqué), nous avons dû entreprendre plusieurs démarches pour enfin réussir tout récemment à installer une irrigation rudimentaire. La saison ne nous a pas non plus trop aidés, et nous venons à peine de récolter les premiers produits, mais nous en avons aussi perdu pas mal, à cause des limaces, des campagnols, et d’autres parasites et prédateurs. Nous aurons besoin de passablement de temps avant de pouvoir stabiliser cette activité. Mais nous sommes ravis de nous être rencontrés aux jardins du Vallon car cela nous a permis de démarrer ensemble une activité professionnelle qui nous tient à cœur ! G-P.B 3

RECETTE

→ Si le CaféRéparation était… P.61 → Jardinage urbain P.52

LA TOTALITÉ DE CE TEXTE RENVOIE AUX NOTES CITÉS EN MARGE

Atelier lessive à la lavande

Matériel : 1 1 1

spatule bidon de 2 litres vide et propre seau propre

Ingrédients : 50 g 3 cs 30 gtts

paillettes de savon de Marseille bicarbonate de soude d’huiles essentielles de lavande ou de lavandin

Versez dans votre seau 1 litre d’eau chaude puis ajoutez les 50 g de paillettes de savon de Marseille. Diluez le bicarbonate de soude dans votre mélange puis laissez refroidir. Ça va mousser ! Rajoutez l’huile essentielle de lavande ou de lavandin puis mélan-

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gez à nouveau. Laissez reposer 24 h. Mélangez à l’aide de votre spatule puis transvasez votre lessive maison dans votre bidon. Pensez à bien secouer votre lessive naturelle avant chaque utilisation. 

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Imaginer sa ville de rêve Samedi 9 mai 10-12h La Marmotte Un « vision board » est un tableau sur lequel on a réuni des images qui nous tiennent à cœur. Qu’il s’agisse de photos ou de dessins, les lignes et les couleurs choisies et assemblées représentent un souhait que l’on aimerait voir se réaliser 1 . Selon les principes de la loi d’attraction, le tableau utilisé pour soutenir des séances de visualisation va agir comme un catalyseur et permettre au désir exprimé de se matérialiser.

1 → Des enjeux de société PP.10-23

5 → Une approche des écovillages P.83

Suivant cette idée générale, une œuvre collective sur le thème de « la ville de rêve 5  » a été réalisée lors d’un atelier animé par Svea Nielsen à la Marmotte le matin du samedi 9 mai. www.focuspocus.eu.com

Marché gratuit le dimanche 10 mai dans la cour du 2.21

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Les Journées des Alternatives Urbaines au Vallon Une invitation à lier des réflexions et des actions aux réalités d’un quartier Quand les JAU ont approché l’Association de Quartier du Vallon (AQV), celle-ci menait une réflexion sur le besoin d’actions concrètes pour donner suite à la démarche participative initiée en 2010 par la Ville : cette démarche a permis de définir 45 objectifs que les habitants veulent voir se réaliser avant, pendant et après la construction d’un nouveau quartier prévu sur le site de l’ancienne UIOM. Ces objectifs font référence à l’amélioration de la qualité de vie au Vallon et touchent aussi bien des aspects sociaux, urbanistiques, d’espace public et de mobilité. L’AQV a alors pu s’appuyer sur la dynamique insufflée par les JAU pour travailler à la concrétisation de propositions, et la modalité de leur mise en œuvre centrée sur participation et représentativité des publics. Quant aux JAU, ils ont permis d’expérimenter des usages de l’espace public, dans la cour du 2.21, sur la place du Vallon, etc. et d’éveiller l’intérêt d’un certain nombre d’habitants et d’usagers pour initier des démarches semblables. On pourrait utiliser la thématique végétale pour illustrer ce que les JAU et le Vallon ont eu à se dire et échanger : on plante, est ce que ça germe, est ce que ça refleurira ou pas, a-t-on véritablement planté quelque chose, et où ? Voici nos questions et réflexion à nous, Marie (animatrice FASL) et Pascal, (architecte, membre du comité de l’AQV) qui nous sommes investis dans le processus de conception, de préparation et de mise sur pied des JAU pour une réelle intégration de la démarche dans le quartier.

Les JAU, plantes hors sol ou processus de permaculture ?

Est il utopique, en venant de l’extérieur dans un quartier, d’avoir un résultat immédiatement visible ? Oui, mais sans doute au sens positif d’utopie. Peut-on faire référence à la notion d’acupuncture urbaine, qui permet parfois par de toutes petites interventions de changer fondamentalement des processus? Une analyse plus fine permet de s’apercevoir que bon nombre d’activités ont laissé des traces et ont permis une germination sur la durée, grâce à l’arrosage ultérieur par les acteurs du quarter. Si l’on évalue les JAU à l’aune de la participation active de la population, qu’en est il ?

Elle est demeurée relativement peu importante, mais c’est à lier avec les observations précédentes concernant l’implantation sur la durée et les objectifs de départ. En termes d’implantation, la participation active et la mise à disposition des lieux par le théâtre 2.21 ont permis la tenue même des JAU et leur réussite.

Chapitre 3

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Le lieu physique et symbolique du théâtre accueillant un espace de production d’événements, les JAU, ont ensemble et par effet de miroir, renforcé la visibilité de l’un et de l’autre. Voilà, très rapidement posées, des observations sur l’alchimie générale toujours en cours par et dans le Quartier du Vallon. YHE, M.L & P.P

L’espace d’accueil de la Terrasse, un acteur des JAU L’histoire de l’Association, puis de la Fondation ABS prend racine dans l’évolution de la politique nationale en matière de drogues au cours des années huitante. L’ampleur prise à l’époque par l’épidémie du SIDA, l’augmentation du nombre de consommateurs de drogues, la précarisation croissante des toxicomanes ainsi que l’apparition de « scènes ouvertes » dans certaines villes de Suisse sont à l’origine de l’introduction d’un quatrième pilier dans le modèle politique existant ; essentiellement axé jusqu’alors sur la prévention, la prise en charge thérapeutique et la répression. Ce pilier dit de la « réduction des risques et aide à la survie » ne vise pas directement l’abstinence. La Fondation ABS gère différents projets au bénéfice de personnes confrontées directement ou indirectement à une consommation problématique de produits psychotropes. Ses objectifs sont de limiter les atteintes sur le plan bio­psycho­social vécu par les toxicomanes en phase de consommation active, ceci afin de préserver, voire d’améliorer leurs chances de sortir de leur dépendance. Implantée dans le quartier du Vallon, et en tant qu’actrice de celui-­ci, La Fondation ABS via ses deux structures de La Terrasse et du Passage participe à des actions collectives qui répondent à sa volonté de s’investir dans la vie locale et de modifier en bien l’image que les habitants ont, ou peuvent se construire, d’une population en prise avec des problèmes d’addiction.

2 → Carte des balades P.31

3 → Jardinage urbain P.52

Une réhabilitation au goût de conquête La démarche participative née dans le quartier en 2010 à l’initiative d’habitants désireux de se projeter dans un quartier en devenir, a abouti à la définition par consensus de 45 objectifs. Objectifs que le groupe de suivi issu de cette démarche a présentés et défendus dès 2011 auprès des partenaires de la Ville — en l’occurrence les services du logement et des gérances et les services de l’urbanisme —. Le « Passage » tire son nom du chemin piétonnier qui longe les Anciens Magasins de la Ville (les AMV) et relie, la Place du Vallon au Chemin du Calvaire 2 . Il se trouve qu’une des 45 propositions concernait la réhabilitation dudit chemin. Pour réinstaller une circulation inscrite dans l’histoire du quartier ; mais aussi pour réhabiliter les jardins ouvriers en terrasse 3 desservis à l’origine par le sentier. Comme quoi les chemins que l’usage invente ne disparaissent jamais définitivement !

Réfléchir et faire ensemble

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Il y a évidemment des dimensions mémorielles et de réappropriation des espaces de vie dans un quartier pour amener à ce type de projet, mais il y a aussi dans l’engagement des partenaires la volonté de donner du sens à leur action de fond. En l’occurrence, il s’agissait bien pour la fondation ABS de contribuer à la revalorisation du quartier en créant les conditions en interne d’un investissement de ses bénéficiaires. Pour l’externe, les habitants, l’action ouvrait une possibilité de dépasser un à priori peut être négatif sur une population en situation d’addiction.

2 → Le quartier du Vallon à Lausanne P.42

Les utilisateurs du Passage ont défriché et nettoyé le passage puis fait renaître ces jardins des broussailles dans lesquelles ils avaient disparu depuis plusieurs décennies. Ce projet a permis de mener une action de bout en bout : conception partenariale partagée, confrontation aux exigences des décideurs institutionnels, réalisation et mise en place d’un fonctionnement pérenne. La re­naissance de cet espace a permis, entre autres, de développer les thèmes de l’agriculture urbaine, (bombes de graines, compost), et a ouvert un espace supplémentaire aux balades sensibles organisées dans le Vallon, avec l’installation dans le jardin des mobiles sonores de Desartsonnants 2 . Deux actions dans le cadre des JAU 2015 qui ont aussi permis aux bénéficiaires de la structure d’ affirmer leur présence dans le quartier du Vallon. YHE & N.P

RECETTE

Atelier Kombucha

Samedi 9 mai 11h-12h, à la Fabrique

Ingrédients pour un litre de Kombucha : 1 1 100 g 5 g 1 l 10 cl 1

bocal en verre (ouverture large) souche de Kombucha sucre thé (thé vert de préférence si vous voulez bénéficier des propriétés de ce thé) eau de source préparation précédente ou 10 cl de vinaigre de cidre bio Pour fermer le bocal : étamine et un élastique pour éviter l’intrusion d’insectes et de poussières

Le kombucha est une boisson acidulée d’origine mongole obtenue grâce à une culture symbiotique de bactéries et de levures dans un milieu sucré : thé ou tisane + sucre blanc (70g/l) ou miel, ou jus de raisin. Il est traditionnellement préparé en Russie et en Chine avec du thé vert ou du thé noir sucré. Le symbiote est couramment appelé « mère

Chapitre 3

de kombucha » (vulgairement « champignon »). Pour la conception d’un Kombucha, il est important de respecter les règles d’hygiène qui s’appliquent aux préparations vivantes acides non pasteurisées avec un délai de conservation : yaourts, fermentation lactique, vinaigres, kéfirs.

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Le Vrunch de Veganopolis Dimanche 10 mai, cour des AMV Notre société considère les animaux non-humain.e.s comme sa propriété. On les perçoit comme des ressources et on leur attribue une valeur commerciale, et parfois affective. Elles et ils ne sont que ce que nous leur concédons. Nous ne les considérons jamais comme ce qu’elles et ils sont  : des êtres sentients* dotés d’émotions, ressentant la joie, la peur et la douleur et vivant pour leurs propres intérêts. Selon la FAO, c’est plus de cinquante milliards d’animaux terrestres (et bien plus d’animaux marins qui ne sont comptés qu’en tonnes) que nous tuons et exploitons chaque année pour notre plaisir gustatif, vestimentaire et artistique. Nous ne pouvons nous dédouaner de cette oppression si nous sommes celles et ceux qui la commanditons, par exemple par le biais de notre argent au supermarché. L’exploitation animale est un choix, un confort que nous nous permettons de perpétuer en tant qu’espèce dominante, ce n’est en aucun cas une nécessité. Nous tentons de la justifier pour des raisons de santé ou d’écologie et pourtant toutes les études récentes arrivent au même constat  : c’est un désastre sanitaire et environnemental. Et même si ça n’était pas le cas, pourrions-nous justifier le fait d’oppresser et d’exploiter des êtres sentients*  ? Non, jamais. Nous devons fondamentalement revoir nos rapports aux autres individus vivant sur cette planète.

C’est pour ces raisons éthiques que Veganopolis souhaite, à travers son offre 100% vegan, démontrer qu’il est possible de se nourrir sans exploitation animale, de façon très gourmande, très saine et accessible à tous les budgets. Gâteaux en tout genre, cupcakes, muffins, salades, cookies, burgers, lasagnes, chili, curry, nouilles sautées, couscous de légumes, riz, amarante, quinoa, pâtes, haricots, pois chiches, carottes, choux, lentilles, soja, tomates, courgettes, graines germées, fraises, bananes, pommes, framboises, kiwis, mangues, poires, coco et plein d’autres encore : c’est là toute la richesse de l’alimentation exclusivement végétale que propose le veganisme. Nous sommes ravis d’avoir pu nous présenter aux Journées des Alternatives Urbaines car c’est dans ce cadre précis que le mouvement vegan s’inscrit : une alternative viable sur tous les plans pour toutes et tous et surtout nécessaire pour les animaux non-humains·e·s.

*

La sentience , du latin sentiens, « ressentant », désigne la capacité d’éprouver des choses subjectivement, d’avoir des expériences vécues.

Réfléchir et faire ensemble

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Cuisine participative tous les jours On a eu besoin de vous, vous avez été là !!! Une cuisine participative, c’est quoi ? Tout comme dans nos vies quotidiennes, la nourriture est au cœur des JAU. En imaginant cette cuisine participative, nous avons voulu sortir de la logique « visiteurs = consommateurs » et « organisateurs = prestataires de service ». Participer à la cuisine est un moyen simple et particulièrement efficace de rapprocher les gens, comme l’est le fait de partager un repas. Mettre la main à la pâte, éplucher, couper, râper, assaisonner, touiller et papoter, participer « en salle », distribuer les plats, débarrasser les tables… Pour un aperçu du plaisir que certains ont retiré à partager cette expérience, nous vous proposons, peu ou pas végétarienne mais absolument collective, la recette du poisson.

3 → Jardinage urbain P.52 → Si le CaféRéparation était… P.61

Comment préparer le poisson ou tout autre légume Une vingtaine de personnes à minima sont requises pour cette recette de Pierre Dac, fameux chimiste et fumiste invétéré. Avant de vider le poisson, il faut s’assurer qu’il est plein  ; s’il ne l’est pas, remplissez avec quelque chose de consistant  ; videz-le ensuite à l’aide d’un seau et d’un métronome à poisson. Nettoyez ensuite la peau avec une brosse dure et du savon mou, ou inversement. Certains poissons s’écaillent. Gratter en allant de la tête à la ceinture comme dans la lutte gréco-romaine, en utilisant un grattoir à démangeaison. Pour la sole, faire une incision autour de la queue  ; pour l’anguille, autour de la tête  ; pour la baleine, autour du manche du parapluie. Opérer de la même façon pour la raie, mais différemment pour l’accolade. Tremper alors le poisson dans l’eau bouillante sans le lâcher — ; au bout de trois minutes, retirer les mains et se rendre immédiatement chez le plus proche pharmacien pour faire soigner les brûlures. Les poissons à peau visqueuse se raclent dans une eau — très chaude et dans la gorge à l’aide d’un gargarisme approprié. Pour tous les autres poissons, procéder comme pour les soufflés au fromage. 3

Chapitre 3

LA TOTALITÉ DE CE TEXTE RENVOIE AUX NOTES CITÉS EN MARGE

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Toutes à Alternatiba ! Le mouvement des Alternatiba, initié au pays basque français, est une des principales mobilisations citoyennes et fédératrices sur le thème du climat, de la transition énergétique 4 et en faveur d’une société plus juste et plus heureuse. Pour y participer, aucune expérience préalable n’est requise… Cela ne demande que l’envie d’agir, collectivement 3 , dans ce mouvement de la transition, motivée par l’amélioration de notre qualité de vie à l’échelle planétaire. En prévision d’Alternatiba Léman — festival des initiatives locales pour le climat et le bien vivre ensemble 1   5 , — à Genève (18-20 septembre 2015), une rencontre était organisée le samedi 9 mai de 16.30 à 18.30 au Foyer du 2.21. D’abord, le grand public a pu découvrir toutes les opportunités que représente un tel événement pour se mobiliser et agir sur le thème. Puis, les personnes curieuses et intéressées par la démarche ont pu assister à une présentation des activités et des types d’engagements proposés dans le cadre de ce village des Alternatives.

Voir la charte éthique du mouvement sur page suivante →

4 → Gérer l’énergie PP.70-77

3 → Réfléchir et faire ensemble PP.46-69

1 → Panorama d’une production sociale de l’habitat PP.12-13 → Quelles innovations dans les coopératives d’habitation ? P.14 → Charte éthique P.60 → Les Community Land Trusts P.19

5 → Compound Compound P.85 → Des biens communs pour la ville P.87 → Une approche des écovillages P.83

Réfléchir et faire ensemble

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La mission des Alternatiba Les Alternatiba sont des Villages éphémères présentant des alternatives locales au changement climatique et à la crise énergétique, grâce à des initiatives de toutes natures, individuelles ou collectives, territoriales ou systémiques. Leur objectif est de  : diffuser le message de l’urgence climatique, sensibiliser le • grand public et les élus à la nécessité de baisser rapidement et radicalement nos émissions de gaz à effet de serre, interpeller sur les conséquences dramatiques de l’absence d’accord international ambitieux, efficace, contraignant et juste sur le climat  ; • combattre l’effet de sidération, le sentiment d’impuissance et la démobilisation que peuvent provoquer la gravité et l’importance du défi climatique, en montrant que les solutions existent et qu’elles sont à notre portée, créatrices d’emploi, porteuses d’un monde plus humain, convivial et solidaire; appeler à mettre en route sans plus attendre la transition énergétique • et écologique, sociale et culturelle nécessaire pour éviter le dérèglement profond et irréversible des mécanismes du climat. Loin des fausses solutions – injustes, dangereuses et inefficaces – prônées par certains (géo-ingénierie, OGM, agro-carburants, marchés carbone, mécanismes de compensation, nucléaire etc.), des milliers d’alternatives aux causes du changement climatique sont mises en pratique tous les jours par des millions d’individus, d’organisations, de collectivités locales dans les domaines les plus divers  : Agriculture paysanne, consommation responsable, circuits-courts, relocalisation de l’économie, partage du travail et des richesses, reconversion sociale et écologique de la production, finance éthique, défense des biens communs comme l’eau, la terre ou les forêts, pêche durable, souveraineté alimentaire, solidarité et partage, réparation et recyclage, réduction des déchets, transports doux et mobilité soutenable, éco-rénovation, lutte contre l’étalement urbain et l’artificialisation des sols, aménagement du territoire soutenable, démarches de préservation du foncier agricole, défense de la biodiversité, sobriété et efficience énergétique, énergies renouvelables, plans virage énergie climat, villes en transition, sensibilisation à l’environnement, gouvernance et justice alternatives, communication non-violente, écopsychologie et transition intérieure,etc... Les alternatives existent, elles ne demandent qu’à être renforcées, développées, multipliées ! Nous pouvons ainsi continuer à changer concrètement les choses chacun-e à notre niveau, et renforcer la dynamique, la prise de conscience, le rapport de force permettant d’avancer vers les bonnes prises de décisions tant au niveau local qu’au niveau global. Alternatiba est une dynamique indépendante de tout parti politique et des pouvoirs publics. Chaque Alternatiba est libre de demander ou non des subventions publiques aux collectivités locales ou aux différentes institutions, mais à la condition expresse que ces subventions ne soient assorties d’aucune contrepartie ou condition politique.

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Si le Café-Réparation était… Retours sur les Café-Réparation collectés par Annick Caruzzo, organisatrice Par la réparatrice électro… Si ce Café réparation était…

Une couleur : Le vert, pour le respect de l’environnement, mais surtout pour l’espoir d’un monde en accord avec celui ci, et d’un monde de partage et d’échanges

Une boisson : Le thé pour l’esprit de sérénité, et la bière pour la convivialité

Un habit : Un long manteau en laine, réconfortant et inusable

Un objet : Un crayon, pour l’esprit novateur, toute idée peut naître d’un coup de crayon, et aussi pour l’esprit créatif

Une phrase pour décrire...

Pourquoi vous avez participé Pour moi il est important de participer à ce genre d’événements, non basés sur l’argent mais sur l’échange. L’interaction entre tous et les expériences que chacun peut apporter à l’autre sont pour moi les bases d’une communauté en paix. Pardon si ça a tout l’air d’un discours idéaliste. Ce que je veux dire est qu’il est important que chacun vienne avec un bagage (culturel, ou une facilité dans un certain domaine, une histoire, ...) et le partage avec les autres. Je trouve important d’avoir des échanges autres que vendre et acheter. Pour l’environnement également, recycler, et ne pas jeter à la première inconformité. Les gens doivent changer leur manière de consommer, et le café réparation est un endroit propice à ce changement.

Ce qui vous a plu La bonne ambiance, le fait que les gens n’aient pas particulièrement d’attente de vous, mais désirent juste essayer et voir s’il est possible de réparer tel ou tel appareil. Nous n’avions aucune pression et pouvions faire participer les personnes. J’ai adoré le concert pendant la soirée, les repas, etc... Tout ce qu’il y avait autour du café réparation…

Réfléchir et faire ensemble

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Ce qui vous a déçu Peut-être un certain manque de popularité pour le café. Et aussi en général ! Enfin, pour moi les personnes qui étaient présentes sont déjà des personnes impliquées dans la recherche d’une consommation meilleure. Mon souhait le plus cher est que ce genre d’idées touche de plus en plus de jeunes, qui ne s’attendent pas forcément à ce qu’ils vont découvrir. Mais ceci est plus un problème d’éducation en général que de publicité pour l’événement…

La chose la plus drôle, bizarre ou décalée que vous avez entendue lors de ce café Ma courte mémoire m’empêchera de répondre à cette question, désolée.

Un café réparation idéal Un lieu de partage qui attire TOUT le monde, un lieu ou les gens sont surpris, heureux de pouvoir apprendre à réparer, à faire, à recycler…

Par le réparateur vélo… Si ce Café réparation était...

une couleur : vert

une boisson : thé

un habit : combinaison de mécanicien

un objet : clé plate

Une phrase pour décrire...

Pourquoi vous avez participé Parce que j’aime transmettre mes connaissances et la démarche de réparation

Ce qui vous a plu Le contact avec les autres membres des stands et les visiteurs

Ce qui vous a déçu Le manque d’envie des visiteurs d’apprendre à réparer leurs vélos

Chapitre 3

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La chose la plus drôle, bizarre ou décalée que vous avez entendue lors de ce café Pourquoi réparer un vélo? J’en achète un chinois à 300 fr. tous les quatre ans et ensuite je le jette ! Un café réparation idéal

5 → Des biens communs pour la ville P.87

Des personnes motivées à réparer leurs vélos eux-mêmes.

L’atelier des mystères en quelques questions Qu’est-ce qui se joue quand un groupe d’acteurs placés dans un contexte collaboratif à temps court, fabriquent, réparent, forment ou s’informent ? Est ce un phénomène débouchant sur du participatif ? Favorise-t-il une forme de socialisation, et si oui, qu’en attend on : des savoirs, de la technique, des capacités à transmettre et à animer ? Est ce que la pratique d’une connaissance partagée constitue elle même un type de bien commun, produit en commun et pour l’intérêt commun ? 5 Peut-on se dire que le bien commun peut aussi se définir comme une façon d’organiser le crédit collectif d’une action, parce que cette action prend place à un moment donné, dans certaines circonstances et dans une perspective partagée ? Par définition, aucune connaissance n’est totalisante ; en revanche, elle peut être assez solide pour agglomérer de manière active les savoirs apportés qui s’expriment via les ateliers, lesquels se perfectionnent par la pratique des participants et sous le regard de « l’expert ». Du coup, des correctifs en action stabilisent les acquis et renseignent « l’expert » lui même sur sa pratique et sur les formes de transmission à travailler dans l’exercice en cours. Chacun revisite donc ses pratiques sous un œil collectif et bienveillant. Il y aurait donc une dimension de risque dans l’exercice partagé de ce qu’on apporte : Un peu comme dans un repas canadien, où l’on expose ses capacités culinaires sans être absolument sûr d’obtenir un retour positif. Peut-être que cette dimension de risque se révèle fondatrice de l’acte et dans le même temps, fonde l’acteur comme tel : Engagé, et redevable de ce qu’il maîtrise de compétences livrables au titre de biens communs. YHE

Réfléchir et faire ensemble

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En cours

3

La Smala ou Smalah, de l’arabe algérois, Zmalah, « maisonnée, famille » a ceci de juste pour décrire un tant soit peu l’événement convivial qu’ont constitué les Journées alternatives Urbaines 2015 que son étymon décrit « l’assemblée des tentes dans le désert autour de celle du chef » : chacun a bien vu que de désert il n’a pas été question pendant ces journées pas plus que de chef (il a dû s’y perdre, on ne l’a pas revu…), mais qu’en revanche dans le dédale des tentes imaginaires de ce camp théâtral du 2.21, le bazar foultiplex de gens, personnes, bavards et buveurs s’est construit comme avatar de douceur sur la place rendue publique, et que si ce vaste mot de « smala » s’est vu approprié par de sinistres censeurs pour le péjorer, satrapes ennemis du collectif, les Journées Alternatives Urbaines, sa place, son bar, sa cuisine, son campement 3 lui ont redonné Lettres et Liesse. Alliant la geste des paresses à l’aliénation librement consentie du plein ventre, on a vu l’affleurement de la bonhomie générale : pas rien ! Mais quelle énergie, quelle abnégation personnelle — non,non,non, aujourd’hui, je glande, j’écoute, je participe, oui, mais tranquille, puis je goûte et baffre élégamment une platée Ferreri, un dîner Babette, et puis quoi ? — quelle volonté, la vraie, quelle volonté faut-il à l’individu éclairé pour que de ce colloque d’inconnus naissent les songes d’une faune au taff ? !

→ La cour du 2.21 P.49

Poses vaporeuses, La question de la question, Quelques réponses, Un ciel bleu, Un horizon d’été, L’eau fraîche. Mais a t-on vu tout le monde ? A t-on vu ceux qui ne se sentent pas invités ? A-t-on vu les gens que l’incertitude au quotidien isole ? Sans doute pas. Mais à minima s’est on rendus visibles. Dans une présence alternative, c’est à dire un autre choix de monstration sociale que celle « ramassée » dans un ticket, un abonnement, un clubbisme, une quelconque affiliation, une collection référencée. On n’est pas des papillons à épingler, m…! Ce qui est revendiqué là, dans un capharnaüm proche des Fruits du Congo de Vialatte, c’est la possibilité de véritables portes ouvertes non pas anti-commerciales, mais a-commerciales ; pas la peine de s’épuiser à être « anti », chacun ses choix ; juste proposer autre chose, d’autres manières. C’est comme la jolie flèche au sol indiquant la direction du quartier du Vallon pour les JAU ; c’est inviter à « se rejoindre », non pas à suivre… Ne soyons surtout pas raisonnables, ne permettons à personne de nous raisonner. À la prochaine ! YHE

Chapitre 3

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RECETTE

Atelier faisons du pain ensemble

3

Pour faire un pain multigraines il faut : 280 ml 1 cc 450 g 1,5 cc 3 cs 2 cs 2 cs 2 cs 1 cs

d’eau de levain fermentescible de farine T65 de sel de flocons d’avoine de flocons de riz de graines de tournesol de graines de lin de graines de pavot

Mélanger le levain avec l’eau tiède dans un bol. Dans un saladier, bien mélanger la farine avec le sucre, le sel, les flocons d’avoine et les flocons de riz, d’abord avec une cuillère en bois, puis avec les mains. Vous devez obtenir une boule souple, qui ne colle pas trop aux mains. Si la pâte est trop sèche, vous pouvez rajouter un peu d’eau. Inversement, si elle est trop humide, vous pouvez rajouter un peu de farine. Pétrir pendant au moins 10 minutes, puis ajouter les gaines et pétrir à nouveau pour les incorporer à la pâte. Former une boule et laisser lever une heure et demie, recouvert d’un torchon.

Réfléchir et faire ensemble

→ Cuisine participative tous les jours PP.58-59

Reprendre ensuite la boule et la faire dégonfler. Former une boule, la poser clef en bas sur une plaque de cuisson légèrement farinée et laisser reposer recouvert d’un torchon, pendant une heure. Avant d’enfourner, réaliser plusieurs coupes sur le dessus de la miche, par exemple en croix. Cuire 35 minutes dans un four préchauffé à 250°C puis 15 minutes à 200°C. Le pain doit sonner creux lorsqu’il est cuit.

Laisser refroidir sur une grille.

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Mon regard n’est pas à vendre ! Rencontre-discussion animée par Mirko Locatelli* Samedi 9 mai, 10h-12h au Foyer du 2.21

3 → Si le CaféRéparation était… P.61

Née avec la révolution industrielle, la publicité a pris son essor lors des trente glorieuses et n’a plus cessé de gagner en importance et en efficacité ! Bien qu’on ait beaucoup parlé d’elle dans les années ’60-’70, on s’y arrête beaucoup moins aujourd’hui. Alors qu’elle se doit d’être excessive pour attirer l’œil du consommateur, on s’en plaint souvent mais on ne s’attaque plus à son principe.

Quelques définitions Quand, dans les années ’90, Pierre Carles** demanda à plusieurs publicitaires à quoi servait leur métier, la majorité des réponses reprirent la définition de Jacques Séguéla*** : « la pub, c’est la démocratie ». Serge Latouche**** défend l’idée que la publicité est l’un des trois rouages du fonctionnement de la société de consommation; les deux autres étant le crédit et l’obsolescence programmée 3 . Pour Mirko Locatelli*, la meilleure définition de la publicité reste : « Vendre n’importe quoi à n’importe qui, à n’importe quel prix et par n’importe quel moyen ».

Et quelques chiffres…

En 1965, la publicité à la télévision était limitée à 12 minutes par jour. Aujourd’hui, la limite est passée à 12 minutes par heure. En une journée, on est confronté à plusieurs milliers de stimuli commerciaux. Un enfant de 7 ans reconnaît entre 70 et 80 marques, mais il ne différencie qu’une dizaine d’espèces végétales. Le budget total de la pub en Suisse s’élève à 4,7 milliards de francs , alors que celui de l’armée est de 5 milliards de francs.

Le mécanisme du désir La publicité utilise des mécanismes simples mais efficaces. Par exemple, le déplacement de l’objet du désir vers le désir de l’objet : On utilise ici l’image d’une jolie femme dans le but de vendre une voiture. Comme la femme n’est pas à vendre, c’est sur la voiture à côté de laquelle elle pose que va se cristalliser le désir. Ainsi la pub parvient à faire croire qu’en possédant la voiture on possédera la jolie fille.

Chapitre 3

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Pourquoi accepte-on cela ? De nombreux arguments défendent la pub :

Elle est démocratique et permet à différentes opinions de s’exprimer C’est une forme d’art Ça égaie nos rues C’est utile aux communautés publiques C’est gratuit

Comment peut-on agir pour revendiquer son libre arbitre ? Il existe une commission pour la loyauté publicitaire auprès de laquelle il est possible de déposer des plaintes; mais elle ne dispose d’aucun outil pour empêcher la diffusion de publicités litigieuses. C’est en réalité un instrument d’auto-contrôle chargé de régler d’éventuels conflits entre entreprises concurrentes. Elle ne s’occupe pas de la régulation des excès publicitaires, et en recourant à elle, on ne fait que la légitimer. Les autorités pourraient décider d’interdire la publicité commerciale sur leurs espaces d’affichage disponibles. Mais pour que les acteurs politiques s’emparent du problème il faudrait que la question des nuisances engendrées soit largement médiatisée. Or, aujourd’hui, la pub ne gène apparemment personne. Les citoyens ne se mobilisent pas, il n’y a donc pas de réponse politique !

Résister à la pub ? En fin de discussion quelques pistes seront données aux participants intéressés à poursuivre une démarche de résistance à la publicité dans l’espace public. Le FLIP — Front de Libération de l’Invasion Publicitaire — a mené en juin et septembre 2015 deux actions de détournement de panneaux publicitaires en ville de Fribourg. En juin, 150 surfaces réservées à l’affichage publicitaire ont été recouvertes de bâches ; alors qu’en septembre, une trentaine de panneaux ont été recouverts de créations artistiques, modifiant ainsi la perception que les passants avaient de la ville et suscitant leur réflexion.

*

**

Mirko Locateli militait depuis quelques années déjà dans le mouvement de l’objection de croissance. Il était à l’origine du ROC (Réseau Objection de Croissance) Vaud, et dans ce contexte, avait co-fondé en 2012 Moins !, le journal romand de d’écologie politique. Le domaine de la publicité était pour lui un champ de lutte important, et il avait réussi à fédérer passablement d’énergie autour d’actions anti-pub, en particulier à Lausanne et à Fribourg.

***

Jacques Séguéla est un publicitaire auteur de plusieurs slogans et répliques qui lui ont valu sa célébrité médiatique. Il a notamment mis au point la stratégie de communication de François Mitterand lors de ses campagnes présidentielles

****

Serge Latouche est économiste et penseur de la décroissance. Il dénonce notamment la notion de développement ainsi que l’économisme et l’utilitarisme dans les sciences sociales.

Pierre Carles, réalisateur et documentariste, est connu pour son travail de critique du fonctionnement des médias dominants

Réfléchir et faire ensemble

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La bombe de graines : mode d’emploi

Faire une coquille d’argile (trouver un jardin dans lequel il y a de l’argile) Déposer à l’intérieur un peu de terre fraiche (provenant par exemple du même jardin) Ajouter 2-3 graines (à choix, selon goûts et préférences) Refermer la coquille d’argile tout en douceur Modeler l’extérieur pour en faire une petite sculpture (étape facultative, mais très plaisante !) Lancer la bombe de graines n’importe où on trouve de la terre (plate-bande, jardin, encoignure de mur, terrain vague…) Revenir quelques semaines plus tard pour observer la pousse des plantons ! 2

Chapitre 3

3

2 → Invitation aux balades interstitielles P.25

3 → Jardinage urbain P.52

LA TOTALITÉ DE CE TEXTE RENVOIE AUX TEXTES CITÉS EN MARGE

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RĂŠflĂŠchir et faire ensemble

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Gérer l’énergie

Chapitre 4

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4

Scénarii et initiatives pour la transition énergétique SolarSoundSystem Créer un projet d’installation solaire thermique pour un immeuble P.72 P.75

P.75

Gérer l’énergie

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Scénarii et initiatives pour la transition énergétique Table-ronde, vendredi 8 mai, 11h-12h30 à la Fabrique Avec Philippe Bovet Hélène Laubreton Gilles Garazi

4 → Créer un projet d’installation solaire thermique pour un immeuble P.75

(Association Negawatt), (bureau d’architecture Atba), (Services Industriels de Genève).

Tendance

Tendance

Animateur / Modérateur, Jacques Mirenowicz (Rédacteur en chef de LaRevueDurable)

Évolution de la consommation d’énergie

2

Il 2 faut réduire Il faut le réduire plus possible le plus possible les pertes leslorsqu’on pertes lorsqu’on utilise utilise ou transforme ou transforme l’énergie. l’énergie. Il est possible Il est possible d’ores etd’ores déjà et déjà de réduire ded’un réduire facteur d’un2facteur à5 2à5 nos consommations nos consommations d’énergie d’énergie avec les avec techniques les techniques existantes. existantes.

3

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Cela 1 consiste Cela consiste à supprimer à supprimer les gaspillages les gaspillages absurdes absurdes et coûteux et coûteux à tous les à tous niveaux les niveaux de l’organisation de l’organisation de notrede notre société et société dans nos et dans nos comportements comportements individuels. individuels. Elle s’appuie Elle s’appuie sur la responsasur la responsabilisation bilisation de tous les de tous acteurs, les acteurs, du producteur du producteur au citoyen. au citoyen.

Efficacité Efficacité

Objectifs

É É re ner re ner no gi n g uv es ouv ies el el ab ab le le s s Objectifs

Chapitre 4

br

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Le scénario Negawatt, la sobriété comme première variable Le Negawatt est un megawatt négatif, économisé grâce à une efficacité meilleure ou une consommation réduite. Philippe Bovet nous présente le scénario Negawatt comme un triptyque organisé autour des trois notions que sont la sobriété, l’efficacité et les énergies renouvelables. La sobriété fait référence à la demande et la consommation, l’efficacité fait référence à la technique. Les énergies renouvelables, quant à elles, font référence à la production. Le scénario Negawatt met la sobriété au même rang que l’efficacité ou que les énergies renouvelables. Monsieur Bovet axe sa présentation sur la notion de sobriété, selon lui trop absente des discussions actuelles. Il postule ainsi que nous devons apprendre à repenser nos besoins en énergie, et pose la question de savoir de quoi nous avons vraiment besoin. La sobriété, c’est ce que je fais, consomme ou ne consomme pas, selon une échelle de valeur mesurant les besoins nécessaires au confort de vie 5 . Elle a donc des dimensions multiples et il est important de pouvoir prioriser et réfléchir à nos besoins.

5 → Une approche des écovillages P.83

1 → Vivons ensemble ! P.16

4 → Créer un projet d’installation solaire thermique pour un immeuble P.75

Monsieur Bovet propose trois manières d’agir : a. b.

c.

La sobriété dimensionnelle : notion liée à la taille des espaces et des installations. La sobriété d’usage : portant sur le niveau et la durée d’utilisation et d’exploitation des ressources (Y a-t-il un sens à prendre l’avion pour de courtes distances ?). La sobriété conviviale : qui prend place grâce à l’urbanisme et à une organisation collective du territoire, de même qu’à travers la mutualisation des services et des équipements 4 .

Au final, Monsieur Bovet revient sur l’importance d’allier sobriété et efficacité. Il donne l’exemple du choix d’un frigo, lors duquel il s’agit de ne pas réfléchir seulement sur le modèle (A++), mais également sur la contenance qui nous est réellement nécessaire. Un tel comportement devrait permettre de réduire les consommations de 18% en moyenne, tout en augmentant l’efficacité énergétique de 49% ; les besoins restants étant couverts par les énergies renouvelables 1 . Le tout permettrait de répondre au scénario Negawatt.

La sobriété sous l’angle architectural Hélène Laubreton nous présente la notion de sobriété sous l’angle de l’architecture. Elle rappelle qu’il est possible dès la conception des bâtiments de minimiser leurs besoins en consommation énergétique : compacité des bâtiments, orientation sud, espaces tampons, végétalisation, inertie thermique, modularité des protections, bon sens…

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Ici le rôle de l’architecte est de minimiser les consommations et d’optimiser les moyens de captation des apports solaires tout en assurant les conditions du confort thermique. Mais il est aussi d’aider les individus à rationaliser leurs besoins ! L’architecte peut par exemple nous rendre attentifs au nombre d’ascenseurs prévus dans un immeuble, au nombre de salles de bains par maison, ou encore à la taille des pièces dans un logement. Au final, il peut proposer des pratiques qui allient la sobriété et l’efficacité.

La sobriété sous l’angle industriel Gilles Garazi intervient pour expliquer la situation genevoise. La consommation actuelle est de 2’800 GWh et l’objectif est de la réduire de 125 GWh/an. Il explique que bien que les SIG soient orientés en priorité sur l’efficacité, les plans d’action envisagent également de promouvoir la sobriété. Il rappelle toutefois l’existence de « l’effet de rebond » qui provoque au final une disparition du gain recherché, ajoutant que les comportements individuels sont importants, mais qu’une majorité des choix politiques et économiques restent hors du champ de décision de l’individu. Note de l’éditeur : L’effet rebond dans ce contexte ? Ces nouvelles ampoules ne consomment rien ; je peux acheter plein d’autres luminaires ! Joie, encore plus de lumière ! Et ma facture d’électricité ? Aucun changement ! Quelle déception… Avais-je tellement besoin de plus de lumière ? Quel bénéfice à ce plus technologique ? Aucun. Monsieur Garazi souligne que nous avons généralement une bonne vision de la cible à atteindre, mais que le chemin à parcourir est beaucoup moins clair ! Il ajoute que ce sont non seulement la résistance au changement, mais aussi la croyance en d’anciens dogmes — tels la nécessité d’une forte consommation énergétique pour la création de PIB (la courbe du PIB était fortement corrélée à celle de la consommation de pétrole durant les 30 glorieuses) — qui représentent des freins importants. Concrètement, il s’agit de montrer le bon exemple pour prouver que nous pouvons fonctionner autrement que par le passé, et permettre ainsi de faire évoluer les mentalités. D.L & G.N

CONCLUSION

Chapitre 4

Notre monde énergétique doit changer, même si cela n’est pas agréable. La question financière est un facteur important de limitation du changement. Toutefois, le kilowattheure le moins cher est celui qui est économisé.

Alors pensons à devenir économes et sobres ! Dans ce domaine, les coopératives d’énergie qui permettent d’obtenir des gains énergétiques considérables figurent parmi les alternatives à suivre et encourager.

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SolarSoundSystem C’est une petite sono mobile qui tient dans une charrette, se déplace aisément et permet d’amplifier des prises de parole, des concerts live ou des Dj sets. Provoquant un vif intérêt au sein du public, l’installation permet de se confronter directement à une application concrète, sensible et interactive des énergies renouvelables. Pendant le marché gratuit du dimanche 10 mai dans la cour des AMV, le Dj set fut amplifié en totale autonomie énergétique grâce au générateur électrique actionné par l’énergie musculaire de cyclistes réunis par l’étonnement et la bonne humeur ! « Solarsoundsystem c’est la fête en toute autonomie électrique : un sound system alimenté au solaire ! J’ai toujours eu envie d’inviter Solarsoundsystem à un événement. C’était l’image de coolitude, de branchouille inventive et militante, qui m’attirait. Certainement l’envie d’inviter un public plus large […] Evidemment,la musique était bonne ! » R.N www.solarsoundsystem.org 4

4 → Scénarii et initiatives pour la transition énergétique P.72

1 → Quelles innovations dans les coopératives d’habitation ? P.14

5 → Des biens communs pour la ville P.87

LA TOTALITÉ DE CE TEXTE RENVOIE AUX TEXTES CITÉS EN MARGE

Créer un projet d’installation solaire thermique pour un immeuble La démarche Sébasol vise à l’autonomie énergétique et sociale, et à la relocalisation économique à travers le service direct d’habitant à habitant 1   5 . Lors d’un atelier pratique qui s’est tenu le samedi 9 mai de 13h00 à 15h00 à l’espace champ libre, dans la cour des AMV, les participants ont pu imaginer avec l’aide d’un professionnel, le développement d’un projet collectif d’installation solaire thermique pour un immeuble. De l’analyse des données de l’immeuble jusqu’au développement du projet, en passant par des notions de durabilité, de gestion et d’auto-formation, ils ont abordé la mise en œuvre globale en regard de la pratique et de la philosophie Sebasol. A la fin de l’atelier, ils connaissaient la faisabilité, le coût, et le temps de travail à investir. Ils ont ainsi pu se rendre compte des conditions dans lesquelles un tel investissement peut devenir une démarche favorable à l’environnement écologique et social, ainsi qu’aux habitants.

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5 Malley s’éveille Une approche des écovillages Compound Compound Des biens communs pour la ville

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P.80 P.83 P.85 P.87

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Malley s’éveille La Table-ronde s’est tenue le vendredi 8 mai de 13:30 à 15:00 au Foyer du 2.21

Intervenants :

Cyril Veillon, Archizoom Moloudi Hadji & David Martin, coordinateurs de l’atelier6 Laure Bonnevie, habitante du quartier de Malley Michelle Dedelley, cheffe du service Culture, jeunesse et sport de la ville de Renens Elinora Krebs, cheffe du service du logement et des gérances, Ville de Lausanne Suzanne Zenker, CFF Immobilier Ariane Widmer, directrice du SDOL (Schéma directeur de l’Ouest Lausannois)

Chapitre 5

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L’atelier 6 dans le quartier

Je vis dans un quartier fascinant  ! Le quartier de Malley, emblématique de ces périphéries oubliées  : lieu de passage mais pas d’escale, patchwork improbable de friches industrielles, grands immeubles locatifs, petites maisons individuelles, déchetterie, hard discounters et (trop rares) petits commerces. Pas de centre, pas de place publique, pas de lieu de convivialité, juste une juxtaposition d’espaces et d’usagers transitant, habitant ou travaillant. Pourtant, à y regarder de plus près, il y a des interstices  ! Des artisans attachés à leurs ateliers, des petites entreprises florissantes, des restaurants connus loin à la ronde, et des espaces de création et de culture. L’atelier 6 occupe depuis plus de 7 ans un ancien entrepôt au chemin du Chêne. Il se développe de manière entièrement autonome, sans subvention, et accueille aujourd’hui plus de 20 artistes. Il participe chaque année à Aperti, les portes-ouvertes des ateliers d’artistes, et organise régulièrement des events qui attirent de nombreux visiteurs jusque dans cette «  banlieue popu  » de Lausanne. Tiens, pas plus tard qu’en décembre 2015, une soirée de solidarité organisée en faveur des réfugiés a permis de collecter plus de CHF 5’000. Ce qu’est l’atelier 6, les liens qu’il contribue à créer et ce qu’il représente sont une respiration indispensable à la vie de ce quartier et au-delà. Mais aujourd’hui, des structures comme l’atelier 6 et les artisans qui le voisinent sont menacés de disparition. Fin de bail, précarité des espaces, etc. Le provisoire tue ces lieux de culture, de créativité et de rencontre quand il faudrait au contraire les promouvoir. Alors oui, la mixité d’usage est un défi pour les concepteurs du nouveau Malley et pour ceux qui y vivent…

Texte de Laure Bonnevie

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Malley s’éveille Quelle place pour la culture dans un quartier en pleine mutation ? Le débat va questionner la place laissée à la culture dans le nouveau quartier projeté à Malley.

1 → Panorama d’une production sociale de l’habitat PP.12-13

Chaque participant présente sa structure et son activité. Tous ont un rapport proche avec Malley, soit qu’ils y habitent, y travaillent, y gèrent des lieux ou des collectifs culturels, ou encore qu’ils soient acteurs de l’un ou l’autre des projets qui voient le jour dans le quartier. Largement investi aujourd’hui par la scène culturelle locale, le quartier de Malley porte encore les traces de son passé industriel. En 2011 commence ici l’un des plus grands projets de reconversion de friche industrielle de Suisse. Avec 8000 nouveaux habitants, des emplois, et environ 100’000 m2 de plancher construits, c’est un projet d’une ampleur considérable. En raison notamment de sa capacité à intégrer un très large faisceau d’acteurs, la méthodologie employée par le SDOL pour la conception du quartier est un exemple pour de nombreux autres cantons suisses. Le paradoxe entre la création / projection d’un quartier entièrement neuf et l’accueil d’artistes et de lieux de culture — qui souvent puisent leur inspiration dans le passé industriel — est évoqué. On relève à ce propos qu’il ne s’agit pas seulement d’une question d’inspiration mais également d’une problématique financière ! 1 En effet, artistes et collectifs vivent en général dans des situations matérielles qui ne leur permettent pas d’investir dans des loyers élevés ; et les espaces industriels désaffectés permettent de bénéficier de locaux à des prix très avantageux. On peut également s’interroger sur l’utilisation des friches industrielles du point de vue de la durée d’un projet de rénovation urbaine. En effet, très souvent, en termes de production culturelle (par opposition à la planification urbaine), une ou deux années constituent une « matière-temps » considérable permettant de mener à bien un ou plusieurs projets. En termes d’urbanisme, le laps de temps disponible entre la planification et la mise en œuvre d’une requalification de ce quartier pourrait être mis à profit par des personnes souhaitant développer des projets artistiques. Dans le contexte de Malley, de nombreuses questions restent encore sans réponses. Pourquoi vouloir à tout prix l’intégration d’artistes dans un quartier comme celui-ci ? Ne serait-ce pas justement l’artiste, qui, en arrivant dans ces lieux va entrainer leur gentrification ? Est-ce que la culture va aider au développement du quartier ou engendrer des coûts supplémentaires ? Ne serait-ce pas le moment de consulter les habitants et les usagers de 5

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5 → Compound Compound P.85

LA TOTALITÉ DE CE TEXTE RENVOIE AUX TEXTES CITÉS EN MARGE

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Malley et de les impliquer activement dans le développement du quartier ? N’est-il pas de la responsabilité des habitants de se mobiliser et de s’organiser pour faire entendre leur voix ? La question du besoin d’une « association des habitants », voire d’une maison de quartier ouverte aux acteurs économiques, associatifs et culturels, est posée 3 . Une telle structure, qui favoriserait la transmission d’informations entre les acteurs du projet et les usagers du lieu, tout en permettant aux habitants de disposer d’un espace d’expression, est nécessaire. Il ressort du débat une volonté évidente des différents acteurs d’intégrer l’aspect culturel dans le projet, ceci justement dans l’idée de dynamiser et valoriser le quartier. L’une des options proposée est notamment d’ouvrir les rez-de-chaussée à des espaces culturels à prix modérés pour pérenniser la mixité d’usage.

Une approche des écovillages « Un écovillage pourrait se définir comme un champ d’expériences pour le rapprochement des personnes qui — dans le cadre de leurs différences individuelles — ont la volonté de vivre de manière écologique ». (Fermes communautaires libres du Clos du Doubs)

3 → Les journées des alternatives urbaines au Vallon P.54

1 → Panorama d’une production sociale de l’habitat P.12

5 → Des biens communs pour la ville P.87

Le sujet des écovillages mériterait bien plus qu’un aperçu dans un livre multi-thématique. Les questions qu’il convient de se poser lorsqu’on réfléchit au concept ne peuvent être circonscrites à l’aspect architectural, à la construction écologique, à l’exploitation durable des ressources ou à celui du voisinage.

Un écovillage, c’est tout ça à la fois, mais c’est encore bien plus. Généralement envisagé comme une communauté, il ne peut se limiter à une juxtaposition de projets individuels, mais recouvre des notions profondes, ayant trait tout autant à l’économie générale que l’on souhaite donner à la structure, qu’aux comportements individuels et collectifs ; ou encore, à la spiritualité. Le concept de l’écovillage interroge les convictions et les positions adoptées par un groupe de personnes décidées à partager un mode de vie qui se situe en marge des conceptions sociales et économiques en vigueur dans nos sociétés fondées sur l’économie de marché. Il peut être question de mettre en place un système proche de l’autarcie, ou plutôt de s’insérer en tant qu’entité globale dans un rapport d’échange commercial et / ou culturel local. Les questions liées à l’écologie, à la construction et à l’exploitation durable prennent ici une valeur collective, ceci même s’il est décidé de valoriser prioritairement les positions individuelles des membres de la communauté  1 . Pensé comme une entité distincte, l’écovillage se situe à la frontière d’un système global dont les membres, tout en conservant leur autonomie, s’inscrivent dans un mode collectif visant un but commun  5 .

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Les expérimentations menées un peu partout dans le monde depuis plus de 50 ans ont permis de mettre en avant quelques unes des notions fondamentales qui président au concept d’écovillage, et notamment :

La viabilité écologique La productivité économique La justice et l’équité sociale L’adaptation à la culture de la terre d’accueil

Selon Mim et André Meilland, concepteurs et formateurs en systèmes durables, administrateurs de la Maison Verte à Romont, le concept d’écovillage est une approche universelle qui favorise une meilleure qualité de vie en développant les liens avec soi-même, les autres et la nature. Mim et André Meilland ont donné le samedi 9 mai de 13h-15h à La Marmotte un atelier pratique présentant la notion d’écovillage à travers la formation certifiante « Design de systèmes durables ». Cette formation développée par Gaia Education en collaboration avec le Réseau Mondial des Ecovillages (GEN) transmet des outils et compétences nécessaires pour participer activement au développement de solutions durables. JyS

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Compound Compound Des espaces pour faire vivre les quartiers et la culture Table ronde le vendredi 8 mai de 15-30 à 17h. La Fabrique

Intervenants :

Alliance Compound Compound, Valence, Espagne Atelier 6, Renens, Suisse Forest center plus, Edimbourg, Ecosse Unmonastery, itinérant Ruzafa lab, Valence, Espagne

5 → Malley s’éveille PP.80-83

5 → Des biens communs pour la ville P.87

La table ronde a pour sujet le potentiel de développement d’une vie de quartier au sein d’espaces urbains sous-utilisés. Elle tourne autour d’un projet d’alliance entre différentes structures qui concentrent leurs efforts sur la création d’espaces collaboratifs : L’alliance Compound Compound, qui vise à connecter différents réseaux collaboratifs à travers l’Europe. L’Alliance Compound Compound a été créée à Valence à partir de la rencontre de différents projets et a pour préoccupation principale de développer et de promouvoir des modèles d’espaces ou de projets collaboratifs. Ses valeurs tournent autour de l’échange et de la transmission de compétences et de savoir-faire. Son outil majeur est la création d’espaces destinés à favoriser les rencontres entre les communautés locales. Voici une brève présentation des structures qui la composent : L’Atelier 6 est issu du travail d’une équipe de six personnes, réunie en 2008 par la volonté de pouvoir travailler ensemble. Installée dans un ancien entrepôt à Malley, l’équipe à réhabilité les locaux et créé un espace de travail collaboratif qui accueille des artistes et créateurs actifs dans des disciplines très variées. Actuellement, une trentaine d’usagers l’occupent, qu’ils soient locataires permanents ou usagers plus ponctuels. L’idée est de mettre les gens en réseau pour pérenniser une plateforme de création. L’Atelier 6 5 est un lieu qui réunit — au sein d’espaces bien différenciés — les univers multiples des personnes qui y travaillent. On y trouve des ateliers individuels dans un espace partagé, un espace de co-working, un local à machines et même une partie appartement. Forest centerplus est une association à but non lucratif qui existe depuis quinze ans à Edimbourg. Elle a transformé un grand espace situé dans un immeuble du centre de la ville, et en a fait un lieu de travail commun et collaboratif pour 80 artistes provenant d’univers différents. Ce projet est un travail de construction basé sur l’échange de savoirs-faire collectifs 5 . La réunion d’artistes en tout genre (écrivains, poètes,peintres etc.) est un moyen pour l’association d’activer l’espace dans le but de promouvoir l’art. La volonté de ce projet est de mettre en perspective un « sens de la com-

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munauté ». Il se définit à la fois « comme un outil et comme une arme ». Unmonastery est un groupe de personnes provenant de partout dans le monde qui travaillent de manière collaborative sur des problématiques urbaines. En réponse à la multiplication des propriétés inutilisées, ils portent leur attention sur les espaces situés en périphérie des villes. Unmonastery cherche à travailler le plus possible avec les communautés locales, notamment dans le sud de l’Italie, en Espagne et en Grèce, où les gens abandonnent leurs propriétés car ils ne sont plus en mesure d’en payer les taxes. Ruzafa lab, à Valence, est né de la situation économique critique en Espagne. Le projet se concentre sur la réaffectation d’une ancienne usine pharmaceutique dans le centre ville. Il s’agit d’un « tiers-lieu » collaboratif qui s’inscrit dans un quartier en phase de gentrification. Par « tiers lieu » on entend un environnement social se distinguant des deux principaux que sont la maison et le lieu de travail. Il se rapporte à des espaces où les individus peuvent se rencontrer, se réunir, et aussi échanger de façon informelle. L’objectif de Ruzafa lab est de réunir des acteurs et des identités multiples et de tisser des liens entre les différentes époques, de manière à amener dans le quartier à la fois une mémoire des lieux et le concept contemporain du co-working.

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Des biens communs pour la ville Rencontre organisée le samedi 9 mai de 13h30 à 15h30 au Foyer du 2.21. Animée par Régis Niederoest de l’Association écoquartier, futur habitant de la coopérative d’habitants Le Bled ; Julien Woessner et Nicolas Krausz de la Fondation Charles Léopold Mayer FPH ; Geert de Pauw de Community Land Trust Bruxelles et de Commons Josaphat ; Frédéric Sultan, coordinateur du réseau francophone des biens communs et du projet Remix the Commons ; Amandine Wyss de Quartiers collaboratifs à Genève et Cyril Royez d’urbaMonde. Qu’est-ce qu’un bien commun ? Quels exemples pour la ville ? Comment les développer et les combiner ? Vingt personnes de Lausanne, Genève, St-Gall, mais aussi de Paris et Bruxelles ont esquissé des réponses à ces trois questions.

5 → Une approche des écovillages P.83

1 → Quelles innovations dans les coopératives d’habitation ? P.14

Qu’est-ce qu’un bien commun ? C’est une ressource, une communauté et des règles  5 . Une ressource matérielle (eau, terrains, équipements, habitat, espaces urbains) ou immatérielle (savoirs, culture, logiciels) est détenue par une communauté d’usagers. Cette communauté s’organise pour la gérer durablement et la rendre accessible à tous. Des règles formelles ou informelles sont élaborées dans ce but. Le groupe ou la communauté peut être d’importance très variable : il peut s’agir d’un cercle de membres — auquel cas on se rapproche davantage d’un club fermé — ou d’une entité davantage ouverte, s’inscrivant dans la société, la ville ou le territoire. Un bien commun n’est pas un bien privé contrôlé par un individu ou un seul groupe, ce n’est pas une marchandise, ni un bien géré exclusivement par les pouvoirs publics, sans participation active des usagers et citoyens. C’est une ressource détenue et gérée par ses usagers. Un bien commun suppose que des personnes participent, s’entraident et s’organisent pour créer des solutions communes et partager une ressource.

Des exemples de biens communs pour la ville Habitat et territoires : les coopératives d’habitation. Les immeubles sont détenus par les membres réunis dans une structure collective : la coopérative, qui est aussi en Suisse une structure à caractère non lucratif et non spéculatif. Les coopératives d’habitation peuvent donner une place plus ou moins grande à la participation de leurs membres à la vie de la structure. Il en va de même en ce qui concerne l’élaboration des projets d’habitat. Les coopératives les plus anciennes et les coopératives de type entreprise sont moins participatives, c’est pourquoi un modèle alternatif appelé « coopératives d’habitants » est en train de se développer, afin d’offrir à ses membres une plus grande marge de participation et de vie démocratique  1 . Les coopératives peuvent rester fermées sur un petit nombre de membres, mais elles peuvent aussi s’ouvrir à une large population, offrir une

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grande diversité de logements, ou créer des subventionnements internes afin de faciliter l’accès au logement à des personnes à bas revenu. Elles peuvent aussi s’ouvrir au quartier et prévoir des locaux, des espaces extérieurs ainsi que des activités accessibles aux voisins ou élaborées avec eux. A titre d’exemple, Kalkbreite à Zürich offre un accès public à ses terrasses et à leur vue imprenable sur la ville. Habitat et territoires, requalifier un quartier comme un bien commun : L’exemple du quartier du Vallon à Lausanne. Le quartier du Vallon qui accueille les JAU2015 est en phase de requalification. Des habitants qui considèrent leur quartier comme un bien commun organisent le processus de sa requalification dans cette perspective. L’enjeu se définit dans l’action même : les habitants se constituent comme acteurs de leur espace urbain et de ce simple fait posent l’actualité du renouvellement de leur propre quartier  5 . En tant que tels, ils produisent les outils, les réflexions, les propositions, les espaces de rencontre susceptibles d’intégrer les dimensions de requalification mais aussi celles de l’identité profonde du quartier ; en l’occurrence, une question majeure est de travailler à la réappropriation du quartier par et pour tous, y compris pour des populations fragilisées socialement  1 . Biens et services : les disco soupes. Les discos soupes sont des repas conviviaux, gratuits et ouverts à tous, préparés à partir de surplus alimentaires. Les organisateurs et participants récupèrent des surplus et ce qui risque d’être gaspillé et contribuent ainsi à alimenter la soupe. Ce partage est basé sur la spontanéité et la participation des gens, la dimension conviviale est aussi essentielle que le repas lui-même  3 . Biens et services : les pédibus. Pédibus est un système d’entraide de parents pour l’accompagnement à l’école des enfants du quartier. La dimension de confiance réciproque est importante : les parents doivent se connaître suffisamment pour se confier mutuellement leurs enfants. Ceci suppose que des espaces d’échange ou des évènements se sont créés antérieurement et ont permis à la cohésion et aux capacités organisationnelles d’éclore, quelle qu’en soit l’échelle  1 .

5 → Compound Compound P.85

1 → Les Community Land Trusts P.19

3 → Disco Soupe épluche si affinités P.49 → Cuisine participative tous les jours P.58

1 → Panorama d’une production sociale de l’habitat PP.12-13

3 → Si le CaféRéparation était… P.61

Connaissances et culture : les Fablab et hackers spaces. Les Fablab et hacker spaces sont des ateliers techniques de production / réparation, avec outils, machines et partage de connaissances. Ils permettent de relocaliser et de reprendre en main la production et la réparation de biens 3 . Les connaissances mises en partage permettent de bénéficier de plans, de manuels et de conseils.

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Connaissance et culture : un festival gratuit est-il un événement en bien commun ? Le Festival de la Cité à Lausanne est un événement annuel culturel et festif intégralement gratuit, financé par des subventions publiques, du sponsoring et des dons. Est-ce un événement en bien commun parce qu’il est gratuit ? Les spectateurs sont-ils uniquement des consommateurs de spectacles où participent-ils à l’existence des œuvres ? La gouvernance et la programmation sontelles ouvertes ou fermées à un petit groupe de spécialistes ? L’événement pourrait-il perdurer si les subventions publiques devaient être coupées ? Il n’est pas vraiment intéressant de chercher à juger si une activité telle que ce festival correspond intégralement aux critères d’un bien commun. Il pourrait l’être beaucoup plus de développer la part de commun dans chaque activité culturelle. Toutefois cela pose la question de la rémunération des artistes « commoners ». Ces derniers peuvent-ils dépendre d’autre chose que de leurs œuvres s’ils désirent les mettre gratuitement à disposition de tous ?

Au-delà des initiatives isolées, créer des alliances et des systèmes alternatifs La rencontre a permis d’aborder également la question du « comment aller au-delà » d’initiatives au départ isolées du fait même de leur thématique, ou peu visibles sur l’espace public pour des raisons d’échelle ; ceci afin de construire des systèmes produisant par convergence d’expériences plurielles, des alternatives opérantes  1 . Ces alternatives sont multiformes dans leurs structures, leurs approches et leurs modalités d’action. Par ailleurs, elles mettent en jeu des notions d’espace politique, d’espace public, de réseau et de territoire. Elles fondent également d’autres modes décisionnels, revisitent les formes contractuelles, re-calibrent la temporalité des prise de décision. Citons quelques exemples d’initiatives qui permettent de se faire une idée du rôle et de l’action de la société civile dans ces processus.

1 → Panorama d’une production sociale de l’habitat PP.12-13 → Quelles innovations dans les coopératives d’habitation ? P.14

3 → Les Journées des Alternatives Urbaines au Vallon P.54

Les combinaisons d’initiatives dans un territoire :

A travers des projets de quartier (par ex. les écoquartiers de Lausanne et Meyrin, le modèle de voisinage proposé par Redémarrer la Suisse ou Commons Josaphat à Bruxelles).

Il est possible de faire converger autour d’un lieu des initiatives de thématiques différentes, et de développer des mutualisations grâce à la masse d’habitants et de partenaires réunis sur place  3 .

Quartiers collaboratifs à Genève a pour but de promouvoir la communication et la collaboration entre les quartiers, comme entre les initiatives qui y sont initiées, afin de faciliter le développement de celles-ci.

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Les monnaies alternatives (le Léman autour de Genève, BonNetzBon à Bâle, la coopérative intégrale de Catalogne…) ont pour but de développer les échanges de biens et services au sein d’un réseau de partenaires qui partagent certaines valeurs et sont ancrés dans un territoire. Des assemblées locales de communs commencent à se mettre en place en France. Elles regroupent des porteurs de projets partagés et coopératifs d’utilité publique. Leurs buts sont de documenter et promouvoir les initiatives en commun, de travailler avec les pouvoirs publics locaux, de les inciter à soutenir les initiatives citoyennes et à développer les biens communs dans la ville ; et éventuellement d’assumer la gestion de certains communs (espaces publics, salles associatives…)  3 .* Les villes ou territoires en transition (Transition Towns) est un mouvement initié en Angleterre qui regroupe dans une commune ou un territoire des personnes et organismes actifs dans différentes thématiques socio-économiques et écologiques, et désirant organiser ensemble la transition des modes de vie et des territoires. Ils se dotent notamment d’une monnaie alternative  1 .

Les politiques publiques :

La ville de Séoul s’est fixé comme objectif d’éteindre une centrale nucléaire, ce qui a encouragé les acteurs locaux à converger et à chercher comment, ensemble, économiser l’énergie et produire autrement 4 .

Les budgets participatifs permettent de mettre en discussion avec les citoyens une partie du budget de la collectivité, et donc d’orienter l’argent public vers les initiatives citoyennes. Il existe des centaines d’expériences sur tous les continents  1 .

Certaines propositions lors d’élections municipales : Des acteurs du mouvement des biens communs français ont rassemblé une série de propositions pour une ville en bien communs à destination des partis et candidats aux élections municipales de 2013 1 .**

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3 → Toutes à Alternatiba ! P.52 → Les Journées des Alternatives Urbaines au Vallon P.54

1 → Le Jeu des Monnaies P.18

4 → Scénarii et initiatives pour la transition énergétique P.72 → Créer un projet d’installation solaire thermique pour un immeuble P.75

1 → Panorama d’une production sociale de l’habitat P.12

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Les pactes italiens pour les communs urbains : Depuis 2014, plus de 50 communes italiennes (dont Bologne, Turin, et Bari) ont accepté la création de pactes entre administration publique et citoyens pour l’entretien et la régénération de communs urbains (espaces publics, bâtiments). Cela permet à des collectifs citoyens d’organiser des activités dans l’espace urbain ou de prendre en charge la gestion d’un bien commun. Ces pactes vont au-delà de faveurs ou de subventions qui restent à discrétion des autorités, car ils imposent à la mairie d’étudier les propositions de la population. Ce sont de véritables contrats durables entre partenaires égaux (ils sont opposables en justice) qui offrent davantage de garanties pour la pérennité des projets citoyens.***

Les alliances entre mouvements à l’échelle d’un pays

Le collectif français pour une transition citoyenne, créé en 2013, regroupe 16 organismes et mouvements citoyens actifs dans des domaines aussi variés que l’énergie partagée et renouvelable, les mutuelles de producteurs ruraux et les réseaux d’agriculteurs bio, l’ESS ou la finance éthique. L’objectif du collectif est de : « rassembler nos compétences, nos ressources, nos réseaux afin d’optimiser l’impact de nos actions individuelles et collectives. Nous relier pour nous soutenir mutuellement ».

Les réseaux entre villes : La diffusion des pactes pour les biens communs dans les communes italiennes repose sur un réseau à l’échelle de l’Italie de militants qui s’organisent et s’entraident. En Suisse, le réseau « Neustart Schweiz — Redémarrer la Suisse » travaille au développement de voisinages socio-écologiques en tissant des liens et développant des projets dans plusieurs villes du pays. D’autres réseaux émergent, dans d’autres villes et d’autres pays. R.N

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p2pfoundation.net/Assemblée_des_communs villes.bienscommuns.org/blogpost/m1u8vr84ggs/view www.labsus.org

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Elles et ils ont mouillé leurs chemises « La sensation d’avoir participé à une aventure créative, humaine, joyeuse, particulière, riche et pleine de sens. Comme un moment de grâce collectif qui s’est exprimé et a pris forme de manière très naturelle. Je suis très heureuse d’avoir participé à cette aventure collective ».

Bénévoles Valérie Allard Marie-France Hamou Amandine S ​ challer Christian Anglada Jasmine Hofmann Evelyne S ​ teiner Fabienne Arnaud Fabien Jaccard Mirjana​Tosic Dienella Balbontin Marina Jaramillo Loïc​Waegeli Camille Bernath Romain Jorda Inès​Yenoth Jennifer Binoth Annette Kaid Linda​ Zendralli Mathilde Bonet Diane Lamon Ann​Zupp Géraldine Bouchard Corinne Lavanchy Fabio Cattaneo Catherine Laville Alice Chénais Christophe Marteil Tim Crettenand Marc Menichi Monia Cusin Claude Mottier Giada de Coulon

Castle Mourice Claire-Lise Deblue Caroline Nanzer Colin Demars Karel Nicolas Laura Donze Carolina Obregon Maya Duverdier Marie-Aude Papin Despina Evangelakou Martine Payot Diouf Vincent Fontannaz Eleonora Pena Tomas Antonietta Fraschina Isabelle Perret-Gentil Héloïse Gailing Lore Rinsoz Narmandakh Gantumur Rianne Roshier Salomé Genzoni Jade Rudler Jean-Charles Gfeller Livio Ruzzante Ludovica Gianocca Joaquin Salazar Silvia Giordano Marie-thérèse Sangra Isis Girod Lucie Sauter Paola Gomez Christian Schaeli

« Ouf, je me réjouis d’être tout seul ! Une longue aventure collective et trois jours en groupe, c’est le moment de retrouver sa petite vie pépère ».

Bénévoles

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Organisation et réalisation Gian Paolo Berta Audanne Comment Aurore Crettenand Michel Daucher Gisèle Nardo Regis Niederoest Jeanne Schmid

Thématique Agriculture urbaine Thématique Ville partagée Gestion des bénévoles Thématique Friches urbaines Thématique Gestion de l’énergie Thématique Ville partagée Thématique Ville sensible

Jérémie Schaeli

Coordination générale

Denis Anselmo Balmer Hählen Mirjam Bühler Annick Caruzzo Laurence Desarzens Katalin Hausel Yannick Henaff Eric Lazor Marie Leuba Elise Magnenat Pascal Paté Olivier Thorens

Jardins du vallon Communication visuelle Armoire ouverte Café réparations, marché gratuit et petits ateliers Malley s’éveille, Compound compound Atelier bombes de graines Balades Direction technique Interface avec le quartier Vallon Cuisine​ Interface avec le quartier Vallon Fête, spectacles et urgences médicales

Contes-rendus et prises de notes Rianne Roshier Panorama d’une production sociale de l’habitat, Mon regard n’est pas à vendre, Ville en biens communs, Quelles innova tions dans les coopératives d’habitation ? Alice Chénais Malley s’éveille, Compound compound Héloïse Gailing Community Land Trusts Diane Lamon (D.L) Transition énergétique Caroline Nanzer Comment raconter les alternatives ?

Soutiens financiers Office fédéral du développement territorial Office fédéral du logement Unité logement, Canton de Vaud Ville de Lausanne Fondation Charles Léopold Meyer pour le Progrès de l’Homme Fondation pour l’Animation Socioculturelle Lausannoise FASL Valéry Beaud Association écoquartier Giampiero Trezzini Association écoquartier

Bénévoles

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Réalisation du livre Auteurs des textes Gian Paolo Berta, comité de programmation (G-P.B) Laure Bonnevie, habitante de Malley (L.B) Annick Caruzzo, organisation des JAU Audanne Comment, comité de programmation (A.C) Colllectif TANK, Danse pas la bouche pleine Yannick Henaff, organisation des JAU (YHE) Marie Leuba, animatrice FASL, membre de l’association de Quartier Vallon (M.L) Gilles Malatray, « Desartsonnants », Balades sensibles dans le Vallon (G.M) Pablo Michellod, « L’Indomptable », président de la Slaam Lausanne (P.M) Gisèle Nardo, comité de programmation (G.N) Régis Niedereost, comité de programmation (R.N) Pascal Paté, architecte, membre de l’association de Quartier Vallon (P.P) Nicolas Pythoud, direction de la Fondation ABS (Accueil à Bas seuil) au Vallon (N.P) Jérémie Schaeli, coordinateur des JAU 2015 (J.S) Jeanne Schmid, comité de programmation (JyS) Philippe Solms, coordinateur de l’Association écoquartier (P.S) Veganopolis, Vrunch vegan du dimanche

Crédits photo Katalin Hausel Yannick Henaff La Langue des Bois Yannick Maron, photographe officiel des JAU Jeanne Schmid

Éditeurs Jeanne Schmid Yannick Henaff

Graphisme Balmer Hählen (www.balmerhahlen.ch)

Impression LaBuonaStampa

Bénévoles

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Achevé d’imprimer en février 2017.


Chapitre 1

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JAU 2015  

Le livre des Journées des alternatives urbaines 2015 rend compte de la multiplicité des approches développées dans le cadre de la manifestat...

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