Dossier Innovation - Maintenance immobilière - volume 9 numéro 4

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MENKÈS SHOONER DAGENAIS LETOURNEUX ARCHITECTES

DOSSIER INNOVATION

TECHNOLOGIES EN CONSTRUCTION DES IMMEUBLES PAR MARTINE LETARTE, JOURNALISTE

De la réalité virtuelle aux bâtiments connectés, les technologies sont en train de prendre d’assaut le monde de la construction, et ce, de la conception jusqu’à l’entretien des immeubles. C’est ce qu’on a pu découvrir à la conférence Batimatech 2019. Petit aperçu des grandes transformations en cours et à venir.

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es outils technologiques provoquent une petite révolution dans le monde de la construction de bâtiments et d’infrastructures. À tel point que l’industrie commence vraiment à prendre des airs de jeu vidéo. Emanuel Favreau, spécialiste en solutions numériques adaptatives chez Menkès Shooner Dagenais LeTourneux Architectes, travaille justement avec les logiciels de deux grandes entreprises de jeux, Unity et Unreal, de plus en plus utilisés en construction. « Les logiciels d’architecture n’offrent pas de visite immer­ sive des projets, alors que l’industrie du jeu vidéo est rendue très loin dans le domaine, explique M. Favreau. Il nous manquait un pont entre les outils de réalité virtuelle du jeu et l’univers de l’architecture. C’est ce que notre équipe a créé. » La firme d’architectes a complété un premier projet en utilisant la réalité virtuelle pour réaliser de la conception en temps réel, puis pour faire ses présentations au client.

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EMANUEL FAVREAU Spécialiste en solutions numériques adaptatives Menkès Shooner Dagenais LeTourneux Architectes MAINTENANCE IMMOBILIÈRE : : HIVER 2019

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INNOVATION

« La réalité virtuelle est vraiment plus intéressante que les traditionnelles animations 3D qu’on peut seulement faire jouer et rejouer, explique l’architecte. Les visites immersives sont très puissantes graphiquement. On peut se promener dans le bâtiment, changer les matériaux, etc. Ensuite, on peut importer ces changements directement dans notre maquette BIM (Building Information Modeling) qui contient toutes les données liées à la construction du bâtiment. » Alors que les grands acteurs du jeu vidéo s’apprêtent à sortir leurs propres outils pour l’industrie de la cons­ truction, Emanuel Favreau est convaincu que la réalité virtuelle s’imposera. « Un peu comme la 3D l’a fait il y a 20 ans », compare-t-il.

JONATHAN ROBERT

LIEU DAO Gérante, Innovations, R & D et projets spéciaux Pomerleau

« Les opérateurs et le gestionnaire des immeubles ont pu récupérer les données pendant la conception et la construction pour planifier les opérations et mettre en place une gestion préventive et prédictive, plutôt que passive », explique Lieu Dao, gérante, Innovations, R & D et projets spéciaux, Pomerleau. Elle constate d’ailleurs que les chantiers, les bâtiments et les infrastructures peuvent aujourd’hui être complètement connectés. « La technologie est rendue là et elle évolue très rapide­ ment, constate Lieu Dao. C’est au propriétaire de décider s’il y voit une valeur ajoutée, ou pas. »

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DES DONNÉES POUR RÉALISER UNE GESTION PRÉVENTIVE Au moment de la conception et de la construction d’un projet, une foule de données sont générées, comme les superficies par type de revêtement de plancher, les types de portes, les volumes d’air, la superficie des murs, etc. Il est possible de les collecter et de les transférer au propriétaire et au gestionnaire du bâtiment pour qu’ils puissent en assurer le fonctionnement de manière efficiente et faciliter sa maintenance. Mais l’entrepreneur Pomerleau va plus loin. Par exemple, il a récemment construit un établissement de soins de longue durée en Alberta en offrant l’accès à ces données aux parties prenantes concernées. 6

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Il reste tout de même des défis à relever en matière de stockage, de gestion et de maintenance de toutes ces données pour qu’elles puissent être utilisables facilement. L’intelligence artificielle pourra être mise à contribution. Pomerleau a d’ailleurs signé la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle. « Nous explorons comment les outils d’aide à la décision pourront être utilisés concrètement dans nos tâches pour réaliser une gestion encore plus préventive », affirme Mme Dao. CONSTRUCTION 4.0 La construction commence aussi à prendre des airs futuristes grâce à l’entrepreneur Upbrella et à sa technologie pour monter une structure sans grue, en commençant par le toit qu’on hisse au fur et à mesure. Le tout effectué dans un abri chauffé (ou climatisé !) qui protège l’ouvrage des intempéries. Développé à Montréal, le système a déjà été utilisé pour quelques projets dans la métropole et il vient de remporter un appel d’offres à Monaco.


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UPBRELLA

JOEY LAROUCHE Président Upbrella

Upbrella envisage maintenant plusieurs autres possibilités, comme celle d’intégrer des robots dans son système. Par exemple, pour la pose de maçonnerie, le briquetage, la distribution de béton et l’inspection de la structure pendant la construction. « Les gens nous considèrent de plus en plus comme une plate­ forme technologique à laquelle on peut greffer plusieurs autres produits innovants, indique Joey Larouche, président d’Upbrella. On aspire donc à créer des partenariats avec des entreprises qui produisent des robots ici et ailleurs dans le monde. »

UPBRELLA

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INNOVATION

JESSICA BITAN

CYRIL THIRIOT Président fondateur Lifineo

LA LUMIÈRE POUR DIFFUSER DU CONTENU NUMÉRIQUE Si le high tech a la cote, le low tech l’a aussi. Le LiFi (Light Fidelity), une technologie propulsée par l’entreprise française Lifineo, consiste à se servir de lumière, plus particulièrement de diodes électroluminescentes (DEL), pour diffuser du contenu numérique. « Une DEL, c’est une carte électronique qu’on peut utiliser pour envoyer des messages, et c’est génial parce que la lumière est partout où l’on vit », affirme Cyril Thiriot, président fondateur de Lifineo qui était à Montréal pour Batimatech. Leur technologie, que tout informaticien peut gérer, s’installe sur n’importe quel système d’éclairage DEL. Ainsi équipé, il peut servir notamment à géolocaliser des objets, comme des fauteuils roulants dans les hôpitaux. « On colle un petit badge connecté sur l’objet à suivre, et le tour est joué », affirme l’entrepreneur. La commercialisation est commencée en France alors que Lifineo arrive chez Dalkia, une filiale d’EDF (Électricité de France) qui accompagne ses clients dans leur trans­ formation énergétique. Le système permet de gérer les salles de réunions qui sont souvent réservées sans être utilisées. En se plaçant sous la lumière devant la porte de la salle, on peut déverrouiller grâce au LiFi. Si la personne qui a fait la réservation ne se présente pas, la salle redevient disponible. « C’est un système de contrôle d’accès beaucoup plus abordable que les autres parce qu’il ne comprend pas d’infrastructure et qu’il a l’avantage de continuer à fonc­ tionner si l’on change les bureaux de place. » 8

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ÆDIFICA

MÉLANIE PITRE Directrice, développement durable Ædifica

Avec son partenaire québécois Global LiFi Tech, Lifineo a aussi installé un système à l’Institut de cardiologie de Montréal pour que les patients regardent une vidéo sur une tablette en respectant plusieurs critères de confidentialité. « La vidéo reste dans notre système et peut être visionnée sur les tablettes dans un périmètre donné, explique Cyril Thiriot. Si le patient sort du péri­ mètre, le visionnement cesse. Le propriétaire peut se créer un petit réseau très sécurisé grâce à notre système. » Lifineo souhaite se déployer au Québec par l’intermédiaire de grands installateurs de systèmes d’énergie. LE DÉVELOPPEMENT DURABLE EN MODE LOW TECH Les technologies qui fonctionnent facilement, sans grande infrastructure, ont la cote actuellement, alors que la planète est en mode économie de ressources et lutte contre les changements climatiques. D’ailleurs, le prix Dévelop­pement durable Ædifica du concours PitchTech Innovation Construction 2019 présenté à Batimatech a été remis à Éconeau, qui offre des systèmes passifs de récupération d’eau de pluie, laquelle est ensuite utilisée à l’intérieur du bâtiment, par exemple dans les toilettes. « Le développement durable prend tout son sens lorsqu’on va moins dans les grandes technologies très tape-à-l’œil pour aller vers des stratégies plus low tech qui nécessitent peu de maintenance et qui pourront fonctionner même en cas de catastrophe climatique, par exemple », explique Mélanie Pitre, directrice, développement durable, chez Ædifica qui a remis ce prix à Batimatech. Créer des bâtiments innovants dotés d’une plus grande résilience dans un contexte de changements climatiques,


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notamment grâce à une meilleure auto­nomie en eau et en énergie, est une préoccupation constante chez Ædifica. D’autant plus que les propriétaires de bâtiments veulent éviter des technologies qui demandent beaucoup de maintenance. « Tous nos projets ont une base pour réduire leur empreinte écologique, notamment en matière de système énergétique, de résistance thermique de l’enveloppe, d’empreinte carbone et de consommation d’eau, affirme Mélanie Pitre. On y ajoute ensuite une couche de technologies pour améliorer la performance, mais le bâtiment doit aussi pouvoir fonctionner efficacement sans ces ajouts. »

ont un impact sur l’empreinte écologique d’un bâtiment. « On se sert du BIM pour mieux concevoir les projets, dit Mme Pitre. On voit très rapidement les effets de chacun de nos choix, sur la structure, par exemple, sur la façade, les murs du bâtiment, etc. C’est très dynamique maintenant et ça nous facilite grandement la tâche pour obtenir une meilleure performance écologique pour nos projets et pour simplifier la vie des équipes d’exploitation et de maintenance. »

Les avancées technologiques donnent aussi un bon coup de pouce lorsque vient le temps d’optimiser les différents éléments qui

BATIMATECH EN BREF La 4e conférence annuelle Batimatech s’est déroulée le 17 septembre sous le thème « L’avenir de l’industrie de la construction ». Elle a rassemblé plus de 350 personnes dans les Studios Les 7 Doigts, à Montréal. Dix tables rondes réunissant trente-cinq experts se sont tenues sur différents enjeux liés à l’industrie de la construction, allant des technologies de rupture au développement durable, en passant par le futur de l’immobilier et le bâtiment intelligent. Douze entre­ preneurs sont aussi venus présenter leur innovation qui révolutionne l’industrie de la construction dans le cadre du concours PitchTech Innovation Construction. Batimatech est un orga­ nisme à but non lucratif qui travaille à favoriser l’innovation, la collaboration, l’agilité et l’intégration des meilleures solutions numériques dans les entre­ prises et les organisations du milieu de la construction. La prochaine confé­rence Batimatech se tiendra le 22 septembre 2020.

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