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J’ATTENDS LE NUMÉRO 56

contes et mythologieS

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J’ATTENDS LE NUMÉRO 56 PHOTO DE COUVERTURE ISABELLE SOUCHET-LEPRÊTRE

contes et mythologieS

Sculpture romaine de la déesse Ceres dans la cour du palais Casa de Pilatos à Séville, Andalousie. Ceres est la déesse de l’agriculture, des cultures et de la fertilité.

J’attends le numéro 1 2011 • 2019 Création Isabelle Souchet & Ivan Leprêtre Design Ivan Leprêtre Contact lepretre.ivan@wanadoo.fr

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SOMMAIRE

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ALAIN DIOT : [page 04] Maître de conférence en arts plastiques alaindiot2@orange.fr __________________

IVAN LEPRÊTRE : [page 30] Directeur de création lepretre.ivan@wanadoo.fr Site : ivanlepretre.com __________________

ESTHER SÉGAL : [page 10] Photographe e.segal@yahoo.fr Site : esthersegal.com __________________

KARINE SAUTEL : [page 36] Ellipse formation karine@ellipseformationcom Site : ellipseformation.com __________________

JEAN-MARC COUVÉ : [page 14] Écrivain, critique et illustrateur jeanmarc.couve@gmail.com __________________

RAOUL HARIVOIE : [page 44] Poète - raoul.harivoie@laposte.net __________________

CHRYSTEL ÉGAL : [page 16] Artiste, écrivain chrystel.egal@free.fr Site : c-egal.com __________________ LILAS LEPRÊTRE : [page 20] étudiante - Paris Diderot lilaslepretre@gmail.com Instagram : mugen_megami __________________ THIERRY FAGGIANELLI : [page 24] Poète du quotidien thierry.faggianelli@sfr.fr __________________ LOU BAUER : [page 28] étudiante - école G. Mélies Instagram : shiro.okamii

BERTRAND BOULANGER : [page 46] Poète - gelamboo@wanadoo.fr __________________ STÉPHANE ISSAURAT : [page 50] D. A. et webdesigner stephane@i-stef.com Site : i-stef.com __________________ FRÉDÉRIC ADAM : [page 60] Poète - frederic_adam@hotmail.fr __________________ Dragoljub Mitrović : [page 64] Graphic artist - printmaker dragoljub_mitrovic@yahoo.com Site : staririmljanin.deviantart.com __________________ OLIVIER ISSAURAT : [page 66] Enseignant • oissaurat@ac-creteil.fr Site : olivier.issaurat.free.fr

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ÉDITORIAL

ALAIN DIOT

VIVE LE CONTE ACTEUR! Depuis plus de mille et une nuits, les contes nous séduisent parce qu’ils nous disent mille et une bêtises auxquelles on aimerait bien croire, le soir avant de nous assoupir, quand notre papa ou notre maman vient nous raconter mille et unes histoires à dormir couché ! Il est vrai que lorsque le conte est stable, on peut entendre le conte raire, le soir au fond des draps, surtout si c’est un conte tourné du bon côté, pas de celui des laissépour-compte, ni des contes hors sionistes ! Et si le conte rebat les oreilles des auditeurs, que le conte rebalance des histoires rabâchées, ou que le conte refout le souk, il suffit que le conte remarche pour que le conte redanse, et parfois, sauf si c’est un conte replaqué, qu’il en redemande quand le conte rebande  ! C’est alors un conte reparti et on peut laisser le conte refaire ce qu’il lui plaît, lui, ce conte revenant de loin, même si c’est un des contes tractés. Compte tenu du conte tenu pour responsable de son contenu, si le conte rechoque, le conte recoud la fiction en fonction de ce que le conte recense. On voit alors le conte revenir quand le conte revoit ses comptes et que le conte revend ses histoires à bon compte. Il faut alors repérer ce que le conte refait, ce que le conte redit quand le conte

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retend son énergie pour devenir un conte en port. Hein ? Et quand devant un beau A, le conte rit, s’tord et s’éclate, c’est que, comme nous, il aime bien les belles lettres. C’est ce que le rat conte quand le conte est nerf. Mais les bons contes font les bons amis, comme le disent le petit chaperon rouge et le grand méchant loup quand ils vont boire un coup à la santé de la grand-mère qui a maintenant Alzheimer, en attendant que le petit poucet, un peu poussif aujourd’hui, ait fini, le chétif, de ramasser ses galets commémoratifs qu’il a laissé traîner dans les bosquets, ce qui déplait aux sept nains malins et chauvins qui trouvent qu’il leur a salopé la forêt et que le Prince charmant va pas être content parce que Blanche neige va crier au sacrilège. C’est qu’elle va leur remonter les bretelles, la donzelle  ! Heureusement qu’on est peinard avec la Belle au bois dormant dans son plumard. C’est pas elle qui va venir fourrer ses fesses dans ce pataquès ! Et si la petite sirène ne peut pas rester sereine et qu’elle merdoie avec ma mère l’oie, on règlera leur compte aux deux à la fois. Et quand les sorcières, ces mémères au pif de travers, viennent jouer les fières à jeter des sorts à tors et à travers, que les fées font les mijaurées, ces


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affolées de la baguette magique qu’elles briquent à longueur de journée, ou que les enchanteurs s’amènent la bouche en cœur, ces frimeurs, en nous prenant pour des branleurs, faudrait quand même pas qu’ils croient qu’on est aussi con que des bouts de bois et qu’on va les prendre au sérieux, tous ces besogneux de la mauvaise foi qui se prennent pour des dieux. Et quant à Cendrillon, la bécasse, elle s’était sûrement bourré la carcasse au bal masqué, ohé ohé, pour paumer sa godasse dans les escaliers et nous prendre pour des andouilles à qui ont fait le coup de la citrouille ! Bravo l’embrouille ! Le métro, c’est pour les prolos ? Le RER, c’est pour les pervers ? Et le taxi ? Et Uber ? Et ce paillasse de fils du roi – je le crois pas ! – qui n’a rien dans la calebasse pour s’en aller renifler le soulier et suivre la blondasse à la trace,

tout çà pour se la marier, alors qu’elle n’a pas un radis, et lui faire quand même plein de petits. Un peu pété aussi, quand même, le joli marquis ! Et l’autre apôtre, qui croit qu’à souffler comme un malade dans son flutiau, il va noyer tous les marmots du canton parce qu’on lui a pas filé son pognon, il les prend quand même pour des ramollos du citron, les nistons. Moi, je vous le dis, les gamines et les gamins, vont lui faire bouffer son pipeau, au blaireau. Et on va rester poli, les amis. Vous m’avez compris ! Même si rien ne les contrarie, pardi, une fois qu’ils sont endormis, même en cas rosse, là où nos potes iront, ils ne vont pas se réveiller à minuit pour voir comment la magie du conte a agi. Tant pis ! Alain (crédule) DIOT. Octobre 2019.

Image : Stefan Keller • Pixabay

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LE FOCUS

ALAIN DIOT

SILENCE ET DORS! Prendre enfin un peu de recul et se laisser bercer sans calcul par la bienveillance du silence. Cesser ces cadences ridicules et cette absurde suffisance ou l’on accumule le temps et les choses parce qu’on n’ose pas dire non, nous, pauvres homoncules moroses et souvent ridicules, à toutes ces addictions sous hypnose qui nous acculent à l’abandon de notre liberté sacrée. Aller chercher le calme, et peut être la sérénité, là où on peut entendre la vie s’écouler, où on peut écouter battre son coeur et les oiseaux chanter. Là où on peut encore rêver sans que rien ne vienne nous déranger. Aller donc se promener dans la forêt profonde où l’on croit encore que, comme on l’a appris quand on était petit, on entend le coucou qui, du haut de son grand chêne,

Image : Stefan Keller • Pixabay

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répond au hibou: «Coucou, coucou!» coucoule le coucou; «Houhou, houhou !» bouboule le hibou. Et ils sont censés jouer comme ça sans discontinuer, en hiver comme en été, à faire les quatre cents coups, les loulous ! C’est fou ! Mais nos deux petits marlous, pas si chelous, ça fait bien longtemps qu’ils se sont tirés de ce guêpier qu’est devenue la forêt où on n’entend plus gazouiller le moindre chardonneret à qui, pourtant, on donnerait bien quelque monnaie pour qu’il nous chante au moins un extrait de son répertoire dans la douceur du soir, accompagné, pourquoi pas, par ce mariole de rossignol qui, tout là-bas, au fond des bois, batifole. C’est que dans la forêt touffue, y’a pas plus de coucou têtu ou de hibou obtus que sur le caillou d’un chauve déçu qui ne sourit plus,


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y’a pas plus de rossignol féroce que dans la camisole de force des fofolles de France ou de Corse et le chardonneret donnerait ses plus belles plumes pour ne pas y retourner non plus. Parce que, sous la futaie, c’est vrai, y’a plus que des guignols énervés qui tronçonnent comme des tartignoles aliénés à longueur de journée, à vous exploser la fiole comme qui rigole ! Et puis, bien sûr, comme ils sont fatigués, ils biberonnent sans s’arrêter et rarement une tasse de thé. Et quand ils ont bien biberonné, ils se remettent à tronçonner comme des forcenés, c’est forcé ! Alors, question pays des merveilles, pour les oreilles, c’est chaud de chez réchaud, et quand c’est bien brûlant pour les portugaises mal à l’aise, c’est le malaise qui pèse et c’est cuit et recuit pour le sommeil sans pareil. Finies la paix et la sérénité, c’est râpé et dérapé contre le parapet. Et vous pouvez toujours tenter de vous allonger, tranquille, pour une petite sieste agreste, et sans bisbille, dans le jardin de famille. Y a bien quelque fêlé du ciboulot qui va venir vous gâcher le boulot parce qu’il a décidé de sortir la tondeuse pour se mettre le gazon à la raison, avant d’exhiber sa souffleuse, même s’il n’y a rien sur quoi souffler, mais juste pour vous montrer comme il est bien équipé, des fois que ça pourrait vous vexer ! Et pour la petite ronflette gentillette, vous pouvez toujours vous brosser, c’est terminé avant même de commencer. Et si vous comptez vous planquer dans votre chambrette coquette, pas de souci, il y aura

un malapris pour manier illico la perceuse même pas honteuse et vous crever, tout de go, tout content, les tympans et le cerveau. Et si ça ne suffit pas, le fada, il va jouer du marteau, du rabot, de la visseuse, de la dévisseuse, de la ponceuse vénéneuse ou de n’importe quoi, prourvu que ça vous casse les étiquettes en trois, les pieds, même carrés, même avec les souliers, et surtout les bonbons qui s’en recroquevillent, furibonds, dans le caleçon. Ah ! Le con ! Et puis bien sûr, après minuit, y a les motards qui foutent le pétard, les déglingos de deux étages plus haut qui vous balancent le disco à fond les manettes dans leur kitchenette, à moins que le petit dernier se mette à hurler à gorge déployée ! Et il l’a musclée, le mâdré ! Et y a même des mecs à vélo qui se trimbalent la sono et, du fond de leurs caisses, y a des jeunesses qui vous balancent à fond la caisse du rap bien rance de satrape et qui vous rattrape par les étiquettes que vous vouliez pourtant garder proprettes et bien quiètes ! Et les boules Quies, qui est-ce qui va se relever les tifs pour se les coller dans le conduit auditif ? Le pauvre quidam dont le drame c’est d’être amoureux du luxe, du calme et de la volupté et qui, à la manière libertaire de son vieux copain Baudelaire, voudrait la liberté de pouvoir profiter en toute quiétude de l’ordre et de la beauté. Alain (disposé) DIOT. Octobre 2019

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EN PRIME

ALAIN DIOT

TOUS MYTHOS? LOGIQUE! Il y a ceux qui se sont lancés tête baissée dans le mythe tôt pour être sûrs d’avoir l’air mythe et ceux qui se sont laissés enfermer dans le mythe tard, comme des taulards, parce qu’ils avaient mis tout leurs espoirs dans une terre mythe avec sa jolie mare mythe. Mais n’y a-t-il pas mythe et mythe ? C’est ce dont discutent à l’infini ceux qui dînent à mythe, sans forcément savoir où le mythe s’terre. Par exemple : est ce qu’il est perdu dans le vent et qu’il ne sait plus où il se rend, le mythe errant ? Est ce que le mythe thé est vert de s’être laissé infuser par ceux qui se moquent du mythe, eux ? Est-ce que parce que le boulanger mou tarde, il s’est laissé monter le mythe au nez, le mythe rond  ? Est ce que c’est parce qu’il est bouleversé dans son éthique que le mythe tique ? Est ce que c’est à vouloir pénétrer le milieu que le mythe tend, même s’il sait qu’il risque d’être un mythe raillé ? Est-ce qu’il s’évertue à retrouver sa vertu quand sa libido éternue, le mythe toux ? Est ce que quand l’herbe est trop haute et qu’il en a marre, mythe tond ? Est ce que c’est vrai qu’en Asie, l’âne à mythe rit en Iran ? Est ce qu’il est plus prudent de mettre une cale à mythe surtout quand le mythe ose ou que le mythe râle ? Est ce que, bien qu’ils ne soient pas si bien nantis, ces mythes, ils sont rescapés du stalag, mythes ? Est ce que pour faire peur à ses ennemis,

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il les croque, mythe haine ? Est ce que tout le monde lit mythe et l’imite ? Est-ce qu’il aime bien les chiens ou est-ce qu’il préfère les chattes, mythe ? Et bien sûr, plutôt que de confier le mythe aux manies des mamies qui risquent de vouer le mythe aux mânes de leurs ancêtres, il vaut mieux laisser en souffrance le mythe au logis, surtout si c’est un mythe aux cons de riz mal cuit, pendant que le mythe rit d’attirer ceux qui bossent fort. Mais finalement, est ce que le mythe est à la vie ce que la mite est à l’habit ? Est ce que ça fait aussi des trous dedans ? Même avec de gentils mythes ? Est-ce qu’il s’en moque, le mythe railleur ? Évidemment, pour rester classique, on peut se faire aussi ami à mythe à la grecque cynique, où on grimpe sur l’Olympe des fois que ce bon vieux pépère de Jupiter vitupère encore, tout rouge de colère et mène un train d’enfer pendant que Junon, sa moitié toujours aussi contrariée, qui n’a pas perdu sa langue de vipère, lui met la tête à l’envers. A moins qu’on penche plutôt pour ce vieux Chronos, bien en chair, pas trop en os, toujours aussi gourmand et qui prend tout son temps pour bouloter ses enfants. Et on n’en finira pas parce que les Hellènes, de ce côté là, ils vous les pondent à la chaîne, tous ces phénomènes. Ils ont du Dioscure obscur, à vous faire grimper au mur, même si c’est dur, de la muse qui s’amuse à nous


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ensorceler et à nous inspirer, du pire, sans coup férir, ou du meilleur, du fond du cœur, de la nymphe à moitié nue qui fait courir comme des dératés des satyres biscornus qui se prennent les pieds cornus dans leur queue fourchue, de la belle Hélène qui n’a pas de veine même quand elle mène des parties à Troie quand même, de l’Agamemnon qui ne sait même plus dire non et qui a raté la piste d’Egisthe, de l’Achille plus ou moins subtil mais fragile du tendon et qui, sans ses binocles, a perdu son copain Patrocle et de l’Hercule carrément ridicule à marner en pleine canicule comme au fond d’une ergastule, de l’Ulysse plein de malice mais qui a du mal à garder ses valises et dont la Pénélope fume trop de clopes pour oublier les prétendants interlopes. Et plus au nord, il y a Thor qui fait fort et Odin qui ne fait pas trop fin, le Walhalla où

çà sent l’au-delà, les Walkyries qui parient que c’est leur cheval qui rit, les trolls qui se gondolent avec leurs guiboles de traviole, les djinns qui friment en bluejean, les lutins qui butinent en cherchant du butin, les farfadets qu’il faut vouloir se fader, les sirènes pas sereines qui vous entraînent dans la géhenne, sans parler, c’est un désastre, de Zoroastre, dit Zarathoustra pour les auvergnats ! Fouchtra ! Et avec la mythologie, çà n’est jamais fini, quelque soit la méthodologie, parce que si c’était fini ce ne serait pas de la mythologie. C’est compris  ? D’ailleurs, est-ce que quand on l’a mis trop tôt, l’eau git ? Et quant à tous les dieux d’ici ou de là bas, vous n’y croyez quand même pas ?! Si ? Il y en a qui y croient ? Je le crois pas !! Alain (croyant) DIOT. Octobre 2019.

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MYTHOLOGIES

JEAN-MARC COUVÉ

Mi Thomas (Saint) mi tomate, voire mie-tôt-lot gît ? Mythe, mythique ; mythes, mystères… Méphitique effluve dont on se méfie, dans un réflexe de survie  ; mythomanie ou métonymie  ? Mythologie  ; mythologique. Ou plutôt il-logique. À rebrousse-raison. À contre-courant d’une histoire, sans majuscule, qui s’écrit dans le présent équilibre (fragile) tourné vers un futur proche, en rien passéiste. La mythologie est la face cachée de la lucidité. Sa tare, aussi. Son indissociable pendant. Un peu comme dans « la mémoire » (1938), tableau de Magritte, peintre-philosophe, comme il n’en existe guère, qui nous donne à voir un buste antique (plâtre ou marbre, il n’importe) dont la tempe droite, maculée de rouge, semble saigner. Est-ce qu’une représentation sculptée est susceptible de cacher, sous la pierre, un système sanguin – symbole de cœur qui bat, de vie qui pulse ? Le mythe, à l’instar de cette représentation, est comme le chat de Schrödinger : à la fois vivant et mort. Chat quantique, plus qu’antique chant ! Des civilisations naissent, croissent, embellissent. Puis se délitent. Chutent, enfin. Ne reste que l’infime trace  : un trait dans

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une grotte, un éclat de poterie, le pilier aux trois-quarts détruit d’un ancien édifice, un fossile, un osselet. Le « véritable SaintSuaire  », reproduit industriellement, à des milliers d’exemplaires. Fabriqués en Chine. Ou où vous voudrez. Hercule. Herculanum. Les dynasties tronquées, issues de consanguinités complaisantes. De manipulations coupables. De réécriture de l’histoire, après que l’on eût pris soin d’éduquer les foules anonymes, afin qu’elles soient en mesure, enfin, de saisir ne serait-ce qu’une infime partie de ce qui distingue l’être idéal de l’animal. Aussi bien, on peut convoquer les mannes de Champollion, Freud, Eliade ou Barthes… Et, une fois convoquées, ces mannes seront sommées de s’exprimer d’une seule voix, a capella, en un formidable, époustouflant chant choral agnostique, voire laïque  ; un chant qui a bouleversé, bouleverse et bouleversera, à n’en pas douter (parole de mythologue), les générations à venir. Car, aux mannes (pire : homme-âne), nous le savons tous, on peut vraiment faire dire ce que l’on veut ! Ce qui est très pratique. Cela permet au premier Rond-Frais venu de se parer du plus bel ha-


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bit de lumière, tout en pillant les écrits d’un Camus, d’un Nietzsche ou d’un Freud, pour nous éclairer, soi-disant, de son « génie  » médiatique. Un génie… par procuration, c’est toujours ça de pris ? Alors, sur un sujet aussi sensible que le mythe (de Sisyphe, au hasard, pour un nouvel appel du pied en direction du doux Albert, mort trop jeune, et jeune prix Nobel qui partagea, outre ce même prix, même prénom avec un autre « génie » supposé : Einstein), il n’y a pas plume itère an... Plus «  mité rang  »  ? Clair semé… Si vous êtes, comme moi, un esprit frappeur doté de sens critique, et que vous appréciez la bande dessinée comme un art à part entière, un peu industriel sur les bords (c’est l’époque qui veut ça), vous pourrez consulter les albums de Goossens, homme de goût, ayant le sens du non-sens en humour. Ce dessinateur s’est courageusement attaqué à des mythes pourtant réputés indéboulonnables. Jugez plutôt : le Bébé, Jésus, le Père Noël et Einstein. Excusez du peu  ! Goossens aurait pu (du bas de sa finie in-sagesse) tout aussi brillamment démontrer que Bonaparte a poussé le fils de sa concierge par alliance à sa place à lui, futur Napoléon, pour défendre, seul, le pont d’Arcole. Goossens n’est pas bégueule. Et son dessin, dans un autre genre que Magritte, mais tout aussi efficace, fait mouche. De tels artistes font imploser, avec une belle bonne humeur saupoudrée

d’un indispensable zeste de mauvaise foi, le mythe du mythe lui-même. « Qui m’aime me suive », a-t-on coutume (à en croire quelques intègres historiens) d’entendre déclamer telle ou telle figure emblématique d’une époque, d’une ère, d’une civilisation. Car la mythologie est, avant tout, une invention humaine ayant des visées rien moins qu’altruistes. Elle s’avèra vite nécessaire à l’entretien d’un Culte, avec un grand Cul et un petit Q.I. : le culte du chef, guide, empereur, pharaon, etc. Quand vous entendrez, là, mot « mie… », coupez court, avant de lui laisser le temps de voleter, dans la penderie, entre deux costumes, deux travestissements, pour y faire son nid. Et, de ni-ni en déni, si ne la délogez, la mie-tôt logis prendra ses quartiers, creusera son trou. Phagocitant le réel. En clair : si vous avez le malheur de l’héberger, pauvres crédules et autres superstitieux, la mythologie aura tôt fait de précipiter la chute de votre petite histoire dans un trou sans fond, immense, opaque et noir. De même que la légende est (bonne) fille du mythe (Œdipe), tel/le mie tome-âne est fi-fille (caché/e) de Prose Herr Pine et de Félix Edgar Allan Poe-tin de bordel des Muses ! « Les mythologies n’engagent que ceux qui y croient. » Foi d’Archie Braque. Jean-Marc Couvé 27/08/2019

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CHRYSTEL ÉGAL

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(my) mandalas Bienvenue au pays des mandalas. Chacun peut choisir le sien. Eprouvez comme avec une personne, une attirance particulière pour la figure. Dans notre passé, nous avons accumulé des expériences, éprouvé des sentiments, ressenti des passions. Un paysage affectif s’est construit dans notre vie présente. Il nous oriente vers certaines couleurs, certaines formes, certains êtres. Je les nomme (my) mandalas. Ce qui me bouscule, me séduit, me perturbe, me touche, me blesse et m’élève, impose sa forme. Ces écritures sont autant de tatouages intérieurs, palpitations de mon existence. Radiophoniques, littéraires, sursauts, réflexions à vif, interrogations ouvertes, à ressentir ou à décrypter. Respirez les blancs plongez dans le noir... Laissez-vous envahir par la vibration du texte.

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Maison Européenne de la Photographie. Paris. Caisson lumineux. 65 cm de diamètre.

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(my) mandalas Faites tourner (my) mandala L’amour I.  Nomade dans l’âme, il roule, il accélère le cours des choses.Il raconte un récit qui n’a ni. commencement ni fin. Sa forme me protège. Il me relie au monde. Sa lumière est la mère de (my) mandala. C.=/Chrystel Egal

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Lilas leprĂŞtre

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LOKI et Thor

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Lilas leprĂŞtre

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WALKYRIES

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HÉROTIQUE

THIERRY FAGGIANELLI

Non. La Mythologie n’est pas seulement ce truc qui, à l’école, nous donnait des crampes à l’amygdale*. Je me souviens de la confusion que ces histoires provoquaient dans nos têtes d’enfants déjà réquisitionnées par les laborieux apprentissages grammaticaux et les collectes d’images Panini. En écoutant les récits que Madame Renault, notre charmante maîtresse partageait avec nous, j’étais sidéré. Je crois même que j’aurais pu pisser dans ma culotte. Tout d’un coup, une adulte, sur laquelle je fondais de grands espoirs pour l’avenir, (j’avais émis l’hypothèse de me marier avec elle), se mettait à dérailler. C’était du grand « nimportnawak ». Avec une espèce de joie limite sadique, elle nous rapportait ces histoires qui nous mettaient tous les sens en vrac. Imaginez. Des parents qui, par jalousie, faisaient manger leur enfant à un conjoint ou le servait à d’autres, des centaures colériques, des hydres menaçantes qu’on ne pouvait exterminer sans attraper la migraine, des forêts maléfiques qui vous avalaient pendant votre sommeil, des foies d’humains dévorés vivants par des vautours, des Dieux priapiques qui s’incarnaient en cygne pour s’attaquer à la virginité des jeunes filles, des garçons qui couchaient sans complexe avec leur maman, des parricides en veux-tu en voilà, cela excitait beaucoup plus nos imaginations que les tables de multiplication. Une fois admise l’injustice absolue de certains Dieux et leur tendance à très mal gérer leurs émotions, nous aimions à nous incarner dans ses personnages extravagants pour savourer, en tout bien tout honneur, ces pulsions de destruction. Pour

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nous qui étions soumis à l’époque au régime maigre, c’est-à-dire sans gros mots, sans tirage de cheveux, sans insultes, sans mauvaises intentions, cela ressemblait à une orgie. Mais, en grandissant, il faut savoir raison garder, quitte à solliciter notre cortex préfrontal. « Le mythe est un récit chronologique qui s’inscrit dans une trame et dont le héros a une descendance et une lignée. » Pour reprendre les sérieuses définitions de Christophe Carlier et XXX Griton-Rotterdam dans le brillant « Des mythes aux mythologies », les légendes inspirés par ces déités doivent mettre en scène des êtres qui possèdent une aura sacrée et qui font souvent l’objet d’un culte (même d’incultes comme vous et moi). Excusez du peu. Il apparaîtrait que les Dieux, ces divinités qui peuplaient la terre, auraient tâché de nous faire passer un message sur la Création et la Vie en général : ça n’allait pas être du gâteau. Ils nous ont rapporté des trucs sur ce qui s’est passé au commencement de la nuit des temps, auxquels ils ont participé ou pas et qui ont pu justifier que la météo de la planète soit passé de « beau fixe » à « sérieusement agitée ». La Mythologie a juste anticipé le mouvement en montrant qu’il était normal que tout disjoncte pour que tout marche. D’ailleurs, les soubresauts qui agitent aujourd’hui nos représentations et leur font faire des sauts quantiques, ne les auraient pas plus surpris que ça nos divins aïeux...


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Même si certains prétendent qu’à cause de nos péchés, l’Age d’Or aurait perdu ses carats. Ici et là, le vernis d’un monde ancien, fait de perfection divine, de faute originelle commence à se fissurer. La Bible fait moins recette. Dans cette « Société de spectacle », dopée par les avancées ébouriffantes de la science ces dernières années, de nouvelles figures apparaissent, en hologramme, auréolées d’un je-ne-sais-quoi de plus « watcha » que les tribulations d’un vieil hipster dans le désert. Il faut admettre que comparé au développement exponentiel de la technologie, le Sacré peut sembler sacrément planplan. Pas étonnant que l’on s’activât dans les nouvelles églises à combler le vide sidéral de sens qui s’était creusé au fil des algorithmes. On eût besoin de nouvelles idoles pour que chaque tranche d’âge de la population puisse s’identifier. Du coup, certains marketeurs se sont mis à recruter, tous azimuts au Marché de la Croyance Ordinaire afin de nourrir ce qu’ils convinrent d’appeler à « Mythologie du Futur ». Après quelques «  brainstormings  » où il fut vivement recommandé d’abolir toute critique, la Direction des Ressources Humaines et Divines mit au point une stratégie efficace pour atteindre ses objectifs. Elle convint de recourir à des Dieux semi laïcs pour renouveler les équipes du ciel. Il fallut bien faire admettre aux réfractaires que l’Ancien Testament ne faisait plus recette. Le recours à l’Autorité, la Menace, la Virulence systématique

des imprécations du Livre finissait par lasser un public habitué à des jeux vidéo autrement plus violents. Et diablement plus excitants. Qu’on ne se méprenne pas : plus que jamais la transcendance restait à l’ordre du jour malgré le culte scientiste. La Divine Lumière, l’Energie Suprême, les Egrégores positifs, tout le monde validait, de 7 à 77 ans. Mais le public exigeait de la nouveauté Transcendantale sans en payer le prix. Quitte à ce que les Dieux d’aujourd’hui soient recrutés en CDD. Mais pitié, que l’on ne soit plus obligé de se les taper pendant des millénaires. N’oublions pas que la précarité a toujours touché le divin. Ce n’est pas nouveau. Krishna, l’avatar de Vishnou, n’avait pas les mêmes options que sa « matrice ». Plus près de nous, qui peut ignorer le sort des délicieuses Fées, de ces Naïades qui bien que dotées « d’avantages à la source » ne bénéficiaient jamais du « Forfait Eternité » des autres élus du Panthéon. N’empêche. Ce qui était inscrit sur les Tablettes de la Loi depuis des temps immémoriaux risque de s’effacer comme un vulgaire ticket de caisse oublié au fond d’un portecarte. Obsolescence programmée du Divin ? Qui peut le dire ? Partout on réclame de nouvelles têtes, de nouvelles fêtes, de nouvelles oblations. Au lieu d’humains ou de buffles, on sacrifiera bientôt des carottes bio au culte vegan. On votera en ligne pour des candidats aux mains propres et aux auras moins chargées de négativité que celle des Dieux retraités. Et oui !

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THIERRY FAGGIANELLI Les sphères célestes ne seront pas épargnées par ces compulsions de nouveauté que les réseaux réclament. Le besoin de culbuter les valeurs dans la rue, dans les familles, dans les cours de récré émergera. L’Apocalypse elle-même aura une baisse notable de popularité, la peur du divorce et de l’excommunication s’étant sérieusement ratatinée ces dernières années. Il faut admettre qu’avec les dérèglements climatiques, les révolutions technologiques, les guerres nucléaires, l’irruption du clitoris dans la cartographie amoureuse macho, aucun châtiment ne fout plus vraiment la trouille à quiconque.

hauts en couleur. Certes, ils avaient le mérite de se réguler les uns les autres dans les éthers. Aujourd’hui, avec la disparition de l’enseignement gréco-latin, tout le monde l’a oublié et pourtant… ces êtres extraordinaires ont si longtemps gouverné nos imaginations avec leur brillantes épopées qu’on les croyait indéboulonnables. On s’est trompé.

C’est donc bien normal qu’ici et là on s’interroge sur la puissance de destruction limitée de ces Dieux du passé, susceptibles et

*système limbique qui assure le décodage des stimuli possiblement menaçants pour l’organisme.

Image : Young Girl • Pixabay

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Aujourd’hui les présidents des grandes puissances, véritables totems à l’ancrage terrien défaillant, se chargent de nous foutre la trouille ici-bas. En les élisant, il semble admis que les hommes de l’anthropocène sont prêts à tout craindre pour être rassurés. ——————————


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Propositions pour une liste de Dieux raisonnée Korêkoto : Dieu de l’Inculture Admise.

Griye : Déesse de l’Evaluation Sacrée.

Tagueul : Dieu du Silence Sacré.

Algo : Dieu de la Prévisibilité Programmée.

Tudor : Dieu de l’Insomnie à deux.

Kudepul : Dieu du Selfie à Perche.

Vrak : Dieu Bordélique de la Marchandise.

Oshit : Dieu du Marasme Commun.

Izomonku : Déesse de la Norme Non Réactualisée.

Teub : Déesse de la Vulgarité (existe en XXL et en XS).

Si-Fon : Dieu des Désirs Glou-gloutants et des Petites Marionnettes (ainsi font…).

Plouf : Dieu de l’Image et du Trône.

Aglagla : Dieu de la Précarité et de l’Hypocondrie.

Ivégé : Déesse du Raccourci (au verre).

Alokoi : Dieu des Sceptiques à Forte Poitrine. ô : Dieu du Minuscule Orifice. Z’mour : Dieu des Trolls. Rotar : Dieu des Privilèges Ennuyeux. Pakomça : Dieu de la Prise de Tête. Ug : Déesse du Câlin Baveux. Emerd : Dieu du Nom de Dieu. Abrev : Déesse du Raccourci Clav. Hopopop : Dieu de la Régulation Liquide avec Alcool.

Pala : Vierge des Eternels Préliminaires. Ide Algo : Déesse des Poiscailles et de la Circulation. Barbeuk : Dieu de l’Apéro Beauf. Koi : Déesse des Questions « à la Con ». Kadi : Déesse du Shopping Mondialisé et des Courses. Ahaha : Déesse de la Future Egalité Sexuelle. Jakul : Dieu des Semences Naturelles Impromptues. Shiez : Fée de la Réclamation (fée Shiez).

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pitch Lassée par sa vie de déesse, Inari quitte sa forêt natale pour se mêler aux mortels. Toutefois, elle se rend vite compte qu’il n’est pas facile de vivre seule lorsque l’on doit se passer d’offrandes. Accompagnée par son fidèle compagnon, elle doit trouver de quoi vivre dans ce nouveau monde si différent du sien.

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CONTES EN PORAIN

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LA PRINCESSE AU PETIT POIS DANS LA TÊTE Il était une fois – dans un puissant royaume – un prince définitivement con, même sa copine la vache Alley possédait un QI supérieur au sien, c’est peu dire ! Ses parents se désespéraient d’avoir hérité d’un rejeton ayant comme seule vocation, celle de cultiver sa bêtise. Le peuple se foutait ouvertement de leur gueule ! Mais qu’avaient-ils fait de travers pour devoir endurer une telle avanie ? C’est contre nature une histoire pareille ! De plus, il fallait absolument que le successeur du Roi trouve une compagne pour pouvoir régner un jour. On avait fait mander les nobles demoiselles du royaume en âge de se marier, mais toutes avaient décliné l’invitation. La seule réponse que les deux époux avaient reçue d’une princesse d’un royaume frontalier était « Nan, mais c’est une blague ! Merci, j’ai bien ri ! » Un soir de fortes précipitations – il vasait constamment depuis le matin – on frappa à la porte du château. Le roi alla ouvrir, car les serviteurs – ne supportant plus d’être la risée du pays – s’étaient cassés depuis longtemps.

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Derrière la porte se trouvait une jeune fille en maillot de bain avec un bonnet de bain sur la tête et une serviette de bain, le tout entièrement trempés des tongs au bonnet. « Bonjour monsieur, c’est bien la piscine municipale ici ? » Le cœur du roi se serra «  Non mon enfant, vous êtes ici au château, c’est inscrit en gros sur le portail à l’entrée ! Qui êtes-vous belle demoiselle ? » - « Je suis la princesse Képa Futée et ma maman m’avait bien dit que c’était le château ici, mais je croyais que c’était un château d’eau ! » Le roi sourit et il fit entrer la jeune fille, il fallait absolument que la reine rencontre cette perle rare ! Le couple rechauffa la pauvre enfant, lui servit un grand bol de chocolat chaud devant la cheminée crépitante et la reine en profita pour lui apporter son laptop. Elle ouvrit la page d’accueil du « Projet Voltaire » et demanda à la princesse de répondre aux simples questions du premier niveau... Aucune bonne réponse ! Cette enfant était prodigieuse !!! 


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C’est à ce moment-là que le prince entra dans la vaste salle avec son regard hagard et sa vache Alley. La princesse Képa se leva d’un bond, elle tapa fébrilement dans ses mains en sautillant d’excitation et elle s’exclama « Oooooooh, un lapin, j’adoooooore les lapins !  » - le prince regarda sa fidèle amie d’un œil torve « Un lapin ? Ah bon, je croyais que c’était une poule ! »

On célébra les noces en grandes pompes (du 45) et les deux bulots vécurent heureux dans un amour simple et sincère (avec pas mal de surprises pour l’entourage) pendant de longues années et ils eurent beaucoup d’enfants moins cons que leurs parents.

LES 3 OURS ET LA SQUATTEUSE BERLINOISE Papa Ours, maman Ours et petit Ours, en revenant d’une conférence sur les méfaits du sucre pour la santé, découvrent avec stupéfaction qu’un intrus a pénétré dans leur loft berlinois.

« Oh regardez, il y a une bonne femme hirsute dans mon lit ! » dit petit Ours en se grattant le derrière.

« Regardez, quelqu’un a picolé tout mon shnaps et il a arrosé le tapis en pissant dessus ! »  dit papa Ours fort mécontent...

« Oh la vache !!! C’est Nina Hagen ! Vite petit Ours, va chercher l’abbé des Cochons* et dis-lui que c’est pour un exorcisme en urgence ! »

« Regardez, quelqu’un a fumé toute ma ganja que j’ai fait pousser cet hiver !!! » dit maman Ours désemparée...

Papa et maman Ours s’approchent du plumard de petit Ours...

———————————— *Ecclésiastique cubain.

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IVAN LEPRÊTRE

Abdel au boa d’Oran À Bagdad vivait une princesse feignasse comme une limace qui passait son temps à dormir et à s’empiffrer de cornes de gazelles, de baklavas et autres loukoums ultra-sucrés à deux milliards de calories du milligramme*. Elle s’appelait Farina et à force de boulotter elle devint énorme, frisant le double quintal. Son père, l’émir Ador – qui avait accédé à la richesse avec une rapidité incroyable en vendant du sable aux inuits – se désolait en voyant sa fille devenir une grosse vache qu’aucun homme, un jour, ne marierait ! Il fit venir son crieur public pour annoncer que celui qui ferait maigrir de 120 kilos sa fille, pourrait l’épouser et devenir le futur calife de Bagdad. Un tas de coachs se pointèrent avec des méthodes miraculeuses qui échouèrent lamentablement... Pire, la baleine prit encore 10 kilos et elle menaçait d’éclater ! Un jour, Abdel au boa d’Oran, qui venait du nord du Maghreb, demanda à voir l’émir Ador, il lui assura qu’il allait faire maigrir sa grosse fille en 30 jours exactement. Le calife désabusé, lui dit qu’il pouvait toujours essayer, mais que c’était peine perdue. Abdel ne payait pas de mine, il était tout maigre et plutôt dépenaillé, en revanche, ses yeux brillaient d’une intelligence sans égale. Autour de son bras était enroulé un

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serpent magnifique, pas un crotale crotteux du désert, mais un boa roi des reptiles. Le serpent s’appelait Bill.** Le jeune garçon demanda à voir en premier lieu, la servante de la princesse. Il bavarda quelques instants avec elle au sujet des habitudes de sa maîtresse et il lui demanda à quelle heure la baleine faisait sa sieste ? Elle lui répondit que de toute façon sa maîtresse passait son temps vautrée dans son lit à ronfler comme un sonneur. La jeune fille accompagna Abdel jusqu’à la chambre de Farina. La pièce richement décorée sentait grave le putois. Le garçon s’approcha de la gravosse endormie et lui passa Bill autour du cou. Le boa serra suffisamment fort pour réveiller la princesse, sans l’étouffer pour autant. La fille de l’émir se mit à couiner qu’elle allait le faire empaler si sa saloperie de bestiole ne la libérait pas immédiatement, mais Abdel resta de marbre. Il rassura le paternel, qui avait accouru, que sa fille chérie ne risquait rien et il expliqua... Bill allait, pendant un mois, rester lové autour du cou de la princesse. Si cette dernière porte à sa bouche une quelconque sucrerie, le boa lui serre le kiki et la nourriture ne passe pas, en revanche pour le poisson maigre, les fruits et les légumes, pas de souci !


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Pour finir, Bill va lui chatouiller le creux de l’oreille avec sa langue fourchue toutes les deux heures afin de la faire courir dans tous les sens en mode sportif. Un mois à ce régime et la princesse sera méconnaissable !

pieds du jeune vagabond en l’assurant de sa reconnaissance éternelle.

En effet, 30 jours plus tard, Farina avait littéralement fondu et l’émir Ador embrassa les

*C’est un conte marseillais, ils exagèrent toujours. ** Le boa Bill venait de Bilbao.

Abdel épousa Malika la servante, car l’exgravosse était vraiment trop chiante ! __________________

La fée Lation Il était une fois une fée un peu olé olé qui créchait dans un beau château perché sur une aiguille de granit rose. Cette fée était atteinte d’hypersexualité, elle passait son temps à observer les allers et venues dans la vallée et lorsqu’elle repérait un beau mâle pour assouvir ses phantasmes, elle le téléportait directement dans son lit, c’est bien pratique d’être une fée quand même ! Le pauvre bougre arrivait ébahi, ébaubi, complètement ébouriffé et tout nu aussi, il n’avait pas le temps de dire ouf que la fée relevait ses jupes et se jetait sur lui pour une furieuse partie de «jambon l’air», il devenait, pour quelques heures, le jouet sexuel de la maîtresse de maison. En règle générale, les mecs repartaient ravis de cette expérience inattendue, il faut dire que la fée Lation était d’une beauté extraordinaire et une experte aux jeux de l’amour. La fée avait dans sa chambre un miroir magique, qui lui donnait chaque soir la

météo pour le lendemain, lui délivrait toutes sortes de recettes de cuisine du monde et lui disait toujours la vérité aux questions qu’elle posait. Un soir, la fée nympho demanda «  Ô miroir ! Ô mon beau miroir, dis-moi qui est la plus grosse cochonne du royaume ?  » Le reflet dans le miroir changea et prit l’apparence du satyre Auflan « Ma bonne fée, certes, tu es bien une fieffée salope, mais les 3 petites cochonnes te surpassent à l’aise Blaise !  Elles ont maté sur internet tous les tutos sur le sujet et sont devenues les reines du sexe virtuel. Sur leur site 3cochonnes.biz, il y a plus de 120 millions de followers... T’es dépassé ma vieille, tu devrais te reconvertir ! » C’est comme ça que la fée Lation changea de nom et devint la fée Desgalettes en ouvrant une crêperie bretonne à Douarnenez.

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SENT L’GRAILLON Il était une fois un roi et sa reine qui vivaient dans un triplex ultra-moderne de 2 000 m2 aménagé dans une usine de boîtes de sardines désaffectée. Pour chauffer l’hiver, ça coutait un bras et ces derniers temps le roi n’allumait le chauffage qu’une semaine sur deux pour faire des économies. La reine avait froid aux miches et elle ne put supporter longtemps ces privations. Il arriva un jour que, à force de se les cailler, la noble dame se cassât à Miami avec un jeune surfeur, beau, blond, musclé et multimilliardaire qui avait fait fortune en vendant des flotteurs de pêche à l’effigie de Donald Trump. Le roi se mit à boire et il commença à faire la teuf toutes les nuits pour oublier son désespoir. Son seul rayon de soleil était sa fille, la princesse Géraldine qui lui préparait des petits plats dignes des plus Grands Chefs. Depuis son enfance, Gégé passait son temps derrière les fourneaux avec Perle, sa marraine d’Oléron, cuisinière de la famille et qui lui avait enseigné l’Art de la Gastronomie. Un soir, son père lui proposa de l’accompagner à une soirée déguisée où se trouveraient quelques-uns des restaurateurs parisiens les plus en vue... La princesse était en joie, mais elle n’avait rien dans sa garderobe très réduite qui puisse ressembler à un

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déguisement. « Demande à ta marraine, elle était la reine des teufs branchées dans les années 80, elle va sûrement trouver ton bonheur ! » En effet, Perle lui dégota une belle robe potiron avec un boléro couleur vert pomme, un loup noir olive et des sous-vêtements assortis. Pour finir, elle lui fit cadeau de ses Doc Martens décorées par Jackson Pollock en personne. À la teuf, Gége s’ennuyait ferme lorsqu’elle vit se pointer un drôle de garçon déguisé en carotte, il était un peu joufflu et un peu enveloppé, mais il était mignon comme un lapin. Géraldine sentit tout de suite qu’il aimait faire bonne chère et elle s’empressa de parler recettes de cuisine avec lui jusqu’à tard dans la nuit. Le jeune homme semblait fasciné par la princesse et il la dévorait des yeux... Gégé trouvait ça un peu génant, mais aussi agréable. Vint le moment où son paternel fut tellement bourré que Géraldine dut prendre congé rapidement de son nouvel ami pour raccompagner le roi dans ses appartements. Au moment où la princesse et son Altesse allaient s’engouffrer dans le taxi, la carotte surgit de l’immeuble car il ne savait rien de cette jeune femme merveilleuse dont il venait de tomber éperdument


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amoureux. Le taxi démarra sur les chapeaux de roues et le pauvre garçon resta planter sur le trottoir. Il baissa les yeux de dépit, et alors, il vit une petite culotte blanche avec des motifs de citrouilles (Géraldine était très fine et la culotte de sa marraine –  de deux tailles au-dessus – avait glissé pendant la descente précipitée des 5 étages de l’immeuble Haussmannien). Le lapin ramassa la culotte et la porta machinalement à son nez, ça sentait le pot-aufeu, une odeur divine ! Il fallait à tout prix qu’il retrouve cette fille !!! La carotte en question était un jeune Chef prodige que tout Paris s’arrachait en ce moment. Les cornichons farcis au pâté de foie de teckel, c’était lui ! Le maroilles éclaté au pétard du 14 juillet, c’était lui aussi ! Le sorbet de peau de galuchat à la Champenoise, encore lui !

porté pendant le Paris-Dakar 2018... Un remugle pestilentiel comme personne ne peut imaginer, une véritable infection ! Le resto du Chef resta fermé pendant une semaine pour désinfection. Le lapin renifla toutes les culottes qu’il reçut, mais aucune ne correspondait, il commença à broyer du noir et se demanda s’il n’avait pas imaginé cette rencontre... Pourtant il y avait la culotte ? Ou alors, la fille de ses rêves se désintéressait totalement de lui ? Mais Géraldine n’avait pas oublié la carotte ! Seulement, elle n’avait pas de compte FB et elle ne regardait pas les infos qui ne parlaient que de cette Cendrillon introuvable... Gége était retournée à ses fourneaux et s’occupait de son papa pour qu’il ne sombre pas.

Quelques jours plus tard, le Chef publia une annonce sur FB demandant à toutes les jeunes filles, entre 20 et 30 ans, présentes à la soirée costumée, de lui faire parvenir leur culotte portée la veille, si l’odeur était la même que la culotte témoin, il épouserait illico presto la gagnante.

Cette histoire aurait pu se terminer ainsi. Le chef qui s’était pris une carotte se serait consolé avec une bimbo modèle boobs hypertrophiés. Le roi aurait fini aux alcooliques anonymes et la princesse, vieille fille. Mais, c’était sans compter avec la bonne marraine de Géraldine qui débarqua un soir au dîner avec le dernier Voilà et le dossier complet de la mystérieuse inconnue...

Comme les nanas étaient toutes folles de lui, elle envoyèrent leurs plus belles culottes parfumées. Même le chevalier de Gaydelon (son lointain cousin) qui était secrètement amoureux de lui depuis leur plus tendre enfance, fit parvenir dans un coffret – serti de pastilles Valda – son slip fétiche qu’il avait

Au petit matin, on fit livrer une caisse en bois au jeune Chef prodige. À l’intérieur, il y avait un faitout Le Creuset orange potiron qui sentait bon le pot-au-feu ! Sur le côté, une carte dont le logo était une citrouille, et tracé d’une écriture élégante, un numéro de téléphone !

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LOGO-RALLYE

RAOUL HARIVOIE

Mots imposés : korrigan, grenouille, gardien, espiègle, atteindre.

« Mais qui sur ma pizza a mis de l’origan ? Je parie c’est encore un coup des korrigans !»  Dans le métro bondé une dame lisait Un conte à son gamin en pyjama Grenouille Quand d’autres passagers mangeaient des cornichons Ou mataient des revues sur les gardiens de foot Un gros monsieur barbu avec une vareuse Donnait du sirop rose à sa femme vaseuse Un ado bafouillait devant deux jolies filles À l’œil espiègle au rire empreint de jolies rimes Dont l’une par hasard m’atteignit en plein cœur 

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EN GUIRLANGUE

BERTRAND BOULANGER

SUR LE TROTTOIR D’ENFANCE DE L’HUMANITÉ... Sur le trottoir d’enfance de l’humanité ou si vous préférez sur les parois cavernicoles des siècles, des ombres en strates allégoriques ont dansé, dansé et densé-densifier le bouche-à-oreille des histoires, elles ont ricoché jusqu’à nous en point de suspension, comme des petits cailloux sur de la glace. Et, là tout de suite, alors que je me sonde au stylo-bic, comme on prend sa température, je m’envoie simultanément une pâtisserie-surprise et j’en mets partout sur mon crayon en suspension… Vous souvenez-vous de la dernière fois où vous avez tenté d’engloutir un mille-feuille au glacis croisé ? À la première bouchée, la crème déborde alentour… Avec les mythes, ça fait pareil : les boutons du ciel, par exemple, peuvent aisément se déguiser en une myriade de champignons migrateurs plus ou moins célestes, ayant chacun plus d’une corde à leurs harpes, tissant des toiles aux noms poilus sur le dos d’une tortue funambule qui plonge en apnée sur le dos d’un petit-chaperon-rouge aux ailes de raie en allumette vers une Atlantide en

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nougat-mou, juste entre Platon, Rommel, le bol de Papa Ours, le testament d’Orphée & un chapelier fou. Et tout ça pousse et petit pouce, telle une compagnie de bousiers qui nous en fourrent plein les lucarnes, comme de la crème qui déborde. Ces télescopasseurs et télescopasseuses de la fable ronde, entrent alors en collision dans le coffre-fort de nos mémoires, colmatent nos insolitudes et descendent, transcendent en rappel vers ce que l’on appelle « l’imaginaire collectif » puisque, comme l’a écrit de manière si limpide Richard Brautigan « La salive est le ciment des fantasmes ». En glostrophobe averti, je préfère dire « guirlangue » De près, je n’y vois que maillons zonctueux, mais parfois, dans le recul à vertige, j’y vois malgré-moi, les choses précisément, mais en moche, dans lynxiétude contemporaine, j’y vois une chaîne serpentine et venimeuse qui nous en fait voir de toutes les coulœuvres, faut donc trier, rester proche, habiter poétique et méticuler dans le vrac : … Loupe pour l’Homme, que j’dis toujours…


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Alors, comme des ongles électriques s’engouffrant par la barbe horizontale du vent dans le nez d’une guitare de gaucher matinale s’apprêtant à réduire en puzzle atomique un hymne national : on ébouriffe la girafe. Et plutôt que de nous retourner dans leurs tombes, bien à coté de la plaque d’immatriculation mortuaire, on se tamise une « petite cosmogonie portative » comme dirait le Queneau, les uns, les unes & les autres, sans en perdre ni poutres à radeau ni miettes à gâteau ni œil des voizin’zines. Pour ma part, la maman des poissons continue de déposer ses millions d’œufs-frai (du verbe frayer dans l’ineffroyable) sur les plaques chauffantes de mon cerveau kaléidoscopique et l’omelette mythologique frémissante, lave en fusion portative, semble sans fin. Tel perte, tel filtre, je comprends mieux pourquoi, j’ai eu tant de mal à ingurgiter certaines leçons à tirer, à bout portant, de quelques mythologies, contes, fables & légendes dites traditionnelles : Un climat-guillotine dramatique et tendu y plane au dessus de nos têtes, une escorte de lourdes sanctions, punitions en rafales, travaux forcés à perpétuité, désarroi solitaire, forêt-fantôme, ogres et démons possédés et autres abandons irrémédiables semble nous

encercler tels des CRS noircis de fumées idéologiques suffocantes nous enjoignant à craindre, à ne pas faire de vagues, comme autant de tutoriel d’auto-construction de blockhaus à l’abri du grand méchant-Tout, nous plantant là, tremblant sagement, dans le reflet-miroir sans tain de nos chagrins flétris : Narcissyphes en tête-à-flaques* se noyant dans leurs jus. Notre conte est-il bon ? En tout cas, avant de comprendre ce que pouvais être un dieu, j’ai appris qu’il fallait en avoir peur. Heureusement, aidé par certains adultes et leurs histoires qui m’offraient leurs genoux, leurs temps et leurs esprits critiques en résistance, j’ai appris à grandir en terrien-vague, et l’herbe repousse. (À ce sujet, le mythe de Peter Pan me fait voir l’herbe qui pousse comme une envie de rester aussi frais que volatil, pendant qu’Icare se désespère à la manière d’une bougie flasque sur le gâteau labyrinthique d’un anniversaire raté et que Perséphone passe en mode souterrain pendant que Dame-nature se dénude devenant alors Perséfeuille ? Tiens, c’est chouette ! ( une boulette de rejection !) ça me remet en mémoire, comme si la trompe du tout petit éléphant-concierge du bout de ma langue à souvenir venait

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bertrand boulanger d’expulser une pépite, comme un sac d’aspirateur trop plein : je repense soudainement à mon Peter-Pantoufle de quand j’étais entouré de Légo, mais sans les dents, jusque dans mon lit.

On s’y bricole sur un plateau une mythologie fait-maison, c’est ni un divertissement con, ni un convertissement dit, c’est un Ouvertissement, une cour des contes, en comptine à comptinent, des petits & des grands.

Il n’était pas très rapide, mais silencieux, doux et attentif comme un doudou tiède et rassurant que l’on porte tout autour des doigts-de-pied.

Alors ouï ! Il y a souvent matière-dolorosa à se sentir déboussolé mais là, en rererevoyant « 12 Hommes en colère » de Sydney Lumet, ça m’a encore fait l’effet d’une Rosebud des Sables dont les aiguilles, semblant être joyeusement en invence sur leurs temps tournedébouleraient à l’envers du presse-purée cosmique.

Il s’inventurait un chemin entre les meubles immobiles, immobuildings aux canines à échardes. Il pouvait survoler en profondeur, quitter l’ici–bas, à pas feutrés et refaisait toujours surface à l’heure convenue du repas des yeux dans la soupe. j’y faisais le plein, en douce, de super-pour voir. En vrai, je ne suis pas là d’arrêter ! Faire le casse-menotte de proximité, le vertigitateur galactique ou l’époustoufleuriste en bourgeon** , ça a du bon. J’ai des étoiles-pollen qui se posent là, au raz du col***, comme des pellicules de cheveux d’oiseaux sur les branches revigorantes de mes rêveries-catapulpe elles me tiennent compagnie en sifflotant, et sous ma perruque-mongolfière ça gonfle comme des postillons d’avenir instantané, haleine moelleuse du jour se lovant dans l’Arômôral. On est point des Épipuriens****, tout de même. Sur ma fresqu’île d’Ouscrapie, par exemple, j’y rencontre des humains en vrai dans un pays en faux et sur ma route je croise, comme des aiguilles qui croient encore au moufles zet-aux-pulls-zuniques de biens belles personnes, des timides amoché-chées dont le grattoir croustille encore aux étincelles avoisinantes, des aplati-ties, des bancals sec & des prolixes…

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Ce qui ne manquerait pas de nous refiler la patate, la patate douce. Tiens, j’ai subitement envie de dormir com me un gratin, sous les paupières en hamac abricot. En rêve, je te raconterais mes rêves et toi les tiens ? Et entre nous la crème débordera et s’élèvera en volute comme des nuages-phylactères, ou comme un micro-cravate qui se roule dans la barbapapa, c’est peut-être pour ça qu’on y comprend pas toujours tout. Allez, j’y replonge, à soudain, Bertrand Boulanger alias Facteur-Poney Terrien-vague d’un 8 Octobre. —————————————— * coucou David Wingles ** coucou Rémy Leboissetier *** coucou Muriel Roche **** coucou Anne-Carole Denès


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Une série de « petits monstres » créés par Ivan Leprêtre en flat design pour la Librairie Impressions à Enghien-les-Bains. Stéphane Issaurat a relevé le défi ici afin de leur offrir une 3e dimension !!!

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FRÉDÉRIC ADAM

Ces histoires dont il faut une vie durant suivre les pas, ces histoires qui ne sont que des histoires mais ces histoires qui sont néanmoins notre terreau, notre repas quotidien, ces histoires qui de mères en filles se tiennent par la main, et même bien plus loin, plus fort encore, ces histoires dont nous nous épouillons le matin mais qui la nuit suivante nous dépouillent d’un réveil neuf, d’un jour enfin pur, ces histoires dont nous ne sommes que les portefaix : ne sont-elles que notre gadoue, notre marécage où toujours nous nous enlisons, notre bouteille jamais vide, notre livre jamais fini, toujours à notre chevet ? Elles se terrent en nous comme une source qui ne se tarit, comme une lumière continuellement allumée. Si d’aventure elles se taisent, c’est pour prendre leur élan et nous nouer plus vigoureusement encore. Nous avons beau fermer à double tour volets et robinets, conduites et grimoires, elles s’insinuent partout, irriguent et contaminent nos sabliers, notre dernier lieu clos. Ultra fluides elles sont si coulantes, si courantes qu’aucune quarantaine ne les parque. Les endiguer, lutter contre le flux de leurs minotaures de leurs cyclopes, être nu à leurs atomes crochus : notre rêve de nous en soustraire, de nudité n’est-il qu’un mythe ?

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En combien d’étoiles dociles, de figurines grégaires le céleste s’allège de ses charges, de notre gratitude ? Toutes ses stèles érigées, tous ses noms lourds de tâches aveugles que nos fastes ont laissées comme des débarras, bornent nos coups d’œil de plus d’ombre que de couleurs. Cette lumière est bien souple de l’échine ! Son lierre, au tuteur, collé-serré ! Ses histoires bien trop promptes au salut ! Qu’attendre d’une tournure qui ne fait qu’un seul tour ?! Que croire d’un bateau qui nous mène à la rouerie des clepsydres ?! Le décompte, à vau-l’eau, nous embarque pour des bréviaires déjà écrits, des nombres dénombrés. Le ciel n’a de marche à suivre que fluide de déblai, de mouche du coche que tête en l’air, le temps de tant de taux que dépouillé de numéro. Passons outre aux mythologies, elles ne conduisent que le bœuf à l’abattoir, foulons du pied cette anamnèse, ce faux passé mille fois ressassé, les contes entassés, lançons les dés, jetons l’habit avec l’eau du bien, soyons nu.

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NOUVELLE MYTHOLOGIE

dragoljub mitrovic

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Mythologies

OLIVIER ISSAURAT

Toute salle de bain a son miroir ! Aux aurores, Narkes avait pris le tram 33 Celui qui menait chez la belle Mélusine. Elle vivait seule dans un appartement de roi. Aide fut demandé à Narkes par sa cousine Pour remodeler un logement si vétuste, Usé par la vieillesse autant que la laideur. Lorsqu’il pénétra les lieux, alerte et robuste, Mélusine déambulait nue et sans candeur. Avait pris des statues grecques, postures lascives, Accompagnées de gémissements évocateurs, D’étirements érotiques dont elle semblait captive. Mélusine se disait somnambule par humeur. C’était ce que croyait Narkes dans sa candeur. Aussi passa chemin, ignorant l’ingénue, Délaissant celle-ci à ses poses sans saveur, Reprenant travaux dont la charge avait reçue. Il se concentrait sur la salle dédiée aux bains, Réglant arrivées d’eau, ajustant les lumières. Les faïences étincelaient, tout allait bon train. Mais il restait le miroir et son tain de satin. Pendant qu’il s’appliquait à enchâsser la glace, Pas un regard pour Mélusine, elle fulminait ! Depuis des jours, jouait une comédie salace, Qui aurait, sans coup férir, les hommes satisfait. Mais la belle n’avait d’yeux que pour le beau Narkes.

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Une rage ensorcela son esprit lubrique. Dans le tiroir un flacon provoqua sa liesse, Car il contenait un puisant narcoleptique. « Une tisane camphrée vous ferait grand bien ! » Narkes avait souvent douleurs articulaires. Elle versa quelques gouttes pour son mal de chien, L’apporta sans attendre comme une bonne mère. Il venait de fixer le miroir sur le mur, Fit une pose et but sa potion, mine aigrie Pendant son sommeil, Mélusine, pour sûr Démonta la psyché, rompit la symétrie. Le cadrage n’étant plus d’aplomb, très satisfaite, Elle replaça cet étang nauséeux sur le mur, Attendit que Narkes émergea d’un doux rêve Qui l’avait conduit tout près de l’Hadès diaprure. Ouvrant les yeux, il la vit là, face à sa glace. « Se peut-il que l’image soit fausse ? » osa-t-elle L’homme observa son travail. « Mélusine, laisse place ! La délicatesse de tes traits, pour rien n’y est ! Il s’agit avant tout d’orthogonalité ! » Narkes, soucieux, replaça le miroir au mieux. Insatisfait de son image, fatalité, Il se replongea dans la psyché, et anxieux, S’obligea de retrouver le défaut bancal. A force de faire face à son visage brisé, Folie s’empara de son esprit radical. Le voici divaguant sur le reflet cassé, Parlant comme il ferait à un être de chair. Chaque jour, chaque nuit, il plonge et se replonge Dans l’énigme de son image comme en enfer. Ainsi, Mélusine l’enferma dans ce mensonge, Et le garda en sa demeure jusqu’à la mort. Femme est, moralité, condamnée à trouver, Le miroir emprisonnant l’homme qu’elle adore, L’âme que par-dessus tout, elle tient à aimer.

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Manolo Manolo est au dernier étage, son casque sur la tête, il guette l’arrivée de la poutrelle. Le treuil a stoppé net, maintenant le charriot glisse sur les rails. Lucien est assis sur un sac de ciment, il sifflote un aria qu’il a travaillé sur son biniou tout en lisant un petit texte dont il compte bien faire un chant. Il délaisse son papier et sort le fromage de son sac en toile. « Amène-toi, j’ai besoin d’un coup de main ! » lui crie Manolo. Lucien lève la tête, fait un signe de la main « J’suis en pause ! » Le camembert déborde largement de sa longue tartine. Il enfourne l’une des extrémités dans son bec. La poutre arrive trop vite, Manolo ne peut à la fois gérer la direction et la vitesse. Trop tard, elle défonce la cloison avant qu’il ait pu faire quoi que ce soit. La rage lui monte à la tête et obscurcit son esprit. Il se jette sur le tabouret, l’attrape par un pied, l’arrache du sol envoyant voler la gamelle, les couverts et le pain puis l’abat d’un coup sec sur le crâne de Lucien. Peu content du résultat obtenu, il s’y reprend par trois fois jusqu’à ce que la tête éclate. Satisfait, il repose le tabouret et s’en va dégager la poutrelle encastrée dans le mur. La mort à coup de tabouret, vient à se savoir et la rumeur court jusqu’aux oreilles de la milice. Manolo est présenté devant Tédéhus, le magistrat et condamné à des travaux d’intérêt général. Le magistrat a un ami ayant perdu la clef de sa cave. A l’intérieur

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de celle-ci se trouve enfermé Martin. Le magistrat trouve à propos de confier la tâche de sortir le pauvre homme de ce schéol qui tient lieu de purgatoire à Manolo. La lime n’y suffit pas, il opte pour la dynamite et fait sauter la baraque et tout ce qu’elle contient. Mais Martin est tiré d’affaire, il peut s’en retourner au stand de tir pour parfaire son art. Tédéhus le magistrat, n’est pas satisfait, pour la peine, il confie à Manolo un nouveau travail : s’occuper de reconduire le taureau de Polo dans son enclos. Manolo n’est pas cowboy pour deux sous, mais il sait y faire avec les engins. D’un coup de pelleteuse il assomme la pauvre bête et la jette au milieu du pâturage. Polo n’a plus de taureau mais à la place de la viande pour un festin de roi. Le magistrat bien trop occupé à régler les affaires de la cité, envoie notre homme s’occuper de pépé, à la maison de retraite. Manolo trouve la chambre facilement et sur le lit voit pépé qui a oublié de respirer. D’un coup de poing au niveau du plexus, un coup bien placé, il ramène le bonhomme au pays des vivants. Le vieux ouvre les yeux et tente de crier à l’assassinat. Trois côtes cassées lui coupent la chique. « Mais enfin, monsieur Manolo, qu’est-ce qui vous a pris  !  » hurla le magistrat tout en tambourinant avec son marteau. «  Allez donc nettoyer nos écuries  !  » Le pauvre homme tout penaud file chez Alphée et Pénée faire le ménage.


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Le lieu est empli de merde à cause du cheval qui pète. Une seule solution, Manolo ouvre une bouteille de champagne qu’il boit d’un trait, garde le bouchon précieusement. Il s’approche à pas de loup, et, profitant d’un moment d’égarement de l’animal ballonné, lui bouche le cul d’un coup sec. La pauvre bête s’enfle tant et tant que bientôt elle explose. Plus besoin d’écurie. Il ne reste qu’à la raser. Tédéhus n’en peut plus, il ne sait plus quoi proposer comme travail d’intérêt général. Il opine du côté du scribe « Qu’il aille récupérer les fils de la présidente, ils ont encore pris la poudre d’escampette ! » Manolo se rend chez la dame. Comme elle est en pleure, il la prend dans ses bras et la console longuement. Après un temps à se cajoler réciproquement, il remet les habits qu’il avait déposés près de la cheminée à sécher. Le cul est brûlé, mais il ne le remarque pas. Les deux affreux font les zouaves dans

le parc, il les attrape par les chevilles, les pendouille un moment et leur promet une fessée chacun. Les deux enfants aperçoivent le cul noirci de Manolo et prennent peur. Dans leur jeunesse on leur avait raconté qu’un homme masqué viendrait leur faire signe d’un geste qui veut dire beaucoup. Il n’avait pas imaginé que le masque serait au niveau des fesses. Pris de panique, ils jurent leurs grands dieux de ne plus faire de bêtises. Manolo les lâche, et les voici qui se jettent dans les bras de leur mère, tétant les tétons jusqu’à plus soif. De retour auprès de la magistrature, Manolo bredouille des excuses à cause de sa tenue trouée. « Il suffit, les travaux n’ont qu’un intérêt général ! » On le jette en prison afin qu’il médite sur ses actes. Il y est encore, regrettant que ses travaux ne fussent qu’au nombre de cinq ! Tout le monde ne peut pas s’appeler Hercule et avancer en même tant.

Image : Stefan Keller • Pixabay

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Laboratoire de Recherches Créatives

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