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IVAN LEPRÊTRE

j’attendsLeNuméro1


IVAN LEPRÊTRE

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Le haïku doit donner une notion de saison (le kigo) et doit comporter une césure (le kireji). Si le haïku n’indique ni saison, ni moment particulier, on l’appellera un moki ou encore haïku libre, tels les poèmes de Taneda Santôka (1882-1940) ou ceux de Ozaki Hôsai (1885-1926).

Le senryū est une forme de poésie japonaise courte similaire au haïku : elle se compose de trois lignes de 17 syllabes. Le senryū a pour sujet les faiblesses humaines et non pas la nature. Le senryū est souvent cynique alors que le haïku est sérieux.

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À ISABELLE SOUCHET LEPRÊTRE

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Subtil grignotage Murmure tĂŠnu qui ruisselle La rouille est patiente

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02

Les yeux grands ouverts Elle dit quoi nuit après nuit La maudite grenouille

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03

Elle a des pouvoirs

Surtout ne pas rĂŠsister ! Mousse au chocolat

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04

La marmotte se couche Elle se gratte une dernière fois Baille, s’endort et ronfle

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05

Furtive, elle trottine Périscope qui vous épie C’est la queue du chat

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06

Vision agitée

Elle ondoie, quasi irréelle Lumière médusée

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07

CrĂŠatures surprises Quel ĂŠtrange triumvirat Mais que concoctent-ils

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08

Que fait l’escargot Sur le dos de la tortue ? Il s’en va piano

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09

Juste derrière sa queue Lorsque la fouine se cache Tout en ricanant

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10

Cette porte qui miaule Insupportable grincement Dans son va-et-vient

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11

Les oreilles dressées Sur la branche d’un châtaignier L’écureuil me juge

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12

Voici deux oursons Qui jouent Ă la bagarre Et roulent sur la mousse

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13

J’ai planté un chêne Sous ses racines profondes Repose mon chien

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14

Gare Montparnasse Un moineau s’enfile une miette Entre deux pigeons

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Elle recompte ses pattes Cette araignée stupéfiée Car il en manque une

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16

Dans l’herbe, cachées Deux petites têtes vont miaulant Deux pelotes blanches

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17

Le chien du voisin Cette vilaine tache sur le nez Qui le fait loucher

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18

Depuis l’automne Cette mouche nous a adoptée Elle boit mon café !

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Délicatement

La girafe me lèche les doigts Sa langue est toute bleue ?

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20

Deux phares aveuglants Mais qui est cette dame blanche Scrutant les tÊnèbres

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Colonne de fourmis En voilà une qui s’échappe En catimini

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22

Petite coccinelle Va trottiner sur la branche Puis, gobe un puceron

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23

En pelage d’été Renard se fige et fixe Le lapin benoît

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24

Tout près du ruisseau Une colombe s’est endormie Sous un olivier

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25

Les deux pieds dans l’eau Chauffé au soleil d’été Rond, l’œil du poisson

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26

L’averse est finie Sur la feuille une perle d’eau Roule, hésite et tombe

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Frimas du matin Dans la cabane de jardin Une martre fouine

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28

Couchée dans l’herbe Là, au-dessus de l’eau claire Se mire une grenouille

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Au crĂŠpuscule

Quand jour et nuit se marient La chouette hulule

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Bleu roi sur bleu ciel Dans cette forêt émeraude L’ara hyacinthe

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31

La journée commence Sur le pétale d’une rose Une fourmi somnole

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Caligæ cloutées

Les pies effrayées s’envolent On enlève Sabine

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33

Sur un tabouret Le rat hissa son fromage Petit-dĂŠjeuner

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34

Au soleil d’été

Une abeille noire butine Une reine-des-prés

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35

Le gecko furtif

File sur le tronc d’un banian À l’Île Maurice

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36

Juste au fil de l’eau L’ourson attend le saumon Truffe frémissante

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37

Au fond du jardin Dans un bouquet de narcisses Un chaton se cache

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38

Fin d’après-midi Les abeilles jouent à cache-cache Dans les marguerites

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39

Dans une bassine Une petite tortue marine Qui s’appelle Karine

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40

Cerisiers en fleurs Une rainette fait la sieste À l’ombre d’une pierre

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41

Chats et lapins blancs Rêvent au pays des merveilles Du sourire d’Alice

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Cet orme est tout nu Une dernière feuille s’élance L’hiver commence

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43

Avec son lapinou

Le nez à la fenêtre Elle attend Père Noël

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44

Madame Marmotte Fait son lit pour sa longue nuit Solstice d’hiver

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Avec suffisance

Le chat derrière la fenêtre Me regarde passer

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46

Au bord du chemin Sur la reine-des-prĂŠs Se pose une isabelle

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Statue pétrifiée Assis sur une gargouille Un ange gèle

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48

Mais qui sort de confesse Juste après la messe C’est la sœur Agnès

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Les jours s’essoufflent Annoncent l’hiver implacable Je hais l’automne

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50

Le grand cerf brame Rompt le silence des sous-bois QuiĂŠtude sylvestre

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51

Derniers jours de mars Le blanc d’hiver s’efface Apparaît une fleur

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52

À l’heure du goûter, Géraldine Se précipite dans la cuisine Y trouve tartine et grenadine

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53

La marmotte baille Elle pète, ça la réveille Voilà le printemps

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54

Les mésanges s’ébrouent Aujourd’hui, c’est jour du bain Au soleil d’été

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55

Le chat quitte le lit Pour terminer sa sieste Dans le canapĂŠ

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56

Dans le cerisier Les mĂŠsanges ont retrouvĂŠ Leur nid de campagne

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57

Joli mois de mai Dans mes bottes en caoutchouc L’odeur de la pluie

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58

Cent lapins s’égayent Et nous présentent leurs culs Tout empanachés

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59

Elle est si belle

Ma grande sauterelle Elle est ma chance

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60

Chaleur de l’été Quel bonheur d’être vivant Je rêve et somnole

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61

Fraîcheur de l’aube Le chat ouvre un seul œil Puis, il se rendort

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62

Sourires d’été

À la terrasse du café Les femmes sont belles

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Canicule

À l’abri sous le figuier Chien et Chat ronflent

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Femelle anophèle Cette salope hante mes nuits Vampire de surcroit

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65

DÊjeuner dehors Arrive un nid de frelons C’est la panique

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RRIEL

Bonjour Madame

Votre demande est en cours Bien cordialement

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Derniers jours d’août On range les parasols Ça pue la rentrée

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68

La pieuvre étourdie Elle fait un nœud à son bras Pour se souvenir

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69

Eh printemps… Printemps ! La belette, mon chat et moi On t’attend… T’attend !

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BISSEXTILE

29 février

Le camélia est en fleurs ? La nature est folle !

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71

J’écris un senryū

Ce n’est pas un vrai haïku ? Eh ben, on s’en fout !

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72

Hiver Ă Paris

Des lucioles froides et blanches Sur mon pardessus

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73

Je n’ai pas rêvé ? Cette loutre m’a fait un clin d’œil ! Mais… Elle recommence ?

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74

La bouche pleine d’eau Le bonobo nous asperge Et il se marre

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FINAL*

Le regard pensif

Le grand-père sur le banc Songe à sa vie

* Senryū écrit par ma fille Lilas à l’âge de 14 ans.

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lepretre.ivan@wanadoo.fr

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