Toulouse, Passé-Présent, Sur les traces de Claude Nougaro

Page 1

Jan Renette Nougaro Sur les traces de Claude Une balade nocturne sur les quais, en passant par le Pont Neuf, l’exposition photographique du Château d’eau, les lumières du Dôme de la Grave ou l’animation du pont Saint-Pierre... suivie d’une petite pause pour déguster un verre au « Père Louis ». Tout nous ramène vers Claude Nougaro, sa maison si proche, ses habitudes... Que l’on choisisse de marcher sur les quais ou en contrebas, le long de la Garonne, on pourra observer la demeure de Claude Nougaro au 112 Quai de Tounis. Continuons la balade. Le quartier des Minimes et sa brique rouge sont là pour nous rappeler la douceur de vivre de la capitale Occitane... Toulouse «Ville Rose». Puis sur la Place du Capitole, nous arrêtons nos pas un instant… Un petit détour par la Salle des Illustres, où l’on croit encore entendre « l’écho de sa voix » et où nous pouvons admirer les œuvres de Gervais, Laurens, Debat-Ponsan et Rixens. C’est ensuite dans le calme du Cloître des Jacobins que nous conduisent nos pas, avant de rejoindre le Canal du Midi, jonction entre la mer et l’océan. Étroitement lié à l’épopée cathare, le nom de Toulouse est aujourd’hui indissociable du monde de l’aéronautique et du spatial. Depuis Mermoz et Saint Exupéry, pionniers de l’Aéropostale, l’A380 et l’A350 d’Airbus confirment qu’aujourd’hui « tes avions ronflent gros…» Claude nous a quittés en mars 2004, presque 10 ans déjà. La basilique Saint-Sernin, fleur de corail immortalisée par ses vers, l’a accueilli pour son dernier voyage, avant que ses cendres ne soient dispersées dans sa Garonne... son océan. Le voyage que je vous propose commence ici, sur les traces de Claude Nougaro. Jan Renette

Toulouse : Passé - Présent

Toulouse : Passé - Présent, sur les traces de Claude Nougaro

Toulouse : Passé - Présent Sur les traces de Claude Nougaro... Photographies & Textes de Jan Renette



À ma mère, Parce que mon pays avec son ciel bas est si loin...

Toulouse : Passé - Présent

Sur les traces de Claude Nougaro... Photographies & Textes de Jan Renette

Je m’appelle Jan Renette, je suis Artiste Photographe. Hollandais d’origine, je me suis installé, depuis déjà 18 ans, sur les côteaux surplombant la ville de Toulouse. Je vous invite à découvrir mon œuvre...

Jan Renette

« La photo est une chanson sans parole »


Toulouse : Passé - Présent Sur les traces de Claude Nougaro...


Photographies & Textes de Jan Renette


Toulouse, Passé - Présent Sur les traces de Claude Nougaro...

S OMMAIRE

3

Toulouse, Passé - Présent Sur les traces de Claude Nougaro

5 Sommaire 7

Claude Nougaro, sa carrière, sa vie

9

Introduction, « Ô moun païs, ô Toulouse »

11

Visite guidée de la Ville Rose

13

Plan de la ville de Tholose, année 1631

15

Toulouse au XIXe siècle

17

La Garonne - Passé - Présent

55

La Ville Rose - Passé - Présent

19 Le Bazacle 21 Château d’Eau, sous les platanes 23 Je ne t’oublierai jamais, Ô Tolosa 25 La construction du Pont-Neuf 27 Sous un autre angle 29 Hôtel-Dieu Saint-Jacques 31 Dernière arche du pont de la Daurade 33 La Grave, l'Hôpital et la Chapelle 35 Le Pont Saint-Pierre 37 L‘heure bleue 39 Coucher de soleil en 30 minutes 41 Rue Étroite 43 Arrivée au port de la Daurade 45 Église Notre Dame de la Daurade 47 L’école des Beaux-Arts 49 La rive droite de la Garonne 51 C’est une Garonne 53 Lieux chargés d’histoire et de symboles 57 59 61 63

Plaques de rues et façades La Garonnette et Île de Tounis Ces bars-cafés, témoins de l'histoire Brasserie des Beaux Arts - Tout feu, tout flamme


Toulouse, Passé - Présent Sur les traces de Claude Nougaro...

S OMMAIRE

Sommaire | 5 |

65 67 69 71 73 75

Vieux cafés - Le Père Louis La Brique rouge des Minimes Le Quai Lucien Lombard Hôtel d'Assézat Un platane tricentenaire Fontaine Saint-Étienne « Le Griffoul »

77

La place du Capitole - Passé - Présent

105

Une balade dans Toulouse

128

Le Canal du Midi - Pierre-Paul Riquet

139

Terre d’envol (1911 - 2011)

152

Remerciements & Repères

155

Bibliographie sélective & Crédits textes

156

Index

79 81 85 93

107 109 111 113 115 123 125 127

L’hôtel du Grand-Balcon Le Capitole et son Donjon Skertzò, maître de l'art fascinant du trompe-l’œil La Salle des Illustres et la Salle Gervais... Autour du Capitole Rue Saint Rome Rue du Taur Square Lafayette - Jardin Wilson Le Couvent des Jacobins Basilique Saint Sernin Toulouse, cité des violettes Toulouse, ville rose ou bleue... Le Pastel

135 Le Canal du Midi, la barque marchande l’Angélique 137 La barque en Rouge & Noir 141 145 149 151

Toulouse - « faire du ciel le plus bel endroit de la terre » Concorde et Caravelle Super Guppy L'envol d'Airbus


CC

Claude Nougaro, sa carrière, sa vie... laude est né le 9 septembre 1929, « Grande année dans le Bordelais, grand bordel chez les milliardaires » disait-il souvent. Fils de Pierre Nougaro, chanteur d’opéra et de Liette Tellini, professeur de piano (premier prix de piano du conservatoire), il est élevé par ses grands-parents à Toulouse, où il écoute Glenn Miller, Édith Piaf et Louis Armstrong à la radio. En 1947, il échoue au baccalauréat, et débute alors à Paris dans le journalisme. Il travaille pour divers journaux, dont Le Journal des Curistes à Vichy et L’Echo d’Alger. En parallèle, il écrit des chansons pour Marcel Amont (Le Barbier de Belleville, Le Balayeur du roi) et Philippe Clay ( Joseph, La Sentinelle). Il rencontre Georges Brassens, qui devient son mentor, et il se lance dans la poésie romantique et humoristique. Il envoie des textes à Marguerite Monnot, compositeur d’Édith Piaf, qui les met en musique (Méphisto, Le Sentier de la guerre). Il commence à chanter pour gagner sa vie en 1959 au cabaret le Lapin Agile à Montmartre.

Ci-dessus : 30 octobre 1999... Un événement d'exception se déroule sur la scène de la Halle aux Grains de Toulouse : Michel Legrand et Claude Nougaro donnent un unique concert. Unique, il l'est bien : lorsqu'ils étaient jeunes ils écrivaient des chansons ensemble. Mais là, il y avait 35 ans qu'ils ne s'étaient pas revus ! Ce sont donc d'émouvantes retrouvailles qui ont eu lieu. Un concert caritatif donné au bénéfice de l’association organisatrice « Cante l'Aouselou » qui œuvre pour les polyhandicapés. Photo : © Elfie Dessort.

En 1958, il décide d’interpréter lui-même ses œuvres et il se lance avec un premier album sorti chez Président, écrit et enregistré avec son partenaire d’écriture Michel Legrand. Le succès ne se manifestera néanmoins qu’en 1962, début des glorieuses années pour la maison de disque Philips : Une Petite Fille et Cécile ma fille. Ces chansons le firent alors vraiment connaître du grand public, bien qu’il ait déjà commencé à percer en participant aux concerts de Dalida. En ce début d’année 1960, il introduit de nouveaux rythmes dans la chanson française et compose de nombreuses chansons au tempo yéyé et aux textes provocateurs (« Plus encore que dans la chambre, Je t’aime dans la cuisine. Rien n’est plus beau que les mains d’une femme dans la farine... »). Il poursuit sa collaboration avec Michel Legrand (Le Cinéma, Les Don Juan). Ses chansons Je suis Sous ou, plus tard Tu verras abordent le problème de l’alcoolisme. Un accident de voiture l’immobilise plusieurs mois en 1963. L’année suivante, il chante dans des salles prestigieuses : l’Olympia, le Théâtre de la Ville à Paris... A cette époque, il découvre également le Brésil. Il écrit Chanson pour le maçon en hommage à son ami Jacques Audiberti, décédé en 1965. Il entame alors durablement sa collaboration avec le pianiste de jazz Maurice Vander, qui deviendra son principal partenaire musical (arrangeur, pianiste et co-compositeur). Il écrit, interprète et lui dédie Le Coq et la Pendule. Outre Vander et Legrand, Nougaro saura s’entourer de la fine fleur nationale (Eddy Louiss, Pierre Michelot, Michel Colombier, Michel Portal, Aldo Romano, Didier Lockwood, Michel Gaudry, Bernard Lubat, Richard Galliano, André Ceccarelli...) et internationale (Ornette Coleman, Marcus Miller, Trilok Gurtu...). Bien que farouchement opposé à la politique, les évènements de Mai 68 lui inspirent un torrentiel «Paris Mai», plaidoyer pour la vie, qui sera interdit d’antenne. Il enregistre la même année son premier album live à l’Olympia : Une soirée avec Claude Nougaro. Sa chanson Toulouse est un vibrant hommage à sa ville natale. Sa carrière se poursuit alors de façon régulière, ponctuée de succès : le Jazz et la Java, Tu verras (adaptation française de «O que será»), l’Île de Ré, Armstrong ou Petit Taureau. En 1971, il retrouve Michel Legrand pour la bande originale du film La Ville Bidon du réalisateur Jacques Baratier. En ces années 1970, il collabore également avec le compositeur-arrangeur Jean-Claude Vannier (Un Grain De Folie, Dansez Sur Moi, Plume d’Ange, Insomnie...). Il quitte Philips pour Barclay en 1975. Après un album jugé décevant (Bleu blanc blues) en 1985, sa maison de disques ne renouvelle pas son contrat. Il décide de revendre sa maison avenue Junot (Paris, 18e) et part alors pour New York, en quête d’inspiration. Il écrit et enregistre sur place un disque financé par WEA : Nougayork, dont le succès retentissant relance sa carrière. Il est


Claude Nougaro, sa carrière, sa vie | 7 |

récompensé en 1988 aux Victoires de la musique par les prix du meilleur album et du meilleur artiste. De 1993 à 1997, il sort trois nouveaux albums. Sa santé se dégrade à partir de 1995, année où il subit une opération du cœur. De 1998 à 2004, il se consacre plus à des concerts et des festivals, sans oublier de participer à un album pour aider les enfants souffrant du sida. En 2002, il se produit dans toute la France avec un spectacle parlé, où il reprend plusieurs de ses textes (Victor, Plume d’ange...) sans musique. Son interprétation fait l’objet d’un DVD « Fables de ma fontaine ». En 2003 - 2004, il prépare un album pour le label Jazz Blue-Note « La Note Bleue ». Après avoir subi de nouvelles interventions chirurgicales, il décède en mars 2004, des suites d’un cancer. Il avait 74 ans. Ses obsèques ont d'abord été célébrées à Notre Dame de Paris, puis à la basilique Saint-Sernin à Toulouse et ses cendres ont été dispersées dans la Garonne. Aujourd'hui, à Toulouse, un jardin municipal, un collège, une salle de concert ainsi qu’une station du métro portent son nom. Il est toujours resté un amoureux du jazz, des mots et de la langue française qu’il mordait à pleines dents. Ci-contre : ▶ Les arcades furent construites de 1851 à 1854 et intègrent aujourd'hui des peintures de Raymond Moretti représentant les moments et les hommes-clès de l'histoire de Toulouse. Il y a donc 29 œuvres qui racontent la saga de Toulouse et des Toulousains, 29 tableaux accrochés au plafond de la « Galerie » des Arcades du Capitole. De la Vénus de Lespugue à l'aéronautique et l'espace, des Croisades à Carlos Gardel, le pinceau de Raymond Moretti redonne vie à l'histoire de la Ville Rose et à ses héros. Les œuvres ont été agrandies et imprimées en sérigraphie, procédé qui résiste aux intempéries. Par précaution, 3 exemplaires de chacune des toiles ont été éditées. Les originaux, propriété de la Ville, et les sérigraphies sont précieusement conservés aux Archives Municipales de Toulouse.

◀ Ci-contre : Œuvre n° 26 raconte la saga de Claude Nougaro. « Ô Toulouse » est sa chanson fétiche. Il est revenu sur les bords de Garonne d’où il entend tous les rythmes du Monde... © ADAGP, Paris 2013


L’âme du poète hante chaque recoin de la Cité Gasconne...

Ô Toulouse !


IC

Introduction, « Ô moun païs, ô Toulouse » | 9 |

Introduction

Je m’appelle Jan Renette et suis Artiste Photographe. Hollandais d’origine, je suis installé, depuis déjà 18 ans, sur les côteaux surplombant la ville de Toulouse (France). 'est lors de mes balades culturelles dans la région Midi-Pyrénées, équipé de mon Nikon, que je me suis aperçu à quel point je « voyais » au format panoramique : je n'avais de cesse de vouloir recadrer mes photos ! Voilà comment la photographie (panoramique) a commencé à me passionner. J'aime retranscrire l'émotion que me procure un lieu tel que je le vois. Vous trouverez dans mes expositions des images de mes voyages dans le monde (Maroc, Inde, les îles grecques…), de la Corse, des îles d’Aix et de Ré, ainsi que de mes balades au cœur des cloîtres et des églises.

Toulouse, ville rose

Mais, pourquoi chercher des photos si « loin », quand on vit sur les côteaux de Balma, jouxtant la Ville Rose ? La quatrième ville de France est riche de symboles et fière de son patrimoine, de son fleuve Garonne qui sillonne la ville depuis les siècles, sans oublier le mythique Canal du Midi conçu par Pierre-Paul Riquet… Toulouse, plutôt secrète et insolite, une ville que l'on peut découvrir autrement si on sait regarder à travers le viseur de son appareil avec « l’œil du photographe » et déceler ses trésors cachés.

Mes expositions à Toulouse

Fin 2010, j’ai commencé à photographier Toulouse selon mon inspiration, lors de longues balades nocturnes sur les quais de la Garonne, dans le froid de l’hiver. J’aime les illuminations de Noël, quand on ressent la chaleur humaine, le bonheur des familles et l'excitation des enfants. Début 2011, j’ai choisi les premiers clichés et constitué une série de 16 photographies format 40 x 50 cm sur papier «Fine Art» qui a été récompensée par le 1er prix régional du concours d’auteur de la Fédération Photographique de France (FPF). J’aime bien imprimer une jolie photo sur un beau papier. Mais une photo ne commence à raconter une histoire que lorsqu'elle est présentée en série avec d’autres, enrichie par des textes et éventuellement accompagnée de quelques notes de musique. Là, cet ensemble commence à vivre dans mes expositions, mes diaporamas et dans mes livres.

Le projet « Toulouse »

J’ai commencé par un simple catalogue d’exposition de 40 photographies, sans texte. J’ai sollicité plusieurs artistes (écrivains, photographes, comédiens), rencontrés au cours de mes pérégrinations, pour la rédaction des textes et poèmes. Ces pistes n’ont pas abouti et c'est pourquoi je me prête à ce rôle… Cet ouvrage est le résultat d’un long travail d’harmonisation, de rapprochements et de fusion entre mes photographies et des mots, des textes historiques, fruits de laborieuses recherches. Le principal problème était de trouver « le fil conducteur » de ce livre. Je me suis laissé guider par les deux chansons « Ô Toulouse » et « C’est une Garonne », de Claude Nougaro et j'ai construit mon ouvrage autour des thèmes suivants : - La Garonne, - Toulouse, ville rose, les briques roses, - Le Capitole, la salle des Illustres et ses rues adjacentes, - Le Canal du Midi, - L'aéronautique, Toulouse Terre d’envol. Récemment, j’ai lu cette préface de Francis Loubatières dans « Le dictionnaire de Toulouse » «...Il existe une mémoire toulousaine prégnante qui vous saisit au détour d’une plaque de rue, à la résonance d’un nom, à une couleur entrevue, à une bouffée d’histoire. Toulouse est rose de ses souvenirs, rouge et noire de son passé tumultueux. Chacun de nous vivant ou passant dans cette ville possède des morceaux épars, diffus, mais présents, et cela fait le patrimoine commun des Toulousains...». Ce « Passé - Présent » m’a interpellé et le titre de mon livre est né : « Toulouse, Passé-Présent, sur les traces de Claude Nougaro ». Ce livre de photographies, propose une balade « Passé-Présent » dans la ville rose que Claude Nougaro a tant aimée… et où l'on peut suivre ses traces.

Suivez le guide, s’il-vous-plaît

Claude Nougaro est né le 9 septembre 1929, « Grande année dans le Bordelais, grand bordel chez les milliardaires » disait-il souvent. C’est en déambulant sur les traces de cet artiste irremplaçable, que j’ai eu envie de rendre hommage à son « païs », à sa Garonne, à tous ces lieux qui vibrent encore de sa présence. Une balade nocturne sur les quais, en passant par le Pont Neuf, l’exposition photographique du Château d’eau, les lumières du Dôme de la Grave ou l’animation du pont Saint-Pierre... suivie d'une petite pause pour déguster un verre au « Père Louis ». Tout nous ramène vers Claude, sa maison si proche, ses habitudes... Que l'on choisisse de marcher sur les quais ou en contrebas, le long de la Garonne, on pourra observer la demeure de Claude Nougaro au 112 Quai de Tounis. Continuons la balade. Le quartier des Minimes et sa brique rouge sont là pour nous rappeler la douceur de vivre de la capitale Occitane... Toulouse «Ville Rose». Puis sur la Place du Capitole, nous arrêtons nos pas un instant… Un petit détour par la Salle des Illustres, où l'on croit encore entendre « l’écho de sa voix » et où nous pouvons admirer les œuvres de Gervais, Laurens, Debat-Ponsan et Rixens. C’est ensuite dans le calme du Cloître des Jacobins que nous conduisent nos pas, avant de rejoindre le Canal du Midi, jonction entre la mer et l’océan. Étroitement lié à l’épopée cathare, le nom de Toulouse est aujourd'hui indissociable du monde de l’aéronautique et du spatial… Depuis Mermoz et Saint Exupéry, pionniers de l’Aéropostale, l'A380 et l'A350 d'Airbus confirment qu'aujourd'hui « tes avions ronflent gros ». Claude nous a quittés en mars 2004. La basilique Saint-Sernin, fleur de corail immortalisée par ses vers, l’a accueilli pour son dernier voyage, avant que ses cendres ne soient dispersées dans sa Garonne... son océan. Le voyage que je vous propose commence ici, sur les traces de Claude Nougaro.

Jan Renette



V

Visite guidée de la Ville Rose | 11 |

Visite guidée de la Ville Rose

« Avec le regard et les chansons de Claude Nougaro »

Visite guidée de la Ville Rose

Depuis 2008, l’office de tourisme de Toulouse propose cette visite guidée de la Ville Rose. Suivons le guide...

O

n commence au 56, boulevard d’Arcole : la maison natale. Face à la place Arnaud-Bernard, une plaque commémorative indique : «Ici naquit Claude Nougaro, poète et chanteur. 1929-2004 ». C’est la maison de ses grands-parents. Sa grand-mère paternelle était sage-femme. Ses parents étaient musiciens : Liette, sa mère, était pianiste ; son père, Pierre, chanteur d’opéra. Ils l’ont conçu lorsqu’ils étaient à Saïgon. Ils étaient constamment en tournée et Claude a été élevé par ses grandsparents. Ils parlaient peu et Claude Nougaro qui s'ennuyait a découvert le jazz en écoutant la radio. « Castagne » avenue des Minimes Pendant son enfance, il a déménagé aux Minimes où il a vécu ses premières expériences de castagne. Un collège, une station de métro et un jardin portent son nom dans le quartier. C’est pourtant à Fermat qu’il a été collégien. Il était un véritable cancre et ses parents l’avaient mis en pension à Sorèze d’où il s’est enfui. Il a terminé sa scolarité en rendant copie blanche au bac. Place Arnaud-Bernard, retour aux sources. « Claude Nougaro aimait revenir dans son quartier, un lieu cosmopolite où réside Claude Sicre avec qui il était très lié. Jean-Pierre Mader, Magyd Cherfi et Claude Sicre revendiquent son influence, notamment l’accent qu’il a fait chanter sans complexe... ». Basilique Saint-Sernin Il décrira ainsi son lieu de baptême qui fut aussi son lieu de funérailles : « la Basilique Saint Sernin une fleur de corail que le soleil arrose » dans sa chanson « Ô Toulouse ». Claude Nougaro, qui habitait à Paris, était revenu une nuit à Toulouse, lors de la composition de ses vers, pour vérifier qu'ils correspondaient bien aux lieux évoqués. Il a eu quatre enfants de trois femmes différentes. Cécile, son premier enfant, est la fille de Sylvie, qui tenait le vestiaire du Lapin Agile, le cabaret parisien où il a débuté. Cécile est percussionniste et vit aujourd’hui en Ariège. Avec Odette, d’origine iranienne, il a eu deux filles : Fanny et Théa. Enfin, en 1974, avec Marcia, d'orgine brésilienne, il a eu un fils Pablo, également baptisé à Saint Sernin et qui réside aujourd’hui au Brésil. Le « petit taureau » de l’église du Taur... Le petit taureau revient dans ses textes et ses dessins. C’est un surnom donné par son maître spirituel, le poète Jacques Audiberti, pour son physique, très viril, et son jeu de scène. Il s’est marié au Capitole en 1994 avec Hélène (une Toulousaine

rencontrée à La Réunion), conscient qu’elle ne serait pas la femme de sa vie mais celle avec laquelle il partagerait ses derniers instants. C’est aussi place du Capitole qu’ il avait été désigné roi du carnaval : on lui avait proposé de se hisser sur le toit de l’opéra où son père avait été premier baryton. Il avait dit qu’il allait chanter sur la tête de son père… Enfin, c’est sous les arcades que son ami Raymond Moretti a peint la série sur les figures toulousaines où un caisson de voûte lui est consacré, entre le rugby et le spatial. « C’est une Garonne » quai de Tounis La chanson « C’est une Garonne » est retranscrite sur une plaque, sous le Pont-Neuf. Claude Nougaro voulait que l’on fasse la fête au bord de l’eau. Il avait donné l’un de ses derniers concerts à Port-Viguerie, où un théâtre de verdure a été aménagé, exauçant ainsi son vœu. Il a écrit « C’est une Garonne » depuis son balcon, au 112 du Quai de Tounis, un loft acheté avec Hélène à la fin des années 80, face à la Prairie des Filtres. Il y recevait ses amis, il ne sortait pas beaucoup. Il aimait dîner au Four, un restaurant près de La Bascule qui n’existe plus aujourd’hui. Enfin, c’est aussi dans la Garonne, depuis le Pont Saint-Michel, que ses cendres ont été dispersées. Source : La Dépêche du Midi

Ci-dessus : 56 boulevard d’Arcole : la maison natale de Claude Nougaro...



P

Plan de la ville de Tholose, année 1631 | 13 |

Plan de la ville de Tholose, 1631

Carte signée : A Paris, chez Melchior Tavernier, graveur & imprimeur du Roy pour les tailles-douces, demeurant en l'Isle du Palais, sur le Quay qui regarde la Megisserie à l'Espic d'Or, M.D.C.X.X.X.I. Avec privilege du Roy.

M

© Archives Municipales de Toulouse

Melchior Tavernier...1631

elchior Tavernier, originaire d’Anvers, était marchand d’estampes et de cartes géographiques à Paris, dans la première moitié du XVIIe siècle. En 1618, il est nommé graveur et imprimeur en taille-douce du Roi. En 1622, il s’installe dans l’île de la Cité, où il demeure d’abord rue du Harlay puis, dès 1627, il s’installe à l'enseigne de l’Épi d’or, en face du quai de la Mégisserie.

Cette eau forte est le premier plan de la ville alliant une représentation géographique et une représentation figurative. Sur ce plan détaillé, les édifices sont dessinés en perspective et les plus importants sont identifiés grâce à une légende. Par ailleurs, les noms des rues y sont portés. Le blason de la ville de Toulouse est placé en haut à gauche de la gravure. Le cœur de la ville est, à l’image des villes médiévales, un nœud de petites rues tortueuses et d’édifices pour la plupart religieux. En 1631, la Garonne est traversée par trois ponts : le Pont de Clary (ou Pont de bois), le Pont-Neuf, et le Pont (couvert) de la Daurade. Celui-ci, construit au XIIe siècle, est régulièrement abîmé par les crues de la Garonne. En 1631, il est réparé en attendant que le PontNeuf soit terminé. En 1639, sa démolition est commencée. La première pierre du Pont Neuf est posée le 7 janvier 1544 et il est ouvert à la circulation en 1632. Lorsque Melchior Tavernier dessine ce plan, le Pont-Neuf est donc encore en travaux. Devant leur lenteur, les Capitouls, en 1613, décident la construction d’un pont de bois provisoire. Il s’agit du Pont de Clary qui relie l’île de Tounis à la rive gauche. La ville est contenue dans une enceinte, mais il faut noter la présence extra-muros de moulins à roue pour arroser les jardins. Les portes de la ville sont représentées, mais avec une erreur : l’auteur a inversé dans sa légende la Porte de

Muret et la Porte de l’Isle, dans le faubourg Saint-Cyprien. Sur ce plan de Toulouse dessiné en 1631, la « place royale » (la place du Capitole) n'existait pas encore. Le 28 juillet 1676, les Capitouls demandèrent l'autorisation au roi Louis XIV de s'approprier tout un quartier et en détruire toutes ses maisons. Une partie des fortifications romaines avec la porte Nord de la ville antique, s'y trouvaient également1. Pour être certains d'obtenir son approbation, les Capitouls prétextèrent la création d'une statue équestre à l'effigie du roi pour orner le centre de la place. Trois projets de statues en cire furent présentés à Paris en 1685. Aucun, à notre connaissance, ne fut réalisé pour meubler la place. En 1631, Melchior Tavernier écrit : « La longueur de la ville est de six mille pieds de Roy ou mille toises2, qui est presque la longueur de Paris : mais la largueur n’est pas proportionnée à la longueur, car elle n’a que deux mille six cents pieds de Roy, ou quatre cents trente toises ou environ. Les maisons y sont presque toutes bâties de brique, comme aussi les murailles et tours de la ville ; ce sorte de bâtiment s’agence mieux que ceux de pierre. Les rues sont larges et belles pour la plupart, comme sont les églises et surtout les convens des quatre (ordres) mendians, qui sont les plus beaux et commodes de France...». 1) Les fondations de la porte romaine ont d'ailleurs été découvertes lors de la création du parking sous la place du Capitole. 2) Jusqu’en 1791, on utilise donc d’autres unités de mesure : lieue, canne, toise, etc. La valeur de base de ces unités peut varier d’un lieu à un autre. D’où un système d’une très grande complexité. 1 toise = 6 pieds = 194,9cm ; 1 pied de Roy = 32,5 cm.



Toulouse au XIXe siècle | 15 |

T

Toulouse au XIXe siècle

Toulouse, passé - présent

Carte française de l'état-major du XIXe siècle en couleurs superposable aux cartes et aux données modernes.

L

a carte d'État-Major fut réalisée à des fins militaires, entre 1817 et 1866, à partir des relevés de terrain effectués par des officiers du corps d’Étatmajor. Cette carte peut être vue comme succédant à la « Carte de Cassini » dont l'absence de mise à jour devenait une gêne de plus en plus grande. La carte d'État-Major se caractérise par une représentation du relief sous forme de hachures, qui la rend particulièrement esthétique. Elle se compose de 267 feuillets à l’échelle du 1/80.000e (1cm pour 800m), qui, une fois assemblés, constituent une France miniature de douze mètres cinquante sur douze mètres cinquante. Au début de la Première Guerre Mondiale, les difficultés de lecture liées à l’échelle de la carte ont conduit l’État-Major à en réaliser une nouvelle publication au 1/50.000e. Aujourd'hui les cartes sont réalisées numériquement, mais en 1825, tous les tracés étaient faits à la main et les planches exécutées en aquarelles, un vrai travail de titan. Pas le droit à l'erreur. C'est là que le travail est remarquable.

comme la mise en service dès 1828 du réseau d'alimentation en eau des fontaines publiques alimenté par le château d'eau, ou la conversion en centrales hydroélectriques des moulins du Bazacle en 1888-1889, poursuivie tardivement par la construction de l'usine hydroélectrique de l'île du Ramier, en 1918.

Toulouse au XIXe siècle Contrairement à la plupart des grandes villes françaises, Toulouse n'aura pas de véritable révolution industrielle. Si le centre-ville regorge d'ateliers de confection, dans l'ensemble Toulouse compte peu d'industries, excepté les Manufactures des tabacs et des entreprises liées aux activités militaires, notamment la poudrerie. Quelques innovations industrielles notables émergeront autour de la Garonne,

La crue de la Garonne de 1875 dévaste plus de 1 000 maisons et tue 200 personnes. Elle détruit aussi le pont suspendu de SaintPierre et le pont Saint-Michel. Le maréchal Mac-Mahon, président de la République, s'exclamera « Que d'eau, que d'eau ! ». Cette crue, de 6,20 m au-dessus de son étiage, fut déclenchée par les importantes précipitations du mois de juin 1875 et par la fonte des neiges dans les Pyrénées.

La construction et l'ouverture de la gare Matabiau, en 1856, va marquer un tournant dans l'histoire de Toulouse. La ville se trouve désormais reliée à la capitale et à l'ère nouvelle et prometteuse des transports. C'est alors que l'on substitue les boulevards aux remparts, que l'on termine la place du Capitole et que l'on décide de percer les grandes artères (comme celle de la rue de Metz ou encore la rue d'Alsace-Lorraine qui tirent leur dénomination du climat hostile à la Prusse et de la perte de l'Alsace et de la Lorraine à la suite de la défaite française de 1871), sur le modèle des grandes percées effectuées à Paris par le préfet Haussmann. Les travaux bouleversent le centre de Toulouse, qui perd petit à petit son atmosphère moyenâgeuse.



La Garonne | 17 |

Ma

Garonne

M

Mon océan, ma vague émeraude...

oi mon océan... C’est une Garonne qui s’écoule comme un tapis roulant... C’est une Garonne, la grande personne dont je suis l’enfant...

À Toulouse, la Maison Nougaro à nouveau sur les flots

Moi mon océan C’est une Garonne Qui s’écoule comme Un tapis roulant ... Moi ma caravelle C´est sa rive belle Là où l´hirondelle Vient pondre son œuf ... Moi mon océan C’est une Garonne La grande personne Dont je suis l’enfant... ... Ma vague émeraude C´est une Garonne Quand elle se fait chaude Au bras du Pont-Neuf ... « C’est une Garonne » Claude Nougaro

L

e nouveau projet Maison Nougaro prend définitivement la direction des flots. Sur Garonne et Canal, deux péniches itinérantes transporteront l'œuvre de Nougaro en 2014. Deux péniches de trente mètres de long sur Garonne et Canal. C'est le nouveau projet Maison Nougaro, porté par l'association du même nom pour faire vivre l'œuvre du chanteur Claude Nougaro. Il remplace celui de la maison éclusière du canal de Brienne, trop coûteux et compliqué à mettre en œuvre. Les deux péniches, qui seront ancrées au port de l'Embouchure avec l'accord des Voies Navigables de France (VNF), devraient ouvrir à l'automne 2014 après un chantier d'un an. Un nouveau départ pour Cécile Nougaro et son équipe après une année de flottement. « C'est un soulagement. On ne va plus enfermer mon père, on va véhiculer sa création sur les flots. C'est plus facile d'éviter le musée » s'enthousiasme la fille aînée du chanteur qui a repris la maîtrise d'œuvre du projet. « Je vends l'appartement de mon

père, quai de Tounis. De toute façon, je ne me voyais pas y vivre, il reste le lieu de papa et d'Hélène. C'est symbolique de le voir partir sur l'eau... ». La vente de cet héritage permettra d'acheter les deux péniches et de faire vivre l'association. D'un montant de 1,6 million d'euros, le projet sera également soutenu par la mairie de Toulouse, la région Midi-Pyrénées et le conseil général de la Haute-Garonne qui financera le chantier d'insertion pour la réparation et l'aménagement des péniches. La première, baptisée Maison Nougaro, consacrée à la scène, aux concerts, aux expositions, sera dotée d'un bar et d'un restaurant. La seconde, « Fabrique du Présent », diffusera un web documentaire, mise en scène originale de l'œuvre de l'artiste Claude Nougaro. Pendant deux ans, elles resteront ancrées à Toulouse avec des déplacements du côté du Canal du Midi, de Carcassonne, de Sète pour des festivals. La troisième année, cap sur Bordeaux, Nantes, Lyon et Paris. (La Dépêche du Midi, novembre 2012)


PL

Passé...

e site est stratégique et les moulins flottants qui s’installent dès le XIIe siècle sont ensuite remplacés par des moulins « terriens ». Au XIVe siècle, leurs propriétaires, pionniers du capitalisme, constituent la première société par actions connue au monde. Fin XIXe, le grand moulin du Bazacle est reconverti en centrale hydroélectrique pour accompagner le développement et la modernisation de la ville. EDF en devient propriétaire en 1946. L’usine hydroélectrique, d’une puissance d’environ 3000 kilowatts, fonctionne maintenant depuis plus de cent ans et peut alimenter un quartier de 3000 habitants. Elle est équipée d’une passe à poissons.


PN

Présent...

ouvel accueil, nouvelle terrasse d’observation, des expositions culturelles et artistiques développées avec le soutien de la Fondation « EDF Diversiterre », propositions de visites guidées gratuites, amélioration de l’accessibilité… l’Espace EDF Bazacle ouvre à nouveau ses portes au public après plus d’un an de travaux.

Les visiteurs peuvent découvrir gratuitement cet espace dédié aux énergies renouvelables, aux enjeux liés à l’eau, au fleuve Garonne, à son milieu, à sa faune et à sa flore. Un parcours culturel renseigne le visiteur sur l’histoire du site et des bâtiments historiques avoisinants et propose des expositions temporaires artistiques ainsi qu’une galerie d’exposition photographique.



Château d’Eau, sous les platanes | 21 |

C

Château d’Eau

Le Château d’Eau, sous les platanes

Sous les platanes...

Je me sers de la forme pour arriver à ce qui est sans forme. Je tends à dire ce qui n’est plus palpable, ce qui ne se touche pas... (Aristide Maillol Peintre/Sculpteur 1861 -1944)

Origine du lieu n doit le Château d’Eau au Capitoul Charles Laganne qui, soucieux du bien-être de ses concitoyens, fit don de 50 000 pièces d’or à la municipalité pour qu’une eau « pure, claire et agréable à boire » soit distribuée aux Toulousains. Il faudra néanmoins près d’un demi-siècle aux responsables municipaux pour exaucer ce vœu. C’est en 1817 que le projet d’un château d’eau, présenté par l’Ingénieur des Mines Jean-François de Voisins, est retenu. En 1822, l’architecte Jean-Antoine Raynaud conçoit l’édifice, et la machinerie hydraulique est confiée à Jean Abadie, directeur de la fonderie de canons de Toulouse. Le château d’eau de Toulouse, avec son « aspect de solidité qui satisfait l’œil et l’esprit », est désormais considéré comme un modèle d’ingéniosité et de bon goût. On le cite vers 1830 parmi les réalisations industrielles françaises les mieux étudiées. Cette réalisation, à l’époque, change la vie des habitants.

O

Pôle photographique de Toulouse Le Château d’Eau devient lieu d’expositions de photographies en 1974 sous l’impulsion de Jean Dieuzaide. Il acquiert rapidement une renommée mondiale en présentant des expositions prestigieuses (Lee Friedlander, Walker Evans, Edward Weston, Robert Doisneau, Brassaï, Cartier-Bresson, etc.). Porté par une programmation équilibrée entre des grands noms de la photographie et des artistes émergents, le Château d’Eau se développe comme un lieu de production et de diffusion.



Je ne t’oublierai jamais, Ô Tolosa...

L

L

Je ne t'oublierai jamais, Ô Tolosa | 23 |

La Garonne Je ne t’oublierai jamais, Ô Tolosa

a ville romaine de Toulouse s’est implantée sur la rive droite de la Garonne, qui formait une terrasse insubmersible. Aujourd’hui, le fleuve coupe la ville en deux, en laissant sur la rive droite le centre ancien, comprenant le Capitole, des hôtels, des édifices religieux (basilique Saint-Sernin, église Notre-Dame de la Daurade, cathédrale Saint-Étienne) et le Parlement (ancien château narbonnais). La rive gauche est une extension de la ville ou se sont développés les quartiers Saint-Cyprien, ainsi que des zones d’activités : les abattoirs, l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques, le château d’eau et l’hôpital de la Grave... Ci-dessous : « Je ne t’oublierai jamais, Ô Tolosa, Ville dans laquelle j’ai été élevé !... Une vaste enceinte de murs de briques t’environne et la Garonne baigne un côté de tes remparts. Assise entre les peuples de l’Aquitaine et de l’Ibérie, tu possèdes une innombrable population à cause du voisinage des neigeuses Pyrénées, et des monts des Cévennes ombragés par des pins...». (Poète latin Decimus Magnus Ausonius) dit Ausone (v. 310 - v.395)

◀ Ci-contre : Quand la ville se farde de rouge telle une courtisane pour séduire le promeneur...(Claudia M.)



P

La construction du Pont-Neuf | 25 |

La construction du

Pont-Neuf Neuf décennies, presque un siècle, pour construire un vrai pont sur la

L

Garonne. Commencé par des Toulousains, fini par des Parisiens, le Pont Neuf fut l’objet de bien des conflits et finalement l’occasion pour l’État de montrer qui était le maître.

es Toulousains en rêvaient mais, toujours à court d’argent, ils n’osaient se lancer dans l’aventure et remplacer leurs deux ponts étroits et branlants par un grand pont, large et sûr. C’est finalement le Roi, François 1er qui en 1541 fait pencher la balance : il a besoin que ses troupes en route vers l’Espagne traversent facilement la Garonne. L’argent ? Il suffit de lever un impôt sur la région, provisoire bien entendu car les travaux iront vite… Les travaux dureront près de 100 ans, s’arrêteront bien des fois : guerres, conflits techniques, financiers car Languedociens et Gascons se rebiffent : pourquoi diable payeraient-ils le luxueux pont des Toulousains ? Et si ce n’était que l’argent, mais la Garonne n’en veut pas non plus de ce pont et prend un malin plaisir à démolir les batardeaux, ces palissades maçonnées qu’il faut édifier autour des futures piles du pont pour pouvoir construire à sec. Et quand elles sont construites, elle fait glisser les piles

Ci-dessus : Quai de la Daurade et Pont Neuf, 1908

sur son lit trompeur. Pour triompher de ces obstacles, il faudra un homme, Pierre Souffron. Appelé sur le chantier en 1597, il réussit à bâtir ou rebâtir les piles impossibles, celles qui sont au plus profond du fleuve. Il faudra surtout que l’État, pour qui ce chantier est capital, soit petit à petit aux leviers de commande. En 1566, les Capitouls sont mis de côté : le chantier sera désormais dirigé par des commissaires nommés à Paris. Entre 1597 et 1612, l’État change les règles d’adjudication : ce seront désormais celles en vigueur à Paris. Les artisans locaux, déjà effrayés par ce chantier hors normes, ne peuvent plus suivre et sont remplacés à partir de 1616 par une colonie de maçons et charpentiers parisiens. Entre temps, Souffron a été mis sur la touche, l’architecte parisien Le Mercier peut bâtir les belles arches basses que nous voyons aujourd’hui et Louis XIV, âgé tout juste de 21 ans, inaugurera le pont au milieu de grandes réjouissances le 19 octobre 1659.



L

Sous un autre angle | 27 |

Le Pont Neuf et le Quai de Tournis « Sous un autre angle... »

« Ville rose à l’aube, ville mauve au soleil, ville rouge au crépuscule...» (Claude Nougaro) ◀ Ci-contre

Les dégueuloirs du Pont Neuf à Toulouse. e dégueuloir (parfois aussi nommé « ouïe » ou « élégissement ») permet l’écoulement de l’eau lors d’une forte crue pour les ouvrages ayant une ou plusieurs piles en eau. L’eau trouve cet exécutoire avant d’atteindre le tablier du pont, ce qui allège la charge hydraulique et évite à celui-ci d’être emporté. Ce type de percement fut couramment employé pour les ponts romains au Moyen Âge. En France, seuls deux ouvrages postérieurs à cette période disposent de telles ouïes : le Pont Neuf de Toulouse, construit par Jacques Lemercier et achevé en 1632 et le petit pont de Coursan dans l’Aude, rebâti entre 1685 et 1690.

L

Ci-dessous :

Le Promeneur nocturne... elon que l’on choisisse de marcher sur les quais ou en contrebas de la Garonne, on pourra observer la demeure de Claude Nougaro (112, Quai de Tounis) ou, juste avant le pont Neuf, le Pont de Tounis et la lourde porte chargée de protéger le quartier de la Garonnette en cas de crue...

S

Le Pont de Tounis est le plus vieux pont de Toulouse. Il a été bâti en 1516 en remplacement d’un pont de bois, pour enjamber la Garonnette : ce petit bras de la Garonne qui formait l’Ile de Tounis. La Garonnette a été asséchée en 1954 mais pour ne pas effacer l’histoire, le quartier a été aménagé de façon à ce que ce petit ru coule toujours (La belle histoire de l’Ile de Tounis où vivaient les Tounisiens).


1

2

3

6

5

4


H

Hôtel-Dieu Saint-Jacques | 29 |

Hôtel-Dieu Saint-Jacques

Hôtel-Dieu Saint-Jacques

Veille depuis huit siècles sur les rives de la Garonne...

P

ropriété des Hôpitaux de Toulouse, l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques veille depuis huit siècles sur les rives de la Garonne, illustration parfaite de ces édifices qui servirent de halte sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. Hôpital Sainte-Marie de la Daurade & Hôpital Nouvel. Au commencement du Xlle siècle (1130-1140) est attestée l'existence de l'Hôpital Sainte-Marie de la Daurade, sur la rive gauche de la Garonne, en face de l'église et du couvent de la Daurade, tous deux sur la rive droite du fleuve. Le pont qui permet d'y accéder est le pont neuf de la Daurade, construit après l'Hôpital Sainte-Marie (entre 1153 et 1179). Une porte fortifiée le termine rive gauche. En 1225 est construite une charité, en amont de Sainte-Marie. Le bâtiment porte le nom de ses architectes les frères Roger et Bertrand de Novello. Il devient l'Hôpital Nouvel. Les deux bâtiments sont séparés par la rampe de descente du pont qui tourne à droite et devient la rue de l'Herbe, vers San-Subra (Saint-Cyprien) et la campagne. L’Hôtel-Dieu Saint-Jacques L’Hôtel-Dieu Saint-Jacques se développa à partir de 1257 sur l’emplacement de ces deux hôpitaux plus anciens (celui de Sainte Marie de la Daurade et celui de l’Hôpital Nouvel). Confiés aux Bayles de la Confrérie Saint-Jacques, ces deux établissements, séparés par la rue de l’Herbe, furent réunis en un seul, qui prit le nom d’Hôpital Saint Jacques. Il se développe progressivement pour devenir en 1554 l’Hôtel-Dieu (ou Maison-Dieu). Maison d’accueil pour tous les malheureux, mendiants, vagabonds, femmes de mauvaise vie et surtout les pèlerins de Saint-Jacquesde-Compostelle. On y soignait également des malades, mais ce n’était pas son rôle principal. Ayant fait l’objet de nombreux agrandissements au XVIIe siècle, l’HôtelDieu devint au XIXe et surtout au XXe siècle, grâce au progrès de la science, un véritable centre de soins et d’enseignement (photos 5 et 6).

Le tour d'abandon des bébés... En haut du grand l’escalier, dans une niche murale, une petite armoire pivotante... c'est le tour d'abandon des bébés (photo 2). Des 1540, l'hôtel-Dieu Saint-Jacques fut obligé de recueillir les enfants abandonnés, qui étaient déposés dans « le Tour » de l'hôpital, sorte de petite armoire ronde et tournante. Lorsqu'un enfant y était déposé, généralement la nuit, les religieuses de service, sœurs de la charité de Saint Vincent de Paul, une fois alertées, lui donnaient les premiers soins. Le lendemain, un officier de santé examinait l'enfant pour déterminer son sexe et son âge. Ensuite, un « Commissaire de ville » décrivait les linges et hardes qui l'enveloppaient, ainsi que le billet, souvent épinglé sur ses vêtements, indiquant qu'il était baptisé. Il restait alors à lui attribuer un nom. Le Pont Neuf remplace le Pont de la Daurade Mais le pont de la Daurade, devenu le pont couvert et peu à peu détruit par le fleuve, est de moins en moins sûr. La ville reçoit, en 1554, l'autorisation royale de construire un nouveau pont. Notre Pont-Neuf sera ouvert à la circulation en 1632. Sa construction a duré presque un siècle. Le devis primitif prévoyait trois rampes de descente, rive gauche. Quatre ans plus tard, le pont de la Daurade est emporté par une inondation. Il a servi pendant presque cinq siècles. Une arche, dernier vestige du pont de la Daurade est encore visible aujourd'hui (photo 3). L’Hôtel-Dieu aujourd’hui Classé au titre des Monuments historiques, il est aujourd’hui le siège du Centre Administratif des Hôpitaux de Toulouse et héberge le Musée d’Histoire de la Médecine. L’Hôtel-Dieu abrite par ailleurs deux salles magnifiques qui servent de lieux de réceptions privilégiés: la « Salle des Portraits » (ou « Salle des Pèlerins ») qui rend hommage aux nombreux bienfaiteurs, et la « Salle des Colonnes », richement parée d’un plafond à la française (XVIIe siècle).



Dernière arche du pont de la Daurade | 31 |

P

Dernière arche du...

Pont de la Daurade

Hôtel-Dieu Saint-Jacques

S

ur le flanc de l’austère façade de l’hôtel-dieu dominant le fleuve s’accroche une arche du XVe siècle, dernier vestige d’un pont dont l’origine remonte à l’époque romaine. Dès le XIIIe siècle, le pont de la Daurade canalisait l’essentiel du trafic entre les deux rives. Le comte de Toulouse Alfonse Jourdain avait autorisé le prieur du couvent de la Daurade, qui possédait des biens de part et d’autre de la Garonne, à construire un pont entre le port des Viviers, actuel port de la Daurade, et l’hôpital Sainte-Marie, futur Hôtel-Dieu. Bâti en briques bien cuites là où le lit du fleuve était le plus étroit, le pont de la Daurade comptait 9 arches. Avec ses 200 mètres, il était bien plus court que le Pont-Vieux. Le succès de cet ouvrage gardé par deux tours de défense fut immédiat. Il enjambait un fleuve à l’activité intense, animé par les moulins de rives du Bazacle, de la Daurade et de la Garonnette, les pêcheurs et bateliers de l’île de Tounis et de Saint-Nicolas. Côté ville, la municipalité dut intervenir pour protéger les pèlerins qui l’empruntaient des assauts des aubergistes. L’entretien du pont de la Daurade coûta fort cher aux Capitouls. En 1480, la première arche de la rive gauche, toujours visible contre l’Hôtel-Dieu, est à reconstruire. Les édiles municipaux font alors dresser sur le pont des boutiques en bois données à la location. On le chapeaute d’un toit, d’où son nouveau nom de Pont-Couvert… Après la construction du Pont-Neuf, le pont de la Daurade est abandonné. Son lent démantèlement prend fin en 1950 avec la démolition de sa dernière pile. Ci-contre : ▶

Le Pont de la Dalbade (Pont Couvert depuis 1480) sur le plan de Melchior Tavernier (daté 1631). Au sud : n°86 l'hôpital Saint-Jacques; n° 88 - l'hôpital des Pelerins. Au nord n° 3 - La Daurade et n° 79 - Port des Viguier.



L

La Grave

l’hôpital et la chapelle

« Que d’hommes se pressent vers la lumière non pas pour voir mieux, mais pour mieux briller. » (Friedrich Nietzsche)

L’Hôpital Créé au XIIe siècle et trois fois plus grand que l’hôtel-Dieu, l’hôpital La Grave fut le 2e hôpital et la principale maternité de Toulouse. Il tire son nom de la grève où il a été bâti le long de la Garonne. Il est reconnaissable grâce au dôme de la chapelle Saint-Joseph de la Grave. On trouve une première mention de l’hôpital de la Grave dans une charte de Raymond IV en 1197. Durant le Moyen-âge, il permettait d’isoler la ville des malades de la peste. L’hôpital agrandi de 1508 à 1514, prend le nom du saint protecteur contre la peste, SaintSébastien, un pavillon isolé des autres est créé pour abriter les pestiférés. A partir de 1647, pour pallier les problèmes que posait l’afflux de « pauvres » sur Toulouse, l’hôpital prendra le nom d’Hôpital Général Saint-Joseph de la Grave, et deviendra le lieu de renfermement des mendiants, voleurs, filles publiques mais aussi des « fous », des vieillards démunis, des orphelins et enfants abandonnés. On établit des boutiques et des manufactures dans lesquelles on fait travailler les pauvres. La Chapelle La première pierre de la Chapelle St-Joseph de la Grave est posée en 1758 par Gaspard de Maniban, premier président au Parlement de Toulouse. Les travaux sont souvent interrompus et ne sont achevés qu’en 1845. En effet, la chapelle connut d’importants problèmes d’écroulements. Ses fondations ont été remplacées par du béton et le dôme présente la particularité d’être en bois recouvert de cuivre, car avec sa finition brique et sa couverture métallique, il pesait plus de huit tonnes. En 1793, la Grave sera rebaptisée « Hospice de Bienfaisance ».

La Grave, l’Hôpital et la Chapelle | 33 |



L

Le Pont Saint-Pierre

« un pont à péage »

L

e Pont Saint-Pierre relie la place Saint-Pierre à l’hôpital de la Grave. La première version a été construite entre 1849 et 1852. Il s’agissait d’un pont à péage.

Pont à péage Pour l’emprunter, il fallait payer l’une des vingt-sept taxes exigées. Un piéton réglait 0,05 franc, un conducteur accompagné d’un cheval, d’un âne ou d’un mulet devait 0,10 franc, un chariot de roulage à quatre roues attelé de trois chevaux s’acquittait de la somme de 1 franc... ! 1875 - une crue de 8,32 mètres Le pont a été très endommagé lors de la grande inondation de la ville en 1875. La crue la plus importante connue jusqu’à ce jour s’est produite dans la nuit du 23 au 24 juin 1875. La hauteur de l’eau a été estimée à 8,32 m à l’échelle du Pont Neuf et la crue a provoqué la mort de 209 personnes, la destruction de 1140 maisons et des ponts Saint-Michel, d’Empalot et Saint-Pierre. Seul le Pont Neuf a résisté à cette crue dévastatrice. Le pont Saint-Pierre a alors été reconstruit avec une armature métallique et de nouveau ouvert à la circulation en 1987. Autre inondations Depuis cette date, bien d’autres inondations se sont produites à Toulouse et notamment la crue du 3 février 1952 qui atteignit la hauteur de 4,57 m à l’échelle du Pont-Neuf. Cette crue correspond à la crue dite «trentennale» 1 chance sur 30 par an de connaître une crue équivalente ou supérieure. Elle fut à l'origine de la construction par l’Etat des digues de protection de Toulouse. Depuis, deux autres crues d'aussi forte intensité (dépassant les 4 mètres) ont été observées en mai 1977 et juin 2000. Les digues ont rempli leur rôle de protection, en revanche l’île du Ramier fut largement inondée.

Le Pont Saint-Pierre | 35 |



L'heure bleue | 37 |

L

L‘heure bleue Une vision poétique des bords de Garonne au crépuscule « L’heure bleue ne dure que 20 minutes. Pour un humain cela n’a pas d’importance, mais pour une pellicule ou un capteur numérique cette zone est magique ».

L

A droite : ▶

orsque vous vous baladez sur le pont Saint-Pierre, sur le PontNeuf ou que vous prenez un verre assis sur les bords de la Garonne, vous ne pouvez pas rater ce manège coloré de 35 mètres de haut, pouvant embarquer 144 personnes et qui a nécessité trois jours de montage. Jusqu’au 29 août, petits et grands pourront s’évader quelques minutes audessus de la ville en admirant l’un des plus beaux panoramas « le coucher du soleil, à l’heure bleue » à 360° que Toulouse peut nous offrir. En plein été, ce beau manège est encore plus magique la nuit, que l’on connaisse Toulouse par cœur ou que l’on soit de passage en vacances...


Toulouse - Coucher de soleil en 30 minutes


C

Coucher de soleil en 30 minutes | 39 |

Coucher de soleil en 30 minutes...

« Un nuage d’images, le 2 Oct. 2012 entre 19h45 et 20h15 »

J

'aime photographier les berges de la Garonne qui ne sont jamais aussi belles qu'en automne, au coucher du soleil. C'est alors toute une palette de couleurs (bleu, rouge, rose, jaune et noir) qui change constamment en moins de 30 minutes. Les berges gorgées de monde, de jongleurs, de musiciens, d’amoureux, de chanteurs tziganes... La journée, les gens s’assoient sur les berges, ferment les yeux, et laissent le soleil colorer leur peau. Mais c’est le soir que l’atmosphère de la Ville Rose ressurgit au travers de la séduction qui s’instaure entre les passants, la complicité, les langues qui se délient et les lumières des lampadaires du Pont Neuf et du Pont St Pierre qui miroitent sur les pupilles des toulousains et toulousaines. Un lieu très romantique...

Le coucher du soleil romantique Le coucher du soleil romantique Que le soleil est beau quand tout frais il se lève, Comme une explosion nous lançant son bonjour ! - Bienheureux celui-là qui peut avec amour Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve ! Je me souviens ! J’ai vu tout, fleur, source, sillon, Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite... - Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite, Pour attraper au moins un oblique rayon ! Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ; L’irrésistible Nuit établit son empire, Noire, humide, funeste et pleine de frissons ; Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage, Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage, Des crapauds imprévus et de froids limaçons. Jan Renette 2012

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)


R

Rue Étroite Passage étroit qui mène à la vie et pourquoi pas à l’amour ? Elle garde tout son charme et son mystère en ne dévoilant pas l’autre côté. (Claudia M)

V

enelle du XIIIe siècle qui partait de la rue des Blanchers et descendait en pente raide jusqu’au bord de la Garonne. Elle appartenait au bourg des Coquinis, dans ce quartier où habitaient des blanchisseurs de cuir, des pêcheurs et des gens qui vivaient du fleuve. Les bourgeois devaient attacher avec soin leur bourse à aiguillette car les « coquins » rôdaient dans le coin. Elle s’appelait alors rue de la Roquette et, elle fut fermée en 1651, sur décision du conseil municipal « cette rue qui ne sert qu’à jeter des immondices et de retraite aux larrons »... Sur le tableau du 6 floréal de l’an II, elle porta le nom de rue de l’Obéissance, avant de devenir rue Étroite en 1806... baptisée ainsi, en raison de son étroitesse.

◀ Ci-contre :

Dans le centre de Toulouse, la signalisation franco - occitane des rues s’est mise en place dès 2002. Le patrimoine est aujourd’hui un enjeu important du développement local. Il représente aussi et surtout l’héritage culturel dont nous sommes à la fois les donataires et les donateurs... Jusqu’au XVIe siècle la plupart des documents étaient en occitan, certains en latin, d’autres en français.


L’ancienne ruelle de la Roquette, 2,5 mètres de large...

Rue Étroite | 41 |



Arrivée au port de la Daurade | 43 |

L Les quais et la Daurade

Les quais et la Daurade Arrivée au port de la Daurade... Un petit peu d’histoire e port de La Daurade sur la rive droite de la Garonne, en contrebas de la place de la Daurade, était au XIXe siècle le site des bateliers, bateauxlavoirs1 et pêcheurs de sable de la Garonne, sous les auspices de leur marraine, la Vierge noire de l’église de la Daurade. Surplombant le lieu, en effet, cette église connue aujourd’hui sous le nom de « Basilique de la Daurade » à cause de ses mosaïques à fonds dorés, est d’abord appelée au Ve siècle « basilique Sainte-Marie de Toulouse ». Son nom provient d’une mosaïque en or qu’elle renfermait : Deaurata qui veut dire couverte d’or.

L

Le port aujourd’hui Seuls des bateaux de promenade sur la Garonne et le canal du Midi partent aujourd’hui de ce port. On peut, à l’occasion, se rafraîchir à la terrasse de la buvette située sous le long l’escalier qui relie le quai de la Daurade. Vision macabre Un petit détail macabre : Éminemment pittoresques, les locaux de la buvette ont été construits, à l’origine, pour abriter la morgue où l’on exposait les noyés de la Garonne pour permettre leur identification ! Jusqu’au milieu du XIXe siècle, peu de personnes savaient nager et on allait à l’eau plutôt par accident que par plaisir. Seule une clientèle aisée commençait à fréquenter les écoles de natation et les établissements de bains amarrés à la berge. Voilà, ne pas oublier d’avoir une petite pensée pour eux en prenant un pot... 1) Ces bateaux, ouverts dans leur fond et munis d’un banc de lavage, étaient très utilisés par les lavandières qui venaient y laver le linge, qu’elles faisaient sécher sur place sur des étendoirs. L’une de ces embarcations, en 1808 au quai de la Daurade, contenait 55 bacs permettant à 110 femmes de travailler.



Église Notre Dame de la Daurade | 45 |

E

Église Notre Dame de la Daurade

Église Notre Dame de la Daurade

Assomption - La Vierge noire se pare de sa belle robe blanche...

L

a vierge noire de la Daurade a revêtu un de ses manteaux d'apparat pour la messe de l'Assomption, fête qui célèbre la mort, la résurrection et le couronnement de Marie. La vierge noire Dans la pénombre fraîche de la basilique NotreDame de la Daurade, tous les fidèles et touristes se dirigent vers l'autel de la Vierge Noire à l'enfant, à droite de la nef. Cette Vierge au visage couleur ébène est une curiosité et elle fait l'objet d'une dévotion bien vivante. En témoignent les nombreux cierges et bougies allumés ainsi que le recueil rempli de messages laissés par des visiteurs français ou étrangers, qui pour la plupart demandent protection pour leurs enfants et petits-enfants. Cette Vierge à l'enfant a Ci-contre : ▶

Dans l'église blanche, il y avait une statue de la Vierge à la figure rose. Dans l'église dorée, la Vierge est...toute noire ! Certains textes anciens parlent de Notre-Dame la Brune. Il est vrai que sous l'ancien régime, nos amis les « Noirs Africains » ou « originaires d'Afrique » étaient qualifiés de « noircis », notation nullement péjorative. Et comme, dans notre bon patois, noir se dit négro, on avait en langage populaire : Nostro-Damo-la-Nègro. Et, sous ce vocable ou ses variantes, la Vierge Noire fut, en fait, très populaire. Quand un pêcheur, de sable ou de poisson, voyait passer une femme africaine, chose jadis beaucoup plus rare qu'aujourd'hui, il se trouvait toujours un malicieux pour dire : « Té Nostro-Damo-la-Nègro qué sé passéjo ! »1 1) Notre-Dame la Noire qui se promène !

toute une histoire, détaillée sur des panneaux dans la basilique. La dévotion des Toulousains pour cette Marie à la peau noire ne date pas d'hier. La statue actuelle date du XIXe siècle. C'est une réplique de l'original, brûlé à la Révolution. Elle a la particularité d'être changée de tenue en fonction des périodes liturgiques. Des couturiers comme Jean-Charles de Castelbajac ont même contribué à réactualiser sa garde-robe, usée par le temps. En ce moment la Vierge est vêtue d'un manteau en soie damassée blanche rebrodée de guirlandes de fleurs, qui a l'air tout neuf. L'enfant Jésus couronné, portant un sceptre à la main, est juché sur le bras gauche de Marie et arbore une tenue assortie à celle de sa mère…


L’École des Beaux-Arts

La lumière sur sa surprenante façade

Une statue, c’est une étude de voume dans l’espace. Tout doit y être précision, équilibre et harmonie. ... La forme me plaît et je la fais, mais pour moi, elle n’est que le moyen d’exprimer l’idée. Ce sont les idées que je cherche. Je me sers de la forme pour arriver à ce qui est sans forme. Je tends à dire ce qui n’est plus palpable, ce qui ne se touche pas... (Aristide Maillol Peintre/Sculpteur 1861 - 1944)

L’

origine de l’École Supérieure des Beaux-arts de Toulouse remonte au XVIIe siècle, mais c’est en 1750 qu’est créée l’Académie Royale de peinture, de sculpture et d’architecture. Elle investit en 1892 les bâtiments de l’ancienne manufacture des tabacs, quai de la daurade, où elle est implantée depuis. En 1882, la construction d’un nouveau bâtiment appelé « Palais des Arts » fut entrepris. Sa façade en pierre élevée de 1892 à 1895 comprend une série de six médaillons et de six bustes en hermès, rendant hommage aux grands maîtres français, sculpteurs, architectes, peintres et graveurs : des inscriptions évoquent leurs noms… À vous de les découvrir sur place. Quatre statues allégoriques, féminines, sensuelles et surdimensionnées, se dressent sur un parterre de fleurs abondantes et symbolisent les quatre beaux-arts : la Sculpture, l’Architecture, la Peinture et la Gravure. La page de droite présente La Sculpture réalisée par Blanc et Laporte.

L’école des Beaux-Arts

L


L’école des Beaux-Arts | 47 |


2

1

3

4

2

4


T

La rive droite de la Garonne | 49 |

Toulouse - La rive droite de la Garonne

La rive droite de la Garonne

Une petite promenade...

1) Reza, « Entre guerres et paix », L’image au cœur de la ville sept /nov 2012

« Depuis trente ans, je tente de partager les mondes que j’ai découverts à travers mes images. Je cherche à raconter, dénoncer, émouvoir, témoigner, faire pleurer ou rire, grâce à l’alphabet universel de la photographie... Parfois entre guerres et paix, un indicible instant de poésie offre une fugace liberté » (Reza) L’exposition, inscrite dans le cadre de « 2012, Année Garonne », offre une balade au fil de l’eau durant laquelle le promeneur, sensible aux murmures du fleuve, sera amené à découvrir, à travers les photographies de Reza, la destinée des hommes et des femmes qui ont vécu l’histoire du siècle, ses blessures et ses moments de poésie.

2) Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle,

GR653 - « voie dite du Sud »

Avec près de 900 kilomètres à son actif, le GR653 entre Arles et le Somport reste l’un des chemins majeurs menant à SaintJacques-de-Compostelle. Cette voie, dite du Sud, offre des attraits inestimables tant au niveau patrimonial que géographique. Elle permet de relier les versants méditerranéens et atlantiques, avec Toulouse sur son chemin. L’écluse de Vic, balade agréable à l’ombre des platanes sur les berges du Canal Du Midi, voilà Port-Sud, on change de rive peu avant que le canal n'emjambe l’autoroute, à hauteur de Rangueil. On entre dans la ville Rose, Ô Toulouse… Place de la Capitainerie, direction du Grand Rond et par des pistes cyclables en direction du Capitole, après St Sernin pour trouver la sérénité. On reprend le chemin… bord de Garonne, l’Hospice de la Grave nous fait face sur l’autre rive. Nous repérons les balises (voir photo) qui nous ramènent sur le GR653 et le Canal de Brienne et, via les Ponts Jumeaux et sur le haut des berges goudronnées de la Garonne, nous quittons Toulouse…

3) Rue du Pont de Tounis, - La rue du jour -

Située sur un itinéraire antique, elle est appelée au XIIIe siècle rue Descente-en-Garonne car elle conduisait jusqu’aux berges du fleuve, ou plutôt de son bras, désigné sous le nom de Garonnette.

Elle fut aussi appelée rue des Bains-de-la-Dalbade du nom du quartier auquel elle appartenait. Elle prit son nom actuel en 1531, lorsque fut construit le pont destiné à relier la rive droite de la Garonnette à l’île de Tounis. Cette île semble devoir son nom au port Saint-Antoine. Le «O» se prononçait «OU» d’où Saint-Antoni ou Touni qui a pu devenir Tounis. Alignée au XIXe siècle, la rue du Pont-de-Tounis qui n’enjambe aujourd’hui que la rue de la Garonnette, fut prolongée de la rue de la Balbade jusqu’au quai de Tounis, aménagé entre-temps.

4) Larges anneaux scellés au bord de l’eau

Les bateaux-lavoirs, alignés le long des berges de la Garonne étaient amarrés à leur emplacement par des chaînes reliées à de grosses ancres dans la Garonne, ou aux arbres, à des meules de granit, des barres de fer, des chaînes sur la rive et de larges anneaux scellés au bord de l’eau (voir photos). Lorsque les bateaux-lavoirs sont en flottille, un filin ou des bâtons fixés à leur bord les tiennent à la fois à distance et les rendent solidaires. Malgré tout, la vigilance était de mise lors des tempêtes et des imprévisibles crues de la Garonne avec ses troncs d’arbres charriés par les flots ! Le fleuve qui perdit ses derniers bateaux-lavoirs, dragueurs et moulins au début des années 70, voit enfin revenir sur ses berges la batellerie. « Le second centre de Toulouse c’est la Garonne ! » C’est avec ces mots que nous accueille à son bord Bruno Huguet, le capitaine du bateau-mouche « le Capitole ». Plusieurs embarcations sillonnent aujourd’hui la Garonne et le canal du Midi, proposant une découverte du patrimoine toulousain différente et rafraîchissante. Si les touristes semblent apprécier l’ambiance qui règne à bord, chacun exprime ses préférences : Espagnols et Anglais ne se lassent pas d’admirer l’Hôtel Dieu et le dôme de La Grave, alors que les Japonais sont très friands des passages d’écluses sur le canal. Quand aux Toulousains, ils aiment à redécouvrir leur ville au cours de visites nocturnes. La dernière innovation proposée est à mettre à l’actif de Toulouse Croisières, qui offre avec chaque billet adulte une demi-journée de location de vélo. Vé l’eau ? Voilà… à Toulouse comme à Venise ! (La Dépêche du Midi)


C

C’est une Garonne...

a chanson « C’est une Garonne » est retranscrite sur une plaque, sous le Pont-Neuf. Claude Nougaro voulait que l’on fasse la fête au bord de l’eau. Il avait donné l’un de ses derniers concerts à Port-Viguerie. Un théâtre de verdure y a été aménagé : exauçant ainsi son vœu. Il a écrit C’est une Garonne depuis son balcon, au 112 du Quai de Tounis.

«C’est une Garonne » Quai de Tounis

L

« C’est une Garonne » quai de Tounis.


C’est une Garonne | 51 |

Ci-contre : «Le temps passe trop vite» Cette Garonne dont les reflets changeants miroitent doucement en contrebas sous les arches du Pont Neuf. Le chanteur a fait rouler ses galets avec gourmandise durant quarante ans à travers ses chansons...



Lieux chargés d’histoire et de symboles | 53 |

L

Lieux chargés d’histoire et de symboles...

Lieux chargés... d’histoire et de symboles... « Lorsque j’habitais ce loft, cette petite caravelle sur les quais, des musiciens noirs et arabes venaient jouer au crépuscule, car l’eau et le Pont-Neuf offrent une résonnance magnifique. La Garonne devenait soudain africaine ». (Claude Nougaro)

A

u numéro 112 du quai de Tounis, les promeneurs lèvent la tête presque immanquablement vers ce petit balcon tout en haut : la dernière demeure de Claude Nougaro, un loft qu’il avait acheté avec Hélène, à la fin des années 80. Il y recevait ses amis. « Ma Diterranée c’est une Garonne » a été écrite depuis ce petit balcon d'où on l'entend encore fredonner cette chanson…



La Ville Rose | 55 |

La

Ville Rose

«C’est peut-être pour ça qu’on te dit Ville Rose...»

T

oulouse, ville rose... Crue ou cuite, crépie ou nue, la brique est, depuis l’antiquité, le matériau favori des bâtisseurs Toulousains. Reflétant chaleur et lumière, elle donne sa couleur à la ville...

Ville rose...

S

i Toulouse est surnommée la Ville Rose, c’est grâce aux Romains, qui ont enseigné les techniques de la tuile et de la brique. Le procédé est simple : la brique et les tuiles proviennent de la cuisson de l’argile. La vallée de la Garonne et son sol argileux n’ont jamais permis d’exploiter la pierre. II fallait la faire venir du Massif Central ou des Pyrénées. Seuls les plus fortunés pouvaient construire leurs maisons en pierre. Tous les autres ont souvent utilisé la brique qui, grâce à sa composition devient rose à la cuisson. C’est pourquoi on trouve tant de reflets roses au cœur de la ville, qui se changent en pourpre, ou en rouge au gré de la lumière du jour.

Les couleurs et l’accent du Sud...

V

ille du sud aux accents espagnols et aux façades italiennes, Toulouse a toujours aimé s’ouvrir aux influences et aux cultures venues d’ailleurs. Cultivant précieusement son identité occitane, elle rayonne néanmoins bien au-delà des mers et des océans par sa richesse culturelle, son art de vivre et ses prouesses technologiques. Toulouse conjugue à merveille la douceur d’une ville où il fait bon vivre et la force d’une métropole tournée vers l’avenir.



Plaques de rues et façades | 57 |

P

Plaques de rues et façades

Plaques de rues et façades

Plaques de rues...

V

ous êtes perdu, vous cherchez une adresse ? Pas de panique : il existe depuis le 22 avril 1815 un système astucieux adopté par délibération du conseil municipal...

Repérage par couleur, depuis 1815 Un système de repérage par couleur avait été mis en place ; des plaques à fond jaune pour les rues parallèles à la Garonne et à fond blanc pour les rues perpendiculaires. La plupart des gens de l'époque ne sachant pas lire, c'était pour eux un moyen facile pour se situer... La numérotation des maisons dans la rue était également sur fond jaune, remontant de l'amont vers l'aval (pairs à droite, impairs à gauche). Sur fond blanc ou oblique, les numéros remontent vers le fleuve. Au début, les « plaques » des rues et les numéros étaient gravés en pierre dans le mur. En 1815, le scellement des plaques sur les murs fut généralisé. La manufacture (faïencier) « Fouque et Arnoux » obtint le marché pour la production industrielle de plaques de céramique avec lettres au manganèse. Cette manufacture, située près de Saint-Sernin, s'installa ensuite à Saint-Gaudens et produisit jusqu'a la fin du XIXe siècle la fameuse porcelaine bleue dite « de Valentine ». A partir de 1845 les plaques en porcelaine ovales apparaissent. Elles disparaissent à leur tour, remplacées par les plaques en fonte à fond blanc avec l'inscription en bleu. Signalisation bilingue des rue de Toulouse, français - occitan Dans le centre de Toulouse, la signalisation bilingue des rues est mise en place en 2002. Le patrimoine est aujourd'hui un enjeu important du développement local. Il représente aussi et surtout l'héritage culturel dont nous sommes à la fois les donataires et les donateurs. Ce patrimoine nous permet d'affirmer une identité culturelle dont le toponyme est un des fleurons. Jusqu'au XVIe siècle la plupart des documents étaient en occitan, certains en latin, d'autres en français.

façades quartier dalbade...

C

e vieux quartier toulousain, « la Dalbade » s'articule autour de l'Église Notre-Dame de la Dalbade et de la rue de la Fonderie. Le quartier est principalement composé d'habitations anciennes.

Rue de la Dalbade Cette rue n'est pourtant pas très longue mais chaque bâtiment a une histoire. Il faut dire que cette rue devint le quartier de la noblesse de robe à partir du XVe siècle. Après l'incendie de 1442 pendant lequel le quartier fût entièrement ravagé, et suite à la création du Parlement sur la place du Salin, les parlementaires s'y font construire de beaux hôtels : • Un de ces hôtels au numéro 16 - Hôtel de Villepigne ou deux médaillons ornent la façade (voir photo) • L'Hôtel de Clary, dit de Pierre, au 25, fut construit en 1537 par Jean de Bagis, conseiller au Parlement de Bordeaux. En 1602, François Clary, président du Parlement de Toulouse l'acquit et décida de l'embellir au point d'en faire ce qu'il est aujourd'hui. Il s'avère qu'à cette époque, on découvrit les pierres de monuments gallo-romains dans la Garonne. Clary les utilisa pour la construction de la façade. On disait alors qu'il y avait autant de pierres au Pont Neuf qu'à l'hôtel de Pierre ! Cet Hôtel de Clary a une façade tellement décorée que je ne savais pas comment cadrer la photo. Chaque élément est différent... Finalement, j'ai pris plusieurs clichés afin de réaliser un panoramique. Rue Pierre Brunière Cette petite rue du quartier du Salin fut dénommée « rue du Canon », durant la Révolution, en raison de la proximité de la fonderie à canon. Voie antérieure au XIIIe siècle, on la connaissait aux XVe et XVIe sous l'appellation de « rue de la Pierre Brunière » (Carriera Petri-Brunerii). A cette époque, messire Pierre de Bruyère, conseiller au Parlement, était le principal propriétaire de cette petite rue. La déformation du patronyme aurait donné son nom à cette rue durant deux siècles. Au XVIIIe siècle,on grava une pierre, toujours visible, portant son nom actuel.


1

2

3

6

1) Vue des usines de Tounis, lithographie XIXe 2) Ruisseau domestiqué, ultime vestige du bras de la Garonnette, désormais nom de rue sur l'île de Tounis 3) Plan Mairie de Toulouse 4) Les poissonniers ont été repoussés du centre-ville qu’ils ont empesté pendant des siècles et sont installés sur l’autre rive de la Garonnette, face à la pointe nord de l’île 5) Rue des Moulins (Moulins du Château Narbonnais) 6) Lithographie, Isle de TOVNIS, XVIIe siècle. On voit bien l'île de Tounis et les dernières arches du pont de la Daurade

5

4


L

La Garonnette et Île de Tounis | 59 |

La Garonnette

Garonnette et Île de Tounis, une histoire passionnante

Garonnette et Île de Tounis, une histoire passionnante...

N

ous sommes en 1953... C’est la dernière étape d’une profonde métamorphose d’un des quartiers les plus singuliers de Toulouse... En un an l’Île de Tounis n’en sera plus une, les bulldozers œuvrent en amont de la Garonnette, les anciens Moulins du Château Narbonnais sont démolis pour laisser place à un ensemble d’HBM (Habitations à Bon Marché) tandis que la Garonnette est progressivement comblée. Origine de la Garonnette Difficile de statuer sur l’origine de la Garonnette : bras naturel de la Garonne, berge de l’ancien lit principal ou canal de fuite des Moulins du Château Narbonnais dès l’origine ? Aucune hypothèse n’est inconditionnellement admise. Toujours est-il qu’à la fin de l’Antiquité la peur des invasions barbares incite les Toulousains à édifier à la hâte une muraille sur ce qui fut ensuite la rive droite de la Garonnette, en prélevant sans ménagement des matériaux partout où ils étaient disponibles, y compris en dépouillant les vestiges des constructions funéraires parsemées, selon la coutume romaine, le long de la voie narbonnaise. Île de Tounis, Pont de Tounis L’ile est néanmoins signalée depuis le XIIe siècle. En 1380 il est fait mention d’un immeuble versus pontem Tonicii (contre le Pont de Tounis) : c’est la première confirmation de la présence d’un pont reliant spécifiquement Toulouse à l’île de Tounis. Son aspect et son mode de construction ne sont que des hypothèses mais il est probable qu’il ait été en bois car il est systématiquement reconstruit à chaque inondation. De 1515 à 1528 on construit le pont actuel, entièrement en brique, excepté les clés de

voûtes en pierre. Le pont, initialement en pente, est composé de trois arches mais les deux arches extrêmes ont été progressivement noyées dans les constructions environnantes. C’est le plus ancien pont encore en usage à Toulouse : le Pont-Neuf fut ouvert à la circulation en 1632, soit un siècle plus tard. Île de Tounis, isolée de Toulouse Jusqu’au XVIIIe siècle, malgré les ponts, l’île de Tounis reste isolée de Toulouse. C’est une ville dans la ville mais aussi un lieu misérable qui a très mauvaise réputation. Par sa position, l’île subit de plein fouet les caprices du fleuve. Les maisons donnant sur la Garonne en font les frais et s’écroulent régulièrement. Les habitants de l’île subissent une misère constante, condamnés aux cycles de destruction et de reconstruction dictés par la Garonne. Les toulousains repoussent ici les activités qui génèrent des nuisances mais qui leur sont nécessaires. (exemple : les poissonniers, repoussés du centre-ville qu’ils ont empesté pendant des siècles, sont installés sur l’autre rive de la Garonnette, au bout de l’actuelle « Descente de la Halle aux Poissons »). En plus des soieries, teintureries, forges, moulins et de la halle aux poissons, les abattoirs sont installés au nord de l’île et rejettent leurs déchets directement dans la Garonne. Les observateurs du XVIIIe siècle la décrivent comme régulièrement rougie par le sang et les déchets rejetés directement dans le fleuve par les abattoirs. C’est donc un lieu bruyant, malodorant et malfamé où œuvrent voyous et prostituées. Changement radical à partir de 1831 Pour endiguer les crues du fleuve et embellir la ville en prolongeant les quais de la

Daurade, on procède à la première transformation radicale de l’île en l’amputant presque de moitié. Les quais suivant peu ou prou le tracé de l’ancienne rue centrale, toutes les maisons donnant sur les berges de la Garonne sont détruites, de même que celles de la pointe nord. Pour relier le quai de Tounis au Pont-Neuf et franchir l’extrémité de la Garonnette, on construit une grande arche oblique, intégrée dans le quai et alignée dans le prolongement de la chaussée. En 1854, les quais sont terminés et la Garonnette n’est probablement conservée qu’à cause de sa fonction de canal de fuite des Moulins du Château. À l’autre extrémité de l’île le nouveau Pont de Halage, permet dès 1866 un débouché au sud vers le pont Saint-Michel : l’Île de Tounis n’est plus une enclave et les quais de la rive droite forment un ensemble harmonieux face au Cours Dillon. Cadre pittoresque envahi de verdure Dans la première moitié du XXe siècle la Garonnette est un cadre pittoresque envahi de verdure. On y trouve des guinguettes, des bateaux-lavoirs et les Moulins du Château continuent à fonctionner pour un temps. Le paysage qui faisait tout le charme de l´île fut bouleversé lorsqu´en 1924, la centrale électrique du Ramier fut réquisitionnée pour alimenter la poudrerie et les usines d´armement, ce qui provoque la fermeture des vannes du moulin du château afin d´augmenter la puissance de l´eau. Le cours d´eau se transforma en eaux stagnantes et nauséabondes, ce qui déboucha entre 1947 et 1953 à des travaux d´assainissement et d’assèchement par la construction d´un égout long de 300 mètres. Fin d'une histoire passionnante...


| 60 | Ces bars-cafés, témoins de l'histoire


CL

Ces bars-cafés, témoins de l’histoire de la fin du XIXe siècle à nos jours...

es Cafés-concerts ou cafés-chantants désignent au milieu de XIXe siècle des endroits publics où l’on boit et où l’on chante. Ils étaient auparavant dénommés les « goguettes » d'où l'expression « aller en goguette » ! En 1869, le « Guide des étrangers » cite cinq café-chantants à Toulouse, principalement situés sur les allées Louis–Napoléon (ex-allées Lafayette, futures allées Jean-Jaurès) : « L’avant-gardiste L’Eldorado, L’Alcazar, le Casino Toulousain, le Café Oriental et le Pré Catelan ». On ne pouvait cependant pas y chanter n’importe quoi, une ordonnance de police, du 2 janvier 1863, obligeait tout chanteur à faire viser son répertoire par le ministère de l’Intérieur ! Ils parait qu'à l’Eldorado, sur les allées de Barcelone, on croisait des filles flirtant, en patins, sur la piste en bois avec des peaux de lapins en guise de protège-genoux… A la fin du XIXe siècle, à Toulouse, les bars et cafés hôtes de concerts et bals fleurissent dans tous les quartiers. La Ville rose décroche alors le pompon de la cité la mieux lotie de France pour ce type d’établissements (ratio calculé en fonction du nombre d'habitants). La Société des Grands Cafés Cette excellente santé commerciale est liée à la création de la Société des Grands Cafés de Toulouse en 1900. Ces hauts lieux conviviaux, que le tout - Toulouse frivole « fréquentait », comme on disait à l’époque, se nommaient : Le Lafayette, La Comédie, le Théâtre des Variétés, l’Albrighi, le Sion ou les Américains… Rive gauche ou rive droite, c’était champagne dans tous les cafés : le Bibent, le Père Louis, le café Authié, le Père Léon, ou l'Eldorado... Aujourd’hui Certains cafés ont aujourd'hui disparu ou donné naissance à de nouveaux établissements. D'autres ont tout simplement changé de nom comme « Les Coulisses », ex-Rolls, « la Rolls des Boulevards », qui continuent à séduire leur clientèle tout comme les deux Pères, Louis et Léon, ou encore Chez Authié, le Capoul, le Bibent, le Cardinal, mais aussi le café de la Concorde, véritable « petit titi parisien ». « Un café, c’est la vie de la cité, le lien social par excellence. La fermeture d’un café, c’est une petite mort pour la ville » insiste avec certitude et une forme de désappointement Guy Pressenda, ancien président de l’Union des Métiers et des Industries Hôtelières de la Haute-Garonne (UMIH31). ◀ Ci-contre : Le Café des Artistes reste fidèle à son nom. A ses débuts (18 ans déjà), il se transformait en café-théâtre pour accueillir les étudiants en art dramatique du Conservatoire et, depuis huit ans, le patron Jacques Robert, y expose les peintures, photographies et mosaïques d’artistes... Ci-contre : ▶ A la fin du XIXe siècle, les hôtels, bars et cafés fleurissent dans tous les quartiers de Toulouse. Les boulevards, parcs et jardins public offraient d’agréables balades. Pour le transport commun, la ville était déjà dotée d’un service d’omnibus dès 1863, mis en place par l’entreprise d’Eugène Pons. Des hippomobiles à 2 ou 3 chevaux transportaient les Toulousains pour le prix modique de 10 centimes. Le succès fut immédiat : en 1868, les omnibus transportèrent 1,5 millions de personnes. En 1887, Firmin Pons, son fils, inaugure les premières lignes de tramways hippomobiles dotées d’un rail. Le réseau ne cesse de s’étendre : 12 lignes à Toulouse, 15 lignes pour la banlieue en 1900…



Brasserie des Beaux Arts - Tout feu, tout flamme | 63 |

BS

Brasserie des Beaux Arts L’ambiance chaleureuse d'une brasserie

Brasserie des Beaux Arts

ituée le long du quai de la Daurade, en bordure de Garonne, la Brasserie Flo Les Beaux-Arts est l’une des brasseries les plus prestigieuses du centre-ville de Toulouse. Elle le doit d’abord à un décor singulier. Un écrin de briques roses encadre l’entrée tandis que des boiseries en noyer enserrent la grande salle à l’intérieur. Les grands miroirs, les luminaires et les appliques qui scandent l’espace relèvent du style Art Nouveau tandis que le comptoir en bois, couronné d’un zinc, rappelle ce que fût autrefois le populaire Café Bellevue. Avant son rachat par le groupe Flo en avril 1987, l’établissement était fréquenté par les étudiants et les professeurs de l’Ecole des Beaux-Arts. Aujourd’hui encore, le lieu reste un passage obligé pour le « milieu de l’art ». Une cuisine de qualité pour tout public Le ravissement du regard accompagne celui du palais. « Nos produits frais et de saison sont sélectionnés avec la plus grande exigence » précise le Directeur Stephan Giroussens. A côté des plats typiques régionaux (le Cassoulet, la Saucisse de Toulouse, le foie gras, le magret de canard…) et des spécialités maison (plateau de fruits de mer, profiteroles au chocolat chaud, crêpes flambées), des nouvelles créations voient régulièrement le jour. Le «dos de cabillaud à la plancha, asperges vertes gratinées au parmesan et sauce chorizo», les «langoustines rôties, fraîcheur de légumes crus, vinaigrette antiboise aux olives et tomates confites» ou bien encore la «crème brûlée au chèvre frais et romarin» sont quelques-uns des plats de la nouvelle carte concoctée par le Chef de cuisine. Un savant compromis entre originalité et tradition qui s’adresse aussi bien aux hommes d’affaires qu’à une clientèle plus familiale.


Page de gauche : Magnifique boutique Hôtel Delfau, la Fleurée de Pastel - 20, rue de la B Elle a trouvé son activité d'orgine autour du pastel grâce à Catherine Haedens, la proprié


Bourse. étaire...

Z

Vieux cafés - Le Père Louis | 65 |

Zinc ouvert sur « Le Père Louis »

Ce célèbre et indémodable bar à vins a su conserver tout son charme d'antan

C

réé en 1889 par le bon Louis Simorre, le plus vieux bistrot de Toulouse a conservé presque intact son décor d'époque composé de barriques et boiseries qui nous content l'histoire de cet illustre bar à vins. Sans oublier les murs de la salle principale dont le haut fut peint dans les années 40 d'après des illustrations datant de la création du café. Ces peintures représentent les bords de la Garonne, les principaux ponts et ses berges mélancoliques. On raconte que l'artiste Paul Amalric (un fidèle consommateur des lieux), à l'origine de ces œuvres, aurait offert ses talents au Père Louis pour s'acquitter de ses nombreuses dettes. Ces peintures murales intérieures et la façade ont d'ailleurs été inscrites au patrimoine et classées par les Monuments historique en 1992 ! A la grande époque des fous volants de l’Aéropostale, Mermoz et Saint-Exupéry aimaient y passer du temps avant de s'envoler pour de glorieux défis. Ces pilotes venaient y déguster le célèbre cassoulet qui mijotait dans la petite cheminée dont on distingue encore l'empreinte dans le mur de la salle du fond1.

Témoins de la belle époque, les photographies de comiques troupiers attestent également de leurs passages réguliers au café. De nombreux instantanés d'anciennes équipes de rugby rappellent l'esprit déjà très familial du lieu. C’est dans l’imaginaire collectif un peu l'équivalent du bar de « la Marine » de Raimu à Marseille, mais version Toulouse, où l’on « s’escagasse » depuis 1889, explique Patrick Mistou, maître des lieux depuis 1997. Le café a gardé cet esprit chaleureux et convivial, et chacun vient se détendre autour d'un verre de Banyuls, de Muscat, de Maury, mais encore et surtout de « Quinquina » qui reste la grande spécialité du Père Louis, depuis plus

d’un siècle ! Jadis, le père Louis « manigança » lui-même la composition de ce breuvage, un apéritif obtenu à partir de vins, additionnés de sucre/caramel, d'alcool neutre et aromatisés par une infusion de nombreuses plantes aromatiques dont une proportion d’extrait de Quinquina 2 . Le portrait du fondateur figure déjà depuis plus d’un siècle sur l’étiquette de la bouteille, raconte Patrick avec beaucoup de fierté. Les vignobles sont à l'honneur en ce lieu teinté d'histoire, où les clients viennent se restaurer le midi ou déguster en soirée les fameux apéritifs-tartines autour des barriques aujourd'hui inutilisées, mais qui immortalisent le passé légendaire du bistrot. Ce bar « sans musique », tient à préciser son propriétaire, aime accueillir les amateurs de bon vin où les visiteurs d'un jour. « Nous avons voulu garder une ambiance paisible où chacun peut discuter et s'exprimer à sa guise ». Certains viennent même s'épancher, et les cafetiers se transforment alors, pour quelques instants, en amis ou confidents. « Un quartier sans café est un quartier qui meurt : c'est un véritable lieu de vie qu'il faut préserver », rappelle le patron.

Ci-dessus : Patrick Mistou, maître des lieux depuis 1997

Au Père Louis plus que jamais, la chaleur des lieux réchauffe le cœur autant que le bon vin. Tout cela sous le portrait bienveillant du Père Louis qui trône encore au fond de la salle…

Ci-dessus : Cocktail « Quinquina-Père Louis » 1) Selon Gaston Vedel, pionnier auteur de l'ouvrage LE PILOTE OUBLIÉ (Gallimard) via Bernard Bacquié, historien de l'Aéropostale.

2) « Quinquina ». Arbre à feuilles opposées, le Cinchona fut découvert au Pérou en 1513. A cette époque, les tribus parlaient de kina-kina, « écorce des écorces », d’où « Quinquina ». Il a fallu attendre 1638 pour que cette écorce soit reconnue sur le plan médical comme fébrifuge. A cette date la femme du vice-roi du Pérou fut guérie de la fièvre paludéenne par son médecin, qui utilisa le Quinquina pour la soigner. Après des envois en Espagne et à Rome, les pères Jésuites établis au Pérou, en intensifièrent l’exportation vers le Vieux Monde, et vers la France. Plus tard Napoléon Ier n’oublia pas le rôle salutaire du Quinquina en ordonnant, en 1809, des distributions aux armées ainsi qu’à ses bonnes villes de France. Aux colonies françaises et particulièrement pendant la campagne d’Algérie, le Quinquina vit accroître sa renommée. Sous le climat épuisant, pour lutter contre la malaria, seules les distributions de Quinquina mêlé au vin, rendirent la santé aux troupes et aux premiers colons. (Source: Loïc GIRRE – « Traditions et propriétés des plantes médicinales » - Editions Privat).



L

La Brique rouge des Minimes | 67 |

Brique rouge des Minimes

La Brique rouge des Minimes... Qu’il est loin mon pays, qu’il est loin Parfois au fond de moi se ranime L’eau verte du Canal du Midi Et la brique rouge des Minimes Ô mon pays, ô Toulouse, ô Toulouse ... (Claude Nougaro)

C

’est Claude Nougaro qui a rendu célèbre « la brique rouge des Minimes » grâce à sa fameuse chanson, mais ce sont les religieux « Minimes » qui ont donné leur nom au quartier en s’installant sur les lieux au XVe siècle. Au départ des religieux, les terres des Minimes, très caillouteuses et impropres à la culture ont été louées aux bouchers pour faire paître leur bétail. Ce n’est qu’au XIXe siècle que les maraîchers s’y installèrent jusque dans les années 60. Aujourd’hui le quartier des Minimes est bien connu pour ses « Toulousaines », maisons basses de briques et galets donnant sur d’adorables jardins paysagers. Quartier familial par excellence, il a su garder son âme de village grâce au marché de plein vent de la Place du Marché aux Cochons et aux nombreux espaces verts accueillant parents et enfants.



LT

Les Quais

out comme Paris, la Ville Rose a ses quais. Parmi ceux-ci, sur la rive droite de la Garonne, le quai Lucien Lombard, qui commence place de la Daurade et finit place Saint-Pierre. Ce n’est qu’en 1947, que le quai reçoit son nom actuel. Ce nom lui vient d’un héros de la Résistance né à Najac en 1899 et décédé en mars 1942.

Joseph-Marie de Saget Dans une ville des « Lumières », le fleuve est souvent la clé de voûte des nouveaux embellissements. L’établissement du quai Lucien-Lombard remonte aux années 1767-1780. Il s’inscrivait dans un plan destiné à border de quais la rive droite, depuis le pont Neuf jusqu’au Bazacle, suivant le projet de Joseph-Marie de Saget, architecte et ingénieur de la province du Languedoc. Sur le tableau du 6 floréal an 2, il apparaît sous le nom de « quai Voltaire ». La parure monumentale Mais la magie de la mise en scène architecturale rêvée par JM Saget continue néanmoins d’opérer lorsque le soleil couchant embrase la brique de notre Ville Rose, voir photos…

Le Quai Lucien Lombard | 69 |


T

Toulouse - Hôtel d'Assézat

Un magnifique hôtel particulier du XVIe siècle...

C

’est la plus belle résidence que la Renaissance ait laissée dans notre ville : ce fastueux palais fut édifié, à partir de 1555 pour Pierre d'Assézat, pastelier rouergat à la fortune considérable, propriétaire de comptoirs à Anvers et Londres, et deux fois capitoul. Parmi les maîtres d'œuvre, il faut particulièrement mentionner l'architecte et le maître sculpteur Nicolas Bachelier, son fils Dominique et Jean Castanié - dit Nicot.

La plus belle résidence de la Renaissance En entrant dans la cour, le regard est captivé par la majestueuse ordonnance des façades et l’élancement de la tour aux étages en gradins. Au rez-de-chaussée, les retombées des arcades sont soutenues par des chapiteaux doriques puis en s’élevant aux ordres ioniques et corinthiens. Sur la clef d’arc du passage voûté on voit les armes du Capitoul Pierre d’Assézat. Les Assézat sont originaires d’Espalion (Aveyron). Ils s’établirent à Toulouse vers 1540 et entrèrent dans le négoce du pastel où ils firent fortune. A la mort de ses frères, Pierre d’Assézat, receveur général de la reine douairière de France, Eléonore d’Autriche, acheta par acte du 16 septembre 1551 le vaste immeuble de Pierre de Montfort. En 1552, devenu seigneur de Ducède par l’achat de la seigneurie, il fut investi de la dignité de Capitoul et représenta la ville aux Etats Généraux de Paris en 1557. A sa mort, l’hôtel demeura propriété de la famille jusqu’en 1761 où il fut vendu à Nicolas-Joseph Marcassous, baron de Puymorin et membre de l’Académie des Sciences, qui pour obéir aux goûts de son époque fit transformer la plupart des fenêtres. Après la Révolution, l’hôtel passa à de riches marchands et négociants et la cour de l'hôtel devint un entrepôt de barriques. Théodore Fulgence Ozenne Acheté en 1895 par le banquier Ozenne, il est légué par son propriétaire à la ville de Toulouse, à la condition qu'y soient logées les six Académies et Sociétés Savantes : - l'académie des Jeux Floraux (1323) ; - l'académie de législation (1851) ; - la société archéologique du midi de la France (1831) ; - la société de médecine, chirurgie et pharmacie (1801) ; - la société de géographie de Toulouse (1882) et - l'académie des sciences, inscriptions et belles-lettres (1640).

Ci-dessus : « Hôtel d’Assézat et de Clémence Jsaure » © Isabelle Haas 2013 Isabelle Haas, (Balma-31), artiste peintre « carnettiste » a récemment travaillé sur une nouvelle série de tableaux métissés de collages d'anciens manuscrits toulousains qui s'inscrit dans une démarche picturale originale : peinture et écriture décrivent les richesses du patrimoine de la ville. Un regard insolite sur l'architecture des monuments de Toulouse qu'elle propose de partager régulièrement avec le public lors de ses expositions.

Aujourd'hui A partir de 1980, la ville commença la restauration par étapes de l'ensemble du bâtiment ancien puis la construction d'une extension moderne. Ces travaux achevés permirent à l'hôtel d'accueillir, outre les Académies et Sociétés Savantes, les collections artistiques rassemblées par l'humaniste et mécène Georges Bemberg mises par lui à la disposition de Toulouse.

Hôtel d'Assézat, la Renaissance...

| 70 | Hôtel d'Assézat




U

Un platane tricentenaire | 73 |

Un platane tricentenaire

Un platane tricentenaire...

Place Anatole France

« Sur votre droite, un platane tricentenaire occupe l’espace »

C

’est en ces termes que l’audioguide du petit train touristique reliant les principaux monuments de Toulouse décrit la place Anatole France lorsqu'on y passe. Situé au croisement de la rue Valade et la rue Déville, la place Anatole France possède en effet le plus vieil arbre de la Ville rose. Son tronc, de 4,6 mètres de circonférence, porte une majestueuse couronne qu’aucun élagueur n’a touchée depuis trente-cinq ans. Ce sujet exceptionnel, qui n’a rien à envier à ses pairs, tels que le cyprès chauve de la place Wilson, le micocoulier du square Saliège ou même les grands platanes du Jardin Royal, fait la fierté du quartier. Peu de Toulousains connaissent l’existence de cet arbre, ce qui peut expliquer le peu d’attrait des habitants mais également des touristes pour cette place. « C'est un lieu de passage » fait remarquer Georges Martinez, gérant d’un restaurant sur la place. «...Avec la proximité de la Basilique Saint-Sernin, du Capitole et de la Daurade, les touristes et les Toulousains peuvent être amenés à passer par la place Anatole France pour rejoindre les différents lieux touristiques de la ville mais ne s’y arrêtent pas...».

Ci-contre : ▶

Plaques des rues et numéros

Vous êtes perdu, vous cherchez une adresse ? Pas de panique : il existe depuis le 22 avril 1815 un système astucieux adopté par délibération du conseil municipal. Un système de repérage par la couleur avait été mis en place ; des plaques à fond jaune pour les rues parallèles à la Garonne et à fond blanc pour les rues perpendiculaires. La numérotation des maisons dans la rue était également sur fond jaune, remontant de l'amont vers l'aval (pairs à droite, impairs à gauche). Sur fond blanc ou oblique, les numéros remontent vers le fleuve.La plupart des gens de l'époque ne sachant pas lire, c'était pour eux un moyen facile pour se situer... (Voir aussi page 57)


R

Fontaine Saint-Étienne « Le Griffoul » L’eau si fraîche et claire Vous met l’eau à la bouche Là on peut s’asseoir en l’écoutant jazzer en cascadant sur les pierres usées. Là dans cette eau vive quand on retrouve l’air libre on sent que rien n’est plus beau que vivre... (Eau douce - Claude Nougaro)

L

a plus ancienne fontaine publique de Toulouse, le « Griffoul », signifie en langue d’Oc « Source jaillissante » et date de 1546-1548. Elle est composée de quatre chérubins et de deux petits plans d’eau superposés. Elle trône sur la Place Saint Etienne et fait face à la cathédrale du même nom. Ses qualités artistiques témoignant de la Renaissance toulousaine et son importance pour l’histoire de la ville ont motivé son inscription sur la liste supplémentaire des Monuments Historiques en 1925. A l’origine, on pouvait comparer les marmousets en bronze au fameux Manneken Pis de Bruxelles mais en 1649 le sculpteur Pierre Affre modifie la posture des malicieux bambins...la mode avait changé ? Maintenant l’eau coule par la gueule de créatures marines, dont nos marmousets assagis se contentent de tenir la tête avec grâce... Saint-Étienne est un riche quartier du centre historique de Toulouse, au sud-est de la Place Esquirol. Dans ce magnifique quartier bourgeois, les belles demeures ont été réalisées pour les aristocrates et pour les gens de robes. On y trouve aussi des magasins de luxe, des magasins d’antiquité ainsi que des ateliers de restauration...

Fontaine Saint -Etienne- Le Griffoul

Retour aux sources...


Fontaine Saint-Étienne « Le Griffoul » | 75 |



La Place du Capitole | 77 |

La

Place du Capitole

« Arcades du Capitole, place des commerces et cafés, de l’art, de la musique et du théâtre »

V

oici le Capitole, j’y arrête mes pas... Les ténors enrhumés tremblent sous leurs ventouses. J’entends encore l’écho de la voix de papa... C’était en ce temps-là mon seul chanteur de blues.

Passé... le XIXe siècle (Page de gauche)

Présent... année 2013

R

L

Transport Un ballet de fiacres conduisait les élégantes à travers la ville. Les omnibus à impériales, mis en service en 1863, furent remplacés par des omnibus hippomobiles sur rail en 1887. De nombreux départs de diligences se faisaient depuis la place du Capitole et assuraient les longs parcours (Toulouse comptait 28 diligences en 1863). Les omnibus électriques prirent le relais dès 1906. Le dernier omnibus tracté par des chevaux disparut en 1913.

Plus d'omnibus, ni de diligence, mais un métro et un parking souterrain pour voitures. L'accès en voiture est de plus en plus limité et réservé aux riverains et aux taxis par un accès règlementé. Tout ceci dans le but de rendre le centre ville aux piétons et favoriser l'organisation de manifestations.

enommées pour leurs commerces et leurs cafés, les arcades du Capitole attiraient une clientèle de qualité. Quelques exemples de commerces : le magasin de meubles Des Arcades, la Grande papeterie du Capitole, un tailleur, l’imprimerie Labouche... Sans oublier « le Grand Café », à l’angle de la rue Saint-Rome et de la place du Capitole où se réunissait la « Violette Toulousaine ». L’intérieur de cet établissement somptueusement décoré dans le style Belle époque était l’une des curiosités de la place. Après la démolition de nombreuses façades qui n’étaient pas dans l’alignement et dénaturaient la splendeur de la place, la construction des arcades s’acheva en 1854.

e Grand Café, entièrement rénové et restauré, qui porte aujourd’hui le nom « Le Bibent » (M. Bibent, hôtelier renommé de la place Wilson au début du e XX siècle) offre à nouveau au regard son splendide décor Belle Époque avec la complicité de l’architecte toulousain Axel Letellier. On peut aussi remarquer l’hôtel de l’Opéra qui se trouve à l’ancien emplacement du collège Saint-Martial fondé en 1359 par le pape Innocent VI. La municipalité a demandé aux commerces de la place du Capitole de respecter les lieux et d’harmoniser leurs enseignes en laiton. Ainsi, la place n’est pas défigurée et le rouge brique domine. C’est peut être l’un des rares lieux où le logo d’un McDonald’s n’est pas jaune sur fond rouge.


H C

Hôtel du Grand-Balcon

Célèbre pour avoir accueilli Guillaumet, Mermoz et Antoine de Saint-Exupéry au temps de l’aéropostale...

’est ici, derrière les briques rouges de la place du Capitole, que l’épopée des chevaliers de l’Aéropostale prend son envol au début des années vingt. Sous l’éclairage moderne, les photos des héros, les pages de gloire, les mille souvenirs constellent les murs de l’hôtel... Le Grand Balcon, que Mermoz surnommait la « maison des Ailes », c’était la « pépinière de la Ligne ». Pilotes et mécaniciens écrivaient ensemble la grande et la petite histoire de l’Aéropostale. Lucie, Henriette et Risette Marquez, les vieilles demoiselles propriétaires de cette modeste pension de famille, cajolaient ces hommes turbulents tombés du ciel, tout en veillant à la bonne moralité de leur établissement. Mais la frénésie de vivre des pilotes, entre deux missions vers l’Espagne et le Maroc, déjouait la vigilance des trois sœurs... qui comptaient les pas dans l’escalier. Rayonnants de jeunesse, ils portaient à l’étage les fiancées d’un soir, juchées sur leurs épaules. Malgré tout, les vieilles dames les aimaient comme leurs propres enfants. Avec eux le souffle de l’Afrique et les vents du large

habitaient la pension de famille. Elles savaient que leur soif de vivre masquait la crainte de mourir. Le soir, à la table du Grand Balcon, « la popote » comme l’appelait Saint-Exupéry, les « bleus » questionnaient timidement les anciens, qui frémissaient encore des luttes contre le vent de sable, ou contre les tourbillons furieux des sierras. Parfois ils racontaient des récits effrayants : quand la terre et la mer se dérobaient sous un voile noir ; quand la tourmente déchirait les haubans dans un sifflement aigu et que le pilote agrippait ses mains aux croisillons de la carlingue, pour ne pas être arraché de son siège ; quand le Breguet XIV, ce fragile assemblage de bois, de toile et de métal « se cabrait comme un cheval rétif », avant que l’hélice n’expire soudain, les bords d’attaque rongés par la pluie, et que l’altimètre, lui, dégringole... Alors, il fallait vite trouver « une bande de terre propitiatoire »... Certains ne revenaient pas s’asseoir à la grande table de la « popote », la brume, la montagne ou la tempête avaient eu le dernier mot. Devant le silence de leurs camarades, les sœurs Marquez ne demandaient rien. ◀ Ci-contre : En 1949, Joseph Kessel réalise un film sur l’aventure de l’Aéropostale. Sous le nom de Grand Balcon, ce film raconte la formidable épopée qui fit entrer dans l’histoire de France une génération d’aviateurs et de constructeurs. A l’occasion de la sortie du film, le magazine Paris Match consacra plusieurs pages à cet hôtel, qui logeait les pilotes et fit un portrait amusé des trois sœurs gardiennes du Grand Balcon.


L’hôtel du Grand-Balcon | 79 |



Le Capitole et son Donjon | 81 |

L

Le Capitole et son Donjon

« Un hôtel de ville prestigieux »

D

evenu aujourd’hui l’hôtel de ville, le Capitole n’a pas changé d’emplacement depuis 1190, mais sa forme actuelle date de 1759. Sa façade, conçue par l’architecte Georges Cammas, s’orne de huit colonnes de marbre rose symbolisant les huit Capitouls (magistrats municipaux), et de nombreuses statues, comme celles de Clémence Isaure ou encore de Pallas Athéna. Sa cour intérieure est appelée Cour Henry IV, car la seule statue du roi, réalisée de son vivant, trône au-dessus d’un portail. Au centre de la cour, une plaque indique le lieu où fut décapité le Duc de Montmorency, filleul d’Henry IV. L’aile sud du bâtiment abrite quant à elle le Théâtre du Capitole. Le nom de Capitole vient du mot « chapitre », lieu où se tient l’Assemblée. Tous les chemins mènent à la place La place du Capitole, animée par de nombreux cafés, est un véritable lieu de rendez-vous pour les Toulousains. D’une superficie de deux hectares, elle arbore en son centre la nouvelle croix du Languedoc, réalisée par Raymond Moretti. La place est le cœur vivant de la cité : espace dédié au marché de plein vent, du mercredi et de certains matins. Un parking de 1000 places a été creusé en sous-sol. L’ensemble, redessiné et restructuré en 1995, préserve la grâce des proportions et constitue une immense dalle ouverte aux piétons.



L B

Le Donjon du Capitole | 83 |

Le Donjon du Capitole

âti au XVIe siècle, le Donjon est l’ancienne tour des archives ou tour des Consistoires qui date de l’époque où les Capitouls administraient la ville.

L’ancienne tour des archives Cette construction avait pour but de renforcer le rempart de défense de la porte Villeneuve et de mettre à l’abri les archives de la ville. Il fut construit en quatre ans par Pierre de Naves puis Laurent Clary. En 1557, un arsenal ou chambre de l’Artillerie est construit à côté du donjon. Celui-ci est restauré par Viollet-le-Duc entre 1873 et 1887 car il menaçait de s’effondrer. Il ajoute lors de cette rénovation un beffroi flamand (en ardoise) avec un clocheton très original dans une ville où d’ordinaire s’expriment la brique (sur les façades) et les tuiles (sur les toits), typiques du style méridional. Quatre gargouilles Observez les gargouilles quelque peu terrifiantes qui s’échappent du beffroi. Au nombre de quatre, elles scrutent attentivement les alentours du donjon, les ailes prêtes à se déployer pour fondre sur tout ennemi ou menace. Généralement postées sur des édifices religieux, elles assurent la cruciale mission d’éloigner le mal. Mais elles ne sont pas les seules créatures fantastiques de l’édifice. Au plus haut du donjon sommeille un magnifique ouvrage, un monstre fabuleux et féérique, plutôt inattendu à Toulouse. En l’examinant de plus près, il semble que la partie dorsale ait été endommagée : peut-être était-il ailé ? Dans la mythologie, le dragon incarne la force et la sagesse, dans la Bible, le mal terrassé par l’archange ou encore en Chine, la fécondité. Gardien du Donjon, protecteur de la tour, il est un lien entre la terre et le ciel et amène un peu de magie au cœur de la ville. Office de Tourisme Aujourd’hui ce bâtiment abrite l’Office de Tourisme, qui organise de nombreuses visites pour découvrir Toulouse sous toutes ses coutures.

Ci-contre : Observez les gargouilles quelque peu terrifiantes qui s’échappent du beffroi et au plus haut du donjon un monstre fabuleux et féérique...



Skertzò, maître de l'art fascinant du trompe-l’œil | 85 |

«Horizontales» « Jamais deux fois le même fleuve » Par Skertzò, maître de l'art fascinant du trompe-l’œil Le Capitole métamorphosé « Une animation spectaculaire illumine trois fois par soir la façade de l’édifice emblématique de la Ville rose. Conçu sur mesure par les scénographes parisiens de Skertzò, ce spectacle métamorphose la façade du bâtiment en une fresque mouvante et poétique. La magie opère. » (Sud-Ouest, 23 juillet 2012)

I

l fallait écarquiller bien grand les yeux en traversant la place du Capitole le soir du 23 juillet 2012. La façade s'est transformée en véritable bateau-théâtre, avec une fresque visuelle et sonore. « Jamais deux fois le même fleuve » signé Skertzò, duo d’artistes, maîtres du trompe l’œil, la Garonne onirique, lumineuse et magique. Skertzò, maître de l'art fascinant du trompe-l’œil, dompté avec poésie via les nouvelles technologies et autres potions artistiques, jette son dévolu sur Toulouse après Lyon, Beauvais ou Jérusalem. L’équipe de « montreurs de rêves » conte cette belle histoire de Dame Garonne, ses mythes et ses mystères, au gré de ses mouvements et de ses métamorphoses. « Une histoire liée à ce lieu, sans être dans le documentaire » précise Hélène Richard, directrice artistique chez Skertzò.

◀ Ci-contre : « La Garonne source de vie permet de faire pousser des arbres... »



« Jamais deux fois le même fleuve » - Skertzò | 87 |

L

Le Capitole est un bateau théâtre... Le Capitole que la Garonne inonde « Un spectacle sur le thème du fleuve Garonne élaboré en deux mois par les Léonard de Vinci du trompe-l’œil et de la projection sur monument historique par le groupe parisien Skertzò » (La Dépêche du Midi, 19 juillet 2012)

P

ersonnification de la Garonne, le Capitole rend hommage au fleuve en empruntant ses méandres, en célébrant ses mythes et ses mystères. La façade du Capitole devient le théâtre de métamorphoses d’un fleuve rose et sombre, violent et calme, brillant et profond, indompté, lumineux. Reflets, c’est l’histoire rêvée des Nymphes, Atlantide fluviale, miroir tourmenté des architectures. Des lignes blanches et brique tranchent la façade en longs segments réguliers qui s’animent, fluides, lourds et liquides. Fleuve panoramique, l’eau large file, majestueuse, irisant les arcs des ponts. Des colonnes forment des rideaux d’arbres. Un soleil rose se lève à l’horizon. Un immense bruissement de milliers d’ailes qui descendent sur l’eau sombre. Fleuve rose comme une ville, façade liquide, le ruban de l’eau forme des tresses autour des colonnes. Des colonnes qui forment des rideaux d’arbres, des colonnes qui deviennent cascades, des masques, tels des fontaines, qui soufflent des eaux colorées. La main de Gulliver transforme la façade en un étrange laboratoire, les colonnes se remplissent d’eau comme des éprouvettes, elles inondent le fleuve qui devient miroir du Capitole. Un roman fleuve, les mots filent sur la façade comme poissons, poèmes aquatiques. Roses, des fils d’eau tracent des entrelacs redessinant une nouvelle fois la façade en un corps improbable, vertige des eaux turbulentes… (Source : Skertzò web site)

◀ Ci-contre : « Les naïades de la Garonne ou le culte du fleuve... »



« Jamais deux fois le même fleuve » - Skertzò | 89 |

Double page : « Le Pont Neuf place du Capitole sous le regard surpris des Toulousains...»



« Le Capitole est un bateau théâtre » - Skertzò | 91 |

L

Le Capitole est un bateau théâtre... (Par Skertzò)

« Pierre Nougaro, son papa... »

C

laude Nougaro chantait « J’entends encore l’écho de la voix de papa... » et on trouve encore aujourd’hui des souvenirs de son père dans le théâtre du Capitole... Pierre Nougaro découvre le monde de la musique et fréquente le théâtre du Capitole. Il s’inscrit aux cours du soir du Conservatoire à l’incitation de ses parents, eux-mêmes choristes. L’obtention d’un premier prix de déclamation lyrique lui ouvre l’accès aux scènes parisiennes. Reconnu comme un véritable chanteur d’exception, Pierre prend, dans les années 50, les fonctions de directeur du Théâtre de Besançon, puis du Théâtre de Rennes en 1958. À Rennes, le théâtre est alors en crise et Pierre est chargé de faire revenir le public en grand nombre. Il renouvelle la programmation et offre aux Rennais de grands galas lyriques, des opérettes et une nouvelle création annuelle. Il fait également venir les grands noms de l’Opéra de Paris. En 1967, il se retire de ce théâtre (devenu ensuite l’Opéra de Rennes) après avoir réussi le redressement demandé. À partir des années 70 et pour de nombreuses années encore, sa forte personnalité et son talent dramatique lui ouvrent les portes d’une nouvelle carrière sur le petit et le grand écran. On le verra dans de nombreux téléfilms, et, au cinéma, il tournera notamment pour Claude Chabrol et Claude Berry.

◀ Ci-contre : « Un aller-retour entre le fleuve et la ville, le Capitole descendant au fond du fleuve, la Garonne dépassant le Capitole... »



La Salle des Illustres | 93 |

L

La Salle des Illustres

La Salle des Illustres...

Abrite les bustes des gloires toulousaines, des statues allégoriques et de grands tableaux muraux évoquant l'histoire de Toulouse.

L

a salle des Illustres de l’Hôtel de ville est une galerie tenant toute la façade du Capitole entre les deux avant-corps, d’une longueur de 62,20 m, d’une largeur de 8,40 m et d’une hauteur de 9,68 m. La moitié des dépenses de décoration, réalisée par des artistes Toulousains, fut prise en charge par l’Etat. Son nom de Salle des Illustres lui vient des nombreux bustes des célébrités toulousaines qui l’ornaient autrefois, dont certains sont aujourd’hui conservés au musée des Augustins. Sous la IIIe République (1870-1914), une vaste campagne de décoration des édifices publics est lancée par le pouvoir central. Dans un rapport au ministère daté du 30 janvier 1878, Chennevières propose d’ouvrir une enquête sur les monuments publics français susceptibles de recevoir une décoration peinte ou sculptée. Les Municipalités qui souhaitent décorer leurs bâtiments officiels doivent alors faire une demande à l’Etat qui prend à sa charge la moitié des dépenses sous réserve du choix des artistes. Ces commandes permettent à la fois d’embellir les édifices publics et de servir la propagande politique. Selon une tradition issue de l’Ancien Régime, les Beaux-Arts, et plus particulièrement la peinture, assurent un affermissement du pouvoir et montrent l’éclat du nouveau régime. Depuis le Second Empire, on assistait à un renouveau de la peinture décorative. La galerie actuelle remplace la vieille salle

des Illustres construite en 1674 et détruite en 1887. Classée monument historique en 1994, les superbes peintures ( Jean-Paul Laurens, Benjamin Constant, Edouard Debat-Ponsan, Alexandre Falguière, Antonin Mercié, Henri Rachou, Edmond Yarz, Jules-Jacques Labatut...) qui ornent son plafond, ont été restaurées en 1999. Les bustes de personnages célèbres Toulousains : Caffarelli, Rivals, Pinel, Riquet... sont également toujours exposés dans cette salle. Ci-dessous : Dans le Capitole, la salle des Illustres renferme de splendides peintures datant de la IIIe République. Elle célèbre les gloires toulousaines, à travers des représentations de scènes et de personnages.



H

Hommage à Pierre de Fermat | 95 |

Hommage à Pierr deFermat

Hommage à Fermat L’esthétique des mathématiques

Pierre de Fermat (1601- 1665)

I

l a exercé ses talents de mathématicien parallèlement à son travail de magistrat. On a retrouvé certaines de ses annotations dans des textes renommés tels l’Arithmetica de Diophante, ainsi qu’une partie de sa correspondance avec les scientifiques du XVIIe siècle. Sa formation de mathématicien n’était alors que peu connue. Il partagera avec Descartes la gloire d’avoir appliqué l’algèbre à la géométrie. Il imagina pour la solution des problèmes, la méthode dite de maximis et minimis. Il posa en même temps que Blaise Pascal les bases du calcul des probabilités. Mais sa contribution majeure concerne la théorie des nombres et les équations diophantiennes. Auteur de plusieurs théorèmes ou conjectures dans ce domaine, il est au cœur de la « théorie moderne des nombres ». ◀ Page de gauche et ci-dessous :

Hommage par Théophile Barrau (1848-1913)

Cette œuvre de l’artiste Théophile Barrau représente une jeune femme tournée vers le buste du mathématicien Pierre de Fermat. Elle le regarde avec admiration et lui tend un crayon. A ses pieds, un cartouche sur lequel est inscrit : « Fermat, inventeur du calcul différentiel 1585-1665 ».

Ci-contre : ▶

Hommage par Isabelle Haas (2013)

© Porte de l’Hôtel de Bernuy / Lycée Pierre de Fermat. Cet hôtel particulier de style Renaissance a été construit au XVIe siècle par l'architecte Louis Privat pour le compte du marchand pastelier Jean de Bernuy ; un juif espagnol qui s'est enrichi grâce au commerce du pastel et qui devint Capitoul en 1533. Depuis 1567 l'hôtel abrite des écoles : tout d'abord le collège des Jésuites de 1567 à 1762, le collège Royal à partir de 1764 et le Lycée national de Toulouse après 1870. L'établissement prend enfin le nom de « Lycée Pierre-de-Fermat » à partir de 1957, grâce à la proposition de Raymond Badiou en hommage à Fermat. Raymond Badiou y fut professeur de mathématiques durant la Seconde Guerre mondiale, et maire de Toulouse à la libération. Ce n’est pas aussi un hasard que le Lycée se trouve dans la rue Pierre de Fermat.



P

Le Capitole - Paul Gervais, ses compositions murales | 97 |

Paul Gervais, peintre (1859 - 1936)

Paul Gervais, ses compositions murales au Capitole

Ses compositions murales au capitole de Toulouse...

P

aul Jean Gervais est né à Toulouse, où il étudia à l'Ecole des Beaux-Arts. Il fut ensuite l'élève de Jean Léon Gérôme et de Gabriel Ferrier à Paris. Sociétaire des Artistes Français, il y obtient de nombreuses récompenses. Peintre d'histoire, de sujets allégoriques, de scènes de genre… il reçut de nombreuses commandes pour des compositions murales publiques mais aussi privées. Page de gauche : Salle des Illustres

La Fontaine de Jouvence (1908)

L’artiste Paul Gervais a choisi de peindre le mythe de la fontaine de Jouvence (symbole d’immortalité issu de la mythologie biblique et classique et qui prendrait sa source dans le jardin d’Eden) dans des tonalités acidulées, vives et contrastées. Trois femmes, dont l’une entièrement nue, viennent à la source miraculeuse retrouver leur jeunesse perdue. La fontaine est surmontée de statues en bronze représentant Mars et l’Amour. Double page suivante et photo ci-contre :

La Salle Gervais

La salle Paul Gervais ou anciennement salle des Mariages se trouve derrière la statue d'Henri IV. Le décor entièrement réalisé par Paul Gervais comprend trois panneaux et une grande toile. Le thème choisi par l'artiste est « L'Amour, source heureuse de la vie », décliné à différentes périodes de la vie. Des femmes aux corps voluptueux et des hommes dans des tenues du XVIe siècle évoluent dans des paysages de rêve, évocateurs du plaisir et des charmes de l'amour. Les plafonds, où l'Amour est accompagné des figures allégoriques de la Grâce, de la Pureté, de l'Innocence et de la Fidélité, viennent donner à cet ensemble son unité et sa signification. Ci-contre : ▶ Le panneau « L'Amour source de vie, Cythère », patrie allégorique des Amours. Double page suivante : Les trois étoiles qui représentent successivement l'Amour source heureuse de vie à 20 ans, à 40 ans, puis à 60 ans.



La Salle Paul Gervais - « L'Amour, source heureuse de la vie » | 99 |


Ses compositions murales au capitole de Toulouse...

lève d'Alexandre Cabanel, Edouard Debat-Ponsan est célèbre pour ses portraits de la grande bourgeoisie et des hommes politiques parisiens, ses peintures d'histoire de l'Antiquité, et ses scènes de la vie paysanne. Républicain, ancien combattant de la guerre de 1870, Debat-Ponsan s'engage dans la lutte pour la réhabi-

litation du capitaine Dreyfus, en exposant au Salon de 1898 sa « Vérité sortant du puits », en soutien à Emile Zola. Père de l'architecte et grand prix de Rome 1912, Jacques Debat-Ponsan est aussi le grand-père de Michel Debré, premier ministre du Général de Gaulle et artisan de la Constitution de la Ve République.

Page de droite : ▶

La Couronne de Toulouse (1894) - (Salle des Illustres) Au centre d’une composition en spirale, une jeune femme brune vêtue de rose symbolise Toulouse. Accoudée sur le blason de la ville, elle est entourée des figures allégoriques de tous les arts, facilement identifiables grâce à leurs attributs. En bas à gauche, la Poésie tenant une lyre, en haut, à droite, la Tragédie

et le masque de théâtre, la Sculpture, l’Architecture et enfin la Peinture qui couronne la ville de lauriers d’or. Avec les nombreuses commandes pour la décoration des édifices publics sous la IIIe République, on assiste à un nouvel essor de la peinture allégorique : en effet, la décoration monumentale se prête plus facilement aux figures volantes et aux drapés flottants. Commandée le 19 février 1892 avec le tableau représentant le Cardinal de Brienne rendant visite au sculpteur François Lucas, cette œuvre est exposée au salon des Champs Elysées à Paris en 1894. Un an après, elle est envoyée à Toulouse pour être marouflée1 et installée définitivement dans la salle des Illustres au Capitole.

1) Toile marouflée : toile appliquée sur une surface (mur, plafond) avec une colle. ◀ Ci-contre :

Goudouli récitant ses poèmes devant Molière

Debat-Ponsan est l'auteur de cette scène picturale dans la salle du Conseil Municipal, où l'on voit les personnages de Molière et Pierre Goudouli dans la cour d'une maison languedocienne. Le jeune Molière écoute assis, le regard bienveillant, le vieux Goudouli qui déclame ses poèmes, la main tendue vers le ciel. Une servante assiste à la scène dans l'encoignure d'une porte. Toute la scène baigne dans une atmosphère de tendresse, de complicité et d'amour, que l'on retrouvera souvent dans les scènes paysannes toutes entières d'authenticité et de réalisme. La salle du Conseil Municipal du Capitole abrite les élus toulousains depuis le 17 mai 1896. Ils étaient alors au nombre de 36, contre plus de 80 aujourd'hui ! Le lieu, picturalement parlant, renferme des œuvres de Lupiac, Font, Pouget, Bonis, Roucoule et Yarz, mais la plus célèbre est celle de Debat-Ponsan…

Edouard Debat-Ponsan, ses compositions murales au Capitole

Edouard Debat-Ponsan, (1847 - 1913)


Le Capitole - Edouard Debat-Ponsan, ses compositions murales | 101 |



J

La Salle des Illustres - Jean-André Rixens | 103 |

Jean-André Rixens (1846 - 1925)

Jean-André Rixens, ses compositions murales au Capitole

Ses compositions murales au capitole de Toulouse...

N

é dans une famille modeste en 1846 à Saint-Gaudens près de Toulouse, Jean-André Rixens entre en 1861 à l'école des Beaux-Arts de Toulouse. Après avoir obtenu en 1866 le second prix de la ville (ex-aequo avec Benjamin Constant) pour la Mort d'Alcibiade, il rentre dans l'atelier du peintre Gérôme. Peintre d'histoire, il expose régulièrement aux Salons. Membre de l'Union Artistique de Toulouse à partir de 1885, il participe également à des expositions régionales. En 1889 avec d'autres artistes comme Rodin, Meissonnier ou encore Puvis de Chavannes, il crée

Deux de ces œuvres dans la salle des Illustres... ◀ Page de gauche :

Toulouse coopérant à la défense nationale (1870)

Dans un char tiré par deux lions, la figure allégorique de la République s’apprête à recevoir le glaive que lui tend la ville de Toulouse, représentée par une jeune femme couronnée. Derrière la République, un groupe de fantassins armés symbolise l’armée française. Au-dessus, la Mort brandit une épée ensanglantée et un flambeau dévastateur. Cette œuvre illustre la participation de la ville de Toulouse à la guerre de 1870 face aux Prussiens. Ci-contre : ▶

Les artilleurs quittent Belfort (1896)

Au premier plan, et sous le regard des troupes allemandes, les soldats français quittent, très dignement, une ville dévastée par les flammes. En effet, le 18 février 1871, la garnison, commandée par le colonel Denfert Rochereau, est contrainte de quitter la place forte de Belfort qu'elle occupait depuis le début du conflit. Après s'être documenté sur cet événement historique, l'artiste a donné des portraits très réalistes de Firmin Pons, du capitaine Mariage et du lieutenant Aurély, tous d'origine toulousaine.

la Société Nationale des Beaux-arts, alors rivale de la Société des Artistes Français dominée par Bouguereau. Grâce à sa notoriété et son talent, il prend part à la décoration d'édifices publics dont le Capitole et l'Hôtel de ville de Paris. Vers la fin de sa vie, il se consacre davantage au portrait. Des personnages toulousains célèbres comme Monseigneur Germain, archevêque de Toulouse ou encore Mme Edouard Privat ont été immortalisés par l'artiste. Après une grande carrière, il meurt à Paris, en 1925, à l'âge de 79 ans.


Une balade dans Toulouse,


Une balade dans Toulouse | 105 |

après l'éblouissante animation proposée par SkertzÒ.


| 106 | Autour du Capitole...

◀Ci-contre et page à droite (en bas)▶

Rue du Poids de l’Huile es bâtiments du Poids de l’Huile donnèrent son nom à la rue. Ils servaient d’entrepôts aux huiles, jambons, chairs salées et fromages. Ces marchandises, avant d’être vendues, étaient pesées par les «gorratiers» (ou peseurs d’huile), qui tenaient un registre et percevaient un droit de péage concédé par les Capitouls. L’institution du Poids de l’Huile remonte au XVe siècle. En 1783, les bâtiments furent désaffectés et transformés en caserne pour recevoir la Compagnie du Guet. Toutes les anciennes maisons furent démolies pour l’élargissement des rues adjacentes.

L


A

Autour du Capitole...

Ci-contre : ▶

Rue d’Alsace Lorraine a rue traverse la ville du nord au sud, entre le boulevard de Strasbourg et la place Rouaix (XIXe siècle). Le 14 juin 1856, le projet qui prévoyait dès 1776 le percement de deux grandes artères - la rue longitudinale (rue d'AlsaceLorraine) et la rue transversale (rue de Metz) - est accepté. À cette date, les voies les plus fréquentées étaient la rue Saint Rome et celle reliant le Pont Neuf à la cathédrale Saint Etienne. Les travaux débutèrent en 1871. De puissants intérêts financiers l’emportèrent sur les soucis esthétiques ; les architectes furent nombreux et les préoccupations des commanditaires (banques d’affaires, commerces de luxe) étaient centrées sur la compétitivité et le profit financier. Ceci sauve la rue de la monotonie architecturale et une certaine fantaisie émerge avec la diversité des architectures et l’inventivité des motifs décoratifs allant du baroque à l’art nouveau en reprenant des motifs gréco-romains : frontons ornés d’écussons et de figures allégoriques, balcons d’une grande diversité de motifs en ferronnerie, colonnes, pilastres, cariatides encadrant des fenêtres, et chapiteaux corinthiens. Tous les immeubles ont connu des restaurations successives. Quelques-uns ont gardé les balcons en fer forgé et l’harmonie des briques toulousaines entre les belles fenêtres de style Second Empire.

L



L

La Rue Saint Rome Qui fut rue principale de la ville...

L

a rue Saint-Rome correspond à l'axe nord/sud de la ville romaine (cardo) et s'est affirmée jusqu'au XIXe siècle comme l'artère principale de la ville, au coeur du quartier des affaires. Elle s’appelait la «Grand-Rue » au Moyen-Âge, reliant le Salin à Saint-Sernin ; puis « Carriera des Bancs Majours » à cause de la présence d’une halle aux poissons qui fut détruite en 1550. Un siècle plus tard, elle prit la désignation actuelle à cause de la construction d’une chapelle par les Religieux de Saint Rome. Dans cette rue, on remarque de belles demeures en brique, comme la tour de Serta en briques rougeâtres, ou son voisin l’hôtel du Capitoul Jean Bolé (1549) et L’hôtel Comère qui conserve la belle façade de style Henri IV-Louis XIII. Quelques maisons à pans de bois témoignent de l'architecture dominante jusqu'aux grands incendies des XVe et XVIe siècles qui dévasterent le quartier. Les annales racontent : « à 10h du soir, il arriva un grand embrasement, le feu s’étant pris à la rue Séminières, dans la maison d’un apothicaire ; 80 maisons furent réduites en cendres ; le clergé y alla en procession avec le Saint Sacrement porté par l’archevêque ; les reliquaires de quelques saints venant de Saint-Sernin y furent apportées ».

Aujourd'hui, de nombreux commerces perpétuent la vocation marchande de la rue.

Rue Saint Rome | 109 |



R

Rue du Taur | 111 |

Rue du Taur

Rue du Taur, ancienne voie romaine...

L

l'évêque Saturnin traîné par un taureau...

a rue du Taur est une rue emblématique de la Ville Rose. Reliant la place du Capitole à la basilique Saint-Sernin, c'est un chemin que l'on emprunte sans savoir qu'autrefois celui-ci était une ancienne voie romaine qui permettait d'accéder à la porte septentrionale de Tolosa. Plus tard elle fut fréquentée par les pèlerins qui allaient se recueillir sur la tombe de Saint Saturnin. Son nom de Taur évoque la scène de l'évêque Saturnin, au IIIe siècle, traîné par un taureau parce qu'il avait refusé d'abjurer sa foi devant des prêtres païens. C'est à l'emplacement de l'église Notre-Dame du Taur que le taureau se serait défait des liens le reliant au martyr. Eglise Notre Dame du Taur Nous nous trouvons dans l’Eglise Notre Dame du Taur où l'on peut découvrir les splendides peintures de Bernard Bénézet qui a voulu reproduire des événements historiques liés à l’église elle-même : le martyre de St-Saturnin, les saints de Toulouse implorant la vierge ou encore la mort de Saint Joseph. Ci-contre : ▶

Rue de Claustre ou rue du Taur ?

Quel Toulousain, en ce début du XXIe siècle, pourrait, sans barguigner, indiquer où se trouve la rue de Claustre ? Et pourtant elle existe encore dans la mémoire de l'une de ses anciennes plaques, en pierre, qui remonte à l'époque des Capitouls… Sous l'Ancien régime, elle désignait la portion terminale de la rue du Taur, avant d'arriver à Saint-Sernin. Ce souvenir perdure à nos yeux par cette plaque de 1733 encore visible au niveau de l'immeuble du n° 63 de la rue du Taur. À propos pourquoi, ici, cette allusion à ce « claustre » ou cloître ? C'est qu'avant la Révolution, l'église abbatiale, ses bâtiments annexes et son cloître formaient alors un « claustrum », autrement dit un territoire privilégié de l'abbaye.

Cette église aurait été bâtie sur la sépulture de l'évêque, devenu Saint-Sernin, afin d'honorer la mémoire de son martyre. La légende raconte que Saturnin sillonnait la ville et ses environs à des fins d’évangélisation. Alors qu’il passait devant le temple majeur de la cité antique - déjà désigné Capitole -, des prêtres païens, pour le provoquer, lui demandèrent d’honorer l’empereur et les dieux par le sacrifice d’un taureau. On amena le taureau mais il refusa avec détermination de sacrifier l'animal. Devant son opiniâtreté, on l’attacha par les pieds à la queue du taureau qui le tira dans toute la ville jusqu’à ce que le corps du martyr soit mis en pièce. Sa dépouille fut recueillie par deux femmes qui l'enterrèrent au bord de la voie, et ce n’est que plus tard que l’église fut bâtie à sa mémoire. Aujourd'hui La rue abrite plusieurs enseignes de restauration rapide, des crêperies, de petites librairies, un bureau de change, et divers magasins de vêtements...


(Jardin Wilson)

Fontaine de Goudouli (1898) l’hiver - l’été

L

a Garonne est également source d’inspiration pour les poètes. Pierre Goudouli, poète occitan du XVIIe siècle, est représenté assis sur un rocher, un livre à la main et la Garonne étendue à ses pieds. Sa tête repose sur une urne d’où jaillit l’eau. La nymphe Garonne, lascive, évoque la patrie toulousaine de Goudouli et les lieux qui l’ont inspiré. Mais le poète, les yeux perdus dans le lointain, semble totalement indifférent à la belle. À la fin du XIXe siècle, la ville de Toulouse célèbre ses gloires locales en multipliant les monuments dans les squares et les jardins. La fontaine de Goudouli est réalisée en 1898 par Alexandre Falguière, qui meurt malheureusement juste avant de la terminer. Ses amis, le sculpteur Antonin Mercié et l’architecte Pujol ont achevé la face postérieure et le socle. Page de droite : ▶

François Blanc, personnage inspiré par les artistes peintres des boulevards français, est un phénomène exceptionnel dans la rue. Il parle un dialecte français qui n’existe pas et tout en gesticulant, exécute avec maestria les portraits des passants. Pourtant, davantage que son travail, c’est François lui-même qui attire l’attention. Il touche, il excite, il est gentil, il est facétieux. Bref, dans la vie de l’homme moderne, François Blanc est une parenthèse de calme. Une perle blanche et rare dans un océan de mouvements... (décembre 2011)

Fontaine de Goudouli

S

Square Lafayette


Square Lafayette - Jardin Wilson | 113 |


LL’

Ensemble Conventuel des Jacobins de Toulouse, ancien couvent des Frères Prêcheurs, est un magnifique exemple de construction monastique des XIIIe et XIVe siècles, entièrement réalisé en briques, véritable joyau de l’art gothique languedocien. L’église est un monument exceptionnel empreint d’une profonde harmonie qui, en réalité, n’est qu’apparence. Cette très forte impression d’unité dissimule une

construction complexe, réalisée par étapes successives, qui répondaient à des besoins sans cesse renouvelés de l’Ordre des Frères Prêcheurs, alors en pleine expansion. Le contraste entre l’aspect massif, voire austère, de l’extérieur et l’extraordinaire légèreté de l’architecture intérieure est spectaculaire : une double nef est séparée par des colonnes de vingt-deux mètres de haut, d’où jaillissent des voûtes d’ogives terminées par le rayonnement des nervures

du gigantesque et célèbre palmier. Des couleurs chatoyantes, habilement réparties entre valeurs froides et chaudes, font vibrer l’édifice sans nuire au rigoureux agencement des volumes et des surfaces. Cette atmosphère lumineuse reflète les aspirations d’une nouvelle génération de Frères Prêcheurs qui tout en respectant la volonté d’humilité de Saint Dominique, fondateur de leur ordre, imposent dans le dernier quart du XIIIe siècle, une esthétique nouvelle. La période romane Les bâtiments monastiques de l’ancien couvent s’agencent selon un schéma qui a su se libérer de la stricte ordonnance des constructions de la période romane, édifiées sur le plan-modèle de l’abbaye de Saint Gall. La salle capitulaire, le réfectoire, la sacristie ainsi que la petite chapelle funéraire, dédiée à Saint Antonin et décorée d’un ensemble de peintures murales du XIVe siècle unique à Toulouse, s'organisent autour du grand cloître, orné d'élégantes colonnettes et de chapiteaux en marbre à décor floral et animalier où s'illustre une production d'ateliers locaux que l'on retrouve dans les cloîtres bâtis à la même époque à Toulouse. Sur les chemins de Saint Jacques Le réfectoire, dans lequel sont organisées des expositions de prestige telle « Toulouse, sur les chemins de Saint Jacques » est un des plus vastes qui n’ait jamais existé dans l’architecture monastique. C’est un splendide vaisseau long de 60 mètres, recouvert d’une charpente lambrissée, baigné de la lumière qui pénètre par des baies. Cette belle construction a été achevée avant la Noël de 1303. C’est là que Gaston Phébus offrit un banquet fastueux au roi Charles VI et à sa suite lors de leur venue à Toulouse à la fin du XIVe siècle.

Le Couvent des Jacobins

Le Couvent des Jacobins (1229 - 1350)


Le Couvent des Jacobins | 115 |


Tolosa

Le cloĂŽtre des Jacobins


Festival Piano aux Jacobins... septembre 2012

D

ans les heures doucement lumineuses du concert, le « Piano aux Jacobins » offre une alchimie unique : un lieu empreint de spiritualité et d’histoire associant l’écoute des cœurs et l’émotion d’une acoustique chaleureuse. Une vingtaine de concerts dédiés au piano, dans de nombreux lieux de la ville...



Le miroir des Jacobins | 119 |

L

Le miroir des Jacobins

Pour amateurs ou passionnés de sensations fortes...

snibocaJ sed riorim eL

A

mateurs ou passionnés de sensations fortes, ne manquez pas un plongeon vertigineux dans l’architecture du «Palmier». Grâce à un jeu subtil de miroir, l’architecte galicienne Ruth Varela a su créer et nous proposer une vision unique de l’art de construire à l’époque gothique en Languedoc. Ci-contre : ▶

En ma qualité de photographe, je me suis «éclaté» avec ce miroir installé au pied du fameux palmier. Un bon angle, une bonne lumière, un bon appareil photo, un bon photographe et une jolie assistante et voilà, le Jacobin « inondé » avec une surface d’eau calme qui réflete comme un miroir. Magique non ? ◀ Page de gauche :

Le « palmier », au-dessus du miroir. Seules les roses du côté occidental conservent des vitraux anciens. La fenêtre en trompe l’œil, peinte au niveau de la travée qui jouxte le clocher, a servi de référence aux verriers chargés de recréer une ambiance chromatique, au moment de la reconstitution des fenêtres.





BL

Basilique Saint Sernin | 123 |

Basilique Saint Sernin

une grande étape vers

Compostelle...

a basilique saint Sernin de Toulouse est une grande étape vers Saint-Jacques de Compostelle. Elle est dédiée à Saint Saturnin (ou Sernin), évêque de Toulouse du IIIe siècle. Celuici mourut traîné par un taureau dans la rue du Taur et sur la place du Capitole. Cette scène est très bien illustrée sur un sarcophage du Maître de Cabestany situé à l’abbaye de Saint Hilaire. L'histoire de la basilique Une première basilique est construite au Ve siècle. Devant sa vétusté et l’afflux des pèlerins, une nouvelle construction est entreprise en 1078 sous l’égide de l’architecte Raymond Gayrard. Le pape Urbain II consacre le chœur en 1096. L’ensemble est quasiment terminé en 1118. La chronologie de la construction peut être retracée à partir de l’utilisation de la pierre et de la brique. La pierre est plus présente que la brique jusqu’aux tribunes. Ensuite, la brique grignote du terrain pour l’emporter complètement dans les parties hautes de la nef. La pierre domine donc dans les parties les plus anciennes, à savoir le chevet et les portails du transept. Les parties hautes du chœur et les tribunes du transept sont un peu plus récentes (fin XIe siècle). La nef et les collatéraux sont du début du XIIe siècle. Le cloître a été rasé entre 1803 et 1808. Son emplacement est celui de l’actuelle place saint Sernin. On trouve quelques chapiteaux issus de ce cloître au musée des Augustins de Toulouse. Après de très mauvaises restaurations au début du XIXe siècle, Prosper Mérimée confie le chantier à Viollet le Duc

en 1845. Les travaux sont réalisés sous le second Empire. De nouvelles restaurations ont été effectuées en 1975-76. Le clocher (page de gauche) La clocher octogonal de 65 mètres de haut est composé de cinq niveaux : un premier étage d’arcatures aveugles, surmonté de deux niveaux percés de baies. Les deux derniers niveaux sont des surélévations gothiques. Ce clocher a servi de modèle à de nombreuses églises de la région. Saint Jacques de Compostelle Tout au long du Moyen Âge, Saint-Jacques de Compostelle fut la destination la plus importante pour d’innombrables pèlerins venant de toute l’Europe. Pour atteindre l’Espagne, les pèlerins devaient traverser la France et les monuments historiques notables, qui sont aujourd'hui inscrits au Patrimoine mondial, servaient de jalons sur les routes empruntées.

La basilique Saint-Sernin où les pèlerins se recueillent devant le catafalque de Saturnin se trouve sur la route « la Via Tolosana », balisée en tant que sentier de grande randonnée « GR 653 ». Elle part d’Arles et draine les pèlerins venus du bassin méditerranéen. La voie principale passe ensuite par Saint-Gilles, Lunel, Montpellier, St-Guilhem le Désert, Lodève, Castres, Toulouse, Auch, Oloron et Puente la Reina, en territoire espagnol. Un total de 36 étapes, pour une distance estimée à 950 kilomètres qui était parcourue à pied ! Ci-contre : ▶ Détail de gauche de la porte de Miègeville, basilique SaintSernin. (début du XIIe siècle). Le personnage est identifié comme étant Saint Jacques, le Majeur. Il porte une main à sa ceinture serrant avec son bras un livre tandis que l’autre main se présente la paume ouverte, et le bras levé au ciel. De chaque côté sont disposés des bâtons. Ses pieds reposent sur deux oiseaux. Sa présence ici scelle la basilique de Saint Sernin comme étape sur le chemin de saint Jacques de Compostelle. En dessous de l’Apôtre, un homme barbu, entouré de deux femmes assises sur des lions qu’elles retiennent par leurs crinières (représentation d'Abraham avec Sarah et Agar?). ◀ Ci-contre :

Saint Exupère de Toulouse est une des figures les plus représentatives de l'épiscopat gaulois des IVe et Ve siècles. Lors des invasions barbares de 406, il aurait sauvé Toulouse de la destruction et de la famine, avant l'installation des Wisigoths en Aquitaine en 418.



Toulouse, cité des violettes | 125 |

T

Toulouse, cité des violettes

La violette, petite fleur de l’hiver

La violette, petite fleur de l’hiver

L

a violette a, de tout temps, appartenu à l’histoire de Toulouse. Déjà à l’époque médiévale, des fleurs d’orfèvrerie sont offertes en récompense aux poètes de l’académie des Jeux Floraux. Au XIXe siècle, la violette de Parme est introduite dans les jardins des maraîchers vivant dans les quartiers de Lalande, les villes de Saint-Jory ou Launaguet, au nord de Toulouse. En 1985, une association de jeunes horticulteurs se bat pour la reconnaissance de cette production et obtient l’appellation « Violette de Toulouse », liant intimement la fleur et la ville. La particularité de la violette est de fleurir l’hiver. Cultivée en alternance avec les légumes, la violette apportait un revenu supplémentaire aux maraîchers. Le succès est fulgurant : 400 exploitants se consacrent pleinement à cette culture. Cela représente alors une étendue de 20 hectares et une production de 600 000 bouquets par an, expédiés dans toute l’Europe. Sucre-violat, Sirop de violette Depuis le XIXe siècle, on confit des fruits et des fleurs. La violette sert notamment à préparer du « sucre violat » et du « sirop de violette » qu’on emploie à des fins médicinales, par exemple pour adoucir la voix. Il faut dire qu’à l’époque, le sucre est une denrée rare, presque exclusivement réservée aux apothicaires, qui plus est, méridionaux ! C’est à la fin de ce siècle, qu’un certain Monsieur Viol, toulousain, a l’idée de cristalliser les fleurs de violette pour en faire des bonbons, comme avec les grains de mimosa ou les roses du Bengale. Cette idée lui vaut un certain succès. La fête de la violette Pendant la fête annuelle de la violette, les 4 et 5 février, on trouve sur la place du Capitole à Toulouse, la violette sous toutes ses formes : bonbons, parfums, liqueurs… Aujourd’hui, la Violette de Toulouse est une marque déposée.



TT

Toulouse, ville rose ou bleue... Le pastel | 127 |

Toulouse, ville rose ou bleue ?

La vie en bleu, comme la couleur du pastel

La vie en bleu, comme la couleur du pastel

oulouse pourrait se contenter de voir la vie en rose, mais elle a souvent préféré voir la vie en bleu. Bleu comme la couleur du pastel à la Renaissance, bleu comme la couleur du ciel à bord d'un Airbus, bleu comme le Terradôme à la Cité de l'espace... Âge d’or de l'époque de la Renaissance Toulouse a connu son âge d’or à l'époque de la Renaissance. Durant 150 ans, la ville s'enrichit et se transforme en véritable carrefour de commerce. On exporte par voie d’eau ou voie terrestre une teinture bleue élaborée à partir d’une plante, le pastel, qui répond au doux nom latin d’Isatis tinctoria 1. Le climat et la terre du Midi Toulousain étant particulièrement propices à son développement, un triangle de culture se dessine entre les villes d’Albi, de Toulouse et de Carcassonne. La récolte des feuilles, leur broyage et pétrissage permettent de former des coques, ou cocagnes, d’où est extraite la teinture utilisée pour colorer les draps. Le pays de Cocagne est né. Le bleu est rare et l’Occident s’en pare. Le roi de France change la pourpre royale pour le bleu, réservant cette couleur à la noblesse. Ne dit-on pas, depuis, qu’elle est de sang bleu ? La demande croissante pour cette teinture et le succès du pastel incitent quelques commerçants à se lancer dans cette activité. Des négociants toulousains impulsent le commerce des coques, implantent des comptoirs partout en Occident, et Toulouse devient alors la plate-forme de ce commerce. Cet âge d’or changea radicalement la physionomie de Toulouse. De riches commerçants firent appel aux plus célèbres architectes afin de construire de somptueux hôtels particuliers et d’embellir la cité. Au hasard de vos promenades, découvrez les demeures des marchands pasteliers tels que l’hôtel d’Assézat ou l’hôtel de Bernuy, les plus célèbres.

L'horizon s'assombrit à partir de 1560 La récolte de 1560 est abondante, mais de qualité médiocre ; les marchands toulousains essaient néanmoins de maintenir les prix habituels. La récolte de 1561, grâce à des pluies importantes, va être encore plus abondante que les précédentes mais de qualité encore plus médiocre. Le marché s'effondre. Certains marchands tentent de ne pas vendre les récoltes mais les Albigeois ne suivent pas et inondent un marché déjà saturé. À cela il faut ajouter des pratiques douteuses : soit du pastel de mauvaise qualité a été mêlé à un peu de bon pastel mais vendu au prix fort, soit il a été mouillé pour augmenter son poids. Le début des guerres de religion, en 1562, est une autre cause de cette chute : l'inquiétude règne dans la région toulousaine où les protestants sont nombreux, surtout chez les marchands. Au XIVe siècle, l'importation de l'indigo se confirme à Marseille mais les quantités sont rares et le produit cher, le pastel reste donc la plante colorante abondante et abordable. L'indigo est réservé aux produits de luxe. Cependant sa poudre colorante s'obtient par simple trempage des feuilles. Après quelques heures elle se dépose d'elle même au fond des cuves. Certains disent qu'elle est 30 à 40 fois plus concentrée que celle du pastel. Les Portugais et les Conquistadors espagnols vont introduire la légumineuse en Amérique Centrale vers 1520. Travaillée par des esclaves, son prix de revient finit par être 5 ou 6 fois moins élevé que celui du pastel.

Une dernière raison et non la moindre réside dans l'absence de fibre commerciale chez les marchands toulousains ou albigeois. Ils réinvestissent tous dans de somptueux hôtels et se préoccupent plus de leur ascension sociale et de l'accession à la noblesse que du commerce du pastel.

◀ Page de gauche : Magnifique boutique Hôtel Delfau, la Fleurée de Pastel - 20, rue de la Bourse. Elle a trouvé son activité d'origine autour du pastel grâce à Catherine Haedens, la propriétaire...

De nombreux marchands, grâce à leur fortune, sont devenus Capitouls, ce qui leur donne la noblesse héréditaire. Deux générations après les premiers marchands, il n'y en a plus aucun. Cette disparition n'est pourtant pas entière et autour d'Albi, le pastel continue toujours d'être présent mais l'Age d'or du pays de cocagne que les vieux évoquaient est bien terminé. Aujourd'hui, un renouveau Actuellement, plusieurs hectares sont plantés en Ariège en collaboration avec l'école de chimie de Toulouse. Sitôt cueillies les feuilles sont précipitées dans des cuves afin d'en extraire le bleu pastel... Cinq siècles après sa disparition, le Pastel reprend racines. De congrès en laboratoire de recherche, on découvre et redécouvre ses qualités. De nouvelles applications voient le jour dans les beaux-arts, la décoration, la mode mais aussi en cosmétologie et pharmacie. Des laboratoires français, américains et chinois recherchent aujourd'hui des produits anticancéreux dans les feuilles du pastel. 1) La plante « l'Isatis tincturia » Une plante bisannuelle aux noms et usages multiples. Le pastel (du latin pasta, pâte) est une espèce de crucif ère comme les choux, les radis, la moutarde ou la monnaie du pape. La première année, cette plante ressemble à une grosse salade « la rosette de pastel ». Dès la deuxième année, du cœur de cette rosette jaillissent 2 à 5 tiges pouvant dépasser 1 mètre de hauteur. En juin, les fleurs très nombreuses s'épanouissent en bouquets de 40 centimètres environ. En juillet, elles se transforment en fruits d'abord verts, puis bruns et pour finir violets. On les appelle des siliques. Ce sont des sortes de gousses pointues. Les vertus thérapeutiques du pastel ont été citées maintes fois dans les textes anciens. Il soulageait les maladies du foie (jaunisse) et de la rate. Les Grecs en obtenaient un remède traitant des maladies de peau. On lui prête également des propriétés antiseptiques, cicatrisantes, diurétiques. Des soviétiques l'ont même présenté comme un antibiotique. L'expression célèbre de « Pays de Cocagne » est liée aux « coques », étape ultime de traitement de la plante.



Le Canal du Midi | 129 |

Le

Canal du Midi

« Route du vin », depuis des siècles...

Q

Le génie Pierre-Paul Riquet

L

e canal du midi ne peut être dissocié des terroirs qu’il sillonne. Coteaux du Languedoc, Faugères, Saint Chinian, Minervois, Fitou, Corbières, Cabardès, Malepère et Limoux sont autant d’appellations traversées par le Canal Royal du Languedoc. C’est grâce au génie de Pierre-Paul Riquet que ce Canal du Midi, aux vocations diverses, trait d’union entre le nord et le sud, l’est et l’ouest, a vu passer de nombreuses péniches qui transportaient, entre autres, le vin produit dans ces régions. Ce chemin se poursuivra par le Canal Latéral à la Garonne jusqu’à Bordeaux puis l’Océan. Bordeaux, terre de vins, s’il en est, étendra son expansion par des exportations vers l’étranger en utilisant notamment ce canal pour s'affranchir du contournement de la péninsule ibérique.

u’il est loin mon pays, qu’il est loin Parfois au fond de moi se ranime L’eau verte du canal du Midi...

Un projet qui hantait les esprits depuis des siècles

L

’idée d’opérer la jonction des « deux mers » est bien antérieure à Riquet. C’est Tacite1 qui nous apprend que l’empereur romain Auguste (né à Rome en 63 avant JC) projetait le creusement d’un canal à travers l’isthme gaulois pour épargner à ses barques la traversée difficile des « Colonnes d’Hercule » (rochers de Gibraltar) et ainsi éviter un long détour pour atteindre l’océan. Charlemagne eût semblable dessein. C’est François 1er qui, en 1539, fit examiner le plan d’une voie d’eau pouvant relier l’Aude à la Garonne. En 1598, Henri IV à son tour, demande au Cardinal de Joyeuse d’étudier le creusement d’un canal en Languedoc. Sous le règne de Louis XIII, un bitterois, Bernard Anibat, envisage lui aussi de creuser une voie d’eau qui joindrait Toulouse à Narbonne. Le projet n’obtiendra pas la faveur des Etats du Languedoc réunis à Pézenas en 1618... 1) Historien romain, maître de la prose latine 1er siècle avant JC

◀ Page de gauche : (du haut en bas) 1) Canal de la Garonne sur la ligne du midi (Agen)... Déchargement d’un Coutrillon en 1900. 2) Le Canal du Midi à Toulouse : Boulevard de la Gare en 1907. 3) Le Canal du Midi à Toulouse : la passerelle Négreneys en 1905. La passerelle Nègreneys est souvent citée. Elle faisait moderne à l’époque où elle a été construite, alors que nous n’étions que dans les faubourgs de Toulouse.



P D

Pierre-Paul Riquet et son Canal | 131 |

Pierre-Paul Riquet (1609 - 1680)

Son Canal du Midi est classé aujourd'hui « patrimoine mondial de l’unesco »

e Toulouse à Sète, avec ses écluses, ses ponts, ses déversoirs, le Canal Royal du Languedoc, conçu par Pierre-Paul Riquet, est inauguré en 1681. Le Canal est classé patrimoine mondial de l’Unesco. Pierre-Paul Riquet Pierre-Paul Riquet (né à Béziers en 1609) manifesta très tôt un grand intérêt pour les sciences et les mathématiques. En conséquence, son installation à Revel en 1648 marqua une étape décisive dans le rêve qu’il nourrit depuis toujours : réaliser un canal de jonction entre l’Atlantique et la Méditerranée. Au cœur de la montagne Noire, accompagné du fontainier Pierre Campmas, il réalisa ses toutes premières études et relevés. En 1651, Pierre-Paul Riquet, attiré par le site, choisit le Château de Bonrepos pour y étudier, à ciel ouvert, et grâce aux nombreuses sources et rigoles du vallon de la Garène, les problèmes que lui posent l’alimentation en eau de son projet de Canal Royal du Languedoc. C’est à cet immense projet que Riquet consacra la plus grande partie de sa vie, sans toutefois en voir l’achèvement puisqu’il mourut en 1680 à Toulouse.

L’ensemble des travaux se fait manuellement, à la pelle et à la pioche. La terre est transportée dans des paniers ou sur des civières, la poudre est utilisée pour faire exploser la roche. Ce colossal chantier requiert de nombreux corps de métiers : maçons, tailleurs de pierre, forgerons, maréchaux-ferrants… Les ouvriers enrôlés en grand nombre bénéficient toutefois de conditions de travail relativement favorables pour l’époque, notamment en ce qui concerne les salaires, les jours de repos, les jours chômés ou de maladie. Cependant, ces conditions de travail en avance sur leur temps sont à nuancer : le creusement du canal reste un travail excessivement pénible et épuisant et les conditions les plus avantageuses n’ont peut-être pas été accordées en permanence.

En haut : En 1651, Pierre-Paul Riquet, attiré par le site, choisit le Château de Bonrepos pour y étudier.

Une équipe nombreuse Pendant près de quinze ans, 12 000 ouvriers travailleront à la réalisation du canal. Les hommes et les femmes employés sur le chantier (ouvriers et paysans locaux) sont répartis en sections formant des ateliers administrés par un contrôleur général.

En haut : L’écluse de Bayard, face à la gare Matabiau. Lors de la modernisation du Canal et l’agrandissement des écluses de 30 à 38.50 m, en 1970 l’écluse de Matabiau a été abandonnée et les 2 bassins de Bayard ont été remplacés par un bassin unique.


P

Pierre-Paul Riquet et son Canal du Midi...

Les ouvrages d’art et l’alimentation Le canal, d’une longueur de 240 kilomètres comporte 350 ouvrages dont 63 écluses, 126 ponts, 55 aqueducs, 7 ponts-canaux, 6 barrages, 1 épanchoir et 1 tunnel. Tout le long du parcours, on y planta 45 000 arbres afin de maintenir la solidité des berges et permettre d’abriter du soleil marchandises et passagers. Pour alimenter le canal en eau pendant un an, il faut 90 millions de m³. Pour cela, Riquet a dû mettre en place l’un des systèmes d’alimentation en eau d’un canal des plus complexes. En effet, son idée était de capter les eaux de la Montagne Noire, située à plusieurs dizaines de kilomètres et de les amener au seuil de Naurouze, point le plus haut du futur canal, et ceci par l’intermédiaire de rigoles. Transport de marchandises À son ouverture, le canal est emprunté par une majorité de barques destinées au transport de marchandises. Ces bateaux mesurent une vingtaine de mètres de long et sont halés par des chevaux ou des hommes. Le tonnage des navires augmente au cours des siècles, passant de 60 à 120 tonnes au début du XIXe siècle. Des barques propres au canal et appelées « barque de patron » ou « barque du canal », sillonnent le parcours. En 1778, on en compte jusqu’à 250. En 1914, le canal compte encore 126 bateaux de patrons, 70 bateaux d’armateurs et de compagnie et 300 chevaux et 75 mulets. Dans les années 1930, les péniches à moteur ont complètement remplacé la traction animale. Elles relancent en partie le trafic marchand sur le canal. Mais la batellerie commerciale et marchande disparaît définitivement vers la fin des années 1980.

Les platanes, souvent bicentenaires La totalité des 42 000 platanes, qui bordent le Canal du Midi, menacés par un champignon tueur microscopique, devront être abattus d’ici une quinzaine d’années. La maladie connaît une « croissance exponentielle » depuis l’apparition du premier foyer en 2006, explique un responsable de VNF (Voies Navigables de France), gestionnaire de l’ouvrage, qui estime que la progression du champignon, le chancre coloré, est beaucoup plus rapide qu’initialement prévu. Au départ, les scientifiques tablaient sur une progression à 25-30 ans, aujourd’hui on estime que les arbres seront tous touchés à 15-20 ans, dit-il. Parallèlement, deux premières plantations ont commencé dès la fin 2011. Les arbres abattus seront (sont) remplacés par des frênes et des platanes résistants au chancre coloré, dans les zones les plus touchées de l’Aude. Le coût des campagnes d’abattage, de replantation des abords du canal et de restauration des berges est estimé à environ 200 M€.

Pendant 250 ans, les chevaux ont tiré de nombreuses embarcations comme de rapides coches d’eau ou de longues barques marchandes. Le cheval peut tracter jusqu’à 120 fois son poids lorsque la charge se trouve sur l’eau. La traction animale était alors un élément stratégique de l'utilisation d’un canal. L’année 1856 a été l’année record pour l’activité marchande avec plus de 110 millions de tonnes de marchandises et près de 100 000 passagers transportés. Le Canal aujourd’hui Autrefois, utilisé pour le transport de marchandises et de personnes, le canal du Midi est aujourd’hui essentiellement fréquenté par les plaisanciers et les touristes. Depuis 1996, le Canal du Midi est inscrit sur la liste du patrimoine de l’humanité de l’UNESCO.

En haut : Le 400e anniversaire de la naissance de Pierre-Paul Riquet était pour l’association « Les amis de Riquet » une bonne raison pour la création et la vente de la cuvée du quadri-centenaire. Trois vins régionaux, évoquant le début (Côte du Frontonnais), le cours (Minervois) et l’aboutissement du Canal du Midi (étang de Thau – Picpoul de Pinet) ont été sélectionnés avec une étiquette originale pour la bouteille.


Pierre-Paul Riquet et son Canal | 133 |



Le Canal du Midi | 135 |

L

Le Canal du Midi

La barque marchande l’Angélique...

L

e 21 mars 1815, par une belle journée de printemps, la barque marchande L’Angélique du patron Pierre Jourdan passa l’écluse de la Méditerranée à Naurouze avec un chargement de blé qu’elle transportait du Somail, près de Narbonne, jusqu’à Toulouse. C’était le début de l’après-midi, le soleil commençait à descendre vers l’ouest et la plaine toulousaine. Pierre Jourdan remarqua qu’un grand silence régnait dans ce morceau de pays où se trouvait, pour les barquiers comme lui, une sorte de sanctuaire : le partage des eaux du Canal du Midi, l’endroit le plus élevé du parcours... (Les Hommes du Canal - J.L. Magnon - 2001)

En bas : Anonyme, Le port Saint-Sauveur et le canal du Midi, huile sur toile, début du XIXe siècle. © Musée du Vieux-Toulouse, cliché J. Kerambloch.



Le Canal du Midi | 137 |

L

La barque en Rouge & Noir…

L

e jour déclinant et les rayons du soleil de fin d’automne subliment les couleurs des feuilles jaunies d’un saule pleureur. Un bref instant, un moment instantané qui m’a été offert par la nature, et mémorisé pour toujours sur le capteur de mon Nikon D300…



Terre d’envol (1911-2011) | 139 |

T’

erre d’envol 1911 - 2011...Tes avions ronflent gros... Passé - Présent...

L

histoire de l’aéronautique toulousaine... Le voyage de l'aviateur J.Védrines en mars 1911 et de la création des lignes aériennes Latécoère en 1918 à l' A380 et aux transports supersoniques et spatiaux d'aujourd’hui. Quelques impressions...

◀Toulouse, terre d’envol

1911 - 2011

En haut :

Voyage Toulouse-Montauban, J. Védrines, mars 1911 Au début du siècle dernier, la société « L’Épargne » de Montauban crée un prix de 1000 francs (soit le salaire annuel d’un instituteur à l’époque) qu’elle se propose de remettre au héros qui effectuera le voyage aller-retour Toulouse-Montauban dans une machine volante. Deux aviateurs relèvent le défi : Morin et Védrines. Le point d’atterrissage choisi est situé à Lalande (prés de Montauban) et est balisé par des toiles blanches. C’est à bord d’un Borel-Morane qu’Arthur Morin s’élança de Toulouse et vint se poser sur le terrain de manœuvre de Lalande, à 14h36, suivi par Jules Védrines sur un Blériot XI. Cela se passa le jeudi 9 mars 1911 et nos deux aviateurs ont atterri sous les ovations de toute la population. L’aérodrome actuel de Montauban créé en 1931 porte le nom d’aérodrome « MORIN-VEDRINES ». En bas :

Toulouse aviation 1911 L’intérêt pour les machines volantes à Toulouse ne date pas d’hier. Déjà avant la Première Guerre Mondiale les exhibitions aériennes attiraient une foule nombreuse à la Prairie des Filtres et sur le terrain du Polygone. Elle venait y voir, entre autres, les aviateurs Roger Morin et Jules Védrines sur leurs monoplans Blériot et Borel-Morane, exécuter des démonstrations parfois périlleuses. Témoin de cette dangerosité la mésaventure de

...

Marcel Brindejonc des Moulinais, au-dessus des toits de Toulouse le 12 novembre 1911 : A 15h, le pilote âgé de 19 ans, décolle du terrain du Stade Toulousain aux Ponts-Jumeaux. Ayant décrit une vaste circonférence vers Blagnac il survole le Canal du Midi et se dirige vers le quartier des Minimes. Alors qu’il s’apprête à disséminer dans le ciel des prospectus publicitaires pour un grand magasin toulousain, une fausse manœuvre regroupe les feuilles en tourbillon et les plaque sur le moteur de l’appareil. Ce dernier s’arrête et voici Brindejonc de Moulinais contraint d’effectuer un atterrissage de fortune dans le grand faubourg du nord de la ville. D’abord tenté par la place du Marché aux Cochons, il aperçoit un champ un peu plus loin ; malheureusement il ne peut l’atteindre et s’écrase dans le jardin de la propriété Villeneuve, rue du Caillou-Gris. Le jeune homme est légèrement blessé, mais son avion le Blériot Gnome est plus lourdement touché. Une souscription sera d’ailleurs lancée dans la presse locale pour aider le fougueux pilote à faire réparer sa machine. Au milieu :

Airbus A380 survole la Prairie des Filtres Nous sommes en 2011. L’Airbus A380, le plus gros avion civil jamais construit, survole la Prairie des Filtres et le Pont Neuf ou un siècle avant, les exhibitions aériennes, parfois périlleuses, attiraient une foule nombreuse.


T

Toulouse - « faire du ciel le plus bel endroit de la terre » L'histoire de l’aéronautique s’est écrite en grande partie à Toulouse. De grands moments ont marqué la vie des toulousains : des premières montgolfières en 1784 au décollage des derniers Airbus sans oublier les grands hommes de l’aviation tels que Clément Ader, Louis Blériot, Emile Dewoitine, Jean Mermoz... Une rencontre étonnante avec Bernard Bacquié, pilote et écrivain, né route de Blagnac à Toulouse...

L

e 13 janvier 1784, sur l’esplanade des allées Saint-Michel eut lieu la première démonstration d’un lâcher de ballon inhabité qui aurait réuni 20 000 personnes. Depuis les coteaux on le vit retomber en flammes au lieu-dit Lasbordes, comme si des forces surnaturelles avaient désiré vouer à jamais cet endroit à l’aérien... Vers 1870, Clément Ader, ingénieur originaire de Muret, fit ses premières expériences de planeur asservi au Polygone de Toulouse (qui devint « La Cartoucherie »), puis dans les environs de Castelnaudary. Le 9 octobre 1890, il réalisa le premier soulèvement très controversé d’un plus lourd que l’air dans le parc du château d’Armainvilliers. Enfin, le 14 octobre 1897, c’est l’envolée mal contrôlée sur le plateau de Satory avec « l’Avion » n° III devant un parterre de généraux incrédules... Mais nul n’est prophète en son pays. L’Aviation finit par prendre tout de même son essor dans la région parisienne au cours de l’année

Ci-dessus : Toulouse eut sa part de démonstrations d’aéroplanes à la Prairie des Filtres. La carte postale est signée par Roger Morin (à l'arrière-plan son Blériot)

centralien dont les projets initiaux se limitaient à la construction de voitures de chemins de fer. Il acquit un domaine aux portes de la ville, au lieu-dit Montaudran, d’abord pour fabriquer des obus. Et rapidement il obtenait une commande de construction sous licence d’avions d’observation Salmson 2A2. Fin avril 1918, décollait de Toulouse-Montaudran le premier appareil sorti de chaines toulousaines que, le 5 mai suivant, le pilote Pierre Bastide présentait en vol au représentant de l’Armée. Le second opportuniste s’appelait Émile Dewoitine, un technicien autodidacte. Un temps employé chez le premier, qui ne sut pas bien détecter ses capacités, il préféra reprendre sa liberté et créer en 1920, dans le quartier des Minimes, la « Société des avions Dewoitine ».

Ci-dessus : Ader (Clément) - Brevet d'Invention 205/55, 11 Août 1890

1906. Les premiers « fous volants » se lancèrent frénétiquement à la conquête de tous les ciels et, dès 1910, jusqu’en Argentine et en Indochine. Toulouse eut sa part de démonstrations d’aéroplanes, au Polygone et à la Prairie des Filtres. Le 28 février 1911, Roger Morin sur Blériot est le premier aviateur à survoler la ville. Pourtant, à l’écart des centres industriels et au milieu de terres agricoles éloignées des grands ports, Toulouse n’avait pas vocation à devenir capitale européenne de l’aéronautique et de l’espace. Cependant, les deux guerres mondiales changèrent la donne. Il convenait d’éloigner du front les unités de production. En 1917, cette opportunité fut saisie par Pierre G. Latécoère, un Pyrénéen

Ci-dessus : Inauguration de la ligne « Toulouse-Montpelier » 2 Tronçon de la Grande Ligne Internationale « Bordeaux-Italie-Orient » Les Avions de l'A.T.M.S.O. sur la ligne de départ.


Toulouse - ÂŤ faire du ciel le plus bel endroit de la terre Âť | 141 |


De l’émulation des deux protagonistes devenus concurrents – Latécoère accusa Dewoitine de débaucher ses compagnons – sortirent des machines qui marquèrent leurs temps : les Latécoère 25, 26, 28 et les hydravions géants 521 et 631 d’un côté, les Dewoitine D-2 et D-500 et leurs dérivés – le plus abouti fut le fameux chasseur D-520 –, et les superbes avions de ligne D-333 et 338, de l’autre. Leurs pilotes étaient Marcel Doret, Pierre Nadot, Léopold Galy, Jean Gonord. Plus tard vinrent André Turcat et bien d’autres. C’est Dewoitine qui exploita le premier l’aérodrome de Francazal avant sa destinée militaire, et qui fut, sur les sites de Saint-Éloi, Blagnac, Saint-Martin du Touch, à l’origine des diverses sociétés nationales (S.C.M., Société de construction du Midi, S.N.C.A.S.E, Société nationale de constructions aéronautiques du Sud-Est, SudAviation, puis la S.N.I.A.S., Aérospatiale), avant l’installation de Dassault-Breguet sur le site de Colomiers et l’avènement d’E.A.D.S., composante essentielle d’Airbus et d’A.T.R. La maladie emporta Latécoère en 1943, l’infamie Dewoitine en 1945. Au début de la dernière guerre, le premier avait déjà cédé Montaudran à Breguet, préférant se replier sur ses usines de Périoles (quartier de la Roseraie) et d’Anglet, près de Biarritz. Le second, poursuivi à tort pour collaboration avec l’ennemi, opta un temps pour l’exil en Espagne, puis en Argentine. Comme leurs entrepreneurs, les installations aéronautiques de Toulouse eurent à souffrir de la guerre, en particulier des bombardements alliés effectués en avril 1944. À la libération, les programmes qui couvaient sous l’occupation, virent le jour. Le plus spectaculaire était celui du Leduc à tuyère thermopropulsive, dont la construction s’était poursuivie clandestinement dans un petit entrepôt de l’avenue de la Gloire. Le 10 mai 1949, il décolla de Blagnac pour la première fois sur le dos d’un porteur Languedoc, également construit à Toulouse. Mais le plus important de tous ces programmes était celui du SE 2010 Armagnac qui, lui, portait tous les espoirs du renouveau des ailes de la France en matière d’avions de ligne. Le gros quadrimoteur de plus de 70 tonnes restera le plus lourd avion 100 % français jamais construit. Mais justement, parce

Ci-dessus : Les usines St-Martin du Touch avec 2 Armagnac et 2 Languedoc (±1951). Photo © SNCASE collection Galy.

Ci-dessus : Armagnac, 1er vol 001 Photo © SNCASE collection Galy.

qu’il était trop lourd, il ne connut pas le succès. Il fallut attendre l’année 1955 pour voir s’envoler de Blagnac un nouvel espoir : « sa majesté Caravelle », biréacteur révolutionnaire par la disposition de sa motorisation. Tout le monde connaît la suite. Une série limitée à 280 exemplaires, essentiellement par la faute d’un accord hasardeux avec Douglas qui anesthésia le développement rapide de l’appareil. Puis, dans la foulée, l’avènement de Concorde. Fiasco commercial dont les causes sont à partager entre premier choc pétrolier, carence d’implication des compagnies aériennes et, il faut le dire, un certain protectionnisme américain. Mais une réussite technique qui va rentabiliser l’investissement humain et économique à travers l’Airbus A300, dérivé du Galion de Sud-Aviation, et sa lignée de petits, avant qu’apparaisse le gros A380. La saga industrielle ne peut occulter l’aventure de la Ligne, cette épopée chantée par Antoine de Saint Exupéry, qui fut l’un de ses acteurs, et Joseph Kessel qui œuvra pour la glorification de Jean Mermoz, son indéniable figure de proue. Selon la volonté de Latécoère, elle débuta à Montaudran le 1er septembre 1919 avec un Breguet 14 piloté par Pierre Beauté, son directeur d’exploitation avant qu’il cédât la place un an et demi plus tard à Didier Daurat. Touchant dans un premier temps le Maroc, puis le Sénégal, elle connut tout son rayonnement sous le nom d’Aéropostale lorsqu’en 1927 elle fut reprise par Marcel Bouilloux-Lafont. Les accidents mortels, le calvaire de Léopold Gourp blessé, baladé sur le bât d’un chameau durant dix jours à travers le désert, la captivité de 116 jours chez les Maures du pilote Marcel Reine et le courage d’Henri Guillaumet à s’arracher de l’hiver austral dans les Andes l’ont transformé en épopée moderne... ©Bernard Bacquié 1 1) Bernard Bacquié, ancien commandant de bord long-courrier d'Air France a voyagé dans tous les pays du monde pendant 35 ans. Ayant réalisé des ouvrages techniques dans sa jeunesse, il devint ensuite pigiste au magazine Aviasport. Ses propos étaient déjà de beaucoup plus parler des hommes que de leurs machines. C'est à sa retraite qu'il s'attela à faire une synthèse des archives Latécoère à travers « Les Carnets de la Ligne » édités par les Éditions Latécoère. Pour jouir d'une totale liberté plus propice à l'inspiration, il fonda ses propres éditions : « Les éditions Latérales » : romans historiques, biographie, ouvrages d'histoire ...


Toulouse - « faire du ciel le plus bel endroit de la terre » | 143 |

« Toulouse - faire du ciel le plus bel endroit de la terre » Pilote de ligne Aéropostale, 1926

« Je trouve, et je ne suis pas le seul,

que l'Aéropostale a perdu beaucoup de charme depuis que nous avons des moteurs sûrs et la TSF à bord. Nous n'éprouvons plus ce petit serrement de coeur qui était si agréable : irai-je jusqu'au bout ? Ne serai-je pas victime d'une panne ? Où suisje. Voilà les questions que nous nous posions à chacun de nos voyages, naguère. Maintenant, nos moteurs sont à l'abri de tout incident ; il n'y a aucun mérite à reconnaître notre route puisque le radiogoniomètre nous l'indique. Vraiment, le pilotage dans ces conditions devient presque besogne de bureaucrate. C'est une vie qui manque d'imprévus. Nous l'aimons bien aussi, mais l'autre... » (Antoine de Saint-Exupery)

Toulouse-Blagnac aujourd'hui

L'aéroport de Blagnac est le 6ème aéroport de France, le 4ème aéroport de province après Nice, Lyon et Marseille. En 2011, il affiche un trafic de sept millions de passagers, soit une hausse de 9,1 % par rapport à 2010. L'activité internationale représente 40 % du trafic, en augmentation de 11,7 %, ce qui représente 2,7 millions de passagers. L'aéroport table sur des perspectives de huit millions de voyageurs à l'horizon 2014-2015. Cet aéroport est aussi la principale plateforme de fret de province, avec 55212 tonnes traitées en 2011 soit une hausse de 4,9 % par rapport à 2010. Escales desservies par lignes régulières : 43, dont 27 lignes internationales et 16 lignes nationales. Escales desservies par lignes cargo : 30


Le premier vol du Concorde, le 2 mars 1969 - 15h38.

À

Toulouse-Blagnac, les pilotes d'essais, André Turcat et Jacques Guignard, et Michel Rétif, mécanicien navigant, assistés par l’ingénieur Henri Perrier, mettent plein gaz pour faire décoller ce superbe oiseau blanc au nez pointu, prévu pour voler à plus de 2000 Km/h. A l’inverse du premier vol de la Caravelle, la presse internationale est là et 600 journalistes campent depuis 48 heures. Contre les grillages en bout de piste, perchés sur des toits ou sur les collines environnantes, les Toulousains guettent le ciel avec la même impatience. La circulation est bloquée sur tous les accès à Toulouse Blagnac. Personne ne sera déçu. Nez en l’air, ils seront des milliers à suivre les évolutions de ce supersonique franco-britannique durant ses vingt-huit premières minutes de vol. Près d’Auch, à Solomiac-Miremont, l’arbitre d’un match de football interrompt même la partie pour permettre aux joueurs et supporters de bien profiter du spectacle !


Toulouse, Terre d’envol - Concorde et Caravelle | 145 |

Le premier vol de la Caravelle, le 27 mai 1955 - 16h30.

P

ilotée par Pierre Nadot et André Moynet, la Caravelle quitte subrepticement le sol après plusieurs essais de roulage à grande vitesse. Seul le personnel de l’usine de Sud-Aviation, à Saint-Martin-du-Touch, assiste à l’envol historique du premier biréacteur de transport civil français. Tous se précipitent au fenêtres et au bord des pistes pour assister à l’ascension. Les toulousains sont à leur tour surpris de voir évoluer ce prototype aux lignes très pures qui, 41 minutes plus tard, après un passage à basse altitude, se pose en douceur. On prédit à cet appareil, révolutionnaire pour l’époque , une grande carrière. Fier du prestige et de la magnifique plastique de ce jet totalement français, le général De Gaulle salue à Toulouse « la rapide, la sûre, la douce Caravelle ». Son succès sera toutefois limité, en raison d’une forte concurrence américaine. La chaîne de fabrication est arrêtée à l’avion N°280.



Toulouse, Terre d’envol - Caravelle | 147 |



Toulouse, Terre d’envol - Super Guppy | 149 |

E

n 1969, en Europe, Airbus Industrie prenait forme et la conception de l’A300 avançait à grands pas. Un problème toutefois restait sans solution : comment amener à Toulouse, pour l'assemblage, les éléments de grandes dimensions venant de toute l’Europe ? Décision fut donc prise d’acheter deux Super Guppy, dérivés des précédents et construits selon les spécifications d’Airbus Industrie. Les deux Super Guppy (N° 1 et 2) arrivent en France dans le début des années 1970. Ils sont aussitôt mis en service pour transporter les éléments de l’A300, mais aussi ceux de Concorde et de Mercure. Ils assurent la navette entre Toulouse et les autres usines d’Airbus : en Angleterre (Filton et Chester), en Allemagne (Hambourg et Brême), en Espagne (Madrid) et à Saint Nazaire en France. En 1978, 2 autres Super Guppy seront commandés. Le Super Guppy a fait son dernier vol pour Airbus le 15 Mars 1996. Le F-BPPA (voir photo) est adopté par l’association « Ailes Anciennes » à Toulouse et fait partie de sa précieuse collection. Il totalisait alors 14110 heures de vol et 6261 atterrissages…



L

L'envol d'Airbus | 151 |

L'envol d’Airbus…

Dès 1972, l’A300, le premier-né de la gamme Airbus, a pris son envol et inaugure ainsi une longue série de réussites. Avec l’A350 aujourd’hui, son réseau d’entreprises dynamiques et ses dizaines de milliers de salariés, Toulouse conforte sa place de capitale de l’aéronautique.

L’

histoire d’Airbus commence avec la conception d'un produit véritablement innovant, l'A300, un gros-porteur bimoteur, qui effectue son premier vol en 1972. Après les premières ventes à Air France, Lufthansa, Korean Air et Indian Airlines, le décollage est difficile : aucune nouvelle vente n'est enregistrée pendant une longue période de quinze mois. Les « queues blanches » (avions invendus) sont alors nombreuses sur le tarmac de l'usine Aerospatiale de Toulouse. Mais 1977 est l'année de la percée : Eastern Airlines est la première compagnie américaine à acheter l'avion européen. L'A300, appareil de grande capacité et peu coûteux à exploiter, apparaît bien adapté au fort développement du transport aérien et, à la fin des années 1970, le GIE détient 10 % du marché mondial en carnet de commandes.

pour la première fois 50 % en septembre 2000. A380 : Greener, Cleaner, Quieter , Smarter C’est sous les yeux de centaines de personnes et de nombreuses caméras que le premier décollage de l'Airbus A380 a eu lieu à l’aéroport de Toulouse-Blagnac, le 27 avril 2005. Un moment inoubliable, car cet avion, très gros-porteur long-courrier quadriréacteur à double pont, est aujourd'hui le plus gros avion civil de transport de passagers en service et le troisième plus gros avion de l’histoire de l’aéronautique. Le pont supérieur de l’A380 s’étend sur toute la longueur du fuselage et l’avion peut transporter jusqu’à 853 passagers. Aujourd’hui, Airbus enregistre 262 commandes (21 clients), dont 101 avions livrés. Le dernier-né A350 XWB Vendredi 14 juin 2013, 14h05, les 221 tonnes de l'A350 F-WXWB se posent sur la piste de Toulouse-Blagnac, après un premier vol réussi de 245 minutes. Le premier d’une longue campagne de tests rigoureux, incluant 5 avions et 2500 heures de vol, pour une certification et une mise en service au second semestre de 2014.

Les années 1980, croissance Les années 1980 sont celles de la croissance. L'avionneur introduit le pilotage à deux avec l'A310, puis les commandes de vol électriques avec l'A320. Ces deux concepts, très innovants, suscitent d'abord la réticence des pilotes, avant d'être acceptés comme la norme du secteur. En 1989, la part de marché d'Airbus est de 20 %, et un des trois XWB pour « EXTRA WIDE BODY », « grands » américains, Lockheed, se retire du parce que la cabine est plus large que celle marché des avions de transport commercial. de son principal concurrent. La hauteur sous le plafond est plus importante, les hublots Introduction de l'A330 / A340 Dans les années 1990, l'industriel européen plus larges et les coffres à bagages plus spaatteint la maturité, introduisant de nouveaux cieux. C’est aussi l’avion commercial le plus long-courriers, l'A330 et l'A340. En 1995, avancé technologiquement, ce qui lui permet les 30 % du marché sont atteints. Boeing se de réduire sa consommation de carburant lance alors dans une guerre des prix qui se de 25%. révèle doublement contre-productive : les (Source : Airbus Public Relations) avions commerciaux de McDonnell Douglas ◀ A gauche : ne peuvent survivre et Boeing subit une rup- Airbus A380 F-WWOW (MSN 001) avec le nouture grave de son processus de production veau slogan pour l'A380 « marketing vert » : en 1998. La part de marché d'Airbus atteint « Greener, Cleaner, Quieter and Smarter ».


| 152 | Remerciements & Repères

R

Remerciements & Repères...

Remerciements

J

’ai dédié le livre, que vous avez entre vos mains, à une femme ouverte, spontanée qui a soif de découverte, ma mère. Parce que... pour moi, mon pays d’origine avec son ciel si bas est si loin, et... pour ma mère, qui aime beaucoup la ville rose, nous -Toulouse et moi- sommes aussi très loin. Ma source d’inspiration, mon souhait est qu'avec cette œuvre les deux pays se « confondent » et que nos deux cœurs se rapprochent. Tous mes remerciements vont aussi à Isabelle qui m’a aidé à choisir les premières photos de cette série, mais aussi à constituer une série pour le concours auteur de la FPF en janvier 2011. Cette série a d'ailleurs été récompensée du 1er prix régional -MidiPyrénées et 8e prix au concours national. Je remercie également pour leur accueil attentif et chaleureux les services de la Mairie de Toulouse, les archives Municipales de Toulouse, les bibliothèques de Toulouse et La Dépêche du Midi. Merci de m'avoir donné accès à toute cette documentation, de m'avoir ouvert « les portes » afin que je puisse découvrir les trésors cachés de Toulouse. À Corinne, Jacqueline et Bernard qui ont consacré beaucoup de leur temps libre pour retravailler les textes. Mes remerciements à la Succession Saint Exupéry - d'Agay via l'Espace Saint Exupéry - Midi Pyrénées pour l'utilisation de l'image du Petit Prince. Un grand merci aussi à Franck qui m’a autorisé à photographier une partie de sa collection de Cartes Postales Anciennes (CPA) pour bien illustrer le Passé - Présent de Toulouse dans cette œuvre, et à Ab, Agnès, Corinne, Elfie, Jos, Olivier, Patricia et Pierre pour leur soutien et conseils quand j’en avais besoin. Merci à toutes ces personnes et à celles qui se reconnaîtront dans ce livre. Il est clair que sans elles, ce livre ne pourrait exister. Tout éventuel commentaire de lecteur de mes ouvrages sont toujours les bienvenus.

Repères

H

ollandais d’origine, je me suis installé, depuis déjà 18 ans, sur les côteaux surplombant la ville de Toulouse (France). Je suis Artiste Photographe et j’aime retranscrire l’émotion que me procure un lieu tel que je le vois... Vous trouverez dans mes expositions les voyages dans le monde (Maroc, Inde, les îles grecques…), la Corse, les îles d’Aix et de Ré, ainsi que mes balades au cœur des cloîtres et des églises, au bord de la Garonne, du Tarn et de la Méditerranée... Composer, c’est former un tout harmonieux à partir de différents éléments. La composition traduit sans dissimulation une sensibilité, un regard sur le monde et sur les autres... la photo m’invite à laisser s’exprimer mes envies, ma solitude, mes sentiments et ma vision créative. Mes autres beaux-livres... • « Sous le charme de l’île d’Aix » édition : Jan Renette, Photographe sans frontières, 1000 exemplaires, format 30 x 27 cm, 119 pages, ISBN 978-2-84561-682-0 - mars 2010. • « Sous le soleil des îles Grecques » édition : Jan Renette, Blurb.com, livre sur commande - exemplaires uniques !, format 33 x 28 cm, 120 pages – édition 2009. • « L’essence de la féminité » édition : Jan Renette, Blurb.com, livre sur commande - exemplaires uniques !, format 30 x 30 cm, 156 pages – édition 2009. Je suis en train de chercher un éditeur pour cet œuvre... Contact... Mon site : http://j.renette.free.fr E-Mail: j.renette@free.fr

Page de droite : ▶ Claude nous a quittés en mars 2004. La basilique Saint-Sernin, fleur de corail immortalisée par ses vers, l’a accueilli pour son dernier voyage, avant que ses cendres ne soient dispersées dans sa Garonne... son océan.

Un grand merci à toutes et à tous ! Jan Renette

TF1 – 1 Décembre 1979… Claude Nougaro parle succinctement de Toulouse ; sa ville natale… « Qu’est-ce qui a le plus changé à Toulouse ; la ville, les hommes ? » Claude : « A Toulouse, ce qui a le plus changé… c’est moi ! Parce que, évidement quand je marche dans la rue sur le pavé de Toulouse, à chaque pas, à chaque coin de rue c’est un vol de mémoire qui se lève. Et Toulouse me tend un peu le miroir de mon enfance et d’une adolescence plutôt triste et solitaire. Mais, c’est vraiment une belle ville et chaque fois que je reviens, je ne peux que l’admirer. »


Le chrisme, un des premiers symboles de la foi chrétienne, monogramme du nom du Christ en grec, XP... a aussi trouvé sa place à Toulouse notamment pendant la présence des Wisigoths. Enrichi symboliquement de l’Alpha et de l’Oméga évoquant la toute puissance de Dieu sa signification est lourde de sens : « Je suis le commencement et la fin de toute chose... » Toulouse, Musée Saint-Raymond (IVe siècle)



B

Bibliographie sélective & Crédits textes | 155 |

Bibliographie sélective & Crédit textes Chansons de Claude Nougaro :

« Toulouse »................... Paroles de Claude Nougaro; Musique de Claude Nougaro et Christian Chevallier

© Editions du Chiffre Neuf – droits transférés à Première Music Group/EMI Music Publishing France.

« C’est une Garonne ».. Paroles de Claude Nougaro; Musique de Ray Lema; © Editions du Chiffre Neuf –droits transférés à Première Music Group.

« Eau douce».................. Paroles de Claude Nougaro; Musique de Aldo Romano; © Editions Miss Terre.

Livres : • • • • • • • • • • • •

Autrefois La Garonne, Serge Pacaud - Atlantica- Autrefois Autrefois Toulouse, Laurence Catinot-Crost - Atlantica - Autrefois Toulouse secret et insolite, C. Clément, S. Ruiz et P. Daubert - Les beaux jours Nougaro, souffleur de vers Alain Wodrascka, Claude Nougaro, Jean-Louis Foulquier, Jacques Barbotrième -Carpentier Didier Eds, octobre 2002 Visiter Saint-Sernin - Editions Sud Ouest, Quitterie et Daniel CAZES. ARROUY, Jean-Marie, L´île de Tounis, Histoire d´un quartier au coeur de Toulouse (XVIIe-XXe siècles). Les Nouvelles Éditions Loubatières, Toulouse, 2005. SALIES, Paul, Dictionnaire des rues de Toulouse : voies publiques, quartiers, lieux-dits, enseignes, organisation urbaine, Milan, Toulouse, 1989. Banessy Sandrine, Le Pastel en pays d'oc, Tourisme Médias Editions, 2002 Caster Gilles, Les routes de cocagne, Privat 1998 Cau Christian, Pastel au pays de Cocagne, Editions Loubatières, Toulouse, 1988 Rufino Patrice Georges , Le Pastel, Or bleu du Pays de Cocagne, Editions Daniel Briand Le dictionnaire de Toulouse - Loubatières 2004

Websites : • • • • • • • • • •

• •

Architecture Religieuse en Occident : http://architecture.relig.free.fr/ Claude Nougaro : - Le site officiel : http://www.nougaro.com/ - Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Nougaro - Association Claude Nougaro : http://www.assonougaro.com/ Les Ailes anciennes Toulouse : http://www.aatlse.org/ Les éditions Latérales: http://www.editionslaterales.com Fédération Photographique de France (FPF) : http://federation-photo.fr/ Des mots et des Image de Toulouse : http://www.anbenedicte.com/ Le Château d’eau : http://www.galeriechateaudeau.org/web/ Le Grand Balcon : http://remb.free.fr/dossier/grandbalcon.htm Les amis de Riquet : http://lesamisderiquet.free.fr/spip/ Mairie de Toulouse : http://www.jacobins.mairie-toulouse.fr/ http://www.toulouse-inondation.org/ http://www.culture.toulouse.fr/ http://archives.mairie-toulouse.fr/ Montreurs de rêves - Skertzò : http://www.skertzo.fr/ Wikipedia - On-line http://fr.wikipedia.org/

Note au lecteur :

Ce livre « Toulouse - Passé - Présent, sur les traces de Claude Nougaro » est à classer dans la catégorie « Beaux livres photos » ; j’ai apporté le plus grand soin tant aux photos qui le composent qu’à la rédaction des textes qui les accompagnent. Vous comprendrez que les informations et textes contenus dans ce livre sont non-contractuels et sujets à modifications à la date de parution de ce livre ou à l’avenir. © Édition Photographe sans frontières. Tous droit réservés - photos / textes : © Jan Renette-2013 La reproduction et l’utilisation des images et textes sont strictement interdites.


I | 156 | Index

Index

« Chaque créature, unique et irremplaçable, aurait mérité depuis que le monde existe de laisser son témoignage ; ce serait celui d’une vie, toujours pathétique, et riche, et imprévue, même pour les plus humbles et les plus méconnus… » José Cabanis L’Escaladieu, 1987

A

Aéropostale, 78, 140, 143 Ailes Anciennes, 149 Airbus (A350, A380...), 139, 142, 151 Aller en goguette, 61 Antonin Mercié, 112 Armagnac (avion), 142 Assézat (Les), Pierre 70

B

Bacquié (Bernard), 65, 140, 142 Banquier Ozenne, 70 Barque de patron, 132 Barque l’Angélique, 135 Bars, Cafés, Concerts, 60-61 Basilique de la Daurade, 43, 45 Basilique Saint-Sernin, 11, 109, 111, 123 Bateaux-lavoirs, 43, 59 Bazacle, 15, 18-19, 31 Brasserie des Beaux Arts, 63 Breguet XIV, 78, 142 Brique rouge des Minimes, 67

C

Canal du Midi, 129 Capitole et son Donjon, 81, 83 Gargouilles, 83 Monstre fabuleux et féérique, 83 Caravelle, 142, 145, 147 Carte d'État-Major, 15 Chanson « C’est une Garonne », 11, 17, 50 Charles Baudelaire, 39 Château d’Eau, 21 Château de Bonrepos, 131 Chemin de Saint-Jacques, (via Tolosana) 29, 49, 114, 123 Claude Nougaro, 6-8, 11, 17, 53, 67, 74, 152, 155 Clément Ader, 140 Concorde, 142, 144 Coucher de soleil, 39 Heure bleue, 37 Crues de la Garonne, 15, 35

D

Daurat-Didier, 142 Decimus Magnus Ausonius (Poète latin), 23

Dégueuloirs du Pont Neuf, 27 Descartes, 94 Dewoitine-Émile, 140 Diligences (omnibus), 61, 77

E

E.A.D.S., 142 Ecole des Beaux-Arts, 46 Édith Piaf, 6 Edouard Debat-Ponsan, 100 Eglise Notre Dame du Taur, 111 Eugène/Firmin Pons (omnibus), 61

F

Falguière-Alexandre, 112 Fondation Bemberg, 70 Fontaine Saint-Étienne, 74 Fouque et Arnoux (faïencier), 57 François Blanc, 112 Frèrers Prêcheurs, 114

G

Gare Matabiau, 15, 129, 131 Garonne, 17, 23, 50 Garonnette, 27, 31, 59 Georges Brassens, 6 Georges Cammas (architecte), 81 Glenn Miller, 6 Goudouli, 100, 112 Guillaumet-Henri, 78, 142

H

Hôpital (chapelle) la Grave, 33 Hôpital Nouvel, 29 Hôpital Sainte-Marie, 29 Hôpital Saint Jacques, 29 Hôtel Comère, 109 Hôtel d'Assézat, 70 Hôtel de Clary, 57 Hôtel de Villepigne, 57 Hôtel Dieu Saint-Jacques, 29, 31 Hôtel du Capitoul Jean Bolé, 109 Hôtel du Grand-balcon, 78

I

Incendies de Toulouse, 109 Isabelle Haas, 70 Isatis tinctoria (plante/pastel), 127

Achevé d’imprimer en Novembre 2013 sur les presses de l’imprimerie Escourbiac (Tarn) - France. Escourbiac, l'imprimeur lauréat en 2003 et 2009 du Cadrat d'Or est certifié Imprim’Vert, PEFC et FSC. Dépôt légal Novembre 2013 ISBN 979-10-93140-00-1

J

Pujol (architecte), 112

Jacobins (cloître, couvent, Palmier, miroir), 114, 116, 119 Jan Renette (photographe), 1, 9, 152 Jean-André Rixens, 103 Jean Dieuzaide, 21 Joseph Kessel, 78 Joseph-Marie de Saget, 69

L

Latécoère-Pierre G, 139-140 Le Bibent (grand café), 77 Les amis de Riquet, 132 L’île de Tounis, 31, 59 Louis Armstrong, 6 Louis XIV, 13, 25

M

Manneken Pis, 74 Marcassous (Nicolas-Joseph), 70 Marcel Brindejonc, 139 Marguerite Monnot, 6 Martyre de St-Saturnin, 111 Mermoz, 65, 78 Michel Legrand, 6 Morin-Védrines (aérodrome), 139 Moulin du château, 59

P

Pape Urbain II, 123 Pastel (blue de), 70, 127 Paul Jean Gervais (peintre), 97 Pêcheurs de sable, 43 Père Louis (Café), 61, 65 Pierre de Fermat, 94 Place du Capitole, 13, 77 Place Anatole France, 73 Place Royale, 13 Plaques des rues, 40, 57, 73 Platanes, Canal du Midi, 132 Platane tricentenaire, 73 Pont de Clary, 13 Pont de la Dalbade, 31 Pont de la Daurade, 13, 29, 31 Pont (rue) de Tounis, 27, 49, 59 Pont-Neuf, 13, 25-29, 35 Pont Saint-Pierre, 15, 35 Port de La Daurade, 43 Prairie Des Filtres, 139

Q

Quai de la Daurade, 25, 43, 63 Quai de Tounis, 27, 50, 53 Quai Lucien Lombard, 69 Quinquina, 65

R

Raymond Moretti, 7 Renaissance, 70, 127 Reza, 49 Riquet, Pierre-Paul, 129, 131, 132 Roger Morin, 140 Rue d’Alsace Lorraine, 15, 107 Rue de la Dalbades, 57 Rue de la Roquette, 40 Rue de l’Obéissance, 40 Rue du Poids de l'Huile, 106-107 Rue du Taur, 111 Rue Étroite, 40 Rue Pierre Brunière, 57 Rue Saint Rome, 109 Ruth Varela (architecte), 119

S

Saint-Exupéry (Antoine de), 65, 78, 143 Salle des Illustres, 93 Salle Gervais (Capitole), 97 Skertzò, 85-91, 105 Société des Grands Cafés (1900), 61 Square Lafayette, 112 Super Guppy, 149

T

Tavernier-Melchior (graveur), 13, 31 Théophile Barrau, 94 Toises (unité de mesure), 13 Toulouse - faire du ciel le plus bel endroit de la terre, 141, 143 Tour d'abandon des bébés, 29

V

Védrines Jules (aviateur), 139 Vierge Noire (Daurade), 45 Ville Rose, 55 Violette de Toulouse, 125

Création graphique, couverture, photographies et textes : Jan Renette Tous droit réservés - © Jan Renette-2013 http://j.renette.free.fr j.renette@free.fr



Jan Renette Nougaro Sur les traces de Claude Une balade nocturne sur les quais, en passant par le Pont Neuf, l’exposition photographique du Château d’eau, les lumières du Dôme de la Grave ou l’animation du pont Saint-Pierre... suivie d’une petite pause pour déguster un verre au « Père Louis ». Tout nous ramène vers Claude Nougaro, sa maison si proche, ses habitudes... Que l’on choisisse de marcher sur les quais ou en contrebas, le long de la Garonne, on pourra observer la demeure de Claude Nougaro au 112 Quai de Tounis. Continuons la balade. Le quartier des Minimes et sa brique rouge sont là pour nous rappeler la douceur de vivre de la capitale Occitane... Toulouse «Ville Rose». Puis sur la Place du Capitole, nous arrêtons nos pas un instant… Un petit détour par la Salle des Illustres, où l’on croit encore entendre « l’écho de sa voix » et où nous pouvons admirer les œuvres de Gervais, Laurens, Debat-Ponsan et Rixens. C’est ensuite dans le calme du Cloître des Jacobins que nous conduisent nos pas, avant de rejoindre le Canal du Midi, jonction entre la mer et l’océan. Étroitement lié à l’épopée cathare, le nom de Toulouse est aujourd’hui indissociable du monde de l’aéronautique et du spatial. Depuis Mermoz et Saint Exupéry, pionniers de l’Aéropostale, l’A380 et l’A350 d’Airbus confirment qu’aujourd’hui « tes avions ronflent gros…» Claude nous a quittés en mars 2004, presque 10 ans déjà. La basilique Saint-Sernin, fleur de corail immortalisée par ses vers, l’a accueilli pour son dernier voyage, avant que ses cendres ne soient dispersées dans sa Garonne... son océan. Le voyage que je vous propose commence ici, sur les traces de Claude Nougaro. Jan Renette

Toulouse : Passé - Présent

Toulouse : Passé - Présent, sur les traces de Claude Nougaro

Toulouse : Passé - Présent Sur les traces de Claude Nougaro... Photographies & Textes de Jan Renette


Millions discover their favorite reads on issuu every month.

Give your content the digital home it deserves. Get it to any device in seconds.