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Martine Acerra

Auteur et spécialiste en histoire maritime

J

e m’appelle Jan Renette et suis Artiste Photographe. Hollandais d’origine, voilà déjà 20 ans que je me suis installé sur les côteaux surplombant la ville de Toulouse.

Ma passion pour les îles et forts charentais a commencé dès 2008. J’ai visité la Charente-Maritime à de nombreuses reprises et j’ai photographié ses îles et sa côte selon mon inspiration. Depuis 2010, je souhaitais réaliser un deuxième ouvrage sur cette région et étais à la recherche du fil conducteur… J’ai trouvé une partie de mon inspiration dans les trois mots qui définissent l’ensemble du globe : « la Terre, la Mer et le Ciel » et j’ai eu le déclic final le jour où j’ai visité le chantier de l’Hermione à Rochefort… Le voyage peut commencer. Je vous invite à découvrir mon ouvrage… Jan Renette

Aucun chagrin ne me détourne ou me ralentit dans le but unique de ma vie : le bien-être de tous, et la liberté partout. 37 €

No obstacle, no disappointment, no grief diverts me nor slows me in the pursuit of the single objective of my life: happiness for everyone and freedom everywhere Lafayette

Renette jan

P

our qui aime rêver et partir dans la beauté du monde, voici un ouvrage idéal. Dans le sillage virtuel de l’Hermione, le littoral charentais surgit, en délicates touches de couleurs, baigné de lumière, ponctué de ses forts au ras des flots. Ce n’est donc pas la moindre qualité de ces pages que d’offrir à nos yeux enchantés les superbes photos qui l’illustrent. Mais ce n’est pas tout. Certes, « beau-livre », l’ouvrage se veut aussi vecteur de connaissances. Piochant aux meilleures sources, l’auteur accompagne ses images d’un récit précis mais toujours accessible sur chaque étape visitée, chaque île, fort, édifice ou lieu de mémoire. Encore plus ? Les cartes anciennes, les dessins d’époque, les vieilles cartes postales permettent un repérage historique et expliquent l’origine de tel métier, de tel monument ou la particularité d’un paysage. Ainsi, à la richesse de l’image répond celle du texte. L’œil circule aisément entre les deux, revient, repart, s’accroche à nouveau à un détail, une phrase, une anecdote. Voyez donc ces cigognes et ces moutons, ces coquillages et ces vins, la corderie de Rochefort, la guirlande des carrelets, le miroitement des marais salants, les dunes, les plages, les petits ports et les puissants forts. Vous ne vous en lasserez pas. Ils constituent le répertoire des richesses du littoral charentais que cet ouvrage célèbre avec élégance et passion.

Entre Terre, Mer & Ciel

Entre Terre, Mer & Ciel

Îles & forts charentais

Îles &forts charentais

Îles & forts charentais

Entre Terre, Mer & Ciel Préface par Martine Acerra, Photographies & Textes de Jan Renette


À mes lecteurs, amoureux des îles…

Îles & forts charentais Entre Terre, Mer & Ciel...

Photographies & Textes de Jan Renette


Îles & forts charentais, entre Terre, Mer & Ciel...

S OMMAIRE

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Introduction

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Repères sur la carte

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Les îles, lien entre Ciel, Terre et Mer 11 13

Prendre la mer, par les étoiles et par le soleil La côte du phare

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Rochefort, Grand Arsenal de Louis XIV

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Vers l'embouchure de la Charente

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Île Madame

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Vers le Bassin de Marennes

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Île d'Oléron

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Les cartes… Albert-Charles Seutter, année 1760 Le paysage de l'arsenal… La Corderie royale Les Formes de Radoub L'Hermione Le fleuve Charente Le Pont Transbordeur de Martrou Fort Lupin Fontaine Lupin La Charente - Port-des-Barques

Historique de l'île, son nom… La Passe-aux-Bœufs Les Carrelets La Passe-aux-Filles Croix des Galets Brouage, le sel de l'histoire Réserve naturelle de Moëze-Oléron Bourcefranc-Le Chapus Fort Louvois Le pont d'Oléron Le Château-d'Oléron Les Marais salants Saint-Trojan-les-Bains La Pointe de Gatseau Le Pertuis de Maumusson La Cotinière


Îles & forts charentais, entre Terre, Mer & Ciel...

S OMMAIRE

Sommaire | 3 |

105 109 115

Écluses à poissons Saint-Pierre-d'Oléron - Fort Royer Le phare de Chassiron

117 Fort-Boyard 125 Île d'Aix 127 129 133 137 139 143

Une terre méconnue de 130 hectares Anse du Saillant... le carrelet AIX8 après Xynthia Le Bourg, village fortifié La dernière demeure de Napoléon Fort Liédot Terraque-Marique

145 Fort Énet 147 Fouras, Passé - Présent 149

153 Île de Ré 155 163 165 167 171 179 183 189 193 195 197 201 207 213 221

Fouras, la grande plage à l'heure du bain

Rivedoux... le pont, les parcs ostréicoles Pointe de Chauveau Récolte de Varech Sainte-Marie-de-Ré Les vignes de l'île de Ré L'Abbaye des Châteliers Saint-Martin-de-Ré La Flotte La Couarde-sur-Mer La fosse de Loix - Moulin à marée Marais salant - Loix Réserve naturelle de Lilleau des Niges Ars-en-Ré Phare des Baleines et ses musées Les Blockhaus

223 La Rochelle 237 Remerciements & Repères 239 Bibliographie sélective & Crédits textes 240 Index


I

Introduction

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'est lors de mes balades photo-

graphiques autour de la Méditerranée, équipé de mon Nikon, que je me suis aperçu à quel point « j'aimais » la mer au format panoramique : je n'avais de cesse de vouloir recadrer mes photos ! Voilà comment la photographie des paysages marins a commencé à me passionner.

J'aime retranscrire l'émotion que me procure un lieu tel que je le vois. J’aime aussi imprimer une jolie photo sur un beau papier. Mais une photo ne commence à raconter une histoire que lorsqu'elle est présentée en série avec d’autres, enrichie par des textes et éventuellement accompagnée de quelques notes de musique. Là, cet ensemble commence à vivre dans mes expositions et mes diaporamas. Vous trouverez dans mes expositions « les îles, entre Terre et Mer » les images de mes voyages autour de la mer et l’océan ; le Maroc, les îles Paros et Santorin en Grèce, l'île de Beauté, la Sardaigne, IJsselmeer aux PaysBas, l’île Silt, Hambourg en Allemagne et l’île Pulau Tioman en Malaisie. Île d’Aix Mais, pourquoi chercher des photos si « loin », quand on vit en France où la côte atlantique française est bordée par la mer d'Iroise, la baie d'Audierne, puis le golfe de Gascogne et s'étend du Conquet jusqu'à Hendaye et compte plus de 25 îles. De magnifiques paysages bordent l'Océan, des cultures typiques et surtout de superbes plages bordées de dunes souvent exceptionnelles. Des paysages marins complètent les photos que j’ai faites sur les côtes méditerranéennes qu'elles soient françaises, espagnoles, italiennes, grecques ou croates… En mai 2008, j’ai choisi l'île de Ré comme première rencontre avec l’Océan. Au départ de l’île de Ré, Croisières Inter-îles propose des sorties en mer avec une escale à l'île d’Aix et l'approche de Fort-Boyard. J'ai embarqué.

Ma visite, cette journée-là, de ce « petit croissant de terre de 130 hectares » ne m’a pas laissé indifférent. Alain, m’a accueilli dans son restaurant Le Pressoir où il m’a proposé d'exposer mes photos. J'ai accepté son offre et ai dédié aux Aixois l'exposition nommée « Sous le charme de l’île d’Aix ». L'exposition qui a duré 3 mois a été suivie de la publication de mon livre Sous le charme de l’île d’Aix au printemps 2010 (Geste-éditions). Le projet « Les îles et forts charentais » Mon amour pour les îles et forts charentais a commencé dès 2008. J’ai visité la Charente-Maritime à de nombreuses reprises et ai photographié ses îles et sa côte selon mon inspiration. Ma base de données photo contient aujourd’hui plus de 7 000 clichés. Depuis 2010, je souhaitais réaliser un deuxième ouvrage sur la Charente-Maritime et étais à la recherche du fil conducteur… J’ai trouvé une partie de mon inspiration dans les trois mots qui définissent l’ensemble du globe ; la Terre, la Mer et le Ciel. Les îles sont le lien entre ces trois mots : • Une île est une terre isolée de tous côtés par l'eau, la mer. • Pour les insulaires, l'île est avant tout la terre ; la terre même de l’île, la terremère, alors que pour les continentaux, en revanche, l’île signifie d’abord la mer. La mer qu’il faut franchir pour accéder au rivage. • La marée est le mouvement montant puis descendant des eaux des mers et des océans causé par l'effet conjugué des forces de gravitation de la lune et du soleil (ciel). On peut dire que « la marée joue au yoyo entre Terre et Mer » ; elle prend la terre et la rend six heures plus tard. C'est ainsi que certaines îles, sont « île à plein temps » et certaines sont « île à mi-temps ». D'autres îles n'en sont plus car elles sont reliées au continent par des ponts.

On peut parler « du ciel dans les îles » pour parler du protestantisme ou de l’Église catholique. Les guerres de Religion dans la seconde moitié du XVIe siècle opposant catholiques et protestants sont venues « du ciel ».

J’ai commencé à faire le tri dans ma banque d’images. Est-ce que l’image ou son histoire concerne au minimum deux des aspects Terre, Mer et Ciel. Un exercice qui n’est pas facile, mais qui oblige à réfléchir sur le message qu’on veut donner au lecteur. J’ai trouvé l’autre partie de mon inspiration le jour que j’ai visité le chantier de l'Hermione à Rochefort. Cette frégate en reconstruction est connue pour avoir conduit le marquis de La Fayette aux États-Unis en 1780. Pourquoi ne pas embarquer à bord, à Rochefort en 2015, pour un départ vers l'embouchure de la Charente à marée haute, prendre l’eau potable à la Fontaine Lupin et « armer l'Hermione » en rade de l'île d’Aix. Le voyage peut commencer…

Voyage à bord de l’Hermione À Port-des-Barques, le marquis monte à bord, on quitte l’embouchure de la Charente. On évite les rochers sur les rivages nord de l’île Madame (Passe-aux-Filles), cap 150° direction Brouage pour charger le sel indispensable à la conservation des aliments. On suit la côte ouest de l’île d’Oléron, le vent dans les 17 voiles nous donne une vitesse de 10 nœuds. Nous laissons bien à tribord le phare de Chassiron pour éviter les écluses à poissons. On change de cap, direction Boyardville et Fort-Boyard, le vaisseau de pierre. Ensuite, direction l'île d’Aix, cap 70°. On aperçoit déjà ses deux phares et on évite le secteur rouge. Sur la rade de l’île d’Aix nous rendons hommage à Napoléon, car ce fut le lieu de sa dernière demeure en France. Après une nuit passée sur île, le voyage continue en direction de Fouras. On laisse Fort Énet à tribord et l'on peut profiter du beau temps


Introduction | 5 |

« Ces beaux et grands navires, imperceptiblement balancés sur les eaux tranquilles, ces robustes navires, à l'air désœuvré et nostalgique, ne nous disent-ils pas dans une langue muette : quand partons-nous pour le bonheur ? » Charles Baudelaire, Fusées, XI pour visiter sa grande plage à l’heure du bain. Trois heures plus tard, la marée est basse. Fouras est propice à la pêche à pied quand la mer, hors de vue depuis la plage a « disparu ». Les grandes marées attirent des pêcheurs à pied, vacanciers, néophytes ou confirmés, qui se répartissent entre l'estran et le banc de sable. On atteint le Pertuis d’Antioche, l'île de Ré est à 6 milles droit devant. À l'approche de l'Anse de Notre Dame on vire à bâbord pour suivre les côtes… Sainte-Marie-de-Ré, le Bois-Plage, Ars-en-Ré, avec son clocher blanc et noir, servant d'amer puis le Phare de Baleines. On profite de l'escale dans l’île pour

visiter le musée et le phare et se balader dans la Réserve naturelle de Lilleau des Niges. Profitant d'une mer d'huile, nous mettons une journée pour rejoindre Saint-Martinde-Ré où nous accueille la petite sirène d’Andersen. La fin du voyage approche, on passe sous le pont d’Oléron et il fait déjà nuit. Sur le Plateau du Lavardin, on s’aligne sur les deux Feux de La Rochelle à 59°. On reste dans l'axe du chenal pour entrer dans le vieux Port. Les deux tours, tour de la Chaîne à bâbord et de Saint-Nicolas à tribord, nous accueillent dans cette ville maritime, ville d'histoire où notre voyage s'achève…

Mal de mer Si vous avez le mal de mer, je vous propose le même circuit par les airs, comme je l'ai fait au printemps 2014. Deux heures de vol en ULM suffisent pour faire le tour complet des îles, mais malheureusement sans escale. Bon voyage Cet ouvrage est le résultat d’un long travail d’harmonisation, de rapprochements et de fusion entre mes photographies et des mots, des textes historiques, fruits de longues recherches. Je vous souhaite un bon voyage…

Jan Renette


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es îles et forts charentais

Repères 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37

Rochefort Vers l'embouchure de la Charente Le Pont Transbordeur de Martou La fleuve Charente Fort & fontaine Lupin Port-des-Barques Île Madame Brouage Réserve naturelle de Moëze-Oléron Bourcefranc-Le Chapus et fort Louvois Le pont d'Oléron Le Château-d'Oléron Les Marais salants Saint-Trojan-les-Bains Le Pointe de Gatseau Pertuis de Maumusson La Cotinière Écluses à poissons Fort Royer Le phare de Chassiron Fort-Boyard Île d'Aix Fort Énet Fouras Le pont de Ré Rivedoux Pointe de Chauveau Sainte-Marie-de-Ré L'Abbaye des Châteliers Saint-Martin-de-Ré La Flotte La Couarde-sur-Mer Loix - marais salant Lilleau des Niges Ars-en-ré Phare des Baleines et ses musées La Rochelle

Repères sur la carte | 7 |

Lien entre Terre, Mer et Ciel


| 8 | Les îles, lien entre Ciel, Terre et Mer

LES ÎLES, LIEN ENTRE

C TERRE MER IEL


Double page : Extraits de « Les premières œuvres de Jacques De Vaulx, pilote pour le Roy et la marine, contenant plusieurs règles, pratiques et enseignements très nécessaire pour bien et sûrement naviguer par le monde, tant en longitude que latitude… » (Daté de 1583 – Paris, BnF-FR9175)


PD

Par les étoiles et par le soleil | 11 |

Prendre la mer, par les étoiles et par le soleil. Pour ne jamais perdre le Nord…

epuis les temps anciens, les explorateurs maritimes comptaient sur cinq choses : l’expérience, des navires solides, le compas de route, la connaissance des étoiles et les cartes marines…

La connaissance des étoiles... l'étoile polaire Les étoiles peuvent indiquer la voie sur terre aussi bien que sur mer. Les marins et les explorateurs comptaient sur la navigation céleste, soit l’ancienne technique d’utiliser la Lune, les étoiles et les planètes pour trouver leur chemin. L’habileté à utiliser les étoiles pour la navigation est virtuellement demeurée la même durant des millénaires jusqu’à ce que les instruments du XVIIIe siècle rectifient les mesures prises du ciel. Pour utiliser le ciel, le navigateur devait présumer que la Terre était au centre de l’univers et que les étoiles et les planètes se déplaçaient en rapport avec elle. Nous avons appris que la Terre gravite autour du Soleil, mais ce concept ne change pas la façon dont les navigateurs perçoivent les étoiles. Certaines étoiles paraissent « figées ». L’empire assyrien, qui dominait au Moyen-Orient jusqu’en 612 avant notre ère, décrivait l’étoile Polaris dans des œuvres d’art. Polaris, l’étoile du Nord, est en fait un regroupement de trois étoiles qui semblent demeurées en place au-dessus du pôle Nord de la Terre. Polaris a dirigé les bergers, les Autochtones de l’Amérique du Nord et les marins de l’Égypte ancienne depuis la nuit des temps… Un instrument appelé « boussole » La Terre possède deux versions du mot « nord » qui peuvent être utilisées pour déterminer la direction et la distance. Le nord vrai est la position directement au-dessus du pôle Nord. La « boussole » ou « compas de route » peut mesurer le nord magnétique, qui est la direction nord dans le champ magnétique de la Terre.

La boussole marine possède une aiguille rotative et magnétisée fixée dans un boîtier. Elle montre les 4 points cardinaux. L’aiguille réagit à la force magnétique de la Terre et lorsqu’on tourne l’instrument, on peut trouver le nord magnétique.

Américain et un mathématicien anglais, ont développé l’octant, qui utilisait un huitième de cercle ou 45 degrés comme arc. L’octant fonctionnait avec des miroirs doubles réfléchissants, qui ont été utilisés plus tard dans le sextant. Le sextant est un instrument qui mesure la position des corps célestes au-dessus de l’horizon et qui utilise des calculs pour déterminer une position sur la Terre. Le premier sextant manuel, basé sur un arc d’un sixième de cercle ou 60 degrés, a été créé en 1759. Il était plus précis que les instruments de positionnement antérieurs, comme l’astrolabe, car les miroirs à l’intérieur du sextant permettaient de mesurer les angles à partir de l’horizon de la Terre.

Compas ancien d'un navire de la marine marchande (Source : Musée de Toulon)

Octant, quadrant et sextant Les navigateurs prenaient régulièrement leur position, surtout lorsque les navires mettaient le cap vers la haute mer ou qu’ils entraient dans des parties du monde éloignées de points de repère familiers. Le XVIIIe siècle a vu l’introduction d’instruments d’avant-garde qui ont aidé les navigateurs. Ces instruments étaient souvent fabriqués avec des matières solides comme le laiton, mais ils étaient basés sur les anciennes pratiques de navigation céleste qui utilisent le Soleil, la Lune et les étoiles. Le plus ancien des instruments de navigation est le quadrant. Il avait la forme d’une balance taillée en biseau qui formait un quart de cercle ou 90 degrés. On prenait l’angle de l’étoile du Nord au-dessus de l’horizon en alignant l’étoile avec les relèvements sur le bord du quadrant. Un poids suspendu au quadrant pendait audessus d’un point marqué pour donner une mesure verticale des degrés de latitude… Vers 1730, deux inventeurs indépendants, un

Sextant nautique Mark III (Kelvin & Hughes) ©DR

La Marée La marée est due à l'attraction des particules d'eau par le soleil et surtout la Lune. Grâce à sa régularité rythmée par le passage de la Lune au méridien, elle peut se mémoriser. Le passage de la Lune au méridien retarde chaque jour de cinquante minutes, et l'heure de la marée haute qui lui est liée recule d'autant. Le Manuel de pilotage à l'usage des marins bretons du Guillaume Brouscon (1548) contient déjà de nombreux calendriers sur lesquels on lit chaque jour en un lieu donné les heures de pleine et de basse mer selon la situation de la Lune.

Ci-contre : Embouchure de la Charente - Port-des-Barques Alpha Ursae Minoris est l'étoile la plus brillante de la constellation de la Petite Ourse. Elle est connue pour correspondre avec une bonne précision à la direction du pôle nord céleste, ce qui lui vaut l'appellation commune d’Étoile polaire ou plus simplement de Polaire. Du fait de sa position quasiment confondue avec la direction de l'axe de rotation terrestre, toutes les autres étoiles du ciel paraissent tourner autour d'elle, et dans l'hémisphère nord elle ne se couche jamais, tandis qu'elle n'est jamais visible dans l'hémisphère sud. (Nikon D7100 avec Sigma 10-20 mm, f/8.0, ISO400, temps 30 secondes, 20 clichés avec intervalle de 3 minutes entre les photos…) 


1838... La désirée, une gabare, arrive de Brest, transportant du matériel et des passagers. Un épais brouillard recouvre l’île de Ré. Vers 19 heures, les gardiens de la vieille tour des Baleines entendent 69 coups de canon du côté du Haut-Banc du Nord. Ils comprennent qu’un navire est en difficulté mais ne peuvent rien faire. Le lendemain, la mer charrie des cadavres. On comptera 52 morts et aucun survivant. Le nouveau phare des Baleineaux sera allumé en 1854 pour éviter ces drames… Sur l’île de Ré, on dénombrera environ 400 naufrages entre 1789 et 1917.

Ci-contre : Naufrage sur le rocher du phare d’Eddystone, extrait de l’œuvre Les Phares de Léon Renard (Paris, Hachette, 1900) 


LS

La côte du phare | 13 |

La côte du phare

Les phares des îles contre les naufrages : les « tours à feux » du bout du monde… ur le littoral auquel appartiennent nos îles, pour empêcher les naufrages, n’avaient existé longtemps au Moyen Âge que quelques rares fanaux, au sommet de la tour de Cordouan, le doyen des phares de France, des clochers de Marennes et de Guérande, de la tour du Garrot (de la Lanterne) à La Rochelle. 400 ans de lumière de Cordouan Pour encore mieux marquer l’entrée dans la Gironde, Henri III et Henry IV firent édifier, de 1584 à 1611, par l’architecte et ingénieur Louis de Foix, le remarquable et magnifique phare Renaissance de l’îlot de Cordouan, avec son décor à l’antique et son faste intérieur qui marquent la puissance royale jusqu'au milieu de l’océan.

Il fallut attendre presqu’un siècle après Cordouan pour que la construction de phares reprenne, s’inscrivant alors dans la politique d’aménagement militaire et naval des côtes saintongeaises. Ces phares vont être édifiés par les ingénieurs du roi sous la direction de Vauban. Les îles sont les lieux choisis pour ces constructions, mais de façon inégale. En effet, on a d’abord construit des phares sur les littoraux stratégiques, et le littoral charentais en était un… Les tours des Baleines & Chassiron La Veille Tour des Baleines à l'extrémité de l’île de Ré (pointe dénommée ainsi à cause des cadavres de cétacés qu’on découvrait fréquemment sur ces côtes) fut construite en 1682 ; suivi trois ans plus tard par la tour de Chassiron (le Cap Ciron du Moyen Âge) au nord d’Oléron. Ces tours balisèrent alors de leur fanal à la fois la route des navires de commence vers La Rochelle ou Bordeaux, mais aussi celle de navires de guerre rentrant à Rochefort. Ces campagnes de construction, comme les campagnes de fortification, dépendaient étroitement des crédits disponibles, ce qui n’était pas sans conséquences sur la qualité des travaux. Ces phares étaient éclairés soit avec du bois et du charbon de terre qui brûlaient à l’air libre dans des réchauds (Chassiron), soit avec de l’huile de poisson dans des bassins en bronze enfermés dans une lanterne vitrée (les Baleines et Cordouan). Dans des îles sans bois ou au ravitaillement parfois difficile, cela n’allait pas sans problèmes. À partir de 1700, certains phares ne sont allumés que de façon épisodique (seulement pendant les nuits d’hivers) et progressivement ne sont plus allumés faute de combustible et de crédit. Prenez comme exemple Chassiron : les importations du bois et du charbon de terre étaient lourdes et expliquent que le coût annuel de l’entretien des feux représentait plus de la moitié du prix de construction de la tour La monarchie essaya de faire partager ce coût important. L’entretien fut alors en partie assuré par des droits sur le passage des navires en Gironde ou dans les ports d’Aunis et de Saintonge. Fallait-il encore que les capitaines de navires n’oublient pas une fois sur deux de passer par le bureau de perception…

Ci-dessus : La Veille tour des Baleines - île de Ré Cette tour de 29 mètres est construite d'après un plan daté de 1669, avec des pierres calcaires de Saint-Savinien-sur-Charente qu'il a fallu faire venir à grand frais (coût du phare : 20 000 livres de l'époque). Le combustible utilisé est de l'huile de baleine dans laquelle trempent 18 mèches de coton, le tout à l'intérieur d'une lanterne maçonnée et pourvue de fenêtres. Mais la maçonnerie cache en grand partie le feu... (Source : Musée phare des Baleines - île de Ré) 

Les premiers progrès À partir des années 1770, les phares furent pourvus d’un réverbère de Sangrain, véritable lustre à deux étages garnis de lampes à miroir sphérique en cuivre argenté, réfléchissant la lumière d’une lampe à huile. Ces premiers progrès ne réglèrent pourtant pas le problème de l’insuffisance de portée. Le capitaine du Saint-Laurent confond ainsi le 23 mars 1783 le phare des Baleines avec le feu d’un bâtiment qui l’accompagnait, et vient se jeter à la côte de l’île de Ré et ce ne fut pas un cas unique… Il ne faut donc pas s’étonner du souhait des Rétais de revenir au charbon de terre, comme cela fut exprimé dans les cahiers de doléances de 1789. Les phares avaient, également, l’inconvénient de favoriser l’ennemi en temps de guerre. On les éteignait donc, mais cela n'était pas sans conséquence. Ainsi le chasse-marée l’Espérance s’échoue devant la redoute des Portes parce que le phare des Baleines avait été éteint à cause de l’ennemi. 


La côte du phare | 15 | La mer prend, la mer donne… naufrageurs et pilleurs De rares sources médiévales évoquent les pilleurs de naufrages, comme les Rôles d’Oléron, codifiés au XIIIe siècle, dont on retrouve bien la filiation dans l’Ordonnance de marine de 1681. Mais la loi peut très bien évoquer une infraction qui n’existe plus. Restent de rares textes, comme celui de Dubuisson-Auberay en 1636 : « L’isle est à présent habitée de gens sauvages qui courent sus aux naufrageurs, vivant de leurs débris et allumant des feux en leur isle et des lieux de péril pour faire naufrage aux passants de raz ainsi que Nauplius fit jadis aux Grecs passants le Caphanér » ou celui de 1700 d’un commandant de l’île qui écrivit même qu’il « ne saurait contenir les habitants ni les empêcher de piller parce que le vicaire leur insinue que ces sortes de naufrages sont des présents du ciel qui appartiennent à ceux qui sauvent ce qui en provient ». Innovations techniques : Fresnel & l'électricité Le XIXe siècle a apporté des innovations techniques importantes en ce qui concerne l'émission de lumière. Augustin Fresnel a inventé la lentille qui porte son nom et le système optique qui a permis un accroissement considérable de la puissance lumineuse. Il fut expérimenté pour la première fois au phare de Cordouan en 1823. Les inventions de Fresnel ont été perfectionnées et sont toujours utilisées. Le système d'éclairage est évidemment une partie essentielle du phare. Leur mode est passé des feux de bois, de charbon, aux lampes à huile et à pétrole avant de passer à l'électricité au XXe siècle. Suite à leur électrification, les phares ont été automatisés et leurs gardiens ont souvent été remplacés par des systèmes automatiques télécontrôlés.

Ci-contre : Augustin Fresnel a inventé la lentille (qui porte son nom) et le système optique - qui a permis un accroissement considérable de la puissance lumineuse au XIXe siècle - a été perfectionné et est encore utilisé aujourd'hui. 

Ci-contre :  Le phare de Cordouan, 400 ans de lumière. Grandiose et familière, la silhouette de Cordouan continue de protéger et d’éclairer les marins, nuit après nuit, tempête après tempête. Depuis son îlot rocheux, la plus belle des sentinelles des mers veille jalousement sur son territoire : un univers à la beauté farouche où l’homme et la nature se sont unis pour façonner une terre de plaisir et d’émerveillement, l’estuaire de la Gironde… (Source : Musée phare des Baleines - île de Ré)


Rochefort, Grand Arsenal de Louis XIV | 17 |


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Les cartes... Albert-Charles SEUTTER, année 1760 | 19 |

Albert-Charles SEUTTER Les environs de la Rochelle et Rochefort avec les îles d'Oléron et de Ré. Gravure en taille-douce, vers 1760.

© Archives Municipales de Toulouse

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e choix de Rochefort comme emplacement du grand arsenal atlantique de Louis XIV repose en grand partie sur les protections naturelles qu’offre le site. Les îles de Ré et d’Oléron créent un passage resserré, le pertuis d’Antioche, incontournable pour les navires qui se rendent à Rochefort. Plus près de l’embouchure de la Charente, les îles d’Aix et Madame forment deux nouvelles bases de contrôle de la circulation maritime. La qualité défensive de la côte atlantique au niveau de Rochefort est bien mise en valeur sur cette carte du milieu du XVIIe siècle. Elle a été dessinée et gravée par Albert-Charles Seutter, fils de Mathaüs Seutter, l’un des plus renommé cartographe allemand, qui a produit des cartes du Saint Empire Romain Germanique. Le choix de Seutter de cartographier Rochefort témoigne également de l’importance accordée à l’arsenal, au moment où la guerre de Sept Ans oppose les puissances européennes. La guerre de Sept Ans (1756 – 1763). La guerre de Sept Ans, à partir de 1756, est incontestablement un épisode des plus noirs dans l’histoire insulaire du Ponant. Les îles redeviennent un objectif des Anglais dont une partie de la stratégie vise à bloquer les ports. Le 23 septembre 1757, les vaisseaux anglais attaquent île d’Aix. L’île est petite (130 ha) et dénudée, et son pillage n’a pas grand intérêt. En fait, c’est sa position stratégique dans l’embouchure de la Charente et en liaison avec Rochefort, qui fait tout l’intérêt de l’île d’Aix. Les vaisseaux quittant Rochefort étant obligé de sortir sur l’est à cause de la faible profondeur de la Charente, c’est en rade d’Aix qu’on finit d’armer les navires ou que les convois mettent « librement » le cap vers l’Amérique. C’est dans l’île qu’on embarque munitions, hommes et marchandises. Mais si l’estuaire de la Charente est protégé de façon naturelle ou par les forts riverains (fort Lupin), et si les grandes îles possèdent leur citadelle, l’île d’Aix est le point faible du dispositif rochefortais. Le premier projet de fortification du banc de Boyard en 1661 ayant avorté, il fallut attendre 1692 pour voir construire à l'île d'Aix une première tour de 20 m de haut et un véritable petit fort, dit « de la Sommité », terminé en 1702. Laissée à l’abandon ensuite, cette fortification n’est remise en état, dans l’urgence, qu'en août 1757, quand le ministre apprend par ses espions que les Anglais projettent une action sur Rochefort… Ci-contre : Les environs de La Rochelle et de Rochefort, estampe de Albert-Charles Seutter, milieu XVIIIe siècle - Collection du musée national de la Marine, Rochefort. 

Page 16 : Dauphin royal, vaisseau de 110 canons, poupe - Collection du musée national de la Marine, Paris. 


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Le paysage de l'arsenal - 1762 | 21 |

Le paysage de l'arsenal Joseph Vernet : Vue du port de Rochefort, 1762.

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n 1753, Louis XV commande au peintre Joseph Vernet (Avignon, 1714 – Paris, 1789) une série de 27 vues des ports de France. Jusqu’à en 1765, Vernet parcourt le littoral et réalise 15 tableaux de grand format, aujourd’hui visibles au musée de la Marine à Paris. Rochefort est l’avantdernier de la série. Il s’agit d’offrir au roi une image flatteuse de sa puissance, en pleine guerre de Sept Ans et aux amateurs, un paysage juste et émouvant. Vernet construit son tableau en faisant du paysage un décor de théâtre où circulent les acteurs de l’arsenal : ouvriers, marins, marchands ou officiers. Vernet situe la scène à l’extrémité nord de la corderie. Le chanvre, débarqué en ballots, repart transformé en cordages. La corderie et la Charente créent une forte perspective qui aboutit au pont de la Cloche, petit édifice aujourd’hui disparu. Devant le parc aux ancres, deux vaisseaux forment une figure centrale. Plus loin, se découpe la silhouette de l’Impétueux en cours de construction ; ce vaisseau de 90 canons, rebaptisé La Ville de Paris, était le vaisseau-amiral de Grasse pendant la guerre d’Indépendance américaine. Au bout de la corderie, Vernet figure la poupe d’un vaisseau en cours de réparation dans la forme de radoub n° 2 pourvue d’un toit. L’arrière-plan, avec les façades des entrepôts, est éclairé par les flammes et le panache de fumée, très exagéré, d’un abattage en carène où est brulée la vieille couche de résine d’une coque en réfection. C’est aussi le moment du départ d’une escadre (au fond à gauche) vers l'embouchure de la Charente. La marée est haute et la scène se passe le matin... Soucieux selon ses propres termes d’animer le plat pays rochefortais, le peintre prend de nombreuses libertés avec la réalité. Vernet agit d’abord comme artiste : son objectif est de produire une peinture forte et sensible, fût-ce au prix de quelques entorses avec la topographie ou les techniques de construction navale. L’arsenal est ici un paysage de peintre… Source : Musée national de la Marine.

Ci-contre : Vue du port de Rochefort, prise du magasin des colonies, Joseph Vernet - Musée national de la Marine, dépôt du musée du Louvre. 


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Le paysage de l'arsenal - vers 1830 | 23 |

Le paysage de l'arsenal Anonyme, vers 1830

ue du port de Rochefort. Cette vue (page de gauche), malgré son style naïf et ses perspectives faussées, livre une image vivante de l’arsenal à Rochefort. L’auteur, anonyme, s’est installé sur la rive gauche de la Charente pour figurer les ateliers, infrastructure, bâtiments officiels et entrepôts nécessaires au fonctionnement de cette gigantesque usine. La ville se devine à l’arrière-plan. Sur la Charente, les vaisseaux et les frégates désarmés côtoient un canot d’apparat et une gabare chargée de bagnards en habits rouges. Les hommes qui animent cet espace de travail sont représentés : officiers, soldats, marins, ouvriers et forçats sillonnent en tous sens cette grande usine, un peu comme au théâtre où chacun joue son rôle…

Ci-dessus : Plan de Rochefort « Rochefort est une ville jolie et Considerable de France au pays d'Aunis avec un beau port Louis XIV. Le site batu en 1664 est en effet un Département de la marine Il y a un bel hôpital, plusieurs magazins, un Arsenal, une Corderie et elle est sur la Charente à 1½ lieue de son embouchure, défendue par plusieurs forts... Elle est à 3 lieues de Brouage, 6 Sud-Est de la Rochelle et 102 Sud-Ouest de Paris... » Source : BnF-D1083 

Ci-contre : Vue du port de Rochefort, prise dans l’éloignement, 1ère moitié XIXe siècle - Collection du musée national de la Marine, Rochefort. 


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La Corderie royale de Rochefort | 25 |

La Corderie royale

Manufacture ou palais, elle représente aujourd'hui l'un des rares témoignages de l'architecture industrielle du XVIIe siècle.

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a Corderie royale se situe en contrebas du jardin de la Marine, dominant la Charente. La construction, débutée en 1666 par Colbert, est achevée en 1669.

La plus longue manufacture d’Europe Jusqu'à la Révolution, tous les cordages de la marine française sortaient de ce bâtiment de 390 mètres de long. Cette dimension convient à sa vocation, qui était de confectionner les plus grands et les plus gros cordages du royaume. La toiture à la Mansart est composée de tuiles rondes et d’un brisis d’ardoise. Côté ville, le bâtiment présente une façade sobre. On y accolera quelques années plus tard onze contreforts car le bâtiment « gîte » dangereusement vers l’ouest, le radier étant trop chargé. Côté fleuve (voir photo ci-contre), le traitement est très différent : les ouvertures plus nombreuses, encadrées et rythmées par des pierres de taille en bossage et les lucarnes de l’étage sont toutes surmontées de frontons alternativement triangulaires ou arrondis, chapeautés d’une boule. Un pavillon central se détache de la longue façade. Un cartouche portant le monogramme de Louis XIV est sculpté au-dessus du portail. Un imposant fronton circulaire dissimule les cheminées des étuves où sèchent les cordages avant le goudronnage. Sur décision du président de la République l’arsenal de Rochefort est fermé le 10 septembre 1926. C’est un coup dur pour la ville et sa population. La reconstruction Nouvelle épreuve en 1944 lorsqu’à leur départ, après avoir dynamité de nombreux bâtiment de l’arsenal, les troupes allemandes mettent le feu à l’ancienne corderie. Un gigantesque incendie fait rage pendant plusieurs jours et au lendemain de la guerre, l’édifice n’est plus qu’une ruine envahie par la végétation… En 1964, l’amiral Dupont, préfet maritime de Rochefort décide de dégager la corderie de ses broussailles avec l’aide des appelés. En 1967, grâce à ses efforts, elle est classée Monument historique et on envisage de reconstruire le bâtiment… Menée par les architectes des Monuments historiques, la reconstruction a été voulue « à l’identique » pour l’extérieur du bâtiment : pierre de taille et appareillages recomposés. À l’intérieur, on décide de cloisonner le corps principal et d’utiliser des matériaux modernes. La Corderie royale de Rochefort représente aujourd'hui l'un des rares témoignages de l'architecture industrielle du XVIIe siècle. Source : Exposition - Corderie royale.


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Les Formes de Radoub | 27 |

Les Formes de Radoub

L'Arsenal maritime de Rochefort abrite un ensemble exceptionnel de trois formes de radoub historiques…

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a construction de vaisseaux n’était pas la seule activité de l’arsenal. Il fallait aussi assurer leur entretien. Cette fonction est à l’origine de la création des formes de radoub. Les formes ou cales sèches de formes maçonnées représentaient une avancée technologique importante par la méthode employée : elles permettaient en effet le travail à sec sans détériorer les coques et gréements, contrairement à la technique habituelle de l’abattage en carène. La nouvelle technique, inventée en 1683 par Pierre Arnoul est celle de l’écluse : le navire rentre dans la fosse à marée haute et la porte d’accès était ensuite fermée. Par un système de canalisations et de pompes, l’eau du bassin était évacuée en même temps que la marée descendait. Calé progressivement, le navire une fois à sec pouvait être « radoubé », c'est-à-dire réparé. Lorsque les travaux sont achevés, on laisse la forme se remplir d’eau et le navire repart sur la Charente pour rejoindre la mer. Formes de radoub Trois formes de radoub ont été creusées et construites à Rochefort entre le XVIIe et le XIXe siècle : 1. La « Vieille Forme » au nord de la corderie, achevée en 1671 est la plus ancienne forme maçonnée au monde. 2. La « Forme Louis XV », ou double forme car elle compte un bassin supérieur et un bassin inférieur, construite entre 1683 et 1728 peut accueillir deux navires à la fois. 3. La forme « Napoléon III », double forme, construite entre 1853 et 1861 pour les bateaux à vapeur. Ces ouvrages ont été détruits à la fin de la seconde guerre mondiale et les formes se sont rapidement envasées. Mais ces ouvrages vont renaître : la Vieille Forme a été dégagée en 1985 et un bateau-porte contemporain assure sa fermeture ; Les deux autres formes ont été dévasées et restaurées au début des années 90 dans l’attente d’un projet de réutilisation… L’une d’elle a permis la reconstruction de la frégate de La Fayette : l’Hermione.

 Ci-contre : Forme de radoub Napoléon III, construite au milieu du XIXe siècle pour accueillir les bateaux à vapeur.

Pellicule photo (de gauche à droite) : 1. Chantier des constructions ou l'on voit la quille d’un vaisseau mise en place (Source : SHD - Vincennes - Album Colbert - SH141, planche 1) 2. Coupe longitudinale de la frégate l'Hermione (Source : Didier Georget-GS) 3. Antique print of 1860 - Arsenal Rochefort - Frigate Semiramis Victorian (Source : The Illustrated London News) 4. Plan de la petite Forme de Rochefort (Source : SHD140- Album Colbert). 5. Plan des nouvelles Formes de Rochefort, 1724 - Double Forme. (Source : SHD-DD2) 6. La « Vieille Forme ». Bateau en cale sèche (Archives mun. de Rochefort) 7. Le torpilleur La Rapière en cale sèche (Coll. privée).


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L'Hermione

Une nouvelle aventure est lancée à Rochefort, l'HERMIONE est remise en chantier au cœur de l'ancien arsenal maritime sur le site même où elle est née…

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epuis juillet 1997, l'Association Hermione-La Fayette s'est lancée dans une formidable aventure, la reconstruction de la frégate Hermione qui, en 1780, permit à La Fayette de rejoindre les insurgés américains en lutte pour leur indépendance. Si seulement onze mois de travaux avaient été nécessaires au XVIIIe siècle pour mettre à l’eau ce bateau, il aura fallu presque quinze ans pour venir à bout de cette reconstruction à l’identique. Il faut dire que le projet est titanesque et qu'aucun plan n’existait car à l’époque, par peur d’être copiés, les ingénieurs travaillaient uniquement sur des maquettes ! Parmi les chiffres gigantesques pour la fabrication de cette frégate : - Mille tonnes de bois auront été nécessaires pour la construire. - 17 voiles, soit au total 2 200m2 de voilure, l’équivalent de douze terrains de tennis, la plus grande faisant 272m2. - Deux ancres, chacune de plus d’1,5 tonnes, et - Un gréement d'environ 25 km de cordage et 1500 pièces différentes… Un navire historique L'Hermione « historique » a été mise en chantier en 1778, dans l'arsenal de Rochefort sur une cale de construction proche de la Corderie Royale. Navire de plus de 65 mètres de longueur hors tout, doté d'une voilure de 2 200 m2 répartie sur trois mâts, l'Hermione fut construite sur les plans de l'ingénieur Chevillard Aîné. Elle faisait partie, avec la Courageuse, la Concorde et la Fée, d'une série de quatre frégates mises en chantier à Rochefort. Appartenant à la catégorie des frégates dites légères, caractérisées par leur vitesse et leur maniabilité, l'Hermione était équipée de 32 canons tirant des boulets de 12 livres, d'où son nom de « frégate de 12 ». Longue de 44,20 m, large de plus de 11 m, la frégate nécessita 11 mois de travail pour des centaines de charpentiers, forgerons, perceurs, cloueurs, calfats, bagnards... soit au total plus de 35 000 journées de travail.

de La Fayette, gentilhomme français âgé de 21 ans, s'efforce d'obtenir pour elle le soutien officiel de la France. Il réussit à convaincre le roi Louis XVI et son état-major d'apporter une aide militaire et financière aux troupes du général Washington. Le 21 mars 1780, le jeune major général de La Fayette embarque à bord de l'Hermione. Il part combattre aux côtés des insurgés américains qui luttent pour leur indépendance. Il débarque à Boston après 38 jours de traversée et rejoint le général Washington pour lui annoncer l'arrivée imminente des renforts français. Dix-huit mois plus tard, les insurgés américains, auxquels s'est joint La Fayette remportent des victoires décisives, avec l'appui des troupes françaises conduites par Rochambeau et de Grasse dans la baie de la Chesapeake sur mer, puis à Yorktown. Peu de temps après sa mise en service, L'Hermione en Amérique l’Hermione coula le 20 septembre 1793, En janvier 1779, de retour d'Amérique où lorsque la frégate heurta des récifs au large il s'était porté volontaire au service de la du Croisic, en Bretagne. cause américaine, Gilbert Motier, marquis

Ci-contre : Août 2013 : l'Hermione, la frégate de la liberté dans la forme de radoub Napoléon III, son port d'attache. Le projet a attiré 3,7 millons de visiteurs depuis le début de sa construction et son grand voyage de 7 500 milles marins (13 000 km) aux États-Unis a eu lieu en 2015…   

L'Hermione | 29 |


Vers l'embouchure de la Charente | 31 |

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Vers l'embouchure de

harente

Le fleuve prend sa source aux confins des départements de la Haute-Vienne et de la Charente à une altitude avoisinant 300 m. Son cours intéresse trois départements et borde des villes au passé prestigieux telles qu’Angoulême, Jarnac, Cognac, Saintes et Rochefort. Il parcourt 360 km, de sa source jusqu’à l’océan Atlantique où il se jette entre l’île Madame au sud et les îles d’Aix et d’Oléron au nord…


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Le fleuve Charente | 33 |

Le fleuve Charente

une histoire, un patrimoine, un trésor…

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e fleuve Charente, c’est une histoire, un patrimoine dont les historiens cherchent les secrets encore bien cachés et derrière eux, l’identité du fleuve. Du néolithique au XIXe siècle, la vie s’est animée autour du fleuve. Vivant d’abord sur le milieu environnant, l’homme a ensuite diversifié ses activités puis pratiqué des échanges. L’importance du trafic commercial Le fleuve est devenu la voie de communication nécessaire au commerce. Lien naturel entre divers territoires, la Charente est donc aussi un lien entre les hommes qui ont fait son histoire. Les vestiges des anciens ports laissent imaginer l’importance du trafic commercial que le fleuve pouvait drainer. Les pierres, le sel, le vin, les eaux-de-vie, les céréales, l’eau douce, le chanvre, la laine, les céramiques, la morue et autres denrées alimentaires, l’armement (canons…), le papier, ont circulé entre l’amont et l’aval du fleuve pendant plusieurs siècles grâce aux gabares. L’ouverture sur l’océan Atlantique a permis aux villes de l’arrière-pays de se développer et de se greffer aux échanges internationaux, grâce aux débouchés sur la côte. Aujourd’hui, de nombreux éléments sont visibles et témoignent de l’activité d’antan et de l’ancienne fonctionnalité du fleuve Charente. Imposant ou discret, le patrimoine est très varié : petit patrimoine bâti, carrelets, écluses, quais, puits, fontaines, calvaires, anciens bacs, pigeonniers, villages typiques et demeures de maîtres, maisons d’armateurs, moulins… aux fortifications sur le secteur littoral. Des trésors du fleuve Les eaux et la vase du fleuve recèlent elles aussi des trésors. Pierres de construction, céramiques et pirogues de Saintes et d’Orlac, sont les exemples les plus typiques et les plus étonnants. De grandes prairies pâturées et fauchées, inondées en hiver caractérisent la partie amont de la vallée. La partie estuarienne est annoncée par les roselières. Au-delà de Rochefort, avec la proximité de l’océan, apparaissent des espèces halophiles. Les zones moins exploitées, selon leur degré d’humidité, se transforment en véritable marais d’eau douce, offrant à la faune et à la flore un milieu amphibie et hygrophile quasi-permanent. L’infinie variété des espèces animales rencontrées dans le bassin de la Charente témoigne de la richesse du milieu et des paysages : rivières, prairies humides, boisées ou bocagères, tourbières, marais doux, saumâtres ou salés, forment un vaste ensemble d’une importante valeur écologique.


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u XIXe siècle, le seul moyen de traverser la Charente entre Rochefort et Martrou, quartier de la commune d'Échillais, est le bac. À rame puis à vapeur, ce système de traversée est limité, à marée basse notamment, mais également en cas de conditions météorologiques défavorables ou de courant trop fort. La construction d'un pont est alors envisagée afin de remplacer le bac, qui ne peut plus répondre à une demande de circulation de plus en plus importante entre ces deux berges. Le défi est de trouver un système de pont qui permette la traversée des

personnes sans gêner la navigation maritime, notamment les navires de l'arsenal de Rochefort. Le projet de Pont à transbordeur, proposé par Ferdinand Arnodin, est retenu en 1897. C'est un ingénieux système où deux pylônes métalliques supportent un tablier sur lequel glisse un chariot sur un système de rails. Une nacelle y est suspendue, permettant de relier les deux rives sans gêner la circulation maritime. Les travaux débutent en mars 1898 pour se terminer 27 mois plus tard en juillet 1900.


Le Pont Transbordeur de Martrou | 35 |

Les Transbordeurs de France Six autres projets de Ponts à Transbordeur ont vu le jour en France entre 1899 et 1910. La deuxième guerre mondiale a modifié ce paysage : Rouen en 1899 (destruction : 1940) ; Rochefort en 1900 (fermeture : 1967, réouverture touristique en 1994) ; Nantes en 1903 (démolition : 1958) ; Marseille en 1905 (démolition : 1945) ; Brest en 1909 (démolition : 1947) et Bordeaux en 1910 (démolition des pylônes : 1942).

Le viaduc de Martrou Sur l'arrière-plan, on distingue le viaduc de l'estuaire de la Charente Il a remplacé le pont à travée levante devenu obsolète. Inauguré en 1991 et d'une longueur totale de 1200 mètres, il est toujours en service. Depuis 1991, 230 millions de véhicules l'ont emprunté, soit 30 000 en moyenne chaque jour. Il joue un rôle important sur l'axe La Rochelle-Rochefort-Royan. Source : La Maison du Transbordeur - Exposition permanente


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Le Pont Transbordeur de Martrou | 37 |

Le Pont Transbordeur... Une Tour Eiffel sur la Charente

erdinand Arnodin, né le 9 octobre 1845 à Sainte-Foylès-Lyon dans le Rhône installe à Châteauneuf son entreprise de construction métallique. S'inspirant du cordage des mariniers, il invente un câble plus résistant à torsion alternative qui relance l'industrie du pont suspendu. Pour Châteauneuf, c'est une aubaine. Au début de ce siècle, l'entreprise Arnodin emploie près de 80 personnes. Le fer est le symbole du progrès industriel de cette époque. Eiffel vient d'ériger sa tour. Les ingénieurs français sont parmi les meilleurs et Arnodin construit des ponts aux quatre coins du monde : Congo, USA ou Siam. C'est le plus souvent le gendre du fondateur, Gaston Leinekugel le Cocq, qui se charge de ces grands chantiers. Le 5 novembre 1887, il dépose un brevet pour un système de Pont à Transbordeur pour grands débouchés servant à la traversée des voies maritimes. La même année, le projet pour le Pont à Transbordeur de Martrou, proposé par Ferdinand Arnodin, est retenu. Les travaux débutent en mars 1898 pour se terminer 27 mois plus tard en juillet 1900. Ferdinand Arnodin meurt en 1924 couvert d'honneurs et de décorations, mais encore aujourd'hui, l'aventure de la construction métallique à Châteauneuf se poursuit…

Source : La Maison du Transbordeur - Exposition permanente


Fort Lupin | 39 |

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Lupin

Véritable chef-d’œuvre d’architecture, il tient une bonne place parmi toutes les merveilles dont le grand Vauban jalonna nos frontières…


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Fort Lupin

Véritable chef-d’œuvre d’architecture, il tient une bonne place parmi toutes les merveilles dont le grand Vauban jalonna nos frontières…

la fin du XVIIe siècle, Rochefort est choisie pour l’implantation du nouveau projet de Colbert, le grand Arsenal Royal. Très vite, la nécessité de défendre l’accès à Rochefort se fait sentir. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, c’est tout le littoral charentais qui est progressivement fortifié. Le fort Lupin est construit en 1683 sur un projet du grand ingénieur Vauban. Posé en plein marais sur un rocher avançant dans le lit du fleuve, il couvre non seulement la remontée de la Charente, mais aussi, vers l’aval, la fontaine SaintNazaire (1676), aiguade pour l’alimentation des vaisseaux. La construction durera trois ans, de 1683 à 1686. Le fort est constitué de deux formes géométriques harmonieusement imbriquées : d’une part, une batterie basse semi-circulaire percée de 22 embrasures en éventail, permettant de réaliser des tirs rasant directement dans la ligne de flottaison des navires. Et d’autre part, une tour-réduit permettant d’effectuer des tirs plongeants. De part et d’autre de la tour, et suivant une géométrie axiale rigoureuse, se trouvent les casernes percées de meurtrières. En travers des fossés en eau, des batardeaux coiffés de dames interdisent la circulation d’une partie à l’autre. Véritable témoignage de l’évolution des techniques de fortifications, ce fort est le mieux conservé de tous les petits forts mis en place par Colbert le long de l’ensemble du littoral français. Déclassé par l’armée et classé au titre des Monuments historiques en 1950. Le fort Lupin est aujourd’hui un monument privé. Source : Fort Lupin - Visite guidée

Ci-dessus : Plan du fort Lupin vers 1700


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Fontaine Lupin | 43 |

Fontaine Lupin une fontaine pour approvisionner en eau douce les vaisseaux de guerre du Roi, qui quittaient l’arsenal de Rochefort e panneau du Service Départemental de l’Architecture nous résume l’origine et la raison d’être de la Fontaine Royale de Lupin : Rochefort fut créée en 1666 afin de doter la façade atlantique du premier arsenal du Royaume. Les nombreux navires de la marine royale quittant Rochefort allégés pour gagner le large, devaient se ravitailler en « bonnes eaux » à l’embouchure avant d’entamer leur voyage. Le duc de Beaufort fit part à Colbert, en 1667, de l’existence de trois sources abondantes (sources d’Orange, de Fonpourri et des Morts), situées sur la rive méridionale de la Charente. Il proposa la création, en bordure du fleuve, d’une fontaine hexagonale pour remplir les tonneaux. Sa proposition fut retenue et une Aiguade recueillant les eaux de la source de Fonpourri vit le jour en 1676. Elle était constituée d’une tour hexagonale de 14 m de haut, décorée d’un ordre dorique. Accompagnée sur la berge d’un bassin couvert chargé d’emmagasiner l’eau en provenance d’un aqueduc reliant la source (2 800 m de long), la fontaine de Lupin était décrite comme une merveille d’architecture. Vers 1763, la fontaine fut entièrement remaniée par l’ingénieur Augias afin d’augmenter le débit et les prises d’eau. Posée sur Ci-contre :  La Fontaine de Sculpture, Provenant de la Fontaine royale de Lupin et formant le fronton de la porte d’accès du bassin ouest actuellement détruit, elle symbolisait les sources des Morts et de Fonpourri qui alimentaient la fontaine. Les fragments de cette œuvre ont été sauvegardés par son dernier gardien Adrien Savalette. La sculpture a été reconstituée en février 1955. Ci-contre : La fontaine de Lupin à l’embouchure de la Charente à marée descendante. À l’époque, la fontaine était protégée des ennemis par le fort Lupin, à 1 kilomètre en amont, sur la même rive. C’est pourquoi la fontaine porte aussi le nom de Fontaine Lupin. À l’intérieur, la fontaine abrite 2 puissantes pompes à main qui puisent l’eau dans un réservoir situé dans le soubassement. Avec un robinet sur chaque face, hormis sur la face de la porte d’entrée, la fontaine permettait le ravitaillement de 5 chaloupes. 

un soubassement taluté servant de réservoir et muni de robinets, la tour conserve son plan hexagonal. Mais c’est un ordre toscan qui est retenu pour les pilastres d’angle. Chaque face est décorée d’une arcade aveugle et deux oculi encadrés de guirlandes viennent éclairer l’intérieur de la fontaine merveilleusement conservée (Voir photo ci-dessous).


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ue aérienne de la Charente en aval de Rochefort. Au premier plan à droite le village de Port-des-Barques et plus loin la fontaine de Lupin, qui approvisionnait en eau douce les vaisseaux de guerre du Roi, quittant l’arsenal de Rochefort. À l’époque, la fontaine était protégée des ennemis par le fort Lupin, à 1 kilomètre en amont, sur la même rive sud. (au fond sur la droite de la photo). En remontant les méandres de la Charente, on distingue à l'arrière-plan, à droite, la ville de Rochefort.


La Charente - Port-des-Barques | 45 |


Île Madame | 47 |

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A DA M E

Site naturel classé remarquable, on y rencontre une faune et une flore riche et très particulière. À son extrémité ouest, un plateau rocheux se découvre à marée basse, offrant aux ostréiculteurs un lieu de parcs et aux pêcheurs à pied un espace privilégié de découverte et de cueillette d'huîtres, palourdes et crevettes. L'île madame, ainsi que Port-desBarques dont elle dépend, sont des lieux à découvrir. D'une grande authenticité, le panorama et le paysage en sont surprenants. Il est difficile de ne rien éprouver en foulant son sol. Le charme est acquis au premier regard…

L’albatros...

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers. A peine les ont-ils déposés sur les planches, Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d’eux. Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! L’un agace son bec avec un brûle-gueule, L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait ! Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

(Charles Baudelaire)


テ四e Madame - coucher de soleil | 49 |


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Île Madame | 51 |

Île Madame Les historiens s’interrogent encore sur l’identité

de la dame qui laissa son nom à cette petite île…

ituée sur l'estuaire de la Charente, l'île Madame est avec ses 75 hectares la plus petite des îles du littoral charentais. Elle ne mesure que 1400 mètres entre la Passeaux-Filles (à gauche sur la photo) et la pointe de Surgères et, du nord-est au sud-ouest que 1000 mètres. On vient à l’île Madame le temps d'une journée, se balader entre les vestiges des anciens marais salants ou bien emprunter le joli sentier qui longe la façade orientale de l'île d'où l'on admire, entre deux carrelets, Fouras (en haut sur la photo) et le littoral charentais. Historique de l'île, son nom… L’abbaye aux Dames de Saintes aurait reçu des rois de France et d’Angleterre de nombreuses possessions, dont l’île Madame en 1047. Les abbesses, toutes de sang royal, portaient le nom de « Madame » Tout naturellement, beaucoup de possessions ont porté le nom de « Madame », dont cette île. À partir de 1082, l’île appartient à l’abbaye aux Dames de Caen. L’île a changé de nom au XVIe siècle, pour s’appeler « île de la Garenne1 », à cause de sa vocation à garder le gibier comme réserve de chasse pour les seigneurs de Rohan de Soubise. C'est au XVIIe siècle que l'île prit le nom de « île Madame », évoqué par la belle Anne de Rohan, princesse de Soubise et favorite de Louis XIV, dont la famille (Rohan-Soubise) possédait l’île. Pendant la Révolution française, elle fut baptisée « l’île Citoyenne », afin d’adopter les normes républicaines, puis « île Sainte-Marie » par les prêtres déportés. Après tous ces événements, à la fin de la période révolutionnaire, elle retrouva le nom « île Madame ». Une île accessible uniquement à marée basse Une des particularités de cette île est qu’on ne peut pas s’y rendre par hasard ! Pensez à vérifier les horaires des marées car l’île Madame n’est accessible qu’à marée basse ! Une route submersible, appelée la Passe-aux-Bœufs, depuis Port-desBarques, permet de la rejoindre à pied ou en voiture. Le paradis des pêcheurs En route vers l’île, on aperçoit déjà les carrelets se profiler sur la côte. À l’inverse, il faut attendre que la marée soit haute pour utiliser ces pontons en bois sur pilotis ! L’île Madame ne possède qu’une seule route permettant d’en faire le tour complet. Au fil de votre balade, vous croiserez des petites criques avec de jolis panoramas sur l’estuaire de la Charente et Fouras-les-Bains. Plus au sud, une petite plage de sable vous offre un point de vue unique sur un alignement de carrelets et sur l’océan. À la nuit tombée, les couchers de soleil ont ici une dimension saisissante. 1) À l'origine, la garenne est un espace réservé à certaines espèces de gibier et où les animaux peuvent trouver pâture.


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Île Madame - Passe-aux-Bœufs | 53 |

La Passe-aux-Bœufs l’île devenue presqu’île à mi-temps…

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n accède à l’île par la Passe-aux-Bœufs, uniquement à marée basse. Il s’agit d’un tombolo, un passage naturel, constitué de sable et de galets reposant sur un socle rocheux recouvert à chaque marée (ou presque, selon le coefficient).

 Ci-contre et  ci-dessus : Passe-aux-Bœufs, île Madame - Horaires (sep. 2011) Les horaires indiqués doivent être considérés avec réserve pour les raisons suivantes : Par vent d'ouest ou lorsque la pression atmosphérique est basse, la marée monte plus que par temps calme, la passe est donc couverte plus longtemps et inversement. De plus, par faible coefficient (de l'ordre de 50), la hauteur de la pleine mer est très voisine de celle du seuil. Une petite erreur sur la hauteur suffit pour fausser complètement les prévisions. De toute façon, il est prudent de prendre environ une demi-heure de « pied de pilote », par rapport aux horaires indiqués.


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Île Madame - Les Carrelets | 55 |

Les Carrelets

Si on lève des filets du carrelet-poisson, on pêche des poissons avec le filet-carrelet…

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n poisson, mais aussi un filet de pêche ! Ce n’est pas l’abondance du poisson-carrelet sur les côtes charentaises qui a donné son nom au filet pour le pêcher, mais sa forme carrée. La maille du carrelet est également carrée… Carrelet à terre, carrelet embarqué On attache le carrelet à sa perche ou on le suspend à une corde plus ou moins longue. On va se poster là où il y a peu de courant, où l’eau est chauffée par le soleil ou bien dans des endroits où nagent quelques insectes, soit sur l’eau soit dans l’eau… Apercevant des poissons ainsi rassemblés, on plonge le carrelet dans l’eau de manière à ce qu’il s’étende sur le fond… Dès qu’on voit des poissons qui nagent au-dessus du filet, il faut le relever promptement car si les poissons perçoivent le mouvement des perches, ils veulent plonger dans le fond et se précipitent sur le filet ; mais aussitôt que le filet quitte le fond, ils sautent et s’échappent si l’on n’est pas assez rapide… Naissance des cabanons sur l’eau L’histoire locale veut que les plus anciennes installations de ponton-carrelet aient vu le jour sur les falaises de Meschers dans l’estuaire de la Gironde. Les plateformes des cabanons étaient autrefois implantées sur la banche (rocher). On accédait aux carrelets à marée basse avec des échelles. Mais aujourd’hui on rentre dans les carrelets par des passerelles ce qui permet d’aller pêcher à tout moment. Les passerelles pour accéder à la cabane de pêche sont devenues de plus en plus longues. En 15 ans, les Charentais ont connu trois grosses tempêtes dont deux raz-de-marée. Les carrelets ont disparu avec elles, pour être à chaque fois, avec ténacité, à nouveau reconstruits. Après la tempête Xynthia en 2010, le nombre de carrelets est aujourd'hui estimé à environ 1100, précise Serge Carrère, président de « l’Association des Pêcheurs au Carrelet sur l’estuaire ». La route des carrelets La côte charentaise compte 463 km dont 230 km autour des quatre îles Aix, Oléron, Ré et l’île Madame. La route des carrelets charentais commence à Esnandes au nord de La Rochelle et se déroule jusqu’à Vintrezay dans l’estuaire de la Gironde. Source : Xaintonge 2011


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Île Madame - La Passe-aux-Filles | 57 |

Île Madame La passe-aux-Filles sur les rivages du nord...

n bout de l’île, face à Fort-Boyard, faites une petite balade sur la Passe-aux-Filles. Vous y rencontrez des pêcheurs à pieds partis pour ramasser quelques bulots, huîtres sauvages ou palourdes. Sur les rivages du nord, quelques dizaines de carrelets sont placées telles des sentinelles face à l'océan…


"Elle meurt l'Eglise qui oublie ses martyrs" Saint Damase, pape - IVe siècle


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Île Madame - Croix des Galets | 59 |

Croix des Galets

En cette terre, 254 prêtres sont ensevelis, victimes de leur foi. Été 1794…

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uite aux abus de l’Ancien Régime, certains pensent à une Église nationale dirigée par l’État. Les biens de l’Église sont confisqués, les vœux religieux sont interdits. Le 12 juillet 1790, la Constitution civile du clergé est décrétée. Les prêtres refusant cette constitution sont déclarés « suspects »... Le 26 août 1792, les prêtres réfractaires doivent quitter la France sous peine de déportation en Guyane. Après de nombreuses discussions, 1494 prêtres réfractaires sont envoyés vers Bordeaux, 73 à Nantes et 827 à Rochefort afin d’être déportés vers la Guyane. Arrivés à Rochefort, aucune structure n’est prête pour les accueillir et ils sont entassés sur deux vieux bâtiments ; Le BonhommeRichard et Le Borée… En 1794, les prêtres qui restent réfractaires, furent embarqués sur des navires négriers, (Le Washington et Les Deux Associés), deux bâtiments servant au trafic d’esclaves, à destination de Cayenne. Mais ce voyage n'eut jamais lieu et les navires devinrent des prisons où les prêtres moururent de la gale, du typhus, du scorbut ou simplement par faim. Sur les prêtres arrivés à Rochefort, plus des deux tiers (l’Église reconnaît 546 martyrs) moururent et furent ensevelis sur l’île Madame, l’île d’Aix ou « enterrés » dans les vases qui baignent les bords de la Charente1... Une des rares reliques de ce temps, le « Christ sans bras » a été sculptée avec un couteau de matelot. À son sujet, un prêtre déporté témoigne : « Les malades prenaient avec empressement la croix informe qu’un infirmier leur avait faite à la hâte et comme il avait pu. Embrassant ce signe de notre salut, ils expiraient dans le baiser du Seigneur ». De nos jours, au sud-est de l'île Madame, une grande croix de galets, formée à même le sol, marque l'endroit où ces hommes furent inhumés. Depuis, chaque année en août, un pèlerinage est organisé. Il s'agit de venir à pied depuis Brouage, un galet en main, pour le déposer sur la croix… 1) Source : Livret de 14 pages « Ile Madame… Ile citoyenne… Cimetière des Prêtres 1794-1795 » - Anne-Marie Varrailhon, mai 1994.


Vers le bassin de Marennes | 61 |

Marennes Vers

le bassin de

- Port-des-Barques « Le coucher du soleil romantique »

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève, Comme une explosion nous lançant son bonjour ! - Bienheureux celui-là qui peut avec amour Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve ! Je me souviens ! J'ai vu tout, fleur, source, sillon, Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite... - Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite, Pour attraper au moins un oblique rayon ! (Charles Baudelaire, 1821-1867)


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Brouage, le sel de l'histoire | 63 |

Brouage, le sel de l'histoire

a ville de Brouage a été créée vers 1555 par Jacques de Pons, baron de Mirambeau. Placée à l’entrée de l’ancien golfe de Saintonge, elle était le port et la place de commerce du sel. Les marais salants constituaient une importante source de richesse. Des navires venaient de toute l’Europe pour charger la précieuse denrée, le salage étant à l’époque le seul moyen de conserver les aliments.

remparts, des forges, des magasins, de la halle aux vivres, de la poudrière Saint-Luc et des casernes compte alors 4 000 habitants. Richelieu meurt en 1642 et quelques années plus tard, la ville passe sous le gouvernement de Mazarin. En 1665, Colbert décide la construction d’un grand arsenal à Rochefort et la Babel étoile de pierre devient la Belle aux marais dormant.

L'or blanc Capitale du commence du sel, le quai du port de Brouage connut une activité intense : bricks et hourques venus se charger en sel, négociants flamands, picards ou hollandais discutant les prix avec les courtiers, journaliers halant les tonneaux sur la « grave ». Le port devient le plus important d’Europe et fait vivre tout un peuple (sauniers, mariniers, pêcheurs de morue...) en rapportant des droits et taxes au clergé et à la noblesse locale. Jusqu'à 200 bateaux peuvent venir mouiller dans le port. Les estimations des chargements sont de l’ordre de 30 à 40 000 muids de sel par an, soit 30 mille tonnes.

Le déclin Suite à la baisse du niveau de la mer et en l'absence d'une rivière drainante, la vaste baie se colmate peu à peu. La fondation et l'ascension de la voisine Rochefort, choisie par Vauban plonge alors Brouage dans l'oubli dès le XVIIIe siècle. Les marais salants sont abandonnés, la ville commence à tomber en ruine. De nombreux bâtiments disparaissent. De fait, les constructions n'ont jamais occupé tout l'espace disponible à l'intérieur des remparts. Aujourd'hui Brouage, perdue dans les marais à 3 km de l'océan, s’endort avec un riche passé historique « le sel de l’histoire ».

Fortifiée à partir de 1569 Carré de 400 m de côté, Brouage est fortifiée à partir de 1569. Les guerres de Religion qui éclatent vont transformer la ville. Ce port de commerce devient une place forte, passant successivement aux mains des protestants et des catholiques1. Ces derniers s’en emparent définitivement en 1578. En 1627, Richelieu qui s’apprête à assiéger La Rochelle prend possession de Brouage. La ville avec la construction, par Pierre d’Argencourt, des

1) Pendant les guerres de Religion, la ville est tour à tour prise par les catholiques et les huguenots. En 1576, lors de la sixième guerre de Religion, le duc de Guise prit la ville afin de compléter l’encerclement de la place protestante de La Rochelle. Cette même année, Henri de Navarre, futur Henri IV, séjourna dans la citadelle. En 1578, le roi Henri III décide que la ville, devenue trop importante, ne doit ni tomber aux mains des protestants ni dans celles des Anglais, et l'intègre au domain royale : elle devient un coffre-fort du pouvoir central. En 1586, les Rochelais cherchèrent à obstruer le port de Brouage. Le prince de Condé fit couler des bateaux pour bloquer le port et celui-ci ne fut d’ailleurs jamais totalement dégagé par la suite. Source : Centre documentaire - Brouage

Ci-contre :  Ce détail de la Carte britannique de la rade des Basques, montre Brouage (en bas) en 1757, à l’entrée de l’ancien golfe de Saintonge. L'océan se retire petit à petit de la ville et aujourd'hui, Brouage perdue dans les marais, à 3 km de l'océan, s’endort avec un riche passé historique « le sel de l’histoire » (Corderie royale - Rochefort) . Ci-dessous :  Plan de Brouage - 1636 (Tassin, Médiathèque - La Rochelle).


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Brouage, l'amitié franco-québécoise | 65 |

Brouage

La ville de l’amitié francoquébécoise…

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i vous avez déjà visité la ville de Québec, au Canada, dans la HauteVille, sur la célèbre terrasse Dufferin, dominant le Saint-Laurent, au pied du château Frontenac, vous n’avez pu manquer la statue de Samuel de Champlain, en hommage au Père de la Nouvelle France et vous avez pu lire sur le socle de la statue : « Samuel de Champlain, né à Brouage en Saintonge vers 1567 ». De Brouage à Québec Champlain part de Honfleur en 1603 sur le navire La Bonne Renommée, pour un premier voyage d’exploration. Cinq ans après, en 1608, il établit un poste de traite des fourrures à Québec. C'est l'origine de cette ville. Québec est prise par les Anglais en 1629. Champlain revient en exil à Brouage et prie dans l’église pour revoir Québec. Son vœu est exaucé, Québec est reconquise en 1632 et Champlain peut y retourner jusqu'à son décès en 1635. Cette relation entre Brouage et le Québec ne s’est pas arrêtée au XVIIe siècle. Aujourd’hui, le Canada est toujours aussi présent à Brouage : la rue principale s’appelle la rue de Québec et l’église Saint-Pierre, antérieure aux fortifications de la cité, a été restaurée avec des dons de la ville de Québec... Source : Exposition, église de Brouage

Ci-contre : Les vitraux de l’église de Brouage, œuvres de l’artiste Nicolas Sollogoub. Dans l’église de Brouage, sept vitraux témoignent des liens privilégiés d’amitié qui unissent la France et le Canada. En effet, en fondant en 1608 la ville de Québec, premier établissement permanent français dans la vallée du Saint-Laurent, Samuel Champlain, natif de Brouage, ancrait la présence française en Amérique du Nord, sous le nom de Nouvelle-France. 


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Réserve naturelle de Moëze-Oléron | 67 |

Moëze-Oléron

Un havre de paix qui s'étend à la fois sur l'océan et la terre…

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n havre de paix entre prés-salés, vasières et bancs de sable. Ce vaste espace protégé s’étend à la fois sur l’océan et la terre. La partie maritime s’étend sur 6 700 hectares, entre le continent et l’île d’Oléron. L’espace terrestre de 220 hectares est situé au cœur du marais de Brouage, au sud de l’embouchure du fleuve Charente. Ces deux visages confèrent à la réserve naturelle une grande diversité de milieux. Les vasières, prés-salés, anciens marais salants et prairies humides accueillent chaque année des dizaines de milliers d'oiseaux nicheurs (70 espèces), hivernants (60 000 limicoles, 20 000 canards chaque hiver) ou en migration. Paradis des barges rousses, bécasseaux, canards pilet, vous pourrez également y observer des spatules blanches, des courlis et de nombreux passereaux… Le marais de Brouage est aujourd'hui la capitale de la cigogne en Charente-Maritime. Ces dernières profitent du fait que ce marais ne soit pas drainé, leur offrant ainsi une nourriture abondante. Important lieu de nidification avec plus de 150 espèces observées, il n'est pas rare d'y rencontrer aussi des hérons cendrés ou les aigrettes.

Ci-contre et ci-dessous : La pratique du pastoralisme est utilisée pour entretenir la réserve et offrir des paysages et habitats naturels variés. Un troupeau de moutons Scottish Black Face permet ainsi de développer des zones attractives pour les oiseaux nicheurs et hivernants. Selon les périodes de l’année les moutons sont déplacés de parcelle en parcelle pour garder des prairies de qualité et favoriser l’accueil de la faune : oiseaux, mammifères, insectes, araignées. 


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Les cigognes De retour en Charente-Maritime

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a Charente-Maritime est l'un des départements français qui compte le plus de couples nicheurs et l'un des plus productifs en matière de nombre de cigogneaux atteignant le stade de l'envol. Contrairement à leurs cousines d'Europe de l'Est, les cigognes de Charente-Maritime évitent les zones urbanisées. Les cigognes se contentaient d'y faire escale au cours de leur migration. Le premier couple nicheur a été observé en 1962 et depuis 1978 elles y nichent régulièrement. Plateformes artificielles Les cigognes installent leurs nids sur les branches maîtresses des ormes. Or, à cette époque, ces arbres victimes de la graphiose, se dessèchent et meurent. On pouvait dénombrer jusqu'à une vingtaine de nids, d'un poids moyen de 400 kg, par arbre. Mais les arbres morts s'effondrent à la première tempête, jetant à terre, nids, œufs et nichées… Dès 1978, des plateformes artificielles sont installées par le Groupe Ornithologique Aunis-Saintonge (GOAS)et la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) dans les marais de Brouage, puis dans les prairies humides de la vallée de la Charente et du pays Rochefortais. Depuis lors, ces grands oiseaux font également des nids sur les pylônes électriques.

Aujourd'hui, le nombre de nids en Charente-Maritime est estimé autour de 450 (deux tiers dans les arbres, un tiers sur les plateformes artificielles). Le nombre de ceux installés sur les structures électriques croît chaque année et nécessite la signature de partenariats avec RTE et ERDF afin de protéger au mieux les oiseaux et d’éviter les désagréments pour les usagers. Amour pour la vie La Charente-Maritime est une terre d'accueil pour les cigognes et chaque année, elles reviennent par dizaine. C'est la saison des amours qui précède la nidification. Un mâle qui arrive sur un nid commence à le refaire immédiatement, puis il attend l'arrivée de la femelle, quelques jours plus tard avant de s'unir à elle. Le couple est uni pour la vie. Quelques-unes ne migrent même plus à la fin de l'été, car les marais au climat doux et à la nourriture abondante en hiver leur conviennent parfaitement. Source : Bulletins de la LPO et du GOAS.

Les cigognes, amour pour la vie | 69 |


Réserve naturelle de Moëze-Oléron | 71 |


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Bourcefranc-Le Chapus | 73 |

Bourcefranc-Le Chapus Une aiguille pointée vers Oléron…

ar décret du Conseil d’État, le 16 novembre 1908, Bourcefranc-Le Chapus1 est érigée en commune. À l’origine de la commune, un petit bout du monde formé par le Chapus, et les anciennes îles de Daire, La Grognasse et Nôle, tous lieux trop exposés pour rassembler des populations importantes. Pourtant, des tessons de céramiques découverts à la Sainceaudière indiquent la présence d’habitats à l’époque gallo-romaine. Le nom de Bourcefranc semble indiquer qu’un bourg bénéficiant de certaines franchises ait été fondé, au fond de la baie du Chapus, par le prieuré de Marennes, dépendant de l’abbaye aux Dames. L’or vert des huîtres Le rocher de Daire est le plus ancien site ostréicole du Bassin de Marennes-Oléron. Il est cité dans l’article relatif à la pêche aux huîtres de l’Encyclopédie (1765). À cette époque, on descend à marée basse sur les rochers pour récolter les jeunes huîtres plates, placées en claires pour 4 à 5 ans. Un petit film tourné en 1907 montre des femmes partir à la marée, mannequins d’osier et paniers au bras, piochon ou démanchoire à la main, habillées de larges culottes froncées à la taille, chaussées de sabots et de guêtres de toile huilée plus ou moins étanches, coiffées de leur « quichenotte ». Dans les années 1900, l’adoption de nouvelles méthodes de culture, et surtout l’exploitation de l’huître portugaise, plus résistante que l’huître plate, au captage facile, moins chère et très appréciée sur les marchés parisiens, sont à l’origine d’une prospérité sans précédent : on atteint en 1956 un tonnage record de 44 000 tonnes.

Gare du Chapus Pour le transport des huîtres, qui s'est longtemps effectué en voiture à cheval à une cadence accélérée pour les garder vivantes, on utilisait de grosses bourriches d’osier de 22 à 25 kilos. L’acheminement devait être d’autant plus rapide qu’avant le début du XXe siècle… les huîtres « plates », qui faisaient la réputation du bassin étaient fragiles. La construction de la ligne de chemin de fer par la Compagnie des

Charentes, en 1877, accéléra le développement ostréicole. La ligne reliait Le Chapus à la gare de Paris-Austerlitz et permettait de transporter marchandises et passagers à destination d’Oléron. La gare du Chapus en était le terminus. Elle abritait de nombreux hangars destinés à entreposer les bourriches.

Sa construction a nécessité la démolition des casernes du fort Louvois. Plus tard, les contraintes de livraison toujours plus rapides entraînent l’abandon de la voie ferroviaire au profit de la route. La gare, restaurée, est aujourd’hui le siège de la nouvelle circonscription de l’Inspection Académique « Le Chapus ». La traversée du Coureau d’Oléron Les passages d’eau entre Le Chapus et Le Château-d’Oléron étaient autrefois longs et difficiles, en raison du courant violent et du rocher d’Ors. En outre, le port du Vieux Chapus offrait un abri peu accessible en raison de l’envasement. En 1793, une jetée est construite à La Pointe, et l’activité portuaire y est transférée. C’est là, que Victor Hugo et Juliette Drouet embarquèrent en 1843, sur une chaloupe à voiles pour visiter l’île d’Oléron. Jusqu’en 1939, c’est le temps des bacs à vapeur, des voitures chargées par palan, des paquets transportés par wagonnets sur la chaussée de pierre du fort Louvois : autant de scènes pittoresques immortalisées sur les cartes postales. En 1938, deux embarcadères de 600 mètres en béton sont construits de chaque côté du Coureau, mais ils n’entreront en service qu’en 1947. En effet, pendant les travaux de réfection du port du Chapus, canonné en 1944, le trafic est un temps abandonné au profit de la nouvelle liaison La Cayenne – Saint-Trojan sur des bacs américains, avant d’être rétabli. Ces deux lignes de bacs restent en service jusqu’à la construction du pont d’Oléron, en 1966. Le transport des voyageurs survit avec, à marée haute, l’embarquement des visiteurs du fort Louvois, et en été, des promeneurs sur le Bateau-Passeur qui effectue la navette Le Chapus – Le Château. 1) Bourcefranc : le bourg franc, c'est-à-dire en franchise de taxes. Le Chapus : du latin « caput » : la tête.


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Fort Louvois | 77 |

Fort Louvois

Le petit frère du fort-Boyard… ort Louvois est une fortification maritime du XVIIe siècle construite sur le rocher du Chapus, immergé à marée haute, entre l'île d'Oléron et le bassin de Marennes. Dessiné en forme de fer à cheval selon les plans de Vauban, il croisait ses tirs de canons avec ceux de la Citadelle d'Oléron pour défendre l'arsenal maritime de Rochefort. Les canons en fer de 160 mm tiraient des boulets à plus de 1600 mètres À marée basse, on y accède à pied par une chaussée de 400 mètres. Le donjon Le donjon constituait l'ultime refuge en cas d'attaque. Polygonal d’un côté et curviligne de l'autre, il se dresse sur 24 mètres de haut et ferme le mur d’enceinte. Louis XIV fit apposer une sculpture de ses armoiries sur la gorge du donjon. Il est pourvu de 5 niveaux dont 3 sont voûtés en coupole. On accède aux étages par un escalier à vis dont la cage est surmontée d’une tourelle octogonale (campanile) dominée par un clocheton ajouré avec coupole, servant d’amer à la navigation. Au rez-de-chaussée, étaient entreposées la poudre et les munitions. La réalisation des pièces est remarquable et ingénieuse... Pour la poudrière il fallait une salle sèche et inaccessible aux tirs ennemis. Des mini-galeries en zigzag perçant des murs de 2 mètres d'épaisseur favorisaient le renouvellement de l'air.

Aux étages étaient aménagés les appartements des officiers et au plus haut, celui du commandant. Ces pièces abritent actuellement un musée de l'ostréiculture et des documents retraçant l'histoire de l'ouvrage et de la protection du littoral charentais. Au pied du donjon était implantée la caserne : ce bâtiment de 5 pièces, sur 2 étages, hébergeait les 36 hommes de troupe qui composaient la garnison. Au rez-de-chaussée, une halle aux vivres qui permettait de stocker les provisions, possédait une citerne d’une capacité de 15 000 litres, récupérant les eaux de pluie. Construit face à la citadelle du Château-d'Oléron, fort Louvois permettait de croiser les tirs des canons afin d'empêcher toute incursion ennemie. Photo du haut :  Louis XIV fit apposer une sculpture de ses armoiries sur la gorge du donjon. Photo du bas :  À marée basse, l'accès se fait à pied par une chaussée de 400 mètres.


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Un terroir, une île et un océan de sensations ! l'île d'Oléron surprend par son caractère sauvage et l'étendue de ses belles plages de sable face à l'Océan. Le passage obligé par Marennes ravira les amateurs d'huîtres. Le vent d’Nord est froid et désagréable, surtout lorsqu’il est accompagné de crachin Mais le vent de Nord est aussi « capon »,il ne dure pas, aussi… « demain l’vent saut’ra au Sud, on va avouère la pluie ». Le vent d’Nord est aussi appelé « balai d’la côte » Car il nettoie le rivage du varech…mais aussi du poisson ! Le vent d’Est À partir de mai, la probabilité de beau temps stable se manifest le matin par un vent d’Est qui suit généralement le soleil. Ce vent continental, plutôt frais, se réchauffe ensuite progressivement au fil des heures puis s’estompe le plus souvent vers 11 h. Si par contre, le vent d’Est de la matinée persiste toute la journée, les orages peuvent venir éclater dans l’après-midi ou la nuit suivante. Le vent d’Sud est peu fréquent, il apporte de la pluie… Souvent moins abondante que le vent d’Ouest. Lorsqu’on entend la cloche de l’église de Saint-Georges-d’Oléron, on prévoit alors du vent d’Sud qui « l’est signé qui va y’avouère d’la pluie ». Le vent d’Ouest Le mauvais temps arrive généralement de l’Ouest ou du Suroît aux mauvais jours, le mer devient alors grosse et bruyante Lorsque le son de la mer provient de la Grand-côte Ouest, il précède ou accompagne une dépression. Les anciens disaient alors « la mer brasse les chancres de rocher à la Grandcôte, l’mauvais temps est en route » (Roger Bithonneau)


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Le pont d'Oléron | 81 |

Le pont d'Oléron

Lien au continent. fin des îles à temps plein…

i les grandes îles sont aujourd’hui reliées au continent par des ponts, elles ont longtemps été des îles à temps plein, la topographie de leurs « passages » a cependant pu évoluer de façons divergentes... Îles à temps plein Autrefois, Oléron a probablement été exceptionnellement accessible lors de marées basses de forts coefficients. Si l’insularisation progresse, le rétrécissement du pertuis de Maumusson à marée basse (500 m contre 2200 à marée haute) et la faible profondeur à certains endroits, ne rendent peut-être pas totalement impossible certain récits de passage à gué lors de basses eaux de grandes marées au Moyen Âge ou au XVIe siècle. Dans une enquête de 1335, dont on aurait encore gardé trace au début de la Révolution, cent témoins déposent que « dans leur enfance, Oléron était séparée du continent par un fossé si étroit qu’on le sautait avec un bâton... ». Selon M. de la Sauvagère, le père du seigneur de la Marlière « avait traversé ce pertuis à l’aide d’une carasse de tête de cheval pour ne pas se mouiller les pieds dans un courant d’eau qui y restait en basse marée ». En 1703, Claude Masse rapporte qu’ « aux dires des gens du pays, un étroit chenal, facile à traverser au moment de la basse mer et barré par un

moulin séparait autrefois Oléron de pays d’Arvert… »1. Un tunnel sous-marin, 1875 Le premier projet d'un tunnel sous-marin reliant le continent à l'île, emprunté par un tramway à vapeur date de 1875. Le tunnel projeté, qui aurait relié Le Chapus à Ors, du fait de l'importance de la pente nécessaire, aurait ressemblé à un chemin de fer de montagne sous la mer (voir carte ci-dessous). Un deuxième projet analogue, proposé par l'administration en 1877, est également abandonné ; l'utilisation d'un pont métallique avec travée centrale levante a été étudiée, mais non retenue. Le pont d'Oléron, inauguré en 1966 Le pont d'Oléron, inauguré en 1966 a été le plus long pont de France jusqu'en 1974. Long de 2862 mètres et large de 10,60 m, il domine l'océan de 23 mètres. Il alimente également l'île en électricité, eau potable et téléphone. La suppression du péage, 25 ans après sa mise en service, a augmenté l'afflux de touristes sur l'île. Le tablier de ce viaduc souffre conjointement d'une surchauffe sur le dessus (soleil) et d'un refroidissement au-dessous (mer). 1) Les îles de l'Ouest de Bréhat à Oléron, D. Guillemet, Geste-éditions.

Ci-dessus : Plan du tunnel sous-marin entre la pointe du Chapus et la pointe d'Hors - 1882. (Source : BnF). Sur le plan fourni par l'ingénieur de mines Jules Fleury, son tunnel d'une longueur de 2530 mètres, devait partir dans le prolongement de la gare du Chapus passer en ligne droite sous le fort Louvois vers l'île d'Oléron.


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Le Château-d'Oléron | 83 |

Le Château-d'Oléron

Cette capitale ostréicole offre de multiples facettes et une très grande richesse patrimoniale et historique...

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e Château-d’Oléron est situé à l’extrémité sud-est de l’île. Chef-lieu du canton sud, c’est la deuxième ville la plus importante de l’île en terme de population. Si la saliculture a marqué l’histoire du Château-d’Oléron, c’est aujourd’hui l’ostréiculture qui est l’activité prépondérante de la commune. Le commerce, très dynamique, et les chantiers navals sont des secteurs également importants. Le marché dominical attire du monde de l’île et du continent. Cette ville fortifiée est accessible par deux portes ; au sud celle d’Ors, du nom du village sur lequel elle donne, et au nord, celle de Dolus. La Citadelle du Château-d’Oléron C’est un ancien château des ducs d’Aquitaine, édifié au XIe siècle et détruit par les guerres de Religion1, qui a donné son nom à la ville. En 1630, sur ordre de Richelieu, Pierre d’Argencourt entreprend d’édifier sur les ruines de cet ancien château une citadelle afin d’éviter l’occupation anglaise et d’assurer la possession de l’île à la France. Sous le règne de Louis XIV, Vauban renforcera la citadelle. En 1694, à l’achèvement du fort Louvois, l'objectif de croiser les tirs des canons des deux fortifications est atteint. Le coureau d’Oléron était « verrouillé », les navires ennemis ne pouvant plus franchir l’embouchure de la Charente et menacer l’arsenal de Rochefort. Pendant la Révolution, la citadelle servira de lieu de détention. Elle sera inutilement bombardée par l’aviation française, le 17 avril 1945. Sa restauration commencera en 1988. Aujourd’hui, le chemin des remparts, long de plus de 3 kilomètres, fait le tour de la ville en longeant le mur d’enceinte. Centre-ville L’église Notre-Dame de l’Assomption, commencée en 1700, attendra 1883 pour être dotée d’un clocher. À l’intérieur, on peut admirer des œuvres d’Omer Charlet, peintre né au Château-d’Oléron en 1809, élève d’Ingres et du Baron Gros qui lui donna le goût des scènes historiques. Peintre accompli, il fut médaillé au Salon et plusieurs de ses toiles furent achetées par l'État. Les halles au marché occupent le centre-ville. Sur le pignon, les deux dates visibles, 1771 et 1891, correspondent aux années de construction de la première version des halles et à celles existant aujourd'hui. La fontaine publique, devant les halles est l’œuvre en 1851, de Jean Paillé, compagnon du devoir du Tour de France. D’un mélange des styles renaissance et baroque, elle est ornée de sculptures autour de thèmes marins. Elle a été classée Monument historique en 1937. 1) En 1586, Agrippa d'Aubigné (le huguenot), débarque sur l'île d'Oléron et se rend maître de la cité et du château, avant de prendre le titre de « gouverneur d'Oléron ». Il en est cependant rapidement délogé par François d'Espinay de Saint-Luc (le catholique), gouverneur de Brouage après de rudes combats qui laissent la ville à demi-ruinée.


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Cabanes de Créateurs Couleurs Cabanes, Un univers de matières brutes et naturelles, puis de couleurs…

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l y a soixante ans, c’est près de 300 ostréiculteurs qui faisaient vivre le port du Château-d’Oléron. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 70, mais il était primordial de préserver leur patrimoine, et de maintenir en vie les cabanes qui, jadis, abritaient les moissons de la mer… Ainsi, depuis 1999, grâce au soutien de la mairie du Château-d’Oléron, des artistes et artisans d’art ont fait de ces ateliers maritimes de nouveaux lieux de vie. Au détour de l’avenue du port et de la route d’Ors, les mannes d’Huîtres côtoient désormais l’imaginaire de tous ces créateurs, inspirés par un décor idyllique. Un univers de matières brutes et naturelles, puis de couleurs, s’unit aux teintes lumineuses des cabanes qui les accueillent, au sein d’une commune très attachée au développement durable, à la culture artistique, et aux valeurs du patrimoine historique et naturel de l’île. Paysage maritime et sauvage, aventure humaine, valse de matières, pour celles et ceux qui ont le goût des belles histoires. Ci-contre :  Il y a soixante ans, c’est près de 300 ostréiculteurs qui faisaient vivre le port du Château-d’Oléron. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 70... Sur la photo, leurs bateaux ostréicoles à fond plat, accostées dans le port d'Ors. « Ponton » est le nom qu'on a donné à la barge en aluminium propulsée par des moteurs hors bord souvent surpuissants, utilisée par les ostréiculteurs pour le transport des poches d'huîtres. Elle est caractérisée par un fond plat et un faible tirant d'eau qui permettent l'échouage près des bancs. Le pont dégagé et particulièrement bas sur l'eau favorise le chargement et le déchargement des huîtres. Ci-contre : Au cœur de l’île d’Oléron, « Couleurs Cabanes » est avant tout une aventure humaine. L’union d’une vingtaine de créateurs aux influences diverses, artistes et artisans d’art se partageant un site superbe. Redonnant vie à d’anciennes cabanes ostréicoles, ils parent les lieux de leur créativité, mais surtout de leur imaginaire. 

Le Château-d'Oléron - Cabanes de Créateurs | 85 |


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Le Château-d'Oléron - Chantier Robert Léglise | 87 |

Chantier Robert Léglise Le dernier témoignage local de la construction navale en bois dans l'île d'Oléron...

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e Chantier naval Robert Léglise est le dernier témoignage local de la construction navale en bois dans l'île d'Oléron. Le but de l'association, créé en 1995 sur le site historique du chantier datant de 1890, est la sauvegarde du patrimoine maritime oléronais. Le chantier a déjà remis à neuf plusieurs bateaux traditionnels de l’île, dont certains sont classés Monuments historiques. On peut les voir près du chantier, au port du Château…

 Ci-contre et  ci-dessus : Passé-Présent… Une seconde vie pour ce bateau de pêche, registré 10-329877 - La Mouette restauré par le Chantier Robert Léglise.


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Les Marais salants | 89 |

Les Marais salants Port des Salines, un site de découverte du marais salant aux multiples facettes…

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es marais salants, autrefois nombreux près d'Ors, Saint-Pierre ou La Brée, ont été transformés en claires. Le conseil général associé à la communauté de communes de l'île d'Oléron et la municipalité de Grand-Village ont décidé en 1989 de réaménager une partie des marais de Petit-Village...

Un site haut en couleur dédié à l’or blanc L'exploitation du sel de mer fut longtemps une activité de premier ordre sur l'île d'Oléron, comme sur les autres îles charentaises et dans les régions de Brouage et de Marennes. Utilisé pendant des siècles pour la conservation des aliments, il était exporté dans toute l'Europe. La concurrence du sel de mine, moins cher à produire, mais aussi des salines portugaises, oblige les sauniers à se reconvertir : aux XIXe et XXe siècles, la totalité des marais salants oléronais sont transformés en parcs à huîtres. Désireux de redonner ses lettres de noblesse à une activité ancestrale, le conseil général, associé à la municipalité de Grand-Village, décide de réaménager une partie des marais de Petit-Village (au sud du chenal du Nicot) et d'en créer un de toutes pièces. Le projet est lancé en 1989. Dès l'année suivante, les travaux de réhabilitation et d'aménagement des marais commencent. Ils se poursuivent jusqu'en 1994, année de l'inauguration du Port des Salines.

Ci-contre et  ci-dessus : Vue aérienne des parcs à huîtres, une partie réaménagée en marais salants... l'alchimie délicate de l'or blanc (Port des Salines Village). 


Vue aérienne de Saint-Trojan-les-Bains. Cette agréable station balnéaire, fleurie de mimosas de janvier à mars, bénéficie d'un climat et d'une végétation quasi méditerranéens. Villas et chalets sont disséminés sous une magnifique forêt de pins maritimes, et le Gulf Stream vient adoucir les eaux de quatre plages de sable fin... Sur la photo, du haut, la Plage de Gatseau, plus haut la Grande Baie de Gatseau et plus au sud, la Pointe de Gatseau, toutes inaccessibles par la route... Mais, depuis 1963, l'unique petit train de l'île d'Oléron vous y conduit sur 12 kilomètres à travers de superbes paysages : pinèdes, baie de Gatseau, Pertuis de Maumusson et Côte sauvage.


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Saint-Trojan-les-Bains | 91 |

Saint-Trojan-les-Bains

D'une petite agglomération de pêcheurs et de sauniers au xixe à l'agréable station balnéaire d'aujourd'hui…

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e bourg porte le nom d’un évêque de Saintes, « Saint Urgent », mort en 532. L’écriture a progressivement évolué pour s’écrire Saint-Trojan. Puis en 1898, le président Félix Faure autorise par décret, l’appellation Saint-Trojan-les-Bains, une extension prisée et recherchée pour valoriser les cités balnéaires de l’époque. Petite agglomération de pêcheurs et de sauniers jusqu’au XIXe siècle, l’envahissement répété du village de Saint-Trojan par les sables obligèrent ses habitants à reconstruire leurs habitations. Suite à l’expérience de Brémontier dans les Landes, le gouvernement impérial demande d’ensemencer la dune en pins pour lutter contre l’avancée des sables. Des palissades sont élevées le long de la côte pour piéger le sable. La forêt, créée de toute pièce, apporta par la suite la prospérité à ce village isolé. Les nouveaux métiers de résinier et de bûcheron apparaissent alors. Petit à petit, avec la chute du commerce du sel, les paysans-sauniers se reconvertissent en marins-ostréiculteurs. Les salines sont transformées en pâturage, ou le plus souvent, en claires de verdissement des huîtres. L’huître va remplacer le sel.

Une base aéronavale en 1917 vers un préventorium marin en 1919 Le 6 avril 1917, les Etats-Unis déclarent officiellement la guerre à l'Empire allemand. La première des priorités chez les Alliés était de sécuriser le couloir Atlantique. En octobre 1917, on débute la construction d’une base aéronavale sur un terrain situé à proximité de la station de sauvetage de Saint-Trojan. La base est constituée d’une cale de mise à l’eau, de quatre hangars pouvant abriter de 16 à 24 hydravions, de divers baraquements et d’une voie ferrée étroite qui relie la zone technique aux cales. Fin 1918, la base commandée par le lieutenant Griffin, comprenant 26 officiers, 343 hommes et une flotte d'une vingtaine d'hydravions : les « Pen » avec moteur Renault et des Curtiss HS1L, HS2L, H16 et PS. Tous ces appareils sont codés dans la série ST pour Saint-Trojan, suivi d’un numéro d’ordre. Après la guerre, L'Office Public d´Hygiène Sociale de la Seine transforme cette base, avec le concours de l´architecte Payret-Dortail en préventorium « Lannelongue » (en hommage à Odilon-Marc Lannelongue) avec environ 200 lits. Depuis la fin du XIXe siècle, Saint-Trojan-les-Bains, entre forêt et océan, était réputé pour la pureté de son air vivifiant. C'est le docteur Emmanuel Pineau1 qui, le premier, prit conscience de ce formidable potentiel pour le domaine de la santé. Il parle alors de Saint-Trojan comme d'un « bateau ancré en mer et balayé par les vents ». Le tourisme à partir de la fin du XIXe siècle En cette fin de siècle, après la mise en place des premières liaisons maritimes par bateau en 1855, puis l’ouverture d’une ligne de chemin de fer et les congés payés, les visiteurs commencent à séjourner plus longtemps. Aussi, outre la marine et l’ostréiculture, les habitants s’investissent dans le tourisme. Cette nouvelle activité réclame une importante main-d’œuvre. La population s’accroît rapidement, de 900 habitants en 1850 à 1400 en 1906. Commerçants, hôteliers, restaurateurs ou voituriers fleurissent. Les maisons et les hôtels se construisent, des pensions de famille s’aménagent... 1) Fondateur du sanatorium de Saint-Trojan, structure inaugurée en 1896 par Félix Faure.


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La Pointe de Gatseau | 93 |

La Pointe de Gatseau Aujourd'hui, petit paradis entre terre & mer…

'est l'endroit le plus sauvage de l'île d'Oléron avec son immense plage de sable fin et l'océan à perte de vue. Un bonheur pour les amateurs de nature, loin de tout ou presque ! Si vous voulez vous rendre à la pointe de Gatseau, il vous faudra d'abord abandonner votre voiture. Il n'y a pas de route ! Située à l'extrémité sud de l'île, face à la Pointe d'Arvert et l'estuaire de la Seudre, elle offre une superbe et tranquille plage de sable fin particulièrement bien exposée. À pied... un petit chemin vous conduira, à travers une forêt de pins maritimes, de chênes verts et de mimosas. Senteurs, couleurs, douceur… L’instant et le lieu, calmes et sauvages, valent le détour. « Ne pas abîmer l'or blanc » Le nom Gatseau vient de deux mots : gat et sau. Gat renvoie au verbe gâter, soit abîmer. Et sau à la racine du mot sel. Autrefois, le sel, ou l'or blanc, était la richesse de l'île d'Oléron. La majorité de la production des nombreux marais salants était exportée, mais les marins redoutaient la pointe de l'île, au large de cette plage. Le coin était dangereux pour les bateaux car la mer y est redoutable avec ses vagues contraires et ses tourbillons. Cet endroit dangereux pour les marins a donné son nom à la plage de Gatseau, reconnue pour gâter le sel, abîmer l'or blanc.

Ci-dessus : C'est ici où le 30 avril 1945 a commencé la libération de l'île Oléron. Les vagues ont fini par déchausser les blockhaus et le pertuis se dévoile à travers la petite lucarne. Les squelettes d'arbres témoignent de la violence de la nature et animent malgré eux une plage boulversée... 


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Le Pertuis de Maumusson | 95 |

Pertuis de Maumusson le malheur des uns fait le bonheur des autres : Un lieu

redouté des marins, mais les ressources provenant des fortunes de mer étaient de bon aloi pour les saint-trojanais1…

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e Pertuis de Maumusson, à la pointe sud de l’île d’Oléron, est l’étroit goulet (1,3 km de large à marée basse) qui sépare l’île d’Oléron de la presqu’île d’Arvert. Il met en communication l’estuaire de la Gironde avec le coureau d’Oléron. Pertuis signifie « passage » (même origine que Pertuis, dans les Pyrénées), tandis que Maumusson signifie en vieux français « mauvais chemin » (mauvaise musse).

Un lieu redouté des marins Au temps de la marine à voile, le Pertuis de Maumusson était un lieu redouté des marins. Conjonction des forts courants qui longent la côte oléronaise dans le sens nord / sud, ils atteignent à cet endroit près de 4 nœuds (soit le double des autres pertuis) et rejoignent ceux issus de l’embouchure de la Gironde et de la Seudre. Soumis aux vents changeants qu’ils soient de l'ouest, du sud-ouest ou du nord-ouest, le pertuis est en constante évolution avec ses bancs de sables qui affleurent. La réputation du Pertuis de Maumusson n’est pas usurpée, car sur un siècle, entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, 73 naufrages sont répertoriés par l’Amirauté de Marennes. Il faut dire, comme le signale, bien plus tard en 1886, Victor-Eugène Ardouin-Dumazet, rédacteur en chef du journal La Charente, dans son ouvrage : « Quinze jours dans l’île d’Oléron »… « Il n’existe pas un seul point de toute la Côte Sauvage, sur près de 35 kilomètres, où un navire puisse trouver un refuge en cas de mauvais temps. On peut considérer comme perdu tout navire poussé sur les brisants du nord, ou du centre, ou de l’entrée de Maumusson2. » Pilleurs d'épaves Dans la mémoire populaire, qui dit naufrage, dit « pilleurs d’épaves », voire naufrageurs. De nombreux pillages ont eu lieu, au cours des siècles. Ainsi, après Saint-Denis, Saint-Trojan occupe la deuxième place des cités profitant de navires allés « à la côte ». Environ un quart des naufrages s’accompagne de noyades. Autrefois, l’Oléronais était avant tout un cultivateur assez pauvre3 et les ressources provenant des fortunes de mer étaient de bon aloi… En 1772, lors du naufrage de l’Ange Gardien, plus de 100 Saint-Trojanais se retrouvent sur la plage pour piller la cargaison de morues, « tandis que le garde côte courait d’un côté, on volait de l’autre ». Au cours du naufrage d’un navire drossé à la côte en sortant de la Gironde, la cargaison de vin de Bordeaux est consommée sur place par l’ensemble de la population saint-trojanaise, tant le transport des tonneaux vers le village à travers les dunes s’était révélé impossible. Pourtant l’interdiction de piller les navires en perdition est bien connue et les sanctions sévères … 1) Pertuis de Maumusson...« un des nombrils de la mer » d'après Victor Hugo. 2) Le port de la Cotinière n’était pas encore aménagé à cette époque. 3) Les productions locales étaient le sel récolté dans les marais salants (transformés plus tard en claires d’affinage pour les huîtres), le vin blanc et les cultures maraîchères (oignons et pommes de terre). Source : Annales de la Société centrale de sauvetage (Périodique 1866-1988)


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La côte et ses plages | 97 |

La côte et ses plages

Paradis pour les amateurs de sports de glisse...

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e pays Marennes-Oléron s’étire sur plus de 100 kilomètres de côtes. Une large partie de cette bande côtière abrite de nombreuses plages. Variées, ces plages ont un point commun : la qualité de leur eau de baignade. L’île d’Oléron compte ainsi plusieurs communes labellisée Pavillon Bleu. Ce label signifie que l’ensemble des plages de ces communes, ainsi que l’environnement général et la gestion des déchets sont exemplaires. Du sud au nord, la côte ouest est presque entièrement constituée d’une très longue plage de Saint-Trojan-lesBains à Vert-Bois. Avec leur sable blanc et fin, leurs petites dunes et leurs vagues souvent présentes lorsque la marée monte, ces grandes étendues sont idéales pour le farniente et la pratique d’activités sportives, en particulier pour les amateurs de sports de glisse. Si vous désirez vous isoler, un peu de marche vous suffira pour trouver la tranquillité. Un peu plus au nord après la plage familiale de la Remigeasse, se trouvent les plages des Sables Vignier, de Domino, de Chaucre et des Huttes, un autre haut-lieu des sports de glisse. Coté est, la mer se fait plus calme, avec au nord de cette façade occidentale un estran sableux qui abrite de très belles plages de sable fin, comme celle de La Brée les Bains ou des Saumonards à Boyardville. À l’extrême sud de l’île, la plage de Gatseau adossée à la forêt est un havre de repos. La plage de Marennes est un endroit particulièrement adapté aux loisirs en famille.

 Ci-contre et  ci-dessus : Vue aérienne de la côte ouest de l'île, du sud au nord. La côte ouest est presque entièrement constituée d’une très longue plage entre Saint-Trojan-les-Bains à Vert-Bois. .


La Cotinière | 99 |

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e port de La Cotinière est protégé de la haute mer par une longue digue. En poursuivant la promenade après la criée, du phare de l'entrée du port jusqu'à l'extrémité de la jetée, on a de belles vues sur l'ensemble du port et sur la plage avec en arrière-plan l'église dédiée aux disparus en mer. Symbole de La Cotinière, le phare, peint en blanc et rouge, délimite l'entrée du port.


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La Cotinière

Avec La Rochelle (Chef-de-Baie) et Royan, La Cotinière est l'un des trois principaux ports de pêche de CharenteMaritime et le premier par le tonnage...

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rotégé de la haute mer par une longue digue, le port de La Cotinière abrite une flottille d'une centaine de bateaux. Sur le quai de déchargement, les bras mécaniques des grues font passer à terre les bacs de poisson. Une fois débarqués, les bacs sont acheminés vers l'intérieur du bâtiment de la criée. En 2013, ce sont environ 5 300 tonnes de poissons qui ont été vendus au port de La Cotinière. Les bacs de poissons sont inspectés et étiquetés par les agents de la criée. Ils passent ensuite sur un tapis roulant devant la cinquantaine d’acheteurs réunis dans un petit amphithéâtre. Les acheteurs indiquent leur choix et enchérissent en appuyant sur un bouton. On est loin des ventes où les prix étaient annoncés à la voix, seule l’appellation de « criée » est restée ! La pêche de La Cotinière, la qualité et la diversité Le port de La Cotinière est connu pour la diversité des espèces débarquées (environ 95 espèces sont représentées) et la polyvalence de la flotte (environ 95 navires et 300 marins pêcheurs). Les bateaux de La Cotinière pratiquent la pêche d'espèces nobles. Les principales en tonnage sont : la seiche, le maigre, le céteau, la langoustine, la sole, la lotte, la raie, mais aussi le bar, le turbot, l'encornet, le poulpe, le rouget barbet, la crevette, la barbue, le merlu, le merlan et le mulet. On parle de pêche artisanale côtière avec des marées courtes d'une journée à trois jours, ce qui garantit la qualité du poisson. La Cotinière et la coquille Saint-Jacques La coquille Saint-Jacques concourt à la réputation du port de La Cotinière. Sa pêche est très réglementée. Elle est en général ouverte d’octobre à décembre, pour un nombre de jours et des horaires bien définis. Les gisements de coquilles se trouvent dans les pertuis charentais, ces mers intérieures entre les îles et le continent, le pertuis Breton et le pertuis d’Antioche. La coquille y vit posée sur les fonds et se déplace. Pour la pêcher, le bateau traîne une drague qui racle le fond entre 15 et 30 mètres. La coquille des pertuis charentais est recherchée car c’est « une coquille de roche et de sable coraillée et à la noix très belle ». Ci-contre :  Le quai sud du deuxième bassin abrite la zone d'entretien et de réparation des bateaux. Une facette de la vie du port intéressante.

Ci-contre : Depuis quelques années les pêcheurs de La Cotinière prennent une part active dans la gestion environnementale des pêcheries, en utilisant des engins de pêche sélectifs qui permettent l’échappement des petits poissons et des petites langoustines. Les pêcheurs langoustiniers ont ainsi reçu une récompense à Boston par l'ONG Seafood Choices Alliance en 2008, qui récompense pour la première fois les pêcheurs artisans qui contribuent à une pêche durable et responsable. De plus, les quotas de pêche qui leur sont octroyés sont scrupuleusement respectés. Enfin, chaque jour les pêcheurs ramènent des déchets qu’ils peuvent trouver aux fonds des océans et préservent ainsi notre environnement et nos plages. (Source : Aglia - Planète Mer)

La Cotinière | 101 |


La Cotinière… En apparence un charmant petit port, en réalité aujourd’hui, le premier port de pêche du département avec plus d’une centaine de bateaux de pêche dont on peut admirer le retour tôt le matin ou en fin d’après-midi. On trouve au port de La Cotinière des poissons et des crustacés variés (plus de 95 espèces) et en particulier, selon les saisons : de la sole, du bar, du céteau, de la lotte, des langoustines et des coquilles Saint-Jacques. Pittoresque avec ses chalutiers aux coloris vifs…


La Cotinière | 103 |


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© L’association AMERAMI Association, fondée en 1975 par le commandant Luc-Marie Bayle alors directeur du Musée de la Marine. Elle œuvre depuis 40 ans pour la sauvegarde du patrimoine maritime et fluvial.


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Écluses à poissons | 105 |

Écluses à poissons

On a la certitude qu'elles datent au moins du xvie siècle, mais il est possible qu'elles existent depuis le moyen-âge…

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es écluses sont des pièges à poissons fixes, pratiquement unique sur tout le littoral français. Elles sont constituées d'un mur de 500 à 700 mètres de long et ont la forme d'un fer à cheval. Sur l'île d'Oléron, partout où la côte était rocheuse, il y avait des écluses. En général, les deux bras d'une écluse sont dirigés vers le point le plus haut de la côte. Parce qu'elles ont deux bras, on parle d'une « paire d'écluses ». Ces bras commencent par une pierre de 30 cm de haut. Ensuite le mur devient de plus en plus épais et haut, pour atteindre jusqu'à 1,5 mètre à 2 mètres. À marée descendante, le mur emprisonne l'eau de mer qui s'écoule par les 6 ou 7 ouvertures. Ces ouvertures qui se nomment des bouchots, sont munies d'une grille constituée par des barres de fer verticales, les vergettes, tenues par

des traverses en chêne ou en ormeau, les contretamères. Les bouchots sont prolongés côté mer par deux murs, appelés ailes, destinés à les protéger et à faciliter l'écoulement de l'eau. Les petites réparations sont effectuées marée après marée par les personnes qui viennent pêcher. Si une petite brèche n'est pas rapidement réparée, la marée suivante peut agrandir considérablement le trou. Pour les grosses réparations, tous les exploitants de l'écluse participent. Les plus expérimentés placent les pierres, les moins expérimentés les portent et apprennent le métier. Toutes les réparations, qui constituent un travail dur, se font généralement dans une bonne ambiance. La participation de chacun est contrôlée par des encoches faites dans

des planches portant leur nom, les « tailles », détenues par le chef d'écluse. La pêche dans les écluses À l'époque où l'on vivait quasiment en autarcie, où la nourriture était le besoin le plus important à satisfaire, une part dans une bonne écluse était très convoitée. Elle valait une à deux vaches. L'écluse n'est pas une propriété, mais une concession faite par l'administration des Affaires maritimes. À sa création, l'écluse est exploitée en parts égales, ce qui permet de pêcher tous les 6, 8, 10 ou 12 jours. Une pêche est toujours constituée de deux marées, une de jour et une de nuit. Il n'y a jamais de sous-multiple de 28 (7, 14) car les jours d'un même mareyant tomberaient toujours avec le même coefficient, ce qui constituerait une injustice. Les parts étaient ensuite partagées entre les enfants, et au bout de quelques générations, certains co-détenteurs pouvaient posséder des parts infimes, parfois à peine plus d'une journée de pêche par an. Aujourd'hui, il y a peu de candidats pour reprendre une écluse, donc les parts ont augmenté. Lorsque vient son tour, le mareyant sort ses outils de pêche. Le trioulle ou aveneau est un filet à deux manches que l'on pousse devant soi. Lorsque la mer ne descend pas assez, on place une sorte de nasse, le bourgnon, dans lequel le poisson se fait piéger. Le poisson est ramassé dans un panier d'osier tenu dans le dos par une sangle en bandoulière, la gourbeille. Lorsque la pêche se fait de nuit, elle nécessite un éclairage. Ce furent d'abord des torches en paille de seigle, les fiambons, qui n'étaient allumées que pendant le temps de la pêche. Puis le fanal à bougie équipé d'un miroir réfléchissant qui permettait de n'éclairer que le poisson. La lampe à acétylène a procuré ensuite une excellente lumière avant d'être remplacée par la lampe électrique. La pêche est souvent très moyenne, quelques kilos de poissons, et est réservée à la consommation familiale. Mais il arrive qu'en de rares occasions la pêche soit très importante : jusqu'à 100 kilos en une seule marée. Dans ce cas, on appelle les voisins, les amis pour ramasser le poisson et il arrive que l'on ne puisse tout

ramasser et que la marée montante libère le poisson. Le mareyant qui fait une grosse pêche en dispose pour lui tout seul, sans partage avec ses codétenteurs. C'est une règle avec laquelle on ne transige pas ; mais bien souvent on revient bredouille. Les espèces de poissons varient avec la saison. Au printemps, ce sont des orphies et des seiches. Toute l'année on prend des mulets. On pêche quelquefois des congres, des raies, des bars et des dorades. La pêche était donc très irrégulière et le problème de la conservation du poisson se posait. Le salage permettait de conserver le poisson de longs mois, mais une méthode originale était utilisée pour une conservation de quelques jours. Le poisson était placé tout en haut d'un grand mat, appelé perche, pour le faire sécher. La fin des écluses Colbert, le grand administrateur, veut réglementer l'usage du domaine royal maritime. En 1680, il limite le nombre de claies à une seule par écluse, ce qui pénalise considérablement la taille des écluses. Au XIXe siècle, l'administration considère que les digues submergées à marée haute constituent un danger sournois pour la navigation, et décrète, en 1853, la démolition de 54 écluses. Il se pourrait que la destruction programmée des écluses ait eu une visée tout autre : la pêche au long court se développe et a besoin de main-d'œuvre. Il faut faire de ces paysans qui ont les pieds dans l'eau des marins. La mesure ne produit pas les effets escomptés, et le décret de destruction est abrogé en 1857. Le nombre d'écluses, qui était de 140 sur l'île de Ré (et 253 sur l'île d'Oléron) chute. Le XXe siècle achève la destruction : les guerres ravagent la population masculine. L'exode rural réduit la main-d'œuvre. Les tempêtes arrachent les digues qui ne sont plus entretenues, quand ce ne sont pas les vacanciers qui déplacent les pierres à coups de pioche et de pelles, pour récolter de maigres crustacés. Aujourd'hui, la sauvegarde du patrimoine a préservé les dernières écluses. Deux ont été réhabilitées. Il en reste 12. Accessoirement, on estime aussi que ces digues protègent le littoral de l'érosion.


Écluses à poissons | 107 |


Saint-Pierre-d'Oléron - Fort-Royer | 109 |

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Fort-Royer

« Un village ostréicole était né ! »

es cordons dunaires emprisonnant une grande vasière tapissée de salicorne, d’obione, de soudes, et surveillée par des milliers d’oiseaux : voici ce que les hommes voyaient en 1920, sur ce petit territoire, d’à peine dix hectares, abandonné par la mer… Alors, sabots de bois aux pieds, bandes de cuir graissées au suif enroulées autour du bas des jambes, à mains nues et à grands coups de pelle, pioche et autre rabale, avec beaucoup de sueur et de courage, ils ont retroussé leurs manches et ont creusé chenaux, claires, ruissons… façonnant au fil du temps le paysage, pour y faire naître l’ostréiculture. Peu de temps après, une quarantaine de cabanes en bois, enduites de goudron, trônaient fièrement au milieu d’un superbe champ de claires… Un village ostréicole était né ! Il fallait lui donner un nom… Ce fut « Fort-Royer » !1 Le site ostréicole Situé en bord de mer, au sud de Boyardville, face à l’île d’Aix et au littoral charentais, le site ostréicole de Fort-Royer est implanté dans une réserve naturelle remarquable pour son intérêt écologique avec ses centaines d’oiseaux et sa flore spécifique de la dune et des vases salées. Il se compose d’un secteur ostréicole façonné par l’homme (village coloré d’authentiques cabanes en bois et d’établissements aux normes plus récentes implantés au cœur d’un champ de claires toujours utilisé et entretenu comme autrefois), d’un estran vaseux partiellement couvert de parcs à huîtres et de formations dunaires en constante évolution. L'Association du site ostréicole et naturel de Fort-Royer En 1992, l'Association du site ostréicole et naturel de Fort-Royer est créée afin de mettre en valeur le site et plus particulièrement sa dimension ostréicole. Elle a pour objectifs de : préserver la qualité paysagère du site, d'optimiser la connaissance, la préservation et la présentation du patrimoine ostréicole et de promouvoir l'ostréiculture et les cultures marines. Afin de poursuivre ses objectifs, l'Association met en œuvre dès 1993 les premières animations sur le site. En 1997 elle emploie une animatrice, emploi qui devient pérenne en 2004 permettant ainsi de sensibiliser à l'année, le public sur l'histoire, les spécificités et la fragilité de ce site ostréicole… 1) Extraits d'un livre, intitulé « Histoire d'un site façonné par la mer, le temps et les hommes », écrit par Evelyne Morgat pour l'Association du Site Ostréicole de Fort-Royer.


Fort-Royer...

« Un village ostréicole était né ! »

Saint-Pierre d'Oléron - Fort-Royer | 111 |

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uelques cabanes en bois, bordées de claires et de chenaux, sur un site naturel où se mélangent vasières, cordons de sable et parcs à huîtres. L’association du Site ostréicole et naturel de Fort-Royer propose différentes visites commentées :

Des traditions d’autrefois, aux pratiques d’aujourd’hui. Découvrez l’ostréiculture sur le domaine : captage et élevage dans les parcs à huîtres, affinage dans les claires et expédition, trois étapes expliquées pas à pas... Circuit botanique : Sableux, vaseux, peu à peu fixé, sauvage, mais colonisé par les hommes, ce domaine est une explosion incroyable de parfums, de saveurs et de couleurs… Venez à la découverte des plantes des dunes et des marais ! Les parcs à huîtres. Accompagné(e) d’un guide, quittez le village pour les parcs à huîtres de la Vieille Goule et venez ainsi découvrir l’élevage de l’huître en mer à marée basse. Cette balade à pied suit les coursières utilisées autrefois, au cœur de la Réserve de MoëzeOléron, pour vous faire revivre le métier des paysans de la mer.


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Saint-Pierre d'Oléron - Fort Royer | 113 |

Fort-Royer

parfumé d’iode, de sel, et d’essences botaniques…

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l'origine le site de Fort-Royer était un espace fortifié qui a donné son nom au lieu. Pas de résidence secondaire ici, ni de cabane d’artiste, encore moins de restaurant. Si vous venez pour le spectacle, ce sera celui de la nature, entre bancs de sable et de vase, marées, vent et soleil. Fort-Royer est un véritable site ostréicole, sans faux-semblant, et une réserve naturelle qui s’étend de Boyardville au Châteaud’Oléron. La réserve présente notamment d’immenses bancs de sables, reposoirs et garde-manger précieux pour les oiseaux notamment au cours de leur migration. Les spécialistes ont répertorié sur Fort-Royer 285 espèces d’oiseaux différentes.

Les empreintes dans le sable Une nuit un homme fit un rêve, Il rêva qu’il marchait sur le sable en compagnie de Dieu. Les images de sa vie défilaient dans le ciel. A chaque image, il y a avait des empreintes de pas dans le sable. Deux lui appartenaient, et deux appartenaient au Seigneur. Quand les dernières images se sont déroulées devant lui, l’homme s’est retourné et regarda les empreintes laissées derrières eux. Il remarqua alors que de nombreuses fois au cours du chemin de sa vie, il n’y avait qu’une seule paire d’empreintes sur le sable et que s’était précisément aux moments les plus tristes et les plus pénibles de sa vie… Il en fut profondément troublé et demanda au Seigneur..: Le Seigneur lui répondit : « Mon très cher enfant, je t’aime et je ne t’ai jamais laissé seul quand tu as eu le plus besoin de moi. Lorsque tu ne vois qu’une seule paire d’empreintes sur le sable c’est parce que je te porte dans mes bras ». (auteur inconnu)

 Ci-contre : Fort-Royer, la terre avance ici sur la mer. Le banc de sable a cent ans. À l’abri d'une dune une vasière s’étend...


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Le phare de Chassiron | 115 |

Le phare de Chassiron

Ici, depuis la nuit des temps, les hommes et l’île ont subi ensemble la dure loi de l’océan qui reste toujours le plus fort...

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'est l'histoire d'un nouveau phare (remplaçant l’ancien phare de 1682) qui débuta au XIXe siècle, lorsqu'on posa en 1833 sa première pierre. Le phare fut terminé le 1er décembre 1836 et entra en activité pour assister les marins naviguant dans le Pertuis d'Antioche, un des endroits les plus dangereux de Charente-Maritime. Un phare robuste Balayé par les vents, le phare devait être robuste : 18 mètres de diamètre et des fondations de 3 mètres. Réputées pour avoir servi à la construction de la cathédrale de Cologne et au socle de la statue de la Liberté, les pierres proviennent de la carrière de Crazannes (Charente-Maritime). Les marches, les perrons et la plate-forme sont des blocs de granit de Vendée. Ces matériaux ont été acheminés par gabares jusqu'au port de Saint-Denis. Son feu D'un éclat toutes les 10 secondes d’une puissance de 360 000 bougies décimales et d’une portée moyenne de 28 milles (52 km); la hauteur du foyer lumineux atteint 43 mètres au-dessus du sol et 50 mètres au-dessus des hautes mers. D'abord peint en blanc, on lui rajouta en 1926 les 3 bandes noires d'une hauteur de 6 mètres qui le caractérisent aujourd'hui, pour le rendre plus visible de jour dans la brume et le différencier de son voisin le Phare des Baleines de l'île de Ré. Un escalier de 224 marches Les 224 marches de l’édifice mènent le visiteur sur le balcon circulaire de la lanterne d’où l’on contemple une superbe vue sur l'île d'Oléron, sur la côte continentale, la balise d'Antioche, La Rochelle, les îles de Ré et d'Aix et bien sûr l'océan... Jardin du phare En forme de rose des vents exposé aux embruns de l'Océan Atlantique, il se compose de quatre bassins, de mobilier pédagogique, d'une partie contemporaine avec des graminées et autres plantes d'ornements, et d'une partie traditionnelle avec 21 variétés de roses, un potager et de la vigne.


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Fort-Boyard, vaisseau de pierre | 117 |

Fort-Boyard, « vaisseau de pierre »

Un gigantesque paquebot : tel parait le Fort-Boyard, vu des plages du littoral charentais. De par sa situation entre l'île d'Aix et l'île d'Oléron, cette construction unique au monde suscite bien des curiosités...

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e « vaisseau de pierre », surgissant de l’Océan est une construction unique au monde, un élément essentiel du patrimoine du département de la Charente-Maritime… L’arsenal de Rochefort ayant été construit dans un méandre protégé de la Charente, les bateaux qui avaient alors un fort tirant d’eau ne pouvaient être acheminés qu’à vide vers la rade. Il fallait embarquer l’eau à Port-desBarques, les voiles à Fouras, la poudre à l’île Madame et enfin les canons à l’île d’Aix. Pendant ce temps, ils demeuraient vulnérables et il était impératif de défendre leur mouillage. Le passage entre l’île d’Aix et Oléron était de 6 000 mètres, la portée des canons de l’époque, était de 1 500 mètres. Une passe de 3 000 mètres restait donc ouverte aux navires ennemis, qui se trouvaient ainsi hors d’atteinte de l’artillerie royale. Le banc sablonneux de la longe de Boyard fut donc choisi pour y établir un fort. En 1763, juste après la mise à sac de l’île d’Aix par les Anglais, on commence à

s’intéresser à la construction de ce fort, mais les difficultés financières du royaume enterrent le projet. Au mois de mai 1801, sous Bonaparte, une commission est nommée pour reprendre ce projet. Dès la fin de 1802, on commence l’enrochement avec des pierres venues des carrières de Port-des-Barques, de l’île d’Aix et de Fouras. Cette campagne va durer 6 ans. Les travaux vont s’arrêter pendant 31 ans. En 1842, la construction reprend. Elle s’achèvera en 1866. La durée totale du chantier aura été de 65 ans dont 30 ans de travaux. Cependant, Fort-Boyard ne servira jamais à défendre l’entrée de la Charente : les progrès en matière de portée des armements sont tels que les tirs des canons d’Aix et d’Oléron se croisent. Le fort sera quand même équipé de 30 canons de 16 centimètres. Après la Commune, de 1871 à 1872, il sert de prison et accueille jusqu’à 300 détenus. Pendant les 40 ans qui vont suivre, il est occupé par la Marine, puis déclassé.


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Fortifications militaires | 119 |

Fortifications militaires

Charles-François Mandar (1757 - 1844) ou l'architecte dans ses détails... ngénieur militaire, Mandar a laissé dans le domaine de la fortification une contribution intéressante à plus d’un titre. La formation qu'il avait reçue à l’École royale militaire de Paris lui permet tout abord de seconder le général Marc-René de Montalembert au moment de la construction du fort de l'île Aix, de 1780 à 1783. L’œuvre militaire de Mandar Chargé en 1793-1794 de restaurer le fort de l’île Aix, Mandar se montre des plus critiques envers les ouvrages traditionnels. Les projets de remise en état qu'il propose témoignent en revanche d'une grande fidélité aux principes du général Montalembert. On retrouve cette conformité de vues dans le premier projet pour le fort Boyard élaboré en 1801 par une commission de six personnes, nommée par les

ministres de la Marine et de la Guerre, parmi lesquelles on relève les noms des ingénieurs des Travaux maritimes Ferregeau et Mandar, ainsi que celle du savant Romme. En 1808, cette commission proposera un deuxième dossier « Projets divers pour le fort Boyard, 1808 ». Dans cet ensemble de documents figure un Plan de la Rade de l’Isle d’Aix présentant une attaque combinée et les moyens de défense à lui opposer, de la main de Mandar, comportant cinq solutions différentes pour le fort Boyard (voir page de gauche). Ce projet qui ne sera jamais réalisé semble tout droit sorti des planches de la Fortification perpendiculaire. Construit de 1837 à 1866, le fort actuel reprend à plus grande échelle le parti adopté par la commission de 1801 dans laquelle Mandar semble avoir joué un rôle essentiel (voir plan ci-dessous).

Ci-dessus : Projet extraordinaire pour 1848 - Fort à construire au fond de la rade de l'île d'Aix (Source : Musée de la Marine-Rochefort). Ci-contre : Plan de la rade de l’Isle d’Aix présentant une attaque combinée et les moyens de défense à lui opposer, de la main de Mandar -1808 (Source : BnF - Ge. C2648 - Picon Antoine-Revue de l'Art, 1995, n° 109. pp. 26-39).

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Fort-Boyard, 1802 - 1866 | 121 |

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Fort-Boyard, 1802 - 1866

La construction de 1802 à 1866. Construire sur du sable, un chantier hors norme…

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igantisme, innovation, mobilisation : tels sont les maîtres-mots d’une entreprise d’État hors du commun. Le défi économique et technique que représente la construction de Fort-Boyard oblige à une organisation du travail nouvelle et rigoureuse. Le premier projet de fortification Le premier projet de fortification du banc de Boyard1 date de 1661, mais Vauban l'enterra en disant au roi : « Sire, il serait plus facile de saisir la lune avec les dents que de tenter en cet endroit pareille besogne. » Un nouveau projet inspiré des idées de Montalembert ne sera validé qu’en 1801, commencé en 1802, suspendu en 1809, repris en 1842 et terminé en 1866, alors qu’il est devenu inutile. Petit port dénommé Boyardville - 1806 À Boyardville (île d'Oléron) sont installés des entrepôts, des ateliers, un four à chaux, une cale pour le chargement des blocs de pierre sur leurs flotteurs, une caserne, des logements et des bureaux. Des réseaux d’approvisionnement relient Boyardville aux carrières que l’on ouvre dans la région. Pour l’enrochement, on ramasse et on extrait les pierres des falaises de l’île d’Aix ; pour les assises, des blocs de calcaire de Crazannes, d’Échillais et de Saint-Savinien sont stockés sur place. Les moellons de blocage sont récupérés dans les fossés de la citadelle d’Oléron. Mortiers, ciments, chaux, briques, bois, tuiles et métaux forment de vastes dépôts de matériaux qu’on achète au plus près du chantier. La pouzzolane, cette pierre volcanique nécessaire au ciment et dont on fait une grosse consommation sur place vient cependant d’Italie, et le granit du parement des assises provient du Cotentin.

Les matériaux sont préparés sur place. En 1842, une machine à vapeur accélère la fabrication de la chaux et le broyage de la pouzzolane. Le chantier est l’occasion de constantes expérimentations, en particulier pour améliorer les ciments à prise rapide et résistants à l’eau de mer. Pour acheminer ces matériaux sur le banc de sable, distant de 3,5 km, 30 gabares, bateaux de travail à fond plat, sont mobilisés. Ci-contre et page 117 : « Fort-Boyard comme vous ne l'avez jamais vu ». Le musée national de la Marine de Rochefort rend hommage à la plus célèbre des forteresses de France. L'exposition « Fort-Boyard, les aventures d'une star » invite les curieux à découvrir les vies antérieures du fort maritime, du 19 avril 2012 au 21 mai 2013. Autour de ses propres collections, le musée national de la Marine a bénéficié de l’appui de nombreux partenaires : le Service Historique de la Défense (SHD) 

En 1844, un remorqueur à vapeur est affecté aux travaux. Périodiquement, des navires canonniers et un brick de guerre protègent les ouvriers des attaques anglaises.

La mobilisation des hommes est également remarquable... Entre 1803 et 1809, l’État peine à recruter et fait appel à des soldats et à des prisonniers. Après 1841 se met en place une organisation en deux équipes, l’une à Boyardville, l’autre sur un ponton amarré près du fort. On comptera jusqu’à 500 ouvriers (200 en moyenne), certains spécialisés, d’autres complètent leurs revenus agricoles2. Fort-Boyard - grand vaisseau de pierre En 1866, le fort avec son havre de débarquement et son brise-lame est totalement achevé. Il se présente comme un grand vaisseau de pierre, théoriquement armé de 74 canons sur trois niveaux, à l’image des vaisseaux de 74 à trois ponts qui ont marqué la fin du XVIIIe siècle. Disposées selon un fameux plan en anneau, 24 travées d’environ 5 mètres de large pour 8 mètres de profondeur s’ouvrent sur une cour intérieure. Au sous-sol, dans l’enrochement, est installée une citerne de 325 000 litres. Au rez-de-chaussée sont stockés les matériaux et les vivres, ainsi que la cuisine et la prison. 12 canons doivent également y prendre place. Le premier et le deuxième étages sont destinés aux logements des officiers et des soldats : le fort est prévu pour 260 hommes en temps de guerre. Chaque étage doit recevoir 22 canons ou obusiers. La terrasse est conçue comme une plateforme d’artillerie, destinée à recevoir 18 canons disposants de rails de pivotement. Une tour de vigie équipée d’un sémaphore culmine à 29 mètres au-dessus des plus basses marées. Au total, Boyard compte 66 pièces pour une surface utilisable de 4 000 m2. 1) « Boyard » vient du terme hollandais « banyard » signifiant le banc, devenu Boyard sur une carte de Clerville en 1670. 2) Salaire journalier moyen des ouvriers du chantier de Boyard : 3 francs.

a ouvert largement la porte de ses archives, pour la plupart inédites : les plans d’ingénieurs sont ici autant des sources de premier ordre que des oeuvres d’art, aussi précises que somptueuses. La société de production du jeu télévisé qui s'y déroule a également autorisé, à titre tout à fait exceptionnel, le prêt et l’exposition de films et de photos, mais aussi d’accessoires du jeu… Source : Images SHD - Exposition « Fort-Boyard, les aventures d'une star ».


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Fort-Boyard, 1871 - 2015 | 123 |

Fort-Boyard, 1871 - 2015

Au début abandon, mais après innovation, succès et enfin Hollywood… bandon, innovation, succès : tels sont les maîtres-mots dans la période 1871 - 2015. Si tout le monde connaît la silhouette du fort, son histoire reste largement méconnue.

Une courte vie militaire De 1871 à 1872, il sert de prison et accueille jusqu’à 300 détenus. Dès 1872, et pour 40 ans, Boyard est utilisé pour la défense passive de l’arsenal. Des torpilles de fond sont immergées dans le pertuis et reliées au fort d’où on peut déclencher leur explosion. En 1873, le marégraphe du fort d’Énet est transféré à Boyard. Au total, une dizaine d’hommes seulement occupent un édifice qu’il faut perpétuellement entretenir. À la fin du siècle, en réponse à la mise au point d’un nouvel obus explosif, des projets pharaoniques d’aménagement voient le jour. Ils consistent à détruire le deuxième étage et toute la partie nord pour y implanter une tourelle cuirassée. Le projet est abandonné, et le fort, plus inutile que jamais, est déclassé en 1913. Le fort à l’abandon Abandonné à lui-même, sans aucun entretien, Boyard devient le paradis des goélands et prend les allures d’un colosse romantique. Débarrassé de ses derniers canons en 1925, il est pillé de ce qui reste de ses décors et régulièrement vandalisé pendant 60 ans. Le port d’abordage et le brise-lame disparaissent peu à peu sous les attaques de l’océan. En 1942, il sert de cible d’entraînement aux Allemands : c’est son dernier usage militaire. En 1950 pourtant, Boyard commence à être perçu comme un élément de patrimoine : il est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Mais il reste à l’abandon, jusqu’à sa vente

Quelques récits… • Le Banc du Boyard étant très étendu, on peut agrandir le plan du fort. (Napoléon Bonaparte, février 1803)

Les Travaux n’ont jamais été abandonnés. Ils ont simplement été ajournés.

Bien inutile, mais pas vraiment encombrant, tel est le fort Boyard.

Fort-Boyard, c’est devenu Hollywood en Charente-Maritime.

(Claude du Campe de Rosamel, Ministre de la Marine et des Colonies, 1837) (Gérard Chagneau, 1986) (Libération, 1996)

Le fort en chiffres… • • •

Situation : 1° 12’ 50’’ W - 45° 59’ 59’’ N Distance de l’île d’Aix : 2 900 m, de l’île d’Oléron : 2 400 m. Longueur : 68 m. - Largeur : 31 m. ; Surface utile : 4 000 m2.

aux enchères en 1962. Il est alors acquis par un particulier. Est-ce la promesse d’un nouveau départ pour Boyard ? Boyard acquis par un particulier La vente du fort à un particulier ouvre la voie à toutes les spéculations. L’événement a renouvelé l’intérêt pour un fort dont on commence à mesurer l’importance, et désormais Boyard est bel et bien perçu comme un morceau d’histoire, qu’il s’agit de respecter et de valoriser. Hôtel de luxe, lieu de spectacle et de création, résidence : les idées circulent, mais aucun projet ne démarre. Comme au temps de la construction, l’isolement du fort pose d’inextricables problèmes techniques, économiques et financiers. Finalement le succès du Fort-Boyard Le salut vient de l’image… En 1966, Robert Enrico emmène Alain Delon et Lino Ventura sur Boyard pour la grande scène finale des Aventuriers. En 1981, Antenne 2 tourne l’un des premiers épisodes du jeu à succès La chasse au Trésor. L’animateur vedette Philippe de Dieuleveult saute de son hélicoptère et nage vers le fort. L’émission est produite par Jacques Antoine et sans doute Boyard reste-t-il dans un coin de son inventif cerveau, car en 1988, il achète le fort avec le soutien du Conseil général de Charente-Maritime. D’importants travaux sont menés pour transformer le fort en studio de tournage et la première émission des Clés de fort-Boyard est diffusée sur Antenne 2 en 1990. Le succès est immédiat. Depuis 22 ans - longévité exceptionnelle -, le jeu a conquis plus de 30 pays et porte la renommée du fort à travers le monde… à suivre.

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Hauteur au-dessus des plus basses mers : 29 m. Dimension des blocs du brise-lame (en moyenne) : 4 x 2,50 x 2,50 m. Dimension des blocs de défense(en moyenne) : 3,80 x 2 x 2 m. Nombre de blocs de renfort mis en place : 345 Nombre de pièces d’artillerie prévues initialement : 74 Nombre de pièces d’artillerie mises en place : 30

Coût… • •

Coût total de la construction de Fort-Boyard : 8,6 millions de francs Coût de l’entretien (1867-1913) : 500 000 francs

Comparaisons… • • • • •

Fort d’Énet (1809-1812) : 400 000 francs Fort Liédot (1811-1834), sur l’île d’Aix : 800 000 francs Digue de Cherbourg (1783 – 1853) : 77 millions de francs Arc de Triomphe -Paris (1806-1836) : 1 million de francs Palais Garnier, opéra de Paris (1861 – 1875) : 36 millions de francs

Source : Musée national de la Marine, Rochefort. Exposition temporaire « Fort-Boyard, les aventures d'une star ».


Île d'Aix | 125 |

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Entre Ré et Oléron, l'île d'Aix est une terre méconnue. Au premier coup d'œil, sur une carte de France, on ne la voit pas. Et pourtant, cette poussière de 130 hectares est loin d'être dénuée d'intérêt et bascule entre Histoire et Nature. 3 km de long, 700 m de large, l'île d'Aix est un trait de crayon sur l'océan en forme d'un croissant…

L’homme et la mer…

Homme libre, toujours tu chériras la mer ! La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme Dans le déroulement infini de sa lame, Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer. Tu te plais à plonger au sein de ton image ; Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur Se distrait quelquefois de sa propre rumeur Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage. Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets : Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ; Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes, Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets ! Et cependant voilà des siècles innombrables Que vous vous combattez sans pitié ni remord, Tellement vous aimez le carnage et la mort, Ô lutteurs éternels, ô frères implacables ! (Charles Baudelaire)


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Île d'Aix, une terre méconnue | 127 |

Île d'Aix

Une terre méconnue de 130 hectares…

uelques minutes après avoir survolé Fort-Boyard, on aperçoit à droite l'île d'Aix… 3 km de long, 700 m de large, l'île d'Aix est un trait de crayon sur l'océan en forme de croissant de 130 hectares. Située au cœur de l'archipel charentais (l'île de Ré au nord, l'île d'Oléron et Fort-Boyard à l'ouest et l'île Madame au sud), elle bascule entre Histoire et Nature. Célèbre par l'épisode napoléonien (les 4 nuits de l'Empereur avant son départ définitif pour l'exil), elle reste néanmoins fidèle à son village pittoresque et à la pureté de ses paysages. Ici la nature a ses droits et, passé le pont levis, on pénètre dans un autre monde. Site protégé, l'île d'Aix offre des plages sablonneuses ou des rochers escarpés. Elle est le paradis des plaisanciers. En flânant dans ses ruelles bordées de maisons de pêcheurs blanchies à la chaux, on découvre tour à tour, le musée Napoléon, le musée Africain et une petite industrie locale de la nacre... Pointe de Sainte-Catherine À l'extrémité sud de l'île d'Aix est situé le fort de la Rade qui fait face à Fort-Boyard. L'ensemble des constructions est entouré de douves qui épousent parfaitement le tracé de la pointe. Il est bordé d'un côté par le port et de l'autre par la petite plage de la côte ouest moins fréquentée que celle de l'anse du Saillant. Voulu par Vauban, le projet de 1667 n'a vu le jour qu'en 1691 pour s'achever en 1693. En 1757 il a subi une violente attaque anglaise, et est presque détruit. Le phare de l'île d'Aix est constitué de deux tours cylindriques. La plus à l'est (à gauche sur la photo), en service depuis 1889, porte le feu. L'autre, datant de 1906, porte l'écran du secteur rouge. La hauteur totale du phare est de 25,30 mètres. Son feu blanc et rouge 5 sec. est éclairé par une lampe halogène de 500 W. Sa portée est de 24 milles (environ 44 km).

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Ci-dessus : Le fort de la Rade et le phare de l'île d'Aix. Ci-contre : Vue aérienne, partie sud de l'île d'Aix (Pointe de Sainte-Catherine).


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a plage de l'Anse du Saillant est située au centre de l'île. Elle offre une vue imprenable sur le Fort Énet et sur la ville de Fouras-lesBains. C'est un endroit propice à la pêche, comme en témoignent les carrelets présents sur la côte.


Anse du Saillant | 129 |


Le Carrelet AIX 8 après le passage de Xynthia | 131 |

Ci-contre : En quinze ans, les carrelets charentais ont subi les assauts de la nature par trois fois : en 1996, en 1999 et dernièrement la tempête Xynthia en février 2010. Beaucoup de pontons, construits en majorité au début du XXe siècle, ont alors définitivement sombré dans la mer, comme on peut le voir sur cette photo…


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Le Bourg, village fortifié de l'île d'Aix | 133 |

Le Bourg, village fortifié

« Chaque fleur d'orage porte la graine de demain… » (Andrée Chedid, racines et libertés)

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e village fortifié, dont le plan a été levé en 1669 par Vauban, est un vaste lotissement, dans lequel a été intégré le prieuré bénédictin du XIe siècle, avec des rues tracées en patte d’oie de manière à être contrôlées par les pièces d’artillerie du Fort de la Rade. Le souvenir de l'Empereur plane encore sur l'île avec le musée Napoléon, la place d'Austerlitz et le charmant Hôtel

Napoléon, récemment restauré, qui vous accueille. On pourrait comparer l'île d'Aix à un grand jardin où il fait bon prendre le temps de déjeuner sur les terrasses et savourer une cuisine où se mêlent pêche du jour et produits du terroir. Prenez le temps de flâner dans les rues pavées parées de roses trémières…


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Fortification de l'île d'Aix - 1753 | 135 |

Signé : Claude-Félix Masse, Fouras, le 25 août 1753…

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Source : BnF 1293 - Bibliothèque de l'Arsenal

e poste est situé sur le Roch, à l’extrémité et au sud d’une petite Isle dont il occupe toute la pointe, et tient en sureté sous la protection de son feu, les vaisseaux de guerre qui sont obligés de mouiller dans la Rade de l’Isle d’Aix. Il est fermé du côté de la mer par une Enceinte irrégulière circulaire en maçonnerie de pierres sèches établie sur un rocher ou banche qui assèche toutes les marées, et se délites par les pluies et gelées. Le côté de terre est occupé par un ouvrage à corne embelle et bonne maçonnerie dont les deux demi bastions sont à orillon dans lesquels il y a des casemates et de très beaux souterrains au milieu delà courtine un Donjon de figure octogonale entouré de fossés dans lesquels la mer monte. Sa capacité est occupée par un magasin à poudre, arsenal, corps de garde, et autres, et à son sommet une plateforme percée d’embrasures au milieu de laquelle est la chapelle. Devant le dixième front et Donjon est une Demi-lune aussi en bonne maçonnerie mais d’une petite capacité avec un corps de garde dans sa gorge. Tout ce front faisant face à la terre est enveloppé de fossés et chemins couverts, mais si imparfaits qu’il n’en parait en quelque façon que la forme les fossés n’étant escavés que pour l’emplacement des revêtements. L’intérieur du fort n’est qu’un tas de pierres et moitons si mal arrangés et en mauvais ordre qu’à peine y peut-on déceler la figure d’une forteresse, ces pierres proviennent de l’excavation des fossés dont on avait fait des approvisionnements pour mettre ce poste en sa perfection. Ces bâtiments ne consistent qu’en un seul corps de casernes assez joli en apparence mais trop petit pour loger la garnison qui ne consiste pourtant qu’en deux compagnies juvalides, le bas de ces casernes est occupé en partie par le commandant qui y a un appartement assez complet, et devant son logement un petit hangar servant de bûcher, buanderie et latrines. Ensuite une chambre ou il y a un four, et deux autres occupées par le boulanger, un cachot ou prison et au pignon de l’ouest des commodités dont on ne fait aucun usage, ensuite deux chambres occupées par un cantinier, une par l’ingénieur et une par le capitaine commandant. D’où il résulte que dans tout le Rez-de-Chaussée de

ce bâtiment il n’y peut loger qu’une très petite partie des soldats, et pour contenir le reste on a été obligé de pratiquer des chambres dans les greniers qui ont le défaut d’être si bas que les soldats ne peuvent se tenir que courbés, et moitié des officiers sont dans la dure nécessité de loger à leur frais dans la petite ville ou Bourg qui est au pied du glacis. Il y a dans l’intérieur de ce fort un puit dont l’eau est salée au point qu’on n'en peut faire aucun usage et la garnison est obligée d’en aller chercher à deux puits qui sont sur l’esplanade. On a proposé à diverses reprises d’augmenter les bâtiments, de reconstruire la batterie circulaire, achever le front du côté de terre, et généralement tout ce qui peut convenir à un poste, qui, à tous égards, est de la dernière importance puisque celui dépend la conservation du port de Rochefort d’où les vaisseaux ne peuvent sortir qu’en passant sous son feu, qui protège l’embouchure de la rivière de Charente, celle de la Seudre, du havre de Brouage, les îles de Ré, d’Oléron, Madame, et autres et les côtes de Saintonge, Aunis, et Poitou et si malheureusement ce poste venait à être abandonné et à tomber en la puissance des ennemis, il ne pourrait paraitre dans tous ces parages ni vaisseaux, ni chaloupe ce qui détruirait entièrement, le commerce, la marine du Roy, et occasionneront la perte des provinces, sus dites. Il est actuellement en très mauvais état, tout le front de la mer qui comme il est dit n’est qu’en pierres sèches est renversé en différentes parties en brèches sur la longueur d’environ 100 toises, et cela est si considérable qu’il est en quelque façon inutile de garder la porte puisque il est très aisé d’entrée par tout à la faveur des dites Brèches. Il y a dans l’Isle un seul moulin à vent à l’usage de la garnison et des habitants, le Roy en a toujours gratifié Messieurs les commandants sous la charge de l’entretenir, ils en ont jusqu’à présent touché le revenu, mais négligé les réparations et entretiens de façon qu’on ne peut presque plus faire usage tombant en ruine ainsi que le logement du Meunier. Le grand pont qui traverse la fosse vis-à-vis du Donjon est en très mauvais état, il sera indispensable de le refaire à neuf l’année prochaine… »


L

La dernière demeure de Napoléon | 137 |

La dernière demeure de Napoléon

Après quinze ans de règne, de multiples guerres sur tout le continent européen, un premier exil en 1814 sur l’île d’Elbe et la période dite des Cent-Jours, Napoléon est une nouvelle fois contraint au départ en 1815. C’est sur l’île d’Aix qu’il passera ses derniers jours en France…

À

son retour de l’île d’Elbe en France le 1er mars 1815, Napoléon pensait revenir victorieux et imposer une nouvelle fois sa volonté à l’Europe, et notamment aux monarchies qui le dénigraient. Cette période, dite des Cent-Jours, se terminera par une cinglante défaite lors de la bataille de Waterloo, 12 000 morts et 35 000 blessés. Pour la deuxième fois, l’empereur, cette fois déchu de son titre, est obligé de quitter la France. L'exil plus rude Le 3 juillet 1815, il arrive à Rochefort où deux frégates, mises à sa disposition par le gouvernement provisoire, l’attendent pour le transporter avec toute sa suite aux États-Unis, où il a déclaré vouloir se retirer. Cette fois il n’a rencontré sur sa route que des témoignages d’intérêt et de dévouement. À Niort, l’enthousiasme du peuple a été extrême. Il n'est pas moindre à Rochefort, et les troupes le partagent : ces démonstrations ont pour but de le retenir en France. Il n’y répond que par des adieux. L’horreur de la guerre civile l’empêchait d’obéir à ces cris, qui le rappelaient à la tête de l’armée, réunie sur les bords de la Loire. Île d'Aix Après avoir pris quelques jours de repos à Rochefort, le 8 juillet 1815, Napoléon se rend à bord de la Saale, et sa suite s’embarque sur la Méduse. Mais les vents s’opposant à leur départ, il descend à l’île d’Aix, où il en attend de plus favorables. Durant les jours qu’il passe sur l’île d’Aix, Napoléon se promène sur la plage, converse avec des pêcheurs et des soldats du fort de la Rade…

Deux jours après, le 14 juillet 1815, les vents commencent à souffler, mais

il est trop tard pour partir car le passage est fermé par une flotte anglaise. Un Français, commandant un petit bâtiment danois, offre néanmoins à Napoléon la possibilité de l'embarquer pour l'Amérique. Mais il faut se travestir et se cacher. Napoléon préfère se fier à la générosité de ses ennemis. Il fait demander s’il y a sûreté pour lui au capitaine Maitland, commandant du Bellérophon, l’un des vaisseaux qui bloquent le port. Le capitaine répond qu’il n’est pas autorisé à délivrer de sauf-conduit, mais qu’il ne doute pas que Napoléon ne trouve en Angleterre l’asile qu’il veut aller chercher à travers l’Océan ; sur la probabilité que lui présente cette réponse, Napoléon se fait conduire au Bellérophon. « Je viens me mettre sous la protection des lois anglaises  », dit-il à Maitland en montant sur son bord. Avant de s’embarquer, le 15 juillet, l’empereur avait écrit au régent d’Angleterre : « Altesse Royale ! En butte aux factions qui divisent mon pays, et à l’inimitié des plus grandes puissances de l’Europe, j’ai consommé ma carrière politique. Je viens, comme Thémistocle, m’asseoir au foyer britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale, comme du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis. » Sainte-Hélène Cette confiance fut trompée. La seule terre qu’ait touchée Napoléon, après avoir quitté la terre française, est celle de Sainte-Hélène où il débarque le 17 octobre 1815. Napoléon y décèdera le 5 mai 1821 et ses cendres seront déposées aux Invalides en 1840. Source : Ouvrage « Histoire de l'île d'Aix  » de Pierre-Antoine Berniard, édition Bordessoules, 2006.

Ci-dessus : Napoléon, timbre de France de 1951 (coll. privée). Ci-contre : Napoléon séjourna trois jours sur l’île d’Aix, jusqu'au 15 juillet 1815, avant de quitter à jamais la terre de France. C'est d'ici qu'il embarqua soi-disant pour l'Angleterre. Mais il fut en fait emmené sur l'île de Sainte-Hélène, bien plus lointaine (coll. privée).  


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Fort Liédot | 139 |

Fort Liédot La majorité des forts, construits à l'origine

pour protéger Rochefort, vont, à partir de la seconde moitié du xixe siècle, être essentiellement réaffectés en prisons...

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e Fort Liédot est situé à l'est de l'île d'Aix, au milieu d'une forêt de pins et de chênes verts, sur le point le plus haut (9 mètres d'altitude), d'où son nom initial de « fort de la sommité ». Commencé en 1808 sur ordre de Napoléon 1er, il fut achevé en 1834. Pour le rendre invisible du large, sa structure est semi-enterrée. Avec l'apparition du canon rayé au milieu du XIXe, il sert de cible à l'artillerie française pour tester les nouvelles armes. Le fort eut de multiples occupants, le plus souvent contre leur gré, car il abandonna, comme bien des fortifications, ses fonctions d'ouvrage militaire défensif pour devenir une prison. Y ont séjourné : des soldats de la garnison, des prisonniers russes pendant la guerre de Crimée (1854), des insurgés de la Commune de Paris (1870), et même des bagnards en partance pour Cayenne dont le bateau s'était échoué sur les rochers… Après la guerre, le fort est transformé en centre de vacances de l'armée... drôle de reconversion ! On pense que jamais plus personne n'y sera emprisonné. Erreur… Ahmed Ben Bella Brillant sous-officier au sein des forces françaises libres en 1945, Ahmed Ben Bella fonde un an plus tard une organisation clandestine contre la colonisation française en Algérie. Arrêté et emprisonné en 1950, il s’évade en 1952 de la prison de Blida en Algérie et gagne Le Caire. Devenu un des chefs historiques de la résistance algérienne, il est de nouveau fait prisonnier en 1956 et interné à l’île d’Aix au fort Liédot de 1959 à 1961. Pendant trois ans, l’île retrouve son statut d’île forteresse avec près de 200 gardes mobiles chargés de la surveillance des lieux. Libéré en 1962, Ben Bella devient le 15 septembre 1963 le premier Président de la République d’Algérie. Aujourd'hui Il est depuis 1989 propriété du Conservatoire du Littoral et sa bonne acoustique est très appréciée pour les concerts en été.


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Fort Liédot - Drôle de reconversion | 141 |

Fort Liédot Drôle de reconversion…

Ci-contre : Le Fort Liédot

Photo en haut - 1914 : Embarquement de l'artillerie de forteresse pour l'île d'Aix - Mobilisation Photo en bas - 2014 : La bonne acoustique du fort Liédot est très appréciée pour les concerts en été…


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Terraque–Marique | 143 |

« Terraque-Marique » « Et par terre, et par mer ». La symbolique est : la force, sur terre, comme sur mer… apoléon lui-même a suggéré les premières esquisses du blason de l'île. Pour lui, deux mains qui se joignent, devaient symboliser l'importance du site, et sa puissance défensive. Bien que ce soit sur ces propres recommandations, ce projet de blason est refusé… Les armoiries de l'île sont adoptées par le conseil municipal le 25 janvier 1810. Le maire citera au sujet de ces armoiries : « parce qu'elles font allusion à l'heureuse position de cette île par la force et l'influence qu'elle doit un jour acquérir. » Le blason de la commune représente un lion d’or, tenant un trident de Neptune, sur un rocher de sable au milieu de la mer avec cette devise « Terraque–Marique » (Et par terre, et par mer). La symbolique est : la force, sur terre, comme sur mer. Quelques impressions pour symboliser ce lien entre Terre & Mer… Le baron Napoléon Gourgaud En 1925, le baron Napoléon Gourgaud et son épouse débarquent sur l’île, après avoir pris connaissance d’un article de Pierre Chanlaine - un écrivain et journaliste saintongeais - présentant l’île comme un lieu sur le point de « mourir ». Le baron, descendant du général Gaspard Gourgaud, un proche de Napoléon 1er, était attaché par tradition familiale à tout ce qui touchait à l’histoire impériale. Très rapidement, le couple s’entiche de l’île, fonde la Société des Amis de l’île d’Aix, achète de nombreux bâtiments à l’abandon et crée les musées napoléonien (1928) et africain (1933). Au-dessus de sa maison, la baronne Gourgaud disposait d'un promontoire avec vue sur la mer.

Vedette de 2ème classe SNS 288 - Pierre Fleury - Île d'Aix La SNSM est née de la fusion de deux sociétés centenaires : la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés et les Hospitaliers Sauveteurs Bretons. Les Sauveteurs en Mer sortent par des mers très agitées que n'auraient pu affronter les sauveteurs du début du XXe siècle avec leurs canots à avirons et à voile. Les matériels modernes permettent de reculer toujours plus loin les limites de l'exploit. Ils partent en intervention

quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, dans les 15 minutes qui suivent le déclenchement de l'alerte. Les mêmes valeurs qui ont fait de ces hommes, au fil des ans et des sauvetages, des héros demeurent : le courage, la solidarité, le bénévolat, la compétence. Douze sauveteurs de la SNSM ont perdu la vie au cours des deux dernières décennies. Ma petite île, j’aime « Tes carrelets très typiques, qui avancent en mer, les pieds dans l’eau, attrapant les poissons à marée haute. Malheureusement rattrapé par le temps, je dois me précipiter pour ne pas rater la dernière liaison maritime avec le continent. Sur le bateau, je jette un dernier coup d'œil nostalgique vers le phare enveloppés dans la lumière bleue intense du soleil du midi. Au revoir, mon île, tu vas me manquer… » (Jan Renette). À pied, en vélo À pied, en vélo, en bateau, ou en calèche, l’île d’Aix se découvre tout en douceur. Tous vos sens seront sollicités pour ressentir la singulière diversité des paysages que vous pourrez y découvrir. Passage de Xynthia C’est un lieu où d’habitude il fait bon vivre. Les températures, la mer et les vents sont généralement plus cléments que dans les îles tourmentées de la mer d’Iroise. À l’île d’Aix, on cultive même de la vigne ! Pourtant ce 28 février 2010, la conjonction de facteurs défavorables a provoqué dans la région une véritable catastrophe. Alors qu’elle était attendue et que les habitants avaient été prévenus, elle a surpris toute le monde par sa violence. Le 1er mars 2010… Couplé à des vents de 150 km/h, le gros coefficient de marée (108) a amplifié le débordement de la mer, qui s’est littéralement déversé sur les zones basses de l’île. Vers 3 heures du matin, la mer a coupé l’île dans sa largeur pendant plusieurs heures. Les pompiers de l’île ont tout mis en œuvre pour évacuer les habitants. Le Pierre Loti, bateau qui assure la liaison avec Fouras a rompu son mouillage et s'est échoué sur la plage. En raison d'importants dégâts, il ne pourra être remis à l’eau que plusieurs jours plus tard.


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Fort Énet | 145 |

Fort Énet Inscrit à l'inventaire des Monuments historiques depuis 1994… près dix minutes de vol, on aperçoit à droite le fort Énet… Le rocher sur lequel est établi le fort est relié au continent uniquement à marée basse, par une passe longue d’1,8 kilomètre.

Arsenal de Rochefort Avec la création de l’arsenal de Rochefort par Colbert en 1666, l’embouchure de la Charente se voit dotée d’une véritable ceinture de feu. Plus tard, en 1801, Bonaparte entend bien interdire définitivement l’accès à la rade de l’île d’Aix, afin de protéger les bateaux mouillant dans la « petite rade » entre l’île d’Aix et la Charente ou dans la « rade des Trousses » entre l’île Madame et l’île d’Oléron. Il impulse la construction de deux forts : l’un sur la longe de Boyard, l’autre sur le rocher d’Énet… Fort Énet La construction du fort Énet débute en 1809 et se terminera trois and plus tard. Le fort, construit en pierre de Saint-Savinien, est composé d’une batterie en demi-cercle, avec un seul niveau de feu, tournée vers l’île d’Aix. À la gorge du fort, un redan protège l’entrée et une poudrière. Au milieu du XIXe siècle, on y ajouta un deuxième niveau de feu casematé, surmonté d’une plateforme pour 20 canons, des logements et magasins voûtés à l’épreuve des bombes. Au début des années 1860, des plaques de blindage métallique sont placées sur l’escarpe de l’ouvrage Énet afin d’en vérifier la résistance à l’artillerie rayé. Devenu prison pour les communards en 1871, des travaux de modernisation sont entrepris peu avant son déclassement à la veille de la première guerre mondiale. Propriété privée depuis 1960, l’ouvrage récemment restauré se visite avec un historien.

Ci-dessus : Fort Énet, au début du XXe siècle. Une pêcheuse, à marée basse, quand la passe et le rocher d'Énet prolongent sur 1 800 mètres la pointe de la Fumée (coll. privée).  Ci-contre : Vue aérienne du Fort Énet à marée haute - entre Fouras, pointe de la fumée et l'île d'Aix. 


(Coll. privĂŠe)


Fouras, Passé-Présent | 147 |

F

OURAS

PASSÉ-PRÉSENT


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Fouras, la grande plage à l'heure du bain | 149 |

Fouras, la grande plage à l'heure du bain

Difficile d'imaginer Fouras sans ses baigneurs, ses serviettes étendues sur ses plages, ses promeneurs, son petit train. Et pourtant ! Remontons le cours de l’histoire…

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ouras-les-Bains n’est pas une station balnéaire comme les autres : À l'origine village de pêcheurs, elle devint une place forte de la villégiature au XIXe avec la mode des bains de mer. Bien qu'elle passe de 4 000 habitants l'hiver à 20 000 en été, elle a gardé son âme des années 1900. En longeant tranquillement le front de mer, en empruntant le circuit au fil des rues, vous pourrez apprécier la presqu'île boisée et replonger au début du XXe siècle… Vous pouvez vous y promener toute l'année en suivant ce parcours. Vous marcherez jusqu’au Fort Vauban, qui abrite le musée régional de Fouras qui retrace l’histoire de la station… L’histoire du maillot de bain L’histoire du maillot de bain est récente. Au XIXe siècle, le vêtement de bain n’était qu’une reproduction du vêtement quotidien et recouvrait toutes les parties du corps (le bronzage n'était pas à la mode), par hygiène et pour la morale. Les plages françaises n'étaient pas très fréquentées. D’abord pour des raisons économiques, mais aussi parce que la mer n’était pas associée aux loisirs, mais à des activités nourricières comme la pêche. La mer était considérée dangereuse. Les bains de mer Au début du XXe siècle, les bains de mer étaient surtout recommandés pour leurs vertus tonifiantes pour la santé. Les médecins prescrivaient les bains de mer. Les bains d’algues étaient conseillés pour toute sorte de maux. Mais on ne s’offrait pas à l’élément liquide sans s’entourer d’un luxe de précautions. Depuis la « cabine de bains » tractée par un robuste cheval qui vous conduisait au contact de la mer (tout en vous dissimulant aux regards indiscrets), en passant par le « Maître Baigneur » au physique de vieux corsaire et dont la stature rassurante semblait pouvoir défier toutes les tempêtes et les raz-de-marée imaginables, il restait encore à revêtir le costume approprié. Les maillots de bain 1900, comme leur nom l’indique, « emmaillotaient » parfaitement le corps des intrépides sportifs, de la base du cou jusqu’ aux chevilles. Le tissu mouillé venant souligner les imperfections du corps humain, il fallait aux baigneuses beaucoup de grâce, beaucoup de charme, ainsi enveloppées et enrubannées de la tête aux pieds, pour ne point sombrer dans le ridicule à défaut de sombrer dans les abysses.

 Ci-contre : En haut : Fouras devint une place forte de la villégiature au XIXe avec la mode des bains de mer

(coll. privée).

En bas : Le Bain des Dames avec des cabines de bain tractées par un cheval... À l'époque, ces cabanons roulants tels des chars amphibies débarquent sur la plage. La pudeur des nageurs était telle que l'usager du cabanon se faisait tracter par un cheval jusqu'à l'eau, tout en restant à l'intérieur de ce petit habitacle avant de se mettre à l'eau. C'est plus tard, que le cabanon s'est sédentarisé sur un coin de plage pour laisser place à plus de frivolité voire de nudité. Je vous invite à bien observer cette image du début XXe siècle. Cela vous en dira plus sur cette période : d'un côté, des cabines de bain mobiles pour se baigner en toute dignité, et de l'autre côté des tenues de bains, malgré tout suggestives, voulues par le photographe pour mieux vendre son cliché... car les gens étaient prudes, il était indécent de montrer ses formes. (« Le Panorama, Les Saisons, N° 1 » L. Baschet, éditeur, Paris-fin du XIXe siècle - coll. privée).

Ci-dessus et page 146 : La mer n’était pas associée aux loisirs, mais à des activités comme la pêche. La pêche à la crevette à cette époque faisait l’objet d’une petite industrie pour toutes ces femmes. Les épuisettes, haveneaux, bouquetout, bouraque, crevettier, crevettière, bouqueton et certainement d’autres noms désignant ces grandes épuisettes servaient surtout à la pêche des crevettes roses dans les rochers et des crevettes grises sur les plages de sable à marée basse (coll. privée).


Fouras, la grande plage Ă l'heure du bain | 151 |

F

ouras

- la grande plage...

Difficile d'imaginer Fouras sans ses baigneurs, ses serviettes ĂŠtendues sur ses plages, ses promeneurs.


ÎLe de Ré

Île de Ré | 153 |

Venez découvrir ses grandes plages de sable fin, ses petits ports de plaisance, ses forêts ou encore ses célèbres marais salants qui font sa réputation. L’île de Ré est composée de dix villages, tous aussi charmants les uns que les autres. Saint-Martin-de-Ré, célèbre citadelle fortifiée par Vauban, est la commune la plus importante de l’île. Voilà, une bonne raison pour passer ce pont à poutre, composé de 28 piles et qui relie La Rochelle à l'île de Ré par une longue et élégante courbe de presque 4 km…

Îles, Îles, Îles...

Îles où l’on ne prendra jamais terre Îles où l’on ne descendra jamais Îles couvertes de végétations Îles tapies comme des jaguars Îles muettes Îles immobiles Îles inoubliables et sans nom Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller jusqu’à vous. (Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924)


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Rivedoux | 155 |

Rivedoux Depuis l’arrondi du pont, l’île se découvre

petit à petit. Rivedoux, porte d'entrée de l'île, village à vocation balnéaire et ostréicole…

U

ne anse immense, demi-lune qui vient marquer le pied des maisons basses et blanches du port, bordées de roses trémières. Volets verts, fenêtres ouvertes sur les canots, leurs façades paressent au levant ! À la descente, les premiers pins maritimes donnent la direction des vents dominants. Ils se penchent vers les parcs ostréicoles alignés vers la côté nord, dans le pertuis breton. C’est là que les ostréiculteurs ordonnent les « poches » pleines de naissains, sacs en nids d’abeilles ajourés dans lesquels les huîtres vont grossir. Ici, fiers d’être ostréiculteurs, on est attaché à ses parcs, à son savoir-faire…


L

es tables à huîtres se découvrent à marée basse et ces quelques heures permettent aux ostréiculteurs de travailler dans les parcs. C’est là que les ostréiculteurs ordonnent les « poches » pleines de naissains, sacs en nids d’abeilles ajourés dans lesquels les huîtres vont grossir se nourrissant de phytoplancton. Les poches d'huîtres sont régulièrement déplacées d'un parc à l'autre en fonction des saisons et de la richesse des eaux en phytoplancton…


Rivedoux, les parcs ostrĂŠicoles | 157 |


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Rivedoux | 159 |

Rivedoux

Quelques pêcheurs à pied sur l’île de Ré. La vie de la mer à marée basse. De belles rencontres...

S

ur la plage abandonnée / Coquillages et crustacés..., chantait Brigitte Bardot. Ce soir, entre Rivedoux et SainteMarie, autour du plateau du phare de Chauveau, le littoral y ressemblait... Cette zone de l'île est propice à la pêche à pied, la mer, hors de vue depuis la plage a disparu. Les grandes marées attirent des pêcheurs à pied, rétais et vacanciers, néophytes ou confirmés, penchés en avant ou accroupis, répartis entre l'estran et le banc de sable entourant le phare. Pendant deux heures... Une affluence qui s'explique par un créneau horaire étroit. La pêche à pied se pratique pendant deux heures : la dernière heure avant la marée basse, et la première heure de marée montante. Deux heures pendant lesquelles l'estran se trouve le plus largement découvert. Son seau de plage en plastique rouge en forme de château-fort posé à côté de lui, un petit garçon n'en perd pas une miette. Son grandpère l'a initié à la pêche à pied. « J'adore pêcher tout ce qui bouge. Les crevettes, les crabes, les poissons... », raconte-t-il tout en plongeant son épuisette dans des flaques d'eau peu profondes. Les coquillages fixés sur les rochers et qui ne filent pas entre les mains, c'est l'affaire de sa grand-tante, une habituée de la pêche à pied. « Je suis venue en vacances sur l'île spécialement cette semaine parce qu'il y avait les grandes marées, explique-t-elle. Aujourd'hui, je pêche des huîtres et des moules. Demain, j'irai peut-être jusqu'aux Portes pour ramasser des coques. » Une petit fille d'environ 7 ans essaie, avec l'aide de sa maman, de compléter les deux repas de moules qu'est en train de constituer son papa sur le banc du phare. Ciré jaune et épuisette au filet rose à la main, elle repère des crevettes. Les attraper, c'est une toute autre histoire. Au fond du seau en plastique, une seule crevette pour l'instant. Peu importe, mère et fille sont là « pour le plaisir ». Et si la pêche n'est pas sa spécialité, la mère prendra le relais en cuisine pour préparer les moules. « Chacun son travail », s'amuse cette habituée de la zone de pêche de Chauveau. Un homme plus âgé repart, lui, avec son panier en osier rempli d'huîtres décollées des rochers à l'aide d'un détroquoir et d'un piochon, sorte de petit piolet. Mais « pas plus que les 5 kilos réglementaires », précise-t-il. Ça vous tente ? Si la pêche à pied vous tente, chaussez vos bottes. Pour atteindre le plateau du phare, il vous faudra marcher, sans vous envaser, et en évitant de glisser sur les algues ou les pierres. « La pêche à pied, ça se mérite ! » Aujourd'hui, la marée est basse aux environs de 20 heures. Une heure idéale qui vous permet d'aller pêcher, puis de rentrer juste à temps pour déguster votre récolte de coquillages et crustacés en guise de dîner.


Si la pĂŞche Ă pied vous tente, chaussez vos bottes et rejoignez-nous sur la plage nord de Rivedoux...


Rivedoux - MarĂŠe basse | 161 |


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Pointe de Chauveau | 163 |

Pointe de Chauveau

Le spot de Kitesurf sur l'île de Ré...

A

ujourd’hui, si les sauts des kitesurfers vous effraient encore un peu, vous pouvez commencer par apprivoiser l’aile, la « voile » du kitesurf... Julien et Clément de l'école « Île de Ré Kitesurf » vous équipent en fonction de votre taille et de votre niveau : combinaison, casque et aile. Le cours commence sur la plage, où vous vous initiez aux principes du maniement de l’aile avant de rejoindre l’eau. Vous apprenez que la fenêtre de vol est l’espace dans lequel est capable d’évoluer un cerf-volant ou une voile.

En kitesurf, vous devrez maîtriser le vol de l’aile et anticiper ses réactions à l’intérieur de cette fenêtre. Le pilotage de celle-ci est rapidement accessible, pas besoin de bras à la Popeye mais plutôt d’une certaine habileté, comme avec un cerf-volant ! Les moniteurs entrent dans l’eau avec vous et vous tiennent dans un premier temps. Les sensations sont immédiates, vous glissez sur l’eau à plat ventre et vous ressentez la force du vent qui vous tire. En maniant l’aile, vous parvenez à vous orienter et à augmenter à votre vitesse. Le buste hors de l’eau, vous avez l’impression de voler au-dessus de la mer. Et vous ne pouvez pas vous empêcher de penser qu’avec une planche pour surfer sur les vagues, ce serait encore mieux ! Demain, c’est sûr…

Ci-contre : Par vent ouest à sud-est, le pointe de Chauveau est un excellent site pour l'apprentissage du kitesurf. Kitesurf ou planche volante ou planche aérotractée est un sport de glisse consistant à évoluer avec une planche à la surface d'une étendue d'eau en étant tracté par un cerf-volant (kite en anglais) spécialement adapté nommé aile ou voile. Le kitesurfeur accroché à l'aile par son harnais pilote à l'aide d'une barre où sont reliées les lignes de traction. Il est soumis dans son mode de déplacement aux lois physiques de la navigation à voile. La planche peut être inspirée du wakeboard, symétrique, sans avant ou arrière définis, ou proche d'un surf de taille réduite. 

À l'arrière-plan, au sud-est de la pointe de Chauveau, le phare de Chauveau. Le phare, haut de 30 mètres, a été construit pour indiquer un banc rocheux, le Banc de Chauveau, qui est d’ailleurs visible à marée basse et permet d’y accéder à pied depuis la commune de Rivedoux-Plage. Source : Julien - Île de Ré Kitesurf.


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Récolte de Varech | 165 |

Île de Ré

Récolte de varech, un excellent engrais biologique… e varech est un terme normand désignant un mélange d’algues brunes, rouges et vertes déposé sur les bords des côtes par la mer. Il est nommé goémon par les bretons, sar ou sart par les habitants de l’île de Ré. Depuis le Moyen Âge, les paysans des côtes françaises et notamment charentaises récoltent le varech qu'ils utilisent comme engrais. Riche en soude, cet or noir sert encore actuellement à enrichir les champs de pommes de terre de l’île de Ré, les seules à avoir reçu le label AOC en 1998 et dont le prix s'est envolé ! L'origine de la récolte du varech Au XIXe et début XXe siècle, sa récolte était une activité très importante sur les côtes charentaises, principalement sur les îles d’Oléron et de Ré. Il était généralement ramassé par les femmes, directement sur les plages et les rochers pendant la saison hivernale, après chaque tempête et grandes marées, mais toujours à marée basse. Après les gros coups de vent, les algues arrachées en pleine mer s’échouent sur le littoral. Le ramassage se faisait à l’aide de grands râteaux. Les algues étaient ensuite transportées à dos de cheval, d’âne ou déposées dans des carrioles jusqu’à des lieux de stockage et de séchage.

(Coll. privée)

Une autre méthode, plus harassante consistait à arracher directement le varech dans l’eau lorsque que le temps était plus clément et que les vents ne s’en chargeaient pas… Un procédé plus marginal mais tout aussi éprouvant consistait à jeter une nasse en osier du haut d’une falaise ou de la plage pour récolter directement les algues. Le varech était ensuite séché à plat au soleil pour que l’eau de mer puisse s’évaporer. Mélangé au fumier, il était répandu dans les champs, surtout dans les vignobles : il fallait environ 200 kg de varech pour 100 m2 ! L’arrivée des engrais chimiques au cours du XXe siècle fit régresser progressivement cette activité. Toutefois, sur l’île de Ré, le varech est encore récolté pour engraisser les terres sablonneuses servant à la culture de la célèbre pomme de terre primeur. Excellent engrais biologique, il revient avec le développement de l’agriculture bio.


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Sainte-Marie-de-Ré | 167 |

Sainte-Marie-de-Ré Plus qu'un village de campagne…

econnaissable de loin grâce à son superbe clocher gothique de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption (du XIVe siècle), SainteMarie bénéficie de nombreux arguments pour retenir les visiteurs… Pourtant au bord de la mer, la première impression dégagée par SainteMarie-de-Ré est celle d’un village de campagne. C’est ici que s’étaient implantés les magayants, des paysans qui pratiquaient la pêche à pied en piégeant les poissons à marée basse dans des écluses ; après la pêche, ils s’en retournaient cultiver leur lopin de terre. Sainte-Marie-de-Ré est le plus ancien village de l’île, reconnu pour ses vignes, mais aussi pour ses asperges et ses cinq variétés de pommes de terre... qui peuvent prétendre le label « AOC pomme de terre de l'île de Ré » : deux à chair fondante, Alcmaria et Starlette, et trois à chair ferme, Amandine, Charlotte et Roseval. Par ailleurs, ses plages, plus sauvages, attirent davantage les surfeurs en quête de grosses vagues. L'église Notre-Dame-de-l’Assomption Fermant une jolie place bordée par de hautes maisons bourgeoises, l'église Notre-Dame-de-l’Assomption de Sainte-Marie est, avec celle de SaintMartin, la plus ancienne paroisse de l'île de Ré. Elle a été très largement remaniée au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe : élévation des murs, agrandissement du chœur et restauration du clocher. Le décor néo-gothique en pierre calcaire du maître-autel est intéressant malgré la surcharge de fleurons, de pinacles, d'angelots et de clochetons. Belles statues des XVIIe et XVIIIe siècles : un « Saint Évêque » en plâtre polychrome, une « Vierge à l’Enfant » en bois polychrome et une très belle « croix glorieuse » en bois polychrome portant un titulus en latin, grec et hébreu. L'ex-voto accroché au centre de la nef est la maquette d'une corvette de vingt-six canons offerte par l'équipage du Petit Courrier de l'île d'Yeu.

Façades blanches et volets verts sont la recette du charme des villages rétais. Bon pour une escapade à bicyclettes…


La maquette d'un trois-mâts qui daterait de la moitié du XIXe siècle, a été offert par les marins du Petit Courrier de l'île d'Yeu, perdu la nuit du 28 au 29 décembre 1961 sur la côte sud de Sainte-Marie-de-Ré… Le Christ en croix date probablement du XVIIe siècle. La croix en bois polychrome porte un titulus en latin, grec et hébreu.


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Église Notre-Dame-de-l'Assomption | 169 |

L'église Notre-Dame-de-L'Assomption origine et histoire des ex-voto…

'église possède une maquette d'un troismâts carré de guerre dépourvu de voiles. Les flancs de la maquette sont chacun percés de 13 sabords. L'ex-voto, confectionné sur membrures et qui daterait de la moitié du XIXe siècle, a été offert par les marins du Petit Courrier de l'île d'Yeu perdu sur la côte sud de Sainte-Marie-de-Ré, dans la nuit du 28 au 29 décembre 1961, en remerciement de la solidarité apportée par la population.

Une plaque commémorative où sont inscrits les noms des marins sauvés rappelle ce dénouement heureux. Le Petit-Courrier de l'île d'Yeu avait en effet échoué à la Chavèche sur la commune de Sainte-Marie-de-Ré. Une peinture votive sur les murs de l'église montre Saint-Pierre marchant sur les flots, allant à la rencontre du Seigneur.

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pratique de la foi font que ce type d’offrande devienne rare, si ce n’est dans le cas de guérison ou de vœux autres que ceux d’un naufragé ou d'un marin en détresse. De nombreux pays à travers le monde ont leurs propres ex-voto marins que l'on désigne sous les termes de Church Ship dans les pays anglo-saxons ou encore Kirke Skib au Danemark, pays où l'on en recense un grand nombre…

Origine et histoire des ex-voto « Selon le vœu fait » elle est la définition des mots « ex-voto », contraction de l’expression latine ex voto suscepto. L’ex-voto, dont l'origine remonte d'avant les Phéniciens, est le symbole de la foi et de la reconnaissance. Bien souvent il est lié à une fortune de mer (bateau perdu dans la tempête ou dressé sur les rochers) ; il peut aussi être lié à une expédition militaire ou lointaine pour la marine de guerre, un voyage au long cours pour les bâtiments de commerce. Quand le marin se trouvait en danger face aux éléments déchaînés ou lors d’un théâtre d’opérations de guerre, il se vouait alors à la Vierge Marie Notre Dame, en général celle de son village natal. C’est pourquoi, il lui offrait à son retour, en guise de remerciement selon le vœu fait, une réplique de bateau, une peinture, voire une pièce du navire, du gréement ou tout simplement un bout de cordage. C’est ainsi que les chapelles et églises ont hérité d’ex-voto que les marins ou leur famille confectionnaient eux-mêmes ou en passaient commande auprès des artisans quand il s’agissait par exemple de peintures. Cependant, si l'ex-voto offert selon le vœu fait et l'engagement pris (ex-voto suscepto) est le plus courant, il peut aussi être un don afin de solliciter la grâce ou la protection d'un saint ou d'une sainte : il prend dans ce cas l'appellation d'ex-voto propitiatoire. Il pourra également être remis par simple dévotion (ex-voto gratulatoire) ou sans attendre quoi que ce soit en retour : ce sera alors un ex-voto surérogatoire. Les offrandes d’ex-voto marins ont été particulièrement nombreuses entre le XVIIIe siècle et le début du XXe siècle; elles sont désormais devenues épisodiques et liées à des événements particuliers : guerres, tempêtes… Aujourd’hui il n'est pas utopique de penser que la technologie marine tendant à limiter les fortunes de mer et la diminution de la

Source : Ensemble Pastoral de l'île de Ré.

Ci-dessous : Une peinture votive sur les murs montre SaintPierre marchant sur les flots, allant à la rencontre du Seigneur. 


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Les vignes de l'île de Ré des vins blancs, rosés, rouges, mousseux et du cognac…1

es premiers moines installés sur l'île ne s'étaient pas trompés : Ré dotée d'un terroir favorable avec différents types de sols et d'un climat ensoleillé était propice au développement de la vigne. Avec 2 600 heures d'ensoleillement par an, les principaux vignobles de l'île de Ré reçoivent presque autant de lumière que le sud de la France… Ambiance plage dorée, mer calme et brise marine… À vélo, les roses trémières chatouillent les orteils, et le chemin mène tout droit à la plage qui traverse les vignes. L'île de Ré compte 600 hectares de vignes qui produisent 35 à 70 hectolitres par hectare (sauf vignes produisant des vins pour le cognac), soit environ 2 millions de cols2 par an : vins blancs, rosés, rouges, et mousseux. Les visites de chais sont encore trop rares, et l’œnotourisme se limite souvent à la vente à la propriété. Mais si d’aventure, chaussé de vos espadrilles et engoncé dans votre marinière piquée, le coup de pédale vous mène jusqu’à la coopérative des Vignerons de l’île au Bois-Plage, vous pourrez découvrir une gamme de vins plus riche que prévue. Coopérative des Vignerons de l’île Elle est sans aucun doute le fleuron de l'union des coopératives. Vins classiques ou pétillants, mais également cognac et pineau sont élaborés par la Coopérative qui reçoit uniquement les raisins de 70 vignerons et réalise les opérations de pressurage et de vinification. La mise en bouteille s’effectue par gammes, sous la même signature des « Vignerons de l’île de Ré » :

Le Royal. Ce vin blanc, assemblage de colombard, de sauvignon et de chardonnay, se marie à merveille avec les huîtres de l'île de Ré. Primé, plusieurs fois au concours des Vins de Pays Charentais, la production annuelle est d'environ 175 000 bouteilles. Le Rosé des Dunes. Ce rosé, vif et aux nombreux parfums, trouvera son accord avec les plateaux de fruits de mer et les poissons, grillés ou en sauce. Il a été primé cinq fois en dix ans, et sa production atteint 450 000 bouteilles/an.

Ilrhéa. Ce pineau rosé ou blanc est obtenu par mutage en une seule fois de moût de raisin frais (non fermenté) et de cognac. Il vieillit de longues années en fûts de chêne avant d'être mis en bouteilles. Les moûts d'ugni-blanc donnent le pineau blanc ; ceux de merlot rouge, cabernet sauvignon et cabernet franc donnent le pineau rosé. 1) Rencontre avec François Guilbaud, œnologue de la coopérative de l’île de Ré. 2) Col : partie supérieure et cylindrique de la bouteille. Les ventes de bouteilles de vin s'expriment parfois en nombre de cols. Ci-contre : Les vignes et le clocher de Sainte-Marie-de-Ré en automne. Les produits de la Coopérative des Vignerons de l'île…

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Les vignes de l'île de Ré | 171 |


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Les vendanges d'octobre 2010 | 173 |

Les vendanges 2010 Une rencontre avec Monsieur François Guilbaud…

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e vous propose un petit focus sur les dernières vendanges, grâce à monsieur François Guilbaud, œnologue de la coopérative de l’île de Ré : « Les cépages rouges, merlot, cabernet franc et cabernet sauvignon qui ont atteint une bonne maturité au moment des vendanges donneront des vins de qualité : Soif d'Evasion rouge et rosé, Ultimium, Gouverneur, Rosé des Dunes... Quant aux cépages blancs, les fermentations se sont bien déroulées, donnant des sauvignon aromatiques et des chardonnay bien construits ; la récolte d'ugni blanc a donné des vins autour de 10° (degré idéal pour produire des cognacs) dont la distillation commencera en novembre… ».

Ci-contre et  ci-dessus : Vendanges début d'octobre 2010, Sainte-Marie-de-Ré. Si les vendanges à la machine sont largement majoritaires il reste néanmoins quelques vignes vendangées à la main. La vendange manuelle est autorisée et utilisée dans les vignes où les machines ne peuvent pas vendanger, pour cause de terrain non adapté, de rangs trop serrés, les vignes trop veilles, etc. Elles sont réalisées par des « coupeurs » à l'aide de sécateurs, ou épinettes à vendange, qui déposent les grappes coupées dans une petite caisse, un seau ou un panier en osier. Ces derniers seront vidés dans une benne à vendanges sur une remorque de tracteur… 


Les vendanges d'octobre 2010 | 175 |


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Les vignes et le phylloxéra | 177 |

Les vignes et le phylloxéra

Un insecte venu de l’est des États-Unis, le phylloxéra, est à l’origine, au XIXe siècle, de la plus grande catastrophe que connaîtra le vignoble français. L’île de Ré surmonta cette crise grâce à la production des vignes plantées sur le sable et, a contrario du reste de la France, en tira une prospérité qui s’inscrivit dans l’architecture de ses villages…

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n 1863, les vignobles de Pujaut dans le Gard sont attaqués par une maladie desséchant progressivement feuilles et sarments et entraînant la mort du cep : le phylloxéra, nom également donné à l’insecte homoptère ravageur de la vigne. Cinq ans plus tard la maladie avance selon les axes : Provence/Languedoc et Aquitaine. Au début des années 1880, les trois quarts du vignoble français ont disparu. Le phylloxéra apparaît en CharenteMaritime en 1876 et sa présence est constatée dans l’île de Ré le 4 août 1883, c’est-à-dire sept ans plus tard, après avoir détruit le vignoble de l’Aunis1... Une chance inespérée : les terres sablonneuses La chance des habitants de l'île de Ré est que le phylloxéra, qui creuse ses galeries dans la terre n'aime ni les sols sablonneux, ni l’eau. Les vignerons vont réagir rapidement et exploiter les sols sablonneux comme l’explique Louis Papy dans ses Annales de Géographie (1929) : « Les vignes plantées dans les sables résistèrent mieux aux ravages de l’insecte et désormais, les sols sablonneux, dont une partie était inculte, furent consacrés au vignoble ; des terres dont la valeur, avant la crise, ne dépassait pas 0fr02 le m2 trouvèrent vite acquéreur à 2fr et 3fr. » Rappelons qu’en 1880, cette ressource essentielle de l’île couvrait près de 5 000 hectares, soit 60 % de sa surface. Dans les années 1880 à 1885, le vignoble français étant détruit aux trois quarts, on enregistre une demande d’autant plus forte de ces vins blanc et rouge, qui ne sont pas d’une qualité extraordinaire, mais participent à la fabrication des eaux-de-vie. Les vignerons rétais répondent à cette demande grâce aux sols sablonneux, mais aussi à l’emploi de deux cépages particulièrement productifs : Folle blanche et Folle noire. Le Dr Kemmerer note dans L’Insula Rhéa « La récolte de 1886 a été prodigieuse. 40 000 tonneaux de vin ont dû verser dans l’île une pluie d’or de dix à douze millions. (…) Je me découvre devant le phylloxéra, ce missionnaire de Dieu, qui veut que le sol sablonneux

1) Au nord-ouest du département de la Charente-Maritime.

de l’île de Ré qui, en 1865, se vendait deux centimes le mètre, trouve acquéreur aujourd’hui à deux francs ; et que la terre qui valait 5 francs le mètre soit tombée à deux francs. » Une révolution sociale et architecturale Les terres sablonneuses, considérées jusque-là comme de moins bonnes terres prennent de la valeur alors que le prix des terres agricoles chute. On assiste à un transfert de richesse dans la société rétaise, comme le remarque encore le Dr Kemmerer : « Cette révolution économique qui frappe le riche dans ses propriétés salicoles et vinicoles et qui relève l’humble travailleur me fait rêver… ». Léon Gendre, maire de La Flotte-en-Ré remarque, que durant cette période faste pour l’économie, la population de l’île cesse de baisser de 1861 à 1891 et reste stable, aux alentours de 16 000 habitants. Il explique aussi comment vont naître ces maisons qu’il qualifie de « maisons du Phylloxéra ». L’émergence de fortunes locales s’accompagne de la construction de grandes maisons qui vont modifier l’allure du centre des villages en particulier de Saint-Clément-desBaleines, de Sainte-Marie et La Noue, du Bois-Plage, de La Flotte et de Rivedoux. Saint-Martin, ville de magistrats et de négociants, qui possède déjà de beaux bâtiments, n’est pas touchée par le phénomène. Cette maison du vigneron se reconnaît à ses dimensions, à sa façade encadrée de pierres de taille et percée d’une porte d’entrée, en bois parfois sculpté, et à la corniche travaillée soutenant le toit. Elle est flanquée d’un chai auquel on accède par un portail donnant sur la rue ou bien sur l’arrière de la maison. La crise du phylloxéra sera résolue grâce à l’adoption de porte-greffes issus de plants américains. Elle aura ainsi durablement et bénéfiquement marqué l’île de Ré en retardant son déclin économique. Extrait du « Ré à la Hune - Les maisons du phylloxéra » (CB, mai 2013) en collaboration avec François Guilbaud.


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L'Abbaye des Châteliers | 179 |

L'Abbaye des Châteliers Sur la route qui mène au pont, direction Rivedoux, c’est d’abord cette abbaye qui s’impose dans un « paysage entre terre et mer ». Ce vestige raconte l’histoire de La Flotte, mais surtout l’histoire du développement de l’île de Ré...

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ntre petite route et océan, l’abbaye cistercienne Notre-Dame-de-Ré, suscite quand on la découvre, des impressions contrastées entre admiration pour des vestiges monastiques et un peu de déception pour ce lieu désincarné mais bien sauvegardé qui attire de nombreux visiteurs. Une autre vie, en quelque sorte, offerte par l’abbaye à celui qui veut bien s'y laisser accueillir au-delà des apparences. Isaac de l'Étoile Vers 1150, Isaac, un moine cistercien de l’Étoile en Poitou, est envoyé par son supérieur pour fonder une abbaye dans l’île de Ré. Celle-ci n’a pas, à l’époque, la configuration actuelle où trois îles se trouvent réunies en une seule reliée au continent par le pont de Ré. Pour Isaac, l’île est bien « perdue dans l’immensité de l’océan, la dernière de toutes les terres... ». L’abbaye du XIIe siècle, avec peut-être l’aval de saint Bernard de Clairvaux s’implante bien suivant la tradition cistercienne en un lieu isolé et pauvre où les marais y sont à l’aise. L’endroit est aussi stratégique car il domine et contrôle l’anse de La Flotte et de la Prée où accostent les navires. Les moines y sont accueillis comme des envoyés de Dieu par Elbe de Mauléon, seigneur de l’île, qui leur donne le lieu-dit « le Breuil du Châtelier ». L’abbaye, autrefois nommée Notre-Dame des Châteliers est fondée entre 1152 et 1156 sur un schéma classique cistercien. L'Or blanc… les marais salants À cette époque, le sel est une denrée rare et précieuse, un or blanc. Conformes à leur esprit ingénieux et laborieux, les moines vont aménager et développer des marais salants qui font aujourd’hui encore partie des activités et des attraits de l’île de Ré. Les moines y apporteront aussi la moutarde, plante intéressante par ses vertus médicinales et culinaires. Comme tant d’autres abbayes, l’histoire de Notre-Dame-de-Ré fut mouvementée entre confiscation au XVIe siècle, incendies et invasions multiples. Les moines quitteront définitivement l’île en 1623, las sans doute de reconstruire sans cesse leur abbaye. Celle-ci finira, comme bien d’autres malheureusement en carrière de pierres pour les maisons environnantes et pour la construction du fort de la Prée, tout proche. Les ruines vont se dégrader, utilisées encore pendant un certain temps, comme « amer » (signal) pour les bateaux, tels les clochers peints en noir et blanc comme celui d’Ars-en-Ré. 


L'Abbaye des Châteliers | 181 |

Aujourd'hui Classée Monument historique en octobre 1990, ce site exceptionnel a fait l’objet de diverses campagnes de fouilles et de restaurations ; des fouilles récentes ont retrouvé l’emplacement du cloître, du réfectoire, de la salle du chapitre et autres bâtiments abbatiaux dont il ne reste que quelques vestiges. L’abbatiale, la partie la mieux conservée des ruines, à une seule nef, s’ouvre sur un transept et mène à un chœur à chevet plat. L’abbaye a été restaurée en 1997 par le Conseil général de la Charente-Maritime.


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Saint-Martin-de-Ré | 183 |

Saint-Martin-de-Ré

le village le plus important de l’île de Ré. Situé au milieu de la côte nord de l’île, il est entouré par des fortifications classées au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco depuis 2008…

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etite capitale de l'île, Saint-Martin hérite d'un riche patrimoine architectural. Ses hôtels particuliers témoignent de la prospérité des échanges commerciaux sous l'Ancien Régime. L'hôtel de Clerjotte, un bel édifice Renaissance classé Monument historique, abrite aujourd'hui le musée Ernest-Cognacq, consacré à la mémoire rétaise. Promenades & Plage Sur le front de mer, on peut se balader et profiter de la belle vue depuis les différents bastions sur la mer du Pertuis. Entre le port et la Citadelle, le parc de la Barbette offre une belle promenade au milieu d’arbres. La vue depuis celui-ci est magnifique et par temps dégagé on peut même distinguer les grandes plages de sable de la côte vendéenne. Sa seule plage de sable est située à l’est du village à proximité de la Citadelle. Facilement reconnaissable grâce à ses cabanes blanches, elle attire de nombreux estivants tout au long de l’été... L'animation L’animation à Saint-Martin-de-Ré se passe autour de son port qui a une forme originale avec un quartier sur un îlot (ancien quartier des marins). En été, un marché nocturne avec de nombreux artisans anime les quais ou se concentrent de nombreux restaurants. L'âne en culotte Comment parler de Saint-Martin-de-Ré sans évoquer l’âne qui est un véritable emblème pour le village... Solide et rustique, l'âne de Ré est un baudet du Poitou. L’animal a énormément aidé l’homme dans les différents travaux des champs, transport du sel et du varech... Le Rétais l'habillaient parfois de jambières en tissu pour le protéger des moustiques et des ronces, faisant de l'âne en culotte une curiosité locale toujours vivace aujourd'hui. Le long des remparts, on pourra voir ces fameux ânes en culotte qui promènent des enfants. Ci-contre : Un joli port animé. Saint-Martin, c'est aussi un joli port bordé de commerces et de restaurants, un endroit toujours convivial et très animé en saison.


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Saint-Martin-de-Ré - Son enceinte et citadelle | 185 |

Saint-Martin-de-Ré

Son enceinte et sa citadelle, depuis 2008 classées au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco, sont souvent qualifées de plus bel exemple d'un réduit insulaire. C'est le premier système de Vauban adapté à un site de plaine…

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aint-Martin-de-Ré, capitale de l'île a une histoire bien chargée… La bataille navale de Saint-Martin-de-Ré se déroula en 1622 entre la flotte royale commandée par le duc Charles de Guise et la flotte protestante de La Rochelle commandée par son maire Jean Guiton (voir page suivante)…

En 1627, le duc de Buckingham débarque 5 000 soldats et 100 cavaliers, pour appuyer les protestants français et pousser La Rochelle à la prise d’armes. Le siège est mis le 10 juillet. Le fort Saint-Martin, avec à sa tête le comte de Toiras, résiste, notamment grâce à un convoi de vivres de 35 bateaux, le 16 octobre. Un corps spécial de 3 000 hommes, formé par Richelieu et commandé par le maréchal de Schomberg débarque par surprise sur l’île. Le siège est levé, les Anglais laissent mille morts sur le terrain et s’échappent grâce à leur flotte. Le 18 septembre 1627, Buckingham se présente à nouveau devant Saint-Martin, mais il est mitraillé et canonné et ne tente pas le débarquement. Après cette défaite, les Rochelais se soulevent ouvertement contre le pouvoir royal. Le roi de France, Louis XIII ordonne alors le début du siège de La Rochelle sous le commandement du cardinal de Richelieu (plus sur ce sujet sur page 233). Les fortifications et citadelle Les travaux de l'enceinte urbaine et de la citadelle, ordonnés par Vauban, commencent en 1681. La citadelle, défendue contre l'attaque par quatre bastions abrite 1080 soldats et une trentaine d'officiers. En 1696, les 15 et 16 juillet, Saint-Martin-de-Ré est bombardé à nouveau par la flotte anglo-hollandaise. À partir de 1873, la citadelle sert d'étape (bagne de l'île de Ré) pour les condamnés au bagne, envoyés en Nouvelle-Calédonie puis vers la Guyane. Elle est encore de nos jours une prison pour les longues peines. Bien entendu, elle ne se visite pas…  Ci-contre : Plan de la ville et Citadelle de Saint Marin, daté 1719. Conçue dans les moindres détails par Vauban en 1681, cette place forte prend la forme d’un demi-cercle de 1,5 km de rayon. L’enceinte urbaine est conçue pour protéger l’ensemble des insulaires en cas de débarquement ennemi. Elle s’appuie sur une vaste citadelle transformée en prison au XIXe siècle et édifiée sur les ruines d’une forteresse de 1627. (Source : BnF-16481)


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Les batailles navales de Saint-Martin-de-Ré

L’Édit de Nantes en 1598 ne met malheureusement pas totalement fin aux guerres de Religion. En décembre 1620, La Rochelle s’érige en Cité Etat protestante et la guerre reprend…

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armi les très nombreuses actions s’étalant jusqu’à la fin du siège de La Rochelle, deux batailles navales ressortent par leur ampleur. Toutes deux se déroulent dans le triangle : La Pallice / Saint-Martin-de-Ré et L’Aiguillon et affectent donc La Dive provisoirement reconvertie en fortification… La bataille navale du 28 octobre 1622… Cette bataille se déroula au large de l'île de Ré entre la flotte de la Marine royale qui est commandée par le duc Charles de Guise, et la flotte protestante de La Rochelle, commandée par son maire Jean Guiton…

La flotte de la Marine royale, composée de 72 vaisseaux et 14 000 hommes fait mouvement vers le port de La Rochelle. L'armateur et maire de La Rochelle, Jean Guiton appareilla ses 56 navires avec ses 6 000 hommes, afin de parer l'attaque éminente de la Marine royale. La rencontre eut lieu en face de la commune de Saint-Martin-de-Ré. Les combats durèrent plusieurs heures. Mêlée acharnée, environ 2 000 tués et disparus entre les deux camps. Le navire Amiral de Guise, enveloppé de brûlots ennemis est dégagé par deux galères, puis par l’escadre des galions du Levant. Le Galion de Malte (100 canons) doit être remorqué par trois galères pour rétablir de justesse, grâce à son artillerie, la


Les batailles navales de Saint-Martin-de-Ré | 187 |

situation compromise de l’avant garde royale cernée par les protestants. Mais à la fin de la journée, Guiton ayant perdu 6 navires et 1 500 hommes doit se retirer sur Saint-Martin avec le reste de sa flotte très endommagée. Guise, qui n’a pas perdu de navire, fait réoccuper La Dive (prise par les protestants le 10 septembre 1622). Malgré l'avantage des forces de la Marine royale sur celles des protestants, La Rochelle ne fut point prise et Charles de Guise s'en retourna avec ses navires… Ce combat fut suivi de batailles navales plus décisives autour de La Rochelle... mais, le 13 novembre 1622, après de nouveaux combats qui tournent en faveur des catholiques, et l’acceptation par La Rochelle de

La Paix de Montpellier, Guiton se rend. Mais la trêve sera courte… La bataille navale du 15 septembre 1625… Les combats ont repris. Une flotte royale commandée par Henri de Montmorency avec 55 navires, renforcée de 8 navires anglais et 18 hollandais, anéantit la flotte rochelaise, commandée par le prince de Soubise. De nouveau 2 000 tués ou disparus. Pendant cette action, Richelieu fait réoccuper l’île de Ré par un fort contingent terrestre qui va mettre en défense La Prée et Saint-Martin...

Double-page : avant - après… Bataille navale devant l'île de Ré, entre le prince de Soubise et la flotte de Henri de Montmorency, le 15 septembre 1625. (Source : BnF-GED-3358-RES)

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La Flotte et son port | 189 |

Le port de La Flotte Les bateaux traditionnels de pêche...

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a Flotte, les bateaux à voile des pertuis... Les bateaux traditionnels de pêche comme de plaisance construits dans la région peuvent gréer diverses voilures selon qu'ils naviguent dans les pertuis ou au large...

 Ci-contre : Deux sloops ostréicoles...

Le Père Gabriel, MN313046 Sur l’avant-plan, le bateau Père Gabriel, immatriculé à Marennes. Ce bateau est un monument historique qui fait aujourd’hui partie de la Flotte en Pertuis. Il a servi de sloop ostréicole de son lancement en 1949 sous le nom de Mirage jusqu’à sa transformation en voilier de plaisance en 1991. Le gréement du Père Gabriel : longueur 9,4 m, largeur maximale 3,1 m, Mât en 1 seule partie (à pible); Grand-voile à corne et flèche ; un foc, une trinquette ; focs rouges, GV et flèche blancs. Surface de voilure 75 m2. L’Amphitrite, LR311956 Sur l’arrière-plan, l’Amphitrite, un sloop ostréicole en chêne, construit en 1927 sur le chantier naval Bernard à La Tremblade et immatriculé à La Rochelle. C'est un ancien bateau de pêche à gréement aurique avec un bout-dehors. Il porte 4 voiles : une grand-voile, un foc, une trinquette et une flèche. Il est le dernier bateau de travail encore naviguant du chantier Bernard. Actuellement propriété privée, il navigue en plaisance. Il porte le label Bateau d'Intérêt Patrimonial (BIP) de la Fondation du patrimoine maritime et fluvial depuis 2007.


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La Flotte - La petite Sirène | 191 |

La Petite Sirène de La Flotte Féminité, lien entre Terre & Mer…

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ée dans les splendeurs sous-marines, la petite sirène, l'héroïne du conte de l'écrivain danois Hans Christian Andersen rêve d'avoir quinze ans pour connaître le monde des hommes sur Terre. Tombée amoureuse du Prince qu'elle a sauvé au cours d'une tempête, elle absorbe un breuvage magique qui lui donne un corps de femme, mais la prive de sa voix enchanteresse. Le Prince se détourne de cette beauté muette qui se croit alors perdue. Pour retrouver son corps de sirène, elle doit poignarder le Prince, mais elle n'en trouve pas la force. Ainsi la créature d'Andersen abandonne-t-elle son couteau et se jette-t-elle dans la mer, promise à une éternité de douleurs parmi les Filles de l'air... C'est ainsi qu'elle est représentée à Copenhague, seule et triste sur son rocher…


La Couarde-sur-Mer | 193 |

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La Couarde-sur-Mer

Un spot de surf référencé pour les surfeurs du monde entier…

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ous êtes au cœur de l'île de Ré, aux confins de toutes les terres… regardez bien autour de vous. Au sud, derrière les dunes bordées de pins et de tamarins, s'étend une immense plage de sable fin. De la plage des Prises à celle des Folies, c'est une seule et même étendue de sable sur 5 km de long, où toutes les activités balnéaires et nautiques vous sont proposées : voile, kitesurf, jet ski, ski nautique, pêche à pied ou encore le farniente… La plage de La Pergola est, quant à elle, un spot de surf référencé par les surfeurs du monde entier ! Un sentier littoral, aménagé le long de la dune, vous permettra de longer la plage et vous pourrez profiter de la vue imprenable sur le pertuis d'Antioche…


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La fosse de Loix - Moulin à marée | 195 |

La fosse de Loix

Au cœur des Marais Salants encore en exploitation…

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e village se trouve au cœur des Marais Salants encore en exploitation. Au début XIXe, la production de sel était très importante et le port de Loix s'est développé accueillant les bateaux qui y faisaient escale pour charger le précieux or blanc. Autour de la place du port, tous les édifices étaient liés au commerce du sel : le pont bascule qui permettait la pesée des charrettes au centre (on en aperçoit encore les traces), les résidences des douaniers et surtout l’usine à sel, grand bâtiment clos avec sa très haute cheminée. Aujourd'hui De par sa situation particulière, grâce à son isolement, le village a su préserver un caractère authentique. La vie du village s’anime autour d’un marché sur la place de l’église Sainte-Catherine au clocher carré, d’où partent des entrelacs de ruelles étroites où sont blotties des maisons au charme indéfinissable. Le dernier moulin à marée Au bout du port, on aperçoit le dernier moulin à marée actionné, lorsqu'il était en service, par le mouvement des marées : à marée haute, on pouvait moudre le grain ; à marée basse, on lavait le sel. La force du courant de l'eau de mer lors des marées sert de force motrice dans les deux sens (marée montante et marée basse). Ce moulin, devenu propriété privée, sert encore aujourd’hui, grâce au courant qui peut être créé à marée basse avec la réserve d'eau dans les terres, au nettoyage du chenal d’accès au port…

Ci-dessus : Le chaland ostréicole Le Libertin dans le petit port de Loix. Ce type de bateau en bois qui date des années 1960, n'est plus utilisé aujourd'hui pour l'ostréiculture. (son immatriculation : MN 313041) 

Ci-contre : La fosse de Loix, à découvrir en deux-roues. Le passage sur le petit pont de bois qui borde le moulin à marée. Je vous conseille par marée haute de prendre le passage 'haut' pour éviter d'avoir les pieds mouillés… 


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La récolte est l'aboutissement d'un long travail préparatoire et s'étend de fin juin à début septembre ; le saunier doit alors être disponible pour veiller à la bonne marche de ses aires saunantes...


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Marais salant - Loix | 197 |

Marais salant - Loix

Depuis 1996, l'écomusée du Marais Salant à Loix vous propose cette visite guidée… près une visite de l'exposition qui retrace l'histoire des marais et illustre la technique de production, le médiateur explique autour d'une maquette le fonctionnement du marais salant puis vous emmène sur le site. Vous y découvrirez, suivant la saison, la préparation du marais, la récolte du sel, mais aussi la flore et la faune spécifique des marais rétais. Suivons le guide… Un délicat circuit d'eau de mer Un marais salant est un long circuit sur terrain imperméable où l’eau de mer (contenant 33 gr de sel par litre) s’évapore naturellement jusqu’à la cristallisation du sel. Il est composé de plusieurs pièces de forme géométrique, qui descendent par paliers successifs jusqu’au champ de marais où se récolte la sau (voir schéma). Lors des grandes marées, l’eau de mer pénètre dans le premier bassin du marais : le vasais, un bassin de 60 cm à 1 mètre de profondeur. Son but est de stocker l’eau pour « nourrir » le marais salant entre deux grandes marées, mais c’est aussi un bassin de décantation pour la vase, il retient également les autres éléments indésirables : algues, coquillages, crevettes, poissons etc… Grâce à la légère dénivellation entre les bassins, l’eau passe dans la métière où débute vraiment le circuit d’évaporation.

L’eau poursuit son long cheminement dans les tables courantes où de petites levées en argile, les veltes, permettent de rallonger le circuit. Arrivé dans la dernière partie du marais, appelée champs de marais, la concentration en sel est environ trois fois plus forte qu’à l’entrée du vasais. Elle circule alors dans le mort et les tables qui entourent les champs de marais avant de séjourner dans les muants. L’eau des muants est canalisée par les brassious qui alimentent les nourrices. Celles-ci constituent les dernières surfaces de chauffe avant les aires saunantes, ultimes bassins du marais où le sel cristallise, l’eau étant arrivée à saturation. La récolte du sel La récolte est l'aboutissement d'un long travail préparatoire et s'étend de fin juin à début septembre ; le saunier doit alors être disponible pour veiller à la bonne marche de ses aires saunantes. Le saunier1 travaille avec le simoussi qui lui sert à ramener sur le chemin de sel, le sel recueilli sur le fond des aires ; il le met en tas pour que la récolte s'égoutte pendant la nuit ; ce n'est que le lendemain qu'il viendra libérer la saline. Quand il a récolté une aire saunante, le saunier repousse les restes de sel en formation, on voit ici l'utilité de la partie extérieure biseautée du simoussi qui permet un meilleur glissement

sur le fond. Quand il a tiré le sel, le saunier conserve la saumure restante, appelée eau mère. Il la fait pénétrer dans une nouvelle saumure où elle se mélangera pour donner une nouvelle récolte et ainsi de suite. La récolte journalière d'une aire saunante varie de 15 à 25 kg suivant la surface de celleci (environ 25m2), la saison, la température et la technique du saunier. L’ensoleillement exceptionnel des Charentes et la ventilation estivale avec alternance des vents de mer et de terre permettent des rendements particulièrement élevés. L'origine des marais de l'île de Ré Les marais ont été créés dans les zones gagnées sur la mer. L'ensemble de la zone marécageuse de l'île de Ré se situe au nord, autour du Fier d'Ars et de la Fosse de Loix. C'est avec l'arrivée des moines vendéens sur l'île, au XIIe siècle, que commença l'exploitation des marais salants. C'est cependant au XVe siècle que la saliculture2 s'est réellement développée. Au XIXe siècle on comptait 1 550 hectares de marais salants, qui occupaient 20 % de la surface de l'île, et environ 300 sauniers. Ils sont aujourd'hui moins d'une centaine pour 460 hectares toujours utilisés pour la production de sel marin. D'autres parties du marais sont dédiées à l'ostréiculture et l'aquaculture3.

© Écomusée du Marais Salant

1) Saunier : paysan qui s'occupe des marais salants et de la récolte du sel. 2) Saliculture : production de sel alimentaire par cristallisation du sel contenu dans l'eau de mer, sous l'effet de l'évaporation. 3) Aquaculture : activité de production animale ou végétale en milieu aquatique. Source : Écomusée du Marais Salant.


Marais salant - Loix | 199 |

Le saunier récolte tous les deux jours le gros sel en raclant avec le simoussi la couche qui se forme dans l'eau sur le fond. Il peut parfois cueillir la fleur de sel (dont les cristaux forment une légère pellicule à la surface de l'eau) en fin de journée, lorsque l'évaporation a été particulièrement soutenue...


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Réserve naturelle de Lilleau des Niges | 201 |

Lilleau des Niges

Réserve naturelle : des oiseaux, des poissons et des plantes. Chacun d’eux constitue le maillon indispensable à la biodiversité de la Réserve…

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e territoire de la Réserve naturelle a été conquis sur la mer entre le XVIe et le XIXe siècle pour la création de marais salants. Après avoir connu son apogée sur l’île de Ré au XVIIIe siècle, la saliculture régresse progressivement. La mer reprend alors plusieurs marais suite à des tempêtes et un manque d’entretien des digues. Le dernier marais salant sur l’actuel territoire de la Réserve a été exploité jusqu’en 1976. Patrimoine naturel De par leur situation géographique privilégiée sur la grande voie atlantique de migration, la Réserve naturelle et l’île de Ré dans son ensemble jouent un rôle majeur pour l’accueil des oiseaux d’eau. Sur les 323 espèces d’oiseaux observées sur l’île, 227 ont été notées dans la Réserve. Au printemps, les marais de la Réserve accueillent des espèces peu communes en France : tadorne de Belon, avocette élégante, échasse blanche, sterne pierregarin, busard des roseaux, gorgebleue à miroir. D'octobre à mars, environ 80 % des oiseaux d’eau (bernache cravant, canards, petits échassiers de rivage) présents sur l’île trouvent refuge dans la Réserve le temps de la marée haute. Le complexe Réserve naturelle / Fier d’Ars s’intègre dans un ensemble d’espaces naturels protégés en Charente-Maritime et plus généralement sur la façade atlantique française. Pour toutes ces raisons, le Fier et les marais adjacents ont obtenu en 2003 une reconnaissance internationale avec l’attribution du label Ramsar, qui récompense l'ensemble des réalisations pour la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides. Des plantes, des poissons De par leur nombre et leur diversité, les oiseaux constituent le principal attrait de la Réserve naturelle. Mais ils ne sont pas seuls : des poissons, des mollusques, des crustacés, des vers ou des végétaux sont également présents. Chacun d’eux constitue le maillon indispensable à la biodiversité de la Réserve et de l’île de Ré. Aujourd'hui 168 espèces de plantes et 12 espèces de poissons ont été répertoriées, d’autres inventaires sont en cours ou en projet.


Gérée par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) sur l’île de Ré, la Réserve naturelle nationale de Lilleau des Niges accueille chaque année des milliers d’oiseaux migrateurs ou sédentaires. Et à deux pas de la Réserve, La Maison du Fier aux Portes-en-Ré accueille son public…


RĂŠserve naturelle de Lilleau des Niges | 203 |


   


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Lilleau des Niges Des oiseaux par milliers…

es marais et les vasières de la Réserve et de l’île de Ré sont situés sur l’une des principales voies de migration d’Europe, drainant des populations importantes d’oiseaux. Trait d’union indispensable entre l’Arctique et l’Afrique, l’île de Ré a déjà permis l’observation de près de 330 espèces (soit près de la moitié des oiseaux d’Europe). Et en toutes saisons Au printemps, les marais de la Réserve naturelle accueillent des colonies d’espèces vulnérables comme l’avocette élégante, l’échasse blanche, le chevalier gambette ou la sterne pierregarin. Emblème de la Réserve, le tadorne de Belon est omniprésent, de même que la gorgebleue à miroir. En hiver, le Fier d’Ars figure parmi les dix principaux sites français pour l’accueil des oiseaux d’eau (50 000 environ). Durant leur migration (printemps et automne), des centaines de milliers d’oiseaux font escale sur les riches vasières de la Réserve pour se reposer et se nourrir avant de reprendre leur long voyage. ◀ Ci-contre :  Échasse blanche Avec son plumage noir et blanc et ses interminables pattes rouges, l’échasse ressemble un peu à une cigogne miniature. Elle niche au sol et s’établit en petites colonies sur les diguettes des marais salants. Migratrice, l’échasse passe l’hiver en Afrique tropicale.  Goéland argenté Souvent confondu avec la mouette, le goéland argenté s’en distingue notamment par sa taille plus importante. Son régime alimentaire est très varié : poissons, mollusques, crustacés, mais aussi œufs et poussins d’avocette, d’échasse ou de tadorne… Les goélands immatures sont gris-bruns. Ils mettent quatre ans avant d’arborer le plumage adulte. Outre le goéland argenté, trois autres espèces se reproduisent dans la Réserve. Il s’agit des goélands bruns, marins et leucophée.  Héron cendré Avec son « long cou emmanché d’un long bec », le héron cendré est le plus grand oiseau des marais (un mètre de haut pour 1,80 m d’envergure) après le cygne tuberculé. Il fait son nid dans de grands arbres des forêts voisines et s’alimente dans la Réserve. Le héron se nourrit de poissons, mais aussi de petits rongeurs (notamment en hiver).  Sterne pierregarin Petite cousine de la mouette, la sterne est surnommée « hirondelle de mer ». Elle se nourrit de poissons qu’elle capture en plongeant après un vol stationnaire à quelques mètres de haut. Elle niche en colonie, souvent en compagnie des échasses et des avocettes. Grande migratrice, elle passe l’hiver en Afrique.

Réserve naturelle de Lilleau des Niges | 205 |


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Ars-en-Ré | 207 |

Ars-en-Ré

Petites ruelles étroites fleuries, maisons anciennes blanchies et église au portail roman à demi enterré mais surtout caractérisée par son clocher blanc à la pointe noire qui sert d’amer aux marins… l’origine, Ars était une île nommée Ars-Saint-Clément qui comptait parmi ses voisines, Loix et Ré. Le temps et la nature ont permis à cet archipel antique de réunir ces îlots pour former la belle île de Ré. Ars est devenue Ars-en-Ré, et le petit port de commerce, d'où s'acheminait jadis le sel pour le continent, est devenu un port de plaisance prisé des estivants. L’église Saint-Étienne d’Ars est l’une des églises les plus anciennes de Ré. Sa construction débuta au XIe siècle et fut achevée au XVe siècle. À la croisée des styles, elle fut romane puis gothique. La flèche  Ci-contre : La Maison du Sénéchal, située rue des Tourelles, est une demeure unique en son genre dans l’île. Elle doit son nom à son premier propriétaire connu - Etienne Buffechou, décédé 1647 – sieur du Fief, Sénéchal et juge ordinaire des seigneuries d’Ars et Loix. C’est un logis à échauguettes inscrit depuis 1925 à l’inventaire des Monuments historiques.

noire et blanche de son clocher sert encore aujourd’hui d’amer aux navigateurs, mais elle enferme surtout, les trois sœurs Françoise, Marie-Victoire et Louise, cloches chanterelles du culte. Riche d’un ensemble architectural typique, de son ouverture sur la mer et de son dynamisme touristique, Ars a intégré en 2011 le réseau « Villages de pierres et d’eau ». Véritable label, cette appellation accordée à seulement treize villages de Charente-Maritime témoigne de l’authenticité et de la singularité de cette station balnéaire naturellement comblée. Ci-dessous : Façade de l'hôtel Le Sénéchal, un petit hôtel de charme, 3 étoiles, à deux pas de la place du village…


Marché d'Ars-en-Ré | 209 |

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étais ou non, la vie sur l’île ne serait pas pareille si les marchés n’existaient pas. Chaque village abrite un marché particulier. Celui de La Flotte, d’inspiration médiévale, est installé dans des halles pavées et à demi-couvertes, celui d’Ars-en-Ré, sur la place de l'église (voir photo) est le plus couru, celui du BoisPlage le plus important, celui de La Couarde le plus familial, celui de Loix le plus intime… Sur chaque marché, l’atmosphère est différente et reflète l’âme du village. Et c’est en s'y attardant qu’on peut l’apprécier…


Ars-en-Ré - l'Église Saint-Etienne | 211 |

Ci-contre : 

Pour servir de balise aux vaisseaux du Roy…

L'église Saint-Étienne a pour particularité d'avoir un clocher d'une hauteur de 42 mètres, peint en blanc et noir, servant d'amer pour les navires croisant au large. Et ce depuis plus de trois siècles... En 1697, l'évêque de La Rochelle a sollicité la Cour pour obtenir les fonds nécessaires à la renovation de la Tour afin de lui donner sa fonction d'amer. C'est ainsi qu'elle fut peinte en noir et blanc…

Ci-contre :

Le sauvetage d'un navire dans la tempête, signé « J.Begaud - Ars le 6 mai 1877 - île de Ré ». Cette huile sur toile, réalisée par le peintre rétois est exposée dans la chapelle des marins de l'église Saint-Étienne. La scène montre deux navires dans la tempête. Le trois-mâts goélette britannique Lucile vient au secours d'un lougre (petit chasse-marée) français. Ce dernier est en piteux état : voiles en lambeaux, vergues abattues, haubans cassés, misaine affalée et pavillon national en berne. Le trois-mâts a pour sa part réduit sa toile et certaines de ses voiles sont déchirées. Les archives paroissiales de l'époque mentionnent cet événement de mer en indiquant que « le sieur Aufredy Bernard disparaît au large des côtes anglaises. Au moment de sombrer il est sauvé par un navire anglais ». Le tableau a donc été exécuté suite à ce drame évité. Une statue du curé d'Ars trône dans l'église ; or Jean-Marie Vianney n'est nullement né sur l'île mais est originaire de la région lyonnaise. À l'intérieur de l'église, une chapelle nommée « Chapelle des marins » leur est dédiée…


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Phare des Baleines | 213 |

Phare des Baleines Autrefois nommé « Tour des Baleines »…

e premier phare des Baleines, de portée trop limitée, n'étant plus suffisamment efficace, on décida la construction d'une tour beaucoup plus haute, soit à proximité de la Vieille tour, ou en mer, sur la pointe rocheuse des Baleines. Le grand phare des Baleines a été construit dans le cadre du grand programme de 1825 établi par le Service des Phares et Balises sous l'impulsion de Léonce Reynaud. Ce programme prévoyait, entre autres, la construction de grands phares d'atterrissage qui permettraient à tous les marins abordant les côtes françaises de voir une lumière. Dès 1849, on commença simultanément la construction du grand phare actuel et celle d'un phare de troisième ordre en mer, le phare du Haut Banc du Nord, appelé aussi phare des Baleineaux. Allumé en 1854, le phare des Baleines a fonctionné au pétrole jusqu'en 1882. Doté d'une centrale de production d'énergie électrique à vapeur vers 1904, il a, enfin été raccordé au réseau électrique après la seconde guerre mondiale. Le grand phare des Baleines est un phare de premier ordre, dit aussi phare d'atterrissage. Il est équipé d'optiques de Fresnel, toujours en service, dont la taille et les deux lampes halogènes de 500 Watt, donnent au phare une portée de 21 milles. Le bâtiment est une tour octogonale en pierres apparentes (calcaire de Crazannes, de Saint-Vaize et du Douhet). Le soubassement a été réalisé en granit bleu de Kersanton. École des gardiens de phares Les premiers bâtiments de l'ancienne école des gardiens de phares ont été construits au XVIIe siècle, au pied de la Vieille Tour des Baleines pour stocker les combustibles utilisés pour le feu. Les locaux ont été agrandis au XIXe siècle. Ils servaient alors de remise et d'habitation pour les gardiens et leurs familles. L'école de formation des gardiens de phares a été créée et installée dans ces bâtiments après la seconde guerre mondiale, en 1949. C'est à cette époque que la plupart des phares ont été reliés au réseau électrique. Il a fallu former les hommes afin qu'ils s'adaptent à ces nouvelles méthodes de travail. L'école a accueilli non seulement des hommes originaires de France métropolitaine, mais également d’Outre-Mer et des colonies françaises (Saint-Pierre-etMiquelon, Algérie, etc.). Elle a été en activité jusqu'en 1970.

 Ci-contre : Avec les 250 marches de l’escalier hélicoïdal, le phare des Baleines s'élève à la pointe occidentale de l'île de Ré…


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Phare des Baleines

Phare des Baleines | 215 |

Des nombreuses baleines et bateaux échoués sur ses côtes... a naissance du phare des Baleines… La pointe nord de l'île de Ré porte la trace de l'histoire des nombreux échouages dont elle a été la cause et le témoin. Des baleines échouées sur ses côtes, elle porte le nom : Pointe des Baleines. De deux navires échoués sur ses rochers au milieu du XVIIe siècle est née la résolution d'y construire un phare pour signaler le danger qu'elle représente pour les marins qui s'en approchent d'un peu trop près. À ce phare, on a donné le nom de son histoire : Le Phare des Baleines.

L'histoire de l'âne qui tangue Au Moyen Âge, les débris des navires naufragés appartenaient au seigneur des côtes sur lesquelles ils échouaient. On appelait ça le droit de bris. Cette tradition fut reprise pendant de longs siècles par les paysans des côtes atlantiques. Dans le Finistère, les

habitants des côtes priaient régulièrement pour voir des naufrages en abondance. Ils remerciaient la Vierge pour leur avoir fait don d'un pillage fructueux. Parfois on forçait la providence en attirant les navires par des feux trompeurs. En Bretagne on suspendait une lanterne entre les deux cornes d'une vache. La démarche de la bête, entravée par une corde attachée à ses jambes, faisait osciller la lumière qui pouvait ainsi passer pour une bouée ballottée par les flots. Sur les côtes de Saintonge et de l'île de Ré, on attachait la lanterne au cou d'un âne. Cette tradition de pillage a donné son nom à une expression populaire : Faire tanguer l'âne. Les matelots qui arrivaient sur les plages étaient dépouillés de leurs biens puis tués. On dit que de nombreux marins du pays périrent sur leurs côtes et que des mères, qui avaient fait tanguer l'âne, virent les cadavres de leurs fils rejetés par les flots.

Ci-contre :  Trait de dévouement du capitaine Desse, de Bordeaux, envers le Colombus, navire hollandais.(Théodore Gudin, 1829 Musée des Beaux-Arts de Bordeaux). « Le brick la Julia, capitaine Desse, du Port de Bordeaux, se rendant à Bourbon, rencontra le 13 Juillet 1822 le navire hollandais le Colombus, expédié de Batavia pour Amsterdam, ayant à bord un corps de troupes et un équipage nombreux. Ce navire avait été assailli sur le banc des Aiguilles par une violente tempête qui lui avait enlevé son grand mât, l'artimon, le beaupré, brisé son gouvernail et sa pompe. Ainsi désemparé, entr'ouvert, il roulait au milieu d'une mer furieuse, et l'équipage n'attendait plus que la mort, lorsqu'une voile parut à l'horizon, se dirigeant de son côté. La vue du pavillon français lui rendit l'espérance. Cependant, le danger était à son comble : des montagnes d'eau déferlaient entre le brick et le Colombus et menaçaient à tout instant d'engloutir victimes et libérateurs. Le plus intrépides, effrayés de voir disparaître à plusieurs reprises le brick sous le poids des lames qui se précipitaient sur lui, et craignant que, forcé de pourvoir enfin à sa propre conservation, il ne s'éloignât d'eux, faisaient retentir l'air des plus ardentes supplications lorsque du sein du brick sur lequel s'abattait alors un terrible coup de mer partit ce cri généreux : je ne vous abandonnerai pas, et ce cri fut répété avec la même énergie toutes les fois que le danger paraissait redoubler… » Source : Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.  Ci-contre : Carte Marine Atlantique et phare des Baleines. La carte marine représente les éléments indispensables à la navigation maritime aujourd'hui. En adéquation avec la signalisation maritime, elle permet de se situer et de se diriger. Elle indique essentiellement les sondes et les isobathes (profondeur de l'eau), les dangers (récifs, hauts-fonds, épaves, munitions immergées), la réglementation maritime, la signalisation maritime (phares, balises, bouées) et les amers. Les cartes marines officielles sont publiées par les services hydrographiques officiels des États côtiers ; elles engagent la responsabilité de l'État en cas d'erreur. Source : Musée des Baleines.


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Musée de la mer | 217 |

Musée de la mer Le Musée de la Mer vend ses collections…

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’il y a une bâtisse charmante au bout de l’île de Ré, c’est bien celle du Musée de la mer, située au pied du phare des Baleines. Le lieu a été fermé il y a environ cinq ans, après la mort de sa propriétaire, une dame âgée, toujours accueillante et avenante. MariePaule Durand était intarissable d’anecdotes sur chaque objet exposé dans ce musée privé, qui était en son temps ouvert d’avril à novembre. Le vendredi 16 mai 2014, le contenu du musée (141 lots, des objets usuels rétais, mais aussi des témoignages de voyages) a été mis aux enchères à La Rochelle. Parmi les objets qui ont été dispersés ce jour-là : figures de proue, maquettes de bateaux en tous genres, dont la très belle pièce d'une maquette de frégate du XVIIIe siècle, réalisée par Gustave Massé alors Maître du Phare des Baleines, qui faisait l’orgueil de madame Durand. Mais aussi des octants, des compas de navigation, des lanternes, des tableaux, des objets d’Extrême-Orient et d’Afrique, des dagues de chasse, des armes de parade, des lots de coquillages et de carcasses de crustacés, celle d’un homard de grande taille trouvé sur l’île de Ré (quand on avait la chance encore d’en pêcher), des poissons, des reptiles et des poissons naturalisés, des fossiles, un herbier d’espèces marines, et j’en passe bien sûr… Il y avait même des pierres et des cendres provenant de l’éruption du Mont Pelée en Martinique (le 2 mai 1902), conservés dans une éprouvette avec étiquette de certification, et un boulet de canon trouvé sur une plage de l’île de Ré qui fera peut-être le bonheur d’un collectionneur. Une vente à l’image de ce musée hétéroclite, singulier et intéressant… Le musée avait été créé en 1926 par le docteur Gorce, alors médecin au pénitencier de Saint-Martin-de-Ré et père de madame Durand. Source : « Notre île de Ré - Chroniques ordinaires des petits moments de la vie rétaise » - mai 2014 - Maryline Bompard.

 Ci-contre : le 19 mai 2008… Madame Marie-Paule Durand pose dans son musée devant mon appareil photo à côté de la maquette de frégate du XVIIIe siècle, réalisée par Gustave Massé alors Maître du Phare des Baleines, qui faisait l’orgueil de madame Durand.


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Musée de la mer | 219 |

Musée de la mer

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » disait le poète Alphonse de Lamartine…

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ne page qui se tourne : Le 16 mai 2014 à la salle de ventes de la Rochelle, a eu lieu la vente aux enchères des collections du Musée de la mer de Saint Clément des Baleines- île de Ré. Divers objets et curiosités (141 lots) sont mis à prix entre 10 € et 15 000 €…


Les blockhaus | 221 |

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Les Blockhaus Vestiges de l’histoire…

I

l est parfois étrange, en se promenant sur l’île de Ré de tomber nez à nez avec des vestiges de l’histoire et notamment des Bunkers, héritage de la seconde guerre mondiale. L’île d’Oléron et l’île de Ré furent occupées par les Allemands dès 1940, et comme l’explique le Guide Touristique d'Oléron, elles furent considérées par les Allemands comme des positions stratégiques et fortifiées dans ce sens. Chaque année la mer grignote la terre et, pendant que les dunes disparaissent, les blockhaus font leur apparition sur les plages et seront bientôt engloutis à leur tour... Il faut se souvenir qu'à l'origine, le Mur de l'Atlantique n'était pas visible de la mer. Les blockhaus étaient dans la dune, bien en retrait de la plage. Le débarquement du 30 avril 1945 Anecdote marquante de l'histoire de l'île de Ré et Oléron, et pas des moindres : le débarquement du 30 avril 1945. Loin de connaître la même médiatisation et reconnaissance que celui du 6 juin 1944, le débarquement, qui s'effectua sur les deux îles reste quand même dans la mémoire… « À huit jours de la capitulation, l'île d'Oléron, Ré et La Rochelle sont encore aux mains des Allemands, les îles protégeant la base sous-marine allemande établie à La Rochelle. Le pays est quasiment libre mais les poches de l'Atlantique, comme on les appelle à l'époque, persistent. Des soldats sont alors envoyés sur Oléron et Ré pour les libérer, ce fameux 30 avril… »

Opération réussie. Deux jours de combats à peine et les quelque 2 000 soldats allemands sont aux mains de Français. Une date qui reste symbolique et le courage des soldats est encore célébré chaque année.

◀ Ci-contre :

Blockhaus sur la plage de la Conche des Baleines. La Conche des Baleines s'étire sur près de 3 km entre le phare des Baleines et la pointe du Lizay. Cette longue plage est depuis toujours menacée par les assauts de la mer pendant les tempêtes hivernales. La construction d'une jetée devrait ralentir cette érosion. Le blockhaus sur la photo date de la dernière guerre et était implanté au sommet des dunes. À cause de la corrosion, il se trouve aujourd'hui sur la plage et sera bientôt dans l'eau…


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ue imprenable sur le Vieux-Port de la Rochelle, la nuit à marée basse… Les deux tours de la sortie du port sont aussi des points de départ pour des promenades : À bâbord, la tour Saint-Nicolas, un donjon massif et plutôt austère, À tribord, la tour de la Chaîne, la plus petite tour qui servait de point d'attache à la chaîne qui barrait l'accès du port. La tour de la Lanterne, qui se distingue des deux autres tours car elle est surmontée d'une belle flèche gothique (à droite sur la photo), vient compléter ce magnifique tableau des tours de La Rochelle. Je vous souhaite bon vent !


La Rochelle - Le Vieux-Port | 223 |


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Entrée du Vieux-Port de La Rochelle

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es deux tours médiévales, la tour de la Chaîne (la ronde) et la tour Saint-Nicolas (la plus haute) qui gardent l'entrée du port sont les symboles de la ville de La Rochelle, mais il ne faut pas oublier la tour de la Lanterne, surmontée d’une flèche, située à quelques centaines de mètres à gauche, qui vient compléter le magnifique tableau des trois tours de La Rochelle.

du Daugnon fortifia les tours contre les troupes royales, avant de partir rejoindre Condé à Bordeaux. Mais le lieutenant de Besse, commandant de la garnison de la tour Saint-Nicolas, trahi par ses propres soldats y trouva la mort en se jetant du haut du parapet. La tour a servi de dépôt d’armes et de prison, des pasteurs y furent enfermés en 1682, dont le poitevin Jean Migault en 1686… »

La tour Saint-Nicolas La tour Saint-Nicolas, remonterait au XIVe siècle et constituait l’une des extrémités de la fortification qui ceinturait la ville. Elle avait pour double fonction d’assurer la défense de la passe et, de servir de point d’attache à la chaîne que l’on tendait depuis l’autre rive afin d’interdire l’accès au port. Le panneau Histoire de la Cité à l’entrée de la tour nous indique quelques épisodes qui ont marqué l'histoire de la tour : « Construite avant 1345, la tour formait autrefois une forteresse isolée, rattachée à la terre par la muraille du Gabut. Pendant la fronde, le conte

Cette tour, dédiée à Saint-Nicolas - patron des gens de la mer, a été classée Monument historique en 1879 et a fait l'objet d'importantes restaurations à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. La tour de la Chaîne La plus petite des deux tours du Vieux-Port de La Rochelle date de la fin du XIVe siècle et comme son nom nous l’indique, elle servait d'attache à la chaîne qui barrait l'accès du port. Aujourd’hui haute de 24 mètres, mais les historiens nous rapportent qu’à l’origine, elle mesurait 34 mètres et qu’en 1651 pendant la Fronde,


La Rochelle - Entrée du Vieux-Port | 225 |

La Rochelle, ville maritime, ville d'histoire, un lien entre Terre & Mer… l’explosion d’un dépôt de poudre détruisit la partie supérieure. La tour de la Chaîne a fait l’objet d’une restauration à la fin du XIXe siècle. On voit encore, à son pied, sur la petite place de la Chaîne, la dernière chaîne qui servait à fermer le port chaque soir et qui a été conservée. La tour de la Lanterne Elle se distingue des autres tours car elle est surmontée d’une belle flèche gothique octogonale de 30 mètres qui lui confère une hauteur totale de 60 mètres. Elle est également connue sous le nom de Tour des Quatre Sergents. L’affaire des quatre sergents de La Rochelle est un événement du XIXe siècle. Louis XVIII y fit emprisonner et guillotiner des sergents accusés de conspiration, en 1822. Édifiée au XVe siècle, entre 1445 et 1476, elle fut longtemps un phare avant d’être utilisée comme prison à partir du XVIe siècle. Les marins emprisonnés sont les auteurs des nombreux graffiti inscrits sur les murs...

Rue-sur-les-Murs On rejoint la tour de la Lanterne par la belle promenade constituée par la Rue-sur-les-Murs qui surplombe l’esplanade Saint-Jean-d’Acre. C’est le moment de se souvenir que le chemin de ronde sur lequel a été construite cette rue a été élevé de 1352 à 1387. Reliant la tour de la Chaîne à la tour de la Lanterne et à la porte des Deux-Moulin, il était battu par la mer. Sur le terre-plein gagné sur la mer furent implantés des chantiers de construction navale avant l'actuel parc de stationnement de l'Esplanade Saint-Jean-d'Acre. C’est aussi le moment de se souvenir de la prise de La Rochelle par Louis XIII et Richelieu en 1628 après un siège de plus d’un an et du blocage du port par une digue. Les fortifications sont alors rasées, à l’exception de la partie côté mer, ce qui nous permet aujourd’hui de nous promener sur le rempart entre la tour de la Chaîne et la tour de la Lanterne.


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La Rochelle - Le Vieux-Port | 227 |

Le Vieux-Port Vestiges de l’histoire…

a ville maritime de La Rochelle bénéficie d’un site naturel privilégié protégé par les îles de Ré et d’Oléron. Les pertuis, sorte de mers intérieures, sont propices au transport maritime, à la pêche et à la plaisance. L’histoire de La Rochelle Au Moyen Âge, ce n'était qu'un village de pêcheurs au milieu des marais. Les historiens pensent qu'Aliénor d’Aquitaine et Henri II seraient à l’origine de l’aménagement en 1190 d’un nouveau port, le Vieux-Port que nous connaissons aujourd'hui. On retrouve la marque d’Aliénor d’Aquitaine et des Plantagenêts avec les franchises qu'ils ont accordées à la ville de La Rochelle et une charte de commune confirmée en 1199. La Rochelle profitera de son statut pour développer ses activités économiques et deviendra du XIIIe au XVe siècle le grand port de la façade atlantique avec notamment l’exportation du vin d’Aunis. On imagine l’évolution du Vieux-Port depuis la fin du XIIe siècle, avec son bassin à flot, le bassin des grands yachts, ancien bassin des chalutiers, le port de plaisance des Minimes, le port de pêche de Chefde-Baie, et enfin le port de commerce et d’escales de croisières de La Pallice.

Une date historique pour le vieux port de La Rochelle Un véritable tsunami s'est abattu sur le port de La Rochelle, le 6 septembre 1785. L'événement a été relaté dans les Ephémérides historiques de La Rochelle (1861) : « Un Raz de marée comme aucun marin ne se rappelle en avoir vu… Tout à coup la mer monta de dix-huit pouces et refluait avec tant de violence qu'elle a couvert les jetées de l'avant-port qui étaient à plus de huit pieds au-dessus du niveau de la pleine mer. Ce n'était point des vagues, c'était un soulèvement de la mer ; car toute la surface paraissait être à cette hauteur. Elle auroit passé par-dessus les quais si l'entrée rétrécie des deux tours ne s'y était opposée. Mais il y avait entre les tours un courant égal à celui d'une écluse ouverte ce qui a occasionné un ressac si considérable que tous les bâtiments qui étaient dans le port ont cassé leurs amarres. Cinq minutes après la mer a baissé avec autant de rapidité qu'elle avoit monté. Elle grondait dehors avec un bruit considérable. Les vents est-sud-ouest soufflaient avec assez de force mais sans être trop violents ». Il y a eu deux autres véritables tsunamis à La Rochelle, le 9 juin 1875 et le 22 avril 1882… Ci-contre : La lanterne rouge La lanterne rouge constitue le feu antérieur de l’alignement du vieux port dans l'axe du chenal pour entrer dans le Vieux-Port. Il a été allumé le 1er novembre 1852 sur une tourelle cylindrique en maçonnerie de 13,50 mètres de hauteur. Le feu précédemment allumé sur la tour de la Lanterne est alors éteint. Le feu a été électrifié en 1936 puis, en mars 1955. La tour, peinte avec ses couleurs actuelles, bandes rouges et blanches a été surélevée le 19 octobre 1963 et portée à 23 mètres. (Voir aussi page suivante : le feu postérieur - le phare du Quai Valin). 


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La Rochelle - Le quai Valin | 229 |

Le quai Valin

Son phare serré entre les maisons...

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e quai Valin borde le bassin à flot du Vieux-Port. La construction du bassin à flot a été commencée à la fin du XVIIIe siècle et achevée en 1808. Jusqu'en 1858, ce quai se nommait en toute logique « Quai du Bassin » et il a pris plus tard son nom actuel, le nom de René Josué Valin, un avocat qui se consacra au droit maritime, et dont les décisions en matière de droit de la mer ont fait jurisprudence en France comme à l'étranger. On remarque sur le quai Valin, la silhouette élancée d'un phare d'une hauteur de 26,20 mètres, serré entre les maisons du quai. Cette grande tour blanche octogonale, appelée « Phare du Quai Valin » ou plus simplement « Phare Blanc » est encastrée dans une petite maison qui se trouve le long du Bassin à flot intérieur, un des trois bassins qui forment le Vieux-Port. Construit en 1852, son feu blanc (scintillant 1,2 sec) a une portée de 14 milles (environ 26 km) et balise avec le deuxième phare « La lanterne rouge », à côté de la tour Saint-Nicolas, l'axe du chenal pour entrer dans le vieux port de la Rochelle.

 Ci-contre et  ci-dessus : On remarque sur le quai Valin, la silhouette élancée d'un phare d'une hauteur de 26,20 mètres, serré entre les maisons du quai…


N  Ci-contre : Tour de l'Horloge… Dans son édition du 5 octobre 2009, le journal Sud-Ouest nous informe avec humour d’un événement qui marquera la vie des Rochelais en cette fin d’année 2009 : Dans les premiers jours de septembre, les employés du service de maintenance des installations campanaires ont constaté une anomalie du côté de la Tour de l'Horloge. L'ancienne porte fortifiée, qui permet de passer du Vieux Port aux rues piétonnes, affiche en principe l'heure exacte sur deux cadrans identiques, de chaque côté de sa façade de pierre, pendant que, dans le campanile, Suzanne, la grosse cloche, sonne discrètement les heures, en accord avec l'horloge. Or, ce matin-là, le cadran faisant face à la mer et son jumeau dominant la place des Petits-Bancs indiquaient chacun une heure différente. Avec dix bonnes minutes de décalage… Ce n’était pas la première fois que les deux cadrans étaient en désaccord et les réparations effectuées n'étaient pas perennes. En 2009, d’importants travaux de restauration furent décidés et confiés à une entreprise spécialisée, qui procéda au remplacement des mécanismes, à la restauration et l'équilibrage des aiguilles…

Ci-contre : ▶ L’amiral Victor Guy Duperré… Le monument est composé d’un haut socle qui porte deux inscriptions et deux reliefs, surmonté d’une statue en bronze de l’amiral qui tourne le dos à la mer et regarde avec fierté sa ville natale. Je vous invite de bien regarder les reliefs, quand vous êtes à La Rochelle... Le premier relief montre le départ du jeune Duperré comme mousse depuis La Rochelle. Notez le petit détail, la mère qui embrasse son fils alors qu’une barque l'attend pour l’emmener au bateau (le Henri IV). Cadet d’une grande famille rochelaise, Victor Guy Duperré n’eut d’autre choix que de s’embarquer dans la marine. Il finira Ministre ! Sur le second relief, il reçoit une épée d’honneur après la prise d’Alger en 1830. Les deux reliefs ont la signature et la date de son sculpteur Émile Hébert - 1869.


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La Rochelle - Repères sur le Vieux-Port | 231 |

Nos repères sur le Vieux-Port Il n'est pas nécessaire de connaître le nom des quais pour découvrir le Vieux-Port et faire une agréable promenade de la tour de la Chaîne à la tour Saint-Nicolas, mais quelques repères s'avèrent bien utiles... e Cours des Dames s’allonge sur quelques centaines de mètres de la tour de la Chaîne à la grosse Horloge. C’est une large promenade ombragée grâce à de belles rangées de tilleuls, ce qui la rend bien agréable en été. Elle est très animée, en journée comme en soirée avec ses spectacles de rues, ses artisanat d’art, ses peintres, ses musiciens, ses restaurants et ses cafés. Un hommage aux femmes de marins Sur l’emplacement de la promenade, et jusqu’au début du XIXe siècle, des hangars utilisés par les activités portuaires donnaient directement sur le bassin et sur la rue de la Bourserie. À partir de 1806, à l’initiative du premier Préfet, le Baron Richard, les hangars furent détruits et firent place à un cours appelé dans un premier temps Cours Richard puis Cours des Dames. Après la première guerre mondiale, en remerciement à l’aide militaire des États-Unis, le cours porte le nom du Président américain Wilson. Ce lieu reprit récemment le nom de Cours des Dames en souvenir des femmes de marins qui venaient y attendre le retour de leurs maris. La Grosse Horloge La Grosse Horloge, ou plus exactement la tour de l’Horloge, est située au début du quai Duperré. Elle permet de passer du port aux rues piétonnes de la Vieille Ville. À l’origine, c’était une porte de ville fortifiée, ouverte dans l’enceinte médiévale. Flanquée de deux tours crénelées, elle était percée de deux baies, l’une pour les chariots, l’autre pour les piétons. En 1478, on la surmonta d’un campanile abritant la cloche et l’horloge, d’où l'origine de son nom. La cloche, baptisée Suzanne, est la plus grosse du département, d'un diamètre de 1,54 mètre pour 2,2 tonnes. Les historiens nous rapportent qu’elle sonnait les heures, la levée de la chaîne entre les deux tours et pour les élections et le glas des maires. L'horloge présente deux cadrans, l’un côté port et l’autre côté ville. Sur ces cadrans d’un diamètre de deux mètres en verre dépoli, se

détachent les émaux des chiffres romains et de fines aiguilles métalliques. En 1746, on modifia complètement sa partie supérieure pour lui donner sa forme actuelle. Le Quai Duperré Le quai Duperré, bordé de grandes terrasses de cafés d’où l'on a de belles vues sur le port et ses deux tours, est surtout le point de départ, ou l'aboutissement, de petites rues pittoresques qui pénètrent dans le quartier Saint-Sauveur et la vieille ville. À l’extrémité du Cours des Dames, devant la porte de la Grosse Horloge, vous ne pouvez

pas manquer la statue de l’Amiral Duperré qui a donné son nom au quai qui prolonge ce cours. L’amiral Victor Guy Duperré (1775–1846), né à La Rochelle, commandait la flotte française en 1830 à la prise d’Alger et fut ensuite nommé ministre de la Marine sous Louis-Philippe. L’amiral est représenté debout, le pied droit légèrement en avant, une longue vue dans la main droite et vêtu de son uniforme. Derrière lui, des objets qui évoquent son métier, des cordages, une ancre et des boulets de canon.


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LE SIÈGE DE LA ROCHELLE 1627 – 1628

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e siège de La Rochelle s'intègre dans la lutte menée par Louis XIII et Richelieu contre les protestants, dans le désir de les soumettre à l'autorité royale et de les empêcher de constituer un « État dans l'État ». Cette politique conduit à une véritable guerre en 1627 et à l'investissement de La Rochelle. Le port constitue l'une des places de sûreté accordées par l'édit de Nantes et permet au parti protestant de communiquer avec les Anglais.

Richelieu, lieutenant général des armées, assiste en personne aux opérations. Une tranchée de 12 kilomètres ceinture la ville. Pour empêcher les assiégés d'être ravitaillés par la flotte britannique, qui a opéré des débarquements dans l'île de Ré, le cardinal fait construire une énorme digue de 1 500 mètres de long et de 8 mètres de large hérissée de pièces d'artillerie. Les Anglais, que commande le duc de Buckingham, essaieront en vain d'incendier les murs. La résistance de La Rochelle, qui débute en août 1627, va durer quatorze mois. Elle est menée par le maire, Guiton, qui a fait le serment d'enfoncer un poignard dans le cœur du premier qui parlerait de se rendre. Une effroyable famine décime la population. On ne compte plus que 5 000 survivants squelettiques sur 27 000 habitants. Les cas de cannibalisme se multiplient. Après l'échec des tentatives de secours britanniques, les Rochelais finissent par capituler à l'automne 1628. Ci-contre :  Estampe historique de Crispin de Passe (1564–1637), le jeune, fils du célèbre graveur hollandais, représentant Louis XIII et le Cardinal de Richelieu assis dans une barque dans le port de La Rochelle en 1627 : « Le navire ne crains ton pilote est un Dieux jamais ancre ne fut en un plus Riche Lieu » (Source : BnF - Michel Hennin. Estampes relatives à l'Histoire de France. Tome 25, La Rochelle, 1627–1628.)  Ci-contre : La Rochelle, 150 ans plus tard (1778). « Belle et forte ville de France… » (Source : BnF - GeD1084)

Le siège de La Rochelle (1627-1628) | 233 |


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Le siège de La Rochelle (1627-1628) | 235 |

LA VILLE DE PARIS

La troisième Machine du Roi Louis XIII…

ouis XIII rentre à Paris sur son navire La ville de Paris après la fin du siège de La Rochelle en 1628. Extrait du livre « Eloges et Discours sur la Triomphante Réception du Roy en sa ville de Paris, après la Réduction de la Rochelle ». Le livre, dédié à la gloire éternelle du Roi montre l’histoire et les dessins des trois Machines, qui, traînées sur des chariots, accompagnaient le Triomphe de Louis XIII pendant la période 1627-1628 ; Les noms respectifs des machines furent L'Age d’Or, Du Cirque Romain et La ville de Paris. L'estampe de La ville de Paris Le vaisseau, entouré de la mer, représenté sur la peinture est tiré par deux chevaux marins, gouvernés par un Triton. En référence à la ville de Paris, les armes du Gouverneur, du Prévost des Marchands, des Eschevins et Officiers de la Ville étaient insérées entre les moulures. La voile était couverte de fleurs de Lys d'Or…

 Ci-contre et  ci-dessus : Louis XIII rentre à Paris sur son navire La ville de Paris après la fin du siège de La Rochelle en 1628. Extrait du livre « Eloges et Discours sur la Triomphante Réception du Roy en sa ville de Paris, après la Réduction de la Rochelle ». Paris, 1629 by T.B. Machaud. Source : Internet archive.


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Remerciements & Repères | 237 |

Remerciements & Repères...

Remerciements

J

e remercie pour leur accueil attentif et chaleureux et pour le soutien qu’ils m’ont apporté dans l’initiative de ce livre : L’association Hermione-La Fayette, les Services du Département de la Charente-Maritime à La Rochelle, CharenteMaritime Tourisme, le Musée national de la Marine de Rochefort (MNM), le Service historique de la Défense (SHD), la Corderie royale, Bernezac Tourisme, le Centre documentaire de Hiers-Brouage, Gallica - Bibliothèque Numérique (BnF) et La presqu’île Presse. Merci de m'avoir donné accès à toute cette documentation, de m'avoir ouvert « les portes » afin que je puisse découvrir les trésors cachés de la Charente-Maritime.

Repères

H

ollandais d’origine, je me suis installé, depuis déjà 20 ans, sur les côteaux surplombant la ville de Toulouse (France). Je suis Artiste Photographe et j’aime retranscrire l’émotion que me procure un lieu tel que je le vois... Vous trouverez dans mes expositions, mes voyages (Maroc, Inde, les îles grecques, la Corse, les îles d’Aix et de Ré), ainsi que mes balades au cœur des cloîtres et des églises, au bord de la Garonne, du Tarn et de la Méditerranée.

À Port-des-Barques, je voudrais remercier Hedi, Sandra et Pierrick de l'Hôtel L’Huître Y Est qui m’ont souvent hébergé durant mes séjours en Charente-Maritime, mais aussi Eric Lefort qui m’a donné la possibilité de découvrir la vie d’un ostréiculteur, avec son équipe, sur sa barque dans les parcs de huîtres à l’île Madame. Je voudrais aussi remercier Michel Boucheret, Président du Club Photo de Périgny qui m’avait réservé une place d'invité d'honneur en 2011 pour les expositions photos au Château-d’Oléron et à La Rochelle. Ces événements ont été une importante source d’inspiration et de motivation pour me lancer vraiment dans la réalisation de ce livre. Je remercie également Jean-Luc Dumont, pilote « Les Plumes de Jupit’Air » avec qui j’ai fait une balade en ULM de deux heures pour photographier les îles vues du ciel. Il me reste aussi un très bon souvenir de madame Marie-Paule Durand dans son Musée de la mer en 2008, malheureusement fermé depuis son décès.

Mais aussi une pensée pour Françoise, sur les chemins de Loix dans l'île de Ré… et pour l'hospitalité de Brigitte et Jean-Luc à Jonzac.

Un grand merci aussi à Emmanuel qui m’a autorisé à publier quelques exemplaires de sa collection de Cartes Postales Anciennes pour bien illustrer le Passé - Présent de la Charente-Maritime dans cet ouvrage, et à Ab, Agnès, Corinne, Gilles, Isabelle, Jos, Olivier et Patricia pour leur soutien et conseils quand j’en avais besoin. Et évidement à Nadine qui a consacré beaucoup de son temps libre pour retravailler les textes de mes livres, et à Martine Acerra pour son excellente préface.

Merci à toutes les personnes qui se reconnaîtront dans ce livre. Sans votre aide, à toutes et à tous, il n'aurait pas pu exister. Un grand merci à toutes et à tous!

Composer, c’est former un tout harmonieux à partir de différents éléments. La composition traduit sans dissimulation une sensibilité, un regard sur le monde et sur les autres... la photo m’invite à exprimer mes envies, ma solitude, mes sentiments et ma vision créative. Mes autres livres… • « Toulouse, Passé - Présent, sur les traces de Claude Nougaro », édition Photographe sans frontières, 2000 exempl., format 30 x 30 cm, 156 pages, ISBN 978-10-93140-00-1 - déc. 2013. • « Sous le charme de l’île d’Aix » édition Photographe sans frontières, 1000 exempl., format 30 x 27 cm, 119 pages, ISBN 978-2-84561-682-0 - mars 2010. • « Sous le soleil des îles Grecques » édition Jan Renette - Blurb, livre sur commande - exemplaires uniques, format 33 x 28 cm, 120 pages - édition 2009.

Contact… Mon site : janrenette.com E-Mail : jan.renette@netcourrier.com

Jan Renette

Ci-contre : Remerciements & Repères... Ars-en-Ré... « Beaucoup de marins ont remercié Saint-Étienne pour son clocher d’une hauteur de 40 mètres peint 

en blanc et noir, servant d’amer et de repère pendant brume, brouillard et tempête sur l’Atlantique… »


B

Bibliographie sélective & Crédits textes | 239 |

Bibliographie sélective & Crédits textes Livres / magazines : • • • • • • •

Histoire d'un site façonné par la mer, le temps et les hommes, Evelyne Morgat Histoire de l'île d'Aix, Pierre-Antoine Berniard - édition Bordessoules, 2006 Ile Madame… Ile citoyenne… Cimetière des Prêtres 1794 - 1795, Anne-Marie Varrailhon, Mai 1994 La Charente-Maritime, C. Gensbeitel, M. Ortiz et B. Barbier - Éditions Ouest-France, 2003 Les îles de L'Ouest de Bréhat à Oléron, Dominique Guillemet - Geste-éditions, 2000 Sous le charme de l'île d'Aix, Jan Renette - Geste-éditions, 2010 La presqu'île, Magazine de tourisme, Elodie Boutiron, directrice publication - Parenthèses Presse

Web sites : • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Archives Municipales de La Rochelle : http://www.ville-larochelle.fr/lamairie/services-de-la-ville/ archives-municipales.html Beneze17 - Ensemble Découvrons la Charente-Maritime : http://beneze17.free.fr/ Bernezac Tourisme : http://www.bernezac.com/ Centre documentaire de Hiers-Brouage : http://www.hiers-brouage-tourisme.fr/decouvrir/centredocumentaire-ceam/ Charente-Maritime - Site officiel du Département : http://charente-maritime.fr/ Charente-Maritime Tourisme : http://www.en-charente-maritime.com/ Écomusée du Marais Salant - Loix : http://www.marais-salant.com/html/home.html Fouras - Site officiel : http://www.fouras.net/v2/ Gallica - Bibliothèque Numérique : http://gallica.bnf.fr/ Île d'Aix - Site officiel : http://www.iledaix.fr/ Île d'Oléron - Site officiel : http://www.ile-oleron-marennes.com/ Île de Ré - Site officiel de Tourisme : http://www.iledere.com/ La Rochelle - Site officiel : http://www.ville-larochelle.fr/ L'Hermione, la Frégate de la liberté : http://www.hermione.com/accueil/ Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) : https://www.lpo.fr/ Musée national de la Marine - Rochefort (MNM) : http://www.musee-marine.fr/rochefort Office de Tourisme Rochefort Océan - Site officiel : http://www.rochefort-ocean.com/ Oléron Nature & Culture : http://www.oleron-nature-culture.com/ Port-des-Barques - Site officiel : http://www.ville-portdesbarques.fr/ Réserve naturelle de Lilleau des Niges : http://ile-de-re.lpo.fr/ Rochefort - Site officiel : http://www.ville-rochefort.fr/accueil Service historique de la Défense (SHD) : http://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/ Vauban, Réseau des sites majeurs : http://www.sites-vauban.org/ Wikipedia - On-line http://fr.wikipedia.org/

Note au lecteur :

Ce livre « Îles et forts charentais, Entre Terre, Mer et Ciel » est à classer dans la catégorie « Beaux livres photos » ; j’ai apporté le plus grand soin tant aux photos qui le composent qu’à la rédaction des textes qui les accompagnent. Vous comprendrez que les informations, les liens et textes contenus dans ce livre sont non-contractuels et sujets à modifications à la date de parution de ce livre ou à l’avenir.


| 240 | Index

I

Index

A

Duc de Beaufort, 43 Duc de Buckingham, 233 Duperré, Victor Guy - amiral, 231 Durand, Marie-Paule, 217

Agrippa d'Aubigné, 83 Ahmed Ben Bella, 139 Andersen, Hans Christian, 191 Âne en culotte, 183 E Âne qui tangue, 215 Écluses à poissons, 105 Ange Gardien, bateau, 95 Espérance, l', chasse-marée, 13 Anne de Rohan, 51 Ardouin-Dumazet, Victor-Eugène, 95 Espinay, François d', 83 Estuaire de la Charente, 31, 35 Argencourt, Pierre d’, 63, 83 Estuaire de la Seudre, 93 Arnodin, Ferdinand, 34, 37 Étoile, Isaac de l', moine, 179 Arnoul, Pierre, 27 Étoile polaire, 11 Association AMERAMI, 104 Ex-voto, 169

B

Baron Richard, premier Préfet, 231 Baudelaire, Charles, 5, 47, 61, 125 Begaud, J, peintre, 211 Bellérophon, bateau, 137 Benjamin de Rohan, prince de Soubise, 187 Berniard, Pierre-Antoine, 137 Bithonneau, Roger, 79 Blaise Cendrars, Feuilles de route-1924, 153 Blockhaus, 93, 221 Boyard, banc de, 19 Boyard, fort, 117 - 123 Boyardville, 121 Brémontier, 91

C

Carrelet, 55, 57, 128, 131 Champlain, Samuel de, 65 Chanlaine, Pierre, écrivain, 143 Charente, fleuve, 31, 33, 45 Charles de Guise, duc, 186 Chauveau, Banc de, Pointe, 163 Chedid, Andrée, 133 Cigognes, 67, 69 Colbert, 25, 27, 41, 43, 105, 145 Coquille Saint-Jacques, 101, 102

D

Dauphin royal, 16, 19 De Vaulx, Jacques, 9 Docteur Gorce, 217 Dr Kemmerer, 177 Drouet, Juliette, 73 Dubuisson-Auberay, 15

F

Fleury, Jules, 81 Formes de radoub, 27 Fortifications militaires, 119, 135 Fort Louvois, 73, 77 Fort Vauban, 147, 149 Fresnel, Augustin, 15

G

Gendre, Léon, Maire, 177 Griffin, lieutenant, 91 Grosse Horloge, 231 Gudin, Théodore - peintre, 215 Guerre de Sept Ans, 19, 21 Guerres de Religion, 63, 83, 186 Guilbaud, François - Œnologue, 171, 173, 177 Guillaume Brouscon, 11 Guillemet, D, 81 Guiton, Jean - maire, 186, 233

H

Hébert, Émile, sculpteur, 230 Henri III, IV, 13, 63, 230 Hermione, 4, 27, 29 Huître Marennes-Oléron, 155

I

Impétueux, l', vaisseau, 21

K

Kitesurf, 163, 193

Achevé d’imprimer en novembre 2015 sur les presses de l’imprimeur Escourbiac, Graulhet, France. Dépôt légal novembre 2015 ISBN 979-10-93140-02-5

L

La Mouette, bateau de pêche, 87 Lamartine, Alphonse de, poète, 219 La Rapière, torpilleur, 27 La ville de Paris, navire, 235 Louis XIII, 185, 225, 233 Louis XIV, 19, 23, 25, 77, 83 Louis XV, 21 Louis XVIII, 225

M

Machaud, T.B., 235 Maillot de bain, l'histoire du, 149 Maison du Sénéchal, 207 Mandar, Charles-François, 119 Marais salants, 89, 197 Marins, naufrages, 95 Masse, Claude-Félix, 135 Massé, Gustave, 217 Montmorency, Henri de, 187 Morgat, Evelyne, 109 Musée de la mer, 217 - 219

N

Napoléon 1er, 139, 143 Napoléon Bonaparte, 117, 123, 137, 145 Napoléon Gourgaud, baron, 143 Napoléon, musée, 127 Naufrages, pilleurs d’épaves, 95

O

Octant, 11 Omer Charlet, peintre, 83 Or blanc, 89, 93, 179

P

Paillé, Jean, 83 Papy, Louis, 177 Paris-Austerlitz, 73 Passe, Crispin de, graveur, 233 Passe-aux-Bœufs, 51, 53 Passe-aux-Filles, 57 Pavillon Bleu, Label, 97 Pêche à la crevette, 146, 149 Pertuis de Maumusson, 81, 95 Petit Courrier de l'île d'Yeu, 167, 169 Phare de Chassiron (tour), 13, 115 Phare de Cordouan (tour), 13, 15

Phare des Baleines (tour), 13, 115, 213, 215, 217 Phylloxéra, vigne, 177 Pierre Fleury, SNSM, 143 Pierre Loti, bateau, 143 Pineau, Emmanuel, docteur, 91 Pomme de terre - AOC, île de Ré, 167 Pons, Jacques de, 63 Pont Transbordeur de Martrou, 34-37 Prêtres réfractaires, 59

Q

Quadrant, 11 Quai Valin, La Rochelle, 227, 229 Québec, 65

R

Renette, Jan, 4, 143, 237, 239 Reynaud, Léonce, 213 Richelieu, 63, 83, 185, 187, 225, 233 Robert Léglise, chantier naval, 87 Rochefort, 23 Rohan de Soubise, 51

S

Saint Bernard de Clairvaux, 179 Scottish Black Face (mouton), 67 Sel, (Or blanc), 63, 197 Seutter, Albert-Charles, 19 Sextant, 11 Siège de La Rochelle, 233 Sollogoub, Nicolas, artiste, 65 Sports de glisse, 97

T

Tour de la Chaîne, 222, 224, 231 Tour de la Lanterne, 222, 225 Tour Saint-Nicolas, 224, 229, 231

V

Valin, René Josué, 229 Varech, récolte, 165 Varrailhon, Anne-Marie, 59 Vauban, 39, 41, 63, 83, 121, 127, 185 Vernet, Joseph - peintre, 21 Victor Hugo, 73, 95

X

Xynthia (2010), 131, 143 Création graphique, couverture, photographies et textes : Jan Renette Tous droit réservés - © Jan Renette-2015 janrenette.com


Martine Acerra

Auteur et spécialiste en histoire maritime

J

e m’appelle Jan Renette et suis Artiste Photographe. Hollandais d’origine, voilà déjà 20 ans que je me suis installé sur les côteaux surplombant la ville de Toulouse.

Ma passion pour les îles et forts charentais a commencé dès 2008. J’ai visité la Charente-Maritime à de nombreuses reprises et j’ai photographié ses îles et sa côte selon mon inspiration. Depuis 2010, je souhaitais réaliser un deuxième ouvrage sur cette région et étais à la recherche du fil conducteur… J’ai trouvé une partie de mon inspiration dans les trois mots qui définissent l’ensemble du globe : « la Terre, la Mer et le Ciel » et j’ai eu le déclic final le jour où j’ai visité le chantier de l’Hermione à Rochefort… Le voyage peut commencer. Je vous invite à découvrir mon ouvrage… Jan Renette

Aucun chagrin ne me détourne ou me ralentit dans le but unique de ma vie : le bien-être de tous, et la liberté partout. 37 €

No obstacle, no disappointment, no grief diverts me nor slows me in the pursuit of the single objective of my life: happiness for everyone and freedom everywhere Lafayette

Renette jan

P

our qui aime rêver et partir dans la beauté du monde, voici un ouvrage idéal. Dans le sillage virtuel de l’Hermione, le littoral charentais surgit, en délicates touches de couleurs, baigné de lumière, ponctué de ses forts au ras des flots. Ce n’est donc pas la moindre qualité de ces pages que d’offrir à nos yeux enchantés les superbes photos qui l’illustrent. Mais ce n’est pas tout. Certes, « beau-livre », l’ouvrage se veut aussi vecteur de connaissances. Piochant aux meilleures sources, l’auteur accompagne ses images d’un récit précis mais toujours accessible sur chaque étape visitée, chaque île, fort, édifice ou lieu de mémoire. Encore plus ? Les cartes anciennes, les dessins d’époque, les vieilles cartes postales permettent un repérage historique et expliquent l’origine de tel métier, de tel monument ou la particularité d’un paysage. Ainsi, à la richesse de l’image répond celle du texte. L’œil circule aisément entre les deux, revient, repart, s’accroche à nouveau à un détail, une phrase, une anecdote. Voyez donc ces cigognes et ces moutons, ces coquillages et ces vins, la corderie de Rochefort, la guirlande des carrelets, le miroitement des marais salants, les dunes, les plages, les petits ports et les puissants forts. Vous ne vous en lasserez pas. Ils constituent le répertoire des richesses du littoral charentais que cet ouvrage célèbre avec élégance et passion.

Entre Terre, Mer & Ciel

Entre Terre, Mer & Ciel

Îles & forts charentais

Îles &forts charentais

Îles & forts charentais

Entre Terre, Mer & Ciel Préface par Martine Acerra, Photographies & Textes de Jan Renette

Profile for Jan RENETTE

Îles & forts charentais... Entre Terre, Mer & Ciel  

Je m’appelle Jan Renette et suis Artiste Photographe. Hollandais d’origine, voilà déjà 20 ans que je me suis installé sur les côteaux surplo...

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Je m’appelle Jan Renette et suis Artiste Photographe. Hollandais d’origine, voilà déjà 20 ans que je me suis installé sur les côteaux surplo...

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