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Marseille Capitale de l’agriculture

MARSEILLEMARSEILLE DE L’AGRICULTUR MARSEILLE CAPITALE DECAPITALE L’AGRICULTURE

L’histoire du retour de la nature en ville, des patates et des chevaux métropolitains

CAPITALE DE L’AGRICULTURE

L’histoire dudes retour de laet nature en ville, des patates et des cheveaux L’histoire du retour de la nature en ville, patates des cheveaux métropolitains

MARSEILLE

L’histoire du retour de la nature en ville, des patates et des cheveaux métropolitain

CAPITALE DE L’AGRICULTURE

stoire du retour de la nature en ville, des patates et des cheveaux métropoli

Yannick BlaiseMaurin Marie Brosch-Parez HugoJade Maurin Christophe Piqué Yannick Yannick Blaise Marie Christophe Piqué BlaiseBrosch-Parez - Marie BroschHugo Parez - Hugo Maurin - Christophe Piqué Sonet - Jade Sonet


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Quelques mots de la directrice de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille

Les Projets de Fin d’Etudes (PFE) des Archiculteurs menés au sein du département LAB43 dans le cadre de l’exercice «Métropoliser avec et autour des grands ensembles», mène une réflexion sur un véritable sujet d’actualité. L’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille a toujours eu la volonté d’ancrer les travaux d’étudiants dans une identité régionale concrète, qui traitent en même temps de thèmes universels communs à toutes les grandes villes françaises et mondiales. Les projets de ces anciens étudiants, futurs potentiels acteurs de la ville, alimentent le débat de la métropole. Et ils sont une promesse de continuité et d’ouverture vers le monde du travail qui a besoin d’idées neuves et créatives. L’école s’engagera à soutenir des initiatives, comme celle des Archiculteurs, qui se sont réunis autour d’un projet dans lequel ils fondent beaucoup d’espoirs. Ils ont tenu à poursuivre leur travail après le diplôme afin de partager leurs idées aux acteurs de la ville, aux marseillais, aux métropolitains. Le travail en groupe et sa force productive est une méthode pédagogique que l’école encourage. Ce genre de publication permet de diffuser et de laisser une mémoire, en dehors de l’école, du travail de certains étudiants et ainsi ouvrir le champ d’action de notre institution. Cadre pédagogique: Les étudiants ont d’abord pris connaissance du sujet «Métropoliser avec et autour des grands ensembles». Ils ont commencé leurs recherches par des visites sur site à travers toute la ville. Visites des grands ensembles marseillais, de la L2, des collines, des canaux, pour établir une vision globale des atouts et des faiblesses de la cité phocéenne et de sa métropole. (Tome 1) Ils se sont ensuite réunis dans un groupe de 6 pour une première approche du projet à l’échelle urbaine grâce à l’élaboration d’un plan guide intitulé Marseille Capitale de l’Agriculture. Puis les étudiants ont chacun traité un projet personnel en partant du projet urbain pour ensuite les guider vers l’échelle architecturale. Ainsi les 6 projets fonctionnent ensemble et indépendamment, en alimentant le thème global qu’est l’agriculture urbaine. (Tome 2) Marielle Riche, directrice de l’ENSA Marseille 3


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Sommaire

Mot de la directrice de l’ENSAM - p. 3 Introduction - p. 7

Première partie

ÉTUDES ET ANALYSES - p. 8 Les grands ensembles marseillais - p. 12

La L2, projet fantôme - p. 58

L’agriculture urbaine, histoire et enjeux - p. 84

Deuxième partie

PLAN GUIDE - p. 110 C

MARSE

A

LL

I

D

L’A

Marseille, Capitale de l’agriculture - p. 112

LT

URE

E

PI TA LE

E

GRI

CU

Conclusion - De l’utopie au projet - p. 130 Remerciements - p. 132 Table des illustrations - p. 136 5


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Introduction

Ce projet démarre inconsciemment avec notre découverte de Détroit, ville plongée dans les herbes folles qui recouvrent peu à peu les friches industrielles, les parkings, les trottoirs et tout espace abandonné. Cette lutte acharnée entre ville et nature suscite tout notre intérêt. Malgré le lourd passé industriel du territoire, mère nature peut reprendre l’avantage. Nous découvrons, en étudiant Détroit, une pratique, dont le nom résonne dans les bouches de plus en plus d’acteurs de la ville: the urban farming, soit l’agriculture urbaine. à mi-chemin entre lieux de production et lieux de socialisation, les fermes urbaines qui émergent aux quatre coins de Détroit, arrivent comme une réponse efficace à un contexte alarmant, engendré par les crises successives du XXème siècle. Ces crises ont, en l’espace d’une cinquantaine d’années, conduit à métamorphoser en profondeur cette ville américaine. Après l’effondrement massif de l’économie et la fuite des plus aisées, la population pauvre s’est retrouvée livrée à elle-même, le plus souvent sans emploi, ni formation donc sans revenus. L’agriculture urbaine, mise en oeuvre par nécessité, semble avoir pris avec le temps un réel rôle social et pédagogique tout en réussissant à créer un nouvel élan d’optimisme dans une société dont l’avenir était très incertain. Marseille, capitale de l’agriculture... On observe dans les quartiers les plus défavorisés de la ville un contexte sociétal assez comparable, entre pauvreté généralisée et sentiment d’abandon causés par un manque d’engagement réel de la puissance publique. Ce projet raconte, en commençant par l’exploration des grands ensembles et du chantier de la L2, comment Marseille pourrait se transformer et revenir à la terre ...

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Marseille, Capitale de l’Agriculture

Tome 1 - L’enquête

Yannick Blaise - Marie Brosch Parez - Hugo Maurin - Christophe Piqué - Jade Sonet 9


Marseille en chiffres : un aperçu de l’inégalité entre les territoires du sud et ceux du nord de la ville.

1 045

4 650

1 045

4 650

3 697

17 137 16 385 4 983

4 983

Densité 22 332 de population (habitants/km²) Densité Densité

3 182 3 697

4 17179 137 16 385

22 332

4 179

20 321

20 321

6 239 20 285

3 182

239 20 285 46 804

1 703

1 703 4 804

(habitants au km²) (habitants au km²) moins de 10 000

moins de 000 moins de1010 000 4 231 de 10 000 à 20 000 de 10 000 à 20 000 de 10 000 à 20 000 plus de 20 000 plus de 000 plus de20 20 000

4 231

1 209

1 209

33,8%

39,9%

33,8%

39,5%

Part de Part des sans la population diplômes non diplômée (pourcentage

35,5% 29,4%

plus de plus de25% 25%

10

de 16 à 25%

42,6% 14,7%17,8%

35,5% 17,8%

28,4%

14,7%

29,4%

Part des sans 17,8% diplômes 14,7% 12,2% de 0 à 15%

28,4%39,5%

42,6%

(pourcentage de la population) de la population) de 0 de 0 àà15% 15% de 16 de 16àà25% 25%

39,9%

12,5%

12,2%

17,8% 14,7%

23,2%

23,9%

23,9%

23,2%

12,5%

plus de 25%

18,2%

18,2%


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33,8%

Cartes réalisées d’après les données de l’INSEE disponibles en 2013

39,9%

19,19%

34,3%

39,5%

Proportion Partlogements des sans de diplômes sociaux (pourcentage

42,6%

35,5%

14,58% 14,7%7,55%

17,8% 8,27%

29,4%

4,43%

17,8%

Part de logements 14,7% 12,2% sociaux

29,36%

28,4%34,18%

3,23%

5,12% 2,19%

23,2%

15,24%

27,28%

23,9%

14,73%

de la population) (pourcentage

des logements construits)

de 0 àde 15% plus 20%

plus de 20%

de de 16 10àà25% 20%

de 10 à 20%

plus de 0de à 25% 10%

de 0 à 10%

8,79%

12,5%

11,6%

18,2%

33,8%

39,9%

1967

39,5%

35,5%

42,6%

17,8%

Revenu moyen 29,4% Part ménage des sans Revenu médian 17,8% par par ménage 14,7% diplômes 12,2% (net €/mois en(net 2011) par mois en 2011) (pourcentage de la population)

plus de 2500€

de 0 à plus de15% 2 500€ de 2000 à 2500€ 12,5% de 16 à 25% de 2 000 à 2 500€moins de 2000€ plus de de 25%2 000€ moins

1499

28,4% 1605

1183

14,7%1912

1413 1389 2362

2040

2699

1828

2015

23,2%

2372

2094 23,9%

2774

2584

18,2%

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Les grands ensembles marseillais

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Les grands ensembles marseillais l’architecture moderne, si violemment rejetée, est souvent présumée coupable des maux de la société...

elle n’est pourtant pas sans qualités !

Nous n’avions jamais mis un pied dans les quartiers Nord. Nous pensions connaître ces territoires grâce aux nombreux ouvrages qui en esquissent un portrait. Les cours de l’école nous ont parfois mené au coeur de La Busserine ou aux Flamants tous proches. Nous avions donc une ‘‘image’‘ des quartiers Nord comme chacun s’en fabrique. Au fil du parcours, nous sommes allés de désillusions en découvertes et rencontres incroyables. Le terme ‘‘quartiers Nord’’ est assez surprenant. Un seul point cardinal réussit à qualifier plus de la moitié du territoire marseillais pourtant d’une richesse géographique et sociologique infinie. Ce terme si ancré dans l’image de la ville montre véritablement la fracture présente dans l’imaginaire populaire. Nous avons voulu aller au-delà de ce clivage et parcourir des grands ensembles sur tout le territoire marseillais. Cette chronique tente de révéler quelques facettes de ces quartiers. Elle raconte notre ressenti le long du parcours à travers Marseille. Nous avons défini nos trajets sur plusieurs jours selon des grands ensembles sélectionnés dans l’ouvrage de Thierry Durousseau, Ensembles et Résidences à Marseille de 1955 à

1975.

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Carte : les grands ensembles marseillais


La Solidarité

Parc Kalliste

Plan d’Aou La Castellane La Viste Campagne l’Eveque

La Maurelette Iris Les Flamants Busserine Picon Frais Vallon Font Vert

Bois Lemaitre

Les Lierres

Air Bel

Chateau Sec Mazargues

Roy d’Espagne

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Cité Air Bel 1 968-1 973 1 199 logements sociaux La Pomme, 11e arrondissement 16


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Photographie de la citĂŠ Air Bel

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Cité Air Bel 1 968-1 973 1 199 logements sociaux La Pomme, 11e arrondissement La visite de cette cité, aux premières lueurs de l'aube, nous a laissé un sentiment d'inachevé, une impression d'abandon. L'espace public, qui n'est qu'un vide résiduel, est engorgé d'une multitude de voitures. Pas un seul banc, pas de terrains de jeux, rien qui puisse accompagner le quotidien des habitants. Là où se trouvait, il y a quelques années, un gymnase, ne reste qu'une immense dalle de béton, parsemée d'herbes folles. Le gymnase a brûlé et n'a jamais été remplacé. À l'entrée de la cité est indiqué un supermarché. L'épicerie, la laverie et les divers commerces qui le composaient ont cessé toute activité. Les rideaux de fers, toujours clos, laissent imaginer ce qui en d'autres temps, a été le cœur de la cité. Les achats se font désormais aux hypermarchés des Caillols ou de la Valentine. Et pourtant...

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Vue aérienne d’Air Bel (Bing)

Autour de la cité se développe un urbanisme chaotique, où se mêlent infrastructures, zones pavillonnaires ou encore zones industrielles.

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En voiture dans Air Bel

Les piétons n’ont ici plus de passage sécurisé, et le sol, pensé à l’origine comme une place est saturé de véhicules.

Lorsque Robert Théric et Pierre Liogier dessinent la cité Air Bel, l'attention qu'ils portent au paysage et au contexte social est remarquable. Le tissu bâti, constitué d'une maille proliférante, s'adosse à la colline et s'étire, en épousant le relief, jusqu'au talus des voies ferrées, plus au sud. Cette forme urbaine, si particulière, permet de traiter les seuils, avec un degré d'intimité croissant, de l'espace public vers le logement. Les parties internes de la maille sont des unités de voisinage, qualifiées et nommées en tant que « Places ». L'espace public d'Air Bel, aujourd'hui si peu qualitatif, semble bien souffrir d'un inachèvement, plus que d'une mauvaise conception. Quant aux espaces privés, les logements offrent un confort d'usage moderne malgré leur vieillissement. Une terrasse dans le prolongement du salon, une autre attenante à la cuisine, un grand cellier et des placards pour les rangements, en somme ces logements n'ont pas grand chose à envier aux réalisations contemporaines. Si l'on peut déplorer le manque de moyens dont semble souffrir Air Bel, il y a une difficulté qui est, entre toutes, plus dure à résoudre. Le terrain où a été bâtie la cité est coupé de son contexte urbain, au nord à cause du relief, au sud à cause des voies ferrées, érigées sur un talus. Cette condition urbaine entraîne un isolement de la cité qui, tout en étant proche du tramway, donc connectée, reste toujours enclavée. 19


Nous sommes arrivés à Air Bel un matin. La vie de quartier qui nous a été donnée à voir est loin de celle qui fait la Une des journaux. Nous ne nions pas l’évidence de graves difficultés. Mais ce n’est pas tout ce que nous pouvons relater d’Air Bel. Aux alentours de 8h, ce matin-là nous avons croisé de nombreux habitants, allant à leur travail sans doute. Dans les halls, les couloirs nous avons été salués. Un bonjour poli, un sourire, on nous a laissé visiter la cité sans questions. Au 18ème étage, de l’une des tours, une vue splendide sur l’ensemble de Marseille nous ferait presque envier ceux qui vivent face à un si beau paysage. Les enfants partent pour l’école, les rues de la cité se remplissent peu à peu. Visiblement tout le monde se connaît, les conversations s’engagent entre voisins, la journée commence ainsi à Air Bel.

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Une des quatre tours de la cité

Les nombreux dessins sur l’escalier de secours extérieur témoignent de l’appropriation du lieu en belvédère.

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Le centre médical

Un centre médical et divers services subsistent encore au coeur de la cité.

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Top of Air Bel

Photographie prise du sommet d’une des tours d’Air Bel, au lever du soleil.

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Bois Lemaître 1 952-1 964 933 logements (habitat de fonction et habitat privé) Montolivet, 12e arrondissement À Bois Lemaître, on découvre un environnement naturel assez remarquable. Cette résidence, on la doit à Louis Olmeta, architecte du Roy d’Espagne et co-auteur de La Viste avec Candilis. La cité est bordée d’une pinède, la nature y est très présente et participe à la composition architecturale de l’ensemble. Le bâti et les jardins s’alternent, offrant à chaque logement une vue sur un morceau de verdure. Ce qui rend cette cité exceptionnelle est son architecture. En plan masse, on prend mieux conscience de l’échelle des bâtiments : certains se déploient sur plus de 300 mètres de long. L’image de la barre, souvent peu valorisée dans l’imaginaire collectif, est ici de grande qualité. La faible hauteur des bâtiments, associée à une forte présence de la nature, modifie la perception de cette forme urbaine souvent décriée. En façade, les matériaux utilisés se distinguent de ceux de nombreuses cités : la pierre donne à l’ensemble une teinte ocre uniforme et tempère l’échelle monumentale des bâtiments.

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Vue aérienne de Bois Lemaître (Bing)

La plus grande barre de la résidence se déploie sur plus de 300 mètres de long.

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Cadre paysager

Les bâtiments s’implantent dans un cadre naturel remarquable.

Il faut souligner la modernité de ce projet déjà ancien : ce fut parmi les premiers grands ensembles de Marseille, dessiné en 1952. Les opérations, dans ce secteur, sont lancées par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, qui tente d’endiguer une crise du logement toujours existante. L’emplacement de la cité étant isolé, on y construit de nombreux équipements permettant une autonomie des habitants vis-à-vis du centre-ville. À Bois Lemaître on trouve ainsi une école primaire, un centre culturel et un centre commercial qui amènent une animation quotidienne dans la cité. Son statut de copropriété lui permet d’assurer un entretien régulier qui souligne les qualités architecturales d’une composition urbaine monumentale, mais éloignée de l’image populaire associée aux barres de logements.

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Façade de Bois Lemaître

Photographie d’une barre prise depuis l’espace central entre les bâtiments.

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Rez-de-Chaussée de Bois Lemaître

Les halls d’entrées sont accessibles depuis les passages piétons traversant les barres de logements.

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Les Lierres 1 959-1 966 312 logements sociaux (OPD HLM 13) La Fourragère, 12e arrondissement Les Lierres, cité de l’Est Marseillais, est très inscrite dans le paysage. De loin, on repère sa tour centrale, un monolithe rose à l’aspect très plastique. Les façades sont travaillées avec une alternance de pleins et de vides, où se nichent tantôt des loggias, tantôt des balcons. Cette beauté architecturale aiguise notre curiosité et nous invite à poursuivre les investigations au cœur même des Lierres. Au pied de la tour, on constate toute la richesse de cette architecture, qui semble si contemporaine. Plusieurs barres gravitent autour du monolithe, implantées en fonction du relief. Leur architecture se distingue de celle de la tour. Les façades affichent une grande régularité, où se dessine la structure poteaux-dalles, complétée de panneaux préfabriqués. Au sol, l’espace est largement couvert de bitume et dédié au stationnement. En pied de certains immeubles, on trouve des espaces de nature, quelques arbres, mais les terrains de jeux et le mobilier urbain font cruellement défaut. On peut encore une fois constater le peu d’intérêt accordé au traitement de l’espace public.

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Vue aérienne des Lierres (Bing)

Les barres se déploient autour de la tour centrale.

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La tour des Lierres

La tour des Lierres est un repère visuel fort dans le quartier.

Cette architecture qui nous a paru si contemporaine, est pourtant datée de près de 50 ans. Pierre Averous et Maurice Scialom dessinent la cité en 1959. Les travaux s’achèvent en 1966. À l’origine, les Lierres avaient fait l’objet d’une mise en couleur, selon les principes de l’époque. Sur les parois des barres étaient appliquées les couleurs gris, bleu et blanc, tandis que la tour était traitée en monochromie beige. La perte de cette caractéristique au profit d’une polychromie d’ocres, appliquée sans distinction sur les barres et la tour, a modifié la perception de la cité. La tour a un peu perdu son aspect d’objet sculptural, au profit d’une uniformité visuelle de l’ensemble.

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Les barres des Lierres

Les barres des Lierres s’inscrivent dans la topographie et cadrent l’espace central.

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L’entrée dans la cité

Le monolithe rose nous fait face lorsque l’on entre dans la cité des Lierres

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Frais Vallon 1952-1963 1 463 logements sociaux (OPHLM de Marseille) La Rose, 13e arrondissement

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Photographie de la citĂŠ Frais Vallon

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Frais Vallon 1 952-1 963 1 463 logements sociaux (OPHLM de Marseille) La Rose, 13e arrondissement Tout près de Bois Lemaitre se trouve la cité de Frais Vallon. Une méga cité, dont l’échelle monumentale semble disputer la vedette à l’immense échangeur autoroutier de la L2 qui la jouxte. Un rapide aperçu des lieux pourrait conduire à penser que la vie est plutôt douce à Frais Vallon. On trouve au pied de la cité un métro, dont la ligne conduit directement sur le Vieux Port. Dans une ville telle que Marseille où se déplacer est long et compliqué, cet élément est un confort enviable. En entrant, il y a aussi une piscine. Et quelle piscine! Ce modèle dit « Tournesol » est une véritable icône des années 1970, dont certains modèles ont été labellisés Patrimoine du XX° siècle. Ajoutons à cela les écoles, les aires sportives, les services sociaux, et l’office HLM de la ville de Marseille, dont le siège est au sein même de Frais Vallon.

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Vue aérienne de Frais Vallon (Bing)

La cité de Frais Vallon se déploie le long de l’Avenue de Frais Valllon.

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Rapport au sol des tours

Des grilles ont été rajoutées aux pieds des tours afin de protéger les passants des objets qui pourraient en tomber.

Cet aperçu des lieux, une fois approfondi, nous apporte bien moins d’enthousiasme. Malgré son nom poétique, Frais Vallon est loin d’être le cadre de vie dont on rêve. L’espace public se résume à un immense parking, ponctué de quelques arbres. La voirie qui traverse la cité est une coupure où les automobilistes roulent souvent trop vite. Là où se trouvait un supermarché ne reste qu’une enseigne lumineuse. Et la piscine, ainsi que l’ensemble des équipements, auraient besoin de sérieux travaux d’entretien. La discussion s’engage avec des locataires …

« Regardez les nids de poules! Comment on fait nous, les vieux de la cité pour marcher ici? On peut tomber, se casser une jambe... On se sent en danger à marcher sur ces trottoirs pleins de racines, troués et cabossés. » Voilà la première chose que nous disent, d’un air désabusé deux dames rencontrées sur l’avenue de Frais Vallon. « Le problème, c’est que le bailleur ne fait rien pour remettre les rues et trottoirs en état, et la mairie a décidé d’oublier que nous existons! » 33


Une autre dame nous confie vivre ici depuis 40 ans. Le loyer qu’elle paie pour son T4, où elle vit désormais seule, lui permettrait de louer un T2 en centre ville. Oui mais voilà, Frais Vallon c’est chez elle. Là où elle a élevé ses enfants, là où restent ses plus vieux amis. Malgré les problèmes, elle ne veut pas partir de la cité. Et puis son appartement lui plaît. Il est grand et lumineux grâce aux trois orientations et la terrasse dont il dispose. L’architecte a bien fait son travail... En étudiant l’histoire de cette cité, on prend bien conscience que les maux des grands ensembles nécessitent plus qu’une réhabilitation architecturale. Frais Vallon est construite en deux tranches : 1001 logements voient le jour en 1961, puis 462 en 1963, sous la direction d’André Devin. À peine achevée, la cité fait l’objet de procédures de réhabilitation. En 1977 le métro arrive à Frais Vallon. On y programme de nombreux équipements : la piscine, le centre social, les écoles et les collèges. Ses efforts ne suffiront pas. Bien qu’elle soit une des cités les mieux desservies et les mieux équipées de Marseille, Frais Vallon concentre des populations en difficultés, sans aucune mixité sociale.

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La piscine de Frais Vallon

La piscine Tournesol est une icône des années 70.

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État de la voirie

Les « nids de poule », illustrent le peu d’entretien de la cité et de ses alentours. Le bailleur et la ville en sont responsables.

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La citĂŠ de Frais Vallon

Photographie prise depuis la L2.

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La Castellane 1 966-1 974 1 249 logements sociaux Verduron, 15e arrondissement Cette cité du nord de Marseille est parmi les plus connues de la ville. Dans les années 1990 le cinéaste Bertrand Blier l’immortalise en tournant le film 1, 2, 3, Soleil. Elle est également la cité qui a vu grandir Zinedine Zidane. Mais si la Castellane est bien connue des Marseillais c’est aussi en tant que plaque tournante de trafics en tous genres. Nous arrivons tôt à la cité, à l’heure où les enfants partent à l’école. La Castellane ressemble à une forteresse, en périphérie les bâtiments de logements forment une enceinte que nous hésitons à franchir. En pied d’immeubles l’espace public se résume à un parking, agrémenté de quelques arbres. À proximité de la cité nous apercevons des terrains de sports, des écoles et un panneau indiquant le centre social. En contrebas l’autoroute accueille un flux continu de véhicules dont le bruit sourd monte jusqu’à la cité.

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Vue aérienne de La Castellane (Bing)

La Castellane est une véritable forteresse dans laquelle il est très compliqué de pénétrer.

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1, 2, 3, Soleil

La Castellane a servi de dĂŠcor au film de Bertrand Blier.

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Nous nous rendons au bureau du bailleur social situé à l’une des entrées de la Castellane. La discussion avec l’employé est assez brève, il nous donne un aperçu de la situation de la cité, en accord avec ce qu’on peut lire dans les médias et nous prévient : « Si vous ne connaissez personne dedans, ils ne vous laisseront pas rentrer  ». Nous ne visiterons finalement pas la Castellane. Les recherches se poursuivront de façon théorique. On s’attarde plus longuement sur les questions de la forme urbaine de la cité, qui lui donne cette allure et ce fonctionnement de microcosme inaccessible, ainsi que sur sa densité bâtie, assez élevée.

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Rapport au sol des bâtiments

Tout autour de la résidence, les voitures occupent l’espace.

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Entrée de la cité

L’accès principal se fait depuis le Bld H.Barnier.

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Croquis d’ambiance

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Plan de la tour

Documents issus du travail d’enquête de Thierry Durousseau pour la DRAC.

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Coupe générale de la cité avec son site environnant

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La Viste 1 959-1 964 703 logements sociaux (Société Marseillaise Mixte de Construction) La Viste, 15e arrondissement La Viste, en théorie, on en connaît déjà l’architecture. Cette réalisation est citée en exemple et étudiée, non seulement en France mais en Europe plus généralement. Avec ses hautes tours, elle s’inscrit comme signal de l’entrée nord de la ville, dominant le vallon des Aygalades et s’ouvrant sur le paysage de la rade. Pour y accéder, on emprunte l’avenue de la Viste, rue principale du noyau villageois qui jouxte la cité. Au moment de notre visite, des travaux de rénovation sont en cours. La difficulté est de conserver les caractéristiques originelles de l’architecture. Aucune destruction n’est prévue concernant les logements. Le plan de masse dessiné par G. Candilis reste inchangé, à l’exception des équipements et commerces, groupés au centre de la cité et destinés à la démolition.

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Vue aérienne de La Viste (Bing)

La cité domine le vallon des Aygalades.

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Les barres de la Viste

Les parkings se déploient aux pieds des barres de la Viste.

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Plan d’une tour

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Photographie d’une tour

Les tours sont composées de trois volumes extrudés.

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Les travaux en cours concernent les façades, qui sont isolées thermiquement, puis enduites. Le système de volets coulissants, permettant un changement perpétuel de la façade est conservé mais adapté aux rénovations. Le soucis de perpétuer l’image du passé est tel que les fenêtres, remplacées avec des matériaux en PVC, ont à l’extérieur un aspect bois. L’espace public doit également être rénové. Les équipements et commerces trônant au centre de la cité seront détruits puis reconstruits. Le sol extérieur, couvert d’asphalte, devrait être changé, en différenciant les espaces de stationnement des espaces piétons. La mairie de secteur a réclamé des pavés, les mêmes que ceux du Vieux Port, pour une mise en valeur de la cité. Une rénovation urbaine ce n’est pas seulement un chantier. C’est aussi un support de communication et de valorisation politique.

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Une barre en travaux

Les façades sont isolées thermiquement, tout en respectant les caractéristiques originelles de l’architecture

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Au pied d’une tour

Trois tours s’élèvent dans la cité de la Viste et servent de signal urbain à l’entrée de la ville.

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Castelroc 1 963-1 973 328 logements en accession à la propriété Saint Tronc, 10e arrondissement Installée sur les hauteurs de Marseille, au pied du massif de Saint Cyr, la résidence Castel Roc s’insère dans un paysage grandiose. On la distingue de loin, grâce à ses tours dont l’architecture bien spécifique attire notre curiosité. Une route en lacets mène à la résidence où les bâtiments sont implantés sur des plateformes, aménagées dans le relief. La végétation, très abondante, est celle des collines alentours qui sont couvertes de garrigue. On apprécie la qualité des espaces extérieurs, soigneusement aménagés, et les promenades dans les collines, qui offrent une vue imprenable sur la ville. En cette fin de matinée, des enfants jouent dans une aire qui leur est dédiée. L’environnement très calme nous ferait presque oublier le caractère urbain de cette résidence.

[ 1 ] - 038

Vue aérienne de Castelroc (Bing)

Les tours de Castelroc émergent d’un parc boisé.

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[ 1 ] - 039

Une tour de Castelroc

La tour se compose de trois volumes d’habitations distribués par un volume de circulation.

[ 1 ] - 040

Les coursives

L’accès aux logements par des coursives offre une séquence d’entrée et des vues remarquables.

En visitant les bâtiments, on comprend mieux cette architecture qui nous intriguait. Un volume central abrite les circulations et distribue les logements. Ainsi les tours ne sont pas constituées de façades continues mais de trois entités habitables gravitant autour d’un noyau central, auquel elles sont liées par des passerelles. Les distributions ainsi que l’ascenseur, largement vitrés, offrent des panoramas à la fois sur la ville et sur les collines. Au-delà de leur fonction circulatoire, ces espaces sont de véritables promenades architecturales. Claude Gros, architecte de la résidence Castel Roc, expérimente ici des bâtiments à l’aspect très plastique. La volumétrie complexe est soulignée par les différents matériaux utilisés en façade. Les logements s’ouvrent sur des balcons aux garde-corps transparents où sont aussi disposés des brises vues en bois, tandis que les passerelles sont constituées de panneaux préfabriqués carrelés, de couleur brune.

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Parc Kalliste 1955-1958 752 logements en copropriĂŠtĂŠ Notre Dame Limite, 15e arrondissement 46


[ 1 ] - 041 Photographie de la citĂŠ Parc Kalliste

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Le parc Kalliste 1 955-1 958 752 logements en copropriété Notre Dame Limite, 15e arrondissement À première vue, la résidence du Parc Kalliste semble en ruine. Les neuf bâtiments qui la composent sont dans un état de délabrement encore jamais constaté lors de nos visites. Les vitrages sont cassés et sur les façades, les modules préfabriqués manquent en grand nombre. Les espaces extérieurs ne sont absolument pas traités, c’est un véritable paysage d’abandon qui se dévoile sous nos yeux, un malheureux désert calcaire agrémenté de mauvaises herbes et de détritus. Les parkings de la résidence ont été sommairement définis par le bitume qui les recouvre. Dans ce contexte de désolation vivent pourtant près de mille familles. Celles qui n’ont pas accès au parc HLM de Marseille, déjà saturé, ni aux logements des copropriétés entretenues, où les loyers sont plus élevés. À ce terrible constat, s’ajoute la situation géographique de la cité. On est ici à 18km du centre ville, aux confins de Marseille. Seul le bus permet d’accéder à ce bout du monde. Sauf que ce bus ayant son terminus à la cité de la Solidarité, située en amont, il est souvent plein en arrivant au Parc Kalliste et ne marque pas donc pas d’arrêt systématique, nous racontent les habitants...

[ 1 ] - 042

Vue aérienne du Parc Kalliste (Bing)

Le parc Kalliste se situe tout près de La Solidarité.

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[ 1 ] - 043

Topographie du site

Les barres s’implantent dans la pente, et la topographie permet aux habitations du haut de la colline de bénéficier d’une vue splendide.

Claude Gros est l’architecte de ce projet, tout comme celui de la résidence Castel Roc qui connaît un destin bien différent. À l’origine, le terrain où est bâti le Parc Kalliste est une vaste pinède. Il n’en reste rien. Le relief étant important, des plateformes sont aménagés sur lesquelles reposent les bâtiments. Leur orientation est déterminée par la direction du vent dominant, le Mistral. Les barres d’immeubles se succèdent, étagés de façon progressive en fonction de la pente du terrain. L’architecture du Parc Kalliste est rationaliste. Les façades expriment la structure des bâtiments, on y distingue les planchers et murs de refends entre lesquels se glissent les allèges en cailloux lavés et les baies vitrées, en piteux état aujourd’hui. 49


[ 1 ] - 044

Photographies du Parc Kalliste

Photos de Yohann Lamoulène pour le blog d’Olivier Bertrand, journaliste à Libération.

Le Parc Kalliste est une copropriété. Sa gestion est privée. Les difficultés que l’on constate sont imputables aux syndics (on en dénombre une quinzaine) autant qu’aux bailleurs, qui profitent de la rentabilité des logements, même insalubres, sans s’acquitter de l’entretient des bâtiments. Ici on trouve des loyers exorbitants, tirés vers le haut par des marchands de sommeil sans scrupules. Le parc HLM de la ville de Marseille, qui compte pourtant 33 000 logements, ne suffit pas et les familles sans ressources trouvent refuge au Parc Kalliste. Il y a un petit espoir d’amélioration pour le futur : le Parc Kalliste a été intégré au dispositif ANRU, pour la rénovation urbaine. Ce dispositif, fiancé par l’Etat est généralement réservé aux ensembles de logements sociaux. Les bâtiments les plus insalubres devraient être rasés, tandis que de nouveaux seront construits. Mais la mixité sociale qui n’existe pas aujourd’hui n’aura pas plus de succès avec la rénovation. Si l’on regarde le site globalement, cette mixité pourrait exister : de nouveaux arrivants, chaque jour plus nombreux, investissent le quartier et s’installent dans le tissu pavillonnaire qui jouxte la copropriété. Sauf que leurs enfants ne vont pas à l’école du Parc Kalliste, dont le nom effraie outre mesure. La mixité sociale ne se force pas, elle n’a pas été pensée à l’origine et l’architecture n’y est pour rien. Du temps, de l’argent, une volonté politique, voilà ce qui pourrait changer la vie au Parc Kalliste. 50


[ 1 ] - 045

Photographie des espaces communs

Les espaces communs, tout comme les bâtiments, ne sont pas du tout entretenus.

51


Air-Bel

Bois-Le Maître

Les Lierres

66

77.8

74.3

Type

social ( 4 bailleurs )

copropriété

social

Desserte

tramway - autoroute

État du bâti

assez bon état

Équipements

équipements sportifs sommaires petit cabinet médical écoles

Traitement de l’espace public

beaucoup de parkings traitement des vides faibles

Emplacement dans la métropole

au croisement de la L2 et du tramway vers les bassins d’emplois

Grands Ensembles

Densité logements / hectare

52

+

+

-

-

++

-

bus en terminus

++

très bon état grâce à un entretien régulier

++

équipements sportifs école, commerces de proximité, café, bar, entreprises

++

espaces extérieurs entretenus

-

à l’écart des futurs enjeux

+

métro assez éloigné

+

assez bon état

-

écoles jeux pour enfants

-

beaucoup de parkings traitement des vides faibles

++

proche de la L2


Synthèse comparative Frais Vallon

Parc Kalliste

La Castellane

La Viste

70

100

108

50

social HMP bailleur unique

copropriété ( environ 15 syndicats )

social ( 5 bailleurs )

social

++

métro - bus autoroute

--

manque de moyens du bailleur

-

équipements sportifs vieillissants écoles

-

beaucoup de parkings traitement des vides faibles

++

proche de la L2 et des futurs bassins d’emplois

--

bus en terminus trop chargé

---

insalubre

--

équipements sportifs vétustes école

---

aucun traitement terrain vague

++

centre géographique de la future métropole

+

bus - autoroute

-

rénovation ancienne

+++

équipements sportifs école, commerces de proximité, café, bar, entreprises

--

peu de traitement beaucoup de parkings

++

au croisement des futurs modes de transports métropolitains

-

bus long trajet autoroute

++

très bon état rénovation en cours

-

équipements sportifs sommaires, écoles

-

beaucoup de parkings traitement des vides faibles

-

à l’écart des enjeux à court terme 53


Air Bel 1973 - 11e ar P.Liogier + R. Theric

Les Lierres 1966 - 12e ar P. Averous + M. Scialom

QUESTIONS D’ÉCHELLES Toutes ces axonométries ont été dessinées à la même échelle. Car les grands ensembles ne sont pas tous aussi grands. [ 1 ] - 046 Axonométries

Parc Kalliste 1958 - 15e ar A.H. de Vallaurie + C. Gros

Bois Lemaître

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1964 - 12e ar L. Olmeta


La Castellane 1974 - 15e ar F. Boukobza + P. Jameux + M. Mathoulin + P. Meillassoux

La Viste 1964 - 15e ar G. Candilis + A. Josic + S. Woods + L. Olmeta

Castelroc 1973 - 10e ar C. Gros

Frais Vallon 1963 - 13e ar A. Devin

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Les Grands Ensembles constituent de vĂŠritables enjeux mĂŠtropolitains pour Marseille 56


+ réserves foncières sur les espaces urbains délaissés

+ grands logements souvent

de qualité supérieure à la production actuelle

+ emplacements stratégiques dans la métropole + identités fortes du paysage

marseillais

+ capacité d’évolution des typologies

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La L2, le projet fantĂ´me

58


59


10 ans par kilomètre

Notre parcours sur la L2 La L2 est un projet autoroutier de contournement de la ville, inscrit au plan d’urbanisme depuis 1933. Le chantier a commencé en 1993 et a connu plusieurs séries d’interruptions au gré des mouvements politiques et économiques. Aujourd’hui, la L2 n’est toujours pas terminée et ses infrastructures fantomatiques apparaissent ponctuellement dans la ville. Nous nous sommes intéressés au tracé de la L2 lors de nos visites des grands ensembles car plusieurs d’entre eux sont implantés à proximité de cet axe. Son statut atypique et sa situation à l’échelle de la métropole nous ont laissé penser qu’au lieu d’être source de nuisances, cette infrastructure pourrait devenir un vecteur d’urbanité. Ce récit replace ainsi la L2 dans le contexte de la ville aujourd’hui et dresse nos conclusions déterminantes pour la construction de notre plan guide et nos pistes de projets.

[ 1 ] - 053

Les quartiers traversés par la L2

Du nord au sud, la L2 traverse 26 anciens noyaux villageois, aujourd’hui quartiers de Marseille.

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La Cabucelle

s

Le Merlan St Jerôme y

m

te s

Malpassé

h

Le Canet

Cr ot

é él

Bon secours

St art B

St Just Montolivet

Le Ch s ar La B tre lanc ux arde

Le

Les Arnavaux

Ste Marthe

St Barnabé

St Pierre

St Jean du désert

La Timone Pont de La Capelette Vivaux

St Tronc

Ste Marguerite

Mazargues Vieille Chapelle

Pointe Rouge

Sormiou

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La L2 De 1933 à aujourd’hui Histoire d’un projet d’autoroute de contournement.

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[ 1 ] - 048 Photographie de la L2 en chantier et de quelques archiculteurs

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[ 1 ] - 049

1933 Le plan Greber dessine le tracé de la future L2. Les terrains sur l’emprise du projet sont réservés.

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[ 1 ] - 050

1949 Le plan Baudouin privilégie un schéma radial avec une mise en valeur paysagère. L’État n’adoptera ce plan qu’en 1959 après 10 ans d’immobilisme.

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[ 1 ] - 051

1961 Création de la ZUP n°1. La L2 est intégrée dans le projet mené par Guillaume Gillet. Les premières sections sont construites à la Busserine.

66


[ 1 ] - 052

1979 L’État prend la maîtrise d’ouvrage de la construction de la L2. La réalisation est au point mort à cause des constructions proches. Le tracé en rose est aujourd’hui la section supposée ouvrir en 2017.

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De 1933 à aujourd’hui La L2 Histoire d’un projet d’autoroute de contournement Des années 1980 jusqu’au début du chantier en 1993, le projet est resté au point mort. Ce qui a manqué pour la L2, c’est un réel projet moteur qui lui aurait donné un autre statut que celui d’infrastructure autoroutière. Depuis, des terrains non constructibles, comme à Joseph Aiguier, se sont transformés en jardins familiaux totalement intégrés au quartier. À Air Bel, la couverture du projet est encore en négociation mais les terrains restent délaissés. À Saint Barnabé et Montolivet, là où les CIQ ont été les plus actifs et où vit une tranche aisée de la population, la L2 a déjà été couverte et aménagée en parc. Les dispositifs paysagers aménagés permettent de joindre Frais Vallon et La Fourragère à pied, en une demi-heure. Le temps de parcours est seulement dix minutes plus long que celui du métro ! Le tracé de la L2 relie ainsi des quartiers de Marseille actuellement isolés les uns des autres et offre, en plus, des points de vues exceptionnels. Plusieurs interrogations nous viennent après l’analyse du tracé. Les futurs pôles multimodaux prévus le long de la L2 constituent des zones de densification. Comment en faire profiter les grands ensembles marseillais implantés autour ?

Des terrains ont été réservés pour accueillir la L2, ils sont aujourd’hui abandonnés, en friche, notamment dans les quartiers Sud. Comment pourrait-on injecter du logement (social ou en accession), dans ces zones peu denses ?

La L2 est un élément fort du paysage de Marseille. Elle traverse des anciens villages marseillais, des canaux, des champs, des grands ensembles... La construction d’une autoroute en milieu urbain est de nos jours exceptionnelle et les polémiques autour de son retard continuent de susciter curiosité et impatience chez les marseillais. Une telle infrastructure autoroutière pourrait-elle être le moteur de la requalification des quartiers à l’échelle de la ville ? L’enterrement partiel de l’autoroute à Barcelone à l’occasion des Jeux Olympiques de 1992 avait permis de renouer le centre-ville à la mer. Un succès de requalification urbaine que l’on pourrait imaginer transversalement au tracé de la L2 mais aussi longitudinalement, de Capitaine Gèze à la Pointe Rouge en passant par la ZUP n°1, Frais Vallon, Air Bel et Mazargues.

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[ 1 ] - 054

La L2, le 10 mars 2013

Photographie prise entre l’échangeur Florian et l’échangeur de la Fourragère.

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saint martin de crau

Arles

saint chamas

miramas saint martin de crau miramas saint chamas

istres

saint chamas

berre l’étang istres

rognac

rassuen

istres

Aix en Provence TGV

rassuen

fos sur mer

vitrolles aéroport rassuen

Martigues

Fos sur Mer

fos sur mer

port de bouc

pas des lanciers

fos sur mer Fos surMartigues Mer chateauneuf les port de bouc

martigues

septemes

Martigues chateaun saint antoine

martigues

l’estaque port de bouc

martigue

martigues

saint henry

carry le rouet

la couronne

les aygalades martigues niolon la redonne

sausset les pins

la couronne

sauss

La L2 et les déplacements métropolitains réseau ferré gare TGV

gare TGV

autoroute 0

1

2

3

4

5

10 Km

L2 autoroute

[ 1 ]0- 055 métropolitains 1 2 La 3 L2 4 et5les déplacements 10 Km

70

picon carry le rouet

la blanc

réseau ferré

gare TER gare hors reseau L2

sainte

sausset les pins la couronne st charle

La L2 et les déplacements métropolitains

gare TER gare hors reseau

saint joseph

Marseille


venelles

aix

Aix berre l’étang

la barque

rognac

meyreuil gardanne Aix en Provence TGV

vitrolles aéroport

simiane

pas des lanciers

septemes

neuf les es l’estaque

saint antoine saint joseph

saint henry les aygalades niolon

sainte marthe picon busserine

la redonne aubagne st charles

la pomme

Aubagne

la penne sur huveaune

la blancarde saint marcel

Marseille

A50

cassis

vers Toulon la ciotat

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Au fil de la L2 Notre parcours le long de l’autoroute

De la Pointe Rouge à l’échangeur Florian Après avoir étudié cette autoroute, nous avons envie de voir ce qu’il en est sur le terrain. Nous consacrons donc la journée du 10 mars à suivre le tracé de cette L2, pour nous rendre compte de sa réelle ampleur. Nous commençons au sud, à la Pointe Rouge, où la L2 débute sur un petit rond-point. C’est un boulevard large, avec de belles contre-allées. Mais 500 mètres plus loin, le tracé s’arrête. Nous parvenons tout de même à le suivre, puisqu’il n’y a pas de constructions dessus. Nous remontons doucement, en passant entre deux maisons, juste en bas du Roy d’Espagne, à l’arrière de Mazargues. Nous comprenons vite que cette L2 n’est pas prête de voir le jour dans les quartiers Sud de la ville. Après 80 ans de plans d’aménagement on est seulement parvenu à obtenir des terrains en friche qui se succèdent. En fait, rien de bien intéressant, si ce n’est la présence de plusieurs grandes parcelles vides le long du tracé, qui nous semblent avoir un potentiel énorme si la L2 venait à passer par là.

[ 1 ] - 056

La L2 le 10 mars 2013

Photographie de la L2 prise à la pointe rouge.

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[ 1 ] - 057

La L2 le 10 mars 2013

Photographie de l’emprise de la L2 au niveau du parc Régny.

Puis nous arrivons à l’échangeur Florian, là où l’autoroute Est A50 pénètre dans la ville. Nous découvrons une infrastructure assez monstrueuse, une énorme masse de béton qui se transforme en tunnel, et disparaît. Nous longeons le tunnel en voiture jusqu’à Air Bel, avant de trouver une grille mal fermée qui nous permet de pénétrer sur le chantier. Nous empruntons une future voie d’insertion, et descendons dans la L2 à pieds. C’est immense. Nous marchons sur l’autoroute, qui est parfois à ciel ouvert, et parfois recouverte. Nous découvrons une infrastructure assez fascinante, par sa taille et sa matérialité. Ces parois de béton de près de 20 mètres de haut, qui dessinent les bordures de cette L2 inachevée nous paraissent surréalistes. Depuis l’échangeur Florian jusqu’à l’Autoroute Nord, tout le gros œuvre est en fait réalisé. Il ne manque qu’une couche de goudron au sol...

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[ 1 ] - 058

La L2 le 10 mars 2013

Photographie de la L2 prise entre l’échangeur Florian et l’échangeur de la Fourragère: couverture de la L2.

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[ 1 ] - 059

La L2 le 10 mars 2013

Photographie de la L2 prise entre l’échangeur Florian et l’échangeur de la Fourragère: sol de la L2.

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[ 1 ] - 060

La L2 le 10 mars 2013

Photographie de la L2 prise entre l’échangeur Florian et l’échangeur de la Fourragère: espace de vie d’un SDF.

Air Bel Après 1 km de marche sur la L2, nous rencontrons un homme. Il est installé sur une chaise au soleil, et lit la Bible. Il n’a pas l’air tellement surpris de nous voir ici, tous les six. Nous allons à sa rencontre. C’est un SDF qui a élu domicile dans la L2. Il s’est aménagé un logement dans les issues de secours de l’autoroute. Il ne se doute pas qu’il vit peut-être dans la « maison » la plus chère du monde. Il nous accompagne jusqu’à la Fourragère, et nous indique un chemin pour sortir de l’autoroute sans trop de difficultés. Nous arrivons au niveau de la nouvelle station de la Fourragère, dessinée par Corine Vezzoni. En un sens nous sommes rassurés, la L2 sert au moins à une personne, et en plus elle vit à proximité des transports en commun. 76


Entre la Fourragère et Frais Vallon Nous avons marché sous la L2, nous allons à présent marcher dessus. Nous voilà arrivés dans le 12ème arrondissement, qui s’est construit principalement sous forme de maisons individuelles. La L2 est entièrement couverte et nous y découvrons une série de parcs, des jeux pour enfants, des terrains de sport, des fontaines, des belvédères, de grands espaces verts. De nouveau, nous sommes confrontés à quelque chose de surréaliste. Il y a une intensité de vie extrêmement puissante. Les gens sont ensembles, ils parlent, jouent, surveillent leurs enfants, promènent leurs chiens, font du sport. La topographie permet d’ailleurs d’avoir, de temps en temps, des perspectives remarquables sur la ville. C’est la High-Line de Marseille, sauf qu’au lieu d’être bordée de tours et d’îlots très denses, elle est au cœur d’un quartier pavillonnaire. La ville semble avoir une drôle de façon de gérer les inégalités, mais nous y reviendrons plus tard. Quoi qu’il en soit, l’idée commence à germer. La L2 peut devenir un vrai projet, quelque chose de plus fort qu’une simple autoroute de contournement.

[ 1 ] - 061

La L2 le 10 mars 2013

Photographie de la L2 prise au niveau de Montolivet.

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Pont Le parc linéaire qui couvre la L2 prend fin à hauteur de Frais Vallon. Le tunnel se transforme en pont, et traverse l’ancienne autoroute B51, aujourd’hui voie rapide. Ici, plus de jeux d’enfants, nous revenons sur un discours purement infra-structurel. Le monde de l’ingénierie prend le dessus. Ce pont est d’ailleurs inutilisé, puisque l’autoroute n’est toujours pas ouverte. Nous sommes face à un vestige du futur, un morceau gigantesque de béton, très puissant, mais qui n’entretient aucun dialogue avec son environnement. On imagine très bien comment cet ouvrage a été conçu. Il faut faire passer la L2 ici? Alors on va tracer une ligne droite, facile! Puis on va mettre des énormes sorties d’autoroutes dessus, avec un échangeur surdimensionné, comme ça on est sûr que ça marchera. Frais Vallon? Oh, c’est pas grave. Pourquoi vouloir se déplacer à pieds, ils ont tous une voiture non?

Merlan Une partie de la L2 est déjà en service. Elle relie l’autoroute A7 à la B51. Autour d’elle, plusieurs grands ensembles prennent place. Font Vert, Picon Busserine, les Tilleuls, les Flamants, Campagne Larousse, ou encore Frais Vallon. Dans ces quartiers, la L2 est une véritable fracture, une énorme coupure urbaine. On est loin de l’espace public soigné du 12ème arrondissement, bien qu’il y ait une concentration beaucoup plus forte d’habitants.

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[ 1 ] - 062

La L2 le 10 mars 2013

Photographie de la L2 au niveau de l’échangeur de Frais Vallon, où la couverture s’arrête: en premier plan des jardins ouvriers, au second une tour de la cité Frais Vallon.

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La L2 le 10 mars 2013

Photographie de la L2 prise depuis le parking du Carrefour du Merlan.

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[ 1 ] - 064

La L2 le 10 mars 2013

Photographie de la L2: la voirie crĂŠe une fracture dans la ville, entre deux citĂŠs.

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[ 1 ] - 065

La L2 le 10 mars 2013

Photographie de la L2, avec une vue sur l’Êchangeur de Frais Vallon.

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L’agriculture urbaine, histoire et enjeux 84


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Marseille, un passé agricole ? Cette interrogation est bien légitime puisque l’agriculture n’a laissé que peu de traces dans l’histoire de la ville. Mais qu’en est-il réellement ? Nous avons cherché dans les recoins de notre mémoire un cours d’histoire où l’agriculture aurait été évoquée... Rien à faire... Pas même une vieille anecdote familiale, racontée par un grand-père, où aurait été décrite une dure journée passée dans les champs, à labourer la terre à mains nues ... Des fouilles historiques s’imposent ... Et oui ... Marseille a un passé agricole !

[ 1 ] - 066

Quelques bastides subsistent à Marseille

Ces lieux de villégiature étaient des exploitations agricoles appartenant à la bourgeoisie.

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[ 1 ] - 067

Les bastides marseillaises

Bastide de la Magalone, fin 17ème, aujourd’hui cité de la musique de Marseille.

[ 1 ] - 068

Les bastides marseillaises

La Buzine (ou «château de ma mère» de Pagnol) aujourd’hui maison des cinématographies.

Ce passé est peu ancré dans la mémoire collective. L’agriculture arrive assez tardivement sur le devant de la scène. C’est la construction du canal de Marseille, en 1854, qui permit réellement de se tourner vers ce secteur. Mais il fut un temps où la ville était auto-suffisante en maraîchage. La périphérie de Marseille, où se dressent aujourd’hui, face au soleil, les grands ensembles, était alors tapissée de champs de tomates, de carottes, de salades, de navets, de pommiers, d’oliviers, ... qui alimentaient la totalité de la population de la ville ! Entre les années 1950 et 1970, face à l’urgence de la reconstruction, ces parcelles vont être investies afin d’y bâtir les grands ensembles. Si ces opérations ont permis de loger massivement les populations résidant alors dans des bidonvilles, elles ont aussi rayé de manière nette et définitive l’histoire agricole de la ville. « À l’origine, c’était des grands champs ici. Certes il y avait aussi les campagnes et les bastides, un peu plus haut, mais ici, ça n’était que des maraîchers.» « Il y avait des jardins ouvriers, en 1940, là. Les jardins de Pétain, un peu partout » * Mais aujourd’hui, qu’en est-il, de ces jardins ouvriers ? Reste-t-il, ne serait-ce, qu’un seul agriculteur marseillais encore en activité ? En parcourant le quartier des hauts de Sainte-Marthe, dans le 14ème arrondissement de Marseille, nous allons en apprendre plus. * Source : Il était une fois la ZUP n°1, Lucien Bertolina et Françoise Brès,Radio Grenouillle, 2001

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Après avoir parcouru, au milieu des herbes hautes, les étroits chemins de campagne de ce quartier, nous tombons par le plus grand des hasards, sur ce qui semble être une ferme en pleine activité ! Ayant du mal à croire ce que nous avons pourtant sous nos yeux, nous décidons d’entrer dans la propriété, dont le portail est largement ouvert. Contournant un beau mur de pierres sèches, surmonté d’un concassé de culs de bouteilles, nous arrivons devant une ancienne bastide, fraîchement rénovée. Nous sommes accueillis par deux vieux chiens, plutôt inoffensifs, suivis de leur maître, qui s’avérera être un ami de la famille, venu bricoler pour la journée. Le propriétaire n’est pas là. Nous interrogeons notre interlocuteur, afin de nous assurer que son ami est bien agriculteur et qu’il réussit à vivre de son métier. Nous obtenons le numéro de téléphone de ce précieux contact, que nous venons de trouver. Son ami nous lâche: « Vous devriez regarder sur internet, il est passé hier au soir sur France 2 et il parlait justement des difficultés de son métier, et des perspectives d’avenir du secteur agricole à Marseille. Le nom de la ferme c’est ‘‘Le dernier agriculteur marseillais’’ et son nom à lui c’est Lucien Garnerone. » Nous rentrons à Luminy, où une nouvelle séance de débats nous attend. Lucien Garnerone était bien sur France 2. Il affirme: « Quand on fait de la qualité, on peut en vivre. » Il ne semble pas que développer le secteur agricole à Marseille soit une absurdité... Et même loin de là! Quelques jours plus tard, la Une de L’hebdo Marseille affiche en gros titre:

‘‘Les derniers paysans de Marseille’’. Les pages suivantes enchaînent:

‘‘Aujourd’hui, Marseille possède 60 hectares de zones agricoles. L’objectif est d’arriver à 200’’ ‘‘Sébastien Pioline, maraîcher et éleveur de poules. Les poules aux oeufs d’or’’ , ‘‘De prof à paysan, il n’y a qu’un pas ! David Lombard et la ferme pédagogique du Roy d’Espagne’’ ,

‘‘Des ruches sur le toit du Sofitel’’ , ‘‘Le paysan, c’est tendance ! ‘‘ , et encore bien d’autres... Les jours qui suivent sont consacrés aux actualités de ce fameux secteur agricole marseillais, qui semble bénéficier d’un nouvel engouement.

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‘‘Quand on fait de la qualité, on peut en vivre’’ Lucien Garnerone, exploitant de la ferme «le dernier agriculteur marseillais»

[ 1 ] - 069 «À Marseille, les paysans urbains font de la résistance» Une du journal local La Provence, consacrée à l’exploitation de Lucien Garnerone.

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Mais malgré cet engouement les chiffres parlent d’eux mêmes. Seuls 60 hectares de terrains agricoles sont encore en exploitation à l’heure actuelle à Marseille, ce qui représente un potentiel de production alimentaire pouvant satisfaire 1,03 % de la population locale: 1,5 ha d’agriculture maraîchère peuvent nourrir 100 familles/an; 60 / 1,5 = 40 ha, 40 x 100 = 4 000 familles, 4 000 x 2,2 = 8 800 personnes, 8 800 / 850 726 x 100 = 1,03 %. Entre 1998 et 2000, le nombre d’agriculteurs a chuté de 186 à 74 ! Et en 2013 il atteint péniblement le chiffre de 20. Quant aux jardins ouvriers, on en comptait plus de 7 000 avant les 30 glorieuses et leur nombre est aujourd’hui de 775... Les demandes sont néanmoins de plus en plus vives. Et les jardins familiaux de Castellas, qui libèrent chaque année 6 parcelles maximum pour de nouveaux locataires enregistrent en 2012 une liste d’attente de 330 familles!

Aux grands maux... les grandes ambitions Multiplier le nombre de jardins ouvriers aux alentours de la L2 est un début. Mais, ayant étudié le phénomène d’agriculture urbaine depuis quelques mois, nous sommes convaincus que cette pratique peut porter un projet bien plus fort et bouleverser les usages sur le territoire marseillais. Nous partons donc explorer ce que le terme ‘‘agriculture urbaine’’ désigne et quels pourraient être les véritables enjeux quant à la ville de Marseille, son territoire, son histoire et sa population.

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[ 1 ] - 070 Nourrir Marseille Les 60 hectares classÊs au PLU permettraient de nourrir environ 1% de la population ... c’est tout!

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En France, toutes les 5 minutes, l’équivalent d’un terrain de foot de surface agricole est rayé de la carte. Cela équivaut à 1 département français tous les 10 ans.

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D’ici 2050, il manquera l’équivalent de la surface du Brésil de surface agricole pour nourrir la population mondiale.

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L’agriculture urbaine, enjeux généraux « À l’horizon 2050, la population mondiale avoisinera les 10 milliards d’individus dont 80 % vivront en milieu urbain. Les besoins en nourriture seront alors accrus de 70%. » selon la FAO (Food Agriculture Organisation ONU). Or, aujourd’hui, 80 % des terres arables sont en exploitation, et 15 % des terres en exploitation sont déjà épuisées, c’est-à-dire rendues improductives par une agriculture trop intensive ou agressive 1. En 2013, 800 millions de personnes souffrent chroniquement de la faim 1. En France, toutes les 5 minutes, c’est l’équivalent d’un terrain de football de surface agricole qui est rayé de la carte au profit de l’étalement urbain 2. Il manquera d’ici 2050, l’équivalent de la surface du Brésil en terres agricoles, pour produire de quoi nourrir la population mondiale 2. L’agriculture urbaine est-elle la solution à la pénurie alimentaire qui menace notre monde ? 1 Source : Le Monde: http://publi.lemonde.fr/intel-innovation/fermes urbaines.html 2 Source : Le Point: http://www.lepoint.fr/environnement/france-2-millions-d-hectares-de-surfaces-agricoles-ontdisparu-en-30-ans-18-06-2014-1837328_1927.php

[ 1 ] - 071 Gargantua

94


L’agriculture urbaine se décline sous plusieurs formes, on peut les classer simplement en deux "familles" : l’agriculture en pleine terre et l’agriculture hors sol.

L’agriculture en pleine terre Au contact de la ville, où le foncier est rare et cher, les activités génératrices de valeur ajoutée et de main d’oeuvre, telles l’horticulture ou le maraîchage sous abri sont favorisées. Elles permettent d’être rentables sur de petites surfaces contrairement à d’autres, qui demandent bien plus de place. Quelques exemples :

Arboriculture pépins : surface minimale 25 ha. Arboriculture fruitière : surface minimale 5 ha de verger. Agriculture viticole : surface minimale 8 ha en AOC et 15 ha en vin de pays. Oléiculture : surface minimale 15 ha.

Les jardins ouvriers, jardins collectifs, jardins familiaux, citoyens ... font également partie de cette famille. Ils sont plutôt réservés à des particuliers, des associations ou des fermes pédagogiques et n’ont pas de vocation commerciale. Leur nombre, très important avant les 30 glorieuses, va fortement chuter avec l’arrivée des grands ensembles et de l’urbanisme des années 1960. Depuis peu, ces jardins connaissent un nouvel engouement.La demande vient principalement des populations vivant en milieu urbain, mais également en zones pavillonnaires. Ces parcelles cultivables offrent un coin de verdure et un moyen de diminuer les dépenses en nourriture grâce aux petites productions agricoles qu’elles génèrent. Et il ne faut pas sous-estimer leur rôle social au quotidien! Elles sont en général louées par la ville à leur exploitant pour 0,04€/m²/an sur une surface moyenne de 100 m² ! Soit un prix n’excédent en général pas les 40€ à l’année. Actuellement, il y en a 775 à Marseille, dont une grande partie sur le tracé de la L2. Durant les 30 glorieuses, la ville en comptait près de 8000. Certains de ces jardins sont donc voués à disparaître, comme ceux de Joseph Aiguier à Valmante... 95


L’agriculture hors-sol Selon la légende, ce type de culture puiserait ses origines dans les jardins suspendus de Babylone. Mais on le retrouve également chez les Aztèques, autour du XIVème siècle. Ce peuple cultivait alors sur des radeaux, faits de joncs et de roseaux, recouverts d’une couche de limon. Les racines des végétaux plongeaient directement dans les eaux des marécages ou des lacs sur lesquels flottaient ces petites plates-formes agricoles. Devenus de véritables procédés technologiques, les cultures hors sol consistent à faire pousser des fruits ou des légumes, soit dans un substrat organique, soit à la surface de cuves remplies d’eau et de minéraux, soit en arrosant directement les racines des végétaux, nues et à l’air libre. Ces cultures, tout à fait adaptées au milieu urbain, sont aujourd’hui sur le devant de la scène. Elles permettent une production massive et continue, sans contrainte météorologique, et sont très adaptées aux besoins de nos sociétés. Les études et les propositions architecturales mettant en oeuvre ce type d’agriculture, en milieu urbain, sont de plus en plus nombreuses. En voici quelques exemples.

[ 1 ] - 072 Culture de salades hors-sol

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[ 1 ] - 073 La Ferme Lufa, à Montréal La réhabilitation du bâtiment a été l’occasion d’y installer une serre en toiture. Elle nourrit 2000 montréalais !

L’agriculture sur les toits Faisons un petit détour par Montréal, au Canada, où le groupe Lufa, a fait construire en 2011 sur le toit d’un ancien bâtiment industriel en réhabilitation, une serre de culture hors-sol de 2800 m², qu’il exploite depuis. « Notre stratégie est d’approcher les promoteurs plutôt que les propriétaires d’immeubles, pour intégrer la ferme dès le début du projet, c’est beaucoup de travail de persuasion mais je demeure très confiant » raconte à un journal local Mohamed Hage, gérant de la société. L’exploitation de cette ferme urbaine permet d’approvisionner 2000 montréalais à l’année: soit 1,4 m² de surface agricole par personne. Un système de livraison hebdomadaire de paniers fraîcheur est mis en place dans des points relais situés aux quatre coins de la ville. Un panier pour deux personnes coûte alors aux alentours de 9,5 €... 97


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Qu’à cela ne tienne ! Nous partons dans les hypermarchés, avec la liste des ingrédients de ce fameux ‘‘panier fraîcheur’’ sous le bras, afin de calculer si ce système fait également ses preuves au niveau financier ! es 05070€€0 €€ nn 5 rso 7 . . pe , , :dans Panier Fraîcheur petit format prix/semaine 9 9 Auchan St-Loup : 11,5 €, Géant Casino Vaufrèges : petit 10,9 €,format Carrefour 11,65 €... à 2mensuel 6 6 Panier Panier Fraîcheur Fraîcheur petit format - part - part du budget duBonneveine budget ‘légumes’ ‘légumes’ dans le salaire le salaire mensue m 1 11 1à

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[ 1 ] - 075 Prix d’un panier fraîcheur en France Part du budget légumes dans le salaire mensuel moyen.

Il n’y a pas à dire... Ils sont vraiment forts ces Canadiens! Et pour cause, « Seulement 12 $ d’essence par jour pour approvisionner les 74 points de chutes situés dans Montréal et nourrir 2000 personnes ! » ; « Depuis le premier jour, pas une tomate n’a été perdue ! » 14. Sa situation avantageuse, au plus près des consommateurs et son système d’approvisionnement en flux tendus, permettent à l’entreprise de réduire de manière significative les frais de transports, de livraisons et les frais de stockage qui y sont associés.

«The Vertical Farming» C’est un américain, Dickson Despommier, microbiologiste, écologue et professeur de santé publique et de santé environnementale à l’Université Columbia de New-York qui met au point le premier projet du genre en 1999. 98


Avec les technologies disponibles à l’époque, il affirmait qu’une ferme verticale de 30 étages, construite pour un montant de 84 millions de dollars, pourrait nourrir 30 000 personnes, avec un rendement moyen 5 à 6 fois supérieur à l’agriculture traditionnelle et jusqu’à 30 fois pour la culture des fraises ! 1 Plusieurs caractéristiques techniques permettent de tels rendements: cultiver en milieu fermé et hermétique permet de protéger les cultures des intempéries et variations climatiques et donc de produire toute l’année avec un rendement constant. On a également un meilleur contrôle des températures et de l’hygrométrie qui sont ajustées en fonction des besoins des plantes cultivées. De plus, l’agriculture en circuits fermés (hydroponie) permet de réduire les risques de maladies et la prolifération d’insectes consommant la production alimentaire destinée à la vente. En venant implanter ces fermes verticales au coeur des villes, c’est également toute la logique de transport, de gestion des stocks et de distribution qui est bouleversée. Les coûts de logistique sont réduits, la rentabilité globale de la production est augmentée ... En France, depuis le début des années 2 000, l’agence d’architecture SOA s’est penchée sur le sujet, et propose aujourd’hui de nombreuses études en la matière.

1 Source : Le Monde: http://publi.lemonde.fr/intel-innovation/fermes urbaines.html

« Une ferme verticale de 30 étages construite pour 84 000 000 de Dollars suffirait à nourir au bas mot 30 000 personnes. Soit un rendement 5 à 6 fois supérieur à l’agriculture traditionnelle »

Dickson Despommier

[ 1 ] - 076 Dickson Despommier

Microbiologiste, écologue et professeur de santé publique et environnementale à l’université Columbia de New York

Microbiologiste, écologue et professeur de santé publique et environnementale à l’université Columbia de New York.

99


En voici un exemple. En plus de produire des fruits et légumes, cette tour hybride, prône un nouveau mode de vie entre ville et nature. Elle abrite 130 appartements et intègre au sein même du lieu de production, un lieu de vente, améliorant ainsi au maximum l’efficacité production/distribution. Mais comment financer, puis entretenir de telles machines de production à la pointe des nouvelles technologies agricoles? Ce projet, lauréat d’un concours d’idées réalisé en 2006, propose une tour de 30 étages. Son prix annoncé est de 98 100 000 € HT pour une SHON de 50 471 m2, soit exactement 1950 €/m2. De plus, les architectes effectuent ici tout un travail sur la performance énergétique du bâtiment, permettant de réduire les coûts liés à son utilisation, ainsi que toutes les dépenses annexes qu’implique une telle machine.

SOA ARCHITECTES

[ 1 ] - 077 Ferme urbaine verticale LA TOUR VIVANTE Le projet de l’agence SOA architectes.

7000m² de cultures 37 333 pieds (750 pers)

15 plateaux 8675 m²

100

63 000 kg (4850 pers)

9 324 kg (14 300pers)

130 appartements 11045 m²

Médiathèque, Crèche, Supermarché


Sa forme hélicoïdale lui permet de n’avoir qu’un seul plancher du sommet de la tour à la rue. Ce système anéantit le coût du pompage des fluides passant dans le substrat qui alimente les cultures, en utilisant un écoulement par gravité. Deux éoliennes en toiture servent à pomper ce même liquide du bas vers le haut, dans un circuit fermé, tout en produisant l’électricité nécessaire à l’éclairage des cultures. Une station de traitement des eaux vannes et eaux de pluies permet également de recycler les fluides en utilisant les ressources disponibles sur place... Plusieurs tours à vocation agricole et mixte sont en cours d’étude à travers le monde. Celle qui devrait voir le jour le plus rapidement est la ferme Plantagone à Linköping, en Suède, qui pourra nourrir environ 25 000 personnes toute l’année. Ces tours agricoles et l’agriculture hors-sol en général présentent de nombreux avantages d’ordre écologique: limitation de la déforestation ou de l’appauvrissement des sols. Notons aussi la réduction, voire la possible disparition de l’usage d’herbicides et insecticides. Le recyclage des eaux usées et la valorisation des déchets organiques sont encouragés, notamment avec la méthanisation et le compostage. Mais elles représentent également un réel enjeu économique et social. Elles génèrent la création d’emplois qualifiés ou non qualifiés (fermiers urbains, biologistes, main d’oeuvre pour les récoltes...) et nécessitent la mise en place d’écoles spécialisées dans l’agriculture urbaine, la biologie, l’écologie... Elles permettent la réinsertion du végétal dans la ville autour d’un nouveau mode d’habiter, et ont un rôle pédagogique dans la compréhension des enjeux et des besoins agricoles mondiaux. En amenant à des rendements très importants et en annulant les coûts liés au stockage et aux transports, l’agriculture en ville offre plus de nourriture à moindre coût. Certaines questions persistent quand même à leur égard : Qui serait à même de financer de tels projets ? Les tours de production seront-elles facile à faire entrer dans les moeurs quant à leur côté très artificiel, en rupture avec l’image champêtre que l’on peut se faire de la production alimentaire? A savoir tout de même qu’aujourd’hui 90 % des tomates françaises sont déjà produites en hors sol et que ce chiffre avoisine les 100% en Belgique ou en Hollande. 1

1 Source : http://www.liste-hygiene.org/arctomates.html

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L’agriculture urbaine, actions et enjeux citoyens L’agriculture urbaine est aussi une action citoyenne. Les Guerrilla Gardening se sont multipliées dans le monde ces dernières années. Ce terme aux connotations guerrières s’applique ici à une action de lutte pacifiste, où les armes sont remplacées par des graines et des arrosoirs. Ces mouvements citoyens mènent des actions que l’on peut distinguer en trois types. L’embellissement des villes et le retour à un urbanisme vert est une des motivations des jardiniers qui investissent les délaissés urbains en y créant des îlots de nature. Tout est susceptible d’accueillir quelques graines : lieux abandonnés, terrains vagues, friches, abords des réseaux routiers, rond-points, trottoirs... Aux origines, ces actes sont initiés par une artiste, Liz Christy qui fonde à NewYork, en 1973, les Green Guerillas. Son action, à savoir la conversion d’un lotissement abandonné de Manhattan en jardin collectif, marque le début du mouvement. En 2004 ces actions connaissent un souffle nouveau. Richard Reynolds crée les Guerrillas Gardening dans la même lignée que les actions de Liz Christy. Les moyens de communications offerts par internet font exploser le phénomène, que l’on retrouve aujourd’hui aux quatre coins du globe. Des jardiniers se donnent rendez-vous pour mener leur mission d’embellissement des villes. Ces actions, menées sans permissions officielles se déroulent de nuit, afin d’éviter l’intervention des autorités. Aux yeux de la loi l’acte de jardinage non autorisé est une dégradation au même titre que les graffitis. Même s’il paraît difficile d’imaginer une condamnation pour jardinage et embellissement illégal d’un lieu public...

[ 1 ] - 078 Liz Christy 1975 Manhattan «Bowery Houston Community Farm and Garden» : le 1° jardin communautaire de la ville.

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[ 1 ] - 079 Action de Incredible Edible Devant l’hôtel de ville de Paris, les légumes plantés sont en libre accès.

Au-delà de la question qualitative de l’espace urbain, ce phénomène a aussi une fonction nourricière. Les Incredible Edible visent à introduire des espaces de production agricole au sein des villes. Ce mouvement venu du Nord de l’Angleterre est initié par Pam Warhurst qui prend l’initiative de cultiver devant sa maison un mini potager en laissant libre d’accès sa récolte. Les voisins suivent l’initiative, l’action s’amplifie. On cultive même quelques fruits et légumes dans le cimetière de la ville, dont le sol est si fertile ! L’implantation de potagers gratuits n’est pas une concurrence déloyale aux agriculteurs, bien au contraire. Les quantités de nourriture produites avec des initiatives citoyennes sont insuffisantes pour alimenter toute une ville. Ces actions permettent de créer de nouveaux réflexes, dont celui de manger local. Ainsi la proximité des productions agricoles devient un argument de vente et les producteur locaux n’ont jamais eu autant de succès. 103


En France, on peut voir à l’œuvre cette initiative dans le 12ème arrondissement de Paris. Les bacs à fleurs accueillent désormais des plantes nourricières : tomates, haricots, framboises, menthe, ciboulette. Tout est cultivé et entretenu par les habitants du quartier. De petits écriteaux, où il est inscrit « Nourriture à partager, servez-vous c’est gratuit », invitent à la dégustation. Outre Atlantique, l’action des Fallen Fruits mérite aussi notre intérêt. À Los Angeles, une loi stipule que tout ce qui pousse dans le domaine public est à disposition des citoyens. En clair, on peut profiter des arbres fruitiers dont les branches se trouvent dans le domaine public. Le mouvement a donc mis en place une cartographie de la ville, relevant les lieux où on peut trouver des fruits, au-delà des clôtures. Cette action en faveur d’une ville comestible, est un acte militant qui encourage à s’approprier l’espace public en utilisant son potentiel productif.

[ 1 ] - 080 Fallen Fruits Cueillette de fruits dans le domaine public.

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[ 1 ] - 081 Fallen Fruits Ces cartes sont enrichies par les cueilleurs et mises à disposition de tous.

Mais l’appropriation d’espaces potentiellement cultivables se fait aussi sur des territoires privés. Les chiffres officiels indiquent que les 2/3 des terres arables de la planète sont détenues par seulement 3% des propriétaires terriens. La réforme agraire est malheureusement restée au stade de douce utopie dans de nombreux pays. Ces mouvements citoyens ont un rôle social important. L’idée de cultiver passe parfois au second plan. L’échange, le partage, les rencontres sont le moteur de nombreuses initiatives. La dimension expérimentale de ces actions est aussi primordiale. Le jardinage doit être durable, avec des gestes simples, traditionnels, que l’on redécouvre, loin des méthodes d’agriculture extensive. En somme il s’agit de créer des espaces communautaires conviviaux, de consommer autrement, de maintenir la biodiversité même en ville, tout en interpellant les pouvoirs publics sur l’utilisation des délaissés urbains et la définition des limites de la propriété privée. 105


L’agriculture urbaine, enjeux marseillais Revenons désormais à Marseille. Les enjeux sociaux et économiques de l’agriculture urbaine sont désormais évidents: l’alimentation et le logement sont les postes budgétaires où les sommes engagées diffèrent le moins en fonction du niveau de vie des ménages. Sur ces deux postes, les ménages du bas de l’échelle dépensent à peine deux fois moins que les ménages du haut de l’échelle. L’agriculture hors-sol, induisant la diminution des coûts d’exploitation, est un avantage économique indéniable pour les familles en difficulté financière. Les dépenses liées à la nourriture pourraient être reportées selon les besoins et les envies de chacun, tout en bénéficiant d’un accès simple à des produits alimentaires frais. L’agriculture hors-sol semble également, notamment au vu de sa technicité, pouvoir générer de nombreuses opportunités d’emploi ou de formation. C’est tout Marseille qui doit profiter de ce nouvel élan ! Le tracé de la L2 est l’occasion de sublimer les atouts paysagers de la ville, en s’appuyant sur l’exceptionnel Canal de Marseille ou le ruisseau des Aygalades. À Montolivet, l’appropriation des délaissés transformés en jardins familiaux, apporte des qualités urbaines à l’infrastructure et renoue avec un mode d’occupation ancien de la ville: en effet, dans les années 1950, Marseille était autosuffisante en maraîchage !

[ 1 ] - 082 Borely en 1948

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Depuis, la ville a continué à s’urbaniser, en s’étalant jusqu’aux pieds des collines. Les terrains agricoles ont été de plus en plus grignotés. La communauté urbaine est consciente de l’enjeu que représente la préservation des terres agricoles en ville. Le récent PLU de Marseille a bloqué plusieurs dizaines d’hectares à la construction pour permettre aux agriculteurs de conserver, voire d’étendre leur exploitation. Le problème est que la plupart de ces réservations ne sont pas cultivables... Les intérêts d’implanter une filière agricole à Marseille sont donc nombreux. Intensifier des espaces d’agriculture et de nature en pleine ville, c’est renforcer des pratiques déjà observées. C’est aussi l’occasion de qualifier des territoires aujourd’hui abandonnés et de favoriser les interactions sociales. En travaillant sur les espaces plus public délaissés, mais aussi sur les grands ensembles, le tissu pavillonnaire lâche, les cours d’eau, l’objectif est de rendre les quartiers plus attractifs et donc potentiellement densifiables. En donnant une identité commune à ces territoires, nous proposons un renouveau urbain pour l’arrière plan marseillais. Enfin, l’agriculture urbaine offre des perspectives économiques intéressantes en ville. Marseille, par l’intermédiaire du port autonome et du Marché d’Intérêt National, peut renforcer ses filières de distribution locales. L’impact économique d’un tel développement peut profiter à tous : créations d’emplois, revenus complémentaires grâce aux jardins familiaux, formation sur place, insertion, renouvellement urbain ...

1998 186 agriculteurs

2000 74 agriculteurs

2013 20 agriculteurs

[ 1 ] - 083 Évolution du nombre d’agriculteurs à Marseille

107


L’agriculture urbaine, un vrai programme politique et mÊtropolitain 108


+ nourrir la population à moindre coût et développer une économie locale + créer des emplois de basse à haute qualification

+ générer de nouveaux liens entre la population

+ requalifier l’espace public et organiser la gestion des sols

+ mettre en valeur des pratiques régionales existantes + impulser la densification dans

des zones jusqu’alors délaissées

109


110


Marseille, Capitale de l’Agriculture

Tome 2 - Le Projet

Yannick Blaise - Marie Brosch Parez - Hugo Maurin - Christophe PiquĂŠ - Jade Sonet 111


Marseille, Capitale de l’agriculture

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Réflexion globale Nous devons travailler à l’échelle de la métropole, sur la question des grands ensembles et de la densification de la ville. Après six semaines de réflexion à six, nous prenons le parti de mettre en place un pari osé. Nous avons appris des grands ensembles que le problème n'était pas spécialement architectural mais globalement social. Les principes architecturaux et urbains de ces opérations sont communs: de très nombreux logements, regroupés sous forme de barres ou de tours, avec des espaces extérieurs souvent peu qualitatifs. Le statut social des résidences implique plus de différences. Le chômage, l'exclusion tant sociale que géographique de la ville et une économie souterraine entraînent les habitants dans une situation très critique. Il n’existe pas de solution miracle. Forcer la mixité sociale (ou du moins essayer), avoir recours aux forces armées, légaliser la drogue ... ? Aucune de ces solutions ne relève de la mission de l'architecte. Ce sont des décisions politiques. Notre mission, à l’échelle urbaine, c'est d'organiser des connexions entre la ville et les cités, afin qu'elles prennent place dans un réel processus commun, sans exclusion territoriale. La L2 représente selon nous une opportunité quant à la question de la connexion des grands ensembles. Cette couronne passe à proximité d'un bon nombre de cités. Mais actuellement, elle ne représente qu'une simple voie de contournement. Ce n'est rien de plus qu'une autoroute dont personne ne veut, et qui n'a au fond qu'une fonction d'autoroute : un endroit où les gens

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passent, mais ne s’arrêtent pas. Alors nous décidons de lui donner une âme. Nous voulons qu'elle soit porteuse d’espoir, et qu'elle symbolise une nouvelle façon de vivre. Une autoroute de contournement, c'est bien. Un endroit où les gens se retrouvent et vivent ensemble, c'est mieux. La nouvelle problématique, c'est la nutrition. L'emprise de la L2 représente près de 200 hectares. Le principe est d'utiliser cette surface comme zone agricole, qui puisse permettre un retour de l'agriculture et de la nature en ville. Ce n'est plus une autoroute, c'est une respiration au cœur de la ville, qui a une fonction essentielle, celle de nourrir les Marseillais. Mais nous sommes conscients qu'un tel projet serait trop lourd à porter pour les candidats actuels aux municipales. Surtout que la L2 traverse principalement des secteurs où les électeurs comptent moins... Alors nous le porterons nous-même. Sous le collectif des Archi-culteurs, nous ferons de ce territoire:

Marseille, Capitale de l'agriculture !

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Phase 0 - État actuel Notre L2 agricole représente un plan guide à l’échelle de la ville, avec plusieurs objectifs et un travail dans le temps. Le plan guide s’établit donc en plusieurs phases qui vont mettre en valeur le patrimoine historique et géographique marseillais ; orienter le regard vers les grands ensembles et les quartiers nord, qui sont actuellement mis à l’écart de la ville ; intensifier l’agriculture urbaine; densifier le long de la L2 avec de nouveaux modes d’habiter liés à l’agriculture; renouer avec les plaisirs de la vie. Ci-contre vous pouvez voir une axonométrie représentant l’état actuel de la ville avec les éléments qui sont les marqueurs forts de la ville comme le paysage montagneux et maritime mais aussi la bonne mère. Y sont également représentés des éléments moins influents, comme les canaux et les grands ensembles, mais qui, selon nous, font partie du patrimoine qualitatif marseillais et offrent un potentiel immense au projet urbain. Nous développons le projet autour de cette mise en valeur du patrimoine et du paysage marseillais. Les cours d’eau et les éléments culturels comme le GR 2013 croisant la L2 offriront une nouvelle visibilité dans la ville. Ainsi nous favorisons un regard neuf sur le territoire, dont les zones, aujourd’hui en marge, gagnent une véritable attractivité. Le tracé de la L2 se dessine, tel un ruban providentiel qui viendra lier tous ces éléments forts.

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LYON AIX

MARIGNANE

LES FLAMANTS

Cana

LES ARNAVAUX JEAN JAURÈS

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[ 2 ] - 001 - État actuel

ALLAUCH LES TILLEULS

FRAIS VALLON

FONT-VERT LA BUSSERINE

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MARCHÉ AUX PUCES

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CENTRE-URBAIN DU MERLAN

BOIS-LEMAÎTRE

MALPASSÉ

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LA FOURRAGÈRE

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LES LIERRES

VIEUX PORT AIR BEL

TOULON AUBAGNE

NOTRE DAME DE LA GARDE

L’Huveaune

SAINT LOUP

SAINT-TRONC PLAGES DU PRADO

CHÂTEAU-SEC

LA ROUVIÈRE

CASSIS LE ROY D’ESPAGNE

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Phase 1- La connexion et l’intermodalité C’est la première étape indispensable qui rend les quartiers en second plan attractifs, la connexion et l’intermodalité sont les meilleurs arguments pour attirer les investisseurs. La prolongation et la mise en circulation de la L2 va désengorger Marseille. Cette infrastructure offre des solutions à échelle locale et métropolitaine qui mettent en réseau les différentes autoroutes vers les communes voisines. Une nouvelle ligne de tram, le Tram 3 suivra le tracé de la L2, en reliant le Cap Pinède à la Pointe Rouge, et sera ainsi un des seuls transports en commun de la ville à réellement relier le nord et le sud mais aussi.... l’est! La L2 a d’abord été pensée comme une autoroute. Cependant le «tout voiture» n’a plus sa place dans la ville aujourd’hui. La nouvelle ligne 3 du tramway financée par les entreprises de la métropole propose une vraie alternative de déplacement à Marseille grâce à la L2. Ainsi, aux endroits stratégiques seront installés des parkings relais qui devront pouvoir être transformés dans le temps pour y accueillir d’autres usages lorsque l’utilisation de la voiture freinera. Et pourquoi pas aussi des tours agricoles....?

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LYON AIX

MARIGNANE

LES FLAMANTS

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LES ARNAVAUX JEAN JAURÈS

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[ 2 ] - 002 - Connexion et intermodalité

ALLAUCH LES TILLEULS

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LES LIERRES

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AIR BEL

P

TOULON AUBAGNE

NOTRE DAME DE LA GARDE

T

M

T

T

L’Huveaune

SAINT LOUP

SAINT-TRONC

PLAGES DU PRADO

T CHÂTEAU-SEC

T

LA ROUVIÈRE

B

T T

T P

CASSIS

LE ROY D’ESPAGNE

119


Phase 2- Les projets phares et les tours agricoles Marseille est placée à un carrefour d’échanges et nous voulons renforcer son intensité par une programmation attractive sur le tracé à l’échelle métropolitaine. Pour y parvenir, dans un premier temps, la construction de la L2 s’accompagne de projets moteurs, réalisés prioritairement et à court terme. Ces projets seront également les premiers outils de lancement de l’agriculture en ville. Le premier centre commercial agricole, l’école nationale supérieure d’agriculture urbaine ou encore la chambre d’agriculture de la métropole sont ainsi prévus le long de la L2. Accompagnent ces projets moteurs, quatre grandes tours agricoles le long de la L2. Ces tours permettront de créer un nouveau panorama dans la ville en constituant des points de repère forts, afin de situer le tracé de la L2 à travers tout Marseille.

120


[ 2 ] - 003 - Projets phares

LYON AIX

MARIGNANE

ALLAUCH

LA SUPER HALLE DU MERLAN

ECOLE NATIONALE D’AGRICULTURE URBAINE MARCHÉ AUX PUCES

+

PÔLE ÉQUESTRE MULTIMODAL CHEVALIB’

RÉHABILITATION DES LIERRES

LA FOURRAGÈRE

LA FERME HABITÉE

LA CITÉ CHAMPÊTRE

VIEUX PORT LA PETITE CITÉ DANS LA PRAIRIE

TOULON AUBAGNE

NOTRE DAME DE LA GARDE

CHAMBRE D’AGRICULTURE MÉTROPOLITAINE SAINT LOUP LA SERRE MOBILE

PLAGES DU PRADO

PRADOCABANA

CASSIS OFFICE TOURISTIQUE CALANQUES

121


Phase 3- Densification et agriculture urbaine La ville regorge d’interstices, de délaissés, que nous voulons rendre plus qualitatifs, afin que les quartiers alentours deviennent des espaces attractifs. La qualification de ces espaces résiduels peut servir de levier à la reconquête urbaine d’un quartier. Investissons par l’agriculture les zones inondables déclarées inconstructibles (400 000 m² potentiels !) ou les accotements des voies ferrées. Mais pas seulement ! Les jardins ouvriers, qui ont l’avantage d’offrir une agriculture en pleine terre, sont très demandés à Marseille. Multiplions-les ! Tout en protégeant les parcelles ainsi occupées de la spéculation foncière... Les toitures peuvent recevoir des systèmes d’agriculture hors-sol, sous forme de serres, qui permettent aux habitants des logements collectifs de profiter de produits frais toute l’année. Le complément de revenu induit par cette pratique est également un fort atout pour les populations concernées: imaginez manger des produits frais à moindre coût !

L’arrivée du nouveau tram 3, des projets moteurs et de l’agriculture urbaine va requalifier tous les quartiers autour de la L2, attirer une nouvelle population et surtout des investisseurs. Ainsi une phase de forte densification viendra finir l’histoire de la L2 agricole et en commencer une autre…

122


[ 2 ] - 004 - Densification

LYON AIX

MARIGNANE

ALLAUCH

+ 2000 + 2000

+

MARCHÉ AUX PUCES

500

+

300

LA FOURRAGÈRE

+ 1500 VIEUX PORT

+

200 1200

TOULON AUBAGNE

NOTRE DAME DE LA GARDE

SAINT LOUP

+ 1000

PLAGES DU PRADO

+ 1000 +

800

+ 1000

CASSIS

123


L2 : le tracé de la reconquête urbaine Le Marseille de demain se dessine aujourd’hui. Notre équipe a l’ambition de lui donner un nouveau souffle, une image forte qui sublime les atouts qu’elle possède déjà. Le projet se développe autour de la L2, axe historique encore inachevé, mais qui représente une nuisance et parfois une coupure dans les quartiers qu’elle traverse. Cette infrastucture a pourtant un potentiel que nous voulons exploiter au-delà de la fonction autoroutière : nous proposons d’y joindre des espaces d’agriculture et de nature en pleine ville. L’objectif est de renforcer des pratiques déjà observées comme celles des jardins ouvriers pour dessiner un futur durable à Marseille. Les activités agricoles ont vocation à enrichir des intéractions sociales et à offrir une attractivité plus grande dans des territoires aujourd’hui défavorisés. L’impact économique d’un tel projet profitera à tous: création d’emplois, revenus complémentaires grâce aux jardins ouvriers, formation... Oui, la filière agricole a un bel avenir !

[ 2 ] - 005

La L2 et le retour de l’agriculture

Dessin d’ambiance, à proximité de la cité Air Bel.

124


[ 2 ] - 006

Transformation des parkings silos

À terme, ces parkings pourraient devenir des tours d’agriculture.

Réagissons! Dans son livre sur les jardins familiaux de Marseille, Gênes et Barcelone, Jean-Noêl Consales dit: «Il est important de mettre en exergue le rôle de liaison et de structuration du territoire que

peuvent jouer les espaces agricoles au sein d’aires métropolitaines en expansion». 1 Alors valorisons l’agriculture comme outil de développement urbain, pour penser la ville de demain !

1 Source : Jean-Noël Consales, «Les jardins familiaux de Marseille, Gênes et Barcelone» Rives nord-méditerranéennes [En ligne], 15| 2003, mis en ligne le 15 octobre 2005, consulté le 06 septembre 2014. URL: http://rives.revues.org/449

125


[ 2 ] - 007

L’agriculture urbaine à Marseille

Vision hypothétique de ‘‘Marseille, capitale de l’agriculture’’.

126


[ 2 ] - 008

L’agriculture urbaine à Marseille

Vision hypothétique de ‘‘Marseille, capitale de l’agriculture’’.

127


Le potentiel agricole et métropolitain de la L2 Les trois types d’agriculture en ville évoqués précédemment nous semblent être des solutions intéressantes pour requalifier les interstices et les délaissés nombreux qui ponctuent le tracé de la L2. En rendant ces espaces plus qualitatifs, l’objectif est de rendre les quartiers plus attractifs et donc potentiellement densifiables. Nous avons ainsi quantifié ces espaces délaissés tout le long de la L2 pour les confronter aux différents types d’agriculture en ville. L’objectif est de prendre conscience du potentiel maximum que peut offrir cette infrastructure à Marseille. Le potentiel est énorme le long de la L2 et au-delà du simple statut autoroutier, la ville de Marseille aurait pu profiter de ce chantier pour générer de véritables projets urbains et pas seulement la requalification de morceaux de villes en fonction de la force politique des CIQ et du vivier électoral. Il est clair que l’agriculture apparaît comme un réel programme politique et urbain. Ce projet urbain à l’échelle de la ville toute entière ne serait possible qu’avec une volonté politique forte entre le maire, le président de la communauté urbaine et la métropole qui réuniraient les acteurs du projet : entrepreneurs, constructeurs, habitants, etc... 128


4 tours agricoles

36000 jardins citoyens

10km de tramway

85 000m² de serres agricoles

180 000 personnes nourries

6000 logements agricoles

129


De l’utopie au projet Notre utopie n’en est peut-être pas totalement une. Elle n’est pas irrationnelle. Elle n’est pas non plus idéale car le scénario que nous écrivons a forcément ses défauts agrémentés d’une pincée de naïveté ou plutôt d’optimisme. Car sa faisabilité dépend de contingences très nombreuses, qu’elles soient économiques, politiques, humaines... Mais notre démarche prend racine dans la réalité marseillaise et métropolitaine que nous connaissons tous et que nous avons du mal à admettre. Nous nous sommes donc pris à rêver. Imaginons une métropole en gouvernance partagée, où les ambitions des élus convergent vers la création d’un territoire fédérateur. Imaginons la fin de l’opposition rhétorique à la métropole, qui voit se confondre les intérêts personnels et le bien commun dans un triste spectacle prompt à nous dégoûter de la politique. Imaginons une gouvernance où l’on trouverait une entente globale. L’adage ‘‘l’union fait la force’’ est vigoureusement indispensable pour avancer désormais. Avec de l’envie et de la ferveur, habitants et élus de tous bords doivent prouver qu’il est possible de dessiner un avenir commun métropolitain. Imaginons une métropole où les grands chantiers n’effraient plus personne, donnent de l’espoir et du travail. Des grands chantiers orchestrés par la métropole, les entreprises, les habitants. Cela a déjà fonctionné à Nantes avec Alexandre Chemetov et ses ateliers urbains. À Marseille, nous pouvons voir encore plus grand, nous pouvons être plus ambitieux et ce n’est pas juste une histoire d’orgueil de sudiste. Imaginons une métropole où les petits chantiers n’effraient plus personne, où l’on peut partager un bout de jardin avec son voisin, faire une extension sans être contraint par des règles d’urbanisme parfois décourageantes. Ou juste mettre un tas de plantes devant sa porte, comme dans la surprenante Rue de l’Arc à Marseille. Imaginons une métropole où tous les grands ensembles partagent une identité commune. La plupart sont dans les quartiers Nord de Marseille. En 2016, ces quartiers n’existeront plus en tant que tels. Ils seront le centre de la métropole. Des connexions pourraient se créer, au-delà du bus et de l’autoroute. Les entrepreneurs de l’association Cap au Nord Entreprendre qui mènent des réflexions métropolitaines l’ont bien compris.

130


Imaginons une métropole où la rentabilité d’une parcelle ne se mesure pas en bénéfices économiques. Évaluons la plus value de l’architecture, de l’agriculture, de l’urbanisme, du paysage, du partage, de l’identité sur le foncier. Imaginons une métropole où les entreprises privées co-financent des programmes publics avec les institutions, encadrés par des lois précises où chacun a un rôle précis. Les entreprises y trouvent des avantages en terme de visibilité et de notoriété, la métropole voit son champ d’action décuplé, les habitants voient leur ville transformée. Imaginons une métropole où la nature se marie à l’urbain, où l’agriculture n’est plus repoussée aux confins de la ville sur des terrains trop étroits et trop peu fertiles. Marseille Capitale de l’Agriculture, a l’ambition de tout concilier, en concevant une ville qui ne soit plus seulement un lieu de consommation mais également un lieu de production, avec le plaisir retrouvé de vivre en osmose avec la nature. Cette métropole nous y croyons. Il y a du pain sur la planche, mais nous veillons au grain.

131


Nous remercions infiniment Nos directeurs d’études et enseignants du master LAB 43 à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille, José Morales, architecte Bouilladissien à Marseille, pour son pragmatisme et son agilité à manier l’architecture avec la poésie tout en étant ancré dans le réel. Rémy Marciano, architecte de la matière à Marseille, pour sa critique plastique stratégique et ses ballades sportives marseillaises. Jacques Sbriglio, architecte à Aix-en-Provence, pour ses histoires corbuséennes et palladiennes qui révèlent toujours des architectures exceptionnelles.

Ainsi que, Marielle Riche, directrice de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille, pour nous avoir fait confiance pour cette publication et son soutien sans faille. Bernadette Jugan, directrice de la communication, pour son écoute, ses astuces, et sa disponibilité inconditionnelle.

Merci aussi à nos amis, nos proches, nos confrères qui ont porté un regard précieux sur notre travail: Quentin Nely, architecte à Lyon, qui fait partie de la bande des archiculteurs pour son concept Manger Bouger au Merlan Anne Leblanc, graphiste à Paris, pour ses multiples relectures et ses avis qui ont rendu la lecture de l’ouvrage plus agréable Raphaëlle Segond, architecte à Marseille, pour ses références du monde entier et son esprit de synthèse qui nous a été précieux Julien Monfort et Laure Pantel, architectes à Marseille, pour toutes les réponses qu’ils nous ont apportées.

132


Avis, relectures, critiques, de marseillais, de métropolitains et d’ailleurs... Manon Brzostek, orthophoniste à la rue Beauvau, Marseille Anne-Sophie Rollet, architecte, Marseille Claire Parez, kinésithérapeute, Marseille Agathe Coolen, architecte, Bruxelles Véronique Sirven, architecte, Toulouse Marion Sultana, architecte métropolitaine, Marseille Toulon Théoule-sur-Mer Mathieu Sirven, ingénieur, Paris Marion Serre, architecte, doctorante au laboratoire Projet[s], Marseille Florent Lépine, kinésithérapeute, Toulon Virginie Martinet, étudiante en architecture, Marseille Juliette Fouin, étudiante en analyse sensorielle, Forcalquier Henri Sirven, retraité Airbus, Toulouse

133


Yannick Blaise Né le 26 décembre 1990 à Toulon.

Marie Brosch-Parez Née le 08 mai 1990 à Marseille.

Hugo Maurin Né le 18 juillet 1990 à Marseille.

Christophe Piqué Né le 11 janvier 1989 à Toulouse.

Jade Sonet Née le 11 janvier 1990 à Avignon.

134


archi culteurs

Les archiculteurs archiculteurs.com archiculteurs@gmail.com 135


Table des illustrations Première partie

ÉTUDES ET ANALYSES p 8 à p109 [ 1 ] - 001 Cartes INSEE. Les Archiculteurs, avril-mai 2013, d’après des données de l’INSEE datant de 2010.

[ 1 ] - 011

[ 1 ] - 002

[ 1 ] - 012

Photographie de la L2.

Cadre paysager.

Les Archiculteurs, mars 2013. Façade de Bois Lemaitre.

Les Archiculteurs, mars 2013.

Les Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 003

[ 1 ] - 013

Cartes: les grands ensembles marseillais.

Rez de chaussée de Bois Lemaitre.

Les Archiculteurs, mars-avril 2013.

Les Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 004

[ 1 ] - 014

Photographie de la cité Air Bel.

Les Archiculteurs, mars 2013.

Vue aérienne des Lierres (Bing).

Les Archiculteurs. Capture d’écran: http://www.bing.com/maps/

[ 1 ] - 005 Vue aérienne d’Air Bel (Bing). Les Archiculteurs. Capture d’écran: http://www.bing.com/maps/

[ 1 ] - 015 Rez de chaussée de Bois Lemaitre. Les Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 006

[ 1 ] - 016

En voiture dans Air Bel.

Les barres des Lierres.

Les Archiculteurs, mars 2013.

Les Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 007

[ 1 ] - 017

Une des quatre tours de la cité.

L’entrée dans la cité.

Les Archiculteurs, mars 2013.

Les Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 008

[ 1 ] - 018

Le centre médical.

Photographie de la cité Frais Vallon.

Les Archiculteurs, mars 2013.

Les Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 009 Top of Air Bel. Les Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 019 Vue aérienne de Frais Vallon (Bing). Les Archiculteurs. Capture d’écran: http://www.bing.com/maps/

[ 1 ] - 010 Vue aérienne de Bois Lemaitre (Bing). Les Archiculteurs. Capture d’écran: http://www.bing.com/maps/

[ 1 ] - 020 Rapport au sol des tours. Les Archiculteurs, mars 2013.

136


[ 1 ] - 021 La piscine de Frais Vallon. Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 022

État de la voirie.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 023

La cité de Frais Vallon.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 024

Vue aérienne de la Castellane (Bing).

Les Archiculteurs. Capture d’écran: http://www.bing.com/maps/

[ 1 ] - 033 Plan d’une tour. http://www.paca.culture.gouv.fr/dossiers/xxeme_ marseille/monographies/1535_castellane/1535_la_ castellane.pdf [ 1 ] - 034

Photographie d’une tour.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 035

Une barre en travaux.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 036

Espace centra

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 025

1,2,3 Soleil.

Les Archiculteurs. Captures d’écran du film de Bertrand Blier. [ 1 ] - 026

Rapport au sol des barres.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 027

[ 1 ] - 037

Au pied d’une tour.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 038

Vue aérienne de Castelroc (Bing).

Les Archiculteurs. Capture d’écran: http://www.bing.com/maps/

Entrée de la cité.

Les Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 039

Une tour de Castelroc.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 028 Croquis. http://www.paca.culture.gouv.fr/dossiers/xxeme_ marseille/monographies/1535_castellane/1535_la_ castellane.pdf [ 1 ] - 029 Plan de la tour. http://www.paca.culture.gouv.fr/dossiers/xxeme_ marseille/monographies/1535_castellane/1535_la_ castellane.pdf [ 1 ] - 030 Coupe générale de la cité. http://www.paca.culture.gouv.fr/dossiers/xxeme_ marseille/monographies/1535_castellane/1535_la_ castellane.pdf [ 1 ] - 031 Vue aérienne de la Viste (Bing). Les Archiculteurs. Capture d’écran: http://www.bing.com/maps/ [ 1 ] - 032

Les barres de la Viste.

Les Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 040

Les coursives.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 041

Photographie de la cité Parc Kalliste.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 042 Vue aérienne du Parc Kalliste (Bing). Les Archiculteurs. Capture d’écran: http://www.bing.com/maps/ [ 1 ] - 043

Topographie du site.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 044

Photographies du Parc Kalliste.

Yohann Lamoulène. http://marseille.blogs.liberation.fr/ [ 1 ] - 045

Photographie des espaces communs.

Les Archiculteurs, mars 2013.

137


[ 1 ] - 046 Axonométries. Dessin des Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 059 La L2, le 10 mars 2013. Les Archiculteurs, mars 2013.

[ 1 ] - 047

[ 1 ] - 060 La L2, le 10 mars 2013. Les Archiculteurs, mars 2013.

Carte de la L2.

Les Archiculteurs, mars-avril 2013. [ 1 ] - 048

Photographie de la L2 en chantier.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 049

Carte 1933.

http://routes.wikia.com/wiki/ Fichier: Marseilleplangreber1933.jpg [ 1 ] - 050

Carte 1949.

http://routes.wikia.com/wiki/ Fichier:Marseilleplandirecteur1949.jpg [ 1 ] - 051

Carte 1961.

http://routes.wikia.com/wiki/ Fichier: CU_Le_Merlan_1973_1.jpg [ 1 ] - 052

Carte 1979.

http://routes.wikia.com/wiki/ Fichier:Marseilleinfosl22yc5.jpg [ 1 ] - 053

Les quartiers traversés par la L2.

[ 1 ] - 061 La L2, le 10 mars 2013. Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 062

La L2, le 10 mars 2013.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 063 La L2, le 10 mars 2013. Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 064 La L2, le 10 mars 2013. Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 065 Les Archiculteurs, mars 2013 Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 066

Quelques bastides subsistent à Marseille.

Les Archiculteurs, données de l’Agam, exposition «Marseille de la ville à la métropole». [ 1 ] - 067

Les bastides marseillaises.

Les Archiculteurs, mars-avril 2013.

Photographie de Odile de Pierrefeu, 1991.http://www. paca.culture.gouv.fr .

[ 1 ] - 054

[ 1 ] - 068

La L2, le 10 mars 2013.

Les bastides marseillaises.

Les Archiculteurs, mars 2013.

http://labuzine.com/fr

[ 1 ] - 055 La L2 et les déplacements métropolitains.

[ 1 ] - 069

D’après les données de l’atlas métropolitain: www.atlas-metropolitain.com

la résistance »

[ 1 ] - 056

La L2, le 10 mars 2013.

« À Marseille, les paysans urbains font de

http://www.laprovence.com/article/ actualites/2249175/a-marseille-les-paysans-urbainsfont-de-la-resistance.html

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 070 [ 1 ] - 057

La L2, le 10 mars 2013.

Nourrir Marseille.

Les Archiculteurs, mars-avril 2013.

Les Archiculteurs, mars 2013. [ 1 ] - 071 [ 1 ] - 058 La L2, le 10 mars 2013. Les Archiculteurs, mars 2013.

138

Gargantua.

Lithography, Honore Daumier. 1831. Bibliotheque Nationale de France, Paris, France.


[ 1 ] - 072

Culture de salades hors-sol.

http://www.larousse.fr/encyclopedie/data/ images/1009713-Culture_de_salades_hors_sol.jpg [ 1 ] - 073

La ferme Lufa, à Montréal.

http://baches-serre-direct.com/img/cms/agriculturetoit-fermes-lufa3.jpg [ 1 ] - 074

Prix d’un panier fraîcheur Lufa.

Table des illustrations Deuxième partie

PLAN GUIDE p 110 à p129

https://montreal.lufa.com/fr [ 1 ] - 075

Prix d’un panier fraîcheur en France.

[ 2 ] - 001

État Actuel.

Les Archiculteurs, mars-avril 2013.

Les Archiculteurs, 2013-2014.

[ 1 ] - 076

[ 2 ] - 002

Dickson Despommier.

http://www.jardinsdebabylone.fr/wpcontent/uploads/2013/04/110624.Day2_ DicksonDespommier2-540x360.jpg [ 1 ] - 077

Ferme urbaine verticale.

http://soa-architectes.fr/fr/#/fr/projects/show/27 [ 1 ] - 078

Liz Christy 1975 Manhattan.

Donald Loggins, 1975. http://www.nycgovparks.org/ about/history/community-gardens/movement

Connexion et intermodalité.

Les Archiculteurs, 2013-2014. [ 2 ] - 003

Projets Phares.

Les Archiculteurs, 2013-2014. [ 2 ] - 004

Densification.

Les Archiculteurs, 2013-2014. [ 2 ] - 005

La L2 et le retour de l’agriculture.

Les Archiculteurs, 2013-2014. [ 1 ] - 079

Action de Incredible Edible.

http://www.incredible-edible.info/?attachment_ id=2513

[ 2 ] - 006

[ 1 ] - 080

[ 2 ] - 007

Fallen Fruits.

Transformation des parkings silos.

Les Archiculteurs, 2013-2014. L’agriculture urbaine à Marseille.

http://fallenfruit.org/

Les Archiculteurs, 2013-2014.

[ 1 ] - 081

[ 2 ] - 008

Fallen Fruits.

http://fallenfruit.org/ [ 1 ] - 082

L’agriculture urbaine à Marseille.

Les Archiculteurs, 2013-2014.

Borely en 1948.

Collection photographique de Thierry Garcia. http:// www.titidegun.fr/ [ 1 ] - 083 Évolution du nombre d’agriculteurs à Marseille. http://www.ent-ter.fr/cartes02.htm

139


archi

archi culteurs

culteurs

archi culteurs

archi culteurs

rojet démarre inconsciemment à Detroit, plongé dans les herbes folles qui recouvrent peu

u friches industrielles, lotissements abandonnés, parkings, trottoirs, places et autres lieux

cs délaissés. Nous contemplons alors, partagé entre admiration et effroi, cette lutte

arnée entre ville et nature, qui malgré le lourd passé de puissance industrielle et culturelle

a ville, semble basculer à l’avantage de mère nature. Nous y découvrons une pratique,

Marseille

le nom résonne dans les bouches de plus en plus d’architectes et urbanistes

emporains : the urban farming, autrement dit, l’agriculture urbaine.

Capitale de l’agriculture

chemin entre lieux de production et lieux de socialisation, les nouvelles fermes urbaines

mergent aux quatre coins de Detroit, arrivent comme une réponse efficace à un contexte

mant engendré par les crises à répétition du XXème siècle. Ces crises ont en l’espace

MARSEILLE CAPITALE DE L’AGRICULTUR MARSEILLE

e cinquantaine d’années métamorphosé cette ville américaine en profondeur, et laissé

s la fuite massive des entreprises et populationsFin les plus aisées, une population pauvre à elle même, le plus souvent sans emploi ni formation. Cette pratique, arrivée par

ssité économique, semble avoir pris avec le temps un réel rôle social et pédagogique et L’histoire du retour de la nature en ville, des patates et des cheveaux à créer un nouvel élan d’optimisme dans une société qui ne croyait plus en l’avenir.

CAPITALE DE L’AGRICULTURE

MARSEILLE

L’histoire du retour de la nature en ville, des patates et des cheveaux métropolitain eille Capitale de l’Agriculture...

CAPITALE DE L’AGRICULTURE

bserve dans les quartiers les plus défavorisés de la ville ce même contexte sociétal, entre

reté généralisée et sentiment d’abandon. Ce projet raconte alors, en partant des grands

mbles, du tracé autoroutier de la L2 et de la métropole, toujours en chantier, comment

stoire du retour de lapar nature enaux ville, des patates eille se tourne vers l’avenir un retour racines...

et des cheveaux métropoli

Yannick Blaise Marie Brosch-Parez Hugo Maurin Christophe Piqué

Yannick Blaise - Marie Brosch Parez - Hugo Maurin - Christophe Piqué - Jade Sonet

Marseille Capitale de l'agriculture  
Marseille Capitale de l'agriculture  
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