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Crimes & Police

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carnages

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CODE BARRE


LE « GITAN » VOUS SALUE

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e nom de Luciano Lutring ne vous dit probablement rien. Mais si l’on rajoute « Le Gitan » ? Et Alain Delon ? Et José Giovanni ? Là il y a de grandes chances pour que vous ayez vu au cinéma ou à la télévision l’adaptation de sa vie rocambolesque. Né en 1937, « Le Gitan » vient de nous quitter le 13 mai dernier à l’âge de 76 ans. Dans les années 60 et 70, celui que ses parents rêvaient violoniste virtuose s’illustrera dans un tout autre domaine : l’attaque de centaines de banques ! En virtuose ! Il écume ainsi la France et l’Italie, accumule un butin de plusieurs millions d’euros, mène la grande vie. Signe particulier ? Dissimuler sa mitraillette dans étui à violon... On n’échappe jamais com-

plètement à son enfance ! Arrêté à Paris en 1965, il est condamné à 22 ans de prison. Il en purge 12 puis se voit gracié par le président Georges Pompidou en France et, plus tard, par le Président Italien Giovanni Leone. Il peut dès lors s’installer sur les rives du Lac Majeur et changer totalement de vie, se consacrant à l’écriture et à la peinture avec un certain succès. Cette existence romanesque attirera évidemment les cinéastes : en 1975, son histoire est portée à l’écran par José Giovanni et lui-même se voit incarné par rien moins que LA star Française, Alain Delon. « Le Gitan » sera un grand succès populaire car, au-delà des vols et braquages, le héros mène un combat qui le motive tout autant : la lutte contre l’injustice. L’un de ses amis, Giorgio La Torre, déclarera que Luciano Lutring « avait

complètement changé de vie après avoir obtenu les grâces présidentielles, et avait même peur d’une amende pour interdiction de stationner ! ». Et s’il arrivait au « Gitan » de montrer les cicatrices d’une mauvaise blessure à l’estomac contractée en France, il « déconseillait toujours aux jeunes de suivre son exemple » soulignera son ami. Le « soliste à la mitraillette » s’en est donc allé. Le film, lui, est toujours disponible.


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Crimes et Police est édité par Presses Parisiennes de Publications - Siège Social 24 rue Fortuny 75017 Paris Directeur A. Guerber Commission Paritaire n°0115k84327 - Conception graphique : jadea.fr - Imprimé en CEE


la boucherie de chevaline

la boucherie De

chevaline

5 septembre 2012 : sur les hauteurs du

lac d’Annecy, 4 personnes sont exécutées dont 3 membres d’une même famille. Témoins : une petite fille de 7 ans laissée pour morte et sa petite soeur de 4 ans.

Qui ? Pourquoi ? Comment ? Enquête sur un sombre dossier

Jalousie familiale ? Espionnage industriel ?

Les enquêteurs euxmêmes en font l’aveu : il s’agit d’une « affaire internationale extrêmement complexe ». Qui a tué Saad al-Hilli, un citoyen Britannique âgé de 50 ans, sa femme Iqbal, 47 ans, sa belle-mère Suhaila al-Allaf, 74 ans, de nationalité Suédoise, et un cycliste Français, Sylvain Mollier, ce dernier ayant juste eu l’infortune de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment ? On évoque pèle-mêle un différend familial, la profession du père de famille - ingénieur dans l’aéronautique et la défense - , ses origines Irakiennes, l’existence d’un compte en Suisse créditeur de 968 000 euros, mais au-

cun élément ne permet pour l’instant de raccorder ces pistes. Reprenons les faits dans l’ordre. Ce 5 septembre est une belle journée ensoleillée. Marteau-piqueur en main, un maçon et son apprenti ont repris leur travail le long d’un muret. Empiétant sur l’étroite route qui mène à Chevaline, ils s’effacent au passage d’un 4x4 BMW immatriculé en Angleterre : « la personne qui conduisait m’a fait signe de la tête » déclarera le maçon à une radio nationale, « c’était soit un bonjour soit un merci parce qu’on travaillait au bord de la route, et on s’est écartés pour le laisser passer (...) Ils avaient juste l’air de touristes qui se baladaient. Et aucune voiture ne les suivait. Je suis peut-être le dernier à les avoir vus vivants » conclut ce témoin, qui a le temps de noter la présence

d’une petite fille assise à l’avant, à côté du conducteur, et 2 adultes à l’arrière. Il est 14h40, « à 10 mn près » concède ce témoin, qui en revanche est formel concernant la question suivante : « non, aucun autre véhicule n’est monté ». Le parking du Martinet, théâtre du drame, se situe 3 km plus haut. Il est donc environ 14 h 45 quand la famille al-Hilli parvient sur les lieux. Un tueur les y attend-il déjà ?

Coups de feu dans la forêt

Juché sur sa 125 trial, un adolescent parcourt les sentiers forestiers. Le parc est protégé et il n’a pas le droit de s’y promener ainsi à moto, mais il a voulu profiter du temps magnifique. Il est environ 15h30 lorsqu’il entend toute une

série de coups de feu. Combien ? Il l’ignore exactement, mais « beaucoup » dira-t-il plus tard. En effet, l’arrivée des pompiers et des gendarmes lui fait prendre conscience de la gravité de la situation. Or, se sachant dans l’illégalité, et comme il est un familier de cette zone, il parviendra à s’éclipser par les sentiers détournés avant de venir témoigner plus tard. Entre 14h45 et 15h30 s’écoulent donc 45 mn durant lesquelles on peut tout imaginer : une rencontre entre la famille et le tueur, un échange, une


crimes et police / 5 Saad al-Hilli, citoyen Britannique d’origine irakienne

conversation qui tourne mal, ou au contraire une simple promenade dont seul le tueur savait qu’elle se terminerait par une exécution... Une demi-heure avant le drame, la famille al-Hilli posait pour une photo dans un décor bucolique. Ce serait le dernier portrait d’une famille apparemment heureuse, reposée, en vacances...

Le randonneur britannique

Il est l’homme qui a prévenu les secours. Son nom : William Brett Martin. Son pedigree : retraité de la Royal Air Force. Martin, 53 ans, possède une résidence secondaire dans le coin et s’adonne régulièrement à sa passion : le vélo. Au guidon de son VTT il croit se rappeler d’un 4x4

« et d’une moto » auxquels il n’avait aucune raison de prêter attention. En revanche il se souvient très bien de ce cycliste qui l’a doublé facilement... et qui, sans le savoir, se dirigeait vers une mort imminente. Lorsque Brett Martin parvient à hauteur du parking, il aperçoit d’abord « le vélo couché par terre ». Il pense que le cycliste « s’est ar-

but, j’ai cru qu’elle jouait, qu’elle s’amusait à tomber comme le font les enfants ». Zaïna, 7 ans, est la fille aînée du couple al-Hilli. Le retraité Anglais remarque les blessures qu’elle porte au visage. Il a aussitôt le réflexe d’allonger l’enfant en position latérale de sécurité et croit encore à un accident de voiture. Puis il constate, impuissant,

« Il y avait beaucoup de sang et des têtes trouées » rêté pour se reposer ». En fait ce malheureux, qui se nomme Sylvain Mollier, gît au sol, le corps criblé de 5 balles. Et l’horreur ne fait que commencer : s’offre maintenant à lui la vision d’une petite fille couverte de sang qui titube : « au dé-

l’ampleur du carnage : le véhicule - dont le moteur tourne toujours - abrite les corps sans vie d’un homme et de 2 femmes, manifestement exécutés car la voiture porte la trace de nombreux impacts. « Il y avait beaucoup de sang


25 douilles et... rien d’autre

et des têtes trouées » dira plus tard Brett Martin à la BBC. Du fait de son passé militaire, celui-ci a connu l’épreuve du feu et réalise que le ou les tueurs sont peut-être encore là, tout proches... Il se blottit, prend son téléphone portable, mais malheureusement ne capte aucun réseau.

Le promeneur providentiel Le déroulement de la tuerie

P

our tenter de mieux comprendre le cycle des événements, une étude de la scène de crime s’impose. L’infortuné cycliste Français, Sylvain Mollier, est probablement la toute première victime, éliminé du seul fait de sa présence gênante. Au sol, des traces de pneus en arc de cercle : de toute évidence Saad al- Hilli, le conducteur pris pour cible, a tenté à toute vitesse d’effectuer une marche arrière pour pouvoir s’échapper. D’ailleurs, lorsque Brett Martin arrive sur les lieux la position «marche arrière» de la boîte automatique est toujours enclenchée, le moteur tourne encore et les roues patinent. Le cycliste Anglais éteindra lui-même le contact. En tentant de fuir, la BMW traîne le corps du cycliste Français et son vélo - une trace de peinture le démontrera. Mais la voiture heurte un talus et s’embourbe. Profitant de la situation il est probable que le tueur se soit alors approché et, à travers les vitres, ait tiré 2 balles dans la tête de chacune des victimes visibles. La fillette dissimulée sous les jupes de sa mère échappera donc au massacre. Puis le meurtrier achève Sylvain Mollier, qui a déjà reçu 3 balles dans le dos, et, peutêtre à court de munitions, tente de tuer l’aînée des fillettes en la frappant à la tête avec la crosse de l’arme après l’avoir blessée par balle à l’épaule. Que fait l’enfant de 7 ans à l’extérieur du véhicule ? A quel moment est-elle touchée ? A-t-elle assisté à toute la tuerie ? On sait seulement qu’elle confirmera aux enquêteurs un fait de première importance : il n’y avait qu’un seul « baddy » (« méchant ») pour reprendre ses termes...

C’est un promeneur local qui va donner l’alerte. Celui-ci arrive en voiture avec 2 amies et croise la route de Brett Martin. Paniqué et s’exprimant dans un français approximatif, l’Anglais explique ce qui vient de se produire. Le promeneur se rend sur la scène de crime : « Il n’y avait aucun bruit. C’était comme dans un film. Une de ces séries de télévision où tout commence par un meurtre. Sauf que cette fois, les acteurs c’était nous et que nous n’avions pas la télécommande pour changer de chaîne » déclarera-t-il. « Je n’ai touché à rien, mais j’ai vu qu’il n’y avait plus rien à faire. Il n’y avait pas un signe de vie ». Et pourtant... 8 heures plus tard, on découvrira qu’une enfant est toujours blottie sous le corps de sa mère, sur la banquette arrière du 4x4 ! Elle s’appelle Zeena et a 4 ans. Elle et sa sœur aînée Zaïna ont donc miraculeusement échappé au massacre. Les secours sont alertés à 15h48 par le promeneur. Issues d’une seule arme,

un pistolet automatique Luger PO-6 de calibre 7,65 mm, assez ancien d’après les experts, 25 douilles seront ramassées sur la scène de crime. Les analyses balistiques confirmeront plus tard que le 7,65 mm est la seule arme à avoir été utilisée... 25 fois ! A part cela on ne retrouvera aucune empreinte ni trace d’ADN. Un travail de professionnel, semble-t-il. De son côté le promeneur assure qu’il n’a croisé personne sur la route de la combe d’Ire. Le(s) tueur(s) aurai(en) t-il(s) pris une autre route ? Un berger, Denis Janin, rejette cette hypothèse: de son chalet isolé du col de Chérel - la seule autre voie possible - il n’a pas vu un seul véhicule - moto ou voiture - se déplacer dans les parages aux heures indiquées.

Qui est Saad AL-HILLI ?

Un homme qui a fui son pays, l’Irak, dans les années 80 au moment du conflit avec l’Iran et qui, semblet-il a très bien mené sa barque depuis. Les 2 juges d’instructions chargés de l’affaire par le Parquet d’Annecy, Michel Mollin et Christine de Curraize, tentent aussitôt d’en savoir plus sur ce parcours et délivrent fin novembre 2012 une commission rogatoire internationale auprès de l’État Irakien. En parallèle, une centaine d’enquêteurs sont mobilisés en France pour travailler sur le dossier, et autant côté Anglais. Au début des années 80 Saad al-Hilli est donc en exil. Il apparaît qu’il se serait spécialisé dans l’industrie de la volaille mais aussi du papier hygié-


crimes et police / 7 nique. On apprend qu’il est le titulaire d’un compte en Suisse créditeur de 780 000 livres Sterling (968 000 euros au moment des faits). On est évidemment tenté d’y voir un lien avec la fortune de l’ex-dictateur Saddam Hussein, mais le Procureur Eric Maillaud y coupe court en évoquant des thèses fantaisistes La thèse qu’il ait pu servir de prête-nom à des compatriotes n’est en revanche pas écartée. Nombreux sont les Irakiens qui ont eu recours à ce stratagème au moment de l’embargo et de l’opération « pétrole contre nourriture ». Les chancelleries voisines - Suisse, Italienne et même Espagnole (pays où est décédé le père de Saad) - ont été contactées afin qu’aucune piste ne soit négligée. Le concours des Etats-Unis, dont certains services tels que la CIA possèdent les archives Irakiennes de l’époque, a été sollicité. L’hypothèse d’une affaire d’espionnage industriel et/ou militaire apparaît lorsque l’on découvre que Saad al-Hilli travaillait depuis novembre 2010 pour une filiale d’EADS. Son implication aurait concerné la conception de satellites 3D... mais cette piste ne va rien donner. Surgissent alors des tas d’autres hypothèses, grossières pour la plupart, voire carrément pathétiques.

Qui ? et pourquoi ?

Un différend familial ? Certes, Saad et son frère Zaïd ont un contentieux liés à une affaire de succession. Cependant, dès l’annonce du drame Zaïd ira se

La maison des Al-Hilli à Claygate présenter spontanément aux autorités Britanniques et sera mis hors de cause. L’œuvre d’un dément ? La piste est abandonnée après l’interrogatoire de quelques suspects. D’autres sources prétendront que la belle-mère de Saad al-Hilli aurait été la vraie cause de la tuerie, son propre fils schizophrène l’ayant souvent menacée de mort. Celui-ci était pourtant interné au moment des faits... Mais c’est du côté des tabloïds Anglais que l’on va atteindre le summum du grotesque lorsque le Sunday Times « croit savoir » que le cycliste Français Sylvain Mollier était la véritable cible ! Une histoire de désaccord sur l’héritage d’un commerce appartenant à sa belle-famille. Or Sylvain Mollier et sa compagne n’étaient même pas mariés et celui-ci n’avait donc aucun droit sur l’héritage. « Il n’existait pas de contentieux et de conflit particulier entre Sylvain Mollier et sa belle-famille » précisera d’ailleurs le procureur Eric Maillaud avant d’ajouter « à 99,9% il n’existe pas de lien entre Sylvain Mollier et

le meurtre de la famille alHilli ». Bref, un grand moment d’investigation journalistique outre-Manche...

Où en est l’enquête ?

Brett Martin se souvient d’avoir croisé dans sa montée « un véhicule 4x4 et une moto ». Le 30 avril 2013, les gendarmes en charge de l’enquête lancent finalement un appel à témoins auprès de toute personne qui « connaîtrait ou aurait pu entrer en contact avec un ou plusieurs individus ayant circulé dans un 4x4 avec conduite à droite, possiblement un BMW X 5 de couleur grise ou foncée qui a été vu circulant le long de la Combe d’Ire, à Chevaline, le 5 septembre 2012, jour du crime, entre 15 h 15 et 15 h 30. Les occupants de ce véhicule sont recherchés comme témoins » juge important de préciser un officier de la gendarmerie. Cet appel est aussitôt diffusé à la télévision Anglaise, dans l’émission de la BBC « Crimewatch ». Quant à la moto - blanche ou de couleur claire - elle pose

question. Elle est toujours recherchée, mais la traque est difficile en l’absence de toute autre caractéristique (marque ou modèle). Côté auditions, en 8 mois plus de 650 témoins auront été entendus. Un numéro vert a permis de recueillir une cinquantaine d’auditions en plus, mais l’enquête n’a pas encore livré tous ses secrets.

Que deviennent les 2 fillettes ?

Après leur rapatriement en Angleterre et une longue période de soins, l’aînée a pu être interrogée sans que beaucoup de détails ne filtrent sur les éléments qu’elle a pu fournir aux enquêteurs. L’une et l’autre ont ensuite été placées dans une famille d’accueil et bénéficié d’une protection et d’un soutien psychologique constants. Le 10 février, Fadwa al-Saffar, tante de Zeena et Zaïna al-Hilli, désormais orphelines, a entamé une procédure légale afin de les adopter officiellement.


FIONA, LA DISPARUE DE CLER Malgré la mise en place d’importants moyens, on est toujours à la recherche de la petite Fiona, 5 ans, disparue le 12 mai dernier dans la capitale Auvergnate

Une cascade de malheurs

Dimanche 12 mai, Parc Montjuzet, Clermont-Ferrand : la petite Fiona, 5 ans, disparaît sans laisser de trace. Enceinte de plus de 6 mois, la maman - Céline Bourgeon, 25 ans - est dévastée. Prise d’une crise d’angoisses, elle est hospitalisée 3 semaines plus tard : « c’est le stress. J’ai des contractions, on me conseille de rester allongée. Je dois essayer de me ménager » explique celle qui, malgré son cauchemar, doit continuer de s’occuper d’Eva, son autre petite fille âgée de 2 ans et demi. Pour couronner le tout, la petite famille recomposée - qui inclut le compagnon de Céline, Berkane Makhlouf - est sous le coup d’une procédure d’expulsion ! Entre-temps, Fiona, elle, n’a toujours pas été retrouvée. Si de nombreux délinquants sexuels connus des services de police ont été interrogés, l’enquête n’a pas pour l’instant produit de résultats significatifs. Autre problème : les déclarations jusqu’ici confuses de la maman et de son compagnon. Du coup, les enquêteurs peinent à reconstituer précisément l’emploi du temps de la famille lors des 48 heures précédant la disparition de Fiona, soit les 11 et 12 mai : « on peut comprendre que les dispositions psychologiques pro-

céline, la maman de fiona voquées par la disparition ne favorisent pas les souvenirs précis », relativise le procureur de la République, Pierre Sennès. On sait simplement que l’enfant n’a pas été mise à l’école le vendredi 10 mai. Une décision volontaire, reconnue par la maman elle-même.

80 enquêteurs sur le coup

Le mardi 14 mai, une information judiciaire est ouverte pour enlèvement et séquestration. « On est sur l’idée qu’elle a quitté le parc avec un adulte, mais nous n’avons pas de témoins. C’est le chaînon manquant » déclare le procureur, qui reconnaît qu’ « il n’est même pas certain que la petite fille ait été présente dans le parc » : seul un témoin « croit » l’y avoir vue et permet d’en envisager l’hypothèse. Depuis un mois, donc, 80 enquêteurs sont mobilisés sur ce dossier. Naturellement, plusieurs

pistes sont suivies au-delà de celle évoquée. Résultat : plus de 200 personnes auditionnées à ce jour, des heures passées à scruter les images des caméras de sécurité situées dans la zone du parc, un suspect interrogé puis relâché au bout d’une demi-journée et, en parallèle, des recherches de jour comme de nuit avec l’appui d’un hélicoptère et d’un bataillon militaire.

Le père biologique se manifeste

Il y a longtemps que Nicolas Chafoulais, 27 ans, père de Fiona et de sa petite sœur, Eva, et la maman, Céline, se sont séparés. Il n’aurait d’ailleurs pas revu Fiona depuis 9 mois. Il a néanmoins décidé fin mai de se porter partie civile afin d’avoir accès au dossier. Le lendemain de la disparition, il rencontrait les enquê-


CLERMONT-FERRAND

crimes et police / 9 Les critères pour déclencher une alerte enlèvement Ils sont au nombre de

5:

1. Un enlèvement avéré et non une simple disparition 2. L’intégrité physique ou la vie de la victime est en danger 3. Des éléments d’informations permettent de localiser l’enfant ou le suspect 4. La victime est mineure 5. Les parents de la victime ont donné leur accord au déclenchement de l’alerte teurs au parc Montjuzet et était auditionné. Dans un entretien accordé au journal La Montagne et paru le 31 mai, l’homme exprime sa profonde détresse et crie sa douleur de père : « mais si je parle » précise-t-il, « c’est aussi pour rétablir certaines vérités ». Croit-il à la thèse de l’enlèvement par un adulte ? « Franchement, je ne sais pas. Ça faisait neuf mois que je ne l’avais pas vue, que je ne connaissais presque rien de sa vie… De nature, c’était une petite supersouriante, très sociable, qui allait facilement vers les gens. Mais si quelqu’un avait voulu l’emmener loin de sa mère, je ne pense pas qu’elle se serait laissée faire. Sûrement pas ». S’il ne cache pas la piètre qualité des relations qu’il entretient avec Céline depuis leur séparation - celle-ci avait indiqué dans la presse que le père de ses 2 filles avait « eu des soucis » et « fait un peu n’importe quoi » - il n’en appelle pas moins au concours de tous pour retrouver l’enfant.

Plus de 300 appels au n° d’urgence

Le 18 mai, ‘La Montagne’ révèle que l’on s’intéresse désormais à un ancien petit ami de Céline Bourgeon, lequel aurait un jour menacé d’enlever la fillette. Exilé en Algérie, celui-ci nie toute implication dès le 21 mai dans

la petite Fiona, 5 ans, disparaît le 12 mai 2013 sans laisser de trace le même journal et se dit prêt à venir en France pour y être interrogé. « Il sera le bienvenu pour s’expliquer devant les juges » indique sobrement le Procureur Pierre Sennès. Entretemps, le numéro vert mis en place pour recueillir tout témoignage, reçoit plus de 300 appels. Les enquêteurs ont, pour leur part, recensé une soixantaine de personnes présentes dans le parc au moment du signalement de la disparition, et soumis à ces témoins des photos de suspects potentiels de même que différents portraits-robots élaborés par les spécialistes de l’identité judiciaire. Les juges d’instruction ont aussi ordonné une expertise psychologique de Cécile Bourgeon, une procédure « courante dans ce type d’affaires » note une source proche du dossier. Pour le Procureur, « il s’agit d’évaluer le retentissement psychologique de l’affaire, et le préjudice qui en découle ». Il souligne qu’à ce stade, « il n’y a aucune raison de remettre en cause » la parole de Cécile Bourgeon. Aucun élément n’a filtré suite à cet examen.

Adopté en France en février 2006 en cas de rapt d’enfant mineur, le plan ‘Alerte Enlèvement’ consiste à lancer une alerte massive à la radio, à la télévision et sur les panneaux des gares et autoroutes, mais aussi sur des sites internet, des panneaux d’affichage urbains ou les bornes de la Française des Jeux, et ce afin de mobiliser la population dans la recherche de l’enfant enlevé et de son ravisseur. L’opération doit être déclenchée le plus tôt possible après l’enlèvement. En effet, il a été constaté que les premières 24 heures étaient cruciales pour la survie de l’enfant. Lorsque l’alerte est lancée, les médias de masse - chaînes de télévision, radios et sites Internet notamment - diffusent à intervalles réguliers le signalement de l’enfant, voire celui de son ravisseur s’il a été identifié, et communiquent tout renseignement nouveau susceptible d’aiguiller les témoins.

LE MESSAGE D’ALERTE Toute personne qui a vu Fiona le 12 mai entre 17H00 et 21H00 est priée de prendre contact avec les services de police au 04.63.05.22.21 ou au 07.77.97.08.59


les prisonnières de cleveland

T N A D N E P S E É R SÉQUEST C E D S E R IÈ N N O LES PRIS Le 6 mai dernier, dans la capitale de l’Ohio, des hurlements alertent un voisin. Disparue depuis 10 ans, la femme à qui il porte secours n’est pas seule dans cette maison de l’horreur. Elle sont 4 !

S

eymour Street, dans un quartier ouvrier de Cleveland, (0hio) au nord des Etats-Unis. En cette fin d’après-midi, Charles Ramsey rentre chez lui après s’être acheté un hamburger, lorsqu’il entend des cris. Juste en-face de sa maison, au 2207, un bras remue à travers un trou percé dans la porte d’entrée. C’est une femme qui se débat pour sortir de la bâtisse. « J’ai entendu un hurlement (...) Puis, j’ai

vu cette femme devenir folle et tenter de sortir de la maison » racontera Charles aux médias. « Je suis allé jusqu’à l’entrée de la maison et là elle a dit ‘‘aidez-moi à sortir, je suis ici depuis longtemps’’ ». Celui-ci défonce le bas de la porte. La jeune femme s’extrait en tremblant, suivie d’une petite fille de 6 ans. Il faut « faire vite avant qu’il revienne » dit-elle, sanglotant.

Un voisin sans histoire

Arrivés sur les lieux en 2 minutes, les policiers ne sont pas au bout de leurs surprises. En plus d’Amanda Berry et de sa fille, deux autres femmes sont délivrées : Gina DeJesus et Michelle Knight (23 et 30 ans)

au regard des habitants du quartier, un voisin sans histoire, joueur de guitare et passionné de musique. La police l’arrête aussitôt. Elle n’a pas à aller bien loin puisqu’il est au fast-food du coin ! Lorsque la vérité éclate, les gens tombent des nues : « J’ai fait des barbecues avec ce type (...) et

Elle emprunte le téléphone de Charles Ramsey et compose le 911 (le numéro d’urgence de la police). Nous sommes le 6 mai 2013, il est 17h52 : Amanda Berry (27 ans) et Jocelyn, son enfant de 6 ans née en captivité, viennent de retrouver la liberté après des années d’enfer...

Charles Ramsey disparues sans laisser de traces il y a... 10 ans ! « Il » se nomme Ariel Castro. Agé de 52 ans, ce chauffeur de bus scolaire est,

on a écouté de la salsa » confie notamment Charles Ramsey, le nouveau héros local. « Ces filles étaient enfermées dans notre propre


crimes et police / 11

T 10 ANS : CLEVELAND

arrière-cour ! » s’exclame Charlie Czorb, le voisin le plus immédiat de Castro.

Disparitions en cascade

La police de Cleveland ne se contente pas d’arrêter Ariel Castro, elle appréhende également ses 2 frères, Pedro et Onil, âgés

de 54 et 50 ans. Les autorités envisagent alors la possibilité que les malheureuses aient pu être les jouets sexuels de la fratrie entière et pas seulement d’Ariel. Mais comment estil possible que personne dans le quartier n’ait remarqué quoi que ce soit de suspect pendant tout ce temps ? Comment ces

femmes ont-elles pu rester prisonnières si longtemps en pleine ville sans jamais avoir l’occasion de communiquer avec l’extérieur ou de s’échapper ? Quel a été leur quotidien ? Cette tragédie débute le 16 avril 2001. Ce jour-là, Amanda Berry, 16 ans, appelle sa soeur pour lui dire

qu’elle va se faire raccompagner chez elle en voiture après la fin de sa journée de travail au Burger King... Mais Amanda ne rentrera jamais. Les heures, les jours, les mois et les années passent : rien, aucune nouvelle, aucune trace. Police et FBI sont mobilisés, mais l’enquête patine et l’on perd peu à peu tout


les prisonnières de cleveland interrogé tout le personnel du collège » affirme un détective privé de Cleveland.

Tempête médiatique

Amanda Berry en 2001, à l’époque de sa disparition espoir de retrouver l’adolescente. Qui peut alors se douter que la disparue est là, tout près ? Sûrement pas la mère d’Amanda qui, folle de chagrin, meurt d’un cancer en 2006. Le 22 août 2002, Michelle Knight, 20 ans, disparaît elle aussi, et dans son cas on commet l’erreur de croire à une fuite volontaire. 2 avril 2004 : Gina DeJesus, 14 ans, rentrait de l’école lorsque l’on perd toute trace d’elle. Cela commence à faire beaucoup pour un même endroit, mais toujours pas le moindre indice.

Des pistes négligées

La police indique n’avoir eu aucune raison de s’intéresser à Ariel Castro à l’époque. Il ne s’est signa-

lé qu’à 2 reprises au fil du temps : une fois en appelant lui-même le 911 pour signaler une bagarre, une autre fois suite à l’enfermement dans son bus d’un enfant. Une « négligence » conclura-t-on alors. Et pourtant, certains éléments auraient pu mettre la puce à l’oreille des autorités. En 1993, Ariel Castro fait l’objet d’une plainte pour violence familiale. Grimilda Figueroa, qui ne s’est jamais mariée avec lui mais avec qui il a eu 4 enfants, porte plainte contre son compagnon, pour violences conjugales à deux reprises. Les documents judiciaires mentionnent les blessures subies : nez brisé, côtes cassées, épaules luxées. Elle avait déjà appelé la police pour des raisons similaires en 1989,

La maison de l’horreur

mais n’avait alors pas souhaité déposer de plainte. Cette fois Grimilda accuse également Castro d’avoir « souvent enlevé » leurs deux filles et de les avoir « empêchées d’être avec [leur mère] ». Elle décide de le quitter en dépit des pressions qu’il exerce. En 1994, le propriétaire d’une maison voisine fait à son tour fait appel à la police : Castro aurait tenté de le frapper avec une pelle. 1996 : Fernando Colon, le nouveau compagnon de son ex-femme appelle aussi la police : Castro l’aurait menacé et essayé de l’écraser avec sa voiture. Mieux : en juillet 2004, peu après l’enlèvement de la jeune Gina DeJesus, alors âgée de 14 ans, Ariel Castro se permet de poursuivre en justice Fernando Colon, le nouvel époux de son ex-compagne, pour... attouchements sexuels sur ses propres filles ! « Peut-être que le voisinage a raté un indice » note Steve Anthony. du FBI. Le voisinage seulement ? Et la police ? Et le FBI lui-même ?... Après l’enlèvement de Gina DeJesus, les enquêteurs n’ont pas soupçonné un instant ce chauffeur de bus de l’école que fréquentait Gina. « Si elle avait fait son boulot, la police aurait

Pedro et Onil, les deux frères d’Ariel Castro, sont donc appréhendés le même jour que le suspect principal, mais relâchés peu de temps après. « Si je l’avais su, je l’aurais dit. Que ce soit mon frère ou pas » déclarera aussitôt sur CNN Pedro Castro, le frère aîné d’Ariel. Le benjamin, Onil Castro, n’est pas en reste : « Les gens qui me connaissent savent que (...) il n’y a aucune raison de penser que j’aurais fait quelque chose comme ça ». « Ariel a tenu tout le monde à l’écart » conclura le chef adjoint de la police de Cleveland, Ed Tomba. Comparaissant pour la première fois sous une avalanche médiatique, le suspect est accusé de 4 enlèvements, dont celui de Jocelyn, la fillette de 6 ans née en captivité qu’il a eue avec Amanda Berry, et du viol de ses victimes. Selon le système Américain, une caution a été fixée pour le cas où le prévenu - ou son entourage - souhaiterait racheter temporairement sa liberté. Mais le montant 8 millions de dollars - est tel qu’il assure le maintien en détention d’Ariel Castro.

Premiers récits

D’abord enchaînées à la cave, puis retenues à l’étage de la maison, les trois jeunes femmes séquestrées ont donc vécu 10 ans de cauchemar. Régulièrement violée, Michelle Knight a indiqué être tom-


crimes et police / 13 bée enceinte à 5 reprises au moins. Castro la privait alors de nourriture et la frappait au ventre jusqu’à ce qu’elle perde son enfant. Quand Amanda Berry est à son tour tombée enceinte, Ariel Castro a obligé Michelle Knight à l’assister dans son accouchement, la menaçant de mort si quelque chose arrivait au bébé. L’emprise psychologique était tel que, au moment de la libération d’Amanda Berry et de la petite Jocelyn, les deux autres jeunes femmes sont restées immobiles dans la maison jusqu’à l’arrivée des secours, de peur que Castro ne se venge sur elles.

Le retour des miraculées

Lorsque l’entourage d’Amanda apprend que celle-ci a été retrouvée, peu y croient. Pour Tasheena Mitchell, 26 ans, il faudra une visite à l’hôpital pour se convaincre qu’elle est bien vivante. Pour Kayla Rogers, 23 ans, qui a été à l’école avec Gina DeJesus, « c’est fou, je reste sans voix, en général on ne retrouve pas les gens qui disparaissent » dit-elle au Plain Dealer, un journal local. La 3ème « miraculée », Michelle Knight, va quant à elle rester un peu plus longtemps en observation à l’hôpital avant de retrouver les siens. Dans le quartier, outre le retour en fanfare des « séquestrées » et le bonheur des retrouvailles partagé par la communauté, des histoires commencent à fleurir : on aurait dû savoir, on aurait pu se douter... Ce voisin, Israel Lugo, n’avait-il pas

appelé la police en 2001 après que sa sœur « [eut] vu une femme avec un enfant dans la maison, frappant à la fenêtre comme si elle voulait sortir » ? Et cette fillette à l’identité inconnue aperçue un autre jour aux côtés d’Ariel Castro ? Et voilà qu’on apprend maintenant qu’Emily Castro, la fille du kidnappeur, purge 25 ans de prison car elle a tenté d’égorger son enfant de 11 mois ! La presse locale parle même d’un possible cas d’inceste... Angie Gregg, autre fille d’Ariel Castro, déclare à CNN que, pour elle, son père est « mort » et le qualifie de « criminel vil et démoniaque ». Traquée par les médias, la mère du ravisseur, s’est pour sa part effondrée au volant de sa voiture : « Mon fils est malade et a commis quelque chose de très grave. Je demande le pardon à ces mères et à ces jeunes femmes. Je souffre car elles souffrent ». Sans compter qu’une autre enquête locale sur le viol et le meurtre d’une adolescente de 14 ans dans les années 1990 se voit désormais relancée...

Déclaration publique

Le 12 mai, dans un communiqué lu à la presse par l’avocat des victimes, Amanda Berry déclare : « Je remercie chacun pour tout ce que vous avez fait et que vous continuez à faire ». Gina DeJesus demande pour sa part « que chacun ait en tête que j’ai besoin de temps, pour être avec ma famille ». Enfin Michelle Knight, qui confirme se trouver « en

Les miraculées, heureuses et soulagées

Le comité d’accueil bonne santé, heureuse et en sécurité » même si elle est toujours en soins, a ajouté qu’elle retrouverait « (sa) famille, (ses) amis et ceux qui (l’)ont soutenue en temps utile ».

Il plaidera non coupable

Aux États-Unis, seuls les homicides sont passibles de la peine de mort. Toutefois Timothy McGinty, le procureur du Comté de Cuyahoga où se sont produits les faits, a indiqué qu’il ferait tout pour envoyer Ariel Castro dans le couloir de la mort en raison des violences subies par les jeunes femmes. Violences qui, selon lui, « dépassent l’entendement ». Pourtant, Ariel Castro plaidera ‘non coupable’ lors de son procès a précisé Jaye Schlachet, son avocat. Justifiant cette ligne de défense, ce dernier a déclaré

que « toutes les preuves (seraient) apportées lors de la procédure judiciaire ». Ariel Castro « n’est pas un monstre et il ne devrait pas être diabolisé par les médias (...) Je demande à tout le monde d’être prudent avant d’exprimer une opinion » a conclu l’avocat. On parle tout de même d’enlèvements en série, de séquestration, de viols répétés, de maltraitance et de violences, y compris sur une enfant de 6 ans. Sans doute cet avocat tentera-t-il de démontrer aux jurés et à l’opinion publique que son client a finalement un cœur d’or. Ainsi, lorsque Gina DeJesus, meilleure amie de sa fille Arlène, avait disparu en 2004 (luimême l’ayant kidnappée), Ariel le guitariste, passionné de musique, ne s’étaitil pas produit spontanément, guitare en main, afin de recueillir des fonds au bénéfice de la famille ?...


CARLOS, DIT « LE CHA PROFESSION : TERRO De tous les étrangers détenus dans l’Hexagone, il est sans doute le plus célèbre. Ilich Ramirez Sanchez, 63 ans, est rejugé depuis le 13 mai pour 4 attentats mortels commis en France il y a 30 ans 13 mai 2013 : grande figure du terrorisme international et des « Années de poudre », Ilich Ramirez Sanchez - dit « Carlos » - est rejugé en appel pour 4 attentats commis en France en 1982 et 1983 qui avaient fait 11 morts et 150 blessés : • Attentat du train Paris-Toulouse, le 29 mars 1982 • Attentat rue Marbeuf à Paris, le 22 avril 1982 • Attentats de la gare Saint-Charles de Marseille et de Tain-L’Hermitage, le 31 décembre 1983.

E

n décembre 2011, la justice française l’avait déjà condamné pour ces faits à la perpétuité assortie de 18 ans de sûreté, peine maximale autorisée en France. Détenu dans notre pays depuis 19 ans, il y purge une autre peine de perpétuité pour le meurtre en 1975 à Paris de 3 hommes, dont 2 policiers.

Le grand retour du provocateur

Ce 13 mai 2013, jour de l’ouverture de ce nouveau procès en appel, le Vénézuelien âgé de 63 ans commence par interdire à ses avocats de venir le défendre ! Ses 2 avocats habituels Isabelle Coutant-Peyre (devenue sa compagne) et Francis Vuillemin - ne se sont donc pas présentés devant la

cour. Outre son goût pour la provocation, c’est selon Carlos une manière de protester contre son propre gouvernement qui refuse de prendre en charge les frais de sa défense. Trois jeunes pénalistes ont donc été désignés d’office. Le détenu se montre pour sa part souriant, détendu, cabotin même. Il se plaît à évoquer ses dîners avec des sympathisants nazis dans les Années 70, à l’époque où il trinquait « à la santé du Fuhrer », ses relations avec certains leaders communistes, ses appuis dans le monde Arabe... Puis, tout à coup, il se fait glaçant et profère des menaces devant la Cour : « qu’un ennemi sioniste ou impérialiste soit exécuté » pour chaque jour qu’il aura passé en prison, voilà ce qu’il demande à ceux qui le soutiennent encore ! S’il nie toute implication dans les 4 attentats commis en France, il se dépeint toujours comme un « révolutionnaire profes-


ACAL » ORISTE

sionnel ». Bref, il joue sa partition : celle d’un homme conscient de son statut médiatique, qui a largement entretenu cette image de «terroriste d’Etat» et ne laissera personne lui voler la vedette au moment où l’on reparle enfin de lui.

Formation d’un terroriste

Ilich Ramírez Sánchez, dit « Carlos », naît le 12 octobre 1949 à Caracas (Venezuela). Son père est alors un riche avocat qui a embrassé la cause Communiste, raison pour laquelle il a donné à son fils le prénom de la figure politique qu’il admire le plus : Lénine . Dès l’âge de 10 ans,en 1959, le petit Ilitch rejoint le mouvement des jeunes du Parti communiste, assiste à plusieurs congrès internationaux avec son père et passe très probablement l’été 1966 dans une école de la guérilla Cubaine. Cette même année 66 ses parents divorcent et sa mère part habiter à Londres. Les enfants seront du voyage. En 1968 le père souhaite les inscrire, lui et son frère, à la Sorbonne, mais un responsable du... KGB repère le jeune Ilich. Résultat : il part pour l’Université Patrice Lumumba de Moscou, où l’on prépare les futures élites du TiersMonde. Il en sera toutefois expulsé du fait de son goût immodéré pour l’alcool et les femmes. Puis on le retrouve à Amman en Jordanie, dans un camp d’entraînement de guérilla exploité par le FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine). L’étape d’après sera Londres et la ‘Polytechnic of Central London’ ... tout en continuant d’œuvrer pour le FPLP. Le voici à présent parfaitement formé et, dès 1973, il prend les commandes

crimes et police / 15 des «Opérations Externes» du FPLP. A cet instant, ‘‘Carlos’’ devient son nom de guerre. Et il ne va pas attendre longtemps pour faire parler de lui.

Un parcours jalonné de sang

Londres, 30 décembre 1973. Joseph Edward Seif est un homme d’affaires dont le frère, Israel Seif, a dirigé la grande chaîne de magasins Marks & Spencer. L’un et l’autre étant des figures du sionisme selon le FPLP, Carlos tente d’assassiner le premier... mais rate son coup. Un mois plus tard, toujours à Londres, une bombe explose devant la Hapoalim Bank, un établissement jugé sioniste également. Après ces premiers attentats, Carlos doit «prendre l’air». Le voilà donc à Paris, où il va poursuivre sur sa lancée : explosions à la voiture piégée devant les locaux parisiens de L’Aurore, de Minute et de L’Arche. Une autre étape est franchie le 15 septembre 1974 avec un attentat à la grenade contre le Drugstore Saint-Germain. Bilan : 2 morts et 34 blessés. Carlos revendique l’attentat. La DST est désormais à ses trousses. Le 13 janvier 1975, posté sur la terrasse de l’aéroport d’Orly, il tente riens moins qu’une attaque au lance-roquettes sur un avion de la compagnie Israélienne El Al. A dater de ce moment les terrasses de l’aéroport seront fermées au public. Le terroriste revient même à la charge... 2 jours plus tard. Accompagné de complices cette fois, il prend 2 personnes en otage et demande - et obtient - un avion pour Bagdad. L’opération va faire 21 blessés au passage.

Meurtres, prises d’otages et détournement d’avion

Paris, 27 juin 1975 : au numéro 9 de la rue Toullier, Carlos abat Raymond Dous et Jean Donatini, deux inspecteurs de la DST qui l’avaient pis-

té, de même que leur informateur Michel Moukharbal, tandis que Jean Herranz, commissaire de la DST, est grièvement blessé. A peine 6 mois plus tard, le 21 décembre, il organise et dirige la séquestration de 11 ministres de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) au siège-même de leur organisation à Vienne (Autriche). Le commando de 6 personnes fait 66 otages, dont 42 seront emmenés vers Alger dans un DC-9 mis à la disposition des ravisseurs. Là, 30 d’entre eux sont libérés. L’avion poursuit son périple vers Tripoli en Libye, y débarque d’autres otages, puis retourne à Alger. Les

derniers otages sont finalement relâchés lorsque les terroristes obtiennent l’asile politique en Algérie.

Un cran de plus sur l’échelle de la violence

A présent Carlos multiplie les déplacements : Libye, Yemen, Liban... Au Yemen il est sommé de répondre de ses actes face aux responsables de sa propre organisation, le FPLP-OE. Les raisons de la brouille entre le terroriste et Wadie Haddad, fondateur du


CARLOS, DIT « LE CHACAL », profession terroriste

FPLP-OE, ne sont pas claires, mais la conséquence en est la mise à l’écart de Carlos. Il s’installe alors à Beyrouth (Liban), qu’il quittera en 1982 lorsque les Palestiniens sont défaits. Arrive alors une lettre à l’Ambassade de France à La Haye. Authentifiée par ses empreintes digitales, elle émane bien du terroriste et celui-ci exige la libération de 2 de ses lieutenants», Bruno Bréguet et Magdalena Klopp. Ceux-ci viennent d’être arrêtés à Paris en possession de plusieurs kilos d’explosifs, leur objectif étant de commettre un attentat à la voiture piégée devant l’Ambassade d’un Emirat arabe sur lequel Carlos voulait mettre la pression. Evidemment la France n’obtempère pas... et Carlos décide de frapper partout dans l’Hexagone. Les attentats en France commencent dans le train Paris-Toulouse le 29 mars 1982. Bilan : 5 morts, 77 blessés. Puis, le 22 avril 1982, c’est une voiture piégée qui explose à Paris, rue Marbeuf, devant le siège du journal Al-Watan al-Arabi : 1 mort et 63 blessés. Puis, 2 nouvelles explosions dans un train, le TGV Marseille-Paris, le 31 décembre 1983 : 5 morts et 50 blessés. Carlos ne revendiquera pas ces 4 opérations, raison pour laquelle il maintient aujourd’hui encore que la justice Française n’a aucun élément contre lui dans ces dossiers-là.

Le vent tourne...

En 1984 le terroriste se fait un peu oublier. On l’aperçoit au Yemen du Sud et en Libye, mais c’est surtout

à Damas (Syrie) qu’il va se poser en 1985 avec sa compagne Magdalena Kopp. Ils ont une une fille, Evita, et mènent donc un semblant de vie famille dans un quartier résidentiel de la capitale. Cependant le régime Syrien, dans sa tentative de se racheter aux yeux des autres nations, va l’inviter à... dégager ! Nous sommes alors en 1991 et, par nécessité, Carlos trouve un nouveau refuge : ce sera le Soudan, un pays pour les Services Secrets duquel il a travaillé... En France, sa 1ère condamnation à la réclusion à perpétuité est prononcée par contumace le 1er juin 1992. Elle concerne le meurtre des 2 policiers de la DST et de leur informateur le 27 juin 1975. S’il y a bien une chose à laquelle Carlos ne s’attend pas en ce 14 août 1994, c’est bien... de se faire kidnapper ! Or la DST, dirigée à l’époque par Philippe Parant, réussit cet enlèvement sur ordre de Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur. Direction la France, pas besoin d’attendre une autorisation (hypothétique) d’extradition. La capture a été facilitée par le fait que le terroriste s’apprêtait à subir une opération de chirurgie plastique et était donc... endormi au moment des faits.

assortie d’une période de sûreté de 18 ans. Le terroriste fait appel. Tandis qu’il multiplie les transferts dans diverses maisons d’arrêt, Carlos en profite pour se convertir à l’islam et pour se marier religieusement en 2001 avec... son avocate Isabelle Coutant-Peyre. Cette union n’aura aucune valeur légale dans la mesure où officiellement il est toujours l’époux de sa seconde femme, Lana Jarrar, dont - dit-il - il n’a aucune nouvelle ! Arrive le 11 septembre 2001. L’occasion est trop belle pour le provocateur qui déclare « J’ai eu un profond soulagement en voyant ces héroïques opérations de sacrifice ». Dans une autobiographie publiée en 2003 il clame son soutien à Ben Laden mais également à Saddam Hussein, qu’il surnomme « le dernier chevalier arabe » pour sa résistance aux Etats-Unis. Détenu à l’isolement entre août 1994 et octobre 2002, Carlos conteste cette décision devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Dans ce débat purement juridique il obtient le droit à un recours effectif.

Le soutien d’Hugo Chavez

Nous voici en mai 2007. Carlos conti-

L’heure des comptes

Le juge Jean-Louis Bruguière est chargé de l’instruction du dossier Carlos. La défense de l’accusé échoit à 2 avocats, Jacques Vergès et Isabelle Coutant-Peyre. Du 12 au 24 décembre 1997, Carlos va comparaître pour cette seule affaire du 27 juin 1975. Pour ce triple assassinat il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Nouveau procès en novembre 2011 concernant les 4 attentats de 1982 et 83, auxquels il nie toute participation - et nouvelle peine de perpétuité en décembre,

nue de purger sa peine à la Maison Centrale de Poissy dans les Yvelines lorsque le juge Bruguière ordonne


crimes et police / 17

Carlos, aujourd’hui un nouveau procès contre lui. Le motif : « meurtres et destructions de biens à l’aide de substances explosives » ayant eu lieu en France entre 1982 et 83. Novembre 2009 : Prenant la parole à Caracas devant un congrès international réunissant des représentants de partis de gauche, le président Vénézuélien Hugo Chavez, réputé pour ses discours-fleuves, en profite pour faire l’éloge de son compatriote. Selon lui, Ilich Ramirez Sanchez est un « héros révolutionnaire » comme lui : « On l’accuse d’avoir été un terroriste, mais il fut en réalité l’un des grands combattants de l’Organisation de Libération de la Palestine. Il a, je le pense, été injustement condamné. On l’accuse de choses dont il n’est pas responsable ».

‘‘Carlos’’, le film

En 2010, avec le concours de la chaîne Canal Plus, le réalisateur Français Olivier Assayas propose au public un film de 5h30 sur le terroriste. L’oeuvre sera diffusée à la télévision en plusieurs segments et bénéficiera également d’une sortie en salle, en France

et à l’étranger, dans une version condensée. Toutefois Carlos n’est pas satisfait et entreprend une action en justice car il conteste le traitement de certains faits. Le terroriste évoque notamment le cas de la prise d’otages du siège de l’OPEP à Vienne en 1975, prétendument attribuée à Saddam Hussein dans certte fiction alors que, selon Carlos, ce serait le dirigeant Libyen de l’époque, Mouammar Kadhafi, qui en serait à l’origine.

Dernier procès ?

Nous voici donc revenu à ce 13 mai 2013, lorsque Carlos, 63 ans, comparaît devant le Président du Tribunal, Régis de Jorna. L’accusé est détendu, d’humeur badine, pas plus inquiet que cela à l’idée que 3 jeunes pénalistes s’occupent de son cas - lequel représente... 80 tomes de documents ! « La mort, vous y pensez souvent ? » lui demande le Président, lui rappelant qu’il a rédigé, il y a une quinzaine d’années, son testament. Ilich Ramirez Sanchez dit ‘Carlos’ redevient alors « le Chacal ». Celui qui entretient sa légende en reven-

diquant la responsabilité de «1500 morts » dont « au moins 83 de mes mains ». Celui qui hurle sa colère que « son » Venezuela, « sa » République Bolivarienne, refuse de prendre en charge le coût de son procès. Celui qui s’insurge contre « un groupe de hauts fonctionnaires, au Venezuela et en France », qui selon lui ont une peur panique de le voir revenir un jour dans son pays et font en sorte qu’il ne reçoive pas l’appui souhaité. « C’est de la faute des traîtres dans le gouvernement Vénézuélien, qui mettent en danger le gouvernement actuel qui, lui, est légitime » assènet-il. Il est vrai que, si Hugo Chavez, mort le 5 mars 2012, avait publiquement manifesté son soutien au révolutionnaire Ramirez Sanchez, le nouveau Président, Nicolas Maduro, élu tout récemment, est nettement plus frileux sur ce dossier. Tout à la fois l’avocate et l’« épouse » du terroriste, Maître Isabelle Coutant-Peyre s’est rendue sur place à Caracas afin de le convaincre.


Luka Rocco Magnotta, le dépeceur de montréal

A S U O V Z E REND Il a tué et dépecé son amant, filmé son acte et diffusé le tout sur Internet avant d’envoyer le cadavre par morceaux aux élus du pays. Traqué par la Police comme par les internautes, « le fugitif le plus recherché du Canada » a été arrêté le 4 juin 2012 à Berlin. Son procès s’est ouvert en mars...

Il s’effondre face à ses juges

Le 11 mars dernier s’est ouvert à Montréal (Québec) l’enquête préliminaire au procès de Luka Rocco Magnotta, accusé d’avoir tué et dépecé Lin Jun, un étudiant chinois, en mai 2012 dans cette même ville, tout en filmant son acte barbare. En droit local l’enquête préliminaire sert à évaluer les preuves présentées par l’accusation afin de juger si elles sont suffisantes pour lancer le procès. L’homme doit également répondre des accusations d’outrage à un cadavre, de diffusion d’obscénités, d’utilisation de la poste pour diffuser

des obscénités et de harcèlement envers le Premier Ministre Canadien Stephen Harper et certains membres du Parlement. La traque internationale lancée contre lui s’était soldée le 4 juin 2012 par son arrestation à Berlin (Allemagne). Les parents de Lin Jun sont venus assister à la première audience afin de croiser le regard de celui qu’ils ont appelé « le diable ».

Quelques jours plus tard, le 19 mars, l’accusé a été pris d’un malaise en pleine audience et s’est effondré.

32 témoins appelés à la barre

C’est d’abord un ami du défunt, Dong Dong Xu, qui a répondu aux questions de la Couronne et de la

défense. Puis, 6 personnes résidant à Vancouver ont témoigné à leur tour par vidéoconférence : - Kevin John Clifford, qui travaillait pour la compagnie ‘‘Postes Canada’’ en juin 2012 ; - Louise Jones, assistante administratrice à SaintGeorge’s School, et Robert Thomas Caissy, employé au même endroit ; - Fanya Chan, employée


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E L B A I D E L C E AV les Canadiens eux-mêmes, dans un sondage, ont qualifié de « fait le plus marquant de l’année 2012 ».

Il tente de fabriquer sa propre légende Lin Jun, la victime

de False Creek Elementary School et Bruce Murton, directeur de cette école ; - Beatrice Chow, policière à Vancouver. 25 autres personnes ont été entendues au fil de cette enquête préliminaire, au terme de laquelle la Juge Lori Renée Weitzman a annoncé sa décision : l’accusé sera bien jugé pour meurtre avec préméditation, refusant

d’accéder aux demandes de la Défense, qui plaidait pour un meurtre non prémédité. Si la peine maximale pour les 2 catégories de crime est la même (l’emprisonnement à vie), dans le second cas le condamné peut faire plus tôt une demande de libération conditionnelle. La situation judiciaire étant posée, il convient de revenir à présent sur ce que

Né sous le nom de Eric Clinton Newman le 24 juillet 1982 à Scarborough, Ontario (Canada), Luka Magnotta est le fils d’un père absent et alcoolique et d’une mère dominatrice. Il sera élevé par sa grand-mère maternelle, Phylis, femme elle aussi tyrannique. En rupture avec sa famille, Eric Newman change légalement de nom le 12 août 2006 et adopte celui de Luka Rocco Magnotta. Son souhait de fuir son identité d’origine est tel qu’il subit plusieurs opérations de chirurgie esthétique afin

de s’en écarter définitivement. Dès 2003, le « futur » Magnotta travaille occasionnellement en tant que strip-teaseur mais surtout comme escort-boy. Narcissique, il se définit luimême comme « bisexuel et metrosexuel ». Il entame une modeste carrière dans le cinema porno gay à petit budget, mais prétend en être une vedette. En 2004, il est arrêté et inculpé pour fraude, agression sexuelle et possession de matériel volé. À partir de 2005, il poste sur des forums et blogs internet - sous 127 pseudonymes différents - des commentaires où il révèle certaines parties de sa vie. En 2010, Magnotta est identifié comme l’auteur de 3 vidéos diffusées sur la Toile, dans lesquelles il torture des chatons. La SPA locale offre alors une récompense de 5000 dollars pour sa capture.


Luka Rocco Magnotta, le dépeceur de montréal Le dépeceur de Montréal En mars 2012, plus de 2 mois avant le meurtre de son compagnon Lin Jun, le nom de Magnotta est associé à un profil de nécrophile et de serial killer. Il aurait également eu des liens avec des groupes prônant la suprématie blanche ; on retrouvera certains messages de haine écrits par ses soins à l’encontre des Chinois et des Juifs, ainsi qu’envers les activistes des droits des animaux. Sa future victime, Lin Jun se faisait appeler ‘Patrick Jun’ en français et ‘Justin Lin’ en anglais, et ce afin de favoriser son intégration au Canada. Né le 30 décembre 1978 à Wuhan en Chine, il était depuis juillet 2011 étudiant-ingénieur en sciences informatiques à l’Université Concordia de Montréal. Le 25 mai 2012, une vidéo de près de 11 minutes est mise en ligne sur le site Internet Bestgore.com. On y voit un homme ligoté — Lin Jun — qui apparaît ensuite égorgé et à qui Magnotta coupe une fesse avec un couteau et une fourchette. S’ensuit une série de mutilations, le démembrement et le viol du cadavre de la victime. La vidéo a comme fond sonore une chanson du groupe New Order et bande originale du film « American Psycho ». Dès le 20 mai, sous différents pseudonymes, Magnotta publie sur des forums Internet des commentaires annonçant l’existence d’un «snuffmovie » appelé « 1 Lunatic 1 Ice Pick » (« 1 fou 1 pic à glace »).

Des morceaux de cadavres envoyés aux élus !

Le 29 mai 2012, les employés du siège social du Parti Conservateur du Canada reçoivent un colis postal contenant... un pied humain ! L’événement fait les gros titres de la presse dans le pays. Le colis taché de sang est ouvert par la directrice des opérations politiques du parti, Jenni Byrne, qui appelle immédiatement le Servie de Police d’Ottawa (OPS) et avertit le service de sécurité du Premier Ministre du

Canada, Stephen Harper, de menaces potentielles. Plus tard dans la journée, la police d’Ottawa découvre un autre colis suspect dans un centre de traitement de la compagnie Postes Canada : le paquet, qui contient une main humaine, est destinée au Parti Libéral. Au même moment, prévenue par un concierge, la Police de Montréal (SPVM) se rend dans le secteur de Côte-des-Neiges et découvre un tronc humain. Cette même nuit, la police de Montréal, la police d’Ottawa et la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) établissent que tous les membres appartiennent au même individu et découvrent la scène du crime près de l’endroit où le tronc

a été retrouvé. Les services chargés de l’enquête font appel à l’expertise du FBI Américain pour tracer la vidéo du crime mise en ligne ce 25 mai. Luka Magnotta est très vite identifié. Un mandat d’arrêt est aussitôt émis, d’abord à l’échelle nationale. Le 30 mai, la police n’a toujours pas réussi à identifier la victime, ni à retrouver tous les morceaux du corps. Selon le quotidien ‘‘La Presse’’, une note accompagnait le colis livré au Parti conservateur indiquant que d’autres morceaux de corps avaient été envoyés par la Poste et que l’auteur avait l’intention de tuer à nouveau. La police travaille alors avec Poste Canada pour retrouver les membres manquants. En vain. Le 5 juin 2012, la St. George’s School reçoit un colis contenant un pied humain. Puis c’est au tour du Conseil Scolaire de Vancouver : le paquet contient

cette fois une main humaine. On ignore encore les raisons des envois dans ces différents lieux, mais la police de Montréal va rapidement découvrir que Luka Magnotta a séjourné durant une période indéterminée à Vancouver, et qu’il y a loué un appartement sous l’un de ses surnoms. A ce moment, le tueur est déjà en cavale.

La traque

Du samedi 26 mai au dimanche 27 mai 2012, Luka Rocco Magnotta passe la nuit dans un avion à destination de Paris. À son arrivée dans la capitale Française, Magnotta arbore un look différent : les cheveux sont bruns et mi-longs, l’apparence générale est celle d’un adolescent. La vidéosurveillance de Roissy Charles-de-Gaulle montrera un gamin portant un tee-shirt de Mickey ! Il est tout d’abord héber-


crimes et police / 21

gé à Clichy-la-Garenne, chez un gay dont il a fait la connaissance sur un site de rencontre spécialisé. Puis il choisit de loger dans un hôtel discret de Bagnolet, en bordure de Paris. Il apparaît calme, s’adressant au patron en anglais et payant 8 nuits d’avance. Le passeport qu’il a présenté est un faux au nom de Kirk Tramell ... Une allusion sans doute au personnage de Catherine Tramell interprété par Sharon Stone dans « Basic Instinct », où la tueuse utilise un pic à glace. Quatre jours après, le 31 mai 2012, Interpol reçoit une « notice rouge » d’arrêt international. Sollicitée au même titre que les autres services Européens, la Police Française effectue des recherches ciblées dans des hôtels de l’agglomération parisienne dès qu’elle a établi avec certitude la présence du

suspect sur son sol grâce à la vidéo de Roissy Charlesde- Gaulle. Ils repèrent sa trace mais... ont tort ! Abandonné dans le métro parisien, le téléphone du suspect a continué d’activer des antennes-relais, mais Magnotta, lui n’est déjà plus sur le territoire. Il a acheté un billet d’autocar dans une agence du 18ème Arrondissement et, le 31 mai, il part de Bagnolet pour Berlin. Là encore il a utilisé le pseudonyme de Kirk Tramell.

Berlin, dernier arrêt

Il arrive à la gare routière de Berlin Am Funkturm le 1er juin 2012 vers 9 h 15. Ce même

jour, un nouveau mandat d’arrêt est émis à son encontre pour meurtre au 1er degré, outrage à cadavre, envoi de matériel obscène par la poste et menaces à l’encontre du Premier Ministre Canadiens et de plusieurs députés fédéraux. Le 4 juin, un peu avant midi, Magnotta se rend dans un cybercafé, le Spätkauf, dans le quartier populaire de Berlin-Neukölln au sud de la ville. Le gérant de la boutique, qui vient de l’installer au poste 25, a des doutes : ce visage lui semble familier... Lorsque le client commence à consulter des sites français le concernant, ainsi que son avis de recherche, les doutes s’envolent : il s’agit bien de l’individu recherché par toutes les polices. Le gérant avertit les autorités une première fois, puis une seconde fois en arrêtant une voiture de patrouille, conduite par des policiers stagiaires, qui passait dans sa rue. Le suspect est arrêté sur place

peu après 13 h 30. Il donne dans un premier temps une fausse identité, puis se résigne en déclarant simplement : « vous m’avez eu ». Appréhendé dans le calme par la police allemande, il ressort menotté sous l’œil d’une caméra de surveillance. Ses cheveux sont alors courts et teints en blond. Il est détenu au commissariat principal dans le centre de Berlin dans l’attente de son extradition.

Procédure d’extradition

Au lendemain de son arrestation Allemande, il est présenté à un juge qui lui confirme les charges pesant contre lui. Le parquet de Berlin indique alors publiquement que Luka Magnotta ne s’opposera pas à son extradition vers le Canada. En attendant la notification de celle-ci, le prévenu est transféré le 5 juin 2012 dans l’une des principales prisons de la ville,


Luka Rocco Magnotta, le dépeceur de montréal

dans le quartier de Moabit. Dans l’intervalle, le Canada doit déposer auprès du parquet de Berlin une demande officielle d’extradition, accompagnée de documents étayant les éléments de preuve à l’appui. Le Tribunal Régional Supérieur de Berlin est chargé d’examiner si une extradition est conforme au droit puis, s’il répond par l’affirmative, le parquet doit ensuite demander cette extradition au gouvernement allemand qui examine alors si le pays vers lequel le suspect est extradé ne risque pas d’appliquer une condamnation violant les droits de l’homme.

Retour au Canada

Le 14 juin, la Cour conclut que les preuves à l’encontre de Luka Rocco Magnotta sont assez concluantes pour qu’il soit maintenu en prison avant son extradition. Le procureur demande à la Cour qu’il

soit transféré dans une autre unité de détention, puis, le 18 juin, le ministère Canadien de la Justice confirme les informations de la chaîne CBC indiquant que Magnotta quitte l’Allemagne pour Montréal sous escorte du SPVM. Il décolle de Berlin vers 11 h à bord d’un appareil de l’Aviation Royale du Canada et atterrit à Montréal-Mirabel peu après 19 h. Au plan diplomatique, cette affaire va susciter de vives réactions en Chine, où Magnotta est accusé de meurtre à caractère racial. Le Ministre Canadien des Affaires Etrangères, John Baird, contacte aussitôt Zhang Junsai, Ambassadeur de Chine au Canada, afin de lui transmettre ses profondes condoléances. Côté victime, les membres de la famille de Lin Jun sont déjà à Montréal depuis le 6 juin.

Celui qui a vécu par l’épée...

Ce sont évidemment les journaux des pays traversés par le tueur qui ont le plus suivi l’affaire : d’abord au Canada, puis en France et enfin en Allemagne. Mais la presse britannique n’a pas été en reste, en particulier The Sun, son

tabloïd à plus fort tirage, qui 6 mois plus tôt avait rencontré celui qui n’était encore qu’un «tueur de chatons» mettant en ligne ses « exploits » macabres. L’extrême médiatisation du cas Magnotta s’explique sans doute par l’aggravation progressive d’actes horribles ayant fait l’objet d’une diffusion à l’échelle mondiale. L’autre justification que l’on peut y voir réside dans la personnalité du tueur, dans son goût narcissique de se mettre en scène et de tenter de provoquer l’opinion de n’importe quelle manière. Au-delà de tous les portraits que l’on a pu faire de lui à partir de l’identité qu’il s’était forgée sur tous les réseaux sociaux majeurs - Facebook et Youtube notamment -,

assis dans le cybercafé, occupé à regarder ses mails sur Internet. Le gérant du cybercafé, alerté par son accent français et sa ressemblance avec les photos - justement diffusées sur le Net - doit s’y reprendre à 2 fois avant que la Police locale ne prenne au sérieux son alerte. Ainsi, jusqu’au bout l’histoire du « fugitif le plus recherché du Canada » restera liée à Internet et à la culture de sa génération. C’est d’abord sur YouTube qu’il s’est rendu « célèbre », en torturant puis en faisant avaler des chatons par un python. C’est ensuite sur MySpace, où il entretient son narcissisme en publiant de nombreuses photos posées, et enfin sur le site BestGore, où il va aller jusqu’à publier la vidéo de son crime. Ses références cinématographiques, il les partage avec nombre de jeunes gens de sa génération :

Le gérant du cyber-café, qui a reconnu le fugitif les circonstances de son arrestation, détaillées, notamment dans une vidéo du journal Allemand Der Spiegel, n’ont fait qu’ajouter de l’ampleur au phénomène. Dans ce court film, Luka Rocco Magnotta, pull noir et lunettes de soleil, est tranquillement

ainsi reproduit-il la scène d’ouverture du film « Basic Instinct » en menottant son amant aux barreaux du lit, avant de l’exécuter avec un pic à glace. Pour la musique qui accompagnera son montage, il choisira sciemment celle d’ « American Psycho »,


crimes et police / 23 l’adaptation au cinéma d’un célèbre roman de Bret Easton Ellis, un auteur qui aime montrer dans ses ouvrages les destins perdus. « Celui qui a vécu par l’épée périra par l’épée ». Internet aura donc causé la perte de celui qui voulait l’utiliser pour se construire une stature : d’abord en diffusant son avis de recherche sur tous les sites et réseaux possibles, ensuite en l’attirant dans ce cybercafé berlinois où il voulait « mesurer » son impact. « C’est un beau travail d’enquête et de partenariat » déclarera Ian Lafrenière, porte-parole du Service de Police de Montréal. Le suspect « a beaucoup utilisé le Web pour se glorifier, mais c’est le Web qui a mené à sa perte et qui a permis de l’arrêter » conclura-t-il.

La contribution des internautes

Paradoxalement, malgré l’horreur et l’excès de son acte, les internautes ont largement participé à sa traque : en visionnant eux-mêmes son crime, en pistant ensuite les indices qu’il avait disséminés au hasard des sites, puis en suivant les avancées de la police au jour le jour. Certains internautes ont même créé un site Internet, Lukaroccomagnotta. net, pour aider à retrouver le tueur présumé. Objectif mis en avant : « It must not happen again, we need to find this guy as fast as possible !! » (« Cela ne doit plus jamais arriver, nous devons trouver ce gars aussi vite

Les parents de la victime

que possible !! »). Tout le monde pouvait donc devenir acteur de la traque, à l’image de Kadir Anlayisli, le gérant du cybercafé Berlinois qui a prévenu les autorités. Au lendemain de son arrestation, les témoignages de personnes ayant croisé le « dépeceur de Montréal » se multiplieront : « j’ai voyagé plus de 6 heures à côté de lui» dira l’un d’eux ; « j’ai croisé le tueur de Montréal près de la Gare du Nord à Paris » confiera un autre, ajoutant « il m’a parlé en français en me disant qu’il avait très soif ». Cette proximité avec un homme capable de tels outrages fait peur tout autant qu’elle fascine : « j’ai été attirée par le visage d’un jeune homme assis sur un banc. Je n’ai pas fait la connexion immédiatement, mais je me sou-

viens de ce regard sombre qui me fixait de manière étrange et malsaine » témoignera une internaute dénommée Sarah. Voilà sans doute les raisons pour lesquelles Magnotta sera désigné « personnalité ayant le plus marquée les médias canadiens en 2012 » dans une enquête menée par La Presse Canadienne.

Le temps du jugement

Tout récemment la Justice Canadienne (La Couronne) a annoncé que « le procès de Luka Rocco Magnotta pour le meurtre prémédité de l’étudiant Chinois Lin Jun, dont le corps démembré a été découvert à Montréal au printemps 2012, débutera le 15 septembre 2014 ». La date est tardive « mais nous sommes dans

un Palais de Justice occupé, alors je ne suis pas particulièrement surpris » a déclaré l’avocat de l’accusé, Maître Luc Leclair. Celui-ci avait tenté d’obtenir des dates au mois d’avril 2014, mais cela n’a pas été possible. La Couronne et la défense de l’accusé ont par ailleurs estimé que le procès durerait de 6 à 8 semaines, tandis qu’une conférence préparatoire serait fixée au mois de septembre 2013. Vêtu d’un tee-shirt blanc, Luka Rocco Magnotta n’a pas bronché durant les quelques minutes qu’ont duré les discussions. Assis dans le box des accusés, il a gardé les yeux rivés au sol. D’ici au procès, son avocat n’écarte toujours pas la possibilité de contester l’accusation de ‘‘meurtre prémédité’’ retenue par la Juge Weitzman...


SUISSE

l e u x e s r u e t a d é r p Un frappe à nouveau

M

arie Schluchter, 19 ans, avait disparu lundi 13 mai 2013 dans le Canton de Vaud (Suisse) et était recherchée depuis. Deux jours plus tard, c’est son agresseur lui-même - un homme déjà condamné pour viol et meurtre - qui, arrêté après une course-poursuite, a indiqué aux autorités où se trouvait le corps sans vie de sa nouvelle victime. En effet Claude Dubois, 36 ans, a déjà été condamné à 20 ans de prison en 2000 pour enlèvement, viol et assassinat. Il avait enlevé puis tué sa petite amie, car elle ne voulait plus vivre avec lui. Si sa demande de libération conditionnelle lui avait été refusée, en revanche, dès août 2012 la Justice lui avait permis de purger le reste de sa peine chez lui en portant un bracelet électronique. Une mesure qui, en Suisse, porte le nom d’« arrêts domiciliaires ».

« Elle ne s’est pas laissé faire »

Sœur d’une première fille Malgache déjà adoptée, Marie était arrivée à l’âge de 2 ans dans la famille Schluchter, ce couple Suisse qui ne pouvait pas avoir d’enfant. La maman biologique avait insisté pour que son enfant puisse fuir la pauvreté de la grande île africaine. Ce 13 mai, tandis qu’elle quitte son travail au Golf-club de Payerne, Marie voit surgir son an-

cien petit ami. An- cette mesure d’« arrêts domiciliaires cien, car elle non » lorsque justement elle implique plus n’a pas sou- un prédateur sexuel. D’autant que haité poursuivre le bracelet électronique de Dubois cette relation. Du- n’était même pas muni d’un GPS, bois la force alors l’alarme ne s’activant que si le sujet à monter dans sa s’éloignait de plusieurs kilomètres de voiture, une Toyo- son domicile... « Il faudra expliquer ta Yaris grise. Ma- au Conseil d’Etat (le gouvernement rie se défend, mais du Canton) comment il se fait qu’un n’a pas le dessus. prédateur sexuel se retrouve dans Heureusement, des témoins ont vu la nature » a déclaré Jacqueline de la scène et reconnu l’ancien fiancé. Quattro, Chef du Département de L’alerte est donnée. Dès le lende- la sécurité et de l’environnement du main après-midi, un hélicoptère re- Canton de Vaud. La Confédération père le véhicule du ravisseur. Pris en Helvétique est à nouveau ébranlée, chasse, celui-ci tente de fuir et finit car elle se souvient encore d’une affaire similaire et sa course par un pas si ancienne : le tonneau après meurtre en mars avoir voulu for2009 de la jeune cer un barrage. Lucie Trezzini, Claude Dubois commis là ausest arrêté... si par un ancien mais il est seul. prédateur sexuel C’est alors qu’il s’étant soustrait à va avouer l’enLa voiture du fuyard ses obligations de droit où repose contrôle régulier. le corps de sa victime : le bois de la Cigogne, à Il avait fallu attendre 2 ans et une quelques kilomètres à peine du Golf- pétition de plus de 30 000 signaclub de Payerne. Elle n’a été tuée ni tures pour forcer la Chancellerie Fépar balle ni par arme blanche mais, dérale à statuer sur le sujet. Déjà en comme le révélera l’autopsie, étran- 2011, on estimait à 200 le nombre de glée à l’aide d’une ceinture tandis personnes en Suisse présentant ce que sa bouche était couverte avec profil : prédateur sexuel potentielledu scotch pour l’empêcher de crier. ment récidiviste et non soumis à un Marie avait « un sacré caractère » contrôle étroit. confie la maman. « Enfant, elle n’aiClaude Dubois était hélas l’un d’eux. mait pas trop qu’on la touche. Elle ne s’est pas laissé faire ».

Une nécessaire remise à plat du système

Tout le pays est profondément choqué par ce drame, qui n’est pas le premier en matière de crime sexuel en récidive et qui repose le débat sur

Marche en mémoire de Marie


crimes et police / 25

Un voleur confondu grâce aux empreintes laissées par son oreille sur la porte des lieux qu’il cambriolait !

La puce à l’oreille ... Avez-vous entendu cette croustillante information ? Un SDF de 26 ans, d’origine Georgienne, s’est fait prendre par les autorités Lyonnaises suite à l’identification de ses empreintes. De doigts ? Non, d’oreille ! Jusqu’ici la technique de Lasha K. fonctionnait pourtant très bien, puisqu’on le soupçonne d’avoir commis autour de... 80 cambriolages, principalement dans des résidences universitaires de l’agglomération Lyonnaise. L’homme se contentait de coller son oreille aux portes des appartements visés et de s’assurer ainsi de l’absence des occupants. Le problème est qu’à force de coller celle-ci contre les parois, il a fini par y laisser une empreinte. Les enquêteurs ont minutieusement relevé ces traces, et la police scientifique s’est mise au travail. En février dernier, coup de chance pour les autorités : ils pincent Lasha K.

en flagrant délit de cambriolage dans une résidence étudiante. Au-delà des traces habituelles ADN, empreintes digitales - s’ajoutent divers témoignages et enregistrements vidéo. Lasha K. est confondu, se voit attribuer une

dizaine de vols et est placé en détention provisoire. C’est alors que la Police décide de procéder à des recoupements avec les marques d’oreille précédemment relevées : « lors du travail de constatations réalisé en amont, nous avions remarqué les traces sur les portes » confie l’un des enquêteurs. Avec l’aide d’un policier de la SRPJ, qui applique cette méthode d’identification utilisée en Suisse mais jamais en France, on va comparer pendant plusieurs

semaines les empreintes du suspect à celles retrouvées sur les lieux des délits. « Nous nous intéressons aussi aux traces laissées par les malfaiteurs lors des repérages ou lorsqu’ils font le guet. Et souvent, il y a contact entre la porte de

l’appartement cambriolé et l’oreille du malfaiteur » explique-t-il. Et c’est gagné, les marques correspondent. Il faut savoir que « les empreintes de pavillon auditif sont caractéristiques à chaque individu » précise cet enquêteur, « au même titre que celles laissées par le bout des doigts. Mais ce n’est pas la seule preuve dont nous disposions » précise de son côté Marc Cimamonti, procureur de la République de Lyon,

« c’est venu corroborer les éléments que nous avions déjà ». Le 22 mai dernier, le détenu provisoire est auditionné. Le nouveau dossier qu’on lui présente est lourd de tous les résultats des enquêtes scientifiques. Difficile de nier face à l’évidence, du coup Lasha K. avoue... 65 cambriolages supplémentaires, ce qui élève son total à un très honorable score de 80 ! Il est retourné en prison dans l’attente de l’instruction. Depuis le début de l’année 2013 la région Lyonnaise, comme le reste de la France, connaît une augmentation importante des cambriolages (19 par jour en moyenne) dans les logements privés. Ces délits sont souvent le fait de bandes organisées originaires d’Europe de l’Est. A présent que le « mystère de l’oreille » a été percé à jour, les futurs candidats au cambriolage sont prévenus. A condition d’avoir écouté les nouvelles !


E L L I E S R A M

! S U L P A V E N RIEN r afales Règlements de compte en pour le contrôle n tio u it st o pr la e d et x jeu es d de la drogue, péen de Lyon prend fin, le club est éliminé. Farid Berrhama aussi. Le premier rêvait de conquérir l’Europe du football, le second de régner sur la cité phocéenne. Pour ce dernier, l’occasion ne se présentera plus.

Elimination directe

4 avril 2006, 21 h 30 : à la Brasserie des Marronniers, dans le paisible quartier Saint-Just, quelques clients amateurs de football suivent à la télévision la demi-finale de Champions’s League entre le Milan AC et l’Olympique Lyonnais. Les yeux rivés sur l’écran, ils font dos à la rue. Parmi eux, un homme de 40 ans, Farid Berrhama. Est-ce la passion pour le ballon rond qui lui a fait momentanément oublier les règles de prudence les plus élémentaires, lui qui normalement est toujours sur ses gardes ? Ou bien ne se méfie-t-il pas car ce sont des amis qui lui ont fixé ce rendez-vous ?… L’amitié est pourtant une notion bien incertaine dans le milieu de Farid Berrhama. Le Milieu tout court. Surtout quand on a voulu conquérir la ville par la force et qu’on se sait traqué en retour, quand on a piétiné les règles du jeu et fini

Farid Berrhama par irriter plus puissant que soi… Baisser la garde, même brièvement, c’est se condamner. Quand les deux berlines stoppent devant le bar, Farid ne les voit pas. Or, tout va aller très vite : les 6 hommes cagoulés et fortement armés qui en sortent, les rafales immédiates, les corps qui tombent… Berrhama tente bien de se mettre à l’abri derrière le comptoir du bar tout en sortant son arme, le Glock automatique dont il a tant fait usage… mais il est un peu tard. Les tueurs sont des professionnels : le contrat sera honoré. La cible est achevée d’une balle de 9 mm tirée à bout portant. A la télé, le rêve euro-

Une figure du banditisme local

Né le 20 mai 1966, issu des quartiers Nord de Marseille, Farid Berrhama est connu depuis longtemps des autorités, même si vis-à-vis d’elles il a toujours joué la carte de la discrétion et de la prudence. Néanmoins, la PJ enregistre ses premiers faits d’armes au début des années 90 du côté de Salon-de-Provence. Les délits auxquels il est lié concernent les machines à poker, bingos et autres jeux d’argent placés dans les bars du coin. Très vite il devient le lieutenant d’Eric Schöne, un caïd de la drogue qui donne surtout dans la cocaïne et le cannabis.


crimes et police / 27 méthodes expéditives, d’une violence effrénée. Farid est en effet adepte de la technique dite « du barbecue » : on tue le moindre rival, puis on le fait ensuite brûler dans sa voiture. Pas de traces, que des cendres. Farid y gagne au passage un nouveau surnom, charmant : « le rôtisseur ». Et l’homme ne fait pas dans la dentelle : il élimine à tour de bras, au kilo, à la pelle. Selon la rumeur, au moment de sa mort 10 ou 15 autres « obstacles » figuraient encore sur son agenda.

La course au pouvoir

Mais Farid est pressé. Suite à l’échec d’une grosse affaire dont devait bénéficier Monge, le parrain du Var – le vol d’un container de 5 tonnes de drogue –, Schöne est éliminé. Désormais sans patron, le « lieutenant » passe « chef » (autant se nommer soi-même) et tente aussitôt de reprendre à son compte le trafic de cannabis avec l’Espagne. Sur ce business règne un certain Antoine (Tony) Cossu, surnommé « l’anguille ».

Francis le Belge C’est un des lieutenants de Francis Vanderberghe. Francis le Belge. Le dernier grand « parrain » français. Gros morceau… Berrhama, que l’on surnomme alors « Fafa », ou « l’indien » ou « le gris », inquiète Cossu par ses

Bref, « le rôtisseur » cherche à faire le vide. Car il n’a qu’un seul objectif en tête : contrôler Marseille, faire main basse sur la ville. Devenir enfin le GRAND chef. Voilà 6 ans maintenant que Francis le Belge est mort et la place est toujours vacante. Pour Farid, il est hors de question qu’elle lui échappe. Les candidats au poste sont nombreux ? Tant pis pour eux. En effet, le 27 septembre 2000 à Paris, Francis le Belge, dernière grande figure du milieu marseillais, a été assassiné à Paris. Selon la police, cette place de parrain, qui suscite bien des convoitises n’a toujours pas été reprise – en tout cas, pas nommément. En fait, on assisterait désormais à un partage du territoire entre clans majeurs, mais sans figure dominante. Ce

Antoine (Tony) Cossu partage, Farid Berrhama n’en veut pas. Pour arriver tout en haut, on le dit prêt à assassiner tout le monde s’il le faut. Il se disait déjà la même chose à l’époque du Belge, dont le meurtre n’a toujours pas été éluci-

dé à ce jour… même si les soupçons portent de plus en plus sur ce « petit lieutenant », vexé que le parrain ne lui ait jamais témoigné la moindre estime – ni même, d’ailleurs, la moindre attention.

Le réseau ‘‘Topaze’’

« Topaze » est le nom de code d’un vaste réseau de trafic de drogue entre l’Europe et l’Amérique du sud. Berrhama veut s’y faire une place dès 1998. Les intermédiaires – par-

fois même les partenaires – sont liquidés, « rôtis », évincés… le nettoyage est sévère. Mais Berrhama se fait néanmoins arrêter fin novembre 2001 à Malaga (Espagne), alors qu’il se trouve installé à la terrasse d’un bar. Les prisons espagnoles vont l’héberger pendant 3 ans. Puis il est extradé vers la France en 2004, incarcéré à la prison de Luynes dans les Bouches-du-Rhône, mais finalement relaxé en avril 2005 dans l’attente de comparutions futures. En attendant, le voilà libre. Il se fixe alors à Annecy en compagnie de sa femme et de leurs deux enfants. Officiellement, il est employé dans l’entreprise de peinture en bâtiment appartenant à son frère. Peut-être a-t-il décidé de se mettre momentanément « au vert ». Il faut dire que ses méthodes expéditives lui valent énormément d’ennemis – auxquels, dans le passé, il a parfois échappé par miracle. Comme en 1999, quand, à la sortie d’un night-club, il prête sa voiture à un comparse… qui est exécuté à sa place.


réglements de compte à marseille

Les affaires reprennent...

La police sait bien qu’en dépit de cette installation en Haute-Savoie, le travail de Farid Berrhama n’est qu’une couverture et qu’il poursuit ses « voyages » dans le midi de la France, tout comme dans le sud de l’Espagne. A Marseille, « sa » ville, la situation a changé. Là où auparavant existait une structure pyramidale, avec un parrain au sommet et une hiérarchie claire, on trouve aujourd’hui plusieurs territoires et plusieurs clans : corses, gitans, maghrébins… Le Belge n’a toujours pas été remplacé comme seule et unique figure tutélaire. Celle vers laquelle on lève les yeux, qui inspire aussi bien le respect que la crainte, qui marque l’histoire d’une ville, d’une époque… Ce statut de caïd, Farid Berrhama en rêve. Un jour, suite à un différend entre l’un de ses alliés et Michel D’Attena, proche du Belge, Berrhama

envisage une rencontre avec le Parrain. Un entretien entre « chefs » en quelque sorte. La rencontre a bien lieu, à Paris sur les Champs-Elysées. Problème : le Belge ne reconnaît même pas le jeune loup aux dents longues ! Suprême insulte, immense vexation. De cet épisode naît apparemment dans le cœur de Farid une rancœur que seule la mort du « fautif » pourrait apaiser. On sait ce qu’il va advenir du Belge. A Paris, près des Champs-Elysées. Peu de temps après…

Un costume trop grand ?

Berrhama s’imagine-t-il vraiment qu’il peut impressionner les clans marseillais « historiques » par ses méthodes sanglantes ? A-t-il vraiment conscience de ce à quoi il s’est attaqué ? De ceux à qui il va se mesurer ? Pour épaissir son clan, Farid a beaucoup recruté, et notamment dans

les quartiers nord de Marseille qu’il connaît si bien : lui-même en est issu. En général, il s’agit de petites frappes à qui il demande de faire leurs preuves. Dans son entourage proche, on trouve aussi des braqueurs adeptes de l’attaque de fourgon, comme Michel Filippi ; des spécialistes es drogue, comme Abdelramid Rerbal ; et quelques lieutenants dévoués, tels que Baha Allouane ou Eddy Djendelli. C’est la totalité de cette « garde rapprochée » qui va bientôt être rayée de carte. En moins d’une semaine.

Folie meurtrière

On ne s’attaque pas impunément à des familles aussi installées. D’autant que Berrhama, bourré de cocaïne, agressif au dernier degré, dépasse les limites vu qu’il ne s’en fixe aucune. Il lui arrive même d’appliquer aux siens un tarif identique : hommes de main, informateurs qui pourtant avaient su tenir leur langue. Pour une parole


crimes et police / 29 ou un regard malvenus, eux aussi « rôtiront » dans leur voiture. En fait, Farid brûle, dégomme, dézingue, dessoude… sans aucun discernement. Les vrais « poids lourds » de la cité phocéenne commencent à en avoir assez. Ce vacarme, ce manque de respect pour les règles élémentaires de bon voisinage… il va falloir y mettre un terme. Surtout que fin mars 2006, Farid a sans doute commis le meurtre de trop : celui d’un homme de 36 ans, Roch Colombani, gangster d’envergure modeste mais néanmoins connecté aux clans de Haute-Corse, dont l’influence à Marseille est notoire. Il est abattu du côté de l’aéroport Marseille-Provence, alors qu’il roulait à bord de son 4x4 et s’apprêtait à rejoindre sa compagne. Çà y est : les limites ont été franchies. L’heure est venue de rendre des comptes.

Liquidation générale !

La sanction va être lourde, son exécution soudaine, sa portée symbolique. Et puisque affrontement il y a, on vise directement la tête. La méthode est assez classique : d’abord obtenir la défection d’un « proche ». Pas trop difficile, sachant que le caractère aussi imprévisible que violent de Berrhama effraie ses propres hommes. Rien ne dit d’ailleurs que celui qui va supprimer le « chef » ne sera pas l’un d’eux. Une sorte de rituel avant d’intégrer un clan adverse, auquel on prouve ainsi sa motivation et sa valeur. Comme on l’a vu, le 4 avril dans la soirée, Farid a rendez-vous au bar des Marronniers. Lui qui se méfie généralement de ce genre de lieu, accepte néanmoins la rencontre. L’endroit, où traîne toute la journée une drôle de faune, a pourtant sale réputation : il y a 40 ans déjà, il faisait office de tripot et la police y faisait des descentes régulières. Mais ce soir, Farid a baissé sa garde : la « défection » doit être de taille. L’affaire est réglée en quelques secondes à peine : rafales d’armes lourdes, balle dans la tête… le « rôtisseur » a vécu, on n’en parle plus. Dans la foulée sont éliminés les deux

plus proches lieutenants de Farid : Allouane et Djendelli. Précision utile : la « victime de trop », Roch Colombani était né un 6 avril. Aujourd’hui, c’était son anniversaire. Le message est assez clair ? Il n’est pas terminé. Deux jours plus tard, Filippi, le braqueur de fourgons, est abattu en pleine rue par des tueurs en scooter. Selon certains témoins, l’agresseur serait une femme – une première dans ce domaine si les faits s’avèrent exacts. Toujours pas terminé. Le lendemain, 7 avril, c’est le trafiquant de drogue Abderamid Rerbal qui tombe à son tour sur une aire de parking du côté de Bouc-Bel-Air. Il est au volant de sa berline ; les tueurs sont là encore à moto. Il va recevoir 16 balles de 9 mm. Pas une de ces balles n’abîmera le véhicule. Propre, net. Ici non plus, pas la moindre place laissée au hasard. Tout à coup il ne reste plus grand-chose du « clan Farid ». Le rôti est gelé.

La piste Corse

Corses de Marseille ? Corses venus tout spécialement de l’Île de Beauté ? Un premier nom apparaît : celui de Patrick Simeoni. C’est sous ce patronyme que, le 4 avril dernier, la Clinique Clairval a enregistré un individu blessé « dans un accident de moto ». Le sang prélevé lors de son examen correspond aux échantillons prélevés près du bar des Marronniers… Mais, comme la Cavalerie chez Lucky Luke, la police arrive un peu tard. Le temps de faire le rapprochement, l’homme s’est déjà volatilisé ! Finalement, l’enquête sur le triple assassinat des « Marronniers » va aboutir à l’arrestation d’un autre individu lié au milieu Corse : Ange-Toussaint Federici. Pour cette affaire il écopera en 2010 de 28 ans de prison en Première instance, puis de 30 ans fin 2012 suite à son appel.

Les paris sont toujours ouverts

La ville ne se repose pas pour autant et la guerre fait toujours rage : 26 règlements de compte, rien qu’en 2010, pour un bilan de 19 morts et 16

blessés. De jeunes individus essentiellement, qui veulent tous leur part du gâteau. Encore tout récemment, le 28 mai 2013, un jeune homme a été blessé de 4 balles dans les quartiers de Nord de la ville. Les parrains ayant disparu ou ne se montrant plus de manière ostentatoire comme au-

Ange-Toussaint Federici paravant, les affrontements se multiplient entre candidats au poste suprême, et les survivants règnent momentanément sur des fragments de l’ancien « empire ». « Le milieu s’est balkanisé » avoue un enquêteur de la PJ, pour qui, depuis 13 ans que ‘Le Belge’ a disparu, personne n’est parvenu à s’imposer comme « le patron » de la cité phocéenne. En l’absence d’un pouvoir unique, aujourd’hui le secteur se voit divisé en une foule de petits territoires. S’il en est un que ces « éruptions passagères » ne paraissent pas émouvoir plus que ça, c’est bien le maire de la ville, Jean-Claude Gaudin. A l’AFP, qui l’interrogeait en 2006 au moment de la tuerie des Marronniers, il répondit simplement : « Des voyous qui se tuent, ça fait des voyous en moins ! » La redistribution des cartes n’est pas encore terminée. Or, s’il est une règle d’or bien connue des commerçants, c’est que pendant les travaux, l’activité continue. Mesdames, messieurs : faites vos jeux !


Fin de course

Après une évasion spectaculaire et 6 semaines de cavale, le braqueur Redoine Faïd a été interpellé dans la nuit de mardi à mercredi 29 mai, dans un hôtel de Seine-et-Marne. Il résidait depuis plusieurs jours avec un complice dans un hôtel de Pontault-Combault. Le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, a aussitôt félicité ses services « pour l’enquête minutieuse et efficace qu’ils ont bouclée en moins de six semaines sous la direction de l’autorité judiciaire ».

Premier vol à... 6 ans !

Redoine Faïd est bien connu des services de police. La « solide expérience de voleur » qu’il s’attribue

débute très jeune selon lui : « à 6 ans, en sortant un caddie plein de confiseries et de jouets chez Cora. A 12 ans, je savais que je ferais du vol mon métier » déclare-t-il en 2010 ! Avec de telles dispositions, l’homme vise naturellement « une ascension sociale dans le monde de la délinquance ». A la suite de 3 braquages (une agence BNP de Creil en 1995 avec prise d’otage, une société informatique d’Evry en 1996, un fourgon blindé à Villepinte en 1997), il finit par se faire prendre fin 1998 et se voit condamné à 31 ans de prison. Il n’en fera que 10. En 2009, il bénéficie d’une libération conditionnelle et devient cadre commercial dans le bâtiment. L’année suivante il écrit sa biographie, « Braqueur, des cités au grand

banditisme », dans laquelle il raconte ses évasions et braquages de fourgons. L’ouvrage le rend relativement célèbre grâce à une forte exposition en télévision, où l’homme se présente désormais comme un gangster repenti.

Repenti, mais pas trop !

Hélas, ses démons sont plus forts. En mai 2010, une attaque à main armée qu’il aurait organisée tourne mal et coûte la vie à une policière municipale, Aurélie Fouquet, 26 ans et toute jeune maman. Un mandat d’arrêt européen est alors été émis et, via Interpol, Faïd est recherché dans 190 pays. A nouveau arrêté et incar-

céré à Fresnes de janvier à novembre 2012, il est transféré ensuite à la prison de Lille-Sequedin, car on le soupçonne déjà de vouloir s’évader. Effectivement, selon un homme qui l’a croisé en détention, Redoine Faïd a bien tenté à Fresnes d’obtenir quelques complicités, mais « à l’époque, personne n’avait bougé. Car, malgré sa médiatisation et ses envies de reconnaissance, il n’est pas connu du milieu du grand banditisme traditionnel, comme les Corses ou les Marseillais » dit ce témoin. Direction Sequedin où, le 13 avril, alors qu’il se trouve dans la zone des parloirs, Faïd prend en otage 4 surveillants. Armé et muni d’explosifs, il parvient à s’enfuir et relâche ses otages dans la foulée. « Comment dans la prison a-t-il pu se retrouver en possession d’explosifs et d’une arme ? » s’interroge alors le Procureur de Lille. Pour beaucoup d’enquêteurs, Faïd a fatalement bénéficié de complicités internes. Le syndicat Ufap/ Unsa (agents pénitentiaires) rappelle pour sa part qu’il avait souligné le manque de moyens pour « gérer ce


crimes et police / 31

Evadé de la prison de Sequedin (Nord) le 13 avril dernier, et en cavale depuis, Redoine Faïd a été arrêté le 29 mai, en pleine nuit, dans un hôtel de la banlieue Parisienne. genre d’individus ». A présent, une centaine d’hommes sont mobilisés pour sa traque.

Une cavale n’est pas une promenade

Selon une enquête du journal ‘‘Slate’’ en 2012, « 90% des fugitifs sont arrêtés moins de 6 mois après leur évasion. Quant aux 10% de détenus qui ne sont pas retrouvés dans les 6 mois, ils sont pour la plupart à l’étranger. Les cavales les plus longues sont les plus lointaines. C’est souvent à leur retour en France que les évadés sont interceptés ». Ancien spécialiste dans ce domaine, Antonio Ferrara a connu une première cavale de 4 ans, mais la seconde ne durera que 4 mois. D’après le journaliste Matthieu Suc, co-auteur d’un livre sur le sujet, la « faiblesse » tient en 2 points majeurs : le péché d’orgueil - se croire invincible - et le fait de rester en France. Ce second point étant lié au premier. Ferrara est resté à proximité. A l’opposé, l’organisateur du célébrissime « casse de Nice » en juillet 1976, Albert Spaggiari a fui en Amérique du

Sud et sa cavale a duré 12 ans, seulement interrompue par sa mort en Italie en 1989. Idem pour Ronald Biggs, le « cerveau » du vol du train postal Glasgow-Londres dans les années 60. Ce sont là des exceptions. Selon Michel Lepage,une ancienne figure du gangstérisme, c’est ce qui a manqué à Faïd : «il n’est pas parti assez loin !». Mais une cavale coûte beaucoup d’argent, réclame des faux papiers, un réseau solide, des amitiés réelles...

Combien de cavales réussissent vraiment ?

Les statistiques existent aussi dans ce domaine. Selon le ministère, si les évasions ont beaucoup augmenté ces dernières années dans le cadre des aménagements de peines (semi-liberté, bracelet électronique), hormis en 2009 elles sont assez rares dans les établissements pénitentiaires : 2008 : 5 cas 2009 : 21 cas 2010 : 7 cas 2011 : 4 cas

Il est évident que le jeu entre gendarmes et voleurs n’a aucune raison de cesser en prison, où l’évasion est un objectif naturel Jugé pour son évasion de la centrale de Moulins (Allier), en 2009. Christophe Khider déclarait ceci à la Cour: « Je dois vous dire qu’une partie de mon temps (en détention) est occupée à la recherche d’une solution pour m’évader ». Normal. De son côté, lors de sa tournée des médias en 2010, Redoine Faïd expliquait sur Europe 1 : « En cavale, je vivais tout le temps avec la mort, la peur de la police, la peur de me faire descendre. Je m’inventais des codes et des règles : je rentrai chez moi à partir de 16 heures pour ne pas me faire contrôler le soir. C’était un enfer. Je ne voyais plus ma famille, et ça c’est dur, ce sont des choses qui font réfléchir »...

Mercredi 29 mai, Redoine Faïd s’est vu signifier 9 chefs de mise en examen par le procureur de la République à Lille, Frédéric Fèvre, dont notamment : « évasion avec usage d’une arme ou d’une substance explosive, commise en bande organisée et en récidive », «détention et port d’armes de première catégorie », « détention et transport d’engins explosifs », « destruction volontaire de biens », « enlèvement et séquestration d’otages », « violences volontaires et association de malfaiteurs ». Il a été incarcéré le jourmême à Fleury-Mérogis en région Parisienne. Il aura tout le temps d’y méditer sur cette problématique des cavales, réfléchir sur les erreurs commises... et tenter de faire mieux la prochaine fois !


meurtre à

e g a l l i v h c i w n e gre s plu e d e m ti ic v e n u t fai bie pho o L’hom

G

reenwich Village, berceau New-Yorkais du mouvement gay et lesbien, quartier bien connu pour sa tolérance, où les premières revendications homosexuelles étaient apparues dès 1969... Ce vendredi 17 mai 2013, Mark Carson (32 ans) déambule avec un ami sur l’Avenue des Amériques lorsqu’ils sont soudainement interpellés par un autre trentenaire, visiblement éméché. Celui-ci, Eliott Morales (33 ans) fait la tournée des bars avec 2 compères. Il vient d’uriner sur la façade de l’un d’eux, est entré dans l’établissement, a insulté le patron, puis en est ressorti sans dommage après avoir exhibé une arme... Les chemins de Morales et

de Mark se croisent alors. L’agression du premier est d’abord verbale : « t’es qui, toi, un lutteur homo ? Tu veux mourir cette nuit ? ». Mark Carson s’éloigne sans répliquer, mais Morales continue à l’inonder d’injures. Ses 2 compagnons tentent de le calmer mais rien n’y fait : il sort l’arme qu’il porte dans un holster et pointe sa victime. Le coup de feu part aussitôt. Il sera mortel. Ce drame témoigne d’une dégradation de la vie nocturne dans la « Grande Pomme » et d’une poussée des violences faites à cette communauté. Si l’on n’avait déploré qu’un seul crime de cet ordre en 2012, la police locale a déjà dénombré cette année 57 agressions de nature homophobe, et ce pour la seule première semaine de mai. Le préfet de police de New York, Raymond W. Kelly, a confirmé qu’il s’agissait bien d’un crime haineux : « il est clair que la victime a

été tuée uniquement parce qu’elle a été perçue comme gay », confirmant par ailleurs le fait que, selon les témoins entendus, Mark Carson n’a jamais provoqué son agresseur. Trois jours plus tard « The Center », qui défend les droits des homosexuels, bissexuels et transsexuels, a organisé une marche « pour demander la fin des crimes de haine contre notre communauté (...) et pleurer la mort de Mark Carson ». « New York est notre ville et nous n’irons pas en arrière » a ajouté sa présidente, Glennda Testone. Homosexuelle elle-même et candidate Démocrate au poste de Maire de New-York, Christine Quinn (46 ans) était présente à cette manifestation qui s’est achevée à l’endroit du drame, au coin de la 6ème Avenue et de la 8ème Rue. Eliott Morales a été inculpé pour meurtre et port d’arme prohibé. Le mariage gay est déjà légal dans 12 Etats américains.


a coup de pioche

M

ada Adam Kabobo, un clandestin ghanéen vivant en Italie depuis 2011, a récemment semé la terreur dans les rues de Niguarda, petite localité située au nord de Milan, en frappant à coups de pioche et au hasard les malheureux passants qui croisaient sa route. Un livreur de journaux de 21 ans et un chômeur de 40 ans sont décédés dans l’instant, tandis qu’une 3ème victime - un retraité de 64 ans qui promenait son chien - a succombé à ses blessures quelques heures plus tard. Trois autres passants ont été blessés. Âgé de 21 ans, Mada Adam Kabobo avait déjà eu affaire à la Justice Italienne, mais pour des délits secondaires - larcins, petit vandalisme, résistance à la force publique - notamment dans la ré-

gion méridionale des Pouilles. Ayant obtenu une autorisation provisoire de séjour à son arrivée, il s’était vu refuser l’asile, mais ne pouvait être expulsé car il avait déposé un recours sur lequel la Justice n’avait pas encore statué. Sans domicile fixe, il avait de nouveau été interpellé, puis relâché, en avril dans cette même région Milanaise Appréhendé peu après les faits, il aurait justifié son geste en invoquant « des voix » qu’il aurait entendues. Il est poursuivi pour homicide et tentative d’homicide. Ce drame ravive en Italie le débat très délicat sur l’immigration

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breves clandestine. Venus pour la plupart d’Afrique subsaharienne, des dizaines de milliers de clandestins ont trouvé refuge ces dernières années dans la péninsule. Plusieurs ONG ont alerté les autorités sur la situation précaire de ces arrivants, et tentent de leur obtenir de meilleures conditions d’intégration. Politiquement, cette question demeure cependant très sensible, d’autant plus avec un climat économique tendu et un gouvernement à peine nommé après une longue vacation du pouvoir.

comment s’évader d’une prison suisse

D

’abord, faire simple : se munir d’une échelle. Comme on a des amis à l’extérieur, ils ont la bonté de s’en occuper pour nous, car c’est un article peu répandu dans la maison d’arrêt. Une fois l’objet posé contre le mur d’enceinte, on le fait basculer de l’autre côté en veillant à être synchrone avec la promenade des

détenus. Là, les candidats doivent y mettre un peu du leur : effectuer un léger sprint, grimper les barreaux et sauter de l’autre côté (sous les applaudissements de la foule cagoulée). La formule a très bien marché ce mardi 14 mai 2013 à la prison du Bois-Mermet près de Lausanne où 5 détenus ont réussi à franchir le mur d’enceinte dans un temps convenable (mais pas de record). Ne pas aller trop doucement non plus, sinon c’est de la provocation et les gardiens finissent par se vexer : un sixième a tenté l’escalade et s’est fait rattraper. C’était probablement le remplaçant de l’équipe... Ne pas ou-

blier les véhicules à l’extérieur pour embarquer les athlètes après l’effort et leur permettre de récupérer. Les participants au concours de saut de mur sont équitablement répartis en termes de nationalités : un Serbe, un Albanais, un Bosniaque, un Kosovar et - cocorico ! - un Français de 47 ans. Tous ont réussi dès le premier essai. Aucun Suisse ne s’étant qualifié, la Police du Canton de Vaud annonce que les 5 personnes sont désormais « activement recherchées et signalées tant sur le plan national qu’international » Pas très fair-play, tout ça...


F DÉ A L À E U ATTAQ

Un acte prémédité

Au cours de sa garde à vue, Alexandre Dhaussy (22 ans) a finalement avoué qu’il était bien l’auteur de l’agression commise le 25 mai dans le quartier de La Défense sur la personne d’un jeune soldat. Trois jours plus tôt, un autre soldat - Britannique - était tué à la machette par 2 islamistes radicaux d’origine Nigériane. Pire : via une vidéo amateur, le grand public découvrait avec horreur les propos tenus par l’un d’eux juste après son crime, couvert de sang et tenant encore son arme à la main. Converti à l’islam en 2009, Dhaussy a déclaré avoir « décidé et prémédité son geste antérieurement » au meurtre Londonien, tout en ayant « les mêmes motivations ». Il avait même prévu de tuer un gendarme en faction devant l’Assemblée Nationale avant de, finalement, changer de cible.

Au nom d’Allah

Le 25 mai dernier, Cédric Cordiez, soldat de première classe du 4e Régiment de chasseurs de Gap (Hautes-

Il voulait « faire comme à Londres » Converti à l’islam en 2009, l’agresseur du soldat Cédric Cordiez a avoué après avoir été confondu par ses empreintes génétiques Alpes), patrouille dans le grand Centre Commercial des Quatre-Temps à La Défense (Hauts-de-Seine). A 17h54 il est attaqué au couteau par son

agresseur, lequel lui porte plusieurs coups, notamment à la gorge, avant de s’enfuir. Les images enregistrées par la vidéosurveillance du centre commercial, ajoutées à celles de la RATP, vont permettre d’établir que « l’auteur des faits, à 17 h 46, a fait une prière musulmane ». Soit 8 minutes avant l’attaque. Une heure plus tôt, à 16 h 44, Dhaussy achetait 2 couteaux dans ce même centre commercial. Un sac laissé sur place, dans lequel se trouvait notamment l’autre couteau, va permettre aux enquêteurs de définir très rapidement son profil génétique. Le suspect est interpellé 4 jours après les faits dans la cage d’escalier d’un immeuble de la Verrière (Yvelines) où vit l’une de ses amies. Il est d’abord soumis à un examen psychologique qui établit que son état est parfaitement compatible avec la garde à vue et ne nécessite pas d’admission dans un service psychiatrique. Commence alors une garde à vue qui, en matière de lutte anti-terroriste, peut s’étendre légalement jusqu’à 96 heures. Elle ne durera que 2 jours.


FENSE Une agression totalement assumée

crimes et police / 35 fin souligné sa dangerosité, indiquant qu’il pouvait se radicaliser - même seul ou avec l’aide d’Internet - et « recommencer et tuer ». Le Procureur de Paris, François Molins, évoque pour sa part une « volonté de tuer assez évidente » et une « détermination impressionnante » : la préparation de l’acte a été « minutieuse » et l’homme « n’a pas hésité à porter plusieurs coups ».

Une dérive imprévisible selon l’entourage

Le suspect a en effet reconnu, avoué et « totalement assumé » cette violente agression en invoquant Allah à plusieurs reprises durant son interrogatoire. Il s’est également épanché sur sa conversion à l’islam et précisé qu’il voulait acquérir les « préceptes par lui-même » sans recourir à un imam. Aussitôt les aveux passés, les 2 juges d’instruction saisis de l’enquête, Thierry Fragnoli et Gilbert Thiel, le mettent en examen pour « tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». Ce chef d’accusation est passible

Comment Alexandre Dhaussy, connu des autorités pour de petits délits commis avant sa majorité mais dépourvu de casier judiciaire, en est-il arrivé à tenter de commettre, au nom de ses croyances, un homicide sur un symbole de l’autorité ? En 2009, il devient donc ‘‘Abdelilah’’ au moment de sa conversion à l’islam. Si ce changement était « visible de par sa tenue vestimentaire et sa barbe », en revanche « son comportement n’avait pas changé. Il était toujours aussi amical, gentil et poli » glisse un ancien voisin. Selon la propre sœur de l’agresseur, rien ne laissait présager une telle issue : « c’est une bonne personne, quelqu’un qui a un bon fond, quelqu’un de sociable. Il s’était

d’une peine de réclusion à perpétuité. Les enquêteurs ont jugé les propos d’Alexandre Dhaussy « souvent décousus » mais disent avoir eu affaire à quelqu’un « d’intelligent voire construit », dont la réflexion « qui se tenait », était parfois « glaciale à entendre ». Ils ont en-

converti mais il a toujours été dans la bonne direction. Il parlait de sagesse, de faire les choses bien » a-telle déclaré à BFMTV. Même son de cloche dans une boucherie halal où Alexandre a travaillé 2 mois en 2011 : « Alexandre n’est pas quelqu’un d’agressif. Bizarre, oui, son compor-

tement était étrange, mais il n’était pas agressif » dit son ancienne patronne. Bref, on nous dépeint un individu peut-être un peu taciturne mais inoffensif... Pas certain que Cédric Cordiez partage ce point de vue, pas plus que l’ensemble du corps militaire et, au-delà, le grand public.

Il y a 15 mois, Mohammed Merah... En mars 2012 à Toulouse, 7 personnes dont 3 militaires et 3 enfants étaient assassinés froidement par le djihadiste Mohammed Merah. Assiégé, celui-ci avait finalement été abattu par les policiers du RAID au terme d’une longue attente puis d’une fusillade couverte par tous les médias. Cette affaire avait provoqué un grand émoi auprès du public, mais aussi des corps militaires clairement pris pour cibles. Suite à l’agression du soldat Cordiez, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, était intervenu publiquement afin de calmer la grogne et assurer les corps d’armée que l’on ne pourrait s’en prendre impunément à eux, quel que soit leur rang. Son homologue de l’Intérieur, Manuel Valls, avait quant à lui estimé qu’il pouvait y avoir « plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines, de Merah » potentiels en France, évoquant des « jeunes qui ont déjà eu affaire à la justice pour des faits de délinquance » et « qui se radicalisent » par Internet ou sous l’influence d’imams radicaux. Alexandre Dhaussy a été placé en détention provisoire. Côté victime, le soldat Cédric Cordiez a heureusement pu quitter l’hôpital militaire Percy de Clamart (Hauts-de-Seine) le 27 mai, après avoir reçu les soins appropriés. Une incapacité totale de travail (ITT) de 10 jours lui a été prescrite. « Je vais bien. Il n’y a rien de grave » a-t-il déclaré au journal Le Parisien. « Je ne veux pas angoisser ma famille et il n’y a pas de raison de le faire». Passé tout près du pire, il va pouvoir rejoindre sa compagne et leur enfant de 2 ans dans la Somme où la famille est installée.


luka rocco

magnotta

n u ’ d e e r r i a o t b s r i a h b r e i r t r u me


Crimes & Police - 02