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La fĂŞte de Yule

de

Sauge et Romarin


Petit mot aux parents

La Roue de l'Année tourne et nous voici maintenant à l'approche du Solstice d'Hiver, Midwinter en anglais, Alban Arthan ou Yule. C'est une époque de joie et de partage. A l'image du dieu Odin, on échange des cadeaux. Dans les foyers, pins ou sapins sont décorés et les enfants comptent les jours avant de voir arriver qui le Père Houx, qui Odin ou le Père Noël pour avoir leurs cadeaux. Yule, nous appellerons cette fête ainsi pour plus de commodité, est bien plus que la fête commerciale qu'on reproche à Noël d'être. C'est la célébration du retour de la lumière. Le soleil renaît à la vie après les longues semaines d'automne. Cette fête germanique est passée dans les mœurs celtiques sous l'influence des invasions nordiques en Écosse et en Irlande notamment. Le déroulement de la fête selon les Asatru et selon les Celtisants diffèrent comme le montrent les deux histoires de ce numéro.

Joyeux Yule à toutes et à tous !

Ithilindil


Sauge et Romarin

Le Solstice d'Hiver par Gwladys Ithilindil

L'hiver commençait le 1er novembre dans la famille des jumeaux, Sauge et Romarin mais la neige n'arrivait que très rarement avant le mois de janvier. Pourtant, cette année, il y avait quelque espoir de voir la neige tomber pour les douze jours de la fête du Solstice d'Hiver car depuis début décembre, il faisait de plus en plus froid, avec de légers redoux. Le lac, derrière la colline qui domine le village, gelait depuis une semaine. Les adultes avaient même annoncé qu'on pourrait aller patiner dessus cet après-midi ! Les jumeaux étaient tout excités à cette idée ! – Les enfants ! appela gentiment grand-mère. Voulez-vous m'aider à découper des petits personnages dans du papier et des vêtements dans les anciennes revues de mode de maman. – Oui, grand-mère, répondirent les enfants en quittant leur poste d'observation près de la fenêtre de la grande salle. C'était un rituel de fin d'année auxquels les jumeaux tenaient beaucoup. La grande table fut vite débarrassée des papiers et des livres qui l'encombraient, les vieilles revues, les ciseaux, les pots de colle et les pinceaux furent tout aussi vite disposés dessus. – Mettez vos tabliers pour bricoler, dit maman depuis la cuisine. Sauge mit son tablier bleu à dentelle blanche et se percha sur une chaise. Elle choisit un magazine avec beaucoup de sérieux et le feuilleta avec autant d'attention. – Non, celui-ci ne me plaît pas, fit-elle en le reposant. Elle en prit un autre et recommença le même manège. – Grand-mère ! cria Romarin, affolé. Je ne trouve pas mon tablier ! Le petit garçon regardait autour de lui, soulevait chaque coussin, ouvrait les portes du buffet et du vaisselier ; il fouillait partout où cela était possible, en vain. Voyant que la panique gagnait son petit-fils, grand-mère intervint. D'un ton calme, elle lui demanda où il l'avait rangé la dernière fois. Le front de Romarin se plissa de perplexité. – C'est bien ça le problème, grand-mère. Je ne sais plus !


– Nous allons essayer de savoir tous les deux. Quand t'en es-tu servi pour la dernière fois ? – Avant-hier, je crois. Oui ! Pour aider maman à faire des gâteaux. – D'accord. Bon, après avoir fait les gâteaux, qu'as-tu fait ? – Je suis monté jouer avec Sauge... Ah, non ! Je suis allé faire de la luge avec les copains. – Je suppose que tu n'es pas allé faire de la luge avec ton tablier. – Non, je l'ai enlevé et je l'ai posé... Je sais ! Je me rappelle maintenant ! Merci, grand-mère ! Il partit en courant dans le couloir et revint aussitôt, affublé de son tablier vert sapin à boutons dorés. Il se percha sur une chaise, en face de sa sœur, et s'absorba à son tour dans le choix des images à découper. – Grand-mère, dirent les jumeaux d'une seule voix, c'est grave. – Allons, bon, répondit l'aïeule en posant sa broderie sur la petite table à côté d'elle. Que se passe-t-il ? – Nous ne trouvons aucune image qui nous plaise. – Oh, je ne peux croire cela ! Montrez-moi ces magazines que je les regarde un peu. Hum ! Oui, vous avez raison ! Il n'y a rien de bien folichon dans ces revues. – Alors, comment allons-nous faire ? demanda Sauge, atterrée. – Nous allons créer nos poupées et leurs habits nous-mêmes, tout simplement. Vous allez voir, c'est tout aussi amusant. Ils passèrent deux joyeuses heures à dessiner, colorier et découper des bonshommes, des animaux, des habits et des maisons de papier. Ils fabriquèrent aussi des guirlandes pour l'Arbre de Yule, qui était un genévrier, et pour le chêne dans le jardin. Le chêne, roi des arbres, avait droit à ses décorations à chaque célébration. – Nous allons vernir le papier et le plastifier, dit grand-mère, comme cela il s'abîmera moins vite dehors. La matinée avait vite passé à bricoler et à décorer. Quand maman appela tout son petit monde à table, Romarin s'exclama avec étonnement : – Déjà ! La cuisine embaumait le ragoût de pommes de terre et de carottes cuites dans de la graisse de canard avec de l'oignon frit et mouillées de bouillon de volailles. Pour faire plaisir à sa famille, maman avait fait griller des tranches de pain aillées. Chacun en coupait des petits morceaux et les trempait dans la sauce. C'était un régal ! Dès la fin du repas, les jumeaux demandèrent s'ils pouvaient aller


patiner sur le lac. Ils étaient très impatients d'essayer les patins qu'ils avaient reçu pour Samhain. Ayant obtenu l'autorisation, à condition d'être prudents et de rentrer pour le goûter, ils partirent en courant. D'autres enfants du village patinaient déjà sur le lac. Sauge héla son amie Lina qui patinait au milieu du lac. Petit éclair blanc et roux, Lina rejoignit Sauge sur le bord du lac. Sauge finit de lacer ses patins et s'élança sur la glace avec son amie. Romarin s'amusait à faire la course avec ses copains. Quel bonheur pour les enfants de sentir l'air vif et glacé leur fouetter les joues et siffler dans leurs oreilles ! Trop vite à leur goût, le temps de rentrer arriva pour les jumeaux. Pour le goûter, toute la famille eut droit à une grande tasse de chocolat chaud parfumé aux épices. J'entends déjà les commentaires moqueurs de mes petits lecteurs, du chocolat chaud ? Peuh ! C'est d'un banal ! Oh, mais ce chocolat chaud n'était pas comme les autres. D'abord, maman avait coupé des morceaux de chocolat à cuire dans une casserole. Elle avait ajouté un peu d'eau et les avait fait fondre. Ensuite, elle avait ajouté des épices puis le lait. Elle avait fouetté le mélange pour qu'il mousse avant de le verser, fumant, dans les tasses. – Ce soir, nous honorerons le Roi Houx, annonça papa. – Papa, c'est qui le Roi Houx ? demanda Sauge en croquant dans une brioche. Les brioches, c'est grand-mère qui les faisait. Celles-ci étaient fourrées de noisettes et de noix ou de pépites de chocolat, de morceaux de canneberges séchées ou de rien du tout. Sauge en avait pris une fourrée aux noisettes et aux noix. Le gâteau fondait dans la bouche tandis que les baies croquaient sous la dent. Le mélange des trois saveurs était une fête des papilles. – Grand-père va vous raconter son histoire, les enfants. Il la connaît et la raconte mieux que moi. Quatre yeux vert émeraude supplièrent le vieil homme. Grand-père ne se fit pas prier. Il aimait beaucoup raconter des histoires. Il se cala au fond de son vieux fauteuil et fixa un moment le plafond aux poutres noires décorées de houx, de gui, de lierre et de branches de pins et de sapins. Il resta un long moment à rassembler ses souvenirs, tellement que les enfants eurent peur de ne jamais entendre l'histoire. Enfin, elle vint. – Le Roi Houx règne sur le monde végétal du Solstice d’Été au Solstice d'Hiver. Pendant ces deux solstices, il se bat contre le Roi Chêne qui est aussi un roi de la végétation. Lorsqu'il a gagné le combat contre le Roi Chêne au Solstice d’Été, le Roi Houx doit s'occuper de nourrir la population pour l'hiver. Pendant tout l'été et l'automne, il est toujours


occupé. Il ne cesse de chasser, de pêcher, de récolter et de moissonner. Il transporte toutes ces récoltes dans un grand traîneau tiré par huit rennes et il les distribue à son peuple. – Mais que se passe-t-il au Solstice d'Hiver, grand-père ? demanda Romarin, les yeux brillants. – Ah, ça ! Vous allez le voir ce soir. Ce fut dur de patienter jusqu'au soir ! Les jumeaux avaient tellement, tellement envie de connaître la suite et grand-père fut intraitable sur le sujet. Ils ne la sauraient que le moment venu. – Et si vous alliez jouer dans vos chambres, tous les deux ? suggéra maman. Nous vous appellerons pour manger. Sauge et Romarin montèrent donc dans la chambre de Sauge. Les deux chambres avaient été redécorées et repeintes à Alban Selve, l’Équinoxe d'Automne. Elles étaient contiguës et communiquaient par une petite porte. Elles avaient la même taille mais la vue depuis la fenêtre de la chambre de Sauge était la plus jolie. Elle donnait sur le jardin, derrière la maison et au-delà sur la forêt, les champs et la colline aux célébrations. Romarin regarda les boîtes de jeux et les jouets disposés sur des petites étagères le long des murs peints en rose clair avec des petites fleurs blanches et bleues. – On joue avec les cubes ? proposa-t-il. – Oui, répondit sa sœur. Construisons une maison. Ils construisirent la façade d'une maison avec les cubes. C'était des cubes en bois, certains avec une lettre de l'alphabet, d'autres avec des images. – Il n'y a pas assez de cubes, constata Romarin. – C'est pas grave. Utilisons les coussins de ma banquette et les gros livres. Ils se remirent à l'ouvrage et deux autres murs s'élevèrent du côté gauche et droit et la façade. Ils laissèrent l'arrière libre pour pouvoir entrer et sortir. – Il manque quelque chose, dit Sauge. – Il manque plein de choses, renchérit son frère. Comment fait-on pour s'asseoir ? – Facile ! Nous allons mettre les petits fauteuils de ma dînette. Mettons aussi la table, la vaisselle et le couvert. – Je mets aussi les légumes, les fruits, le poulet et le poisson. – Non ! Pas le poisson. Il y aura du poulet au menu. Le poisson, c'est


pour demain. – Et si on jouait aux invités ? proposa Romarin. On dirait qu'on avait invité des amis à manger chez nous et qu'ils étaient très en retard. – Oh ! Mais qu'est-ce qu'ils font ? Ils ont déjà une heure de retard et le poulet va être froid ! râla Sauge en se prenant au jeu. Et mes haricots verts vont finir par être immangeables ! – Il leur est peut-être arrivé quelque chose. – Oui ! Ils ont peut-être eu un accident. Vite ! Allons voir sur la route. – D'accord, je vais chercher ma voiture. Nous remonterons jusque chez eux. Ils ont peut-être une panne. Romarin courut dans sa chambre et revint avec sa petite voiture à pédales. Il fit klaxonner le petit klaxon en plastique. – Monte derrière. Nous ne serons pas trop de deux. – Attends ! Je vais préparer un thermos de thé et un thermos de café. Dans sa petite dînette en bois, Sauge prit le thermos en bois peint en marron pour le café et le thermos en bois peint en vert pour le thé. Elle monta à califourchon derrière son jumeau et Romarin appuya sur la pédale en imitant le bruit du moteur qui démarre. – Oh ! Tu as vu ce blizzard ! cria Romarin pour couvrir le bruit de la tempête. Ils se sont peut-être perdus ! – Il faut les retrouver vite, Romarin. Je suis très inquiète ! Les deux enfants firent plusieurs fois le tour de la chambre. Pour eux, ce n'était plus une chambre, mais une route sinueuse à peine visible dans la nuit et la tempête. – Je crois que je vois quelque chose ! Romarin, arrête-toi sur le bascôté. Il y a une voiture. Dans le blizzard, pas facile de fermer les portières et il faut lutter de toutes ses forces pour braver le vent qui hurle dans les oreilles. La neige fouettait leurs visages et les désorientait. Sauge pointa le doigt vers une petite voiture où des passagers semblaient attendre la fin de la tempête. – Ce sont eux ! s'écria Sauge, ravie et soulagée. Ragaillardis, les deux enfants accélérèrent le pas... – A table, les enfants ! appela maman. Le jeu est interrompu. Les enfants coururent à la salle de bain pour se laver les mains. Ils se recoiffèrent et arrangèrent leurs vêtements un peu malmenés pendant leurs jeux. La table avait été dressée dans la grande salle. On avait mis la belle nappe verte à fleurs rouges et or dessus, des serviettes assorties mais


avec les couleurs inversées, des assiettes et des bols en faïences rouge et or, des verres en cristal et des couverts en argent. Maman et grandmère avaient aussi posé des bouquets de poinsettias, de roses, de bougies et de branches de lierre, de houx et de gui sur la table. Alors que la famille mangeait et se régalait de petites pommes de terres anciennes et de canard à l'orange, on entendit du grabuge dehors. Ils sortirent précipitamment dans le jardin et virent deux grands et forts hommes en train de combattre à l'épée. Un des combattants étaient jeune, robuste et sa tête était couronnée d'une guirlande de feuilles de chênes et de glands. L'autre était un vieil homme, très fort malgré son apparence fragile, et couronné d'une guirlande de houx. Les enfants regardaient de tous leurs yeux ce combat acharné qui s'acheva par la victoire du Roi Chêne. Les deux combattants disparurent, laissant les jumeaux perplexes. Romarin se tourna vers sa mère, le pouce dans la bouche et lui lança un regard interrogateur de ses yeux vert émeraude. – Maman, ils sont passés où les deux rois ? – Le Roi Houx est retourné dans son royaume au nord du monde. Il y restera jusqu'au Solstice d’Été. Pendant ce temps, le Roi Houx régnera sur la Terre. Quant au Roi Houx... Nous allons le voir bientôt. Pour le moment, retournons à l'intérieur et finissons de manger. Peu après le dessert, on frappa à la porte d'entrée. Sauge, rapide comme l'éclair, sauta de sa chaise et alla ouvrir. Le Roi Houx entra, portant sur son dos un grand sac rempli de paquets cadeaux. Il avait revêtu un habit rouge et sa couronne de houx avait l'air plus fourni que pendant le combat. – Je viens apporter des cadeaux pour la famille, dit-il en clignant des yeux. Y-a-t-il un petit garçon nommé Romarin ici ? – C'est moi ! s'écria le garçon, les yeux étincelant de joie. Le Roi Houx farfouilla dans son sac et sortit un paquet de taille moyenne et enveloppé dans du papier brillant rouge. Romarin défit le ruban doré et ouvrit une boîte contenant un jeu de construction. – J'ai entendu dire que tu en voulais un. Alors, mes lutins en ont construit un spécialement pour toi. – Merci ! Il me plaît beaucoup ! Merci, Roi Houx ! Le petit garçon prit son jeu et s'installa sur la table près de la fenêtre. Il jeta machinalement un coup d’œil au-dehors et vit un traîneau et neuf rennes attelés. Les rennes étaient éparpillés. Le premier restait sagement près du traîneau, le deuxième grattait la neige avec ses sabots. Le troisième humait l'eau d'un pot à fleurs. Le quatrième et le cinquième se faisaient des câlins. Le sixième, curieux, avait posé les


pattes avant contre la porte du cabanon de jardin et essayait de voir à l'intérieur par la fenêtre. Le septième dormait debout, le huitième essayait de s'échapper en tirant sur ses rênes et le neuvième regardait les étoiles. – Des rennes ! Sauge, viens voir ! – Attends, répondit sa sœur. Je n'ai pas encore eu mon cadeau. Entendant cela, le Roi Houx lui donna un paquet enveloppé de mauve. Sauge l'ouvrit et sauta de joie en prenant dans ses bras une grande poupée aux boucles châtaines. – Comment vas-tu appeler ta petite fille ? demanda le Roi Houx d'un ton sérieux. Donner un nom à sa poupée est une affaire importante, ce dont le Roi Houx était parfaitement au courant. La petite fille réfléchissait, les yeux fixés sur la robe de sa poupée. Le col de cette robe grise rayée de rouge était fermé par un camée représentant une alouette. – Lirulinë ! C'est son nom, parce qu'elle a une alouette sur son camée. Sauge lisait des livres de Tolkien en ce moment et cela se voyait dans ses jeux. Elle déposa un bisou léger sur le front de sa poupée et l'assit dans le petit fauteuil en osier et rejoignit son frère à la fenêtre. – Sortez apporter des carottes et des navets aux rennes, leur dit maman. Ils ne se le firent pas dire deux fois. Romarin attrapa le panier de légumes posé sur la table de la cuisine pour l'occasion et suivit Sauge à l'extérieur. Le jardin avait une figure enchantée sous la neige. De nouveaux flocons, chevauchés par des petites fées des neiges, dansaient dans le ciel, accompagnés par la musique joyeuse de Casse-Noisettes. Émerveillés, les deux enfants donnèrent une carotte et un navet à chaque renne. Ils leur caressèrent la tête et les rennes se laissèrent faire avec joie. Les petites fées des neiges, toutes vêtues de robes de fourrure blanche et de manteaux argenté, dansaient des petites rondes autour des pieds des rennes et des enfants pour célébrer l'hiver et la renaissance du soleil, mais cela les enfants ne le savaient pas encore. Les petites clochettes de cristal qu'elle portait autour du cou, des poignets et des chevilles tintinnabulaient gaiement. Le son qu'elles produisaient était si clair et si pur que les nuages désertèrent le ciel et que les étoiles scintillèrent avec plus d'éclat. Peu après, le Roi Houx repartit dans son traîneau pour distribuer les autres cadeaux et les enfants rentrèrent. Chacun avait eu un cadeau. Papa avait reçu une boîte de bricoleur bien remplie, maman un flacon de


parfum, grand-mère un châle rose et blanc tricoté par les fées d'Alban Arthan et grand-père des chaussons fourrés fabriqués par les lutins cordonniers. Ah, oui ! Ce fut une superbe soirée qui se termina par des chants et des histoires racontées au coin du feu. Puis tout le monde alla au lit et rêva de la merveilleuse visite du Roi Houx. Mais la fête n'était pas finie. Trois jours plus tard, le vingt-quatre décembre au soir et le vingt-cinq, toute la journée, la famille fêta la renaissance du soleil. Le druide du village avait annoncé que le bébé soleil devenait de plus en plus fort tous les jours et les villageois célébraient cela. La petite maison de Sauge et de Romarin fut soudain pleine à craquer car les oncles, les tantes, les cousins et les cousines, papy et mamie étaient venus. On décora une ancienne maison de poupées avec du gland et des feuilles de chêne trempées dans la cire pour célébrer le jeune Roi-Chêne qui avait donné sa vie après son combat victorieux contre le Roi-Houx et qui était revenu au monde pour régner sur le monde. Il y eut des échanges de cadeaux. Chacun fut content d'offrir aux autres ce qu'il avait fabriqué, dessiné ou cousu pour eux. Dans le ciel, au-dessus des maisons du village, les étoiles brillaient et paraissaient sourires aux enfants assis aux fenêtres. Joyeuses Fêtes ! Joyeuses Fêtes ! leur murmuraient-elles. Le message, reçu magiquement, les enfants allèrent se coucher et s'endormirent aussitôt.


Divinités nordiques de Yule Ce mois-ci, nous nous intéresserons aux divinités nordiques de Yule, c'est à dire, à la déesse Freyja et au dieu Odin. FREYJA : Freyja est une déesse guerrière. Elle est la déesse de l'amour et de la fertilité. Elle est aussi la déesse majeure du paganisme nordique et germanique. Cependant on ne sait pas exactement sa place dans les pratiques païennes. Elle est souvent considérée comme la grande Déesse Mère. Freyja est une Vane, elle est la fille de Njörd et la sœur jumelle de Freyr. Son nom vient du germnanique « dame ». Freyja est également connue sous de nombreux noms : Vanadís (Dís des Vanes ou belle déesse) Mardöll (mer brillante / mar = mer et döll = brillante ) Gefn (la donatrice) Hörn (apparenté à hörr : lin ou linge) Sýr (en rapport avec l'association des Vanes aux cochons et à la fertilité) – Valfreyja (maîtresse des élus, maîtresse des tués) – – – – –

Le petit plus de Sauge et Romarin : La poésie scandinave a une figure de style qui lui est propre : le kenning. Cela consiste à remplacer un mot par une périphrase à valeur métaphorique. Aucun Kenning n'est communément utilisé pour désigner Freyja. Cependant, le nom de la déesse a été la source de nombreux kenningar (kenningar = pluriel de kenning), notamment dans le domaine des matières précieuses. Par exemple, l'or était souvent appelé « larmes de Freyja », « larmes de Mardöll » ou encore « larmes de l'épouse d'Óđr ». Généralement, on appelait aussi les belles choses « filles de Freyja ».


ODIN : Odin est le dieu de la magie, de la poésie, de la connaissance, de l'extase, de la guerre sacrée et des carrefours. Il est surnommé « Père de Tout » (Alfaddyr). Odin terrifie autant qu'il fascine, inquiète autant qu'il guide, use de malice autant qu'il réconforte. Il possède aussi une importante capacité de métamorphose. Il est un dieu-chamane et c'est dans ce rôle qu'il a découvert les runes et qu'il les a données aux hommes, suspendu à l'arbre Yggdrasill. Le nom Odin/Wotan est lié à la racine od (VN) ou Wut (Gmq), signifiant « la fureur, la possession ». On dit qu'il a mille noms. Parmi eux on retrouve notamment : Othin, Wotan, Woden, Wotanaz, Uotan, etc... De plus, il a également donné son nom à la religion nordique, qui est l'Odinisme. Odin est caractérisé par une longue barbe grise et il est borgne. En effet, pour acquérir la connaissance des choses secrètes, il a sacrifié l'un de ses yeux qu'il a plongé dans la source de Minir, afin de voir la réalité. Les principaux attributs d'Odin sont : la lance Gungir, un long manteau bleu et un chapeau sombre à larges bords. Des animaux lui sont également associés, comme : – Les corbeaux Hugin et Munin – Les loups Geri et Freki – Un cheval à huit pattes nommé Sleipnir Le petit plus de Sauge et Romarin : Nous allons parler maintenant de la généalogie d'Odin, afin de mieux comprendre la lignée de ce dieu. Les ascendants d'Odin sont : – Buri (grand-père paternel) – Bor (père) – Bestla (mère) – Bolthorn (grand-père maternel) Odin possèdent plusieurs compagnes : Frigg, qui est son épouse officielle, ainsi que Jord et Rind. Il a également de nombreux descendants. Parmi ses enfants, on retrouve notamment Thor, Balder, Hoder, Vali, Sigi, etc...


Coloriage


Les Douze Nuits de Yule par Gwladys Ithilindil

20 décembre C'était la Nuit des Mères. Maman et Tatie avaient le ménage dans la grande salle du culte de la maison. Aidées par la petite Saga, elles avaient monté et décoré l'autel consacré aux déesses Frigg, Freyja et aux Dises, les ancêtres féminines de la famille. La fillette était toute fière de participer à ces préparatifs importants. Sur l'autel, elle avait étalé la grande nappe rituelle en velours rouge qu'on ne sortait que pour les Douze Jours de Yule. Maman avait placé des statuettes représentant Frigg, la déesse des tisserands, de la famille et du foyer, et la jeune Freyja Vanadis, déesse magicienne qui garde les secrets de l'intuition féminines. Tatie avait disposé des objets ayant appartenu aux ancêtres de la famille. – Saga, tu veux placer la couronne sur l'autel ? La couronne était suspendue à un clou doré dans l'armoire où on rangeait les objets rituels. Objet magnifique, elle suscitait l'admiration de la petite fille. Elle était ronde et composée de branches de houx et de sapin, ornée pommes de pin, de bâtons de cannelle, d'écorce d'agrume et de petites pommes. Toutes les trois avaient passé plusieurs week-ends à la fabriquer. – Je peux ? demanda-t-elle, sans trop oser croire à sa chance. Je peux vraiment, maman ? –Bien sûr, sinon je ne te le proposerai pas. Ce sera même toi qui allumera la bougie. – Chouette ! s'écria la fillette en décrochant la couronne et en la plaçant sur l'autel. Quand tout fut prêt, toutes les trois allèrent se baigner et mettre leurs plus beaux habits. Puis, elles appelèrent papa, tonton, les cousins et les autres invités et tous se réunirent dans la grande salle du culte. Ils étaient quinze environ. Le rituel débuta par le galdr, le chant magique. Chacun remplit à fond ses poumons puis les vida en prononçant le nom de la rune de la famille, Odall. Grâce à cette action, les célébrants étaient pleinement concentrés sur le rite. On fit des offrandes, appelées des blót. La première fut donnée à Frigg, la deuxième à Freyja Vanadis et la troisième aux Dises. Saga


alluma la première bougie sur la couronne et on lut les onze premières strophes du Havamal, un poème de l'Edda poétique. Ensuite, il y eut la partie la plus intéressante (surtout pour les garçons) de la soirée, le repas. Pendant le repas, les femmes racontaient des histoires sur les hauts faits des deux déesses et sur les exploits des arrières-grandsmères. 21 décembre Ce soir-là, on fêtait la nuit la plus longue de l'année et la mort héroïque du soleil qui renaîtrait au petit matin. Ce fut papa qui présida au rituel. – Ce soir, je voudrais que chacun d'entre nous songe à ce qui était important pour nos ancêtres et qui l'est aussi pour nous : la vie, l'amitié, le clan, dit-il de sa bonne voix forte, après que tous aient récité le galdr. Après cela, on médita sur le cycle de la vie, exercice que Saga trouva difficile parce qu'il ne fallait pas bouger pendant un long moment et penser à des choses qui étaient vraiment abstraites. Elle s'aida en songeant à la naissance du chiot Vili et à la mort de la vieille chatte Jola. Guidée par la voix de papa, elle médita sur le cycle des journées et des années et à ce qu'elle avait fait pendant l'année écoulée. Une fois la méditation finie, on fit un blót à trois divinités. Saga ne broncha pas au premier. – Salut à toi, Saga ! Toi qui transmets les hauts faits pour nous inspirer ! Saga était la déesse de la mémoire transmise. La deuxième offrande fut consacrée à Odin, celui qui a offert les runes et le guide de la Chasse Sauvage qui parcourt le territoire pendant ces douze jours. La troisième offrande fut donnée à Sunna, déesse solaire apportant la chaleur, la vitalité et le réconfort. On alluma la deuxième bougie et on lut les strophes douze à vingttrois du Havamal. Après le repas, les enfants furent envoyés au lit. Ils tombaient de fatigue et luttaient de toutes leurs forces pour garder les yeux ouverts. Il y eut des jérémiades parce qu'ils voulaient veiller avec leurs parents. Pour les calmer, ceux-ci durent leur promettre de les réveiller à l'aube afin de saluer la naissance du soleil.


23 décembre La nuit du 23 décembre fut consacrée à la sagesse, à ces actes passés et à leurs conséquences. On lut de nouvelles strophes du Havamal et on fit une offrande aux ancêtres et à Odin. 24 décembre La peur fait partie de chacun de nous. Il n'y a que les fous et les inconscients qui ne l'éprouvent pas. La peur est ce qui nous permet d'échapper aux dangers et de vivre plus de quelques heures dans un milieu hostile. Cette nuit-là, on honora le dieu Tyr qui enchaîna le loup Fenrir, on lut d'autres strophes du Havamal et on réfléchit sur ses actes de courage et sur les moments où on avait manqué de courage. 25 décembre Ce jour-là, toute la famille fut invitée à la maison car c'était un jour d'hospitalité et de réunion familiale. On s'échangea des cadeaux, fabriqués ou achetés chez des artisans pour l'occasion. Saga, qui était bonne en dessin et en poésie avait écrit et illustré un poème pour chaque invité, par exemple. Elle fut toute fière en voyant le plaisir que ses petits présents procuraient. On alluma la cinquième bougie et on lut quelques strophes du Havamal. Une offrande aux ancêtres et au dieu des mers, Aegir. Cette nuit-là, les enfants essayèrent de voir Sleipnir, le cheval à huit pattes, chevauché par Odin. Le dieu borgne, disaient les parents, portaient dans son dos un sac rempli de cadeaux ! Mais les enfants s'endormirent avant même d'avoir pu les voir. Le lendemain, réveillés à l'aube, ils constatèrent avec joie que les chaussettes suspendues aux lits et les chaussons étaient remplis de cadeaux et de confiseries. 26 décembre Une des valeurs importantes de nos ancêtres et qui est oubliée aujourd'hui par beaucoup est la persévérance. Persévérer dans ce qu'on fait, ne pas abandonner, avoir la volonté d'arriver au but qu'on s'est fixé et de le faire bien, est une qualité nécessaire à la vie. Cette nuit-là, Saga se fixa comme objectif d'écrire et de dessiner un petit recueil de poèmes


racontant des histoires et d'apprendre à coudre. Des passages du Havamal furent lus et commentés et la sixième bougie fut allumée. Une prière fut adressée à Thor, le protecteur. 27 décembre Le soleil brillait sur cette septième journée et la petite assemblée semblait concentrer sur elle toute la joie du monde. Toute la journée, Saga et ses cousins la passèrent dehors à faire de la luge et des bonshommes de neige. La nuit était consacrée à Forseti, le dieu qui règle les conflits, et à la joie qui aide à surmonter les obstacles et à voir la vie du bon côté. Cette joie qui est bien plus profonde et durable quand elle vient des choses aussi simples que partager des moments avec des personnes qu'on aime ou de se promener dans la nature, par exemple. Les dernières nuits Saga vous invite à chercher les valeurs et les réflexions des dernières nuits de Yule. Faites-vous aider par vos parents. Vous pourrez ainsi mettre vos propres mots dessus et mieux les comprendre.


Joyeuses Fêtes à tous !


Yule 2013