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Numéro 2 - AVRIL 2013


Karine Lefebvre Anne Bonsang (annbsg) Ersilia Tumminelli Bellis Perennis Muriel Bo Apolline Violine Miss Bliss InSOlo (ER)

02

ChristineBrioul Nathaly Hertwig-Gillet

AVRIL 2013


Karine Lefebvre


karine.lefebvre01@gmail.com http://les.oeuvres.de.k.over-blog.com


Anne BONSANG (annbsg)


Anne BONSANG (annbsg) Besanรงon Blog : annbsg.over-blog.com Mail : annbsg@orange.fr


Ersilia Tumminelli


ersiliatumminelli@hotmail.com


Bellis Perennis


Email : contact@bellisperennis-photographie.fr site internet : http://www.bellisperennis-photographie.fr/ Egalement sur Facebook TĂŠl : 06.33.74.89.51


Muriel Bo


Muriel Bo http://www.lapoudredestampette.over-blog.com/ http://www.alittlemarket.com/boutique/murielbo


Apolline Violine


L’Affaire Nino.

I (Emma) Ma mère est… je cherche le mot. Comment dire ? Sournoise. Comme si elle avait un radar. Un sixième sens. Exemple  ? Là, tout de suite. Lundi matin, 7h30, j’ai mal dormi – l’affaire Nino…- j’ai allumé la radio – licenciements je ne sais déjà plus où – je viens de verser l’eau chaude sur mon jus de citronmiel mélangés. Dans une heure, je dois être partie pour une journée d’accueil de gens en deuil, de préparation de corps ou d’enterrement. Au choix. Début de semaine compliquée par l’affaire Nino, qui plus est. Et là, devinez qui appelle  ? Ma mère. Qui a squizzé mon barrage téléphonique du dimanche. Et qui embraye sur un monologue dépressif. Ma mère n’est pas une personne gaie. Elle se plaint toujours. Quand il pleut, il ne fait pas beau. Et quand il fait beau, il fait trop chaud… Simples entrées en matières cependant, je vous rassure. Son véritable sujet de conversation, c’est Mel (Mélanie), ma sœur cadette. Mel-la-préférée, la-p’tite-dernière… Moi, je suis, genre, le petit canard. Vilain, oui. Le vilain petit canard. Donc, ma mère embraye sur Mel, qui a encore foiré son dernier boulot. Et que c’est triste. Et qu’elle n’a pas de chance. Et que va-t-elle devenir  ? Je tente une percée, j’ignore pourquoi. Option kamikaze du lundi matin… «  Maman, Mel n’est pas faite pour être commerciale…  » Erreur totale. Pour ma mère, je viens de dénigrer Mel. Je sous-entends que Mel n’a pas fait ou a mal fait quelque chose. Bref, elle riposte. Comment  ? Comme elle le fait si bien… Vous voyez, ma mère n’est pas spécialement linguiste – elle est coiffeuse – mais elle contribue à la grammaire française. A sa façon… Ma mère est l’authentique créatrice de la subordonnée conjonctive culpabilisante. Vous allez comprendre  :  «  Mais tu sais bien que ta sœur a toujours eu du mal dans ses études  !  », sousentendu  : «  toi, non  !  » Ou alors «  mais tu sais bien que ta sœur est plus timide que toi  ! Mais tu sais bien que ta sœur a plus de mal que toi  ! Mais tu sais bien que ta sœur n’a pas ton physique  !  » Celle-ci, je vous l’accorde, est hilarante. Moi, je me longtemps trouvée grosse et moche (1m60, 48 kilos, et de l’avis général, je suis une fille mignonne). Selon ma psy, c’est parce que ma mère ne m’a pas aimée assez, ou pas montré assez son amour. Et là, elle reconnaît que je suis, genre, une bombe mais pour me faire culpabiliser… Je vous ai prévenus, elle est sournoise. Et ça continue… De «  mais tu sais bien que ce n’est pas facile pour ta sœur  !  » en «  mais tu sais bien

que ta sœur est fragile !  », ma mère pourrait éditer sa propre grammaire  ! Toujours avec ce reproche tragique, tapi derrière  : «  Pourquoi  ?! Mais pourquoi, mon Dieu, elle et pas l’autre  ?!  » «  L’autre  », c’est moi, ça va sans dire. C’est raide, un lundi matin à 7h30. Soit. Mais pas plus que n’importe quel autre jour à n’importe quelle autre heure. Cette femme n’a aucune idée des dégâts qu’elle a provoqués. Depuis peu, je nourris une idée, évidente pour vous certainement, mais super audacieuse pour moi  : je ne suis pas une martyre. Je n’ai pas à subir ça. Donc, je la coupe  : «  Maman, le problème de Mel, c’est qu’elle se défonce trop. Elle fume trop de pétards.  » Silence au bout de la ligne. J’en profite pour boire un peu de mon eau chaude-citron-miel. Toujours rien… Infarctus  ? Pardon, infractus, comme on dit ici… En fait, non. Elle explose. Si on était dans un roman, on dirait «  elle siffle  ». En gros, que je suis une égoïste et que c’est pas étonnant, vu mon boulot qui m’ôte toute compassion. Je manque d’élégance, un lundi matin pareil… «  En attendant, c’est mieux que de faire la pute  !  » Et je raccroche. Avant, ça m’aurait bouffé. Genre, toute la journée et toute la semaine. Mais depuis que je vois la psy (six mois…), j’ai pris du recul. Enfin, j’apprends à en prendre… Moi qui gère le deuil des autres, j’ai fait le deuil de l’amour de ma mère… Oui, bon… J’apprends à le faire. Je suis en train de réussir à le faire. Bref, je progresse. Et puis, de toute façon, j’ai autre chose à ruminer aujourd’hui  : l’Affaire Nino. The Nino File. The cold Nino Case. C’est Lily Rush que je devrais appeler  ! Définitivement… D’un autre côté, je serais capable de me laisser déconcentrer par son équipier. Je me connais… Et puis, en fait, mon Lily Rush à moi, c’est Dave, c’est lui que je dois consulter aujourd’hui.


II (Dave) Ce qui est pénible, lorsque deux de vos amis sont sortis ensemble, c’est qu’ils sont sortis ensemble et ne sortent plus ensemble, là, à l’heure où je vous parle. Quant à vous, vous vous retrouvez au milieu, un peu comme un enfant dont les parents divorcent. Dire que j’ai revécu la séparation de mes parents avec celle d’Emma et Nino serait un brin exagéré, j’en conviens, d’autant plus que je n’avais pas huit ans, cette fois-ci, et qu’ils n’essayaient pas d’acheter mon affection avec des playmobils… Néanmoins, malgré la complexité de la situation, j’ai pu les conserver tous deux comme amis. Certes, le fait que Nino ait la bougeotte et quitte la ville régulièrement, jusqu’à s’exiler quelques années, a bien aidé… Et puis, Emma a cette grande loi de l’univers… Emma a plusieurs lois de l’univers. Je dis « a  » parce que je n’ai pas l’impression qu’elle y ait beaucoup réfléchi, à la manière d’un philosophe, et elle n’a pas non plus l’expérience de vie d’une nonagénaire qui se serait construite quelques théories. Donc, elle a quelques grandes lois de l’univers, dont le fameux – et pas si bête – «  tout le mal qu’on fait, on se le reprend un jour dans la figure, c’est une loi de l’univers  », une autre intéressante que je soupçonne cependant mâtinée de superstition quand elle se moque de quelqu’un  : «  je vais payer tout ça par retour de karma  », ce qui ne l’arrête pas pour autant. Enfin, il y a celle qui s’applique à l’époque de leur rupture, créée pour l’occasion  : «  parfois, on rencontre quelqu’un mais ce n’est pas le bon moment  ». Vous me direz, là, il y deux écoles  : l’optimiste, qui pense qu’un jour vous retrouverez cette personne et alors vos deux chemins se rejoindront, se croiseront – ce que vous voulez – et ce sera le bon moment. L’école pessimiste, vous l’aurez deviné, pense que dans la courbe de votre vie, il y avait un moment où ça pouvait marcher, et qu’une fois dépassé, vous avez beau recroiser cette personne, il est trop tard. Cette personne, ou vous-même, êtes installés dans la vie. L’univers vous ferme ses portes sur ce coup. Emma appartient à l’école pessimiste. D’un autre côté, c’est une romantique viscérale mais nonassumée… C’est pourquoi je m’attendais à avoir de ses nouvelles bien avant, voyons… 19h32 précisément. Mais je ne dois pas être loin de la vérité quand je l’imagine ressassant tout ça – Nino, elle et l’univers toute la journée, crevant d’envie de savoir ce que Nino fait ici, etc. Voyez-vous, je vais reprendre une image que j’aime bien utiliser, je n’ai pas de grandes lois de l’univers personnellement, j’ai des images, des parallèles  ; de fait, si on était dans une série, je pense que je serais un peu comme le confident du couple principal, qui s’est aimé, séparé… Ce genre de personnages que l’on pense secondaire au premier abord mais qui s’étoffe au fil des épisodes. Il prend même tellement de consistance qu’il

pourrait avoir son propre spin off par la suite… Quoi qu’il en soit, nous communiquons pas mal via facebook avec Emma, un long dialogue ininterrompu en quelque sorte, que nous reprenons de façon totalement anarchique. « Dave, T là  ? - Coucou  ! Je pensais avoir de tes nouvelles plus tôt… - Journée intense, bcp de travail. - Ca va  ? - Oui. Nino  ?? -   ?? - Kes kil fait là  ?! - Sa grand-mère est tombée et s’est cassée le poignet, il est passé la voir. - Il est là pr combien de tps  ? - La semaine, c’est tout. - Ah… Ca va alors. -   ?? - Facilement évitable sur une semaine. - A moins que sa grand-mère ne décède…  - T un pote sympa, toi  ! On n’est pas les seules PEF de toute façon. - PEF  ? - Pompes Funèbres. - Oui merci, j’avais compris. Mais pourquoi le E au milieu  ?? - Parce que PF, c’est imprononçable. - ... - Il va bien  ? - Ca va. - Kes kil fait ds la vie  ? - Un peu de tout. De l’intérim. Il a pour projet d’ouvrir un gîte. - Pas ici  ?! - Non, il est là pour sa grand-mère. Tu écoutes ce que je te dis  ?? - Oui. Il a parlé de moi  ? - Non. - OK. Vs allez vs voir cette semaine  ? - Oui. Je suppose que toi, on ne te verra pas… - Voilà. Je vais rester à la maison et bouquiner. - Tu vas te terrer  ? - Exactement, plan machiavélique parfait pr éviter de tomber sur lui  ! Héhéhé  ! - C’est pas une raison pour rendre tes livres en retard  ! -   :( C’est un cas de force majeure, Dave  ! Sois compréhensif  ! Bon, je file, j’ai 2/3 trucs à faire, Bye  !  - Biiiiiiizzzzzzzz  !  :)  » Un long dialogue ininterrompu… Mais elle me fatigue avec ses abréviations et ses raccourcis  ! Certes, j’ai l’essentiel de sa pensée mais les formules, les images, le cheminement… Je ne lui demande pas de se transformer en Sévigné mais parfois j’aimerais qu’elle prenne le temps, qu’elle hésite, qu’elle s’embarque dans de longues phrases, qu’elle ne les achève pas, même  ! Je sais, ça s’appelle une lettre et je me trompe de siècle. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas rétrograde et je ne


III (Emma) trouve pas du tout que l’ère des pigeons voyageurs fût mieux (vous avez remarqué l’emploi du subjonctif imparfait, parfaite concordance des temps !). C’est seulement qu’avec Emma… Si elle m’écrivait une lettre, j’y lirais mieux ce qu’elle ne veut pas dire. Enfin, ça n’est peut-être qu’une impression… Je sais que l’histoire Nino est douloureuse pour elle, tout comme l’histoire Emma l’est pour lui. Je n’ai pas envie que l’un des deux souffre à nouveau, or j’ai l’impression que l’histoire s’est remise en marche toute seule… Ca ne plaît pas tellement, d’autant plus qu’elle va encore rendre ses bouquins en retard… En quoi est-ce un problème  ? C’est une déformation professionnelle… Je travaille à la médiathèque où Emma – et Juju d’ailleurs – sont adhérents. Je la soupçonne d’ailleurs de prendre de plus en plus de liberté avec le règlement de la médiathèque, dans la mesure où elle me connaît et où elle connaît mes collègues. Elle n’a pas été fichue de rendre un livre dans les temps ces trois derniers mois  ! J’ai même découvert qu’une de mes collègues lui permettait d’emprunter parfois sur sa propre carte quand la sienne est pleine  ! Et je ne vous parle même pas de mon collègue en multimédia qui se met en quatre pour elle dès qu’elle lui parle d’un CD qu’elle ne trouve pas sur les rayonnages… De ce point de vue, Juju est bien mieux éduqué… Enfin, passons… C’est un cas perdu… De toute façon, quand je fais remarquer à mes collègues que c’est une lectrice comme une autre, je passe pour le père Fouettard, c’est un comble  ! Je vais fermer l’ordinateur, puisque Emma a eu les nouvelles qu’elle désirait, et regarder un petit film. Je suis bien conscient d’en faire trop avec eux deux, c’est mon côté «  confident du couple principal  » un brin exacerbé… Ou pas. J’ai un nouveau message d’Emma, qui me laisse penser que l’histoire n’a pas fini d’être relancée… «  G réfléchi, c’est pénible kil y ait ce malaise entre ns. Si j’allais lui parler, pr lui dire tt ce que g sur le cœur  ? Kes ke t’en penses  ?? C peut-être la meilleure solution, non  ??  » A ce moment précis, j’ignore ce qui m’est le plus pénible… L’idée qu’Emma débarque dans la vie de Nino sans en mesurer toutes les conséquences ou ces putains d’abréviations  !! J’ai fortement envie de lui répondre que ce n’est même pas français, ce qu’elle écrit, et que je ne comprends qu’un mot sur deux  ! Mais je me reprends, je suis un confident-de-couple-principal professionnel et j’essaie de faire le vide. C’est mon gros plan, ma scène, le moment où il n’y a plus que le confident à l’écran. Le moment où beaucoup de choses reposent sur lui. Si ce n’est tout…

C’est vrai, non ? J’ai trente-trois ans. On m’en donne souvent beaucoup moins, il arrive même qu’on me demande ma carte étudiante  ! Et quand je me balade avec Léa, on me prend carrément pour une terminale  ! Oui, bon, là, j’exagère peut-être un peu… Où en étais-je  ? J’ai trente-trois ans, donc, et toujours à me prendre la tête avec Nino. Solution  ? Mettre les choses cartes sur table. Ou mettre les cartes sur la table. Enfin, dire pour de vrai, à lui, les choses de vive voix. J’ai eu une longue journée, je vous assure que je suis capable de m’exprimer correctement. Habituellement… Si je vais lui parler, au moins il y aura eu un premier pas, les choses seront clarifiées et on pourra se croiser sans qu’il y ait de gêne. C’est ce que j’explique à Dave. «  Si je lui prale, c un 1er pas, choses clarifiées donc + de g^ne  !  - Je comprends vraiment l’idée, c’est même noble, mais tu ne connais pas sa vie. Imagine, tu vas débarquer dans sa vie, tu ignores s’il est avec quelqu’un, s’il va bien même  ! Est-ce que tu ne vas pas tout chambouler  ??  » Ah… Dave marque un point. C’est vrai que ça pourrait être bouleversant. Si j’inverse la situation… Imaginons un peu ça… Qui pourrait venir me rendre visite  ? Tiens, Jérôme par exemple  ! Ca fait dix ans que je ne l’ai pas vu… Qui vient ici pour me dire qu’il est désolé et tout ça… «  Je trouverai ça altruiste ms peut-^tre un peu bizarre - Tu ne sais pas faire lettre plus accent circonflexe  ?? - C pas le sujet, Dave  ! - Oui mais c’est agaçant. - Tu comprds qd même l’idée générale  ? - Oui, mais c’est trop abrupt. Ca risque de le bouleverser, pas dans le sens il te retombe dans les bras mais dans le sens général. - Je ne vx pas kil me retombe ds les bras  !!!! - Tu en es sûre  ? Au fond de toi  ? - Oui, j’y ai pas mal réfléchi. Je vis mal le fait de lui avoir fait mal, kon n’arrive même pas à se parler qd on se croise  ! C un geste totalement désintéressé. - Ben… pas tant que ça, si c’est pour que tu te sentes mieux… - Il doit se sentir aussi mal que moi, donc c’est pour son bien. - Je vois… Mais débarquer dans sa vie, à l’improviste, c’est trop violent. - Et si je lui écrivais  ?? -… - Je lui écris une carte  ! - Comme ça, à la rigueur, il a la possibilité de prendre du recul, de digérer ce que tu vas lui dire, il peut te répondre aussi… - Non, non  ! Plan machiavélique  : je ne mets pas mon adresse  !! Héhéhéhé  ! - !!!! Mais enfin, il sait que je sais où tu vis  ! Et que tu


vis ici, d’ailleurs !! Enfin, j’imagine… - Oui, ms c’est un geste ALTRUISTE, c’est pas moi ki l’invite à me répondre  ! Moi, je vx juste clarifier les choses  ! - Oui, mais s’il me demande ton adresse  ? - Tu px la lui donner. Tant ke c’est pas moi qui le fais… - Je vois. - Ouh  !! Mieux encore  ! Pr éviter kil ne réponde, je v la dposer ds la boîte aux lettres de sa grd-mère la veille de son départ  !! Tu me diras qd il part  ! - Je ne te suis pas. - Il ne pourra pas me répondre, il sera parti  !!! Machia-vé-lik  !!! Héhéhéhéhéhé  ! - Emma, on n’est pas la seule ville où il y a un service postal  !! - C une idée géniale  !!! ne reste plus ke la carte à acheter  !! Merci, Dave  ! Te laisse, v faire brouillon de la carte  ! Biz - Evite les abréviations.  » Je prends donc une feuille blanche et je m’y mets. Et là  ! Là  ! Le poids de mon acte me tombe dessus  ! Et c’est la panne sèche… Et si, vraiment, j’allais chambouler sa vie  ?! Et si j’allais ouvrir une porte du Destin  ? Libérer des forces qui me dépassent  ?? Actionner un mécanisme que plus rien n’arrêterait  ??! En somme, un mélange de trouille et de honte me paralyse. Et pour combler le tout, Castor vient de poser ses grosses fesses poilues sur ma feuille. Et me regarde, satisfait… C’est peut-être un signe  ? Genre «  ne fais pas ça  !  » C’est évident, non  ? C’est peut-être aussi le signe qu’il n’a plus de croquettes. Après vérification, il a croquettes et eau. Je me réinstalle à ma table (de torture) et saisis mon stylo. Plus il y d’obstacles, plus j’aime… J’essaie donc de contourner Castor pour commencer  : Cher Nino. Hum. C’est peut-être un peu trop proche, non, comme formule  ? Nino, (donc) Un jour, tu m’as dit que… Argh  ! Le Castor a subtilement donné un coup de patte sur mon stylo! Et maintenant, il me mordille le bras droit, cet imbécile  ! Non mais ça suffit  ! Et bien sûr, quand j’essaie de le virer, il essaie de me mordre… Ne vous détrompez pas, Castor est un chat charmant, qui fait tout ce que font les chats (boire votre lait en douce le temps que vous alliez chercher la confiture dans le frigo, vous réveiller à cinq heures du mat’ l’été parce qu’il fait jour dehors, miauler devant le paquet de croquettes d’une voix indignée parce que sa gamelle est vide, foutre des poils partout et spécialement sur vos belles fringues), chat charmant donc mais un peu caractériel  ! Une fois Castor à terre, je reprends  : un jour tu m’as dit que… Euh… On était dans un bar et il m’a dit que ça

faisait du bien de dire certaines choses à certains moments. Voilà. Avec le recul, ça prend une tournure moins philosophique que dans mon souvenir… La gamine de dix-huit ans que j’étais à l’époque avait trouvé ça plein de sens. Genre, profond quoi… Hum… Dieu bénisse le ciel de m’avoir fait grandir. Bref… tu m’as dit que… qu’il était utile ? Que ça faisait du bien  ? Argh  ! Je vais passer pour une grosse égoïste  ! Que certaines choses devaient être dites. J’en éprouvais actuellement vraiment le besoin, en fait ça fait longtemps que j’en éprouve le besoin… Ouais… Alors, si je commence à faire des explications de texte, je ne vais jamais avoir assez de place pour tout mettre sur la carte… Miaulement drapeau blanc de Castor à ma gauche. Il veut faire la paix  ? Je le regarde avec méfiance. Pour bien lui montrer que je ne suis pas dupe. Et que, même s’il est un instrument du Destin, je suis une femme libre. Qui fait ce qu’elle veut. Avec plus ou moins de succès, je vous l’accorde. Donc… devaient être dites. Ca fait longtemps que je veux te dire ceci  : lorsque toi et moi étions ensemble, ce n’était pas une période facile pour moi, je gâchais beaucoup de choses et j’ai conscience d’avoir fait du mal aux autres, enfin, à ceux qui comptaient. Ouah  ! Ca devient carrément sulfureux, là  ! Je dois être rouge de honte en écrivant ça  ! Allez, soyons honnête, au point où j’en suis… Et là, je dois être totalement rouge de honte… Quoi qu’il en soit, si je t’ai blessé à cette époque, je te prie de m’excuser. J’espère que tu es heureux dans ta vie et je te souhaite plein de choses. C’est exactement ce que je voulais lui dire… Ronronnement-acquiescement de Castor, à présent sur mes genoux. On est bons, Castor  ! On est vraiment doués  ! Bonne continuation, Emma. Comment vous dire  ? Un début d’apaisement vient de me tomber sur le cœur…

La carte (Emma) Je pensais que trouver la carte serait le plus facile. Genre a piece of cake… Eh! Bien, figurezvous que non! Des cartes, il y en a plein!! Et on dirait qu’elles ont toutes un message ! Au début, j’avais choisi une fille, genre manga, brune, yeux marron, avec un chat en laisse. J’étais en route pour la caisse quand ça a foiré  : cette fille, cette brunette, comme on dit, c’était moi  ! Il y avait même Castor en prime  ! Donc, je suis retournée au rayon carterie. Mais c’est devenu compliqué  ! Maintenant, j’avais en tête d’éviter le message subliminal de la


carte ! C’est devenu insoluble… La carte avec la petite fille  ? Message subliminal  : j’ai des enfants et si ça se trouve, Nino, tu es le père de cette fillette  ! La carte avec la nana qui déverse des tonnes de lettres depuis sa montgolfière  ? Message subliminal  : ça fait des années que je t’écris, genre, sans oser t’envoyer les lettres… La carte avec les chatons tout mignons  ? Message subliminal  ? J’ai toujours seize ans dans ma tête. Genre, je refuse de vieillir, j’écoute toujours Nirvana et j’ai toujours un poster dans ma chambre. La carte avec la jeune Indienne  ? Message subliminal  ? Je n’ai pas oublié que ton rêve était d’aller en Inde, je sais tout de toi, genre je n’ai pas réussi à t’oublier, genre je suis une psycho  ! Etc. Etc. Au terme d’une longue, longue bataille, j’ai finalement opté pour une jolie carte représentant une très belle femme noire (s’il est avec une black, je le jure devant vous, je l’ignorais…), vêtue de couleurs gaies, avec un port de tête altier. Bref, c’est joli. J’ignore si les designers de carte ont conscience des efforts que l’acheteur doit déployer pour choisir sa malheureuse carte. Tout le monde n’a pas un personal spin-doctor qui l’accompagne dans les démarches élémentaires de la vie  ! Quoi qu’il en soit, le plus dur (-re) est fait  ! Je ne vois pas quels obstacles il pourrait y avoir pour la boîte aux lettres. Ou alors, c’est un coup du karma. Grande loi de l’univers  : quand il y a autant d’obstacles, soit c’est pour t’empêcher de faire une connerie, soit ça attise ta curiosité. Et ton envie de triompher des obstacles. Hum… Intéressant… Dans mon plan machiavélique génial, je suis supposée déposer moi-même la carte dans la boîte aux lettres. Ce qui peut s’avérer dangereux… Imaginez un peu  ! Je suis là, devant la boîte aux lettres, et je me retrouve face à face avec lui  !! Ouh là… Je serais morte de honte… Et ça ruinerait l’effet de distance que préconise Dave… Ou encore, moi devant la boîte aux lettres et face à face avec lui et sa nana  ! Morte de honte plus impression d’être la reine des stupides… Ou encore, moi devant la boîte aux lettres et la mamie qui me capte et qui me propose d’entrer  ! Sur ce, Nino qui arrive et décachète mon courrier devant moi  ! Et le lit  !! Rupture d’anévrisme garantie… La meilleure solution semble donc être la poste. Définitivement. Et c’est ainsi que se termine l’histoire de la carte  : moi, devant la boîte aux lettres jaunes, lâchant ma carte dans son enveloppe orangée… Un sentiment de honte mélangé à un soulagement réel… Un poids en moins sur le cœur et sur l’âme… L’impression d’avoir fait ce qui devait être fait. Ce mercredi restera une date importante dans ma chronologie personnelle. Bon, je vous passe la nouvelle prise de tête sur le choix du timbre  : mais comment font-ils pour nous compliquer la vie à ce point  ??


Apolline Violine apovioline@laposte.net


Miss Bliss


L’esprit Créée en 2010, Miss Bliss est une jeune marque de bijoux, réalisés en petites séries ou en pièces uniques. Parce que le bijou est l’accessoire idéal pour changer de look et que les femmes aiment varier les plaisirs, Sabrina, la créatrice, a choisi de ne pas s’enfermer dans un style ou une tendance. Les créations vont du vintage (bronze, cabochons, etc..) en passant par la fantaisie (résine en forme de moustaches, etc..). Elle développe son propre univers et fonctionne de manière autonome. Dans cet esprit d’éclectisme, les bijoux sont parsemés d'un brin d'humour, d'une noisette de tendresse et d'une pincée d'inventivité. La créatrice Sabrina s’est lancée dans la création de bijoux, un peu par hasard, après avoir acheté beaucoup de sautoirs et de se dire pourquoi pas me créer mes propres bijoux. Elle s’essaye alors à la création de bijoux, comme ça, juste pour le plaisir et rencontre ainsi une formidable occasion d’exprimer sa créativité. Elle partage cette passion avec son travail à temps plein.

mon mail : miss.bliss.jewel@gmail.com ma page : facebook mon blog : BLOG ma boutique ALM


InSOlo ER


insolo@orange.fr http://insolo.over-blog.com/


ChristineBrioul


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Nathaly Hertwig-Gillet


Nathaly Hertwig-Gillet Artiste hors normes gard -France 06 25 55 51 92 nathaly-hertwig.gillet@orange.fr


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