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Le magazine du Beau-Rivage Palace et de la banque Landolt & Cie SA

No 4 > automne - hiver 2013 / 2014

BERNARD STAMM

Projet

Rivages DOUGLAS KENNEDY

L’écrivain voyageur

THIBAUT PANAS

Un sommelier

comblé


www.chanel.com

* Haute Technologie

Montre en céramique high-tech*. Complication phase de lune avec compteur en aventurine. Mouvement mécanique à remontage automatique. Réserve de marche 42 heures.


edito

S’engager pour transmettre et s’adapter pour grandir Committed to sharing values and adapting to progress

Dans le domaine de la prestation de services qui est le nôtre, la culture d’entreprise et le partage des valeurs sont essentiels. Les valeurs unissent les collaborateurs et les poussent à donner le meilleur d’eux-mêmes, elles nous lient à nos clients qui se reconnaissent en elles; et elles nous montrent la voie pour nous permettre de nous développer et grandir en harmonie dans un monde en perpétuel changement. Ces valeurs ne naissent pas d’elles-mêmes, elles sont générées par des personnes qui croient en elles et agissent pour leur pérennité. C’est pourquoi nous avons à cœur de les partager et de les transmettre. Au travers de notre Chaire à l’EPFL «stratégies innovatrices pour un futur durable», par exemple, nous nous engageons pour la transmission durable des connaissances et pour l’éducation des décideurs de demain. Nous en sommes persuadés, nos services ne sont pas dissociables de la qualité de notre environnement. Sans lui, nos entreprises n’ont pas de futur et il nous apparaît comme une nécessité de nous engager avec conviction pour sa préservation.

In the field of delivering services in which we operate, business culture and sharing values are essential. They unite employees and encourage them to give of their very best, they connect us to our clients, who recognise themselves in them, and they show us the way forward for harmonious expansion and growth in a constantly changing world. These values aren’t created out of thin air. They are generated by people who believe in them and strive to ensure their long-term survival. That’s why we are so keen to share and transfer them. Through our «Innovative Strategies for a Sustainable Future» Chair at EPFL, for example, we are committed to the sustainable transfer of knowledge and to educating tomorrow’s decision-makers. We are convinced of the fact that our services are inseparable from the quality of our environment. Without it, our businesses have no future, and we firmly believe that we need to act with conviction to protect it. Respecting your environment also means being able to adapt. In this respect, Banque Landolt & Cie SA has managed to react to the rapid and radical transformations seen in recent years in the fields of the economy and finance. The changes to our business model and the bank’s legal status are enabling us to move forward at the same time as respecting the international environment and the expectations of our current and future clients. Through our Regards magazine, Banque Landolt & Cie SA joins forces with the Beau-Rivage Palace to introduce you to the men and women who contribute to our culture, and with whom we share our values.

Jean-Daniel Balet Senior manager of Banque Landolt & Cie SA

Respecter son environnement, c’est aussi savoir s’adapter. En la matière, la banque Landolt & Cie SA a su réagir aux transformations rapides et radicales observées dans les domaines économiques et financiers ces dernières années. L’évolution de notre modèle d’affaire et le changement de statut juridique de la banque nous permettent de progresser en respectant l’environnement international et les attentes de nos clients actuels et futurs. Au travers de notre magazine Regards, la banque Landolt & Cie SA se joint au Beau-Rivage Palace pour vous présenter les hommes et les femmes qui participent à notre culture et avec qui nous partageons nos valeurs.

Jean-Daniel Balet Membre de la direction de la banque Landolt & Cie SA

REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014

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BBC Limited Back to Business & Communication

Swiss luxury fashion brand

Working

Relax

Beautiful

www.bbclimited.ch GENEVA

Sporty


SOMMAIRE CONTENTS No 4 automne-hiver Fall-Winter 2013 / 2014

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5 EDITORIAL 10 NEWS 18 HAUTE HORLOGERIE

Des montres pour dire toujours Forever watches

22 CULTURE

Olivier Saudan Le voyage à Fortuny The journey to Fortuny

26 ECONOMY

34

Banque Landolt & Cie Transformations et évolutions A new dimension

10

28 CHALLENGE

Bernard Stamm Projet Rivages Hand in hand with scientifique research

32 ÉVÉNEMENT

Un cocktail au fil de l’eau Celebrating fall

34 DISTINCTION

Thibaut Panas Un sommelier comblé Best sommelier 2014

38

38 SEDUCTION

Grand Prix Beau-Rivage Palace Challenge on the Lake

44 WORLD

Raymond S. Bradley Le chercheur pourchassé The hunted researcher

18 REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014

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Caliber RM 27-01 Tourbillon Rafael Nadal Manual winding tourbillon movement Weight of the movement: circa 3.5 grams Power reserve: circa 45 hours Baseplate of the movement in grade 5 titanium and bridges in aluminum-lithium Cable-suspension mechanism Free sprung balance with variable inertia Fast rotating barrel Barrel pawl with progressive recoil Case made from an anthracite polymer with carbon nanotubes Total weight: 19 grams, VelcroŽ strap included Balance: in Glucydur, with 2 arms and 4 setting screws, moment of inertia 11.50mg.cm2, angle of lift 53° Frequency: 21,600 vph (3Hz) Spline screws in grade 5 titanium for the bridges and case Hand-polished bevelling Limited edition of 50 pieces

www.richardmille.com


SOMMAIRE CONTENTS

52

60

46 ENVIRONNEMENT

Marc Parlange Une action interdisciplinaire A sustainable contribution

48 LE SPÉCIALISTE

Ignacio Dahl Rocha Une Silicon Valley de l’hôtellerie Silicon Valley of the hotel business

52 RÉGION

56

Pierre Keller Les vins vaudois Vaud wines

56 FLAVORS

Les petits pâtissiers Junior pastry chefs

60 MODE

66

For him : Italian Class For her : Douce complicité

64 SWISS MADE

68

Swiss Designers

66 SENSE OF WONDER

Nadia Dresti Pour que vive le cinéma d’auteur Keeping art house cinema alive

68 ÉVASION

Baur au Lac Un havre de paix au cœur de la ville A haven of luxury

70 RENCONTRE

70

Douglas Kennedy L’écrivain qui aimait parcourir le monde The travelling novelist

72 AGENDA

Night and day

Découvrez votre magazine sur iPad Read Regards magazine on your iPad

REGARDS No4 – Automne-hiver 2013/2014 ÉDITEUR Beau-Rivage Palace, Lausanne, Landolt & Cie SA RESPONSABLE D’ÉDITION Leila Klouche, leila.klouche@inedit.ch NEWS Elodie Maître-Arnaud, Leila Klouche DESIGN ET MISE EN PAGE Yvan Fantoli, www. unigraf.com PRODUCTION Inédit Publications SA, Avenue Dapples 7, Case postale 900, CH-1001 Lausanne, T +41 21 695 95 95, info@inedit.ch, www.inedit.ch PUBLICITÉ Quentin Riva quentin.riva@inedit.ch, T +41 21 695 95 25 TRADUCTION Tradoc SA, Lutry, www.tradoc.ch IMPRESSION PCL Presses Centrales SA COPYRIGHT BY INÉDIT PUBLICATIONS SA

REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014

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e

NEWS

Ethical luxury

Autodidacte passionnée, Patience puise son inspiration dans tout ce qui l’entoure. Sa griffe de vêtements pour femmes BBC Limited est disponible en ligne sur www.bbclimited.ch depuis août 2013. Elle ouvrira sa première boutique, à Genève, en décembre 2014. Ses modèles exclusifs, produits en édition limitée, sont imaginés en Suisse. Et c’est un savoir-faire français qui donne vie aux étoffes italiennes. Une démarche militante visant à faire travailler les entreprises locales du secteur du textile et de l’habillement. Patience, a passionate, self-taught woman, takes her inspiration from the world around her. BBC Limited, her women’s clothing label, has been available online at www.bbclimited.ch since August 2013. She is due to open her first Store, in Geneva, in December 2014. Her exclusive, limited edition styles are designed in Switzerland. Italian fabrics are brought to life by French know-how. Her ethical approach aims to give work to local companies in the textile and clothing sector

C

www.bbclimited.ch

Cinema & Dining A l’occasion de sa 16e édition, le Ciné Festival a fait escale au Beau-Rivage Palace. Le dimanche 10 novembre, la salle Sandoz a pris des allures de cinéma avec la projection du film «Les saveurs du Palais», en présence de Danièle Mazet-Delpeuch, ancienne cuisinière personnelle de François Mitterrand dont l’histoire a inspiré ce biopic. La projection fut suivie d’un repas. Au menu: Terrine de foie gras en gelée de Jurançon, Brouillade d’œuf fermier aux cèpes, Paupiette de saumon en feuille de choux et Sainthonoré aux figues noires. To mark its 16th year, the Ciné Festival stopped off at the Beau-Rivage Palace. Sunday 10th November saw the Sandoz room turned into a cinema for the screening of the film «Haute Cuisine», attended by Danièle Mazet-Delpeuch, the former personal chef to François Mitterrand, and whose story inspired this biopic. The screening was followed by a meal. The menu featured a terrine of duck liver pâté in Jurançon jelly, scrambled eggs with cep mushrooms, paupiette of salmon in cabbage leaves and a Saint-Honoré pastry with black figs. CHF 85.- par personne, projection, repas et boissons inclus. Réservations/Bookings 021 613 33 40

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REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014

l

Imperial

look

Inspiré de la pharmacopée chinoise traditionnelle et des rituels de beauté de l'impératrice Wu Zetian, l’Onguent contour des yeux aux 7 plantes chinoises est le dernier-né des Laboratoires Cinq Mondes. Plusieurs actifs brevetés entrent dans la composition de ce concentré de bienfaits, pour un regard reposé, des cernes floutées et un contour des yeux plus lisse. Inspired by the traditional Chinese pharmacopoeia and the beauty rituals of Empress Wu Zetian, the Eye cream with 7 Chinese plants is the latest product from Cinq Mondes Laboratories. Several patented active ingredients go into this effective concentrate, for well-rested eyes, diminished dark circles and a smoother eye area. Disponible au Spa Cinq Mondes


8 cylindres pour une puissance maximale. 4 cylindres pour une consommation minimale.

L’Audi S6. La puissance intelligente. En fonction de la situation, l’Audi S6 équipée de la technologie cylinder on demand choisit elle-même de faire fonctionner son moteur V8 TFSI® avec 8 ou 4 cylindres. L’Audi S6 bénéficie en outre d’une méthode de construction fortement allégée de type aluminium/hybride, qui garantit l’équilibre parfait entre performances souveraines et efficience élevée. Audi S6 4.0 TFSI, consommation mixte: 9,6 l/100 km, émissions de CO2: 225 g/km (moyenne de tous les véhicules neufs vendus: 153 g/km), catégorie de rendement énergétique: G.

A tester dès maintenant

Audi Centre Crissier Rue de la Vernie 2, 1023 Crissier Tél. 021 637 76 76, www.crissier.amag.ch Point de vente:

AMAG Rolle Rte de la Vallée 7-11, 1180 Rolle Tél. 021 822 00 00, www.rolle.amag.ch


Ô

NEWS

Ô choco! Combien de générations de Lausannois se sont délectées des spécialités de la Chocolaterie Blondel? Située au numéro 5 de la rue de Bourg depuis 1858, la célèbre maison n’a pas pris une ride, préservant toutefois l’atmosphère historique des lieux. Quatre artisans chocolatiers s’affairent dans le laboratoire situé dans l’arrière-boutique pour confectionner des truffes à l’ancienne roulées à la main, mais aussi les incontournables plaques de chocolat. Noir, blanc, au lait, nature, aromatisé ou agrémenté de fruits à coque, il en existe cinquante sortes. De quoi satisfaire les chocophiles.

G

Just how many generations of Lausanne residents have enjoyed the specialities served up at Blondel? Despite having been at 5, Rue de Bourg for more than two hundred years, the famous firm has not aged one bit, although the historic atmosphere of its premises is still intact. Four specialist chocolate makers bustle about in the back room laboratory making traditional hand-poured truffles, as well as the not-to-bemissed chocolate bars, of which there are fifty different types, including dark, white, milk, plain, flavoured and those decorated with nuts, ensuring chocoholics have plenty to choose from. www.chocolatsblondel.ch

Lancée dans les années 80 à l’occasion d’une soirée historique à Port El Kantaoui en Tunisie, la lunette Vendôme de Cartier est mythique. Trente ans plus tard, les montures de luxe du célèbre joaillier-horloger font l’objet d’une réédition anniversaire. Folie précieuse numérotée en trente exemplaires, la version en or massif est gainée de cuir rouge. Il faut préciser que Cartier est l’une des rares Maisons à posséder sa propre manufacture-lunettes près de Paris.

Launched in the 1980s at a memorable evening in Port El Kantaoui in Tunisia, Cartier’s Vendôme sunglasses have achieved legendary status. Thirty years later, the famous jeweler-watchmakers’ luxury frames are being re-released in a special anniversary edition. In this limited series of thirty numbered pieces, solid gold is covered in red leather. Cartier is one of the few ‘Maisons’ to have its own eyewear production facility, located close to Paris. Edition limitée 2013 de Cartier www.cartier.com

D

Odilon Redon Papillons, 1910 © 2013, Digital image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

GoldenEye

De l’obscurité

à la lumière

La Fondation Beyeler présente à Bâle une précieuse exposition consacrée à la peinture d’Odilon Redon (1840-1916). Représentant majeur du symbolisme, cet artiste a produit une œuvre avant-gardiste à l’évolution stylistique singulière. En passant du noir hanté de ses fusains aux couleurs éclatantes des fleurs et de la nature, Odilon Redon a exploré par le rêve et la pensée une âme humaine faite de monstres obscurs et de créatures célestes. De toute beauté. The Fondation Beyeler is organizing an important exhibition of the paintings of Odilon Redon (1840-1916) in Basel. A leading representative of symbolism, the artist’s avant-garde works are distinguished by their unusual style. From the haunting black of his charcoal drawings to vibrant colors of flowers and nature, Odilon Redon used dreams and thoughts to explore a human soul of shadowy monsters and heavenly creatures. With beautiful results.

From February 2nd to May 18, 2014 www.fondationbeyeler.ch

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REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014


Our cardiologists employ modern methods to treat heart disease.

Our nursing staff tend to the personal needs and wishes of every patient.

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NEWS

a H

©Vincent Calmel

Métamorphose Après deux années de transformation radicale, c’est enfin l’heure de la réouverture. Inauguré le 21 décembre 2013, le nouveau Musée olympique sera méconnaissable. Une nouvelle structure a été pensée pour mieux accueillir ses 200 000 visiteurs annuels et le parc a été réaménagé façon campus. Mais le plus spectaculaire tient surtout à une muséographie 2.0, tout numérique, interactive, capable de raconter des histoires et de transmettre les émotions exceptionnelles dont les Jeux olympiques sont garants. After two years of extensive renovations, it’s finally time to reopen. The new Olympic Museum, to be inaugurated on December 21, 2013, will be almost unrecognizable - featuring a new structure, tailored to the needs of its 200,000 annual visitors, and a campus look for the park. However, the most spectacular change is a fully digital and interactive 2.0 museography, recounting stories and conveying those amazing emotions guaranteed with each Olympic Games. www.olympic.org

T

Tobacco

stories

Le cœur de Lausanne contient des trésors. Le magasin Tabac Besson situé en haut de la rue de Bourg en est un. Depuis plus de 50 ans cette boutique familiale satisfait les rêves de volutes des fumeurs les plus exigeants. Georges Simenon qui était un habitué s’y faisait livrer son tabac à pipe coupé sur mesure, Roger Moore y achetait ses cigares Davidoff n°2, et Peter Ustinov et bien d’autres personnalités ont contribué également à la riche histoire de cette enseigne unique en son genre. Premier magasin de la région à avoir une cave à cigares humidifiée, il présente plus de 600 références de cigares, des mélanges de tabacs maison, une collection de pipes fascinante et de nombreux accessoires étonnants. Mais le secret de son succès tient à son accueil si chaleureux que même les non-fumeurs ont plaisir à fréquenter ce cabinet de curiosités aux senteurs de voyage et d’aventure.

Happy Birthday 120 ans, ça se fête ! Pour célébrer cet âge honorable, l’Ecole hôtelière de Lausanne a choisi de mettre son patrimoine le plus précieux en avant : son réseau d’alumni. Organisé en «stamm», le réseau international des anciens élèves de l’EHL n’a rien à envier à celui des énarques ou des polytechniciens puisqu’il compte plus de 25 000 membres, dont un nombre considérable de dirigeants et de personnalités influentes de l’hôtellerie internationale, établis dans près de 120 pays. A la mi-octobre 2013, les «stamm» EHL du monde entier se sont relayés pour festoyer en fonction de leurs fuseaux horaires respectifs. Le tour du monde des commémorations a commencé à Sydney pour se terminer presque 48h après à San Francisco. Les anciens de Lausanne ont pour leur part choisi de se réunir à l’Hôtel d’Angleterre et Résidence où fut inaugurée leur école le 15 octobre 1893. 120 years, that’s worth celebrating! To mark the occasion, the Ecole Hôtelière de Lausanne decided to showcase the most precious aspect of its heritage: its alumni network. Organized in «Stamms», and with over 25,000 members in around 120 countries, including many managers and influential figures on the international hotel scene, the EHL’s international network of former students has no need to fear comparison with other prestigious schools or polytechnics. In the middle of October 2013, the EHL’s international «Stamm» network formed a virtual chain to celebrate the occasion as it reached their respective time zones. The world tour of commemorations began in Sydney and ended almost 48 hours later in San Francisco. In Lausanne, former students decided to meet up at the Hotel d’Angleterre et Résidence, where their school was inaugurated on October 15, 1893. www.ehl.edu

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REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014

Central Lausanne has a few treasures up its sleeves, one of which is the tobacconists Tabac Besson, located at the top of Rue de Bourg. For more than 50 years, this family-run shop has been fulfilling the pipe dreams of the most demanding smokers. Georges Simenon, who was a regular, used to get his pipe tobacco cut to order and delivered, Roger Moore used to buy his Davidoff no. 2 cigars here, and Peter Ustinov and many other famous faces also made a contribution to the rich history of this oneof-a-kind shop. The first outlet in the area to have a humidified cigar cellar, it stocks more than 600 different types of cigars, proprietary tobacco blends, a fascinating collection of pipes and countless amazing accessories. However, the secret of its success is that it provides such a warm welcome that even non-smokers enjoy stepping inside this cabinet of curiosities, with its aromas of travel and adventure. Tel. +41 21 312 67 88 // www.tabac-besson.ch


HORLOGERS • JOAILLIERS LAUSANNE

Centre-ville Place de la Palud 1 1003 Lausanne Tél. 021 312 68 86

Avenue de Chailly 5 1012 Lausanne Tél. 021 652 06 32

Arcades Beau-Rivage Palace Place Général-Guisan 1006 Lausanne Tél. 021 617 62 30

www.guillard.ch HORLOGERIE PARMIGIANI • CARTIER • CHOPARD • CHANEL • BULGARI • EBEL • HERMES • PORSCHE • MAURICE LACROIX MONTBLANC • LONGINES • LOUIS ERARD • FRÉDÉRIQUE CONSTANT • TISSOT • VICTORINOX BIJOUTERIE BULGARI • POMELLATO • DODO • CHOPARD • GELLNER • LOUIS GOLAY • STEFAN HAFNER • MATTIOLI VHERNIER • DI MODOLO • RIVOIR • SCHOEFFEL • NOS CRÉATIONS


A

NEWS

Aerolithe Les ateliers Parmigiani Fleurier viennent de créer une nouvelle illustration de leur partenariat avec la prestigieuse maison Bugatti: la Bugatti Aerolithe. Pour créer cette montre tout en rondeur aux lignes intrigantes, il a fallu retourner aux origines d’un mythique prototype de carrosserie automobile dessiné par Jean Bugatti en 1935. Cette voiture, jamais produite, présentait une arête dorsale singulière. En effet, élaborée dans un alliage de magnésium extrêmement inflammable, la carrosserie ne pouvait pas être soudée et dut être rivetée sur toute sa longueur. Cet obstacle technique donna naissance à un atout esthétique de taille, puisque l’Aerolithe est entrée au panthéon des voitures de légende grâce à ses courbes futuristes et à son design streamline (ou paquebot). Ce sont donc ces lignes caractéristiques que l’on retrouve sur les quatre cornes du boîtier de la Bugatti Aerolithe qui, avec son Bleu Abysses et son chronographe fly-back, rend hommage au passé tout en s’inscrivant puissamment dans son propre temps. Parmigiani Fleurier’s workshops have unveiled a new illustration of their famous partnership with the prestigious company Bugatti: the Bugatti Aerolithe. This completely round timepiece with intriguing lines is inspired by a legendary car body prototype designed by Jean Bugatti in 1935. This car, which was never actually produced, was distinguished by its unusual dorsal fin. Made from an extremely inflammable magnesium alloy, the body could not be soldered and so had to be riveted together over its entire length. This technical hurdle resulted in a significant esthetic feature, elevating the Aerolithe to legendary status with its futuristic curves and streamlined design. These distinctive lines are reflected in the four lugs of the Bugatti Aerolithe’s casing which, with its abyss blue color and flyback chronograph, pays tribute to the past while making a powerful statement in its own time.

g

Gentlemen’s club En octobre, le Beau-Rivage Palace a rendu une visite gastronomique au prestigieux Royal Automobile Club de Londres. Un menu représentatif du meilleur de la gastronomie helvétique a été élaboré par le chef Didier Schneiter et son équipe et proposé durant trois jours à la carte de «The Great Gallery», l’excellent restaurant du club centenaire. C’est le chef Raphaël Breton, accompagné de deux cuisiniers et du sommelier Thibaut Panas, qui a assuré à Londres le succès de l’opération. In October, the Beau-Rivage Palace made a gastronomic visit to the prestigious Royal Automobile Club in London. A menu showcasing the best of Swiss cuisine, created by chef Didier Schneiter and his team, was offered to diners over a period of three-days in the historic club’s excellent restaurant, «The Great Gallery». Chef Raphaël Breton, supported by two cooks and sommelier Thibaut Panas, ensured the success of the event in London.

V

www.royalautomobileclub.co.uk

www.parmigiani.ch

A very special place Construit sur les rives du lac de Neuchâtel, l’hôtel Palafitte ouvrait ses portes il y a plus de 10 ans. Ce petit bijou lacustre n’a cessé d’émerveiller ses hôtes toujours surpris de découvrir un hôtel aussi original en Suisse. Ses 24 pavillons construits sur pilotis, la beauté de son site rappelant les rives d’une île du Sud, et son charme particulier, ont contribué au succès de ce cinq-étoiles atypique. Aujourd’hui, l’établissement renouvelle ses aménagements intérieurs. La nouvelle décoration intérieure du restaurant, du bar et de la réception a été confiée au prestigieux designer anglais Stuart Wilsdon. Built on the banks of Lake Neuchâtel, the Palafitte Hotel welcomed its first guests over a decade ago. This little lakeside jewel never fails to surprise, with guests being constantly amazed to find such an unusual hotel in Switzerland. Its 24 pavilions, supported on stilts, together with its beautiful location, reminiscent to the banks of an exotic island, and its own special charm have contributed towards the success of this five star hotel like no other. The hotel is currently updating its interior design. Entrusted with the task of creating a new look for the restaurant, bar and reception area is the famous British designer Stuart Wilsdon. www.palafitte.ch

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REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014


La Montre des Présidents. NAUTICAL SEVENTIES VULCAIN TROPHY Edition Limitée Calibre Vulcain Cricket Manufacture V-10. Mouvement mécanique réveil à remontage manuel, équipé du système Exactomatic. Partenaire titre du Vulcain Trophy. www.vulcaintrophy.com www.vulcain-watches.com

Manufacture des Montres Vulcain SA – Chemin des Tourelles 4 – 2400 Le Locle – Switzerland – Tél. +41 32 930 80 10 – Fax +41 32 930 80 19 – info@vulcain-watches.ch


Haute Horlogerie

Des montres pou Il est des objets qui traversent les âges, sur lesquels les années passent sans laisser de traces. Parmi eux certaines montres, capables de durer toute une vie, et même plus. A tel point que d’aucuns ont la touchante opportunité de porter la montre de leur grand-père. Des modèles classiques, atemporels, mêlant à la fois élégance, technique et sophistication. Par Julie Mégevand et Michel Jeannot / WtheJournal.com

Poetic Hermès, avec son Arceau Le temps suspendu, réussit littéralement à suspendre le temps… sans pour autant arrêter le mouvement. Une fonction poétique activée à la demande. D’un seul clic, les aiguilles repartent et le temps reprend son cours. Hermès literally suspends time with its Arceau Time Suspended, but without stopping the movement. A poetic function activated on demand. With one click, the hands start again and time resumes. Hermès, Arceau Le temps suspendu.

Référence Chez Jaeger-LeCoultre, le

modèle Master Eight Days Perpetual 40 est un très élégant classique. Il s’agit du seul quantième perpétuel à remontage manuel à assurer une réserve de marche de huit jours, grâce à ses deux barillets. The Master Eight Days Perpetual 40 model from Jaeger-LeCoultre is an extremely elegant classic. It is the only manually wound perpetual calendar with an eight day power reserve, thanks to its twin barrels.

Jaeger-LeCoultre, Master Eight Days Perpetual 40.

Le temps à l’infini Icône Résolument masculine, la Tank MC squelette en palladium est la dernière-née de l’iconique collection Tank, née en 1917 chez Cartier. On notera le plaisir de réellement voir engrener les multiples rouages du mécanisme, magnifique spectacle miniature.

Perpetual Parmi les montres que l’on peut qualifier d’éternelles

figure sans conteste le modèle Moser Perpetual 1 or rose cadran fumé de la maison schaffhousoise H. Moser & Cie. Design épuré, classicisme totalement assumé. La subtilité des détails est ici poussée à l’extrême. One of those watches that can definitely be labelled eternal is the Moser Perpetual 1 rose gold smoked dial model from Schaffhausen firm H. Moser & Cie. With clean lines and complete classicism, this model takes subtlety of detail to the extreme

With its resolutely masculine edge, the Tank MC skeleton in palladium is the latest introduction to Cartier’s iconic 1917 Tank collection. Actually seeing the movements of the mechanism’s various components is like a magnificent miniature spectacle.

H. Moser & Cie, Moser Perpetual 1.

Cartier, Tank MC squelette en palladium.

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REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014


r dire toujours Forever watches Manufacturers of fine timepieces are dipping into a world of color. From blue to purple, orange and yellow… some vibrant shades are set to adorn our wrists. We take a look at some of the most colorful watches of 2013. Will you dare to wear color this season ?

Record Avec sa fonction répétition

minutes - l’une des complications les plus difficiles à maîtriser – et son double record mondial de finesse, pour le mouvement et pour la montre - la Patrimony Contemporaine ultra-plate calibre 1731 marquera son temps, c’est certain.

Like a treasure La nouvelle Calatrava référence 5227 de Patek Philippe présente, à la manière des anciennes montres de poche, un couvercle à charnière. Une fois ouvert, il laisse admirer son mouvement automatique de manufacture, gardé comme un trésor.

With its minute repeater function (one of the most difficult complications to perfect) and its twin world record for thinness (for the movement and for the watch), the Patrimony Contemporaine ultra-thin calibre 1731 is definitely one to watch.

Like the old pocket watches, the new Calatrava Ref. 5227 from Patek Philippe features a hinged cover. Once open, you can only admire its automatic manufacture movement, guarded like a treasure.

Vacheron Constantin, Patrimony Contemporaine ultra-plate calibre 1731.

Patek Philippe, Calatrava référence 5227.

From father to son Legendary Le modèle Oyster

Perpetual Cosmograph Daytona de Rolex, aussi iconique que légendaire, célèbre en 2013 ses 50 ans. Pour l’occasion, l’icône se pare de platine 950, le plus noble des métaux précieux. The Oyster Perpetual Cosmograph Daytona model from Rolex, which is as iconic as it is legendary, is celebrating its 50th anniversary in 2013. To mark the occasion, the icon has been adorned with 950 platinum, the noblest of precious metals.

TAG Heuer, Carrera Calibre 1887 Jack Heuer Chronographe.

Power TAG Heuer, avec son modèle Carrera Calibre 1887 Jack Heuer Chronographe, rend hommage au président d’honneur et petit-fils du fondateur de la marque. Une montre puissante, au design fort, inspirée par la Formule 1 et l’aéronautique. Rolex, Oyster Perpetual Cosmograph Daytona.

With its Carrera Calibre 1887 Jack Heuer Chronograph model, TAG Heuer is paying homage to the honorary chairman and grandson of the founder of the brand. A powerful watch with a strong design, inspired by Formula 1 and aeronautics. REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014

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Libres Des diamants dansant en liberté quelques millimètres

au-dessus du cadran, il fallait oser. Chopard l’a fait en 1993 en lançant la montre Happy Sport. Pour les 20 ans de cette collection à succès, la maison en fait une élégante version mécanique, Happy Sport Medium Automatic.

Hublot, Classic Fusion Haute Joaillerie «one million dollars».

Diamonds dancing freely a few millimetres above the dial – somebody had to take the risk, and Chopard did precisely that in 1993 with the launch of the Happy Sport watch. To mark the 20th anniversary of this successful collection, the house has produced an elegant mechanical version called the Happy Sport Medium Automatic.

Millionnaire Quatre mois de travail sont nécessaires aux sertisseurs pour réaliser la Classic Fusion Haute Joaillerie One million dollars de Hublot. 1185 diamants baguette, pas un de moins, viennent orner ce modèle de tous les superlatifs.s. It took the setters four months of work to produce the Classic Fusion Haute Joaillerie One Million Dollars from Hublot. No fewer than 1,185 baguette-cut diamonds adorn this superlative model.

Eternal Love Inner beauty Ce modèle Altiplano

Squelette automatique de Piaget éblouit par son calibre 1200D, dont même la platine et les pièces fonctionnelles ont été serties. Ce mouvement, le plus plat au monde de sa catégorie, est serti de 259 diamants taille brillant et de 11 cabochons de saphir noir.

Chopard, Happy Sport Medium Automatic.

This automatic Altiplano Skeleton model from Piaget boasts a dazzling 1200D calibre, into which even the platinum and functional parts have been set. This movement, which is the world’s flattest in its class, is set with 259 brilliant-cut diamonds and 11 black sapphire cabochons.

Piaget, Altiplano Squelette serti automatique.

Breguet, haute hoaillerie «Le Temple de l’Amour».

Romantic «Devant les fenêtres de la Chambre de la Reine, sur un îlot formé par deux bras de rivière, repose le Temple de l’Amour», tel est le début de la notice de ce bijou étincelant. Entièrement réalisé en or blanc, ce modèle de Breguet est pavé de 495 diamants, et son cadran est décoré de nacre naturelle blanche perlée. «Just in front of the windows of the Queen’s Chamber, on a small island formed by two river branches, stands the Temple of Love» is how the notice for this glittering piece of jewellery begins. Made entirely out of white gold, this model from Breguet is set with 495 diamonds, and its dial features natural white mother-of-pearl.

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Haute Horlogerie Lunar Cette année, la Speedmaster d’Omega s’habille entièrement de céramique noire. Le fond de la boîte est gravé de l’inscription «The dark side of the moon», magnifique clin d’œil à l’héritage Speedmaster ayant accompagné les premiers pas de l’homme sur la Lune.

Girard-Perregaux, Girard-Perregaux 1966 Lady 38 mm.

This season, Omega’s Speedmaster is wearing nothing but black ceramic. The underside of the case is engraved with the inscription «The dark side of the moon», hinting at Speedmaster’s heritage in accompanying man’s first steps on the moon. Omega, Speedmaster en céramique noire.

Mystérieuse

Diamants et nacre s’enlacent et se partagent la vedette sur le cadran de la Girard-Perregaux 1966 Lady 38 mm. Ce modèle or rose serti mêle élégance, sophistication et originalité grâce notamment à la couleur de son cadran, ajoutant une part de mystère. Diamonds and mother-of-pearl intertwine and share the spotlight on the dial of the Girard-Perregaux 1966 Lady 38 mm. This set rose gold model combines elegance, sophistication and originality due, in particular, to the colour of its dial, which adds a hint of mystery.

Dark is beautiful De Bethune, DB28 black matte.

Essentielle Avec sa Tonda 1950, Parmigiani Fleurier propose une montre extra-

plate alliant sobriété et distinction. Sa beauté essentielle appelle les hommes autant que les femmes et défie le temps en se prêtant à tous les instants, formels ou informels. The Tonda 1950 from Parmigiani Fleurier is an ultra-thin watch combining restraint and distinction. Its essential beauty appeals to men as well as women, and challenges time by lending itself to both formal and informal occasions.

Futuristic Design très fort et contemporain pour la DB28 black matte de chez De

Bethune qui pourtant s’inspire des pièces à gousset de l’époque. Sublime profondeur du noir du zirconium et légèreté des matériaux marient technologie et esthétique à la perfection. Extremely strong and contemporary design for the DB28 black matte from De Bethune, despite the fact that it takes its inspiration from period fob watches. The sublime depth of the black of the zirconium and the lightness of the materials is a perfect marriage of technology and aesthetics.

Parmigiani Fleurier, Tonda 1950 or rose graphite.

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Culture

Olivier Saudan

Le voyage à

Fortuny

La carrière d’un artiste est une odyssée. Jalonnée de guerres, de luttes, de victoires aussi, la route est mouvementée, mais elle présente des étapes merveilleuses dont on ne sort pas indemne. La peinture d’Olivier Saudan est de ces quêtes initiatiques, un voyage avec escales dont la destination est soi-même. Texte Leila Klouche / Photos Vanina Moreillon

D

ans l’atelier de l’artiste, un désordre pittoresque compose un espace tout en volumes. Une belle lumière habite les lieux. Les traces de peinture, les pinceaux à tremper, les images épinglées et les outils pêle-mêle attestent d’une activité artistique soutenue. Les bâches sont là, 25 rouleaux empilés sur le sol. Même enroulées, elles sont belles. Leurs couleurs franches faites de rayures, leur texture épaisse rappelant des voiles de bateau et leur taille imposante, forcent la curiosité. Elles sont prêtes, elles attendent d’être montrées; elles sont les 25 peintures de Palazzo Fortuny, dernière étape en date de l’œuvre d’Olivier Saudan. Pour parler de Fortuny, le peintre vaudois revient aux débuts de sa carrière, quand il «peignait des chaises», comme il dit. Selon son commissaire d’exposition et ami Nicolas Raboud, Olivier Saudan est un figuratif abstrait. «Je peins ce que je vois, explique le peintre. Les images ne sont pas dans ma tête, elles sont bien réelles.» Et comme il peut tout peindre, il ne se limite pas. Depuis la fin des années 1970, l’artiste romand est l’un des plus prolifiques de sa génération. Ses sujets semblent des prétextes à la peinture. Mais prétexte ou pas, en devenant des tableaux, ses objets (des chaises notamment) quittent leur identité ordinaire pour permettre l’acte vital, le geste essentiel: peindre. Un jour, il trouve un tourniquet de cartes postales dans une brocante. Ce sont des photos de paysages.

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Il les peint toutes, Oran, le port et Ekmul, Napoli panorama… sans jamais y avoir mis les pieds. «Les gens pensaient que je voyageais beaucoup. En réalité je suis incapable de voyager seul, ni même d’acheter un billet d’avion!» Olivier Saudan est un angoissé mais pour la peinture il ne manque jamais de courage. La mise en danger est un moteur, il faut sans cesse repousser les limites de la création. Et s’il faut sortir de l’atelier et quitter son clan pour cela, alors, qu’il en soit ainsi! C’est un projet qu’il soumet au jury du Prix FEMS de la Fondation Edouard & Maurice Sandoz en 2007, sur le thème «Nature», qui va lui donner l’occasion de se mettre à l’épreuve. Il se met au défi d’entreprendre six voyages pour se confronter à la réalité. Lorsqu’il remporte le prestigieux prix, il ne sait plus si c’est la meilleure ou la pire chose qui lui soit arrivée. Il est tétanisé. Au final, il ne partira pas seul, mais il partira pour de vrai. Le Japon d’abord puis l’Islande, l’Ecosse, New York, le Maroc et enfin la montagne Sainte-Victoire en Pays d’Aix seront les destinations d’un exploit personnel radical et d’un projet artistique fort. «Ces voyages ont changé ma vie, déclaret-il, et aujourd’hui ils sont devenus une nécessité.» En 2011, lors d’un séjour à Venise pour la Biennale, un ami lui recommande un musée, le Palazzo Fortuny. Cet endroit abrite la collection fascinante d’un artiste, humaniste, artisan et grand commerçant du début du XXe siècle, Mariano Fortuny. Tra, the Edge of Becoming, l’exposition qu’Olivier Saudan y découvre


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est une merveille d’intelligence. Elle offre exactement ce qu’il attend d’un musée: une ouverture au monde. Des objets et des œuvres de différentes périodes et de genres divers se côtoient en une cohérence joyeuse et pertinente. Il est subjugué par cette muséographie universelle ainsi que par l’outil donné au visiteur pour le guider à travers l’exposition. Un fascicule qui figure les silhouettes des vues des 25 murs du musée. «C’était d’une telle clarté, se souvient-il, qu’en sortant avec le guide en poche, j’ai su que j’avais une mission: peindre Fortuny.» Dès son retour de Venise, Olivier Saudan peint avec ferveur ces «paysages intérieurs» sur 25 bâches monumentales de 3 mètres sur 5: «La bâche rend hommage aux tissus de Mariano Fortuny, et la taille provient du fait que pour la première fois de ma vie, j’ai pressenti l’importance de ce que j’étais en train de réaliser.» Cette sensation d’un moment majeur dans sa carrière ne le quitte pas et s’accompagne d’une envie de montrer son travail; créer une exposition qui le mettrait en lumière. Hélas, trouver un endroit qui soit capable de contenir une telle longueur de toiles (125 mètres!) est une aventure dont le peintre n’a pas fini de compter les impasses. Mais la peinture l’emporte toujours sur les contraintes terrestres. Deux ans exactement après la révélation à Venise, l’exposition Palazzo Fortuny est montrée dans la nef de l’église Saint-François à Lausanne, grâce au Musée d’art de Pully. C’est une version sur mesure, adaptée à ce lieu sans cimaise, qui donne vie à Fortuny sans lui enlever de sa grandeur. Huit peintures étaient suspendues au-dessus des visiteurs, les forçant à lever la tête, telles des bannières clamant leur acte de foi. Par la force de Fortuny, et du projet FEMS avant lui, une barrière s’est levée. La rencontre avec le paysage réel, puis la révélation des «paysages intérieurs», lui apportent une liberté nouvelle, celle de voyager mais aussi celle de reprendre «ses chaises» avec cohérence. D’ailleurs, dans l’atelier du peintre est accrochée une 26e bâche, elle figure une vue du mur qui la soutient et de la chaise sur laquelle le peintre est assis. Good bye Fortuny! www.olivier-saudan.ch

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«J'ai su que j'avais une mission: peindre Fortuny»

Les 25 bâches de Fortuny, et une 26e suspendue au mur de l’atelier.


Culture

In order to speak about Fortuny, the Vaud painter has to go back to the early days of his career when, to use his own words, he «painted chairs». According to his exhibition curator and good friend Nicolas Raboud, Olivier Saudan is an abstract representational artist. «I paint what I see,» the painter explains. «The images aren’t in my head, they are quite real.» The fact that he can paint everything means that he isn’t limited. Since the late 1970s, this French-speaking Swiss artist has been one of the most prolific of his generation. His subjects appear to be excuses to paint. Excuse or not, by becoming pictures, his objects (particularly chairs) leave behind their ordinary identity to enable the vital act and essential reflex that is painting. One day, he discovered a revolving stand of postcards at a second-hand market. They featured photos of landscapes. He painted them all, from the Port of Oran and Ekmul to a Neopolitan panorama, without ever having set foot in any of these places. «People used to think that I was well travelled, but in reality I’m not capable of travelling by myself. I can’t even buy a plane ticket on my own!» Olivier Saudan is plagued

The Journey to Fortuny An artist’s career is an odyssey punctuated with wars, battles, and victories too. The road is not always smooth, but it does feature wonderful stopping points which leave their mark. Olivier Saudan’s painting is like one of those initiatory quests: a journey with stopping points along the way, where the destination is oneself. Text Leila Klouche / Photos Vanina Moreillon with anxiety, but he never lacks courage when it comes to his painting. Putting himself in risky situations spurs him on constantly to push the boundaries of creativity, and if he has to leave the studio and his friends and family behind in the process, then so be it! It was a project he submitted in 2007 for the consideration of the judging panel of the FEMS Prize, awarded by the Edouard & Maurice Sandoz Foundation, on the theme of «Nature», which was to give him the opportunity to put himself to the test. He set himself the challenge of undertaking six journeys in order to confront reality. When he won the prestigious prize, he didn’t know whether it was the best or worst thing that had ever happened to him. He was terrified about the whole thing. At the end of the day, he wouldn’t be going by himself, but he would be going for real this time. Japan, followed by Iceland, Scotland, New York, Morocco and, finally, Sainte-Victoire’s Mountain in Pays d’Aix were to be his destinations in this radical personal feat and strong artistic project. «Those journeys changed my life,» he admits, «and today they have become a necessity.» In 2011, during a stay in Venice for the Biennial, a friend recommended a museum to him: Palazzo Fortuny. This building houses the fascinating collection of Mariano Fortuny, an early 20th Century artist, humanist, craftsman and merchant. Tra, the Edge of Becoming, the exhibition which Olivier Saudan saw there, was a marvel of intelligence. It offered exactly what he expected from a museum, namely an open vision of the world. Objects and works from different periods and genres sat comfortably side by side. He was captivated by this universal museography and by the tool provided to visitors to guide them around the exhibition: a booklet featuring views of the museum’s 25 walls in silhouette form. «I was so struck by the clarity,» he remembers, «that when I left with the guide in my pocket, I knew exactly what my mission was: to paint Fortuny.» As soon as he returned from Venice, Olivier Saudan fervently set about painting these «interior landscapes» on 25 vast canvas sheets measuring 3 x 5 metres. «The canvas sheet pays homage to Mariano Fortuny’s fabrics, and the size comes from the fact that, for the first time in my life, I had a sense of the

©G.Saudan

B

athed in light, the artist’s spacious studio is a study in picturesque chaos. Traces of paint, brushes soaking, images pinned to the walls and tools all over the place are evidence of sustained artistic activity. There are the canvas sheets. The 25 rolls are in a pile on the floor. Even rolled up they are beautiful. Their bold colours made up of stripes, their thick texture recalling boat sails, and their imposing size inspire curiosity. Ready and waiting to be shown, these are the 25 paintings of Palazzo Fortuny, the latest stopping point in the work of Olivier Saudan.

A view of Palazzo Fortuny in the Saint-François church in Lausanne.

scale of what I was doing.» This feeling that it was a key moment in his career remained with him, and gave him the desire to display his work by staging an exhibition which would showcase it. Unfortunately, finding a venue capable of displaying canvasses of that length (125 metres!) was something of a frustrating feat for the painter. However, art always prevails over earthly constraints. Exactly two years after the revelation in Venice, the Palazzo Fortuny exhibition went on display in the nave of the Church of Saint-François in Lausanne, thanks to Pully Art Museum, in a version tailored for this picture railfree space, giving life to Fortuny but without robbing it of its grandeur. Eight paintings were suspended above visitors, forcing them to tilt their heads back, like banners declaring their act of faith. Due to the power of Fortuny, and the FEMS project before it, a barrier has come down. The encounter with the real landscape, followed by the revelation of the «interior landscapes» have given the painter a new freedom to travel, but also to go back to painting «his chairs» coherently. Incidentally, a 26th canvas sheet hangs in his studio. It depicts a scene of the wall supporting it and the chair on which the painter is sitting. Goodbye Fortuny! www.olivier-saudan.ch

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ECONOMY

La Banque Landolt & Cie SA prend

une nouvelle dimension Depuis le début de l'année, l'établissement bancaire vaudois s'est transformé en société anonyme. En juillet dernier, il a fusionné avec la filiale suisse de Banque Degroof Luxembourg. Son président Pierre Landolt analyse les conséquences de cette évolution stratégique. Texte Daniel Eskenazi partenaire, nous pourrons offrir à nos clients des services de gestion institutionnelle, de financement aux entreprises et des fonds de placement. Nous saisissons la chance de pouvoir cibler les entrepreneurs qui sont les vrais créateurs de valeurs aujourd'hui. Les métiers que nous acquérons complètent parfaitement nos activités de gestion privée traditionnelle», se réjouit-il. De surcroît, la Banque Landolt & Cie peut compter sur le réseau des clients de Banque Degroof en Espagne, en France, en Belgique et au Luxembourg pour développer la vente croisée, soit proposer des produits supplémentaires.

«C

e n'est pas une page de l'histoire de Landolt & Cie qui se tourne, mais celle d'un livre», relève Pierre Landolt, président du conseil d’administration de la banque. Pour ce dernier, la transformation de la société en commandite en société anonyme a été décidée au niveau des associés, unilatéralement et avec effet au 1er janvier 2013. Les changements amorcés chez d'autres banquiers privés genevois n'ont rien à voir avec la voie prise par l'établissement fondé en 1780. «Notre évolution résulte des décisions stratégiques qui concernent en particulier le positionnement futur de notre banque et son modèle d'affaires. Elle se concrétise par l’intégration de la filiale suisse de Banque Degroof Luxembourg. Ce partenariat stratégique nous permet de coopérer avec une banque européenne, son réseau d’affaires et ses compétences propres. Désormais, nous nous concentrons sur la croissance de nos activités», souligne le président.

Transmission de valeurs Le rapprochement des deux groupes a été facilité en raison de la structure familiale commune aux deux banques. L'ensemble des collaborateurs de Degroof a été accueilli dans les bureaux de Landolt & Cie à Genève et Lausanne dès fin mai. Selon Pierre Landolt, la fusion s'est réalisée très rapidement. «Après avoir intégré des employés, nous devons marier nos cultures et assimiler de nouveaux clients. Ce processus est aisé, car les collaborateurs partagent des valeurs similaires», relève-t-il. Désormais, il compte

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Débouchés au Moyen-Orient En dehors de l'Europe, la Banque Landolt & Cie compte développer ses activités au Moyen-Orient. Dans un premier temps, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis seront privilégiés. «La clientèle de ces régions est intéressée par notre pays. Il est donc naturel que nous puissions répondre à leur demande», estime l'entrepreneur. A côté des activités purement bancaires, la banque lausannoise fête cette année les cinq ans de sa chaire «Stratégies innovatrices pour un futur durable» au sein de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), dont

«L'éthique, l'innovation et l'investissement sur le long terme» consacrer une partie de son temps à transmettre aux équipes les valeurs qu'il défend dans ses propres activités d'entrepreneur: «La culture d'entreprise est un sujet qui me tient tout particulièrement à cœur. Elle passe par l'éthique, l'innovation et l'investissement sur le long terme.» Au niveau opérationnel, la fusion des deux établissements en juillet dernier offre plusieurs avantages. D'une part, elle permet de développer les affaires et d’étendre l’influence de l'établissement bancaire lausannois en dehors de Suisse. D'autre part, ce dernier acquiert des compétences nouvelles. «Grâce à notre

elle assure le financement. Pour le président de la banque, entre les activités bancaires et le financement de cette chaire, le point commun est la transmission du patrimoine : «Contrairement à d'autres entreprises, nous ne visons pas un retour immédiat sur notre investissement. C'est bien plus un moyen d'inviter des professeurs qui viennent transmettre des connaissances liées au développement durable. Le fait de pouvoir associer notre nom à l'enseignement de savoirs et l'organisation de conférences pour la nouvelle génération permet de nous différencier», conclut-il.


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Banque Landolt & Cie takes on

a new dimension The Vaud bank merged with the Swiss subsidiary of Banque Degroof Luxembourg in July. At the beginning of the year, it became a limited company. Its chairman, Pierre Landolt, looks at the impacts of this strategic development. Text Daniel Eskenazi

«L

andolt isn’t turning a page in its history, it’s simply turning a page of a book,» points out Pierre Landolt, chairman of the board of directors of Banque Landolt & Cie. Its transformation from a limited partnership to a limited company was decided unilaterally by the partners, with effect from the 1st of January 2013. The changes initiated in other Genevan private banks have nothing to do with the direction taken by the establishment founded back in 1780. «Our development is down to strategic decisions which relate, in particular, to the future positioning of our bank and its business model. The result is the integration of the Swiss subsidiary of Banque Degroof Luxembourg. This strategic partnership is enabling us to cooperate

with a European bank, its business network and its core competences. From this point on, we will focus on growing our activities,» stresses the chairman. Imparting values The alignment of the two groups has been made easier by both banks having a family structure. All of Degroof’s employees joined Landolt & Cie’s offices in Geneva and Lausanne from the end of May onwards. According to Pierre Landolt, the merger has taken place very quickly. «After having integrated the employees, we have to marry our cultures and integrate new clients. This process is easy, because the employees share similar values,» he explains. He is now intending to spend some of his time imparting the values he upholds in his own entrepreneurial activities to the employees. «Corporate culture is a subject which is particularly close to my heart. It involves ethics, innovation and long-term investment.» Operationally, July’s merger between the two establishments offers several advantages. On the one hand, it enables the Lausanne bank’s business to develop and its influence to extend beyond Switzerland. On the other hand, the bank is gaining new competences. «Thanks to our partner, we will be able to offer our clients institutional management, business financing and investment fund services. We are seiz-

ing the opportunity to be able to target entrepreneurs who are the real value creators today. The business areas we are acquiring dovetail perfectly with our traditional private management activities,» he explains with clear delight. What’s more, Banque Landolt & Cie can rely on Banque Degroof’s network of clients in Spain, France, Belgium and Luxembourg to develop cross-selling, i.e. offering additional products. Outlets in the Middle East Outside of Europe, Banque Landolt & Cie is intending to grow its activities in the Middle East. Saudi Arabia and the United Arab Emirates will be first on the list. «Clients in these regions are interested in our country, so it is natural for us to fulfil their requirements,» he continues. Alongside its purely banking activities, this year the Lausanne bank is celebrating the fifth anniversary of its «Innovative Strategies for a Sustainable Future» chair at the Swiss Federal Institute of Technology in Lausanne (EPFL), which it funds. As far as the bank’s chairman is concerned, passing on heritage is what banking activities and funding this chair have in common. «Unlike other companies, we are not looking for a short-term return on our investment. It’s more a way of inviting lecturers to come and share their knowledge about sustainable development. Being able to associate our name with teaching know-how and organising lectures for the new generation enables us to stand out,» he concludes.

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Projet Rivages

Entre navigation

et recherche

Collecter des données sur les paramètres physico-chimiques de l’eau de mer dans les océans les moins fréquentés de la planète est un des volets du projet RIVAGES. Mené par Bernard Stamm et la Fondation de Famille Sandoz, en collaboration avec l’EPFL, il vise à mieux comprendre les écosystèmes marins. Texte Vincent Gillioz / Photos ThMatinez

S

i le navigateur suisse Bernard Stamm n’a pas réalisé la performance sportive qu’il escomptait lors du dernier Vendée Globe – le tour du monde à la voile en solitaire sans escale et sans assistance –, il a en revanche démontré que la course au large pouvait se mettre au service de la science. Un des volets du projet RIVAGES, mené avec la Fondation de Famille Sandoz, par ailleurs armateur de son voilier, visait en effet à utiliser le bateau comme vecteur de collecte de données scientifiques.

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Une histoire d’hommes Comme dans tous projets, RIVAGES est avant tout une histoire d’hommes : un marin, un constructeur et un financier. Pierre Landolt, président de la Fondation de Famille Sandoz, Bertrand Cardis, directeur du chantier Décision, et Bernard Stamm, le régatier suisse qui parcourt les océans depuis plus de quinze ans, ont ensemble imaginé et développé RIVAGES, en projetant une nouvelle approche de la course au large. «Je m’intéresse à la mer avant la compétition», déclare volontiers le navigateur qui reconnaît avoir initié cette idée. «C’est pour cette raison que j’ai souhaité qu’on aille plus loin que la construction d’un bateau pour le Vendée Globe. Le parcours de l’épreuve est en dehors de toutes les routes maritimes, et ça représente une réelle opportunité pour un projet de recherche». Du côté de la Fondation de Famille Sandoz, on considère la dimension écoresponsable comme incontournable. Ces préoccupations se sont donc naturellement retrouvées pour donner naissance au projet RIVAGES. Bertrand Cardis, qui cultive l’excellence depuis toujours en construisant les voiliers de courses les plus performants et réputés du monde, n’a pu qu’adhérer et relever le défi. Océanopolis, le centre de culture scientifique et technique de la mer situé à Brest, a été ensuite intégré

au projet, et a mis en place le cahier des charges des recherches pour les aspects liés à l’eau. L’EPFL (l’Ecole polytechnique de Lausanne) s’est de son côté chargée de développer les outils adéquats pour acquérir les données dans un contexte aussi particulier que celui d’un voilier de course. La question de l’amélioration des systèmes énergétiques et de navigation a également fait partie des projets de recherches de plusieurs laboratoires de l’école. Contraintes complexes «Pour bien comprendre les enjeux, il faut essayer d'imaginer une Forumle 1 équipée d’un mini-laboratoire de recherche», explique encore Bernard Stamm qui maîtrise parfaitement son dossier. C’est forcément une contrainte pour la performance, et il faut donc minimiser celle-ci, pour ne pas péjorer l’aspect sportif qui reste quand même la base de l'exercice.» Les ingénieurs et doctorant ont donc planché, pour tenir compte autant des besoins des scientifiques que ceux du skipper. Ils ont ainsi développé le Minilab, un boîtier très léger, capable d’analyser jusqu’à sept paramètres physico-chimiques de l’eau chaque heure. Des difficultés, comme la collecte des échantillons, ont notamment dû être relevées. Un voilier qui évolue à trente nœuds sur une mer démontée n’est en effet pas l’outil idéal pour récupérer de l’eau, même si on pourrait facilement penser le contraire.


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scientifique Un navigateur au long cours Bernard Stamm est un coureur au large d’origine suisse (VD), Breton d’adoption. Né en 1963, il a d’abord été bûcheron, puis marin sur des cargos, avant de se lancer dans la compétition. Il a participé à la Mini Transat en 1995 et a terminé troisième. Il a ensuite construit de ses propres mains son voilier de 60 pieds, pour s’aligner au Vendée Globe en 2000. Il ne s’est plus arrêté de naviguer depuis. Malgré plusieurs fortunes de mer aux cours de sa carrière, il s’est illustré deux fois sur le tour du monde en solitaire avec escales. Le Vendée Globe, qui se dispute sans escale, reste encore son Graal.

Une conférence sur le Projet Rivages, organisée par la Chaire Landolt & Cie SA «Innovation pour un futur durable», a été donnée à L’EPFL en octobre, en présence du navigateur.

«Si nous avons pu aller aussi loin dans le détail, c’est parce qu’on a décidé d’intégrer le projet au moment de la conception du bateau. Il serait par exemple impensable d’installer une prise d’eau sur la quille d’un voilier déjà construit. Nous avons pu le faire car c’était dans le cahier des charges, et donc sur les plans au moment d’attaquer la construction.» Des données de qualité Ainsi, au final, même si Bernard Stamm a terminé le Vendée Globe hors course, suite à des problèmes d’énergies, les données collectées ont présenté un intérêt notable, véritablement utile à la communauté scientifique. Pour les initiateurs de RIVAGES, cette aventure n’est qu’une étape qui a permis de valider la possibilité de réaliser ce type de mesures, dans un environnement extrêmement contraignant. Le skipper suisse conclut d’ailleurs volontiers en espérant que tous les concurrents puissent être équipés d’un Minilab à terme. «La question de l’environnement revient à chaque Vendée Globe. Ça pourrait être un moyen intéressant d’y répondre. Pour ma part, je poursuis ce qui a été commencé sur la suite de mon programme de course. Il n’est pas dans mes habitudes d’abandonner en cours de route.»

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CHALLENGE

RIVAGES

Sailing hand in hand with scientific research

explains Bernard Stamm, who knows what he’s talking about. «It inevitably hinders performance, and so this needs to be minimised in order not to affect the sporting aspect which, after all, is the point of the exercise.» The engineers and PhD students had their work cut out trying to take into account what both the scientists and the skipper needed. What they came up with was the Minilab, a very light case capable of analysing up to seven physical and chemical parameters of water per hour. Various difficulties, notably how to collect samples, had to be overcome. Indeed, a yacht travelling at a speed of thirty knots in raging A conference, organised by Chaire Landolt & Cie SA «Innovations for a sustainable future» was given at the EPFL in October, attended by Bernard Stamm.

Collecting data about the physical and chemical parameters of sea water in the planet’s least frequented oceans is just one part of the RIVAGES project. Headed up by Bernard Stamm and the Sandoz Family Association, working with EPFL, the aim is to gain a better understanding of marine ecosystems. Text Vincent Gillioz / Photos ThMatinez

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lthough Swiss sailor Bernard Stamm did not achieve the sporting performance he was hoping for at the last Vendée Globe (round-the-world nonstop solo unassisted yacht race), he did succeed in demonstrating that ocean racing could support science. Indeed, one part of the RIVAGES project, carried out with the Sandoz Family Foundation, which also owns the yacht, was to use the vessel to collect scientific data. People power As with all projects, RIVAGES is primarily about people: a sailor, a builder and a financier. Pierre Landolt, chairman of the Sandoz Family Foundation, Bertrand Cardis, manager of the Décision boatyard, and Bernard Stamm, the Swiss racer who has been sailing the oceans for over fifteen years, devised and developed RIVAGES together, planning a new approach to ocean racing. «I am more interested in the sea than in competition,» admits Bernard Stamm, the sailor who came up with the idea. «That’s why I wanted us to go further than just building a boat for the Vendée Globe. The course is nowhere near any shipping routes, which represents a real opportunity for a research project.» As far as the Sandoz Family Foundation was concerned, the eco-friendly dimension was key. These interests naturally converged, resulting in the

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Deep sea sailor

seas is not the ideal instrument for collecting water, though you would Bernard Stamm is a Swiss ocean racer from Vaud who has be forgiven for thinking otherwise. made his home in Brittany. Born in 1963, he started out as a «The fact that we were able to lumberjack, then worked on cargo ships before entering the go into such detail is because we world of competition. He took part in the 1995 Mini Transat, decided to incorporate the project finishing third. Next, he built his 60 foot yacht with his own at the design stage of the vessel. hands so that he could line up for the Vendée Globe in 2000. It would be unthinkable, for examDespite several mishaps at sea during his career, he has ple, to install a water intake on the achieved good results twice in the round-the-world non-stop keel of a yacht which had already solo race. The non-stop Vendée Globe is still his holy grail. been built. We were able to do it because it was in the specificaRIVAGES project. Bertrand Cardis, whose watch- tions, and therefore part of the plans when construcword is excellence and who is renowned throughout tion began.» the world for building the best-performing racing yachts, endorsed the project wholeheartedly and Quality data Ultimately, even though Bernard Stamm was distook up the challenge. qualified from the Vendée Globe following power Océanopolis, the Brest-based Centre for the Scien- problems, the data collected were of significant tific and Technical Culture of the Sea, was next to interest and genuinely useful to the scientific comjoin the project, and provided the research specifica- munity. For those behind RIVAGES, this venture has tions for the water-related aspects. For its part, EPFL simply proved that it is possible to take these kinds (Swiss Federal Institute of Technology in Lausanne) of measurements in an extremely restrictive environtook on the tricky role of developing the appropriate ment. The Swiss skipper says that he hopes that data collection tools for a racing yacht. Several of the all competitors will be fitted with a Minilab in the institute’s laboratories also carried out research into future. «The issue of the environment comes up at every Vendée Globe, and this could be a worthwhile improving the power and navigation systems. response. As far as I am concerned, I am continuing what we started in the rest of my race programme. Complex constraints «To fully understand the challenges, try to imagine a I’m not a quitter.» Formula 1 car fitted with a mini research laboratory,»


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événement

Ladurée, célèbre fabricant de douceurs et Laurent-Perrier, prestigieux nom de Champagne se sont associés au BeauRivage Palace pour fêter leur rentrée institutionnelle. L’occasion pour ces trois grandes maisons de remercier leurs partenaires en leur offrant une balade féérique sur le lac Léman. Par Leila Klouche / Photos Vanina Moreillon et Anthony Demierre

Un cocktail François Dussart et Le Pr Marc Levivier et son épouse.

Une foule élégante se presse sur les quais d’Ouchy. En effet, 150 convives ont répondu présents à l’invitation des trois institutions d’excellence. Un studio photo accueille les invités ravis de poser entre collègues et associés avant d’embarquer sur le «Montreux», le plus luxueux et le plus ancien des vapeurs Belle Epoque du lac. Dans les magnifiques salons boisés du bateau, l’éclairage est chaleureux, la musique live entraînante et les petits fours délicieux. Il est 18h30, la croisière peut commencer.

Thomas Hartleyb, EHL et Christian Schmed, Laurent Perrier

The CIO team

The EGG Plus team

An elegant crowd thronged onto the quays in Ouchy. 150 guests had accepted the invitation issued by three prestigious institutions. A photo studio welcomed the Madame et Monsieur Mancassola, Editions Mancassola, guests, who happily posed for group phoMadame Deborah Kuettemann, Way Beyond Communications tos with colleagues and partners before boarding the «Montreux», the most luxurious and oldest of the Belle Epoque steamboats operating on the Lake. In the boat’s magnificent wood-paneled lounges, the lighting is warm, the live music invigorating and the petits fours delicious. It’s 6.30 pm, let the cruise commence.

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Ladurée, the famous producer of sweet treats, and Laurent-Perrier, the prestigious Champagne brand, came together with the BeauRivage Palace to celebrate the end of summer. An ideal opportunity for these three great brands to thank their partners by taking them on a magical boat trip around Lake Geneva. By Leila Klouche Photos Vanina Moreillon

The Beau-Rivage Palace celebrates fall Monsieur et Madame Michel et Arlette Walther, Clinique La Source

au fil de l’eau Tanja Dubas, Lausanne Tourisme et Andreas Banholzer, Office du Tourisme Canton de Vaud

Alaska Crab and guacamole with Espelette pepper, tartare of trout from the lake and crispy wasabi leaf of Nori complemented an inventive selection of Ladurée macaroons.

Frank Casanova, Macarons SA, François Dussart, BRP Luc Baehni, CGN Arnaud Longuent, Laurent Perrier Jacques Merlotti, Macarons SA

«Being able to get together outside a business context, to share good times and strengthen the bonds we have built up over the years is a precious opportunity.»

Annina Hart-Hoenig, BRP Andreas Valérie Corte, EHL PMI team

Thao, Déborah et Magali, PMI team

Des pyramides de macarons aux couleurs de cette fin d’été automnale, entre la fraîcheur du fruit et la douceur des épices. Certains hôtes ont pu noter l’incroyable accord entre le macaron noir à la réglisse et le champagne Laurent-Perrier Cuvée Rosé, ou l’élégant mariage d’un macaron gris aux baies roses avec le Laurent-Perrier Ultra Brut.

Sophie Ruiz et Sabrina Zeender, Fédération Equestre Internationale

«C’est une belle manière de prolonger l’été !» REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014

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Entretien

Thibaut Panas

Un sommelier comblé Best sommelier of 2014

Elu meilleur sommelier de l’année par le Gault & Millau 2014, Thibaut Panas, chef sommelier du Beau-Rivage Palace, parle de son métier et de ses évolutions avec Knut Schwander, responsable du célèbre guide gastronomique pour la Suisse romande. Par Leila Klouche / Photos Vanina Moreillon

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nut Schwander : En tant que chef sommelier d’une institution hôtelière de cette dimension, votre rôle a plusieurs facettes. Outre le travail en salle en relation directe avec le client, vous êtes aussi en charge d’entretenir et de développer une cave exceptionnelle. Qu’estce que cela représente ? Thibaut Panas : C’est ce qui rend ce poste si passionnant. Le Beau-Rivage Palace possède un patrimoine magnifique de 75 000 bouteilles qu’il faut faire évoluer sur le long terme avec une vraie ligne de conduite. On vend 65 000 bouteilles par an, dont 30 000 bouteilles de vin suisse et 20 000 de vin vaudois. Du fait de notre proximité avec le terroir de Lavaux, l’ancrage local est très important. K.S : On observe une entrée en force des vins suisses sur les tables gastronomiques. Avez-vous observé une évolution qualitative de ces vins régionaux ? T.P. : On trouve des choses magnifiques à peu près dans tous les cantons : les Grisons, la Thurgovie, Schaffhouse, Zurich ou le Tessin. Le vignoble suisse est très marqué par le terroir. Dans les Grisons, par exemple, on est sur quelque chose de très bourguignon, avec d’excellents Pinots Noirs notamment. K.S. : Lorsque vous dégustez un Pinot Noir du canton de Vaud et un Pinot Noir des Grisons, la différence est incroyable, c’est à se demander si ce sont vraiment les mêmes cépages. Les méthodes de vinification, l’intention, tout est différent. Est-ce que les clients vous suivent sur ce terrain-là ? T.P. : On observe une énorme curiosité de la part de nos clients étrangers. Surtout sur des cépages autochtones, comme le Cornalin ou l’Humagne. A des tables comme celles d’Anne-Sophie Pic, les gens viennent en général pour être surpris, ils sont ouverts à la découverte.

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K.S : J’ai eu le plaisir de participer à l’une de ces soirées, et j’ai trouvé la démarche passionnante. Le résultat était brillant. On y fait l’expérience d’une complémentarité parfaite entre un plat étudié et son vin, et on découvre, grâce à un éclairage pertinent, une vraie intention derrière une association, c’est très intéressant.

K.S. : Comment procédez-vous pour le choix des vins que vous proposez au restaurant? Votre palais d’œnologue vous sert-il aussi à caractériser les plats avec lesquels vous travaillez? T.P. : Je prends le temps deux fois par semaine d’aller en cuisine avec le chef Guillaume Raineix, pour goûter les sauces et prendre l’empreinte et la ligne de conduite de la cuisine. Travailler avec des grands chefs, c’est ce qui me fait vibrer. Trouver ensemble des accords audacieux, comme on peut le faire lors des soirées millésimes que nous organisons chez Anne-Sophie Pic. Le processus y est inversé, on fait le choix d’un vin et on crée un plat autour de lui.

T.P. : Ça fait plaisir d’avoir un retour sur ce type d’expérience, c’est si subjectif. La façon dont sera perçu un choix un peu risqué dépend beaucoup de paramètres individuels. K.S. : En effet, c’est pour cela que notre sélection du meilleur sommelier ne se base pas sur une seule prestation. Contrairement à un chef qui assume sa carte et qui ne sort que des plats qui le représentent, les choses sont plus complexes pour un sommelier. Il crée ses accords mets-vins tout en étant confronté aux goûts et aux attentes du client, et cela dans un budget donné. De plus, la magie du moment est difficile à juger sur une seule fois. T.P. : A ce propos, j’ai bien aimé votre article intitulé «Sommelier, ami ou ennemi ?» (Hebdo, juillet 2013).

Une nouvelle dimension François Dussart, directeur du Beau-Rivage Palace, souligne l’importance donnée au vin au sein de son établissement : «C’est l’un des propriétaires, Marc-Edouard Landolt, qui dans les années 1990 a souhaité constituer un patrimoine autour du vin. Il voulait aussi que l’hôtel puisse proposer à ses clients une cave hors pair. Quand je suis arrivé il y a dix ans, j’ai tenu à professionnaliser ce secteur. Nous avons engagé un sommelier pour gérer les achats, la cave et toutes les cartes des restaurants. Ensuite, le projet Pic est venu donner une nouvelle dimension à cette aventure, puisqu’il permet de mettre en valeur ce patrimoine d’une très belle façon.»


Named sommelier of the year by GaultMillau 2014, Thibaut Panas, head wine Steward at the Beau-Rivage Palace, talks about his profession and how it has changed with Knut Schwander, the man behind French-speaking Switzerland’s famous food guide. Words by Leila Klouche / Photos Vanina Moreillon

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nut Schwander: As head wine Steward for a hotel establishment of this size, your role entails several facets. As well as dealing directly with restaurant customers, you are also responsible for keeping and developing a cellar of exceptional wines. What does that involve? Thibaut Panas: It’s what makes this job so exciting. The Beau-Rivage Palace has a magnificent collection of 75,000 bottles which have to be developed over the long term according to a specific approach. We sell 65,000 bottles each year, including 30,000 bottles of Swiss wine and 20,000 of Vaud wine. Due to our proximity with Lavaux, the local connection is very important.

La question du budget est délicate. Au Beau-Rivage Palace, nous avons fait le choix de ne pas dépasser un certain prix sans la volonté exprimée du client. Il faut trouver la bonne distance avec chacun. Pour moi, l’humilité est le maître mot du sommelier. Réussir à se mettre au niveau du client, être à son écoute. K.S : Le vrai talent d’un sommelier réside dans le pouvoir qu’il a d’établir en très peu de temps un lien avec son client et de lui apporter une vraie plus-value par rapport à un repas de très haut niveau. C’est un exercice de virtuose. Bien plus que votre connaissance des vins, ce sont les propositions que vous faites et les pistes que vous donnez qui sont les clés d’une interprétation qui peut faire une vraie différence. Comment procédez-vous pour créer vos accords? T.P: Il y a des accords que l’on amène par contraste avec le mets et ceux que l’on crée dans une continuité de saveur. L’acidité d’un plat peut rencontrer celle d’un vin pour créer un accord qui va éclater en bouche. A l’opposé, il n’est pas nécessaire de sou-

tenir une saveur forte, on peut lui apporter un peu de fraîcheur ou de rondeur comme un curry que l’on adoucit avec un peu de sucre résiduel. Quoi qu’en dise la tradition, les fromages ne devraient pas être associés au vin rouge. Les ferments et le gras s’opposent aux tanins du vin et tuent sa richesse. Un vin blanc, en revanche, comme un vieux Chasselas par exemple ou un vin jaune seraient mieux adaptés. Sans aller dans les excès, j’aime bien accorder des poissons avec du vin rouge. Lors de la dernière soirée millésime, nous avons servi un Cos d’Estournel 1986 avec de la féra, et alors que c’était la proposition la plus osée, c’est celle qui a remporté le plus de succès. K.S. : C’est cette surprise que j’affectionne tout particulièrement. Quand on a la chance d’être servi par des professionnels qui sont là pour vous conseiller, ce serait dommage de passer à côté d’une expérience inoubliable. Un repas d’exception, c’est souvent un souvenir pour la vie.

K.S.: We are seeing more and more Swiss wines in the best restaurants. Have you noticed an improvement in the quality of these regional wines? T.P.: There is something wonderful to be found in pretty much every canton, for example Grisons, Thurgovia, Schaffhausen, Zurich and Ticino. The landscape has a very strong influence on Swiss vineyards. In Grisons, for example, you get something rather Burgundian, with excellent Pinots Noirs in particular. K.S.: When you taste a Pinot Noir from the canton of Vaud and a Pinot Noir from Grisons, the difference is unbelievable, to the point where you question whether they are really Pinots Noirs. The wine-making methods, the intention, everything is different. Do customers appreciate this? T.P.: Our foreign customers are extremely curious, especially when it comes to local grape varieties such as Cornalin and Humagne. People generally go to places like Anne-Sophie Pic’s restaurant to be surprised, so they are open to trying new things.

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In conversation

go beyond a certain price point unless the customer expressly tells us to. You have to find the right distance for each person. As far as I am concerned, humility should be the wine waiter’s guiding principle. It’s about being on the same wavelength as the customer and being in tune with his needs. K.S: A Sommelier’s real talent lies in his ability to make a connection with his customer in a very short space of time, and truly enhance an already very high standard meal. It’s a virtuoso performance. Much more than your knowledge of wines, it’s the recommendations you make and the suggestions you give which are the keys to an interpretation which can make a real difference.

K.S.: How do you go about choosing the wines you serve in the restaurant? Does your wine-tasting palate also serve you well when it comes to identifying the characteristics of the dishes you work with?

«Humility should be the sommelier’s guiding principle»

T.P.: I take the time to go into the kitchen twice a week with the chef, Guillaume Raineix, to taste the sauces and take the pulse of the kitchen and get to know its approach. Working with great chefs is what gets me excited. Finding bold pairings together, like we do for the vintage evenings we hold at the BeauRivage Palace. The process is the other way round then, so we choose a wine and then create a dish around it.

How do you go about creating your pairings? T.P: There are some pairings you use to create a contrast with the dish and those you create to complement the taste. The acidity in a dish can be matched with that of a wine to create a pairing which explodes in the mouth. In contrast, it isn’t necessary to support a strong flavour. You can give it a bit of freshness or roundness, like with a curry, which you soften with a bit of residual sugar. No matter what tradition dictates, cheese should not be paired with red wine. The ferments and the fat conflict with the tannins in the wine, and kill its richness. However, a white wine, like an old Chasselas, for example, or a yellow wine, would be better suited. Without taking things too far, I really enjoy pairing fish with red wine. At the last vintage evening, we served a Cos d’Estournel 1986 with fera fish, and even though it was the most daring recommendation, it was the most successful.

K.S: I had the great pleasure of attending one of those evenings, and I found the approach pretty exciting. The result was brilliant. You get to experience a well thought-out dish with a wine which complements it perfectly, and, thanks to a valuable insight, you discover a genuine intention behind a pairing. It’s absolutely fascinating. T.P.: I enjoy getting feedback about this type of experience, which is so subjective. The way in which a rather bold selection is perceived depends a great deal on the person’s individual parameters. K.S.: Indeed, and that’s why our choice of wine waiter of the year is not just based on one aspect. Unlike a chef, who is his menu and only produces dishes which represent him, things are more complicated for a wine waiter. He creates his food and wine pairings according to the customer’s tastes and expectations, and within a certain budget. What’s more, the instantaneous magic is difficult to judge on just one occasion. T.P.: On that subject, I really enjoyed your article entitled «Wine waiter: friend or enemy?» (Hebdo, July 2013). The budget issue is a tricky one. At the Beau-Rivage Palace, we’ve made the decision not to

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K.S.: It’s that element of surprise that I am particularly keen on. When you are fortunate enough to be served by professionals who are there to advise you, it would be a shame to pass up the opportunity of an unforgettable experience. An exceptional meal is often something you remember your whole life.

A new dimension François Dussart, Manager of the Beau-Rivage Palace, points out how important wines are to his establishment: «It was Marc-Edouard Landolt, one of the owners, who, back in the 1990s, decided to build up a collection of wines. He also wanted the hotel to be in a position to offer its customers an outstanding cellar. When I joined ten years ago, I was keen to give this aspect a professional dimension. We hired a Sommelier to manage the buying, the cellar and all the restaurant menus. Subsequently, the Pic project gave a new dimension to this venture, because it enabled us to promote this collection in a very nice way.»


La mention d’excellence qui dÊvoile des vins de prestige www.premiersgrandscrus.ch


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SEDUCTION

Vulcain Trophy

CHALLENGE ON THE LAKE Le lac Léman n’est pas qu’un joli plan d’eau dans lequel se reflètent les montagnes. Il est aussi un endroit où s’affrontent certains des plus grands navigateurs du monde. A l’occasion de la finale du Vulcain Trophy et des 10 ans de la compétition, le Beau-Rivage Palace, partenaire de l’étape, accueillait des marins de très haut niveau. Lake Geneva is not simply a beautiful expanse of water decorated by reflected mountain views. It’s also the venue of a competition between some of the world’s greatest sailors. In the year of the competition’s 10th anniversary, as a partner in the stage, the Beau-Rivage Palace welcomed some top-class sailors for the final of the Vulcain Trophy. Texte Réalisation Leila Klouche / Photos Nicolas Jutzi et Loris Von Siebenthal

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SEDUCTION

u 27 au 29 septembre dernier se déroulait le Grand Prix Beau-Rivage Palace, ultime étape du Vulcain Trophy 2013. Dernier combat du championnat des D35, la lutte pour le podium s’est jouée en une seule journée, puisque le vent en cette fin de septembre s’est montré plutôt capricieux. Alinghi qui remporte le trophée au classement général, mais arrive deuxième de l’étape, s’est incliné devant Zen Too, superbe gagnant du Grand Prix. The final stage of the 2013 Vulcain Trophy, the BeauRivage Palace Grand Prix, took place from September 27 to 29. This concluding battle of the D35s was decided in a single day, thanks to a rather temperamental late September wind. Winner of the general ranking, Alinghi claimed second place in this stage, conceding victory to Zen Too, the worthy winner of the Grand Prix.

«DES CONDITIONS DE LAC TOUJOURS ÉTONNANTES.» 40

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F

rançois Gabart est le vainqueur du Vendée Globe 2013. Avec ses 30 ans à peine, il est le plus jeune marin à remporter cette transat mythique qu’il réalise en un temps record. Invité d’honneur du Gala célébrant les 10 ans des D35, il reçoit le Trophée Marco Landolt attribué à un marin d’exception. C’était une bonne occasion de lui demander ce qu’il pense de la compétition lémanique : «Je n’ai jamais navigué sur le lac, avoue-t-il, mais la technicité des multicoques m’intéresse. J’ai beaucoup d’amis et collègues de la course au large qui sont adeptes du Vulcain Trophy, comme Michel Desjoyaux, mon coéquipier pour la Transat Jacques Vabre qui arrive.»

©V.Curutchet

François Gabart is the winner of the 2013 Vendée Globe. At just over 30 years old, he is the youngest sailor to win this legendary transatlantic race, and in a record time. As the guest of honor at the Gala celebrating the D35s’ 10th anniversary, he received the Marco Landolt Trophy, awarded to an outstanding sailor. This was an ideal opportunity to ask him what he thought about the competition on Lake Geneva: «I have never sailed on the lake,» he admitted, «but I’m interested in the technical aspect of the multi-hull boats. A lot of my ocean racing friends and colleagues follow the Vulcain Trophy, including Michel Desjoyaux, my team-mate in the forthcoming Transat Jacques Vabre.»

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SEDUCTION

ALAIN GAUTIER est un grand nom de la voile internationale. Vainqueur du Vendée Globe en 1992, il a écrit quelques belles pages de l’histoire du Vulcain Trophy depuis les débuts du championnat lémanique. Alain Gautier is a big name in international sailing. Winner of the Vendée Globe in 1992, he has written a few great chapters in the history of the Vulcain Trophy since the beginning of the championship on Lake Geneva.

FRÉDÉRIC LE PEUTREC est le skipper de Zen Too qui remporte la victoire du Grand Prix Beau-Rivage Palace et la deuxième place du Vulcain Trophy. Frédéric Le Peutrec is the skipper of Zen Too which won the Beau-Rivage Palace Grand Prix and came second in the 42 REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014 Vulcain Trophy.

MARIE RIOU navigue pour Ladycat powered by Spindrift racing, 4e au classement général du circuit 2013. Marie Riou sails for Ladycat powered by Spindrift racing, which came fourth in the overall ranking for the 2013 circuit.

PIERRE-YVES JORAND est régleur de grand-voile à bord du D35 Alinghi qui remporte le trophée cette année pour la quatrième fois. Pierre-Yves Jorand is the mainsail trimmer on board the D35 Alinghi which won the trophy for the fourth time this year.


«I ENJOYED THE GOOD ATMOSPHERE, HIGH LEVEL COMPETITION AND WAS ALWAYS AMAZED BY THE CONDITIONS ON THE LAKE.»

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our ceux qui ne connaissent pas cette compétition lacustre exceptionnelle, il s’agit d’un circuit de régates sur multicoques Décision 35. Le caractère monotype de cette compétition – les équipes naviguent sur des bateaux strictement identiques – lui confère une dimension extrêmement sportive. En effet, les navigateurs se livrent une bataille à armes égales et leurs performances techniques sont mises en valeur.

For those unfamiliar with this great competition on the lake, it is a regatta circuit for Decision 35 multihulls. All the teams are obliged to use identical boats, making this an extremely sporting challenge – the sailors compete on an equal footing, allowing them to showcase their technical expertise. REGARDS AUTOMNE - HIVER 2013 / 2014

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WORLD

pourcha

Raymond S. Bradley the hunted researcher

Le chercheur Professeur à l’Université du Massachusetts aux Etats-Unis, Raymond S. Bradley est l’un des premiers scientifiques à avoir démontré l’ampleur du réchauffement climatique actuel. Ce travail de pionnier l’a conduit dans une véritable guerre ouverte contre les puissants lobbys industriels américains. Malgré ce violent combat, la passion de ce chercheur au regard calme et déterminé n’a pas faibli. Texte Jérôme Galichet /

«J Photos Vanina Moreillon

’essaie de garder le sens de l’humour.» Raymond Bradley, invité par la chaire Landolt et Cie à l’EPFL, est un optimiste. Sur son visage, le sourire l’emporte presque toujours. Pourtant, la carrière de ce professeur de paléoclimatologie a connu des épisodes qui n’ont rien à envier aux polars américains. Intimidations politiques, menaces de mort… Le chercheur était loin de se douter que la publication de ses travaux susciterait un tel déferlement de malveillance. Reconstruire le climat Son engouement pour l’étude du climat débute très tôt. Né dans le nord de l’Angleterre, Raymond Brad-

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ley aime scruter le ciel et les nuages de ses grands yeux bleus. «Lorsque j’étais enfant, il y avait une petite station d’étude météo à l’école. J’étais fasciné», se rappelle Raymond Bradley. Quatre décennies plus tard, il est l’un des climatologues les plus réputés au monde avec son collègue Michael Mann pour sa reconstruction du climat passé, plus connue sous le nom de graphique en crosse de hockey. Le principal résultat de ce travail? Le réchauffement actuel est sans précédent dans l’histoire. L’étude est ensuite reprise par le GIEC, l’institution des Nations unies sur le climat. Le graphique en crosse de hockey devient rapidement le symbole mondial du réchauffement climatique lié aux activités humaines. «Avec une conséquence: notre travail était devenu la cible à abattre pour tous ceux qui refusaient de limiter les rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère», explique le scientifique.

tiers qu’il est précipité dans le premier round de cette bataille. «Un soir, j’ai reçu un fax. C’était Joe Barton, républicain et président de la commission de l’énergie à la Chambre des députés. Il exigeait que nous produisions des centaines de documents. Il voulait par exemple tous les courriels échangés avec mon collègue Michael Mann. Il demandait aussi des données statistiques très précises relatives à nos recherches. Il nous donnait un délai… d’une semaine. Même en six mois je n’aurais pas pu réunir toutes ces pièces», raconte-t-il, une pointe d’angoisse encore perceptible dans la voix. Grâce à l’intervention d’autres parlementaires, la demande est finalement annulée. Mais pour lui, le choc est violent. «Je suis resté interloqué par cette attaque visant à détruire la réputation personnelle des chercheurs. J’ai alors compris que ces groupes d’intérêts, proches des lobbys du pétrole et des industries fossiles, ne se souciaient Pèlerin infatigable pas de prouver scientifiquement leurs affirmations. Rien ne prédestinait pourtant Raymond Bradley à Leur unique ambition était de semer le doute dans livrer un tel combat. Son activité favorite n’est pas l’esprit du public.» la boxe mais plutôt la randonnée. Chaque année La machine à broyer les scientifiques qui étudient il pérégrine, notamment sur les chemins de Saint le réchauffement climatique s’emballe. Quelques Jacques-de-Compostelle en France, accompagné semaines plus tard, un autre sénateur républicain de son épouse. C’est justement sur l’un de ces sen- publie une liste de 17 noms de chercheurs coupables selon lui de fraudes. RayRaymond S. Bradley en 5 dates mond Bradley en fait par1948 : Naissance en Angleterre 1973 : Nommé professeur à l’Université tie. Pour ses collègues, les menaces sont plus inquiédu Massachusetts (Etats-Unis) 1998 : Publication du «graphique en tantes. Michael Mann crosse de hockey» avec Michael Mann 2007 : Reçoit la prestigieuse Médaille Oeschger pour ses travaux 2011 : Publication de Global war- trouve dans sa boîte aux lettres un colis contenant ming and political intimidation.


Raymond S. Bradley, a professor at the University of Massachusetts in the United States, was one of the first scientists to demonstrate the current scale of global warming. This pioneering work brought him into actual open warfare with the powerful US industrial lobbies. Despite this violent battle, the passion of this calm and determined researcher has never wavered. Texts Jérôme Galichet / Photos Vanina Moreillon

ssé de la poudre blanche. Le professeur Bradley reçoit quant à lui des courriels très agressifs. Il décide alors de documenter ces intimidations dans un livre retentissant intitulé Global warming and political intimidation (non traduit en français). De l’Arctique au Kilimandjaro Pour oublier ces moments difficiles, Raymond Bradley possède un jardin secret. Un vaste paradis blanc aux étendues froides et préservé de toute intervention humaine : l’Arctique. C’est lors de ses années estudiantines qu’il foule pour la première fois les terres du Grand Nord dans le cadre d’un projet de recherche. «J’aime explorer ce territoire mystérieux. Je collectionne tous les ouvrages qui traitent de la découverte de ce continent.» Explorateur intrépide, Raymond Bradley affectionne les grandes équipées et possède ce goût de l’aventure et des relations humaines propre aux esprits audacieux. «C’est des lieux et des personnes rencontrés que je tire une spiritualité qui dépasse ma rationalité strictement scientifique.» Comme lors d’une ascension du Kilimandjaro qui l’a profondément bouleversé. Mais Raymond Bradley sait que les célèbres neiges sont en train de disparaître. «La vitesse et la magnitude du réchauffement climatique sont énormes.» –N’estil pas déjà trop tard pour juguler le phénomène? Il hésite. Le chercheur brillant et le citoyen engagé se rejoignent alors: «Je ne pense pas qu’il soit trop tard mais il faut agir dès maintenant».

«I

try to maintain a sense of humour,»Raymond Bradley, invited by the Landolt & Cie chair to EPFL, comments optimistically. He is almost always smiling, yet US crime thrillers have nothing on some of what this palaeoclimatologist has experienced in the course of his career. On the receiving end of political intimidation and death threats, the researcher had no idea that the publication of his work would generate such a surge of malice.

all those documents,»he remembers, his voice still betraying a hint of anxiety. Thanks to the intervention of other Representatives, the request was ultimately withdrawn. However, it all came as quite a shock to him. «I was taken aback by this attack which aimed to destroy the personal reputation of the researchers. It was then that I understood that these interest groups close to the oil lobbies and fossil industries were not interested in proving what they were saying scientifically. Their only aim was to sow the seed of doubt in the minds of the public». The campaign to bring down the scientists studying global warming gained momentum. A few weeks later, another Republican senator published a list of the names of 17 researchers who, in his opinion, were guilty of fraud. Raymond Bradley’s name was on the list. For some of his colleagues, the threats were even more worrying. Michael Mann found a parcel containing white powder in his letterbox. Pro-

Climate reconstruction He got the bug for climate study at a very young age. Born in the North of England, Raymond Bradley loved to peer at the sky and the clouds with his wide blue eyes. «When I was young, there was a small weather station at school. I was absolutely fascinated», he remembers. Four decades on, he is one of the world’s most famous climatologists, along with his col- 5 dates in the life of Raymond S. Bradley league Michael Mann, on 1948 Born in England 1973 Appointed professor at the University of account of his reconstruc- Massachusetts (United States) 1998 Publication of the «hockey stick tion of the climate of the graph»with Michael Mann 2007 Awarded the prestigious Oeschger past, better known as the Medal for his work 2011 Publication of Global warming and political hockey stick graph. intimidation The main finding of this work is that current warming is unprecedented in fessor Bradley himself received extremely aggreshistory. The study was subsequently taken up by sive e-mails. This prompted him to document this the IPCC, the United Nations institution on climate intimidation in a sensational book entitled Global change. The hockey stick graph quickly became the warming and political intimidation (which has not international symbol of global warming linked to been not translated into French). human activities. «With the consequence that our work became a target for all those who were refus- From the Arctic to Kilimanjaro ing to limit greenhouse gas emissions», the scientist To forget these difficult times, Raymond Bradley explains. retreats to a secret garden: the Arctic. This vast white paradise of cold expanses is protected from Tireless pilgrim any human intervention. He first went to the Arctic as Nothing predestined Raymond Bradley for this kind a student as part of a research project. «I love explorof battle. In fact, his favourite hobby is hiking, not ing this mysterious land. I collect all the works to do boxing. He goes on a pilgrimage with his wife every with discovering this continent». An intrepid explorer, year, notably along St James’ Way in France. As a Raymond Bradley is fond of great ventures and has matter of fact, it was precisely on one of these trails that taste for adventure and meeting people you find that he was hurled into the first round of this bat- in the bold. «I draw a spirituality from these places tle. «One evening, I received a fax. It was from Joe and from the people I meet there which surpasses Barton, a Republican who was the Chairman of the my strictly scientific rationality». Like on a climb up House Energy Committee. He demanded that we Mount Kilimanjaro which moved him deeply. Howsubmit hundreds of documents. For example, he ever, Raymond Bradley knows that the famous snow wanted all of the e-mails between me and my col- is disappearing. «The speed and magnitude of global league, Michael Mann. He also demanded extremely warming is tremendous». So isn’t it already too late specific statistics relating to our research. He gave us to halt the phenomenon? He hesitates. The brilliant a period of just one week to submit everything. Even researcher and engaged citizen become one. «I don’t if I had had six months, I couldn’t have put together think it’s too late, but action needs to be taken now».

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Environnement Apporter une (grosse) pierre à l’édifice du développement durable tout en transcendant les frontières entre les disciplines scientifiques : tel est l’objectif qui a sous-tendu la création il y a cinq ans de la Chaire Landolt & Cie S.A «Stratégies innovatrices pour un futur durable» à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Le professeur Marc Parlange, président du conseil académique de la Chaire, tire un premier bilan. Par Patricia Michaud Photos Vanina Moreillon

Le développement durable, une action Sustainable development involves a variety of disciplines

L

e principe de base de la Chaire Landolt & Cie SA est quasi inédit dans le monde académique : inviter chaque année un professeur issu d’une discipline différente à venir enseigner le développement durable à l’EPFL. Les cinq premières expériences ont-elles été convaincantes? Absolument! Non seulement les enseignements et les programmes de masters dispensés par ces professeurs ont été largement suivis par les étudiants, mais nos invités ont aussi laissé des traces après leur départ. Les recherches sur la neige d’Anne Nolin, de l’Oregon State University, ont eu tellement de succès que dans la foulée de son cours sur la cryosphère, l’EPFL a décidé d’engager un professeur fixe en collaboration avec l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF). Aussi bien les cours que les programmes de masters dispensés par les invités de la Chaire sont ouverts à tous les étudiants de l’EPFL, quelle que soit leur faculté. Les futurs diplômés jouent-ils le jeu de l’interdisciplinarité? De nombreux étudiants en physique ont suivi les enseignements sur la neige d’Anne Nolin. Quant aux cours sur l’écohydrologie d’Amilcare Porporato (un spécialiste de l’eau issu de la Duke University qui était le tout premier invité de la Chaire), ils ont attiré plusieurs étudiants en mathématiques. C’est de cette collaboration entre les disciplines que la Chaire tire sa force. D’ailleurs, afin d’étendre la sensibilisation au développement durable hors du campus, nous proposons chaque année plusieurs conférences publiques, elles aussi axées sur des thématiques très variées. Les conférenciers ne sont pas forcément issus du monde académique, ce qui nous permet de jeter des passerelles entre la théorie et le terrain. Nous avons par exemple accueilli le pilote d’avion Gérard Moss, qui récolte depuis le ciel des informations sur l’état de la pollution et des cours d’eau. Le journaliste Jonathan Ledgard a évoqué le futur de l’Afrique, l’architecte Simon Velez les constructions en bambou

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et l’archevêque Jean-Louis Bruguès les liens entre le Vatican et le développement durable. Le partenariat public-privé qui régit la Chaire «Stratégies innovatrices pour un futur durable» prévoit que Landolt & Cie finance en partie la visite des professeurs invités et des conférenciers, alors que l’EPFL prend en charge l’infrastructure. Quant au conseil académique de la structure, il réunit les doyens des cinq facultés et des membres du directoire de la banque. Comment se passe cette collaboration ? La première fois que j’ai vu Pierre Landolt, j’ai été impressionné aussi bien par sa décontraction – il portait des jeans et se déplaçait à vélomoteur – que par son enthousiasme. Il était venu parler 50 minutes aux étudiants de l’EPFL de ses expériences dans le développement durable, notamment au Brésil, mais a finalement passé l’après-midi entier sur le campus à observer les travaux de nos doctorants. Plus tard, lors du processus de création de la Chaire, j’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres membres de la direction de la banque, comme Christian Zanella et

Jean-Daniel Balet, et je les ai trouvés à l’image de M. Landolt: très sympathiques, pas compliqués, très intéressés à ce qui se passe dans le monde académique et dans le monde en général. Dès lors, il y a une confiance mutuelle qui nous permet d’avancer. Le système fonctionne très bien et notre liberté académique n’est pas entravée. Vous êtes sur le point de céder votre place de doyen de l’ENAC (la faculté de l’environnement naturel, architectural et construit de l’EPFL) – et par conséquent celle de président du conseil académique de la Chaire Landolt & Cie SA – afin d’aller enseigner à la University of British Columbia de Vancouver. Est-ce que vous quittez le navire en toute tranquillité? Oui. Les habitants de la planète ont des comportements extrêmes, qui nécessitent des solutions efficaces en matière de gestion du changement climatique. La Chaire Landolt & Cie SA a un rôle à jouer : sensibilisation, éducation, responsabilisation (notamment des médias). Or, elle a déjà un énorme impact sur l’EPFL, sur nos professeurs et sur nos étudiants. L’objectif est atteint.

«Le partenariat public-privé fonctionne très bien et notre liberté académique n’est pas entravée.» Des Alpes aux Rocheuses Un «citoyen du monde» : c’est ainsi que la University of British Columbia (UCB) de Vancouver (Canada) décrit celui qu’elle a choisi comme doyen de sa faculté des sciences appliquées pour les cinq prochaines années. Selon l’UCB, Marc Parlange «a démontré, grâce à ses recherches sur la gestion des ressources en eau dans les Alpes et à ses projets au Burkina Faso consacrés à l’hydrologie, au changement climatique et à la santé dans les communautés reculées, sa faculté à relever les défis les plus critiques pour la société». Né en 1962 à Rhode Island, cet ingénieur père de deux enfants intègre l’EPFL en tant que professeur au Laboratoire de mécanique des fluides de l’environnement et directeur de l’Institut de l’ingénierie de l’environnement. Quatre ans plus tard, il est nommé doyen de l’ENAC. Passionné de montagne, c’est avec un pincement au cœur que le professeur quitte les Alpes. Tout en se réjouissant d’aller gravir les Rocheuses.


ers and EPFL to provide the infrastructure. How is this cooperation working?

interdisciplinaire

The objective behind the establishment five years ago of the Landolt & Cie SA «Innovative Strategies for a Sustainable Future» chair at the Swiss Federal Institute of Technology in Lausanne (EPFL) was to make a (huge) contribution to sustainable development, at the same time as transcending the boundaries between scientific disciplines. Professor Marc Parlange, chairman of the chair’s academic board, looks at the first results. By Patricia Michaud / Photos Vanina Moreillon

T

he basic principle behind the Landolt & Cie SA chair, i.e. having a visiting professor from a different discipline each year come and teach sustainable development at EPFL, is practically unheard of in the world of academia. So have the first five years been worth it? Definitely! Not only have the lessons and masters programmes given by these professors been well attended by students, but our visiting professors have also left their mark after going home. The research on snow carried out by Anne Nolin from Oregon State University was so well received that, following on from her course on the cryosphere, EPFL made the decision to hire a permanent professor in association with the Swiss Federal Institute for Snow and Avalanche Research (SLF). Both the lectures and the masters programmes given by the visiting professors are open to all EPFL students, regardless of what faculty they belong to. So are undergraduates engaging in interdisciplinarity?

A number of physics students attended Anne Nolin’s lectures on snow. The lectures on ecohydrology given by Amilcare Porporato (a water specialist from Duke University and the chair’s very first visiting professor) attracted several maths students. This cooperation between the disciplines is what gives the chair its strength. What’s more, in order to raise awareness about sustainable development beyond the campus, we give several public lectures each year which also focus on extremely varied themes. The lecturers do not necessarily come from the world of academia, which allows us to create bridges between theory and what is actually happening on the ground. For example, we played host to the pilot Gérard Moss, who gathers information from the sky about the state of pollution and watercourses. The journalist Jonathan Ledgard talked about what lies ahead for Africa, the architect Simon Velez about bamboo buildings and Archbishop Jean-Louis Bruguès about the links between the Vatican and sustainable development. The public-private partnership which governs the «Innovative Strategies for a Sustainable Future» chair requires Landolt & Cie to part-fund the stays of the visiting professors and lectur-

The first time I saw Pierre Landolt, I was struck by how cool he is (he was wearing jeans and riding a motorbike) and by his enthusiasm. He had come to give EPFL students a 50 minute talk about his experiences of sustainable development, particularly in Brazil, and ended up spending the whole afternoon on campus observing the work of our doctoral students. Later, when the chair was being set up, I had the opportunity to meet other members of the bank’s management team, including Christian Zanella and Jean-Daniel Balet, and found them to be very like Mr Landolt, i.e. very nice, straightforward and extremely interested in what is going on in academia and in the world in general. Consequently, there is a mutual trust which enables us to move forward. The system is working very well and our academic freedom is not restricted. You are about to give up your position as dean of ENAC (School of Architecture, Civil and Environmental Engineering of EPFL) and, consequently, your position as chairman of the academic board of the Landolt & Cie SA chair, in order to go and teach at the University of British Columbia in Vancouver. Are you leaving the ship on an even keel? Yes. The behaviour of the planet’s population is extreme, requiring effective solutions in terms of climate change management. The Landolt & Cie SA chair has a role to play in terms of raising awareness, education and encouraging accountability (particularly with regard to the media). It has already had a huge impact on EPFL, on our professors and on our students. The objective has been met.

From the Alps to the Rockies A «citizen of the world» is how the University of British Columbia (UCB) in Vancouver (Canada) describes the man it has appointed to be the dean of its Faculty of Applied Science for the next five years. According to UCB, Marc Parlange «has, thanks to his research into water resource management in the Alps and his projects in Burkina Faso on hydrology, climate change and health in remote communities, demonstrated his ability to address the key challenges facing society». Born in Rhode Island in 1962, the engineer and father of two joined EPFL as a professor in the Environmental Fluid Mechanics Laboratory and director of the Institute of Environmental Engineering. Four years on, he was appointed dean of ENAC. With his passion for mountains, the professor is leaving behind the Alps with a twinge of sorrow, at the same time as being thrilled to be heading off to climb the Rockies.

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INNOVATION

Demander à des étudiants de concevoir le campus de demain: telle est l’aventure dans laquelle s’est lancée la fameuse Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) l'automne dernier. Une première dans le monde de l'architecture. L'institution lausannoise doit s'agrandir ces prochaines années, un immense chantier qui en doublera la surface d'ici à 2020. Texte Sylvie Ulmann / Photos Vanina Moreillon et Robert Kovacs

Lausanne prépare sa future «Silicon

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ébut 2013, ce ne sont pas des architectes chevronnés qui ont planché sur l'avenir de l'EHL, mais 385 étudiants de 10 universités d'architecture du monde entier. Le résultat de cet immense remue-méninges a été présenté sous forme de 35 projets à un jury composé de spécialistes en architecture, sociologie et développement durable au cours du «Campus Development Forum» qui s'est tenu sur trois jours en juillet à l'EHL. Au final, quatre étudiants – une Suissesse, une Portugaise, une Américaine d'origine asiatique et un Espagnol – ont été retenus pour assurer la suite des opérations. D'ici à la fin de l'année, ils élaboreront le plan global du futur campus, sous la supervision du bureau lausannois Richter-Dahl Rocha Associés architectes SA, qui a mis en place une structure pour intégrer les lauréats. Au programme, des logements pour 650 étudiants, des lieux de vie et d'échange, des infrastructures sportives et un hôtel d'application. Le bureau n'a pas été choisi par hasard pour chapeauter le processus: «Nous avons l'expérience des projets d'envergure», résume Ignacio Dahl Rocha, l'un de ses fondateurs. Parmi les réalisations à leur actif figurent notamment le siège mondial de Nestlé à Vevey et le Swisstech Convention Center (CCR) de l'EPFL, actuellement en construction, ou encore La Rotonde du Beau-Rivage Palace. Ignacio Dahl Rocha pourra par ailleurs s'appuyer sur son expérience d'enseignant pour coacher les étudiants, puisqu'il est professeur à l’école d’architecture de l’Université de Navarre, école qui a d’ailleurs participé à la démarche: «Dans un contexte de créativité collective, l'architecte devient un chef d'orchestre», explique-t-il. Et de souligner que le travail à réaliser reste conséquent: «Il va falloir synthétiser la centaine de projets que nous avons reçus en intégrant toutes les idées qui ont surgi.» Le principal défi à relever sera d'imaginer des bâtiments suffisamment ouverts pour s'adapter à l'évolution de l'enseignement : «Ceux que nous concevons

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Imaginer des bâtiments suffisamment ouverts pour s’adapter à l’évolution de l’enseignement.


aujourd'hui seront utilisés dans dix ans pour certains. Mais les constructions sont prévues par étapes, ce qui nous permet une certaine flexibilité.»

Valley» de l'hôtellerie

Ignacio Dahl Rocha, architecte fondateur du bureau Richter – Dahl Rocha & Associés.

«Le futur campus servira de référence au niveau mondial» Cinq questions à Michel Rochat, directeur général de l'Ecole hôtelière de Lausanne Comment avez-vous eu l'idée de confier aux étudiants la conception de leur futur campus? Il nous est paru évident de demander aux utilisateurs d'imaginer leur futur lieu d'études. Le résultat a-t-il apporté des solutions inattendues? Chacun des cent projets suggère quelque chose d’innovant. Certains privilégient les espaces communs, réduisant les chambres à 9 m2! La Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève a poussé l'intégration dans l'environnement vallonné jusqu'à adosser les bâtiments à des collines artificielles.

Car le monde académique évolue: «Le professeur dispensant un cours magistral est par exemple un modèle en fin de course. Les étudiants travaillent de plus en plus souvent en groupes, ils s'installent dans les salles de réunion lorsqu'elles existent, sinon dans les couloirs. Les bâtiments doivent pouvoir s'adapter, être transformables, changer de fonction», souligne Ignacio Dahl Rocha. Par ailleurs, il n'envisage pas un campus comme un lieu «intégrant uniquement les aspects académiques de la vie estudiantine, mais également ses aspects sociaux et de loisirs, car on y passe généralement quatre ou cinq ans». Les étudiants ont profité du «Campus Development Forum» pour souligner leur envie de disposer d'espaces de rencontre où se retrouver après une journée de travail. «C'est un aspect important, étant donné que c'est aussi là qu'ils vont créer leur réseau. La circulation entre les différentes parties du campus est par conséquent un paramètre majeur. Pour des raisons de climat et de code vestimentaire, ces espaces doivent être fermés. Le défi consiste à bien les dimensionner.» Le processus de création en forme de brainstorming géant apportera peut-être des solutions innovantes: «Les différentes cultures des participants ont influencé leur approche. Les Indiens, par exemple, ont proposé des espaces semi-couverts, correspondant à leur conception de l'espace public. C'est difficilement réalisable sous nos latitudes, mais cela nous amène cependant à nous interroger sur la façon de recréer ce type d'espace et d'ambiance dans un climat différent.»

L'environnement constitue-t-il un paramètre important? Il est fondamental, d'autant que nous venons de rejoindre la Clinton Global Initiative! Nous comptons bien être à la pointe de l'innovation en testant des nouveautés dans ce domaine, quitte à prendre des risques. Ce campus pourrait-il devenir une référence? C'est le but! Il doit se distinguer au niveau mondial en matière d'accueil, de circulation, de développement durable et d'adaptation de l'espace. Peut-on dire qu'il servira de vitrine à l'EHL? Il devra être emblématique de notre savoir-faire et devenir un lieu de découverte.

Michel Rochat, directeur de l’EHL

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INNOVATION

Lausanne lays the foundations for its future «Silicon Valley» of the hotel business Last autumn, in an architectural first, the famous Lausanne Hotel School (EHL) asked students to design the campus of tomorrow. The Lausanne institution is set to grow in the years ahead, and this vast project will see its surface area double by 2020. Texte Sylvie Ulmann / Photo Vanina Moreillon

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nstead of calling on experienced architects, early 2013 saw 385 students from 10 architectural colleges worldwide working on the future of EHL. The results of this large-scale brainstorming session were presented in the form of 35 projects to a panel made up of specialists in the fields of architecture, sociology and sustainable development during the three-day «Campus Development Forum» held at EHL in July. Ultimately, four students (one Swiss, one Portuguese, one Asian American and one Spanish) were chosen to handle the next steps. By the end of the year, they will develop the overall plan for the future campus under the supervision of the Lausanne firm Richter-Dahl Rocha Associés architectes SA, which has put in place a structure to involve the successful students. The brief includes accommodation for 650 students, living and socialising areas, sports facilities and a training hotel.

The firm was not chosen to head up this process by chance. «We have experience of large-scale projects,» explains Ignacio Dahl Rocha, one of its founders. Their achievements include Nestlé’s international headquarters in Vevey, EPFL’s Swisstech Convention Centre (CCR), which is currently under construction, and the Beau-Rivage Palace Rotonda. Ignacio Dahl Rocha will also be able to draw on his teaching experience to coach the students, because he is a lecturer at the University of Navarre’s School of Architecture which, incidentally, also took part in the process. «In a context of collective creativity, the architect takes on the role of conductor,» he explains. Underlining the vast amount of work that still needs to be done, he adds that it will be necessary «to synthesise the hundred or so projects we have received, incorporating all of the ideas which have been put forward.» However, the main challenge will be to design buildings which are sufficiently open to adapt to educational changes. «Some of those we design today will be used in ten years’ time. However, the construction will be in stages, which will allow us a certain degree of flexibility.»

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social and leisure aspects, because you generally spend four or five years there.» The students took advantage of the «Campus Development Forum» to underline their desire for social spaces where they can meet up after working all day. «It’s an important aspect, given that this is also where they will create their own networks. Consequently, the flow between the various parts of the campus is a major parameter. For climate 35 projects were presented at the «Campus Development Forum» held at EHL. and dress code reasons, these spaces have to be Indeed, the academic world is changing. «For exam- enclosed. The challenge is to get the dimensions ple, the concept of the professor giving a lecture right.» The large-scale brainstorming creative prohas almost seen its day. Students are increasingly cess may perhaps provide innovative solutions. working in groups. They meet in conference rooms «The participants’ different cultures influenced their where they exist, otherwise in the corridors. The approach. For example, students from India proposed buildings have to be able to adapt, be transformable semi-covered spaces in line with their notion of a and change their function,» points out Ignacio Dahl public space. It’s difficult to achieve in our part of the Rocha. What’s more, he doesn’t think of a campus as world, but it is encouraging us to consider how this a place which «incorporates the academic aspects of type of space and atmosphere might be recreated in student life alone, but as a place which also includes a different climate.»

«The future campus will serve as a global benchmark» Five questions to Michel Rochat, vice-chancellor of Lausanne Hotel School What gave you the idea of getting students to design their future campus? It seemed obvious to ask the actual users to design their future place of study. Did the result throw up any unexpected solutions? Each of the hundred projects suggests something innovative. Some put the emphasis on communal spaces, reducing the size of the bedrooms to 9 m2! Geneva’s Landscaping, Engineering and Architecture University went as far as integrating the campus into the undulating environment by constructing the buildings against artificial hills.

Is the environment an important parameter? It’s fundamental. Especially since we recently joined the Clinton Global Initiative! We fully intend to be at the cutting edge of innovation by testing new things in this field, even if it means taking risks. Could this campus become a benchmark? That’s the aim! It has to stand out internationally in terms of accommodation, flow, sustainable development and adaptation of space. Can we say that it will showcase EHL? It should be symbolic of our know-how and become a place for discovery.


INTEMPO REL

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XXXXXXX De Lausanne à Tokyo, l’ancien directeur de l’ECAL court le monde depuis bientôt deux ans pour faire découvrir les mille et une saveurs des vins vaudois. A l’image du plus exquis des millésimes, Pierre Keller n’a rien perdu de sa superbe. Volubile et pétillant, le président de l’Office des vins vaudois évoque les vins de sa région avec amour et simplicité. Texte Jérôme Galichet / Photos Vanina Moreillon

Pierre Keller

«Les vins vaudois sont parmi

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les meille


RegION

S

i le vin reflète l’âme d’un homme, alors Pierre Keller est de ces nectars nobles qui font la fierté des vignerons vaudois. Frais, généreux, puissant et de caractère. Comme ce Château Saint-Vincent, Grand Cru 2011, qu’il déguste lorsqu’il nous reçoit un après-midi du mois d’août dans sa maison vigneronne de Saint-Saphorin en Lavaux. Quand on lui demande ce qui fait la singularité des vins du canton, Pierre Keller joue son rôle d’ambassadeur avec l’énergie d’un jeune homme fougueux et passionné. Un vignoble légendaire «Dans le verre se tient le pays», se plaisait à dire le grand écrivain vaudois Charles Ferdinand Ramuz. D’un geste de la main, Pierre Keller désigne les vignes ensoleillées qui s’étendent sur les terrasses de Lavaux. «Voilà le plus beau paysage du monde. Le vin produit sur ces terres est à son image. Magnifique.» C’est vrai, le regard se perd dans cette immense étendue de vignes, suspendue entre ciel et terre, comme un paradis perdu. Une vieille légende racontée par les vignerons veut qu’un seul cep, rapporté d’Italie par un jeune Helvète lors de son retour au pays, après avoir servi dans les légions romaines, ait été à l’origine de tout le vignoble vaudois. Ce pourrait être un aïeul de Pierre Keller tant l’homme est amoureux des vignes. «Sans elles, je crois que je serais mort. A New York, j’ai fait les quatre cents coups. Mes amis mouraient du sida les uns après les autres. Revenir dans les vignes m’a sauvé.» L’histoire de Pierre Keller se confond avec celle du divin breuvage. Comme lui, il possède sa légende. «A sept ans, mon père m’a fait déguster pour la première fois un vin vaudois dans la cave familiale. J’ai réussi à deviner le millésime à l’aveugle. Il n’en revenait pas»!

De l’ECAL aux vins vaudois Personnalité incontournable de Suisse romande, Pierre Keller a d’abord suivi une carrière d’artiste photographe. En 1995, il prend les rênes de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne, l’ECAL. Sous son impulsion, l’établissement lausannois devient rapidement l’une des meilleures écoles d’art et de design du monde. En 2011, loin de vouloir prendre sa retraite, il est nommé à la tête de l’Office des vins vaudois. Sur mandat de la Confédération, il assure également la promotion du design suisse dans le monde.

Ses quatre vins vaudois favoris L’Yvorne Pierre Latine de Philippe Gex Le Dézaley Chemin de Fer Grand Cru de Luc Massy Le Château de Saint-Vincent Grand Cru de Guy Rolaz Le Calamin Grand Cru de Simon Vogel

cours des vingt dernières années. «On a souvent l’image du chasselas comme un vin d’apéritif incapable d’accompagner des mets gastronomiques. C’est complètement faux !», s’emporte Pierre Keller. Le président de l’Office des vins vaudois voyage régulièrement en Asie. Selon lui, le chasselas se marie parfaitement avec les mets japonais, principalement composés de poissons. «Et que dire d’un vieux gruyère accompagné de chasselas… C’est tout simplement fantastique.» Régulièrement distingué dans les concours internationaux, le cépage vaudois a conquis ses lettres de noblesse. Un savoir-faire transmis de génération en génération Mais vaincre les pentes abruptes de Lavaux pour y planter la vigne a nécessité un grand courage. «Ce sont les vignerons qui ont bâti ce paysage. Ils sont l’âme du terroir. J’aime leur poésie, j’aime leur simplicité et leur envie de transmettre l’histoire de ce pays. En cela, ils ressemblent aux artistes.» Ces dernières années, les viticulteurs vaudois ont su faire évoluer leur métier sans bouleverser les traditions. «De nombreux problèmes trouvent encore leur résolution autour d’une bonne bouteille dégustée dans les caves», explique Pierre Keller. Peu à peu, la jeunesse prend le pouvoir dans les vignes. «La relève est phénoménale et les méthodes de vinification s’adaptent. De plus en plus de femmes exercent également le métier.»

Le chasselas : cépage roi en Pays de Vaud «Si je devais m’identifier à un vin, ce serait forcé-

Les vins vaudois à la conquête du monde Depuis son entrée en fonction, Pierre Keller façonne sans relâche la renommée des vins vaudois au plan mondial. Il organise des dégustations au Japon, met sur pied des partenariats avec des restaurants gastronomiques de Shanghaï, invite des journalistes français en Lavaux… Hyperactif, l’enfant du

ment un chasselas. Minéral, séduisant et avec du tempérament», glisse avec malice Pierre Keller. De Lavaux jusqu’aux côtes de l’Orbe, le cépage blanc est le maître des lieux dans le canton. Il représente à lui seul plus de la moitié de la production des vins vaudois. Cépage exceptionnel : la Suisse est un des seuls pays où l’on vinifie le chasselas sur une large échelle. Le Pays de Vaud est donc la patrie de ce vin élégant dont la qualité n’a cessé de s’affiner au

pays ne compte pas ses heures, parce que «ce paysage inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco est une carte de visite exceptionnelle». «Au bout de trois jours, les personnalités repartent d’ici complètement sonnées par tant de beauté.» A 69 ans, Pierre Keller se voit bien vivre encore vingt ans avec la même énergie, à la manière de ces grands vins de garde qui se bonifient chaque jour un peu plus, à la faveur du temps.

urs du monde»

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RegION For nearly two years now, the former director of ECAL has been travelling the world, from Lausanne to Tokyo, promoting the thousand and one flavours of Vaud wines. Like the best vintage, Pierre Keller has only improved with age. Voluble and bubbly, the chairman of the Vaud Wines Office talks about his region’s wines with love and simplicity. Text Jérôme Galichet / Photos Vanina Moreillon

could be further from the truth!» exclaims Pierre Keller. The chairman of the Vaud Wines Office regularly travels to Asia. In his opinion, chasselas is a perfect accompaniment for Japanese dishes, which mainly consist of fish. «And what about serving chasselas with an aged Gruyère cheese? It’s simply fantastic.» Regularly singled out in international competitions, the Vaud grape variety has more than established its credentials. Know-how passed down the generations Conquering the steep slopes of Lavaux to plant vines there took great courage. «Wine growers built this landscape. They are the heart and soul of this land. I love their poetry, their simplicity and their desire to pass on the history of this country. In that respect, they are like artists.» In recent years, Vaud wine growers have managed to evolve their business without turning their backs on tradition. «A number of problems are still solved in the cellars over a nice bottle of wine,» explains Pierre Keller. The younger generation are gradually taking over

«Vaud wines are among the best in the world»

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f it’s true that wine reflects a man’s soul, then Pierre Keller is like the noble nectars which are the pride of Vaud wine growers: crisp, generous, powerful and full of character. Rather like the Château Saint-Vincent, Grand Cru 2011 he is drinking when we arrive one August afternoon at his vineyard residence in Saint-Saphorin in Lavaux. When you ask him what is so unique about the canton’s wines, Pierre Keller assumes his ambassadorial role with all the energy of an ardent and passionate young man. A legendary wine-producing region The great Vaud writer Charles-Ferdinand Ramuz was fond of saying that «you find the country in the wine glass». With a wave of his hand, Pierre Keller gestures to the sunny vines which stretch across the terraces of Lavaux. «This is the most beautiful landscape in the world. The wine this soil produces is just the same: magnificent.» There’s no denying it. Vines stretch for as far as the eye can see, suspended between heaven and earth like a lost paradise. An old legend told by wine growers has it that the entire Vaud wine-producing region originates from just one stock, which was brought back from Italy by a young Swiss man when he returned home after having served in the Roman legions. This may well have been one of Pierre Keller’s ancestors, given how much the man loves his vines. «I think I’d be dead without

them. I sowed my wild oats in New York. My friends were dying of AIDS one after the other. Coming back to the vines saved me.» Pierre Keller’s own history echoes that of the divine beverage. Like the wine, he has his own legend. «When I was seven, my father had me try a Vaud wine in the family cellar for the first time. I managed to guess the vintage in a blind taste test. He couldn’t believe it!»

the vines. «The new guard is phenomenal, and winemaking methods are changing. Growing numbers of women are also involved in the business.» Vaud wines take over the world Since he took up the post, Pierre Keller has tirelessly shaped the international reputation of Vaud wines. He organises tastings in Japan, sets up partnership with fine restaurants in Shanghai and, last but not least, invites French journalists to Lavaux. Verging on hyperactive, this local lad puts in long hours because «the fact that this landscape is a UNESCO world heritage site is quite a calling card.» «After three days, people leave here high on so much beauty.» At the age of 69, Pierre Keller can see himself going on for another twenty years with the same energy levels, rather like those great wines for laying down which improve a bit more with every passing day.

Chasselas: the grape variety of choice in the Vaud Region «If I had to identify myself with a wine, it would have to be a chasselas. Earthy, attractive and full-bodied,» adds Pierre Keller with a mischievous grin. From Lavaux to the slopes of Orbe, the white grape variety is the master of all it surveys in the canton. By itself, it represents more than half of the Vaud wines produced. It’s a very special grape variety. Switzerland is one of the few countries to make wine from chasselas on a large From ECAL to Vaud wines scale. This means that the Vaud A key figure in French-speaking Switzerland, Pierre Keller’s Region is the homeland of this first career was as a photographic artist. In 1995, he took over sophisticated wine, which has the reins of the Lausanne Cantonal Art School (ECAL). Under continued to improve in quality his directorship, the Lausanne institution quickly became one over the past twenty years. of the world’s best art and design colleges. In 2011, not ready «We often think of chasselas as for retirement, he was appointed to head up the Vaud Wines an aperitif wine which doesn’t go Office. He also promotes Swiss design worldwide on behalf with gastronomic dishes. Nothing of the Swiss federal government.

His four favourite Vaud wines are L’Yvorne Pierre Latine de Philippe Gex Le Dézaley Chemin de Fer Grand Cru de Luc Massy Le Château de Saint-Vincent Grand Cru de Guy Rolaz Le Calamin Grand Cru de Simon Vogel

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Le Rêve à l’état pur ! Pour commander vos chocolats par Internet : www.chocolatsblondel.ch

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FLAVORS

Des petits pâtissiers dans une grande cuisine Quel décor fabuleux pour un atelier d’enfant ! Au Beau-Rivage Palace, Capucine, Kolia, Morgane et Gabriel étaient invités à suivre un atelier de pâtisserie. Toques et tabliers revêtus, les petits gourmands se sont prêtés à jouer les grands chefs. What a fabulous setting for a children’s workshop! Capucine, Kolia, Morgane and Gabriel were invited to the Beau-Rivage Palace for a cake-making workshop. Chefs’ hats and aprons at the ready, the junior gourmets were all set to play at being grown-up chefs. Texte Leila Klouche / Photos Vanina Moreillon

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onger le grand couloir aux lustres impressionnants, descendre en cuisine par un escalator… les quatre enfants se laissent guider à travers le dédale. Ils sont sages comme des images, leurs grands yeux ouverts, attentifs au défilement de ce décor enchanteur. Arrivés dans le laboratoire de l’une des nombreuses cuisines de l’hôtel, les enfants reçoivent une toque et un joli tablier brodé à leur nom. Le plan de travail est prêt, le chef leur a concocté un joli programme : macarons aux petits fruits, sablés framboises et tartelettes choco-mûres.

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he four children are led through the maze of corridors featuring impressive light fittings, and down to the kitchens on an escalator. They are as good as gold, their eyes full of wonder as they study the magical backdrop passing by. Once they arrive in the laboratory of one of the hotel’s many kitchens, the children are given a chef’s hat and a cute apron embroidered with their name. The plan of work is set, and the chef has devised a nice little programme for them, consisting of berry macaroons, raspberry shortcakes, and chocolate and blackberry mini-tarts.

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FLAVORS

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st-ce que vous savez ce qu’il faut pour réaliser une crème pâtissière à la vanille?» demande le chef en montrant une poche remplie d’un appétissant appareil couleur crème. «De la crème et de la vanille ?» Si la réponse n’est pas si simple, la dégustation, elle, est parlante. Il y a de la crème au chocolat, des fruits, de jolies pépites de framboises au beurre de cacao, et d’autres au chocolat qui pétillent dans la bouche. Le chef assemble un sablé à la framboise. Ses gestes sont précis et le résultat est magique. Les enfants, d’abord intimidés, prennent plaisir à imiter le modèle. Leur confiance dans la qualité de leur application est touchante et les sablés qui en résultent, avec leurs framboises un peu folles, sont d’autant plus attendrissants. «Voici de la feuille d’or. – Ça se mange ?!» Pour décorer les tartelettes choco-mûres, une feuille d’or vient orner la pièce comme une petite couronne de princesse gourmande. Les mini-chefs, impressionnés, manipulent le fragile ornement avec précaution. Pour le macaron aux petits fruits, il faut découper les fraises – n’en manger qu’une sur deux – puis parer le pourtour de la crème avec les jolis cœurs marbrés ainsi obtenus. En effet, la fraise est lisse et rosée à l’intérieur, à la différence de son extérieur rouge et granuleux. Ainsi, on apprend que pour décorer un gâteau, on peut utiliser des demi-fraises côté face pour un aspect classique et gourmand, ou côté pile, pour un effet plus original et esthétique.

Junior pastry chefs in

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hat ingredients do you need to make vanilla pastry cream?» asks the chef, holding up a piping bag filled with an appetising cream-coloured concoction. «Cream and vanilla?» Although the answer is not as simple as that, the taste speaks for itself. It contains chocolate cream, fruit, white chocolate-coated pieces of raspberry and chocolate chips which explode in the mouth. The chef assembles a raspberry shortcake. His actions are precise, and the result is spectacular. Intimidated at first, the children soon get to grips with copying the example. Their confidence in their meticulous technique is touching, and the resulting shortbreads, with their rather haphazard raspberries, are all the sweeter for it. «This is gold leaf. – Can you really eat it?!» Each chocolate and blackberry mini-tart is decorated with a piece of gold leaf, like a tiny edible tiara. Clearly impressed, the junior chefs handle the fragile embellishments with care. To make the berry macaroons, you first need to cut up the strawberries (being sure to eat no more than half!), then decorate the circumference of the cream with the pretty marbled strawberry hearts. Strawberries are actually smooth and a pinkish colour on the inside, but red and grainy on the outside. The children learn that when decorating a cake, you can use the strawberry halves either face up, to create a traditional, gourmet appearance, or face down, for a more original and attractive effect.

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La poche est bien trop grande pou r ces petite s mains, mais le chef est là. C’est rigolo de presser la crème à de ux mains. The piping bag is far to o big for their sm all mitts, but the che f is there to lend a hand. It’s fu n squeezing the cream o ut with two hands.


a grown-up kitchen

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apucine is enthusiastic, Kolia is curious, Morgane is neat and tidy and Gabriel is extremely attentive. The four children would be perfect cast in a TV drama series, but they have much better things to do. It’s already time for tea. While the chef puts their masterpieces in takeaway cake boxes, the junior gourmets sneak their way into the bowels of the kitchens. Amused by these adorable intruders, the cooks offer them warm and fragrant madeleine sponges, fresh out of the oven.

C

apucine est enthousiaste, Kolia est curieux, Morgane est coquette et Gabriel très studieux, les quatre enfants seraient de parfaits candidats pour une série filmée, mais ils ont bien mieux à faire. C’est déjà l’heure du goûter. Pendant que le chef range les créations dans des boîtes à l’emporter, les petits gourmands se faufilent dans les profondeurs des cuisines. Amusés par ces adorables intrus, les cuisiniers leur offrent des madeleines juste sorties du four, chaudes et parfumées.

Bien installés dans le lobby du BeauRivage Palace, c’est l’heure de la dégustation. Une fois les pièces pour les frères et sœurs mises de côté, le goûter peut commencer. «Quatre sirops s’il vous plaît !»

Back in the lobby of the Beau-Rivage Palace, the time has come to taste the fruits of their efforts. After setting aside one or two cakes for brothers and sisters, it’s time for tea. «Four orange squashes, please!»

Les ateliers cuisine du Beau-Rivage Palace sont réservés aux enfants de la clientèle de l’hôtel. Renseignements auprès de la réception ou au 021 613 33 33. Beau-Rivage Palace cookery workshops are for hotel residents only. For more information, please speak to reception or telephone 021 613 33 33.

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FOR HIM

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L’Italian style, une révérence aux codes de l’élégance au masculin. L’intemporel revisité avec une touche de désinvolture. Le charme et la nonchalance, un duo efficace qui insuffle une allure de caractère. Le chic à l’italienne, une source d’inspiration infinie. Italian style reveres the codes of masculine elegance. Timelessness revisited with a touch of casualness. Charm and nonchalance: an effective duo which inspires an allure of character. Italian chic, an infinite source of inspiration. Par Sarah Jollien-Fardel 3

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2. La tradition à fleur de peau Crema da barba, Santa Maria Novella www.smnovella.it 3. Italian Class Ermenegildo Zegna. Boutique Di Marino Homme, Lausanne

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4. Le regard iconique Modèle 649, Persol Opticien Visilab, Lausanne 5. Subtilement précis IWC Portugaise Automatic or blanc, cadran gris ardoise Boutique A l’émeraude, Lausanne 6. Partir en souplesse Grand porte-documents Museum Saint Laurent par Hedi Slimane 7. Une signature contre la brise Hermès, Jamais Deux Sans Pois Boutique Hermès, Lausanne 8. L’élégance ancrée Derbies Brunico, Berluti www.berluti.com

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Des résurrections de laines enchantent depuis deux saisons le vestiaire des femmes. Une horde moelleuse mais pas niaise pour un sou, de mohair, alpaca, jacquard, torsades, nid d’abeille ou point mousse exalte la féminité. Ces cocons de douceur sont de merveilleux complices du cuir, du jean, des jupes, des robes. Ils se conjuguent à tous les temps, s’adaptent à toutes les circonstances. Le jour ou la nuit, pourvu qu’ils soient doux ! Wool has reclaimed pride of place in women’s wardrobes for two seasons now. A soft, but not fluffy, collection of mohair, alpaca, jacquard knit, cable stitch, honeycomb weave and garter stitch enhance femininity. Dare to shake things up: these soft cocoons can be teamed with leather, jeans, skirts and dresses to wonderful effect. Wool can be for all weathers and for all circumstances. For soft days and soft nights! Par Sarah Jollien-Fardel

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LUXURY 1. ICD Design La minutie et le perfectionnisme de Valentine Ebner, professeur à la Haute école d’art et de design (HEAD) de Genève, sont comblés lors de ses séances de broderies. C’est au Maroc qu’elle s’initie à l’art du fassi (broderie traditionnelle de Fez). En 2007, elle mixe cette technique nord africaine à des parures de lit, un marché que peu de créateurs ont investi. Elle choisit de belles matières, peaufine les détails. Du luxe sans ostentation comme elle aime à le dire. Ses parures, agrémentées parfois d’un ruban ou d’un plissé japonais, demeurent simples et graphiques. Comme on fait son lit, on se couche dit le dicton. Juré que dans les draps de Valentine, les nuits sont plus belles. www.icd-design.com The attention to detail and perfectionism of Valentine Ebner, a professor at Geneva University of Art and Design (HEAD), are reflected in her embroidery. She first learned the art of fassi (traditional Fez embroidery) in Morocco. In 2007, she added this North African technique to bed linen, a market in which only a few designers are present. She selects beautiful fabrics and adds the finishing touches. Luxury without ostentation, as she likes to say. Her bed linen, which is sometimes trimmed with a ribbon or Japanese pleats, is simple and graphic. You’ve made your bed, now lie in it, as the saying goes, although, truth be told, when you sleep in Valentine’s sheets, you can’t wait for bedtime! www.icd-design.com

Swiss designers

Eparpillés dans la discrète Suisse, les jeunes créateurs indigènes fourmillent de talents et d’idées. Sans se défaire de leur identité helvétique, ils grappillent des inspirations venues d’ailleurs, engrangent un savoirfaire qu’ils restituent dans des productions textiles pleines de promesses. Ludique mais élégante, pointilleuse et originale, la mode suisse est un paradis enchanteur pour les amoureux de la mode. Par Sarah Jollien-Fardel

2. Van Bery La blonde et décidée Berivan Meyer, la brune et tempérée Marie Tournant forment un duo équilibré. L’une crée, la seconde gère l’image de la marque. Les silhouettes Van Bery ultra-féminines sont des odes aux courbes de toutes les femmes. Les imprimés élégants, les pantalons aux proportions parfaites, des chemises ou des jupes. Un vestiaire pensé par et pour des femmes actives et sensuelles. www.vanbery.com Berivan Meyer is fair-haired and determined, while Marie Tournant is dark-haired and reserved, yet together they form a wellbalanced duo. One designs while the other manages the brand image. Van Bery’s ultra-feminine lines celebrate womanly curves. Featuring elegant prints, perfectly proportioned trousers, blouses and skirts, this is a wardrobe devised by and for active, sensuous women. www.vanbery.com

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3. Baies D’Erelle Aussi gracieuse que la fleur d’Airelle, Erelle Bertolini s’est volontairement amusée avec son prénom lorsqu’elle a lancé sa griffe en 2008. Les bijoux de la jeune femme sont issus de son univers riche, inspiré par un monde féerique. Cette saison, les mythologies grecque et babylonienne s’entrelacent dans deux lignes de bijoux. L’une en laiton et cuivre, la deuxième en argent vieilli. Quelques pierres adoucissent bracelets, colliers ou boucles d’oreilles. Pour s’imaginer en déesse contemporaine. www.baiesderelle.com As graceful as the Airelle (blueberry) flower, Erelle Bertolini played around with her first name when she launched her label in 2008. The young woman’s jewellery comes from her sumptuous universe, which takes its inspiration from the fairy kingdom. This season, Greek and Babylonian mythology intertwine in two jewellery lines. The first is made out of brass and copper, while the second is made out of aged silver. A few stones soften bracelets, necklaces and earrings, allowing you to imagine yourself as a contemporary goddess. www.baiesderelle.com

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designers

All across unassuming Switzerland, young local designers are brimming with talent and ideas. Without breaking with their Swiss identity, they glean inspiration from elsewhere and store up know-how which they distil into promising textile creations. Fun yet elegant, exacting yet original, Swiss design is a little slice of paradise for dedicated followers of fashion.

4. Mademoiselle L Laurence Imstepf Fuentes, lauréate du Design Mode HEAD en 2006, a monté Mademoiselle L deux ans plus tard. Ses vêtements graphiques et architecturés ne conviennent pas aux midinettes. Pour la deuxième année consécutive, Laurence s’est inspirée de l’artiste Kasimir Malevitch, une croix lors de son premier opus et le carré pour cet hiver 2013. A la fois cérébral et brut, chic et doucement irrévérencieux, le label Mademoiselle L possède un caractère et une personnalité bien trempés. www. mademoisellel.ch Two years after graduating in fashion design from HEAD in 2006, Laurence Imstepf Fuentes launched Mademoiselle L. Her graphic and structured clothing is not for wallflowers. For the second year in a row, Laurence has taken her inspiration from the artist Kasimir Malevitch: a cross for her first opus and a square for this winter 2013. Both cerebral and raw, chic and gently irreverent, the Mademoiselle L label has character and personality in spades. www.mademoisellel.ch

5. Royal Blush «Accessories with a conscience», le credo de la créatrice alémanique Jana Keller, est sans équivoque. Engagée, elle souhaite redonner un sens au luxe. Les cuirs de ses sacs et de ses bijoux exceptionnels sont tannés par des écorces et des racines. Une méthode mêlant les techniques ancestrales et technologiques. En 2010, Jana est retenue dans le top 30 des femmes «Green», en 2013 elle est nominée dans la catégorie «Generation Future» du prix NATURE Swisscanto. Une mention particulière à ses sacs intemporels qui s’affirment au fil des années. Royal Blush parce que c’est aujourd’hui qu’on invente demain. www.royalblush.ch

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«Accessories with a conscience» is the unambiguous tag line of the Alemanic designer Jana Keller. Committed, she wants to instil luxury with a meaning. The leather used in her amazing bags and jewellery is tanned using bark and roots, a method which combines age-old techniques and modern technology. In 2010, Jana was voted one of the Top 30 «Green» women, and in 2013 she was nominated in the «Generation Future» category of the NATURE Swisscanto prize. Her timeless bags, which have established themselves over the years, deserve a special mention. Royal Blush, because tomorrow gets invented today. www.royalblush.ch

6. Ikou Tschüss

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Depuis 2006, les créatrices zurichoises Guya Marini et Carmen D’Appolino essaiment à travers le monde leurs fabuleux foulards pour les hommes et les femmes. L’idée d’appesantir les bords d’un foulard grâce à du crochet, du tricot ou à une matière inhabituelle est née lorsque Carmen perdit le sien lors d’une balade à vélo. Leurs collections de vêtements perpétuent cette signature au crochet. Chaque pièce crochetée et tricotée est réalisée artisanalement grâce à un réseau de grands-mamans ou de travailleurs à domicile. Reconnue internationalement, Ikou Tschüss détient une touche personnelle inaltérable, inspirante. Constamment ouverte au monde et aux autres. www.ikoutschuss.com Since 2006, the two Zurich designers Guya Marini and Carmen D’Appolino have been expanding their fabulous scarves for men and women throughout the world. The idea to weigh down the edges of the scarves using crochet, knitting or an unusual material first occurred to Carmen when she lost hers while out on a bike ride. This crochet signature is woven into all their clothing collections. Each crocheted and knitted piece is hand-made by a network of grannies and home-workers. With an international reputation, Ikou Tschüss has a personal touch that is steadfast and inspiring. Constantly open to the world, and to others. www.ikoutschuss.com

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Sense of Wonder

En 2011, Nadia Dresti est élue Femme d’exception Parmigiani Fleurier pour son parcours et son engagement culturel en faveur du cinéma. Déléguée à la direction artistique du Festival international du film de Locarno, elle a créé pour lui l’«Industry Office» qu’elle dirige depuis 14 ans. Nadia Dresti nous accueille à Locarno, en plein festival, pour nous parler de sa passion: son métier. Texte Leila Klouche Photos Silas Vanetti

Nadia Dresti

Pour que vive le cinéma

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’où vient votre passion pour le cinéma? J’ai eu la chance de naître à Locarno, une ville qui possède un grand festival du film. C’est grâce à lui que j’ai découvert le cinéma. Mais aujourd’hui cette passion va au-delà, en réalité, ce que je fais me passionne: permettre à des films d’être vus et promouvoir le cinéma d’auteur, c’est ma façon de me dédier à cet art. Voyez-vous votre métier comme une mission? D’une certaine manière, oui. On défend le cinéma qu’on choisit. Quand on fait venir un film, ce n’est pas seulement pour remplir des hôtels ou pour qu’il obtienne de bons articles dans la presse, même si c’est important. On invite des programmateurs d’autres festivals ainsi que des acheteurs afin de donner à ces films une chance de vivre après Locarno. Vous n’avez pas toujours travaillé pour le festival. Qu’avez-vous fait avant de revenir à Locarno? J’ai été directrice du marketing pour la 20th Century Fox à Genève, puis j’ai monté ma propre société, Zero Problem, basée à Genève et à Paris, pour la promotion des films. J’ai aussi travaillé pour le marché de Cannes et celui de Berlin. Le marché du Festival de Cannes est une grosse machine; n’est-ce pas compliqué de faire le

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même travail dans une plus petite structure? Ça l’est! D’autant qu’il est plus difficile de trouver des acheteurs pour des films d’auteurs. Comme partout, il faut avoir un bon réseau. La première fois, les gens viennent vous voir et la fois suivante, ils amènent leurs amis. Aujourd’hui, Locarno est devenu «the place to be» pour l’industrie européenne et new-yorkaise qui défend ce genre de cinéma. Qu’a donc ce festival de si important que les autres n’ont pas? Le festival du film de Locarno est avant tout un festival de cinéphiles. Ensuite, il a une dimension humaine, qui permet aux gens de se rencontrer dans des condi-

tions propices aux échanges. Et puis, il a lieu en été, dans une ville sublime où l’on mange divinement, et où le plaisir est très présent… Surtout, une projection sur la Piazza Grande est une expérience unique au monde. Malgré toutes ces années à courir les festivals et les coulisses d’une industrie féroce, vous aimez toujours autant le cinéma? Aimer le cinéma ne veut pas dire aimer tous les gens qu’il y a autour! (Rires.) Mais j’éprouve toujours la même magie à m’asseoir dans une salle de cinéma et en me laissant porter dans un autre monde.

Les Femmes d’exception Parmigiani Fleurier Par ce trophée, la marque horlogère rend hommage de par le monde à la carrière ou au parcours de femmes remarquables, dans les domaines de la culture, des sciences, du sport ou de la finance. Ce titre n’a rien à voir avec la célébrité, la fortune ou le statut, c’est un témoignage d’admiration. Parmi ces lauréates, on peut citer Olga Sviblova, directrice du MAMM de Moscou, Laura Flessel, l’escrimeuse française, ou Corinne Hubinot, spécialiste en médecine fœtale à Bruxelles.


In 2011, Nadia Dresti was named one of Parmigiani Fleurier’s Women of Exception on account of her career and cultural commitment to cinema. Appointed artistic director of the Locarno International Film Festival, she founded the «Industry Office» on its behalf, and has run it for the past 14 years. Nadia Dresti met us in Locarno, right in the middle of the festival, to chat to us about her passion: her job. Words: Leila Klouche Photos: Silas Vanetti

d’auteur Comment avez-vous réagi quand Parmigiani Fleurier vous a contactée pour vous élire Femme d’exception? J’ai d’abord cru à une blague car c’était un 1er avril! Puis j’ai rencontré Jean-Marc Jacot (directeur de Parmigiani) qui m’a expliqué pourquoi ils m’avaient sélectionnée et ça m’a touchée. C’est une grande fierté pour moi car j’ai beaucoup d’estime et d’amitié pour toute l’équipe qui représente cette marque. C’est une belle aventure qui dure depuis plus de deux ans. Quels liens peut-on faire entre le cinéma et le temps ? Il y a le temps que l’on prend pour aller voir un film, le temps d’un voyage dans un autre univers. Et puis il y a le temps que le film met à trouver sa place en nous. A la fin de la projection, il reste en nous, il mûrit, et nous accompagne parfois pour toujours. Avez-vous un autre festival préféré? Le festival de cinéma de Carthagène en Colombie. C’est un petit festival, mais de très bonne qualité. Les gens sont très sympas et la ville est sublime. En plus, comme je dis toujours: «Je suis Suisse allemande la journée et Brésilienne la nuit», alors là-bas, c’est parfait pour moi. La journée, je travaille, et le soir, tout le monde se retrouve à l’«Oficina», un endroit incroyable, pour danser sur de la musique live. C’est fantastique.

Nadia Dresti Keeping art house cinema alive

W

here does your passion for cinema come from? I had the good fortune to be born in Locarno: a city with a great film festival, so I discovered cinema through the festival. However, this passion goes beyond that today. In actual fact, I am passionate about what I do, i.e. enabling films to be seen and promoting art house cinema. It’s my way of dedicating myself to this art form. Do you see your job as a vocation? Yes, in some respects. You champion the cinema you choose. When we bring in a film, it’s not just to fill hotels or so that it gets good press coverage, even though this is important. We invite programme planners from other festivals and buyers in order to give these films a chance of survival after Locarno. You haven’t always worked for the festival. What did you do before coming back to Locarno? I was marketing director for 20th Century Fox in Geneva, then I set up my own company, Zero Problem, based in Geneva and Paris, to promote films. I’ve also worked for the Cannes and Berlin markets. The Cannes Festival market is a massive machine. Isn’t it complicated to do the same job in a smaller organisation? It certainly is! Especially because it is more difficult to find buyers for art house films. However, like everywhere, you have to have a good network. People come to see you by themselves the first time, and the next time they bring their friends. Today, Locarno has become «the place to be» for the European and New York industry which champions this film genre. What does this festival have that is so important that the others don’t have? The Locarno Film Festival is primarily a festival for film-goers. In addition, it is modest in size, which enables people to meet up under conditions which are conducive to trade. What’s more, it’s held in the summer, in a beautiful city which offers divine cuisine and where enjoyment is palpable. Last but not least, a screening at the Piazza Grande is an experience you won’t find anywhere else on Earth. After all these years running festivals and working behind the scenes of a fierce

industry, do you still like cinema as much as ever? Liking cinema doesn’t mean liking all the people around you (laughter), but I still experience the same magic when I sit down in a cinema theatre and in letting myself be transported to another world. What was your reaction when Parmigiani Fleurier contacted you to name you a Woman of Exception? At first I thought it was a joke, because it was April Fools’ Day! Then I met up with Jean-Marc Jacot (director of Parmigiani), who explained to me why they had chosen me, and I found that very touching. It’s a source of great pride for me, because I hold the entire team behind this brand in very high esteem, and count them as my friends. It’s a great adventure, which has lasted more than two years. What links are there between cinema and time? There’s the time you take to go and see a film, the time it takes to journey to another universe, and then there’s the time the film takes to find its place inside us. At the end of the screening, it stays inside us, matures and sometimes remains with us forever. Do you have another favourite festival? The Cartagena Film Festival in Colombia. It’s a small festival, but an extremely good quality one. The people are lovely and the city is beautiful. I always say that «I am Swiss German in the daytime and Brazilian at night», so being over there is perfect for me. I work during the day, and at night everyone meets up at the «Oficina», an incredible spot, to dance to live music. It’s fantastic.

Parmigiani Fleurier Women of Exception Through this award, the watch brand pays homage to the careers or paths of remarkable women worldwide in the fields of culture, science, sport and finance. The title has nothing to do with celebrity, wealth or status. It is an expression of admiration. Other winners include Olga Sviblova, director of the Moscow MAMM, Laura Flessel, the French fencer, and Corinne Hubinot, a Brussels-based specialist in foetal medicine.

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ÉVASION

Baur au Lac

Havre de luxe entre histoire et modernité Sur les rives du lac et à deux pas de la très chic Bahnhofstrasse se trouve l’un des plus anciens hôtels de Zurich. Entouré d’eau et de verdure, ce palace a su préserver le charme de son histoire, tout en évoluant avec son temps. Texte Leila Klouche

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u’il est doux de se balader à pied à Zurich. Il y règne une atmosphère très urbaine et contemporaine, dans un décor charmant mêlé d’histoire et de nature. Après une après-midi de shopping ou un rendez-vous d’affaires, il est très agréable de retourner à pied à son hôtel, surtout quand on est logé au Baur au Lac. L’accueil personnalisé y est chaleureux, mais surtout, à peine passé le portail, on se sent pris à l’écart de la ville. Le somptueux parc, avec son séquoia centenaire, crée un rempart de douceur entre la réalité et ce havre de paix. D’ailleurs l’histoire de ce lieu nous rappelle que Johannes Baur – qui était déjà propriétaire du Baur en Ville situé plus au centre – construisit le Baur au Lac en 1844 afin d’apporter plus de discrétion aux voyageurs qui souhaitaient rester incognito. Si elle est une valeur commune aux grands hôtels de Suisse, la discrétion est ici une devise très vivante et l’argument prisé d’une clientèle soucieuse de sa tranquillité. Depuis ses débuts, le Baur au Lac s’est fait connaître dans le monde entier pour offrir aux grandes personnalités politiques et artistiques le confort d’un «chez soi» à Zurich. A la fin du XIXe siècle, rois et reines, princes et princesses et musiciens de renom se croisent dans les

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couloirs de l’hôtel zurichois devenu le rendez-vous du gotha. Il faut dire que Johannes Baur, puis Theodor, son fils, ont contribué à construire ce rôle moderne de l’hôtelier qui reçoit «chez lui» et qui fait de son institution bien plus qu’un endroit où l’on dort et où l’on dîne. Au Baur au Lac, on signe des traités de paix, on se marie entre ducs et duchesses, on entend chanter Wagner, et l’on croise Thomas Mann… Aujourd’hui la clientèle a évolué, mais l’atmosphère de l’hôtel est restée semblable à celle d’un «club privé», familière, avec un service très personnalisé. «On connaît tous nos clients, affirme le directeur, M. Luxem. Et les habitués apprécient que le personnel, qui les connaît bien, ne leur fasse pas trop de courbettes.» Les chefs d’Etat et les artistes continuent à descendre au Baur au Lac et à s’y sentir comme chez eux. Parallèlement au prestige international, et du haut de ses 170 ans, le Baur au Lac s’est très bien intégré à la vie de sa cité. Avec sa terrasse, l’une des plus belles de la ville, et ses restaurants – le très joli et très bon Pavillon et le très «in» Rive Gauche –, il fait partie des adresses favorites des Zurichois. Pour un mariage, un repas d’affaires ou un rendez-vous d’amoureux, le palace participe pleinement à la vie intime des habitants de sa ville.

Malgré son grand âge, l’hôtel historique a su évoluer avec son temps. Bénéficiant du privilège d’appartenir à la même famille depuis toujours – les Baur d’abord, puis les Kracht par alliance –, le Baur au Lac s’est développé dans la continuité avec beaucoup de cohérence. Toujours précurseur de modernités, l’hôtel est le premier de Suisse à avoir disposé d’un bureau de télégraphe. Ensuite, l’installation de salles de bain, de l’électricité, des ascenseurs, etc., a toujours précédé les attentes d’une clientèle exigeante. De nos jours encore, les nouvelles technologies continuent à entraîner dans leur course le développement de services de pointe et l’extrême confort de l’hôtel. Derrière la façade néoclassique, les chambres et les suites présentent le charme contemporain et cosy du célèbre décorateur Frédéric d'Haufayt. Les salles de bain, petits bijoux Art déco, sont aussi belles et confortables que les chambres elles-mêmes. Les couloirs infinis qui conduisent aux 120 chambres sont richement décorés des tableaux de la collection personnelle de la famille Kracht, férue d’art depuis toujours.

Un ouvrage remarquablement documenté, réalisé par l’historien Jean Des Cars, Mémoires d’un Palace (Flammarion, 2002), retrace la vie passionnante de ce cinq étoiles à la trajectoire rayonnante, l’inscrivant dans l’histoire de l’hôtellerie de luxe suisse et internationale, parmi les institutions les plus importantes de leur temps.


On the shores of the lake, just a stone’s throw from the rather chic Bahnhofstrasse, stands one of Zurich’s oldest hotels. Surrounded by water and greenery, this luxury hotel has succeeded in preserving the charm of its historical past, at the same time as moving with the times. Text Leila Klouche

A haven of luxury with a splendid past

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here’s something a bit special about walking around Zurich. The city has an extremely urban and contemporary feel, but in a charming setting that combines history and nature. After an afternoon spent shopping or in a business meeting, it is such a pleasure to be able to walk back to your hotel, especially when you’re staying at Baur au Lac. You are given a warm, personal welcome but, more than that, once you have crossed the threshold, you feel like you are a world away from the city. The magnificent park, with its hundred-year-old redwood tree, creates a gentle buffer between reality and this haven of peace. To recount the hotel’s history, Johannes Baur (who already owned Baur en Ville located closer to the city centre) built Baur au Lac in 1844 to provide greater discretion for travellers who wished to remain incognito. While it is true that discretion is a value sha-

Johannes Baur founder of Baur au Lac.

Together with its international prestige and 170 year history, Baur au Lac is also a key part of the fabric of the city. Thanks to its terrace (one of the finest in the city) and restaurants (the extremely pretty and particularly fine Pavillon and the trendy Rive Gauche), it is a favourite haunt of Zurich residents. The luxury hotel plays an important role in the lives of city residents, hosting weddings, business lunches and romantic dinners.

In the late 19th century, the Zurich hotel was frequented by all the bigwigs in society, and kings and queens, princes and princesses and famous musicians crossed paths in its corridors. In fact, Johannes Baur, and subsequently his son Theodor, helped shape the role of the hotelier as we know it, i.e. someone who has guests to stay «at his home» and whose establishment is much more than somewhere where you sleep and dine. Baur au Lac was the venue for peace treaties, weddings between dukes and duchesses, performances of Wagner, and also where you might spot Thomas Mann.

Despite its advanced age, the historic hotel has managed to move with the times. Having the good fortune always to have been owned by the same family (the Baur family first, followed by the Kracht family by marriage), Baur au Lac has developed over time with a great deal of consistency. Ever pioneering, the hotel was the first in Switzerland to have a telegraph office. Later, the installation of bathrooms, electricity, lifts and so on always preceded the expectations of a demanding clientele. Even nowadays, cutting edge services and extreme comfort come courtesy of new technologies. Behind the neoclassical facade, the Frédéric d'Haufayt-designed rooms and suites are characterised by a contemporary and cosy charm. The bathrooms, which are true art deco gems, are as beautiful and comfortable as the rooms themselves. The endless corridors leading to the 120 rooms are sumptuously decorated with paintings from the personal collection of the Kracht family, which has always had a passion for art.

The guests may have changed today, but the hotel’s atmosphere has remained similar to that of an informal «private club» with a wonderful personal touch. «We know all our guests,» comments Mr Luxem, the manager, «and our regulars appreciate the fact that the staff, who know them well, do not bow and scrape to them too much.» Heads of State and artists continue to descend on Baur au Lac, and to feel at home there.

Mémoires d’un Palace (Flammarion, 2002), a remarkably well-researched work by the historian Jean Des Cars, traces the fascinating story of this dazzling five star hotel from the perspective of the history of Swiss and international luxury hotels, which were among the most important establishments of their time.

red by all the large hotels in Switzerland, they take it particularly seriously here, much to the appreciation of guests in search of peace and quiet. Since its very early days, Baur au Lac has been renowned the world over for offering famous faces from the fields of politics and art all the comfort this of a «home away from home» in Zurich.

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RENCONTRE A l’occasion du festival littéraire Le livre sur les quais, Douglas Kennedy était de passage en Suisse pour présenter son onzième roman, «Cinq jours». Bien installé dans un petit salon du Beau-Rivage Palace, il commande un jus d’orange frais et se prête au jeu de l’interview avec une grande disponibilité. Par Leila Klouche / Photos Vanina Moreillon

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’est la troisième fois que vous logez au Beau-Rivage Palace, vous faites partie des habitués à présent? C’est vrai, j’adore cet hôtel. J’ai même insisté auprès des organisateurs de l’événement pour loger ici…

Il paraît que vous aimez écrire dans les hôtels? Je peux écrire n’importe où, mais les hôtels sont des endroits idéals. J’ai commencé à y écrire mes récits de voyages. C’était au début de ma carrière, en 1985, lors de mon périple en Egypte pour Au-delà des pyramides. J’avais un petit budget, mais c’était très important de pouvoir rentrer à mon hôtel avec mes calepins pour écrire le détail de ma journée. Vous avez participé aux trois éditions du Livre sur les quais, c’est un rendez-vous que vous appréciez? C’est la Suisse, la fin de l’été, au bord du lac… un cadre plutôt agréable! J’y trouve aussi un lectorat intelligent et très ouvert. La manifestation est bien faite, car elle ne présente pas que des séances de questions; elle offre un vrai dialogue avec le public, c’est passionnant. Et puis, j’aime rencontrer mes lecteurs, après tout, c’est grâce à eux que je suis là! Est-ce que l’on travaille ses textes de la même manière quand on sait qu’ils seront lus par des millions de gens? Je ne pense pas à ça quand j’écris. Si je le faisais, je deviendrais fou. J’écris d’abord pour moi-même. Ensuite, le deuxième jet et le travail du texte s’adressent plus au public, en y intégrant du suspense, par exemple. Mais le succès implique une responsabilité. Il faut sans cesse s’améliorer, vous ne pouvez pas régresser. Et surtout, vous ne pouvez jamais écrire deux fois le même roman! Vous êtes l’un des auteurs vivants les plus lus au monde, qu’est-ce que ça fait? Je n’avais jamais pensé devenir écrivain de bestseller. C’est arrivé par hasard, avec L’homme qui

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Douglas Kennedy

L’écrivain qui aimait parcourir le monde voulait vivre sa vie. J’essaie de garder de la distance avec la notoriété. En dehors de la promotion de mes livres, j’évite la célébrité. Je ne suis pas mondain, j’ai horreur de ça. Le succès est un vernis très fragile. Mais il me sert en revanche à voyager et à faire des rencontres passionnantes. Le voyage semble essentiel à votre vie d’écrivain. J’adore voyager. J’ai récemment compté que j’étais allé dans 56 pays! Ayant commencé ma carrière avec des récits de voyages, j’ai gardé cette habitude de collecter de la matière pour mes romans partout où je suis.

Comment procédez-vous ? Je suis comme une éponge, j’absorbe ce que je vois et ce que j’entends. La vie des autres m’intéresse. Je pose énormément de questions, parfois futiles, mais qui amènent les gens à me parler d’eux. Par exemple, je cherche toujours à connaître le prix de tout ce qui les entoure. Ça peut sembler parfois inadéquat, pourtant, derrière les réponses, on découvre des éléments très intéressants. Que racontez-vous, des parcours de vie ou de belles histoires? Mon style est très accessible avec une narration soutenue. Les pages se tournent quasiment toutes seules. Et mes sujets traitent des inquiétudes


modernes et des choses quotidiennes, comme le couple, la carrière, les enfants, etc. Par exemple, dans mon dernier roman, Cinq jours, la narratrice, Laura, a un cancer. Elle a 42 ans, un mariage raté et une vie très limitée. Un jour, elle fait la rencontre de Richard, un homme triste, aussi seul qu’elle. Entre les deux naît une passion. Mais derrière leur histoire se cache une question – qui est certainement la plus simple et la plus difficile dans la vie : «Qu’est-ce que je veux?» J’utilise donc un récit qui comporte du suspense et de nombreux éléments narratifs pour explorer des questions primordiales, existentielles et sans réponses. Vous envisagez souvent une autre vie possible pour vos personnages, pourquoi? Tout le monde a une vie parallèle. Les gens se créent un personnage, ils se construisent une vie, qui s’avère parfois être une prison dont ils tentent de s’échapper. Je suis 100% d’accord avec Nietzsche qui a écrit : «Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations». Quelle interprétation fait-on de sa vie? Pourquoi fait-on consciemment des choses que nous réprouvons ou qui nous rendent malheureux? J’aime raconter ces contradictions. C’est un aspect qui peut expliquer mon succès, car tout le monde souffre de contradictions : la plus grande lutte dans une vie, c’est soi-même! «Cinq jours» de Douglas Kennedy, éd. Belfond, 2013

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his is the third time you’ve stayed at the Beau-Rivage Palace, so that must make you a regular! It’s true, I love this hotel. I even insisted on staying here to the event’s organisers.

Do you like writing in hotels? I can write anywhere, but hotels are ideal places. I started writing my travel tales in hotels. It was in the early days of my career, in 1985, during my trip to Egypt for Beyond the Pyramids. I only had a small budget, but it was very important to be able to take my notebooks back to my hotel to record the details of my day. You’ve made it to the Morges Literary Festival three times. Is it a festival you particularly like? It’s Switzerland, late summer, beside the lake… what’s not to like! I also find that the readers who go there are intelligent and very open. The event is well conceived in the sense that it does not just feature Q&A sessions. It offers a real dialogue with the public, which is exciting. What’s more, I enjoy meeting my readers. After all, they’ve put me where I am today!

Douglas Kennedy

The travelling novelist Here for the Morges Literary Festival, Douglas Kennedy was stopping off in Switzerland to talk about Five Days, his eleventh novel. Sitting comfortably in a small lounge at the Beau-Rivage Palace, he ordered a freshly squeezed orange juice and happily sat back to answer our questions. Words: Leila Klouche / Photos: Vanina Moreillon

Do you write in the same way when you know your books are going to be read by millions of people? I don’t think about that when I’m writing. If I did, I’d go mad! First of all, I write for myself. Then, the second draft and the reworking are aimed more at the public, by incorporating suspense for example. However, success brings with it responsibility. You have to improve continuously; you cannot go backwards. Most importantly, you can never write the same novel twice! You’re one of the world’s most popular authors alive today. What does that mean for you? I’d never thought about becoming a bestselling writer. It happened by chance, with The Big Picture. I try to keep fame at arm’s length. Aside from promoting my books, I avoid celebrity. I’m not someone who likes social occasions, I hate all that. Success is an extremely fragile gloss, but it allows me to travel and meet interesting people. Travel seems to be essential to you as a writer. I love travelling. I recently calculated that I had been to 56 countries! Having started my career with travel tales, I’ve kept up the habit of collecting material for my novels no matter where I am. How do you do that? I’m like a sponge. I absorb everything I see and hear. I’m interested in other people’s lives. I ask masses of questions, some of them trivial, but they make people talk to me about themselves. For example, I always want to know the price of everything that surrounds them. It may sometimes seem inadequate, but if you

look beyond the answers, you find out some really interesting things. What do you write: life stories or ripping yarns? My style is extremely accessible, with a sustained narrative. My books are real page-turners. However, my subjects deal with modern concerns and everyday things, such as relationships, careers, children, etc. For example, in Five Days, my latest novel, the narrator, Laura, has cancer. She is 42 years of age, in a failed marriage and only has a short time left to live. One day, she meets Richard, a sad man who is as lonely as she is. A passion develops between the two, but beneath the surface is a question which is surely the easiest and the most difficult in life: «what do I really want?» So I use a story which incorporates suspense and a number of narrative elements to explore major, existential and unanswered questions. You often envisage another possible life for your characters. Why is that? Everyone has a parallel life. People create a character for themselves. They build a life for themselves which sometimes turns out to be a prison which they try to escape from. I agree with Nietzsche 100% when he said: «There are no facts, only interpretations». How do we interpret our lives? Why do we consciously do things we disapprove of or which make us unhappy? I like writing about these contradictions. This aspect may go some way towards explaining my success, because everyone suffers from contradictions: the greatest battle you face in life is with yourself! «Five Days» by Douglas Kennedy, pub. Belfond, 2013

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© RMN-Grand Palais (château de Versailles) / Gérard Blot Jean-Marc Nattier et sa famille (détail), 1730-1762

Night and day

November 8, 2013 – April 27, 2014 Véhicules - Collection de l’Art Brut Première édition des «Biennales de l’Art Brut», cette exposition réunit exclusivement des œuvres appartenant à l’institution lausannoise sur le thème des moyens de transport. Plus de 200 œuvres de 42 auteurs révèlent une fantastique diversité des techniques, des matériaux, des dimensions et des langages formels employés. The first ever «Biennales de l’Art Brut» (biennial exhibition of brut art), offering an exclusive opportunity to view the Lausanne-based institution’s collection of works on the theme of transport. More than 200 works by 42 artists reveal the amazing diversity of the techniques, materials, dimensions and specialist language used. www.artbrut.ch December 18 – 21, 2013 Béjart Ballet Lausanne Théâtre de Beaulieu Très beau programme de fête présenté par le Béjart Ballet Lausanne. Le célèbre Sacre du printemps est accompagné d’Anima Blues, la nouvelle chorégraphie de Gil Roman, et d’une création de Christophe Garcia, ancien danseur de la compagnie, qui revisite Le Spectre de la rose. A great festive program presented by the Béjart Ballet Lausanne: the famous Le Sacre du Printemps (Rite of Spring) is accompanied by Anima Blues, new choreography by Gil Roman, and a creation by Christophe Garcia, a former dancer with the company, who has created a new take on The Spirit of the Rose. www.bejart.ch Until January 5th, 2014 Sebastião Salgado, «Genesis» - Musée de l’Elysée Genesis est une quête photographique à l’échelle de la planète, dans laquelle le célèbre photographe brésilien Sebastião Salgado redécouvre des lieux et des peuples qui ont échappé, jusqu’ici, à l’empreinte des sociétés modernes. Genesis is a photographic quest spanning the entire planet, in which the famous Brazilian photographer Sebastião Salgado rediscovers places and people who have, so far, remained untouched by our modern society. www.elysee.ch

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© Sebastião Salgado / Amazonas Images

©FrancetteLevieux

January 26 – February 1st, 2014 Prix de Lausanne - Théâtre de Beaulieu Cette 42e édition de la compétition internationale de danse est une occasion sublime de découvrir de jeunes danseurs d’exception. This 42nd edition of the international dance competition is a wonderful opportunity to discover some outstanding young dancers. www.prixdelausanne.org

February 7 – June 1st, 2014 «Le goût de Diderot : Greuze, Chardin, Falconet, David…» - Fondation de l’Hermitage Cette présentation d’envergure, qui réunit plus de 80 peintures et sculptures, permet de comprendre ce qu’étaient le regard et l’esthétique du philosophe français à travers ses célèbres critiques du Salon, une exposition organisée par l’Académie royale de peinture et de sculpture. This extensive presentation, bringing together more than 80 paintings and sculptures, helps us to understand the French philosopher’s outlook and esthetics, through his famous critiques of the Salon, an exhibition organized by the Académie royale de peinture et de sculpture. www.fondation-hermitage.ch February 21 – June 9, 2014 «La Beauté du corps dans l’Antiquité grecque» - Fondation Pierre Gianadda, Martigny «The Beauty of the body in the Antique Greece» Cette exposition présente quelques-unes des pièces maîtresses choisies parmi les antiquités grecques et romaines du British Museum de Londres. This exhibition presents a few influential works chosen from among the Greek and Roman antiquities in the British Museum in London. www.gianadda.ch January 25 – February 2nd, 2014 36e Festival international de ballons, Château-d’Œx La capitale mondiale de la montgolfière en milieu alpin accueille de nombreux aérostiers venus du monde entier et de fantastiques ballons aux formes spéciales. Shows aériens, vols captifs, lâcher de ballons et d’autres animations font de cette manifestation un événement inoubliable. The world capital of the hot air balloon welcomes many balloon enthusiasts from all over the world to this alpine setting, together with a wide variety of amazing balloons. Airshows, passenger flights, releasing of balloons and other entertainment will make this an unforgettable event. www.festivaldeballons.ch ©Gregory Batardon

©Olivier Laffely Curzio Di Giovanni, Unnaa Posc Rossa Scurra Rossa Rossa Svossvagherrrrrrrrrrrrr, 2002

AGENDA


Deux patrimoines essentiels nous ont été confiés. L’un, que nous partageons tous, nous rend responsable de l’équilibre de notre planète. L’autre est celui que vous nous avez précieusement confié.

Une histoire de gestion. Qui dure depuis 1780.

Le plus ancien Banquier de Suisse romande

ancre sa philosophie et sa responsabilité dans le pur respect d’une éthique durable. Ecouter. Anticiper. Agir sur votre patrimoine. En toute transparence. Et ainsi contribuer à le magnifier pour le remettre aux

LOUP DESIGN. PHOTO : ©MARGI MOSS

générations suivantes. Ancrée à l’EPFL, et créée à l’initiative de Pierre Landolt, Président du Conseil d’Administration de Landolt & Cie SA, la Chaire Landolt & Cie «Stratégies innovatrices pour un futur durable» a pour but de favoriser la formation et l’émergence de nouvelles approches. Et ainsi peut-être faire naître et progresser, dans une vision stratégique modifiée, une nouvelle façon de penser et d’agir qui favorise un sens collectif solidaire.

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