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AVRIL 2018 VOL 9 - NO 7

6EXPOSITION :

COEXISTENCE

9LILIE APPRENTIE PARFAITE

10

DES ÎLES DE LA MADELEINE À L’ÎLE NEPAWA

13 UN INCINÉRATEUR POUR LE TÉMIS

14

L’ARBRE VU PAR BERNARD BÉLAND

POURSUIVRE SES ÉTUDES AUX 2E ET 3E CYCLES 40 programmes - Possibilité de concilier études-travail-famille GÉNÉREUSES BOURSES D’ÉTUDES – POUR LES ÉTUDIANTS À TEMPS COMPLET


ÉDITORIAL

UNE ARRIVÉE ET UN AUREVOIR

LA CHANCE DU MESSAGER

LISE MILLETTE

MAUDE LABRECQUE-DENIS

Une nouvelle venue a fait son apparition dans le giron de L’Indice bohémien. Maude Labrecque-Denis relève à son tour le défi d’assumer la rédaction en chef du journal. Après une année à parcourir en mots l’Abitibi et le Témiscamingue par le regard des artistes et acteurs d’une diversité étonnante, je passe les commandes. Je resterai fidèle à mes amours d’écriture et je retrouve également avec joie le plaisir complice que j’éprouve derrière un micro, dans un studio d’enregistrement. Les mots passeront du papier aux ondes, à ICI Radio-Canada Abitibi-Témiscamingue. Dans ce dernier éditorial bohémien, je me permets de remercier les bénévoles, ceux et celles qui ont contribué au petit miracle de publier, à chaque numéro, des histoires et fait rayonner des gens d’ici. Je tiens aussi à remercier les lecteurs et lectrices qui donnent à ce travail tout son sens. Vous avez été mon comité d’accueil, moi dont les racines sont ancrées à Macamic en Abitibi-Ouest, mais qui n’avais jamais habité ici avant juillet dernier. Je n’aurais su mieux trouver pour me convaincre de l’hospitalité des gens d’ici. Une chose que j’ai aussi apprise depuis mon arrivée, tout passage n’est que le présage d’une suite. Le territoire est vaste, mais on se retrouve toujours quelque part… Je vous dis donc, à bientôt!

L’Indice bohémien est un indice qui permet de mesurer la qualité de vie, la tolérance et la créativité culturelle d’une ville et d’une région. ___________________________________

Je m’approche de cette petite maison blanche devant laquelle je suis si souvent passée. Je l’ai toujours trouvée coquette et un brin mystérieuse, avec son arbre magnifique à l’avant et ses lucarnes au toit. Elle est remplie d’un passé qui m’est étranger et qui pourtant se ressent. Comme tant d’autres en Abitibi-Témiscamingue, elle évoque cette histoire que nous avons en commun : celle du rêve et de la volonté de construire quelque chose de beau qui nous ressemble, sur ce territoire qui nous rassemble. Aujourd’hui je vais y entrer. Aujourd’hui ma plume s’ajoutera au chapitre. J’anticipe déjà ma chance de découvrir des centaines d’histoires. Des histoires de création, de passion; de réflexion, d’entraide, de réalisation. Certaines qui parlent de grands succès, d’autres qui revendiquent. Mais toujours, des histoires qui façonnent notre futur. Soudain, la mission me semble encore plus importante. Je m’assoie devant la page blanche de cet ordinateur pas encore apprivoisé et mon imaginaire s’ouvre tout entier. Une première histoire à raconter, le début d’une longue lignée. Après une gorgée de latte (j’avais tout prévu), j’effleure les touches du clavier… et je réalise la chance que j’ai. Originaire de Senneterre en Abitibi-Témiscamingue, Maude Labrecque-Denis a étudié les Arts Visuels avant de venir faire son Baccalauréat en création numérique à l’UQAT. Passionnée d’écriture, d’Arts et de Culture et nourrissant un grand amour pour sa région natale, c’est avec beaucoup d’enthousiasme qu’elle prendra à partir du mois d’avril la barre de la Rédaction du journal culturel régional L’Indice bohémien.

Je vais accumuler des mots en pensant à toi.

CRÉDIT PHOTO : FRÉDÉRIC PATOINE

2 L’INDICE BOHÉMIEn AVRIL 2018

SOMMAIRE

CHRONIQUES ANACHRONIQUE TÊTE CHERCHEUSE DE PANACHE ET DE LAINE RENDEZ-VOUS DE L’HISTOIRE PREMIÈRES NATIONS MA RÉGION J’EN MANGE RÉGION INTELLIGENTE MALGRÉ LA ROUTE QUI NOUS SÉPARE L’ENVERS DU DÉCOR ENVIRONNEMENT

COORDONNATRICES RÉGIONALES Véronic Beaulé (MRC Témiscamingue) Geneviève Béland (MRC Vallée-de-l’Or) Madeleine Perron (Rouyn-Noranda) Sophie Ouellet (MRC Abitibi-Ouest) Anne-Laure Bourdaleix-Manin (MRC Vallée-de-l’Or) ___________________________________ CORRECTRICE D’ÉPREUVES Geneviève Blais ___________________________________ RÉDACTION ET COMMUNICATIONS Lise Millette redaction@indicebohemien.org 819 277-8738 ___________________________________ GRAPHISME Staifany Gonthier graphisme@indicebohemien.org ___________________________________ DIRECTION ET VENTES PUBLICITAIRES Valérie Martinez coordination@indicebohemien.org 819 763-2677 ___________________________________

CONSEIL D’ADMINISTRATION Marie-France Beaudry, présidente Véronique Gagné, trésorière Carolann St-Jean, secrétaire Fednel Alexandre, Guillaume Boucher, Anne-Laure Bourdaleix-Manin et Dominic Ruel ___________________________________

Pépin

PHOTO TIRÉE DU TRAVAIL DOCUMENTAIRE D’ÉMILIE LESSARD-THERRIEN QUI A RÉALISÉ UN INVENTAIRE EXHAUSTIF DES GRANGES DOUBLES AU TÉMISCAMINGUE.

Gaston A. Lacroix, Bianca Bédard, Émmélia Blais-Dowdy, Isabelle Brochu, Armand Chiasson, Gabriel David Hurtubise, Richard Desjardins, Michel Desfossés, Daniel Gagné, Tobi Gagné, Anne Gauthier, Francine Gauthier, Henri Jacob, Maude Labrecque-Denis, Dominic Lafontaine, Émilise Lessard-Therrien, Ghislain Trudel, Vanessa Mahoney, Philippe Marquis, Lise Millette, Michèle Paquette, Dominique Roy, Dominic Ruel et Marta Saenz de la Calzada ___________________________________

L’Indice bohémien est publié 10 fois l’an et distribué gratui­tement par la Coopérative du journal culturel de l’Abitibi-­Témiscamingue, fondée en novembre 2006. ___________________________________

Au revoir et merci, Lise, tu vas me manquer.

EN COUVERTURE

JOURNALISTES-COLLABORATEURS ET CHRONIQUEURS

4 5 8 11 13 15 17 19 20 21

ARCHITECTURE MUSIQUE COURRIER DES LECTEURS ARTS VISUELS CONTE LITTÉRATURE ENVIRONNEMENT

3 4, 22 5 6 7 9 - 11 13 - 16, 18

L’INDICE BOHÉMIEN 150, avenue du Lac Rouyn-Noranda (Québec) J9X 4N5 Téléphone : 819 763-2677 Télécopieur : 819 764-6375 indicebohemien.org ___________________________________ TYPOGRAPHIE Harfang : André Simard, DGA ___________________________________ ISSN 1920-6488 L’Indice bohémien


À LA UNE

Curieuse architecture LISE MILLETTE

Un certain mystère plane au Témiscamingue. La région abrite une curiosité architecturale répandue : les granges doubles. Ces structures imposantes, unifiées en leur centre, peuplent le paysage. Elles étaient sans doute bien plus nombreuses encore il y a quelques années à en croire les recherches réalisées par Émilise Lessard-Thérien. « Nous en avons trouvé pas loin de 90 », assure-t-elle.

L’enquête terrain révèle que ces bâtiments ont fait leur apparition vers 1900-1920, au début de la colonisation. Concrètement, la deuxième grange communique avec l’entretoit. L’espace intérieur est vaste, il est plus facile d’y engranger le foin. On y retrouve souvent, chez les producteurs laitiers, l’étable à lait, le foin au-dessus des bêtes.

Mandatée par la Commission culturelle du Témiscamingue, Émilie Lessard-Therrien a sillonné les rangs de sa région à la recherche des grands bâtiments. Elle en a fait un recensement exhaustif, a rencontré les propriétaires, réalisé des entrevues, croqué ces mastodontes de planches en photos et daté chacun des bâtiments. Un travail colossal selon la recherchiste. « Mon document de recherche fait une centaine de pages! J’ai trouvé l’expérience vraiment enrichissante. Ce sont de super bâtiments, importants dans le paysage témiscamien. Pour certains, il y a un souci de les préserver et c’est un plus dans le paysage agricole. » Certaines granges doubles ont été restaurées, d’autres, laissées à l’abandon. Grâce aux fouilles d’Émilise, la petite histoire de chacune a été recensée. À Saint-Bruno-deGuigues, le toit de tôle d’une des granges doubles laisse croire qu’il s’agit d’un bâtiment neuf, mais il s’agit plutôt d’un effort de préservation. À Nédélec, les deux granges se sont fait ramasser par le vent en 1942 et ont été reconstruites le même été. À NotreDame-du-Nord, celle de Michel Perreault a été pratiquement transformée en musée! « J’ai pu voir plusieurs trucs laissés à l’abandon dans ces bâtiments. Parfois, il était vraiment intéressant de découvrir de vieux vélos, de vieux outils esthétiquement très jolis. La grange de M. Perreault a été entretenue de manière impressionnante et avec soin. Il y a une foule d’objets récupérés au fil des années et qui sont exposés. C’est un vrai petit musée », confie-t-elle.

MAIS POURQUOI DES GRANGES DOUBLES? « Ça reste un peu embêtant  », commence Émilise Lessard-Therrien. «  Souvent, on commençait par construire une première grange. Après ça, on avait besoin de plus grand, alors on ajoutait une deuxième grange. Selon ce qui nous a été rapporté, il est rare qu’une grange double ait été construite dès le départ ». À Fugèreville, la petite équipe de traqueur de granges a même trouvé un bâtiment triple, propriété de Jean-Luc Paquette. Cette grande grange n’est toutefois plus en fonction.

« Ça permettait aussi d’isoler. L’autre côté, on y mettait la machinerie  », résume Émilise. Les plus récentes constructions datent des années 1940-1950. L’exposition Les granges doubles au Témiscamingue garde « pignon sur champ » au Rift jusqu’au 6 mai. Par la suite, il faudra patienter puisqu’une suite est possible. «  Nous avons réalisé de nombreuses entrevues vidéos avec les propriétaires. La Commission culturelle évalue la possibilité de présenter un documentaire sur les granges doubles », laisse miroiter Mme Lessard-Therrien.

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L’ANACHRONIQUE

MUSIQUE

FLORILÈGE ET LA GRAND-MESSE DE VIGNEAULT

MIGRATION PHILIPPE MARQUIS

LISE MILLETTE

L’Ensemble vocal Florilège proposera au public une nouvelle facette du poète québécois Gilles Vigneault. Ce ne sont pas des pièces du répertoire connu du chanteur, mais plutôt une grand-messe qui prendra la route à la rencontre des mélomanes.

Marcher le temps lentement S’attarder à tout

« Dans cette messe, nous y découvrons un cours d’histoire de la musique religieuse de la Nouvelle-France lors de l’accueil des Amérindiens en passant par le recueillement musical des Québécois en faisant un clin d’œil folklorique à la Vigneault pour finir avec un chant de sortie qui nous prépare à la fête en ayant la bénédiction d’aller vivre en paix sur la terre », commente Louis-Antoine Laroche, directeur de l’Ensemble vocal Florilège.

Divaguer hors du courant des rumeurs de la peur de tout Caresser les dernières neiges Sentir l’hiver se perdre sous nos coups de soleil Toucher le silence Goûter sa paix Aller au-delà de la lumière du solstice Accueillir les musiques du printemps Accorder cris d’enfants bruissements de feuilles crépitements de nos feux Passer du froid Innommables Tableaux Brulants de vie Réchauffer la pudeur Voir loin Chanter les vérités Labourer les mémoires Semer ses visions Plonger sous les vagues de chaleur Boire l’eau d’érable Savourer nos fruits sauvages Muer en lumière Ressentir toujours le doux le chaud Migrer vers nous.

Cette grand-messe, Gilles Vigneault l’a terminée en 2008, après l’avoir fait mûrir dans sa tête pendant une bonne dizaine d’années. Il s’est adjoint le talent du compositeur Bruno Fecteur afin de laisser une forme de legs au patrimoine. Le Conservatoire de musique et d’art dramatique de Québec cite ainsi M. Vigneault à propos de cette œuvre : « Une messe, c’est l’occasion de se rassembler pour louer un être qu’on invente parfois, auquel on croit fermement d’autres fois, mais qui semble nécessaire à toute la nature humaine profonde ». M.  Laroche, qui avoue avoir toujours aimé Gilles Vigneault, estime qu’écouter cette grand-messe vient ajouter une nouvelle touche au personnage du grand homme, et révéler, peut-être, un côté un peu plus méconnu. « Plus on écoute cette œuvre, plus on ressent son histoire et sa beauté, et on a envie de dire merci à Fecteau et Vigneault en priant : “Ainsi soit-il!” », mentionne encore M.  Laroche qui souligne également que ce printemps, la Grand-messe de Vigneault sera aussi une manière de célébrer les 90 ans de Gilles Vigneault. L’Ensemble vocal Florilège, accompagné du quatuor Opus Nord (Louise Arpin, violon, Jean-Yves Denis, violon, Ginette Robert, alto, Dominique Bérubé, violoncelle) et de Réjean Laplante au piano présenteront cette série de spectacles à compter du 22 avril et la tournée s’arrêtera en mai après avoir visité Macamic, Notre-Dame-du-Nord, Amos, Rouyn-Noranda et Val-d’Or.

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TÊTE CHERCHEUSE

COURRIER DES LECTEURS

« COULEUR DE PEAU »

POUR ÉVITER LES POISSONS D’AVRIL

MARTA SAENZ DE LA CALZADA

DOMINIC RUEL

J’ai lu plusieurs fois cet article. Avec un sentiment de malaise la première fois, d’incrédulité la deuxième, d’irritation ensuite. Cet article commence par citer Martin Luther King, et son discours « I have a dream ». Il parle des luttes de Rosa Park et de Mandela contre le racisme et la discrimination. Il continue en disant que « de drôles de choses arrivent aujourd’hui […] elles n’ont rien à voir avec le rêve de Luther King », car il y a des espaces réservés aux Noirs, des cours universitaires pour Noirs, un colloque pour gens d’affaires noirs. » Et, après avoir affirmé que la discrimination positive et les quotas ne fonctionnent pas, l’article conclut que Martin Luther King se retournerait dans sa tombe, car ces pratiques auraient comme conséquence le retour de certains ghettos. M. Ruel ne semble pas se rendre compte que le rêve de Luther King, ce rêve où on ne juge pas les gens à la couleur de leur peau est loin d’être réalisé, ni aux États-Unis ni ici. Il existe de la discrimination systémique au Québec (puisque l’appellation « racisme systémique » dérange), c’est un fait indéniable. Statistiquement, les Noirs, les Arabes, les «  Ethnies  » gagnent, en moyenne, moins que les Québécois de souche. Ils ont plus de difficultés à trouver du travail, un logement. Le profilage racial est toujours pratiqué et un Noir a plus de probabilités d’avoir des problèmes avec les policiers qu’un Blanc. (Il n’y a que se rappeler de la mort de Freddy Villanueva et les relations tendues entre la police et la population multiethnique de Montréal-Nord.) Sans parler des autochtones, surreprésentés dans le milieu carcéral, discriminés depuis toujours, ni des femmes autochtones, qui ont dénoncé les humiliations, agressions, subies par elles de la part de la police de Val-d’Or, ni des près de 1500 femmes autochtones disparues et assassinées. M.  Ruel, homme blanc, pétri de privilèges d’homme blanc, ignorant ses préjugés, affirme que la discrimination positive ou les quotas ne fonctionnent pas, car, « il reste que le choix se fait selon la couleur de la peau. Et la compétence? » s’interroge-t-il. Mais, M. Ruel, la discrimination positive veut dire : « À compétence ÉGALE, on choisit la personne ayant été victime de discrimination systémique ». Alors, n’ayez pas peur. La compétence ne sera pas oubliée même si on choisit un Noir (ou une femme) à un poste de pouvoir! Peut-être qu’alors vous comprendrez que votre « Je nous croyais tous Québécois, pourtant. Il n’y a pas, il me semble, de Québécois noirs, jaunes, ou beiges. Il n’y a que des Québécois à qui on offre une liberté de choix, et les meilleures de chances possibles par notre système d’éducation et de solidarité sociale. » est encore un rêve à réaliser. Et que nous devons continuer à nous battre contre la discrimination et le racisme, si nous voulons qu’un jour ce rêve soit une réalité, au lieu de nier par ignorance ou par aveuglement volontaire les inégalités qui existent encore?

L’information circule comme jamais. Aucune autre époque n’a permis d’être aussi bien informé, pour ceux qui le souhaitent. L’instantanéité de l’information est aussi une nouveauté : on sait ce qui se passe dans la seconde grâce à Internet. Mais cette multiplication des réseaux sociaux, des sources d’informations, des relais d’événements et d’opinions engendre un problème nouveau, que l’on n’imaginait même pas du temps de la bonne presse papier, des salles de rédaction et des journalistes sur le terrain : les fausses nouvelles, les fake news. C’est le quatrième pouvoir, l’information, qui serait en péril. Il y a un risque aussi pour la démocratie, qui passe par des citoyens bien informés, éclairés par ces chiens de garde que devraient être les médias. Fake news donc. On pourrait rire et ridiculiser ceux qui inventent ces nouvelles et les partagent, et surtout ceux qui y croient dur comme fer. Mais on pourrait pleurer de honte et se dire que bien des gens manquent franchement de discernement et d’esprit critique dans une société pourtant bien éduquée. La tendance est au législatif présentement. Un problème se pose et la solution facile, scandée par plusieurs : « Faisons une loi! », si ce n’est pas : « Vite, une commission d’enquête! ». Une loi est d’ailleurs en préparation en France. Un juge se prononcera sur la valeur d’une information, sa véracité, et pourra ensuite ordonner certaines choses comme l’interdiction de la remise en ligne, la fermeture de comptes de relayeurs ou le blocage d’un site, par exemple. Ça peut sembler simple et de bonne guerre. Il faut protéger le monde, la veuve et l’orphelin, contre les informations fausses et mensongères. Mais déjà, des inquiétudes sont soulevées. Des questions se posent. Un premier pas vers la censure, exercée par l’État via ses juges? Menace à la liberté d’expression? Et puis, la diffamation est déjà punie par la loi. On ne peut dire n’importe quoi sur n’importe qui. On ouvre aussi peut-être une boite de Pandore : des opinions contraires à une doxa officielle ou officieuse seront-elles interdites? Ne doivent pas devenir non plus de fausses nouvelles des idées qui s’opposent à d’autres. Pierre Trudel, professeur de droit à l’Université de Montréal va dans ce sens : «  C’est une chose de dire que “les fausses nouvelles, ça a permis de faire élire Donald Trump”, mais ce n’est pas suffisant pour supprimer la liberté d’expression. On ne peut pas dire : “vu que ça a aidé Donald Trump, on peut censurer”. Ce n’est pas suffisant. » Il y peut-être une autre solution. À long terme. Plus constructive. Qui demande la patience  : l’éducation à Internet et à l’esprit critique. C’est par un large éventail de connaissances générales, par des compétences de lecture, d’analyse de textes, d’inférence, par des habitudes de rigueur et du doute raisonnable face aux centaines de nouvelles qu’on pourra combattre les fausses nouvelles. Tiens donc : voilà justement le fondement même de l’école.

Consulter le site de L’Indice bohémien pour l’intégrale de ce commentaire.

Christine Moore Députée d’Abitibi-Témiscamingue

1-800-567-6433

christinemoore@parl.gc.ca | christinemoore.npd.ca

Venez me joindre dans mes différents bureaux!

Rouyn-Noranda | 33-A, rue Gamble Ouest, bureau RC-15 | 1 800 587-6433 Ville-Marie | 3, rue Industrielle, Bureau 7 | 819 829-2728 Amos | 554, 1re Avenue Ouest, Bureau 101 | 819732-2266 La Sarre | 81-A, 5e Avenue Est | 819 339-2286 @MooreNPD

/ChristineMooreNPD L’INDICE BOHÉMIEn AVRIL 2018 5


ARTS VISUELS

ALLOCHTONES ET AUTOCHTONES RAYONNENT AU CENTRE D’EXPOSITION DE VAL-D’OR

LE NUMÉRIQUE, UN ENVIRONNEMENT COLLABORATIF

MICHÈLE PAQUETTE

Mais, qu’est-ce que le numérique? Une profession, un domaine artistique, un moyen d’arriver à nos fins, un divertissement, un mode de vie. Le numérique est un terme vaste qui englobe tous les changements inspirés par l’apparition d’Internet et allant du développement social à notre traintrain quotidien. Parfois cité comme une révolution sociétale, le numérique facilite l’adoption de nouvelles méthodes de partage et l’exploration d’utilisations de plus en plus innovantes de ces technologies.

Le Centre d’exposition de Val-d’Or vous invite à entrer de plain-pied dans le 21e siècle avec deux expositions résolument contemporaines qui sauront vous impressionner. La première, Scène virtuelle – Coexistence de Jean–Ambroise Vesac, vous plonge dans un univers virtuel tandis que la deuxième, 3/3 X 3, est une exposition hautement symbolique du collectif autochtone ITWÉ. Les expositions ont lieu jusqu’au 29 avril.

VANESSA MAHONEY

UN MONDE EN CHANGEMENT

SCÈNE VIRTUELLE – COEXISTENCE Il s’agit d’une exposition qui vous fera vivre une expérience tout à fait hors de l’ordinaire. Tout d’abord, lorsque l’on pénètre dans la salle, elle est vide, avec seulement un écran géant de télévision où se déplacent des sujets. Le jeu consiste à utiliser un cellulaire, que l’on vous prête, et à se déplacer en différents points de la salle pour découvrir et investir cet espace virtuel, dans lequel on interagit. La salle s’anime alors pour être investie d’un monde virtuel. Le participant fait donc partie de cet êtreensemble numérique comme l’a voulu l’artiste Jean-Amboise Vesac. L’expérience peut se poursuive dehors, mais cette fois avec vos propres appareils, sur le mur extérieur.

Nos notions de vie privée et d’entraide évoluent également avec les nouvelles technologies. Nous sommes de plus en plus ouverts à partager nos expériences avec un public en ligne. Il existe beaucoup de solutions gratuites à différents problèmes sur les forums, les blogues, etc. Sur le web, nous partageons de nombreuses ressources qui nous permettent d’apprendre et de nous former de façon autonome. Nous cessons de tout vouloir garder pour nous-mêmes. Que de belles valeurs à partager dans différentes sphères de nos vies.

Si vous voulez avoir une impression de dépaysement avec les nouvelles technologies, je vous recommande cette exposition.

3/3 X 3 Le collectif ITWÉ, « exprime-toi  » en langue crie, est un collectif autochtone qui présente sa version contemporaine de l’art autochtone. Il est composé de Sébastien Aubin (Cri-Métis), de Kevin Lee Burton (Cri-Swawpy) et de Caroline Monnet (Anishinaabe-Française). Dans l’exposition, le trio utilise la notion de trois. Ainsi, ils ont élaboré trois types d’œuvres, des drapeaux, des sculptures et des vidéos, à leur tour constituées de trois unités. De plus, chaque sculpture est fabriquée de trois faces qui sont les visages des artistes. « Les trois artistes remettent en question le lieu, et notamment le lieu d’exposition, le territoire et l’identité », nous dit Anne-Laure Bourdaleix-Manin, la commissaire de l’exposition. Elle explique que les artistes s’interrogent sur l’art autochtone. J’ajouterai que l’on peut voir cette remise en question tout simplement par les trois couleurs utilisées qui sont plus pâles que les couleurs habituellement utilisées par plusieurs peintres autochtones.

6 L’INDICE BOHÉMIEn AVRIL 2018

DE NOUVEAUX MODÈLES À DÉCOUVRIR De nouvelles stratégies économiques, d’affaires et de consommations voient le jour. Nous notons entre autres les fameux modèles comme Airbnb et Uber, qui permettent de profiter de biens et services à des tarifs avantageux. Bien qu’ils soient l’objet de nombreuses controverses, on ne peut banaliser l’initiative du partage des ressources qui se trouve au cœur même de ces principes basés sur l’intelligence collective.

LES AVANTAGES DE LA COLLABORATION Vous avez peut-être entendu parler de la cocréation, du cotravail (coworking) ou du coliving? Ces projets collaboratifs ont tous en commun l’attrait du partage des connaissances et des techniques. Avec une accessibilité grandissante à de nouveaux outils technologiques, ces projets sont de plus en plus mis de l’avant dans l’économie sociale et solidaire.


CONTE

UNE JOURNÉE SOMBRE EN MARS J’ai braillé du noir toute la journée. En faisant le lavage, un peu perdu dans mes pensées, j’ai vidé une bouteille d’eau de javel dans la lessiveuse, imaginez le résultat sur mes vêtements. J’ai tenté de souder un tuyau sur le réservoir d’eau chaude de la maison; le joint a lâché et inondé tout le sous-sol! Trop, c’est trop… J’ai avalé une bouteille d’aspirines pour en finir! Mais pas de chance, elles étaient passées date et éventées. Je n’ai qu’hérité d’un bon mal de tête, qui ne lâche pas d’ailleurs. J’ai du mal à voir le clavier. Comme un malheur n’arrive jamais seul, mon chien s’est évadé quand j’ai pris une pile de comptes impayés dans ma boîte aux lettres. En traversant la rue, il s’est fait écraser par mon beau-frère ivre qui venait pour m’emprunter cent piastres. J’ai couru pour constater le malheur et j’ai glissé sur la première marche de l’escalier, pendant que le beau-frère filait à l’anglaise. Comble de malchance, la porte s’est refermée et je n’avais pas la clef avec moi. J’ai dû hurler à la voisine d’appeler une ambulance pour me rendre à l’hôpital, où faire réparer tant bien que mal ma jambe fracturée en trois endroits.

HUGUETTE CARON - RENÉE CARRIER LYNE VACHON - GINETTE HALLÉ MARGUERITE NOLET - HÉLÈNE FORTIN STÉPHANIE DUPRÉ-GUILBERT

L’ART À

CÉCILE LAMARRE - VIVIANNE FORTIN

FINISSANTES AU CERTIFICAT EN PEINTURE DE L’UQAT

Sur le banc de l’urgence, déguisé en poète blessé, je prends place près une fille tellement brillante, que j’aurais voulu qu’elle me lise… Bien non, on l’appelle, elle part! Sur le chemin du retour, le conducteur de taxi qui semblait un peu bourré s’est fait arrêter par un dealer de dope à qui il devait 200 $. Il était tellement menaçant et le chauffeur tellement cassé que j’ai payé la dette pour que nous puissions repartir vivants.

12 AVRIL AU 6 MAI 2018

De retour à la maison, je n’ai pas eu à débarrer la porte, elle avait été défoncée. Je n’ai plus de téléviseur ni de chaîne stéréo; ils l’ont pris en même temps que mon four micro-ondes et mes appareils photo. Je suis triste d’avoir presque tout perdu mes souvenirs de famille, ma guitare et mes outils; heureusement, ils m’ont laissé mon ordinateur! Je peux ainsi me plaindre auprès de quelqu’un qui comprend ce que c’est que de vivre une journée sombre; on en a tous vécu. Demain, je passe en cour pour me défendre d’une poursuite intentée par le ministère du Revenu. Quand ils apprendront que je me défends seul parce que ma blonde et mon avocat sont en Floride, peut-être seront-ils conciliants et accepteront-ils mon offre de payer en faisant moins de 5 ans à l’ombre? Du moins, je le souhaite. Ça va assez mal comme ça! J’espère qu’il y aura des ordinateurs en prison, sinon… aucune liberté! Daniel « Lucky » Gagné

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L’INDICE BOHÉMIEn AVRIL 2018 7


DE PANACHE ET DE LAINE

LE NOUVEAU GUIDE EST ARRIVÉ !

Attraits, activités, événements et nouveautés

LA COMPLAINTE DE L’EXPLORATEUR GABRIEL DAVID HURTUBISE

Au détour d’une conversation qui porte d’abord sur le bénévolat, puis qui dérive sur des platitudes organisationnelles, un vieil homme un peu blasé par la suite des événements lance : « Moi je pense que les humains sont toujours insatisfaits. » Que dire de plus? Au moment même où on allait s’attabler pour chialer à loisir... Il nous a damé le pion. Le fin mot de la fin. On voulait juste jaser pour jaser. Les humains en général? Pas prêts à ça. Silence. Un sandwich à la main, ce n’était pas le temps d’aborder le fondamental. Ça coupe l’appétit. Le commentaire était somme toute très personnel. Connaissant le personnage, on savait très bien qu’il aurait pu dire  : «  Je suis sans cesse insatisfait.  » D’ailleurs, il avait constamment râlé incessamment la veille, autant sur la nouvelle orientation de tel programme que sur la politique, et la météo avec. Pas de quartier. Seulement, ce jour-là, il en avait assez de s’entendre (lui aussi). Ça se voyait, il était insatisfait de lui-même, ou insatisfait d’être toujours insatisfait. Au fond, il déplorait au grand jour sa propre insatisfaction chronique. En tant que spécialiste, il nous annonçait un épuisement professionnel. C’est par là que ça commence, lorsque la bête grouille en dedans. Quelque part en nous, très enfoui, il y a un mammifère qui cherche à marcher sur le soleil couchant. Il est axé sur une migration perpétuelle. Obsédé. On ne sait pas trop pourquoi, mais on marche tous. On découvre de nouvelles espèces, les profondeurs des océans, des grottes, des planètes éloignées. Il se trouve même des fous pour aller sur Mars. Pas bien ici, allons plutôt là-bas. Vraiment, une curiosité maladive.

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Notre bonhomme est aussi un explorateur. Au bureau, développement organisationnel, en haut, remaniement ministériel. Le changement, c’est toute sa carrière. Il y a contribué. Toutes les versions d’un même problème, il les a entendues, puis fouillées, mâchées. Des changements politiques par tous les Jean de la Nation, de Lesage à Charest, de Chrétien aussi, tout ce monde-là pour avancer, mais nos gens sont encore insatisfaits, lui le premier. Avancer toujours plus. Au moins, il a compris sa soif, mesuré celle des autres. Voilà une raison de vivre. L’explorateur est visiblement condamné à souffrir de sa passion. Son verre est toujours à moitié plein; il ne le remplira jamais. Tant pis. C’est plus fort que lui, il continue.

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© Joannie Houle, 2017

L’INDICE BOHÉMIEn AVRIL 2018 le8 rendez-vous culturel des tout-petits CULTURAT.ORG/PETITSBONHEURSAT

Imaginez un peu la vie d’explorateur. Des marins s’embarquaient jadis pour ouvrir des voies commerciales. Il fallait cinq ans à un équipage de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (1602) pour réaliser la mission aller-retour de la Hollande à l’Asie. La plupart du temps, deux tiers de l’équipage y laissait sa peau. À bord d’un navire, il devait bien se trouver au moins un matelot qui, comme notre vieil homme insatisfait, pestait contre le destin. « Quelle idée idiote que d’avoir accepté ce voyage! » devait-il hurler dans la tempête. De retour chez lui, ce n’était guère mieux. Sa femme, comme toutes celles qui avaient un explorateur pour mari, ouvrait la porte et s’écroulait, sciée en deux de le revoir. Lui, édenté par le scorbut, barbu jusqu’aux oreilles, manchot, tordu par l’effort, sec, fumé au soleil, perdu, viré dingo, bref, lui aussi scié, mais en dix. Que pouvait-il dire? « Bon matin chérie. » Il recevait un grand classique « Pardon, je n’en pouvais plus d’attendre. » Elle le croyait mort, avait refait sa vie. Un jour ou l’autre, on déteste son mammifère... Pourtant, on connaît la suite de l’histoire : l’homme reprenait la mer. Il ne savait rien faire d’autre. Une bête cruelle en nous, définitivement.

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LITTÉRATURE

LA DICTÉE D’ARMAND CHIASSON

LILIE : UNE SÉRIE POUR ADOS SIGNÉE SAMUEL LAROCHELLE

Le défi consiste à flairer le sens des mots gras et soulignés et à les remplacer par ceux du quotidien pour ensuite vérifier votre perspicacité avec le dictionnaire (Réf. Petit Larousse illustré 2017.

LISE MILLETTE

EN TOUT TEMPS AVEC LES ARBRES

Après les livres À cause des garçons et Parce que tout me ramène à toi, Samuel Larochelle revient cette fois avec un antépisode, Lilie, l’apprentie parfaite. Une série entièrement indépendante dont les personnages sont résolument campés dans l’adolescence. Cette période trouble du développement est devenue le nouveau terrain de jeu de l’auteur originaire d’Amos.

Son travail l’obligeant à être disponible à la minute près, il était devenu, pour la période hiémale, fana d’ébénisterie. Haro sur le farniente! Bidouiller en son petit atelier lui procurait une sorte d’ataraxie. Loin des ramdams et des boucans, il s’y sentait comme un anachorète. À un âge avancé, ce loisir lui éviterait de sombrer dans la cosse ou de devenir cacochyme. Parfois, il lui plaisait d’initier une arpète. Au moindre moment libre, il sautait dare-dare dans ses croquenots, parfois dès potron-minet, ou même nuitamment en cas d’insomnie, pour descendre en son oasis un peu bordélique et couverte de brindilles s’étant brésillées un peu partout. Il n’était point du genre à se laisser encroûter par la routine ou à glandouiller. Il ne le faisait point pour l’oseille, donnant toutes ses œuvres. On lui donnait des grumes qu’il faisait scier sur dosse et, parfois, sur quartiers pour obtenir de beaux merrains. Il crayonnait son plan jusqu’à en faire une épure, puis sélectionnait les planches, rejetant les lunures. Il sortait ses outils, parfois les guillaumes anciens ou le racloir moderne. Il préférait le rabot à la varlope et utilisait souvent une fraise et un trusquin. Pour la sculpture, il sortait son Opinel. Il avait façonné plusieurs bonheurs-du-jour, ses préférés, joliment chantournés et ajustés ric-rac. Il huilait la machine qui couinait et devait, parfois, enfoncer de nouveau l’angrois de son marteau. Les résidus du bois se retrouvaient sur le chenet du foyer. Après le dernier coup de fion, il avait les yeux écarquillés de satisfaction devant le meuble terminé, pensant à la patine encore à venir. À la période vernale, il se hâtait de rendre à la forêt ce qu’il lui avait emprunté durant l’hiver. Il transplantait des centaines de petits arbres nobles en pralinant les racines, en amendant le sol avant d’installer le tuteurage. Après trois années, il commençait l’élagage selon l’art de la topiaire. Il ramassait les volis dans la forêt, laissant des chicots du chablis pour les 36 espèces qui en ont besoin. À chaque départ de la forêt, il accaparait la force d’un gros arbre après une circumambulation.

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Dans ce roman, Samuel Larochelle reprend son personnage d’Émile Leclair, que les lecteurs reconnaîtront s’ils ont lu ses livres précédents, mais environ quatre ans plus tôt. Sa démarche de retour dans le passé pour présenter un projet « parallèle » ressemble à la démarche de la trilogie de Star Wars. « C’est vraiment l’exemple que j’aime donner », lance l’auteur. Dans ce premier d’une série, Samuel Larochelle se glisse dans la peau d’une adolescente. Un exercice périlleux, mais fascinant, confie-t-il. « Émile ressemble un peu à qui j’étais à 20 ans… les lecteurs tentaient de faire des liens entre la fiction et la vraie vie… Quand j’avais imaginé Lillie à l’origine, elle avait un peu l’allure physique d’une amie qui était flûtiste dans l’harmonie Harricana à Amos. Mais ce n’est pas son histoire à elle », précise-t-il. L’histoire de Lilie se déroule en Gaspésie, et non pas en Abitibi. Un choix pour s’éloigner de son propre univers, mais sans faire en sorte que l’action se passe à Montréal ou Québec. « Je voulais que ce soit campé en région. En littérature jeunesse, il y en a peu. Et puis, l’idée de la mer m’amenait la possibilité de me projeter ailleurs. » Samuel Larochelle explique aussi qu’en s’intéressant à l’adolescence, il apprend aussi à mieux accepter ce dur passage forcé où se mêlent volonté de performer, anxiété et tensions avec les parents. «  En construisant la psychologie de personnages adolescents, je suis obligé de comprendre certaines choses que j’ai vécues à mon adolescence. Même si je suis vraiment différent des personnages, ça me permet de faire la paix avec l’adolescence. En voulant comprendre mes personnages, en m’attachant à eux, je change aussi l’image que j’avais de l’adolescence en général », explique-t-il.

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« C’est une idée qui m’a été suggérée par mon éditrice. Elle avait le pressentiment que ma plume pouvait s’adapter pour les ados. À partir de ça, j’ai eu des millions d’idées. Sauf qu’on ne peut pas écrire pour les ados comme on écrit pour des adultes et il ne faut surtout pas dire “j’ai dans la trentaine et je peux vous expliquer la vie” : ce serait la pire chose à faire. »

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LITTÉRATURE

DES ÎLES DE LA MADELEINE À L’ÎLE NEPAWA DOMINIQUE ROY

Noël, Langford, Leblanc, Poirier, Richard, Cormier, Bourque, Vigneau, Cyr… Voilà quelques-unes des 27 familles qui ont quitté les Îles de la Madeleine en 1941 et 1942 pour s’établir en Abitibi, tout spécialement à l’île Nepawa et à Roquemaure. Seule l’auteure Gabrielle Roy a fait mention de cet épisode dans ses écrits datant de la fin des années 1940. Il a fallu attendre 75 ans, soit en 2014, pour que d’autres s’intéressent à ces immigrants débarqués en terre hostile. Lorsque Céline Lafrance et Sylvio Bénard, cinéastes amateurs, entendent parler de cette aventure, ils manifestent tout de suite leur intérêt et entreprennent de laborieuses recherches pour raconter l’histoire de ces familles à qui l’on avait promis un avenir meilleur.

KIM THÚY AU SALON DU LIVRE DE L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUE LA RÉDACTION

Le 12 mars dernier, le comité organisateur de la 42e  édition du Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue dévoilait une partie de sa programmation ainsi que le nom de sa présidente d’honneur. Le Salon, qui se tiendra à l’aréna Nicol Auto de La Sarre du 24 au 27 mai 2018, sera présidé par la romancière Kim Thúy.

Les récits des familles nous font vivre l’époque de la colonisation en Abitibi qui s’est déroulée dans les conditions les plus difficiles et inhospitalières. Avec une somme de 1000 $, répartie sur 4 ans, chaque famille a dû faire preuve de détermination, de persévérance, d’ingéniosité et de solidarité pour assurer sa survie sur une terre d’accueil à défricher, à essoucher, à cultiver et à apprivoiser. C’est parce qu’ils connaissaient des temps difficiles que les Madelinots ont quitté leur coin de pays. Le gouvernement leur a proposé des lots vacants en Abitibi qui devaient leur assurer bien-être et confort puisqu’ils étaient à la recherche de solutions en raison du chômage, de la difficulté à se nourrir et de la surpopulation. Puisqu’ils étaient habitués à être entourés d’eau, c’est sur l’île Nepawa que la plupart d’entre eux ont été envoyés, croyant qu’ils seraient moins dépaysés et qu’ils auraient plus de facilité à s’adapter. En tout, 204 Madelinots se sont installés en Abitibi, après avoir subi un rigoureux processus de sélection.

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C’est un véritable travail de moine qui se cache derrière l’ouvrage de 325 pages publié récemment aux éditions la Morue verte. À voir la table des matières de cette brique, on comprend tout de suite que Céline Lafrance et Sylvio Bénard ont mis leur vie sur pause pendant deux ans pour se consacrer corps et âme à la recherche documentaire qui a été réalisée avec minutie et professionnalisme. Aucun détail n’a été négligé. Tous les faits racontés sont documentés et appuyés de preuves tangibles. Des hypothèses plausibles sont avancées pour chacune des contradictions relevées dans les archives. Bref, c’est avec crédibilité que les auteurs nous plongent dans les souvenirs de ce passé pas si lointain.

Les visiteurs du Salon pourront aussi compter sur la présence de 40 auteurs, parmi lesquels Ingrid Falaise, Marie-Millie Dessureault, Christine Girard, Karine Drouin et Olivier Niquet qui ont déjà annoncé leur participation, a annoncé le comité organisateur par voie de communiqué.

Cette année, le slogan et l’affiche du Salon évoquent l’histoire de la région et Véritablement, il s’agit d’un incontournable pour les mordus d’histoire puisque l’importance de l’éducation des plus jeunes. Proposé par trois élèves de l’école l’ouvrage nous fait comprendre le contexte socioéconomique et politique de cette Victor-Cormier de La Sarre, le slogan « Défrichons… les livres! » rappelle le travail agricole époque tout en s’immisçant dans le quotidien et l’intimité de ces familles à la fois associé à la colonisation du territoire. L’affiche, réalisée par la conceptrice graphique Publicité L’Indice bohémien / Journal culturel de l’Abitibi-Témiscamingue héroïques, résilientes et endurcies. Nancy Boudreau de l’entreprise lasarroise Ordi Création, reprend ce même thème.

Parution : 28 mars 2018 Format : 1/3 page, horizontal, 9,94 po L X 4 po H (sans fond perdu) Quadrichromie

« On y démontre l’importance de l’engagement de la communauté dans le développement de la jeunesse, présentant l’enfant comme une terre en friche, disposé à s’ouvrir au monde et à apprendre », indique le communiqué.

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LES RENDEZ-VOUS DE L’HISTOIRE

UNE HISTOIRE DE LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE À ROUYN-NORANDA ANNE GAUTHIER, SOCIÉTÉ D’HISTOIRE DE ROUYN-NORANDA

Baccalauréat en économie en poche, Abdoul Aziz Alguima arrive au Québec en 1985. Depuis son Niger natal, il avait fait sa demande d’admission à la maîtrise en administration dans deux universités québécoises. La réponse favorable de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) arrive la première. Quand la réponse positive de l’Université de Sherbrooke lui parvient quelques semaines plus tard, Aziz a déjà arrêté son choix : c’est à Rouyn-Noranda qu’il viendrait étudier. Mais de la ville de Rouyn-Noranda et de la région de l’Abitibi-Témiscamingue, Aziz ne savait que très peu de choses, excepté que l’hiver était froid. Passé le choc du premier hiver, 33 ans plus tard, Aziz est toujours ici. Il a obtenu son diplôme de maîtrise en gestion, a travaillé comme chargé de cours à l’UQAT et, depuis 1992, il enseigne l’économie au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. Il s’est marié, a fondé une famille et s’est enraciné dans sa ville d’adoption. Le profil d’Aziz à son arrivée n’est pas bien différent du portrait général de la majorité des immigrants en Abitibi-Témiscamingue  : 77  % connaissent le français, 76,1 % ont entre 15 et 44 ans, 60,2 % ont une scolarité de 14 à 17 ans et plus. Mais Aziz est aussi musulman. Son histoire personnelle, c’est un peu l’histoire de la communauté musulmane de Rouyn-Noranda. C’est pourquoi la Société d’histoire de Rouyn-Noranda (SHRN) l’a invité, en compagnie de Mohamed Akkabi, président de l’Association culturelle musulmane de Rouyn-Noranda (ACMRN), à relater cette histoire récente lors d’une conférence offerte dans le cadre des Belles soirées. Ce qui suit est un résumé du témoignage qu’ils ont livré. Aziz se souvient d’une ville accueillante et ouverte, mais son intégration, tant à la société québécoise, qu’à une communauté musulmane, n’a pas été facile. À cette époque, il n’existait aucune structure d’accueil pour les nouveaux arrivants, et encore moins d’installations pour la pratique de la religion musulmane. Il n’y avait pas de lieu commun pour faire la prière. Cela se passait en petits groupes dans les maisons privées. Il n’y avait pas non plus de services de santé adaptés, notamment pour la circoncision à la naissance. Pour ce qui est de la nourriture, il fallait se regrouper et se rendre à Montréal pour faire des provisions de certains produits, dont l’agneau. Progressivement, une structure d’accueil s’est mise en place (La Mosaïque existe depuis 1990, une Politique d’accueil du nouvel arrivant a été adoptée par le conseil municipal en 2011) et la petite communauté musulmane s’est organisée. La création, en 2006, de l’ACMRN marque un tournant. La mission de l’Association consiste principalement à aider les musulmans à bien s’installer dans la région ainsi qu’à fournir les services nécessaires (religieux, sociaux, éducatifs et consultatifs) pour les retenir ici et bien les intégrer au tissu socioculturel et économique québécois. D’année en année, par ses multiples interventions dans le milieu de l’éducation, ses nombreuses collaborations, ses activités culturelles et de bienfaisance, le travail réalisé par l’ACMRN témoigne du dynamisme de la communauté musulmane dans la ville et dans la région, ainsi que de son désir de bien vivre ensemble. Rouyn-Noranda comptait 155 personnes de confession musulmane en 2011. Pour la plupart, originaires du Maroc, de l’Algérie, du Niger ou de la Tunisie, elles sont venues pour étudier, travailler, ou rejoindre des membres de leur famille déjà installée. Certaines sont croyantes et pratiquantes, d’autres non. À l’aide d’exemples personnels et collectifs, Aziz et Mohamed ont exposé les facteurs importants qui ont participé à l’intégration des musulmans dans la région. Il s’agit essentiellement de l’emploi (la majorité est composée de professionnels), de la famille, de la solidarité dans la communauté musulmane et de l’accueil de la société québécoise. La Mosaïque et plus récemment, l’Association culturelle musulmane ont contribué à cette intégration de façon notable.

LITTÉRATURE

UN NOUVEL ESPACE BIBLIOTHÈQUE CONÇU POUR LES JEUNES MAUDE LABRECQUE-DENIS

Le Service culturel de la Ville de Val-d’Or a inauguré la section La Bulle, un nouvel espace entièrement dédié aux jeunes. Aménagé au deuxième étage de la bibliothèque municipale de Val-d’Or, le projet a été réalisé grâce à la participation de la Ville de Val-d’Or, du Club Kinsmen et du ministère de la Culture et des Communications du Québec. Selon Michelle Bourque, responsable des bibliothèques municipales de Val-d’Or : « Ces espaces encouragent les adolescents à fréquenter la bibliothèque, à développer un sentiment d’appartenance. Du fait même, cela permet de les mettre en contact avec la lecture. »

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Grâce à la mise sur pied d’un comité consultatif, plusieurs adolescents ont pu participer aux différentes étapes d’élaboration du projet. Grâce à leurs recommandations, La Bulle est un espace lumineux, sobre et confortable où les jeunes peuvent s’installer pour lire, étudier, se rassembler ou simplement rêver. Des espaces isolés sont mis à la disposition des utilisateurs, offrant la possibilité de travailler de façon individuelle ou en équipe.

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Une murale réalisée par les élèves de première secondaire en arts plastiques de la Polyvalente Le Carrefour, sous la supervision de l’artiste professionnelle Andréane Boulanger, vient enjoliver les lieux. Une deuxième phase consacrée au développement d’un espace de méditation numérique est prévue ultérieurement pour bonifier l’aménagement.

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Des profs d’ici, d’autres venus de loin

Dans le cadre du cinquantième anniversaire du Cégep, nous vous présentons le sixième texte d’une série de chroniques historiques sur cet établissement d’enseignement supérieur.

Par Yvon Lafond

Le Cégep des premières années trouve un second bassin de recrutement parmi les diplômés récents du Collège classique. Les Patrick Coulombe (Économie, 1967), Gilles Cloutier (Éducation physique, 1967) et Jean De Denus (Science politique, 1969) sont quelques exemples de cette nouvelle génération. Le démarrage du Cégep bénéficie aussi d’une autre contribution significative : celle des profs venus de l’étranger. Plusieurs feront carrière au Cégep et s’établiront ici pour toujours. C’est le cas notamment de Michel Gaubert (France) et d’Albert Daoud (Égypte), qui débarquent ici en 1967 pour enseigner respectivement la chimie et la linguistique. Des compatriotes les accompagnent, d’autres suivront, l’Espagne et la Belgique s’ajouteront comme pays d’origine. Ce mouvement s’estompe au milieu des années 1970. Les premiers finissants du Cégep commencent alors à joindre les équipes de leurs anciens maîtres. Gertrude Michaud et Claire Pomerleau (Techniques infirmières) en font partie.

« Depuis le secondaire, je choisissais toujours les arts plastiques comme choix de cours! Tout naturellement, j’ai donc pris la direction des Arts visuels au Cégep de l’AbitibiTémiscamingue. Je recommande à tout le monde de venir suivre le programme. On a la chance d’avoir des centres d’exposition, des centres d’artistes. L’Abitibi-Témiscamingue se développe énormément au niveau culturel et le programme concorde exactement avec l’essence du milieu. » Carol-Ann Gaulin, diplômée du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, designer graphique et vice-présidente L’Agence secrète – communication d’influence

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Tout au long de son histoire, le Cégep réussit également à recruter du nouveau personnel en provenance de toutes les régions du Québec. L’excellence de ces ressources lui permet, encore aujourd’hui, de bâtir une équipe de profs complète et compétente.

Rangée du haut : Gilles Cloutier, Michel Gaubert et Gertrude Michaud. En bas, les trois plus récents récipiendaires d’une mention d’honneur de l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) : Line Fortier, Claire Maisonneuve et Réjean Guénette.

Retrouvailles : le samedi 9 juin 2018! Tous les détails ici : www.cegepat.qc.ca/retrouvailles

Crédit photo : Christian Leduc

Le Cégep doit, au moment de sa naissance, relever un défi important : bâtir une équipe de profs complète et compétente. La tâche est complexe. Les programmes que le Cégep offre en 1967 sont complètement nouveaux ou en grande transformation. On doit donc faire appel à des compétences plus nombreuses et plus spécialisées. Pour combler cette demande, les premiers gestionnaires du Cégep auront recours à des sources diversifiées de recrutement. Sont d’abord mises à contribution les institutions qui se sont regroupées pour réclamer la création d’un Cégep à Rouyn-Noranda. Parmi elles, c’est le Collège classique de Rouyn qui transfère des ressources dans le plus grand nombre de disciplines : français, philosophie, histoire, mathématiques, sciences.

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PREMIÈRES NATIONS

UNE FRÉQUENCE ALGONQUINE DOMINIC LAFONTAINE

Le 13 février marquait un moment important dans le monde des médias algonquins : la première Journée des radios anishnabek. Naturellement, étant animateur et DJ à l’antenne de CHNT (Timiskaming), j’avais hâte de raconter mes expériences aux curieux et curieuses, même s’il y en avait qu’une petite douzaine. J’imagine que c’est mon talk appeal qui les avait attirés, mais c’est peut-être plus probable que les rumeurs d’un gâteau maison avaient porté leurs fruits. J’étais toutefois perplexe pour une autre raison : parmi les cinq communautés membres, seulement deux des radios étaient en ondes ce jour-là. Pourquoi? Quelques jours auparavant, je me trouvais en téléconférence avec Radio-Canada en train d’enregistrer une entrevue sur les radios anishnabek avec ma compatriote Brenda Rankin de CKAG à Pikogan. Nous parlions des évènements dans nos communautés, les concours et la grosse soirée de patinage libre! La question de fonds et de soutien à la diffusion a été posée. Question moins festive, bien sûr, à laquelle il n’est pas facile de répondre, surtout quand on pense à l’environnement médiatique autochtone. Nos deux radios partagent non seulement des idées d’évènements fabuleux, mais aussi des soucis financiers. Heureusement, ici à Timiskaming First Nation (TFN), notre radio a de l’équipement quasi neuf. En ce qui concerne nos bureaux, c’est une tout autre histoire. Je tape ces mots pendant que des boules de billard claquent dans la salle avoisinante. Notre bureau/studio se situe dans la Maison des jeunes et n’est pas insonorisé. Du tout. Nos amis de Pikogan font face au même problème en sens inverse. Leur salle est insonorisée, mais leur équipement est désuet. Très désuet. Il n’y a tout simplement pas assez d’argent pour les Anishnabek. Au Québec, une radio communautaire (non autochtone) a accès à jusqu’à 50 000 $ en subventions. Les radios autochtones, 10 000 $. Ce n’est pas chose facile de lancer et d’exploiter une station de radio autochtone. Il y a les enjeux financiers, la politique (la maudite politique!) et les réglementations gouvernementales, provinciales et fédérales à respecter. Nos confrères de Winneway et de Lac-Simon le savent très bien. C’est pourquoi nous nous sommes réunis l’automne passé pour partager et bâtir des stratégies. De plus, nous étions ravis d’accueillir dans notre groupe un nouveau membre de la future radio de Kebaowek (Kipawa). Ensemble, nous avons tiré notre épingle du jeu et lancé la première Journée des radios anishnabek. Nous sommes au cœur de nos communautés anishnabek et sommes très fiers de transmettre notre culture et notre langue avec tous les gens de l’Abitibi-Témiscamingue. Nous continuerons de nous efforcer à l’excellence, même si on doit se débrouiller un peu plus que les autres. Ce ne serait pas la première fois...

SPÉCIAL ENVIRONNEMENT

L’INCROYABLE ET COÛTEUX PARCOURS D’UN DÉCHET TÉMISCAMIEN ET SON AVENIR POTENTIEL ÉMILISE LESSARD-THERRIEN

Pour le commun des mortels, sortir son bac au chemin toutes les semaines est un geste bien banal, quoique parfois un peu ingrat. Pour la MRC du Témiscamingue, la gestion des matières résiduelles relève cependant d’une importante organisation. En effet, en 2018, 36 % du budget, soit un peu plus de 3 M$, y est consacré. Derrière cette somme impressionnante, il existe tout un mécanisme pour réduire le plus possible les coûts. Après la mise en place de la collecte à trois voies (déchets, recyclage, compost) et d’une plateforme de compostage à l’écocentre de Fabre un impondérable demeure : le traitement des déchets. Annuellement, il en coûte 850 000 $ pour transporter les déchets du Témiscamingue vers le lieu d’enfouissement technique à Rouyn-Noranda (ceci n’inclut même pas la collecte de porte-à-porte à la grandeur du territoire!) Près d’un million de dollars, pour charrier en 2017, un peu plus de 6000 tonnes de déchets… Avec sa plateforme de compostage, la MRC de Témiscamingue (MRCT) économise au moins sur 1250 tonnes de rebuts biodégradables. Voilà un fort bel exemple de la donne écologique qui permet de répondre à la question économique. En plus, le terreau fertile issu du compostage est redistribué aux municipalités et citoyens pour qu’ils engraissent leurs platesbandes. Même si cette initiative mérite de faire des petits ailleurs dans la région, les déchets sont encore problématiques d’où l’idée de les incinérer. Ce projet est sur la table depuis 2014. Plusieurs étapes ont été réalisées jusqu’à maintenant, notamment une mission exploratoire en France et en Suède afin de visiter des installations de ce type. Ce voyage aura entre autres permis de recenser des éléments clés de ce système. « Nous voulons la Cadillac des incinérateurs! En Suède, nous avons vu des systèmes de filtration des gaz qui vont bien au-delà des normes du ministère de l’Environnement, c’est ce qu’on souhaite pour le Témiscamingue  », explique Lyne Gironne, directrice générale de la MRCT. Deux phases sont prévues pour la mise en place du projet. Dans la première, on souhaite développer l’expertise et roder la machine et dans la deuxième, réaliser une valorisation énergétique des déchets. Par exemple, la chaleur produite par l’incinérateur pourrait ainsi être utilisée pour une petite usine de séchage de bois ou encore pour chauffer des serres. Si les devis des travaux sont prêts, l’expertise dans le domaine est plutôt rare au Québec et les partenariats avec l’Ontario ne sont pas encore possibles. Le projet est donc un peu sur la glace actuellement. Toutefois, la directrice générale se veut encourageante. Des rencontres ont eu lieu récemment avec le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire pour trouver un arrangement. Malgré toutes ces belles initiatives, la première responsabilité de la gestion des matières résiduelles revient à chaque citoyen dans ses choix de consommation. Réduire et donner une seconde vie à ses biens sont, sans aucun doute, les premiers gestes à poser.

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SPÉCIAL ENVIRONNEMENT

FORÊT : DEUX POIDS, DEUX MESURES HENRI JACOB ET RICHARD DESJARDINS

Tous les cinq ans, le ministère responsable des forêts établit un nouveau plan pour diriger les 600 machines qui sillonnent notre territoire jour et nuit vers des patches d’arbres à abattre. Le bureau de notre Forestier en chef les connaît toutes.

BERNARD BÉLAND PRÉSENTE SES ARBRES À LA FONTAINE DES ARTS LA RÉDACTION

Né à Montréal en 1953, Bernard Béland débarque en Abitibi-Témiscamingue vers l’âge de 20 ans, d’abord pour le travail et puis pour y prendre racine. Les hasards de la vie veulent qu’il s’intéresse un jour à la peinture, mais il faut attendre 1984 pour le voir participer à une première exposition qui selon lui, marque « le tournant de sa vie ».

Actuellement, le buzz est de fournir au max les usines de madriers parce que la business est vraiment bonne. Les Américains en ont besoin, beaucoup de bungalows à reconstruire. Leurs ouragans sont une bénédiction pour nous. Le malheur des uns fait… Mais comme nous vivons dans un pays démocratique et que la forêt est publique, le ministère doit soumettre son nouveau plan quinquennal à l’attention de la population. Celui-ci porte sur les années 2018-2023. Des petits encarts publiés dans les journaux régionaux nous invitent à le consulter. Sans plus.

Du 5 avril au 5 mai, Bernard Béland exposera une série de 35 œuvres à la Fontaine des arts de Rouyn-Noranda qui ont toutes pour inspiration « l’arbre », solitaire ou en groupe, tantôt présenté à l’encre, à l’acrylique, au pastel, mais surtout au crayon de plomb (graphite), qu’il a adopté depuis 2010.

On nous demande de déposer nos commentaires. Puis d’« avaliser » le plan. « Avaler » serait plus juste. Voici pourquoi. Le précédent plan (2013-2018) avait prévu une collaboration étroite entre le ministère responsable des forêts et celui de l’environnement afin d’atteindre, en 2020, la protection de 17  % de notre territoire. On est loin du compte, pas même 10 %. Ce même plan devait organiser pour de bon l’aménagement écosystémique de notre territoire. Ceci aurait peut-être permis d’éviter, entre autres, l’extinction du caribou des bois de Val-d’Or. Et les 600  machines roulent toujours, jour et nuit, quelles que soient les circonstances, semble-t-il. Ce qui nous inquiète pour le moment : le « beau bois », y’en a plus. Le petit bois est de plus en plus au nord, de plus en plus loin. Ça coûte plus cher d’aller le chercher. Alors, le gouvernement a décidé de venir à la rescousse des compagnies. D’abord en ne les facturant pas pour les arbres aux diamètres plus petits que dix centimètres (c’est-àdire 35 % de la récolte). Puis en accaparant les zones forestières les plus productives du sud – de préférence près des villes et des usines – pour intensifier, c’est-à-dire booster, le rendement des arbres. À nos frais, bien entendu. Ce plan empiètera fatalement sur les projets d’aires protégées qui peinent tellement à se concrétiser. En fait, nous y voyons une tentative de les étouffer. Alors qu’il a fallu parfois 15 ans de tractations pour qu’un petit bout d’aire protégée voie le jour, alors que des audiences publiques ont été tenues pour chacune des propositions émises en ce sens, là, d’un coup sec, le gouvernement veut geler 25 % du territoire pour faire de l’intensification, et ce, sans audiences publiques, sans même aucune discussion. Il décrètera.

Pour tenter d’expliquer la source de cette inspiration, Bernard Béland dit simplement qu’il a fait de l’arbre « son ami » et qu’entre le pommier de son enfance et les grands saules de sa maison, l’arbre a toujours été partie prenante de sa vie. «  Les arbres nous protègent par leur ombrage et nous tiennent au frais durant la période estivale, ils nous enchantent et nous émerveillent avec ses couleurs d’automne, nous inquiètent aussi lorsqu’ils s’inclinent, se ploient et se cassent sous la pluie verglaçante ou le poids de la neige de l’hiver. Et que dire de sa renaissance au printemps venu? » enchaîne M. Béland.

L’Action boréale demande que ces territoires voués à l’intensification soient soumis aux mêmes règles ayant mené à la création d’aires protégées. Deux poids deux mesures? Non.

Dans le cadre de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur

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MA RÉGION, J’EN MANGE!

ŒUF BÉNI DE LA FAMILLE RICHARD CHEF GHISLAIN TRUDEL

INGRÉDIENTS 4 Œufs moyens 4 Belles tomates pouvant contenir chacune un œuf 1 Fromage Angélus (185 g.) 4 Pommes de terre Yukon Gold 1 Pain Focaccia ou 4 petits pains anciens 16 tranches De bacon 10 ml (2 c. à thé) Vinaigre blanc Sel et poivre

MÉTHODE Cuire les pommes de terre entières à la vapeur. Couper un petit chapeau à chaque tomate et l’évider. Retailler éventuellement un peu le fond pour qu’elle tienne bien droite. Retourner sur un linge ou du papier absorbant pour égoutter. Cuire le bacon (il doit être grillé, mais rester tendre). Couper les pommes de terre en rondelles et les faire rôtir des deux côtés. Faire pocher les œufs. Porter 750 ml (3 tasses) d’eau à ébullition. Ajouter 1 c. à thé (5 ml) de sel et 2 c. à thé (10 ml) de vinaigre blanc Baisser le feu et maintenir le frémissement. Casser un œuf à la fois et le glisser dans l’eau bouillante. Laisser cuire 2 minutes maximum. Retirer avec une écumoire et éponger le surplus d’eau avec un linge. Tailler le pain pour en avoir l’équivalent de 2 toasts par personne et le faire griller.

MONTAGE Saler et poivrer au goût l’intérieur de la tomate. Insérer d’abord 2 tranches de bacon entières en épousant bien la forme de la paroi, puis introduire un œuf poché. Couper le quart du fromage en deux, garder 1/8 entier et tailler l’autre en petits morceaux. Tailler 2 tranches de bacon en morceaux. Au centre de l’assiette, mettre une tranche de pain bien grillé en guise d’autel. Y déposer l’œuf dans son tabernacle de tomate et le bénir de sa part d’Angelus. Garnir le tour de l’assiette de rondelles de pommes de terre rôties. Les parsemer de morceaux de bacon et de fromage. Faire gratiner au four environ 5 minutes, puis ajouter une autre tranche de pain grillé taillée en pointes avant de servir.

SPÉCIAL ENVIRONNEMENT

« ESKERS PRÉSENTANT UN POTENTIEL EN EAU POTABLE » GASTON A. LACROIX

L’importance des réservoirs d’eau de grande qualité que sont les eskers n’est plus à démontrer : 40  % de la population s’y approvisionne, de même que des usines d’embouteillage et l’industrie brassicole. Et d’autres utilisations potentielles, comme l’usage thérapeutique, les boissons vitaminées et les cosmétiques, sont actuellement en évaluation. En activité depuis 2002, la Société de l’eau souterraine Abitibi-Témiscamingue (SESAT) a comme mission de contribuer à la pérennité de l’eau souterraine. Afin d’influencer positivement la gestion adéquate du territoire en fonction de cette ressource, les objectifs de l’organisme sont de rassembler et de publiciser les connaissances de la ressource et des menaces qui la guettent et d’être au fait des démarches de gestion en cours qui peuvent la perturber.

MENACES Ces eaux sont menacées de plusieurs façons, notamment par la contamination et la surexploitation. Quelques exemples : forages et mines qui utilisent des centaines de millions de mètres cubes d’eau par année, élevage d’animaux, volailles et boucherie, parcs à résidus miniers, exploitation de centaines de bancs de gravier et sites d’enfouissement de déchets. Le principal gestionnaire de l’eau souterraine est le gouvernement du Québec. Depuis décembre 2013, grâce à la Loi sur les mines, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles peut, par arrêté ministériel, soustraire à l’activité minière les «  eskers présentant un potentiel en eau potable ». De son côté, la SESAT a cartographié les eskers de la région. Ces cartes permettent d’aider les responsables locaux dans leurs prises de décision concernant le développement des territoires pouvant affecter les aquifères. C’est en ce sens que le mémoire de mars 2016 de la SESAT demandait au ministère de déployer des efforts particuliers pour accorder aux eskers la place qui leur revient dans le réseau d’aires protégées du Québec. Dans un communiqué publié le 15  février dernier, la SESAT rappelait entre autres que la cartographie fournie constitue une aide aux acteurs locaux pour la priorisation de leur développement et qu’ils doivent, au besoin, solliciter la soustraction à l’activité minière de certains secteurs d’eskers. On y précisait également que dans le cadre légal actuel, il revenait au ministre de juger de la pertinence de soustraire à l’activité minière certains segments d’eskers présentant un potentiel en eau potable.

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SPÉCIAL ENVIRONNEMENT OPINION

CETTE PLANÈTE A-T-ELLE UN AVENIR?

Je ne pense pas qu’il soit possible de nier l’acidification et la désoxygénation des océans liés aux changements climatiques, ni les inondations, ni la fonte des glaciers, ni les OGM qui gagnent chaque jour du terrain, ni la disparition annoncée des abeilles qu’une agriculture déconnectée sacrifie, ni les effets du plastique sur la faune et la flore marines, ni la fuite en avant avec des œillères…

FRANCINE GAUTHIER

Étrange que nous craignions toujours la controverse au moment d’émettre une opinion sur un sujet chaud. Ce geste nous expose à une éventuelle réponse à l’inverse des principes énoncés de prime abord… et pourquoi pas, si c’est pour y gagner en arguments? Débattons sans crainte. Loin de contredire les propos de Philippe Marquis dans sa chronique « Ceci n’est pas une chronique  » (numéro de mars de L’Indice bohémien), je renchéris avec des questions d’ordre philosophique qui peuvent mériter qu’on s’y attarde avant de balayer du revers de la main notre responsabilité quant à l’état de la situation environnementale de cette planète éprouvette – pardon! Éprouvée. L’origine des problèmes liés à l’environnement sera toujours l’ignorance. Si l’éducation était axée davantage sur des valeurs humanistes plutôt que sur des valeurs capitalistes, les vrais enjeux seraient pris en compte et les universités orienteraient le travail de leurs chercheurs sur l’impératif catégorique de survie de l’humanité sur terre plutôt que – allons droit au but – sur les manières de contourner les lois au profit des multinationales. Face à leurs intérêts douteux comme face aux préoccupations légitimes des citoyens à l’égard de l’écologie, il est déplorable de constater l’immobilisme des gouvernements dont la vision à court terme ne permet pas d’espérer que nos élus défendent d’autres valeurs que le statu quo. Ils sont en fait très représentatifs de la population qui leur a donné le pouvoir… de ne rien changer. La courte vue reste l’apanage des salariés qui ne veulent en aucun cas remettre en question leurs valeurs et envisager des changements qui feraient un peu mal maintenant afin d’éviter qu’un statu quo ne nous plonge carrément dans l’abîme tout à l’heure.

J’entends déjà les commentaires de ceux qui se disent « Après moi le déluge!  » alors que fusent les blâmes sur ces propos qualifiés d’alarmistes. Néanmoins, le ralentissement serait de mise parce que le mur vient vite. Les bien-pensants peuvent-ils nous dire à partir de quand nous devrions nous sentir concernés par la dégradation de l’environnement au point de changer nos habitudes de consommation en l’occurrence? À partir de quand devrions-nous nous inquiéter au point de revendiquer que les enjeux environnementaux deviennent et demeurent la priorité des partis politiques même après les élections? Faut-il attendre encore? Notre société si avant-gardiste s’interrogera-t-elle enfin sur ses orientations pour que la suite du monde se réalise? J’en doute, mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir… celui d’admettre que chacun de nous dans ses actions fait partie, soit du problème, soit de la solution et qu’il faut reconnaître dans quel camp nous sommes. L’année dernière, dans le cadre du Jour de la Terre, une petite poignée d’humains, quelques-uns accompagnés de leurs enfants, ont visionné au Théâtre de poche de La Sarre le merveilleux film Demain. On y voit de géniales initiatives novatrices dans des communautés soucieuses du bien-être de la collectivité. Sans beaucoup de moyens, des citoyens se mobilisent et font la preuve que les changements vers des solutions viables sont possibles. Après un bilan critique, force est d’admettre qu’il y a de l’espoir, mais il y a aussi péril en la demeure. Notre premier devoir est de nous conscientiser tous mutuellement en ne fermant pas les yeux par peur de perdre des acquis. Nous devons garder les yeux ouverts et les antennes déployées pour envisager d’accepter de voir évoluer notre niveau de vie vers un plus juste milieu. Ainsi, d’autres qui n’ont rien pourront accéder au confort nécessaire à l’épanouissement. De plus, il est important que les valeurs humanistes soient ostensibles et reconnaissables entre toutes comme les seules valables pour assurer un avenir aux habitants de cette terre. Si on s’y mettait…

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RÉGION INTELLIGENTE

LE PLUS GRAND VILLAGE DU MONDE MICHEL DESFOSSÉS

Est-ce celui du père Noël? Le plus long? Caraquet au Nouveau-Brunswick. Attendez, j’ai trouvé. Ah non, c’est celui en blocs Lego? Non plus. En pain d’épices? Sur pilotis peut-être? Ah bien sûr, le plus petit. Ça, il y en a plein. Cherchez sur Google « le plus grand village du monde », vous devriez trouver un lien correspondant à Aarhus au Danemark, qui n’est pas à proprement dit, un village. C’est même la deuxième ville du Danemark, après Copenhague. Alors, comment ça un village? C’est comme ça que les agences de voyages décrivent Aarhus. Un point majeur, la cité viking d’Aarhus est capitale culturelle européenne 2017, ce qui n’est pas banal. Puis, il y a la gastronomie danoise en pleine effervescence qui se concentre dans ses faubourgs. Voilà ce qui explique la visibilité d’Aarhus, mais qui ne justifie pas vraiment l’épithète de village. Ce qui en ferait un village est invisible à l’œil. Aarhus se réclame surtout de deux valeurs cardinales : la solidarité de ses citoyens et le devoir de chacun de connaître ses voisins. Est-ce utopique de revendiquer le statut de plus grand village du monde au nom de deux valeurs? Pourquoi pas, si c’est fondé? Les communautés visionnaires font les choses pour elles-mêmes. L’attractivité touristique attendra. C’est une conséquence heureuse, certes, mais pas une finalité.

LA PLUS GRANDE LIBRAIRIE DE FRANCE EST UN VILLAGE Un jour, passant par le village de Banon en Haute-Provence, je fais un arrêt dans une fromagerie. On ne peut pas passer par Banon sans y acheter un fromage de chèvre. Ça, madame, avec un Bandol, ça vaut une vie de labeur, minimum. Toujours est-il que le fromager du fond de sa boutique me dit : « Ah! Connaissez-vous notre librairie? Vous savez, à Banon on a la plus grande librairie de France! On a ici toute la collection des livres de La Pléiade, vous aurez beau chercher, vous ne trouverez pas ça ailleurs! » Et c’est vrai. Une librairie qui s’étend sur un pâté de maisons complet décloisonné, traversé de coursives qui vous font vous perdre dans des salles thématiques, véritables cavernes d’Ali Baba débordantes de milliers de livres. On y vend 2000 livres quotidiennement. Le Bleuet, ainsi se nomme cet établissement hors-norme, c’est le rêve d’un homme qui a constitué ce lieu improbable au début des années  1990. C’est devenu le projet d’un village au complet, car après quelques déboires, la librairie passée de main en main demeure le projet assumé des Banonais.

PENDANT CE TEMPS, À SAINT-IGNACE-DE-L’UTOPIE Je vous avais promis de vous faire le journal de notre démarche de développement, nous, les gens de Cloutier. Tirés du carnet de notes, voici quelques constats sur mon village. Le premier plan de développement citoyen de la communauté de Cloutier a maintenant cinq ans. Plus de 100 citoyens avaient participé à l’adoption de ce plan en avril 2013. Pas pire pour une population d’environ 300 personnes! Les Cloutelloises et Cloutellois ont réalisé 21 des actions prévues dans ce plan soit près du deux tiers. Il y aura un prochain plan de développement de Cloutier. Un nouveau comité s’est formé et comptera sous peu environ 25 membres enthousiastes qui conduiront les travaux de planification. Pour un contenu augmenté de cette chronique, visitez le site web de L’Indice bohémien.

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SPÉCIAL ENVIRONNEMENT

PROTÉGEZ NOS PARADIS DE PÊCHE DES ENVAHISSEURS SILENCIEUX BIANCA BÉDARD, GÉOGRAPHE M. SC. ET CHARGÉE DE PROJETS AU CONSEIL RÉGIONAL DE L’ENVIRONNEMENT DE L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUE (CREAT)

Vous adorez la pêche ou le nautisme? Vous visitez les lacs de la région au gré de la météo, sans nettoyer votre embarcation ni votre matériel nautique? Vous êtes peutêtre un vecteur de la propagation des espèces exotiques envahissantes aquatiques! Plusieurs vecteurs peuvent favoriser la prolifération de ces espèces aquatiques envahissantes (EAE) depuis les premiers foyers de colonisation. Dans le cas des EAE, l’homme est le principal vecteur quand il déplace les embarcations d’un lac à l’autre. Les EAE peuvent s’accrocher à diverses parties des bateaux, des remorques et du matériel nautique. Une fois implantées dans un écosystème, ces espèces sont pratiquement impossibles à éliminer.

QUE FAIRE?

Pour que votre lavage soit efficace, assurez-vous de respecter ces étapes : 1) INSPECTEZ tout afin de retirer les plantes, les débris visibles et la boue du matériel utilisé. 2) VIDEZ l’eau accumulée dans l’embarcation, les viviers, le moteur, la cale, les glacières, etc. 3) NETTOYEZ l’embarcation et l’ensemble du matériel utilisé. 4) RÉPÉTEZ à chaque utilisation.

VOTRE RÔLE DANS TOUT ÇA? On ne le répétera jamais assez, la prévention est la clé pour limiter l’arrivée d’EAE dans nos plans d’eau encore épargnés. Une inspection minutieuse et un lavage efficace des embarcations à chaque entrée/sortie d’un lac demeurent la meilleure façon de prévenir toute introduction. Malgré les précautions prises, si vous observez tout de même une EAE dans un plan d’eau, il est très important d’en signaler la présence à la Direction régionale du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC). Soyez les ambassadeurs de la protection de nos plans d’eau! Propagez le message, pas les envahisseurs! Pour en savoir plus sur le sujet et pour apprendre à reconnaître les EAE, consultez la page du CREAT : creat08.ca/eee/

Puisque les EAE sont pratiquement impossibles à éradiquer, il importe de prévenir leur propagation. En ce sens, la prévention demeure la solution la plus efficace. Comment faire? Rien de plus simple. Il suffit de nettoyer à chaque utilisation TOUT le matériel nautique ayant été en contact avec l’eau. Vous devez impérativement nettoyer l’embarcation, mais aussi la remorque et ses composantes, tout comme la ligne à pêche, l’épuisette, etc.

ROUYN-NORANDA Au dépanneur Au Petit Castor (Arntfield) et lac Kinojévis (Quartier Bellecombe)

Pour effectuer le nettoyage, vous devrez utiliser une laveuse à pression. Il est donc possible de le faire à la maison, à une distance minimale de 30 mètres d’un plan d’eau sur une surface perméable (gravier). Si ce n’est pas possible, des stations de lavage sont mises à votre disposition dans la région (voir carte).

TÉMISCAMINGUE À la marina de Notre-Dame-du-Nord

ABITIBI-OUEST À proximité de la rampe de mise à l’eau du lac Duparquet

STATIONS DE LAVAGE EN ABITIBI-TÉMISCAMINGUE

VALLÉE-DE-L’OR Au poste d’accueil de l’entrée Nord de la réserve faunique La Vérendrye

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La Corporation du Vieux-Palais et de la Maison Hector-Authier est à la recherche de conteurs, de chansonniers et de musiciens régionaux.

On entend souvent dire que sans les mines, l’Abitibi n’existerait pas. « Les mines nous ont mis au monde… ne l’oublions pas  », comme disait l’autre. En disant cela, il me semble toutefois que ce que l’on oublie, c’est que les Anishnabe étaient ici bien avant les mines, quelque chose comme 8 000 ans avant. En effaçant la présence autochtone, les enfants des mines se sont raconté leurs propres histoires sur la création de l’Abitibi. Mais quels sont-ils, ces mythes de la « création »?

Le public est invité à apprécier des talents diversifiés de la région lors de spectacles en plein air qui seront présentés le dimanche après-midi au cours des mois de juillet et août. Un cachet de 200 $ sera attribué ou à partager dans le cas où il y a plus d’un artiste dans une même présentation. Les candidatures doivent être acheminées d’ici le 27 avril à maisonhectorauthier@hotmail.ca

Il y a bien sûr la création d’emplois. Cet argument justifiant l’ouverture de nouvelles mines mériterait néanmoins d’être replacé dans son contexte… qui est celui de la pénurie de main-d’œuvre. Le constat est le même depuis plusieurs années auprès des élu-e-s et des gens d’affaires de l’Abitibi : l’offre de main-d’œuvre dans la région est plus basse que la demande. On parle de 13  500  postes à pourvoir pour 2019, dont 6  000  seulement pour le secteur minier. Puisque l’indice de remplacement de la main-d’œuvre pique du nez, les entreprises ont recours au fly-in/fly-out, c’est-à-dire qu’elles font venir leur personnel par avion pour des quarts de travail intensifs suivi d’un congé de quelques jours, afin de faire rouler la machine. Cette pratique peut toutefois être difficilement vécue puisqu’elle a des impacts importants sur les liens familiaux et communautaires. Une autre des croyances qui accompagne le développement minier est celle qui voudrait que les mines « créent de la richesse ». Or, l’envers de la médaille n’est pas aussi doré qu’on le croit. En 2016, la province a récolté 106 M$ en redevances de la part des compagnies minières. Ces chiffres font pitié lorsqu’on les compare aux coûts environnementaux et sociaux de l’industrie. Du côté environnemental, le gouvernement du Québec est l’heureux héritier de 499 sites miniers abandonnés, leurs anciens propriétaires ayant disparu dans la brousse ou ayant été déclarés insolvables. La facture totale de restauration est estimée à quelque 800 M$. C’est que les anciens sites d’exploitation minière laissent sur place des résidus qui peuvent contenir, entre autres, du sulfure et du cyanure. Au contact de l’air, ceux-ci s’oxydent et créent un acide qui pollue le sol, les rivières et les nappes phréatiques. Le site minier abandonné Manitou, à 15 km de Val-d’Or, est l’un des pires exemples de ce drainage minier acide. Si des efforts sont faits depuis 2009 pour mener à bien la restauration de ce site, considérée comme urgente, il reste que c’est un dégât qui aura coûté plus de 50  M$, qui aura pris une bonne quinzaine d’années à réparer (la fin des travaux est prévue pour 2025) et qui aura besoin d’une surveillance constante par la suite, car les changements climatiques ne permettent pas de garantir que la suture tiendra le coup. Quant aux coûts sociaux, mentionnons que dans son étude parue en 2015 sur les impacts de la mégamine à ciel ouvert de Malartic, l’Institut national de la santé publique vient démontrer que tout le monde n’est pas d’accord sur les bénéfices qu’aurait apportés la compagnie minière. Plusieurs perçoivent notamment que l’écart entre les riches et les pauvres s’est accru. L’augmentation générale des prix (panier d’épicerie, logement) fait en sorte que les personnes qui ne travaillent pas à la mine n’ont plus les moyens de payer les factures du quotidien. Selon l’Institut de la statistique du Québec, le salaire annuel moyen pour un emploi minier en 2016 en Abitibi-Témiscamingue était de 109 436 $. En comparaison, le revenu annuel d’une personne travaillant au salaire minimum ne dépasse pas les 18 900 $. Combien de temps le boom économique durera-t-il? À quoi ressemblera Malartic, par exemple, lorsque la mine fermera? La durée de vie des mines est dictée par la valeur des métaux en bourse. Incertitudes, dépressions, faillites, alcoolisme, etc. C’est la précarité des gens qui fait en sorte que l’industrie a l’air indispensable. Cela explique peut-être pourquoi peu de gens osent la remettre en question. Les mines ne sont pourtant pas le centre du monde! Quoique… À force de creuser, elles finiront peut-être par s’y rendre…

L’INDICE BOHÉMIEn AVRIL 2018 19


MAUDE LABRECQUE-DENIS

L’ENVERS DU DÉCOR

LE PETIT THÉÂTRE DU VIEUX-NORANDA

avec une programmation complète d’événements, qui débute avec Les Zybrides 4.0 – Célébrer 40 ans de création. Ce retour en arrière nous rend fiers de notre histoire. Il ne faut pas oublier que des membres des Zybrides ont fondé le Cabaret de la dernière chance.

QUELQUES MOTS SUR LA DIRECTRICE ROSALIE CHARTIER-LACOMBE

Plusieurs événements culturels ont pris naissance au Petit Théâtre : Soirée d’improvisation de Rouyn-Noranda, Festival de musique émergente, Festival du DocuMenteur de l’Abitibi-Témiscamingue, Nez à Nez, Festival des guitares du monde en Abitibi-Témiscamingue, Nuit de la poésie, etc. Le Petit Théâtre du Vieux Noranda a également ouvert ses portes à Septième Ciel Records et à Nothingness Productions.

Rosalie est une personne dynamique, qui a toujours plusieurs projets en tête. Elle est douée pour rassembler les atouts nécessaires, que ce soit l’équipe interne, les partenaires ou les artistes participant aux productions et créations. Son souci des autres fait d’elle une leader positive. Elle dit que sa plus grande force est de s’entourer de personnes plus compétentes qu’elle.

QU’EST-CE QU’ON Y RETROUVE? Le Petit Théâtre est un lieu de production et de diffusion artistiques qui encourage la rencontre, la créativité et la relève. On y présente près de 350 activités par année, dont plus d’une centaine de spectacles, des formations, des conférences, des mariages, des artistes en pleine création, des premières fois et des commémorations. Il y a un peu de tout : de l’accueil et du café.

UNE RÉUSSITE QUI A FAIT LA FIERTÉ DE L’ENDROIT Présentement, le Petit Théâtre fait une rétrospection puisqu’on célèbre les 40 ans de création des Zybrides

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Une autre fierté qui est plus près dans le temps est la pièce déambulatoire Ma Noranda. Même après 5 ans, la production continue, le nombre de bénévoles et de spectateurs ne cesse d’augmenter. Ma Noranda se renouvelle chaque année et a remporté le Prix de la culture 2017 remis par la Ville de Rouyn-Noranda dans la catégorie Organisme ou événement de la relève. Le Petit Théâtre est également fier de sa communauté, qui s’implique sans relâche.

QUELQUE CHOSE QUE LE PUBLIC IGNORE Avant d’être le lieu de création et de production de la troupe de théâtre Les Zybrides, le Petit Théâtre était le lieu de rassemblement pour les vétérans d’autres nationalités. Lors des rénovations, l’équipe a d’ailleurs retrouvé une carte datant de la Première

Guerre mondiale. De plus, selon certains, un fantôme, qui serait l’esprit d’un vétéran irlandais, habiterait le Petit Théâtre. Plusieurs personnes ont constaté sa présence et ont été effrayées. Même des durs à cuire, comme des musiciens rock et métal, ont eu peur du fameux fantôme. D’ailleurs, l’ascenseur du Petit Théâtre semble contrôlé par cette entité puisque la nuit, l’ascenseur monte et descend, et les portes s’ouvrent sans qu’il y ait d’explications rationnelles!

QUELQUES MOTS SUR L’ÉQUIPE L’équipe est le cœur du Petit Théâtre. Chaque membre de l’équipe apporte sa force, ce qui permet de bien arrimer ce qui est parfois considéré comme deux extrêmes : création et administration. Nous accueillons plusieurs personnes marginalisées et les intégrons aux activités régulières ou à des projets spéciaux. Le Petit Théâtre du Vieux-Noranda 112, 7e Rue, Rouyn-Noranda (Québec) J9X 1Z9 819 797-6436 info@petittheatre.org petittheatre.org/ Date fondation du Canadian Corps : 1948 Date de fondation du Théâtre : 1978 Date de fondation de la troupe de théâtre Les Zybrides : 1988 Date d’acquisition du Canadian Corps pour en faire le Petit Théâtre du Vieux Noranda : 2001


ENVIRONNEMENT

TEL PÈRE, TELLE FILLE

LES ENVAHISSEURS SILENCIEUX

BIANCA BÉDARD, GÉOGRAPHE M. SC. ET CHARGÉE DE PROJETS AU CREAT

À l’aube de la saison de pêche estivale, il importe d’aborder le problème des espèces exotiques envahissantes qui menacent nos plans d’eau régionaux. Les lacs d’Abitibi‑Témiscamingue sont appréciés pour leur vocation de pêche sportive, de villégiature et de nautisme. Cependant, ces activités peuvent faciliter la propagation d’espèces aquatiques envahissantes (EAE) et affecter la qualité de ces plans d’eau.

QU’EST-CE QU’UNE ESPÈCE AQUATIQUE ENVAHISSANTE? Les EAE sont introduites dans un milieu aquatique où elles ne sont naturellement pas présentes. Elles possèdent habituellement un fort pouvoir de colonisation. Par leur grande capacité de reproduction et de dispersion, elles peuvent proliférer au détriment des espèces locales et des écosystèmes. La présence d’espèces exotiques envahissantes en milieu aquatique peut entraîner des impacts environnementaux, sociaux et économiques considérables tels que : perte de biodiversité, perte de valeur des habitations riveraines, nuisance à la navigation et à la baignade et diminution de la qualité de pêche sportive générant également des impacts économiques liés au tourisme. Mais quelles sont les espèces problématiques de la région?

LES MODES SONT DES BAROMÈTRES DE LA CONFORMITÉ DANIEL ET TOBI GAGNÉ

DES ESPÈCES QUI DÉRANGENT En Abitibi-Témiscamingue, on retrouve le myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum L.), une plante aquatique vivace submergée qui prolifère à un rythme effréné. Le myriophylle supplante complètement la flore indigène, modifie les habitats naturels, chassant ainsi la faune, en plus de détériorer la qualité de l’eau. Jusqu’à maintenant, il est déjà présent dans neuf lacs de la région (voir carte). Une fois introduit, il est pratiquement impossible à éliminer. Sans vigilance et mesures de précaution, le myriophylle risque d’envahir d’autres plans d’eau de la région. Il existe également deux espèces fauniques très préoccupantes : deux crustacés de très petite taille, le cladocère épineux (Bythotrephes longimanus) et la puce d’eau en hameçon (Cercopagis pengoi). Ils sont actuellement bien présents dans plusieurs lacs de l’Ontario, dont certains sont proches des nôtres (voir carte). Le cladocère épineux pourrait être présent dans le lac Opasatica. Ces deux EAE sont particulièrement voraces et, en contrepartie, leur queue épineuse semble rebuter les jeunes poissons, ce qui réduit considérablement la quantité de prédateurs qui peuvent diminuer leur propagation. Malheureusement, ces espèces sont parthénogénétiques, c’est-à-dire qu’elles sont capables de se reproduire de façon sexuée et asexuée. Elles peuvent survivre à nos hivers et éclore au printemps pour recommencer le cycle. Une fois ces espèces introduites accidentellement, il est impossible de les éliminer. Vous avez un rôle à jouer dans la protection et le maintien de la qualité des plans d’eau de la région. Pour prévenir la propagation des EAE, il est nécessaire de nettoyer son embarcation ainsi que tout le matériel nautique ayant été en contact avec l’eau. Pour en savoir plus sur le sujet et pour apprendre à reconnaître les EAE, consultez la page du CREAT : creat08.ca/eee Finalement, propagez le message, pas les espèces aquatiques envahissantes!

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MUSIQUE

UNE PROGRAMMATION ÉLECTRISANTE POUR LE 14E FGMAT

« QUARTIERS D’HIVERS 2018 », LE PETIT FRÈRE DU FME ISABELLE BROCHU

MAUDE LABRECQUE-DENIS

Les mélomanes pourront une fois de plus profiter des prestations d’artistes de renommée internationale tels que le bluesman Jack Broadbent et son slide guitar, le Cubain Edmar Castañeda et son jazz à la harpe (oui oui, la harpe!), Ruthie Foster qui sera de retour accompagnée de ses musiciens et plusieurs autres invités prometteurs. Le Festival frappe également un grand coup avec un spectacle de clôture festif aux accents soul en compagnie de Robert Randolf & The Familiy Band.

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« On essaie d’amener des choses uniques, des artistes d’exception à Rouyn-Noranda. Ça vaut la peine de venir faire des découvertes et d’en profiter, c’est chez nous! » commente Jean Royal, président du FGMAT.

PLACE AU TALENT LOCAL

Le 10 mars dernier, l’Agora des Arts de Rouyn-Noranda était bondée de curieux, jeunes et moins jeunes, qui s’étaient donné rendez-vous pour le spectacle du groupe montréalais Chances, en première partie de la non moins attendue Caracol. Chances a su réchauffer la salle avec une magnifique prestation mettant en évidence des influences musicales d’ici et d’ailleurs. Les sonorités indie pop, les chants du monde et des textes valsant entre l’anglais et le français ont fait voyager sans retenue la foule dans son monde. La disposition de salle a aussi contribué au spectacle. Les trois membres du groupe formaient un triangle sur la scène et le public est devenu le quatrième élément, ce qui donne l’impression d’écouter des amis dans notre salon.

Si le Festival se réjouit d’attirer de grands noms, les artistes régionaux ont également leur place.

La deuxième partie s’est inscrite dans la continuité, Caracol livrant une prestation aux saveurs du monde. Ces dernières années, Caracol a travaillé entre Montréal et Los Angeles. Elle a acquis beaucoup d’expériences dans le domaine musical avec de grands réalisateurs d’ici et d’ailleurs. Ses sonorités électroniques, électro-indie pop ont amené le public à se lever, bouger et danser dans une ambiance très énergisante.

Le populaire groupe rock Lasarrois Lubik sera en prestation préfestival le vendredi 25 mai, tandis que le très talentueux Philippe B, accompagné de 9 autres musiciens, revisitera son répertoire folk-pop dans un spectacle monté sur mesure pour le Festival. En plus de la programmation régulière, le public est invité à profiter des nombreuses activités gratuites qui habiteront la ville pendant toute la durée du Festival.

LOUIS JALBERT

Le Festival des guitares du monde en Abitibi-Témiscamingue (FGMAT) a dévoilé la programmation de son rendez-vous annuel qui aura lieu du 26 mai au 2 juin prochain. En plus du virtuose Joe Satriani, dont l’annonce a suscité tant d’intérêt que l’organisation s’est permis d’ajouter une supplémentaire le dimanche soir (une première dans l’histoire du Festival), plusieurs grands noms ont été dévoilés et il y en a pour tous les goûts.

La soirée a été appréciée et j’ai sincèrement pensé que la neige allait fondre comme un glaçon au soleil tellement la musique était chaude.


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CALENDRIER CULTUREL AVRIL 2018 Gracieuseté du Conseil de la culture de l’Abitibi-Témiscamingue

CINÉMA Mission Yéti – Nelly et Simon 30 mars au 4 avril Le Rift (Ville-Marie) Au revoir là-haut – Albert Dupontel  8 avril Théâtre du cuivre (RN) La part du diable – Luc Bourdon 15 et 16 avril Théâtre du cuivre (RN) Les gardiennes – Xavier Beauvois 22 avril Théâtre du cuivre (RN) Le sens de la fête Éric Toledano et Olivier Nakache 29 et 30 avril Théâtre du cuivre (RN) DANSE Corps amour anarchie Léo Ferré 18 avril Théâtre Télébec (VD) 19 avril Théâtre du Cuivre (RN) EXPOSITIONS À unBLEU moment donné, : Pantone 306 U dans un lieu précis – Béchard Hudon Jusqu’au 2 avril MA, musée d’art (RN) Tecocuahuitl : L’axe du monde Dinorah Catzalco Jusqu’au 8 avril Centre d’art Rotary (La Sarre) La lumière chez nous Carol Kruger Jusqu’au 29 avril Centre d’exposition d’Amos Les 7 grands-pères Frank Polson Jusqu’au 29 avril Centre d’exposition d’Amos Télévisionnaire Édouard Dufresne Jusqu’au 1er mai Vieux-Palais (Amos) Marcher dans le ciel Annie Boulanger et Sonia Cotten Jusqu’au 6 mai Galerie du Rift (Ville-Marie)

Les granges doubles au Témiscamingue Commission culturelle du Témiscamingue Jusqu’au 6 mai Galerie du Rift (Ville-Marie) Les finissants au certificat en peinture de l’UQAT à La Sarre Jusqu’au 6 mai Centre d’art Rotary (La Sarre) LITTÉRATURE Club de lecture Livromagie : Maurice Bélanger 4 avril Bibliothèque municipale d’Amos Heure du conte : Maurice Bélanger 7 et 24 avril Bibliothèque municipale d’Amos Louis-Joseph Fecteau se livre à nous 22 avril Bibliothèque municipale d’Amos MUSIQUE Centre local des Jeunesses musicales de Rouyn-Noranda : Vincent Rancourt 3 avril Théâtre du cuivre GRIS : Pantone 423 U(RN) Hommage à Gilles Vigneault Daniel Saint-Germain 4 avril Salle Félix-Leclerc (Val-d’Or) Claudette Dion 4 avril Théâtre du cuivre (RN) 5 avril Théâtre des Eskers (Amos)

Soirée française – Orchestre symphonique régional 9 avril Théâtre Télébec (VD) 10 avril Théâtre du cuivre (RN) 11 avril Théâtre des Eskers (Amos) 12 avril Ville de La Sarre

Midis-musique Jusqu’au 18 mai Conservatoire de musique de Val-d’Or

Claude Dubois en liberté 12 avril Théâtre du cuivre (RN)

La grande étude, théâtre musical clownesquement sérieux 14 avril Théâtre du cuivre (RN) 15 avril Le Rift (Ville-Marie)

Dépanneur Pierrette – Sara Dufour 13 avril Salle Félix-Leclerc (VD) Rythmo-Synchro – Les Jeunesses musicales du Canada 16 et 17 avril Agora des arts (RN) Alain Dessureault : lancement d’album, formule 5 à 7 20 avril Salle Félix-Leclerc (VD) Les Jeunesses musicales du Canada – Don Giovanni (opéra) 20 avril Théâtre des Eskers (Amos) 22 avril Théâtre Télébec (VD) 24 avril Théâtre du cuivre (RN) Ensemble vocal de St-Bruno 20 et 21 avril Le Rift (Ville-Marie) Mononc’ Serge au Prospecteur 21 avril Microbrasserie le Prospecteur (VD)

Les Meussieux 5 avril Agora des Arts (RN)

10 ans de parole naissante Projet couch 21 avril Agora des Arts (RN)

Mes longs voyages Daniel Lavoie 5 avril Le Rift (Ville-Marie) 6 avril Théâtre Télébec (VD) 7 avril Théâtre du cuivre (RN)

Effets spéciaux Avec pas d’casque 25 avril Petit Théâtre du Vieux Noranda (RN) 26 avril Ville de La Sarre 28 avril Le Rift (Ville-Marie)

Désirée 6 avril Théâtre Meglab (Malartic)

Cendrillon de Jules Massenet Metropolitan Opera (écran géant) 28 avril Théâtre du Cuivre (RN)

THÉÂTRE Des arbres Théâtre de la manufacture 10 avril Agora des Arts (RN)

Le garçon au visage disparu Théâtre le clou, 10 ans de parole Le 26 avril 2018 Agora des Arts (RN) Début de fin de soirée Cie de la 2e scène Jusqu’au 5 mai 2018 Théâtre Auberge Harricana (VD) DIVERS Les yeux de la mer – Mario Cyr 8 avril Salle Félix-Leclerc (VD) 9 avril Théâtre du cuivre (RN) Dans les rues de Rio, défilé de mode 13 et 14 avril Salle Télébec (VD) Les Jardins St-Maurice Belles matinées 17 avril Bibliothèque municipale d’Amos Génies en herbe Harricana : Génies sages et moins sages 20 avril Bibliothèque municipale d’Amos 30e anniversaire d’ESPACE Abitibi-Est avec Sam Breton 21 avril Salle Félix-Leclerc (VD) Ateliers de modèle vivant Jusqu’au 19 mai MA, musée d’art (RN) Soirée quiz de Val-d’Or Jusqu’au 22 mai Microbrasserie le Prospecteur (VD)

Pour qu’il soit fait mention de votre activité dans ce calendrier, vous devez l’inscrire vous-même, avant le 20 de chaque mois, dans le calendrier qui est accessible sur le site Web du CCAT, au ccat.qc.ca. L’Indice bohémien n’est pas responsable des erreurs ou des omissions d’inscription. L’INDICE BOHÉMIEn AVRIL 2018 23


24 L’INDICE BOHÉMIEn AVRIL 2018

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AVRIL 2018 // L'INDICE BOHÉMIEN // VOL. 09 - NO.07  

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