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GROUPE SOCIALISTE D’ACTION ET DE RÉFLEXION SUR L’AUDIOVISUELasbl

CAUSES TOUJOURS

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2013 TRIMESTRIEL


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CAMPAGNE DE SENSIBILISATION IRM : Imagerie par Résonance Marketing INTERVIEWS : • Jeux d’influence et de manipulation affective - Gordon Pleyer • Ma télé et moi émoi - Olivier Luminet • La rédemption par le rêve - Franck Pierobon • « Tout comme les trains, la presse déraille peut-être moins souvent qu’elle ne roule correctement, mais personne n’en parle » - Julien Lecomte

SUITE DE LA CAMPAGNE ‘Adieu Internet tel que nous le connaissons aujourd’hui ?’: « Viol de la neutralité du net et surveillance sur le web : nos espoirs d’utopie et d’égalité se sont-ils envolés ? »

ATELIIER DE PRODUCTION Diffusion et projections

LE FESTIVAL ‘FILMER À TOUT PRIX’ S’ANNONCE

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CAMPAGNE DE SENSIBILISATION

IRM

Imagerie par Résonance Marketing

Sommes-nous maîtres à bord de notre cerveau quand nous tombons amoureux, décidons de consommer tel ou tel produit, nous faisons une opinion sur telle personne ou tel événement ou votons pour tel ou tel candidat politique ? Au vu des méthodes marketing qui se font de plus en plus furtives et ciblées, le Gsara s’est interrogé sur le fonctionnement de notre cerveau et sur la manière dont certaines pratiques marketing, neuromarketing, médiatiques et politiques tentent de piloter nos émotions, nos sens, notre inconscient pour mieux les exploiter !

accumbens (qui fabrique et garde en mémoire toutes les sensations agréables) montre, par une activité accrue, que telle boisson ou tel yaourt nous plairait. Il sait que nous aimons le sucre et submerge notre cerveau de dopamine1. Si au contraire, l’insula2 prend le dessus, nous n’achetons pas. Il n’est pas innocent non plus que les fruits et légumes soient placés à l’entrée des magasins. Remplir notre chariot d’aliments sains rassure notre cerveau. Nous pouvons ensuite nous laisser séduire par tout et n’importe quoi dans les rayons, en toute bonne conscience. Des études montrent également que lors d’une dispute de couple, les arguments seraient moins importants que les chaises sur lesquels nous sommes assis. De même, une affirmation sans arguments peut parfois s’avérer plus persuasive qu’une explication argumentée. Imaginons les conséquences sur notre regard et perception du monde !

90 % de nos actes quotidiens se déroulent à notre insu, le cerveau se mettant en pilotage automatique. L’image que nous avons du monde qui nous entoure résulte d’une construction mentale. Avec une belle longueur d’avance sur notre conscient, c’est notre inconscient qui décide de tomber amoureux ou qui décide si telle ou telle info doit être relevée.

Nos neurones, nouvelles cibles d’invisibles drones ?

Des marionnettes aux mains de notre inconscient.

Un pas supplémentaire dans l’invasion et l’intrusion des messages publicitaires est franchi par le neuromarketing. Le neuromarketing tente de mesurer la façon dont un produit, une publicité, un stimulus affectent notre inconscient et influent sur nos comportements d’achat. L’imagerie de résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), l’électro-encéphalogramme ou encore l’électromyographie (EMG) sont autant de techniques utilisées par les marques pour mesurer l’impact de publicités sur le consommateur.

Ces automatismes de notre cerveau peuvent certes paraître inquiétants mais ils nous facilitent la vie. Sans ces automatismes, nous ne pourrions pas manger et lire le journal en même temps ou courir et parler simultanément, regarder un film tout en respirant. Réfléchir fatigue notre cerveau. La réflexion se limite à quelques centres de calcul situés dans le cortex cérébral, une fine couche de tissus nerveux. Par contre, plus inquiétant : nous sommes loin de nous douter de tout ce que notre cerveau nous fait avaler ! Les marketeurs l’ont bien compris en tentant d’exploiter le fonctionnement de notre cerveau à des fins commerciales. Quand nous faisons nos courses par exemple, nous nous laissons souvent guider par notre inconscient et notre irrationalité. En effet, le noyau Gsara 2013

1. La dopamine est l'une des nombreuses substances chimiques qui sert de neurotransmetteur dans le cerveau. Les réseaux dopaminergiques sont étroitement associés aux comportements d’exploration, à la vigilance, la recherche du plaisir et l’évitement actif de la punition (fuite ou combat). 2. L’insula, ou cortex insulaire, constitue un des deux lobes du cerveau situés en position interne, et fait partie du cortex cérébral. Il interviendrait notamment dans le dégoût, la dépendance ou encore la conscience.

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© Pepijn Barnard

Les stimuli qui ont activé les zones du plaisir et les circuits de la récompense seront privilégiés par l’entreprise pour orienter ses stratégies et ses campagnes de marketing afin de les rendre plus efficaces... Tout en questionnant la fiabilité du neuromarketing (car le cerveau humain reste la matière la plus mystérieuse qui soit !), nous sommes en droit de nous inquiéter de voir les neurosciences au service de problèmes non médicaux. Notre cerveau serait-il devenu une marchandise ?

centres du circuit de la récompense réagissent eux aussi. Le cocktail endorphine (qui nous rend euphoriques)/sérotonine (qui agit sur l’humeur) fonctionne comme une drogue. Au début d’une relation amoureuse, nous sommes facilement manipulables car dépendants, aveugles et stressés. Nous sommes guidés par des circuits électro-chimiques totalement automatiques. En est-il de même quand les génériques de JT et les titres de nombreux magazines utilisent des termes anxiogènes ? Crise, catastrophe, chômage, dépression, récession, rigueur, austérité, violence, terrorisme, insécurité,.. autant de mots qui suscitent un état d’alerte. Mais pas de problème, une publicité de parfum ou de voiture nous procurera vite notre dose d’endorphine et de sérotonine... Et de cortisone ?

A la lumière de ces pratiques de marketing, qu’en est-il du pouvoir des émotions et de ses exploitations médiatiques possibles ? Les mots, le storytelling, les couleurs, les images influencent fortement nos perceptions au travers du petit écran. Quand les médias (de divertissement comme d’information) s’orientent vers l’émotionnel, quelles zones du plaisir et quels circuits de la récompense sont actionnés ? Les difficultés économiques d’un grand nombre de médias (dues à la baisse de leurs recettes publicitaires) les conduisent-ils à tout faire pour séduire les annonceurs ?

Julie Van der Kar

Quand nous sommes amoureux, notre amygdale s’active, nous sommes stressés. L’état d’alerte dans lequel nous sommes nous rend un peu aveugles. Les 3

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Au programme en dĂŠcembre Gsara 2013


Que diriez-vous d’une plongée au cœur de notre activité cérébrale ? Nous accueillons le « Cerveaurium » : projet inédit, poético-scientifique, interactif, pédagogique, et immersif de projection de l’activité cérébrale en temps réel. Le « cerveaurium » permet à plusieurs personnes de se retrouver au centre d’un cerveau et de «visualiser» l’activité cérébrale enregistrée à la surface du scalp d’une des personnes du public sous forme d’animations et de sons, projetés en temps réel sur un écran hémisphérique ; une musicienne en assure la partie artistique. Ce projet lie de manière ludique art et science. Soyez le(s)bienvenu(s) pour participer aux 4 séances d’animation (40 à 45’) organisées gratuitement toute la journée

Le mardi 10 décembre.

A la Maison des Cultures et de la cohésion sociale de Molenbeek Rue Mommaerts, 4 - 1080 Molenbeek-Saint-Jean Entrée libre Chaque séance permettra d’aborder les fonctions neurologiques individualisées telles que le langage, la vision ou la mémoire mais aussi les capacités d’apprentissage du cerveau : introduction à la notion fondamentale de plasticité cérébrale. Tout type de public : scolaires et périscolaires, publics en difficulté, publics empêchés, mais aussi universités, institutions muséales, congrès scientifiques... Plus d’infos : http://www.leschemins-buissonniers.fr/

Conférence, performance et projection Le mercredi 11 décembre à 19h30 PointCulture Bruxelles 145 rue Royale - 1000 Bruxelles Entrée libre

• Projection « Nos neurones, nouvelles cibles d’invisibles drones ? » Film d’animation – 2013, 1min30s Sommes-nous maîtres à bord de notre cerveau quand nous tombons amoureux, décidons de consommer tel ou tel produit, nous faisons une opinion sur telle personne ou tel événement ou votons pour tel ou tel candidat politique ? Petite histoire de communication, de séduction et d’influence au vu des méthodes marketing qui se font de plus en plus furtives et ciblées. Réalisation : Gsara • Conférence « Les techniques de manipulation affective en politique » Nos comportements et nos préférences socio-politiques résultent très souvent de processus affectifs inconscients. Tirant ses arguments tant de la psychologie que du marketing commercial, Gordy Pleyers explore l’ampleur de nos capacités d’endoctrinement affectif. Une conférence-vaccin pour nous immuniser contre les manipulations, à l’horizon des élections de mai 2014 ? Gordy Pleyers est professeur à l’Université de Louvain et responsable de l’agence de marketing MIND INSIGHTS. • Une « conférence augmentée » avec l’intervention de Valérie Cordy, performeuse numérique, directrice de la Fabrique de Théâtre.  Ses performances sont autant de retours à la volée, immédiats comme des smashes, acceptant la rapidité non pas comme une règle d’un jeu mais comme un fait. Cette rapidité est le résultat d’un vrai travail de fond, une démarche de recherche et développement nous offrant, en guise de trajectoires et cratères, des performances, des conférences mêlant l’utilisation de moyens multimédias, sons, images, mais surtout un maniement virtuose en direct des outils de l’Internet: réseaux sociaux, sites scientifiques, informatifs, de positionnement géographique ou sociologique pour recréer ou parfois créer un lien au réel dans un contexte donné.

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CAMPAGNE DE SENSIBILISATION

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Jeux d’influence et de manipulation affective Rencontre avec Gordy Pleyers, professeur de comportement du consommateur et de psychologie sociale à l’UCL et membre de l’agence marketing Mind Insights

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_ SMI Eye Tracking

Branche de la neuroéconomie, le neuromarketing tente de mesurer la façon dont un produit, une publicité, un « stimulus » affecte notre inconscient et influe sur nos comportements d’achat. Est-ce vraiment si efficace, mesurable et fiable ?

scientifique) de vendre ces techniques, face à des personnes n’étant souvent pas au courant de leurs limites et de leur complexité. Au sein de notre agence de « marketing scientifique » Mind Insights, nous exploitons les techniques « neuromarketing » qui sont les plus pertinentes en regard des avancées scientifiques actuelles. Toutefois, il faut reconnaitre que l’exploitation de telles techniques nécessite plus de temps que d’autres méthodes d’analyse des consommateurs, étant donné l’expertise scientifique et la complexité impliquées. Cela étant, il est également intéressant de préciser que les techniques dites « neuromarketing » ne constituent qu’un ensemble de techniques parmi d’autres, qui sont loin d’être toujours les plus pertinentes. Ainsi, d’autres méthodes moins lourdes permettent généralement de livrer des données bien plus utiles pour examiner la « boîte noire » des consommateurs et orienter le marketing.

Ce qu’on appelle « neuromarketing » fait référence à un ensemble de techniques visant à mieux comprendre les réactions des consommateurs par rapport à un objet grâce à l’analyse des mécanismes cérébraux. Par exemple, il est possible d’observer directement les zones cérébrales activées face à une publicité pour tenter d’en déduire les réactions des consommateurs. Le neuromarketing constitue un domaine en pleine évolution, qui peut présenter un certain intérêt mais qui doit surtout être envisagé avec une grande prudence. D’une part, il s’agit de techniques très complexes nécessitant des expertises scientifiques extrêmement pointues. D’autre part, de nombreux progrès scientifiques seront encore nécessaires pour mieux maitriser ces méthodes et éventuellement les exploiter de façon vraiment fiable pour des applications commerciales. Il est dès lors surprenant que certaines sociétés purement commerciales tentent déjà (et sans réelle expertise

1. http://www.presses.ulg.ac.be/jcms/c_5914/lendoctrinement-affectif-du-citoyen

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En tant que marketeur, pouvez-vous comprendre les consommateurs de plus en plus irrités par l’invasion et l’agression de la pub ?

Il s’agit de modifier l’attitude par rapport à un stimulus en l’associant selon une procédure à un élément positif (ou négatif dans certains cas). Sur le plan commercial, il s’agit typiquement de l’exemple de la marque Scottex, qui exploite comme élément affectif positif un adorable petit chien. Mes analyses des 30 dernières années de campagnes électorales aux Etats-Unis et en Europe démontrent l’utilisation de ce phénomène dans le domaine politique. Pour n’en prendre qu’un exemple, durant la campagne de 2007, Nicolas Sarkozy s’est largement affiché aux côté de Doc Gynéco. Si sur un plan rationnel cela était totalement incohérent avec le positionnement du candidat (le chanteur nonchalant avec lequel il s’associait n’était absolument pas compatible avec l’idée de Sarkozy « Travailler plus pour gagner plus »), la technique est très intéressante sur le plan marketing car elle a permis, via cette association, de développer une attitude positive dans l’esprit de nombreux citoyens par rapport à Nicolas Sarkozy ; essentiellement dans le chef de citoyens de banlieues étant faiblement impliquées dans la politique, n’ayant pas beaucoup d’éléments rationnels pour orienter leur vote, et étant donc particulièrement influençables par la technique affective. Ces techniques se sont particulièrement développées aux Etats-Unis, où sont largement exploités des phénomènes de manipulation affective durant en périodes électorales. Il est intéressant de montrer à quel point les connaissances scientifiques jettent un éclairage pertinent sur de tels phénomènes, et pourraient même être précieuses pour contribuer à optimiser encore le marketing politique.

Oui parfaitement, dans la mesure nous sommes chaque jour exposés à un nombre incroyable de publicités, de logos, de produits… Ces expositions sont omniprésentes : en magasin mais également sur Internet, à la télévision, dans la rue, au bord des terrains de sport et dans bien d’autres endroits de nos vies quotidiennes. C’est ce véritable matraquage qui pousse d’ailleurs certaines sociétés commerciales à exploiter de nouvelles techniques pour se démarquer, comme par exemple l’utilisation d’émotions particulières ou même l’usage de publicités clairement choquantes…

Dans votre livre « L’endoctrinement affectif du citoyen »1, vous analysez certaines techniques d’influence qui peuvent être utilisées dans le domaine politique pour atteindre et séduire les électeurs. Pourriez-vous nous donner quelques exemples ? Le principe de départ est qu’un nombre relativement faible de citoyens disposent réellement d’éléments rationnels sur lesquels ils peuvent se fonder pour orienter leurs choix politiques (ex : intégrité d’un politicien, compétence dont il a fait preuve dans certains dossiers,…). Quant aux autres, que leur reste-t-il généralement pour orienter leur attitude et le vote qu’on leur demande d’effectuer sinon une émotion, une réaction spontanée à l’égard d’un candidat ou un parti ? Dans certaines de mes études, je montre que si les attitudes et les comportements socio-politiques des citoyens peuvent résulter de croyances rationnelles, ils proviennent aussi – et, très souvent, surtout – de processus affectifs pouvant même agir sans que les individus en aient conscience. Dans la perspective de l’acteur politique, cela implique donc que pour de gagner les faveurs des citoyens, il existe, au-delà des procédés rationnels fondés sur l’argumentation, un moyen particulièrement efficace qui consiste à activer des émotions particulières...

Propos recueillis par J. VDK

Mes travaux dans le domaine montrent dans quelle mesure certaines techniques émotionnelles utilisées en marketing commercial pour influencer les consommateurs par rapport à des produits peuvent ainsi être utilisées pour influencer les citoyens par rapport à des acteurs et des partis politiques. Le phénomène de « conditionnement affectif » en constitue un exemple. Gsara 2013

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Ma télé et moi émoi Rencontre avec Olivier Luminet, professeur de psychologie à l’UCL, chercheur au FNRS et auteur du livre « Psychologie des émotions »

Dans son ouvrage « Psychologie des émotions1», Olivier Luminet examine les réponses de confrontation et d’évitement face aux émotions. Ces émotions qui affectent notre perception du monde, la manière dont nous nous exprimons, nos raisonnements intellectuels, nos processus d’apprentissage,.. Regard d’un psychologue sur les émotions véhiculées par la publicité et les médias.

Quelle est votre analyse de la confrontation et évitement face aux informations ? Ça me fait penser aux études de Bernard Rimé, professeur ordinaire à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education de Université de Louvain. Les gens auraient un intérêt, une fascination pour l’émotionnel, voire parfois un certain goût presque morbide pour les catastrophes, les accidents graves, les tremblements de terre,.. Le public a naturellement une inclinaison à savoir ce qui se passe. Par curiosité et par empathie. Les gens ont aussi envie d’avoir des images. Par exemple, les images des attentats du 11 septembre ont été diffusées en continu et les gens continuaient à les regarder, même s’ils les avaient déjà vues 20 fois.

Comment l’expliquer ? Les gens sont curieux face à quelque chose de nouveau. Et surtout, ils ont envie de comprendre, de créer du sens. Il y a un processus de construction de sens après certaines situations. Plus la situation paraît insensée, plus ça prend du temps. Les attentats du 11 septembre est une situation complètement insensée qui a pris beaucoup de temps à être gérée et comprise par les gens. Un autre élément est l’empathie. Des situations de catastrophe comme celles-là génèrent des mouvements d’entraide et de compréhension. Mais dans la dynamique « confrontation-évitement », c’est clair qu’il y a des différences entre les personnes. Certaines personnes veulent éviter d’être confrontés aux informations qui génèrent trop d’émotions. La moindre situation émotionnelle les met dans un état d’activation insupportable (notamment au niveau physiologique). C’est le cas pour celles et ceux qui ont une réactivité cardiaque beaucoup plus forte. Pour se protéger, ils vont essayer d’éviter ces informations en coupant la radio, en changeant de chaîne à la télé,... 1. Editions de boek – 2008 et 2012 http://www.amazon.fr/Olivier-Luminet/e/B004NA5HPQ/ref=ntt_athr_dp_pel_1

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CAMPAGNE DE SENSIBILISATION Dans beaucoup de théories psychologiques, on décrit l’importance d’alterner confrontation et évitement de manière idéale. Quand on vit une émotion forte, il faut être capable de s’y confronter, mais aussi avoir des moments où on fait autre chose. Par rapport aux images d’actualité émotionnelle, s’y exposer tout le temps a un côté un peu morbide et pathologique. Dans la dynamique habituelle, quand on vit une situation comme ça, on décrit des phases de confrontation et d’évitement qui vont alterner. Mais certaines personnes n’arrivent pas à le faire et vont être soit tout le temps en confrontation, soit tout le temps en évitement. Exploiter la voie affective n’est-ce pas souvent la solution la plus simple, la plus immédiate, et la moins chère dans le chef des médias (publics comme privés) pour obtenir des revenus publicitaires et faire de l’audience ? Je pense ici aux programmes de téléréalité qui suscitent artificiellement le sordide, les penchants les plus grégaires chez le téléspectateur mais aussi quand les médias font la Une avec un nouveau type de virus ou un accident de train spectaculaire. Spontanément les gens sont attirés par l’émotion. Plus la chose est inattendue et nouvelle, plus elle va susciter un intérêt particulier. Les médias, et je pense plutôt aux télévisions, exploitent souvent la voie affective pour faire de l’audience.

Quels types d’émotion ? Les médias jouent très clairement sur la peur. Faire peur est un très bon vecteur. C’est une émotion qui peut très vite devenir collective et se propager. Le moteur de la peur, c’est n’importe quel danger et menace pour l’intégrité de la personne. On se rend compte que globalement, les émotions négatives sont plus faciles à être partagées. Les moteurs de la peur, de la tristesse, de la colère, sont assez universels. Par contre, induire des émotions positives au niveau collectif est plus difficile car moins universel. Cela dépend davantage de situations personnelles. Il existe des situations potentiellement positives telles un mariage, une naissance,... mais elles n’intéressent pas unanimement tout le monde. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il y a beaucoup plus d’études sur les émotions négatives (tristesse, peur, colère) parce qu’il est relativement facile de les induire. Par contre, déclencher un niveau de joie intense chez quelqu’un en laboratoire, c’est compliqué ! On voit bien que l’humour par exemple n’est pas du tout universel. Il est donc plus facile de déclencher une émotion collective Gsara 2013

désagréable, qu’une émotion collective agréable. Certains événements sportifs ont ce potentiel d’émotions positives au niveau collectif mais c’est beaucoup plus rare ! On se rappelle de l’engouement incroyable suscité par les performances des Diables Rouges lors de la Coupe du monde en 1986 au Mexique. De ces événements, les médias sont friands. Les politiques aussi, avec des tas d’enjeux identitaires derrière.

Vivrions-nous alors dans « une société de mise en scène de la peur » comme le dit le philosophe Michel Serres ? Le discours anxiogène mène-t-il à l’immobilisme et au repli sur soi ? Il y a un risque. Je pense surtout aux gens qui ont un excès d’empathie. L’empathie c’est bien mais en avoir trop peut être problématique. Ils vont ramasser toutes les émotions du monde entier et cette anxiété collective en pleine figure sans pouvoir se distancier. Les médias ont un rôle d’amplificateur, qui n’est pas sans influence sur les comportements et les émotions de chacun. Les médias ont aussi tendance à privilégier les éclairages et commentaires émotionnels à chaud plutôt que des experts de la question. L’analyse qui en est faite est d’une toute autre nature.

Et sur quel type d’émotion joue la publicité ? La pub joue davantage sur le changement d’humeur que sur les émotions. L’humeur est moins intense que les émotions. Il faut bien avouer que la pub ne rend jamais les gens fous de joie (comme lors de certains événements sportifs) mais elle est capable de modifier l’état d’humeur de la personne en associant un produit avec une image agréable (même sans aucun rapport avec la marque). Un meilleur état d’humeur rend la personne plus réceptive au produit. Mais si par contre, vous étiez de très mauvaise humeur avant de visionner la pub, ce n’est pas cette même pub qui va vous faire basculer.

Quels sont le poids et l’influence des mots, des images, des couleurs dans nos fonctions cognitives et notre perception du monde ? Il y a beaucoup d’études qui s’intéressent maintenant à l’effet cumulé des émotions (c’est à dire au niveau de nos 5 sens). Par facilité, elles se sont surtout penchées sur la coordination entre le visuel et l’auditif. Quand on joue sur les deux sens, on peut renforcer les effets émotionnels. Nicolas Vermeulen, Doctorant à l’Institut


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Joethe Lion

Louis Engival

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de Psychologie (IPSY) de l’Université de Louvain, crée des situations « cross-modales » pour comprendre l’influence de la musique sur les expressions faciales. Par exemple, quelle émotion suscite l’observation d’un visage neutre qui sourit de plus en plus sur une musique joyeuse ? Le personnage inspire confiance et il y a un décuplement de l’effet de la musique. Quand la musique est au contraire triste ou terrifiante sur l’image de ce même visage, la situation est vécue comme pathologique, elle procure un sentiment immédiat de méfiance et de peur. Pourquoi sourit-il alors que la musique n’a rien à voir ? Nos émotions sont ainsi influencées par des situations dites « congruentes » (lien entre le visuel et l’auditif) ou « incongruentes » (aucun lien entre le visuel et l’auditif). Les marketeurs jouent bien évidemment sur cette congruence entre les sens.

chaînes allemandes ont retransmis les images de leur chancelier très préoccupé par le sort de ses compatriotes sinistrés.

Qu’en est-il de nos capacités de distanciation ? Sommes-nous toujours passifs par rapport aux images ? Nous avons des capacités de distanciation mais nous sommes moins critiques dans des moments de fatigue par exemple. Si nous nous mettons devant la tv le soir après une longue journée, nous sommes dans une position « automatique » (notion d’automaticité). Nous risquons d’être plus facilement influencés que si nous mobilisons toutes nos ressources conscientes pour faire attention à ce qui nous est raconté. Cette disposition d’esprit critique de départ va être importante par rapport à la réception des messages.

Les mots utilisés ont aussi leur importance. Cela a été prouvé par les techniques dites d’amorçage affectif. Il est possible de rendre la connotation de certains mots/ marques plus agréable en les introduisant par d’autres mots (ex. soleil, plage, chaleur). Les mots orientent notre état d’esprit à notre insu. Gordy Pleyers qui enseigne le comportement du consommateur à l’UCL, parle d’ailleurs d’endoctrinement affectif du citoyen. Celui-ci analyse les mécanismes de conditionnement évaluatif dans le discours politique et montre comment ceux-ci peuvent orienter les décisions des 25 % d’indécis. Ce sont ces 25 % d’indécis qui sont la cible de ces campagnes politiques.

Propos recueillis par J. VDK

Un exemple d’endoctrinement affectif ? Un leader charismatique transmet de l’empathie en donnant l’impression aux gens qu’il comprend leurs problèmes et leurs douleurs. C’est une clé de succès politique ! Il y a des analyses qui montrent que dans des campagnes politiques, indépendamment des aspects idéologiques, le candidat qui se montrera le plus empathique a le plus de chance de passer. Dans les yeux de la population, c’est quelqu’un qui a l’air de comprendre les autres, de se mettre à leur place et de ressentir les émotions,.. Un exemple, un peu ancien mais assez révélateur est celui de Gerhard Schröder. En pleine campagne électorale allemande (septembre 2002), des inondations sévissaient en Bavière et en Saxe. Elles ont fourni au chancelier social-démocrate une occasion inespérée de remonter dans les sondages. Vêtu d’un ciré et chaussé de bottes en caoutchouc, il a défilé dans les villes et les campagnes inondées et a su séduire les électeurs incertains. Toutes les Gsara 2013

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La rédemption par le rêve Rencontre avec Franck Pierobon, philosophe, dramaturge et auteur du livre « Le symptÔme Avatar »

Dans « Le symptôme Avatar » (Edition Vrin – 2012), Franck Pierobon analyse, avec brio et panache, le film à grand succès commercial de James Cameron vu comme un véritable phénomène de société. L’auteur y voit le symptôme de notre postmodernité où l’individu s’anesthésie par le travail et le divertissement. Il s’avère incapable de se découvrir ou de s’inventer une intrigue qui puisse activer et faire valoir le sens de sa propre vie. Un ouvrage d’éducation aux médias et d’éducation aux images, ici quasi hallucinogènes. Serions-nous devenus idolâtres d’ « images-visions », équivalents cinématographiques du veau d’or ?

le monde change et le paysage urbain s’installe. Si vous regardez par la fenêtre, vous voyez un mur, un toit mais rien qui ne soit naturel, sauvage. Les seules choses sauvages qui sont ici dans cette pièce, c’est nous deux. Nous sommes les deux organismes vivants résiduels. Nous ne pouvons pas être assiégés constamment par une sorte d’émulation par des formes vivantes : la nature, les arbres, peut-être du danger à l’orée de la forêt, etc. Aujourd’hui, nous devons rechercher ce genre de choses. Il y a un assèchement de l’imaginaire et de la vie vécue, vivante de tout un chacun. Nous sommes comme des fourmis égarées sur un missile. Nous sommes dans un monde pauvre en fiction. C’est quoi un monde riche en fiction ? C’est un monde villageois où tout le monde doit survivre, veiller aux vendanges et ne pas rater le cycle des saisons. Notre monde a perdu toute magie. La plupart des gens vivent dans des grandes grandes villes, ont un travail répétitif sans véritables responsabilités. Hannah Harendt en parle comme de l’aliénation. Il s’agit d’un travail et non pas d’une création ou d’une oeuvre. Le niveau minimum de l’autosatisfaction, pour ainsi dire, dans l’épanouissement de la vie professionnelle, c’est de se fantasmer. Se fantasmer comme capitaine d’industrie, se dire : un jour, je vais faire des trucs et des machins, avoir de l’ambition, me projeter. Et puis, ça aussi se réduit et on

Le spectateur rechercherait une part de rêve, faute de tout autre salut. N’a-t-il pas toujours cherché de rêver ? Quelle est l’évolution des attentes dans le chef du spectateur postmoderne ? Bien sûr, on a toujours cherché à rêver. La différence que je ferais, c’est la modernité. Jusque dans les années 1750, l’horizon était autre. On était confronté et partie prenante d’une nature sauvage, envahissante et dangereuse. A partir de la modernité, de la révolution scientifique et technologique dont nous sommes les héritiers, Gsara 2013

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finit par regarder la télévision parce que la télévision, elle distrait. C’est une image, c’est très coloré, comme un aquarium, il se passe des trucs. La fiction devient quelque chose d’extrêmement important parce que elle rythme la vie psychologique des gens qui n’ont pas de vie. De la même façon qu’on préfère une musique, même niaise, à une succession de bruits. Notre vie, pour l’essentiel, c’est du bruit. Quand on allume une télévision ou une radio, des choses se passent et aboutissent et qui donc, font sens. Double bonus : il se passe quelque chose et en plus ça aboutit.

pas en train de faire des choses mais en plus on n’est même pas l’auteur de son propre rêve. Cette transe me semble très dommageable. Alors on peut mettre ça sur le compte du divertissement et du repos. C’est extrêmement important dans une vie qui par ailleurs est active, de regarder un épisode du Mentalist par exemple. C’est excellent, comme il est important de dormir. Même si on est passif, notre souvenir, notre inconscient jouent. Ca s’appelle du repos ! Le problème se pose quand on n’a que des formes passives, border line : repos, détente, divertissement, télévision et sommeil. Le rêve de la vie est aliéné. A partir du moment où on va chercher dans la télévision ce qu’on ne trouve pas dans la vie, là il y a un problème. Je pense que quelqu’un qui fait du travail social, de terrain, qui va écouter le malheur des uns et des autres, qui sait trouver des solutions, qui se bat, qui s’engueule, qui plaide,.. et qui regarde le soir « Mimi Mathy », c’est parfaitement légitime et génial !

Le spectateur ne pourrait-il pas attendre aussi du cinéma voire de la télévision qu’ils ré-enchantent le monde ? Vous me posez une question par rapport à un passage particulièrement négatif, qui dénonce. Mais en fait, il y a un double problème, d’abord c’est peu et c’est pauvre. Pourquoi ? C’est pauvre parce que la déferlante de fictions font que très rapidement (le cinéma est né officiellement en 1895) tout le capital de fictions a été recyclé et a tourné en rond. D’une manière générale, les gens se sont habitués et ont fait le succès du truc « qui marche ». Ces films de genre (le film noir, le policier, la comédie romantique, le film drôle, le film de capes et d’épées,...) réalisés avec très peu de moyens, assument cette fonction de réenchantement mais assister à du réenchantement, ce n’est pas être réenchanté ! C’est passif, par procuration. Vous pouvez très bien, dans une assemblée de co-propriétaires, vous faire représenter par un copain qui est aussi propriétaire, qui a une procuration et qui vote pour vous, mais il y a un vote. Ce n’est même pas par procuration. C’est encore moins que ça ! C’est-à-dire que là, on a des émotions sans qu’il y ait personne qui soit ému. C’est très bizarre, c’est assez subtil comme constat. C’est pour ça que ça vaut la peine d’écrire un livre là-dessus en ce sens que quand vous êtes au cinéma, vous n’êtes même pas en train de réagir à quelque chose. Vous êtes ensemble action et réaction, comme si vous rêviez. C’est-à-dire, vous êtes en transe. Un film qui ne fonctionne pas c’est un film où en toute conscience, on se dit tiens, il y a peu de monde. Oh regarde, il y a une loupiotte qui fonctionne mal, elle clignote. Oh la la, il va durer encore combien de temps ? Si ça marche, on devient « non conscients ». Je ne vais pas dire inconscients car c’est un terme très connoté mais on est dans une situation de transe où il n’y a plus de distance entre ce que je vois et moi qui vois comme dans un rêve, à part que ce n’est pas le rêve que je rêve. C’est un rêve qui se rêve en moi, fabriqué par d’autres personnes. Donc, au cinéma, non seulement on n’est pas actifs, on n’est Gsara 2013

Selon vous, l’audiovisuel nous convainc insidieusement qu’il n’y a pas de joie plus profonde que celle que procure la passivité totale à laquelle on consent à l’occasion de tout spectacle et qui pourrait bien confiner au coma spirituel. Il n’empêche que certains militants se sont approprié le récit d’Avatar pour réaliser des actions « In real life ». Pour défendre le territoire des indiens de DongriaKondh qui tentent désespérément d’empêcher les humains d’exploiter les ressources minières de leur terre sacrée, menacé d’exploitation minière, des manifestants ont revêtu les costumes des personnages d’Avatar, comme pour comparer la situation des « Navi » à celle des indiens Dongria-Kondh. Preuve qu’un récit peut être réapproprié par les citoyens pour mener un combat politique... Bien sûr, le cinéma a toujours fait partie de la culture populaire. C’est pour ça que je m’y intéresse. Le succès extraordinaire d’Avatar (un milliard en plus que Titanic) veut dire quelque chose vu le mode de production (avec des projections pour des groupes extrêmement bien choisis quant à sa composition, qui doivent remplir des questionnaires, avec des focus groups, avec des panels sur internet,.. ). C’est un film dont le public est le co-auteur. Alors là, du coup, on sait qu’on a mis le baxter de rêve sur la bonne veine. Alors évidemment qu’il faut l’exploiter. Il faut l’exploiter pour appuyer 14

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« Au cinéma, non seulement on n’est pas actifs, on n’est pas en train de faire des choses mais en plus on n’est même pas l’auteur de son propre rêve. Cette transe me semble très dommageable. »

au bout de la nuit, elle a entendu le faible cri de son bébé et voilà. Donc, du coup il y a de l’émotion, il y a une petite histoire qui tient comme une parabole dans la Bible, dans le nouveau testament surtout, qui excite l’imagination, qui permet de construire un monde à partir duquel on peut faire un travail de conceptualisation. C’est une manière d’attraper l’attention et qui peut extrêmement bien fonctionner à des fins pédagogiques. Je me souviens encore aujourd’hui de l’histoire que m’avait racontée mon professeur de français quand j’avais 10-12 ans pour introduire une leçon de grammaire sur les comparatifs. Je m’en rappelle longtemps après. C’est une manière de soulager la discursivité, d’aérer et de faire appel à d’autres fonctions qui peut être extrêmement efficace. C’est plus agréable même si ça a moins de standing, de prestige par rapport à des gens un peu vieux-jeu qui ne veulent pas mettre des storytelling parce que c’est amuser la galerie.

des revendications qui sont encore vécues aujourd’hui comme étant marginales, arriérées, obscurantistes, etc. alors qu’elles sont réalistes. C’est la question écologique qui appelle à une grande retenue alors toute la publicité appelle à la surconsommation de choses inutiles avec les problèmes d’obésité qu’on connait, avec toutes les dysfonctions, avec du gaspillage extraordinaire, avec une course aux « status symbols », les choses de luxe – la grosse voiture, la grosse baraque pour essayer d’exister. Donc, oui il y a une valeur politique à ce film qui permet à des groupes de parler au plus grand nombre en disant : vous vous souvenez d’Avatar ? Hé bien nous sommes la réalité d’Avatar, à part qu’on n’a pas gagné. Avec une phrase, on a tout dit !

La seconde chose c’est quand l’histoire fonctionne comme un raisonnement ou que le raisonnement fonctionne comme une histoire. Je m’explique. Dans ce livre « le symptôme d’Avatar », je parle beaucoup de l’intrigue parce que l’intrigue d’Avatar est très pauvre. C’est un western. Dès le départ on a compris que les méchants vont perdre et que les gentils vont gagner. Moi, je m’intéresse beaucoup à ce genre d’opérateur logique. On peut se demander si le fait que c’est toujours le bon qui gagne et le méchant qui perd, est-ce une considération morale ou narrative ? Si le méchant gagne, on n’est pas satisfait. Nous avons besoin d’avoir des raisonnements qui paraissent rigoureux et qui mènent sans obstacle et sans trop solliciter la complaisance du lecteur ou de l’auditeur, à une conclusion qui dit bien : voilà c’est fini. La tâche d’une intrigue, c’est de commencer et de finir. C’est presqu’une considération musicale. Notre vie à nous finit de la manière la plus bête, sans qu’on puisse faire quoique ce soit. Dans les fictions, on a besoin de structures, de formes musicales qui aboutissent, de choses qui soient rythmées. Le raisonnement est aussi une question de rythme. Si je me réfère à ma propre expérience d’être persuasif, je revisite des choses qu’on croyait connaître. Je les frotte un peu, je les fais blinquer et tout à coup, de nouvelles lumières apparaissent.

Le récit est presque omniprésent dans notre société contemporaine (en management, en thérapie, dans les religions, dans les médias,...). Roland Barthes considérait le récit comme un moyen de comprendre et d’ordonner le monde, Christian Salmon (« Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits1») envisage, lui, l’utilisation du récit à des fins de contrôle. Qu’en pensez-vous ? Pour répondre à votre question, je fais comme d’habitude, je la désarticule, je la décortique, je la déconstruit. Il y a le storytelling et puis il y a l’anecdote. Bien souvent le storytelling, comme pratiqué dans le journalisme américain, consiste à démarrer par une petite histoire. Vous voulez parler de la guerre en Syrie, vous commencez en mettant en scène une petite histoire dans laquelle cette femme a cru avoir perdu son bébé dans l’effondrement de la maison suite aux bombes de Assad et grâce à l’aide des autres villageois,

« On peut se demander si le fait que c’est toujours le bon qui gagne et le méchant qui perd, est-ce une considération morale ou narrative ? »

1. La Découverte, 2007

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« La manipulation exige toujours quand même quelqu’un qui a envie d’être manipulé »

grand magasin, pour voir sur quoi les yeux tombent, si la surabondance des produits de consommation n’était pas contre-productive et comment faire en sorte que tel produit fonctionne mieux, quelles sont les couleurs qui peuvent fonctionner, est-ce qu’il y a des archétypes psychosociaux, des choses un peu moins jungiennes et un peu plus réelles, pragmatiques, est-ce qu’on peut faire des expériences, est-ce que c’est culturel, est-ce que les résultats obtenus en Allemagne valent pour l’Espagne,... Alors évidemment, le grand problème c’est que la décision d’achat est irrationnelle.

Ce mouvement-là est carrément une chorégraphie conceptuelle, ça satisfait l’esprit et je demande aux autres de poursuivre la pensée. La question de l’intrigue c’est de voir comment elle peut donner à penser par ce qu’elle indique, non pas par ce qu’elle dit. Il se peut très bien que des formes un peu mystérieuses, comme dans la science-fiction où tout n’est pas expliqué, mettent l’esprit dans un état d’effervescence où l’imagination ouvre sur du concept, du raisonnement. Donc, oui au storytelling si ça encourage celui qui écoute de histoires à en fabriquer à son tour. Non si cette histoire est produite et vendue comme l’histoire définitive qui conclut une fois pour toute sur une pulsion d’achat, sur une décision.

Chaque fois il faut interroger : c’est quoi une pulsion d’achat ? c’est quoi une pulsion ? c’est quoi le désir, l’envie, le besoin ? Les gens sont conditionnés d’une manière tellement grossière et stochastique qu’on n’a pas la rigueur scientifique pour pouvoir déduire que quelqu’un va réagir de telle ou telle façon. Le problème, c’est de passer de la probabilité à un schéma qui puisse être un algorithme de stratégie marketing. Or la pulsion d’achat est une pulsion complexe. Elle suppose l’argent, des manipulations extrêmement symboliques et abstraites qui sont la carte de crédit. Elle suppose aussi un Surmoi plus ou moins flageolant où la personne qui veut acheter ce pull à 500 euros se dit, non je ne peux pas me le permettre parce que je n’ai pas assez d’argent. Toutes ces considérations qui sont plutôt psychologiques mettent en œuvre des concepts qui ne sont pas maîtrisés pour l’instant selon moi. C’est quoi l’argent ? Si je sors de mon portefeuille, un billet de 20 euros, pour un extra-terrestre ou un chimpanzé, j’ai sorti un bout de papier recouvert de couleurs avec des signes mais ça c’est une manière un peu autiste de voir les choses. En fait, j’ai sorti de la magie moderne c’est-à-dire que l’argent, on y pense en termes magiques. Tout ce qu’on peut obtenir comme résultat scientifique d’un côté, est balayé par le surinvestissement, le sousinvestissement ou les comportements de déni qu’on peut avoir par rapport à l’argent. Avec cette magie qui fait que plus j’ai d’argent, plus j’ai de pouvoir.

La manipulation exige toujours quand même quelqu’un qui a envie d’être manipulé. Samuel Taylor parle de « Suspension of disbelief ». Tous les gens qui écoutent des histoires viennent y chercher un plaisir particulier. Mais le storytelling ne réussit pas nécessairement. Il faut de l’art là-dedans. C’est un effort de mettre de la joie, de sortir d’une réalité qui est réduite à de l’instrumental, à de la bretelle d’autoroute, à de la barre de béton, à des courses du samedi. Et tout à coup, il y a quelque chose qui revient et qui s’appelle l’enchantement. Le monde enchanté suppose un public qui ne fait pas la différence entre la fiction et l’information (les petits enfants) ou alors ça suppose un monde qui est objectivement enchanté, c’est-à-dire un monde de la société primitive où tout est à la fois salut et danger, où il faut être sur le qui-vive, où tout agit mystérieusement sans qu’on puisse en faire la théorie parce qu’on ne sait pas ce que c’est une théorie. Là, je renvoie tout simplement à ce que Lévi-Strauss a écrit magnifiquement sur la pensée sauvage, qui est une pensée très complexe, instrumentale, agissante et qui ne fait pas la différence entre une vision imaginaire de la réalité et une vision réelle de l’imagination.

La télévision nous vendrait-elle du « temps de cerveau disponible2 » dixit l’ancien PDG de TF1 Patrick Lelay, ou du « temps de cerveau sans conscience » dixit le philosophe Bernard Stiegler ?

En parlant de manipulation, que pensez-vous des techniques de neuro-marketing ?

Quand des grandes sociétés de télévision disent qu’elles vendent de l’espace de cerveau disponible à

Il y a un développement de plus en plus acéré et technologiquement sophistiqué. Par exemple pour mesurer le mouvement des yeux, quand quelqu’un se promène dans une travée de Department Store, de Gsara 2013

2. « Notre mission consiste à capter le temps de cerveau disponible de nos spectateurs pour le vendre à Coca-Cola »

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_ des annonceurs, elles disent la vérité d’une manière tellement brutale qu’elles créent un buzz énorme et que vous la répétiez. De ce côté-là, la charge bonimenteuse est remplie à 100 %. Le type a marqué les esprits. Le contexte étant perdu, on peut alors recontextualiser. Patrick Lelay a tenu un discours particulièrement totalitaire et fasciste par réaction probablement au grand blabla. Il a dit on va arrêter avec ces histoires qui n’intéressent personne. Le public, massivement, n’est pas intéressé par la haute culture ou par des émissions d’émancipation. Ce qui l’intéresse surtout c’est de se divertir et nous lui apportons ce qu’il demande, en échange de quoi nous vendons aux annonceurs de quoi nous payer. Et si nous vendons bien, nous sommes contents et le public vient en masse, nous sommes contents et au final, c’est le public qui décide des contenus. Et il peut même décider de zapper quand il y a des pubs, ce qu’il ne se prive pas de faire. Il ne faut pas le prendre comme un énoncé premier mais voir le contexte de provocation dans lequel ça s’est mis à fonctionner au-delà de toute espérance. Nous ne sommes pas des artistes, nous vendons de l’espace de cerveau mais cet espace de cerveau n’a pas été violé.

celle qu’on s’est soi-même induit pour pouvoir parler avec feu de la chose ? Une télévision qui déplait, on l’éteint. Personne n’est obligé de regarder la télévision. Donc quand les gens regardent la télé, ils le font bien souvent parce qu’ils sont mélancoliquement désespérés. C’est la seule fenêtre ouverte sur leurs rêves. Est-ce qu’il faut demander à tout le monde d’être un héros comme Bernard Stiegler ? Est-ce que c’est juste de sa part de demander à tout le monde d’avoir son cran, son intelligence, sa force de travail ? Il a été extrêmement généreux : il a fait passer le bac à tous les détenus et avec cela, on a un peu l’intransigeance du rebelle qui a réussi, qui est sorti de l’extrême marginalité pour devenir le directeur de l’IRCAM, une grande figure. La télécratie c’est un bon concept vendeur. C’est l’arroseur arrosé ! Il faut faire attention avec les dénonciations : on a un truc à raconter, les méchants sont là. Le western qui consiste à mettre les méchants d’un côté et les bons de l’autre, c’est du storytelling. C’est une manière agréable de penser les choses en blanc et noir et donc, on n’a pas à penser. Avant on avait le juif, le PD, le black, c’est par eux que le malheur tombait sur le monde. Maintenant c’est par la télé, ou le système. Nous sommes tous des complices de quelque chose. Et donc, est-ce que les médias doivent faire ceci ou cela ? Pas plus, pas moins. NOUS devons. Je pense que les jeunes gens d’aujourd’hui qui ont une fibre philosophique, morale, qui s’investissent dans des choses qui ne sont pas très rentables, qui veulent par exemple écrire des livres, c’est de là que viendra le salut mais personne n’a jamais prétendu que l’humanité était bonne ! Le premier concept vendeur, c’est de croire que 1 : l’homme est bon, 2 : s’il est mauvais, c’est qu’il est victime, 3 : il doit y avoir un méchant, je vais te le trouver. 1 2 3, c’est ça le storytelling !

Personne n’est obligé de regarder la télévision sauf …. en prison ! Et Bernard Stiegler a fait de la prison. Du coup il devait subir de la télévision non-stop dans une promiscuité et un surpeuplement des prisons, ce qui peut être horrible. Donc, la réaction de Bernard Stiegler, il faut aussi la contextualiser. C’est quelqu’un d’extraordinaire qui s’est sauvé par la philosophie. Il a passé son bac et a fait une licence en philo en prison. C’est un pur et dur. Pur ça va, dur, je ne sais pas... Transformer la question de la télévision de masse en un capitalisme pulsionnel ou libidinal comme il le dit dans son livre « La Télécratie », c’est faire un procès facile. On peut se monter la tête en se mettant en colère pour parler de choses qui nous mettent en colère. Question : c’est quelle colère qu’on entend ? Celle qui est provoquée par la chose ou

Propos recueillis par J. VDK

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« Tout comme les trains, la presse déraille peutêtre moins souvent qu’elle ne roule correctement, mais personne n’en parle » La publicité représente un enjeu majeur des médias. Vous posez la question dans votre livre : « on truque des matchs de foot pour de l’argent. Dès lors, pourquoi ne truquerait-on pas l’information ? ». Quelles seraient les répercussions de la logique marchande sur l’information ?

Rencontre avec Julien Lecomte, titulaire d’un Master en information et communication, expert auprès du Csem (2012-2013), auteur du livre « Médias : influence, pouvoir et fiabilité1 » et qui traite notamment d’éducation aux médias2

Le public est une cible. Comme le veut la formule bien connue de Patrick Le Lay, l’ensemble des « consommateurs » est une « marchandise » vendue aux annonceurs. Plus l’audience est grande ou spécifique, plus elle vaut de l’argent. L’intérêt de certains annonceurs passe avant l’information plus pertinente, même sur des sites comme Google (référencement payant, référencement naturel boosté par du SEO, etc.). Pour capter l’attention de ce public, les recettes sont diverses : elles portent entre autres le nom de scoop, de « buzz », de mise en récit… Certains médias peuvent avoir tendance à jouer la carte de la proximité (microtrottoir, infos locales, identitarismes…) ou de l’émotionnel (mort, crise, trash…) également. Il s’agit de stratégies parmi d’autres qui permettent de rendre les infos les plus digestibles.

1. http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=38392 Edité en octobre 2012 par l'Harmattan 2. http://julien.lecomte.over-blog.com/

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« Les médias seraient « lissés » pour ne pas trop bousculer leur audience, pour la flatter, voire parfois lui permettre de se regarder le nombril »

Dans un contexte de concurrence extrême, beaucoup choisissent par ailleurs la compétition dans l’immédiateté, dans le flux d’info. Cela engendre que la production à la chaine ne doit pas s’arrêter et fournir du neuf au consommateur. Est-ce grave ? Je dirais que pas nécessairement. Cela dépend de l’impact sur la qualité de l’information et sur sa bonne compréhension par le public… S’il s’agit de la dénaturer ou de relayer des données fausses, là, il y a un problème. On touche à mon sens à un élément primordial de l’information, qui est sa fiabilité. On peut s’interroger aussi sur le statut du journaliste ou du pigiste dans ce système (ce qui préoccupe pas mal l’Association des journalistes professionnels notamment)...

Quels en seraient les effets sur l’opinion publique ? Il est matériellement impossible d’informer tout le monde sur tout ce qui se passe partout dans le monde. Il s’opère nécessairement un choix de l’information, que l’on peut commenter grâce à la notion d’« agenda setting ». Ce choix se fait en fonction de plusieurs contraintes qui émanent à la fois du pôle éditorial et du public. Les médias mettent des thèmes « à l’agenda » : c’est ce dont les médias vont parler, mais aussi ce dont le public parlera. En ce sens, les médias ne diraient pas tant « quoi penser » mais nous diraient « à quoi penser », ce à propos de quoi il est important d’avoir une opinion. Ce qui est dans l’agenda des médias, c’est ce dont les médias vont parler et vice versa. Souvent, on peut observer également le cheminement inverse : ce dont les gens parlent (par exemple, un « buzz » sur Internet) est repris par la presse d’info. C’est la dimension de socialisation des médias, qui prime souvent sur celle d’information. Une stratégie éditoriale efficace consiste à anticiper les sujets de conversation des gens.

En tant que service public, la RTBF est quant à elle soumise à un contrat de gestion (dont la dernière version est entrée en vigueur le 1er janvier 2013, ndlr), mais elle reçoit aussi des fonds de la publicité (ses recettes publicitaires en radio/TV ne peuvent excéder les 30%). Recevoir des fonds de la pub signifie qu’elle aussi doit capter l’audience et recueillir l’attention. L’attention est une denrée rare, on parle d’ailleurs d’économie de l’attention. Capter l’audience est un défi pour les médias (quand bien même la totalité des fonds serait issue d’un financement public), d’autant plus pour les médias traditionnels. Concrètement, si vous prenez les JT belges francophones (qui réalisent les audiences maximales en Wallonie), il y a au moins autant de « teasing » sur la RTBF que sur RTL-TVI, la concurrente privée, d’autant plus depuis le relooking qu’il a subi en 2011. A contrario, RTL mise beaucoup sur l’info et sait qu’elle a fort à faire à ce niveau-là, justement parce que la Une dispose de l’étiquette « qualitative » dans une certaine opinion populaire. On sait d’ailleurs qu’une grande partie des audiences passe d’un JT à l’autre. Il faut faire attention à ne pas raisonner en termes d’idées reçues, parfois éculées. Toujours est-il que certaines tendances et que le format médiatique peuvent avoir une influence sur la qualité de ce qui est proposé aux publics.

Quelles seraient d’après vous les autres stratégies pour plaire au public ? Il serait difficile d’en faire une liste exhaustive. Pour plaire au public, il ne faut pas l’indisposer dans ses préjugés fondamentaux. Les médias préfèrent éviter la polémique complexe, si ce n’est pour mettre en scène du « clash » sur des sujets à propos desquels l’opinion est polarisée. Par contre, en ce qui concerne des remises en cause d’idéologies consensuelles ou des thèmes complexes, il est rare qu’un média « traditionnel » y fasse droit. Les médias seraient « lissés » pour ne pas trop bousculer leur audience, pour la flatter, voire parfois lui permettre de se regarder le nombril. Ils colporteraient ainsi les idéologies sociales les plus banalisées et surtout simplifiées, ainsi que les opinions les plus partagées, les plus gros clichés. C’est quelque chose que l’on peut déplorer à mon sens, surtout quand on sait que certaines visions réductrices sont de

Quant au fait de « truquer » l’information, il s’agit surtout d’une question rhétorique. On sait cependant qu’il y a de grands lobbies et groupes médiatiques qui n’hésitent pas à influer sur les contenus. En Belgique, il faut reconnaitre que le système médiatique est relativement libre de ces pressions (cf. le classement RSF de la liberté de la presse dans le monde). Quoi qu’il en soit concernant toutes ces tendances, il serait hâtif de faire des généralisations à tout le système médiatique. Gsara 2013

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nature à renforcer des crispations ou autres fermetures identitaires...

laires. Une manière de se distinguer, sans aucun doute (on est encore dans la socialisation : « je me démarque socialement par mes comportements »). Quelqu’un est-il moins intelligent parce qu’il regarde les « Anges de la Téléréalité » ? Cela ne m’empêche pas d’y voir certaines idéologies sociales ou encore de déceler des discours et des pratiques dissonantes chez les téléspectateurs. Pas mal de gens regardent cette émission pour la critiquer. Il y en a donc qui s’exposent à des contenus tout en les dénigrant, pour peu que cela offre de bons sujets de conversation le lendemain. Là encore, information et socialisation sont deux dimensions qui se nourrissent mutuellement.

A noter que ce n’est pas nécessairement une stratégie dans la mesure où cela peut se faire de manière tout à fait inconsciente… Ce n’est pas incompatible avec la logique de clash et de trash. En réalité, il s’agit de bousculades en surface, sur le mode de l’émotionnel ou de l’opinion à chaud, et non du fond des choses. C’est le micro-trottoir : on en reste à des opinions de surface, des personnes qui sont «pour» et d’autres «contre», mais sans traiter nécessairement du fond du problème. Pour la presse, la mise en scène des oppositions peut par contre s’avérer très divertissante...

Pour sortir de cette logique qui pourrait en venir à privilégier toujours la même soupe et à formater les goûts des publics, Cyrille Frank affirme que s’il faut donner aux gens ce qu’ils veulent, il faut aussi leur donner ce qu’ils ne savent pas encore vouloir.

Les gens en seraient-ils vraiment demandeurs ? Le postulat est de dire « puisqu’ils consomment, c’est qu’ils sont demandeurs ». Or, ce n’est pas parce qu’une personne consomme un produit médiatique que ce produit est appréciable qualitativement. De nombreuses personnes ont d’ailleurs un discours négatif sur les médias (et à la fois, paradoxalement, certains d’entre eux les consomment malgré tout).

Quelle est la place accordée à l’éducation aux médias, voire à la critique des médias ? Même si elle n’est pas assez présente et pas toujours assez nuancée, la critique a sa place dans les médias. On peut citer par exemple les « snipers » dans l’émission de Ruquier : les médias accordent une place de choix à ceux dont le métier est de critiquer, de remettre en cause, de déconstruire (parfois de façon grossière, mais déconstruire tout de même).

Contrairement à ce que l’on peut souvent lire ou entendre à ce sujet, le téléspectateur n’est pas le récepteur passif qui va adorer être pris pour un pur consommateur qu’on va abêtir pour lui vendre son produit (« la masse », dont ce sont souvent « les autres » qui font partie…). Il y a une critique sociale croissante qui revient aux oreilles des médias, et il y a aussi une demande pour de la qualité et des dossiers de fonds. Des gens sont même prêts à payer pour cela, on le voit sur Internet. Je citerais sur ce point un camarade de discussion en ligne Cyrille Frank3 qui dit que pour faire une ligne éditoriale, il faut trouver le juste équilibre entre les haricots et les bonbons Haribo ; « entre l’austère plat de haricots “politique internationale” et l’indigestion de bonbons Haribo “faits divers ou people” ».

Il y a des émissions spécifiques aux médias comme les chroniques « MediaTIC » d’Alain Gerlache ou encore « Médialog » de Thierry Bellefroid sur la RTBF (qui reprend le flambeau d’Intermédias qu’il avait hérité d’Alain Gerlache également). Les médias mettent aussi en scène leur propre dénonciation. Si on regarde un zapping sur Canal+, le Petit Jounal ou le Grand Journal avec Vincent Glad, on est en plein dans des médias qui montrent des médias, des médias qui se moquent des médias. On peut regretter l’inertie et le fait que cela reste au stade de la mise en scène, et non d’une réflexion de fond.

Ensuite, il est tout aussi possible de regarder une émission dans le simple but de participer à la critique sociale de celle-ci. Si les gens continuent de regarder du Nabila, les médias se disent qu’ils aiment ca, donc ils en reprogramment. Et à la fois, Nabila, c’est le genre de personne qu’on adore détester. Personnellement, je comprends et ne méprise pas du tout qu’on ait envie de regarder Nabila. Je trouve que certains (pseudo) intellectuels ou analystes sont parfois méprisants dans leurs critiques envers les usages médiatiques popu-

On pourrait très bien faire un Petit Journal sur le Petit Journal, par exemple. Cette émission critique les médias qui parlent tout le temps de la neige en hiver. Mais tous les hivers, le Petit Journal parle des médias qui parlent de la neige en hiver. Il fait son marronnier des autres marronniers ! 3. http://www.mediaculture.fr

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_ Les médias sont importants en tant que contre-pouvoir (d’où l’importance d’une presse indépendante de pressions politiques, économiques, etc.). Mais ils représentent désormais un axe de pouvoir en tant que tel (on parle de « quatrième pouvoir »). Un pouvoir qui a, lui aussi, des contre-pouvoirs modérés, qui peuvent se développer en tout cas dans une société démocratique telle que la nôtre. Je pense aux associations de critique de médias ou d’éducation aux médias (comme le Gsara ou encore Média Animation), des organismes comme le Conseil Supérieur de l’Education aux Médias, des institutions comme le Conseil de Déontologie Journalistique (CDJ), le Master en Education aux médias à l’Ihecs... Le CSA et l’AJP jouent également un rôle dans la réflexion sur la profession, sur sa régulation et sur une éducation à son sujet. Sans compter les sites d’info alternatifs en ligne ! Cela témoigne à la fois de la santé de notre système (les gens ont de plus en plus d’outils pour se faire leur propre opinion), mais aussi, sans doute, du fait que les médias ne sont pas ou plus suffisamment « émancipateurs » (ou du moins plus considérés comme tels) : un autre « contre-pouvoir » doit prendre le relais.

L’influence des médias ne correspondrait pas tant à des tentatives conscientes de manipulations qu’à la perpétuation de valeurs et d’idées reçues. Les journalistes ne seraient que les héritiers de tendances largement partagées dans le milieu où ils demeurent. Les meilleurs journalistes savent qu’ils sont partiaux et tâchent d’en rendre compte humblement. Les autres trompent déjà leur public, autant qu’eux-mêmes, s’ils baignent dans l’idéologie d’une objectivité dogmatique, se croient le reflet exhaustif et transparent du réel et se présentent comme tels. En pédagogie, c’est la même chose. Pour moi, il ne s’agit pas de diaboliser la presse et ses pratiques, surtout dans nos contrées où il faut bien sûr rester vigilant, mais où les dérives ne sont pas les plus marquées. D’ailleurs, on peut dresser un parallèle avec un « principe » journalistique : les trains qui arrivent à l’heure ne font pas l’objet d’articles, par contre quand ils déraillent, cela crée l’événement. Tout comme les trains, la presse déraille peut-être moins souvent qu’elle ne roule correctement, mais personne n’en parle. Ce n’est pas parce qu’on parle plus des dérives et sophismes des médias et de la presse que ces derniers ne tâchent pas de respecter une fonction d’information. Ce n’est pas parce que l’on constate qu’il y a autre chose que des dérives que celles-ci sont tolérables, au contraire. Sans doute est-il judicieux de laisser de côté les discours trop génériques afin de décortiquer ce système complexe et de se faire une opinion « au cas par cas ».

En France, « @rrêt sur images » et l’association « Acrimed » font un bon travail d’analyse et de critique de médias, d’autant plus qu’ils sont transparents avec leurs propres présupposés. En ce qui concerne Acrimed, ils ne se cachent pas d’être plutôt héritiers de Bourdieu et de partager des valeurs de gauche. Pour moi, un enjeu de ce contre-pouvoir incarné par l’éducation aux médias est non seulement d’analyser le fonctionnement des médias, mais aussi d’inviter l’usager à étudier son propre rapport aux médias ; ses propres attitudes et comportements : « où est-ce que je me situe dans ce système ? ». En tant que discours sur le réel (comme l’info dans les médias !), la critique des médias se doit d’être réflexive, et donc d’être vigilante par rapport à elle-même !

Propos recueillis par J. VDK

Ce qui devrait être le cas aussi des journalistes...

« L’influence des médias ne correspondrait pas tant à des tentatives conscientes de manipulations qu’à la perpétuation de valeurs et d’idées reçues »

Oui je préfère de loin les journalistes qui revendiquent leurs opinions et idéologies en toute transparence que ceux qui se prétendent neutres et objectifs. Contrairement à ce que le dispositif du JT peut laisser croire, l’info ne se donne pas à voir d’elle-même, elle se « fabrique ». Selon Florence Aubenas et Miguel Benasayag, auteurs du livre « La fabrication de l’information »4, trois idéologies sous-tendent cette « fabrication » de l’information : la « transparence », « la critique spectaculaire du spectacle » et le « règne de l’opinion ». Gsara 2013

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Le principe de neutralité du Net vidé de sa substance En 2011, le Gsara avait axé une de ses campagnes de sensibilisation sur la question délicate de la gestion du réseau des réseaux : la neutralité du net.

voient autorisés à développer des « services spécialisés » (ou « services gérés »). Ils pourront donc proposer à leurs clients les plus fortunés un Internet rapide et efficace, un service « Premium ». L’Internet « normal », quant à lui, sera laissé en friche et les investissements pour améliorer la bande passante de « monsieur tout le monde » seront délaissés car moins rentables.

Pour rappel, le principe de neutralité tente de fixer une certaine égalité de traitement des informations passant par Internet : votre courriel, celui du premier ministre, l’information que Youtube vous envoie, celle que Facebook reçoit ou envoie, … Tous ces paquets d’information bénéficieraient du même traitement.

Pire, le blanc-seing ainsi accordé aux opérateurs par la Commission leur permettra de mettre en place des accords commerciaux avec les plus importants fournisseurs de contenus (Google, Facebook, Netflix, …) afin de leur garantir une bande-passante bien gérée jusqu’au terminal de l’utilisateur. Conséquence : ceux qui ne pourront ou ne voudront pas passer un tel accord verront leurs contenus ralentis par rapport aux géants de l’Internet. L’égalité des contenus qui avait jusque-là permis une innovation foisonnante sur Internet est désormais fort mise à mal.

Sur le plan pratique, le principe de neutralité est très important en termes d’innovation (les petites startups ne pouvant se payer les mêmes services que les grosses entreprises) et en termes de liberté d’expression, de libre concurrence, …. (Voir notre site de campagne : http://www.neutralitedunet.be). Bien évidemment, les fournisseurs d’accès (Telenet, Voo, Belgacom, etc…) préféreraient plus de latitude pour vendre des services différenciés (vous payez plus pour plus de bande passante, vous payez plus pour un abonnement avec le trafic Facebook non comptabilisé,… ).

A ce stade, on peut se demander si la Belgique pourra corriger le tir en se dotant d’une loi nationale sur la neutralité (à l’instar des Pays-Bas et du Chili) et si la volonté politique sera encore présente après un tel « coup de force » des opérateurs européens.

En Belgique, il existe une volonté politique de garantir ce principe. L’Union européenne s’est saisie du dossier et la Commission va prochainement déposer sa proposition de révision du paquet télécom. La Vice-présidente de la Commission en charge de ce texte, Nelly Kroes, avait pourtant déclaré dès 2009 qu’elle voulait « un Internet ouvert qui soit inscrit dans le marbre ». Pourtant, son discours sur ce point s’est progressivement fait plus discret sous l’influence des opérateurs (voir l’article intéressant sur le consortium ETICS). Aujourd’hui, au lendemain de la sortie du texte, la notion de neutralité du Net apparait encore mais est complètement vidée de sa substance par les libertés accordées aux opérateurs télécom. En effet, ceux-ci se Gsara 2013

Bernard Fostier 22

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Pour en savoir plus et bien comprendre les subtilités du principe et comment nous allons nous faire braquer notre Internet par les compagnies télécoms avec la complicité des institutions européennes, nous vous renvoyons à quelques articles récents :

La quadrature du Net : « Kroes précipite son inacceptable loi anti-neutralité du Net malgré les critiques » « Neelie Kroes trahit sciemment les citoyens européens en cédant aux puissants lobbies télécoms. Le projet de Mme Kroes est biaisé par essence afin d’autoriser des violations commerciales de la neutralité du Net, des formes de discrimination mettant en péril notre liberté de communication, par nature anti-compétitives. Passer en force de telles mesures, quelques mois seulement avant les prochaines élections est inacceptable, et démontre la profonde et inquiétante déconnexion entre la Commission et les citoyens. Le Parlement doit remplacer cette section du texte par des mesures garantissant l’application réelle et inconditionnelle de la neutralité du Net afin de défendre l’intérêt général ».

Le Monde : «  Comment l’UE définit la neutralité du Net » «La qualité de l’Internet ‘best effort’ [sans vraie garantie de débit] s’améliorera grâce à l’introduction d’une règle explicite de non-discrimination et une interdiction du blocage. De plus, les services [gérés] ne doivent pas être présentés ou utilisés largement comme un substitut aux services d’accès à Internet ‘normaux’», nous explique la Commission européenne, pour qui un contrôle strict de la qualité d’accès par les régulateurs nationaux empêchera les opérateurs de «sous-investir». A partir de ces règles européennes, les régulateurs nationaux devront donc imposer le respect de la neutralité du Net aux opérateurs. Cet optimisme n’est pas partagé par tous. »

La quadrature du Net : « Neelie Kroes Pushing Telcos’ Agenda to End Net Neutrality » « At the beginning of her mandate, during her confirmation hearing at the EU Parliament, Neelie Kroes made a statement against commercially-motivated anti-Net neutrality practices. But a few months later, the first ETICS workshop took place, and in 2011, Kroes started convening so-called «CEO-roundtables» to gather ideas on «boosting investment in high speed broadband networks». Of course, civil society, researchers and the many citizen organizations providing flexible and affordable Internet access across Europe remained out of the picture. »

Numerama : « Neelie Kroes se fiche du monde » « … La qualité de service garantie, ou pour faire plus simple la priorisation, ne doit pas être un tabou. Mais il faut bien comprendre le sens de la neutralité du Net. Ce qui se cache derrière ce principe un peu abstrait, c’est l’architecture «end-to-end» («bout-à-bout») qui a présidé au développement d’Internet, et qui fait que sur le Net, c’est l’utilisateur qui reste maître de ses communications. C’est en ce sens qu’on parle de neutralité : l’opérateur doit rester neutre. La conséquence de cette grande liberté de communication d’un point de vue  économique, c’est que chacun est libre de proposer ou d’utiliser les services qu’il ou elle souhaite, ce qui est bon pour la concurrence et bon pour l’innovation.» Gsara 2013

Edri.org : « Leak: Damning analysis of Kroes’ attack on net neutrality » « The document from DG Justice proves beyond doubt that the Commission would be adopting the proposal in the full knowledge that it is in breach of the European Charter of Fundamental Rights ». 23

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Viol de la neutralité du net et surveillance sur le web : Nos espoirs d’utopie et d’égalité se sont-ils envolés ?

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A l’heure où les révélations de R. Snowden n’en finissent plus de faire des vagues et de révéler à quel point nous sommes surveillés dans nos échanges électroniques, nous sommes en droit de nous demander à quoi bon se battre pour instaurer plus d’égalité dans nos échanges électroniques alors que ces derniers sont directement menacés de surveillance par nos propres dirigeants ? Il est assez effrayant de constater à quel point cette surveillance à grande échelle – qui viole notre droit à la vie privée - est un concept cher à nos gouvernements. J’en veux pour preuve le projet de loi Vande Lanotte -Turtelboom (Sp-a – CD&V), discrètement passé devant le parlement alors que les médias et (donc ?) l’opinion publique, étaient très affairés par la montée sur le trône du nouveau roi en ce mois de juillet 2013. Le projet sur la « conservation des données » prévoit de surveiller tous les habitants du Royaume, rien de moins ! SMS, courriels, appels téléphoniques fixes, mobiles ou Internet tombent sous sa coupe. Le détail précis des données à conserver sera défini dans un futur arrêté royal, donc par le Gouvernement seul. Et cet arrêté, lui, ne sera évalué que deux ans après son entrée en vigueur. Le projet a bénéficié d’une « procédure d’urgence » afin d’ être Gsara 2013

examiné par les parlementaires avant leurs congés du 21 juillet. Cela a donc laissé deux semaines aux élus juilletistes consciencieux pour examiner ce texte qui heurte de plein fouet deux piliers de notre démocratie : la vie privée et l’indépendance de notre presse. Si, à l’ère du courrier postal, on pouvait encore comprendre que les services policiers puissent intercepter (avec autorisation du juge) un certain colis, une certaine lettre d’un individu suspect et sur lequel on enquêtait, aujourd’hui, le passage de nos données par les « goulets d’étranglement »  que sont les FAI’s rend la systématisation de la surveillance très aisée et applicable à faible coût.

présidé à sa naissance et à son développement. Depuis quelques semaines, de nombreux sites web ferment, que ce soit des services de messagerie (désormais incapables de garantir une quelconque confidentialité) ou des sites et blogs dont les administrateurs ont préféré l’auto-censure à la coopération avec le gouvernement américain ou la paranoïa destructrice. C’est le cas de Pamela Jones qui animait un blog juridique très suivi depuis des années. Son dernier message, émouvant, fait actuellement le tour de la blogosphère et revient sur les notions de confiance et de vie privée. Nous reproduisons ci-dessous la traduction parue sur Framablog.fr.

En forçant ainsi les opérateurs à surveiller les boîtes mails qu’ils hébergent (madamemichu@belgacoo.be ou loulou45@numericom. be, par exemple), qui le projet de loi vise-t-il ? Les affreux terroristes ou néonazis qui devront juste ouvrir une boîte mail sur un service sécurisé étranger (15€/an) ou monter leur propre serveur mail chez eux (0€, une heure de travail) ? Détrompez-vous ! C’est madamemichu@ belgacoo.be qui sera surveillée !

Bernard Fostier

Depuis la prise de conscience et la crise de méfiance suscitée par l’affaire Snowden, Internet semble avoir perdu une virginité, un espoir d’utopie et d’égalité qui avait 25

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Le site Groklaw baisse le rideau à cause de la surveillance de la NSA ! 20 août 2013

Coup de tonnerre dans la blogosphère ! Le célèbre site Groklaw vient de publier un poignant dernier billet, dont nous vous proposons la traduction ci-dessous. En cause, la surveillance et l’impossibilité de sécuriser sa communication par courriel, suite aux récentes révélations de Snowden. La spécialité de Groklaw c’est d’expliquer, relater, voire parfois révéler, collectivement des affaires et questions juridiques liées aux nouvelles technologies en général et au logiciel libre en particulier. Comment poursuivre si on se sent ainsi potentiellement violé(e) sans plus pouvoir garantir la confidentialité de ceux qui participent et envoient des informations au site ? Ce qui fait dire en fin d’article, non sans amertume, à la fondatrice du site Pamela Jones : “But for me, the Internet is over”. Est-ce une décision exagérée ? A-t-elle réagi trop vite, sous le coup de la colère et de l’émotion ? Toujours est-il qu’une telle décision, aussi radicale soit-elle, aide à faire prendre conscience de la gravité de la situation…

Par aKa

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Exposition forcée Forced Exposure Pamela Jones

20 août 2013 - Groklaw (Traduction : farwarx, GregR, aKa, phi, yoLotus, bituur, rboulle, eeva, Asta, Mari, goofy, GregR, Asta, Penguin, Slystone + anonymes) Le propriétaire de Lavabit nous a récemment annoncé qu’il avait cessé d’utiliser les mails, et que si nous savions ce qu’il sait, nous en ferions autant. Il n’y a aucun moyen de faire vivre Groklaw sans utiliser le courrier électronique. C’est là où est le casse-tête. Que faire ? Alors, que faire ? J’ai passé les deux dernières semaines à essayer de trouver une solution. Et la conclusion à laquelle je suis arrivée est qu’il n’y a aucun moyen de continuer Groklaw, pas sur le long terme, et c’est extrêmement malheureux. Mais il est bon de rester réaliste. Et la simple réalité est la suivante : peu importe les bons arguments en faveur de la collecte et de la surveillance de toutes les informations que nous échangeons avec les autres, et peu importe à quel point nous sommes tous CT_30


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k.i.m.

« propres » pour ceux qui nous surveillent, je ne sais pas comment fonctionner dans un tel environnement. Je ne vois pas comment continuer Groklaw ainsi. Il y a des années de cela, lorsque je vivais seule, je suis arrivée à New York et, comme j’étais encore naïve au sujet des gens malintentionnés dans les grandes villes, j’ai loué un appartement bon marché au sixième et dernier étage d’un bâtiment sans ascenseur, à l’arrière de celui-ci. Cela signifiait bien sûr, comme n’importe quel New-Yorkais aurait pu me le dire, qu’un cambrioleur pouvait monter le long de l’issue de secours incendie ou accéder au dernier étage via les escaliers intérieurs et ensuite sur le toit puis redescendre par une fenêtre ouverte de mon appartement. C’est exactement ce qui s’est passé. Je n’étais pas là quand c’est arrivé, donc je n’ai été blessée physiquement d’aucune façon. De plus je n’avais rien de valeur et seulement quelques objets furent volés. Cependant tout a été fouillé et jeté au sol. Je ne peux pas décrire à quel point cela peut être dérangeant de savoir que quelqu’un, un inconnu, a farfouillé dans vos sous-vêtements, regardé vos photos de famille et pris quelques bijoux qui étaient dans votre famille depuis des générations. Si cela vous est déjà arrivé, vous savez qu’il n’était plus possible pour moi de continuer à vivre là, pas une nuit de plus. Il se trouvait que,

selon mes voisins, c’était certainement le fils du gardien. Ceci m’a frappée au premier abord mais ne semblait pas surprenant pour mes voisins les plus anciens. La police m’a simplement signifié qu’il ne fallait pas espérer récupérer quelque chose. Je me suis sentie violée. Mes sous-vêtements étaient tout ce qu’il y a de plus normal. Rien d’outrageusement sexy mais c’était l’idée que quelqu’un d’inconnu ait pu les toucher. J’ai tout jeté. ils ne seront plus jamais portés. C’est comme ça que je me sens maintenant, sachant que des personnes que je ne connais pas peuvent se promener à travers mes pensées, espoirs, et projets, à travers les messages que j’échange avec vous. Ils nous ont dit que si on envoyait un courriel hors des USA ou si on en recevait un venant de l’extérieur des USA, il serait lu. S’il est chiffré, il sera conservé pendant 5 ans, en espérant sans doute que la technologie aura assez évolué pour pouvoir le déchiffrer, contre notre volonté et sans que nous soyons au courant. Groklaw a des lecteurs partout sur la planète. Je n’ai pas d’engagement en politique, par choix, et je dois dire qu’en me renseignant sur les dernières affaires, cela m’a convaincue d’une chose : j’ai raison de l’avoir évitée. Selon un texte sacré, il n’appartient pas à l’homme de savoir où mettre son prochain pas. Et c’est vrai. Nous ne savons pas 27

quoi faire de nos vies la moitié du temps, encore moins gouverner correctement d’autres humains. Et c’est démontré. Quel régime politique n’a pas essayé ? Aucun ne satisfait tout le monde. Je pense que nous avons fait cette expérience. Je n’attends pas beaucoup de progrès sur ce point. Je me souviens très nettement du 11 septembre. Un membre de ma famille était supposé être dans le World Trade Center ce matin-là, et quand j’ai regardé en direct à la télévision les gratte-ciel tomber avec des personnes à l’intérieur, je ne savais pas qu’elle était en retard ce jour et donc en sécurité. Mais est-ce qu’il importe que vous connaissiez quelqu’un en particulier, quand vous regardez des frères humains se tenir par la main et se jeter par des fenêtres de gratte-ciel vers une mort certaine, ou quand vous voyez les buildings tomber en poussière, sachant que de nombreuses personnes comme vous furent également transformées en poussière ? J’ai pleuré pendant des semaines, comme ça ne m’était jamais arrivé, ni avant, ni depuis, et j’en garderai le souvenir jusqu’à ma mort. Une des choses qui m’angoissait le plus c’est de savoir qu’il y a des gens dans le monde qui ont envie d’infliger la même chose à d’autres, à des frères humains, des inconnus ou des civils nullement impliqués dans aucune guerre. Cela semble ridicule, je suppose. Mais je vous dis toujours la vérité et c’est ce CT_30


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que je ressentais sur le moment. Alors imaginez ce que je ressens, imaginez ce que je dois ressentir maintenant sur la planète où nous vivons, si les dirigeants du monde entier pensent que la surveillance totale est une bonne chose… Je sais. Ce n’est peut-être même pas le cas. Mais si ça l’était ? Le savons-nous seulement ? Je l’ignore. Mais ce que je sais, c’est qu’il n’est pas possible d’être pleinement humain si vous êtes surveillé 24h sur 24, 7 jours sur 7. Le Centre Berkman de l’Université de Harvard, il y a quelques années, avait un cours sur la cyber-sécurité et la vie privée sur internet. Les ressources liées à ce cours sont toujours en ligne. Ce cours expliquait comment protéger sa vie privée dans un monde virtuel, parlant de choses étonnantes, avec des intitulés tels que “Is Big Brother Listening?” Et comment ? Vous y trouverez toutes les lois des États-Unis relatives à la vie privée et à la surveillance. Il ne semble pas pour autant que chacun respecte les lois qui se mettent en travers de son chemin de nos jours. Ou bien si les gens trouvent qu’ils ont besoin d’une loi pour rendre un comportement légal, ils vont simplement écrire une nouvelle loi, ou réinterpréter une ancienne loi et passer outre. Ce n’est pas ça, le respect de la loi tel que j’ai appris. Bref, le cours faisait mention de passages du livre de Janna Gsara 2013

Malamud Smith, “Private Matters: In Defense of the Personal Life” et je vous encourage à le lire. J’encourage le président et la NSA à le lire également. Je sais. Ils ne me lisent certainement pas. Pas de cette manière-là en tout cas. Mais c’est important, parce que l’idée de ce livre, c’est que la vie privée est vitale pour rester un être humain, c’est la raison pour laquelle l’une des pires punitions imaginables, c’est la surveillance totale : Pour bien comprendre ce qu’est la vie privée il faut regarder ce qui se passe dans les situations extrêmes où elle est absente. Se remémorant Auschwitz, Primo Levi avait remarqué que « la solitude dans un camp était plus précieuse et rare que le pain ». La solitude est un des aspects de la vie privée et malgré la mort accablante, la famine et l’horreur des camps, Levi savait qu’elle lui manquait… Levi a passé une grande partie de sa vie à essayer de mettre des mots sur son expérience des camps. Comment, se demandait-il à voix haute, dans « Survivre à Auschwitz », décrire la « démolition d’un homme », un processus pour lequel les mots manquent dans notre langage. Nous nous servons de notre vie privée comme d’un espace sûr loin de toute terreur ou d’agression. Lorsque vous enlevez à une personne la possibilité de s’isoler ou de conserver des informations intimes pour elle-même, vous la rendez extrêmement vulnérable… L’état totalitaire surveille tout 28

le monde, mais garde ses plans secrets. La vie privée est vue comme dangereuse car elle favorise la résistance. Espionner continuellement et ensuite poursuivre les gens pour ce qui est souvent de petites transgressions de la loi, voilà une façon de maintenir un contrôle sur la société, d’affaiblir et d’annihiler toute forme d’opposition… Et même quand on se débarrasse de ceux qui nous harcèlent vraiment, il est souvent très difficile de ne pas se sentir soi-même surveillé, c’est pourquoi la surveillance est un moyen de contrôle extrêmement puissant. Cette tendance qu’a l’esprit de se sentir toujours surveillé, même étant seul… peut vous inhiber. Quand ils se sentent surveillés, sans en être vraiment sûrs, sans savoir ni si, ni quand, ni comment, la force de surveillance hostile les frappera, les gens se sentent effrayés, contraints, préoccupés. J’ai déjà cité ce livre, quand les mails des reporters de CNET étaient lus par Hewlett-Packard. Nous avons pensé que c’était horrible. Et ça l’était. HP a fini par leur offrir de l’argent pour essayer de se faire pardonner. Nous en savions vraiment peu à l’époque. Mme Smith continue : Quelle que soit la société qui privilégie l’individualité, l’assurance d’une vie privée est une composante essentielle de l’autonomie, de la liberté et donc du bien-être psychologique des gens. Pour résumer rapidement, à la question


_ « Comment ne pas déshumaniser les gens » nous pourrions répondre : ne terrorisez pas ou n’humiliez pas, n’affamez pas, ne laissez pas souffrir du froid, n’épuisez pas les populations, ne les avilissez pas, ou ne leur imposez pas une soumission dégradante. Ne provoquez pas l’éloignement des gens qui s’aiment, n’exigez rien en vous exprimant dans un langage incorrect, écoutez les gens attentivement, ne réduisez pas la vie privée à néant. Les terroristes de toutes sortes réduisent la vie privée en la condamnant à la clandestinité et en utilisant la surveillance hostile pour profaner cet indispensable sanctuaire. Mais si nous décrivons une norme pour dire comment traiter quelqu’un humainement, pourquoi dépouiller quelqu’un de sa vie privée en est-il une violation ? Et qu’est-ce que la vie privée ? Dans son livre, Privacy and Freedom, Alan Westion cite quatre « états » de la vie privée : solitude, anonymat, réserve, et intimité. Les raisons pour lesquelles nous devons donner de la valeur à la vie privée deviennent plus claires lorsque l’on explore ces quatre états…. L’essence de l’intimité est un sentiment de choix et de contrôle. Vous contrôlez qui regarde ou apprend sur vous. C’est vous qui choisissez de partir ou de revenir… L’intimité est un état interne qui nous permet de moduler notre personnage public, physiquement ou émotionnellement, et parfois les deux. Elle nous permet de nous construire une histoire personnelle, d’échanger un regard, ou de se reconnaître profondément. On peut s’ignorer sans se blesser. On peut faire l’amour. On peut se parler franchement avec des mots qu’on n’utiliserait pas face à d’autres, exprimer des idées et des sentiments, positifs ou négatifs, inacceptables en public. (Je ne pense pas avoir surmonté sa disparition. Elle parait incapable d’arrêter de mentir à sa mère. Il a l’air vraiment

trop mou dans ce short de sport. Je me sens excité. En dépit de tout, il me tarde de le revoir. Je suis si en colère contre toi que je pourrais crier. Cette blague est dégoûtante, mais elle est très marrante, etc.). Protégée d’une exposition forcée, une personne se sent souvent plus capable de se livrer. J’espère que cela éclaire les raisons de mon choix. Il n’existe dorénavant aucun bouclier contre l’exposition forcée. Rien de ce que nous faisons n’a de rapport avec le terrorisme, mais personne ne peut se sentir assez protégé face à cette exposition forcée, jusqu’au moindre petit échange avec quelqu’un par courriel, particulièrement vers les USA ou en provenance des USA, mais en réalité depuis n’importe où. Vous n’attendez pas d’un étranger qu’il lise votre conversation privée avec un ami. Et une fois que vous savez qu’on peut le faire, que dire de plus ? Contrainte et préoccupée, voilà exactement comment je me sens. Voilà, nous y sommes. C’est la fin de la fondation Groklaw. Je ne peux pas faire vivre Groklaw sans votre participation. Je n’ai jamais oublié cela lorsque nous avons remporté des victoires. C’était vraiment un effort collectif, or de toute évidence il n’existe plus maintenant de moyen privé pour collaborer. Je suis vraiment désolée qu’il en soit ainsi. J’aimais Groklaw, et je crois que nous y avons contribué significativement. Mais même cela s’avère être moins que ce que nous pensions, ou moins que je ne l’espérais en tous cas. Mon souhait a toujours été de vous montrer qu’il y a de la beauté et de la protection à l’intérieur des lois, que la civilisation actuelle en dépend en fait. Quelle naïveté ! Si vous voulez rester sur Internet, mes recherches indiquent qu’une mesure de sécurité à court terme face à la surveillance, dans la mesure où cela reste possible, est d’utiliser un service de courriels comme Kolab, qui est hébergé 29

en Suisse, et par conséquent a une législation différente des USA, avec des lois qui visent à permettre davantage de confidentialité aux citoyens. J’ai maintenant une adresse chez eux, p.jones@mykolab.com, au cas où quelqu’un voudrait me contacter pour quelque chose de vraiment important et qui serait inquiet d’écrire un message vers une adresse sur un serveur américain. Mais mon autre adresse est encore valide. À vous de voir. Ma décision personnelle est de me retirer d’Internet autant que possible. Je suis simplement une personne ordinaire. Je sais, après toutes mes recherches et des réflexions approfondies, que je ne peux pas rester en ligne sans perdre mon humanité, maintenant que je sais qu’assurer ma vie privée en ligne est impossible. Je me retrouve bloquée pour écrire. J’ai toujours été une personne réservée. C’est pourquoi je n’ai jamais souhaité être célèbre et c’est pourquoi je me suis toujours battue de toutes mes forces pour maintenir ma vie privée et la vôtre. Si tout le monde faisait comme moi, rester en dehors d’Internet, l’économie mondiale s’effondrerait, je suppose. Je ne peux pas réellement souhaiter ça. Mais pour moi, Internet c’est fini. Ceci est donc le dernier article de Groklaw. Je n’activerai pas les commentaires. Merci pour tout ce que vous avez fait. Je ne vous oublierai jamais et n’oublierai jamais le travail que nous avons fait ensemble. J’espère que vous vous souviendrez de moi aussi. Je suis désolée mais je ne peux pas aller contre mes sentiments. Je suis ce que je suis et j’ai essayé, mais je ne peux pas.

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ATELIER DE PRODUCTION

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A Wesna & Prala

CE QUE PEUT LE LION

Champions

de Cédric Larcin 2012 - 52’

de Olivier Pagani 2011 - 22’

de Caroline Van Kerckerhoven 2012 – 38’

• Première au cinéma Aventure (Bruxelles) : 11 octobre 2012

• États généraux du film documentaire (Lussas, août 2011) • Festival du Film d’Education (Evreux, novembre 2011) • Festival du Film de Famille (Saint-Ouen, novembre 2011) • Festival Documadrid (Madrid, mai 2012) Concorso Internazionale Sperimentario du Festival del documentario d’Abruzzo (Abruzzo, juin 2013)

• Millenium Festival International du Film Documentaire (Bruxelles, avril 2012) • Docville (Louvain, avril 2012) Corsica doc Ajjaccio (Corse, novembre 2012) • Festival Traces de vies (Clermont-Ferrand, décembre 2012) - mention spéciale • Le Festival International de Films de Femmes de Créteil (Créteil, avril 2013) • Cinéma Aventure (Bruxelles, du 17 au 30 avril 2013)

SÉLECTIONS ET PROJECTIONS Gsara 2013

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Cheveux rouges et café noir de Milena Bochet 2012 – 56’ • Etats Généraux / Brouillon d’un rêve (SCAM) (Lussas, août 2012) • FIFF (Namur, octobre 2012) • Festival du Cinéma des Peuples de Nouvelle Calédonie Ânûû-rû âboro (novembre 2012) • Internationales Leipziger Festival für Dokumentar- und Animationsfilm (Leipzig, novembre 2012) • Espace Mag (Bruxelles, décembre 2012) • Comptoir du Doc (Rennes, mars 2013) • Le Festival International de Films de Femmes de Créteil (Créteil, mars 2013) • Piano Fabriek (Bruxelles, 21 mars 2013) • World Film Festival (Tartu, mars 2013) • Bobines rebelles (Lans, juin 2013) • Festival de l’Acharnière (Lille, juin 2013) • Peuples et Culture Cantal (Roannes-SaintMary, juin 2013) • Le Festival de cinéma de Douarnenez (Douarnenez, août 2013) • Le FAITO doc FESTIVAL (Naples, août 2013) - Mention spéciale • Escales documentaires (la Rochelle, novembre 2013) • Doclisboa (Lisbonne, octobre-novembre 2013)

ATELIER DE PRODUCTION

Circe’s Place de Guy Bordin et Renaud De Putter 2011 – 77’ • Première au Bozar (Bruxelles, mai 2011) V idéoFID, la vidéothèque du festival international de Cinéma (Marseille, 2011) • LiFF Lucerne Int’l Film Festival (octobre, 2011) • Théâtre Poème 2 (Bruxelles, décembre 2011) • Les Magritte du cinéma (Bruxelles, février 2012) • Ouverture du Globians Doc Fest (Halle, 2012) • Salento International Film Festival (Salento, septembre 2012), Best documentary award

Dans l’ombre / SCHADUWKRIJGERS de Bart S. Vermeer 2011 – 43’ • Filmer à tout prix (Bruxelles, novembre 2011) • Corsica Doc (Ajaccio, novembre 2011) (en compétition)

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ATELIER DE PRODUCTION

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KODACHROME

LA JUNGLE ÉTROITE

LES MAINS NUES

de COLLECTIF K-14 2012 - 63’

de Benjamin Hennot 2013 - 57’

de Denis Dewind 2011 - 7’30

• Première au Cinéma Aventure (Bruxelles, décembre 2012) • Cork Film Festival (Irlande)

• Première au Cinéma Nova (Bruxelles, mai 2013) • ARTE (septembre 2013) • Aux écrans du réel (Le Mans, novembre 2013)

• Première (projection/rencontre-débat) à la Maison des Cultures et de la Cohésion sociale de Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles, février 2013) • Festival Festimages (Charleroi, mars 2013) • Le festival national du court métrage Handica Apicil (Lyon, mai 2013)

SÉLECTIONS ET PROJECTIONS Gsara 2013

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ATELIER DE PRODUCTION

Little sister

MIJN OUDERS ET MOI

Miramen

de Ségolène Neyroud 2011 – 33’

de Stéphnane Bergmans 2012 - 50’

de Khristine Gilard & Marco Rebuttini 2011 – 22’

• SoundImageCulture (SIC) (Bruxelles, septembre 2011) • Festival du film indépendant, Section “Les sourds et l’image” (Bruxelles, novembre 2011) • Festival du Film de Famille Saint-Ouen • France 26 novembre 2011 • Festival Doc en court Lyon France 2 décembre 2011 • Point Doc Festival en ligne (Paris) 23 janvier 2012 • AT et Cie (Grenoble, février 2012) • Premier prix à la finale des lundis du cinéma à l’Atelier Culture La Piscine (Dunkerque, juin 2012)

• Première au Centre Culturel Jacques • Franck (Bruxelles, novembre 2012) • Les rendez-vous de www.laplaterforme.be à la Maison de la Culture de Namur (mars 2013) • Aux écrans du réel (Le Mans, novembre 2013)

• États généraux du film documentaire (Lussas, août 2011) • 25FPS (dans le cadre de la rencontre des labos artisanaux européens) (Zagreb, septembre 2011) • Torino Film Festival (Turin, décembre 2011) • Festival du Film d’Amiens, 1er catégorie, hors compétition (Amiens, novembre 2011) • Indielisboa (Lisbonne, avril 2012) • Festival Camargue (Camargue, août 2012) • International Super 8mm Festival (Szeged, septembre 2012) • Centre-Wallonie-Bruxelles (Paris, septembre 2012) en présence de la réalisatrice • Première au Cinéma Nova (Bruxelles, décembre 2012)

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ATELIER DE PRODUCTION

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QUI VOIT SES VEINES

LA JUNGLE ÉTROITE

SIderoads

de MARIE GEHIN 2011 - 43’

de Benjamin Hennot 2013 - 57’

de Lydie Wissaupt – Claudel 2011- 205’

• Première au Bozar (Bruxelles, mai 2011) SoundImageCulture (SIC) (Bruxelles, septembre 2011) • Festival du Film de Famille (Saint Ouen, novembre 2011) • Festival Documadrid (Madrid, mai 2012)

• Première au Cinéma Nova (Bruxelles, mai 2013) • ARTE (septembre 2013) • Aux écrans du réel (Le Mans, novembre 2013)

• Première au Cinéma Aventure (Bruxelles, juin 2012) • Stix (Bruxelles, février 2013)

Gsara 2013

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RÉGIONALES BRUXELLES

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Festival Cinéma Documentaire 15e édition • Bruxelles 4 - 17 novembre 2013 FLAGEY • CINEMATEK • BOZAR CINEMA www.fatp.be UNE PRODUCTION GSARA ASBL Gsara 2013 35 AVEC LE SOUTIEN DU CENTRE DU CINÉMA ET DE L’AUDIOVISUEL DE LA FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES


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Gsara 2013

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CONTACTS Gsara asbl

Rue du Marteau 26 - 1210 Bruxelles - 02 / 218 58 85

gGSARA asbl

info@gsara.be www.gsara.be

CONSEIL D’ADMINISTRATION

Jean-Charles Luperto (Président), Olivia P’tito & Yanic Samzun (Vice-Présidents), Annie Valentini (Trésorière), André Ceuterick, Benoît Delbeque, Etienne Derue, Valérie Devis, Loïc Delhuvenne, Jean-Michel Heuskin, Ozlem Ozen, Mélanie Boulanger, Benoît Provost, Olga Zrihen.

STRUCTURE FAÎTIÈRE direction coordination pédagogique campagnes sensibilisation secrétariat graphisme informatique Communication

Renaud Bellen Bernard Fostier Julie Van der Kar Karine Morales Clément Hostein Roberto Paredes Aurélie Ghalim

renaud.bellen@gsara.be bernard.fostier@gsara.be julie.vanderkar@gsara.be karine.morales@gsara.be clement.hostein@gsra.be roberto.paredes@gsara.be aurelie.ghalim@gsara.be

PRODUCTION service production chargée de production atelier de production réalisateur opérateur image son montage image service technique

Arrate Velasco Massimo Iannetta Joffrey Monnier Alain Mohy Omar Perez Loic Villiot Roberto Ayllon Geoffroy Cernaix Sabhi Kraiem

service.production@gsara.be arrate.velasco@gsara.be massimo.iannetta@gsara.be joffrey.monnier@gsara.be alain.mohy@gsara.be omar.perez@gsara.be loic.villiot@gsara.be roberto.ayllon@gsara.be geoffroy.cernaix@gsara.be sahbi.kraiem@gsara.be

RÉGIONALES Bruxelles - Charleroi La Louviere Wallonie Picarde Liege Brabant - Wallon Luxembourg

Thibault Coeckelberghs Rue Vandenboogaerde 93 -1080 Bxl - 02 / 218 80 88 Mario Leiva Rue du Marteau 26 - 1210 Bxl - 02 / 250 13 24 (formation Cyberspace) Roland Schulte Rue de Montigny 39 - 6000 Charleroi - 071 / 651 945 Jean-Marie Blave Rue A. Chavée 60 - 7100 La Louvière - 064 / 882 120 Damien Seynave Rue de la Citadelle 124 - 7500 Tournai - 069 / 767 269 Éric Lumay Rue d’Ougrée 69 • 4031 Angleur - 04 / 344 52 02 Monique Deveen Boucle des Métiers 21/8 - 1348 Louvain-La-Neuve - 010 / 453 427 Laurence Schalkwijk Fonteny Maroy 13 - 6800 Libramont - 061/ 658.576

thibault.coeckelberghs@gsara.be mario.leiva@gsara.be roland.schulte@gsara.be ll.gsara@skynet.be damien.seynave@gsara.be eric.lumay@gsara.be monique.deveen@gsara.be laurence.schalkwijk@gsara.be

DIFFUSION SOCIALE & CULTURELLE

DISC asbl Distribution/Médiathèque Duplication/Location

Sandra Démal Daniel Demaret

Rue du Marteau 26 - 1210 Bruxelles 02 / 250 13 10 02 / 250 13 20

distribution.disc@gsara.be info.disc@gsara.be

FESTIVAL

Festival Filmer à tout prix

Alexander Weiss www.fatp.be Nadia El Mahi Giorgina Becker

COLOPHON

collaboration rédactionnelle Bernard Fostier, Julien Lecomte, Olivier Luminet, Frank Pierobon Gordon Pleyers, Julie Van der Kar Graphisme Clément Hostein. Editeur responsable : Renaud Bellen - rue du Marteau 26 - 1210 Bruxelles

alexander.weiss@gsara.be info.fatp@gsara.be prog.fatp@gsara.be

clement.hostein@gsara.be


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GSARA 2013

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