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coacher n’est pas jouer !

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open d’australie 2014

open d’australie 2014

Mais qui

est

Stan’imal ?

Il aimait se présenter comme « le Suisse qui perd ». Il devra désormais en faire autrement. En remportant l’Open d’Australie, Stanislas Wawrinka a signé l’exploit de sa carrière. Mais qui est ce joueur discret jusqu’alors toujours resté dans l’ombre d’un certain Federer ? S’il s’amuse de ses surnoms ronflants, Stan The Man n’est rien d’autre qu’un héros modeste qui se nourrit d’air helvète, d’eau fraîche et de travail. Portrait d’un homme à la tête froide et aux valeurs saines.

Stan, le complexé

Stan, le bon pote 

Stan, le philosophe

Comment se construire dans l’ombre de Roger Federer ? Comment se faire un nom, tout aussi talentueux et bosseur qu’on soit, en passant après l’un des plus grands joueurs de tous les temps ? Ces questions, Stanislas Wawrinka a passé l’essentiel de sa carrière à se les poser. Sources de souffrance, elles l’ont longtemps contraint à accepter sa faible reconnaissance médiatique, à complexer face à l’exceptionnelle réussite de son aîné. « Tout cela a été dur pour Stan », confirme son ami Benoît Paire dans L’Equipe. « Alors qu’il était déjà top 10, ce qui est exceptionnel, on ne parlait quasiment pas de lui. » Mais, en 2013, alors que son modèle décline, Wawrinka réalise la meilleure saison de sa carrière. Sorti de l’ombre, Stan quitte enfin son costume de complexé pour montrer ce dont il est capable. Et remporte à Melbourne son premier titre du Grand Chelem. « Pour être honnête, je ne réalise pas », expliquet-il au soir de sa victoire. « J’ai vu tellement de finales, j’ai vu Roger gagner tellement de fois ces tournois… Et, maintenant, c’est mon tour. Cela me fait vraiment bizarre…» Vous l’avez compris : même si toutes les séquelles n’ont pas disparu, l’ex-numéro deux suisse a enfin explosé en pleine lumière, faisant même de l’ombre à un certain Federer. Et c’est amplement mérité !

Vous trouviez Stanislas Wawrinka dur et froid ? Vous aviez tout faux. Vous le trouviez rustre ? Vous étiez à côté de la plaque. Ce jeune père de 28 ans serait même tout le contraire. « Il est simple, humble et ne se prend pas la tête », dixit son papa, Wolfram. Benoît Paire confirme : « Stan est quelqu’un de franc et d’honnête. Il dit ce qu’il pense. Il y a beaucoup de faux culs dans notre milieu, mais lui ne va pas parler à quelqu’un qu’il n’aime pas ou faire ami-ami avec n’importe qui. » Personne franche et droite, Stanislas est aussi un bon vivant, qui aime rigoler et passer du bon temps avec ses amis du circuit. On se souvient de ses séances d’entraînement endiablées avec Gaël Monfils et les paris un peu fous que les deux hommes se lançaient sur Twitter. On pense aussi à sa relation privilégiée avec Roger Federer, « son premier supporter », avec qui les parties de franche rigolade sont fréquentes. On n’oublie pas enfin sa petite phrase au soir de sa victoire australienne... et Stan expliquant, rieur, « qu’il est fort probable qu’il prenne une cuite » pour fêter ça. Simple, jovial et courtois, le Suisse a toujours fait l’unanimité dans le vestiaire, y compris auprès des meilleurs. « Rafa et Roger lui envoient des SMS après ses matches, Novak a joué en double avec lui », confirme son coach Magnus Norman. « Tous les joueurs le respectent et l’apprécient. » Preuve que sa sympathie et son humilité ne sont pas feintes.

Pour Stanislas Wawrinka, le tennis ne se résume pas à de simples frappes de balles. Cela va même beaucoup plus loin. A travers son sport, le Suisse s’accomplit en tant qu’homme, en poursuivant une démarche intellectuelle qu’il ponctue de valeurs essentielles : le travail, le courage et, surtout, l’abnégation. Tout ceci, le Vaudois l’a résumé en une phrase, magnifique, qu’il s’est inscrite à l’intérieur du bras. « Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better ». Essaie, échoue. Peu importe. Essaie encore, échoue encore. Mais échoue mieux. Explications de l’intéressé : « Ce tatouage est récent, mais cela fait très longtemps que j’ai cette citation de Samuel Beckett en tête. Voilà comment je vois la vie, comment je vois le tennis et, particulièrement, comment je vois ma vie dans le tennis. Quand on est joueur professionnel et qu’on ne s’appelle par Roger, Rafa ou Novak, on perd quasiment toutes les semaines. Or, chaque défaite est un échec dont il est difficile de se relever. Voilà pourquoi ce message de Beckett symbolise la vision que j’ai de ma carrière. Quels que soient mes échecs, je retourne toujours sur le court et me remets au travail pour progresser et me donner une chance de battre, un jour peut-être, les meilleurs joueurs du monde. » L’abnégation a payé. Elle paie toujours.

Stan, le Suisse 

Stan, le bosseur 

Stan, l’ex-timide

Né d’un père d’origine allemano-polonaise et d’une mère suisse, Stanislas Wawrinka a grandi à Saint Barthélémy, petit village champêtre situé dans les montagnes jouxtant Lausanne. Très attaché à son havre de paix natal où il réside toujours, le Suisse ne manque pas une occasion de rentrer au pays lorsque son emploi du temps le permet. Sa fibre patriotique est d’ailleurs telle qu’il n’a jamais fait l’impasse sur une rencontre de Coupe Davis. Et si Stan a toujours aimé la Suisse, celle-ci le lui rend bien. Enfin ! Souvent délaissé par les médias locaux qui préféraient encenser le héros Federer, Wawrinka connaît actuellement son heure de gloire grâce à sa victoire à Melbourne. « Géant ! » titre Le Matin, « Stantastisch ! » s’emporte le Neue Züricher Zeitung : en adoration, les journaux helvètes louent les qualités d’un champion « modeste », « qui ne s’est jamais vu calife à la place du calife ». Même la presse germanophone s’enflamme, s’extasiant pour un Wawrinka qui « représente, comme peu de sportifs, des valeurs populaires telles la fiabilité, le labeur et la modestie ». En grandissant dans l’ombre de Federer, Stanislas Wawrinka a attendu son heure, patiemment. Avec humilité et simplicité. En 2013, onze ans après ses débuts sur le circuit professionnel, le Vaudois a été nommé « Suisse de l’année », égalant un certain Roger qui avait été honoré de cette distinction une fois, en 2003. Son talent enfin reconnu, Stan ne s’enflammera pas pour autant. « C’est quelqu’un de très simple, comme tous ceux qui l’entourent dans son staff », assure Benoît Paire. « Aucun n’a la grosse tête et cela ne changera pas. » Tant mieux !

Stanislas Wawrinka a beau pratiquer l’un des tennis les plus esthétiques du circuit, il n’a pourtant rien du surdoué. « A la base, je ne suis pas talentueux », confie-t-il dans L’Equipe. Avant de préciser : « Mon talent à moi, ça a été de bosser. » Tout est ici parfaitement résumé. Stanislas Wawrinka est un bosseur. Pas de ceux qui se révèlent sur le tard, déclarant à tout va travailler d’arrache-pied. Non, Stan est un travailleur de l’ombre, un courageux modeste qui n’a jamais compté ses heures. « Il m’a toujours dit qu’au départ, il n’était pas très talentueux et qu’enfant, il allait courir tous les soirs après son entraînement », raconte Benoît Paire. Grâce à ses efforts jamais relâchés, Stanislas Wawrinka s’est construit, au fil des années, un tennis de classe mondiale. Fort de son impeccable maîtrise technique, le Suisse développe un jeu complet, lourd et puissant. Il n’est pas de ceux qui font durer éternellement les échanges, recherchant l’asphyxie adverse. Non, Stan construit ses points, puis tente le beau coup, celui qui fait mal. Il enchaîne les revers longs de ligne et les coups droits gagnants avec une facilité et une constance étonnantes depuis un an. Mais ce n’est pas tout ! Car du haut de son mètre quatre-vingt un, Stanislas Wawrinka est aussi un athlète exceptionnel. Bien qu’un peu plus enrobé que ses collègues Djokovic et Nadal, le Suisse n’en est pas moins un véritable bison, comme on dit dans le jargon. « Il possède l’un des meilleurs physiques du circuit : après quatre heures de jeu, il est encore capable de servir à plus de 215 km/h », témoigne Richard Gasquet. « Il a dû beaucoup bosser pour se forger un physique pareil », confirme Benoît Paire. Travailler, toujours travailler, encore travailler. Sans jamais se plaindre, ni douter. Ou la recette du succès de cette bête de compet’, de cet animal… de Stan’imal.

De nature émotive, Stanislas Wawrinka a longtemps souffert d’une forme de timidité, cette « contraction de sa sensibilité »*, extériorisée par une gentillesse excessive sur le terrain. Pas assez matcheur, pas assez tueur, le Suisse perdait beaucoup de ses rencontres par défaut de la fameuse rage qui caractérise les champions. Ainsi, lorsque Magnus Norman devient l’entraîneur du bonhomme début 2013, il fait de la timidité de son nouvel élève un chantier primordial. L’objectif est simple : transformer ce gentil garçon au mental trop fragile en un véritable tueur. Rapidement, Stan s’endurcit. Sur le court, son regard est plus rugueux et sévère. Seule la quête de victoire semble l’animer dans une concentration maximale. Ses doutes sont balayés, ses craintes évaporées. Et les résultats s’en ressentent. « Au début de ma carrière, j’étais trop gentil sur un court. Mais plus aujourd’hui. Désormais, quand je frappe, je suis animé d’une authentique rage de vaincre », clame-t-il. Enfin ! N’ayons pas peur de l’affirmer : c’est grâce à ce véritable travail mental que le Suisse s’est bâti la carrure d’un vainqueur de Grand Chelem. « Au début de sa carrière, ce joueur ne croyait pas vraiment en lui, il était très négatif vis-à-vis de ses capacités », se souvient Emilie Loit. « C’est pourquoi c’est si beau de le voir soulever un tel trophée. » Preuve que tout mental fragile peut se muer en une féroce rage de vaincre, atout essentiel pour prétendre à une victoire en Grand Chelem. *Henri de Régnier

Textes de Pauline Dahlem

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her ac con’es t pas jouer !

• editorial •

COACHER, C’EST AIMER...

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« Rafa adore jouer au tennis. Mais ce qu’il aime par dessus tout, c’est la compétition. Il envisage toujours le sport comme une lutte acharnée. Et c’est exactement la même chose lorsqu’il joue au golf ou au football. Alors, bien entendu, il aime quand même le tennis en tant que tel. Il n’aurait pas connu autant de succès s’il n’aimait pas vraiment ce jeu. Je ne connais personne qui réussisse de grandes performances sans aimer au moins un peu ce qu’il fait. » Toni Nadal, dans un entretien fleuve accordé à GrandChelem

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« Pour Stanislas Wawrinka, le tennis ne se résume pas à de simples frappes de balles. Cela va même beaucoup plus loin. A travers son sport, le Suisse s’accomplit en tant qu’homme, en poursuivant une démarche intellectuelle qu’il ponctue de valeurs essentielles : le travail, le courage et, surtout, l’abnégation. » « Mais qui est Stan’imal ? », grand portrait des six visages de Wawrinka

« Le coach, il est là pour remarquer ce qui ne va pas dans les matches et travailler ces points-là par la suite. Il est aussi là pour aller observer les futurs adversaires et préparer les rencontres à venir. Son rôle est ainsi très important, car il englobe plusieurs missions. Celui de réserver les terrains, de faciliter la vie du joueur et, bien sûr, de définir les chantiers, les priorités techniques pour améliorer le jeu de son athlète. »

Gilles Simon, interviewé sur le rôle du coach dans notre dossier « Coacher n’est pas jouer »

« J’ai adoré la standing ovation du public après le match contre Murray, en remerciement de la bagarre du jour et de mon parcours assez fou. Les gens adorent voir les petits embêter les meilleurs, un peu comme en Coupe de France, au football. »

* SAUF AU JAPON

Stéphane Robert, notre Guest Star, le « lucky winner » de l’Open d’Australie

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Ivan Lendl avait montré la voie. Le chemin. Evité les ornières. Et confirmé, oui, qu’un très grand joueur peut faire un très grand coach. Pourtant, rejoindre le team d’Andy Murray s’apparentait à un pari risqué... Ou pas. On imaginait bien que l’Ecossais finirait par soulever un trophée du Grand Chelem. Mais, en cas d’échec, c’est une petite humiliation qu’aurait vécue Ivan. Constatant le succès de son entreprise, Michael Chang, Boris Becker, puis Stefan Edberg ont marché dans ses traces en une foule venue grossir les rangs de Sergi Bruguera, Goran Ivanisevic ou Jimmy Connors, déjà sur le sentier. Et tout ce petit monde de créer une véritable ébullition... au point que John McEnroe se pose également la question de se mettre en route ! Pour autant, ces champions, s’ils ont été grands sur le court, saurontils se faire petits, en tribunes ? Oui, même si leur apport, en-dehors d’une expérience et d’un vécu, reste encore à prouver face à la formation, au recul et aux compétences globales des coaches confirmés qui, eux, n’ont connu la gloire qu’en tant qu’accompagnants. Ces joueurs parviendront à rentrer dans ce rôle, car ce ne sont pas vraiment des coaches. Mais des consultants. Des conseillers intégrés à une équipe déjà en place. Mais alors, c’est quoi, être un coach ? Quel est son rôle ? Y en a-t-il des bons et des mauvais ? Comment la différence se fait-elle ? Ces questions traînent forcément sur vos lèvres, alors que Stanislas Wawrinka vient de bousculer la hiérarchie en place, aidé d’un homme aux résultats surprenants : Magnus Norman, qui officiait avant aux côtés de Robin Söderling. Norman soulève trois hypothèses : 1/ Il a la chance d’être au bon endroit au bon moment. 2/ Il remplit un rôle avant tout mental et a permis à Stan d’avoir un simple déclic. 3/ Malgré sa présence irrégulière sur le circuit, il occupe une position de fond essentielle auprès du Suisse et lui a apporté des clefs dès qu’il l’a pris en main. Lorsqu’on écoute Toni Nadal, qui a eu la gentillesse de nous accorder une belle demi-heure sans langue de bois, ou Sam Sumyk, coach de Victoria Azarenka, on se dit que cet homme qui œuvre dans l’ombre du joueur confirme un peu de ces trois points de vue... Un peu de chance. Beaucoup de talent. De l’analyse. Et une passion immense ! Coacher n’est pas jouer... mais coacher est aimer, son joueur et son sport. Rémi Capber

Diffusion : 40 000 exemplaires dans 800 points en France • Liste des points disponibles sur www.grandchelem.fr • GrandChelem, le magazine gratuit 100% tennis • Fondateur et Directeur de la Rédaction : Laurent Trupiano (laurent.trupiano@grandchelem.fr) • Création artistique et mise en page : Séverine Béchet (SBDesign –Studio Graphique. www.sbdesign.pro) • Responsable Editorial : Rémi Capber (remi.capber@ grandchelem.fr) • Rédacteurs : Pauline Dahlem, Simon Alves, Antoine Lebrun, Matias Arraez • Site internet : http://www.welovetennnis.fr • Responsable Business Development: Valérie Fernandez (valerie.fernandez@grandchelem.fr) • GrandChelem est édité par la société Convergence Media appartenant au groupe The TENNIS FACTORY (www.thetennisfactory.fr), 8 rue Joseph Cugnot, 38300 Bourgoin-Jallieu • Rédaction : 04 27 44 26 30 • Publicité : 06 60 26 37 76 • Photos : SportVision, Chryslène Caillaud

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LES COUPS DE COEUR DE 2013

CE QU’IL FAUT RETENIR DE L’OPEN D’AUSTRALIE

C’EST GRAVE, DOCTEUR ?

La victoire de Stanislas Wawrinka à l’Open d’Australie est une surprise, certes. Mais les échecs de Rafael Nadal et Novak Djokovic en sont une autre. Quant au classement ATP qui voit Andy Murray et Roger Federer chuter un peu plus, malgré des circonstances atténuantes... Ces joueurs, membres de l’ex-Big Four, semblent peu à peu lâcher du lest. Simple incident ou phénomène profond ? Analyse.

«

Le temps où Roger et moi dominions est révolu. Djokovic et Murray sont très bons, ils peuvent faire bouger les choses. Ils sont numéros trois et quatre depuis longtemps, ce ne sont pas des jeunes qui arrivent sur le circuit. » C’est en ces termes que Rafael Nadal a inventé la notion de «  Big Four  » début 2011. Tout du moins, c’est ainsi qu’il a motivé sa création par des journalistes toujours friants de ce genre de concepts. Si ce Big Four avait déjà commencé à se déliter l’année dernière, il restait encore jusqu’à peu le baromètre du circuit. Mieux, le baromètre d’une ère du tennis qui a débuté en 2005 sous le sceau de la dualité helvético-espagnole. Mais cette ère, aujourd’hui, semble peu à peu s’approcher de la fin. Attention, tout doucement, progressivement. Et la victoire de Stanislas Wawrinka à l’Open d’Australie en témoigne.

Nadal lâché par son physique... Encore une fois Mais Novak Djokovic, lui aussi, n’est plus un homme invincible. Sa fin de saison 2013 avait été exceptionnelle, certes, mais son premier semestre l’était beaucoup moins. Son élimination en quarts de finale, à Melbourne avant même le dernier carré illustre bien cette petite inconstance qui fait de lui un adversaire

Une

Djokovic, un mental parfois défaillant ?

terriblement redoutable... mais pas imbattable. D’autant que Wawrinka aura, qui sait, peut-être montré la voie à ses collègues en mal de confiance. Mats Wilander le soulignait déjà avant le tournoi dans le Herlad Sun  : «  Mentalement, je pense que Djokovic n’est pas aussi fort et aussi opiniâtre que Nadal. Il l’a montré à Wimbledon contre Murray, mais à l’US Open aussi.  » Nadal inconstant physiquement, Djoko inconstant mentalement. Cela laisse de la place ici ou là à l’échelle d’une année... Andy Murray, de son côté, était déjà clairement derrière le Serbe et l’Espagnol. Son recul s’est aggravé... avec, certes, des circonstances atténuantes. Toujours est-il que l’Ecossais est désormais en-dehors du top 5. Qu’il a lâché un set face au 119ème joueur mondial, Stéphane Robert, en Australie, face à qui il a souffert de crampes. En bref, qu’il n’est pas encore remis de son opération du dos subie en octobre dernier. Reviendra-t-il au plus haut niveau ? Sans aucun doute. Mais atteindra-t-il un jour la régularité sur laquelle ses trois congénères, eux, ont pu s’appuyer  ? Rien n’est moins sûr. Aux côtés d’Ivan Lendl, il a clairement progressé mentalement. Mais,

hiérarchie sans queue, ni tête

« Depuis plusieurs années, il n’y a plus de hiérarchie dans le tennis féminin. Le circuit est devenu très ouvert. Quand j’étais sur le court, je montrais mes émotions, il y avait de la vie. Cela manque un peu aujourd’hui. » Mary Pierce donnait un avis tranché sur ses ex-collègues, en 2012. Depuis, Serena Williams, seule, s’est imposée comme LA terreur du circuit, devant Victoria Azarenka, trop souvent enquiquinée par des pépins physiques, et Maria Sharapova, trop inconstante. Et, forcément, quand l’Américaine passe au travers, comme à Melbourne en huitièmes face à Ana Ivanovic, le résultat devient inattendu. L’édition 2014 de l’Open d’Australie n’a pas dérogé à la règle. Lauréate du tournoi, la Chinoise Na Li est l’une des seules têtes d’affiche à avoir su tenir son rang. Vika a échoué en quarts, face à Radwanska, qui a perdu en demie. A l’image d’Ivanovic, vainqueur de Serena, mais défaite par Bouchard dans la foulée, on a du mal à y voir clair. Si, chez les hommes, Stanislas Wawrinka a surpris tout le monde en s’imposant, il faisait tout de même partie des outsiders sérieux. Mais, chez les filles, qui attendait en finale Dominika Cibulkova, tête de série numéro 20, alors qu’elle sortait d’une année 2013 où elle n’avait pas dépassé le troisième tour dans les tournois majeurs ? D’une manière générale, en Australie, les têtes de série sont tombées comme des mouches. 32 au début du tournoi, elles sont la moitié à ne pas avoir dépassé les seizièmes de finale, dont sept battues dès le premier tour. Résultat des courses : on ne sait plus qui attendre à Roland Garros. Serena sera évidemment favorite, mais ne sera pas non plus à l’abri d’une surprise sur cette terre qui s’est souvent refusée à elle. Doit-on croire à un réveil des déçues de Melbourne ou vont-elles aussi l’être à Paris ?

S’il ne s’agit pas, aujourd’hui, d’annoncer la fin d’une ère et un renouvellement prochain au deux premières places mondiales, force est de constater que le top 5 a déjà radicalement changé de visage avec Stan et Juan Martin, aux côtés de l’ami David. Les conséquences d’un tel remaniement ? Les têtes de série dans les plus grands tournois, évidemment ! Car si Murray et Federer venaient à se retrouver dans les parties de tableau de Nadal et Djokovic, l’on pourrait bien assister à des chocs dès les quarts de finale... et à des résultats surprenants. C’est ainsi qu’un tournoi, un seul, et un homme qui enchaîne les exploits peuvent perturber la hiérarchie. Et la physionomie d’une saison entière ?

Rémi Capber

Na Li se débride à Melbourne Na Li fait l’unanimité. S’il n’était pas attendu, le succès de la Chinoise à l’Open d’Australie, son deuxième en tournoi du Grand Chelem après Roland Garros 2011, a été salué par tous. Cette victoire vient récompenser l’une des personnalités les plus importantes du circuit féminin. Révélée sur le tard, à 27 ans, avec un premier quart de finale en Grand Chelem disputé en 2009 à l’US Open, Na Li a décroché à 31 ans sa revanche après deux finales perdues à Melbourne en 2011 et 2013. Lors de son parcours, la cinquième joueuse mondiale a été l’une des seules têtes de série à tenir son rang et l’expérience n’y est certainement pas innocente. Une expérience qui lui a permis, dans un premier temps, de ne pas déjouer face à de jeunes adversaires très largement à sa portée. Puis de ne pas paniquer face à Lucie Safarova, au troisième tour, où Na Li a frôlé la sortie sur une balle de match : « Ma victoire tient à cinq centimètres. Si sa balle de match avait été à l’intérieur, j’aurais pris la direction de l’aéroport. » Finalement, la Chinoise a disposé d’un tableau très clément puisque qu’elle n’a affronté aucune membre du top 20. Comme le dit l’adage, la chance sourit aux audacieux ! Et audacieuse, Na Li n’a pas manqué de l’être lors de son discours de vainqueur, rappelant à tous (même à son mari) qu’elle est et restera une joueuse et une femme à part : « Merci à mon agent... Fais de moi quelqu’un de riche, maintenant !  Merci à mon mari... T’es un bon gars ! Et t’as beaucoup de chance de m’avoir trouvée ! » Audacieuse... et drôle !

Antoine Lebrun

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Enfin, face aux collègues, Roger Federer prend, lui, le sens inverse. Il faut dire que le Suisse apparaît hors du coup depuis un an. Alors le voir vaincre en trois sets Jo-Wilfried Tsonga, puis en quatre Murray, c’est une petite surprise. S’il s’est effondré en demi-finale face à Nadal, Roger a retrouvé une qualité et une sérénité plus propres à son niveau. Mieux, effet Stefan Edberg ou non, il prend le parti d’une filière de jeu plus agressive et moins passive, qui l’amène régulièrement au filet. Une manière de s’économiser physiquement  ? «  Ce que j’aime c’est être aux commandes  », explique-t-il en conférence de presse. «  C’est ce que j’ai été capable de faire à nouveau ces deux dernières semaines. C’est un pas dans la bonne direction. J’ai le sentiment que ça pourrait être une très bonne année pour moi.  » Néanmoins, si Federer demeure un client, on sait que Del Potro, Berdych, Wawrinka ou Tsonga sont en mesure de le battre au meilleur des cinq manches.

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conception : yann fritz

Car Rafael Nadal marche désormais sur un fil invisible. Ce fil, c’est son physique. Et il n’est plus à l’abri d’un faux pas, quel que soit l’événement. Son petit souci au dos au cours de la finale, « une contraction des muscles » ne nécessitant « qu’un repos de quelques jours » selon Toni et la version officielle, montre un Rafa vieillissant, capable d’être battu par un adversaire en feu et son physique défaillant en finale d’un tournoi majeur. Si l’on ajoute ses problèmes de genoux et toujours la même difficulté à conclure ses saisons... Il le reconnaissait lui-même après sa défaite face à Ferrer, à Bercy : « En fin de saison, souvent, le corps ne répond pas et, mentalement, c’est plus difficile. Je suis un peu plus fatigué. Évidemment, les conditions sur ces courts-là ne m’aident pas, elles ne m’ont jamais aidé. »

dans le jeu, il reproduit encore les erreurs passées d’un attentisme forcené.

PALAIS DES SPORTS DE MARSEILLE - www.open13.fr

Antoine Lebrun

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open d’australie 2014

open d’australie 2014 Textes de Simon Alves

MELBOURNE RECTO/VERSO...

En direct de welovetennis.fr

C’EST CHAUD BOUILLANT ! Recto… DANCEVIC : «C’EST INHUMAIN»

Fais-moi rêver,ana... Recto… IVANOVIC ANÉANTIT SERENA !

LA STEPHANOMANIAAAA ! Recto… ROBERT EST MAGIQUE !

Par Martin Casamatta,  mardi 14 janvier 2014 à 16:22 • 0 commentaires Frank Dancevic, victime d’un malaise pendant sa rencontre face à Benoît Paire, est apparu très en colère contre les organisateurs. Il reproche le fait que les matches continuent malgré les nombreuses protestations des joueurs.

Par Simon Alves,  dimanche 19 janvier 2014 à 05:28 • 6 commentaires C’est l’une des très grosses sensations du tableau féminin – et pas des moindres ! L’ultime favorite et numéro un mondiale que représentait Serena Williams dans ce tournoi a été éliminée dès le stade des huitièmes de finale par une ancienne pensionnaire du poste, à savoir Ana Ivanovic. La Serbe s’est imposée 4-6 6-3 6-3 en 1h56 qui plus est ! Au tour suivant, elle devra faire face à Casey Dellacqua ou Eugénie Bouchard.

Par Pauline Dahlem,  lundi 20 janvier 2014 à 09:37 • 0 commentaires A Melbourne, en huitièmes de finale, alors qu’il était mené 6-1 6-2 5-3 par Andy Murray, Stéphane Robert est passé dans une autre dimension. Le Français sauve quatre balles de match et remporte la troisième manche au tie-break, 8 points à 6. Incroyable ! Il n’est donc plus mené que deux manches à une par le Britannique. Et pourquoi pas ?

« Je pense que c’est inhumain. Même avec tous les joueurs qui se plaignent, les organisateurs font encore jouer sous une telle chaleur. Mais ils attendent que quelqu’un meurt ou quoi ?! »

Nombre de vues : 2012 vues. Classement : 22ème billet le plus lu de la journée http://www.welovetennis.fr/ decla/77950-dancevic-c-est-inhumain

Verso ! Ah, la chaleur à Melbourne… Passer à côté de ce phénomène climatique assez exceptionnel était absolument impossible tant il a été sur les lèvres de tous les joueurs et journalistes sans exception ! Mieux, c’était carrément la star de cette première semaine devant les cadors du circuit. Malaises, vomissements, abandons et tutti quanti, bref, c’est à un joyeux capharnaüm auquel nous avons assisté, dans lequel les joueurs ont tenté de faire valoir leurs revendications. Interdire les matches sous 45 degrés ? Aménager des plages horaires plus cool ? A la Rédaction, ça s’est crêpé le chignon autour de la question, d’où la naissance d’une Une de débat intitulée : « Faut-il attendre que quelqu’un meure ? » où les internautes ont été une trentaine à réagir. Une référence directe à ce billet pourtant un peu passé inaperçu puisque n’étant qu’à la 22ème place du classement des articles les plus lus de la journée ! D’Antoine déclarant, avec cette intransigeance toute germanique, que c’est leur job d’affronter ces températures, à Simon abusant de la carte sensationnaliste pour faire interdire les rencontres suicidaires, tous les avis ont été énoncés sans langue de bois… Bienvenue chez GrandChelem/Welovetennis, là où se confrontent les idées. Toutes les idées.

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Nombre de vues : 2562 Classement : 11ème billet le plus lu de la journée http://www.welovetennis.fr/ resultat/78361-ivanovic-aneantit-serena

Verso ! De la mise en place d’un processus effréné à l’aboutissement d’une création absurde dans tous les sens du terme, la victoire d’Ana Ivanovic sur Serena Williams a été vécue de façon très personnelle par deux membres de la Rédaction. Du côté de Simon Alves, tout d’abord, amené à couvrir le résultat – le filou ayant dû se lever aux aurores – et prenant la rencontre en cours comme il découvrirait la perle d’une rosée un peu trop vigoureuse. Le bougre a dû mettre en place un Live express pour évoquer trois malheureux jeux dans ce troisième set remporté par la Serbe, symbole d’une performance incroyable et inattendue, mais qui valait, à coup sûr, que l’on se décarcasse pour elle de bon matin (4h45, TOUT DE MÊME !). Concernant l’autre, Rémi Cap-Vert, ce sont les démons de l’ancien temps qui ont ressurgi à l’annonce de la nouvelle. D’un amour qu’il pensait déchu, notre Rédacteur en Chef préféré a vu de nouveau et de nulle part flamber son désir pour la belle. N’écoutant que son cœur, et aussi son courage, c’est avec une plume qu’auraient partagé Pierre de Ronsard et Vincent Lagaf que Rémi s’est laissé aller à une ode poétique à l’égard de son amour d’antan, détournant au second ou au dixième degré un célèbre poème : « Mignonne, allons voir si la rose... ». Une création qualifiée de « suicide éditorial » par certains internautes et qui, dès le lendemain, à sa seule évocation, a été le sujet de nombreuses rigolades et d’incrédulité tant des autres rédacteurs que du principal intéressé, encore interloqué face à l’incongruité de sa production. On s’en fend la poire rien qu’à y repenser. Merci Rémi.

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Nombre de vues : 1807 Classement : 37ème billet le plus lu de la journée http://www.welovetennis.fr/ live/78460-robert-est-magique

Verso ! Stéphane Robert en huitièmes de l’Open d’Australie. Pour beaucoup, une simple performance insolite comme on en voit souvent dans le sport. La jolie fable du petit David détruisant le Goliath des préjugés tennistiques avec son bras vengeur. Mais, pour la rédaction de GrandChelem/ Welovetennis et, plus précisément, celui qui la dirige, cela veut dire tellement plus... Cela prend tellement de sens... Chez Rémi Cap-Vert, trublion du verbe et chasseur du bon mot, Stéphane Robert représente l’icône. L’idole. Le miséricordieux devant lequel doit s’incliner le matérialiste face à tant de simplicité et de pureté. Non, Robert n’est pas seulement le joueur moyen typique du circuit pour Rémi. Il incarne toute la tendresse un peu gauche du maladroit, de celui à qui l’on ne donne rien, mais qui vous donnera tout. Qui, avec sa bite et son couteau, réussit l’impensable... et qui, en plus, en a dans l’ciboulot. On vous laisse donc imaginer l’état de transcendance dans lequel est arrivé le bougre à la Rédaction quand Stéphane a mangé le troisième set du match face à un Andy Murray désabusé. Comme enivrés par cette passion contagieuse pour le désormais joueur du top 100, nous nous sommes mis à rêver face aux difficultés du Britannique et à ses crampes. Coup de téléphone à son ancien coach, Ronan Lafaix, pour une interview exclusive... Rêves de le voir remporter le tournoi et devenir numéro un mondial… bref. La folie Robert à l’état brut !

Puisque toute pièce de théâtre a ses coulisses. Puisque tout album de musique a ses séances studio. Puisque toute œuvre d’art a ses coups de pinceau. Nous vous emmenons à travers les méandres de ce qui a fait notre site d’actu welovetennis.fr durant la quinzaine de cet Open d’Australie 2014. Une plongée au cœur d’une Rédaction... pas comme les autres. Dans les yeux d’hommes et de femmes, journalistes passionnés, qui ont vécu cet événement… à leur manière. On lève le voile !

WAWRINKA, L’EXPLOIT MONUMENTAL Recto… S-E-N-S-A-T-I-O-N-N-E-L ! Par Rémi Cap-Vert, mardi 21 janvier 2014 à 14:13 • 34 commentaires EXTRAORDINAIRE. Les superlatifs manquent. Stanislas Wawrinka élimine Novak Djokovic en quarts de finale de l’Open d’Australie. 2-6 6-4 6-2 3-6 9-7, quatre heures de jeu. Il affrontera Tomas Berdych pour une place en finale. STANIMAL. Retenez ce surnom. Retenez-le bien. Retenez-le, car il vient de se faire une place dans l’histoire des tournois du Grand Chelem. En battant Novak Djokovic, numéro deux mondial, triple tenant du titre, quadruple vainqueur du tournoi, Stanislas Wawrinka a mis fin à une hégémonie sans partage. Mieux, le Suisse a envoyé un signal très, très, très fort. Un signal monstrueux, un signal inimaginable il y a quelques saisons : désormais, nul n’est invincible, ni Novak Djokovic, ni Rafael Nadal, ni Andy Murray. Même en Grand Chelem. Ceux qui soufflaient un vent de terreur depuis les années 2005 peuvent être changés en brise. Métamorphosés. Ecrasés. Et renversés. Nombre de vues : 6444 Classement : 2ème billet le plus consulté de la journée http://www.welovetennis.fr/open-australie/ 78584-s-e-n-s-a-t-i-o-n-n-e-l-djokovic-wawrinka-melbourne

LA LEGENDE CONTINUE... Recto… ON AURA UN FEDERER-NADAL ! Par Simon Alves,  mercredi 22 janvier 2014 à 13:01 • 169 commentaires Fans de tennis, l’heure est arrivée ! Après la victoire de Rafael Nadal contre Grigor Dimitrov, voilà que Roger Federer rejoint son plus grand rival en demi-finale. Il a dû, pour cela, batailler pendant quatre sets 6-3 6-4 6-7(6) 6-3 face à Andy Murray qui s’est très bien repris sur la fin. Roger monte clairement en puissance et démontre qu’il n’a rien perdu de son tennis pour peu que la confiance et le physique suivent ! C’est un oiseau ? Non. C’est un avion ? Non ! C’est Roger Federer ! Ah qu’il est plaisant de se dire qu’il est enfin de retour à son meilleur niveau, ne serait-ce que pour venir concurrencer de nouveau les cadors du circuit. A bientôt 33 ans, Roger a toutes ses dents et tout son tennis... (A suivre sur welovetennis.fr)

Nombre de vues : 5327 Classement : 4ème billet le plus lu de la journée http://www.welovetennis.fr/open-australie/ 78685-on-aura-un-federer-nadal

Verso !

Verso !

Toute la démesure étreignant les membres de la Rédaction de Welovetennis.fr s’exprime à travers cette petite bribe du compte-rendu du match. Il faut dire que l’on avait mis les petits plats dans les grands pour aborder le quart de finale entre Novak Djokovic et Stanislas Wawrinka. Avec leurs rencontres monstrueuses sur le plan du combat et du tennis à Melbourne et à Flushing Meadows en 2013, on ne pouvait que s’attendre, une nouvelle fois, à atteindre des sommets de suspense et de qualité tennistique. Mais nous étions loin d’imaginer que cela déboucherait, ce jour-là, sur une victoire du Suisse ! Aussi, au fur-et-à mesure que le scénario s’est déroulé, les internautes ont afflué en masse pour commenter l’exploit se réalisant sous leurs yeux. Côté Rédaction, la tension était aussi à son comble dans ses locaux, à Lyon, à travers les trois écrans branchés sur le match et les statistiques. Et la tenue d’un Live commenté et illustré dès le troisième set. Il fallait redoubler d’efforts pour retranscrire la pleine mesure de l’événement, tout en conservant la lisibilité et la fraîcheur d’un style que Welovetennis.fr s’efforce de développer depuis maintenant quelques mois. Le Live, ou quand le succès d’une démarche force ses instigateurs à être plus exigeants avec eux-mêmes … Quel moment, mes aïeux !

Tout simplement la journée HIT de la quinzaine ! Avec 33 672 visites et 18 150 visiteurs uniques, le mercredi 22 janvier est le jour de cet Open d’Australie qui a vu venir le plus de monde sur welovetennis.fr. Et grâce à qui ? A Roger Federer, bien sûr ! Le Suisse est évidemment extrêmement apprécié par la communauté des WLTers et son match face à Andy Murray n’a fait que raviver chez ses fans une flamme qu’ils croyaient définitivement éteinte à l’issue d’une saison 2013 très décevante. Virevoltant, semblant flotter pendant les trois-quarts de son match, l’ancien numéro un mondial a mis tout le monde d’accord, tant sur la planète tennis qu’à la Rédaction. Avec la victoire de Wawrinka sur Djokovic la veille, nous étions quelques uns à déjà imaginer une finale 100 % suisse historique ! L’effervescence qui a animé tous les rédacteurs ce jour-là a conduit à un véritable matraquage médiatique sur la performance de Roger. A tel point que les dix articles les plus lus du jour ont tous eu pour sujet Federer. Qui dit mieux ?

UNE POLEMIQUE POUR FINIR... Recto… UNE PIQÛRE, DRÔLE D’HYPOTHÈSE ! Par Jérémy Alen,  dimanche 26 janvier 2014 à 13:48 • 155 commentaires Lors de sa conférence de presse, Rafael Nadal a démenti avoir eu recours à une infiltration durant la finale de l’Open d’Australie. En effet, il a expliqué avoir subi un massage pour tenter d’apaiser son mal de dos. Quand on repense à la véhémence des propos de Jean-Paul Loth, du haut de son studio parisien, on est bien obligé d’en rire. Nombre de vues : 7333 Classement : 1er billet le plus lu de la journée http://www.welovetennis.fr/open-australie/ 78999-une-piqure-drole-d-hypothese

Verso ! PLOUF ! Vous entendez ? Ca, c’est le bruit que fait l’entrée d’un énorme pavé dans une mare. Et ce dernier est l’œuvre de l’impertinent et toujours aussi polémique Jérémy Alen ! Face à la blessure de Rafael Nadal et son recours à une séance de massage en privé dans les vestiaires, toutes les passions se sont déchaînées. Notamment chez Eurosport, où Jean-Paul Loth a émis l’hypothèse d’une piqûre pour l’Espagnol, bien entendu d’antidouleurs, soutenu par la véhémence surprenante de Christophe Rochus, dont on connaît l’avis sur le Majorquin. Cela a été l’occasion pour notre Jérémy national, ardent défenseur du fair-play nadalien lors de cette rencontre face à Wawrinka, de se lâcher pour créer le contre-buzz ci-dessus. Le résultat ne s’est pas fait attendre ! Billet le plus lu de la journée devant la Une de présentation de la finale, il a généré 155 commentaires tous plus enflammés les uns que les autres. A bon escient ? Car bien plus que la blessure de Nadal, sujet initial de la polémique, ce petit billet a aussi été discuté tant sur son utilité que sur sa forme au sein de la Rédaction. Logique quand on s’attarde sur les quelques réactions hostiles générées évoquant le « communisme » et la « rage » supposée de nos journalistes, et quelques adjectifs bien sentis comme « pitoyable » ou « ridicule ». Mais bon, comme dirait l’autre, c’est le jeu ma pauvre Lucette !

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PETITS POTINS

coupe davis 2014 nis.fr http ://www.weloveten

Roumane affole les compteurs !

T

Rendez-vous février 2014-mars 2014 ATP 10 au 16 février • Rotterdam (ATP 500) • Memphis (ATP 250) • Buenos Aires (ATP 250)

©Ph. Montigny/FFT

17 au 23 février • Rio de Janeiro (ATP 500) • Marseille (ATP 250) • Delray Beach (ATP 250)

Un leader est né A l’heure de dresser le bilan de la première rencontre en Coupe Davis cette année, un nom, un seul revient avec une insistance prononcée : Gasquet. Richard Gasquet. Si, face à l’Australie, les Tricolores ont aussi pu compter sur un Jo-Wilfried Tsonga toujours aussi constant, Richard a, lui, crevé l’écran sur tous les plans : le jeu... mais aussi l’attitude. Très solide en simple, il a tenu la barre en double, lors même que Jo buvait la tasse en début de partie. Malgré la pression, le Biterrois a assumé son statut de numéro un bleu-blanc-rouge avec brio. La naissance d’un leader prêt à mener son équipe jusqu’au Graal, le Saladier d’Argent ? Texte de Pualine Dahlem

« Je me sens bien dans cette équipe, je sens que je suis arrivé à maturité. » Près de dix ans après les débuts de Richard Gasquet en Coupe Davis, ces mots sonnent enfin juste dans la bouche du Biterrois. D’abord propulsé leader d’un groupe bien plus âgé que lui, puis entraîné dans des polémiques obscures, avant d’être maintes fois placé sur le banc sous l’ère Forget, le Tricolore a, aujourd’hui, trouvé sa place en équipe de France. Mieux, il a montré lors de ce week-end en Vendée, face à l’Australie, qu’il assumait parfaitement son statut de numéro un tricolore, enfilant même, et pour la première fois, un véritable costume de leader. Oui, les temps ont bien changé. Qu’elle semble loin l’époque où, mal dans sa peau, Richard Gasquet ne supportait pas le poids du maillot bleu ! Refusant l’obstacle, souffrant des non-dits avec son Capitaine Forget, le Français s’était même retrouvé en Une de L’Equipe pour une futile affaire de SMS lors de la défaite face aux Etats-Unis, en 2008. Mais ce temps semble bel et bien révolu. D’abord parce que Gasquet a beaucoup mûri. A 27 ans, le jeune homme se sent bien dans ses baskets. Endurci physiquement, sûr de ses forces et de son talent, il s’est redonné confiance en s’installant durablement dans le top 10. A nouveau performant, y compris en Grand Chelem, l’ex-enfant prodige a même reconquis sa place de numéro un tricolore en fin d’année dernière, fort d’une saison 2013 particulièrement réussie. Mais ce n’est pas tout ! En avril dernier, le Français a pris conscience qu’il aimait la Coupe Davis, oui,

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qu’il l’aimait vraiment, et qu’il devait impérativement s’investir pour qu’elle le lui rende. Car lors du quart de finale face à l’Argentine, Richie, alors joueur le plus en forme de la sélection tricolore, est resté sur le banc. Blessé à la cheville, cramé physiquement par une faste tournée américaine individuelle, il ne se sentait pas capable de tenir la distance des cinq sets. Bilan  ? Une piteuse élimination face à des Argentins pourtant largement affaiblis par l’absence de Del Potro.

Sa défection face à l’Argentine... un déclic pour Gasquet ? Une telle défaite laisse forcément des traces. Mais, pour Gasquet, elle a servi de déclic. L’entraîneur des Bleus, Lionel Roux, racontait en décembre pour Welovetennis.fr : « Cela ne s’est pas trop dit, mais Richard a très, très mal vécu l’épisode du quart de finale face à l’Argentine. Il était blessé, il n’a pas pu défendre les couleurs de son pays, certains lui ont reproché de trop se préserver... Au final, vu ce qui s’est passé, il a culpabilisé. Du coup, il a une vraie revanche à prendre par rapport à tout cela. D’ailleurs, il nous a convoqués, Arnaud Clément et moi-même, pendant l’US Open, pour nous dire que la Coupe Davis faisait pleinement partie de ses objectifs et qu’il fallait compter sur lui à 1000 pour cent en 2014. » Aussitôt dit, aussitôt fait ! A Mouilleron-le-Captif, Richard Gasquet a pris ses responsabilités. Et avec brio. Numéro un français sur le papier, le Tricolore a d’abord convaincu son Capitaine de l’aligner en simple malgré un début de saison

pas fameux et la présence de Gaël Monfils, joker de luxe sur terre battue. Pari gagnant ! Solide et serein, Gasquet remplit parfaitement son contrat en dominant Nick Kyrgios en trois manches pour donner le premier point à l’équipe de France. Mais, loin de s’en contenter, face à la presse, dans la foulée, le numéro neuf mondial se dit prêt à rentrer sur le court pour le double. « Je ne suis absolument pas entamé physiquement et je peux parfaitement rejouer ce week-end. » Volontaire, Gasquet envoie un message à son Capitaine. Lequel prend note et joue le jeu. Richie est lancé en double aux côtés de l’indéboulonnable Tsonga. Et concrétise son statut de leader sur le terrain. Oui, de leader ! Sentant son partenaire en difficulté, Gasquet lui parle et l’encourage. Solide dans le jeu, il tient la paire à flots dans la seconde manche. Puis, relâché par la remontée au score de son équipe, il développe un tennis phénoménal, sous les yeux d’un Tsonga tout aussi reconnaissant qu’admiratif. «  Ce double était loin d’être simple. On s’est battu, on a tenu et Richard a fait le reste  ! Avant chaque balle, je lui disais : « Fais-moi rêver ! » Et il me sortait un coup du chapeau exceptionnel. C’est super agréable de jouer avec lui, c’est rassurant. » Et Jo de conclure : « Richard, c’est mon petit génie. C’est mon Mozart à moi. »

Un rôle décisif en simple... comme en double ! « Génie », « Mozart », du déjà vu mais oui, lors de ce week-end en Vendée, l’ex-Mozart chétif a fait place au génie rageur et gagneur. Démonstratif et déterminé, Richard Gasquet a parfaite-

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ment assumé son statut de numéro un tant dans le jeu que dans l’attitude. Il a d’abord rassuré son équipe sur ses capacités à très bien jouer sous le maillot bleu. Il s’est ensuite mué en leader d’un double où son ami Tsonga était en difficulté. Il a enfin affirmé sa volonté de s’installer durablement en titulaire de cette équipe de France. Et ça, c’est tout bénef’ pour les Bleus. « Il est vrai que la motivation de Richard est très importante pour nous dans cette épreuve et peut nous mener loin », confirme Lionel Roux à Welovetennis. fr, après la rencontre. «  Contre l’Australie, il a montré sur le court ce qu’il nous avait annoncé, à savoir qu’il a fait de la Coupe Davis une de ses priorités. Je l’ai vraiment trouvé dans le bon timing, avec la bonne attitude. Il a eu un rôle moteur. » En bon leader de cette équipe, Richard Gasquet n’a pas caché ses ambitions, tout en gardant la lucidité nécessaire. « On peut vraiment faire quelque chose cette année. Il y a une possibilité de gagner la Coupe. Néanmoins, ce n’est qu’un premier tour, il ne faut pas s’exciter. Mais on peut aller loin dans cette compétition. A nous de le prouver. » Avant de prévenir, mine de rien, ses compatriotes de l’importance de leur implication pour atteindre ce Graal. «  Depuis l’année dernière, on y croit vraiment à cette victoire. C’est l’objectif numéro un de tous les joueurs. » Oui, un leader est bel et bien né. Les temps ont définitivement changé.

24 février au 2 mars • Dubaï (ATP 500) • Acapulco (ATP (500) • Sao Paulo (ATP 250) 6 au 16 mars • Indian Wells (Masters 1000) 19 au 30 mars • Miami (Masters 1000) WTA 10 au 16 février • Doha (Premier) 17 au 23 février • Dubaï (Premier) • Rio de Janeiro (International) 23 février au 1er mars • Florianopolis (International) • Acapulco (International) 5 au 16 mars • Indian Wells (Premier) 18 au 29 mars • Miami (Premier)

ous les superlatifs ont accompagné la victoire du Français Rayane Roumane aux Petits As, à Tarbes. La presse locale et nationale s’est enflammée à tel point qu’on pourrait presque parler de Roumane-mania ! Il faut dire que le jeune homme de 13 ans sert à plus de 200 km/h, chausse du 47 et mesure plus d’1m80... Mais, là où l’histoire devient encore plus belle, c’est que Roumane, loin d’être favori, a traversé le tableau du tournoi des Petits As pour devenir le neuvième joueur français vainqueur dans les Hautes-Pyrénées. On a envie de dire... c’est maintenant que le plus dur commence !

Challenger La Manche-Cherbourg

Alain Thiébot se bat comme un lion ! On le sait, organiser un tournoi d’envergure n’est pas une sinécure, surtout avec la crise économique qui secoue actuellement le marketing sportif. Et Alain Thiébot le sait plus que quiconque, lui qui travaille, cette année, à la 21ème édition du Challenger La MancheCherbourg, au prize-money en hausse (75 000$+H). Cela se déroulera au complexe sportif Chantereyne, à Cherbourg-Octeville, du 22 février au 2 mars 2014. On a tous été surpris d'apprendre que votre prize-money augmentait... Moi aussi ! A vrai dire, c'est l'ATP qui a soutenu cette initiative. Mais rien n'a changé pour nous, on doit toujours continuer à convaincre, car les temps sont durs. Clore notre budget et continuer à être inventifs pour que le tournoi progresse encore en termes de prestations ! C'est vraiment difficile de boucler le budget, cette année ? En fait, cela prend plus de temps, pour convaincre notamment. On ne s'attendait pas forcément à ce que ce soit si compliqué, ce qui nous a fait prendre un peu de retard. Mais je suis confiant ! L'Open de Cherbourg est solide et les collectivités locales ont toujours été derrière nous. En fait, c'est le sprint final, donc c'est logique que je sois un peu anxieux. Je sais que l'effort va être encore plus intense.

Tu es aussi inquiet pour ton plateau ? Oui et non. Là aussi, une surprise peut arriver au dernier moment. On a eu de beaux vainqueurs à Cherbourg (Sébastien Grosjean, Nicolas Mahut, Arnaud Clément, Grigor Dimitrov...) et, en 2014, cela devrait encore être le cas !

LA MANCHE-CHERBOURG

Que pouvons-nous te souhaiter ? Que Federer fasse un saut dans la Manche, du côté de Cherbourg (rires) ! Plus sérieusement, que tous les passionnés de la région et des alentours viennent nous soutenir encore davantage pour cette 21ème édition. Et que l'Open de La MancheCherbourg, place forte du circuit challenger, prouve une fois de plus qu'il possède une aura particulière et un statut privilégié dans le calendrier tricolore.

mardi 4 février 2014, à 10h45

8 742 FANS

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La Head Prestige

jamais démodée ! Il y a des raquettes qui ont marqué l’histoire du tennis pendant des décennies. La Head Prestige, dont la nouvelle version est sortie début janvier, en fait bien sûr partie. Encore plus que vivante sur le circuit, elle est indémodable : ses qualités n’ont pas changé et sa précision chirurgicale reste sa marque de fabrique, le tout associé à une puissance très efficace si l’on parvient à la maîtriser. De plus, l’apport du Graphène sur cette nouvelle version a permis de rendre le cadre encore plus maniable. Interview avec Jürgen Stierand, Directeur du marketing international chez Head. Quand un cadre a déjà écrit de très belles pages du tennis et qu’il continue de le faire, il est difficile de s’y attaquer, non ? La Prestige est presque un monument chez Head, mais, avec l’arrivée et la performance du Graphène, on s’est dit qu’il fallait faire profiter la gamme de cette technologie. On savait que cela allait rendre la Prestige encore plus accessible et efficace.

simples amateurs. Evidemment, on tient aussi compte de l’évolution du jeu et des tendances. On essaie d’anticiper les futurs grands mouvements. Là aussi, Thomas Bischof, notre Directeur international du sponsoring qui est toute l’année sur le circuit, nous aide beaucoup.

Comment travaillez-vous pour parvenir à sortir un nouveau modèle ? En mode projet, toutes les divisions de la marque sont intégrées dans le processus : la promotion, le département recherche et développement... Pour la nouvelle Prestige, il fallait réussir l’intégration du Graphène, qui fait déjà le succès de la SPEED de Novak Djokovic et de la nouvelle Radical. On a donc fabriqué plusieurs prototypes et réalisé beaucoup de tests, car la raquette devait garder ses qualités d’origine.

Quelle était votre intention avec cette nouvelle Prestige ? On connaît les qualités de la Prestige... On a voulu améliorer sa facilité de jeu, sans changer la nature-même de cette raquette. De toute façon, nous n’aurions pas pu opérer de gros bouleversements, car cela aurait été un vrai drame de la transformer complètement. D’autant qu’il ne faut pas se méprendre : il existe une vraie communauté de joueurs Prestige dans le monde. En nous appuyant sur le Graphène, on savait qu’on lui donnerait encore plus de maniabilité et de rendement alors qu’elle était déjà au top de sa catégorie à ces niveaux.

Le retour des joueurs du circuit est important ? Il fait partie du processus, mais nous travaillons aussi beaucoup en amont. S’appuyer seulement sur ce que disent les joueurs peut vous mener dans une mauvaise direction. Selon nous, il vaut mieux faire des propositions très précises et présenter nos choix aux joueurs qui, à ce moment-là, pourront nous donner leurs impressions. On a une expertise en termes de fabrication et l’on connaît leurs attentes, qu’ils soient pratiquants de très haut niveau ou

Un nouveau cadre s’accompagne de nouvelles technologies, mais aussi d’un nouveau look... Oui, et ce n’est pas toujours le plus simple. On a voulu apporter une touche esthétique plus moderne, plus actuelle, car elle ne rentrait pas vraiment dans les standards de la marque. Comme son nom l’indique, la Prestige est unique, donc il fallait que son design renvoie cette idée. On a beaucoup travaillé sur les matériaux, sur la cosmétique et, dès sa présentation, ce nouveau look a été plébiscité.

Gilles Simon, un ambassadeur

« Quand j’étais petit, je me souviens que je voulais jouer avec la Head Prestige, mais mon entraîneur ne m’y autorisait pas. Cela a été un vrai soulagement quand je l’ai eue entre mes mains la première fois, même s’ il a fallu que j’attende encore d’être un peu plus costaud (rires). Pour moi, c’est la raquette de tennis par excellence. Et c’est un cadre qui a marqué l’histoire de ce sport avec tous les grands noms qui l’ont utilisé. Aujourd’hui, il me serait impossible d’en changer... J’aime le son que la Prestige produit quand elle traverse l’air. Son nouveau design lui apporte un coup de jeune, même si elle a gardé toutes les qualités qui en font une raquette ultra-précise et très sensible. Enfin, en Autriche, là où Head prépare mes cadres, ils savent très bien ce que je recherche. Les préparateurs arrivent donc à modifier quelques paramètres que je garde secrets pour qu’elle soit encore plus adaptée à mes objectifs du moment, à mes sensations, mais aussi à mon calendrier. Même si je ne suis pas un fétichiste, ma Head Prestige, j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux ! »

Un service de préparation digne d’une Formule 1 ! C’est en Autriche, au siège de la société, que les raquettes du team Head sont préparées. On le sait, les plus grands champions aiment modifier l’équilibre de leurs cadres et les adapter au gramme près. Ce travail minutieux est identique à celui des mécanos en Formule 1, puisque les joueurs, suivant les conditions de match et leur forme du moment, émettent des demandes différentes. Il existe ainsi un dialogue constant entre le centre, basé en Autriche, et les joueurs du circuit, comme l’explique Thomas Bischof, Directeur international du sponsoring. « Je fais le lien entre les champions et la marque. Et ce n’est pas toujours facile, surtout quand on a un joueur comme Marat Safin qui brisait beaucoup de cadres (rires) ! Je plaisante, bien sûr, car Marat a été un véritable ambassadeur du style Head avec cette Prestige qu’il aimait plus que tout. Pour parvenir à mettre au point la nouvelle Prestige, j’ai beaucoup interrogé nos champions. Et les retours que j’ai eus m’ont permis d’améliorer notre niveau d’information sur ce qu’il était possible de faire. Evidemment, les contraintes et les objectifs d’un joueur du circuit ne sont pas les mêmes que ceux d’un amateur et du marché global du tennis. Je dirais que c’est un peu comme pour la Formule 1 : quelques fois, on teste des choses chez les pros pour, par la suite, les adapter au plus grand nombre ! »

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FÉVRIER-MARS 2014

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FÉVRIER-MARS 2014

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grandchelem france

grandchelem france

ne connaît pas la crise ! Au fil des années, l'Open 13 qui se déroule du 17 au 22 février, est devenu LE rendez-vous incontournable du début de saison. Avec la présence de Tomas Berdych, Richard Gasquet et Jo-Wilfried Tsonga, l'Open 13 présente, en 2014, un plateau d'une densité incroyable. Incontestable référence des ATP 250, ce tournoi marque la formidable réussite d'une équipe : celle de Jean-François Caujolle, dont le savoir-faire n'est plus à démontrer.

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’est la crise, mais ce n’est pas la crise pour tout le monde. Et force est de constater que l’Open 13 va bien. Très bien, même. « On est très satisfaits, car le taux de renouvellement de nos offres et de l’engagement des partenaires est excellent, donc je ne peux pas me plaindre... Je peux juste me contenter de remercier tous ceux qui m’ont fait confiance depuis des années. » Sans fanfaronner, JeanFrançois Caujolle, Directeur de l’épreuve, exprime librement sa satisfaction. Mais pointe aussi les avantages dont bénéficie son événement, avantages que tous les organisateurs ne possèdent pas. « Notre date est idéale. on se situe en début d’année, c’est le premier véritable événement de cette dimension à Marseille. En plus, cette ville aime le sport de haut-niveau, elle a été habituée à voir des stars. Les spectateurs viennent pour cela. Même si l’on apporte toujours des améliorations à l’organisation et à l’animation (voir encadré), c’est le plateau qui est le plus important. » Et, là encore, Jeff a frappé fort. Quatre joueurs du top 10 étaient prévus avant que Stanislas Wawrinka ne soit contraint de déclarer forfait (NDLR : au moment où nous bouclons le numéro il y avait 95% de chance que le Suisse ne vienne pas à l’Open 13). « J’avais ciblé Stanislas avant son triomphe à l’Open d’Australie car j’aime sa personnalité et son jeu, ce sont des critères importants pour un directeur de tournoi. C’est d’ailleurs toujours ma ligne de conduite quand je réfléchis au plateau que je veux monter. Le public a envie de voir des joueurs qui donnent tout sur le court. De plus, il est aussi habitué à voir des stars car elle sont toutes venues un jour ou l’autre au Palais des Sports de Marseille. Je dois avoir cela constamment en tête. Si un nom vient mais que rien ne se passe avec le public, c’est inutile et pas très valorisant pour notre tournoi » continue Jean-François Caujolle. Avec Tsonga, Gasquet, Berdych, Raonic, Jeff peut dormir tranquille. D’autant qu’il devrait y avoir une surprise, un trouble fête qui viendra bousculer la hiérarchie, c’est presque devenu une habitude à l’Open 13.

« Cette quatrième édition confirmera nos ambitions ! »

©Daniel B. www.open-guadeloupe.com"

Le Directeur de l’Open de Guadeloupe, Christian Forbin, fait le point pour GrandChelem sur la quatrième édition de son tournoi, organisé du 29 mars au 6 avril au Gosier. Revue détaillée des changements qui veulent faire de ce Challenger doté de 100 000$ une date incontournable du calendrier international.

Le baromètre tricolore Dans l’Hexagone, il existe aujourd’hui quatre tournois ATP 250 (Moselle Open, Open Sud de France, Open 13, Open de Nice Côte d’Azur). Néanmoins, seul l’Open 13 est capable de présenter un tableau avec plus de deux joueurs du top 10. Mieux, avec la présence de Milos Raonic, ce sont cinq membres du top 20 qui sont inscrits, en comptant Stanislas Wawrinka, probablement forfait. C’est énorme et cela positionne l’épreuve au même niveau, voire plus, que le récent Open de Doha. A noter, également, que, du côté de Marseille, malgré cette concurrence accrue chaque année, les Tricolores y soulèvent souvent le trophée. En effet, c’est la France qui est en tête avec sept titres, suivie de la Suède, cinq, et la Suisse, quatre.

Un nouvel espace pour l’animation L’organisation de l’Open 13 a décidé d’innover en mettant en place un espace d’animation de 1000 m² qui sera accessible pour le grand public tout au long de la semaine. L’objectif, c’est aussi de pouvoir faire découvrir d’autres disciplines que le tennis : « Même si le public marseillais vient pour voir du tennis, le temps peut parfois paraître long, notamment pour les plus jeunes. Avec le Conseil Général, on s’est dit qu’il fallait proposer une zone d’activité et de jeux pour qu’une journée au Palais des Sports soit encore plus attrayante », explique Jean-François Caujolle.

L’année

Berdych ?

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emi-finaliste à l’Open d’Australie, Tomas Berdych sera l’un des favoris du tournoi d’autant qu’il monte en puissance du côté de la Canebière. Finaliste l’an dernier, battu sur le fil par Jo-Wilfried Tsonga, le héros tchèque de la Coupe Davis aura l’ambition légitime de gagner le premier titre de sa saison et ainsi d’honorer dignement les couleurs de… l’Olympique de Marseille…

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Christian Forbin

G R A N D C H E L E M - maga z i ne d ’ i n f o rma t i o n s G R A T U IT s ur le t enn i s - b i me s t r i el - F É V R I E R - M A R S 2 0 1 4

Beaucoup d’organisateurs nous expliquent qu’il est actuellement difficile d’organiser des événements d’envergure... Le secteur vit une période de crise et partir à la chasse aux sponsors devient visiblement très délicat ? C’est sûr qu’il y a eu des périodes plus simples. Mais, nous concernant, cela se passe bien, notamment avec nos partenaires majeurs qui nous soutiennent dans notre démarche. Je pense à Orange et à BNP Paribas. Ils ont compris qu’on s’installait dans la durée et qu’on était attentifs à leurs remarques et à leur expertise pour faire progresser notre épreuve, en améliorer l’efficacité, son attractivité... La culture du tennis n’est pas très grande en Guadeloupe ; c’est à nous, édition après édition, d’enfoncer le clou, de prouver qu’il est possible et utile d’avoir un tournoi de cette envergure sur notre île. Et, j’en suis certain, cette quatrième édition confirmera nos ambitions. Ce sont ces raisons qui vous ont poussé à changer votre date (NDLR : les années précédentes, le tournoi se déroulait une semaine avant, pendant le Masters 1000 de Miami) ? Pas du tout, ce sont les élections municipales. C’était périlleux, voire suicidaire, de garder le tournoi entre les deux tours. On a donc décidé de le repousser après le deuxième tour. D’ailleurs, l’ATP s’est montrée très compréhensive, c’était un cas dit de force majeure. Si l’on n’avait pas réalisé cette modification, certains acteurs institutionnels n’auraient pas pu nous suivre. On a appris, aussi, que vous aviez souffert de la concurrence de la Route du Rhum... C’est la vérité, je ne le nie pas. La Route

du Rhum, qui se déroule tous les quatre ans, est un événement de très grande envergure qui a toujours rythmé la vie de la Guadeloupe. Il y a des partenaires qui ont préféré s’y consacrer pleinement, mais, j’ai envie de dire... ils reviendront l’année prochaine (rires) ! Parlons maintenant de cette édition : quelles en sont les nouveautés ? D’abord, on a décidé de commencer les matches dès 11 heures pour que le tournoi soit un lieu de convivialité au déjeuner et que le village soit animé à ce moment-là. Nous avons aussi défini une offre d’entreprise pour que des acteurs économiques locaux puissent venir se restaurer tout en assistant à des rencontres. Sur toutes ces thématiques, je m’appuie sur la société Feed Back qui m’apporte son expertise dans ce type de manifestation. D’autre part, on a décidé d’aller plus loin en direction du grand public. Ainsi, du lundi au jeudi, l’accès sera gratuit et libre. On a, par ailleurs, monté de grandes opérations en amont avec les écoles pour que beaucoup de jeunes puissent assister à ce spectacle. Par le passé, on n’a pas été assez proactifs à ce niveau-là. Il fallait que cela change, on a mis les moyens pour y parvenir. Rendre accessible le stade jusqu’aux huitièmes de finale, c’est aussi populariser le tennis sur l’île et c’est très important, cela fait partie de nos objectifs. L’Open de Guadeloupe a toujours eu un plateau fourni, de grande qualité. On suppose que ce sera la même chose, cette année ? Vous savez, la règle de l’ATP est simple : nous avons le droit à deux wildcards pour des joueurs à partir de la 50ème place mondiale, sachant qu’une troisième est

réservée à Gianni Mina, cela nous laisse une belle marge de manœuvre. A nous d’être malin et à l’affût. De toute façon, notre prize-money attire inévitablement des joueurs talentueux, c’est le cas chaque année. D’ailleurs, même si on est placé lors d’une semaine de Coupe Davis, cela ne devrait pas avoir d’incidence très importante. Peut-être sur les Tricolores ? C’était le risque à prendre. De toute façon, on n’avait pas trop le choix. Ce qui est vrai, c’est que le public attend des joueurs français. Leur cote de popularité est importante, je pense notamment à des champions comme Paul-Henri Mathieu ou Michael Llodra. De plus, comme chaque année il y a un meeting d’athlétisme international où l’on voit défiler des stars, le public fan de sport réclame logiquement des noms, des personnes qu’il connaît. Sachant tout cela, je travaille d’arrache-pied pour monter le plateau le plus attrayant possible. Et puis, il y aura, comme d’habitude, des surprises de dernière minute et je sais que je peux compter sur le soutien de la Fédération Française de Tennis. Il y a deux ans, parmi ces surprises, on avait eu un certain James Blake... Oui, mais là, c’est lui qui nous avait contactés. Mais c’est un bon exemple ; à l’époque, je m’étais dit que recevoir cette figure du circuit, même si elle était en fin de carrière, ne pouvait qu’être positif. D’ailleurs, les retombées médias ne se sont pas fait attendre et on a beaucoup parlé du tournoi cette semaine-là. C’était un bon coup !

Son meilleur souvenir... « Incontestablement la victoire de Benoît Paire l'an dernier, à l'issue d'une finale à suspens. Quand je vois la saison que Benoît a accompli par la suite, je me dis que l'Open de Guadeloupe a été un petit déclic pour lui !

Son pire souvenir... « Toujours l'an dernier, avec la désaffection du public lors du week-end à cause des fêtes de Pâques qui ont beaucoup d'importance en Guadeloupe. C'est un temps pour la famille et, de ce fait, on a vraiment souffert pour attirer du monde. On l'avait anticipé, mais cela m'a fait mal au cœur. Plus jamais nous n'organiserons la finale à cette période, c'est vraiment trop dur. »

Quid de Gianni Mina, l’ambassadeur de la première édition ? « Gianni a eu des blessures et un passage à vide... La vie d’un joueur de tennis n’est pas un long fleuve tranquille. Mais cela va mieux, il est reparti dans une bonne dynamique. Et je suis fier d’en avoir fait notre ambassadeur lors de la première édition. C’est notre devoir de le soutenir quoi qu’il arrive. Il sera donc invité pour la quatrième édition, c’est logique. J’espère qu’il sera encore remonté au classement ATP d’ici là (NDRL : il était 592ème au bouclage de ce numéro 38) et qu’il pourra jouer le rôle d’outsider. Ce serait un vrai plus pour notre édition 2014 ! »

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février, c’est le mois

de la balle chez Tecnifibre ! Après l’Open d’Australie, le circuit ATP reprend son cours. En février, la France est à l’honneur avec l’Open Sud de France et l’Open 13, deux tournois où Tecnifibre est la balle officielle. Ce duo est complété par le partenariat avec l’ATP 500 de Rotterdam. Autant dire qu’on ne pourra pas passer à côté des petites sphères de feutre jaune siglées Tecnifibre dans les semaines qui viennent ! Retour sur une stratégie de partenariat qui a fait de la balle Xone une référence incontournable sur le marché.

T

ous les équipementiers sont très sollicités pour accompagner le développement des tournois et, ce, quel que soit le niveau de la compétition. Evidemment, les exigences du circuit professionnel sont très élevées, comme l’expliquent les directeurs des tournois de Montpellier et de Marseille (voir ci-dessous). Il n’y a rien de pire qu’une balle qui subit les critiques des joueurs. Dans ce domaine, la Xone de Tecnifibre est devenue plus qu’une valeur sûre. Et ce n’est pas le fruit du hasard. Tecnifibre demeure, en effet, la seule marque française à posséder sa propre usine de fabrication en association avec le géant du pneu, le Japonais Bridgestone. « Avoir son propre outil de production est un véritable avantage, cela nous donne beaucoup plus de latitude et de flexibilité. Cela nous permet aussi, chaque année, d’améliorer les processus de fabrication, d’avoir une expertise incomparable, de faire des tests, de toujours chercher à optimiser la qualité de notre balle », explique Laurent Blary, responsable du département produit. Une expertise qui ne peut être remise en cause, car

acquise avec Bridgestone, une marque dont la maîtrise de la fabrication du caoutchouc est reconnue mondialement (NDLR : Bridgestone est le premier fabricant mondial de pneus). « Pour la Xone, dès le début, l’intention était d’en faire une balle vive, rapide et qui restitue bien les effets, tout en ayant une vraie durabilité. Le choix s’est porté sur un caoutchouc ultra-performant et sur un feutre haut de gamme (72% naturel). Ces matériaux garantissent à la Xone des standards de haute qualité, des standards qui satisfont pleinement les organisateurs des tournois les plus prestigieux », commente toujours Laurent. Ce qui guide également Tecnifibre dans sa stratégie de partenariat, c’est la philosophie des organisateurs et leur propension à valoriser les actions de la marque. Enfin, s’ancrer aussi régionalement pour animer son réseau de clubs et de détaillants reste un objectif clairement annoncé, comme le confirme encore Laurent Blary : « Historiquement, nous avons toujours été très présents en LanguedocRoussillon et en Provence. Nos partenariats avec l’Open Sud de France et l’Open 13 nous permettent donc de dynamiser notre réseau, de mettre en place des opérations de communication, de garder un lien très fort avec nos clubs

et magasins partenaires et de prendre contact avec d’autres. Enfin, de pouvoir présenter nos produits, notre savoir-faire au grand public en tant que cordeur officiel. » Mais Tecnifibre ne se contente pas d’être présent uniquement dans l’Hexagone. La marque française a, en effet, réussi à convaincre dès 2010 Richard Krajicek, le Directeur du tournoi de Rotterdam, un ATP 500 connu mondialement pour être la référence dans sa catégorie. « C’était important de nous installer en-dehors de nos frontières. L’accord avec Rotterdam, mais aussi celui plus récent avec Gstaad sur terre battue, en Suisse, confirme bien que notre service est de qualité et que la Xone est une balle performante sur tous les types de surface et dans n’importe quelles conditions : en indoor, en plein air et même en altitude, puisque Gstaad se trouve à plus de 1000 mètres », conclut Laurent Blary avec une pointe d’humour. De quoi envisager, plus qu’un mois de février, une très belle année 2014 !

*Fais le bon choix

témoignages

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FÉVRIER-MARS 2014

Patrice Dominguez, Directeur de l’Open Sud de France

Jean-François Caujolle Directeur de l’Open 13

« C’est surtout la qualité de la balle et du service cordage pour les joueurs qui a guidé mon choix vers Tecnifibre il y a maintenant quatre ans. La balle Tecnifibre Xone est un atout pour le tournoi. Le rapport balle/surface optimise le jeu. La vivacité de cette balle contribue à tirer le jeu vers le haut, car elle contraint les joueurs à exprimer leur meilleur tennis. Quant au service de cordage, c’est un point crucial pour un tournoi, les joueurs attendent un service optimal. Et Tecnifibre est un expert dans ce domaine. J’apprécie aussi la réactivité des équipes et les rapports humains qui sont de qualité. Je suis fidèle à cette marque depuis Monte-Carlo, du temps où j’y étais Directeur du tournoi. »

« Cela fait plus de cinq ans que Tecnifibre est partenaire officiel de l’Open 13. J’apprécie particulièrement le professionnalisme de son service aux joueurs et les relations humaines que nous avons tissées avec toute l’équipe. La qualité de la balle est déterminante dans le choix de notre partenaire. La Tecnifibre Xone est une balle technique et vive. De mon point de vue, c’est la meilleure association possible avec la surface de jeu du tournoi. »

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FÉVRIER-MARS 2014

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GRANDCHELEM FRANCE

GRANDCHELEM FRANCE

LE JOURNAL D’ISP

Dans chaque numéro de GrandChelem, l’académie ISP vous propose son journal de bord afin de comprendre de façon précise le travail quotidien réalisé par les équipes de Charles Auffray du côté de Sophia Antipolis. Outre la chronique très personnelle de Bastien Fazincani, notre coach-reporter, vous aurez régulièrement des informations exclusives, car c’est souvent à l’entraînement que se construisent les succès... Elina Svitolina, académicienne, 38ème mondiale, le confirme en ce début de saison.

Personal Coach,

la révolution est en marche ! FOCUS par

Présenté en novembre 2012 par l’équipe d’Artengo, le Personal Coach est arrivé dans le réseau Décathlon un an après. Le succès de ce lancement confirme bien qu’un besoin existe, mais, surtout, que la façon d’appréhender son jeu et ses progrès est très différente de ce qu’elle était par le passé. Le Personal Coach fait entrer le tennis dans une nouvelle ère en donnant accès à des données qui, jusqu’à présent, demeuraient le privilège du très haut niveau. Résumé d’une véritable épopée !

ISP AWARDS 

Bastien Fazincani

L

es Petits As de Tarbes, c’est le nec plus ultra du tennis junior en France. Avec l’Orange Bowl en Floride, c’est l’un des deux rendez-vous incontournables pour les meilleurs joueurs du monde de moins de 14 ans. Dans les anciens vainqueurs ou participants, on trouve notamment Nadal, Federer, Ferrero, Henin, Dementieva, Kournikova... Pendant deux semaines, la ville de Tarbes tourne à plein régime pour offrir un événement à la hauteur d’un Grand Chelem Junior. Court central filmé, terrains d’entraînement, village des partenaires : tout y est fait pour se sentir comme un pro. En tant que coach et pour avoir eu l’occasion de travailler avec des joueuses de cet âge, je trouve particulièrement intéressant de comparer les différents niveaux et savoir-faire selon l’avancement de la compétition. Il y a trois tableaux dans ce tournoi. Le premier est réservé aux Français(es). Ces qualifications nationales permettent aux joueurs, sélectionnés au préalable dans leur région, de gagner leur place pour la deuxième épreuve : les qualifications internationales. On accède à ce deuxième tableau grâce à son classement ETA (classement européen). Et, pour finir, le gratin : le tableau final. On y entre d’office lorsqu’on figure parmi les 60 meilleur(e)s européen(ne)s, ou par invitation fédérale. La différence de niveau est frappante entre ces trois tableaux. En quelques jours à peine, le niveau des matches passe du début de la seconde série à celui de joueuses négatives pour le tableau final féminin et proche de 2/6-1/6 chez les garçons. Autant vous dire qu’on voit de tout ! Des lacunes techniques, des faiblesses physiques, des fondamentaux tactiques plus ou moins aboutis... Mais, le plus frappant, ce sont les différences d’attitude, de capacités mentales, de « fighting spirit ». Entre les joueurs des qualifs et les autres qui, mentalement, sont (presque) déjà professionnels, il y a un monde. Professionnels, ces derniers le sont non seulement dans la gestion de leur temps (échauffement, attente du match, repos, concentration...) mais aussi et surtout sur le court. Une des joueuses que j’ai accompagnée là-bas me

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dit en sortant de son match : « Je ne sais pas ce que je fais là, ce n’est pas ma place. » Elle parlait de sa capacité à se lâcher, à s’encourager, à exulter dans les moments importants pour gagner en confiance. Elle estimait ne pas avoir un niveau qui légitimerait une telle attitude de « warrior ». Bien sûr, elle avait tort, mais sa réflexion est en quelque sorte le reflet de notre culture sportive. En France, si tu te comportes comme un pro, tu passes vite pour un prétentieux, « tu te la pètes ! » et, souvent, on te rabaisse. Mais, à l’étranger, on cultive cette attitude en te donnant des modèles et en t’apprenant à te comporter comme un pro dans plusieurs domaines. Tu te mets alors à penser comme un pro et tu alimentes constamment cette confiance en toi. Ce détail, à lui seul, peut faire basculer non seulement le score d’un match, mais un niveau de tennis général. C’est le conseil que je donnerais à n’importe quel jeune qui rêve de devenir professionnel : l’attitude doit être constamment en accord avec les intentions. Si tu veux être pro, comporte-toi comme tel. Nadal ou Sharapova ne sont pas devenus des modèles d’attitude et de professionnalisme du jour au lendemain, quand ils sont devenus numéros un. C’est PARCE QU’ILS ont cultivé une attitude de pro durant leurs jeunes années qu’ils se sont donné la chance d’y arriver un jour.

ans hésitation, la palme du mois de janvier revient à la meilleure représentante de l’ISP Academy sur le circuit professionnel : l’Ukrainienne Elina Svitolina, 38ème joueuse mondiale au classement WTA, qui est l’une des deux seules joueuses de moins de 20 ans dans le top 50. L’une des difficultés engendrées par la culture tennis des joueurs et joueuses des pays de l’Est, c’est de leur faire comprendre qu’il faut parfois s’arrêter de jouer des tournois pour se consacrer à de longues périodes d’entraînement. Ces dernières sont indispensables pour faire évoluer de gros détails ou se refaire une caisse physique. A la mi-novembre, le coach d’Elina, Sébastien Mattieu, et son préparateur physique, Tiroy Gensburger, lui ont imposé une période de préparation de six semaines à l’Académie, ce qui ne lui était plus arrivé depuis presque trois ans (NDLR : Svitolina s’entraîne à l’ISP depuis bientôt un an et demi). Elle a suivi une programmation physique très poussée et bien plus dure qu’à l’habitude. Et a également pu se consacrer à de nombreux tests pour changer de raquette et en ajuster la préparation (poids, équilibre, cordage). Il y a là deux choses importantes à souligner. La première, c’est que, grâce à cette période de travail intensif, Elina a obtenu à l’Open d’Australie son meilleur résultat en Grand Chelem, une défaite au troisième tour contre Sloane Stephens, 7-5 6-4, après avoir fait sensation en éliminant Svetlana Kuznetsova, 19ème mondiale, au premier tour, 6-3 6-3. Ses efforts sont ainsi largement récompensés. La deuxième chose dont on se doute moins, ce sont les bienfaits que la vie au sein de l’Académie a pu apporter à Elina. En évoluant chaque jour au milieu de tous, le staff, les coaches et tous les pensionnaires de l’ISP, elle a su se nourrir de l’énergie et de l’émulation qui l’ont entourée. C’est une force qui caractérise les grands champions. Elle qui passe sa vie en tournoi seule avec son coach, elle a, à l’Académie, l’occasion de retrouver une seconde famille dès qu’elle revient L’Académie est en train s’entraîner. Cela lui permet de relâcher la de devenir son équilibre. pression avec des amis de son âge, mais Et, ça, c’est une belle aussi de profiter d’un large choix de sparringrécompense ! partners féminins ou masculins de tous niveaux.

COMING SOON La préparation mentale, c’est un vaste sujet. En France, très peu de choses pertinentes sont mises en place, quelles que soient les structures dans lesquelles on évolue. A l’Académie, chaque joueur a régulièrement accès à des séances de sensibilisation à la préparation mentale, puisque nous avons, dans notre staff, un coach qui est spécialisé dans la motivation et le dépassement de soi. Emmanuel Heussner est également l’une des deux seules personnes en France à avoir les compétences pour gérer tout ce qui concerne les situations de crise et les chocs post-traumatiques. C’est au quotidien qu’il aide nos jeunes sportifs avec des méthodes et des outils originaux qu’il a complètement adaptés au tennis. Cependant nous souhaitions faire encore plus. Comment apporter à nos académiciens des outils pragmatiques, concrets et facilement utilisables sur le terrain ? Comment les plonger entièrement dans la dimension mentale de ce sport ? La « semaine du mental » était née. A partir de février prochain et une fois tous les deux mois, une semaine entière sera donc consacrée à l’entraînement mental. Nous avons décomposé ce dernier en trois aspects prioritaires : l’attitude générale (respiration, concentration et body language), la gestion des temps morts (des routines simples et efficaces à mettre en place lors des 20 secondes entre les points et aux changements de côté) et le dépassement de soi. Avec cinq à six semaines intensives durant l’année et des interventions ponctuelles, nous espérons donner toutes les clefs à nos académiciens pour progresser et constater rapidement une réelle évolution sur le terrain.

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Eric Briet, le chef de produit du Personal Coach, semble comme habité. Quand on prononce le nom « Personal Coach », ses yeux se mettent à scintiller et il est difficile de l’arrêter. Dithyrambique et passionné, il défend son produit comme personne, persuadé, à juste titre, qu’il y aura un avant et un après Personal Coach : « Chez Artengo, notre axe de réflexion est toujours de trouver les moyens de faciliter la pratique du tennis. De la rendre plus accessible, plus ludique. En 2008, les études qu’on avait commandées confirmaient que les pratiquants étaient en attente d’outils technologiques suite à la généralisation du radar et du hawk-eye sur le circuit professionnel. On s’est donc mis au travail pour trouver des solutions afin de répondre à cette demande. Par ailleurs, si les produits étaient de plus en plus aboutis, je pense aux raquettes, cordages ou chaussures, il manquait à l’ensemble des pratiquants des outils de mesure facilement utilisables. En-dehors de la fameuse fête du club avec le radar prêté par un équipementier le temps d’un après-midi, la

technologie demeurait un pré carré réservé au très, très haut niveau. » Il a fallu plus de quatre ans aux équipes d’Artengo associées à celles de Géonaute pour concevoir le premier prototype digne de ce nom. « Je m’en souviens, c’était comme un aboutissement, même si ce prototype n’était pas parfait », continue Eric. « Puis, une fois les bugs corrigés, on a pu le présenter en novembre aux Innovations Awards*. Voir le produit sélectionné pour ce concours a confirmé qu’on était dans le vrai. » La promesse faite au marché, il fallait rentrer dans le processus de fabrication à grande échelle, ce qui n’est pas toujours le plus facile... « Le groupe Décathlon a fait de l’innovation son ADN et l’on sait qu’il ne faut surtout pas être déceptif pour un produit technologique. Autrement, cela se retourne contre vous. Du coup, comme on a vraiment voulu optimiser la fiabilité de notre produit, on s’est permis de décaler sa mise en vente. Avec le recul, je me dis que cela a vraiment été la bonne solution. »

Ainsi, lancé officiellement en novembre 2013, le Personal Coach est aujourd’hui disponible dans le réseau Décathlon, mais aussi sur le site de la marque. « Après la conception et la réalisation, on est dans la phase de commercialisation », se réjouit Eric. « C’est le moment où on a le retour des consommateurs, c’est plus qu’enrichissant. D’ailleurs, comme on l’avait prévu, les utilisateurs s’empressent de comparer leurs données avec d’autres joueurs sur notre plateforme de téléchargement des données. Au fil du temps, on aura donc une belle communauté avec laquelle on mettra en place une interactivité. Ce sera un vrai plus, toujours dans un seul esprit : favoriser la pratique et permettre à tous de progresser en prenant du plaisir ! ». *Les Innovations Awards sont une compétition mettant en concurrence, chaque année, les marques du groupe Oxylane et récompensant le produit le plus novateur

Damien Caby  « Le Personal Coach, un outil pédagogique devenu indispensable ! » Directeur Sportif du Hem Tennis Club, Damien Caby a été l’un des premiers à tenter l’expérience du Personal Coach. Ce pionnier nous explique comment cette innovation est parvenue à transformer sa manière de concevoir l’enseignement au sein de sa structure. On a faux si l’on affirme que vous êtes le premier utilisateur du Personal Coach ? A vrai dire, je ne sais pas, mais je dois être sur le podium. Plus sérieusement, notre club étant en contrat avec Artengo, nous avons été sensibilisés assez tôt à ce projet. Une fois que le produit a été finalisé, j’ai voulu très vite le tester, apprendre à le connaître. Quelle a été votre première sensation ? Enseignant depuis plus de 15 ans, j’ai tout de suite compris que j’entrais dans une nouvelle ère. Quand on est passionné par la formation, par l’envie de transmettre et de faire progresser ses joueurs, on cherche toujours des solutions, des moyens, des techniques. Là, j’ai senti que j’avais dans mes mains ou, plutôt, sur ma raquette, un allié, un outil qui allait me permettre d’appréhender mon jeu d’une autre façon. Dans la foulée, je me suis appliqué à faire une bonne séance pour pouvoir analyser les spécificités techniques du produit, voir quel était le rendu exact et la qualité des données collectées. En gros, vous alliez vérifier que le Personal Coach disait la vérité... Non, non, l’idée n’est pas de savoir si le Personal

Coach ment. Ce n’est d’ailleurs évidemment pas le cas. Ce que je voulais constater, c’était la pertinence de ces données. Car, vous vous en doutez, me concernant, avec quelques années de tennis derrière moi, je connais mes petits défauts que je n’ai jamais vraiment pu corriger... Alors ?... Cela s’est avéré parfaitement conforme, précis, tant à la fois sur le plan quantitatif que qualitatif. Certains affirmeront que l’on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres, mais le Personal Coach est avant tout un facilitateur d’analyses. Et j’irai plus loin : il valorise encore plus le rôle du professeur. C’est-à-dire ? Le professeur de club n’a pas toujours beaucoup d’options pour démontrer son savoir-faire ou pour sortir d’une façon empirique d’enseigner. Il manque de ressources, en-dehors de l’analyse vidéo qui n’est pas encore assez utilisée alors que des moyens techniques très faciles sont maintenant disponibles. Avec le Personal Coach, c’est tout le contraire, car les statistiques confirment ou infirment les choix et les conseils.

Vous avez un exemple ? Oui. Si tu mets en place un travail et des consignes pour améliorer ta frappe de balle, si tu corriges un placement, une gestuelle pour permettre à un élève de mieux sentir ses coups, le Personal Coach va tout de suite te permettre de savoir si tu es sur la bonne voie grâce à ses données sur la zone de centrage. Et, ce, après t’avoir permis de faire un diagnostic de la situation dans un premier temps. Pour vous, c’est donc une petite révolution ! Dans mon club, la révolution est déjà derrière nous car le Personal Coach ou, plutôt, les Personal Coaches font partie de notre quotidien. L’ensemble du staff technique les utilise à la fois pour les petits, les pôles de compétition et le pôle loisir. C’est devenu un outil pédagogique indispensable. A vrai dire, je ne me souviens plus vraiment comment on faisait avant...

Le mot du coach Par Nicolas Escudé A son arrivée chez Artengo, Nicolas s’est greffé au projet Personal Coach et en a découvert les fonctionnalités. Retour sur ses premières impressions. « Quand j’ai entendu parler du Personal Coach, j’ai été sceptique sur sa capacité à tout mesurer. Pour moi, seuls les joueurs professionnels avaient accès à une telle mesure. Je l’ai testé et j’ai pris connaissance de l’ampleur du produit et de sa technicité. Pouvoir avoir sa vitesse de service, son taux de centrage et son nombre de coups lors d’un entraînement ou d’un match, en temps réel sur la montre c’est déjà génial mais ce qui m’a bluffé, c’est l’interface Artengo.com qui permet à tous les joueurs, amateurs ou intensifs, d’analyser leur jeu bien audelà des simples sensations. Une fois les premiers tests passés, j’ai été convaincu de l’intérêt d’un tel produit pour les joueurs de tennis de tous niveaux.  C’est une source d’informations complète sur laquelle s’appuyer tout au long de la saison pour évaluer sa progression et cibler les points à travailler en priorité avant, par exemple, une période de tournois. »

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dossier : coacher n’est pas jouer !

TONI NADAL,

dossier : coacher n’est pas jouer !

Entretien réalisé par Matias Arraez (traduction), Rémi Capber et Laurent Trupiano

COACH PARMI LES COACHES Toni Nadal est sans aucun doute l'un des plus grands coaches de l'histoire. Aux côtés de Rafa, son neveu, qu'il a pris sous son aile dès le plus jeune âge et accompagné jusqu'aux sommets, cet amoureux de la formation s'est construit un palmarès et une expérience uniques. Avec, pour maîtres mots, des principes forts qui dépassent le cadre du tennis. GrandChelem a rencontré ce monument du coaching en face à face pour un entretien fleuve. A cette occasion, nous avons proposé aux internautes de notre site Welovetennis.fr de lui poser leurs questions. Auxquelles nous avons adjoint nos propres interrogations. Résultat : un vrai document à conserver et discuter entre fans de la petite balle jaune. Toni, cela fait plus d’une vingtaine d’années que tu entraînes Rafa. C’est un joueur facile à supporter et à entraîner ? (Rafan13) Oui, c’est très probablement le joueur du circuit le plus facile à entraîner. Il n’est pas compliqué, il a une bonne éducation, il est poli, aimable. Il est facile à entraîner et je pense, d’ailleurs, que j’aurais du mal à en entraîner un autre. Je ne sais pas si j’en aurais le courage... Quand je vois les jeunes qui demandent à leur entraîneur de leur apporter des bouteilles d’eau, de leur porter leur sac... Et l’entraîneur s’exécute ! Moi, je ne peux pas accepter ce genre de choses. J’observe vraiment un changement de mentalité... Avec Rafa, c’est possible. Comme je le dis, c’est le joueur le mieux éduqué du circuit. Et je ne dis pas cela parce que nous sommes de la même famille, non. Bien d’autres pourront le confirmer. Il n’a jamais eu de problèmes avec les personnes qui l’entourent, que ce soit avec son kiné, avec le coach qui me supplée... Ce n’est pas pour rien qu’il a la même équipe depuis toujours ! Vous ne vous disputez jamais (rires) ? Non, non, jamais, j’ai un très fort caractère, je dis ce que je pense, mais ça ne va pas jusqu’à la dispute ! Du coup, je suppose que Rafa n’a jamais pensé à changer d’entraîneur ? (Sébastien) C’est à lui qu’il faudrait poser la question (rires). Je crois que non, mais il faudrait lui demander confirmation ! Cette bonne entente qu’on sent entre vous deux, elle est aussi due à la relation fusionnelle que vous avez ? Beaucoup de nos internautes ont relevé le fait que tu employais le pronom « nous » plutôt que « il » pour parler de Rafa... (Benda) Je dis nous ? Je ne m’en rends pas vraiment compte (rires). Vous savez, je travaille avec Rafa depuis qu’il a trois ans... C’est aussi mon neveu... C’est pour ça que je dis « nous ». Et puis, c’est pour moi qu’il s’est mis au tennis. C’est moi qui l’ai un peu poussé, car il jouait au foot jusqu’à 13 ans, il était passionné. Si je ne lui avais pas mis une raquette entre les mains, aujourd’hui, il ferait du foot. Comment se passent les prises de décisions ? Rafa a son mot à dire ou tout te revient ? (Sébastien) C’est totalement l’inverse, c’est Rafa qui prend toutes les décisions. Je les prenais, moi, à l’époque où j’estimais qu’il était trop jeune pour juger des choses. Il avait besoin d’un adulte pour le guider. Mais, au fur-et-à mesure, durant son adolescence, j’ai essayé de faire de son apprentissage du sport un apprentissage des responsabilités. Pour qu’il soit, ensuite, capable de faire ses choix et être seul maître de ses décisions. Evidemment, il me consulte quand même sur certains points, mais la décision finale lui appartient toujours. C’est le même processus que l’on peut retrouver dans la relation entre un père et son fils. Si le père choisit à la place du fils lorsqu’il est enfant, il doit ensuite, en le voyant grandir, le laisser prendre son envol. Tu en as déjà parlé un peu, mais tu te sentirais d’entraîner un autre joueur, un jour, après une relation aussi forte ? (Clem262010) J’aimerais travailler avec des enfants. C’est avec eux que l’on peut faire le meilleur boulot. Comme je l’ai dit, un joueur déjà présent sur le circuit est plein de toutes ses habitudes. Et, vu la mentalité de certains et de pas mal de jeunes qui arrivent, je ne sais pas si quelqu’un m’accepterait comme entraîneur (rires)... Plus sincère-

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ment, je voudrais travailler avec des groupes dans une fédération. Je pense avoir pas mal de choses à apporter dans ce domaine. L’expérience que j’ai dans le monde du tennis et ma manière de travailler s’adapte mieux aux plus jeunes.

Entraîner un autre joueur ? Vu la mentalité de certains et de pas mal de jeunes qui arrivent, je ne sais pas si quelqu’un m’accepterait comme entraîneur ! Tu parles d’un problème de mentalité chez les jeunes. Mais certains coaches estiment que porter le sac de leur joueur et réserver les courts d’entraînement peuvent faire partie de leur job. Ils estiment qu’ils sont là pour optimiser la performance et garantir un certain confort... Les anciens coaches ne faisaient pas ça. Est-ce à dire qu’ils ne voulaient pas le meilleur pour leur joueur ? Je ne crois pas. Si je ne porte pas le cartable de mon fils en l’accompagnant à l’école, cela veut dire que je ne l’aime pas ? Est-ce que porter son cartable l’aidera vraiment à être plus performant ? Selon moi, c’est avant tout une question de respect. Je suis chef d’entreprise et j’ai des employés. Mes employés ont chacun une tâche qu’ils accomplissent et qu’ils respectent. Je ne vais pas leur demander de cirer mes chaussures ou de m’apporter à boire. De la même manière, le gars qui est avocat, il est avocat, ce n’est pas un serviteur. Et je ne lui demanderai jamais de faire plus que son métier d’avocat. Si Rafa reste assis et que je lui apporte à boire et à manger, il sera content, c’est sûr. Mais ce n’est pas mon travail (rires). Le coach se charge du tennis. Alors voir un jeune joueur marcher devant et son coach, derrière, porter son sac, cela donne une très mauvaise image. Et je trouve que cela donne une tout autant mauvaise image dans le golf, par exemple, avec le caddie qui porte les affaires. Je dois être de la vieille école (sourire). Et, pour moi, les jeunes doivent respecter les anciens. Pour revenir à l’actualité... On t’a pas mal reproché de coacher Rafa pendant ses matches. De lui parler alors que c’est interdit. Qu’est-ce que tu en penses ? (Pete s’embrase (Spitfire)) Mais c’est quoi, le coaching ? Franchement ! A Melbourne, vous savez ce que je disais à Rafa ? Simplement de bouger et d’être plus énergique. Si ça, c’est du coaching... Cette règle existe, oui, mais c’est un vrai problème, selon moi. Je ne connais pas d’autre sport dans lequel tu paies ton voyage pour accompagner ton champion... pour finalement rester assis en tribune et ne rien dire. Je pourrais facilement contourner la règle, comme certains le font, en mettant au point un langage codé (ironique), avec la position de mes mains, l’angle de ma casquette... Mais je ne veux pas faire ça. Alors c’est vrai, oui, parfois je parle. Je me permets même de dire « vamos ! » de temps en temps. C’est du coaching ? Oui, si on suit la règle, puisque c’est une stimulation pour le joueur. Alors je devrais rester les bras croisés comme un simple spectateur... D’accord, d’accord... Chez les filles, la règle a été changée depuis quelques années. Cela te paraît plus juste ? Bien sûr ! Elle est beaucoup plus adaptée au sport moderne ! Rien que pour le spectacle, c’est un plus. Il faudrait quand même com-

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prendre que la vie n’est plus la même qu’il y a cinquante ans. Les choses évoluent. Avant, il n’y avait pas de coaches, la règle était donc légitime. Mais, aujourd’hui, à quoi sert un coach silencieux ? C’est donc essentiel de communiquer avec son joueur... Non, ce n’est pas essentiel en soi. Rafa peut très bien s’en sortir sans que je dise un mot. Mais si tu es impliqué dans ton travail, c’est naturel d’avoir envie de parler à ton joueur. Il ne s’agit pas de parler pour lui dire où envoyer la balle. Ca, ça ne regarde que lui ! Tous les sports évoluent, tous. Sauf le nôtre. Le court a toujours les mêmes dimensions, le filet est à la même hauteur. Les règles, d’une manière générale, restent les mêmes alors que la balle va plus vite ou que le matériel est bien meilleur... C’est illogique qu’il n’y ait pas d’adaptations progressives sur certains points, lors même que l’environnement de jeu, lui, évolue en permanence. Alors pourquoi les grands dirigeants ne font-ils rien sur le coaching ? Tous les joueurs ont un coach. Et ce coach, qui est primordial dans l’éducation du joueur quand il est jeune, devrait devenir un simple spectateur quand le joueur arrive à l’âge adulte ? C’est incroyable... Selon moi, nous devrions être ouverts à certaines évolutions. Vous discutez de tout ça entre coaches ? Pour discuter, il faut savoir écouter. Et je préfère discuter avec des personnes intelligentes qu’avec des personnes intéressées, qui ont des arrière-pensées – et il y en a quelques unes...

C’est illogique qu’il n’y ait pas d’adaptations progressives sur certains points, lors même que l’environnement de jeu, lui, évolue en permanence. Alors pourquoi les grands dirigeants ne font-ils rien sur le coaching ? Et avec les dirigeants du tennis ? Mais ce sont qui, ces dirigeants du tennis ? L’ITF ? Elle se charge surtout des amateurs ou du circuit secondaire. L’ATP ? Elle fait ce que lui disent certains joueurs, rien de plus (rires) ! Regarde ce qui est arrivé dans le football : après le Mondial 90, en Italie, on a décidé de changer la règle de la passe au gardien. Les gardiens ne pouvaient plus prendre la balle avec les mains lorsque les joueurs de leur équipe la leur donnaient volontairement. Et, pourtant, si on avait demandé l’avis des gardiens, ils auraient tous répondu : « Ah non ! Non ! Ne changez pas la règle ! Je ne sais pas jouer avec mes pieds ! » Quand l’ATP demande aux joueurs s’ils veulent changer des choses, ils répondent tous  : «  Pourquoi changer  ? Je suis très bien comme ça. » Résultat : rien n’évolue, rien ne change, ou tout prend un temps incroyable pour faire bouger un tout petit peu les choses. Revenons à Rafa plus précisément. Est-ce qu’il aime vraiment le tennis, le jeu en lui-même ? Ou préfère-t-il fondamentalement la compétition, le dépassement de soi, la lutte physique et mentale ? (Pete s’embrase (Spitfire)) Rafael adore jouer au tennis, bien sûr. Mais ce qu’il aime, par dessus tout, c’est la compétition, c’est vrai. Il envisage toujours le G R A N D C H E L E M - maga z i ne d ’ i n f o rma t i o n s G R A T U IT s ur le t enn i s - b i me s t r i el - F É V R I E R - M A R S 2 0 1 4

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dossier : coacher n’est pas jouer !

à nos dossierMerci : coach distributeurs et rendez-vous l’année prochaine pour le tome 4 de la collection welotennis

TONI NADAL,

COACH PARMI LES COACHES sport comme une lutte acharnée. Et c’est exactement la même chose lorsqu’il joue au golf ou au football. Alors, bien entendu, il aime quand même le tennis en tant que tel. Il n’aurait pas connu autant de succès s’il n’aimait pas vraiment ce jeu. Je ne connais personne qui réussisse de grandes performances sans aimer au moins un peu ce qu’il fait. Mais la compétition, ce sont des sensations encore différentes. On parlait de lutte physique, car on voit que Rafa fait souvent la différence dans ce domaine... Cela a toujours été un axe de travail important pour toi ? Non, pour être honnête, je n’ai jamais vraiment aimé travailler le physique. Quand Rafa était plus jeune, je préférais me concentrer sur la technique. D’ailleurs, je ne trouve pas qu’il ait un super physique. Tout du moins le meilleur. Selon moi, il n’y a pas mal de joueurs dont les physiques sont bien au-dessus : Monfils, qui est monstrueux sur ce plan-là, Tsonga, Djokovic, terrible également... Et puis Ferrer ! Oui, Ferrer, Monfils et Djokovic sont les tout meilleurs. Alors Rafa ne fait pas vraiment la différence là-dessus, non. Lui, c’est dans la tête qu’il la fait, c’est dans la tête qu’il est très fort. Sans transition, nos internautes nous demandent quel est ton meilleur souvenir avec Rafa ? (Superwoman) Oh, j’en ai beaucoup de très bons ! L’Open Super 12 d’Auray, les Petits As, à Tarbes, le premier Roland Garros... (Il réfléchit) Le premier Monte-Carlo, le premier Wimbledon, évidemment (sourire), Roland Garros 2012 contre Djokovic... Bref, vraiment beaucoup, la liste est longue (rires) ! Et le pire ? (Fox) La défaite à l’Open d’Australie, en 2012. Et la défaite contre Söderling, à Roland, avec le public contre nous... On sent que Rafa a mis longtemps à digérer l’attitude du public parisien lors de cette défaite... Tu trouves qu’il n’est pas aimé à sa juste valeur en France ? Je pense surtout qu’il y a pas mal d’explications à ce problème. Aujourd’hui, on vit dans un monde de l’image. Pour caricaturer, on voit un joueur faire un joli coup et on pense que c’est quelqu’un de bien dans la vie. Au contraire, on voit quelqu’un être plus brutal ou saccadé, moins fluide, et l’on se dit qu’il est le même en-dehors des courts. Alors qu’il y a probablement une immense différence entre les deux. L’esthétique et la superficialité prennent le pas sur le fond des choses. Et puis, le fait qu’on soit Espagnols peut aussi jouer. Mais il ne faut pas non plus exagérer, je pense que Rafa a

quand même une bonne image en France. L’Equipe lui a donné le trophée de meilleur sportif de l’année, il fait souvent la Une du journal... Aucun Français ne fait la Une d’un journal sportif en Espagne... Sauf Zidane, lorsqu’il jouait pour le Real Madrid (rires). J’en conclus que les Français apprécient quand même un peu Rafa (sourire). Cette désaffection, vous la ressentez parfois lorsque Rafa est sur le court ? Je dirais que je suis idiot si je ne la ressentais pas (rires). Mais cela a beaucoup changé depuis deux ans. Un jour, un Directeur de tournoi m’a dit à la fin d’un match : « Je suis très content que Nadal ait gagné. Contrairement à son adversaire (NDLR : il n’a pas souhaité citer le joueur en question), Rafa est le même, que la caméra soit là ou non. Il n’est pas hypocrite. » Voilà, Rafa est un homme bien. Ce qui lui est arrivé contre Söderling, c’était juste impensable. Un quadruple vainqueur de Roland Garros ne peut pas se faire siffler contre un joueur qui n’est pas vraiment le plus sympathique du monde (rires) ! Les Français aiment le beau jeu, c’est une chose. Rafael est Espagnol, c’en est une autre. Et il a également battu Federer. Mais bon... Pour moi, c’est aussi normal de ne pas être apprécié par tout le monde. Et, dans le fond, cela importe peu. Où que j’aille en France, j’ai toujours senti de l’amour pour Rafa. C’est ce qui compte.

Rafa est un homme bien. Ce qui lui est arrivé contre Söderling, c’était juste impensable. Un quadruple vainqueur de Roland Garros ne peut pas se faire siffler contre un joueur qui n’est pas vraiment le plus sympathique du monde (rires) ! Pour terminer, quelques questions en vrac... Travailler ponctuellement avec un entraîneur supplémentaire, comme Higueras, Nalbandian, Borg ou McEnroe, ce serait envisageable ? (Hervé Solbiac/Rajamilé) (Incrédule) Avec Nalbandian ? Je ne sais pas (rires). Et avec Borg encore moins, Rafa a déjà gagné beaucoup de fois Roland

Garros (rires)... Je ne crois pas qu’on ait vraiment besoin d’un ancien grand joueur comme lui. Peut-être plus de McEnroe, par contre  ! Je trouve que c’est une bonne chose de voir d’anciens joueurs comme Becker ou Lendl revenir sur le circuit pour coacher des joueurs. A mon sens, ils ont beaucoup de choses à apporter, car ils ont une grande connaissance du tennis et une immense expérience. Pour le reste, cela dépend de chaque joueur. Je sais que Rafael est content de ce qu’il a pour le moment. Et une chose est sûre, c’est que Becker, Lendl ou Borg ne porteront jamais le sac du joueur qu’ils entraînent (rires) !

le livre « RAFA, MON AMOUR » « tome 3 » de la collection welovetennis est toujours disponible.

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Rafa est-il, objectivement, le meilleur joueur du monde ? (Kwozael) A l’heure actuelle, Rafa est numéro un mondial. Donc oui, c’est le meilleur joueur du monde. C’est aussi le meilleur joueur sur terre battue. Mais ce ne sont que des chiffres et une question de points. La vérité, c’est que ce sont les directeurs de l’ATP qui ont le pouvoir de décider de la place de numéro un et de celui qui l’occupe. Par exemple, nous n’avons jamais gagné le Masters... Pourquoi ? Car ils ne veulent pas que le Masters se joue de temps en temps sur terre battue. A partir de là, qui est vraiment le meilleur ? Tout est question d’interprétation. Rafa est numéro un, donc, oui, c’est le meilleur. Mais peut-être que Wawrinka est meilleur, pour d’autres, car il vient de gagner l’Open d’Australie. Pour le moment, nous sommes très satisfaits d’être là où nous sommes. Qu’il soit numéro un, deux, trois ou quatre, l’important, c’est de gagner des tournois.

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Gagner des tournois avec, en vue, un objectif final : battre le record de Federer en Grand Chelem et marquer à jamais l’histoire ? Non. Et je vais vous dire pourquoi  : d’une part, Rafael a gagné beaucoup plus de tournois qu’il ne pensait le faire. Et, d’autre part, il a un grand mérite : certains des meilleurs joueurs jouent deux ou trois des quatre Grands Chelems sur des surfaces qu’ils apprécient. Ils n’en ont qu’un sur une surface qu’ils aiment moins et qui leur va moins bien. Nous, nous jouons un Grand Chelem sur notre surface préférée, la terre battue. Et trois sur les autres. C’est difficile. Et pourtant, malgré ce handicap, Rafa les a tous remportés... Le seul grand regret que nous ayons, c’est de n’avoir encore jamais eu la possibilité de gagner le Masters. Pour moi, l’ATP a sa part de responsabilité dans notre échec, en ne souhaitant pas changer de surface pour ce tournoi... Ce qui paraîtrait logique pour une épreuve de ce type, ce serait un roulement tous les deux ou trois ans. Mais non. C’est aussi pour ça que Rafa a énormément de mérite.

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Toni Nadal, le making-of !

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C’est dans le cadre de son intervention lors de la convention des moniteurs Babolat au Lou Tennis Parc que nous avons pu rencontrer Toni Nadal, le coach de Rafa. Au préalable, sur notre site Welovetennis.fr, nous avions demandé à nos lecteurs de lui poser des questions... Ce fut un véritable raz-de-marée. Lors de l’entretien, Toni a joué le jeu, nous accordant une bonne demi-heure et essayant souvent de nous répondre en français, alors même que nous lui posions les questions en espagnol. Détendu et toujours aussi abordable, le célèbre oncle à la casquette nous a expliqué son rapport au coaching avec ses vérités et quelques anecdotes croustillantes du circuit. Pour clore l’entretien, il semblait logique que nous lui offrions le tome 3 de notre collection Welovetennis, « Rafa, mon amour ». Un cadeau qu’il a vraiment apprécié, puisqu’il avait déjà collaboré avec nous pour l’édition du livre « Le Monde de Rafael Nadal ».

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dossier : coacher n’est pas jouer !

Gilles Simon

Entretien réalisé par Pauline Dahlem et Laurent Trupiano

« Tout doit partir du coach, c’est lui qui a une vision globale » Relax, tranquille et sûr de lui, Gilles Simon, que nous avons rencontré dans le cadre de la rencontre de Coupe Davis France-Australie, nous dévoile sa science du coaching. Attention... ça déménage ! Selon Toni Nadal, que nous avons interrogé sur le sujet (voir page), le coach devrait pouvoir intervenir pendant les matches de son joueur et ne pas se contenter de rester assis, sans rien dire. Qu'en penses-tu ? Je m'inscris en faux. Cela transformerait le tennis qui, pour moi, deviendrait carrément un autre sport. Ce qu'il y a de puissant dans le tennis, c'est que le joueur est seul et que c'est à lui seul de trouver la solution sur le court. C'est un peu l'idée d'un sport individuel, non ? Il y a un aspect tactique qui est défini avec le coach à l'approche d'un match, mais, quand ça tourne mal, le joueur doit avoir la capacité de s'adapter aux circonstances. En aucun cas il ne doit pouvoir se tourner vers une tierce personne. Cela tuerait ce qui est, selon moi, très intéressant dans le tennis. Mais alors, à quoi sert un coach ? Le coach, il est là pour remarquer ce qui ne va pas dans les matches et travailler ces points-là par la suite. Il est aussi là pour aller observer les futurs adversaires et préparer les rencontres à venir. Son rôle est ainsi très important, car il englobe plusieurs missions. Celui de réserver les terrains, de faciliter la vie du joueur et, bien sûr, de définir les chantiers, les priorités techniques pour améliorer le jeu de son athlète. Il doit être en relation avec le kiné et le préparateur physique. Mais, une fois que le joueur entre sur le court, son rôle devient minime. Sur le circuit, tout du moins, car la Coupe Davis est vraiment différente là-dessus. D'ailleurs, certains gars sont beaucoup plus forts dans cette compétition. Pourquoi ? Parce que le soutien du Capitaine, pour ceux qui n'ont aucun sens tactique, facilite les choses et peut faire basculer une rencontre. Mais, à mon sens, un joueur doit être capable de tenir ses nerfs, de rester concentré et ce n'est pas vraiment la même chose s'il s'appuie sur quelqu'un tous les deux jeux pour garder une ligne de conduite tactique sur le court.

Quelle que soit l’influence du coach, le tennis reste un combat entre deux joueurs seuls sur le court, sans aide extérieure. C’est son essence et la beauté de ce sport ! On n'en fait pas un peu trop sur le rôle du coach ? Non, car un coach va avoir un pourcentage d'influence différent sur chaque joueur. Par exemple, Jo (Tsonga), j'ai l'impression qu'il en a moins besoin qu'un autre. D'ailleurs, le moment où il a été le plus performant, c'est quand il était seul. Rafa, c'est tout le contraire. Toni exerce sur lui une influence assez forte. Néanmoins, quelle que soit cette influence, le tennis reste un combat entre deux joueurs seuls sur le court, sans aide extérieure. C'est son essence et la beauté de ce sport. Je regrette que ce ne soit pas forcément le cas dans d'autres disciplines, comme la Formule 1, où les pilotes ne partent pas sur le même pied d'égalité suivant la voiture qu'ils conduisent. Tu parles de Formule 1 et de moyens techniques. Mais, aujourd'hui, on tend vers une organisation globale avec des teams complets, dont les coaches seraient les chefs d'orchestre. Et, forcément, pour supporter de telles structures, il faut beaucoup de moyens... C'est bien le sujet et le problème, car un joueur 80ème mondial ne peut pas avoir le staff d'un gars comme Novak Djokovic. C'est aussi pour cela qu'on s'est battus pour l'augmentation des prizes-money. On voulait faire en sorte que les joueurs du top 100 puissent avoir les moyens de s'entourer d'un coach et d'une équipe, car cela nous semble plus juste. Au moins, on peut se dire qu'à cette échelle, nous partons plus ou moins tous sur un même pied d'égalité.

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Le coach a souvent un rôle très global, mais il y a des joueurs qui préfèrent parcelliser leur entraînement. Certains travaillent le mental avec un coach mental, par exemple. Qu'est-ce que ça t'inspire ? Selon moi, tout doit partir du coach. Car ce n'est pas aussi simple qu'on veut bien le faire croire. On ne dit pas à un préparateur physique : prépare-moi un avion de chasse. Tout ça doit se faire dans le dialogue et la concertation. C'est, notamment, très important pour le kiné. Il devrait toujours y avoir une passerelle entre le préparateur physique, le kiné et le coach, car, au final, tout est lié. Donc tu peux prendre trois experts dans chaque domaine, s'ils ne se parlent pas, cela ne servira à rien. Là, le rôle du coach devient essentiel : c'est lui qui a une vue globale du programme. Ce recul, il est nécessaire pour éviter les blessures, par exemple. C'est un tout ! Moi, je sais que cela m'a manqué par le passé. Certaines fois, il m'est arrivé de faire beaucoup de physique pour m'améliorer... avant de me blesser dans la foulée. J'allais alors logiquement voir le kiné pour réparer. Ce fonctionnement n'est pas le bon, il aurait fallu que je mette en place des synergies globales entre les différents intervenants pour me permettre de travailler en limitant le risque de blessure. C'est à ce moment-là que le rôle du coach devient ultra-important, même si je trouve que cette profession a un problème de reconnaissance. C'est-à-dire ? A mon avis, le travail des coaches n'est pas assez concret pour le grand public. On ne les voit pas, on a du mal à expliquer ce qu'ils font... Eux s'en plaignent, de ce manque de reconnaissance... Oui, mais là, je vais repartir dans mes délires (rires)  : je pense que ça va encore rester ainsi très longtemps. Car on ne peut pas demander aux journalistes et aux médias en général de comprendre ce qui se passe sur le terrain (éclats de rire). Or, c'est aussi à eux de montrer le rôle du coach. Il y a une incompréhension globale qui dessert la profession. Si l'on ne voit pas concrètement le travail de l'entraîneur, alors on ne le comprend pas. Et, si on ne le comprend pas, on remet en question une expertise ou on simplifie à outrance, ce qui revient au même. Je te donne un exemple : comment a été expliquée la victoire de Stan à Melbourne ? Comment ? Un déclic. Un déclic dans sa tête. Le fameux déclic ! C'est l'explication que j'ai lue. Pareil avec Robin Söderling. Pourtant, moi, je sais pourquoi Robin est passé de la 30ème place mondiale à la cinquième et il ne s'agit pas d'un simple déclic. Mais si on ne parle que de ce déclic, d'une part, on ne comprend pas ce qui s'est passé et pourquoi il a atteint la finale de Roland Garros ; d'autre part, on ne met pas vraiment en avant le travail de Magnus Norman. Certes, mais, d'un autre côté, on a l'impression que les coaches n'ont pas la volonté de communiquer entre eux ou de dévoiler leurs méthodes... C'est bien pour ça qu'on a toujours une fausse explication... et la fameuse idée du déclic (rires). Cela veut dire que tout doit rester secret ? C'est une évidence. Je vais paraître vraiment arrogant, mais je pense que j'en connais un rayon incroyable sur la tactique. Néanmoins, je ne vous en parlerai jamais avec précision. Je pourrais vous expliquer mes pronostics des matches de ce week-end et comment j'ai pu anticiper les choses, mais ça non plus, je ne le ferai pas (rires). D'autant qu'en Coupe Davis, c'est un peu particulier, car si tu donnes certaines clefs à un coéquipier, tu sais que tu vas peut-être le jouer la semaine d'après sur le circuit. C'est assez délicat. En revanche, je discute beaucoup plus avec les jeunes, car ils vont m'enterrer tôt ou tard. Du coup, là, je transmets mon savoir avec plaisir.

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Fort de cette science tactique, tu te vois coach plus tard ? Euh, non... Malheureusement, un coach ce n'est pas que ça. C'est aussi beaucoup de voyages. Oui, mais cela change : Magnus Norman n'est pas souvent sur le circuit... C'est faux, il est évident que le coach doit être un minimum sur le circuit pour imprimer un rythme, diriger, suivre de près ce qui se fait. Alors, oui, Magnus Norman n'est pas aussi présent que Toni Nadal, c'est certain. Mais il faut forcément suivre son joueur pour avoir une vision générale.

Le problème, c’est que si l’on ne voit pas concrètement le travail de l’entraîneur, alors on ne le comprend pas. Et, si on ne le comprend pas, on remet en question une expertise ou on simplifie à outrance, ce qui revient au même...  Il y a des courants dans le coaching. L'un d'entre eux consiste à dire qu'il faut souffrir pour réussir. Un autre, initié par Ronan Lafaix, prône le plaisir avant tout. Où est-ce que tu te situes ? Entre les deux. J'ai beaucoup discuté avec Ronan. Cela a été très dur pour lui, car, en France, on a un discours très figé sur ces sujets. J'ai l'impression qu'on n'a pas le droit de sortir des lignes. A une époque, Ronan était considéré comme un illuminé. Or, dans son domaine de prédilection, il est dans le vrai. Je connais bien ses recherches et je sais qu'il faut prendre en considération tout ce qu'il a étudié. Sur l'aspect mental, il a vraiment su trouver des clefs. Et, ce, parce qu'en tant que passionné, il s'est dit : « Mais, punaise, rien de ce qu'on me propose ne fonctionne ! » En plus, comme il n'a pas été joueur de haut niveau, il n'a pas été pollué et a cherché lui-même d'autres solutions. Ronan explique que, dans un match, le temps de jeu est inférieur au temps d'attente et de concentration... Oui, quand le point est fini, il est fini. Si tu restes en mode alerte pendant quatre heures, tu ne tiens pas. Toi aussi, tu cherches, tu étudies... Non, pas du tout, je t'arrête tout de suite, je ne suis pas en étude de quoi que ce soit, car je sais. En revanche, je m'intéresse à tous les courants. J'ai un regard global, mais aussi un vécu sur le court ; c'est peut-être ce que je pourrai apporter, plus tard, si j'ai un rôle dans le tennis français. Je ne parle pas de technique, car en France, là-dessus, on a des spécialistes qui sont parmi les meilleurs du monde. Ni de formation où l'on est entraîneur et non coach. D'ailleurs, ce que j'ai remarqué, c'est que la bascule entre l'entraîneur et le coach se passe finalement vers 18 ans. C'est-à-dire ? En fait, quand tu es junior, tu appliques ce qu'on te dit et, en général, c'est celui qui y parvient le mieux et de façon constante qui l'emporte. Sauf que, sur le circuit, ça ne suffit plus. En face de toi, il y a des joueurs qui te proposent beaucoup d'autres choses. C'est là que les réponses de l'entraîneur-coach deviennent souvent insuffisantes, car c'est à toi de trouver des solutions sur le court.

Quand tu as fonctionné sans coach sur le circuit, c'était un choix ? En fait, avec Thierry Tulasne, j'aurais dû arrêter un an plus tôt, mais ce n'est pas toujours évident de prendre ce genre de décisions. Grâce à lui, j'ai progressé extrêmement vite. Sauf qu'à un moment donné, j'ai été bloqué et il m'a fallu faire un choix. Par ailleurs, le fait d'être tout seul m'attirait vraiment. Dans le fond, je pense que j'ai perdu un an, car rien n'avait changé au cours de ces 12 mois. Et tu ne peux pas te contenter de l'immobilisme quand tout a bougé régulièrement les années d'avant. Tu veux toujours faire mieux. Avec Thierry, je sentais qu'on ne pouvait plus progresser, alors qu'on avait super bien bossé ensemble jusqu'ici. Et puis, j'avais aussi besoin de jouer plus relâché, sans la pression d'un coach qui me donne des directives et des conseils.

En fait, quand tu es junior, tu appliques ce qu'on te dit et, en général, c'est celui qui y parvient le mieux et de façon constante qui l'emporte. Sauf que, sur le circuit, ça ne suffit plus. Le coach peut mettre la pression en étant simplement présent au bord du court ? C'est tout à fait ça. J'avais aussi envie de tout assumer, la super performance, comme le match de merde où je n'avais pas la volonté de me battre. Au moins, je ne pouvais m'en prendre qu'à moi même... Cela a été une période assez spéciale mais très, très enrichissante. Quand tu es seul, tout seul, tu sais vraiment pourquoi tu es motivé. Pour moi, cela s'est traduit aussi par plus de relâchement. C'est ce que je recherchais parce que, par le passé, étant constamment tendu, je me blessais énormément. C'est à ce moment-là que tu as décidé de pousser un peu plus le travail avec le kiné ? Oui, c'était essentiel. Pour faire ce que je voulais sur le court, il fallait que mon corps soit au top. J'ai accompli un boulot assez poussé là-dessus afin d'atteindre ce fameux relâchement. Le souci, c'est que tu as beau être bien physiquement, relax, ça ne suffit pas, car, seul, tu bosses mal ta technique. Et, avec le temps, tu deviens moins performant. Je me souviens d'un match face à Tommy Haas

la saison dernière, à Miami, où je prends 3 et 1. Même si je me sentais bien sur le court, techniquement, j'étais à des annéeslumière de pouvoir lutter. En Argentine, face à Carlos Berlocq, je tiens la route physiquement, mais je ne joue pas bien et je n'ai plus de coups qui font mal. Tu as alors choisi de travailler avec Jan de Witt. Comment en es-tu arrivé là ? En fait, c'était un choix évident, car Jan connaît le tennis comme très peu de monde. Avant même qu'on bosse ensemble, il m'avait donné quelques conseils et, très vite, j'ai vu que ça fonctionnait sur le court. Donc, par la suite, quand il a fallu choisir, je n'ai pas eu de mal à prendre ma décision. Cela veut dire qu'un coach possède de véritables clefs... Heureusement, c'est ce que je me tue à te dire depuis le début de cette interview (rires) ! Quand j'ai un doute, je demande à Jan, j'ai une réponse et des explications. Car si un coach ne justifie pas le pourquoi du comment, ça ne fonctionne pas. Le joueur doit pouvoir et vouloir comprendre ce que le coach met en place. Beaucoup de coaches disent qu'il est dur de bosser pendant l'année, sur les tournois... Je ne pense pas, au contraire. D'ailleurs, je suis persuadé que je vais faire une grosse année pour ces raisons-là, car je sais qu'on a bien bossé et qu'on va encore pouvoir le faire. Il faut juste que j'arrête de me tordre le pied avant un match ou de choper un virus... Le travail avec Jan me permet de savoir, à chaque fois, pourquoi j'entreprends quelque chose sur le court. Et, surtout, de ne pas ruminer ou me poser continuellement des questions sur ce que j'aurais dû faire. C'est une force qui m'amène pas mal de certitudes. Si tu avais un chèque en blanc pour choisir le meilleur coach possible (rires)... Je choisirais le mien ! Je pense avoir le meilleur coach du circuit... mais c'est difficile à dire car je ne connais pas tous les autres (sourire). Même pas Magnus Norman ? Là, oui, je peux être intrigué, même si je pense que Jan serait aussi parvenu à faire progresser Stanislas... j'en suis même persuadé.

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dossier : coacher n’est pas jouer !

BON COACH ? 10 idées reçues commentées par Sam Sumyk « Je considère qu’il n’y a pas de bons coaches, cela impliquerait qu’il y en ait de mauvais. Non, il y a de bons et de moins bons joueurs. A charge au coach de rendre meilleur celui qui l’est moins, ce qui implique des dizaines de paramètres à harmoniser. » Le débat est posé. Sam Sumyk, l’un des entraîneurs français les plus titrés en Grand Chelem, ne manque ni de verve, ni d’aplomb lorsqu’il s’agit de se poser la question : « Qu’est-ce qu’un bon coach ? » Une question qui, selon lui, n’a pas de légitimité. « Chaque entraîneur essaie de faire au mieux dans l’intérêt de son poulain », affirme celui qui a accompagné Victoria Azarenka dans ses plus grands succès. Ajoutant, non sans sourire : « Donc tous les coaches, à des niveaux de signification, différents sont... excellents. Voilà mon point de vue. » Mais, car le Breton est un drôle d’animal, il n’évite jamais les pirouettes les plus virtuoses. S’il n’y a pas de mauvais coaches, il n’y a pas... « Oui, c’est

ça, il n’y a pas de grands entraîneurs non plus. La notoriété dont jouissent certains ne repose pas sur une qualité particulière. La difficulté, à mon sens, est de réunir plusieurs qualités, le plus souvent discrètes, et de ne jamais céder au triomphalisme en cas de réussite ponctuelle. Car c’est le doute qui permet d’avancer. » Mais alors ? mais alors ? « La seule façon d’être un bon entraîneur, c’est de ne pas avoir de certitudes. Comme le dit un mec de chez moi (NDLR : Olivier de Kersauzon), malgré l’expérience, on n’est jamais à l’abri de se trouver à la limite de son petit savoir. » Alors, Sam, ce préambule posé, s’attache à déconstruire nos certitudes. Voici 10 idées reçues sur ce qu’est un bon coach. Cachent-elles du vrai ? Sont-elles fausses ? Monsieur Sumyk vous donne son avis. Attention, ça décape...

Un bon coach, c’est un coach qui... Entretien réalisé par Laurent Trupiano

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… permet à son joueur de ne pas se blesser ? On retourne la question ! Le bon coach, c’est celui qui permet à son joueur de se blesser tout le temps, comme ça il peut glander et observer, de loin, les traitements et les soins (rires)... Non, sérieusement, le job, le vrai, passe par des heures d’étirements, de souplesse, de soins divers, etc. La blessure reste la hantise d’un coach. J’en ai, du reste, subi les conséquences personnellement avec les blessures de Vika. Mais pendant que sa musculature s’assouplit, moi je deviens raide... Dualité sans précédent. ... qui a été un joueur de haut niveau ? Mais c’est quoi le niveau ? Par rapport à qui, à quoi ? Et bien, je n’ai plus qu’à rendre mon tablier... Avoir été un grand joueur ne signifie pas qu’on fera un grand coach. Le contraire non plus, du reste. Cela dit, s’entourer, ponctuellement, d’anciens grands joueurs reste une très bonne chose, selon moi. … apprend à son joueur à être autonome ? Quel est le sens sportif de l’autonomie ? Je réfute ce terme. On travaille en équipe. Donc on est, chacun, dépendant de chacun d’entre nous. S’entourer, partager, c’est aussi se confier, se donner. Et donner, ce n’est pas être autonome, c’est devenir plus indépendant. Je crois que je préfère cette expression : « sportivement indépendant ». Garder son jardin secret, ses pensées intimes, c’est une forme d’autonomie, certes, mais le sport que nous pratiquons vit par la notion d’équipe. ... gagne de grands titres ? Ouais, qui fait gagner, peut-être, ou qui y contribue plutôt. Le grand champion, pour moi, c’est celui qui s’assume, qui assume ses titres et qui sait associer l’autre à sa réussite. Le modèle d’humilité. Non, en fait, le champion, c’est celui qui sait d’où il vient, sait où il est et ne sait pas de quoi demain sera fait. Dans tous les cas, les titres sont éphémères. J’ai été moi-même, autrefois, champion de la presqu’île de Quiberon... Un titre ô combien honorifique (sourire). Mes fans ont totalement oublié... Désolant (rires)... … fait progresser son joueur techniquement ? physiquement ? tactiquement ? Encore une lapalissade ! Tu connais un champion qui s’entoure d’un coach pour régresser ? La machine à tirer vers le médiocre, j’ai tout dit. Je le répète : chaque entraîneur essaie de faire au mieux dans l’intérêt de son poulain. Pour rendre celui-ci meilleur, il y a tant de paramètres... Sans compter le joueur lui-même, bon ou moins bon.

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... qui s’installe dans la durée et voit à long terme ? Le grand coach serait celui qui s’installe dans la durée... Parce qu’il doit aussi être devin ? Qui peut s’installer durablement dans le temps avec un champion ? Les manques de résultats probants te mettent en position inconfortable, sur un siège éjectable. Une mauvaise communication entre belligérants et hop ! la porte se profile ! Oh, ‘sûr qu’il faut aussi un nécessaire turnover (sourire) ; des coaches qui en ont marre des caprices de leur star, ça existe. Alors la séparation paraît dès lors nécessaire et vitale. De la respiration, s’il vous plaît ! … qui est payé par le joueur et primé au rendement ? Je ne sais pas pour les autres, mais la notion de rendement m’agace. Quand on s’engage avec un joueur, le fric est anecdotique et le rendement encore plus. Je constate simplement et modestement que tout travail mérite salaire... plus ou moins important selon les gains du-dit joueur ! … sait s’entourer ? Lapalissade ! Celui qui s’entoure de brêles a de probables chances de se faire virer rapidement... Et ce serait un bon choix ! Je ne connais personne qui s’entoure de médiocres, hormis, peut-être, les super-égotypes qui veulent briller dans la merdasse. Evidemment, s’entourer du meilleur encadrement possible, c’est un gage de réussite prospective. A la condition que les personnes qui sont dans cet encadrement ne fassent pas d’ombre à l’égo du coach. S’enrichir de toutes les différences, faire avec l’égo de l’autre, respecter les connaissances et les complémentarités de chacun. Une cuisine savante et extrêmement difficile a réaliser. L’expérience et les échecs antérieurs sont autant d’armes pour être performant. En réalité, non, je ne sais pas ce qu’est un bon coach, pas plus qu’un mauvais. ... qui regarde beaucoup de matches pour chercher des solutions ? J’avoue, alors, que je suis un mauvais coach... Regarder pour regarder, quel intérêt ? Par contre, quand je regarde Roger (Federer), je reconnais qu’égoïstement... je me fais plaisir ! ... qui aime le tennis ? (Rires) Non, non, le bon coach préfère la pétanque, suivie de la sieste et précédée par le pastis... Bref, plaisanterie mise à part, aurais-tu oublié Obélix-de-mon-pays, la Grande Celtie ? Lui aussi était tombé dedans quand il était petit... Alors concluons !

PAROLES DE COACHES

Pour conforter ou répondre à Sam Sumyk, nous avons sélectionné quatre témoins dont le parcours et l’expérience sont reconnus sur le circuit. Ils nous proposent leur vision du coaching en insistant sur un axe bien précis qui Entretiens réalisés par Laurent Trupiano détermine leur travail de tous les jours.

Frédéric Fontang,

Ronan Lafaix,

coach de Vasek Pospisil, 25ème mondial

ex-coach de Stéphane Robert, 61ème mondial en 2010

Frédéric Fontang travaille depuis un an avec Vasek Pospisil et Tennis Canada. Lui qui a accompagné la révélation de Pospisil a aussi formé Jérémy Chardy et travaillé durant un temps avec Caroline Garcia.

Auteur de deux ouvrages, Ronan Lafaix a développé une méthode très particulière, centrée sur les émotions, la respiration et le plaisir. Coach référence pour le programme de E-coaching sur www.kdotennis.com, il anime régulièrement des formations dans les clubs et les Ligues.

« Je pense que le coach est la personne qui rend son joueur responsable. Dans ses choix, ses objectifs. Avec Vasek Pospisil, on en a un exemple parfait. C’est un jeune joueur qui a envie de bien faire son métier, qui y consacre toute son énergie, qui a soif d’apprendre. Mon rôle est donc de l’accompagner, de tout mettre en place pour qu’il parvienne à donner le meilleur de lui-même. Pour cela, il est évident qu’il faut savoir déléguer, car, à un très haut niveau, le coach ne peut pas tout assumer. Il s’agit aussi d’impliquer le joueur dans ses choix, de ne pas imposer. Le dialogue est une des clefs, il doit être permanent. Savoir parler, proposer, expliquer et échanger des points de vue variés : c’est de cette manière qu’on parvient à tirer toute la substance et les forces d’une équipe. Cela permet également de dissiper les malentendus, comme dans n’importe quelle relation, et de maintenir un climat de travail calme et serein. L’autre point essentiel, c’est de savoir se fixer de vrais objectifs et, surtout, être dans une sincérité constante. Savoir pourquoi, chaque matin, on va sur le court... Dans ma démarche de coach, je vais encore plus loin, car j’estime qu’il me faut, moi aussi, continuer à apprendre. Le coach, pour moi, c’est un curieux insatisfait qui lit beaucoup, qui s’informe, qui observe et qui continue à s’améliorer. Pour parvenir à réaliser tout cela, j’ai décidé de... me faire coacher. Cela me permet de me fixer mes propres objectifs. Et m’aide à prendre du recul, à me fixer de vrais points de passage. Pour ce faire, j’ai fait appel à Jacques Hervé, qui me connaît plutôt bien, puisqu’on a travaillé ensemble très longtemps lorsque j’entraînais Jérémy Chardy. »

« Même si je sais que le mot n’est pas toujours compris, dans ma démarche, j’ai toujours eu comme objectif de rendre mon joueur autonome. Je rejoins, évidemment, l’idée de responsabilité, l’objectif me semblant identique. Le coach permet par sa méthode de donner les clefs à son joueur. Et cette méthode est liée à des choix en termes d’entraînement physique, mental et technique. On le sait, ma méthode Soyez Pro et Osez diffère de l’enseignement dit traditionnel où la souffrance pour arriver à la réussite est trop souvent au centre des débats. Avec Stéphane Robert, on n’a jamais raisonné ainsi et on s’est vraiment attaché à parler de plaisir, de choix, de relâchement. Aujourd’hui, même à haut niveau, il y a des choix que je ne comprends pas. En ce sens, je dirais que le coach doit aussi faire bouger les choses, les lignes, innover pour que l’appréhension de la compétition soit différente. Je trouve que notre rôle est trop ancré dans des croyances quelques fois ancestrales qui n’ont pas évolué avec notre époque. Le tennis est, quand même, le seul sport où l’on passe plus de temps à réfléchir qu’à jouer à proprement parler. Je suis parti du principe que ce temps de réflexion était presque plus important que le temps de jeu. Et que ce sont souvent dans ces temps morts que le cerveau tourne le plus, et que, fatalement, on se fatigue alors que l’activité physique n’est pas aussi intense qu’on veut bien le penser. Tout cela mis bout à bout, je pense sincèrement qu’il est possible d’avoir de bons résultats sans avoir un coach au sens large du terme. Des grands champions le prouvent chaque jour. Dire cela, ce n’est pas minimiser notre profession. Même s’il ne faut pas confondre un joueur en formation et un joueur qui est arrivé à maturité après une vraie formation. »

Rodolphe Gilbert

Olivier Malcor,

coach de Kristina Mladenovic, 72ème mondiale

Après avoir été entraîneur fédéral et Directeur de l’Académie de France, Rodolphe Gilbert, consultant bien connu de L’Equipe, a décidé de faire un bout de chemin avec Kristina Mladenovic. « Dans ma carrière, je n’ai jamais vraiment eu de coach, excepté Thierry Tulasne à un moment donné. C’est un vrai regret, je pense que j’aurais été plus performant si j’en avais eu un régulièrement. Un coach permet d’avoir un œil extérieur, et c’est fondamental. On confronte ses impressions, on dialogue... Et puis, l’entraîneur a aussi un rôle qu’il ne faut pas minimiser : c’est une présence. Quand un joueur part tout seul, cela peut être insoutenable. Un coach demeure quelqu’un qui accompagne et peut devenir, à ce titre, un confident. Je sais que cela peut être mal interprété, mais ce facteur s’avère parfois déterminant. Les joueurs ne jouent pas tous de grands tournois, ils ne sont pas tous entourés de leur femme et de leur famille. L’entraîneur, lui, partage tous ces moments. Je vois aussi ma mission dans ce sens-là, même si ce n’est pas l’essentiel. On dit souvent que le coach ne doit pas être là pour porter le sac du joueur ou réserver ses courts d’entraînement... N’interprétez pas mal mon propos, mais je pense, quand même, à l’inverse, qu’il doit aussi faciliter les conditions de travail et optimiser les temps forts. Un dernier point sur lequel j’aimerais insister : l’idée du travail. On ne mesure pas toujours la masse de travail qu’il faut accomplir pour atteindre le haut niveau et je parle, là, de présence sur le court, d’heures d’étirements, d’efforts physiques. Le coach vient motiver son athlète dans ces situations qui sont souvent très dures. Une dureté nécessaire car, selon moi, il est essentiel que le joueur passe par une forme de souffrance, qu’il teste et aille au bout de ses limites. Même si tout le monde ne partage pas cette idée, j’en suis sûr. »

entraîneur de Grégoire Barrere et Directeur Sportif du Dixmier Tennis Club. ©Christophe SAIDI/FFT

QU’EST-CE QU’UN

dossier : coacher n’est pas jouer !

Au Dixmier Tennis Club, Olivier Malcor a mis en place une cellule d’entraînement de haut-niveau avec, notamment, Grégoire Barrere, espoir du tennis tricolore. Il a également travaillé pour le Team Lagardère et été coach de Nicolas Mahut et Michael Llodra.

« Il y a plusieurs coaches, selon moi, suivant l’évolution du joueur. Le rôle est différent si le champion est en formation, s’il est arrivé à une certaine maturité, s’il est au très haut niveau. Le métier varie en fonction de ces circonstances. Pour avoir vécu l’ensemble de ces situations, je peux dire qu’il faut savoir s’adapter. Aujourd’hui, je suis revenu à la formation et c’est là que tout se joue, selon moi. C’est une période où l’on est d’ailleurs plus entraîneur que coach, même si la nuance est subtile. On pose les fondations techniques, mentales et en termes d’attitude. A mon sens, coacher, c’est une vocation, je suis sûr que mes collègues en ont parlé. Dès 18 ans, je savais que j’allais faire ce métier. Mais je voudrais aussi insister sur un point : je trouve très bien que Boris Becker, Michael Chang, Goran Ivanisevic, Ivan Lendl ou Sergi Bruguera conseillent des champions. Néanmoins, par pitié, ne parlez pas de coaching ! Ce sont des consultants, rien d’autre. Le coach, c’est celui qui est à côté de son poulain au moins 25 semaines par an, qui voyage avec lui, qui vit avec lui. Là, avec ces anciens joueurs, on n’est pas dans cette logique. L’idée, c’est plus de bénéficier de l’oeil d’un ex-grand champion qui, sur un détail, sur un mot, par son aura, permettra de faire passer un discours. Autant une ex-star peut avoir tout vécu, obtenu des résultats qui lui laissent penser qu’il est et qu’il a été dans le vrai, autant un coach sera tout le temps dans la recherche, la prise d’informations, la prospection de nouvelles solutions à travers des formations, des colloques, des lectures, des discussions. »

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LES RAQUETTES FFT

xxx dossier : coacher n’est pas jouer !

ÉPREUVE FÉMININE PAR ÉQUIPES RÉSERVÉE AUX JOUEUSES NON CLASSÉES, 40 ET 30/5

Entretien réalisé par Laurent Trupiano

Nicolas Copin

NOS GAGNA À S NT ION ES T U E G I D L E • A S U Y T O V 20 EL AT CI H I I 13 NE L .C S

T.C

!

« Coacher, c’est une aventure, une exploration permanente ! »��

On s’est posé une question un peu bête, Nicolas : est-ce qu’il existe de bons et de mauvais coaches ? Qu’en penses-tu, toi ? La réponse est dans ta question. Le coaching n’est pas une science, mais une alchimie entre le joueur et son référent. Il y a des coaches qui ont une propension à savoir s’adapter à tous les types de champions, d’autres qui ont un style qui ne se marie pas avec tous les profils. C’est aussi ce qui fait le charme de ce métier. Personnellement, pour avoir travaillé dans plusieurs structures privées, je connais mes qualités d’adaptabilité, ainsi que ma capacité à me remettre en cause. Il y a aussi des coaches qui disent ne pas pouvoir travailler avec des filles car il faut être encore plus précis, plus à l’écoute. Je ne les juge pas, je dis simplement que ce n’est pas mon cas. D’ailleurs, c’est d’autant plus enrichissant que nous avons un vrai chantier et des objectifs précis à atteindre au sein de la DTN à ce niveau-là.

je suis confronté à un blocage, que je n’ai pas la solution, j’ai le luxe de pouvoir m’appuyer sur les compétences de mon duettiste. C’est vraiment un plus, et il en va de même pour lui. Au final, au-delà de la performance, c’est une vraie respiration. On se sent moins désemparé ou isolé. A long terme, c’est très important. Cela permet d’être moins en danger et dans l’urgence dans des situations de crise. On dit que le coach doit pouvoir maîtriser tous les aspects, notamment le mental. Comment fais-tu pour appréhender ce domaine si particulier... J’en ai déjà parlé un peu (rires). A la DTN, nous avons Makis Chamalidis, psychologue du sport, qui est également à notre disposition. L’avantage de notre installation à l’INSEP, c’est que l’on peut s’appuyer sur l’ensemble des services qui sont mis à disposition des athlètes présents ici. Dont deux psychologues qui travaillent à temps plein, ce qui est un vrai confort. Mieux, en tant qu’entraîneur, on peut aussi jouir de cette situation pour continuer à progresser en participant à des formations. L’INSEP est un grand laboratoire ! Dernièrement, j’ai pu me confronter à cette situation lors d’un meeting sur la gestion des émotions. C’était plus qu’enrichissant !

Le coach doit savoir changer ses habitudes, rester à l’écoute et adapter son discours

Si l’on te suit, le coaching pour les filles est donc un coaching différent de celui des garçons... Comme pour ta première question, cela dépend des situations, des caractères. Ce qui est indéniable, c’est qu’en termes de coaching, le poids des mots et leur force sont plus importants chez les femmes que chez les hommes. Je le constate chaque jour dans mon métier. Là encore, le coach doit savoir changer ses habitudes, rester à l’écoute et adapter son discours. Par le passé, il y avait une vraie rupture. Néanmoins, aujourd’hui, c’est moins marqué. Les hommes sont aussi plus sensibles, plus dans le détail, dans l’émotion qu’avant. J’en tiendrai compte si, à l’avenir, je redeviens coach d’un joueur (rires). L’entraîneur, c’est aussi un guide. Est-ce qu’il peut donc se partager, comme c’est le cas dans le pôle installé à l’INSEP ? Là, c’est important d’expliquer le mode de fonctionnement qui a été mis en place par la DTN. Avec Norbert Palmier, nous avons un groupe de trois joueuses que nous nous partageons. En fait, je suis plus centré, on va dire à près de 80%, sur Margot (Yerolymos), alors que Norbert s’occupe plutôt de Lou Brouleau et Alice Bacquié. En revanche, quand

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Mais c’était centré sur le tennis ? Non, mais il y a des passerelles. On est tous centrés sur l’humain, que ce soit dans les sports collectifs ou les sports individuels. De plus, partager son savoir avec d’autres, c’est important, cela permet de découvrir de nouvelles méthodes, d’échanger des points de vue. Quand on est entraîneur, c’est crucial, selon moi. Il ne faut pas s’isoler, il faut pouvoir se nourrir des expériences des autres. Est-ce que le fait d’être entraîneur fédéral te met dans une situation plus confortable qu’un coach dit « normal », toujours sur un siège éjectable ? Ce n’est plus vraiment le cas. Ce n’est pas parce qu’on est à la DTN qu’on est entraîneur à vie. Personnellement, je fonctionne comme quand j’étais dans le privé : en fait je définis avec ma joueuse des objectifs qui sont par la suite

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validés par Alexandra Fusai et Pierre Cherret et je me dois de les atteindre. Penser qu’on a la sécurité du poste même en cas d’échec, c’est vraiment mal connaître le fonctionnement et les ambitions de la DTN. Pour revenir à la notion d’ « échange », je crois qu’il y a eu un regroupement à l’INSEP. C’est un point positif ? En effet, les filles du CNE et de l’INSEP sont désormais regroupées, c’est vraiment positif. D’abord pour l’ambiance, l’émulation, mais aussi pour les entraîneurs, car on est plus nombreux. On peut mettre plus de choses en place, se parler, toujours... J’insiste vraiment là-dessus, car c’est essentiel. Beaucoup de coaches nous ont parlé de leur amour pour ce sport. C’est évidemment impossible de faire ce métier sans être un grand passionné ? Evidemment, c’est un vrai sacerdoce. Il faut aimer cela, il faut sans cesse se remettre en question. Pour ma part, je suis encore passionné de tout ce qui entoure ce sport, en tant que coach, bien sûr, mais aussi en tant que joueur. Dès que je peux reprendre ma raquette, je le fais avec plaisir. Je me considère même comme un privilégié : tous les matins, je vais au travail avec le sourire, je ne m’ennuie jamais ! Pourtant, tous les coaches n’ont pas le même état d’esprit... Tu sais, c’est un métier dans lequel il y a beaucoup de contraintes, comme le fait de voyager constamment et d’être souvent loin de sa base. Mais, si tu le fais, c’est forcément parce que c’est une aventure, une exploration permanente !

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Entraîneur fédéral au sein du pôle féminin installé à l’INSEP et, plus particulièrement, de la jeune Margot Yerolymos, Nicolas Copin dresse un bilan très pragmatique de son travail de tous les jours aux côtés des espoirs tricolores.

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1 0 , 1 1 E T 1 2 O C T O B R E ARCACHON

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vous présente...

La nouvelle

STEPHANE Propos recueillis par Laurent Trupiano

ROBERT

Surprise de cet Open d’Australie en atteignant les huitièmes de finale après avoir été lucky loser, une première dans le tournoi, Stéphane Robert revient, pour GrandChelem, sur une quinzaine historique. Celui qui n’était que 119ème joueur mondial au début du tournoi est aujourd’hui solidement installé dans le top 100. Un destin de « lucky winner » ! C’est drôle de voir qu’en conférence de presse, après ton match contre Murray, des journalistes te demandent si cela te fait plaisir de signer des autographes... Comme si tu découvrais tout cela ! Oui, c’est drôle. En même temps, ils se demandent un peu si les joueurs du top 20 sont les seuls à être adulés. Alors qu’en fait, dans n’importe quel tournoi, les fans de tennis veulent des autographes des meilleurs joueurs engagés dans la compétition. Donc, forcément, je suis habitué (rires) ! Que réponds-tu à ceux qui disent que tu es « rafraîchissant » ? Je peux paraître rafraîchissant parce que je ne suis pas en conférence de presse chaque semaine tout au long de la saison. Autrement, on finirait sûrement par se lasser de mon style. Ce qui est sûr, c’est que je vais garder ce même état d’esprit sur le court et en-dehors, même après ce qui s’est passé à Melbourne. Sur le terrain, j’essaierai toujours de rentrer dans chaque match pour me battre du premier au dernier point ! Pour revenir à ton match face à Murray, tu t’es rendu compte que l’Ecossais crampait dans le quatrième set ? Je n’ai pas fait attention à cela, non, même si j’ai vu qu’il n’était pas au mieux. De là à ce qu’il ait des crampes ! J’avoue que j’étais plus préoccupé par mon état physique... D’autant que je n’avais plus toute ma lucidité. Ronan Lafaix, ton ancien coach, parle toujours de plaisir. Tu en as forcément pris dans ce match... Oui, énormément ! Même en prenant 6-1 6-2 dans les deux premiers sets, d’ailleurs. Quand je retourne l’un de ses premiers services et que la balle repart bien en profondeur, que je la sens coller dans ma raquette, c’est toujours

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du bonheur. Mais, parfois, la bagarre prend le dessus et le plaisir est moindre... Il faut savoir l’accepter et Ronan me l’a expliqué bien des fois ! J’imagine que tu as reçu pas mal d’encouragements au cours de cette quinzaine. Quel a été celui qui t’a fait le plus plaisir ? Honnêtement, c’est la standing ovation du public après le match contre Murray, en remerciement de la bagarre du jour et de mon parcours assez fou. Les gens adorent voir les petits embêter les meilleurs, un peu comme en Coupe de France, au football. Le plus surprenant et le plus marrant, pour moi, c’est quand des Australiens qui étaient dans les premiers rangs m’encourageaient avec des « come on, mate ! », manière de dire à l’anglo-saxonne : « Vas-y, mec ! (sourire) » Quel va être ton programme, maintenant ? Tu nous avais confié, il y a quelques semaines, vouloir revenir sur le grand circuit. C’est désormais possible ! En fait, mon programme ne va pas vraiment changer. Je vais partir jouer en Amérique du Sud, puis aux Etats-Unis sur le circuit principal. C’est sûr que c’est plus crédible de jouer sur le circuit ATP quand on est dans les 100. Avec ma bonne saison 2013 où mes points sont bien équilibrés tout au long de l’année, j’avais vraiment cette envie de bousculer mes habitudes pour me tirer encore plus vers le haut. C’est déjà un pas de fait ! Tu vas avoir 34 ans... On peut déjà parler de ton après-carrière ou c’est te manquer de respect (rires) ? Tant que je me sentirai compétitif, je jouerai sur le circuit. Mais c’est vrai que j’y pense un peu... Il faut s’y préparer, parce que cela peut être une transition difficile. Mais bon, pour le moment,

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rien de concret. On verra plus tard (rires) ! Tu es le symbole parfait de la méthode Soyez Pro, développée par Ronan. Par la suite, tu vas tenter, comme lui, d’ « évangéliser » d’autres joueurs à ce type de formation ? La méthode de Ronan m’a aidé à donner le meilleur de moi-même. Cette façon de travailler sur tous les aspects du jeu sans occulter l’invisible – le calme, le détachement, la concentration... – a été une grande découverte pour moi. La latéralisation avec l’œil directeur aussi. Alors, oui, bien sûr, j’ai envie d’aider d’autres joueurs et joueuses. D’ailleurs, on devait travailler un peu ensemble, avec Ronan, mais comme je suis encore bien sur le circuit, il est possible que ce projet soit un peu retardé (rires) ! Pourquoi n’est-on pas toujours pris au sérieux quand on est un peu en marge du circuit et d’une forme de normalité ? Oh, je pense que c’est un peu comme cela dans tous les domaines. Il faut réaliser quelques grandes performances avant de gagner le respect des gens. J’ai beaucoup joué sur le circuit Challenger, ce qui peut être interprété comme un manque d’ambition ou alors que je n’avais pas le niveau pour affronter les meilleurs joueurs du monde. Dernière question, sans transition : on sait que tu es un grand voyageur... Il y a un pays que tu aimerais visiter en touriste ? J’ai déjà vu du pays, mais il me reste beaucoup à visiter. J’aimerais beaucoup aller à SaintPétersbourg, étant un grand fan de l’esprit russe ! La Patagonie me fait rêver aussi... et le Japon me fait envie. Oui, il me reste encore beaucoup à voir (sourire) !

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Les mille mercis de

Stéphane Robert ! « Depuis que je me suis lancé sur le circuit pro, fin 2001, je me suis entraîné au sein de l'Académie Mouratoglou où j'ai rencontré Ronan Lafaix. Je veux donc remercier son fondateur, Patrick Mouratoglou, qui m'a donné ma chance en croyant en moi. Il m'a permis de pratiquer et de construire mon jeu aux côtés de Ronan. Même si je ne suis pas un membre à part entière de l'Académie, je fais partie de la famille et je sais avoir la possibilité de m'y entraîner quand je le désire. J'y vais d'ailleurs toujours avec un grand bonheur ! Chaque année, j'ai la chance de faire la préparation à l'Ile Maurice, c'est un vrai plus. On travaille bien et dans des conditions climatiques proches de celles de l'Australie. Cette année encore, l'ambiance était énorme ! Le staff médical était à ma disposition et j'en avais bien besoin, doublement touché au dos. Bien sûr, je dois aussi remercier Ronan Lafaix, qui m'a mis sur les rails et m'a permis de grandir en tant qu'homme, d'abord, en tant que tennisman, ensuite. Grâce à lui, je suis allé chercher tout ce que j'avais de meilleur en moi pour tutoyer l'impensable. Tout ce que j'ai réalisé lors de cet Open d'Australie, il m'en croyait capable dès le début de notre collaboration. Il y croyait même plus que moi, parfois... Notre rencontre a changé ma vie. Enfin, depuis avril 2013, je suis également membre de la fondation Hope&Spirit, un beau projet lancé en Belgique par son fondateur Daniel Meyers qui était à mes côtés à Melbourne. Dans le cadre de notre accord, je viens m'entraîner quelques semaines par an à Bruxelles avec un groupe d'autres joueurs pros et notre rôle est aussi de taper la balle avec des jeunes afin de partager notre expérience et donner des conseils. Je tiens à remercier sincèrement Daniel pour son aide et son soutien. Sans lui non plus, cet Australian Open n'aurait pas été le même. Ah, et pour terminer, je dois évidemment remercier Philipp Kohlschreiber qui a fait preuve d'un énorme fair-play en se retirant du tournoi. Il aurait pu jouer deux jeux et toucher son chèque. Mais non ! Son geste est à saluer. »

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