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Cabrinha Quest Polynésie Française – Juillet 2013

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Words by Jesse Anderson Photos by Christian Black

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Cabrinha Quest

Le Cabrinha Quest, sous les ordres du Capitaine Seon Crockford et de son premier Michaela Lasere, est une expédition d’aventure de 5 ans, qui consiste à naviguer autour du globe afin de dénicher les endroits les plus reculés, les plus beaux et les plus exotiques du monde pour la pratique du kite et du surf. Le luxueux catamaran Lagoon 570 est équipé en fonction. SUP, kites, fusil de chasse sous marine et cannes à pêche sont ici considérés comme essentiels. Voici l’histoire d’une navigation de 10 jours qui a commencé à l’archipel des Tuamotu pour finir aux Iles de la Société de la Polynésie Française. Les invités à bord comptent un pro kitesurfer Cameron Dietrich, le photographe Christian Black, le lifegard et waterman Jesse Anderson, un jeune couple de Miami, une maman et son fils de Californie, et le chef extraordinaire Kate Burchman.

Localisation Tikehau Captain’s log

, Archipel des Tuamotu Vent de sud-est 15 à 20 nœuds, mer formée houle de 4m période 19 secondes.

Nous avons rejoint le Cabrinha Quest sur l’atoll de Tikehau où notre première activité fut de gonfler immédiatement nos ailes pour une grosse session de flat sur fond de carte postale. Décoller de l’arrière de n’importe quel bateau peut vite se révéler compliqué, mais ici le crew a une procédure technique qui relève de la science. Les ailes sont gonflées et attachées à l’arrière pendant que les lignes sont déroulées sur le côté du catamaran en aller retour puis connectées au kite. Le top du top, l’équipage est toujours content de gréer à votre place, et il y a toujours des bières fraiches qui attendent sur le pont. ! L’archipel des Tuamotus est composé d’innombrables petits atolls assez bas perdus dans le Pacifique sur une zone dont la taille avoisine celle de l’Europe de l’ouest. Ces iles sont les restes d’anciens volcans érodés par quelques milliers d’années desquels il ne reste aujourd’hui que ces magnifiques atolls de corail. Ici, l’océan du grand large vient se fracasser proprement sur toutes ces barrières de corail habillées de cocotiers et d’oiseaux sauvages très rares. A l’intérieur des lagons, des bandes de sable désertes se sentent protégées et engendrent des couleurs d’eau cristallines d’un bleu électrique où la vie marine s’exprime à son paroxysme. Cet endroit répond parfaitement au cliché de vie sauvage sur une ile déserte. Tout y est. Situé à 15° de latitude sud, les Tuamotus sont exposés de plein fouet aux alizés modérés de sud-est qui soufflent toute l’année. En hiver (Juin-aout), ils peuvent monter à 25-35 nœuds pendant 3 à 9 jours avec le vent Mara’amu. Les systèmes de hautes pressions qui passent dans le sud p:60

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accentuent la force des alizés. Rider ces eaux translucides est unique car cela permet d’apercevoir tout type de vie sous marine, dont des raies et des requins de récifs. La Polynésie Française est le plus grand sanctuaire mondial de requins. Très peu d’endroits dans le monde permettent de voir autant de requins dans un écosystème aussi sain. Plus tard dans la journée, nous sommes allés au moteur jusqu’à cet endroit spécial dans le lagon au large du Motu Ninamu, endroit célèbre pour ses immenses raies manta. Nous avons ancré le Quest sur place et avons sauté en plein milieu du lagon puis nagé vers la « station de lavage », un endroit précis du reef ou certains poissons spécifiques se nourrissent des parasites dont les raies mantas sont recouvertes. En plein milieu d’un bleu profond, un escadron de gigantesques mantas se dessine au loin, puis se rapproche dans des virages vertigineux jusqu’à venir frôler nos visages intimidés. Ce fut une expérience d’humilité de pouvoir contempler autant de grâce et de puissance semblant se déplacer sans le moindre effort apparent. Notre arrivée à Tikehau coïncidait avec des prévisions d’une longue période de fort Mara’amu combiné à un swell conséquent qui devait débouler de loin avec une période inquiétante. L’itinéraire original prévoyait de passer une semaine à explorer tous les recoins des ces atolls paradisiaques. Mais sur un bateau, ça reste la météo qui dicte sa loi, nous avons donc décidé d’anticiper le retour sur Moorea à plus de 180 miles nautiques de là. 055 p:61


Cabrinha Quest Localisation Moorea Captain’s log

, îles de la Société Vent entre 25 et 30 nœuds, swell de 4m période 19 secondes.

Les îles de la Société sont séduisantes, c’est un fait. Elles sont inspirantes, terriblement fertiles, avec ces grands versants abruptes recouverts d’une dense végétation luxuriante qui tombe dans ce lagon éblouissant qui encercle et protège l’île. Les passes dans le reef, qui ont été creusées

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par le passage des écoulements incessants d’eau fraiche qui descend en permanence des montagnes, permettent de pénétrer dans le lagon et de s’y abriter tout en créant des spots de surf et de kite exceptionnels.

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Cabrinha Quest Captain’s log Vent de sud-est 15 nœuds faiblissant, swell 4 mètres période 19 seconde.

Après une traversée plaisante, nous avons jeté l’ancre à Maharepa, sur la côte nord de Moorea. Avec des prévisions incertaines, faire un long downwind le long de la côte nord semblait être une bonne idée. Adrian Midwood, un kitesurfer de Tahiti (et aventurier) est monté à bord pour nous faire un rapide briefing de ce à quoi on pouvait s’attendre lors de la descente. Le downwind c’est son truc. Il faisait partie de l’équipe qui en 2012 a relié Tonga à l’Australie en kite et en SUP. Une traversée en pleine mer de plus de 2000 miles nautiques, tout ça pour lever des fonds pour « The Ocean Amabassador Program ». Aujourd’hui, à bord de son cata de 38’, son vaisseau de recherche low cost, il travaille avec « Upgrade the Gyres Society » pour collecter des données en temps réel pour collecter les déchets plastiques dans le Pacifique sud. Le début du downwind a commencé de façon un peu rocailleuse ! On devait manoeuvrer au mieux nos 9 ou 10m2 pour éviter les patates dans le lagon très peu profond et super translucide. Les patates étaient partout et avec la lumière descendante de la fin de journée, nous avons préféré rejoindre le grand large pour rider plus tranquillement. A quelques miles au large, le vent est monté un peu avant de tomber de façon inquiétante. Avec le soleil descendant et les courants qui poussent vers le large, la situation est vite devenue alarmante. En Polynésie, la beauté et le danger sont indissociables. Alors qu’on se battait pour garder tant bien que mal nos kites en l’air, une énorme baleine à Bosse est sortie à côté de nous, s’est propulsée magistralement en l’air avant de s’éclater dans un splash massif. Après quelques salutations de la queue, nous avons finalement pu continuer notre downwind jusqu’à notre destination finale, le « kitebeach » de Moorea appelé « les Tipaniers ». Ce spot est d’ailleurs difficile à battre en terme de beauté pour un spot de kite. Mais tout cela a un prix ! La majestueuse montagne qui plonge dans le lagon peut perturber le vent quand l’orientation n’est pas parfaite, le lagon protégé est rempli de patates de corail à fleur d’eau, le chanel plus profond qui partage le lagon envoie vers l’océan à cause d’un courant opposé au sens du vent, bref si vous perdez votre board, vous ne la récupérerez pas aussi facilement que d’habitude ! Vous trouverez de plus une sorte de long ponton en bois sous le vent du décollage et vous démarrerez entre les bateaux ancrés au milieu dans peu d’eau. Enfin le site le plus populaire de shark et raies feeding se trouve juste en face du spot, mais aucun soucis de ce côté là, ces prédateurs la sont plutôt sympas. En approchant de l’aire d’atterrissage, le vent nous a définitivement lâché et nous avons été obligé de nous réfugier sur le reef à quelques centaines de mètres au large. Un petit bateau Tahitien est venu faire une intervention d’urgence en nous annonçant que nous étions juste à l’heure au Sunset Bar (car ce bout de reef était un bar !) qui une fois par semaine pendant une heure seulement se transformait en scène pour une bande locale de Ukulélé. Parfait timing ! Nous avons été accueilli plus tard sur la plage par Tamatoa Gillot, un rider Tahitien d’Ozone Kites. Il est bien connu dans le coin pour son engagement inconditionnel, et encore plus depuis qu’il a shooté Teahupoo un jour de gros où il a fait tomber son kite dans l’inside, kite que s’est pris la légende locale Raimana en pleine tronche alors qu’il sortait de la vague en Tow-in full speed. Des images qui on fait le tour du monde ! p:66

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Cabrinha Quest Captain’s log Vent faible variable, 5 nœuds, swell 4-6 pieds. Le lendemain, nous nous sommes réveillés avec des conditions complètement glassy idéales pour retourner voir de plus près notre copine la grande baleine à bosse de la veille. A peine sortis de la passe des Tipaniers, nous avons rencontré une maman et son baleineau qui s’amusaient ensemble. Sous la vigilance de Teifara, un local expert en cétacés, nous avons pu nous mettre à l’eau pour passer plus d’une heure à nager avec les baleines et quelques dauphins qui jouaient dans le sillage invisible des géants marin. Mais les meilleures choses ont une fin, nous avons donc du finalement entasser des tonnes de bagages dans le petit Zodiac, dire au revoir à notre équipage de rêve et leur souhaiter une navigation tranquille jusqu’à leur prochaine destination, les Iles Australes, les îles les plus au sud de la Polynésie Française. Avec un jour et demi de rabe à Tahiti, combiné à un solide swell annoncé, nous avons décidé de sauter dans le ferry Moorea-Tahiti et de conduire jusqu’au bout de la route…

Localisation Tahiti-iti

, Tahiti Iti, îles de la Société.

Et Teahupoo se trouve au bout de cette route. Il n’existe que très peu d’endroits dans le monde où l’on ressente l’exotisme extrême et où l’on se sente comme à la maison. Teahupoo est l’un des ces endroits. La puissance et la beauté de ce lieu dépassent la meilleure des descriptions. Et tout ça sans même prendre en compte l’existence de La vague qui déroule sur le reef. Situé à Tahiti Iti, c’est à dire sur la presqu’île de Tahiti, Teahupoo veut dire « to sever the head » ou encore « Place of skulls ». Bien que l’on ne sache pas exactement pourquoi les anciens Polynésiens ont donné ce nom, il est difficile d’imaginer que ça n’ait rien à voir avec les explosions de tonnerre qui prennent place sur le reef. Nous sommes arrivés trop tard pour nous mettre à l’eau, mais les vagues offraient déjà un généreux 8-10 pieds. Le jour suivant était venté, frais, nuageux, et le swell ne faisait que grossir. Nous avons dégotté un bateau charter pour nous amener à la vague, le capitaine était Bjarn Drollet, le père d’un des gros chargeurs de Teahupoo Manoa Drollet. Il connaît si bien l’endroit, qu’il est capable de vous positionner à une distance ridicule de la vague, on pouvait presque la toucher. Le vent soufflait à plus de 30 noeuds en rafales, très irrégulier. Le soleil a fini par l’emporter sur la grisaille et Cameron Dietrich gonflait déjà son aile sur la pointe de l’ile. Il fut d’ailleurs rapidement rejoint par Reo Stevens. Pour le reste de la journée, ils ont eu Teahupoo pour eux

seuls, à se partager le vent et les plus belles séries, celles qui annonçaient des gros barrels bien puissants. Nous étions sur le bateau et le spectacle était incroyable, on aurait pu regarder des heures sans que l’émerveillement ne vacille. En fin de session, une des vagues a fermé prématurément cassant net deux lignes de Cameron, mettant fin à sa session en l’envoyant de force ramasser les huitres sur le reef. Sur la vague suivante, alors que Cam était en train de se faire trainer dans l’inside avec son kite en plein dans la zone d’impact, Reo s’est calé dans le tube se dirigeant full speed vers le kite semi-abandonné de Cam, qui comme par magie s’est soulevé au moment ou la lève cassait, laissant passer son pote qui n’y croyait pas. Personne n’a été blessé, c’est le plus important, et la session fut magique. Rider en Polynésie revient à rider dans une carte postale – une carte postale qui peut cependant te bouffer vivant. La vaste étendue de la Polynésie abrite encore d’innombrables spots de rêve, c’est une certitude… Des lagons vierges, des barrels vides, des passes orientées au millimètre… Notre brève escapade sur le Cabrinha Quest a juste servi à ouvrir les yeux, à commencer à réaliser l’étendue des possibilités. On a touché du doigt le rêve d’une vie. Alors que nous nous posions sur le sol américain, confortablement assis dans l’avion, c’était rassurant de savoir que Capitaine Seon et son petit équipage étaient repartis quelque part dans ce rêve, en train de naviguer vers de nouveaux horizons.

Liens utiles p:68

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Cabrinha Quest http://www.cabrinhaquest.com Tuamotu Places to Stay www.motuninamu.com Waterman’s retreat catering to surfers, kite surfers, divers, fishermen, SUPpers. Upgrade the Gyres Society www.upgyres.org Ocean Ambassadors Program www.theoceanambassadors.com 055 p:69

Cabrinha Quest, Isle de Tuamotu  

Christian Black et Cameron Dietrich hop à bord du Cabrinha Quête en Polynésie et de faire des découvertes surprenantes sur et sous l'eau, et...

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