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Fotoloft #27

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LES VILLES INVISIBLES #6

TRANSURBANISMES

Jorge Luis MARRERO PLAISIRS INTIMES

Evelyne COILLOT

EDITIONS LA FABRIQUE DU SIGNE

ARTXINÎM #4

URBEX

GENRE, SEXE ET TRANSGRESSION COLLECTIVE

Jean-Pierre HERCOURT & ERENT ECHOS DE GUERRES

SOMMAIRE SOMMAIRE

LES

INVISIBLES #6 - INVITÉ D'HONNEUR : Jean- André BERTOZZI

AGENDA AGENDA

ARTXINÎM #4 - URBEX

Les lauréats de la deuxième édition du Prix

ArtXiNîm : Misa ATO (1er prix), Gwenaëlle BOURRIAUD, Claudine COSTA-PIOCH, Alice HORDÉ, Eric RIBOT, Maurice ROUSTAN. du lundi au mardi et du jeudi au vendredi de 16h à 19h, les mercredi et samedi de 14h à 19h ou sur rdv au 06 22 78 69 72

ARTXINÎM #4 – URBEX

CECI N'EST PAS UNE PHOTO #8 : PLAISIRS INTIMES -

Jorge Luis MARRERO CARBAJAL

par ERENT, Jean-Pierre HERCOURT et Patrice LOUBON 30 -33

EQUIPE NEGPOS

Directeur et fondateur de la publication : Patrice Loubon

Administration générale : Barbara Pebrel-Edleson

Animation et médiation culturelle

MakerSpace Valdegour : Fabrice Tosatti

REMERCIEMENTS :

Mise en page Fotolo #27 : Kseniia Ryzhkova

Webmaster : Fabrice Jurquet

Assistant laboratoire numérique :   Salah Id-Abderrahim

L’association NegPos remercie particulièrement tou.te.s les bénévoles engagé.e.s auprès de ses actions ainsi que les personnes qui participent gracieusement à l’accueil des artistes.

Photographie de couverture :

Carla Yovane / de la série Tiempo de Vals

GALERIE FOTOLOFT NEGPOS : 1 cours Nemausus, 30000 Nîmes

Ouvert du lundi au vendredi de 11h à 18h, samedi sur rendez-vous

T : 09 75 20 95 89

M : 06 71 08 08 16 negposphoto@free.fir

MakerSpace NegPos, 34 promenade Newton, 30900 Nîmes https://negpos.fr – contact@negpos.fr

CECI N’EST PAS UNE PHOTO #8

PLAISIRS INTIMES par Jorge Luis MARRERO du lundi au vendredi de 13h à 18h ou sur rdv

Galerie NegPos FotoLoft, 1 cours Nemausus, 30000 Nîmes https://negpos.fr – contact@negpos.fr – 06 71 08 08 1609 75 20 95 89

LES BALCONS D’ALGER par Christian COITE sur rdv au 0622786972

MakerSpace NegPos, 34 promenade Newton, 30900 Nîmes https://negpos.fr – contact@negpos.fr

GENRE, SEXE ET TRANSGRESSION

Fabien Dupoux, Noncedo Gxekwa, Sophie Mabille, Alejandro Perez Alvarez, Yomer Montejo Harrys, Pauline Sauveur, Carla Yovane.

Cette sélection vient accompagnée d'oeuvres singulières de photographes, issues du fond conservé par la galerie NegPos : Aurélie Aura, Nelly Bonnaud, Raul Cañibano, Claude Corbier, Abigail Gonzalez, Kamille Lévêque Jégo, Miguel Navarro, Yuri Obregon Bastard, Leonora Vicuña et Patrick Zachmann et de vidéos de Zaida Gonzalez et Jorge Luis Marrero Carbajal.

du lundi au vendredi de 13h à 18h ou sur rdv

Galerie NegPos FotoLoft, 1 cours Nemausus, 30000 Nîmes https://negpos.fr – contact@negpos.fr – 06 71 08 08 1609 75 20 95 89

ECHOS DE GUERRES LA NUIT DÉFIGURÉE - GUEULES CASSÉES

par Jean-Pierre HERCOURT et ERENT LA JEUNE FILLE AU CHEVREAU, une histoire nîmoise par Patrice LOUBON

du lundi au vendredi de 13h à 18h ou sur rdv

Galerie NegPos FotoLoft, 1 cours Nemausus, 30000 Nîmes https://negpos.fr – contact@negpos.fr – 06 71 08 08 1609 75 20 95 89

Groupe de Recherche Regards sur la Ville : Chantal AURIOL, Jocelyn BANABERA, Gwenaëlle BOURRIAUD, Marcelle BOYER, Laurence CHARRIÉ, Christian COITE, Fabrice JURQUET, Sarah MALCLES, Eric RIBOT, Yann ROUBEAU.

ÉDITO ÉDITO

La photographie, outil de Démocratie*

* La démocratie est le régime politique dans lequel le peuple est souverain.

" Il est difficile d’obtenir des informations dans les poèmes bien que des hommes meurent misérablement tous les jours par manque de ce que l'on y trouve "

William Carlos Williams

En 2026-2027, nous célèbrerons partout en France, le bicentenaire de la photographie. Cette nouvelle forme de production d’images à partir du réel s’impose massivement depuis 1839 mais ne remplace pas la peinture et le dessin qui grâce à elle se retrouvent en quelque sorte « libérés » de leur relation au sujet et au réalisme.

Depuis son invention par Nicéphore Nièpce et les recherches poursuivies par Louis-Mandé Daguerre (1926-1927), la photographie a toujours eu à voir avec lasociété et les événements majeurs ou mineurs denotre histoire humaine. Moyen de contrôle ou instrument de liberté, vecteur d'information ou de mystification, la photographie est au centre de nos activités depuis à présent deux siècles. Elle participe comme un miroir aux mille facettes, à notre prise de conscience du monde, de ses potentialités comme de ses désarrois.

Il faut se souvenir de cette femme, cette maman chilienne, dans le film « La ciudad de los fotografos » (2006) de Sebastian Moreno, qui nous dit du fond de son être regardant une photo où elle figure avec ses enfants, dont certains disparus seront des victimes de la dictature, que « ne pas avoir de photographie de sa famille, c’est comme ne pas appartenir à l’histoire de l’humanité ».

La photographie moderne et populaire commence là, au sein du noyau familial, quel qu’il soit et qui que l’on soit.

La découverte de certains auteurs nous a aussi durablement affecté. Nombres de nos prises de conscience sociale et politique passent à un moment ou à un autre, par la rencontre avec leurs mondes. Eugène Atget, Brassaï, Alexander Rodtchenko, Lewis Hine, Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Walker Evans, Manuel Alvarez Bravo, Robert Doisneau, Boubat, Willy Ronis, Robert Frank, Larry Clark, Diane Arbus, William Eggleston, Bernd et Hilla Becher, JeanLouis Garnell, Robert Adams, Matthieu Asselin, Lewis Baltz, Alfredo Jaar, Marc Pataut, Paz Errazuriz, Claudio Perez, Jodie Bieber, Carlos Garaicoa, Laurent Gueneau, Zaida Gonzalez Rios, Fatoumata Diabaté, Patrick Zachmann, Roger Ballen, Fatima Mazmouz, Jacqueline Salmon… la liste est longue à énoncer de ceux qui nous ont ouvert les yeux sur nos vies, notre environnement et qui ont brandi nos histoires comme autant d'étendards de nos humanités. Nous les portons en nous comme autant de voix intégrées qui peuvent aujourd’hui s’exprimer par nos propres regards.

Regards « d’énonciateurs », regards lucides, regards ironiques, regards critiques, regards distants, regards humains, regards démocratiques, la photographie est définitivement partout, scrutant tout, jaillissant là où on ne l’attend pas… hurlant des vérités ou des mensonges, nous permettant d’interpréter le monde de façon sensible, historique, poétique, informative et plastique, l’outil indispensable de la Démocratie.

C'est dans ce registre de pensées que NEGPOS, centre d’art et de photographie de Nîmes, agit et transmet son savoir et des oeuvres aux publics depuis plus de 29 ans.

A travers des ateliers, des médiations tous azimuts et aux formes variées, une programmation visant l'excellence, ample et ouverte à tous les courants de la photographie, nous participons non seulement à l'enrichissement de la vie artistique et culturelle de la ville de Nîmes mais aussi à sa mémoire vernaculaire et à l'établissement d'une parole renouvelée chaque année par l'image avec une volonté affirmée de toucher le plus grand nombre.

architectes, designers, dessinateurs, graphistes, illustrateurs, peintres, plasticiens, sculpteurs

photographes adhérez, percevez vos droits d’auteur

Les différentes exploitations qui sont faites de vos œuvres génèrent desrevenus supplémentaires qui vous sont reversés par une société d’auteurs : la Saif!

La Saif 82, rue de la Victoire 75009 Paris

Par cet ancrage local, par cette permanence critique et ludique au sein d'un contexte où le repli identitaire et la médiocrité font bon ménage, notre rôle est premier et vital.

Le choix des artistes français ou étrangers que nous invitons procèdent de la même intention. Favorisant les auteurs qui ont quelque chose à dire et à transmettre, nous provoquons la rencontre avec les publics afin de leur apporter un nouvel air, de l'oxygène et quelques perspectives qui pourront éventuellement influer sur le cours de leur vie.

Cet enracinement n'est pas pour nous une forme d'enterrement ! L'extérieur pénètre régulièrement l'intérieur et lorsqu'il ne vient pas à nous nous allons à lui. Partenaire de nombreux artistes, photographes et structures à travers le monde (Allemagne, Afrique du Sud, Espagne, France, Brésil, Chili, Chine, Corée, Cuba, Italie, Grèce, Japon, Mali, Maroc, Mexique, Royaume Uni, etc.), notre action ne se limite pas aux murs de l'antique cité romaine. Nous générons ainsi des circulations et des mobilités entre les artistes, impliquant les habitants des contextes où nous agissons.

Ainsi nous construisons ce lien au monde, rejoignant Edouard Glissant, nous empruntons ses mots : « Agis dans ton lieu, pense avec le monde».

Ce numéro 27 de la revue FOTOLOFT créée il y a déjà 14 ans sera peutêtre le dernier, tant la difficulté de faire oeuve culturelle devient quasiment en ces temps instables, une lutte pour la survie. Nous en avons fait les frais l’an passé avec un saccage en bonne et due forme de l’exposition « martyre » Benzine Cyprine de Kamille Lévêque Jégo, acte non-revendiqué mais profondément imprégné de masculinisme et d’un fascisme du « quotidien ».

Quoiqu’il en soit, cela ne nous arrêtera pas et nous continuerons notre mission sans faillir, poursuivant nos objectifs humanistes et artistiques, d’éducation populaire et de partage.

Plus que jamais, la photographie, quand elle se donne pour objet de penser le monde et de révéler l’invisible au regardeur, est et restera l’outil indispensable de la Démocratie.

Patrice Loubon Président et fondateur de NegPos Centre d’art et de photographie de Nîmes

Les Villes Invisibles - 6è édition TransUrbanismes

Les Villes Invisibles 6è édition se tourne cette année vers l’urbanisme en transition, notre festival s’illustre à la fois en accueillant un photographe invité d’honneur et en mettant en valeur la création locale avec un grand souci de qualité et d’implication dans la volonté d’informer et de laisser une mémoire active.

Chaque année depuis 28 ans la mission photographique Regards sur la Ville, à travers une production d'oeuvres d'art visuel et audiovisuelles documente et produit une trace sensible et mémorielle pour la ville de Nimes et ses habitants. Cette nouvelle édition, baptisée TransUrbaNîmes part à la découverte d'un phénomène récurrent : les états transitoires de certains lieux en reconfiguration urbaines.

«Damas, choses vues et entendues» de Jean-André BERTOZZI nous renvoie juste avant les Printemps Arabes où la Syrie a vu le cours de son histoire totalement bouleversé et avec elle tout le contexte Moyen-Oriental. La ville apparait pauvre, comme abandonnée et dans un état de délabrement avancée qui préfigure ce qui suivra.

Le photographe, dans la grande tradition documentaire, arpente ces rues, de lieux en rencontres avec les habitants.

ArtXiNîm #4, programme et prix photographique à présent partie intégrante de notre proposition se donne pour objet l’URBEX gardois, avec des lieux à l’abandon, certains ont cessé d’êtres, d’autres survivent peuplés par des phénomènes d’occupation éphémères ou envahis par la végétation.

Nous clôturerons cette nouvelle édition par un événement qui unira image et philosophie sur l’urbain, avec l’exposition De l’autre côté du périphérique et une conférence de Bruce Bégout spécialiste du suburbain.

Les villes se transforment en permanence et ce depuis des siècles, elles accumulent des couches superposées et si des traces des époques anciennes ont survécu, que restera t-il de l'époque contemporaine ? La ville efface sans pitié et sans ménagement de nombreux espaces, défigurent l'urbain existant ou le remplace. De ces transformations et de ces éléments architecturaux parfois notables, ne survivront que des images.

En cela notre observatoire urbain prend tout son sens et provisionne pour  le futur une mémoire documentée et précieuse.

Damas, choses vues et entendues Il y plus de vingt ans à Damas

« A chacun son chemin de Damas.

Le mien passe par Bastia.

Septembre 2004. Le téléphone sonne. On me propose d'aller enseigner la photo à l'université de Damas. Un mois à Damas. Je dis “oui”. Je fais des recherches pour  préparer mes cours. Damas ? Saint Paul, bien sûr. Perdre la vue dans le désert, une apparition, la recouvrer en buvant l'eau de Damas. Le désert de montagnes et la ville à découvrir au beau milieu. J'étais loin d'imaginer ce que serait mon propre chemin de Damas.

Mars 2005. C'est le moment. Je dois partir à l'aéroport, prendre un avion, plusieurs avions, pour faire route vers Damas.

Le téléphone sonne. Une voix me dit des mots inaudibles, inintelligibles, que mes oreilles, ma tête, mon corps entier, refusent : Oui, décédée. Marie-Pierre, une amie trés chére avait rendue son dernier souffle…

Quelque chose comme un effondrement. Je dois partir, j'ai dit Oui, il faut que je parte. J'attrape mon sac et je pars. Gestes automatiques. En route vers Damas.

Même par les airs, le chemin est long. Bastia-Marseille, Marseille-Milan, Milan-Damas. Trois avions. Dix-huit heures de vol.

Durant dix-huit heures, je n'ai rien vu. La vue totalement brouillée par un rideau de larmes sans fin. De Damas à l'arrivée, je n'ai absolument rien vu. Aéroport, taxi, hôtel. Automatismes. Les yeux brûlants. Sans sommeil. Puis allongé sans dormir. A cinq heures, a retenti l'appel du muezzin. Je me suis levé, j'ai pris mes appareils et je suis sorti. J'ai marché, marché, marché dans la ville. La journée entière, j'ai marché, appareils en mains.

Peu à peu, les pulsations de la ville saisies ça et là, ses battements de cœur, ont calmé le mien. Un début d'apaisement. Des instants saisis valant éternité. Fleurs du deuil, fleurs du mal. La beauté au détour des rues, dans la ville grouillant de vie.

J'ai recouvré la vue.

Puis aussitôt, il y a eu Hakim.

Hakim et nos dîners chaque soir, au bar des Ex. Hakim l'écrivain, le conteur, dessinant pour moi chaque soir, avec ses mots, les personnages et les images. Tandis que moi, chaque jour, j'arpentais la ville, nourrie de ses récits de la veille et peuplée de ses personnages.

Mon Damas à moi est un Damas d'avant-guerre. Avant cette guerre issue des Printemps arabes, qui ont soufflé un vent de liberté de Tunis à Damas, cette guerre qui a brûlé, écrasé, Damas et tant d'autres villes de Syrie.

Ce Damas en paix, je ne le reverrai jamais. Seules ces photos me disent que je l'ai vu, que je n'ai pas rêvé, qu'il a vraiment existé. J'ai marché des journées entières dans ces rues. »*

*Propos receullis par Aude Magnant Un ouvrage rassemblant ces images ainsi que des nouvelles, inspirées par les récits d’Hakim Marzougui, est en cours d’édition aux éditions «Images plurielles» sous le titre de « Deuils, Hakim : une mémoire de Damas, suivi de Mémoires d’outre moi »

Textes et photographies de Jean-André Bertozzi préface de Christian Gattinoni.

Jean-André Bertozzi

Auteur photographe, né en 1969 et formé à l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie à Arles, diplômé Master 2 en photographie.

Il poursuit une recherche artistique sur ce qu’il nomme « le documentaire poétique ».

Multipliant les séries d’images, il s’attache à trouver, dans le proche ou le lointain, cette poésie qui se cache dans la banalité du quotidien.

Pour lui, la photographie sert à se mettre en dehors du temps, pour reconsidérer l’espace. Il réalise, depuis plus de vingt ans de nombreuses expositions en France et à l’étranger.

Ses images sont régulièrement publiées dans des catalogues d’expositions, ou dans des ouvrages monographiques (éditions actes sud, éditions Thierry Magnier, éditions Albiana…).

Réalisateur il dirige notamment le film «La traversée Mocky» : un film entretien sur le réalisateur Jean-Pierre Mocky, dernier entretien avant sa disparition.

Il travaille de façon régulière pour des musées et institutions muséales, ainsi que pour différents services de l’inventaire et du patrimoine (Musée de Bastia, Musée de la Corse-Corté, DRAC PACA, FRAC de Corse, Service du Patrimoine de la ville d’Arles…), pour l’inventaire des collections et l’édition des catalogues.

NegPos Les Villes Invisibles #6 présentent

REGARDS SUR LA VILLE TransUrbaNîmes

Chaque année, depuis 28 ans, la mission photographique Regards sur  la Ville, à travers une production d'œuvres d'art visuel et audiovisuelles, documente et produit une trace sensible et mémorielle pour la ville de Nîmes et ses habitants.

Cette nouvelle édition part à la découverte d'un phénomène récurrent: les états transitoires de certains lieux en reconfigurations urbaines. Notre ville se transforme en permanence et ce depuis des siècles, elle accumule les couches superposées et si des traces magistrales des époques antiques ont survécu, que restera t-il de l'époque contemporaine ?

La ville efface sans pitié et sans ménagement de nombreux espaces, défigure l'urbain existant ou le remplace. De ces transformations et de ces éléments architecturaux, parfois notables, ne survivront que des images.

En cela, notre mission photographique Regards sur la Ville prend tout son sens et provisionne pour le futur une mémoire documentée et précieuse.

Regards sur la Ville 2025

Chantal AURIOL, Jocelyn BANABRA, Gwénaëlle BOURRIAUD, Marcelle BOYER, Laurence CHARRIÉ, Christian COITE, Fabrice JURQUET, Sarah MALCLÈS, Éric RIBOT et Yann ROUBEAU.

Patrice LOUBON

Reflets d’un silence toxique

J’ai choisi de photographier la Tour du Bas Rhône à Nîmes à travers ma propre vision, ma manière de percevoir l’histoire et la réalité.

Ce que je vois n’est jamais totalement net. L’information se brouille, les récits se floutent, les responsabilités deviennent glissantes.

Je m’interroge sur notre rapport à l’oubli. Abandonné depuis des années à cause de l’amiante, ce bâtiment moderne est devenu le symbole Nîmois silencieux d’un danger invisible. Ce que l’on perçoit n’est jamais la totalité de ce qui est.

Les deux tours : histoire d’un morceau de vie

6 avril 2025, 10h30 boulevard Kennedy. La foule est là. L’attente est palpable. Je me place derrière la barrière des vidéastes et photographes. Bonjour à des connaissances. L’heure tourne, le moment fatidique approche. Les officiels arrivent. Ça sent le dénouement. Les Trente Glorieuses sont encore debout témoignant d’un passé que l’on veut révolu. Une poussière s’élève des bâtiments, elle emporte le siècle dernier. Une voix off raconte : sa vie étudiante, ses rencontres, ses soirées, ses amours, un morceau de vie qui s’efface au fur et à mesure que la poussière se dissipe emportée par le vent. La voix off, c’est ma voisine de droite qui commente pour ses auditeur.rice.s, de l’émotion dans la voix. Il aura fallu moins d’une minute pour effacer du paysage un morceau de l’histoire du quartier Pissevin. Il ne reste qu’un énorme tas de gravats observé par d’autres tours jumelles.

Jocelyn BANABERA
Eric RIBOT

Repenser le lieu de vie d’un groupe d’habitants, le désenclaver, l’embellir, l’adapter.

Une nouvelle écologie urbaine, cela répond-il aux objectifs de bonheur des êtres qui y vivent ?

Je leur laisse le soin d’y répondre ; quant à moi, je mets juste mon appareil photo à leur disposition.

Entre les blocs

On dirait une ville en train de disparaître derrière la végétation. Une carrière de pierre de taille, utilisée de l’époque romaine jusqu’au XXe siècle, classée monument historique en 1991, toute proche de la Nationale, remplaçante d’une départementale désuète, a fait son temps. Une nouvelle carrière, juste en face, a pris le relais, aux blocs parfaitement blancs, utilisés pour la restauration des monuments nîmois et qui déjà montre les signes de l’envahissement végétal qui la guette. La carrière de Barutel, désertée et solitaire, conserve encore quelques traces de vie, et de mort, comme un dernier souffle encore perceptible. Entre ces énormes blocs de pierre, dans les interstices de la roche, il y a des vies, des simulacres de vies. À quelques encablures du centre-ville, les murs ciselés manuellement par les Romains et jusque dans les années 1990, dévoilent des habitats précaires qui ont surgi ça et là où semblent avoir laissé leur empreinte quelques invisibles, riders et autres graffeurs, marqueurs ô combien stéréotypés de l’activité urbaine s’il en est.

Fabrice JURQUET
Embellie

Au coeur des quartiers Puech du Teil et Montaury, poumons verts des hauteurs de la ville, les promoteurs immobiliers intensifient leur chasse au rachat de mazets et maisons individuelles avec jardins, pour y bâtir des immeubles de béton incongrus dans ces espaces naturels et dommageables pour  la qualité de vie des habitants de ces quartiers.

Mais grâce à leur mobilisation, ceux-ci ont réussi à faire annuler un de ces projets par une action en justice. On peut se réjouir de cet éveil citoyen rafraîchissant, qui nous rappelle qu’à l’heure du réchauffement climatique, couper des arbres pour y implanter du béton est un non-sens absolu.

La Sernam : Obsolescence programmée d’une mémoire collective

En tant qu’architecte, l’exploration urbaine de lieux abandonnés m’offre l’occasion de me projeter dans un imaginaire architectural et urbain qui intègre la singularité des bâtisses existantes et l’esprit du lieu qui s’y dégage.

En découvrant le site de la Sernam (Service national des messageries lié à la SNCF de 1970 à 2005 avant sa privatisation), je suis émerveillé par la poésie qui s’y dégage. La lumière s’y infiltre, les traces d’usages se révèlent, la patine du temps magnifie la matière. J’imagine de nouveaux espaces de vie qui respectent cette mémoire industrielle en initiant une relation plus sensible de l’individu avec son environnement urbain. Actuellement, les nouveaux modèles économiques tendent à rendre ces bâtiments obsolètes et sans véritable réflexion sur leurs devenirs. Avec la restructuration urbaine du quartier Hoche-Sernam, cet héritage issu de notre patrimoine ferroviaire du 19ème siècle va disparaître au profit d’une nouvelle configuration urbaine, gommant progressivement un pan de notre mémoire collective.

Yann ROUBEAU
Le Béton Mobilise

Mais que vais-je devenir ?

Qui pourrait croire qu’il n’y ait pas un fantôme dans tous ces bâtiments, et ces lieux, dans lesquels des centaines de gens ont vécu, ont marché, ont attendu, travaillé, pleuré, aimé. Même si les bâtiments sont détruits, nos gentils fantômes vont attendre tranquillement leur renouveau car ils sont l’âme de nos passés, nos âmes sans lesquelles tout n’est plus rien ; espérons que le renouveau leur sera favorable, joyeux, avec de belles énergies. Saurez-vous les trouver ?

Mémoire en ruine… avant que tout s’efface !

Depuis sa fermeture en 2016, le collège Antoine-Bigot se tient, tel un fantôme, au milieu d’un quartier pavillonnaire sur la route d’Arles à Nîmes. Petit à petit, coloré, dédicacé, fracassé par des squatters, des tagueurs, des visiteurs, l’ancien collège se transforme au grès du temps pour devenir un souvenir presque effacé de ce qui fut un lieu d’enseignement. Depuis toujours, observer les détails insolites d’une ville, découvrir les différences d’une culture, et épier l’incongruité d’une situation d’un oeil attentif et exploratif, me donne un immense plaisir d’immortaliser en photo ces instants éphémères.

Marcelle BOYER
Christian COITE

Dernière séance

C’était la dernière séance

Et le rideau sur l’écran est tombé.

Ouvert en 1954, le cinéma Le Forum a fermé le 10 mars 2019. Il était l’un des derniers cinémas à taille humaine du centreville, détrônés par les multiplexes aux parfums de pop-corn. Démoli en juillet 2023, il a laissé place à un terrain vague sur lequel sera construite une résidence.

Il n’en reste donc rien. Mais, peut être encore pour quelques temps, continuera- t-il à exister dans la mémoire des cinéphiles nîmois qui retrouveront, en passant dans la rue Poise, leurs souvenirs, émotions et joies cinématographiques !

Chantal AURIOL

Pissevin, travaux en cours

Le quartier Pissevin est une ressource visuelle importante pour moi. Je suis à la recherche d'éléments merveilleux dans le milieu urbain depuis plusieurs années. La ville offre un potentiel incroyable de récits et de tableaux photogéniques. Je suis fascinée depuis toujours par ce qui est rejeté et considéré sans intérêt, voire laid. Les travaux, les engins de chantiers, les gravats sont la plupart du temps perçus comme des choses négatives, un peu comme le quartier Pissevin qui a très mauvaise réputation. Pourtant, ce territoire a ambition à être transformé. Mon attention s'est portée principalement autour des deux tours de l'ancienne résidence étudiante du Crous avant et après démolition, mais aussi autour de la Galerie Trait d'Union et de la Galerie Wagner. Ce travail photographique constitue aussi une mémoire de la ville et du quartier. Aujourd'hui encore et demain davantage, je veux capturer les changements physiques de ce lieu et faire surgir dans mes photographies ce qu'on ne regarde pas d'habitude.

Gwenaëlle BOURRIAUD

ARTXINÎM #4 URBEX

ArtXiNîm #4, programme et prix photographique à présent partie intégrante de notre proposition se donne cette année pour objet l’URBEX gardois, avec des lieux à l’abandon, certains ont cessé d’êtres, d’autres survivent peuplés par des phénomènes d’occupation éphémères ou envahis par la végétation. L’Urbex est aujourd’hui devenu un phénomène international et populaire. L'historien Nicolas Offenstadt définit l'exploration urbaine comme une « visite sans autorisation et le plus souvent sans but lucratif de lieux délaissés ou abandonnés »¹. Elle possède ses propres principes et pour certains un véritable code de conduite visant à préserver les lieux et les protéger au maximum, notamment en dissimulant les adresses des « spots » — surnom donné aux lieux abandonnés — afin d'éviter d'y attirer des casseurs ou des voleurs.

Cette activité inclut la visite de lieux cachés ou difficiles d'accès, tels que des manoirs, des écoles, des entrepôts désaffectés, des hôpitaux ou sanatoriums, etc. Dans certains cas plus rares, la pratique s'étend à des lieux explicitement interdits comme des tunnels de métro, des catacombes et des rooftops (sommets d'immeubles, monuments…). Elle regroupe ainsi diverses activités dites « underground » comme la cataphilie et la toiturophilie, et elle est très liée à certaines activités sportives telles que l'escalade ou le parkour. La pratique s'est très vite répandue avec l'émergence des réseaux sociaux et plates-formes vidéos, notamment grâce à YouTube. Aujourd'hui, l'urbex se transforme dans certains lieux en « tourisme de ruine » où des voyagistes prennent en charge la visite de lieux abandonnés, à Berlin, Tchernobyl, Görlitz ou Détroit².

1 - Nicolas Offenstadt, « Une exploration urbaine (urbex) à Plauen », Métropolitiques, 2 - Aude Le Gallou, « Espaces marginaux et fronts pionniers du tourisme urbain : approcher les ruines urbaines au prisme de la notion d’(extra)ordinaire », Bulletin de l’association de géographes français. Géographies, 95, os 95-4, , 595–612

Issue21

par Misa ATO (1er Prix 2025)

"Ne rien dire, fermer les yeux, laisser le détail remonter seul à la conscience affective"

Ainsi, les œuvres présentées dans la série « Issue21» s’articulent sur les lieux de l’absence qui nous soumettent au silence. Elles abordent l’architecture, ses systèmes constructifs, son rôle fonctionnel ou symbolique pour traiter de questions qui lui sont inhérentes telles que celles de l’ordre et du chaos, du durable et de l’éphémère, de l’abandon et du devenir, de l’oubli et de la mémoire. Une façon d’initier un passage au travers du bruit du silence, l’indiscernable qui peu à peu révèle l’histoire, la mémoire, le temps en s’appuyant sur l’ombre, la lumière, les nuances de gris et la géométrie de la tâche et du trait.

Vestiges en lumière par Claudine COSTA-PIOCH

Ateliers figés, moulins endormis, cave voutée aux échos d'antan ou verrière éclaté de lumière: chaque image capture la fragile beauté de l'abandon. Ces espaces, autrefois vivants, racontent aujourd'hui leur histoire à travers les textures du temps, murs écaillés, rouille, végétation invasive.

La lumière naturelle, filtrée ou éclatante, révèle les détails oubliés, comme une mémoire enfouit qui refait surface.

C'est une invitation à écouter les lieux, à contempler leur lente transformation et à redonner un souffle poétique à ce qui semble perdu.

Sur mes gardes par Gwenaëlle BOURRIAUD

Déchets, odeurs nauséabondes, humidité, moisissures, cendres, seringues, bouteilles, objets brûlés, matelas… d’habitude je ne vois pas tout ça.

Ces choses qui sont cachées, je les ai trouvées dans un pressing abandonné.

Pourquoi ce lieu ? Parce que j’y passais depuis longtemps et que je l’ai toujours trouvé mystérieux.

Comment peut-on laisser à l’abandon une batisse aussi belle ?

Sans doute qu’il existe plusieurs raisons.

Le fait que le lieu ne soit pas remis en état me pose questions, pourquoi?

Qui peut changer quelque chose à ce lieu ? Est-il possible de faire quelque chose encore ?

Ce lieu est-il dangereux ?

Je reste en tout cas sur mes gardes.

ARTXINiM URBEX

La tour au silence toxique par Éric RIBOT

La Tour du Bas Rhône à Nîmes, je la regarde à travers ma propre vision. Symbole nîmois, invisible et muette, la tour se dresse.

Les vérités que j’entend ne sont jamais totalement nettes.

Le bâtiment se plie et les responsabilités glissent comme des ombres sur des reflets.

Je m’interroge : que reste-t-il de l’oubli, depuis des années, gangrenée d’amiante ?

Car ce que l’on perçoit n’est jamais la totalité de ce qui est.

Tes contes par Alice HORDÉ

Dans ce fort abandonné se trouve une pièce étonnante où sont disposés des jouets. La poussière au sol témoigne du temps qui est passé. Tu es partie avec fracas me racontela vitre en éclat. Brutalité qui contraste avec la douce lumièresur ton oreiller. Tu es parti en oubliant tes plus beaux contes. Seule cette pièce à présent éventrée les a conservé et garde figée cet instant de vie, tel une photographie.

Chroniques d’une activité humaine par Maurice ROUSTAN

Les anciennes pépinières Pichon sur Nîmes alors abandonnées sont aujourd’hui en cours d’aménagement....

Je suis toujours à la recherche de ce qui fut le travail des hommes, l’activité humaine.

A travers une approche intimiste je souhaite capter l’esprit de ces espaces oubliés et faire ressentir la trace sensible de ceux qui les ont habités.

Mon intention est de révéler, au-delà de l’abandon, la mémoire d’un site qui fut à son apogée un lieu vibrant de vie et d’activité.

CECI N’EST PAS UNE PHOTO #8

« Plaisirs intimes » par Jorge Luis Marrero Carbajal

En 1987, alors que j'étais en deuxième ou troisième année à San Alejandro, je ne m'en souviens plus très bien, les gènes paternels m'ont monté à la tête. Et même si je ne me suis pas pris pour un poète (comme c'est son cas), j'ai au moins écrit quatre ou cinq nouvelles en un an, que mon père, aveuglé par sa tendresse, a jugées « très prometteuses » et que j'ai ensuite pris soin de faire disparaître, comme c'est toujours le cas pour les résultats de nos enthousiasmes adolescents. Par conséquent, si ces nouvelles ratées sont évoquées ici, ce n'est pas pour elles-mêmes, mais parce que pendant cette année-là, je n'ai pas touché un pinceau, sauf pour ce qui concernait le strict devoir scolaire. Cependant, en tant qu'écrivain, il m'est arrivé quelque chose de curieux. J'ai commencé à tourner les doigts de mes mains dans des positions très étranges, leur donnant des significations, c'est-à-dire en leur trouvant des similitudes représentatives avec la réalité ; comme lorsque nous nous allongeons pour regarder le ciel et désignons les nuages comme des  « petits chiens », des « chatons », des « visages » ou toute autre chose, en fonction de la santé mentale de chacun. Je me suis alors rendu compte que, à mesure que je m'adonnais à ce plaisir schizoïde, j'assistais à un processus sui generis : la création d'un code représentatif. Malheureusement, contraint par un idéal très cher à l'avant-garde : une figuration propre. Borges disait qu'un écrivain écrit toujours le même livre. Il est évident que nous, les artistes, développons également des thèmes obsessionnels, ce que la critique « sérieuse » appelle les limites épistémologiques de la proposition ou  de la recherche de Untel ou Untel (enfin, quand il y en a, il faudrait le noter).

Pour moi, cette manie de tordre les mains, en plus de me donner une réputation de fou, ce qui était bien vu parmi les intellectuels de la classe (dans cette école, il y avait toutes sortes de spécimens), m'a confirmé deux choses. La première : ma vocation d'artiste visuel, je reconnais que la vocation ne certifie en rien la qualité, je ne voudrais pas pécher par pédanterie ; et la seconde : ce qui allait devenir mon obsession de recherche à partir de ce moment-là, la manière dont un artiste appréhende et traduit en codes représentatifs ce que nous déduisons visuellement comme étant la réalité.

Réfléchissant alors à une solution possible à ces désirs louables; et puisque ce sont là les limites épistémologiques de ma proposition, il ne m'est donc pas permis de parler d'urbanisme, de prison, de liberté de pensée, de dissolution de l'homme dans la masse, du riche patrimoine culturel afro-cubain, etc., ou du moins de les traiter comme des points névralgiques de mon anecdote.*

J'ai donc décidé d'agir cette fois-ci par inclusion et de rendre publiques ces « performances » secrètes, qui m'ont procuré un plaisir si intime tout au long de ces années.

Jorge Luis Marrero

Note :

* : Une précision s'impose ici : il ne s'agit pas non plus de dire qu'un artiste ne peut parler que d'une seule chose dans son œuvre. Mon Dieu, ce serait ennuyeux ! Je veux dire qu'il y a généralement un fil conducteur tout au long de celle-ci. Cependant, en cours de route, d'innombrables autres thèmes s'ajoutent, qui parfois vont même jusqu'à supplanter le thème initial. Par exemple, en ce qui concerne le monde de l'enfance, j'ai privilégié d'une certaine manière la mémoire historique et individuelle, etc. J'ai ainsi fini par parler de choses que je n'ai jamais vécues personnellement, comme le système scolaire costaricien.

baño chino

Jorge Luis Marrero Plaisirs intimes

BIOGRAPHIE

Jorge Luis Marrero Carbajal, La Havane (1970). Il vit et travaille à La Havane. Formé à l'Académie des Beaux-Arts San Alejandro en 1986, puis à l'Institut Supérieur des Arts en 1989, où il obtient son diplôme en 1994.

Au cours de ses études, il a eu la chance d'être l'élève de nombreux artistes et intellectuels éminents des générations précédentes: Elso Padilla, Leandro Soto, Flavio Garciandía, Osvaldo Sánchez, Eduardo Ponjuán, René Francisco Rodríguez, Lázaro Saavedra, José Angel Toirac, et bien d'autres.

Tout comme à l'ISA et à San Alejandro, il a naturellement partagé les salles de classe avec presque tous les artistes de la génération de l'art cubain à laquelle il appartient : celle des années 90. Depuis 1994, année où il a obtenu son diplôme de l'ISA, il exerce sa profession.

arte celta
jurásico
romance
aprendo yoga

en el taller del maestro

Las venas abiertas de América Latina

los duelistas the x-files

GENRE, SEXE ET TRANSGRESSION

commissariat Patrice Loubon

Fabien Dupoux, Noncedo Gxekwa, Sophie Mabille, Alejandro Perez Alvarez, Yomer Montejo Harrys, Pauline Sauveur, Carla Yovane.

Cette sélection vient accompagnée d'oeuvres singulières de photographes, issues du fond conservé par la galerie NegPos : Aurélie Aura, Nelly Bonnaud, Raul Cañibano, Claude Corbier, Abigail Gonzalez, Kamille Lévêque Jégo, Miguel Navarro, Yuri Obregon Bastard, Leonora Vicuña et Patrick Zachmann et de vidéos de Zaida Gonzalez et Jorge Luis Marrero Carbajal.

« Elles ne se touchent jamais mais garde un œil l’une sur l’autre, se cherchent à tout instant. Quand elles rient c’est toujours de la même chose, et leur corps se rapprochent souvent. Quand l’une allume une clope, elle en tend une à sa comparse, sans même s’interrompre, naturellement. Elles se coupent la parole sans arrêt, ou plutôt, elles parlent à deux. Elles ressemblent à une bête à deux têtes, séduisante, au bout du compte. » Virginie Despentes, Baise moi, 1994

L'art a toujours accueilli sexe et transgression à bras ouverts, depuis l'art rupestre, des inscriptions phalliques ou vulvaires aux portraits androgynes de Léonard de Vinci jusqu'aux photographies érotiques trans-genres de Pierre Molinier et aux intimités vécues de Larry Clark ou Nan Goldin, le genre, la sexualité et la transgression irriguent l'art de façon permanente. Quoi de plus évident en effet que la photographie soit-elle aussi le théâtre de représentations et de revendications sexuelles atypiques ?

Genre, sexe et transgression n'est pas la première ni la dernière des expositions qui se penchent sur la question. Réuni.e.s ici, 6 photographes qui chacun à sa manière, viennent nous raconter leur relation au corps, au genre et à certaines formes de sexualité largement taboues.

« Le bon Whisky se partage. On boit à quoi ?

- On boit aux trains qui sont grands, rapides et puissants et qui font beaucoup de bruit.

- C'est un toast très étrange.

- C'est une fille étrange, pépé. »

Dialogues issus de Faster Pussy Cat Kil Kill, Russ Meyer, 1965

Fabien Dupoux (France) et son reportage « Démasquée de son fard », produit dans un noir et blanc somptueux, met en scène des hommes déguisés en femme. Ici comme il est si bien dit dans son court texte : « Dans les coulisses d'un opéra chinois, le jeu des miroirs laisse à deviner, sous le fard éphémère de la Comédie, les regards perdus, l'identité sexuelle d'une différence. » Illustrant magistralement par la douceur de certaines et la complexité d'autres de ses images, cette évidence : l'ultra-féminité de ces hommes attire l'attention. En parvenant à troubler nos certitudes par la beauté de son regard, il nous ouvre, complice, la porte de ce huis-clos intime et de l'ambivalence de nos désirs.

Le jeune Alejandro Perez Alvarez (Cuba) a mené trois années durant un reportage « embedded » au sein d'un cabaret transformiste de La Havane.

Les constructions photographiques de « El silencio del cuerpo » puisent autant dans le champ graphique avec des constructions savantes où les masses colorées jouent entre elles une musique aux tonalités technicolor, que dans une observation méticuleuse, bienveillante et consentie par les protagonistes.

Parmi ces derniers, l'émouvant portrait du plus ancien trans-sexuel cubain, obligé.e de s'expatrier au Brésil durant de longues années, il/elle est de retour dans son pays à présent pionnier en la matière avec le CeneSex (Centre national d’éducation sexuelle) dirigé par la fille de Raul, Mariela Castro.

Dans sa série Gender Bender Noncedo Gxekwa (Afrique du Sud), affirme la puissance de la femme et au même moment, sa capacité individuelle et collective à tordre le « genre ». Seule elle est forte et en groupe puissance 10 ! Ces « amazones » sont ainsi entièrement femmes mais elles présentent aussi une force physique authentique qui peut paradoxalement les faire craindre.

Elles ne sont plus ces « petites choses fragiles » que le mâle aime à contrôler, juchées sur des talons aiguilles, au péril de leur équilibre. L'ordre établi est renversé. Pris au piège des apparences, on hésite... Appuyée par une sérieuse maitrise technique du studio, la série machiavélique emprunte son esthétique au monde de  la mode et de la publicité qui on le sait, n'a d'autres objectifs que de chosifier la femme à des fins commerciales...

« Presqu’îl-e » de Pauline Sauveur (France) explore la transition de genre à travers un dialogue entre deux personnages (« il » et « elle »), incarnant les tensions intérieures et sociales d’une métamorphose identitaire. Structurée comme une traversée symbolique, la série retrace les étapes concrètes (traitements hormonaux, démarches administratives) et intimes (gestes, regards, langage) d’une transformation du féminin vers le masculin. La forme mêle poésie et précision documentaire pour saisir l’équilibre mouvant entre les identités passées et présentes. L’œuvre interroge la persistance de l’« avant » dans le processus de réinvention, tout en offrant une réflexion universelle sur l’appartenance et la liberté de se définir.

Joanna est d’abord une silhouette, un corps non identifiable dont Sophie Mabille (France) ne sait si elle doit dire elle ou il. Longtemps, la photographe ne fait que l’apercevoir, alors qu’elle court dans le bois, empruntant à chaque fois le même chemin. Si elle échange quelques mots avec ceux qu’elle croise régulièrement, c’est avec Joanna que se noue une amitié. C’est autant la curiosité qui conduit Sophie vers Joanna que l’image de la féminité que celle-ci renvoie au monde. Au fur et à mesure des mois, la photographe constate que Joanna est à chaque fois la même, et pourtant différente. C’est d’abord un homme qui se change en femme. Cette ambivalence la fascine. Car à travers Joanna, c’est sa propre féminité que Sophie interroge, troublée par le fait qu’elle est plus affirmée que la sienne… Ce n’est donc pas un hasard si cette chronique photographique démarre sur un “truc” de fille. “Elle arrive un jour avec une paire de cuissardes extraordinaires. Je m’entends m’exclamer : T’es trop beau, j’ai envie de te photographier, serais-tu d’accord ?” L’idée est lancée mais la première photo ne sera prise que quelques mois plus tard.

L’essai photographique de Carla Yovane « Tiempo de Vals » capture des moments intimes, cachés et parfois tumultueux entre des prostitués masculins et leurs clients dans des motels situés dans le centre de Santiago du Chili. L'industrie du sexe est l'une des plus anciennes au monde, mais dans notre société, nous essayons de garder cette réalité hors de vue.

Cet essai dépeint une vision d'un monde masculin rarement documenté. Ces images ont été prises dans des chambres avant et après que les hommes aient eu des relations sexuelles avec leur client. Elles révèlent des traces de la condition humaine et de ses sentiments intangibles. L’artiste offre une approche réfléchie sur le sujet et sur ces personnes négligées par la société.

Yomer Montejo Harrys (Cuba) est radiographe, pas photographe. Il voit au travers de nous et au delà de nos peaux. C'est peut-être cela la force et la vérité de ce travail, décharnant le sujet jusqu'à l'os, il nous livre une essence et une binarité noir et blanche. Images emblématiques d'un Cuba livré aux appétits sexuels et stéréotypés de visiteurs étrangers sans scrupules usant de la facilité obscène pour eux d'obtenir le corps de l'autre « autochtone » occupé par la recherche de tous les moyens pour survivre. Un témoignage de l'intérieur, sans jeux de mots, nimbé d'un humour grinçant et saupoudré d'une pointe de cynisme critique.

ECHOS DE GUERRES

LA NUIT DÉFIGURÉE

Une exposition de Erent accompagnée d’une performance de Jean-Pierre Hercourt et de Pascal Deleuze

Les textes qui suivent et qui accompagnent les gravures de Erent sont des voix venues d’un monde que nous connaissons bien, car elles sont universelles.

Depuis toujours nous les entendons, depuis toujours elles gravent dans nos chairs les stigmates que la guerre, que toutes les guerres produisent.

Les Gueules Cassées ne datent pas de la guerre 14/18. Cette expression que l’on doit au colonel Picot désigne les survivants de la première guerre mondiale atteint d’une ou de plusieurs blessures au visage et à la tête.

On parle aussi des blessés de la face.

En élargissant le cercle, ce sont aussi les mutilés, les enfants, les femmes, les vieillards qui subissent les dommages d’une guerre.

Les guerres d’hier et d’aujourd’hui ne diffèrent que par les techniques des armes de plus en plus sophistiquées des belligérants. Mais les blessures, les souffrances, n’ont pas changé.

Ce projet est un hommage à toutes les victimes des guerres. Les vainqueurs autant que les vaincus, les soldats autant que les civils.

La nuit défiguréeGueules cassées

Toutes les guerres Se ressemblent

L’une attaque

L’autre se défend

On compte alors les morts

La vie toujours nous échappe

André

J’ai juste le souvenir d’un grand éclair aussi vif que la lame d’un rasoir. Puis l’obscurité aussi longue, mais pas autant que l’éternité.

J’ai crié, mais je ne me suis pas entendu.

Je n’ai rien compris !

Je devais être mort. Déjà mort ou quelque chose comme ça !

L’éternité

C’est pour que ça dure

Longtemps.

Plus tard les mots sont venus.

Bouilli

Brisé

Vivant

Chance

Miracle

Visage

HERCOURT ERENT

Pas plus que cette guerre je n’ai choisi ma gueule. Cet obus qui m’a ouvert la tête, du nord au sud et défiguré au point de non-retour.

Un rêve ?

Une réalité ?

Suis-je encore moi ?

Suis-je toujours moi ?

Suis-je ?

Qui suis-je ?

Ma mère m’avait fait un visage, un joli visage que les filles trouvaient agréable. Je m’en souviens encore.

J’ai beaucoup pleuré. Plus maintenant la source est tarie comme on dit.

Maman est partie !

Je suis content qu’elle ne m’ait pas vu avec cette sale gueule. Je crois qu’elle en serait morte de chagrin !

On ne fait pas des enfants

Pour en faire

De la chair à canon !

La Jeune Fille au Chevreau

Au début, il y a eu « l'Histoire de la Battue », peinture de Gérard Lattier qui m'a profondément marqué et donné l'envie de creuser cette histoire... Marcel Courbier, artiste Nîmois, Prix de Rome, propriétaire de la maison où vivait jeune le peintre conteur Gérard Lattier, est le sculpeur du groupe nommée « La jeune fille au chevreau». Cette œuvre sera présentée à Paris au salon de 1926 puis exposée dans les Jardins de la Fontaine. En 1942, elle est partiellement mutilée puis à nouveau en 1944. « elle sera déposée et stockée par les services municipaux dans un local du jardin de la Fontaine. À ce jour, personne ne sait où sont passés ces vestiges.» (source : Georges Mathon, mars 2008, Némausensis). A la demande d'un industriel, une copie en bronze de taille réduite par rapport à l'original est produite en 1943 et montrée à l'occasion d'une exposition des Beaux-Arts de Nîmes.

Dernière apparition publique : durant l’exposition « LE TEMPS DE LA GUERRE » aux Archives Départementales du Gard (exposition du 14/10/2025 au 31/05/2027).

Mais qui était le modèle ? Elle se nomme Marcelle Battut, c'est une jeune fille nîmoise de 17 ans. Plus tard durant la 2nde guerre mondiale, elle fréquente les dirigeants Nazis de la place de Nîmes.

« A la libération, accusée d'avoir eu une relation avec un officier Allemand, la jeune femme sera tondue et exécutée. Peu après cet événement, des éléments nouveaux vont sortir... rumeurs ou preuves d'innocence : nul ne le saura. La justice des vainqueurs ne sera jamais remise en cause. » (source : Georges Mathon, mars 2008, Némausensis).

Gérard Lattier donne à voir l'unique relique demeurant de la statue La Jeune Fille au Chevreau

Oeuvre LATTIER

L'oeuvre de Gérard Lattier se référant à l'histoire de la jeune fille, Marcelle Battut, ayant posé comme modèle pour Marcel Courbier, sculpteur de l'oeuvre détruite.

Carte postale issue du fond des archives départementales, coloriée par Patrice Loubon
Photographie de Jean Richard (c.1960), grand-père de Patrice Loubon
La statue détruite (c.1970), Hervé Collignon
La statue vue de la grotte, Jardins de la Fontaine, Hervé Collignon

Evelyne COILLOT

Les éditions La fabrique du signe, à propos !

Transmettre, c'est ce qui m'intéresse.

La fabrique du signe est une maison d’édition écocompatible fondée en 2020, basée à Toulouse, associative et indépendante de livres-objets de photographies contemporaines, qui publie à compte d’éditrice et dans un sens de l’exigence photographique, graphique et textuelle.

Je suis la fondatrice, directrice éditoriale, designer graphique et aussi photographe auteure. J'ai toujours travaillé avec le regard.

Nos choix éditoriaux se sont portés sur deux lignes : l’intime. La seconde ligne ce sont les territoires du Sud, une attention spéciale pour le pourtour Méditerranéen. Née à Marseille, j'ai passé ma petite enfance en Libye. Il y a le mot «fabrique» dans notre nom. Nous fabriquons des livres comme des artisans, 6 à 9 mois de design graphique, le temps d’une direction artistique affirmée en collaboration avec l’auteur.e.

La particularité du livre-objet est corrélée à l’univers de l’auteur. Chaque livre-objet est une remise en question de la création du format, que cela soit pour le fond et la forme conceptualisées.

Mes livres-objets façonnés en cahiers cousus au fil de couleur ont une reliure suisse, et enveloppante pour  Zone sensible. Ils sont en série hyper limitée, bilingues, numérotés et signés. Nous pratiquons la charte de l’écologie du livre: Impression, sur des papiers labellisés FCS, en France à 400km du siège, édition limitée et à compte d’éditeure. Au cours d’une AG en 2024, il a été décidé d'ouvrir l'édition à des publications qui font sens, en lien avec le social, tout en priorisant notre qualité graphique. Le livre élaboré avec la Ligue des Droits de l’Homme de Toulouse sur le sans-abrisme, rassemble plusieurs parties distinctes. Un profond travail d’édition s’est engagé pour designer ce projet hybride, et montrer les différentes approches par un langage visuel différencié par la typographie et la colorimétrie.

Nous accueillons les projets photographiques individuels en vue d’une possible édition.

Si c’est une structure culturelle, nous sommes ouvertes à des coéditions, des coproductions.

Evelyne Coillot Editrice / fondatrice / designer graphique / maison d'édition de livres-objets éco-compatibles de photographies contemporaines / courriel : lafabriquedusigne@gmail.com téléphone : 0781 351 822

« EDITIONS LA FABRIQUE DU SIGNE »

Une ou deux choses :

Deux années de suite, j'ai proposé à la Drac une exposition sur l’architecture du XXème siècle, en lien avec Journées Européennes du Patrimoine. J’ai été la commissaire d’exposition de 10 photographes de la région et pour la plupart professionnels, en coordination avec la Drac Occitanie et le CAUE 31, pendant les Journées Européennes du Patrimoine.

Après une invitation par l'Institut Français de Rabat au Maroc au salon du livre, le SIEL, j’ai créé un programme d’échange d’exposition de femmes photographes entre les 2 rives.

Deux livres-objets

Ce qui nous fait sens : Pour la défense de notre indépendance culturelle, La fabrique du signe est membre de l’association des Éditeurs de la Région Occitanie (ERO) et de la Fédération de l’Édition Indépendante (FEDEI).

Créée en 2020, La fabrique du signe subit de plein fouet les rigueurs imposées à la culture et propose une adhésion libre, en soi une participation à la pérennisation de l’association.

Nos projets En 2026dansle sens de la démocratie culturelle qui nous tient à cœur, je vous annonce la création d’une collection de livres de photographies petit format à forte identité visuelle. Priorité sera donnée aux femmes photographes dotées d’une écriture photographique forte.

«OCCASIONS» André Mérian, Brice Matthieussent, présente une toute nouvelle écriture photographique de l’auteur, toujours en remise en question, autour d’objets collectés près de chez lui à Marseille, dans les conteneurs ou sur les trottoirs. André Mérian vit et travaille à Marseille. Il expose régulièrement en France et à l’étranger, ses travaux font parties de collections publiques et privées, et font l’objet de différentes monographies. Il est représenté par La Galerie Les Douches à Paris. En 2009, il est nominé au prix découverte aux Rencontres Internationales de la photographie en Arles.

Brice Matthieusent est écrivain, traducteur (Bukowski, Jim Harrisson..) et éditeur. Il est aussi professeur d'esthétique et auteur de plusieurs essais critiques.

«Zone sensible» Entre la rencontre du Burkina Faso et la richesse des médiums employés en liberté autour de la photographie: gouache, calligraphie et monotype, c’est un univers particulier qui s’offre à notre regard, une certaine humanité imaginaire qui amène à la métaphysique. Théo Renaut vit entre Toulouse et Ouagadougou. Il a commencé à travailler dans l’univers de l’image à partir de 16 ans en temps qu’assistant caméraman où il découvre le Burkina Faso. En 2013, il décide de s’y installer. Il y restera environ trois ans. Travaillant sur l’actualité pour la presse, ses photos sont publiées dans des magazines tels que le NY times, Guardian, Sunday Times, le Monde, Libération… il développe en parallèle plusieurs projets au long court.

Du lundi au vendredi de 13h à 18h 1, cours Némausus 30000 Nîmes

Galerie NegPos
cours Nemausus, Nîmes

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