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Un jardin en permaculture rassemble un potager et un espace dĂ©volu aux fruits, verger ou haies fruitiĂšres mixtes. Une serre ou un petit tunnel, voire un simple chĂąssis, permettra de produire ses jeunes replants de lĂ©gumes, dâaromates ou de fleurs, et, en Ă©tĂ©, de cultiver des plantes, comme le melon, particuliĂšrement exigeantes en chaleur. La basse-cour abrite des poules, Ă©ventuellement des canards. Deux ou plusieurs ruches domestiques sont installĂ©es en pĂ©riphĂ©rie. Au-delĂ de quinze ares, le jardin se fait mini-ferme. Un petit espace dĂ©diĂ© permet alors de cultiver des cĂ©rĂ©ales, tant pour lâalimentation humaine que celle des animaux domestiques. Un terrain de trĂšs grande taille inclura des zones naturelles de diversification, mare, prairie fleurie et boqueteau.
Un jardin en permaculture : pourquoi faire ?
Avant mĂȘme de se soucier de la façon de concrĂ©tiser son projet, il convient de sâinterroger sur sa finalitĂ©. DĂ©marche introspective et trĂšs personnelle, cette interrogation est souvent portĂ©e par un projet de vie. Câest alors moins la question « Quâest-ce que je souhaite comme jardin ? » qui prime que « Quelle est la vie que je souhaite vivre ? » Le jardin projetĂ© se prĂ©sente alors comme une rĂ©ponse Ă des objectifs de vie qui en composent la vĂ©ritable trame.
Un jardin en permaculture : comment faire ?
Une fois les desseins clarifiĂ©s, le projet peut se matĂ©rialiser. Le plus facile â le plus efficace aussi â est dâĂ©tablir un dessin de type « plan de jardin » dâautant plus Ă©laborĂ© que le terrain qui accueillera le jardin est grand. Ce plan â un simple croquis parfois â dĂ©finira les grandes zones qui composeront votre futur jardin.
Le concept de design est trĂšs prĂ©sent en permaculture. Il relĂšve moins dâune activitĂ© de jardinage Ă proprement parlĂ© que dâun travail de prĂ©paration et de rĂ©ïŹexion Ă©tabli sur des bases Ă©thiques, introspectives, relationnelles et Ă©cologiques. Il constitue Ă la fois le substrat et lâinfrastructure qui permettra Ă votre futur jardin de sâĂ©panouir pleinement. Tout y est examinĂ©, des motivations de dĂ©part aux objectifs Ă court, moyen ou long terme. Une observation ïŹne permettra dâapprĂ©hender les particularitĂ©s dâordre climatique et pĂ©dologique et, plus gĂ©nĂ©ralement, tout ce qui compose les singularitĂ©s du terrain sur lequel doit sâĂ©tablir le jardin. Sont Ă©galement pris en compte les paramĂštres Ă©conomiques, comme les coĂ»ts gĂ©nĂ©rĂ©s par le projet ou la disponibilitĂ© nĂ©cessaire Ă la conduite du jardin. Dâun point de vue formel, il se concrĂ©tise par un plan de jardin annotĂ©, vĂ©ritable feuille de route destinĂ©e Ă la mise en place du futur jardin.
Les bonnes dĂ©cisions naissent dâune observation minutieuse. Plusieurs semaines â plusieurs mois parfois â sont nĂ©cessaires pour apprĂ©hender les singularitĂ©s que recĂšle le terrain destinĂ© Ă devenir jardin. Quels sont les endroits qui se rĂ©chauffent en premier lieu au printemps ? OĂč la terre conserve-t-elle sa fraĂźcheur en Ă©tĂ© ? Existe-il des couloirs venteux ? Il faudra Ă©videmment pointer les atouts que possĂšde votre terrain afin de les optimiser lors de la mise en place du jardin. Mais les faiblesses, les manques et les imperfections observĂ©s sont au-moins aussi importants et, dâune certaine façon, ce sont eux les vĂ©ritables tremplins du projet. Pour citer le mot de Bill Mollison, co-fondateur du concept de la permaculture1, « le problĂšme est la solution ».
La maison dâhabitation compose le centre de gravitĂ© du projet. Autour de cette zone zĂ©ro, le jardin se dĂ©ploie en plusieurs cercles concentriques. Le premier, qui enveloppe la maison, est le lieu de vie au quotidien qui regroupe toutes les activitĂ©s qui nĂ©cessitent une prĂ©sence suivie et rĂ©guliĂšre comme le jardin dâagrĂ©ment, les aromates, les chĂąssis ou la petite serre. Plus loin, le second cercle regroupe le potager et la basse-cour qui nĂ©cessitent une prĂ©sence plus soutenue sans nĂ©cessairement ĂȘtre quotidienne. Une troisiĂšme zone rassemble les parties du jardin requĂ©rant une prĂ©sence occasionnelle ou saisonniĂšre comme le verger, les ruches, voire
la petite parcelle cultivée en céréales. Une ou deux zones gardées sauvages et peu entretenues enserrent les trÚs grands jardins, regroupant mare, boqueteau et prairie.
Ă la fois potager, verger, mini-ferme et lieu dâagrĂ©ment, un jardin en permaculture est un espace composite. Il faudra nĂ©anmoins sâefforcer de relier harmonieusement les divers univers qui le composent, ne serait-ce que pour faciliter la circulation entre eux et les dĂ©placements. Ces lieux de transition composent de petits espaces riches de possibilitĂ©s. Ils sont mis Ă profit pour cultiver de petites quantitĂ©s de vĂ©gĂ©taux dĂ©licats Ă implanter ailleurs du fait de leurs exigences particuliĂšres.
Si un jardin permacole ne se contente pas dâĂȘtre un jardin alimentaire, la production et la rĂ©colte des lĂ©gumes, des plantes condimentaires et des fruits y est nĂ©anmoins essentielles. Jardiner en permaculture, câest avant tout rĂ©colter, et rĂ©colter abondamment.
La culture et la rĂ©colte de lĂ©gumes, des plantes condimentaires et des fruits y prennent une place dĂ©terminante. Diversifier les mises en culture ne prĂ©sente guĂšre de difficultĂ© puisquâune cinquantaine dâespĂšces lĂ©gumiĂšres et une trentaine de plantes condimentaires, ainsi quâune dizaine de fruits Ă pĂ©pins ou Ă noyaux et une quinzaine dâespĂšces Ă petits fruits sont communĂ©ment cultivĂ©s dans nos jardins. Un jardin en permaculture Ă©largit par ailleurs volontiers ses productions alimentaires en adoptant des cĂ©rĂ©ales ou en implantant une petite basse-cour, voire 2 ou 3 ruches domestiques.
Certains lĂ©gumes, comme les tomates, les carottes ou les laitues sont trĂšs populaires et prĂ©sents dans tous les potagers. Dâautres, comme le cerfeuil tubĂ©reux, le fenouil bulbeux ou la claytone de Cuba sont plus insolites. Si la durĂ©e de culture des radis ou des laitues Ă couper ne dĂ©passe 2 mois, celle des poireaux ou du panais nĂ©cessite une annĂ©e complĂšte. Les asperges, elles, se maintiennent au potager une quinzaine dâannĂ©e au moins. La partie consommĂ©e des lĂ©gumes change selon lâespĂšce : feuilles, parties souterraines (racines ou tubercules), fruits, jeunes pousses
et mĂȘme les fleurs â ne serait-ce que pour lâartichaut. La plupart se cultivent entre le printemps et les premiĂšres gelĂ©es, mais quelques lĂ©gumes que les froids nâincommodent pas se maintiennent Ă lâextĂ©rieur et se rĂ©coltent tout lâhiver. Cueillis en automne, les potirons, les potimarrons et les diverses courges musquĂ©es sont descendus en cave et sây maintiennent jusquâau printemps. Beaucoup de lĂ©gumes- racines se rĂ©coltent avant les premiers froids et se conservent en cave ou en silo. Par ailleurs, dâautres moyens de conservation â congĂ©lation, stĂ©rilisation en bocaux â Ă©largissent eux aussi les pĂ©riodes de consommation.
Les radis, les carottes de saison et de conservation, le panais, lâĂ©pinard, les laitues Ă couper et les mescluns, la mĂąche, tous les navets, les pourpiers dâĂ©tĂ© et dâhiver, ainsi que les fĂšves, les petits pois et les haricots se sĂšment directement en place au potager. Le temps entre le semis et la cueillette est en gĂ©nĂ©ral assez court et lâabsence de repiquage simplifie leur mise en culture.
La plantation permet de raccourcir la pĂ©riode qui sĂ©pare la mise en place et la rĂ©colte tout en limitant les contraintes en culture. Optionnelle pour la betterave rouge, le rutabaga, les laitues Ă couper et certaines plantes de la famille des choux, elle est indispensable pour les lĂ©gumes exotiques comme la tomate, lâaubergine et le poivron qui, semĂ©s directement en place, peineraient Ă mĂ»rir leurs fruits sous nos latitudes. Selon le cas, la plantation se fait en mini-mottes (cĂ©leri-rave et cĂ©leribranche, chicorĂ©es, choux, fenouil bulbeux et laitues) ou en jeunes plants Ă©levĂ©s en pots (artichaut, aubergine, concombre et courges, courgette et pĂątisson, melon, poivron et tomate). La plantation se fait en mini-motte ou en pot et nĂ©cessite une multiplication anticipĂ©e sous abri (chĂąssis, serre ou serretunnel) ou lâacquisition du jeune replant auprĂšs du commerce horticole.
Les plantes condimentaires rassemblent elles aussi des espĂšces trĂšs rĂ©pandues comme lâaneth, le basilic, la ciboulette, la coriandre, lâorigan et la marjolaine, le persil plat ou frisĂ©,
la sauge et le romarin, le thym et le serpolet, et dâautres plus surprenantes comme le raifort, la verveine citronnelle ou la citronnelle de Madagascar. Ce sont gĂ©nĂ©ralement les feuilles qui sont consommĂ©es, les racines parfois (raifort, persil tubĂ©reux) ou les bulbes (ail, Ă©chalote et oignon). Selon le cas, elles sont semĂ©es en place ou repiquĂ©es.
Un simple abri couvert et transparent Ă la lumiĂšre suffit pour avancer les rĂ©coltes de quelques semaines au printemps et pour les retarder dâautant en automne. Il permet en outre la culture estivale de lĂ©gumes trĂšs exigeants en chaleur comme le melon et, en hiver, assure la protection hivernale des lĂ©gumes et condimentaires vivaces ou bisannuels fragiles au duo froid/humiditĂ©. Cette conduite parfaitement naturelle â aucune Ă©nergie fossile nâest requise â est tout Ă fait compatible avec les principes de la permaculture. Dâautant que lâabri se rĂ©vĂšle un outil indispensable pour produire soi-mĂȘme son jeune replant au printemps.
Les fraises, les framboises, les groseilliers Ă grappe et Ă maquereau sont frĂ©quemment cultivĂ©s en bordures de potager. La plupart se conduisent en forme libre, mais les kiwis, les mĂ»res des jardins ou le raisin de table demandent une structure palissĂ©e. CultivĂ©s en tige, les grands arbres fruitiers Ă pĂ©pins (pomme, poire et coing) ou Ă noyaux (cerise, abricot, pĂȘche et diverses prunes) sont regroupĂ©s en verger ou en haies fruitiĂšres.
Un jardin en permaculture ne laisse rien traĂźner derriĂšre lui. Les reliquats gĂ©nĂ©rĂ©s par les cultures â feuilles, pousses, racines, rĂ©coltes non consommĂ©es â sont rĂ©injectĂ©s dans le jardin via le compostage, en tas ou en surface. Ce recyclage systĂ©matisĂ© permet trĂšs Ă©lĂ©gamment de transformer en ressources ce qui passait encore il y a peu de temps pour de simples dĂ©chets.
Les parties consommables des plantes rĂ©coltĂ©es sont utilisĂ©es en cuisine, le reste â Ă©pluchures diverses, fanes, dĂ©chets de lĂ©gumes et de fruits gĂątĂ©s ou non rĂ©coltĂ©s â retourne au jardin. De mĂȘme pour les peaux et les Ă©corces des fruits non produits au jardin, comme les bananes, les citrons ou les oranges, mais aussi le marc de cafĂ© et les restes infusĂ©s de thĂ©. Divers dĂ©chets issus de la maison, comme les cendres de bois, les essuie-tout et les serviettes en papier ou le papier journal, sont eux aussi recyclĂ©s. De plus, lâentretien du jardin gĂ©nĂšre une grande masse de matĂ©riaux organiques : branches taillĂ©es, feuilles mortes de lâautomne, herbes de tontes, fleurs fanĂ©es, mottes de plantes annuelles ou bisannuelles parvenues au terme de leur floraison et arrachĂ©es, etc. En cas de remaniement total du jardin â en faisant Ă©voluer un gazon en potager par exemple â, vous pouvez rĂ©cupĂ©rer les mottes de gazon et les entasser en tas mĂ©langĂ© de terre pour fabriquer un terreau de structure proche de celle du loam. De fait, toutes les rĂ©cupĂ©rations cellulosiques ou ligneuses sont soigneusement collectĂ©es et rĂ©utilisĂ©es. En outre, certaines plantes comme lâortie, les fougĂšres, la consoude, le sureau, la tanaisie, lâachillĂ©e, la prĂȘle, la camomille, le pissenlit ou
la valĂ©riane sont rĂ©putĂ©es activantes et Ă©quilibrantes. Les dĂ©jections de poules issues de la basse-cour et les coquilles dâĆufs retournent elles aussi au jardin. Lâenvironnement proche et les voisins, en particulier en zone rurale, pourront mettre Ă votre disposition les matĂ©riaux organiques qui les encombrent, vieux foin inutilisĂ©, pailles de plus dâun an, fumier non Ă©pandu ou divers broyats de vĂ©gĂ©taux issus de lâentretien des collectivitĂ©s.
Le recyclage consiste Ă rĂ©injecter ces dĂ©chets minĂ©raux ou organiques dans le circuit cultural. Ceux Ă dĂ©composition rapide, comme les Ă©pluchures ou les fanes de lĂ©gumes, sont directement rapportĂ©s Ă la terre. Les autres nĂ©cessitent gĂ©nĂ©ralement un apprĂȘt particulier avant rĂ©utilisation au jardin.
Le compostage en tas consiste Ă rĂ©server les matĂ©riaux organiques pour leur faire subir une premiĂšre dĂ©composition avant utilisation au jardin. Toutes les rĂ©cupĂ©rations organiques sont entassĂ©es dans un endroit discret du jardin, plutĂŽt Ă lâombre. Si vous avez soin dâalterner les matĂ©riaux organiques riches en
carbone (paille, feuilles mortes, branches fines ou broyĂ©es) et ceux bien pourvus en azote (tontes, dĂ©chets de cuisine, fumier non pailleux), la dĂ©composition sera plus homogĂšne et plus rapide. De mĂȘme, ajouter rĂ©guliĂšrement quelques pelletĂ©es dâancien compost permet dâ «ensemencer » le nouveau tas et de hĂąter la dĂ©composition. Plus le volume de matĂ©riaux organiques est important, meilleur sera le compost obtenu.
IdĂ©alement, un tas de matĂ©riaux organiques compostĂ©s devrait ĂȘtre retournĂ© 3 fois pendant le cycle de fermentation. Notez par ailleurs que le rendement en volume dans la fabrication du compost est de lâordre de 1/3 (100 kg de matiĂšres vertes vous permettent de rĂ©cupĂ©rer entre 30 et 35 kg de compost) ce qui est assez faible. La fabrication dâun compost jeune requiert 3 Ă 6 mois, celui dâun compost intermĂ©diaire 6 Ă 9 mois et celui dâun compost mĂ»r 9 Ă 12 mois ou plus.
Le compostage en surface permet une intĂ©gration progressive de la matiĂšre organique fraĂźche. Les divers matĂ©riaux organiques sont alors posĂ©s sur la terre â et non enfouis â, Ă charge pour la faune et la flore quâabrite le sol de les « digĂ©rer ». Si le recours au compostage en surface est moins rĂ©pandu que le compostage en tas, il doit cependant ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ© chaque fois que câest possible. Câest la façon la plus naturelle de recycler ses dĂ©chets organiques, la moins contraignante, la plus Ă©conome et pas la moins efficace puisquâelle permet de produire un humus de qualitĂ© en limitant les pertes de carbone.
⊠ou au moyen dâun composteur
Il nây a guĂšre de diffĂ©rence en matiĂšre de rĂ©sultat entre le compost obtenu par compostage en tas et celui fabriquĂ© Ă lâaide dâun composteur. Simplement, lâutilisation dâun composteur est plus Ă©lĂ©gante et, de ce fait, plus adaptĂ© aux petits jardins de ville. Selon le cas, fabriquez-le vous-mĂȘme avec de vieilles palettes ou une structure grillagĂ©e (carrĂ© ou circulaire), ou mettez en place un composteur du commerce en bois ou en plastique recyclĂ©. Pour des raisons pratiques, installez 2 ou 3 composteurs plutĂŽt quâun seul, chacun abritant un compost Ă un stade dâĂ©volution diffĂ©rent.
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Adepte du jardin nourricier, Robert Elger produit ses propres lĂ©gumes, fruits et condiments. Il souhaite proposer une façon de jardiner simple, peu coĂ»teuse, naturelle et efficace. Il collabore rĂ©guliĂšrement Ă la revue Rustica et a dĂ©jĂ publiĂ© plusieurs livres aux Ă©ditions Rustica dont DĂ©couvrir la permaculture, Le calendrier de la permacultureâŠ
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