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L A SA N T É SA N S TA B O U

L A SA N T É SA N S TA B O U

Les docteurs Pierric Giraud et Sylvie Chauvet vous donnent les clés pour comprendre le fonctionnement de cette maladie et pour mieux la vivre au quotidien (gestion de la crise, traitement de fond, thérapies complémentaires…). Associant rigueur scientifique et approche bienveillante et empathique, les auteurs abordent le sujet sans tabou. De nombreux cas cliniques et témoignages complètent le livre, apportant aux explications médicales un regard humain et pratique sur cette maladie.

Pierric Giraud est neurologue, chef de service du Centre d’étude et de traitement de la douleur à Annecy, spécialisé dans la prise en charge et le traitement des migraines et céphalées. Il est membre de l’International Headache Society (IHS) et de la Société française d’études des migraines et céphalées (SFEMC). Sylvie Chauvet est médecin généraliste, spécialisée dans la prise en charge de la migraine et des douleurs chroniques. Elle exerce actuellement dans un hôpital à Genève, où elle pratique aussi l’hypnose médicale. Elle est membre de la Société française d’études des migraines et céphalées (SFEMC), de la Société suisse pour l’étude de la douleur (SSED) et de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD).

La migraine Dr Pierric Giraud neurologue Dr Sylvie Chauvet algologue

Dr Pierric Giraud et Dr Sylvie Chauvet

Si tout le monde a entendu parler de la migraine, peu de personnes font la distinction entre cette affection et un simple mal de tête. Pourtant, il s’agit d’une vraie maladie, complexe et difficile à diagnostiquer, touchant 12 à 16 % de la population, soit plus d’une personne sur dix.

La migraine

Une collection pour bien comprendre les maladies complexes, chroniques ou invalidantes et mieux les vivre au quotidien.

14,95 € Illustrations : Emmanuelle Teyras

MDS : MN00207

www.mangoeditions.com

COUV migraine finale.indd 1

02/07/2019 10:51


Sommaire Introduction.................................................................. 4 Idées reçues sur la migraine........................................ 6 Selon vous, qu’est-ce que la migraine ?.......................................... 6 Questionnaire de dépistage de la migraine.................................. 15

Un peu d’histoire, la migraine à travers les âges...... 17 La migraine durant l’Antiquité.........................................................17 Du Moyen Âge à nos jours................................................................ 21 Les hommes et femmes célèbres affectés par la migraine........24

La migraine en mots : les signes cliniques............... 27 Les différents types de migraines..................................................29 Quelques migraines particulières...................................................56

Que se passe-t-il dans le cerveau lors d’une migraine ?...........................................................61 La céphalée migraineuse et l’activation du système trigémino-vasculaire...................................................62 L’aura migraineuse et la dépression corticale envahissante (ou dépression corticale propagée)............................................... 67 Comment faire un lien entre cette dépression corticale et l’activation du système trigémino-vasculaire, autrement dit l’apparition de la douleur migraineuse après l’aura ?............69

Les migraineux, combien et qui sont-ils ?............... 72 Quelle proportion de personnes souffre de maux de tête ?..........72 Quelle est la fréquence de la forme chronique de la migraine ?.................................................................................. 79 Qui sont les migraineux ?.................................................................80

La migraine sous influences...................................... 84 Migraine et génétique......................................................................84 Migraine et hormones féminines....................................................86

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L’impact de la migraine................................................91 L’impact individuel de la migraine.................................................. 91 L’impact socio-économique de la migraine.................................. 97 Un fardeau qui s’alourdit quand la migraine devient chronique...........................................................................100

Et si ce n’est pas une migraine, qu’est-ce donc ?..... 105 Les céphalées secondaires...........................................................108 Les céphalées primaires................................................................ 109

Quand, qui, et pourquoi consulter ?.........................118 Quand consulter ?............................................................................118 Qui consulter ?..................................................................................119 Pourquoi consulter ?.......................................................................119

Les examens complémentaires............................... 125 Une imagerie cérébrale (scanner ou IRM) ?................................ 127 L’imagerie du rachis cervical......................................................... 130 L’échographie abdominale............................................................. 130 L’avis ophtalmologique....................................................................131 L’avis ORL.......................................................................................... 133

Comment soigner et soulager la migraine ?.......... 135 Les premières mesures pour minimiser la crise......................... 136 Les traitements médicamenteux................................................. 138 Les stratégies et traitements non médicamenteux.................. 150

Conclusion...........................................................................156 Glossaire............................................................................. 158 Bibliographie et sites internet..........................................159 Les auteurs......................................................................... 160

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sommaire

Migraine et troubles anxieux, ou troubles de l’humeur............... 87 Migraine et tabac...............................................................................88 Migraine et pathologies du sommeil..............................................89 Migraine et autres maladies............................................................89


Introduction La migraine, si elle est une affection fréquente, demeure tout de même complexe. Il est en effet difficile pour la plupart des gens de faire la distinction entre un mal de tête, une céphalée, une migraine… Par ailleurs, on a parfois tendance à utiliser les termes un peu à tort et à travers. Une personne sur sept dans le monde souffrirait de migraine. En effet, les études épidémiologiques estiment que 12 à 16 % de la population est touchée par la migraine sous ses différentes formes, ce qui représente plus de sept millions de personnes en France. Cependant, nombre d’entre elles ne se savent pas migraineuses, et elles ne font donc pas la démarche de consulter. Le diagnostic de cette maladie est encore trop souvent retardé ; souffrance et altération de la qualité de vie sont fréquemment dues à l’absence de traitements appropriés. Parfois, c’est une automédication abusive qui entretient un cercle vicieux de la douleur et expose à des risques sévères. Selon l’intensité et la fréquence des crises, la migraine peut se révéler extrêmement invalidante. Ainsi, l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé) reconnaît la migraine comme l’une des affections neurologiques les plus invalidantes, se hissant au troisième rang de celles-ci.  Nous allons dans ce livre vous expliquer pas à pas ce qu’est la migraine, comment la reconnaître, comment la différencier d’autres céphalées, comment la prévenir, et comment soulager au mieux la crise pour mieux vivre avec cette maladie. 

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5 sommaire


Idées reçues sur la migraine Selon vous, qu’est-ce que la migraine ? Vous avez ouvert ce livre ; le sujet vous intéresse donc. Peut-être la migraine vous concerne-t-elle personnellement ou touche-t-elle l’un de vos proches ? Mais que savez-vous exactement de la migraine ? Quelles idées ce mot véhicule-t-il ? Faites le point avec ce petit questionnaire pour savoir si vos connaissances sont exactes ou si, comme beaucoup de personnes, la migraine vous connaît mieux que vous ne la connaissez.

Vrai ou faux ? 1. Céphalées ou migraines veulent dire la même chose. 2. La migraine n’est pas une véritable maladie. 3. La migraine signifie douleur de la moitié de la tête. 4. La migraine ne concerne que les femmes. 5. La migraine peut toucher les enfants dès leur plus jeune âge. 6. Avec la migraine, il y a toujours des vomissements. 7. J’ai des crises de foie et parfois très mal à la tête : ça vient de la vésicule. 8. Le chocolat est une des causes de la migraine. 9. La migraine est en partie d’origine génétique. 10. Chez la femme, la migraine guérit avec la ménopause. 6


Idées reçues

11. Les uns me disent que j’ai des migraines, les autres que ce sont des céphalées de tension. Seule une IRM permettra de le savoir. 12. J’ai essayé une fois de prendre un triptan, mais je l’ai vomi et j’étais vraiment mal après. Je suis donc intolérant aux triptans et je ne dois pas en reprendre. 13. Le triptan est un médicament fort. 14. Les traitements préventifs de la migraine sont contraignants ; de plus, si on a une migraine, on ne peut plus prendre de traitement en cas de crise. 15. On peut guérir de la migraine. Toutes ces questions et bien d’autres balisent tôt ou tard le parcours du migraineux ou de son entourage, elles méritent que l’on s’y arrête.

Réponses Q1. Céphalées ou migraines veulent dire la même chose. Faux. Céphalée est un terme générique qui veut simplement dire « mal de tête ». La migraine désigne une forme particulière de céphalées, sans cause apparente, qui survient notamment par crises, avec des signes spécifiques (voir p. 31). La migraine répond à une définition internationale consensuelle, fondée sur des critères précis et stricts. C’est une céphalée pulsatile évoluant par crises, souvent unilatérale, associée à une gêne au bruit et à la lumière, à des nausées ou à des vomissements. Cette définition est traduite en de nombreuses langues et est disponible sur le site de l’International Headache Society1. C’est la plus fréquente des céphalées primaires, c’est-à-dire des céphalées sans cause sous1. www.ihsjacente avérée. Il s’agit d’une des formes les plus com- headache.org/ munes de céphalées. ichd-guidelines/ 7


Q2. La migraine n’est pas une véritable maladie. Faux. La migraine est considérée comme une maladie. Même si elle n’est pas mortelle, elle peut être très invalidante. Elle est, selon l’OMS, la troisième maladie neurologique la plus invalidante en termes de qualité de vie et d’impact socio-économique, en raison de la baisse de productivité et de l’absentéisme (voir p. 91). Elle concerne 12 à 16 % de la population2. Q3. La migraine signifie douleur de la moitié de la tête. Vrai et faux ! Si le migraineux décrit en effet très souvent une douleur d’un côté de la tête, d’autres localisations sont possibles : douleur aux deux tempes, dans toute la tête, ou uniquement autour d’un œil. Parfois, la douleur peut aussi siéger dans la région postérieure de la tête, dite région occipitale. Ainsi, dans les critères de définition de la migraine rapportés au chapitre « La migraine en mots » (voir p.  27), la localisation de la douleur à un hémicrâne (c’est-à-dire sur la moitié de la tête) n’est pas un critère indispensable. Pour retenir le diagnostic de migraine, on convient qu’il est nécessaire que soient présents deux des quatre critères suivants : une topographie unilatérale de la douleur, une intensité modérée à sévère, une aggravation de la douleur lors d’efforts physiques, le caractère pulsatile de la douleur. Q4. La migraine ne concerne que les femmes. Faux. Les hommes sont aussi victimes de migraines. Cependant, ils sont trois fois moins nombreux que les femmes entre l’adolescence et la ménopause. En effet, durant cette période de fertilité, les femmes connaissent souvent des crises plus fréquentes et plus intenses, en lien avec les fluctuations des hormones www.who.int/ féminines.

2. mental_health/ neurology/ headache/

8


9 Le diaGnostiC


Que se passe-t-il dans le cerveau lors d’une migraine ? Il est bien légitime de vouloir comprendre pourquoi surviennent de telles crises douloureuses, pourquoi rien ne permet de les « prouver », pourquoi elles n’ont pas toujours de facteur déclencheur évident, et pourquoi, lorsque la crise est finie, il n’en reste souvent plus rien de tangible, à l’exception peut-être d’une grande fatigue et d’un très grand ras-le-bol ! Ce qui est mal connu ou mal expliqué entretient souvent le doute et l’anxiété. Aussi, essayer de comprendre, même s’il est complexe, le mécanisme de la migraine, peut aider à mieux l’accepter, à mieux vivre « avec elle » ou « en dépit d’elle ». Pour commencer, il faut bien admettre que notre cerveau, à de nombreux égards, recèle des parts incontrôlables et indomptables, et que l’on ne peut être totalement maître du jeu. Il faut aussi savoir qu’il n’existe pas de modèle de la migraine chez l’animal, permettant des études de la douleur migraineuse comme on peut le faire pour d’autres maladies douloureuses. Seul le phénomène de l’aura migraineuse a pu être reproduit chez le lapin. Les progrès de la neurologie et des neurosciences ainsi que les nouvelles techniques d’imagerie cérébrale ont permis des avancées dans la compréhension des mécanismes de la migraine. Même s’il persiste encore une part d’inconnue, on peut comprendre aujourd’hui que la migraine est un phénomène cérébral complexe. Retenons avant toute chose qu’au cœur du système qui s’ébranle dans la crise de migraine, il existe deux acteurs essentiels : les 61


vaisseaux et le système nerveux cérébral. La crise migraineuse est une sorte de dysfonctionnement de ces deux acteurs. Les vaisseaux sont dilatés (vasodilatation) lors de la période douloureuse ; le système nerveux transmet la douleur à différentes structures du cerveau. Diverses substances, déjà naturellement présentes dans le cerveau, comme la sérotonine, sont impliquées durant la crise et libérées dans l’organisme.

La céphalée migraineuse et l’activation du système trigémino-vasculaire La nociception (perception de la douleur) de la région de la tête est véhiculée par un nerf appelé le nerf trijumeau. Ce nerf est pair et symétrique : le nerf trijumeau droit pour la partie droite de la tête, le gauche pour la partie gauche. Ils assurent à la fois la sensibilité de la peau au niveau de la face et de la muqueuse buccale, mais aussi la sensibilité d’un tissu appelé méninge. Ce tissu est comme une enveloppe qui tapisse le cerveau à l’intérieur de la boîte crânienne, lui servant de membrane protectrice et nourricière. Dans la méninge cheminent à la fois des vaisseaux (veines et artères) et des terminaisons nerveuses du nerf trijumeau. La méninge peut ainsi être le siège de douleur, tout comme la face et le cuir chevelu, mais à l’inverse, le cerveau est quant à lui, dépourvu de nociception. Ainsi, aussi incroyable que cela puisse paraître, le cerveau en tant que tel ne peut pas ressentir la douleur ! Le mal de tête est donc lié à l’innervation de la méninge. Ces terminaisons nerveuses au niveau de la méninge sont ellesmêmes en contact étroit avec les artères, constituant ce qu’on appelle le système trigémino-vasculaire. 62


63 Le diaGnostiC


Cortex Hypothalamus Locus cœruleus Noyau salivaire supérieur

Veine Artère

Ganglion sphéno-palatin

Activation du système trigémino-vasculaire au cours de la crise de migraine Lors de la crise migraineuse sont « activées » les terminaisons nerveuses périvasculaires (autour des vaisseaux). De façon réflexe, les signaux douloureux du nerf provoquent localement une libération (une fuite hors des vaisseaux) de nombreuses substances appelées neuropeptides. Ces neuropeptides aux noms complexes, comme le CGRP et la substance P, ont une action pro-inflammatoire (facilitant l’inflammation), et vont entraîner autour du lieu de leur libération une vasodilatation artérielle (dilatation des artères) et une extravasation de plasma (sortie de liquide des vaisseaux), comme l’illustre le schéma ci-contre. Tout ce processus inflammatoire, déclenché par l’activation des terminaisons nerveuses, est appelé inflammation neurogène.

64


Récepteurs à la sérotonine Synapse

Substance P

Artère

CGRP

Action sur le vaisseau

inflammation neurogène

substances algogènes

Le vaisseau, ses récepteurs de surface et ceux fixés sur la cellule nerveuse, le neurone Au cours de la crise de migraine, il existe une libération de neuro­peptides responsables de la douleur et des autres signes

L’information se transmet depuis les terminaisons nerveuses qui parcourent la méninge vers les vaisseaux, et elle va se poursuivre en cascade vers le cerveau. Ainsi, se produit une activation du système nerveux central via une multitude de relais, appelés noyaux, des structures situées dans les profondeurs du cerveau qui sont nombreuses et interconnectées. Les fibres nerveuses tapissant la méninge transmettent donc le signal aux noyaux du nerf trijumeau. Une fois activés, les noyaux du nerf trijumeau activent d’autres noyaux, responsables par exemple des nausées, de la photophobie et de la phonophobie. D’autres structures sont également activées, 65

DANS L E C ER V EAU

Neurone


UR

DOULEUR

UL

E

DO

DOULEU

R

Cortex

DO

R

Méninge

O

E UL

U

D

comme dans le tronc cérébral, et interviennent dans la modulation de la douleur, tandis que certaines zones déterminent la réponse comportementale à la migraine, autrement dit l’adaptation du comportement humain à la situation en cours, réelle ou virtuelle. Cela explique qu’au cours de la crise, le migraineux ait tendance à s’isoler, à chercher spontanément le repos et le calme (voir schéma ci-dessous).

ULEUR

Thalamus

Photophobie Phonophobie Tronc cérébral Nausées Vomissements

Activation des structures cérébrales profondes Nous venons de détailler le mécanisme d’activation du système trigémino-vasculaire, qui explique les signes de la migraine, notamment la douleur ressentie au cours de la crise. Mais ce mécanisme ne rend pas compte de l’aura migraineuse. 66


L’impact de la migraine L’impact individuel de la migraine Les répercussions psychologiques des crises de migraine, ainsi que leur retentissement sur la vie privée, sur les relations familiales et sociales ne doivent pas être minimisés, d’autant que la migraine est une affection qui dure souvent toute la vie. Les enfants et adolescents céphalalgiques manquent en moyenne six jours d’école par an, et leur qualité de vie est altérée lorsque les crises sont fréquentes et sévères. Les crises de migraines ont un impact fonctionnel, qui varie selon l’intensité des crises, leur durée et leur fréquence. Il est évident qu’une crise avec une douleur extrême, des vomissements répétés et une intolérance à toute lumière peut imposer l’alitement, empêcher les activités du quotidien, et peut être l’occasion d’une absence au travail pendant un, deux, voire trois jours. Si une telle crise ne survient qu’une fois par an, l’impact reste heureusement limité. Mais si les crises sont rapprochées, l’impact est important, et il est exponentiel si on ajoute une appréhension des crises suivantes, les conduites d’évitement, les renoncements… Certains migraineux parviennent à bien vivre avec leur migraine ; ils trouvent les mesures qui leur permettent de contrôler les symptômes dès les deux premières heures du début de crise, et ne modifient que très peu leur trajectoire de vie. D’autres, en revanche, bataillent durant de nombreuses années avec de fréquentes crises, des traitements insuffisamment efficaces, ou qui ne fonctionnent plus après 91


quelque temps, entraînant une incapacité à travailler ou à effectuer les tâches quotidiennes. Certains ont renoncé à des promotions de carrière, à un poste à plus haute responsabilité par peur de la pression ou d’horaires moins stables, ou par crainte d’avoir à voyager dans le cadre du travail. D’autres ont perdu la confiance de leur employeur à la suite d’absences mal comprises. Beaucoup signalent annuler des sorties en famille ou des loisirs, mais préfèrent se rendre à leur travail malgré la crise, ou restent à leur bureau en dépit d’une crise qui débute. Ils reconnaissent toutefois n’avoir pas été en mesure d’assurer les tâches attendues dans les conditions habituelles. L’impact individuel de la migraine peut être mesuré au moyen d’échelles ou de questionnaires, parmi lesquelles les échelles MIDAS (Migraine Disability Assessment) ou HIT (Headache Impact Test). Ces échelles, souvent employées dans les consultations spécialisées, permettent de quantifier le retentissement de la migraine.

92


Durant les trois derniers mois, en raison de vos céphalées/migraines : Jours 1

Combien de jours avez-vous manqué le travail (ou l’école) ?

2

Pendant combien d’autres jours avez-vous eu une productivité de travail réduite de plus de 50 % ?

3

Pendant combien de jours n’avez-vous pas pu faire vos activités ménagères habituelles ?

4

Pendant combien de jours votre productivité en tâches ménagères était réduite de plus de 50 % ?

5

Pendant combien de jours avez-vous manqué à vos activités familiales, sociales ou de loisirs ? Total

On détermine quatre grades : Grade I

Peu ou pas de sévérité

0 à 5 jours

Grade II

Sévérité discrète

6 à 10 jours

Grade III

Sévérité modérée

11 à 20 jours

Grade IV

Sévérité importante

> 20 jours

L’échelle MIDAS est une échelle qui évalue le nombre de jours perdus sur trois mois en lien avec la migraine. Elle évalue trois domaines sur lesquels la crise de migraine peut retentir : la vie domestique, la vie relationnelle et la vie professionnelle, et permet d’établir des scores en fonction du nombre de jours de productivité perdus : — Grade I : perte de moins de 6 jours par trimestre ; — Grade II : perte de 6 à 10 jours par trimestre ; — Grade III : perte de 11 à 20 jours par trimestre ; — Grade IV : perte de plus de 21 jours par trimestre. 93

L’ IM P A C T d e l a m i g r a i n e

Le questionnaire MIDAS


Une étude a ainsi montré qu’en France, 22 % des migraineux avec au moins une crise dans le dernier trimestre font en réalité partie des catégories III et IV ! Questionnaire sur l’impact des maux de tête (HIT-6) Ce questionnaire (source : SFETD) a été conçu pour vous aider à décrire et à exprimer ce que vous ressentez et ce que vous ne pouvez pas faire à cause de vos maux de tête. Pour chaque question, veuillez cocher la case correspondant à votre réponse. Question 1 : Lorsque vous avez des maux de tête, la douleur est-elle intense ? ❍ Jamais

❍ Rarement

❍ De temps en temps

❍ Très souvent

❍ Tout le temps

Question 2 : Votre capacité à effectuer vos activités quotidiennes habituelles, y compris les tâches ménagères, le travail, les études ou les activités avec les autres est-elle limitée à cause de vos maux de tête ? ❍ Jamais

❍ Rarement

❍ De temps en temps

❍ Très souvent

❍ Tout le temps

Question 3 : Lorsque vous avez des maux de tête, souhaiteriez-vous avoir la possibilité de vous allonger ? ❍ Jamais

❍ Rarement

❍ De temps en temps

❍ Très souvent

❍ Tout le temps

Question 4 : Au cours de ces quatre dernières semaines, vous êtes-vous senti(e) trop fatigué(e) pour travailler ou effectuer vos activités quotidiennes à cause de vos maux de tête ? ❍ Jamais

❍ Rarement

❍ De temps en temps

❍ Très souvent

❍ Tout le temps

Question 5 : Au cours de ces quatre dernières semaines, avez-vous éprouvé un sentiment de « ras-le-bol » ou d’agacement à cause de vos maux de tête ? ❍ Jamais

❍ Rarement

❍ De temps en temps

❍ Très souvent

❍ Tout le temps

Question 6 : Au cours de ces quatre dernières semaines, votre capacité à vous concentrer sur votre travail ou vos activités quotidiennes a-t-elle été limitée à cause de vos maux de tête ? ❍ Jamais

❍ Rarement

❍ De temps en temps

❍ Très souvent

❍ Tout le temps

11 points par réponse

13 points par réponse

TOTAL 6 points par réponse

8 points par réponse

10 points par réponse

Pour calculer le score total, additionnez les points obtenus pour chaque colonne. Plus le score est élevé, plus l’impact des maux de tête sur votre vie est important. Les scores sont compris entre 36 et 78. 94


Et si ce n’est pas une migraine, qu’est-ce donc ? Nous avons vu que la migraine répond à des critères de définition validés, reconnus de manière commune sur le plan international. Toutefois, dans le langage courant, le terme de migraine est souvent utilisé en excès pour parler de n’importe quel mal de tête, et cette confusion entraîne des erreurs de compréhension et de traitement. Car si chacun fait un jour ou l’autre l’expérience d’un mal de tête, l’attitude à avoir varie selon les causes de ce mal de tête. Il pourra s’agir d’une céphalée consécutive à un traumatisme crânien, minime ou sévère, d’autres fois à un excès alimentaire ou survenant dans le cadre d’une maladie infectieuse (comme lors d’une grippe) : chaque situation, chaque type de céphalée justifie une prise en charge différente. L’objet de ce chapitre est d’appeler le lecteur à appréhender la complexité de ce signe. Il existe plus de deux cents types de céphalées, et pour chaque type, des critères internationaux précis sont établis pour permettre de les identifier plus facilement, de mieux les connaître et de mieux étudier les traitements. Ces critères ne sont pas figés. Au contraire, ils évoluent en même temps que nos connaissances avancent : certaines céphalées sont regroupées en une seule entité, tandis que d’autres disparaissent des ouvrages médicaux et de la classification internationale des céphalées ou changent de nom. Cette progressive révision des critères a beaucoup aidé la recherche médicale, en particulier dans le domaine de la migraine et des céphalées primaires (céphalées qui ne sont dues 105


à aucune cause identifiable, aucune maladie, sans lésion visible ou détectable par nos moyens habituels de diagnostic). Loin de vouloir dresser une liste exhaustive de toutes les céphalées existantes, nous proposons de nous arrêter sur quelques autres exemples de céphalées qui peuvent passer à tort pour des migraines. On distingue les céphalées secondaires et les céphalées primaires. Les céphalées secondaires sont consécutives ou associées à une autre maladie dont elles ne sont qu’un symptôme parmi d’autres. Les céphalées primaires, en revanche, se présentent sans explication ou cause sous-jacente, la céphalée étant le signe dominant de la maladie. Reconnaître le type de céphalée doit être la première étape de la démarche médicale : étape essentielle, parfois complexe.

Céphalées primaires

Céphalées de tension

Céphalées secondaires

MIGRAINE CTA* Autres

*Céphalées trigémino-dysautonomiques

Toutes les migraines sont des céphalées, mais toutes les céphalées ne sont pas des migraines. Migraine : céphalées survenant par crises, de 4 à 72 h, avec douleur pulsatile, nausées, gêne liée à la lumière et au bruit…

Schéma récapitulatif des différents types de céphalées

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L A SA N T É SA N S TA B O U

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Pierric Giraud est neurologue, chef de service du Centre d’étude et de traitement de la douleur à Annecy, spécialisé dans la prise en charge et le traitement des migraines et céphalées. Il est membre de l’International Headache Society (IHS) et de la Société française d’études des migraines et céphalées (SFEMC). Sylvie Chauvet est médecin généraliste, spécialisée dans la prise en charge de la migraine et des douleurs chroniques. Elle exerce actuellement dans un hôpital à Genève, où elle pratique aussi l’hypnose médicale. Elle est membre de la Société française d’études des migraines et céphalées (SFEMC), de la Société suisse pour l’étude de la douleur (SSED) et de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD).

La migraine Dr Pierric Giraud neurologue Dr Sylvie Chauvet algologue

Dr Pierric Giraud et Dr Sylvie Chauvet

Si tout le monde a entendu parler de la migraine, peu de personnes font la distinction entre cette affection et un simple mal de tête. Pourtant, il s’agit d’une vraie maladie, complexe et difficile à diagnostiquer, touchant 12 à 16 % de la population, soit plus d’une personne sur dix.

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