LOVE IN BOX
“Salut, Alors voila je me jette à l'eau ! je te vois chaque matin devant le lycée et tu ne me vois pas. Mais moi je te vois bien. Pire, je ne vois que toi. J’aimerais bien qu’il se passe entre nous plus qu’un échange de regards. Et encore ce n’est pas un échange de regards puisqu’il n’y a que moi qui te regarde. Bref, fais moi signe, s’il te plaît. Je t’embrasse.”
Je crois que mon cœur n’a jamais été aussi serré de toute mon existence. Je l’ai relu trente quatre fois très exactement ce petit mail et j’estime qu’il est plutôt pas mal ! Clair sans être précis, beau mais pas poétique au point ou l’on croirait à une lettre antique et surtout : bon destinataire ! Je suis sûr que tu meurs d’envie de savoir qui se cache derrière estragueggg@gmail.com et je ne compte pas mettre un suspens digne d’une enquête d’Agatha Christie: le garçon à l’arobase c’est Gaspard Estrague. C’est le genre de garçon que l'on croise dans les couloirs et juste après on se demande si ses parents ont trouvé la recette pour mettre le soleil sur des tartines puisque Gaspard est en vérité un immense sourire. Un immense sourire dans les yeux aussi, des tout petits yeux noisettes plissés qui embrassent le monde avec douceur. Je trouve que Gaspard est le véritable bad boy moderne : c’est un garçon qui n'a pas peur de rougir. Je vais vous dire un secret: pour moi les bad boys sont ceux qui font face à leur cœur tendre . Et oui parce que fumer des joints c’est quand même moins courageux que de pleurer sans se retenir à la sortie cinéma devant 120 battements par minutes ! Gaspard est un garçon très grand avec des bouclettes noires de jaie qui surplombe et se balancent délicatement au gré de la brise saline. Moi je suis de taille moyenne mais j’ai des cheveux très très longs qui sont la cible de nombreux questionnements tous plus intrusifs les uns que les autres du genre : « ça te gène pas quand tu vas aux toilettes ? » ou encore « si tu les coupes tu peux en faire un tapis ? » . Autant vous dire que je me donne la peine de répondre avec
originalité : “oui en fait je les coupe tous les dix ans pour tricoter un gilet à ma grand-mère qui est très pauvre”. Mais Gaspard ne m’a jamais posé de questions, il ne m’a jamais dit un seul petit mot même stupide ou maladroit : il ne m’a jamais adressé la parole. Pourtant je le croise, je le vois, je l’écoute aussi ! Il a quand il parle, un tic plutôt adorable : il entortille une boucle autour de son doigt. Ah, qu’est ce que j’aimerais être son coiffeur… Message: Lila : - Alors ? Lila est mon amie depuis peu mais c’est de loin une des personnes les plus chouettes que j’ai rencontrées dans ma vie, preuve : son animal préféré c’est l'éléphant ! On ne peut pas aimer l’éléphant et avoir mauvais fond pas vrai ? - Je l’ai pas encore envoyé t’es sûr que je dois faire ça Lila ? - Oui franchement tu perds rien et t’as tout à gagner Lucette ! (je m’appelle Luce pas Lucette. Rassurez-vous mes parents ne m’ont pas enfoncée jusqu’au bout.) -Bon, OK.” Mouvement de souris. ENVOYER ? clic. Je me rends compte que je n’ai pas expiré depuis un bon moment ; tout l’air de ma chambre est compressé dans mes poumons. Il faudrait peut être que j’expire, je n’ai pas pour ambition de battre le record du monde d’apné. Boum boum est-ce que c’est normal de sentir son coeur dans sa gorge ? Est-ce que c’est normal d’avoir des frissons dans les pieds ? Maintenant tout est silencieux à l'intérieur et à l'extérieur de mon corps rien ne bouge. Et d’un coup ma bouche s’ouvre, mes poumons se contractent et mon cœur saute deux étages ! Je souffle, j'étouffe ! J’inspire, expire, J’étouffe ! Olala mais qu’est-ce que j’ai fait ? Et si jamais Gaspard le montre à tout le monde ? Si jamais il l’imprime, le placarde partout dans les couloirs grisâtres du lycée ? J’angoisse. Comment ai-je pu croire qu’il dirait oui ? Je souffle. Et si jamais ça marche ? C’est attirant non une fille qui fait le premier pas ? Et s’il me regarde aussi sans que je le sache ? S’il aime aussi mes cheveux ? J’imagine son regard voguer sur la cascade de cheveux bruns qui coule dans mon cou. Mon souffle se calme, mes fossettes se dessinent, mon ventre se gonfle calmement, je ferme les yeux. Expire. Sourire.
“Tears” de Clean Bandit ? J’ouvre les yeux, mon téléphone pousse la chansonnette emmitouflée dans ma couette. Lui aussi on dirait qu’il suffoque. Je me lance à son secours et met fin à son supplice en le tirant des plis de tissus qui l'étouffent : “Allo ? -ALORS ? -Lilaa pourquoi j’ai fait ça ? -POUR L’AMOUR MA GRANDE ! -Lila il a même pas … -IL A DIT QUOI ? -...répondu, il n'a même pas répondu Lila ! -Ça se trouve il a pas la 4G ? tente-t-elle -N’importe quoi t’es bête ! dis-je, en souriant -T’inquiète ça va le faire je le sens meuf ! T’es génial, t’es belle, intelligente et t’es super drôle ! Une boule se forme dans ma gorge, -Lila j’ai peur … -Mais Lucette ! -Mais je suis nulle en amour ! La preuve : c’est la première chose que je fais depuis 16 ans d’existence, je suis née sans le gène drague tu le sais bien ! -N’importe quoi, moi je suis sur que tu sais faire ! La preuve c’est trop cool ce que tu viens de faire ! Moi j’aurais jamais pensé à draguer par mail ! Je fais la moue : -Ça ne me rassure pas vraiment… -Nan mais t’inquiète, moi je crois en toi ma Luce ! Merci… Je souffle -Je vais prendre une douche mais tu me raconteras tout hein ? -Oui promis, va te laver ! je lui rétorque en riant. -Super, bisous !" lila raccroche et je me perds sur instagram. Ça doit maintenant faire une heure que je suis étendue comme un phoque échoué sur mon lit et toujours rien. Je sens l’angoisse chatouiller mon thorax alors je décide d’aller me doucher pour la noyer.
L’eau coule sur mes paupières, mes joues, ma poitrine et balaie un peu les tensions qui me nouent. Ting Ting. C’est pas vrai, une notification ! Je bondis hors de la douche, je monte les escaliers quatre à quatre et effectue un virage très approximatif à 180 degrés qui se termine par une rencontre assez brutale entre mon coude et l'encadrement de la porte. J’ai mal mais je m’en fous, je me plaindrai quand le bleu aura fait son apparition. Pour l’instant j’ai plus important à faire! Je me rue sur mon ordinateur. J’ai UN MAIL! Maintenant c’est tout mon corps qui se crispe, comme électrisé par le suspens. J’ouvre Gmail et je clique. “Coucou Luce, Je suis hyper flatté et j’adore le côté oldschool du mail je trouve ça romantique bizarrement haha ! Je te trouve très jolie et j’aimerais beaucoup aller boire un café avec toi un de ces jours, tu as l’air drôle et tu m’intrigues je confesse ! À bientôt :) ” Du coton. Ma chambre se transforme en coton et en plumes dans lesquelles j'erre avec un sourire niais, indélébile sur mon visage. Gaspard m'a vue! Les yeux noisettes de Gaspard m’ont vu, et ils me trouvent jolie! Je vis dans un film c’est officiel, il veut me voir et je l’intrigue ! Je me hâte de lui répondre et tout glisse, tout est doux et naturel. Très vite Gaspard répond, il s'intéresse à moi et moi je me laisse aller à l'allégresse la plus totale. Je tape plus vite que mon ombre comme si le feu allait consumer les mots que je veux lui offrir. La nuit commence à encrer le ciel de son bleu profond mais mes yeux sont accrochés aux pixels ce soir et même les étoiles et même la lune ne pourrait détourner mon regard de ma comédie romantique aussi moderne qu’inespérée. “Luce, il est 5h j’ai pas vu le temps passé c’était incroyable de te parler, vraiment j’ai qu’une hâte c’est de te voir demain. Ça te dit un café à Terre de café, 11h ? -Bien sûr j’ai hâte tu ne peux pas imaginer :) Bonne nuit -Bonne nuit jolie Luce :)
Mes joues sont comme des coquelicots au soleil et je sens une vague d’émotions s’abattre sur mon petit cœur pour aller perler aux coins de mes yeux. Je pense que jamais de ma vie je ne me suis senti autant exister. C’est fou ce que savoir que quelqu’un pense à moi me fait du bien. Je me retourne dans mon édredon et m'apprête à passer la nuit la plus douce de mon existence. Ce matin, pas besoin du réveil, malgré mes yeux collés et mes crampes aux joues à force de sourire, mon âme est en fanfare calée sur le tempo de mon cœur qui n’en peut plus de battre. Moi qui ne fais pas beaucoup de sport je vais m’épuiser d’amour. Je me lève légère, si légère, je siffle en m’habillant comme dans Les comédies musicales des années 70. 10h15 je brosse mes cheveux, 10h20 je passe une fine couche de gloss sur mes lèvres, je ne les ai jamais autant aimées. 10h48 la rue ne m’a jamais semblé si longue et si claire, même s’il pleut. 10h57 Je plane devant cette petite porte vitrée, comme si mon cœur avait inondé mon corps jusqu’au cerveau. Je pousse la porte et je prends une table, je suis en avance de 3 minutes. Je suis à 3 minutes de Gaspard. Plus les secondes passent, plus mon regard traîne sur le pas de la porte du café, impatient de voir la silhouette élancée et les cheveux un peu mouillés par l’averse du garçon auquel j’ai rêvé tant de fois. Soudain la porte s’ouvre sur quelqu’un. L’inconnu porte un imperméable ruisselant et sa capuche couvre quasiment tout son visage mais la hauteur ne va pas, ça ne peut pas être lui ça ne fait aucun doute. Pourtant la personne se rapproche près de moi d’un pas tremblant et fragile, finit par s’arrêter face à ma table et enlève son capuchon. Je découvre une fille. Ses yeux sont bleus, tellement bleus que ses boucles semblent plus noires que l'ébène. “Salut dit-elle -Euh je suis désolée j’attend quelqu’un je lui répond, confuse -Je sais, je suis désolée Luce dit elle avec des trémolos dans la voix, je… Je ... sa voix s’étrangle et mon poul s’accélère, je m’appelle Nina je suis l'aînée de Gaspard et c’est moi... les mails, lâche t-elle d’un coup comme un pavé dans la mare. Le temps se suspend et mon coeur tombe.
-Je suis désolée j’ai vu les mails que tu avais envoyés à Gaspard et j’ai répondu parce que moi je t’ai vue, je te vois depuis toujours et je te trouve formidable et belle et … Elle s'arrête puis… Je suis désolée tu dois me haïr, dit-elle les yeux brillants. -Non non je… Je ne t’en veux pas du tout Nina tu ne m’as pas vraiment menti les mails étaient sincères pas vrai ? -Oui, oui bien sûr ! répond t-elle confuse. Quelque larmes viennent rouler sur ses pommettes parsemés de tâches de rousseur je me lève, lui prends la main : -Alors enchantée Nina. Toi aussi tu es très jolie.”