métier | fle eN fraNce
le fraNçais fraNçais le pours’iNsérer s’iNsérer pour Maîtriser la langue française est une des conditions pour réussir son insertion en France en tant que réfugié, notamment pour trouver un emploi et un logement.
T
TexTe eT phoTos par Nicolas Dambre
segtse, Sainkhuu, Ridvan, Mokhmad et Jayatunge ne sont désormais plus demandeurs d’asile car ils ont obtenu le statut de réfugié. Ce lundi de décembre, ils suivent le cours de français d’Aline Follea-Descols, proposé par le Centre d’action sociale protestant, dans le nord de Paris. La professeure accueille ses élèves dans la salle de classe de plain-pied sur la rue. Malgré beau-
coup d’hésitations, les deux Mongoles Sainkhuu et Tsetseg prennent la parole. À l’une, l’enseignante annonce que son certificat d’hébergement vient d’arriver. Aujourd’hui, il est question de logement, avec l’aide du manuel Trait d’union. Savoir par exemple détailler et comprendre des caractéristiques telles que grand, clair, spacieux, en bon ou en mauvais état. Aline Follea-Descols montre à ses
élèves des photos d’un appartement haussmannien, d’une ferme et d’un moulin. « Qu’est-ce que c’est ? Quel logement préférez-vous ? Lequel est ancien ? Quel est le contraire d’ancien ? » Ridvan se lance : « C’est une maison à la “champagne”. » Le professeur le corrige et lui demande de décrire les animaux visibles sur la photo. L’homme de 41 ans échange des noms en russe avec Mokhmad, arrivé de Tchétchénie.
Trouver un emploi
Au tableau, le professeur note au feutre vert les liaisons entre les articles, les noms et les adjectifs : celles entre un et immeuble ou entre grand et appartement. Le D qui se prononce alors T les étonne. MokhClasse de français pour migrants au Centre d’action sociale protestant de Paris.
mad confond clef et clair. Sainkhuu et Tsetseg essayent d’énumérer des meubles, ils viennent plus facilement dans leur langue maternelle qu’en français. On montre, on mime, on tente des mots… provoquant régulièrement un éclat de rire général. Jayatunge répond souvent en anglais. Elle est arrivée du Sri Lanka en 2013, avec ses deux enfants de 11 et 14 ans, menacée car Témoin de Jehova dans un pays à majorité bouddhiste. Mokhmad a 39 ans, il a fui Grozny en 2012. Il dit brièvement : « Trop de problèmes avec la police russe et tchétchène. » Avec son épouse et ses deux rejetons de 6 et 8 ans, ils habitent Puteaux, à l’ouest de Paris. Ridvan, 41 ans, s’est exilé en 2013 et vit à Garges-lès-Gonesse, en banlieue nord. Il explique : « En Albanie, vendetta. En France pour la sécurité, le travail et mes enfants. » Il dit apprendre le français pour décrocher un travail, n’importe lequel. Tous sont dans l’optique de retrouver rapidement un métier, condition d’un logement pour eux et leur famille. Et pour cela, la langue française est indispensable.
Devenir autonome
Ces adultes réfugiés doivent gérer beaucoup de choses : leur famille, les démarches par rapport à leur carte de séjour, par rapport à Pôle Emploi ou la Caisse d’allocations familiales. La plupart sont logés à l’hôtel, parfois loin de Paris où ont lieu les cours. Certains font face à des soucis de santé. Il n’est pas toujours facile d’assister à l’enseigne-
32
Le français dans le monde | n° 403 | janvier-février 2016