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Le magazine des professeurs de francais langue étrangère

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Fédération Internationale des Professeurs de Français fipf.org Une fédération d’associations au service des professeurs de français forte de 180 associations, 8 commissions régionales, 6 fédérations nationales et de 80000 membres actifs dans 140 pays. Notre mission: animer et renforcer ce vaste réseau dont les membres sont les premiers vecteurs de diffusion du francais en mettant à leur disposition des ressources pédagogiques modernes et en améliorant leurs compétences professionnelles.

NOS OBJECTIFS

- Promouvoir la langue française et son apprentissage partout dans le monde; - Fédérer, professionnaliser et dynamiser les associations membres; - Contribuer à l’amélioration de la qualité de l’enseignement du français; - Favoriser les échanges, le travail collaboratif et les innovations pédagogiques; - Diffuser les cultures francophones dans le cadre du dialogue des cultures.

NOS ACTIVITES ET PROJETS

- L’organisation des sessions de formation à l’attention des cadres associatifs; - L’animation de plateformes en ligne à l’usage des enseignants; - L’aide à la réalisation des projets pédagogiques innovants; - La professionnalisation des enseignants de français; - Le livre blanc de l’enseignement du français; - L’organistion des congrès mondiaux et régionaux. > La plateforme collaborative fipf.org: elle permet aux associations de

partager et de mutualiser leurs activités; NOS OUTILS > Le site francparler-oif.org, soutenu par l’OIF: le site pédagogique de la EN LIGNE communauté mondiale des professeurs de français.

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> Francophonies du Sud (2 numéros par an); NOS PUBLICATIONS > Recherches et applications (2 numéros par an); > Dialogues et Cultures (1 numéro par an); > La lettre d’information (2 numéros par mois). Contacter la FIPF: 101 Boulevard Raspail, 75006 Paris - France Téléphone: +33 (0)1 42 84 91 27 Courriel: secretariat@fipf.org


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les suppléments francophonies du sud

Thèmes des derniers dossiers : • n° 34 : Francophonie et plurilinguisme • n° 35 : Sony Labou Tansi, toujours vivant ! • n° 36 : Forum mondial de la langue française • n° 37 : La francophonie, un espace économique • n° 38 : L’enseignement supérieur en Afrique

Francophonies du Sud s’adresse en priorité aux enseignants de français d’Afrique et de l’océan Indien, et plus généralement à tous les professeurs qui exercent en situation de français langue seconde. Créé en 2001, ce supplément – qui paraît deux à trois fois l’an – bénéficie du soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et se trouve dans les centres culturels francophones (Alliances françaises, Instituts français) des pays concernés. Il a pour but d’informer les professeurs de français du monde entier sur l’actualité de l’enseignement de la langue dans la principale zone de croissance de la francophonie. Chaque numéro de 32 pages s’articule autour d’un dossier d’une dizaine de pages, avec une thématique forte : éducation, littérature, économie, société. Odile Gandon, rédactrice en chef de Francophonies du Sud gandon-maj@wanadoo.fr

Recherches et applications (uniquement pour l’abonnement formation) Recherches et applications est la revue de référence en didactique du français langue étrangère. Chaque numéro thématique regroupe des communications de chercheurs et d’universitaires francophones du monde entier autour d’une problématique de l’enseignement/ apprentissage des langues. Thèmes des derniers dossiers : • n° 56 : Pensée enseignante et didactique des langues • n° 57 : La grammaire en FLE/FLS : quels savoirs pour quels enseignements • n° 58 : Genres textuels/discursifs et enseignement des langues • n° 59 : Jeu(x) et langue(s) : avatars du ludique dans l’enseignement/apprentissage des langues • n° 60 : L’oral par tous les sens : de la phonétique corrective à la didactique de la parole


le magazine Magazine professionnel des enseignants de français langue étrangère, Le français dans le monde s’applique, depuis plus de 50 ans et 400 numéros, à faire entrer l’actualité en classe de français. L’actualité culturelle et linguistique en France et en Francophonie avec les séquences Époque et Mémo. Les innovations pédagogiques et didactiques avec la partie Métier, véritable lieu de partage des bonnes pratiques et des bonnes idées de la communauté mondiale des professeurs de français. Les nouvelles tendances sociale, littéraire ou éducative, c’est selon, avec le grand Dossier thématique. Pour souffler, les respirations poétique, théâtrale et graphique des Interludes viennent rythmer la lecture au fil des pages. Et à la fin de chaque numéro, les Outils, des pages directement utilisables en classe comme les fiches pédagogiques ou les jeux, sont conçues pour concrètement servir de support à l’enseignement de la langue française. Tout abonné au Français dans le monde bénéficie également de matériel sur Internet : des fiches pédagogiques supplémentaires, des reportages audio avec leur transcription et des bonus venant enrichir la lecture du magazine. Tous les deux mois, votre revue entend ainsi informer et former les professeurs afin de nourrir et d’animer les cours de langue. Bonne découverte ! Sébastien Langevin, rédacteur en chef du Français dans le monde slangevin@fdlm.org Thèmes des derniers dossiers : • n° 400 : À la recherche des nouvelles stratégies d’apprentissage • n° 401 : Défis écologiques : sensibiliser les citoyens de demain • n° 402 : Roland Barthes, lire autrement • n° 403 : Une langue, des valeurs • n° 404 : Les nouveaux enjeux du tourisme linguistique • n° 405 : Filières bilingues : deux langues pour réussir • n° 406 : Cours en ligne : pratiques d’enseignants, parcours d’apprenants • n° 407 : Les écrivains francophones, témoins de leur époque • n° 408 : Congrès de Liège : tout FLE tout flamme • n° 409 : Rebattre les cartes : nouvelles régions de France REVUE DE LA FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES PROFESSEURS DE FRANçAIS

REVUE DE LA FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES PROFESSEURS DE FRANçAIS

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Écrire en français pour le Bosnien Velibor oli et la Polonaise Marzena Sowa Nos méthodes grands adolescents-adultes

des solutions pour tous les apprentissages ! N°405 mai-juiN 2016

En Italie, 350 ans de Villa Médicis

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le français dans le monde

N°403 jaNvier-février 2016

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le français dans le monde

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REVUE DE LA FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES PROFESSEURS DE FRANçAIS

avec V5MONDE

Rapprocher lycéens bilingues et entreprises en Italie

N°407 septembre-octobre 2016

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En Tunisie, une équipe féminine de rugby

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N°407

mai-juin 2016 filières biliNgues : deux laNgues pour réussir

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FILIèRES bILINgUES : DEUx LANgUES POUR RÉUSSIR

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La pédagogie de projets à l’université d’Istanbul

septembre-octobre 2016 Les écrivaiNs fraNcophoNes, témoiNs de Leur époque

// mÉTIER //

LES ÉcRIVAINS FRANcOPhONES,

TÉmOINS DE LEUR ÉPOqUE


La rubrique « Époque » vous plonge au cœur de l’actualité francophone, pour partir à la découverte d’une région où vibre la langue française, d’une personnalité qui entretient avec elle des rapports fructueux. Économie, sport, tendances, idées, exploration d’un lieu ou visite d’une exposition sont le fonds commun de cette rubrique qui allie préoccupations linguistiques et modernité.

© Sarah Nuyten

époque | portrait C’est un acteur dont la carrière et l’identité ont mis du temps à se construire. Fils d’immigrés chinois, Frédéric Chau a connu les discriminations et les moqueries. Et c’est paradoxalement son rôle dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, une comédie à succès jouant sur les préjugés raciaux, qui l’a révélé au grand public. Rencontre. par Sarah nuyten

one man Chau

fiChe pédagogique téléchargeable sur www.fdlm.org

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Quand j’étais gamin, mon père m’a offert un dictionnaire en me disant : “Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas bien français que cela doit t’empêcher de t’améliorer”. Ce dico est devenu mon meilleur ami. Dès que je ne comprenais pas un mot, je l’ouvrais. Le problème, c’est que dans la définition il y avait souvent d’autres mots que je ne connaissais pas. C’était sans fin. » C’est avec un mélange d’humour et de tendresse que Frédéric Chau raconte ce souvenir. Certaines choses n’ont pas changé : à 38 ans, le comédien, « venu très tard à la culture », ne supporte toujours pas de ne pas savoir. Un complexe d’infériorité intimement lié à son histoire personnelle. Frédéric Chau est français, né au Viêtnam de parents chinois, euxmêmes originaires du Cambodge. Il a six mois lorsque sa famille arrive à Paris, avant de s’installer en ban-

lieue. Changement de vie radical et déclassement social douloureux pour cette famille issue de la grande bourgeoisie chinoise. Avant d’être chassés de Phnom Penh par les Khmers rouges, fuyant ainsi l’un des plus grands massacres du xxe siècle, le père de Frédéric travaillait dans l’import-export. « Il parle cinq langues asiatiques, ma mère quatre, mais pour subvenir à nos besoins en France, ils n’ont pas eu d’autres choix que d’avoir des boulots de merde », lâche l’acteur.

« Mes parents, ne parlant pas le français, exhortent leurs enfants à s’intégrer – mission pas si facile pour moi qui enrage d’être traité de “Chinetoque” dans la cour de l’école »

Se fondre dans la masse

« Eux, qui ne parlent pas le français, exhortent leurs enfants à s’intégrer – mission pas si facile pour moi qui enrage d’être traité de “Chinetoque” dans la cour de l’école », écrit Frédéric Chau dans son livre Je viens de si loin, paru en septembre 2015. « Alors, une fois passée la porte de notre appartement, je fais tout pour me fondre dans la masse. Je deviens le Chinois qui joue bien au basket, sait manier la tchatche et fredonne du hip-hop. » Ado, son moteur est la rage. Et sa façon d’exister « au-delà de (son) physique d’Asiatique », le mimétisme : « Je m’accaparais les identités, confie-t-il, citant le film Le Talentueux Mr. Ripley. Ce n’est pas anodin si je fais ce métier là aujourd’hui.  » Pendant longtemps, Frédéric Chau a rejeté ses racines, avec une idée en tête : quitter la banlieue et, surtout, ne pas avoir la même vie que ses parents. Aîné

Le français dans le monde | n° 404 | mars-avril 2016


Un magazine, un site et des outils pédagogiques

Extrait du film Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, avec Ary Abittan et Medi Sadoun (de gauche à droite).

de trois enfants, il a reçu une éducation stricte : ses parents le rêvent ingénieur. Lui choisit de parcourir le monde. Engagé comme steward chez Air France, il s’ouvre au voyage. Un amour qui ne le quittera plus. À 26 ans, Frédéric découvre un pan fondamental de son histoire familiale : ses parents sont rescapés du génocide cambodgien. Un choc. « J’ai eu soif de connaître cette histoire, mon histoire. De ressentir mes

terres, mes origines : je suis parti au Cambodge. » Ses parents, eux, ne veulent plus jamais y remettre les pieds. Aujourd’hui, il continue à assouvir sa soif d’ailleurs en s’envolant aux quatre coins du monde au moins une fois par an. Lors de notre rencontre, sa peau est brunie par le soleil : il revient de Thaïlande. L’été dernier, il est parti en Birmanie en sac à dos, loin de tout.

Le poids des mots

Frédéric Chau le sait, les paroles frappent aussi forts que les poings. « Ne pas pouvoir s’exprimer, c’est comme être enfermé  », juge-t-il, en référence à son père et aux insultes racistes que ce dernier a dû encaisser sans pouvoir y répondre, faute de mots. Ces mots avec lesquels Frédéric joue depuis ses débuts sur scène, dans les cafés théâtres parisiens, puis au sein du Jamel Comedy Club, l’émission de l’humoriste Jamel Debbouze qui a révélé plusieurs jeunes talents. En 2014, il incarne Chao, le gendre asiatique de Christian Clavier, dans la comédie à succès Qu’est ce qu’on a fait au Bon Dieu ? et se fait connaître auprès du grand public. Le français dans le monde | n° 404 | mars-avril 2016

Entretemps, le jeune garçon en colère a mûri. Peut-être parce qu’il a trouvé les mots. Frédéric parle français, chinois, anglais. « Et espagnol, mais uniquement sous la torture », s’amuse-t-il. Le français reste sa petite favorite : « Je trouve cette langue très belle. Elle est aussi très complexe, mais cela fait partie de son charme. Quand je suis à l’étranger et que je dis que je suis français, les gens sont d’abord étonnés, vu ma

Paradoxalement, poser des mots sur l’histoire familiale a pourtant resserré les liens entre ses membres, « comme si les choses étaient enfin dites » tête, mais ils sont surtout très curieux : où qu’on aille dans le monde, la France a une aura très forte. » Frédéric Chau est aujourd’hui un homme apaisé, qui a compris que ses origines étaient une richesse plutôt qu’un fardeau. « Je suis avant tout français, explique-t-il posément.

Mais une énorme partie de ma culture asiatique est également ancrée en moi. Je l’ai longtemps rejetée, mais elle a rejailli. Désormais, j’ai conscience que tout ce qui m’est arrivé de bien est lié à mes racines. » C’est le long cheminement vers l’acceptation de cette identité plurielle qu’il a voulu raconter dans son autobiographie. L’écriture a eu sur lui le même effet qu’une thérapie. Bien que ses parents ne parlent toujours pas bien français, ils sont fiers de ce livre. « Mon père ne l’a pas lu, mais il a eu beaucoup d’échos. Ma mère est encore en train d’essayer de le lire, avec son petit dictionnaire français-chinois. Dans ma culture, le seul moyen de communication est la non-communication. On ne se dit pas les choses, même en cas de problème, on ne se dit pas “je t’aime”, on n’est pas tactiles. » Paradoxalement, poser des mots sur l’histoire familiale a pourtant resserré les liens entre ses membres, « comme si les choses étaient enfin dites ». Ses prochains projets : un film, Made in China, une comédie sociale sur les Chinois de Paris, dont il a écrit le scénario. Et, peut-être, l’adaptation de son livre en film. Frédéric Chau y interpréterait le rôle de son père, son « héros ».n

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époque | métiers des langues

l’autre auteur de littérature étrangère Par CéCile Josselin

Sans lui, bien des chefsd’œuvre de la littérature étrangère nous resteraient inconnus. Si nous retenons rarement son nom, il partage pourtant avec l’auteur la paternité d’un livre. Plus que la seule intrigue, il en transcrit l’atmosphère, le style et la musicalité des mots. Lui, c’est le traducteur littéraire. Généralement employé par une maison d’édition, il peut aussi travailler ponctuellement pour des journaux, des revues ou des musées quand ces derniers publient des catalogues d’exposition. Découverte d’un professionnel qui a pour vocation d’être un passeur. 20

3 questions à aline Weill, traduCtriCe littéraire

Que recouvre la traduction littéraire ? La spécificité de la traduction littéraire est beaucoup moins littéraire qu’on pourrait le penser. En France et en Belgique, elle recouvre toute œuvre publiée en tant que livre et protégée par le droit d’auteur. Cela peut être le roman d’un prix Nobel de littérature comme un bouquin sur le jardinage ou sur le développement personnel. Certains auteurs ont une très belle plume, d’autres non. Plus un texte est bien écrit et moins on se pose de questions. La traduction est alors bien plus facile. Quelle est votre marge de manœuvre dans la traduction d’une œuvre littéraire ? Notre travail s’apparente à celui d’un musicien qui interpréterait une partition. Il y a plusieurs interprétations possibles. Chaque traducteur donnera la sienne en tentant de se rapprocher au plus près de ce qu’il aura

perçu. Il ne suffit pas de traduire les mots, il faut aussi transcrire le style de l’auteur. C’est donc un vrai travail littéraire ! Parfois, pour être fidèle, il faut être infidèle. Globalement, il existe deux écoles : les « sourciers » et les « ciblistes ». Les premiers sont très fidèles à la langue d’origine, tandis que les seconds privilégient la langue d’arrivée. Sous quel statut travaillent les traducteurs littéraires ? En France, tous les traducteurs littéraires exercent leur activité en tant que free-lances. Nous sommes payés en droit d’auteur avec une part fixe (en moyenne 20 à 24 euros, le feuillet, dont le tiers est versé à la remise du manuscrit, N.D.L.R.) et une part variable : souvent 1 % des ventes après l’amortissement de l’à-valoir. Lorsque nous n’avons pas de commandes, nous n’avons pas droit au chômage. C’est la raison pour laquelle pas plus d’un tiers des traducteurs font de la traduction littéraire à plein-temps. Le reste exerce un autre métier. Beaucoup sont par ailleurs enseignant, journaliste ou écrivain. n

Formation

En France, sur la lancée de Paris VII (« Charles V ») en 1989, une dizaine de masters pro en traduction littéraire se sont ouverts ces quinze dernières années (Bordeaux 3, Strasbourg 2, Aix-Marseille, Angers, Avignon, Lyon 2, Paris 4, Paris 8, l’Inalco). Au Canada, il est possible de se spécialiser en traduction littéraire en maîtrise à l’Université de Sherbrooke et d’Ottawa. Les maîtrises en traduction de Montréal, Laval ou Concordia offrent aussi une alternative. En Belgique, il faut se tourner vers l’Isti (Institut supérieur de traducteurs et interprètes), le Centre européen de traduction littéraire à Bruxelles ou l’Université de Liège. En Suisse, le Centre de traduction littéraire de l’université de Lausanne fait référence. n

Le français dans le monde | n° 405 | mai-juin 2016

© ipictures – Fotolia.com

traduCteur littéraire ::


ÉPOQUE | mOt à mOt Bernard Cerquiglini, éminent linguiste et spécialiste reconnu de la langue française, révèle et explique chaque jour sur TV5Monde une curiosité verbale : origine des mots et expressions, accords pièges et orthographes étranges… Il a aussi accepté de régaler de ses explications gourmandes la curiosité des lecteurs du Français dans le monde.

loCution

For intérieur

dites-moi

ProFesseur grammaire

genre du mot après-midi Déterminer le genre d’un nom composé n’est pas des plus faciles. Une minorité d’entre eux construisent leur signification de façon interne ; on en déduit assez aisément le genre. Ains,i une autoroute est une route pour les autos. Mais la plupart d’entre eux possèdent une signification externe, en fonction d’un nom sous-jacent. Certes, là encore, des tendances se dessinent : le millefeuille est un gâteau, la millefeuille une plante. Toutefois, les noms composés à l’aide de la préposition après

semblent rétifs à la logique. Après-ski, toujours masculin, est un soulier ; pour d’autres dictionnaires c’est une chaussure. Et l’après-rasage, toujours masculin, est à l’évidence une lotion. Quant à l’après-midi, est-ce le temps (masculin) compris entre le déjeuner et le dîner, ou la période (féminin) ainsi définie ? Les deux genres s’emploient, sans qu’une logique se dessine. Et l’on n’est pas sauvé en observant qu’après-midi fait couple avec le matin ; car notre terme s’oppose également à la matinée.

L’indécision est donc entière et il convient de trancher. C’est ce qu’a fait l’Académie française, qui recommande le masculin. Oublions que bien des académiciens – et des plus célèbres – emploient le féminin, ou même les deux, dans le même livre, voire à la même page : je ne dénoncerai personne… Le dictionnaire de l’Académie française considère qu’aprèsdîner, après-midi, après-souper sont des mots composés masculins. Ne discutons pas, et suivons-le ! n

On connaît la plaisanterie : cet automobiliste a pris sa décision dans sa Ford intérieure. Remotivation plaisante d’une locution désormais incomprise. Le mot latin forum désignait la place publique, où se traitaient les affaires de la cité ; il a pris par la suite le sens de « tribunal ». C’est dans ce sens que forum a été emprunté, sous la forme for, par le français ecclésiastique du xviie siècle. On distinguait le for extérieur, juridiction temporelle de l’Église, alors une puissance politique ; et le for intérieur, autorité qu’elle exerçait sur les choses spirituelles. For intérieur a pris le sens figuré de « tribunal intime, jugement de la conscience ». Le terme ne se rencontre plus aujourd’hui qu’au sein de la locution dans (ou en) mon/ton/ son for intérieur ; elle signifie « dans le secret de la réflexion ». Emprunté au xviie siècle, for est une francisation de forum. Le xviiie siècle savant, quant à lui, a choisi la voie du calque : laissant for de côté, il a adopté le latinisme forum, d’abord comme terme d’histoire antique, puis afin de désigner toute place publique. À partir des années 1960, sous l’influence de l’anglais nord-américain, forum a pris le sens de « vaste colloque ». Les forums dont on nous rebat les oreilles, sur l’Internet ou ailleurs, sont donc à la fois un latinisme et un anglicisme. Qu’on me permette, dans mon for très intérieur, de le regretter. n

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voCabulaire

Carême et ramadan

Bien des religions connaissent des périodes de jeûne. Le christianisme fait carême. Ce quadragesima dies, « 40e jour » avant Pâques, devenu quaresima puis carême, désigne aujourd’hui la période de 46 jours situés entre le Mardi gras et le jour de Pâques. Pour l’islam, ramadan désigne le neuvième mois de l’année lunaire,

durant lequel les musulmans s’astreignent à un jeûne strict entre le lever et le coucher du soleil. Comme pour carême, le terme désigne, par métonymie, les prescriptions religieuses relatives à cette période : faire ramadan, comme faire carême. L’arabe ramadan est lié au verbe ramida, qui signifie « être chaud ». Au départ, le mois du ramadan corres-

Le français dans le monde | n° 401 | septembre-octobre 2015

pondait en effet à l’époque des fortes chaleurs de l’été. Chaque soir du ramadan, on peut enfin boire et manger ; on s’amuse. La prononciation dialectale algérienne de ce mot arabe est passée dans le français d’Afrique du Nord, vers la fin du xixe siècle. Il y désigne une fête assez bruyante, pour ne pas dire un tapage : c’est le ramdam. Le mot s’est depuis généralisé en français, comme

synonyme de barouf, boucan, chambard, raffut, vacarme : quel ramdam ! Un esprit astucieux vient de le proposer comme équivalent du fameux buzz de l’Internet (anglais buzz, « bourdonnement »). Pas mal ! Une nouvelle étonnante fait du ramdam dans les réseaux sociaux du numérique. Faut-il y voir la forme moderne du téléphone arabe ? n

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La rubrique « métier » permet d’être au courant des événements, innovations ou initiatives de cette francophonie dont vous êtes les acteurs. Actualité du réseau, FLE en France, français professionnel, ressources méthodologiques et multimédia : vous saurez tout des pratiques de classe partout sur la planète. Cette rubrique se veut aussi votre rubrique : vous pouvez ainsi faire part d’une expérience didactique personnelle, témoigner de votre « vie de prof » ou interagir sur une thématique donnée dans « Que dire, que faire ? ».

métier | manièreS de claSSe

« Manières de classe », une rubrique qui inaugure un voyage dans le monde de la formation des enseignants. Dans chaque livraison du Français dans le monde, elle présente une situation d’enseignement sur laquelle réfléchir et qui se présente comme suit : 1. la tâche : on définit une tâche complexe, qui est décomposée en sous-tâches, en fonction des compétences à acquérir. 2. les objectifs : on part d’un objectif actionnel, en fonction de la tâche prévue, pour donner ensuite des exemples d’objectifs d’apprentissage liés aux soustâches établies dans la démarche méthodologique envisagée. 3. les obstacles : on essaie d’identifier les difficultés d’ordre général qui peuvent surgir dans les différentes étapes conçues pour parvenir à la réalisation de la tâche. 4. les conditions de réussite : on prend en considération ce qui est indispensable, utile ou souhaitable pour définir les conditions de réussite minimales de la tâche envisagée. 5. l’évaluation de la mise en place : on explique quelle est la démarche prévue et on indique les instruments d’évaluation/ autoévaluation possibles dont des exemples concrets sont fournis sur la Fiche « activités » en ligne. Sur Internet, une fiche « Activités » réunit les activités que l’enseignant peut proposer à la classe pour mettre en place le projet, sans négliger des activités d’autoformation à l’usage de l’enseignant même.

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motS et imageS d’une ville :

lire et dire

1. La tâche

Construire un produit multimédia à but informatif sur un lieu. Contextualisation : Dans une classe de lycée (option tourisme), les élèves commencent un échange scolaire avec un lycée français. Leur première tâche sera donc celle de présenter la ville où leur lycée est situé. L’enseignant propose de réaliser un produit multimédia qui comprendra des images, des vidéos et des textes. En fonction de la tâche finale, des sous-tâches seront nécessaires pour que les élèves s’approprient les éléments linguistiques et culturels indispensables à la réalisation finale. On peut retenir, entre autres : - Analyser des images fixes ou en mouvement ; - Analyser les écrits de la ville (affiches publicitaires, cartes de restaurant…) ; - Produire des images et des écrits pour présenter sa propre ville.

2. Les objectifs

On les identifie en fonction des compétences à acquérir à un niveau A2. On aura donc, en réception : - savoir décoder et interpréter les marques culturelles d’une image ; - savoir lire et comprendre les écrits de la ville au niveau linguistique et culturel ;

Et en production : - savoir choisir des images culturellement pertinentes pour présenter sa ville ; - savoir écrire de petits textes descriptifs, narratifs, explicatifs…

3. Les obstacles

À un niveau A2, il n’est pas évident que les apprenants puissent identifier et interpréter facilement les indices culturels d’un document visuel, scriptovisuel ou écrit. La tâche de l’enseignant sera en ce cas, essentiellement, celle de faciliter le travail de décodage de ces indices en tenant compte du fait que, lorsqu’on « lit » n’importe quel document appartenant à une autre culture, il est à priori impossible de le faire sans subir le conditionnement de ses propres habitudes culturelles. C’est le problème des représentations mentales auxquelles chaque individu a recours cognitivement devant toute nouveauté, y compris, dans notre cas, celles d’ordre linguistique et culturel, et qui partent très souvent de connaissances stéréotypées, dans le bon ou dans le mauvais sens. Cela met l’apprenant en situation d’interlangue, mais aussi en situation «  interculturelle  », avec des

marges de compréhension plus ou moins larges entre « le monde d’où l’on vient » et « le monde de la communauté cible » (CECR, 2001 : 82-84) selon les différences existant entre les deux réalités ou à l’intérieur de la même réalité, car « il faut souligner que la prise de conscience intercultu-

Fonctionner, linguistiquement parlant, dans la langue cible, et activer une prise de conscience culturelle et un savoir-comprendre les autres cultures » relle inclut la conscience de la diversité régionale et sociale des deux mondes » (idem), l’interculturel étant constitutif aussi des « cultures nationales », bouillons de cultures locales parfois contradictoires.

4. Les conditions de réussite

Parmi les conditions de réussite, l’organisation adéquate de la démarche interculturelle. Un premier pas incontournable sera l’élicitation des représentations que les apprenants ont d’une ville étrangère, française en ce cas, sans quoi le travail d’acquisition d’une compétence interculturelle mini-

Le français dans le monde | n° 404 | mars-avril 2016


Un magazine, un site et des outils pédagogiques Par Paola Bertocchini et edvige coStanzo

Deux exemples de la campagne récente d’affichage de la ville de Reims à destination des Parisiens.

BiBliograPhie • Beacco J.-Cl., Byram M., 2007, Guide pour l’élaboration des politiques linguistiques éducatives en Europe : de la diversité linguistique à l’éducation plurilingue, Strasbourg, Conseil de l’Europe. • Byram M., Gribkova B., Starkey H., 2002, Développer la dimension interculturelle dans l’enseignement des langues – Une introduction pratique à l’usage des enseignants, Conseil de l’Europe, Strasbourg • Damon J., Paquot T., 2014, Les 100 mots de la ville, PUF, coll. « Que sais-je? ». Gamba F., 2011, « Lire la ville quotidienne entre technique et poétique », Sociétés, n° 114, 2011/4, De Boeck Supérieur, p. 119-197. • Lazar I., Huber-Kriegler M., Lussier D., Matei G. S., Peck C. (dir.), 2007, Développer et évaluer la compétence en communication interculturelle, CELV – Conseil de l’Europe. n Le français dans le monde | n° 404 | mars-avril 2016

male risque de ne pas aboutir. Remue-méninges, Q-sort et activités ludiques constituent toujours une ressource méthodologique importante dans cette phase. Un deuxième aspect à ne pas négliger sera celui de la prise de conscience des stéréotypes culturels internes et externes à toute culture que l’enseignant est appelé à faire ressortir à travers la mise en place d’activités pertinentes. Un troisième volet de la démarche pédagogique à structurer ne saurait négliger le choix des matériaux de travail (images, écrits…) qui sera fait de préférence en fonction des critères suivants : • l’organisation sérielle des documents pour faciliter le travail de repérages des indices culturels ; • l’évocation ou la référence claire que les documents français ou francophones peuvent présenter sur la culture d’origine des apprenants et vice versa pour mieux pratiquer le jeu de regards croisés qui, donnant lieu aux comparaisons inévitables, favorise la prise de conscience et l’analyse de la connaissance stéréotypée. Et pour la production, l’enseignant veillera à proposer des tâches d’apprentissage qui favorisent l’acquisition d’une compétence discursive de base. Pour ce faire, l’analyse de documents en réception permettra de dégager les matrices à proposer pour le passage à l’écrit en facilitant la tâche à des apprenants dont le niveau nécessite de modèles discursifs à s’approprier pour passer à une production autonome.

5. L’évaluation du dispositif

S’il est nécessaire que l’évaluation du dispositif comporte toujours, pour l’enseignant, la mise en place d’instruments d’auto-analyse visant à favoriser la réflexion sur l’efficacité de la démarche proposée, il est d’autant plus nécessaire d’envisager, pour les apprenants, des instruments d’évaluation et/ou auto-

évaluation qui tiennent compte de ce qu’il est désormais courant d’appeler compétence communicative interculturelle (CCI). Mais si, pour les sous-tâches envisagées en réception, il est facile de prévoir des instruments d’évaluation indirecte (Q. C. M., questionnaires ouverts, associations…) pour l’aspect linguistique mais aussi pour celui qui concerne l’appropriation des savoirs culturels où il est demandé aux apprenants d’associer, regrouper, catégoriser des éléments culturels appris, il n’en est pas de même pour les savoir-faire et les savoir-être qui caractérisent à ce niveau la CCI. Si, pour les premiers, à ce niveau de compétence il est prévu, tout simplement, que l’on sache « fonctionner, linguistiquement parlant, dans la langue cible » (Lazar et alii) et, pour les deuxièmes, que l’on puisse activer «  une prise de conscience culturelle et un savoir-comprendre les autres cultures » (idem), il ne reste à l’enseignant que veiller à ce que, en production, la compétence langagière activée intègre en connaissance de cause les éléments culturels acquis. Par quels instruments  ? Des échelles d’évaluation, par exemple, à construire collectivement, pour évaluer le produit final en fonction des caractéristiques négociées (simple brochure contenant de l’écrit et des images fixes ou, plus complexe, une présentation incluant aussi de petites vidéos…), qui pourront être utilisées pour le portfolio des apprenants et représenter une première étape vers le passage de la CCI à la compétence critique qui demande « l’appropriation de sa propre identité et de savoir accepter et interpréter les autres cultures » ainsi que l’adaptation à différents contextes « en intégrant de nouvelles expériences et en utilisant efficacement sa compétence langagière » (idem). n

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métier | que dire, que faire ?

Les phonèmes [u] et [y] sont souvent difficiles à différencier selon les nationalités des apprenants. À l’Université de Chypre, alors que je montais l’Œuf dur de Ionesco, je me souviens d’une étudiante qui prononçait constamment « un œuf de pull » ! Bien qu’elles fassent rire, ces confusions sont très dérangeantes pour la compréhension… Quelles techniques performantes ont été inventées puis testées par les enseignants pour différencier et prononcer correctement ces deux phonèmes ? C’est ce que nous avons demandé à la communauté d’enseignants du FDLM et aux stagiaires du CAVILAM cet été. Voici leurs réponses.

J

e travaille à partir de l’imagination des apprenants en créant deux villes fictives : la ville de Lulu et la ville de Loulou. Dans la ville de Lulu, il y a seulement des objets, personnes ou lieux comportant le son [y] mais il n’y a pas d’objets, personnes ou lieux comportant le son [u]. Dans la ville de Loulou, il y a exactement la situation inverse. On divise le groupeclasse en deux, un groupe s’occupe de la première ville où « il y a » et l’autre groupe du « il n’y a pas », puis on inverse avec le cas de la seconde ville. Guillaume Perche, Brésil

c

haque élève reçoit un virelangue disponible sur TV5Monde avec audio. On distribue aux élèves le virelangue qui contient le son [y], puis [u], afin de se familiariser avec la différence entre les sons. Chacun prononce à son tour et cela dans une bonne ambiance. Lors d’une deuxième séance, l’élève répète devant la classe et les élèves sont en charge de l’évaluation de la prononciation. Marcelo Rafael Costa, Brésil

Différencier Différencierles les

rubrique animée par aDrien payet

l

es élèves font le miroir avec moi. Je répète le son et eux doivent regarder ma bouche et répéter après moi. Après, je leur donne beaucoup de mots avec le son [y] et après avec le son [u] pour distinguer les deux. À la fin, je leur fais des groupes de mots avec les deux sons. Puis, on fait des exercices : si on entend le son [y], on lève les bras ; si on entend le son [u], on baisse les bras. L’objectif de cet exercice est de vérifier que les élèves sont capables de distinguer les deux sons. Amira Adel, Égypte

m

algré leurs origines variées, les étudiants de mes classes ont pour point commun d’être très souvent « greffés » à leur téléphone intelligent. Avec les systèmes de reconnaissance vocale intégrés (tels que Siri), je propose pour chaque public des phrases avec des paires minimales (du type « tu vas bien » / « tout va bien ») afin qu’ils puissent travailler en autonomie et vérifier qu’ils prononcent adéquatement en regardant la transcription qu’ils obtiennent. Fabien Olivry, France

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[u] Le français dans le monde | n° 402 | novembre-décembre 2015


a

ssocier une image à chaque son, par exemple montrer l’image d’une poule aux élèves, leur faire écouter le mot « poule » et demander de répéter le son [u] qui est associé. Montrer la deuxième image représentant un pull, dire le mot « pull » et demander de répéter le son [y] qui est associé. Diviser la classe en deux : une partie doit prononcer le son [y] et l’autre partie le son [u] quand ils entendent le son demandé.

[y]

p

Marwa Mohsen et Omayma Sayed, Égypte

artager la classe en deux groupes autour d’une table avec quelques cartes qui présentent les mots avec les deux sons. Le professeur donne un mot et les étudiants ont une baguette pour toucher la bonne carte. Celui qui touche le premier gagne un point pour l’équipe. Les élèves jouent chacun leur tour (exemples : bu/boue, su/ sous, du/doux, jus/joue). Letuici Bortoluzzi, Brésil Aysel Ornal, Turquie

s phonèmes [u] et [y] ? à retenir 

les pulls nous chauffent le cou Les réponses reçues reflètent bien le degré d’inventivité et d’adaptation qu’exige notre profession. Fabien ou Marcelo proposent une utilisation tout à fait pertinente des technologies et permettent par la même occasion une autonomisation de l’apprenant. Associer les sons à des gestes ou à une image, comme le propose Marwa, se révèle également très efficace. Pour rebondir sur la proposition d’Amira, il existe le formidable texte de Raymond Devos « Sans dessus dessous », que vous trouverez

sur ce lien : http://urlz.fr/2pKX. Les apprenants lèvent les bras lorsqu’ils entendent « dessus » et les baissent lorsqu’ils entendent « dessous ». Ordonner, classer, différencier : bref, faire le ménage des sons pour que plus jamais la phonétique ne ressemble à une chambre de collégien ! Et ensuite, c’est à eux de produire… tout comme un saxophoniste qui malgré tous les conseils et partitions déchiffrées, n’apprend finalement à jouer qu’en soufflant dans son instrument. n

J

e dis aux élèves d’apporter de petits miroirs. Je leur propose d’abord de faire un exercice de grimaces : on prononce le son [y], puis le son [u] en exagérant sur la prononciation. On répète quelques fois les deux sons, puis je leur dis de prononcer toujours le [u] mais en changeant la position de la bouche (en faisant le groin du cochon, ça les fait rire) pour obtenir le son [u]. D’abord, ils font cet exercice en m’observant, puis ils répètent devant leurs miroirs.

p

our la discrimination [u]/[y], pour moi, c’est simple… Je m’appelle Manuel et tout le monde m’appelle Manu et je fais le son pour qu’ils comprennent. Comme je n’aime pas cette façon de m’appeler, j’ajoute un « o » au milieu pour que ça sonne comme je veux, « Manou » ! Manou, Espagne

Edyta Solecka, Pologne

Un grand merci aux enseignants qui ont partagé leur expérience. Rendez-vous dès à présent sur l’onglet « Forum » de notre page Facebook pour participer aux prochains « Que dire, que faire ? ». Le français dans le monde | n° 402 | novembre-décembre 2015

Rejoignez facebooK/lefDlm www.fdlm.org

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métier | fle eN fraNce

le fraNçais fraNçais le pours’iNsérer s’iNsérer pour Maîtriser la langue française est une des conditions pour réussir son insertion en France en tant que réfugié, notamment pour trouver un emploi et un logement.

T

TexTe eT phoTos par Nicolas Dambre

segtse, Sainkhuu, Ridvan, Mokhmad et Jayatunge ne sont désormais plus demandeurs d’asile car ils ont obtenu le statut de réfugié. Ce lundi de décembre, ils suivent le cours de français d’Aline Follea-Descols, proposé par le Centre d’action sociale protestant, dans le nord de Paris. La professeure accueille ses élèves dans la salle de classe de plain-pied sur la rue. Malgré beau-

coup d’hésitations, les deux Mongoles Sainkhuu et Tsetseg prennent la parole. À l’une, l’enseignante annonce que son certificat d’hébergement vient d’arriver. Aujourd’hui, il est question de logement, avec l’aide du manuel Trait d’union. Savoir par exemple détailler et comprendre des caractéristiques telles que grand, clair, spacieux, en bon ou en mauvais état. Aline Follea-Descols montre à ses

élèves des photos d’un appartement haussmannien, d’une ferme et d’un moulin. « Qu’est-ce que c’est ? Quel logement préférez-vous ? Lequel est ancien ? Quel est le contraire d’ancien ? » Ridvan se lance : « C’est une maison à la “champagne”. » Le professeur le corrige et lui demande de décrire les animaux visibles sur la photo. L’homme de 41 ans échange des noms en russe avec Mokhmad, arrivé de Tchétchénie.

Trouver un emploi

Au tableau, le professeur note au feutre vert les liaisons entre les articles, les noms et les adjectifs : celles entre un et immeuble ou entre grand et appartement. Le D qui se prononce alors T les étonne. MokhClasse de français pour migrants au Centre d’action sociale protestant de Paris.

mad confond clef et clair. Sainkhuu et Tsetseg essayent d’énumérer des meubles, ils viennent plus facilement dans leur langue maternelle qu’en français. On montre, on mime, on tente des mots… provoquant régulièrement un éclat de rire général. Jayatunge répond souvent en anglais. Elle est arrivée du Sri Lanka en 2013, avec ses deux enfants de 11 et 14 ans, menacée car Témoin de Jehova dans un pays à majorité bouddhiste. Mokhmad a 39 ans, il a fui Grozny en 2012. Il dit brièvement : « Trop de problèmes avec la police russe et tchétchène. » Avec son épouse et ses deux rejetons de 6 et 8 ans, ils habitent Puteaux, à l’ouest de Paris. Ridvan, 41 ans, s’est exilé en 2013 et vit à Garges-lès-Gonesse, en banlieue nord. Il explique : « En Albanie, vendetta. En France pour la sécurité, le travail et mes enfants. » Il dit apprendre le français pour décrocher un travail, n’importe lequel. Tous sont dans l’optique de retrouver rapidement un métier, condition d’un logement pour eux et leur famille. Et pour cela, la langue française est indispensable.

Devenir autonome

Ces adultes réfugiés doivent gérer beaucoup de choses : leur famille, les démarches par rapport à leur carte de séjour, par rapport à Pôle Emploi ou la Caisse d’allocations familiales. La plupart sont logés à l’hôtel, parfois loin de Paris où ont lieu les cours. Certains font face à des soucis de santé. Il n’est pas toujours facile d’assister à l’enseigne-

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Le français dans le monde | n° 403 | janvier-février 2016


« Vivre en famille peut ralentir l’apprentissage, car les enfants s’expriment souvent mieux que les parents (...) Certains réfugiés subissent le fait de devoir parler français, d’autres ont une réelle envie de l’apprendre »

Déculpabiliser

« Si la prononciation du français n’est pas évidente, son écriture l’est encore moins. Tous maîtrisent l’alphabet latin, mais il existe tellement de doubles consonnes ou de doubles voyelles dans notre langue qui ne se prononcent pas de la même façon… Une dame me confiait qu’elle se sentait comme un bébé qui apprend une

Unité 5 Chez moi

P. 118

A1.1

Grammaire

UNITÉ 5

2. Décrivez votre logement. Chez moi

2

Décrivez votre logement.

Neuf / neuve Grand / grande

Vieux / vieille Petit / petite

Clair / claire Vieux / vieilleSombre / sombre Neuf / neuve Grand /Spacieux grande Petit / petiteÉtroit / étroite / spacieuse Clair / claire Sombre / sombre Meublé / meublée Vide / vide Spacieux / spacieuse Étroit / étroite MeubléEn / meublée bon état Vide / vide En mauvais état En bon état En mauvais état

Dans Sur / Sous

Dans Sur / SousÀ côté de À côté de À gauche de / À droite À gauche de / À droite de Près Près de / Loin dede / Loin de Derrière / Derrière Devant / Devant

de

A1.1

Je cherche un logement… Je Regardez cherche unles logement… 3. annonces et répondez aux questions. Regardez les annonces et répondez aux questions. 3

Il y a combien de pièces ? Il y a combien de taille pièces ? ? Quelle est sa Quelle est sa taille ? Quel est son prix ? Quel est son prix ? ÀÀ quel étage est l’appartement ? quel étage est l’appartement ? Donnez le le nom de l’agence / du propriétaire. Donnez nom de l’agence / du propriétaire. Quel est le quartier ? Quel est le quartier ?

F1 = 1 pièce F2 = 2 pièces

Attention : La cuisine et la salle de bains

F1 = 1 pièce Attention : 3 pièces ne etsont pas comptées F2 F3 = 2=pièces La cuisine la salle F3 F4 = 3=pièces de bains ne sont pas 4 pièces comme pièces. F4 = 4 pièces comptées comme pièces.

A1.1

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49 quarante-neuf

quarante-neuf

ment avec assiduité ou d’effectuer les exercices de français à la maison. La moitié des élèves inscrits en français langue étrangère a néanmoins déjà suivi quelques cours, avec les Restos du cœur ou Emmaüs, par exemple. Au CASP, deux sessions d’un trimestre, grand débutant et débutant (108 et 144 heures), sont proposées après évaluations. Des cours intenses, mais à visée très pratique. Le professeur analyse : « L’objectif est de parvenir à une certaine autonomie : savoir se présenter, s’orienter Rythme et sons dans la ville, remplir des formulaires, chercher un logement… Vivre en famille peut ralentir leur apprentissage, car leurs enfants s’expriment souvent mieux qu’eux et deviennent leurs interprètes, tandis qu’ils passent du temps avec leurs compatriotes. Certains subissent le fait de devoir parler français, d’autres ont une réelle envie de l’apprendre. » Aline Follea-Descols a elle aussi assimilé une langue à force de l’entendre : le russe.

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service aux réfugiés Le Centre d’action sociale protestant (CASP) a été créé il y a 60 ans. Plus récent, son Service aux réfugiés accueille des adultes venus en famille en France, soit actuellement près de 280 familles suivies en

Le français dans le monde | n° 403 | janvier-février 2016

région Île-de-France par quatre assistantes sociales. En 2014, sur près de 65 000 demandes d’asile, moins d’un quart a obtenu une issue favorable. Le Service aux réfugiés du

CASP a pour mission l’insertion par le travail et le logement, mais aussi le suivi social des personnes ayant acquis cette protection internationale. L’association propose dans ce cadre des cours de FLE. n

langue. Je tente de les déculpabiliser en leur disant que peu de Français écrivent un français parfait ! » raconte l’enseignante, passée par plusieurs Alliances françaises avant d’enseigner au CASP. S’ils ne redoublent pas, les élèves suivront l’enseignement trois ou six mois, selon leur niveau. Ensuite, s’ils en ont besoin, ils assisteront aux cours obligatoires de formation civique et linguistique, liés à l’obtention de leur carte de séjour. Un enseignement sous-traité à des entreprises privées par l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Les élèves y seront beaucoup plus nombreux, avec comme objectif le fameux diplôme initial de la langue française (DILF). Ici, les réfugiés reçoivent presque un cours particulier. Ils se frottent à la complexité de l’administration française en remplissant par exemple un formulaire CAF en ligne avec leur professeur, ils découvrent aussi la culture et la civilisation du pays en écoutant quelques chansons comme « Les Cornichons » de Nino Ferrer ou « Fais pas ci, fais pas ça » de Jacques Dutronc. Pas seulement pour apprécier le patrimoine culturel, mais également pour apprendre les noms des aliments ou l’impératif. Entre la moutarde, le fromage et les macarons, les élèves connaîtront quelques-uns des mets qui font la réputation de leur nouvelle patrie. n

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Chaque numéro est orienté autour d’une thématique centrale qui constitue son « dossier ». Sujet culturel, tournant autour d’une grande personnalité ou d’un événement francophone ; problématique sociale et d’actualité qui vise à mieux percevoir le monde en français ; questions didactiques et pédagogiques à la découverte de nouvelles tendances, de méthodes inédites ou d’expériences originales.

dossier | EntrEtiEn Au Centre d’approches vivantes des langues et des médias (Cavilam) de Vichy.

« LE français dEviEnt un produit touristiquE » Écoles de langues, mais aussi centres de formation et de recherche, le Cavilam-Alliance Française de Vichy et le CLA de Besançon accueillent chaque année des centaines de stagiaires. Figures reconnues de ces deux institutions, Michel Boiron et Hélène Vanthier évoquent les mutations liées au tourisme linguistique.

propos rEcuEiLLis par sébastiEn LangEvin

S’il n’est pas vraiment nouveau, le « tourisme linguistique » semble changer de nature ces dernières années. C’est un enjeu de taille pour vos centres de langue…

Michel Boiron est

directeur général du CavilamAlliance française de Vichy.

Hélène Vanthier est

responsable pédagogique des stages d’été pour professeurs du CLA Besançon.

50

Hélène Vanthier : Le tourisme linguistique n’est pas récent. L’immersion a été l’un des objectifs très importants de l’accueil des stagiaires en France. Ils viennent pour apprendre le français mais aussi pour vivre en Français, et ce depuis des décennies. L’immersion est en lien avec l’apprentissage de la langue

ou avec la formation continue des professeurs. Et cela se décline différemment selon les programmes. Cela peut être intégré complètement à la formation. Par exemple nous avons au CLA un programme semestriel « Langue, culture, société » qui est un parcours pré-universitaire. Dans ce cadre, il y a des stages dans des institutions, des associations, des établissements scolaires, des entreprises culturelles à Besançon. Nous avons aussi à répondre à une forte demande culturelle (patrimoine, histoire, histoire de l’art, architecture…) et à une demande pour habiter et vivre avec les Français, pour rencontrer les Français. Michel Boiron : Dès la création du Cavilam, l’objectif a été double. Proposer à des stagiaires venant du monde entier de vivre à la française, d’une part à travers la découverte de la langue et du patrimoine culturel et artistique de la région et, d’autre part, au contact des Français. C’est le cas notamment grâce à

l’hébergement en famille d’accueil, qui représente toujours 60 % de la demande de logement. Dès 1964, le Cavilam a aussi eu pour but de créer de l’activité économique, des emplois et de la richesse dans l’intérêt collectif de la cité. En 2014, l’impact direct du Cavilam sur l’économie locale de la ville de Vichy est estimé entre 12 et 15 millions d’euros. H. V. : Pour nous l’objectif est un peu différent. Le CLA draine une grande population de stagiaires du monde entier, ils apportent de l’activité mais sont aussi vecteurs de notoriété hors de France  : le maire dit que l’on connaît Besançon dans le monde entier grâce au CLA ! Je pense que la taille de Besançon et de Vichy permet des relations étroites avec les différents partenaires locaux. Comme ce ne sont pas de grands villes, nous avons une grande proximité avec les associations culturelles, l’office de tourisme, la municipalité ou le conseil régional. On peut apprécier l’implication, voire l’imbrication, de

Le français dans le monde | n° 404 | mars-avril 2016


»

Un magazine, un site et des outils pédagogiques

.

Au Centre de linguistique appliquée (CLA) de Besançon.

appLication « immErsion francE » 25 janvier 2016 : lancement au ministère des Affaires étrangères de l’application « Immersion France ». Objectif : promouvoir les séjours linguistiques en France pour les visiteurs individuels, les familles ou les publics scolaires.

la ville ou de la région dans nombre d’activités proposées aux stagiaires du CLA. Il y a aussi un effet loupe dans une ville de taille moyenne comme Vichy ou Besançon, au niveau des acteurs et des lieux qui sont plus accessibles que dans une grande ville.

Les différents publics attendent-ils les mêmes choses qu’auparavant d’un stage linguistique ?

M. B. : On voit évoluer les publics et les demandes, notamment à cause de la baisse des financements publics, les personnes paient de plus en plus eux-mêmes leurs séjours, qui du coup sont de plus en plus courts. Les inscriptions sont de plus en plus tardives, les exigences de plus en plus grandes, en termes d’hébergement, de confort d’accueil, mais aussi d’offre culturelle. Nous devons ainsi individualiser les programmes linguistiques mais aussi culturels. On évolue du stage linguistique vers le tourisme linguistique. Même si on vient dans nos centres avant tout pour la qualité pédagogique. H. V. : Nous sommes dans un contexte économique difficile  : est-ce que nous devons tout accepter ou pouvons-nous nous permettre de refuser certaines de-

D’abord faire parler les chiffres : 130 000 inscrits à un séjour linguistique, 1 million de nuitées vendues, 115 millions d’euros de chiffre d’affaires générés, 2 600 emplois occupés… C’est clair, le tourisme linguistique a un véritable impact économique. Prise de conscience tardive qui avait déjà fait l’objet d’un séminaire d’information et de réflexion, il y a six mois, en 2015. Prise de conscience efficace puisque l’engagement pris de créer une application s’adressant à ce public trouve aujourd’hui son aboutissement avec la présentation officielle par Matthias Feckl, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des

Français de l’étranger, de l’application « Immersion France ». Une réalisation confiée à Campus France en partenariat avec Atout France et TV5MONDE. « Pratique, dynamique, séduisante », c’est l’Ambassadeur de France au Mexique qui l’affirme. « Immersion France » a été conçue comme une application grand public, multilingue, gratuite pour mobiles et tablettes qui offre la possibilité de mieux choisir son séjour linguistique en France. On y trouve un catalogue des meilleures offres des centres de langue en France toutes labellisées (Qualité FLE, UNOSEL, Office) : plus de 300 offres de séjours déclinant apprentissage de la langue française, formation professionnelle ou universitaire, gastronomie, circuits touristiques, séjours pour juniors, etc. ; une aide à la décision pour trouver son séjour sur mesure ; une carte interactive pour découvrir en images et en vidéo les régions françaises. n J. P.

pour En savoir pLus www.immersionfrance.fr

mandes qui ne correspondent pas à notre cœur de métier ? M. B. : Les stagiaires sont devenus des clients, nous pouvons désormais faire l’analogie avec les touristes. Ils jugent l’ensemble de la qualité de la prestation, même si la pédagogie reste notre cœur de métier. En revanche, ces mutations de la demande remettent en question le statut de l’enseignant. Les demandes de plus en plus fragmentées conduisent à une « Uberisation » du métier d’enseignant, nombreux sont ceux qui doivent s’orienter

Le français dans le monde | n° 404 | mars-avril 2016

vers le statut d’autoentrepeneur, par exemple. Le niveau de formation des enseignants évolue vers le haut, mais les possibilités d’emploi semblent évoluer vers le bas.

Cette imbrication plus forte du « linguistique » et du « touristique » obligentelles vos structures à modifier leur offre ?

M. B. : À partir du moment où l’on considère que l’on est dans le domaine touristique, on est dans une

relation différente par rapport à l’usager, dans laquelle on doit sans arrêt se poser la question de comment se positionner par rapport au marché, de comment le conquérir, comment réagir à la demande. H. V. : Dans nos programmes, il y a une articulation réelle, selon la perspective actionnelle, entre ce que l’on apprend dans nos classes et l’exploration du terrain. Avec un vaet-vient permanent entre le pédagogique dans les classes, avec les préparations de sortie par exemple et le terrain en lui-même. Cela contribue à l’immersion. On est dans une pédagogie en lien direct, en interaction avec une activité de type touristique, où l’apprentissage de la langue permet une découverte plus fine du milieu. Réciproquement, cette exploration ciblée du milieu rejaillit sur la qualité des apprentissages linguistiques. Il s’agit bien d’un « apprentissage en immersion ». M. B. : Autrefois, nous recevions des stagiaires qui venaient apprendre le français, associé à un programme culturel. Aujourd’hui, au cœur de notre activité, il y a la promotion extérieure de la langue française. Le français devient un produit touristique. Nous devons travailler sur l’attractivité de notre langue. Cet aspect était à la marge, il se place désormais au centre. n

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Pour être informés de toute l’actualité culturelle francophone, la rubrique « mémo » sélectionne pour vous le meilleur des essais, romans, BD, livres jeunesse ou polar (« À LIRE »), les sorties DVD (« À VOIR ») et les albums qu’il ne faut pas louper (« À ÉCOUTER »). Avec, pour chaque MÉMO, le point de vue d’une figure du monde littéraire, cinématographique ou musical.

mémo | à voir

Drôle de parcours pour Made in France, dernier film de Nicolas Boukhrief, qui relate l’infiltration des milieux intégristes de la banlieue parisienne par un jeune journaliste indépendant. Après plusieurs reports de dates dus à son sujet plus que sensible, il n’a finalement bénéficié que d’une sortie en VOD. Dommage. Car, au-delà du sujet d’actualité brûlant, on est face à un excellent film de genre, un thrilleur efficace, à la tension palpable et aux acteurs impeccables. n

Œuvre de mémoire L’incroyable documentaire fleuve de Claude Lanzmann, Shoah, réalisé entre 1976 et 1981, sort dans une nouvelle édition remasterisée (Why Not Productions) composée de 4 DVD et d’un livret biographique. Les dix heures de film, réparties en quatre volets, ont entre autres particularités de ne pas proposer d’images d’archives, seulement des témoignages de rescapés des camps, de contemporains ou de nazis. Hier comme aujourd’hui, ce film hors norme qui dit l’horreur du monde est indispensable et incontournable. n

à Fond ! Rarement film aura été d’une telle noirceur et si captivant. Tête baissée (Blaq out), coproduction francobelgo-bulgare, est le second film de Kamen Kalev. On y suit un trafiquant de fausse monnaie (épatant Melvil Poupaud) contraint d’infiltrer un réseau mafieux de proxénétisme en Bulgarie pour éviter les prisons françaises. Empruntant au documentaire, cette fiction ne laisse pas indemne, malgré quelques écarts scénaristiques dommageables, largement compensés par la détermination du réalisateur à ne rien « lâcher ». n

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© ISTIQLAL FILMS - photo P.Pecastaing

mad in France

3 questions à PhiliPPe Faucon

« une reconnaissance inattendue » Le cinéma ? Philippe Faucon l’a abordé par la « petite porte » de la régie, puis des courts-métrages, ses études de lettres ne l’ayant pas particulièrement destiné au grand écran. C’était sans compter un furieux désir de témoigner et de transmettre. En un quart de siècle et près de quinze films ou séries, ce natif du Maroc a rallié tous les suffrages avec Fatima. Celui qui s’intéresse depuis toujours aux « invisibles », vient de sacrément les mettre en lumière ! ProPos recueillis Par Bérénice Balta

Vos films dressent un portrait de la société française dans toute sa diversité et sa pluralité, par le biais de personnages ordinaires et pourtant, admirables… Ce qui, à l’heure actuelle, est plus que jamais nécessaire, non ?

Oui, d’autant que ce sont des personnages qui ont été pendant très longtemps absents des écrans, et ensuite le plus souvent représentés de façon schématique, stéréotypée, voire caricaturale. La représentation ultradominante à l’écran des quartiers urbains périphériques est celle de fictions évoquant la violence, la drogue, la dérive djihadiste, qui peuvent être des réalités partielles de ces quartiers, mais pas les seules réalités. Il y vit aussi des gens qui se lèvent à 5 heures du matin pour ramasser des poubelles, faire des ménages, nettoyer des chambres d’hôtel, des trains, des bureaux et des locaux d’entreprises, etc. Une rétrospective à la Cinémathèque française, en octobre dernier, le prix Louis-Delluc, le César 2016 du meilleur

film… Votre discrétion en prend un coup ! Mais quelle reconnaissance pour votre travail et celles et ceux que vous filmez. Comment le prenez-vous ?

Bien ! Les César sont une reconnaissance inattendue et à laquelle je ne peux pas être indifférent, car c’est le vote de l’ensemble des professions du cinéma, qui s’est porté cette fois sur un film produit par une toute petite structure, installée en province, sans réseaux et sans influence. Je peux donc être certain que toutes les voix qu’a obtenues Fatima sont des voix d’adhésion au film. Idem pour la nomination comme meilleure actrice de celle qui l’incarne, Soria Zeroual – qui ne connaît absolument personne parmi les votants. C’est une formidable victoire personnelle pour cette femme qui n’a aucune formation de comédienne et qui a été saluée par des spectateurs du monde entier pour la qualité de sa prestation. Prêtez-vous une attention particulière à l’édition DVD de vos films et aux nouvelles formes de « consommation » des œuvres cinématographiques ?

Nous vivons des périodes de mutations accélérées, à plein de niveaux, et aussi dans la façon dont les films parviennent à leurs spectateurs. De mon point de vue, la salle et le grand écran restent les plus belles façons de rencontrer une œuvre cinématographique, en particulier pour la première fois. Mais un grand nombre de raisons font – et parmi ces raisons, le fait que certains films perdent très vite la possibilité d’être vus sur grand écran – que la VOD et le DVD sont devenus des vecteurs importants de l’accès aux films. Donc, oui, j’attache une importance à suivre l’édition DVD de mes films. Même si, au moment où l’on étalonne l’image et on mixe le son DVD (après l’avoir fait pour la salle), on a toujours le sentiment de quelque chose de malgré tout un peu réducteur. n Le français dans le monde | n° 405 | mai-juin 2016


Un magazine, un site et des outils pédagogiques mémo | à lIRE bande dessinée Par sébastien langevin

raconter le réel

La petite bédéthèque des savoirs, Le lombard

Sociorama, Casterman

Il est loin, le temps où la BD se cantonnait aux récits de fiction, versant systématiquement dans l’aventure ou l’humour. Après l’autobiographie et le reportage d’actualité, entre autres, la bande dessinée se propose de raconter le monde tel qu’il est, ou du moins tel que scientifiques et experts peuvent le décrire. Deux nouvelles collections proposent ainsi de petits albums didactiques en prise directe avec le réel. « La petite bédéthèque des savoirs » associe un spécialiste et un auteur reconnu de bande dessinée. Avec des titres aussi divers que

docuMentaires

Par PhiliPPe hoibian

les classes PoPulaires sacrifiées

les atouts de la france Cet atlas présente, avec humour, à l’aide de 50 cartes illustrant des données récentes, la France qui attire, rayonne et réussit dans des domaines très variés. Culture : abondance de sites touristiques ; le français, seconde langue apprise et enseignée ; grand nombre de prix Nobel de littérature, de médailles Fields et de footballeurs expatriés ; des inventions : cinéma, carte à puce, services en ligne… Économie et environnement : leader dans la fabrication de voiliers, le transport ferroviaire, l’élevage bovin, les centres naturistes… Art de vivre : achat de lingerie féminine, consommation de cannabis chez les ados, industries de luxe et de cosmétiques… Gastronomie : restaurants étoilés, production d’huîtres et de fromages… Cocorico ! n

L’Univers (sous la direction de l’astrophysicien Hubert Reeves) ou Les Requins (illustré par Jean Solé), elle souhaite constituer une véritable encyclopédie illustrée, à raison d’un nouveau titre chaque mois. La collection « Sociorama » se veut plus pointue : c’est la rencontre d’un auteur de BD et d’un chercheur en sociologie. Les deux premiers titres font preuve d’originalité : Chantier interdit au public explore le quotidien des travailleurs du bâtiment et La fabrique pornographique celui des acteurs et actrices X. Tout un programme… n

La laïcité doit permettre de se rassembler par-delà ses différences, sans les nier ni les brimer. Des règles de conduite doivent être clairement énoncées pour réussir à intégrer ce beau principe dans notre vie quotidienne. Exemples donnés par les auteurs : cantines scolaires (plat végétarien proposé) ; cimetières (un espace commun, avec un carré dédié à chaque religion) ; enseignement du fait religieux (indispensable dans le primaire et le secondaire) ; entreprises multinationales (y respecter les lois du pays de résidence) ; foulard (neutralité oblige : non autorisé aux mineurs et aux enseignants à l’école, aux fonctionnaires), imams (formation théologique et universitaire requise) ; sectes (ni stigmatisation, ni laxisme)… n

Cette sélection d’une centaine de paires de mots correspondant au mode de vie de deux générations témoigne d’une évolution. On pourrait s’en servir comme activité de classe : on donne une partie de la paire et il faut trouver l’autre. Un exemple : à la carte Michelin du passé, on peut associer le GPS du présent. Voici quelques associations proposées dans le livre (à vous d’en imager d’autres) : Maison : télé/écrans. Gastronomie : fondue/plancha. Mode : boucles d’oreilles / piercing. Loisirs : feuilleton/série. Transport : auto-stop/covoiturage. Économie : hypermarché/e-commerce. Communication : Polaroid/selfie. Personnes : clochard/SDF. Mœurs : liste de mariage / fête de divorce… Et si c’était mieux après ? n

D’après Christophe Guilluy (auteur d’un atlas et d’un essai remarqué sur les fractures sociales françaises), deux France se font face : la France des métropoles (brillante vitrine de la mondialisation heureuse, où cohabitent cadres et immigrés) et la France périphérique (des petites et moyennes villes, de certains espaces périurbains, des zones rurales, des territoires et régions d’outremer), éloignée des bassins d’emplois les plus dynamiques. Cette France périphérique, invisible et oubliée, rassemble aujourd’hui près de 80 % des classes populaires (jeunes, actifs et retraités issus des catégories modestes, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants). Le marché de l’emploi s’adresse surtout aux plus qualifiés, et aux peu ou pas qualifiés. Confrontés au chômage, à la marginalisation et à la précarité, ces groupes réagissent en adoptant de nouveaux comportements : mouvement des « Bonnets rouges », montée du

Valère Staraselski, La Fête de l’Humanité, Cherche Midi

Carl Aderhold, Vincent Brocvielle, Avant Après, JC Lattès

Christophe Guilluy, La France périphérique, Flammarion, collection Champs actuel

Didier Porte, Atlas de la France qui gagne, Autrement

la laïcité : guide Pratique

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c’était Mieux avant ?

populisme et de l’abstention, surreprésentation du vote FN, méfiance à l’égard des partis et de la politique… L’ensemble du parc privé de logements des grandes villes est touché par la gentrification plus ou moins intense, tandis que le parc social est voué à se spécialiser dans l’accueil de populations précaires et/ou immigrées. Ce clivage social tend à recouvrir un clivage ethnique. En conséquence, les couches supérieures, protégées par un statut social, des revenus et/ou leurs choix résidentiels et scolaires ne sont pas directement confrontées à la complexité du rapport (fraternel mais aussi ambivalent, conflictuel) à « l’Autre ». Selon l’auteur, sans une implosion du système politique traditionnel et la création ou le renforcement d’institutions (comme les départements) susceptibles de représenter cette France populaire, le morcellement et l’éclatement de la société française paraissent inéluctables. n 

Le français dans le monde | n° 405 | mai-juin 2016


Les « Interludes », ce sont ces moments de détente et de plaisir de lecture, qui pourront tout aussi bien servir de support pédagogique que d’apport (inter)culturel. Citations choisies, poésies du monde francophone, bandes dessinées rythment cette séquence, sans oublier la chronique « En scène » qui permettra de faire jouer aux apprenants une petite pièce de théâtre spécialement conçue pour eux.

graphe

© Blumenstock– Shutterstock.com

interlude |

« Ajoutez « Ajoutezdeux deuxlettres lettresà à Paris Paris: c’est : c’estleleparadis. » paradis. »     Jules Renard, JournalJournal Jules Renard,

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Voltaire, Traité sur la tolérance

« Le jour où Marat mourra, il n’y aura plus de Paris, et le jour où Paris périra, il n’y aura plus de République. » Victor Hugo, Quatre-vingt-treize

« J’ai deux amours : mon pays et Paris. » Joséphine Baker

Le plus audio sur www.fdlm.org espace abonnés

« La raison l’emporte à Paris sur le fanatisme, quelque grand qu’il puisse être. »

« Le cœur de Paris, c’est une romance / Qui parle du soleil ou d’la pluie / On croit qu’elle finit mais elle recommence / Le cœur de Paris, c’est la France. »  Charles Trenet, « Le Cœur de Paris »

« C’est une soirée très parisienne, avec de jolies femmes qui ne baissent pas les yeux. Mon mépris pour cette ville ne concerne pas les femmes. Ni les cafés. Ni les rues au petit matin. Ni la tombée de la nuit.  » Philippe Djian, Lent dehors

Le français dans le monde | n° 403 | janvier-février 2016

« Paris sera toujours Paris ! / La plus belle ville du monde / Même quand au loin le canon gronde / Sa tenue est encore plus jolie / Paris sera toujours Paris ! » Maurice Chevalier, « Paris sera toujours Paris ! »

« Paris. Paris outragée, Paris brisée, Paris martyrisée, mais Paris libérée ! » Charles de Gaulle

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Le français dans le monde | n° 403 | janvier-février 2016

BD

interlude |

L’auteur Illustrateur et auteur de bande dessinée vivant à La Rochelle, Lamisseb a publié plusieurs albums : Rhum & Eau (éditions Chemin Faisant), Et pis taf ! (Nats éditions) et Les Nœils (Bac@ BD), dont les héros animent ces deux pages. http://lamisseb. com/blog/

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Le français dans le monde | n° 403 | janvier-février 2016

Le français dans le monde | n° 403 | janvier-février 2016

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Un magazine, un site et des outils pédagogiques interlude |

J’ai cessé d’être un « poète noir » sur le qui-vive à la porte de la Maison des Amériques(1) j’ai quitté le foyer deux fois natal : mes rêves en morceaux tiennent dans un mouchoir. DR

poésie

© sabino.parente – Fotolia.com

AdliaeuRévolution à René DepestRe

Je regarde dans les yeux mes jours élargir un nouveau ciel de poète en moi, je fais mes adieux à tout ce qui est mort sur pied dans ma vie, je mets à mort la foi et l’espérance qui ont failli truquer mon art de vivre.

René Depestre est né en 1926 en Haïti. Il a participé à la fondation du Parti communiste haïtien et au renversement du dictateur Élie Lescot avant d’être condamné à l’exil en 1946. Il passera près de vingt ans à Cuba, exerçant d’importantes fonctions aux côtés de Fidel Castro et Che Guevara, avant de fuir les dérives castristes pour Paris. L’auteur de Minerai noir (1956) vit depuis plus de trente ans en France, dans les Corbières, où il « met en ordre le chaos de sa vie » à travers l’écriture. Il a reçu en 1988 le prix Renaudot pour Hadriana dans tous mes rêves.

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Je voyage désormais à la belle étoile des mots d’Alexandre Dumas père. Mon voyage est un enfant du pardon. S’étant trompé de chemin de croix mon cheval innocent s’éloigne comme un voilier remis à neuf pour l’aventure océane. Ma tête grise a poussé dans les hauteurs des mots en pleine forme qui firent la pluie et le beau temps au jardin de la jeune madame Colette : vive le dieu émerveillé d’une langue française aussi ronde en chair et en soleil que la courbe au lit de la femme en état de poésie.

Le français dans le monde | n° 406 | juillet-août 2016

Vive les petits matins maternels de la langue française ! ils me font des signes de frères tout en haut des mots au galop bien créole d’Aimé Césaire ! Vive la prose à monsieur André Gide ! j’ai sa fraîche aurore à la gorge j’ai les mots frais du français-de-France je m’imagine fraîcheur du soir taillée dans la saison des îles pour couvrir le parcours saharien du siècle. Au fond du panier d’années d’exil où mûrissent mes travaux et mes jours – très loin du désert cubain qui pipait les dés du fond de mon âme – voici un sang et un horizon d’homme libre criblés de rivières et de rêves en crue, voici la charrue des mots à donner en vrac à la bonne et fraîche illumination d’autrui, en prose et en poésie, voici la pirogue qu’il faut pour descendre en chantant les tout derniers rapides du xxe siècle. n René Depestre, Écrire la « parole de nuit », 1994

1. Casa de las Americas : fondé par le gouvernement de Fidel Castro en 1959, cet organisme du régime communiste cubain dirigea la « révolution culturelle » à coups d’anathèmes et d’arguments d’autorité.

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Le français dans le monde | n° 406 | juillet-août 2016

Si vous souhaitez publier une vidéo de votre mise en scène sur theatre-fle.blogspot.com, envoyez un courriel à adrien-payet@hotmail.com

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ExploItAtIon

péDAGoGIquE

pourquoI CI, CI, pourquoI pourquoI çA ? çA ? pourquoI Dans chaque numéro du Français dans le monde, retrouvez une saynète écrite pour les apprenants de français adultes et adolescents. pAr ADrIEn pAyEt

A : Pourquoi le mot « court » est-il

plus long que le mot « long » ? B : Pourquoi les établissements ouverts 24 heures sur 24 ont-ils des serrures ? C : Pourquoi a-t-on cinq orteils et pas quatre ou six ? D : Pourquoi dit-on papillon de nuit mais pas papillon de jour ? E : Pourquoi les moustiques font du bruit s’ils veulent nous piquer ? F : Pourquoi les œufs, ça pue ? Tous crient (sauf Z) : POURQUOI ??? Z : Pourquoi poser toutes ces questions… Ça n’a pas de sens… Dans les prochaines répliques, les personnages qui répondent sortent du groupe et forment peu à peu le « chœur des parce que ». A  : Pourquoi c’est compliqué

l’amour ? B : Parce que si l’amour était simple, il serait moins beau. AvAnt DE CommEnCEr - Particularité grammaticale : les relations logiques (cause, conséquence et but). - Distribution : 11 comédiens. Les acteurs forment un groupe serré, tête baissée. Nous appellerons ce groupe le « chœur des pourquoi ». Le rythme est soutenu. Chacun pose une question en levant la tête, puis la rebaisse immédiatement. Z est hors du groupe et lit un journal. On ne voit sa tête que lorsqu’il parle.

Les autres applaudissent. B salue. C : Pourquoi les hommes se croient intelligent ? A : Parce qu’ils sont fiers. D : Parce qu’ils ont oublié d’être bêtes. E : Parce que ce ne sont plus des bêtes. F  : Parce qu’ils sont encore plus bêtes que les bêtes. B (lentement et sur un ton professoral) : Si celui qui ne sait rien se croit intelligent, c’est parce qu’il ne sait pas qu’il ne sait rien.

1. Faire comprendre le texte Demander aux apprenants d’observer l’image puis de dire quel mot interrogatif est sur le visage de chacun. (Réponse : pourquoi.) Proposer une première lecture individuelle du texte. Travailler si nécessaire sur les mots incompris, puis faire lire le texte à voix haute. Demander aux apprenants de bien mettre le ton. 2. Travailler les aspects langagiers Les relations logiques (cause, conséquence, but) : Demander aux apprenants d’identifier dans le texte trois expressions de cause (réponses : parce que, car et puisque), une de conséquence (réponse : donc) et une de but (réponse : pour). Mettre en commun les réponses.

F : Je n’ai pas tout compris… B : Ce n’est pas de moi, c’est de Sta-

nislas Leszczynski. H : Pourquoi les gens qui disent des choses intelligentes ont toujours des noms compliqués à prononcer ? E  : Moi aussi j’ai une question. Pourquoi les super-héros portentils des collants ? G   (le scientifique) : Pour ne pas avoir froid quand ils volent dans le ciel. H (l’agressif) : Pour se battre plus facilement ! I (le poète) : Parce qu’un super-héros sans collant, c’est comme une banane sans peau. Superman entre sur scène. SupErmAn   (hautain) : Mais

non !!! C’est parce qu’on est fashion, c’est tout. Vous ne comprenez pas puisque vous ne connaissez rien à la mode, vous les Terriens ! Une voix féminine dans les coulisses : Au secours !

SupErmAn : Désolé, une jolie fille

m’appelle, donc je m’en vais. (Il ajuste son collant puis sort.)

A : Je ne l’aime pas ce Superman… C  : Pourquoi il nous regarde de

haut ? En voilà un qui se croit intelligent. D : Sérieusement, pourquoi la terre ne tourne pas rond ? G : Car elle est ovale.

Le français dans le monde | n° 404 | mars-avril 2016

© Rawpixel.com – Fotolia.com

en scène !

interlude |

H : Car il n’y a personne pour la

faire tourner.

I : Car le vent souffle dans l’autre sens. Z (suppliant) : Arrêtez ! Vous me

faites tourner la tête !

Les personnages entourent Z petit à petit. A : Un jour, tu crois que j’aurai les

réponses à mes questions ? B : Un jour, tu me diras ce que tu penses vraiment ? C : Un jour, penses-tu qu’on saura tout sur la vie, tout sur l’univers ? D : Crois-tu qu’on saura pourquoi l’eau est bleue, les arbres sont verts et le soleil est jaune ? Z : Mais quelle importance ? touS (sauf Z) : Comment ça, quelle importance !?! Z : Pourquoi vouloir toujours savoir ? Pourquoi ne pas vivre tout simplement ? E : Mais une vie sans questions… F : Une vie sans réponses…

G : Ce n’est pas une vie ! touS (sauf Z) : Pourquoi, pour-

quoi, pourquoi ??? L’intensité monte progressivement dans les répliques qui suivent jusqu’à arriver à son maximum.

H : Pourquoi tu ne veux pas savoir

pourquoi ? Z : Parce que ça ne m’intéresse pas. I : Pourquoi ça ne t’intéresse pas ? Z : Parce que j’ai envie de vivre ma vie tranquillement. A : Pourquoi tu as envie de vivre ta vie tranquillement ? Z : Parce que la vie est belle. B : Pourquoi la vie est belle ? Z : Parce qu’elle est courte. C : Pourquoi la vie est courte ? Z : Parce que la mort est au bout du chemin. D : Pourquoi la mort est au bout du chemin ? Z : Parce qu’on ne peut pas être mort et vivant à la fois. E : Pourquoi on ne peut pas être

Le français dans le monde | n° 404 | mars-avril 2016

mort et vivant à la fois ?

Z : Parce qu’on est sur Terre. F : Pourquoi on est sur Terre ?

Z ne répond pas.

touS (sauf Z) : Pourquoi on est sur

Terre ?

Z ne répond pas. touS (sauf Z) : Pourquoi, pour-

quoi, pourquoi ???

Z (il explose) : Je ne sais pas ! Parce

que c’est comme ça, c’est tout !

Tous les personnages sortent en répétant « Parce que c’est comme ça, c’est tout », en chuchotant sur plusieurs tons. Une voix dans les coulisses : Au secours !!! Superman passe en courant sur la scène vide.

3. Faire réagir a) Placer les apprenants en groupes de deux. Demandez-leur d’imaginer ensemble une réponse à 3 questions du texte en utilisant les expressions de cause ou de but. Voter pour les réponses les plus drôles ou les plus logiques. Variante : Faire écrire une suite de questions/réponses la plus longue possible comme celle de la fin du texte. b) Proposer aux apprenants d’imaginer d’autres questions existentielles ou insolites et de les poster sur le site : www.pourquois.com 4. Mettre en scène Le jeu d’acteur : Dans le « chœur des pourquoi », les apprenants doivent former un groupe compact comme s’il ne s’agissait que d’une seule personne. Faire exagérer l’expression du visage lorsqu’ils lèvent la tête. Faire parler fort et travailler sur le rythme. Les costumes : Aucun décor n’est nécessaire pour ce sketch. Les apprenants peuvent être habillés en noir et Z en blanc. Demander aux apprenants de chercher un habit de Superman ou d’en construire un. n

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OuTILS | jeux

Dans la rubrique « OUTILS », vous trouverez tous les éléments pédagogiques, ludiques et originaux susceptibles de vous aider à la réalisation de vos cours. Les fiches bien sûr, qui font la réputation du Français dans le monde depuis des décennies (et que vous pouvez toujours envoyer pour publication à notre rédaction, à contribution@fdlm.org), mais aussi des Jeux, des Tests et des Quiz adaptés aux niveaux A1 jusqu’à B2. Enfin, la chronique « Mnémo » offre une « incroyable histoire » du français, singulière et amusante, avec toujours un support audio et une fiche à retrouver sur notre site Internet www.fdlm.org.

PAr HAydée SilvA

A1. émotions

Lesquelles des émotions suivantes ne sont représentées qu’une seule fois ? Amour. Colère. Fatigue. Joie. Peur. Surprise. Tristesse.

emojiS

A2. Fan de cinéma

ou émoticôneS

À l’aide des indices donnés, retrouvez des titres de films.

Parlez-vous la langue des images à l’ère de la technologie ?

B1. La réponse en images Reliez chaque phrase à deux réponses (l’une en mots, l’autre en image). 1. Alors, ce gâteau, il est comment ?

A. Tu vas le payer cher !

2. Bravo, tu as encore réussi !

B. Non, je ne me sens pas bien !

3. Je viens de raconter ton secret, haha ! C. Je suis le meilleur ! 4. Qui a pris mon stylo préféré ?

D. Hum, il est délicieux !

5. Tu vas mieux ?

E. Ce n’est pas moi… (en fait, si)

B2. Le bon choix

Parmi les émoticônes proposées, identifiez celle qui convient à chacune des intentions suivantes : 1. Exprimer sa gêne après avoir reçu un compliment. 2. Exprimer la complicité (ou draguer !). 3. Indiquer qu’il s’agit d’une blague après avoir provoqué quelqu’un. 4. Annoncer que l’on s’apprête à jouer un tour à quelqu’un. 5.  Marquer son désaccord.

SolutionS

A1. Émotions La surprise (4), la fatigue (7) et la peur (9). Sont représentés trois fois l’amour (1, 8, 15), la colère (10, 11, 14), la joie (3, 6, 12), la tristesse (2, 5, 13). A2. Fan de cinéma Titanic. Psychose. Ratatouille. B1. La réponse en images 1D. 2C. 3A. 4E. 5B. B2. Le bon choix 1C. 2G. 3A. 4F. 5E.

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OUtILs | test

page réalisée par par aliCja KrawCzyK

Corps aCCords a. b. c. d. e. f. g. h. i. j. k. l.

L_ P_ _D L_ M_ _N L_S D_NTS L_ T_T_ L_ G_N_ _ L_ C_ _D_ L_S Y _ _X L_ N_Z L_ BR_S L’_P_ _L_ L_ C_ _ L_ J_MB_

paris ? Paris est la _________ de la France et l’unique _________ française qui est en même temps un _________. Elle est divisée en vingt _________ qui forment une sorte de _________ sur les cartes administratives. Le _________ historique de Paris est situé entre deux bras de la _________, l’un des plus longs fleuves de France.

2. lisez les phrases suivantes et dites si elles sont vraies ou fausses :

A. L’ancienne place de l’Étoile est aujourd’hui la place de la Nation. V / F B. La cathédrale Notre-Dame de Paris est située sur une île. V / F C. La tour Eiffel se trouve sur le Champ-de-Mars. V / F D. Le Muséum d’histoire naturelle se trouve au jardin du Luxembourg. V / F E. La basilique du Sacré-Coeur est située au sommet de la butte Montparnasse. V / F F. Le palais du Louvre était la résidence du roi Louis XIV. V / F G. Les origines de la Sorbonne remontent au xiiie siècle. V / F

le pied / le bras / le cou / la tête / l’épaule / le ventre / la jambe

3. complétez le texte ci-dessous avec les articles contractés qui conviennent.

3. Associez les personnes suivAntes Aux endroits en rApport Avec leur vie à pAris. 1. Charles de Gaulle 2. Charles Garnier 3. Hector Guimard 4. Henri Toulouse-Lautrec 5. Georges Pompidou 6. Manuel Valls

solutions 1. a) le pied b) la main c) les dents d) la tête e) le genou f) le coude g) les yeux h) le nez i) le bras j) l’épaule k) le cou l) la jambe. 2. la tête, le cou, l’épaule, le bras, le ventre, la jambe, le pied. 3. aux ; au ; au ; à l’ ; au ; à la ; aux ; au ; à la ; de. 4. 1-c ; 2-e ; 3-d ; 4-a ; 5-b.

le français dans le monde | n° 403 | janvier-février 2016

Connaissez-vous Seine / colimaçon / département / capitale / arrondissements / commune / centre

a) ne rien apporter b) être mécontent, bouder c) être rêveur d) dormir profondément e) être doué pour l’entretien des plantes

2. Mettez les parties du corps dans l’ordre. commencez par celle qui se trouve le plus en haut et terminez par celle qui touche le sol :

Devant un cabinet médical Véronique : « Aïe, aïe ! Je ne peux pas manger, j’ai très mal ____ dents ! » Alex : « Oh, la pauvre ! Moi aussi j’ai un problème... Je ne peux pas marcher parce que j’ai mal ____ pied. » Catherine : « Vous avez mal ____ nez ?!? Pardon, pouvez-vous répéter ? Je n’entends pas bien car j’ai mal ____ oreille. » Alex : « J’ai mal ____ PIED !!! Et je ne peux pas marcher ! » Caroline : « Silence, s’il vous plaît ! J’ai très mal ____ tête. » Alicja : « Je connais ce problème, je suis professeur... et puis, je passe beaucoup de temps devant l’ordinateur donc, j’ai mal ____ yeux et ____ cou. Aujourd’hui, je dois encore corriger les tests de mes élèves mais j’ai très mal ____ main ! » Docteur Labosse : « Vous avez mal parce que vous n’êtes pas en forme ! Bougez plus ! Marchez ! Faites ____ vélo ! »

page réalisée par par aliCja KrawCzyK

1. Complétez le texte suivant aveC les mots qui Conviennent :

4. Associez ces expressions idiomatiques à leurs définitions. 1. Avoir la tête dans les étoiles 2. Avoir la main verte 3. Dormir sur ses deux oreilles 4. Arriver les mains vides 5. Faire la tête

OUTILS | QUIZ

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a) Centre Beaubourg b) Opéra de Paris c) Moulin Rouge d) Palais de l’Élysée e) Métro de Paris f) Hôtel Matignon

4. paris est une sourCe d’inspiration pour de nombreux artistes. voiCi quelques titres d’œuvres artistiques, liées à la Capitale de la république française.

Attention aux erreurs ! à vous de les repérer et de les corriger. A. B. C. D. E. F. G.

La Comédie humaine de Woody Allen. Au Malheur des Dames d’Émile Zola. Aux Champs-Élysées de Serge Gainsbourg. Notre-Dame de Paris d’Honoré de Balzac. Zazie à la gare du Nord de Raymond Queneau. « La Seine » de Zaz. Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet.

solutions 1. capitale ; commune ; département ; arrondissements ; colimaçon ; centre ; Seine. 2. a) faux, c’est la place Charles-de-Gaulle b) vrai, sur l’île de la Cité c) vrai d) faux, au Jardin des Plantes e) faux, de la butte Montmartre f) faux, c’était le château de Versailles g) vrai. 3. 1-d ; 2-b ; 3-e ; 4-c ; 5-a ; 6-f. 4.a) La Comédie humaine d’Honoré de Balzac b) Au Bonheur des Dames d’Émile Zola c) Aux Champs-Élysées de Joe Dassin d) NotreDame de Paris de Victor Hugo e) Zazie dans le métro de Raymond Queneau; f) « La Seine » de Vanessa Paradis ; g) C’est correct !

1. complétez les mots à trous ci-dessous pour découvrir les noms de parties du corps.

Le français dans le monde | n° 402 | novembre-décembre 2015

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le français dans le monde | n° 403 | janvier-février 2016


outilS | MnéMo

PAr Adrien PAyet

L’accent circonflexe, un ami sur lequel on peut compter

AStuceS MnéMotecHniqueS L’accent circonflexe se met sur certains mots en mémoire du s qu’ils contenaient (exemples : bête pour beste, bâtir pour bastir, tête pour teste, hôtel pour hostel, etc.). Il permet aussi de distinguer certains mots de leurs homophones (exemple : tâche/tache, sûr/sur, mûr/mur, etc.)

On le trouve dans des temps du passé réputés difficiles, comme le passé simple, l’imparfait du subjonctif et le plus-que-parfait du subjonctif.

l’incroyABle HiStoire de

l’Accent circonflexe Vous avez certainement entendu parler de l’accent circonflexe dans l’actualité française, mais connaissez-vous sa vraie histoire ?

devenu « bete ». L’accent circonflexe pleure longtemps, puis se place sur le premier « e » en souvenir de son ami.

L’accent circonflexe est depuis toujours le meilleur ami des S. Tout le monde l’appelle « le chapeau chinois », mais il n’aime pas ce surnom. Les S étaient les seuls à l’appeler par son vrai nom, par amitié et par respect.

Ce jour-là, il prend la décision de rendre hommage toute sa vie aux S disparus. Il se placera sur la lettre qui précède l’ancien S. C’est pourquoi aujourd’hui « hostel » s’écrit hôtel, « asne », âne, et bien sûr « beste », bête. Les mauvaises langues disent que l’accent circonflexe ne sert à rien dans ces mots, mais il sait bien la raison de sa présence et la signale en silence. D’ailleurs, l’accent circonflexe a été récompensé de sa loyauté envers les S. Il a été accepté dans les plus hautes sphères de la conjugaison. On remarque notamment sa présence dans le passé simple, l’imparfait du subjonctif ou le plus-queparfait du subjonctif. Les réformes récentes de l’orthographe souhaitent le rendre facultatif. Certains ont même cru qu’il allait disparaître définitivement du dictionnaire ! Peut-être cela arrivera-t-il un jour, car même les accents ne sont pas éternels. En tous les cas, une chose est sûre : s’il existe un paradis de la langue française, l’accent circonflexe sera ravi d’y retrouver ses amis les S ! n

Il y a très longtemps, la langue française comptait de nombreux S dans ses mots. Par exemple, on disait un « hostel » ou un « hospital ». Mais un jour, une étrange maladie a fait disparaître de nombreux S. Il faut savoir que les S ne sont pas des lettres solides. Leur corps tordu ne les aide pas à se défendre comme les T, P ou R. — Bonjour S. Tu as l’air triste, que se passe-t-il ? — Je viens de perdre mes grands-parents, dit S. — Mon pauvre, je suis désolé pour toi… — Merci. C’est terrible… les vieux S ont presque tous disparus ! Dès qu’il apprend cette nouvelle, l’accent circonflexe va rendre visite au vieux S du mot la « beste ». Quand il arrive devant le mot il ne trouve pas son ami le S. Le mot « beste » était Le français dans le monde | n° 405 | mai-juin 2016

Retrouvez bientôt les incroyables histoires de la grammaire au théâtre ! Adrien Payet met en scène « Il était une fois le français », une pièce clownesque pour apprenants de FLE dès le niveau A1, en tournée à partir d’octobre 2016. Plus d’informations sur : www.fle-adrienpayet.com/ spectacles/

B1

ficHe PédAgogique téléchargeable sur www.fdlM.org Le plus audio sur www.fdlM.org espace abonnés

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oUtils | Fiche

pAr WAlmir mike rodrigUes nobregA (Alliance française de são paulo, brésil)

exploitAtion de lA pAge 16 niveaU : AdUltes, B2/C1 DUrée : 2 séances de 90 Min tâche : aborder l’œuvre et la personnalité du chanteur renaud,

dont de nombreuses chansons sur le thème de l’enfance appartiennent au répertoire français contemporain

ObjectiFs LingUistiqUes : n Usage et valeur des temps verbaux : infinitif, passé, présent, futur n Exprimer l’antériorité : avant de, avant que, avant + nom n Enrichir le lexique argotique à partir du répertoire musical du chanteur Renaud

ObjectiFs cOmmUnicatiFs : n Comprendre le sens général des chansons n Analyser, commenter les images d’un document vidéo (clip musical) n Discuter, donner son avis sur : la paternité, l’éducation des enfants, la transmis-

sion de valeurs

ObjectiFs sOciOcULtUreLs : n Découvrir un chanteur français populaire et son œuvre musicale, qui s’étend des

années 1970 à aujourd’hui

n Aborder une thématique transversale (regard paternel sur l’enfance) en faisant

appel à des références personnelles, littéraires, historiques...

« enFAnt rêvé, père idéAl »

l’AmoUr pAternel dAns les chAnsons de renAUd Au cours d’une longue carrière de plus de 40 ans, Renaud est devenu durablement un des artistes les plus populaires de la chanson française. Sa personnalité et sa sensibilité ont conquis plusieurs générations de fidèles. Dans l’œuvre de Renaud, on trouve tant de chansons faisant dialoguer le père et l’enfant, qu’on dirait ce dialogue intemporel. La fiche pédagogique qui suit (construite pour être menée sur deux séances) se propose d’aborder cette riche thématique de l’enfance dans les chansons de Renaud. FiChe APPRenAnt (SéAnCe 1)

« chanson Pour Pierrot », 1979 L’enfant idéalisé Renaud a 27 ans lorsqu’il écrit cette chanson, dans laquelle il évoque pour la première fois avec beaucoup de sensibilité son désir d’avoir un enfant, qui serait à la fois un frère et un copain, avec lequel il pourrait partager aussi bien ses rêves de justice que sa réalité quotidienne. http://www.dailymotion.com/video/x4fu14_renaud-chanson-pour-pierrot_music

Sans les paroles, écoutez la « Chanson pour Pierrot ». Prenez des notes. En binômes, répondez aux questions ci-dessous. Vérifiez vos réponses avec celles de votre voisin. D’après vous, à qui s’adresse le chanteur ? Comment envisage-t-il la vie avec « Pierrot » ? Quelles sont les motivations de son désir d’enfant ? Est-il déjà papa au moment où il écrit ces lignes ? Réécoutez une deuxième fois la chanson. Complétez les extraits ci-dessous. [...] depuis le temps que je te rêve, depuis le temps que je t’……........ ne pas te voir j’en crève, je te ............. dans mon ventre. Le jour où tu te ramènes j’arrête de boire promis […] t’es pas né dans la rue, t’es pas né dans le ruisseau, t’es pas un enfant perdu, pas un enfant de salaud, vu que t’es né dans ................ et que tu vis dans ma ............, je construis ta planète au fond de mon ............... Devenir un « bon père » est réputé difficile. Mettez-vous par groupe de trois. Discutez des phrases extraites de « Chanson pour Pierrot ». Dites ce qu’elles signifient selon vous, la façon dont l’auteur imagine son Pierrot. Comment qualifier la relation que l’auteur souhaite avoir avec son fils ? a) « Pierrot mon gosse, mon frangin, mon poteau, mon copain tu me tiens chaud » b) « Que tu sois fils de princesse, que tu sois fils de rien, tu seras fils de tendresse, tu ne seras pas orphelin » c) « Tu n’iras pas à l’école, je t’apprendrai les gros mots. On jouera au football, on ira au bistro »

« en cloQue », 1983 L’enfant attendu dans le corps de la mère Lolita est née 3 ans avant la sortie de l’album qui contient cette chanson. Renaud y décrit avec beaucoup d’images et de métaphores l’expérience de la grossesse, qui n’appartient réellement qu’à la femme et tient l’homme irrémédiablement à l’écart. http://www.dailymotion.com/video/x1107zl_renaud-en-cloque_people

Quelles envies ou sensations ont généralement les femmes enceintes ? Cochez les cases qui vous semblent correctes. [ ] ont envie de bouffer du chocolat, des fraises [ ] regardent plus souvent des films d’amour [ ] deviennent plus agressives

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[ ] s’énervent assez facilement [ ] apprennent à tricoter [ ] sont plus rêveuses.

[ ] font des bêtises [ ] pleurent pour une toute petite chose

Le français dans le monde | n° 405 | mai-juin 2016


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