Le français dans le monde N°391

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© Halley Pacheco de Oliveira

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Édouard Guerle aurait voulu s’engager dans de grands projets industriels et de construction, le voilà suivant une aventure didactique particulière au Brésil… La casa França-Brasil, toute proche de l’école Autrement Dit, à Rio de Janeiro.

La thérapie par le © Reinaldo Hingel

Par Édouard Guerle

Édouard Guerle est directeur de l’école Autrement Dit à Rio de Janeiro (Brésil) et lui-même professeur de français langue étrangère et de français sur objectif spécifique.

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Cours 1 : L’enseignant : « Docteur, je n’arrête pas de tousser – kreeeuuh !!! J’ai de la fièvre depuis hier et j’ai mal partout. » Alvaro : « Eh bien on va vous examiner, dites-moi si je vous fais mal en appuyant ici ? » Cours 2 : « Pardon, comment s’annonce le programme de la visite de cette après-midi ? » Ricardo : « Très rempli ! Nous montons tous jusqu’au Pain de Sucre, il y a une superbe vue vous verrez. » Cours 3 : « On a un retard sur le chronogramme de pose du pipeline de la ZN43 Pre-Sal, quelles sont vos propositions ? » Victor, Alex, Wallace et Francesco : « Écoutez, on va vous expliquer, mais il faudrait pour cela avancer la réunion avec nos autres collaborateurs… » Cours 4 : « Tu comprends le titre de l’article ? Tu as entendu parler de cette histoire ? » Mirella : « Oui,

bien sûr ! Bon, je n’ai pas saisi le sens de tous les mots mais je vais tout de même tenter de traduire le texte. » Cours 5 : « Tu as pu repérer le discours imbriqué du maître de conf’ sur la vidéo ? » Julia : « Je crois, oui, il a commencé à s’adresser directement aux élèves, et j’ai donc arrêté ma prise de notes à ce moment. » C’est un florilège de cours tels qu’ils se déroulent dans une petite salle isolée de l’école Autrement Dit, dans le centre-ville de Rio de Janeiro, le plus souvent en tête à tête ou parfois en groupe, à chaque fois sur un thème bien identifié. « Qu’est-ce qu’il veut, je comprends rien moi… » Petit retour en arrière : été 2009, sur un chantier à Riyad, en Arabie Saoudite. Il fait plus de 45 °C à l’ombre et très sec cet après-midi-là, mon collègue n’arrête pas de courir pour l’installation du réseau basse tension.

Il commence à craquer devant ses ouvriers dont l’accent en anglais n’a rien à envier au nôtre et m’appelle à l’aide pour éviter des malentendus techniques. En parallèle de cela, j’ai régulièrement des prises de bec avec d’autres conducteurs de travaux comme moi ou ingénieurs d’études qui n’arrivent pas très bien à se comprendre (l’anglais, le français, le portugais, l’arabe, le tagalog et autres se mélangeant allègrement…). J’arrive par la suite au Brésil, à São Paulo, puis à Rio de Janeiro, où je suis surpris de découvrir un milieu francophile qui a souvent très envie d’en connaître plus sur la culture et la langue françaises, mais je ne suis

C’est toute la différence du FOS : on arrive à toucher plus profondément les intéressés dans la rencontre de leurs besoins.

Le français dans le monde // n° 391 // janvier-février 2014