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Le français dans le monde sur Internet : http://www.fdlm.org

numéro 390 Métier / Reportage

ÉPOQUE 4. Portrait

Les fiches pédagogiques à télécharger

Les petites écoles FLAM de Grande-Bretagne

Graphe : fatal Économie : E-commerce et magasins : faut-il choisir ? Poésie : Amour immaculé  Clés : Les notions de culture et de civilisation Bande dessinée Test et jeux

Grand Corps Malade : des mots au fil des maux

6. Tendance

Sujet de méditation

7. Événement

Montmartre célèbre ses vendanges et l’amour

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8. Économie

E-commerce et magasins : faut-il choisir ?

10. Regard

« La planète devient paysage »

12. Sport

Jeux de la Francophonie : le corps et l’esprit

fiches pédagogiques à télécharger sur : www.fdlm.org

Dossier

La France au-delà des apparences

14. 130 ans d’Alliances françaises L’Alliance du Milieu

MÉTIER 18. L’actu 20. Entretien

« Le français trouvera sa place du fait de ses singularités »

24. Reportage

Les petites écoles FLAM de Grande-Bretagne

26. Mot à mot

Acclimatation

38. Zoom

INTERLUDES 2. Graphe

Pourquoi faisons-nous des fautes d’orthographe ?

28. Clés

40. Point de vue

« De ma langue je vois la mer »

Émile Nelligan : « Amour immaculé »

30. Expérience

42. Innovation

46. Nouvelle

32. Savoir-faire

44. Ressources

60. BD

Écrire en plusieurs langues pour être joué Travailler avec une séquence filmique

34. Focus

La littérature à portée de classe

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36. Un Québecois à Paris

Dites-moi Professeur Les notions de culture et de civilisation

Couverture : © miz’enpage -shutterstock

« La France est faite de sociétés particulières »������������������ 52 Le « décollage éducatif » français, facteur d’optimisme����� 54 Migrations : une identité stable ou bouleversée ?������������� 56 Des femmes toujours plus libres ?������������������������������������� 58

Soyons sérieux et… jouons

MÉMO 62. À écouter 64. À lire 68. À voir

Fatal

FICHES PÉDAGOGIQUES PAGES 73 À 78

16. Poésie

Tonino Benacquista : « La volière » Mélodie en sous-sol

70. Test et jeux Enfants

Le français dans le monde, revue de la Fédération internationale des professeurs de français - www.fipf.org, éditée par CLE International – 9 bis, rue Abel–Hovelacque – 75013 Paris Tél. : 33 (0) 1 72 36 30 67 – Fax. 33 (0) 1 45 87 43 18 – Service abonnements : 33 (0) 1 40 94 22 22 – Fax. 33 (0) 1 40 94 22 32 – Directeur de la publication Jean-Pierre Cuq (FIPF) Rédacteur en chef Sébastien Langevin Conseiller de la rédaction Jacques Pécheur Secrétaire de rédaction Clément Balta – Relations commerciales Sophie Ferrand Conception graphique miz’enpage - www.mizenpage.com – Commission paritaire : 0412T81661. 53e année. Imprimé par IME, Baume-les-Dames (25110). Comité de rédaction Dominique Abry, Isabelle Gruca, Valérie Drake, Pascale de Schuyter Hualpa, Sébastien Langevin, Chantal Parpette, Manuela Pinto, Nathalie Spanghero-Gaillard. Conseil d’orientation sous la présidence d’honneur de M. Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie : Jean-Marc Berthon (MAE), Jean-Pierre Cuq (FIPF), Pascale de Schuyter Hualpa (Alliance française), Raymond Gevaert (FIPF), Michèle Jacobs-Hermès (TV5), Xavier North (DGLFLF), Hary Andriamboavonjy (OIF), Jacques Pécheur, Nadine Prost (MEN), ­Fabienne Lallement (FIPF), Lidwien Van Dixhoorn (RFI), Jean-Luc Wollensack (CLE International).

Le français dans le monde // n° 390 // novembre-décembre 2013

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« Oublier de respirer reste la seule distraction fatale. » Pierre Perret

« Tout le mal qu’on dit de l’école nous cache le nombre d’enfants qu’elle a sauvé des tares, des préjugés, de la morgue, de l’ignorance, de la bêtise, de la cupidité, de l’immobilité ou du fatalisme des familles. » Daniel Pennac, Chagrin d’école

La fiche pédagogique à télécharger sur : www.fdlm.org B1

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« Je vis que tous les êtres ont une fatalité de bonheur : l’action n’est pas la vie mais une manière de gâcher quelque force, un énervement. La morale est la faiblesse de la cervelle. » Arthur Rimbaud, « Alchimie du verbe » (Une saison en enfer) Le français dans le monde // n° 390 // novembre-décembre 2013


« J’aimais cette femme. J’aimais le son de sa voix, son esprit, son rire, son regard sur le monde, cette espèce de fatalisme des gens qui se sont beaucoup promenés. »

Fatal Anna Gavalda, Je l’aimais

« La fatalité, c’est l’excuse des âmes sans volonté. » Romain Rolland

« Il n’y a pas de fatalité extérieure. Mais il y a une fatalité intérieure : vient une minute où l’on se découvre vulnérable ; alors les fautes vous attirent comme un vertige. » Antoine de Saint-Exupéry, Vol de nuit Le français dans le monde // n° 390 // novembre-décembre 2013

« Pour les pauvres, vivre c’est nager en apnée, en espérant atteindre une rive ensoleillée avant la gorgée fatale. » Fatou Diome, Le Ventre de l’Atlantique

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© Lazic

© Julien Mignot

portrait

Grand Corps Malade Des mots au fil des maux Son dernier album, Funambule, vient de sortir. L’occasion de (re)découvrir cet artiste à part, qui a fait connaître le slam en France et ne cesse de séduire par son parcours atypique et sa personnalité lumineuse.

Premier livre de Grand Corps Malade, Patients retrace son année en centre de rééducation après son grave accident.

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T

Par Clément Balta

out n’est pas si facile, tout ne tient qu’à un fil. Le destin est fragile et celui de Fabien Marsaud prend, « à 11 h 08, un virage pour le moins inattendu » (« Midi 20 »). Il n’a pas vingt ans qu’un mauvais plongeon dans une piscine le transporte hélico presto à l’hosto : cervicales touchées. « Je pensais être un des seuls sur terre à avoir eu un accident aussi con, mais j’ai vite compris que c’était extrêmement courant », écrit-il dans son livre paru l’année

dernière, Patients. Patients, avec un s, car doublement : à la fois le résident hospitalier et celui qui doit apprendre la patience d’un « monde où être autonome devient un objectif irréel », ce monde qui « porte un nom qui fait peur ou qui dérange : les handicapés » (« Sixième sens »). Le pluriel aussi d’une aventure collective : celle du centre de rééducation où, pendant une année, il va demeurer avec d’autres grands accidentés en tant que « tétraplégique incomplet ». Incomplet, c’est-à-dire qui peut garder espoir car certains muscles se remettent à fonctionner. Mais sans qu’aucun pronostic sur l’évolution

Le français dans le monde // n° 390 // novembre-décembre 2013


de la cérémonie d’ouverture des Jeux de la Francophonie, le 7 septembre.

© Patrick Lazic

Lors

de sa mobilité puisse être établi. De fil en aiguille, Fabien se relève. Il ne jouera plus au basket, lui qui voulait en faire son métier, mais il est bien vivant, mû non par « un courage de héros », mais simplement « un courage subi, forcé, imposé par l’envie de vivre », pour reprendre les termes qui concluent ce témoignage poignant et drôle, car plein d’autodérision, sur l’origine de sa désormais célèbre « maladie ». Seine-Saint-Denis style Car près de dix ans plus tard, en 2006, débarque avec fracas dans la chanson française un gentil géant à la voix grave, lesté d’une béquille et qui porte un nom étrange, un blaze de guerre qui sied à ce poète aux mille vers et trois pieds : Grand Corps Malade. Il prêche pour une paroisse inconnue : le slam. Une religion sans idée avec un grand I, sans dogme mais pas sans pensées, celles de chacun et d’à côté : « Des êtres humains dans un café sont regroupés pour s’écouter / Les humains à égalité chacun est libre de se lancer / Le principe est très simple, encore fallait-il y penser. » (« J’écris à l’oral ») Trois ans avant ce premier album qui le fera connaître, Midi 20, c’est sur la scène d’un petit bar parisien qu’il découvre cette discipline venue d’outre-Atlantique. Il s’agit de déclamer a cappella des textes de sa composition, drôles, graves ou délirants, peu importe tant qu’ils sont personnels et attrayants. Il chope de suite le virus, salutaire pour cet esprit vivace qui a grandi à « l’école de la vie ». « J’ai pris mon stylo bleu foncé / J’ai compris que lui et ma béquille pouvaient m’aider à avancer / J’ai posé des mots sur tout

ce que j’avais dans le bide / J’ai posé des mots et j’ai fait plus que combler le vide / J’ai été bien accueilli dans le cercle des poètes du bitume / Et dans l’obscurité j’avance au clair de ma plume. » (« Midi 20 ») L’ami Fabien écrit et récite ses premiers textes, anime avec son pote John Pucc’Chocolat, autre pseudo bien imagé, des soirées « Slam’Alikoum » au Café culturel de Saint-Denis. Car cet « ocni », cet objet chantant non identifié, « vient de là » comme il dit en chanson. De ce fief du neuf-trois, banlieue nord de Paris, bastion du rap français depuis qu’un certain NTM en a fait la suprême apologie. Il lui témoigne à sa manière plus policée l’amour chauvin des gamins du quartier : « Je viens de là où le langage est en permanente évolution / Verlan, rebeu, argot, gros processus de création / Chez nous, les chercheurs, les linguistes

GCM en 8 dates 31 juillet 1977 Naissance au Blanc-Mesnil (93). 16 Juillet 1997  Accident. 2003  Première scène slam, Fabien Marsaud devient Grand Corps Malade. 2006  1er album, Midi 20. 2008  2e album, Enfant de la ville. 2010  3e album, 3e temps. 2012  1er livre, Patients. 2013  Dernier album, Funambule. Le français dans le monde // n° 390 // novembre-décembre 2013

viennent prendre des rendez-vous / On n’a pas tout le temps le même dictionnaire mais on a plus de mots que vous. » (« Je viens de là »). En 2004, il intègre le « Cercle des Poètes sans instru », un collectif de slameurs avec lequel il va écumer les festivals. Il commence aussi à participer à ces ateliers d’écriture slam, à l’école, à l’hôpital ou en prison, qui restent pour lui un moyen primordial d’échange et de connaissance. De rencontre avec les gens, tout simplement. En famille Le succès toujours au rendez-vous de ses deux albums suivants, Enfant de la ville et 3e temps, lui permettra d’en connaître de partout et d’ailleurs, « à Tunis, à Bruxelles, Bamako ou Tanger ». Son art de proximité en fait le chantre d’une langue dont on oublie trop souvent qu’elle aime à voyager. À ce sujet GCM a rédigé pour le Forum mondial de la langue française, à Québec l’an passé, un éloge de la langue de Molière accueillant et dépoussiérant les mots d’hier, « Ta famille ». « Laisse-moi te présenter tous tes frères et tes sœurs / Ton livret de famille est d’une belle épaisseur / Ta famille est présente aux quatre coins de la terre / Au-delà des nations, sans trouble identitaire / Sur tous les continents, son chemin s’est tracé / Tu es de cette famille si

tu parles en français / Ce ne sont pas les liens du sang qui nous réunissent / Mais cette langue commune qui nous rend si complice / Elle enjambe les mers et rapproche les êtres / Elle fait de nous des frères et se fout du paraître. » Présent à la cérémonie d’ouverture des Jeux de la Francophonie, il a de nouveau récité ce texte qui rend hommage au dynamisme de la langue française, à sa variété. Artiste militant, Grand Corps Malade ? Pas éloigné des réalités en tout cas, quand il dénonce par exemple le manque de moyens des écoles primaires des villes les plus pauvres de France dans « Éducation nationale ». Mais poète avant tout. « Je ne sais pas si j’assume totalement le statut d’artiste engagé, a-t-il déclaré à la sortie de 3e temps. Si j’ai toujours dit ce que j’avais envie de dire, j’essaie de constamment me rappeler pourquoi j’écris : je veux faire de la poésie à l’oral et, la poésie, c’est aussi raconter la société. J’aurai toujours un problème de légitimité à apparaître le poing levé. Alors, quand je fais un texte engagé, j’essaie de ne pas y aller avec de gros sabots.  » D’aucuns évoquent une rime cousue de fil blanc, à portée limitée, là où d’autres trouvent au contraire que la naïveté des textes, si elle existe, est l’assurance de leur sincérité. C’est pas du lourd, ça non, mais chaque mot est pesé, pas empesé. Il serait bien indélicat de dire que les épreuves ont seules forgé ce talent, cet allant, mais la langue de Grand Corps a quelque chose de vital et de plus fort que la mort. « Des lyrics pleins de vie avec des rimes pleines d’envie, / Je vois, je veux, je vis, je vais, je viens, je suis ravi. » (« Je dors sur mes deux oreilles ») Humain donc, mais jamais trop. Il reste sur le fil, un pied dans la réalité, un autre dans sa virtuosité, la béquille pour lui rappeler que tout n’est pas si facile, tout ne tient qu’à un fil. Il prend de la hauteur, être sur le fil est désormais sa trame comme la chanson qui donne son titre à son dernier album le clame : « Je suis un funambule, j’avance loin des certitudes / Les pieds sur terre, l’air dans ma bulle / L’équilibre est une attitude. » Un esprit sain dans un Grand Corps Malade, en somme. n

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tendance

© Robert Kneschke - Fotolia.com

« Méditation » : du latin meditatio, pratique mentale ou spirituelle. Une activité en passe d’entrer dans toutes les sphères de la société. Difficile en effet d’y échapper…

Sujet de méditation U Par Jean-Jacques Paubel

n petit tour sur le Net pour découvrir que les invitations à la méditation sont légions. Affaire de temps : ici, dix minutes pour se relâcher. Question de manière : là, méditation très profonde. Problème de méthode : ailleurs, « Comment méditer… invitation à apprendre. » Avec chaque fois un objectif, ambitieux ici : « vivre une vie heureuse », plus prosaïque ailleurs : « nouvelle arme anti-grignotage (!) ». Quant à la voie à suivre, un seul risque : se perdre dans le maquis des pratiques. Vipassana, shamata issus du bouddhisme, yoga hindou, zazen, tantra, mantra, mais aussi techniques de purification amérindiennes, tai-chi, sophrologie sans oublier les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, l’hésychasme, la prière du cœur des orthodoxes, jusqu’à la méditation transcendan-

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tale et le bazar New Age, autant dire que la voie pour atteindre la sérénité est passablement encombrée. C’est que l’offre ne cesse de croître en même temps que le nombre de centres plus ou moins officiels, plus ou moins agréés, sans que l’on sache exactement leur nombre puisqu’il n’existe aucun organisme en mesure de les référencer. En somme, un bon coup de stress pour choisir avant de commencer : l’exercice n’en paraîtra ensuite que bien plus réparateur. À condition bien sûr d’assimiler le vocabulaire spécifique de la discipline : zafu (coussin), gassho (salutation), kesa (vêtement)… et j’en passe. Méditer, pour quoi faire ? Dieu merci (si je puis dire), c’est un terrain où l’on n’avance pas seul. La méditation a bien sûr ses gourous. Élu par les comités d’entreprises qui proposent ce type d’activité : Joseph Pilates. On se rend en nombre au cours qui porte son nom et qui a généralement lieu entre midi et

deux. L’Allemand qui avait émigré aux États-Unis a mis au point sa méthode au début des années 1930. Avant d’atteindre aujourd’hui ce qu’il est convenu d’appeler le grand public, la méthode Pilates a été plébiscitée par les athlètes, les acteurs et surtout par les danseurs. Mais en France, la star de la méditation, c’est Matthieu Ricard, moine bouddhiste, photographe et auteur, comme il se définit: pour l’authenticité, il réside au monastère de Shéchèn au Népal ; pour sa médiatisation, il a sa leçon sur YouTube, ses livres de bonnes pratiques et de bonnes manières (dernier paru : Plaidoyer pour l’altruisme), et bien sûr son site sur lequel, comme pour une rock star, sont annoncées ses tournées (Institut Mind and Life

Quant à la voie à suivre, un seul risque : se perdre dans le maquis des pratiques

à Berlin, Cirque d’Hiver à Paris, Théâtre Capitole à Québec, Salle des associations à Cannes…). Son conseil : « Vingt minutes de pratique quotidienne réduisent l’anxiété, le stress et la tendance à la colère. » Mais pour quoi faire ce recours à la méditation ? Pour son dossier « Méditer : le meilleur des antistress », Psychologies.com a interrogé artistes et créateurs qui ont choisi ce type d’exercice ou ce mode d’être. Le chanteur Michel Jonasz y trouve une manière de «  se nettoyer, se mettre dans un état de réceptivité, d’ouverture » ; l’écrivaine Muriel Cerf en fait un moyen de « se rassembler, chasser les pensées négatives » ; pour le créateur de mode François Girbaud, c’est une nécessité pour « trouver le calme et l’énergie positive ». Quant au philosophe et essayiste André Comte-Sponville, laissons-lui, comme il se doit au philosophe, le dernier mot en forme de conseil : « N’attendre de la méditation que la méditation elle-même. » n

Le français dans le monde // n° 390 // novembre-décembre 2013


époque // événement

Convivialité, culture et gourmandise : depuis 80 ans, le quartier de Montmartre fête ses vendanges. Un événement populaire qui attire chaque année des centaines de milliers de personnes sur la célèbre butte parisienne.

Montmartre

célèbre ses vendanges et l’amour Texte et photos par Sarah Nuyten

A

llez, trinquons. À l’amour et à Paris !  Santé  ! » Les petits verres en plastiques s’entrechoquent, avant que Marie et Matthieu ne les portent à leurs lèvres. Ils ont 24 ans, sont parisiens et ont choisi de passer l’après-midi au pied du Sacré-Cœur. Autour de la célèbre basilique de Montmartre, des milliers de personnes, rassemblées dans la bonne humeur pour la 80e Fête des vendanges. « On est là pour déguster du vin, se promener, passer un bon moment entre amis », explique Marie. « L’ambiance est très joyeuse, très conviviale, c’est vraiment sympa », ajoute Matthieu. Sur l’esplanade du Sacré-Cœur et dans les ruelles alentours, le « parcours du goût » propose aux visiteurs de découvrir des produits du terroir français. Choucroute, beaufort, raclette, vins et liqueurs de toutes les

régions… Un itinéraire gourmand qui comble les bons vivants. « Pour moi, participer aux festivités, c’est surtout prendre un bon bain de foule et déguster jusqu’à plus faim ni plus soif », raconte Maxime, un habitué. La Fête des vendanges, c’est cinq jours d’événements populaires et gastronomiques, mais pas seulement. « C’est devenu un événement culturel majeur », explique Anne-Marie Gazzini, la directrice artistique de la fête. Concerts, conférences, expositions, concours, bals, défilés… Le tout sur le thème de l’amour. « On a choisi cette

La petite parcelle du vignoble montmartrois.

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thématique cette année, car elle est très rassembleuse, détaille-t-elle. Elle touche toutes les générations, tous les milieux, et prend différentes formes : l’amour passion, bien sûr, mais aussi la solidarité. » Les vignes, prétexte et symbole de la fête Les festivités attirent tous les ans près de 500 000 visiteurs, faisant des vendanges le troisième plus grand événement parisien. Elles ont lieu dans différentes parties du XVIIIe arrondissement de la capitale, un quartier aux multiples visages  : « Le XVIIIe est l’endroit idéal, estime Anne-Marie Gazzini. C’est un quartier vivant, contrasté, qui bouge beaucoup et rassemble de nombreuses ethnies. » Et c’est bien là que se trouvent les fameux plants de vignes, le symbole de la fête. Chaque automne, après les vendanges, la récolte est pressée et mise en cuve, puis mise en bouteille dans le caveau de la mairie de l’arrondissement.

« Prendre un bon bain de foule et déguster jusqu’à plus faim ni plus soif » Cette année, on peut acheter et déguster la « Cuvée Amour », fruit des vendanges de 2012. Huit cents demi-bouteilles sont en vente 40 € pièce, au profit des œuvres sociales du XVIIIe. « Bon, ce n’est jamais un grand cru, reconnaît en souriant Alain Pean-Chatelain, le secrétaire général du comité des fêtes et d’action sociale du XVIIIe. En général, c’est un vin léger, mais cette année il est un peu rude… Je dis aux gens qu’ils payent la rareté et font une bonne action ! » Grâce à une météo plus clémente, la récolte a été meilleure début octobre. L’œnologue qui travaille avec la ville annonce une cuvée de qualité, et originale. « On fait du vin rouge depuis 80 ans, explique Alain Pean-Chatelain. Et pour la première fois, on va faire du rosé ! » Une cuvée au nom encore inconnu, à découvrir en octobre 2014. n

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DR

reportage

Avec 46 petites écoles, le Royaume-Uni est le pays qui a le plus exploité le programme FLAM (français langue maternelle) dans le monde. Destiné aux jeunes enfants, celui-ci constitue le premier maillon d’un enseignement bilingue.

Les petites écoles FLA

S

Par Cécile Josselin

i le programme FLAM existe depuis 2001, le Royaume-Uni ne l’a pas attendu pour offrir aux petits francophones des cours de français le samedi matin. Non content d’être le pays qui a le plus développé la formule, c’est aussi celui qui l’a en grande partie inspirée. Les premières petites écoles françaises ont en effet été fondées il y a 25 ans, dans le sud-est de l’Angleterre. Depuis, leur succès ne s’est jamais démenti. Il faut dire que la Grande-Bretagne réunit une grande communauté francophone. Londres compte presque 400 000 Français ! Scolarisés à 80 % dans le système éducatif britannique, ces enfants n’ont pas, ou très peu, de contact avec la langue de Molière, en dehors du foyer familial. Française mariée à un Anglais et installée à Londres depuis 40 ans, Joëlle Simpson en a fait l’amer constat. « Au début, je pensais être

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assez forte pour transmettre le français à mes enfants. Mais je me suis vite rendu compte que cela ne suffisait pas. Devant la télé, les petits copains, l’école en anglais… je ne faisais pas le poids ! J’avais beau leur parler en français, ils me répondaient en anglais… Si j’ai tenu bon, c’est grâce à la petite école d’Ealing », assure-t-elle. Une école dont elle est aujourd’hui devenue la directrice. Avec 46 écoles actuellement recensées, le dispositif concerne aujourd’hui près de 3 000 élèves en Grande-Bretagne. Un nombre qui va croissant d’année en année. Destinées aux jeunes francophones qui sont scolarisés dans le système scolaire local (par choix ou à défaut de place dans les lycées français), les écoles FLAM visent les petits frenchies, mais aussi et surtout les en-

Le dispositif concerne près de 3 000 élèves en Grande-Bretagne, un nombre qui va croissant d’année en année

fants binationaux. Des Anglais qui ont un lien avec la France, soit parce qu’ils y ont vécu, soit parce que leurs parents en parlent couramment la langue, peuvent également les rejoindre. Il est en tout état de cause impératif que le français soit parlé à la maison et vivement conseillé de commencer très tôt. « À 3 ans, les enfants sont de véritables éponges. À 8, c’est déjà trop tard ! », note Joëlle. Des avantages multiples Ces petites écoles confèrent de nombreux avantages. Ludiques, elles permettent l’apprentissage de la lecture en français (les petits Anglais commençant l’apprentissage de la lecture dès la moyenne section de maternelle). Pour les enfants, c’est aussi l’occasion de voir d’autres francophones de leur âge… Plusieurs fois dans l’année, des activités sont proposées aux familles pour souder la communauté. « On fait une fête pour le 14 Juillet. On se réunit pour la galette des Rois. Ces moments sont très importants pour que les enfants n’associent pas

le français uniquement à du travail. Il faut qu’ils puissent aussi s’amuser en français », affirme Laetitia Davies, vice-présidente de la petite école de Cardiff. Que les enfants poursuivent ou non leur cursus dans le système britannique, ces petites écoles représentent un atout incontestable. « Nous avons inscrit nos deux plus jeunes enfants dans le système britannique pour qu’ils profitent d’un environnement bilingue. Nous voulions néanmoins garder un lien avec la France, car mon mari étant diplomate nous savions que nous devrions repartir cette année. La petite école d’Ealing a parfaitement joué ce rôle », témoigne Isabelle Manzoni. Malheureusement, ces associations à but non lucratif restent fragiles. Avec déjà 265 élèves inscrits pour l’année 2013-2014, la petite école d’Ealing est littéralement assaillie de demandes. En sa qualité de directrice, Joëlle Simpson est obligée de refuser des inscriptions, faute de places. « J’ai déjà plus de 80 personnes en attente ! Cela me fait mal

Le français dans le monde // n° 390 // novembre-décembre 2013


DR

Classe de CP (6-7 ans) de la petite école d’Ealing.

À l’école d’Ealing, activité d’histoire-géographie pour les 8-9 ans.

M de Grande-Bretagne Il n’existe pas de manuel FLAM. Chaque école fait ce qu’elle peut en fonction de ses moyens fesseurs, acheter des livres, établir un programme, constituer une bibliothèque… Mais la principale difficulté reste de trouver un local. Certaines petites écoles FLAM louent des salles de classe le samedi matin à des prix exorbitants. « Nous avons sollicité 125 écoles avant de trouver

Bien utile pour démarrer, celle-ci est cependant dégressive et limitée à 5 ans. Raison pour laquelle seules 13 associations sur 46 sont subventionnées en 2013 en Grande-Bretagne. Actuellement, il n’existe pas de manuel FLAM. Chaque école fait ce qu’elle peut en fonction de ses moyens. Certaines, comme à Cardiff, adoptent des manuels déjà éprouvés comme la méthode des alphas. D’autres, comme la petite école d’Ealing, conçoivent un curriculum sur mesure qui est une sorte de condensé du programme français. Pour coordonner le dispositif, une association « parapluie » est en train de se constituer. « Cette dernière regroupera toutes les petites écoles FLAM de Grande-Bretagne. Elles pourront ainsi s’entraider, échanger leurs bonnes pratiques, annonce Yves Letournel. Mon rêve serait de créer des banques de données disponibles pour toutes les écoles. » Un bon moyen d’entretenir le FLAM. n

celle où nous sommes actuellement. Seules deux nous ont proposé un tarif raisonnable », se souvient Lætitia. « Je voudrais rendre hommage aux efforts considérables fournis par ces familles. À ce niveau, c’est plus que du dévouement, c’est de l’abnégation ! », souligne Yves Letournel, attaché de coopération pour le français à l’ambassade de France. Financées principalement par les cotisations des parents d’élèves et quelques kermesses, les écoles peuvent recevoir depuis 2001 une subvention.

S’amuser en français à la petite école de Cardiff.

Association « parapluie » Les démarches pour créer une école sont pourtant loin d’être aisées. Une fois un nombre suffisant d’enfants inscrits, il faut embaucher des proLe français dans le monde // n° 390 // novembre-décembre 2013

DR

au cœur de voir toutes ces familles rester à la porte… », regrette-t-elle. Tandis que quelques petites écoles comme celles d’Ealing, d’Elmbridge ou l’école Grenadine affichent plus de 200 élèves, la plupart ne dépassent pas les 40-50 élèves. Il est alors difficile de constituer un programme adapté à des enfants de niveaux disparates. Si le cœur de cible reste les 3-12 ans, certaines écoles comme Les Poussins de Milton Keynes en accueillent dès 18 mois. D’autres poursuivent l’aventure jusqu’à 16-17 ans. « On prépare les plus grands aux examens de français proposés en option dans le système scolaire anglais », nous explique Joëlle Simpson. Grâce aux petites écoles, ils peuvent passer l’épreuve optionnelle de français du General Certificate of Secondary Education(1) avec deux ans d’avance et gagner des points supplémentaires.

1. Le « certificat général de l’enseignement secondaire » est le diplôme qui sanctionne en Grande-Bretagne la fin de l’enseignement général du cursus anglais.

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La France au-delà

des apparences 6 %

50

des jeunes sont sortis du système éducatif sans diplôme en 2005, contre 35 % en 1965

57%

des bacheliers en 2009 sont des femmes

78

%

de la population est urbaine en 2012

Le français dans le monde // n° 390 // novembre-décembre 2013


L

4,5 %

des Français assistaient à la messe dominicale en 2006, contre 27 % en 1952

74 %

de la population travaillait dans les services en 2009 (23 % dans l’industrie)

Le français dans le monde // n° 390 // novembre-décembre 2013

a France ne se sent pas bien », constatent les historiens et démographes Hervé Le Bras et Emmanuel Todd dès la première ligne de leur nouvel ouvrage, Le Mystère français. Pour répondre à une opinion publique déprimée par le chômage et des perspectives économiques peu engageantes, les deux auteurs dressent dans leur livre le portrait d’une France qui va mieux qu’elle ne le pense. Ils démontrent, chiffres et cartes à l’appui, que même si les trente dernières années sont ressenties en France comme une période de régression sociale et économique, elles sont marquées par de réels progrès qui imprègnent en profondeur la population française contemporaine. Hervé Le Bras et Olivier Todd dégagent en tout premier lieu ce qu’ils appellent le « décollage éducatif », une très forte progression du niveau de scolarisation. Ils notent également que les migrations internes et l’immigration participent d’une identité forte et sans cesse renouvelée. Autre trait marquant : l’émancipation féminine, ou la confirmation que la société accorde de plus en plus les mêmes chances, et les mêmes droits, aux hommes et aux femmes. Au fil des pages de ce dossier, portrait d’un pays solide sur ses fondements, malgré la crise et ses mauvais vents.n S. L.

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Fdlm 390  

Extraits du numéro de novembre-décembre 2013 de la revue Le français dans le monde

Fdlm 390  

Extraits du numéro de novembre-décembre 2013 de la revue Le français dans le monde

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