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le magazine du design graphique et de la communication visuelle numĂŠro 51 mai 1999 70 francs


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s o m m a i r e mai 1999

22 édito r ial

Un logo cumulard

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c r é at i o n

L’actualité graphique

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En Slovénie, un collectif graphique et artistique qui ne recule devant aucun signe provocateur et pioche dans l’histoire du pays pour remuer les consciences.

Packagings, logos, pubs… arborescence

La pratique du kit

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curiosité

Zoo show

16

technews

L’actualité des technologies

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présence

Jean-Marc Requien

20

publicitaire collectiviste

G RAPHISME

Novi Kolektivizem

22

LO G OT Y PE

L’État n’en fait qu’à sa tête

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CON F ÉRENCE

AIGA DFTV001

41

A F F ICHE s

Chaumont 10 ans

45

EST OUEST  NORD S u d

C’est du sport !

55

images

Back dans les bacs

63

l é g i s l at i o n

Concertation autour des droits d’auteur

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COURRIER

Entre amis

67

livres

Les dernières nouveautés

70

de l’édition graphique expos-concours

Lewis Moberly

74

E m ploi

Offres d’emploi et annonces

78

36

L’État français s’est doté d’un logo. Doit-on pour ce type de projet rechercher le compromis ?

45

Les concours pros et étudiants pour les 10 ans de Chaumont.

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Culture commune entre client et graphiste pour un plaisir partagé.

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Michel Chanaud Patrick Morin

15, rue de turbigo 75002 paris Tél. : 33 – 01 40 26 00 99 Fax : 33 – 01 40 26 07 03

Un logo cumulard

Directeur de la publication Michel Chanaud (mchanaud@pyramyd.fr) Rédacteur en chef Patrick Morin (pmorin@pyramyd.fr) Édition-Maquette Émilie Greenberg, Laurent Gaudart Création, Livres, Expos, Images… Guillaume Frauly (gf@pyramyd.fr) Ont participé à ce numéro Ulf Andersen, Léonor de Bailliencourt, Solange Deloison, Isabelle Durand, Marie-Pierre Guiard, Dominique Monrocq, (dmonrocq@hotmail.com), Pierre Ponant, Laurent Sauerwein (73364.2063@compuserve.com). Jeanne Verdoux, Michel Wlassikoff, Christophe Zagrodzki. Publicité au journal Nadia Zanoun 33 – 01 40 26 03 51 Abonnements 33 – 01 40 26 02 36 Prix pour 10 numéros : 680 FF France 850 FF CEE, DOM TOM 980 FF autres pays Imprimé par Imprimerie Saint-Paul • Versailles sur BVS Plus mat satin TCF 135 g/m2 couverture : Job Parilux brillant S 250 g/m2 Une production Scheufelen Étapes graphiques est éditée par Pyramyd ntcv. Société Anonyme au capital de 500 000 F dont les principaux actionnaires sont Michel Chanaud & Patrick Morin. 15, rue de Turbigo, 75002 PARIS Tél. : 01 40 26 00 99 R.C.S. Paris B 351 996 509 N° de commission paritaire : 75280 Dépôt légal à parution – ISSN 1254-7298 Cette publication peut être utilisée dans le cadre de la formation permanente. Ce numéro contient un encart jeté SCA.

Le coupon d’abonnement est en pages 61/62 proFessioNNelle

“Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages ou images publiées dans la présente publication, faite sans l’autorisation écrite de l’éditeur est illicite et constitue une contrefaçon”. (Loi du 11 mars 1957, art 40 et 41 et Code pénal art 425) • Le magazine n’est pas responsable des textes, photos, illustrations qui lui sont adressés • L’éditeur s’autorise à refuser toute insertion qui semblerait contraire aux intérêts moraux ou matériels de la publication. Toutes les marques citées dans “étapes graphiques” sont des marques déposées ainsi que le logo Étapes graphiques et sa marque .

ulf andersen

É d i t o r i a l

• La couverture de ce numéro est un extrait d’une affiche noir et blanc de Novo Kolektivizem retravaillé en quadrichromie (lire page 22).

S’il est une information difficile à obtenir alors que le pays entier aurait dû en être informé, c’est que l’État français a maintenant un logo (lire en page 36). Pourtant, cette image qui dégouline de consensus a oublié l’avenir, la poésie et le design et, à peine connue, en devient déjà insupportable. Mais où sont la renaissance et l’immensité de la feuille d’érable, la poésie du trèfle ou de la harpe, l’histoire de l’étoile de David, la réalité du marteau et de la faucille, la force du cercle japonais et de tous ces signes magiques qui balisent le monde et dont certains viennent de la nuit des temps ? Inventer un signe ne consiste pas à en accumuler plusieurs, encore moins à les empiler. On perçoit dans ce résultat que le temps accordé aux consultations a été bien au-delà de celui accordé au design, à la recherche ou à la comparaison. Pourtant l’image demeurera (si les élus ne jouent pas à cache-cache avec, ce qui serait peut-être, pour une fois, une bonne idée) alors que les études sont déjà oubliées. Avons-nous perdu l’esprit de 1789 pour adouber sans regrets une Marianne banale, taillée à coups de serpe, soulignée d’une typographie plaquée et engraissée dont l’une des lignes de base, Liberté-Égalité-Fraternité, doit se contenter, pour respirer, de simples puces désalignées et d’un filet de séparation issu d’un modeste tableau statistique ? Pire encore, sans tenir compte des effets d’optique, un mauvais alignement des éléments à gauche de cet ensemble bancal dénote un regard superficiel. Pourtant les mots utilisés nous redisent des valeurs exigeantes, avides d’émotion, de force qu’au moins la typographie aurait dû rendre. Puisque le classicisme elzévirien a été retenu, est-il utile de rappeler que la France dispose à l’Imprimerie nationale de caractères uniques et magnifiques ? Les mondes du design graphique et de la typographie devraient hurler de rage et d’incompréhension devant ce mauvais cumul de signes, de formes et de mots qui, dans ses utilisations, chapeautera trop souvent les logos des ministères ou des sous-préfectures. Le compromis est peut-être utile pour tenter d’arrêter une guerre, pas pour dessiner une image qui devrait prendre sa place dans le temps et l’histoire. L’État cohabitant a soudain découvert qu’il avait besoin d’une image fédératrice mais n’a pas su commanditer un signe infini pour la nation et son peuple. La reconnaissance du design graphique n’a toujours pas avancé. ■ 5.99

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L’University of Central England in Birmingham regroupe plusieurs écoles consacrées aux arts plastiques : une école de bijouterie, un département Média, une école dédiée aux arts de la mode… Bref, difficile de communiquer sur l’ensemble des structures sans en privilégier une en particulier. Carl Bebbington, directeur de création au sein de l’agence Newenglish, a choisi de s’appuyer sur l’architecture des différents bâtiments et des visuels mis à sa disposition pour présenter ces structures : Je voulais jouer sur l’angle des prises de vue des bâtiments, leurs particularités et leur imbrication. Au final, la brochure est à l’image du lieu, surprenante, décalée : un effet obtenu par les découpes et les pliages réalisés à la main d’après un modèle sur ordinateur et une multitude d’essais préliminaires. Les deux principales contraintes du créatif : communiquer sur l’ensemble du campus en différenciant chaque structure (d’où une couleur attribuée à chaque école) et faire en sorte que le document, une fois plié, rentre dans une enveloppe standard ! Utilisée pour promouvoir l’université à l’étranger, la plaquette privilégie le visuel au texte. Depuis que la communication de la UCE a été confiée à l’agence Newenglish, les inscriptions n’ont cessé d’augmenter !

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Pliage


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Packaging

Birthday

MDD

L’éditeur britannique Thames & Hudson, spécialisé dans l’édition d’art, a confié sa nouvelle identité visuelle à l’agence The Partners. Un lifting après cinquante ans de communication autour des dauphins fétiches de l’éditeur, toujours présents mais incorporés dans un picto plus moderne et dynamique.

avant

après

Les créatifs de l’agence britannique Wickens Tutt Southgate prouvent une fois de plus qu’une solution graphique et esthétique est possible pour tous les produits, y compris les plus communs comme l’emballage d’ampoules lumineuses ou encore celui d’un wok. Pour le premier, les créatifs du pack devaient tenir compte de l’esprit Bhs (uniquement des MDD) tout en se démarquant des autres produits. En ce qui concerne le wok, l’agence a été contactée pour créer un emballage pour les fêtes de fin d’année, sans pour autant oublier de véhiculer l’idée de la cuisine authentique. Et c’est dans la disposition des éléments “à l’orientale” et le recours aux baguettes qu’est venue la solution. Le résultat : la création d’une véritable identité au sein même de l’identité Bhs.

Ça nous a plu…

Nistal C’est au studio espagnol Helice que l’on doit l’identité de la marque Nistal, spécialisée dans la distribution de vêtements sportifs et de produits dérivés. Le logo s’appuie sur l’initiale de la marque entourée d’un cercle, symbole sportif récurrent (stade, ballon…) qui apporte énergie et nouveauté à la marque.

Patrick Veyssière de Dragon Rouge a été chargé par la marque Lustucru de concevoir l’identité d’une nouvelle gamme de pâtes de qualité supérieure comprenant six références. Les contraintes : capitaliser sur les valeurs fortes de la marque (convivialité, gourmandise, plaisir, proximité…), en créant par exemple un personnage porte-parole du produit vers le consommateur.

Il est frais mon logo ! L’agence britannique Interstate vient de concevoir l’identité visuelle de Solstice, un service de livraison de produits frais lancé par le chef cuisinier Philip Britten. Les produits, en provenance des marchés ou des producteurs, sont expédiés aux restaurants dans des cagettes estampées au logo : une interprétation graphique du soleil qui symbolise la nature, la vie, le tout calligraphié pour souligner le fait que tous les produits sont choisis à la main avec un souci de qualité supérieure.

Christophe Paymal, anciennement chez Carré Noir, rejoint l’agence parisienne Dragon Rouge en qualité de responsable de la communication • L’agence La Compagnie Design reprend Trapèze, mise en liquidation en septembre 1997, et devient ainsi la Compagnie Trapèze, spécialisée en packaging • Landor s’associe à LSK, une agence de Sydney, pour s’implanter en Australie. L’agence est par ailleurs en pleine restructuration de ses effectifs pour plus de flexibilité : ses dirigeants auraient décidé de supprimer neuf postes à Londres (4 créatifs et 5 commerciaux) alors que 28 nouveaux employés devraient rejoindre les bureaux européens • Le site macarte.com, premier site Web de création personnalisée et de vente en ligne de télécartes, a reçu le clic d’or du meilleur design. Julien Crespel et Alexandre Kourilsky, concepteurs et directeurs artistiques chez Force Magique, sont les auteurs de ce site, une commande de la Régie T France, filiale de France Télécom • Bertrand Laferrere devient président du Groupement français des fabricants de papiers d’impression et d’écriture, qui rassemble 35 entreprises et produit 3,1 millions de tonnes de papier 8  

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Access to music La compagnie Access to Music, composée principalement de musiciens indépendants de talent – certains ont joué avec Bob Marley ou Madonna –, a chargé l’agence britannique Newenglish de concevoir sa nouvelle identité visuelle. Les trois cercles qui composent ce logo contiennent chacun un symbole lié à l’univers musical. Les créatifs ont abordé plusieurs pistes avant de s’arrêter sur une proposition claire, plus sobre et plus facilement identifiable par le public.

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Identité visuelle

Kg Harry Pearce, de l’agence Lippa Pearce, a réalisé l’identité visuelle et la papeterie de Kenneth Grange, ancien créatif de l’agence aujourd’hui indépendant. Son idée : créer un logo en 3D en jouant sur le gaufrage du papier et donner du relief à la lettre. On peut également sourire en ce qui concerne l’abréviation, immédia­tement reconnaissable et internationale.

Pureté L’agence parisienne Cent Degrés, partenaire de Petit Bateau depuis quatre ans, vient de créer l’image des packs et des flacons de la nouvelle gamme cosmétique de la marque mythique qui sera commercialisée dès le mois de juin. Chacune des deux lignes bénéficie d’un univers propre : pureté, légèreté mais également rigueur et modernité pour la gamme bébé, et transparence et tonus pour la gamme enfant. Les codes de la marque (le hublot, l’univers marin, la typographie enfantine) sont toujours présents sur les packs. • Bertrand Goumand rejoint le département Design de DDB Atlantique comme DA • Olivier Saguez, un ancien de BBDO et actuel président de l’agence Saguez & Partners, rachète les 40 % que détenait Deslagan (BBDO) et devient ainsi le seul actionnaire de son agence • Fitch (plusieurs bureaux dans le monde ainsi qu’à Paris avec l’agence Peclers) aurait été approchée par le groupe américain Lighthouse • L’école supérieure de design de Nantes Atlantique va proposer, en collaboration avec l’école de commerce, un mastère spécialisé Management, design, création • Le PDA (Pan-European Brand Design Association), présidé par Rowland Heming, vient de commanditer un rapport, sur huit pays européens, sur le thème : “Qu’attendent les clients de leur agence de design ?” • Le Danemark va ouvrir un nouveau centre du design, au cœur de Copenhague. Financé pour moitié par des entreprises et fonds privés, ce centre proposera en permanence trois expositions, un design shop, un design café, des conférences, le tout animé par dix-huit membres • 5.99

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Affiches

Charnel

La gestuelle et son évocation : c’est autour de ces deux idées que l’équipe créative des Ateliers ABC, chapeautée par Éric Cadène, a conçu la dernière campagne des parfums Cartier. Chaque parfum (quatre au total) bénéficie d’une mise en scène qui lui est propre et est rattaché à un mot-clé : la puissance pour Pacah, la séduction de Must… Les flacons sont mis en valeur car photographiés en couleurs, en contraste avec les jeux d’ombre et de lumière de la gestuelle des mannequins. Les prises de vue sont signées du célèbre photographe Nadav Kander.

Osé !

Différence L’équipe créative de l’agence parisienne Devarrieux Villaret, qui gère le budget Mercedes depuis maintenant deux ans, a imaginé cette campagne avec le souci de mettre en avant les points forts du véhicule, tels que l’écologie, la “modularité”, l’espace intérieur et le fait que la voiture soit une routière autant qu’une urbaine, le tout sur fond d’humour. Outre l’originalité de cette campagne – privilégier l’élégance à la technologie, sans gigantisme ou trucages particuliers –, on peut remarquer sa particularité, d’autant plus qu’il s’agit d’une campagne de lancement : la voiture a déjà un an. Ils se sont donc permis d’escamoter certaines parties de la voiture. Les prises de vue sont signées de Geoff Kern, un photographe connu pour ses jeux d’optique et ses mises en scène qui convenaient parfaitement au sujet. 10   5.99

La Ganga est en vente libre ! Pour preuve, la petite dernière de la marque Noël, disponible chez tous les dealers. L’équipe créative de DDB Atlantique, dirigée par JeanMarie Drouet, n’a pas hésité à jouer sur les mots pour concevoir la dernière PLV du chausseur, avec une bonne dose de seventies pour vous plonger dans l’ambiance.

Absolut

Après Hirst, Maurizio Cattelan ou encore Wim Delvoye, la marque Absolut Vodka a confié au graphiste espagnol Javier Mariscal (EG 37) la réalisation de sa huitième campagne Absolut Originals. Le graphiste fut d’abord attiré par la BD underground de Barcelone avant de se tourner vers le design graphique et de devenir l’un des représentants de la création graphique espagnole.


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Ludique Saatchi & Saatchi France vient de signer la campagne presse de lancement de Yaris, la petite dernière de Toyota. L’équipe créative, chapeautée par Gilles Fichteberg voulait se démarquer de ce qui existe déjà dans le secteur des marques automobiles et a choisi l’humour, le jeu et la facétie pour mettre en scène la voiture. Un pari osé d’autant que cette dernière n’hésite pas à se retrouver en situation d’accident ou à se perdre dans les méandres d’une page. Gilles Fichteberg a travaillé avec Philip Habib pour les prises de vue, un photographe qui sait réellement manier l’aplat des couleurs, et le studio parisien Seven pour les retouches.

Strauss Michel Strauss, graphiste-affichiste de Marseille, collabore avec des institutions telles que le Cratère au Théâtre d’Alès mais aussi à des événements culturels comme le Festival jeune public d’Aix-en-Provence ou le Salon du livre antifasciste, ou bien encore avec la Compagnie Geneviève Sorin.

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Réponse

maintenant

Refonte et cohérence Six ans de communication et six communications différentes : voici ce qu’ont pu constater les responsables de l’agence Duetto, appelés à reprendre l’ensemble de la communication visuelle de la chaîne hôtelière TimHotel (groupe Alliance). Ayant déjà sévi sur le secteur touristique, Éric Phélippeau, responsable de l’agence, et Christel Turnani, directrice de création, ont donc entrepris de faire le point sur les concurrents directs de la chaîne (principalement des “trois étoiles” même si la chaîne ne bénéficie pas encore du statut) pour définir un positionnement plus haut de gamme. Leurs conclusions : faire évoluer le code couleur, introduire une classification propre à la chaîne (remplacer les étoiles par des tours Eiffel), retravailler l’ensemble des photographies, des cartographies, des supports de communication, les pictos signalétiques et tous les produits visibles par les clients… Bref, tout aplanir pour véhiculer une image de marque de prestige. Le logo a également subi un lifting pour mettre en avant la spécificité des vingt hôtels localisés à Paris intra-muros. Après neuf mois de travail, Duetto a donc réussi à mettre en place une véritable communication, institutionnelle et produit, toutes deux modulables, et qui peuvent aujourd’hui être gérées directement par le client.

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arborescence par dominique monrocq

La pratique du kit

Sur le principe du Meccano ou du Lego, il est possible d’inventer ou de recomposer un site Web, une histoire ou un morceau de musique à l’aide d’éléments préconçus. Dès lors, la part de création de l’utilisateur se situe-t-elle dans sa capacité à dépasser les limites qu’on lui propose, pour faire preuve d’originalité en fabriquant de nouveaux modules, ou, plus prosaïquement, commence-t-elle par l’emploi d’un outil qui lui ouvre d’autres possibilités de communication ? Ou peut-être suffit-il de changer de regard et de codes d’évaluation pour que cette question n’ait plus d’importance…

“Interactive Fame Remix” (www. davidbowie. com, 1999) Avec le plug-in Beatnick, on clique les paroles de la chanson, on change le rythme des instruments, on déclenche un solo de batterie ou de guitare… et la voix Cédérom “Cryonics” (1999)

de John Lennon dans les chœurs est en

Production : Cryo-Networks 

option, histoire de revisiter un morceau

Édition : Cryo Interactive Entertainment

enregistré en 1975.

Conception : Sylvain Huet Contrairement au “SCS”, destinés aux entreprises et universités, “Cryonics” s’adresse au grand public pour y créer des mondes en 3D prêts à l’emploi (à choisir parmi 40, classés par thèmes : dessin animé, jungle, contemporain, S.F., Moyen Âge) et paramétrables (objets, textures, musiques) avec, éventuellement, ses propres créations. Tout visiteur y est transformé en avatar graphique ou photographique.

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▲ “Mon atelier de cinéma en 3D” (Microsoft Home, 1995) 11 décors, tout en images de synthèse, dans lesquels peuvent agir et se déplacer 45 personnages, une grande variété d’angles de prises de vue, la possibilité d’enregistrer et d’intégrer ses propres dialogues, l’animation de titres et deux assistants de choc pour donner des idées et guider la mise en scène : il ne reste plus qu’à écrire le scénario ! Pas d’oscar pour

ce cédérom, mais un Milia d’or ludo-éducatif en 1996.

“Créastudio – Moyen Âge” (Hachette Multimédia, 1998) Moins complexe (plan large uniquement, mouvement des comédiens — créés en motion capture — conditionnés par les actions choisies, obligation de se conformer aux structures narratives…), ce titre se veut aussi sérieux et informatif : des annotations historiques agrémentent la sélection des décors.

Le développement du Web offre un espace illimité d’expression. Mais, même avec un éditeur HTML, dispensant d’écrire des lignes de code, peu de gens y font un effort de créativité… probablement parce que, aussi, rares sont ceux qui ont véritablement des informations à communiquer, ou encore les moyens de les renouveler à un rythme satisfaisant ; du moins, tant qu’on ne considère pas Internet comme un moyen de mettre les gens en relation. Le 3D constitue véritablement un lieu privilégié de rencontre et d’interactivité, explique Sylvain Huet. D’une précédente expérience avec “Le 2e Monde” (1), coproduit initialement par Cryo et Canal +, deux choses ont été acquises. D’une part, la nécessité de disposer d’une technologie dédiée : avec le Web “classique”, il est encore impossible d’obtenir une information sans qu’on l’ait demandée. Dans une partie d’échecs en ligne, par exemple, un mouvement de pièce n’actualise pas l’information sur l’écran de l’adversaire : il faut interroger à intervalles très courts l’ordinateur pour transmettre l’image du plateau modifiée. D’autre part et plus important encore, dans cet univers où il n’y avait pas grand-chose à faire, la durée moyenne de connexion était d’1 h 15, par rapport aux quelques secondes passées habituellement sur une page Web ! A partir de là, la notion de propriété a été poussée à l’extrême, en transformant les appartements dont jouissaient les internautes en une multitude de micro-univers autonomes et décentralisés, chacun pouvant héberger le sien sur son propre ordinateur, devenu serveur pour l’occasion. Contrairement à d’autres, qui ont travaillé sur l’extension multi-utilisateur du VRML, il ne s’agit pas de se demander quel type d’interactivité obtenir avec de la 3D, mais de mettre la communication en avant, indissociable de l’interface qui permet de la matérialiser. Aucun contrôle n’est possible sur les sites développés avec SCOL (notre langage spécifique simple à appréhender puisqu’il ne requiert aucune programmation) car c’est celui qui allume ou éteint sa machine qui, finalement, dispose d’un véritable pouvoir, en n’accueillant, s’il le désire, d’autres personnes dans son site qu’aux moments où il est connecté à Internet. Après tout, on n’a pas forcément envie d’avoir des gens chez soi quand on est absent. On ne réfléchit plus en terme d’espace disque, hébergé quelque part, pour y structurer des informations, mais d’espace virtuel facile à installer et aménageable, dans lequel il est possible de tenir des clubs, organiser des rendez-vous, commercialiser des produits avec l’assistance éventuelle d’un vendeur. Chacun est responsable de lui-même dans son environnement, jusqu’à créer son propre univers personnel : c’est aussi une vision philosophique très libertaire, voire un peu subversive, avec des sites qui apparaissent, disparaissent… Mais, avec la 3D, tous nos réflexes traditionnels de navigation sont à reconsidérer. Où cliquer ? Pour obtenir quoi ? Comment identifier les zones sensibles ? Un immense champ de recherche s’ouvre devant nous. ■

(1) La version actuellement en ligne est produite et animée par Canal + depuis mars 1998.

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c u r i o s i t é par laurent sauerwein

Derrière les bêtes qui ne sont plus sauvages, le décor : une curieuse nature fiction.

• Géologies artificielles, fabriquées de toutes pièces. Ici, dans un style wagnérien. • Bassin béton pour otarie otage. • Savane mise en boîte. Terre sèche et rondins nonchalamment dispersés.

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J’ai fait un rêve. Un après-midi de printemps, je suis allé au zoo et il n’y avait plus personne, enfin plus un chat. Plus d’animaux, quoi. Plus d’hippopotames, plus de girafes, de singes ni de lions. Le seigneur de la jungle s’était fait la malle, l’éléphant envolé. Il n’y avait que des cages vides, des rochers creux et des bassins d’eau stagnante. J’avoue que j’ai toujours trouvé le regard des animaux en captivité difficilement soutenable, alors ça m’arrange de ne pas les voir me voir les regarder, si vous me suivez. Parce que le zoo, c’est essentiellement ça : un grand guignol, une mise en scène d’espèces arrachées à leurs lointaines latitudes, et plantées là, juste au-delà du périphérique, à la lisière du bois de Vincennes, dans un décor invraisemblable de rocs tocs en carton-béton-pâte et cages décorées style trompe-l’œil kitsch tropical. Il y a du carcéral dans ce décor, où tout est soigneusement exposé au regard du million de visiteurs qui, chaque année, défile de bête en bête, comme jadis à l’exposition coloniale. Dans les fausses falaises sont creusées des grottes artificielles bardées de lourds barreaux de fer et, au pied des savanes en ciment, des douves profondes tiennent les fauves à l’écart des petits enfants. Le spectacle des animaux dans ce théâtre-péplum revu par Vauban est assez pitoyable, alors je m’attarde sur le fond. Il y a bien quelques animaux qui trouvent le moyen de se reproduire sous ces tristes tropiques et des singes qui s’épouillent comme si de rien n’était, mais d’autres sont atteints de “zoochose”, cette maladie mentale des animaux en cage qui les fait répéter les mêmes gestes et circuits sans fin. Dans la tête des bêtes en cage, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. On aurait tort, ici comme dans la société humaine, d’accabler les architectes et paysagistes. Ils n’y sont pas pour grand-chose. Sûr que leurs créations tiennent moins des steppes, de la brousse ou de la forêt amazonienne que du jardinet de banlieue, mais le drame n’est pas dans le décor, il est dans l’absence d’horizon. Il est très difficile de dessiner la liberté. Sûr que le zoo n’est pas un quatre étoiles, mais ça a la beauté tragique des vestiges lézardés. Si le zoo émerveille toujours les enfants, c’est peut-être parce qu’ils sentent qu’il est lui-même une espèce en voie de disparition. On pourrait le sauver. Sans les animaux, c’est moins gênant. On pourrait les laisser filer. Après tout, on n’est pas des bêtes. ■

Photos numériques Laurent Sauerwein

Zoo show


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Papiers

En bref •  L’Association française des distributeurs de papier (AFDP) vient de nommer ses président, vice-président et trésorier pour un mandat de deux ans. Patrice Bourgeois,   directeur général du groupe Mafipa, a été réélu à la présidence.   William Leclerc, directeur général   de la distribution en France d’Arjo Wiggins Appleton, a été nommé au poste de vice-président. Enfin, le mandat de trésorier de Hervé   Dimant, P.-D.G. de Libert, a été   renouvelé. •  Le papetier suédois Iggesund Paperboard investit 51 millions de livres pour développer et augmenter la capacité de production de son usine de carton à Workington en Grande-Bretagne. Cet investissement, baptisé Projet MILLenium, permettra de passer d’une capacité annuelle de 190 000 tonnes à 235 000 tonnes. Son objectif est de répondre à la demande croissante d’emballages de luxe et d’applications graphiques aussi bien en Europe de l’Ouest qu’en Europe de l’Est ou centrale. •  Trebruk a inauguré son site Internet le 23 mars dernier. Conçu avant tout comme un outil de travail quotidien, ce site offre notamment la possibilité de sélectionner les produits les mieux adaptés à une application donnée. En outre, le site Trebruk héberge l’ATEP et ouvre un “Forum des Créateurs” destiné à favoriser les échanges parmi la communauté des graphistes, agences et annonceurs. Cette “boîte aux lettres” permettra à chacun d’exposer ses problèmes (recrutement, emploi, matériel, problèmes techniques). Des petites annonces de proximité, en somme.

Calque attaque Le calque fait un retour en force ces derniers temps, surtout dans sa version colorée. Ainsi, les papetiers Thibierge & Comar communiquent sur leur Cromatico, premier calque de couleur, inventé fin 1997, décliné en douze teintes et coloré dans la masse. Il est vrai que Canson les attaque par la tangente avec son Satin Color présent en quatorze couleurs mais teinté par impression. Thibierge & Comar dispose d’un brevet “produit et technique” pour son calque de couleur. Canson est passé outre et n’a pas acheté la licence. La guerre des papiers translucides ne fait donc que commencer. Chez Thibierge & Comar, on a choisi de communiquer sur l’aspect sensuel de Cromatico. “La main de ce papier devrait vous toucher”, explique-t-on. Pas de quartier dans ce face-à-face, Canson décline son calque à travers le monde, dans un “fabuleux voyage au pays des couleurs”. Entre gros moyens et grande inventivité, c’est le retour de David et Goliath. Cet empressement prouve en tout cas une chose : le calque de couleur devrait être plébiscité par les graphistes.

Headline Studio MetaCreations propose Headline Studio, un logiciel destiné aux professionnels du Web qui veulent créer des bannières animées, de qualité broadcast. Il permet l’utilisation d’effets vidéo tels que l’apparition ou la disparition, le fondu, offre des palettes de couleurs paramétrables et la capacité de définir la taille et la fréquence d’images d’animation après l’avoir conçue. Headline Studio permet également une prévisualisation instantanée des animations GIF. Il est compatible avec Painter 5.5 Web Edition de MetaCreations et Adobe Photoshop. La version française est disponible pour environ 2 500 FTTC. 18   5.99

• E-mage box, une jeune société rennaise, a compris que le détourage d’image faisait perdre du temps aux entreprises des arts graphiques. En utilisant Internet et le télétravail, E-mage box propose donc à ses clients de gérer leurs détourages. La méthode : réorganiser les flux d’images à détourer en les concentrant sur un serveur central de fichiers, puis distribuer et acheminer chaque image sur l’ordinateur d’un travailleur à distance qui la détourera selon les normes reconnues par la profession et les renverra sur le serveur initial via Internet. • Dans la lutte qui l’oppose à Quark, Adobe a bien failli rater la mise. Au moment où, en butte avec les utilisateurs mécontents d’XPress 4.0, Quark se trouvait au plus mal, Adobe aurait pu lancer son produit concurrent : InDesign. Mais la firme n’était pas prête et Quark s’est ressaisi, et allèche aujourd’hui le client avec un XPress 5.0 disponible vers la fin de l’année. Mais enfin, le voilà, le petit dernier d’Adobe, capable d’ouvrir les fichiers créés sous XPress et PageMaker. Il édite les pages au format PDF, et disposerait, de plus, d’outils de dessin vectoriel et d’une fonction d’annulations multiples. Adobe InDesign est destiné à une application en magazines, agences de publicité, catalogues, studios de création… Le prix sera très incitatif. • XChange France commence la distribution des plug-ins pour le nouveau logiciel de mise en pages d’Adobe, InDesign. A noter : Extensis, Tableworks, Pro Lexis et bien d’autres sont ou seront très prochainement adaptés à InDesign. • Les nouvelles stations de travail personnelles Hewlett Packard HP Kayak XU intègrent désormais les processeurs Intel Pentium III Xeon 500 et


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Photothèques

En bref 550 MHz. Ce processeur permet aux professionnels de bénéficier du maximum des possibilités offertes par les applications graphiques basées sur OpenGL ou par les nouvelles applications vidéo, d’imagerie et audio. Environ 30 000 FHT. • Rexam Graphics lance une fine toile canvas mate pour répondre aux désirs du monde numérique qui – à l’inverse des photographes – tend à délaisser les œuvres totalement brillantes pour privilégier une finition mate. IDUCHC450 est une toile mate qui offre une autre possibilité de finition pour les travaux photographiques et artistiques. La nouvelle toile canvas est compatible avec la plupart des imprimantes du marché. Elle s’imprime par ailleurs aussi bien avec des encres à base d’eau qu’avec des encres pigmentées. • Sony lance son premier moniteur Trinitron 19” à tube plat : le Multiscan F400. Comme l’écran est ultra-plat, les reflets sont éliminés et la distorsion des images est réduite, ce qui offre un meilleur confort visuel. Avec ce moniteur, Sony répond enfin aux critères de la très drastique norme TCO’99 (toutes les autres grandes marques avaient déjà réussi…). Cette norme internationale demande des efforts d’écologie, d’ergonomie, de consommation d’énergie… Le prix du nouveau moniteur : environ 9 000 FHT. •  Quark s’associe à Macromedia et propose deux packs unissant leurs compétences. Le premier comprend XPress 4.0 et FreeHand 8.0. Le deuxième réunit XPress et Flash, le logiciel de création sur Internet. • Le prix de l’imprimante laser couleur C4 de Genicom passe d’un peu moins de 25 000 FHT à environ 19 000 FHT un an plus tard.

Business class Photodisc sort une série de quatre nouveaux cédéroms consacrés au business. Le premier volume, “Industrial Power and Light” par Kim Steele, renferme des images insolites, en noir et blanc, du monde des affaires et de paysages industriels pris sous des angles surréalistes. “Infomedia 33” offre une palette d’outils les plus représentatifs de l’ère de l’information : ordinateurs, téléphones portables, fax, déchiqueteuses, circuits imprimés… Quant à “Teamwork and competition Web description”, il comprend de nombreuses métaphores visuelles, idéales pour illustrer le monde moderne des affaires (comme l’inévitable cadre dans les startingblocks). Enfin, “Technoculture and urban life” étudie l’aspect humain du monde électronique : les citadins évoluent en toute harmonie dans un monde régi par les outils de communication modernes. Le prix de chaque cédérom varie de 1 000 à 2 000 FHT.

C’est le printemps La photothèque SDP rend hommage au printemps à sa manière : “Des fleurs par milliers et deux gros pavés.” En effet, deux nouveaux catalogues voient le jour. Le “Flower Power” possède 517 pages pour plus de 4 000 photos de fleurs et de végétaux. Le “Pavé”, le plus gros catalogue du marché, s’étale sur 600 pages, 5 400 photos et un cédérom en version enrichie comprenant 6 000 photos consultables à l’aide de mots-clés. Les thèmes sont classiques : vie quotidienne, beauté, famille, seniors, loisirs, business, industries, voyages, etc.

Typo sur le Web La typothèque FontShop vient d’ajouter une intéressante fonctionnalité à son site Web. Les professionnels des arts graphiques peuvent désormais rechercher, visualiser, tester et comparer n’importe quelle police de caractères. L’objectif est de donner les moyens aux utilisateurs d’optimiser l’exploitation d’une base de données riche de 20 000 fontes, mais aussi de leur permettre de travailler en ligne une accroche, un titre, un chapeau ou un logo dans les polices de leur choix. La recherche peut s’effectuer selon deux axes : l’un est multicritère (nom, auteur, langue, style…), l’autre est plus thématique et visuel (classique, fantaisiste, manuscrite, pictos, ainsi qu’une recherche chronologique). Le graphiste a la possibilité de comparer son texte personnel dans plusieurs polices en temps réel. La configuration du site de FontShop est le résultat d’une année de réflexion.

Créez ! PhotoAlto encourage la création graphique en publiant dans son catalogue les meilleures productions réalisées avec des photos de sa collection. Ces productions sont créditées et commentées par leurs auteurs. Pour participer et éventuellement être publiés, les graphistes doivent envoyer des créations de toute nature conçues avec des visuels de PhotoAlto : publicités, brochures, collages, sites Internet, etc. Les mises en pages retenues seront sélectionnées chaque semestre en fonction de l’utilisation des photos et de la nature créative du travail. Pour cette session, le dernier délai est le 1er juillet 1999.

Fine Art Superstock sort aujourd’hui “Fine Art CD ‘99”. Ce nouvel opus propose 10 000 œuvres d’art (Boticelli, Cézanne, Van Gogh, Michel-Ange…). “Fine Art CD99” peut être utilisé sur Mac et PC. De basse résolution, il n’est optimisé que pour des présentations internes, et gratuit pour les professionnels du design. Superstock annonce également une nouvelle fonction de recherche d’images sur son site Web. Doté d’une technologie interactive, le site permet aux utilisateurs de personnaliser leur quête en sélectionnant des options parmi de nombreuses catégories et sous-catégories. Leur investigation peut également se faire sur des critères d’inclusion ou d’exclusion de mots-clés. 5.99

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p r é s e n c e par marie-pierre guiard

Jean-Marc Requien publicitaire collectiviste P.-D.G. d’Euro RSCG Ensemble, l’agence lyonnaise du groupe Euro RSCG, Jean-Marc Requien a mis ces jours-ci les pieds dans le plat en s’offrant le luxe d’un film publicitaire diffusé entre la poire et le fromage sur les grandes chaînes nationales. Mieux, il donne dans la pub écologique en recyclant un film réalisé par la branche mexicaine du groupe. Trente secondes décapantes basées sur le partage des idées qui démontrent habilement que l’on peut parfois se trouver dans une situation inconfortable sans pour autant manquer d’humour ni d’idées…

Faire de la pub à de la pub, c’est assez rare, pourquoi avoir voulu vanter les mérites de votre agence ?

Nous sommes installés en région et par conséquent nous souffrons d’un problème de visibilité auprès des médias et des annonceurs qui ont souvent tendance à considérer une agence régionale comme secondaire. C’est pourtant devenu, depuis quelques années, une vision des choses complètement archaïque. Les avancées technologiques sont telles que l’endroit où l’on se trouve a, de plus en plus, une importance relative. Cela se voit dans nos budgets, nous n’avons plus uniquement des clients régionaux ou locaux mais des clients comme Wagon Lits, Lévitan, Courte Paille dont le siège social se trouve à Paris, à Strasbourg ou à Rennes. Malheureusement, les politiques et les médias ne s’en rendent pas suffisamment compte. Lorsqu’un journal spécialisé fait un sujet sur la communication en région Rhône-Alpes, il envoie un journaliste trois jours sur place comme s’il l’envoyait en NouvelleCalédonie et au final ce journaliste croit qu’il a tout compris. Or les grandes agences régionales comme Jump à Lyon font plus de 30 % de leur business ailleurs qu’en Rhône-Alpes, on trouve même des structures plus moyennes comme celles de Clermont-Ferrand qui font parfois 80 à 90 % de leur chiffre d’affaires à l’extérieur de leur région. On a eu des années durant un discours un peu creux sur le fait d’appartenir à un grand groupe et de pouvoir apporter d’autres expériences, il se trouve qu’aujourd’hui c’est vrai. Nous avons donc commencé à communiquer sur le concept de “Partageons nos idées” lorsque nous sommes tombés sur ce film réalisé par Euro RSCG Mexico qui correspondait complètement à ce que nous voulions faire passer. Un management horizontal où l’on va chercher à l’intérieur du groupe comme à l’international ce dont on a besoin. La preuve, on utilise un film étranger pour promouvoir notre structure. En sortant ce film publicitaire, vous ne faites pas simplement parler de vous, vous semblez vouloir vraiment vous différencier de vos confrères…

Film : “Partageons nos idées” pour l’agence EURO RSCG Ensemble. Réalisateur : Cali. Production : Salado. Créatif : José Luis Bétancourt (Mexico).

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C’est ce que nous voulions, c’est pour cette raison que nous avons choisi des médias nationaux, des chaînes de télévision, pour tenter de sortir un peu du schéma habituel. Si nous avions acheté des pages de pub dans la presse spécialisée, nous

n’aurions été qu’une agence parmi d’autres. Alors qu’avec un spot télévisé, nous allons là où peu d’agences de pub vont. Pourquoi y a-t-il peu d’agences de publicité qui font de l’autopromotion ?

Parce que ça coûte cher ! Auriez-vous bénéficié de tarifs négociés ?

Non, nous avons respecté la loi Sapin. C’est vrai que nous avons pu obtenir des tarifs intéressants parce que nous avons choisi la même régie pour tous les passages du film. Diffuser à la fois sur Paris Première et sur M6 nous a permis d’avoir le maximum de négociations. Il s’agit en plus d’une période de vacances, ce qui baissait encore le coût d’achat d’espace. Mais n’importe quel annonceur qui aurait acheté les diffusions dans ces conditions aurait eu les mêmes tarifs. On arrive à peu près à un budget total de 600 000 francs. Concernant le film, comme il s’agissait d’un spot déjà existant, nous n’avons eu que des frais de réajustements pour repiquer le texte et transformer le spot de 40 secondes en un format de 30 secondes. Comment vos clients ont-ils réagi au film ?

Nous n’avons pas encore eu de vrais retours en terme de business mais nos clients qui l’ont vu trouvent le film sympathique. Il y en a juste un ou deux qui ont trouvé le film limite. C’est en réalité en interne que le film a posé un problème. Une agence de publicité, par définition, c’est créatif, et si elle se sert d’un film, c’est elle qui doit le faire. Certaines personnes dans l’agence se sont posé la question de savoir si l’on pouvait se servir de ce film alors que nous ne l’avions pas conçu. Moi, je pars du principe que lorsque l’on prétend partager des idées, si l’on trouve une bonne idée quelque part et que l’on peut l’utiliser, pourquoi pas. Non seulement on l’a fait, mais on a clairement annoncé qu’il s’agissait d’un film de l’agence mexicaine. On aurait très bien pu garder le silence là-dessus, personne ne l’aurait su. Or cela fait partie de notre discours dans le dossier de presse : nous avons trouvé cette idée et nous allons nous en servir au mieux chez nous. Ce qui signifie que nous pourrions faire la même chose pour un client qui aurait besoin d’une sensibilité différente en allant chercher un film ou un réalisateur à l’étranger.  ■


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g r a p h i s m e par pierre ponant

No

Fondé au milieu des années quatre-vingt, le studio Novi Kolektivizem (Nouveau Collectivisme) est un collectif d’artistes et de graphistes intégré au mouvement artistique slovène NSK. Sa renommée internationale s’est faite en regard du travail de relecture critique et parodique des signes totalitaires qui ont colonisé les esprits pendant presque un siècle en Europe centrale. Une production originale d’affiches et d’éditions qui s’étend aux nouveaux médias dans un même esprit critique vis-à-vis de la techno-culture. Des créations graphiques aujourd’hui au service d’un État artistique global et universel d’où disparaîtrait la préoccupante équation : fascination par l’image = fascisation des esprits.

Kolekt

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epuis le milieu des années quatre-vingt, un peu

• “Les Joueurs de cartes” de Nicolaï Gogol. Affiche pour le Théâtre national slovène, sérigraphie, 210 x 94 cm, 1985.

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partout dans cette Europe centrale en quête de ses origines et à la recherche d’une nouvelle authenticité, de Varsovie à Ljubljana, de Moscou à Budapest, émerge, au sein du milieu artistique et dans certains studios de graphisme, une relecture critique d’un passé ambigu et chargé. Relecture dérangeante, souvent acide. En effet, dans des pays où, pendant plusieurs décennies, toute activité d’ordre esthétique, quelle qu’elle soit, était implicitement considérée comme une prise de position politique, on a vu apparaître un travail analytique portant directement sur l’imagerie propagandiste. Les iconographies “nationales socialistes” et “réalistes socialistes”, transposées dans un nouveau contexte économique de libéralisme sauvage, sont à la base de ce processus. Iconographies dont bien des traits de ressemblance frappent rétrospectivement l’esprit : ces idéologies qui, pour s’être combattues avec la violence que l’on sait, n’en représentent pas moins, dans l’histoire du xxe siècle, la double mythologie sociale et politique qui a façonné, d’une façon tragique, l’héritage actuel de ces pays. Si ces mouvements divers jouent à plein la parodie des institutions et des modes d’expression caractéristiques de ces traditions étatiques, ce n’est en aucune manière par complaisance ou fascination trouble pour ces “modèles” d’un passé encore vivace, ou parfois d’un présent toujours redoutable. Il s’agit bien plutôt pour eux de retrouver, dans le signe périlleux de ces emblèmes, la marque sans cesse occultée de leur histoire, pétrie par l’affrontement idéologique. C’est dans cette mouvance intellectuelle que se situe le groupe slovène Neue Slovenische Kunst (Nouvel Art Slovène). Consciencieusement polyglotte et cosmopolite, disposé parodiquement selon l’ordre d’une hiérarchie étatique, celui-ci fonctionne comme une sorte de ministère de la Culture, déclinant, à l’instar précisément de toute administration, un manuel de l’utilisateur. Manuel d’utilisation théorique, philosophique et pratique. Un secteur Arts plastiques (groupe Irwin), une section d’architecture (Les Nouveaux Bâtisseurs), un organe de “propagande” (Le Nouveau Collectivisme), un groupe de musique rock (Laibach), une instance de production et de réalisation audiovisuelles (Retrovision), et enfin une troupe de théâtre (Zenit-Noordung), composent cet organigramme. La NSK est avant tout un collectif d’artistes, de musiciens, d’architectes, de designers, de cinéastes et de graphistes sans autre équivalent en Europe mais qui s’identifie pleinement à la culture artistique issue des avant-gardes du début du siècle. Longtemps en butte aux tracasseries du régime, sous l’ère communiste, la NSK a su mettre à profit la situation géopolitique particulière de la Slovénie (qui fut la locomotive de l’économie ex-yougoslave) pour s’affirmer dans le contexte artistique international comme le fer de lance de la création du pays : il n’est pas indifférent que cette avant-garde se développe à Ljubljana, capitale de la Slovénie qui a su


De haut en bas et de gauche à droite : • “Masques noirs” de Josip Vidmar. Affiche pour le Théâtre national slovène, sérigraphie, 68 x 98 cm, 1990. • “Gospodin de Molière” de Mikhaïl Boulgakov. Affiche pour le Théâtre national slovène, sérigraphie, 200 x 200 cm, 1987. • Affiche pour le Théâtre national slovène, sérigraphie, 68 x 98 cm, 1992. • Affiche pour l’Opéra national slovène (détail), sérigraphie, 100 x 140 cm, 1989.

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En haut :  • XIIIe Festival Révolution et Musique. Affiche de concert, 100 x 140 cm, 1985. Ci-contre de gauche à droite : Que ce soit pour la composition du logo NSK ou les premières affiches de Laibach, le studio utilise deux des signes majeurs des avantgardes modernes : la croix suprématiste de Malevitch et la croix gammée formée par des hachoirs dessinée par John Hartfield. La NSK dénonce ainsi le mythe de l’“homme masse” sacrifié par les avant-gardes et leur détournement par les totalitarismes. • “La Mort de l’idéologie” Affiche pour le groupe de musique industrielle Laibach, sérigraphie 100 x 65 cm, 1985. • “National” Affiche pour le groupe de musique industrielle Laibach, sérigraphie 100 x 70 cm, 1992. Page de droite :  • “Ressur exit” Affiche pour le groupe de musique industrielle Laibach, sérigraphie 100 x 70 cm, 1986.

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Proclamation ! Qu’est-ce qu’une affiche politique ? Qu’est-ce qui donne à l’affiche politique son pouvoir explosif ? L’affiche politique est une expérience du xxe siècle. L’affiche politique est une forme de communication publique. Son impact sur le public doit être rapide et surprenant et rester ancré pour longtemps dans la mémoire collective. Sa puissance poétique fait écho au sein des masses. Le rétrogardiste est un artiste guidé par le désir et la capacité d’analyser, avec un œil perçant, les relations entre le beau, le cru, l’exalté, le sacré et l’épouvantable à travers les événements marquants de notre actualité quotidienne.   Le rétrogardiste combat en utilisant comme arme le design et tous les moyens afférents. Il applique les méthodes du principe rétro de la même façon qu’un designer automobile assemble les parties d’une voiture — roues, carrosserie, moteur… Les processus de création utilisant les perspectives renversées, les métaphores, les hyperboles, le temps et les espaces déconstruits, unissent et lient tout ce que l’humanité a tiré de ses veines jusqu’à ce jour. Le contenu et la forme ne sont que les outils qui allient thèmes et symboles en les transformant en des dynamiques de tension, d’exaltation et d’émotion. L’affiche politique doit être comme un coup de poing dans une plaie ouverte. Dans le cadre d’un nouveau statut des idéologies, le Nouveau Collectivisme redessine et expose l’humain dans un registre de formes emprunt de classicisme, basé sur le principe d’un idéal humaniste intemporel pour le charger de nouvelles valeurs dictées par des événements historiques concrets. Cette affiche manifeste du Novi

L’affiche politique provoque un effet

Kolektivizem, sous la forme d’une

sédatif sur les esprits stables et un

sérigraphie au format 100 x 70 cm, a été

attrait dérangeant auprès des

conçue, en 1987, comme un pastiche des

masses.

manifestes des avant-gardes futuro-

Une affiche du Nouveau Collectivisme

constructivistes des années dix et vingt.

est un texte, et un texte du Nouveau

Il s’agit pour le Nouveau Collectivisme d’y

Collectivisme est une affiche.

exposer les principes théoriques et les

Ses slogans sont de la propagande

méthodes de travail du “rétrogardisme”.

humaniste. Novi Kolektivizem, Ljubljana 21 mars 1987.

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divorcer sans conflit ni surenchère nationaliste de l’entité fédérale yougoslave. Le travail de la NSK, et particulièrement celui de son studio de graphisme, le Novi Kolektivizem, repose sur la reconnaissance implicite de ces déterminations idéologiques, historiques et culturelles qui façonnent (jusque dans les dénégations qu’elles y opposent) les pratiques artistiques quelles qu’elles soient. C’est dans cette optique que le collectif jette aussi un regard fondamentalement critique à l’égard des attitudes individualistes dont la vogue du “postmodernisme” a été l’un des derniers avatars. De là l’emploi très systématique que fait le Novi Kolektivizem du pastiche, de la citation, de l’usage des iconographies religieuses et des imageries totalitaires, des symboles nationalistes ou des emblèmes artistiques assimilés par notre époque. Provocation ? Sans doute, mais derrière ces “ambiguïtés” parfaitement assumées au nom d’un art qui revendique le “rétrogardisme”, il y a certainement beaucoup d’ironie et d’humour, et surtout une esthétique incontes­tablement de haute tenue.

De gauche à droite : • “Motte de sang-terre fertile” Affiche parue pendant le conflit croato-serbe, sérigraphie, 100 x 70 cm, 1991. • “Rejoins le combat pour la nouvelle Europe !” Affiche parue pendant le conflit croato-serbe, sérigraphie, 100 x 70 cm, 1991.

L’affiche politique : un coup de poing dans une plaie ouverte Le Novi Kolektivizem (NK) se définit comme un groupe d’individus, subordonnés à l’ensemble, qui permet la synthèse des forces et des désirs de chacun de ses membres. Ils définissent le design comme une activité publique qui désigne par l’image la puissance émotion5.99

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Page de gauche : “Dan Mladosti” (Journée de la jeunesse socialiste de Yougoslavie) Affiche politique, sérigraphie, 100 x 70 cm, 1988. L’affiche “Dan Mladosti” a été conçue pour un concours organisé par le mouvement des jeunesses socialistes de Yougoslavie. Les éléments visuels qui la composent sont issus d’une affiche allemande de propagande nazie. Le Nouveau Collectivisme, reprenant la composition de base, s’est uniquement contenté de remplacer l’aigle allemand, sur la hampe du drapeau, par une colombe, et le drapeau nazi derrière l’athlète par le drapeau yougoslave. Consacrée comme meilleure réponse visuelle, l’affiche a reçu le premier prix. Suite à cette récompense, la NSK a envoyé un communiqué à la presse expliquant son processus de travail. Une violente campagne de presse s’en est suivi, mettant encore plus dans l’embarras les responsables du mouvement des jeunesses socialistes. Cette affiche démontre l’art extrême de la provocation développé par le Nouveau

Ci-dessus  :  • Illustrations de couverture pour l’hebdomadaire politique et culturel “Mladina”.

Collectivisme à un moment où la tension commence à croître au sein des partis communistes des différentes républiques composant la Yougoslavie. En 1988, le nouvel homme fort à Belgrade s’appelle déjà Slobodan Milosevic. Elle dénonce de façon directe les ambiguïtés idéologiques d’un parti communiste yougoslave sur le déclin, tenté par le repli nationaliste.

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nelle de l’acte artistique et de l’événement sociopolitique. Ils considèrent par ailleurs l’essence même du design dans la communication de masse. Aucune commande n’est refusée si celle-ci, institutionnelle ou privée, entend toucher le plus grand nombre. Les relations entre le studio et la collectivité publique sont du même ordre que celles entretenues avec n’importe quel producteur ou client. Après avoir été actif en Slovénie et dans toute l’ex-Yougoslavie, le studio produit des catalogues, des logos, des couvertures de cédérom, des cédéroms et divers sites Internet. Il intervient ponctuellement dans le design de presse : couverture pour le magazine “Mladina”. Le Novi Kolektivizem conçoit de très nombreuses affiches, le plus souvent sérigraphiées, pour des institutions culturelles comme le Théâtre national slovène, l’Opéra de Ljubljana ou des festivals et affiches de saison pour le Théâtre national croate de Split. En 1987, par le biais d’une affiche manifeste intitulée “Razglas !” (Proclamation !), le Novi Kolektivizem définissait sa conception de l’affiche politique : une poésie puissante qui fait écho au sein des masses, un coup de poing dans une plaie ouverte. Une de leurs affiches fera particulièrement scandale, après avoir été primée par les autorités de Belgrade. “Dan Mladosti” (Journée de la jeunesse socialiste de Yougoslavie) mettait en évidence certains rapprochements sémantiques entre socialisme réel et nationalisme. Un point de non-retour confirmé par un drame humanitaire. Lors du conflit croato-serbe, le Novi Kolektivizem édite plusieurs affiches au slogan cru et provocateur : “Motte de sang-terre fertile” ou “Rejoins le combat pour la nouvelle Europe”, renvoyant dos à dos, par les références iconographiques, l’impuissance du discours occidental et la boucherie nationaliste. Depuis 1993, le studio NK réalise l’identité visuelle d’un projet d’intervention artistique développé par la Neue Slovenishe Kunst : le premier État global de l’univers.

L’art, un fanatisme qui requiert de la diplomatie

• Affiches pour le Festival de théâtre d’été de Split, sérigraphie, 200 x 200 cm, 1986.

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[…] En incorporant le tissu sociologique et humain d’autres États, en faisant sien leurs systèmes, la NSK est en train d’établir un territoire sans frontière géographique nationale et culturelle. Cet État n’existe que là où habite son peuple et où l’on comprend sa théorie et sa philosophie. Un État global qui nécessite d’être identifié par l’image. Depuis leur participation à la Biennale de Venise en 1993, à des actions à Sarajevo en 1995, la NSK organise des interventions plastiques et graphiques au sein d’“ambassades”, matérielles et virtuelles (“NSK electronic embassy” sur le Web). Le Novi Kolektivizem conçoit le design des interventions dans l’espace du musée (MoMA à New York, Kunsthalle de Berlin) ou du salon (Fiac à Paris), les plaques, bulletins de liaison, passeports et autres documents administratifs permettant l’adhésion du maximum de citoyens. Une identité visuelle globale à l’échelle de l’univers. L’État NSK se veut une sculpture sociale faite


De haut en bas et de gauche à droite : • “NSK Staat Berlin” Affiche d’exposition,

avec l’humanité de ses citoyens. Un État ouvert à tous les peuples du monde, sans critères de religion, de race, de nationalité, de sexe ou d’opinion politique. Il entend donner à ses citoyens l’opportunité d’une réflexion et d’une coopération créative. Une utopie artistique et graphique qui renvoie au souvenir d’une certaine “troisième voie” politique, autogérée, fédérative et pluriethnique.  ■

sérigraphie, 100 x 70 cm, 1994. • “Noordung 1995-2045” Affiche de théâtre, sérigraphie, 96 x 68 cm, 1995. • “XLV Biennale de Venise” Affiche d’exposition, sérigraphie, 140 x 100 cm, 1993. • “Zenit-Noordung” Affiche de théâtre, sérigraphie, 96 x 135 cm, 1995.

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A gauche de haut en bas : • “Géographie de l’État NSK” Affiche culturelle, sérigraphie, 100 x 70 cm, 1998. • “Devenez un citoyen du premier État global de l’univers” Affiche politique et d’exposition, sérigraphie, 100 x 70 cm, 1997. En haut : • Couverture de catalogue “IrwinNSK Embassy Moscow”, 1992.

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l o g o t y p e par marie-pierre guiard

Un appel d’offres public paru en février 1998, une consultation serrée, un comité interministériel de pilotage du projet et plus d’un an d’études et de concertations pour faire aboutir l’identité visuelle de l’État français, c’est ce qui s’appelle un chantier rondement mené. Entrepris par le Service d’information du gouvernement et réalisés par l’agence Audour Soum, le logo et la charte graphique des pouvoirs publics se veulent fédérateurs et consensuels.

L’État n’en fait qu  L

e ministère de l’Intérieur se reconnaît à sa barrette tricolore,

celui de la Culture à son cartouche bleu, l’Armée à son drapeau bleu, blanc, rouge, les Finances à son triangle surmonté d’un arc… Depuis une dizaine d’années, les logos des ministères comme ceux des administrations publiques en général, ont fleuri çà et là. La création d’identités visuelles est devenue source d’imagination débordante où l’on frisait parfois le ridicule par la meilleure volonté du monde. Bernard Candiard, directeur du Service d’information du gouvernement, une structure rattachée à Matignon qui coordonne la communication gouvernementale, sait de quoi il parle. Lors de son passage à la direction de la Communication du ministère de l’Économie et des Finances, de 1990 à 1992, l’homme a été à l’origine du nouveau logo du ministère. Conseiller à la Cour des comptes, il a également mené une étude sur les publications de l’Administration française, constatant alors l’étonnante hétérogénéité des représentations : des préoccupations graphiques qui sous-tendent un souci politique évident. Peu de temps après sa création, la charte graphique gouvernementale mise en place par le prédécesseur de Bernard Candiard a du mal à s’imposer. Basée sur un triangle rouge qui remplace les logos des ministères et qui s’accompagne d’une petite phrase comme “Jour après jour, améliorons la vie de tous les jours”, la charte graphique soulève de nombreuses réticences des utilisateurs. Les directeurs de communication des ministères la trouvaient beaucoup trop directive mais aussi trop publicitaire. Il est vrai que cette charte ne pouvait pas fonctionner sur tous les types de communication comme celle sur le sida ou la communication autoroutière par exemple. Quant aux fameuses petites phrases, elles tournaient vite à la ritournelle. Exit donc le carcan graphique, Bernard Candiard, nou36   5.99

vellement nommé à la tête du SIG, lance une consultation sur la mise en place d’une nouvelle charte graphique qui pourrait à la fois harmoniser l’ensemble des documents émanant du gouvernement sans froisser les différentes administrations. Le tout, sous l’étude d’un comité de pilotage constitué des directeurs de la communication des sept principaux ministères.

Rien ne sert de courir… De toutes les forces en présence (voir encadré), ce n’est curieusement pas une agence de design mais de publicité qui recueille les faveurs du comité. Ce qui a placé l’agence Audour Soum en bonne place, c’est sa connaissance des problématiques de la communication gouvernementale. Ils ne sont pas venus à nous en tant qu’agence de publicité mais en tant que conseil d’une vraie méthodologie et d’une bonne approche stratégique. Le plus brillant dans la démonstration (Dragon Rouge, N.D.L.R.) préconisait une création sans études préalables. Nous sentions chez eux à la fois la compétence et la volonté d’aller vite. Or ce genre d’exercice n’est en rien un problème de capacité personnelle mais de concertations préalables. Audour Soum était peut-être moins forte en termes de création mais elle était prête à se donner le temps. Aux antipodes des certitudes graphiques de ses concurrents, l’agence, qui a ensuite fusionné avec Hémisphère Droit, enlève effectivement le morceau en prônant cette sacro-sainte concertation à tous les niveaux. De quoi ménager habilement les susceptibilités… Travailler sur l’identité d’un État est toujours un dossier extrêmement sensible, travailler sur une absence d’identité alors qu’il existe pléthore d’identités de tous les bras armés de l’État était doublement compliqué, explique Évelyne Soum, nous avons surtout prôné un état des lieux


’à sa tête

De ces trois directions possibles, c’est l’esquisse centrale de l’illustratrice Isabelle Bauret que

de l’État pour aller voir ce qu’il y a derrière ce fameux pavillon tricolore. Démarre alors une étude de quatre mois auprès des agents de l’État et du grand public, ainsi qu’une multitude d’interviews dans les ministères et dans quatre préfectures de France, les signes existants étant passés au crible de la sémiologie.

l’agence retiendra pour la finalisation du logo de l’État français.

Cocorico L’homogénéité des résultats obtenus surprend tout le monde, à commencer par l’agence. Du côté des représentants de l’État, nous avons trouvé un désir d’appartenance et d’identification très fort. Plus on avait affaire à des fonctionnaires éloignés de Paris, plus l’on ressentait ce besoin de s’identifier à l’État à travers un logo. L’absence de signe chez le citoyen était plutôt ressentie comme un vide préjudiciable, l’État n’étant pas identifié, on lui renvoyait toute une somme de rancœurs. L’occasion au passage de mesurer l’étendu de l’ignorance du public quant au fonctionnement même de l’État. Nous nous sommes aperçus que le grand public n’avait absolument rien compris à la décentralisation. Les collectivités locales sont passées à des années-lumière de la tête des citoyens, précise Évelyne Soum. Un État décentralisé qui perd de sa substance, des fonctionnaires frustrés, des citoyens démobilisés, le tableau serait plutôt noir si l’étude n’avait pas fait ressortir également des valeurs de civisme très nettement à la hausse. Bouclée quelques jours avant le Mondial, l’étude est d’ailleurs validée par l’effet Coupe du monde. Les valeurs républicaines demeurent bien présentes dans le cœur des Français. Spontanément évoqués par le public comme par les agents de l’État, quatre symboles reviennent en force  pour traduire ces valeurs : Marianne, le drapeau français, la trilogie Égalité-Liberté-Fraternité

et les mots “République Française”. Cette étude nous a clairement montré qu’aucun de ces signes ne pouvait à lui seul identifier l’État français, c’est pour cette raison que nous avons opté pour une combinatoire des quatre signes visuels et verbaux. Évelyne Soum n’a pas de mal à convaincre Bernard Candiard et le comité de pilotage sur le principe, l’exécution du logo peut démarrer. Même si le commanditaire ne peut pas s’empêcher de s’interroger… On ne pouvait pas avoir un cahier des charges plus rempli. Inquiets pour l’agence, nous leur avons demandé ce qu’ils allaient bien pouvoir faire avec tout ça.

Chercher la femme Outre le fait de devoir travailler sur quatre signes à la fois, ce qui pose un problème effectivement, c’est de devoir représenter cet archétype de la République qu’est Marianne. Entre la Marianne des timbres-poste, celle de l’état civil, Brigitte 5.99

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La copie de Dragon Rouge Plusieurs professionnels de la communication ont répondu en février 1998 à l’appel d’offres du SIG : des agences de design pur comme CBA, GBGM, DDB & CO et Dragon Rouge, Ethnologo, une structure spécialisée dans la communication gouvernementale, ainsi que l’agence de pub Audour Soum, vainqueur de la compétition et rachetée depuis par Hémisphère Droit. Cette consultation non rémunérée d’un mois a en fait opposé deux écoles. Celle du consensus et d’une étude prônée par Audour Soum et la démonstration d’un système graphique simple et direct défendu par Dragon Rouge. Christian Deberg, le directeur de création de l’agence de design, se souvient de la recommandation : Notre sentiment a été de prôner la création d’un élément fédérateur de l’État, non pas un logo mais un système graphique qui pouvait exister en amont des identifiants des ministères. Nous craignions l’effet de superpositions de symboliques, c’est pourquoi nous avons recommandé d’utiliser le mot “République Française” avec un système parapluie : de la typo surplombant une grande accolade qui prenait toute la largeur du document. C’est vrai que nous avons exposé cette idée de façon un peu brutale en leur disant qu’en tant que représentants du gouvernement, ils devaient imposer leur vision et non pas faire une étude. Ils ont fait le choix d’un logo figuratif qui fonctionne plutôt bien en petite taille. C’est agréable visuellement même s’il fait un peu timbre.

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Un trait féminin Peintre, illustratrice de presse pour “Marie-Claire”, rough man sur les campagnes Dim ou Georges Rech, Isabelle Bauret est une pro de l’univers féminin. Des dessins au pastel et à l’encre de Chine qu’elle travaille souvent d’après modèles. Pour concrétiser cette Marianne idéale, Isabelle Bauret a tenté plusieurs types de caractères, mais c’est sa première interprétation qui a fait mouche. J’avais dessiné des profils plus jetés, cela ne fonctionnait pas. Il ne s’agit pas ici d’un délire d’imaginaire mais d’un profil très classique où chacun finalement peut projeter ce qu’il désire… Rémunérée en honoraires comme n’importe quel type de travail, l’illustratrice reconnaît l’effet boomerang du logo. Son book circulerait beaucoup ces derniers temps entre les mains des acheteuses d’art…

Bardot, la semeuse ou la guerrière, la panoplie est vaste et le choix difficile. D’autant plus que, comme Évelyne Soum le souligne, chaque citoyen semble avoir intégré une image mentale idéale de Marianne. Le directeur de création Philippe Pouzol choisit de traiter Marianne comme l’âme du drapeau en l’intégrant au centre et de profil. Le carré, initialement dessiné, se transforme en rectangle, plus féminin et tourné vers l’avenir. De son côté, l’achat d’art en accord avec la création, contacte deux femmes illustratrices susceptibles de matérialiser ce profil idéal. L’agence retient trois directions possibles. Deux esquisses d’Hélène Majéra assez graphiques et une d’Isabelle Bauret, plus figurative. Entre la femme-girafe de la première et la femme-enfant de la seconde, le cœur des commanditaires balance. Au niveau du sens, nous leur avons recommandé de choisir le profil d’Isabelle Bauret mais le comité craignait une trop grande douceur, une certaine mièvrerie, bref un effet poupée Barbie. Quelques petits coups de cutter plus tard, l’image perd de son aspect artificiel et le profil d’Isabelle Bauret est finalement adopté. Dernier point de détail, la couleur de l’œil dessiné successivement en noir, puis en bleu, est finalement grisée pour se fondre discrètement dans l’image. La typo subit, elle aussi, plusieurs liftings pour être ajustée en capitales engraissées, ce qui lui donne un aspect plus intemporel.

Mode d’emploi L’État français a aujourd’hui son identifiant, il ne reste plus qu’à l’appliquer aux centaines de documents administratifs du gouvernement et des pouvoirs publics. En cours de finition, la charte graphique impose bien évidemment un certain nombre d’impératifs tout en laissant à chaque ministère une relative liberté d’application. En dessous du logo de l’État, toujours centré en haut d’un document, celui des ministères pourra venir se placer soit à gauche, soit au centre, exception faite des logos qui comportent déjà un drapeau. Bernard Candiard se félicite de l’enthousiasme des ministères à vouloir appliquer le logo au plus vite


4 symboles, c’est un de trop Daniel Pouey est

Ce logo véhicule un message assez idéaliste de

Pour une utilisation sur fond clair qui met en avant et de générosité sémiologue, il respectabilité

les valeurs françaises. Des valeurs profondément ancrées dans l’inconscient puisqu’elles sont l’École Supérieure vieilles de deux siècles. A travers ce logo, c’est de la Publicité et l’Administration qui parle et qui nous dit : On est travaille pour fort, actif, économe et attentif à vous… L’autre plusieurs agences concept qui se dégage ici porte sur l’avenir et la de publicité sur les croyance en la jeunesse. Le profil est jeune, les territoires de mèches de cheveux flottent au vent, cette marques et la Marianne avance vite, ce qui indique une dynamirecherche de noms. que de l’action. Sachant que la gauche représente le passé, le centre, le présent et la droite, l’avenir, ce logo nous dit clairement que la jeunesse est l’avenir de la France. La typo et la forme du rectangle suggèrent l’économie de moyens. L’ensemble est plutôt réussi même si l’accumulation de ces quatre signes me semble tout de même un Pour une utilisation sur fond foncé Ministère de l'emploi peu trop. Cela ressemble aux accumulations du et de la solidarité pop’art. Un logo n’est pas de l’arithmétique, le total n’est pas égal à la somme des parties… Ce qui me paraît manquer en revanche, c’est la L’application de la charte notion de service public qui n’apparaît pas ici. Ce graphique de la communication logo centré sur lui-même verse un peu dans gouvernementale compte l’autocongratulation. presque autant de cas de Les logos de nos voisins comme celui de l’Espafigures que d’administrations… gne, de la Suède, du Royaume-Uni ou de la BelgiIci, le ministère de l’Intérieur que s’apparentent plus à des signes héraldiques, demeure centré sous le logo de Les couleurs sont : Pantone 430 et Pantone 3255 des blasons couronnés qui signifient le pouvoir l’État. D’autres ministères légitime, la puissance tranquille. La couleur or de viennent en revanche se placer Les équivalences quadri sont : C6N47 pour le 430, et C47J31 pour le 3255 la couronne apporte en plus une notion de bénéà gauche du document, avec ou diction divine. L’aigle allemand suggère en revansans leur logo. Seule constante che, comme jadis celui de Napoléon ou encore graphique, l’identité visuelle de celui de la ville de Nice, la notion de supériorité. l’État demeure toujours centrée Cet aigle noir et son regard acéré indiquent un en haut des documents. pays qui désire imposer son point de vue. Quant au sigle européen, les étoiles symbolisent bien entendu la réussite, et le bleu, l’investissement dans un futur commun. Cela signifie une véritable projection dans l’avenir. L’identité qui me paraît être la plus forte au niveau de l’inconscient d’un peuple, c’est celle du Canada. La feuille d’érable rouge sur fond blanc correspond vraiment à queltout en restant prudent. Alors qu’au départ certains que chose de symbolique pour les Canadiens. ministères ne le vivaient pas très bien, tous L’hiver chez eux est très long, ils savent que dès aujourd’hui nous demandent de quasiment supque les feuilles d’érables sortent, le printemps primer leur logo ! Je leur conseille d’y réfléchir n’est pas loin. La feuille d’érable signifie donc le encore, je pense que la mise en place définitive se renouveau, la fête, les produits sucrés qui appafera sur deux ans. Quant aux passeports et autres raissent sur le marché. C’est aussi le symbole de papiers d’identité, Bernard Candiard ne semble pas la forêt et des grands espaces. Les valeurs de ce plus pressé, économie oblige. Je suis pour l’écoulelogo de l’État français sont aussi fortement ment des stocks avant d’en utiliser de nouveaux. ancrées dans l’histoire de notre pays, mais répéCes papiers d’identité sont des documents sécuriter quatre fois la même chose à travers Marianne, sés qui ont mis beaucoup de temps à être élaborés, le drapeau et les deux phrases, c’est une fois de nous mettrons le temps qu’il faut pour en changer. trop. La devise de n’importe quel pays du monde Une rigueur qui s’applique aussi à l’ensemble de l’opése base sur un triptyque. “Une”, “Grande”, “Libre” ration qui n’aura coûté que 553 000 francs. Validé par pour l’Espagne, “Dieu”, “Patrie”, “Roi” pour le le Premier Ministre, vu par le président de la RépubliMaroc, “Unité”, “Droit”, “Liberté” pour l’Allemaque, plébiscité par l’ensemble des ministères, l’identigne… C’est ce que l’on appelle la loi du ternaire. fiant a donc bel et bien rempli sa première mission : gé-

Ministère de l'emploi et de la solidarité

nérer un consensus. Quant à sa permanence dans le temps, seul l’avenir nous dira si la performance graphique passera le cap de l’alternance politique.  ■

enseigne à l’IUT de

Fontainebleau, à

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conférence par jeanne verdoux

Aiga DFTV001 Du générique de film aux campagnes publicitaires planétaires en passant par le cinéma expérimental, la production audiovisuelle américaine s’épanouit. Plate-forme de rencontre et de découverte où les graphistes peuvent échanger idées et informations, l’AIGA/DFTV001 (Design for film and télévision, première édition), qui s’est tenue à New York au mois de mars, invite à regarder, écouter, critiquer le travail et les expérimentations visuelles animées des uns et des autres. Encore une belle occasion d’admirer nos voisins d’outre-Atlantique faire bouger la profession…

B

ien sûr 525 $ (225 $ pour les

étudiants), le droit d’entrée à la conférence de l’Américan Institute of Graphic Art, paraît cher, mais pénétrer au cœur d’une profession (le graphisme animé pour le cinéma et la télévision) ne peut être gratuit ; un prix finalement justifié par la qualité et la densité du programme : intéressant, instructif et stimulant ! La conférence se déroule sur deux jours et demi dans le theater district de Manhattan et commence par un apéritif offert par les sponsors au cinquantième étage d’une tour avec vue splendide sur la ville. Par la suite, dans un grand amphithéâtre, se succèdent la projection d’un long métrage (“Festen” de Thomas Vinterberg) et seize intervenants d’horizons variés mais tous liés à la production audiovisuelle : graphistes, directeurs de création, publicitaires, écrivains, professeur, producteurs, monteur de cinéma, réalisateur de films expérimentaux et designer de son. Chacun parle de son travail, présente une bande vidéo de ses réalisations et répond aux questions du public. Huit projections courtes ponctuent les interventions : entre autres des courts métrages de

David Wild (“Ten-second films”) et de Standish Lawder (“Necrology”), des génériques de film de Maurice Binder (“James Bond”) ou des animations de Nick Park (“Creature comforts”, “Wallace et Grommit”). La conférence est arbitrée, avec une ponctualité anglo-saxonne étonnante, par un journaliste du “New Yorker”, Kurt Andersen. Le programme de la conférence est établi par l’AIGA (coordinateur : Alice Twemlow) en association avec le studio de graphisme new-yorkais Number Seventeen. Sont également au programme deux petits déjeuners, deux goûters et une fête dans la galerie de l’AIGA où sont exposés, pour l’occasion, des dessins et photos originaux de génériques de films des années quarante et cinquante extraits du Pacific Titles Archive de Los Angeles. C’est très émouvant d’y voir la vieille planche de bois gravée “River of No Return”.

L’amphithéâtre de 500 places est plein, on croise essentiellement des Américains de New York ou de Los Angeles, les deux grandes villes américaines de l’image animée, et autant de graphistes curieux de découvrir ce nouveau secteur d’activité que de professionnels établis de la télévision (même la chaîne météo est présente) et du cinéma. Peu d’Européens se sont déplacés mais il y a quand même des Allemands, des Anglais et une Française. L’événement n’était pas annoncé en France, il fallait lire la presse britannique pour avoir l’information. Chaque participant a une pochette plastique nominative autour du cou comme les enfants qui prennent l’avion tout seuls, c’est un peu surprenant mais très pratique pour le contact. Le volume de la production audiovisuelle aux États-Unis est très gros. Il y a un nombre infini de chaînes de télévision, chacune a sa propre identité visuelle et sa panoplie d’habillages. Le cinéma et la publicité produisent beaucoup de films. Mais cette abondante production d’images animées ne signifie pas pour autant que le secteur du graphisme animé de qualité soit très développé. En effet, le 5.99

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n’innove pas mais copie bien, réalise maintenant, suite au succès de graphistes comme Imaginary Forces (“SE7EN”), davantage de “vrais” génériques de film. Ainsi il apparaît que le graphisme animé est en mutation, qu’il devient un outil de communication de plus en plus fort. Il est plus présent sur les écrans par le développement des médias on air (TV) et on line (Internet) mais aussi par la facilité de l’utilisation de l’ordinateur qui permet au gra-

AIGA L’AIGA est la plus ancienne et la plus importante association professionnelle américaine destinée aux graphistes. Fondée en 1914, elle réunit aujourd’hui 13 000 membres, parmi lesquels des graphistes mais aussi des étudiants et des professeurs. Cet organisme, à but non lucratif, se dédie à l’avancement de la qualité du graphisme à travers tous ses secteurs d’application et permet développement et reconnaissance de la valeur du graphisme dans la société. L’AIGA organise des concours, des expositions, des séminaires, des conférences et publie un journal et des livres. On peut se demander pourquoi en France en 1999, il n’existe toujours pas l’équivalent. Bien sûr notre pays est petit et le nombre de graphistes très inférieur mais il semblerait intéressant d’avoir un lieu d’échange actif qui ferait exister notre profession.

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graphisme et la typographie d’une grande partie de cette production sont faibles, commerciaux dans le mauvais sens du terme et peu créatifs. Le secteur du graphisme animé en tant que tel, c’est-à-dire comme un lieu d’expérimentation plastique et créatif qui emploie des professionnels désireux d’améliorer le paysage graphique, est donc marginal. Étant donné l’échelle de ce pays, un secteur marginal aux États-Unis reste un secteur assez important par rapport à la production française, et il y a plus d’occasions pour un graphiste à New York de travailler sur un projet ambitieux d’habillage de chaîne qu’à Paris (on reçoit une centaine de chaînes à New York). Les travaux présentés dans le cadre de la conférence ne sont donc pas à l’image de la production américaine (ce n’est pas la “soupe” que l’on voit tous les jours à la télé), mais certains de ces projets ont un impact non négligeable de par l’importance des commanditaires (Nike, Coca Cola, Microsoft, Calvin Klein, “SE7EN”, MTV, etc.) et laissent à penser que les chaînes de TV et la publicité sont sensibles à cette avancée du graphisme. Hollywood, qui, dit-on,

phiste de glisser naturellement des logiciels de print vers ceux d’animation. L’animé est maintenant accessible à tous les graphistes, que ce soit dans les domaines de l’habillage de chaîne, de la publicité, des clips vidéo, des génériques de film, des courts métrages ou dans celui du design multimédia, le graphiste et le typographe ont un rôle de plus en plus important à jouer. De façon générale, c’est très positif d’assister à cette conférence. C’est l’occasion de rafraîchir sa bibliothèque mentale en regardant défiler beaucoup d’images de genres très variés. Par ailleurs, entendre s’exprimer les graphistes américains est intéressant. Leurs expériences et leurs rapports avec les clients semblent très familiers. Mises à part quelques exceptions de commanditaires riches, confiants et capables de donner carte blanche, on retrouve les mêmes conflits et contradictions clients-graphistes qu’en France, en particulier dans le domaine du cinéma où les tailles de caractères à l’écran sont régies par la hiérarchie des personnalités. La majorité des clients demandeurs de graphisme animé sont commerciaux, la publicité est un grand terrain de recherche visuelle. Globalement, le niveau de qualité

de la production présentée à cette conférence est supérieur à ce que l’on pourrait voir en France et l’approche typographique certainement plus professionnelle. Y aurait-il davantage de bons graphistes aux USA ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y a plus de graphistes… C’est encourageant de voir que la plupart des graphistes réalisateurs d’images animées sont avant tout des graphistes, avec des formations classiques. On sort de cette conférence avec l’envie de se mettre vite à After Effects. ■


C'est l'occasion de rafraîchir sa bibliothèque mentale... Marlene McCarty Associée/Bureau/New York La typographie avant la technique Graphiste underground new-yorkaise, Marlene McCar ty réalise depuis plusieurs années des génériques de films de cinéma avec pour priorité la qualité et l’originalité de la composition typographique. Elle travaille souvent sur de très petits budgets, se dit “anti-technologie” et réalise elle-même ses effets spéciaux (elle ne révélera pas ses recettes). Parmi ses dernières réalisations : le très beau générique du film “Ice storm” d’Ang Lee, un caractère sans sérif blanc qui apparaît et disparaît dans l’image cinéma à la façon d’un brouillard givrant, d’une buée sur une vitre ; le très pop générique du film “Velvet Goldmine” de Todd Haynes, dans lequel se mélangent plusieurs caractères de typographie multicolores très seventies, animés avec des effets techniques rétros qui replacent le film dans le contexte de l’époque.

Glenn O’Brien Écrivain/New York

Bureau

• “Ice Storm”, 1997, film d’Ang Lee Conception graphique : Bureau, NYC • “Velvet Goldmine”, 1998 Todd Haynes • Calvin Klein

Wieden & Kennedy

Microsoft, D. artistique : Michael Prieve D. de création : Michael Prieve, Bob Moore Graphiste : Pittman-Hensley Typographie : David Carson Réalisateur : Jeff Preiss

Se tromper le mieux possible Ami et “élève” d’Andy Warhol, Glenn O’Brien écrit et dirige les films publicitaires de Calvin Klein et de Barneys New York (le grand magasin du luxe et de la mode). Il manipule humour et incongruité en mettant en scène des personnages dans des situations inattendues. Les films Barneys, de courtes animations dessinées par Delhomme, présentent un personnage masculin (Orville ?) qui se

trouve dans toutes sortes de situations bizarres. Pour Calvin Klein Jeans, des jeunes gens en jeans moulants font des bouts d’essai très pudiques pour ce que l’on comprend être un film porno. (Clinton l’a fait censurer !) Tout est dans le ton, a m b i g u , p rovo c a t e u r, d r ô l e e t humain. Dans la lignée d’Andy Warhol, la devise de Glenn O’Brien est que l’art contemporain, c’est la publicité, que gagner de l’argent est un art et que la publicité est un art. Il ne faut pas avoir peur d’expérimenter et de se tromper car les meilleures œuvres naissent de hasards et d’erreurs, la mauvaise publicité n’existe pas, ce qui compte c’est d’être vu. Tout est possible…

The Attik James Sommerville/Fondateur et directeur de création/New York William Travis/Président/San Francisco Le design, le football et les filles Les très branchés graphistes anglais The Attik ont débuté dans un grenier en Angleterre, ils sont maintenant présents sur trois continents : Londres, New York, San Francisco, Sydney. D’une imagerie fixe techno avec une touche vidéo (270 calques sous Photoshop pour une seule image), ils se sont orientés naturellement vers le graphisme animé. Leur univers est celui de la musique et de la mode, ils ont frappé aux bonnes portes et ça a marché. Ils font du global design, c’est-à-dire que leurs clients sont planétaires, c’est la tendance. Leur travail est un lieu d’expérimentation plastique très formelle et sans beaucoup de contenu, ils manipulent toutes les machines et sont toujours à la recherche de nouveaux effets spéciaux coûteux. Ils réalisent actuellement un documentaire sur le métro new-yorkais et espèrent devenir le leader créatif américain… ambitieux et un peu prétentieux.

Mitchell Stephens Professeur et écrivain/New York University/New York La télévision n’existe pas encore En comparant la lenteur du processus de développement de l’écriture, de l’imprimerie et du cinéma à celui de la télévision, le professeur Stephens démontre qu’étant donné sa jeunesse, la télévision n’existe pas encore vraiment. Tout est à venir. L’image animée est la forme de communication la plus puissante que l’homme ait inventée. Les superpositions infinies d’images, de sons et de typographies, rendues possibles par les nouvelles technologies, font de la télévision un art nouveau, un mode de pensée non-linéaire qui reste entièrement à découvrir. Il faut être patient, il a fallu 150 ans avant que le premier journal ne sorte d’une imprimerie… C’est un moment extraordinaire pour les graphistes car tout est à faire.

Jeff Scher Réalisateur de films expérimentaux/New York Le film est mort Jeff Scher est un peintre. Il utilise le film comme une surface transparente sur laquelle il dépose, au moyen d’une caméra 16 mm, couleur et lumière. Ses films sont un enchantement visuel, de pures images. Les méthodes de réalisation sont totalement expérimentales, je me demande ce que ça donnerait si… est le point de départ de tous ses films. Bien qu’il ne reste plus aujourd’hui que quelques laboratoires de cinéma à New

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York, Jeff Scher refuse les nouvelles technologies et le digital pour garder le plaisir de l’image cinématographique et l’humanité de la prise de vue image par image. Les effets qu’il utilise datent des années vingt-trente et ne sont pas démodés (prise de vue à l’épaule, coloriage à même le film, superpositions de positif et de négatif, etc.). Jeff Scher n’est pas graphiste mais son mode d’expression visuelle est graphique. Dans “Trigger happy”, il fait danser sur une table lumineuse les objets qu’il a accumulés dans son atelier, une version animée des photogrammes de Man Ray. Autre réalisation : un très beau générique d’ouverture pour un festival de cinéma dans lequel des bandes de film collées côte à côte sont refilmées image par image, ce qui donne naissance à une série d’actions se déroulant parallèlement au sein d’une même image : très créatif. Ses films sont présentés au MoMA, au Guggenheim et au Centre Georges Pompidou.

David Carson David Carson Design/New York

Jeff Scher

“Trigger Happy” Format : 16 mm Durée : 6 minutes Film : noir et blanc trait Filmé en 2 nuits Réalisation, photographie : Jeff Scher Musique : Shay Lynch Date : 1997

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De la typographie en passant par le film et retour à la typographie David Carson est le célèbre graphiste surfeur créateur des magazines “Ray gun” et “Beach culture”. Il a transposé son talent de typographe de l’imprimé à l’animé et est maintenant réalisateur de films publicitaires et de génériques. Ses clients sont entre autres Nike, Pepsi, Microsoft et MTV, il travaille aussi en tant que directeur artistique typographe pour des agences de publicité telles que Wieden & Kennedy. Ses partis pris typographiques animés sont à l’image de son travail imprimé : une multitude de caractères usés par une vieille photocopieuse, les effets de mouvement sont simples et utilisent, en apparence, des principes d’animation traditionnelle (cut, fondu). La dernière expérimentation de David Carson consiste à figer des typographies en mouvement pour les utiliser comme caractères imprimés : la boucle est bouclée.

Jeff Scher

Générique pour le Festival du court métrage à New York Format : 35 mm, cinémascope Durée : 1 minute Film : couleur Filmé avec une caméra Oxberry Réalisation, photographie : Jeff Scher Musique : Shay Lynch Date : 1997

Kyle Cooper

Michael Prieve

Directeur de création/Imaginary Forces/Los Angeles

Directeur de création à Wieden & Kennedy/New York

Le nouveau Saul Bass ? Kyle Cooper est aujourd’hui le créateur de génériques de film le plus connu au monde pour avoir réalisé le générique du film “SE7EN”. En quelques années le succès de Imaginary Forces a fait passer l’agence de 5 à plus de 80 employés. Pour Kyle Cooper, le graphisme animé, c’est avant tout du graphisme. Ancien étudiant de Paul Rand, le grand maître lui a appris la recherche du “moment”, du contraste, de l’émotion dans l’image. Dans ses séquences animées, Kyle Cooper considère chaque image comme une image fixe à laquelle il donne une dynamique qui invite le spectateur à imaginer ce qui suit ou précède dans le film. Si on le compare à Saul Bass, c’est en tant que spécialiste du générique et non pour des similitudes de graphisme. Découvert par son graphisme rayé et tressautant, Kyle Cooper manipule toutes les techniques et crée des atmosphères visuelles très variées. Il a réalisé les génériques de “Gattaca”, “Twister”, “Flubber”, “Mission impossible” et bien d’autres encore.

Le bon graphisme, c’est une bonne idée bien exécutée Wieden & Kennedy est aujourd’hui l’une des agences de publicité américaines les plus créatives. Tout le monde a vu leurs réalisations pour Nike, Coca Cola et Microsoft, qualifiées de “méta-communication” et de “post-publicité” car elles fonctionnent selon un mode nouveau. En effet, il ne s’agit plus de vendre un produit au travers d’un film mais de créer une atmosphère particulière qui donne à la marque une personnalité, un goût nouveau (Just do it). Pour réussir cette révolution publicitaire, Wieden & Kennedy emploie des grandes pointures du graphisme (Todd Waterbury, Tomato, Robert Nakata, David Carson, Gary Koepke, tous deux présents à la conférence comme intervenants, etc.) et leur donne la liberté de développer leurs codes graphiques personnels, de créer des visuels sophistiqués qui sont le fondement de l’identité visuelle de chaque marque. Les films sont très forts visuellement, ils sont diffusés sur toute la planète et se doivent d’être compréhensibles par tous. L’image et la typographie sont belles, le montage et le son sont dynamiques et il y a souvent une touche d’humour. De quoi réconcilier les graphistes avec le monde de la publicité.


a f f i c h e s par Guillaume frauly et Léonor de bailliencourt

Depuis sa création, en 1990, les Rencontres internationales des arts graphiques de Chaumont déplacent, le temps de quelques semaines, une population principalement constituée d’affichistes et d’étudiants. Ces derniers, dans la lignée des professionnels, ont d’ailleurs leur propre concours depuis 1994, “Étudiants, tous à Chaumont !”, et cette année pour la première fois leur propre thème : l’amour fou. Les aînés sont tenus d’envoyer des productions de commande de ces cinq dernières années alors que les seconds produisent une affiche pour le concours. Mais seuls les envois des professionnels sont conservés aux Silos, cœur de

Chaumont

dix ans 1

cette manifestation, point d’orgue autour duquel gravite toute l’organisation de ces rencontres. Car Chaumont a son histoire graphique depuis 1906, date à laquelle Gustave Dutailly, député collectionneur, lègue à sa ville près de 8 000 documents graphiques datés de 1880 à 1905. Ce fonds enrichi chaque année de près de 1 000 affiches, constitue aujourd’hui une collection exceptionnelle, unique en France, avec plus de 22 000 affiches, classiques et contemporaines. Depuis dix ans, les thèmes proposés par Alain Weill, le délégué général de ces rencontres, ont permis de couvrir les principaux secteurs de prédilection des affichistes. On peut citer l’affiche politique, les arts du spectacle, la typo dans l’affiche et le thème de cette année : “Musiques”, déjà exploré par les affichistes compétiteurs en 1993 avec “Jazz-Pop-Rock”. Le cercle est bouclé ! Gageons que cet anniversaire sera pour tous, organisateurs, conservateurs, jury et compétiteurs, l’occasion de faire le point sur dix ans d’exposition, certes représentative de la production culturelle des affichistes internationaux, mais qui ne s’ouvre toujours pas aux créatifs des autres secteurs d’activité comme le packaging, l’identité visuelle ou encore l’édition, malgré le nom de l’événement. L’appellation “Festival de l’affiche”, surnom souvent utilisé pour désigner ces rencontres, ne serait-elle pas plus appropriée ? Au fil des années, la reconnaissance internationale de la manifestation s’est consolidée et les envois sont toujours aussi nombreux : cette année encore, 1 000 affiches en provenance de 50 pays abreuveront l’appétit insatiable des créatifs toujours prêts à se saoûler d’images. Les occasions sont trop rares pour l’ignorer. La manifestation fête aujourd’hui ses dix ans, en musique, sur fond d’amour et de folie ! Joyeux anniversaire !

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1 Yokoo Tanadori. “Katsumi, I wanna win”, nouvel album, 1997, Japon. 2 Allan Poul. “Egberto Gismonti au Jive Jazz Club 1999”, Danemark. 3 Jaroslaw Koziara. “Dyjak en concert”, 1998, Pologne. 4 Tadeusz Piechura. “Festival International de piano jazz Kalisz’95”, 1995, Pologne.

4

5 Lech Majewski.

“25e Rencontres de jazz vocal à Zamosc”, 1998, Pologne. 6 Masayuki Terashima.

“Concert au Sapporo Grand Hotel”, 1997, Japon. 7 Roman Kalarus. “Fans de rock, The Chulingans Band arrive !”, 1997, Pologne. 8 Gesine GrotianSteinweg/Fons M. Hickmann. “Afrique II”, 1998, Allemagne. 5

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9 Vanina Gallo. “La Clémence de Titus”, 1996, France.

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Michel Wlassikoff, directeur de la revue “Signes”, apporte son point de vue au dix ans de Chaumont.

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ans aller jusqu’à proclamer, après les situationnistes, que l’art de l’affiche est mort avec la seconde guerre mondiale, on peut néanmoins constater qu’il est mal en point. L’affiche n’est plus la reine de la rue. Elle est devenue une force supplétive de la communication. Le Festival de Chaumont serait-il un lieu de résistance à cette évolution qui ne semble pas près de s’inverser ? C’est un peu ce que laissent entendre ses promoteurs sans toutefois prendre des mesures résolues pour interpeller les commanditaires et les sommer de s’intéresser de plus près à ce noble support. D’autant qu’à Chaumont, jusqu’à il y a peu, il était posé comme postulat que la création authentique s’était réfugiée dans le champ socioculturel. Il suffisait donc de proposer chaque année un thème socioculturel – les arts du spectacle, l’écologie, le jazz et la pop, etc. – pour recueillir les fleurons de l’art de l’affiche, pour affirmer la valeur de celui-ci, et (implicitement) renforcer sa capacité à lutter contre la publicité commerciale. En vérité, les responsables de Chaumont rêvent d’une institution culturelle apte à délimiter un territoire refuge ; ce faisant ils s’enferment dans une tour d’ivoire où sont présentés les “beaux restes” de ce qui fut aussi une utopie, et ils entérinent le constat du dépérissement de l’art de l’affiche. Un abîme s’est creusé entre disons la génération Grapus, qui faisait encore de l’affiche pour l’affiche, et les générations actuelles qui ont quasiment cessé de pratiquer de cette façon. C’est flagrant si l’on considère le concours étudiant, dont les participants, sollicités à envoyer ce que bon leur semble, créent pour la circonstance des images qui pourraient aussi bien être classées dans la catégorie Illustration ou Dessin de presse. Alors que l’affiche pour un étudiant représente, en général, un mode de figuration d’une recherche, l’intérêt serait de voir ces recherches dans leur ensemble, proposées sur plusieurs supports – dont l’affiche. Mais les responsables de Chaumont, pratiquant l’acharnement thérapeutique, voulaient coûte que coûte un palmarès de l’affiche d’étudiant, jusqu’à la débâcle de l’an passé où aucun premier prix n’a pu être décerné. (Cette année pour la première fois un thème est imposé : “l’amour fou”, on imagine déjà le résultat.) Cela est symptomatique d’une paradoxale absence d’esprit graphique chez les responsables du Festival. Comme le révèle également ceci : pour contenter tout le monde, l’affiche générique, le catalogue, la communication, la signalétique sont confiés à trente-six lieux différents, très inégaux, et de cet éparpillement résulte un salmigondis graphique. Ce laisser-aller n’a pas grand-chose à voir avec le graphisme, qui, en tant que processus de création, architecture du visuel, clef pour la compréhension de l’image, n’est pas vraiment persona grata aux Rencontres internationales des arts graphi­ques/Festival de l’affiche de Chaumont.  ■

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0 Suzanne Nuis. “Conlon Nancarrow, études pour piano”, 1998, Pays-Bas. a Sébastien Kubica. “Festival d’automne de guitare”, 1998, Pologne. z Masayuki Terashima. “Tournée japonaise de John Hicks + Suzie”, 1997, Japon. e Jürgen Haufe. “Zwirn/Thread/fil”, 1996, Allemagne. r Ruedy Wyss. “Sons du futur”, 1997,

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t Labomatic/Pascal Béjean. “Roy Hargrove’s Crissol”, 1998, France. y Niklaus Troxler. “Jazz à Willisau : Marc Ribot”, 1998, Suisse. u Yasunori Yotsugi. “Vibe Music Channel/ chaîne musicale”, 1998, Japon.

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Étudiants, pas si rose ! C

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’est sur le thème de l’amour fou que 481 étudiants ont planché pour cette dixième édition. Un thème difficile selon Jelena Rockel, 23 ans, en dernière année à l’École de Recherche Graphique de Bruxelles et membre du jury. Ce sont pourtant les étudiants et professeurs de son école qui ont choisi ce thème. C’est dorénavant en effet une école qui imposera le thème du concours “Étudiants, tous à Chaumont !” Les intéressés ont été plus inspirés que l’année précédente : près de 500 affiches (contre 330 en 1998), en provenance du monde entier (50 écoles, du Canada à la Suisse, sans oublier l’Allemagne, la Belgique et bien sûr la France), ont été soumises au jury, présidé par Arnaud Corbin, l’actuel président du Syndicat national des graphistes. Un jury également composé de Valérie Debure, graphiste, de Philippe Gondeau, enseignant au lycée Charles-de-Gaulle et de Claude Grétillat de l’agence Contexte Communication. 63 affiches ont été sélectionnées par ce jury, séduit par la bonne qualité du rendu général, quasi professionnel, des idées développées. Nous en avons retenu quelques-unes choisies à partir de cette sélection et non pas sur l’ensemble des envois. Les résultats, eux, seront donnés lors du week-end d’inauguration (voir agenda). Nous nous attendions à des visuels détournant les amours mythiques de la littérature, du cinéma ou du théâtre… Manqué ! Les affiches retenues sont plutôt choquan5.99

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tes, sombres, voire morbides, avec toutefois quelques exceptions : il y est question d’inceste, de couples déchirés, de sida, de sadomasochisme ou de sexe très cru, mais très peu de déclarations enflammées, de princes charmants ou de coups de foudre. L’amour serait-il devenu ringard aux yeux des nouvelles générations ? ou tout simplement inconnu ? Les étudiants ont choisi de traiter le thème de l’amour fou en se replaçant dans leur contexte, en tenant compte de leur quotidien, déclare Arnaud Corbin. Le choix du jury s’est-il opéré à partir des thèmes retenus ou sur le traitement graphique ? La sélection est toujours difficile : nous avions choisi de tenir compte des critères graphiques, mais pas seulement ; on a également privilégié les créations dans lesquelles se dégageait un thème, une idée forte avec humour et recul, précise le président du jury. Il n’hésite pas à parler de “corpus” : Ça ne m’étonne qu’à moitié… c’est la réalité de leur vie de tous les jours… et souligne qu’il est plus facile de traiter graphiquement l’accident, le dérapage qui ouvrent aux jeux graphiques, plutôt que le cadre positif de l’amour. Même constat, mais plus nuancé pour Jelena Rockell : Les grands amours sont souvent tragiques, finissent mal. De nombreux étudiants ont été marqués par la version cinématographique, plus trash, plus agressive, peut-être plus actuelle de “Roméo et Juliette” par Baz Luhrmann ! Cette jeune graphiste souligne également que la majorité des travaux d’écoles sont plus souvent axés sur les problèmes sociaux, comme actuellement la guerre au Kosovo… Si l’on traite les clichés, on doit s’attendre à du déjà vu ! Soit. Et comme l’affiche Rachel Cazadamont, l’une des étudiantes en compétition, l’amour fou ça ne rentre pas dans un format 60 x 80. ■ 50   5.99

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1 Chiquinquira Garcia.

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“Mince ! C’était trop bon la nuit dernière”, ENSAV La Cambre, Bruxelles, Belgique. 2 Stéphane Blanchet. “Pince-moi”, CFD, Paris, France. 3 Julien Bach. “Moi-même”, Le Quai École d’art/design, Mulhouse, France. 4 Marc Sauve. “L’Amour fou”, Université du Québec, Montréal, Canada. 5 Cécile Philibert. “Sans

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titre”, école Maryse Éloy, Paris, France. 6 Léon Lo. “L’Amour fou”, Université du Québec, Montréal, Canada. 7 Annaïg Briand. “Maman je t’aime”, école Maryse Éloy, Paris, France. 8 Cyril Laroche. “Déclaration (publique) d’amour”, ESAD Amiens, France. 9 Fanette Mellier. “Fragile”, École des arts décoratifs de Strasbourg, France. 0 Rachel Cazadamont. “L’amour fou ça ne rentre pas dans un format 60 x 80”, école régionale des BeauxArts, Valence, France.

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ette invitation à fournir un bref commentaire sur les dix années d’existence du Festival de Chaumont me laisse quelque peu perplexe. Les obligations professionnelles m’ayant empêché d’assister aux deux dernières éditions, ai-je le droit de me prononcer sur leur teneur ? Pourtant, connaissant les rencontres et les Silos depuis leur naissance, je me laisse tempêter et formuler quelques remarques à leur sujet. Naturellement les anniversaires inspirent des textes élogieux, la critique alors peut être considérée comme déplacée. Mais si ces quelques lignes peuvent sembler trop flatteuses, ce n’est pas pour des raisons circonstancielles, mais parce que je juge le bilan de ces dix années “globalement positif ”. Comme pour toute opération composite, tout ne pouvait pas être parfait. Bien sûr, moi aussi j’ai été ennuyé dans le passé par l’inévitable répétition des images du concours déjà présentées plusieurs fois ailleurs, par la légèreté de certaines expositions, ou encore par le lamentable niveau des travaux d’étudiants que même les slogans les plus politiquement corrects n’étaient pas en mesure d’inspirer. Et malgré cela, dans un contexte donné – dans les limites de son budget – le festival de Chaumont remplit, malgré toutes les critiques qui ont pu être formulées, un rôle important. Il s’inscrit aujourd’hui dans le calendrier des événements mondiaux, sans pour autant parvenir à concurrencer les anciennes manifestations de référence telles celles de Varsovie ou de Brno. En tout cas, pour une ville de 27 000 habitants, située un peu nulle part, c’est un pari gagné, et si ce festival fait se déplacer les vedettes du graphisme international, la personnalité de son délégué général y est pour quelque chose. Cependant, je pense que l’importance de Chaumont se situe surtout sur le plan national. Il y a une dizaine d’années, le milieu des graphistes (grâce à quelques locomotives dévouées, il est vrai) montrait un certain dynamisme qui se traduisait par nombre d’expositions, de rencontres et de publications. En observant cette scène avec un certain recul, j’ai l’impression que la génération des pragmatiques a remplacé celle des idéalistes. Dans la pénurie des institutions, des initiatives et des événements autour de la création graphique en France, ce rendez-vous annuel des professionnels et des amateurs a le mérite de rassembler, car si les professionnels du graphisme ont trop rarement l’occasion de se rencontrer et de confronter leurs expériences, Chaumont a également réussi à rapprocher un peu les différentes catégories de gens normalement réunis sous la même bannière : celle de la communication visuelle de qualité. Ayant un pied dans ces différents mondes, je sais malheureusement à quel point les praticiens du graphisme d’une part et le cercle des conservateurs, le milieu des collectionneurs et des marchands d’autre part, s’ignorent mutuellement (à quelques heureuses exceptions près). Enfin, il est certain que le grand atout de ce festival, c’est son environnement. Personnellement, je ne crois pas aux manifestations “éclatées”, dispersées dans le temps et l’espace, sous prétexte de toucher le public le plus large. Chaumont offre un cadre à l’échelle humaine, une atmosphère conviviale et décontractée, où tout se passe dans un périmètre raisonnable, facilitant les rencontres et permettant de profiter au maximum des différentes animations proposées.  ■

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Christophe Zagrodzki, historien d’art, ancien conservateur du musée de l’Affiche et auteur d’ouvrages spécialisés.

Soleil levant Fang Chen est né en 1959, en plein centre de la Chine. Il commence à dessiner dès l’âge de trois ans. A quinze ans il expose – au niveau provincial – un projet d’affiches qui le fait remarquer. Après trois ans et demi passés à l’usine, Fang Chen entre finalement à l’institut de technologie de Hubei, où il étudie le graphisme. Ses premiers travaux sont des recherches sur les cartes à jouer. Un des jeux sortis de son imagination est primé à Pékin. Les autorités l’offrent aux participants des Jeux asiatiques de 1990. Diplômé en 1991, il embrasse une carrière d’enseignant, état auquel il reviendra régulièrement. Parallèlement il publie des essais et travaux sur le design graphique qui lui permettent d’être nommé l’année suivante professeur à la prestigieuse Université de Shantou, ce qui ne l’empêche heureusement pas de réaliser des travaux graphiques : un calendrier pour Paribas, des couvertures et des affiches pour un éditeur, des affiches pour l’université. Ses travaux sont remarqués au sein de la communauté graphique internationale : il est présélectionné à Brno et Lathi. Il est exposé à Fort Collins (USA) et, en 1998, il remporte le premier prix du Concours international de Chaumont. Pour son retour en Champagne-Ardenne, le graphiste chinois a réalisé un projet qui lui tient particulièrement à cœur : une série de onze affiches sur le thème “We are one” qui peuvent être juxtaposées de cent manières différentes tout en gardant leur sens. Car l’essentiel, c’est le message. Fût-il silencieux… ■


Pelés mais pas tordus Les Chats Pelés sont graphistes et illustrateurs. Mais ils connaissent aussi leur petit succès en tant que musiciens sous le nom des Têtes Raides et de La Tordue. Fait rare mais logique, le trio signe lui-même ses propres pochettes d’album. Entre ses groupes de rock “indé” et son graphisme plusieurs fois récompensé, le collectif ne chôme pas. Pour l’histoire, derrière les Chats Pelés se cachent Benoît Morel, Lionel Le Néouanic et Christian Olivier. Ils sont tous les trois nés en 1964 et se sont formés à l’école Estienne. En 1994, ils reçoivent une mention graphique à la Foire de Bologne. En 1995, Bratislava leur offre la Pomme d’or et en 1996, Bologne les consacre en leur remettant le grand prix (catégorie Documentaire). Cette même année les Chats Pelés signent la communication visuelle de la Cité de la Musique à Paris. Chez eux, les méthodes les plus diverses cohabitent : collage, volume, lithographie ou peinture. Magiciens pour les enfants, “joueurs d’images en tous genres”, les Chats Pelés sont – comme ils se définissent eux-mêmes – musiciens et illusionnistes ambulants, colporteurs de rêve… mais aussi de jeunes graphistes exposés à Chaumont. ■

AGENDA du 28 mai au 25 juillet Journées inaugurales les 28 et 29 mai.

Frappez fort ! Laboratorivm est une agence de création qui décape. Après plus de quinze ans passés dans la publicité, les Néerlandais Krijn Van Noordwijk et Robbert Jansen conservent de bons réflexes de communicants. Mais quelle acidité ! Ils ont fondé leur petite échoppe tenue par deux hommes qui ne souhaitent pas devenir une agence il y a deux ans à peine. Le ton est donné : “branchitude” et messages en coup de marteau. Les deux complices aiment mélanger la publicité à d’autres disciplines telles que le graphisme, la peinture, la composition et l’animation musicale (DJ). S’ils ont choisi de s’appeler Laboratorivm, c’est parce qu’ils mettent en commun tout ce qu’ils aiment. Ils sont un laboratoire parce qu’ils croient à l’existence d’une chimie entre leurs diverses disciplines. Les deux Néerlandais sont persuadés que si, d’une certaine manière, une publicité ne vous choque ni ne vous frappe, c’est qu’elle est mal pensée. Laboratorivm est ainsi persuadé qu’actuellement 80 % de l’argent dépensé en communication relève du pur gaspillage. C’est probablement pour cela que l’agence conçoit des messages aussi forts que des visuels marquants. Faut-il avoir peur des fruits carnivores qu’ils ont créés pour Artic Vodka ?  ■

EXPOSITIONS Du 28 mai au 11 juillet 1999

Les Chats Pelés Formés à l’école Estienne, Benoît Morel, Lionel Le Néoanic et Christian Olivier sont illustrateurs, graphistes et musiciens dans des groupes rock. Côté prix, ils ne sont pas en reste : une mention graphique à la Foire de Bologne en 1994, la Pomme d’or de Bratislava en 1995 et le grand prix de la Foire de Bologne (catégorie Documentaire) en 1996. Chapelle des Jésuites.

Du 28 mai au 25 juillet 1999

Étudiants, tous à Chaumont ! Présélection du concours. Plus de 80 af­fiches sélectionnées par un jury de professionnels autour du thème de l’amour fou. L’école invitée cette année est l’École supérieure d’art et de design de Reims. Entrepôt des Subsistances.

Du 28 mai au 27 juin 1999

Annick Orliange Ancienne de Grapus, Annick Orliange s’est fait remarquer par son travail pour Banlieues Bleues, le festival de jazz de Seine-Saint-Denis. Primée en 1990 lors de la première édition du Festival d’affiches de Chaumont, elle

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a été sollicitée pour réaliser l’affiche du dixième anniversaire. En une vingtaine d’œuvres exposées au Salon des expositions, Annick Orliange présentera une

deux chantiers pour l’an 2000. “Les résidences d’artistes” est une exposition retraçant l’aventure commune du graphiste Jean-Michel Brétégnier et de l’écrivain Michel Séonnet qui ont travaillé trois ans à Chaumont. Cette résidence a permis de publier le livre “Pas de ville sans visages”. L’exposition “Graphisme en Aquitaine” (EG 44) sera le second support aux débats proposés par les Silos. Elle présente un travail de repérage des graphistes travaillant en région Aquitaine coproduit par Arc en Rêve et le SNG aquitain. L’occasion de comprendre comment il peut être possible de travailler ensemble, graphistes et centres d’art, pour tenter d’élaborer un état des lieux au niveau national. Entrepôt des Subsistances.

Du 28 mai au 25 juillet 1999

sélection de son travail. Salon des Expositions.

Du 28 mai au 25 juillet 1999

Le Concours international Affiches sur le thème “Musiques”. Environ 150 affiches sélectionnées par le jury international. Entrepôt des Subsistances.

Du 28 mai au 25 juillet 1999

10 ans, rétrospective Si le festival fête ses dix ans, le Concours international les célèbre aussi. Il a permis de réunir une collection de plus de 10 000 affiches du monde entier, conservée aux Silos. Les thèmes proposés chaque année permettent de faire le point sur les principaux secteurs où se développe au­jourd’hui l’affiche d’auteur. Cette exposition présente une sélection des neuf premiers palmarès. Entrepôt des Subsistances.

Du 28 mai au 25 juillet 1999

La ville : constellation d’images Cette année, le Festival de l’affiche et les Silos organisent une rencontre destinée d’une part à traiter des liens entre les créatifs et les politiques de la ville et, d’autre part, à entreprendre un état des lieux du graphisme en France. Cette rencontre s’articulera autour de deux expositions destinées à illustrer les débats et à élaborer une méthode de travail en vue de préparer

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50e Anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme Cette production graphique reflète la vision personnelle des élèves d’une classe de bac professionnel du lycée Edmé-Bouchardon de Chaumont sur les articles des Droits de l’homme et leur réelle application dans le monde. C’est un travail d’images et de sérigraphies créées dans le cadre de l’atelier de pratique artistique du lycée Bouchardon, l’atelier Silos/MJC et SÉRIgraphisme.

de cent manières différentes tout en gardant leur sens. Entrepôt des Subsistances.

Du 28 mai au 25 juillet 1999

Heinz Edelmann Né en 1934, ce graphiste et illustrateur allemand (EG 34) est membre de l’Alliance Graphique Internationale. Après une formation de graveur à l’académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, Heinz Edelmann s’installe à son compte en 1959, créant notamment des affiches pour le théâtre et la télévision ouest-allemande ; il dessine pour la presse de mode et illustre la littérature enfantine. En 1967-1968, il participe à Londres à la création du film d’animation des Beatles “Yellow Submarine”. Son imagerie est à la fois fantastique et troublante. Dès 1961, il enseigne dans de nombreux collèges et universités à Düsseldorf, Cologne, La Haye, Stuttgart, tout en continuant à travailler pour son compte, notamment comme consultant pour une agence de publicité à Cologne. Au début des années quatre-vingt, il entreprend le “relookage” des jaquettes de livres pour l’éditeur Klett-Cotta,

et l’animation musicale (DJ). Laboratorivm affirme souvent que 80 % de l’argent dépensé en communication aujourd’hui tient du pur gaspillage mais que c’est un des domaines les plus agréables et les plus intéressants pour travailler. Le Théâtre.

Du 28 mai au 30 septembre 1999

C’est pas du pipeau Parmi les quelque 6 000 affiches publicitaires illustrées de la collection Dutailly, près des trois quarts ont pour sujet les spectacles : théâtre lyrique, cafés-concerts, bals, fêtes, music-hall… Chanteurs et musiciens sont au cœur de ces divertissements et les affichistes de l’époque en font les personnages centraux de leurs œuvres ; ils les représentent chantant,

dansant ou jouant d’un instrument, seuls, en groupe ou en orchestre. Les Silos.

ATELIERS CRÉATIONS

Entrepôt des Subsistances.

Du 28 mai au 25 juillet 1999

Du 28 mai au 25 juillet 1999

Après Om’lettre en 1997 et Ph’auto’portrait en 1998, l’atelier de SÉRIgraphisme propose cette année, sur le thème du festival, de produire des fonds de scène différents pour les concerts qui auront lieu du 28 mai au 25 juillet. Des déclinaisons du décor serviront d’affiches annonçant les événements musicaux ainsi que des tee-shirts.

SÉRIgraphisme aux Silos 10 ans 10 villes Pour fêter les dix ans de rencontres, l’association du Festival et la ville de Chaumont présentent en ChampagneArdenne un éventail d’une décennie d’expositions et d’acquisitions. Ainsi, chaque ville présentera une année du festival. Cette exposition sera présentée à Chaumont et dans dix villes de la région : Joinville, SaintDizier, Langres, Troyes, Romilly, Reims, Épernay, Châlons-en-Champagne, Charleville et Sedan.

à Stuttgart.

Du 28 mai au 25 juillet 1999

Les Silos.

Du 28 mai au 25 juillet 1999

RENCONTRES ET COLLOQUES

Fang Chen

Laboratorivm

Les 28 et 29 mai 1999

Ce graphiste chinois est le lauréat du concours 1998. Pour son exposition à Chaumont, il a réalisé un projet qui lui tenait à cœur depuis longtemps : une série de 11 affiches sur le thème “We are one” qui peuvent être juxtaposées

Anciens publicitaires, Krijn Van Noordwijk et Robbert Jansen ont donné naissance à Laboratorivm, il y a deux ans. Dans leur travail, ils mêlent à la publicité d’autres disciplines telles que le graphisme, la peinture, la composition

Le Grand Garage.

La ville, constellation des images Cette rencontre permettra d’aborder les liens entre le politique et les créatifs en vue de déboucher pour l’an 2000 sur deux chantiers : la présence de créatifs engagés dans le champs social des villes et l’état des lieux du graphisme en France au niveau national.


e st-oue st-no r d-s u d par guillaume frauly

A l’instar de l’univers musical, l’univers sportif a toujours été très lié à l’image et donc au graphisme. Le meilleur exemple : avant de s’attaquer à la maquette de “Ray Gun” ou encore à la direction artistique de “Beach Culture”, David Carson était… surfeur professionnel. Le marché de l’image dans le sport nautique ou de glisse ne cesse de progresser. Aujourd’hui une planche n’est pas fun si le visuel ne l’est pas ! Certains surfeurs le réalisent eux-mêmes ou le confient au graphiste qui a le vent en poupe, en mettant le picto en avant comme une entreprise le ferait avec son logo. Pour quelques indépendants, des studios et même quelques agences, ce secteur représente plus de la moitié, voire la totalité de leurs revenus. Retour sur quelques structures qui ont succombé à l’appel de l’image extrême et qui surfent sur la vague de ce marché en pleine croissance.

C’est du sport ! Deep

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A 28 ans, Jérôme Coste peut se targuer d’avoir décroché le jackpot. Après une formation classique à l’école Estienne, ce jeune graphiste rejoint la société de matériels sportifs JT Racing USA basée en Californie. Il travaille alors aussi bien sur des annonces presse que sur le stylisme de vêtements ou encore d’accessoires sportifs. En février 1995, une fois de retour en France, il crée Deep, une agence de design graphique spécialisée sur la cible des 15-25 ans. Ses clients viennent d’univers vraiment différents, dans le domaine sportif bien sûr comme Salomon ou Reebook, mais également toutes les marques qui s’adressent aux “tribus”, aux “nomades” comme CocaCola, McDonald’s, Orangina, Kickers ou encore France 2 pour laquelle il vient de signer un générique. Avec les premières, on peut vraiment se lâcher, se libérer, et le projet est généralement accepté car on parle le même langage. Avec les secondes, le contact est différent : même si l’on a souvent carte blanche en terme de création, le projet est plus difficile à vendre. Même si le secteur n’est pour l’instant pas plus rentable qu’un autre, il est très fort en valeur ajoutée. Collaborer avec ces marques nous apporte une valeur ajoutée exceptionnelle. Les clients réalisent que nous sommes vraiment impliqués dans le milieu tout en étant

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indépendants, en gardant le contact avec la base. En fait, plus la structure grandit et se développe, plus le risque de s’éloigner de la cible augmente. Jérôme Coste, qui a par ailleurs créé sa propre marque de vêtements, Hold-Up, travaille aujourd’hui en binôme avec une autre société, qui gère l’aspect conseil et marketing du 06Speaking LOGO Image, DU MAGAZINE ROLLER SAGA secteur de la mode et du sport. Les prochains projets en date : l’habillage des objets promo de l’été 1999 de McDonald’s, les collectors de Coca-Cola, la collection vêtements été 2000 de Reebook ou encore intervenir sur la marque Salomon, cette fois en travaillant directement pour Neville Brody, directeur de création de la marque. La demande est réelle. Les idées aussi !  ■

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1 Poster d’autopromotion réunissant près de 2 000 logos Deep. 2 Campagne de publicité pour  la marque de vêtements et accessoires Hold-Up. C’est son fondateur, Jérome Coste, qui l’ensembleDE de la création. LOGOgère DE seul LA MARQUE VTT OXO 3 Proposition de logo pour la marque de motos française Voxan. 4 Logo du “Roller Saga magazine”. 5 Skate-board Hold-Up 1999. 6 7 Logo de “3 s” et couvertures des magazines 33

correspondant à chacune des disciplines.

PROJET DE LOGO > LE TOUR VTT

8 Projet de logo pour le Tour VTT. 9 Logo de la marque de VTT OXO. 0 Logo pour une compétition automobile cyclecariste annuelle. 08

LOGO POUR UNE COMPÉTITION AUTOMOBILE CYCLECARISTE ANNUELLE

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HLM/Hors la marge

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MOTIFS DE T-SHIRTS SALOMON SPEED DIVISION

a Motifs de T-Shirts Salomon Speed division.

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Du sens ! Il faut que l’on ait la possibilité de travailler une idée, faire passer un message ! Christine Roux et Igor Devernay sont deux jeunes graphistes qui savent ce qu’ils veulent. A peine diplômés de l’ESDI (la dernière promotion), ils ont pris leur courage à deux mains pour créer HLM, une structure qu’ils veulent plus un collectif qu’un studio. Un an après, le constat est plutôt positif. Les deux jeunes graphistes comptent déjà plusieurs sociétés de taille parmi leurs clients : le groupe Radio France, pour lequel ils réalisent toutes les annonces presse et la communication de partenariat, ou encore Composite, une agence spécialisée dans la conception de sites Internet qui leur confie l’habillage graphique. On peut également mentionner les nombreuses agences qui font appel à eux pour de la sous-traitance. Les quatre mains de HLM – ils pensent et réalisent ensemble tous les projets – savent aussi démarcher. La marque Original Sin, les surfs des neiges de Dynastar, vient de retenir l’une des propositions d’habillage de planches qui ont été spontanément adressées par les deux graphistes ; ce qui prouve une fois de plus que dans ce milieu des sports de glisse, c’est le relationnel qui fait la différence. Autre particularité du secteur : la liberté qu’ont les graphistes, qui peut s’expliquer

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par le fait que les commanditaires parlent le même langage, n’ont souvent que quelques années de plus que les surfeurs et recrutent souvent sur les pistes, étant souvent les premiers consommateurs des produits qu’ils vendent. Pour Original Sin, le brief était simple : Véhiculer le côté artisanal des produits, encore en partie faits mains, qu’il s’agisse de la fabrication ou du graphisme ; il s’agissait donc de travailler sur la matière, privilégier l’illustration et la typographie manuscrite, le côté brut du produit. En terme de marché, même constat que leurs confrères Manolo et Deep : plus on est petit, plus on pourra rester en contact avec la base et répondre aux attentes des surfeurs : La cible des 15-25 ans est l’une des plus exigeante, la plus difficile en terme d’image, ils veulent la dernière tendance et si celle-ci se généralise un peu elle devient obsolète. Ça nous pousse à mener une réflexion plus en amont, à explorer toutes les pistes, à être plus exigeants, conclut Igor.  ■

z Visuel figurant sur un T-shirt de la collection 1999 de Tiga. e Carte postale pour la marque Tiga. Prise de vue  : T. King. r Picto pour la marque Exocet. t Couverture du cinquième numéro de “Front Side”, le news magazine de Bic Sport. y Déclinaison du logo Tiga sur les flotteurs. u Couverture d’un dépliantproduits pour la marque Bic Sport. i Double page intérieure du magazine “Front Side”. o Couverture d’une brochureproduits pour Bic Sport. p Habillage d’un flotteur Tiga. q Publicité pour la marque Exocet.

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Page précédente et ci-contre : Série de projets d’habillage de planches spontanément adressés par HLM au directeur marketing d’Original Sin, la marque de surfs des neiges de Dynastar. Une proposition a été retenue et devrait figurer dans la prochaine collection. Les deux créatifs devraient renouveler l’essai pour la collection 20002001.

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Manolo

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Le parcours de Manolo, alias Emmanuel Chrétien (EG 35), est à l’image du milieu dans lequel il sévit depuis 1 991 : une histoire de rencontres. Il échappe de justesse à une formation d’ingénieur en intégrant l’Ensaama (Olivier de Serres), qu’il quitte au bout d’un an à la suite d’une rencontre avec Copello, l’un des shapers (fabricants de planches) les plus en vogue du moment qui l’embauche immédiatement. Direction Perpignan, où Manolo apprend l’habillage graphique des planches sur le terrain. En 1989, de retour à Paris, il croise un émir saoudien à la recherche d’un habillage graphique pour son petit avion de voltige. Une fois le travail achevé, c’est au tour de la patrouille Écureuil (Caisse d’Épargne) de lui confier la déclinaison de l’identité de la banque sur la carlingue des avions. Et de fil en aiguille, le voici aux côtés d’Ed Angulo et de Jimmy Lewis, deux shapers hawaïens en déplacement à Paris qui l’invitent à les suivre dans le Pacifique pour quelques mois. Nouveau retour à Paris très bref, après un passage au sein d’une agence de design produit, il se pose finalement à Blois où il crée avec sa compagne Céline, en 1991, Manolo Images. Leur premier gros client : Aris, la marque de sport motocross qui leur confie son image, le design et l’habillage de ses produits. Suivront Tiga, la marque de planches, rachetée par Bic par la suite. Manolo Images s’occupe aujourd’hui de toute l’image de la marque, de l’identité visuelle et ses déclinaisons aux supports d’édition, soit environ 60 % de son activité. Le reste est composé de clients plus modestes comme les marques Haleakala ou encore Exocet dont il gère également l’image depuis ses débuts. Son rêve aujourd’hui : travailler plus en amont du concept en se diversifiant dans le secteur culturel et musical, en se dirigeant par exemple vers le graphisme des jaquettes de disque. Il a d’ailleurs fait appel à Emmanuel Lemaire, un jeune graphiste qui devrait l’aider dans cette diversification.  ■

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s Habillage d’une voiture Carbugaz. d Logo de Larrousse F1. f Habillage d’un camion Crédit Agricole.

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g Dans le cadre de la déclinaison de l’identité visuelle de Chesterfield, Leroy Tremblot devait s’inspirer de ce qui existait en l’optimisant et obtenir une meilleur lisibilité.

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Leroy Tremblot

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Il s’agit de design appliqué au sponsoring déclare Jean-Guillaume Leroy, l’un des deux fondateurs de l’agence parisienne Leroy Tremblot. A première vue, on a du mal à comprendre comment s’opère l’habillage des supports et qui sont les différents interlocuteurs auxquels l’équipe de Leroy Tremblot est confrontée quand on lui confie la déclinaison d’une identité visuelle sur un “support” (une voiture de compétition, un camion, une moto de circuit…). Il ne s’agit pas simplement de décliner un logo sur la carrosserie, mais réellement de redessiner un nouveau logo, souvent différent de celui couramment utilisé par la marque, l’optimiser pour son passage TV ou pour le public des circuits : plus rond, moins étiré, avec une typographie ou des codes couleurs différents. Pour être sûr du résultat, les quatre graphistes de l’équipe (qui compte quatre autres personnes) vont jusqu’à simuler les courses ou les remises de prix sur des écrans vidéo. L’agence a souvent affaire à plusieurs interlocuteurs : le commanditaire, qu’il s’agisse de SFR, Chesterfield, le Crédit Agricole ou encore les agences de communication événementielle, l’écurie, l’équipe ou le sportif, mais également tous les autres partenaires/sponsors, incontournables et dont il faut tenir compte, et qui défendent eux aussi une bonne visibilité. Et le commanditaire n’est pas toujours celui qui débourse ! Surtout que tout se joue à quelques centimètres d’intervalle. Créé en 1984, ce n’est qu’en 1989 que Leroy Tremblot s’est tourné vers le design appliqué à la compétition sportive. Elle représente aujourd’hui entre 70 et 80 % de l’activité de l’agence qui reste néanmoins une agence de communication visuelle “classique” le reste du temps, sévissant dans l’édition, l’identité visuelle, les annonces presse… pour la Monnaie de Paris pour ne citer qu’un de ses principaux clients. Elle reste l’une des seules spécialisées sur son marché.  ■


i m a g e s

Photographie

Baroque Les images de Kris Gautier cartonnent chez McCann Erickson (Pile ou Face, Opel Zafira…), dans la musique mais aussi aux USA. Son style est fait de kitsch, d’humour et d’élégance. Ses références : les super-héros, l’ère du Roi Soleil et les contes de fées. Ses outils : la retouche sur “computer” et les tableaux de maîtres. Cette photo de Junior Vasquez a été réalisée à l’occasion de la Gay Pride new-yorkaise. Là-bas, ce DJ est un demi-dieu. Sa musique enchante les fêtards, comme Mozart en son temps. C’est d’ailleurs le nom de la photo, “Crazy Mozart”. Une commande, bien payée. Mes photos sont chères, leur réalisation est lourde, rigole Kris Gautier (chez OK Fred).

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Back dans les bacs

Sous le soleil exactement Quelle est la différence entre la condition de l’illustratrice australienne Sonia Kretschmar et celle de ses homologues français ? Ce ne sont sûrement pas les tarifs, l’exercice est aussi mal payé sur les bords du Pacifique que chez nous (environ 1 500 F pour la mise en images d’un article de magazine). Quant à la place de l’illustration dans la pub, elle est en constante régression dans l’Hexagone comme en Océanie. Par rapport à ses “collègues”, Sonia Kretschmar travaille beaucoup (“Vogue” australien, “New Weekly”, quelques campagnes…). Et en plus de ses parutions, elle enseigne au Royal Institute of Technology, où elle a étudié. La différence entre les illustrateurs français et australiens se situe probablement au niveau de l’organisation. Cette petite communauté créative est soudée : les illustrateurs se regroupent et s’entraident. Et même si leur syndicat manque de personnes réellement investies, il a le mérite d’exister. De plus, il diffuse chaque année un catalogue. Dotés d’un agent ou non, tous les illustrateurs australiens ont pignon sur rue. Allez trouver un répertoire exhaustif et gratuit de leurs collègues français ! Sonia Kretschmar, elle, a des agents dispersés entre Melbourne et Sydney. Il y a peu d’illustrateurs en Australie, donc pas d’exclusivité, explique-t-elle. Ses collages doivent plaire : coupures de journaux, publicités déchirées et mailings flirtent avec l’acrylique dans un esprit parfois sardonique, mais toujours bon enfant. 64   5.99

A 29 ans, quand on est photographe, on peut nager dans le show-biz tout en gardant la tête hors de l’eau. A 29 ans, Laurent Séroussi réalise des pochettes d’albums (Jane Birkin, Mass Hysteria, Alain Bashung, NTM ou Jacques Higelin) en toute simplicité, avec des idées et sans introspection. C’est presque l’ordre naturel des choses… Il commence sa carrière de photographe aux Arts Décoratifs, grâce à un copain, chanteur dans le groupe No One Is Innocent, qui lui confie la pochette de son premier album. Le cliché fait office de carte de visite quand le Français s’envole pour les États-Unis travailler comme graphiste dans des maisons de disques. De retour, il enchaîne avec une compilation de Rachid Taha et c’est le début du cercle vertueux. Laurent Séroussi a cette chance de n’accepter que les projets qui l’inspirent : une luciole sexy pour casser l’image jean/tee-shirt de Jane Birkin, un Bashung noyé dans le vert d’eau comme une Ophélie qui parlerait, les NTM éclairés tels qu’ils sont (purs et durs)… Chaque album traité par Laurent Séroussi est livré clés en main : idée, prises de vue et graphisme. Il essaie de composer des photos impactantes, de faire ressortir ses images : des choses simples, pour que l’artiste soit clairement identifiable. Sinon, ce jeune speedé fait aussi des photos de mode et vend des clichés à “l’Express”…


Illustration et graphisme, Daniel et Dream On, Canal + et Renault, bande de potes et solitude du créatif… A 25 ans, à peine sorti de l’ESAG, Olivier Marty trace son chemin, au petit bonheur la chance, saupoudré d’une bonne dose de boulot. Trois clients réguliers : Renault Design, la maison de disques Tricatel et le studio Vendredi  14. Aujourd’hui, il vient de prendre un atelier avec des amis, avec l’idée de monter un collectif et peutêtre même un fanzine, un défouloir. Son style ? Plural. Donc impossible d’avoir un agent pour le moment, constate-t-il. Ce qui lui a mis le pied à l’étrier, c’est l’affiche du film de Martin Lamotte

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Hot dog

“Ça reste entre nous”. Depuis il reçoit nombre de commandes et dépasse même les objectifs financiers qu’il s’était fixés. Côté technique, le bonheur c’est de mettre les mains dans la peinture. Ses outils : la plume, l’acrylique, le fusain, un beau support et le Macintosh. Si Olivier Marty travaille beaucoup, il a aussi un chien, personnage récurrent. Un bouledogue anglais. Il s’appelle Daniel et voyage régulièrement par fax chez les amis de son maître. Daniel est paresseux, il bave, il ronfle, il fait des bruits bizarres et mène une vie tumultueuse sans se préoccuper du lendemain. L’existence idéale d’Olivier Marty ?

Bigleux

Restant dans la logique de l’absurde et de la “confusion visuelle”, l’opticien Visual a de nouveau fait appel à l’agence Enjoy Scher Lafarge pour sa dernière campagne. Quatre mésaventures shootées par Vincent Dixon (qui avait déjà réalisé la première campagne de la marque, il y a cinq ans) : celle d’un accordéoniste qui confond son instrument avec un radiateur, un homme qui prend une cabinephoto pour des toilettes, une bouteille de champagne qui n’est autre qu’une quille de bowling et une inauguration de magasin qui tourne à la boucherie gore. Pour ces saynètes, Vincent Dixon a composé des univers appropriés : de l’ambiance chaleureuse du bal musette à celle proprette de la nouvelle boutique, en passant par la lumière froide d’un supposé quai de métro… Chaque visuel a nécessité une journée de pré-light et une autre de shooting sur une durée totale d’une dizaine de jours, retouches comprises, avec les DA Christophe Caubel et Bénédicte Mathieu. Irlandais de trentesept ans, Vincent Dixon est photographe indépendant depuis cinq ans. On lui doit les visuels de nombreuses campagnes d’Absolut Vodka, ainsi que le dernier print Perrier – multiprimé – mettant en scène Einstein. 5.99

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l é g i s l a t i o n par isabelle durand Avocat au barreau de Paris

Concertation autour Protéger les droits d’auteur sans créer un système trop complexe paralysant la moindre reproduction représentation au risque d’avoir d’importants droits à payer, devient un point d’équilibre de plus en plus difficile à trouver. Seuls des accords au cas par cas peuvent maintenir cet équilibre indispensable à la pérennité de la rémunération des auteurs, sans remettre en question son existence même.

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Il est de plus en plus difficile de prendre des photographies dans la rue sans risquer d’être attaqué par l’auteur de tel ou tel édifice ou de telle création se trouvant reproduite sur le cliché : partant de ce constat, des architectes, photographes, historiens et éditeurs d’art ont organisé le 30 mars 1999, à la Maison de la Photographie, une rencontre destinée à mettre à plat ces problèmes et tenter d’ébaucher des solutions pour y remédier. Bien entendu avant de trouver des solutions, fallait-il que chacun prenne en compte le travail de l’autre et le considère comme une œuvre originale digne de protection. Par provocation ou par ignorance, certains ont tenu des propos assez surprenants, propos venant de personnes dont les métiers n’existent que grâce à la création. On a par exemple entendu une personne travaillant chez un éditeur être surpris que celui qui appuyait sur le bouton (sic) puisse revendiquer des droits ou un éditeur d’art s’étonner que les détenteurs américains de droits sur des œuvres (musées et fondations) exigent de vérifier la qualité de la reproduction des œuvres avant leur impression définitive ! Si le débat en est encore à un tel niveau, il ne paraît pas surprenant pour un juriste que les producteurs, éditeurs et autres financiers de la création montrent parfois si peu de scrupules à l’égard des auteurs. Il semble en effet étonnant qu’un éditeur, d’art qui plus est, ne considère pas comme normal que l’un des attributs du droit moral soit de faire respecter l’intégrité de l’œuvre et d’en assurer, autant que faire se peut, une reproduction de qualité. On a également entendu des photographes se plaindre du monopole dont bénéficiaient certains de leurs confrères pour photographier les constructions réalisées par tel ou tel architecte qui a décidé de confier de façon exclusive la reproduction de son travail à l’un d’entre eux. Enfin, on a entendu de nombreuses plaintes quant à la situation monopolistique en France de la Réunion des Musées Nationaux et des tarifs qui sont imposés pour la reproduction des œuvres se trouvant dans les musées.

Pour recentrer le débat, on pourrait en conclure que les difficultés essentielles sont de deux ordres :

1 • Reconnaître le travail de création et le travail artistique en tant que tel et considérer qu’il doit effectivement être rémunéré. 2 • Accepter de payer un certain prix pour reproduire ces œuvres tout en se disant que si l’on est soi-même créateur, on tire également un bénéfice de ce système. Bien entendu les difficultés viennent souvent de la disproportion qui existe entre la puissance, par exemple de la RMN, et la fragilité de certaines petites maisons d’édition qui essayent à moindre coût de faire un travail de qualité, où les exigences de tel ou tel architecte très en vogue qui interdit aux photographes de reproduire ses constructions pour n’autoriser finalement qu’une reproduction “officielle et choisie” de son travail, ce qui limite la liberté d’expression et de critique. Une fois encore on est obligé de constater que chacun “voit midi à sa porte”, que peu se soucient de maintenir une certaine éthique ou de perpétuer une qualité de création et de réflexion sur les œuvres et que beaucoup ont surtout des préoccupations strictement économiques. Loin de moi l’idée de condamner cette dernière préoccupation qui est nécessaire, voire indispensable, pour maintenir une diversité de création et assurer aux photographes, architectes et créatifs de tous horizons indépendance et liberté. Ce qui est simplement regrettable, c’est que beaucoup ont tendance à “scier la branche sur laquelle ils sont assis”, critiquant, tel le photographe ou tel autre, l’architecte pour les droits qu’il va revendiquer, alors que lui-même trouvera normal d’être rémunéré pour la reproduction de son propre travail. Comme souvent dans ce genre de débat, chacun semble vouloir camper sur ses positions, parfois corporatistes, et aucune proposition concrète n’a vraiment émergé de cette réunion. Il s’agissait bien entendu d’une première rencontre dont l’initiative était déjà louable et intéressante mais qui doit se prolonger par une réflexion débouchant sur une véritable collaboration interprofessionnelle. Comment arriver à concilier les intérêts bien légitimes des architectes, dont les créations sont protégées sur le fondement du Code de la propriété intellectuelle, et ceux des photographes qui souhaitent pouvoir reproduire le plus librement possible des rues, des places ou tout autre lieu dans lequel des bâtiments, des sculptures, des éclairages sont susceptibles de donner lieu à des droits de reproduction ? Comment parvenir à faire cohabiter tous ces droits sans en négliger aucun et sans que les droits des uns ne paralysent ceux des autres ?

Depuis de nombreuses années maintenant, les éditeurs et photographes ont élaboré un certain nombre de barèmes servant de base de rémunération pour les photographies reproduites dans la presse ou dans l’édition en fonction du format de la photographie, de l’endroit où elle se situera dans l’ouvrage et


des droits d’auteur selon qu’il s’agit d’une photo en noir et blanc ou en couleurs. A condition d’avoir des interlocuteurs représentatifs des professionnels (syndicats, groupements, associations…), on pourrait imaginer d’élaborer un tel système de barème au sein des professions ou de façon interprofessionnelle en fonction de critères restant à définir. Par exemple en matière architecturale, peutêtre pourrait-on envisager de lancer une réflexion en opérant une distinction entre ouvrages réalisés avec des deniers privés ou avec des deniers publics. En effet, l’architecte qui va avoir la chance de pouvoir réaliser une création sur le domaine public avec de l’argent public, va non seulement le plus souvent bénéficier d’un marché intéressant mais en outre pouvoir s’assurer une publicité importante au travers de cette création. En contrepartie, ne pourrait-on pas imaginer un barème de reproduction des œuvres intégrées au marché public ayant retenu l’architecte et autorisant la reproduction moyennant le versement d’un forfait raisonnable permettant au photographe et autre créatif de reproduire cette construction sans grever leur budget et sans entraver leur travail ?

En principe l’exception de la courte citation ne s’applique pas aux images. Le principe est donc que toute reproduction d’une image originale doit entraîner le paiement de droits. Pourtant certains ont réussi à se faire aménager des exceptions, tels les commissairespriseurs, par une loi d’avril 1997, qui ont obtenu l’autorisation lorsqu’ils annoncent une vente de reproduire librement dans leurs catalogues les œuvres qui font l’objet des enchères. De la même façon en matière audiovisuelle, les chaînes ont passé des accords pour avoir le droit de diffuser des extraits de rencontres sportives dans les journaux télévisés, même si c’est la chaîne concurrente qui avait le monopole de la retransmission, à condition de mentionner la provenance des images sur l’extrait diffusé. Ainsi pourrait-on également imaginer des exceptions aménagées pour les besoins de l’information et permettrait la libre reproduction d’extraits d’un ouvrage

ou d’œuvres faisant partie d’une exposition que l’on annonce sans avoir de droits à régler. A condition d’enfermer ces exceptions dans des règles strictes, en limitant par exemple le nombre d’œuvres reproduites (deux ou trois au maximum) et en imposant un contrôle de la qualité de reproduction, peutêtre que chacun pourrait tirer profit de ce système. L’auteur dont on va annoncer l’exposition n’a-t-il pas intérêt à obtenir le maximum de publicité sans exiger le paiement de droits pour la reproduction de telle ou telle de ses œuvres qui figurent dans l’exposition ? A trop exiger de droits, l’auteur ne risque-t-il pas de limiter lui-même la publicité autour de son exposition ?

Lorsque l’intérêt est mutuel entre l’artiste et celui qui reproduit son œuvre, on pourrait prévoir certaines exceptions au droit de perception de la reproduction des œuvres à condition que l’intérêt soit démontré pour les auteurs et qu’il ne s’agisse pas d’une façon indirecte de les dépouiller de leurs droits. Il ne s’agirait pas ainsi de dévaloriser l’œuvre ou la qualité de son créateur en opérant une rémunération “au rabais” des droits de reproduction, mais peutêtre simplement de rééquilibrer les choses entre la juste rémunération de l’auteur et la représentation de la création d’une construction dans la vie de la cité que les photographes ou cinéastes peuvent réaliser, encore qu’il faille nuancer ce propos quant aux cinéastes qui bénéficient souvent, en tout cas pour les longs métrages, de financement leur permettant d’assurer la rémunération des œuvres reproduites dans leurs films. Si certains auteurs qui reconnaissent la qualité et le caractère artistique du travail d’autres créateurs, dans des domaines différents ou connexes, peuvent consentir volontiers des “réductions” sur les droits de reproduction, voire y renoncer, il n’apparaît pas forcément normal que les producteurs surtout en matière audiovisuelle puissent également bénéficier de ces mêmes avantages. C’est la raison pour laquelle si des accords peuvent être mis en place entre les différentes catégories d’auteurs eux-mêmes, une renonciation, fut-elle partielle, au système du droit d’auteur tel qu’il découle de l’application du Code de la propriété intellectuelle me paraît beaucoup plus dangereuse si elle doit profiter aux producteurs ainsi qu’aux importantes maisons d’édition et agences photographiques. Il faut en effet être bien conscient du fait que la situation idéale de rémunération découlant de la stricte application du Code de la propriété intellectuelle ne se retrouve que très rarement dans les contrats signés par les auteurs toutes catégories confondues. Seule une importante notoriété permet à un auteur d’obtenir la parfaite application des textes en vigueur et encore, la plupart dès qu’ils le peuvent deviennent leur propre producteur ! C’est la raison pour laquelle la plainte de certains éditeurs entendue au cours du colloque du 30 mars paraissait aussi disproportionnée que malvenue dans une discussion initiée par des créateurs. ■ 5.99

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c o u r r i e r des lecteurs

Entre amis Frank Rolland, directeur des Cuizines à Chelles, réagit à l’article paru dans EG 50 (ci-dessous), suivi de la réaction de Marie Bruneau et Bertrand Genier, graphistes de Presse Papier, à Bordeaux (ci-contre).

Votre journal a souhaité évoquer la création d’une identité visuelle pour la scène de musiques actuelles Les Cuizines, équipement géré par la ville de Chelles. Je tiens avant tout à vous remercier de l’intérêt que vous avez porté à ce projet. Toutefois il m’est apparu indispensable d’apporter quelques rectifications à la teneur des propos de l’article paru en mars 1999. • Les différents projets présentés ont été régulièrement soumis à quatre personnes (l’adjoint à la Jeunesse, le directeur du service Jeunesse, la directrice des Affaires culturelles, le directeur des Cuizines). La proposition de M. Pascal Colrat a remporté l’adhésion la plus forte et n’a donc pas été, comme vous l’indiquez, le fait d’un gentil copinage. • Compte tenu de la somme prévue pour rémunérer ce type de travaux, il n’y avait pas obligation de par la loi de procéder à un appel d’offres. Une consultation de quatre agences graphiques a quand même été souhaitée pour enrichir notre projet, nous aider dans nos choix et les rendre plus transparents. • Concernant la méthode, un brief complet établi oralement permettait de connaître les activités du lieu et l’esprit qui y règne. La visite du lieu n’était pas refusée aux différents créateurs. La présentation du projet était possible et aurait été accordée sans difficulté. • Pour mémoire, la démocratie à l’échelon municipal fait effectivement de l’élu le décisionnaire ultime, il est donc normal que M. Frank Mouly, adjoint à la Jeunesse, puisse avoir un avis prépondérant sur le choix de la création graphique d’un établissement public. Ayant grand respect pour votre journal et notamment pour votre défense d’une profession travaillant dans un cadre législatif précaire, j’espère que ce droit de réponse enrichira nos actions futures. ■

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Un contestataire mal renseigné

Vous accordez six pages de votre revue du mois de mars 1999 aux résultats du concours organisé par la mairie de Chelles pour l’identité visuelle de Les Cuizines… Voilà tout de même une opération “tout bénéfice” pour les organisateurs : votre revue leur offre ainsi une audience nationale pour avoir eu la bonne idée de faire travailler gratuitement quatre graphistes – et ceci, visiblement, dans la plus grande pagaille. Jamais ces mêmes commanditaires, s’ils avaient adopté la démarche normale et honnête de rechercher un graphiste pour entreprendre avec lui un travail de collaboration basé sur la confiance et l’estime réciproque, n’auraient pu espérer le quart de la moitié d’une telle retombée – en mettant les choses au mieux : une page dans la rubrique Création, et plus sûrement 1/5 ou 1/6 de page de cette même rubrique. Bravo pour eux… Autant remettre le paquet dans les mêmes conditions pour leurs projets futurs ! La formule marche : pourquoi se gêner ? La pratique des concours non rémunérés, sur un cahier des charges extrêmement mal préparé, et sans aucune garantie sur les critères de choix, se répand de manière plus qu’alarmante, et notamment dans les secteurs de la commande publique. Vous faites, dans ce même numéro, un portrait de Marsha Emanuel qui dit très clairement : La pratique (des concours non payés) est à proscrire, c’est du vol […] Les graphistes qui participent aux concours non payés se coupent l’herbe sous le pied. Les concours non rémunérés sont totalement inacceptables. S’il vous plaît, cher Étapes Graphiques, à défaut de prendre une position claire sur le sujet, au moins, ne faites pas de publicité à des gens qui ne le méritent pas, eu égard à la manière dont ils (mal) traitent les graphistes. Pas d’incitation au vol. Bien sincèrement. ■

En présentant cet appel d’offres, qui entraîne (ci-contre) un droit de réponse du responsable du lieu, EG montre des travaux graphiques et rapporte une méthodologie discutable. Faut-il se taire sous prétexte que Les Cuizines à Chelles, en banlieue parisienne, vont en tirer quelques profits publicitaires ? Si nous devions penser chaque page rédactionnelle en terme publicitaire, notre travail serait difficile ou EG gagnerait beaucoup d’argent. D’autre part EG n’est pas le journal d’une organisation professionnelle et son rôle consiste à informer et montrer tous azimuts. Cette réaction de Presse Papier à Bordeaux (ville que nous n’avons pas oubliée) supposerait par ailleurs que les “graphistes” soient tous d’accord (pour mémoire lire en page 37 du numéro 48 le point de vue antagoniste d’Étienne Robial concernant les rémunérations). Si des “combats” doivent être menés, ils doivent l’être par les professionnels eux-mêmes. EG rapportera les faits, produira éventuellement des opinions contraires, mais ne sera pas un porte-parole sous contrôle. 

Alors que nous ne répondons jamais aux courriers anonymes, nous faisons une exception et revenons sur la composition graphique ensanglantée qui nous a été adressée. Une lettre non signée n’est jamais un bon départ pour instaurer un dialogue ou échanger des idées. Surtout quand l’auteur est provocateur, subjectif et mal renseigné. Nous avons consacré plusieurs pages aux travaux des élèves de dernière année de l’Esag-Penninghen, travaux que nous avons trouvés intéressants. Mais sans rentrer dans le vif du sujet, qui sera évoqué dans le numéro spécial étudiants de juillet-août, nous tenons à préciser que le statut d’une structure, d’une école, d’une agence… n’a jamais représenté un critère de sélection pour EG. Pour mémoire les nombreux articles que nous avons consacrés aux travaux d’élèves d’écoles publiques : les “Diplômes interactifs” (EG 24), “l’ANRT” (EG 26), “La communication se dessine” (EG 30), les nombreux articles “Étudiants, tous à Chaumont !”, “Agit-prop graphique” (EG 42, 43, 44) sur les écoles étrangères, et toutes les brèves consacrées aux graphistes et illustrateurs étudiants ou tout juste diplômés : nous avons récemment publié deux sujets sur les étudiants de l’Esad d’Amiens (EG 48) ou ceux de l’École des arts décoratifs de Strasbourg (EG 50). Cet anonyme étudiant nous a-t-il au moins une fois fait parvenir une de ses créations ?


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l i v r e s par guillaume Frauly

Le livre du mois

Graphisme de Paname !

Titre : New Design in Paris Éditeur : Rockport Auteur : Edward M. Gomez Format : 23,5 x 28,5 cm Dos carré, relié 192 pages Illustrations en couleurs Version anglaise Prix : 298 F En vente en librairie et par VPC : AD Sélection : 01 40 26 00 99 Il était temps ! Enfin un ouvrage entièrement consacré aux graphistes français, parisiens pour être plus juste. Certes, il s’agit une fois de plus d’un portfolio en version anglaise (rentabilité oblige) mais il a le mérite d’être un panorama presque complet de la scène graphique parisienne. Dans la foulée de Los Angeles, de New York ou encore de Tokyo, l’auteur Edward E. Gomez présente les travaux d’une trentaine de structures, indépendants, studios et même quelques agences. Il ne s’agit pas d’une vulgaire compilation : chaque structure bénéficie de plusieurs pages pour présenter ses travaux. Un texte d’introduction dresse le portrait de chacun d’entre eux et les légendes, très complètes, décortiquent leurs créations. Autre point fort, l’introduction de l’auteur qui a vécu et travaillé à Paris. Il évoque vraiment tous les tenants du graphisme français, souligne la spécificité française des relations entre commanditaires et créatifs, rappelle qu’il n’existe toujours pas de structures étatiques ou gouvernementales dédiées au design graphique… Bref, il fait le tour de la question. Paris, pourtant souvent considéré comme la ville de la culture, centre des arts décoratifs et bien sûr vil­le de la mode, est rarement associé à la création graphique ou loin derrière Londres et Amsterdam. Beaucoup de graphistes étrangers reconnaissent le rôle qu’a joué la France dans le développement des arts graphiques à l’époque des grands affichistes comme Cassandre ou Savignac ou, pour remon-

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Made in

ter plus loin sur l’échelle du temps, Toulouse-Lautrec et soulignent l’importante production d’affiches culturelles. Mais la proximité entre la création graphique et les arts décoratifs ne donne pas une idée claire de la production française. De plus, les créatifs français refusent souvent d’envoyer leurs travaux à l’autre bout du monde pour figurer dans une compilation de travaux. Ils sont d’ailleurs généralement les grands absents des ouvrages traitant du graphisme international. Cet ouvrage a été édité pour rattraper ce retard et faire découvrir la production parisienne. On y retrouve les graphistes les plus primés, connus et reconnus. Mais l’ouvrage peut réserver quelques surprises à certains. Reste que cette french touch dont on parle de plus en plus semble réellement revenir au goût du jour !


Paname

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res insolites, des cadeaux auxquels personne ne peut résister… Tous les secteurs y passent, qu’il s’agisse de vendre un produit, un service ou tout simplement de l’autopromotion. Reste à mettre en avant – les auteurs le soulignent dans la préface – que c’est souvent aussi une question d’esthétisme et de qualité graphique, tout simplement !

Astuces directes

En-têtes digitales

Titre : Direct Mail Marketing Design Éditeur : Rockport Graphisme : Sara Day et Poppy Evans Format : 23,5 x 31 cm Dos carré, collé 158 pages Illustrations en couleurs Version anglaise Prix : 325 F En vente en librairie et par VPC AD Sélection : 01 40 26 00 99

Titre : Letterheads Gone Digital Éditeur : Nippan Auteur : David E. Carter Graphisme : Suzanna M.W.Brown Format : 22,5 x 28,5 cm Dos carré, relié 184 pages Illustrations en couleurs Version anglaise Prix : 375 F En vente en librairie et par VPC AD Sélection : 01 40 26 00 99

De deux à cinq secondes : c’est le temps passé par un lecteur avant de se décider à ouvrir ou non un mailing sous enveloppe. Un temps estimé par les professionnels du marketing qui devrait faire réfléchir leurs confrères, créatifs et concepteurs-rédacteurs. Certains petits malins d’outre-Atlantique abusent des fausses confidences qui ne dupent plus personne : “Vous avez gagné 10  milliards” ou bien “C’est le fisc  !” Mais il existe aujourd’hui d’autres moyens qui seront malheureusement obsolètes une fois utilisés. Pour l’heure, “Direct Mail Marketing Design” offre aux créatifs concernés un éventail d’astuces graphiques censées retenir l’attention du lecteur ciblé : des couleurs vives, des tailles, des formes ou des matiè-

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Même si certains le contestent toujours, l’ordinateur a réellement modifié le graphisme. A commencer par la réalisation de cer taines tâches, i m ­p o s s i b l e s s a n s l ’ a i d e d e l a machine. L’auteur, David E. Carter, présente plus de 170 exemples d’entêtes de lettres conçues avec l’aide de l’ordinateur. Le livre se partage en chapitres spécifiques selon l’outil utilisé ou ses conséquences sur la création : manipulation d’images, dessin vectoriel, recours aux filtres, icônes, typographies numériques… Chaque exemple est accompagné d’une légende qui tend à expliquer le recours à l’outil informatique et éventuellement à le justifier. Un livre pratique à découvrir !


Une année aux States

Titre : Graphic Design USA The annual of the american institute of graphic arts Éditeur : AIGA HBI Auteur : Steven Heller, Sharyn O’Mara et Ellen Shapiro Graphisme : Beth Crowell, Cheung/ Crowell Design et Louise Fili, Fili Ltd Format : 30,5 x 19 cm Dos carré, relié 320 pages Version anglaise Prix : 595 F En vente en librairie et par VPC : AD Selection : 01 40 26 00 99 Comme chaque année, l’American Institute of Graphic Arts (AIGA), incontestablement l’une des institutions les plus influentes de la profession, étant également la plus ancienne aux ÉtatsUnis (créée en 1914), édite chaque année un recueil de quelques-unes des meilleures créations graphiques américaines. L’édition de chaque support coïncide également avec la nomination des primés de l’année, sorte d’hommage international de quelques graphistes américains ayant marqué la profession. Il s’agit cette année d’April Greiman et Louis Danziger, deux graphistes de renom. Tous deux bénéficient d’un chapitre-portrait, présentant l’ensemble de leur œuvre, le tout commenté par Sharyn O’Mara pour April Greiman, l’une des premières graphistes à adopter le Mac en 1984, et Steven Heller pour Louis Danziger, dans la foulée de Paul Rand. L’ouvrage se partage en plusieurs sections, chacune correspondant à une compétition ou à un hommage rendu par l’association  : un chapitre par “médaillé”, une section pour présenter la sélection de “Communication Graphics 19” et “50 books/50 covers”, qui rassemble les 50 meilleures couvertures. Reste à préciser que contrairement aux autres compilations-concours, les critères de sélection de l’AIGA permettent au jury de cette

année de sélectionner les travaux en tenant compte de nouvelles notions : la qualité et l’esthétisme bien sûr, mais également l’objectif, l’impact de ces créations sur la communication ou les ventes. Une philosophie qu’a toujours défendue l’association : faire en sorte que le design graphique soit plus connu et mieux compris par les commanditaires et le grand public, et faire en sorte que ce même public ou ces clients comprennent réellement le rôle de ces graphistes. Steven Heller, l’un des auteurs de cet ouvrage, est éditeur du journal de l’AIGA, journaliste pour “Print”, “ID”, “U&lc” et auteur de plus de soixante ouvrages sur la profession. Graphic Design USA privilégie le visuel (un par page en règle générale) et constitue indéniablement une formidable source d’inspiration pour tous les métiers des arts graphiques.

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c o n c o u r s

ma n ife s tati o n s

exp o s iti o n s

Jusqu’au 21 mai 1999

Les 26 et 27 mai 1999

Du 7 mai au 20 juin 1999

Concours de design

Internet World Expo

International Design’99

Advertising : The Persuader’s Art

Cette session s’intitule “State of affairs”. Plus de 150 pièces de mobilier, d’éclairage et de décoration de table, textiles et ustensiles de tous les jours seront exposés.

D & AD (le club des directeurs artistiques britanniques) s’est associé au National Museum of Photography Film and Television (NMPFT) pour fonder une galerie consacrée à l’univers de la publicité britannique. Première en son genre, cette collection entraînera le visiteur au-delà des belles images véhiculées par la pub afin de l’aider à comprendre sa nécessaire existence et son mode de fonctionnement. Le centre névralgique de l’Advertising : The Persuader’s Art est un totem vidéo en 3D interactif présentant l’élite de la création publicitaire : les lauréats du concours D & AD.

Le thème du concours biennal de design du groupe coréen LG Electronics : “Creating a New Age – User first design.” Le total des prix s’élève à 44 000 $. Si la date limite pour l’inscription est le 21 mai, les projets doivent être rendus avant le 16 juin. Fax : 00 82 2 630 36 47. E-mail : lgecompe@lge. co. kr

Jusqu’au 30 juillet 1999

European Design Annual 2000 L’European Design Annual est une combinaison unique entre un catalogue annuel et un concours. Les designers, directeurs artistiques et créatifs, illustrateurs, typographes et photographes de tous pays sont invités à soumettre leurs meilleurs travaux à un jury international. Les œuvres les plus créatives seront incluses dans le “ve European Design Annual”, publié en mai 2000. Des certificats d’excellence sont accordés à tous les lauréats, sans oublier les prix spéciaux (distinction de la création et site Internet). H u i t c a t é g o r i e s s o n t p ro g ra m mées  :  “Identités d’entreprises”, “Impression” (brochures, rapports annuels, en-têtes, calendriers, posters, menus…), “Publicité”, “Sites Internet”, “Cédéroms”, “Emballages”, “Signalisations” et “Autres”. Contacter Sarah Jameson. Fax : 00 44 127 372 72 69. E-mail : SarahJ@rotovision. com

Jusqu’au 31 août 1999

Visual Café Symantec lance un concours à destination des étudiants des universités et des grandes écoles. Le premier prix est un stage de 6 mois aux USA au sein de l’équipe de développement de Visual Café. L’enjeu du concours : créer, sur un site Web personnel, la meilleure application développée sous Visual Café, le logiciel de développement Java de Symantec. Renseignements : www. symantec. fr

Avec cent exposants sur 4 000  m 2 d’exposition, Internet World Expo a pour vocation de réunir ce qui se fait de mieux en matière d’Internet et d’éduquer la demande. A découvrir : six ateliers libres d’accès, plus de 100 sessions gratuites, des conférences, des tables rondes, des présentations. Différents thèmes seront abordés, comme le e-business, le droit et l’Internet, l’art de mettre en place et de promouvoir un site Web, les dernières technologies à découvrir… CNIT, Paris-La Défense.

Le 28 mai 1999

L’équerre et le compas Cette soirée réunit à chaque fois d’éminents professionnels qui se livrent à la critique des productions culturelles liées à l’architecture et à l’urbanisme. Le processus est le même que pour le cinéma, mais il est nouveau en architecture et en urbanisme. Le public retrouvera à 19 h 30, ce soir, François Chaslin, Frédéric Edelmann, JeanPierre Le Dantec, Francis Rambert, Hubert Tonka, et bien d’autres tout aussi prestigieux… A noter : la programmation du Tipi s’interrompt à l’automne pour préparer une formule renouvelée qui sera inaugurée à la réouverture du Centre Georges Pompidou en janvier 2000. Tipi du Centre Georges Pompidou, Paris 3 e .

Les 1er et 8 juin 1999

Reliures royales Après l’exposition, la BNF organise un cycle de conférences animées par Marie-Pierre Laffitte, conservateur général au département des manuscrits de la BNF. Le mardi 1 er juin, le thème est “Manuscrits de dédicace reliés pour François I er ”. Le mardi 8 juin, Marie-Pierre Laffitte abordera “L’organisation du travail des doreurs dans l’atelier de Fontainebleau sous François Ier”.

Du 27 au 30 mai 1999

Livre ancien Pour sa onzième édition, la Foire internationale du livre ancien (FILA) ouvre sa bibliothèque de plus de 20 000 volumes. La FILA est l’occasion de découvrir les secrets d’un “recueil factice”, d’un “livre truffé”, ou de “Curiosa”. Cette année, la bibliothèque municipale de Reims présentera ses trésors : manuscrits antérieurs au xve siècle, incunables, éditions originales de comédies de Molière… Mais aussi un fonds iconographique de près de 65 000 documents (estampes, dessins, cartes, photographies anciennes, cartes postales) sur Reims et la Champagne.

Du 2 au 6 juin 1999

Fespa’99 Derrière le thème “Image du futur”, ce salon présentera des innovations. Quelques sujets de conférences : “Les données environnementales pour les imprimeurs numériques”, “Analyse du marché européen en 1999 et prévisions technologiques” et “Nouvelles technologies : ce n’est pas ce que vous avez, c’est ce que vous en faites”. Les conférences sont animées par des spécialistes de l’impression numérique. Messe, Munich, Allemagne.

Du 18 juin au 4 juillet 1999

Le Printemps de Cahors

François Lecœur, professeur et traducteur, évoquera les caractéristiques de la langue écrite et de son évolution, des idéogrammes empruntés au Chinois et des deux syllabaires purement japonais. Galerie Séguier, Paris 6e.

Ville de Cahors.

Bibliothèque nationale de France, Paris 2e .

La langue japonaise

NMPFT, Pictureville Bradford, G.-B.

Maison de la Mutualité, Paris 5 e .

Bien que tourné vers l’art contemporain, le Printemps de Cahors mérite malgré tout que l’on s’y arrête. Exposition majeure de cette neuvième édition :  “EXTRAetORDINAIRE” réunit dix-neuf projets et examine le processus de création par rapport au réel, à l’ordinaire, au quotidien. Autour de l’invité d’honneur, Lou Reed, de très nombreux “artistes” et créatifs produiront leurs œuvres sur les différents sites de la ville de Cahors. Entre expositions Inside, présentations Outside et parcours de Nuits Blanches, Cahors mène la danse ce début d’été.

Le 15 juin 1999

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International Design Centre, Berlin, Allemagne.

A partir du 2 mai 1999

Du 25 mai au 15 juin 1999

Conectic Kitchen La photographe Nadia Rabhi et son association Conectic Kitchen organisent une expo “photocopique”. Au programme, des travaux photographiques retravaillés à la photocopieuse, au Letraset, dans un esprit plutôt destroy. Associées au travail des VJ (video jockey) qui les projetteront au rythme des DJ, ces images représentent un nouveau champ d’exploration créative. Underworld Café, Paris 11 e .

Du 11 au 20 juin 1999

Book of Silk Graphistes établis et étudiants s’étaient retrouvés autour du concours organisé par le papetier Zanders : Book of Silk. Le tout nouveau papier Chromolux Xtra silk leur servait de matière première. Les résultats donnés, les lauréats sont aujourd’hui exposés dans un tour d’Europe qui a commencé fin avril à Berlin et s’achèvera en décembre à Berne, en Suisse. Soixante compositions graphiques sont donc présentées au public le plus large possible. A noter – mais on en reparlera –, Book of Silk passera à Paris fin juin. Literaturhaus, Munich, Allemagne.


Galerie Beaubourg, Vence.

Jusqu’au 23 mai 1999

Exposition kiosque Après la disparition de “Pilote”, “Métal Hurlant”, “Charlie Mensuel”, “A Suivre”…, que reste-t-il des revues de BD ? Telle est la problématique de cette exposition. Car si les kiosques sont quasi orphelins de BD (il reste “Fluide Glacial” et “Psikopat”, ou “Jade et Ferraille”), ils masquent le foisonnement des publications périodiques de structures indépendantes. Depuis dix ans, de nombreuses revues ont vu le jour, chacune portant un projet éditorial fort : “Lapin”, “Frigo box”, “Ego Comme X”, “Cheval sans tête”, ”Fusée“… L’occasion de les (re)découvrir. L’Athanor, Albi.

Jusqu’au 24 mai 1999

Marc Borgers Typografica s’ouvre de nouveau au design graphique, en présentant le travail de Marc Borgers. Ce graphiste explore de nouvelles possibilités de communication, de nouvelles images. Les visiteurs peuvent découvrir une fresque géante sur bâche (7 m x 2,50 m en numérique) réalisée pour l’exposition, mais également des peintures sur toile jamais exposées auparavant et ses travaux graphiques de commandes pour l’institutionnel et le privé (affiches, magazine, PLV…). Typografica, Bruxelles, Belgique.

dont les tailles pourront varier considérablement, jouant sur les échelles et les disproportions. Au gré de l’exposition, Francis Laharrague invite le visiteur à découvrir le travail de Michel Bouvet avec lequel il collabore à la réalisation d’affiches intégrant ses photos d’objets. ACB, Bar-le-Duc.

Jusqu’au 6 juin 1999

Pirosmani Dans le cadre du jumelage entre les villes de Nantes et de Tbilissi, le musée des Beaux-Arts de Nantes propose la redécouverte du peintre géorgien Pirosmani. Riche d’une culture livresque, autodidacte, personnage hédoniste et surtout farouchement indépendant, Pirosmani a produit énormément, mais seuls 200 tableaux nous sont parvenus. Sa vision de la réalité n’est jamais anecdotique mais toujours synthétique. Le principe qui le guide en tout est un principe d’économie jusque dans le choix de ses coloris d’une palette restreinte où domine le noir, le blanc qui laisse transparaître le fond noir de la toile cirée, les tons froids, bleus et verts profonds, parfois réchauffés de jaune et de rouge. Musée des Beaux-Arts, Nantes.

Jusqu’au 13 juin 1999

Rétrospective/Perspectives 1 Cette manifestation, à laquelle Arc en Rêve s’associe, marque le lancement de l’agence du Passant. Cette structure a pour objectif de promouvoir la photographie. Quatre photographes sont exposés : Vincent Gire, Pierre Bidart, Christophe Goussard et Nicolas Lavalade. Le thème choisi pour cette exposition reprend une des préoccupations majeures de leur travail : un regard sur l’homme dans son environnement (milieu urbain/rural, français/ international). Une place est accordée aux nouvelles technologies.

Jusqu’au 20 juin 1999

Paris au xviiie siècle Quelques années avant la Révolution, l’écrivain Louis Sébastien Mercier sillonne les rues de Paris. De ses notes accumulées pendant trente ans, il fera un ouvrage en douze volumes “Le Tableau de Paris”. A l’occasion de cette exposition, une soixantaine d’extraits de ce livre sont accompagnés d’une abondante iconographie : on y trouve des dessins de Béricourt, de Lespinasse ou de Naudet, des planches de “cris de Paris”, des gravures de mœurs et des caricatures. Des enseignes sont également exposées ainsi que des affiches, des factures, des ordonnances de police, des pro-

cès-verbaux, des registres des hôpitaux ou des enfants trouvés… Musée Carnavalet, Paris 3 e.

Jusqu’au 11 juillet 1999

Diplômes 98 Depuis neuf ans, l’École nationale supérieure des beaux-arts présente chaque année une exposition collective des travaux d’élèves ayant obtenu leur diplôme national supérieur d’arts plastiques avec les félicitations du jury. École nationale supérieure des beaux-arts, Paris 6 e .

Du 12 au 22 mai 1999

Lewis Moberly Après une conférence de Mary Lewis le 11 mai à 17 h 00, le cabinet Lewis Moberly organise une exposition en l’honneur de l’ouverture de son bureau parisien, dirigé par Patrice Civanyan. Du champagne aux jus de fruits, des parfums aux sacs poubelles, en passant par les appareils jetables et les préservatifs, les créations de Lewis Moberly injectent du sens et de l’émotion dans les produits de la vie courante. L’objectif de ce cabinet-conseil, classé en tête du palmarès créatif à Londres pour le design des marques et des produits, est de rendre l’ordinaire extraordinaire. Fondé en 1984 par Robert Moberly et Mary Lewis, Lewis Moberly a reçu 180 prix internationaux. British Council, Paris 7 e .

Arc en Rêve, Bordeaux.

Jusqu’au 29 mai 1999

Laharrague/Bouvet Depuis plusieurs années, Francis Laharrague photographie des objets de toutes espèces. Saisis sans effet spécial apparent, on les découvre simples, lumineux, évidents. Un objet ordinaire (une clef, un casse-noix, une valise…) devient un élément poétique, voire quasi hyperréaliste. L’exposition met en scène des tirages photographiques sur des supports différents et

Jusqu’au 19 juin 1999

Des monstres Béatrice Cussol dessine chaque jour, généralement des personnages qu’elle veut la représentation de nous-mêmes et du monde. A quoi ressemblent-ils ? A des êtres flottants, amputés, divers, à des monstres de la nature, à de méchantes petites filles, à des séviciés heureux, à des aristocrates violeurs et autres femmes-araignées…

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