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EDITORIAL

Jappons encore… Par Xavier Libbrecht

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appeloup à la « Une » de L’Eperon. Pierre Durand et son cheval mythique « revisités » vingt-cinq ans après leur succès olympique à Séoul (1988), au travers d’un film qui doit beaucoup à l’interprétation – dans tous les sens du terme – de Guillaume Canet qui sortira le 13 mars 2013, voilà « mon premier ». L’autobiographie publiée chez Michel Lafon que signe cette fois l’ancien champion à cinquante-six ans constitue « mon second ». Jappeloupmania mon tout ? A nos yeux, la cristallisation qui semble s’opérer autour du couple en passe de devenir désormais une vraie légende n’est pas aussi anecdotique que cela. Un quart de siècle, c’est peu et beaucoup à la fois… Cela confère de l’épaisseur au fait, au phénomène, à l’événement quels qu’ils soient ou, à l’inverse, cela peut conduire, chassés par d’autres, à les banaliser, à les effacer des mémoires. Question toute relative d’importance, de situation, d’attente de la société, de repères, d’évolution, de vacuité de l’époque…

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urieuse cette coïncidence qui veut que l’ont ait jamais autant parlé, en France, de la dernière médaille d’or individuelle olympique en équitation, et en saut d’obstacles en particulier, que l’année où la XXXe olympiade s’annonçait pleine de promesses! Et s’avérait, au final, si décevante ! Précisons au cas où… que cette concordance n’est en rien opportuniste : les premiers tournages du film produit par Pascal Judelewicz et réalisé par Christian Duguay avaient commencé bien avant… Etonnant hasard du calendrier qui veut que l’on reparle de Pierre Durand, aujourd’hui président du Conseil d’administration de l’INSEP (Institut national du sport et de l’éducation physique), alors que Serge Lecomte, qui fut son adversaire le plus coriace à l’époque, se représente, lui, à sa propre succession, à la présidence de la Fédération française d’équitation. Le seul ! A l’époque (1993-1998), le jeune champion olympique avait obtenu avec facilité les rênes de l’avenir de l’équitation. Il n’avait que trente-sept ans. Et puis il capitula, après cinq années de pouvoir, en plein mandat, poussé dehors par celui qui n’était alors que le président de la DNEP (Délégation nationale à l’équitation sur poney) et son entourage. Une époque qu’il considère comme avoir été « une expérience fédérale d’une rare violence ». Il assure : « Je n’ai pas été mis en difficulté sur les résultats de mon action, mais sur mon projet. Un projet où le sport n’est pas un pur produit de consommation. Pour ceux qui voyaient une menace pesant sur leur système, fait de prébendes et de sanctions, je suis devenu dangereux et il fallait me mettre hors d’état de nuire (…) ». Et un peu plus loin d’ajouter : « Quelle frustration de ne pas avoir pu donner à la Fédération des statuts véritablement démocratiques, plus protecteurs des sports équestres que ceux concédés après mon départ volontaire (…). » Ceux qui permettent à Serge Lecomte d’être réélu, sans forcer son talent, à coups de milliers de clics de clubs, via internet. Foin du débat, d’une quelconque opposition. Ce jeudi 6 décembre est celui du plébiscite. Les chiens jappent au loup… La caravane passe !

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e ne sera que pour un deuxième mandat « plein » puisque le premier n’avait commencé officiellement que le 7 décembre 2006

après une mise sous tutelle de la Fédération exercée par un administrateur judiciaire qui avait duré peu ou prou, deux ans. Toutefois six ans de présidence sans opposition auxquels vont s’ajouter les quatre années de ce nouveau mandat feront au total dix ans d’affilée : c’est ce qui s’appelle un règne. Et l’on peut même considérer, comme nous venons de le voir, que Serge Lecomte est « à la Fédération » depuis bien davantage…

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la suite du départ de Pierre Durand, et après une période de transition, c’est Jacqueline Reverdy qui préside aux destinées de la FFE. Jusqu’en 2004 où elle tombera bientôt à son tour sous les coups de boutoirs de Serge Lecomte et de son factotum Pascal Mary. C’est l’époque des « changements de statuts » rédigés et approuvés pendant la douloureuse période de « mise sous tutelle » de la Fédération assurée par un mandataire judiciaire… De ces textes fondamentaux, de leur conséquence, la communauté concernée se fichait peu ou prou. Combien de fois n’avions-nous alerté de leur importance, dans ces colonnes ? C’est qu’ils induisaient le pouvoir par les clubs et pour les clubs, comme taillé sur mesure pour celui qui, depuis plus de dix ans déjà à la tête du mouvement poney (le PCF devenu DNEP), avait bataillé pour voir sa vision du développement de l’équitation prendre forme. Au moins, en 2006, après la déroute des championnats du monde d’Aix la Chapelle (JEM), y avait-il eu un autre candidat : Francis Delattre, le député-maire de Franconville qui n’a jamais caché son intérêt pour la cause équestre et une ambition sportive avérée. Battu.

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epuis ? Plus personne ne s’est risqué à apporter la contradiction au patron de la FFE en dépit des échecs sportifs répétés aux Jeux. Hongkong (2008), Londres (2012). Ni même de s’intéresser aux fondements de ce renvoi du président de la Fédération française d'équitation Serge Lecomte auprès du tribunal correctionnel pour prise illégale d’intérêt, en l’occurrence avoir financé, à hauteur de 2 600 000 e, le Groupement hippique national qui est au service des clubs, lesquels sont le plus souvent des sociétés commerciales, sur les fonds de la Fédération qui est, elle, abondée par les licenciés. Joyeux mélange des genres s’il en est. Pas vu, pas pris. Rattrapé sur le tard… Soit, l’eau aura coulé sous les ponts. La chance là encore tourne en faveur du nouvel élu : jugement reporté en janvier prochain. En choisissant dès l’été de maintenir les élections à la date de l’AG ordinaire de début décembre et non de les repousser jusqu’à la fin mars 2013 comme les statuts le permettent, le bureau de la Fédération a limité encore davantage le risque qu’un mouvement d’opposition se forme, dessine un projet et trouve un leader pour l’incarner… Sur ce plan toutefois il convient d’admettre que les « profils » ne sont pas légion. L’Eperon a cherché un peu, tenté de provoquer des vocations… Réveiller quelques consciences (voir page 42). Las, aujourd’hui Serge Lecomte n’a personne d’autre à craindre que lui-même. L’équitation française aussi.

« Foin du débat, d'une

quelconque opposition.

Ce jeudi 6 décembre

est celui du plébiscite. Les chiens jappent au loup... La caravane passe ! »

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L’EPERON SOMMAIRE N° 329 décembre 2012 - janvier 2013 Photo de couverture : Guillaume Canet sur une copie d'un obstacle des JO de Séoul reproduit dans le stade olympique de Séville, en selle sur Incello. Il porte le dossard n°283. Ph. LdD En médaillon, la couverture de L'EPERON lors de la victoire de Pierre Durand à Séoul en 1988.

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POLITIQUE

Début décembre, les élections à la présidence de la Fédération française d’équitation, auxquelles Serge Lecomte est seul candidat, se tiendront pendant l’assemblée générale. L’EPERON est parti en quête de « profils » Quant à Jean-Pierre Digard, directeur de recherche au CNRS, il revient sur la prospective, qu’il trouve inachevée, de la filière équine française à l’horizon 2030.

50 JAPPELOUP, LE FILM

Ph. Coll.

L’EPERON consacre huit pages au film Jappeloup qui sortira en mars 2013. L’occasion d’interviewer Guillaume Canet, scénariste du film et interprète de Pierre Durand. Sans oublier les témoignages du réalisateur Christian Duguay et de Frédéric Cottier (responsable jumping, chef de piste et coach de Guillaume Canet). Secrets de tournage.

86 SA MAJESTÉ NINO

3 EDITO 9 L'HOMME DE L'ANNÉE 15 SALON DU CHEVAL DE PARIS 16 COURRIER 22 MODE 28 ACTUALITÉS 50 REPORTAGE 62 SPORT JAPPELOUP LE FILM

CCI4* DE PAU, EQUITA'LYON, LE FRENCH TOUR, FUTURES COUPES DES NATIONS, LE GRAND NATIONAL 2013

101 AMIENS ET LE

119 MÉTIERS DE

Haut lieu historique de la préfecture de la Somme, le magnifique cirque Jules Verne, conçu par le célèbre auteur, accueille jusqu’en mai 2013, des créations autour du cheval. A voir.

Dossier de cinq pages sur les professions liées à la santé. Décryptage, enquête et témoignages au cœur de la réglementation et des filières de formation, afin d’en savoir plus sur les métiers de la santé du cheval.

CIRQUE

Ph. Scoopdyga

Médaille d’or en individuel aux derniers Jeux olympiques, Nino des Buissonnets est le fruit d’une des plus anciennes souches françaises. Dans son étude Jean Delannoy est même peut-être remonté jusqu’aux chevaux de la reine Marie-Antoinette !

82 REPORTAGE ELEVAGE FONT NOIRE ET FIGNOLS, L'ÉLEVAGE D'ENDURANCE

86 ETUDE 95 ENQUÊTE

NINO DES BUISSONNETS LA FILIÈRE ÉQUINE FRANÇAISE À L'HORIZON 2030

101 DÉCOUVERTE 104 TECHNIQUE 107 SANTÉ

LE CHEVAL AU CIRQUE D'AMIENS LES NOUVEAUX FONDAMENTAUX - 7

LA SANTÉ

111 ENTREPRISE 115 ENQUÊTE DESTRIER

LES CENT PREMIÈRES ENTREPRISES DE LA FILIÈRE

119 DOSSIER 128 PETITES ANNONCES 147 GAZETTE

FORMATIONS AUX MÉTIERS DE LA SANTÉ

D'AUTRES INFORMATIONS, INTERNATIONALES NATIONALES, RÉGIONALES ET LE PROGRAMME

LES INJECTIONS INTRA-ARTICULAIRES

Les opinions émises dans la revue n’engagent que leurs auteurs. Les indications éventuelles de marques, les adresses, les prix figurant dans les pages rédactionnelles, sont soumis à titre d’information. La reproduction des textes et illustrations imprimés dans ce numéro est interdite pour tous pays. La rédaction n'est pas tenue de retourner manuscrits, illustrations et photos.

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Jessica Michel HOMME DE L’ANNEE DE L’EPERON

l’enseigne du Haras de Hus Elles sont presque 80% de licenciées en France, beaucoup moins au haut niveau et très peu parmi les Hommes de l’Année de L’EPERON. Pour cette mise à l’honneur, Jessica Michel succède à Marie-Christine Duroy (1995), Alexandra Ledermann (1999) et Eugénie Angot (2006). Toutes trois étaient devenues Homme de l’Année pour leurs exploits sportifs, la première en complet, les deux suivantes en saut d’obstacles, Jessica Michel l’est au titre de la valorisation des chevaux du Haras de Hus, une catégorie qui n’avait encore jamais bénéficié de cet éclairage.

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e ne peux pas me lâcher trop sur la musique, car j’ai encore besoin de me concentrer sur la technique, contrairement à mes trois voisines », déclarait avec modestie Jessica Michel lors de la conférence de presse qui suivait la RLM du CDI 5* de Lyon auquel elle participait pour la première fois. Isabelle Judet venait de faire part du plaisir qu’elle éprouvait à juger ce niveau d’épreuve, où chaque reprise est un petit spectacle pendant lequel on oublie la technique nécessaire pour le donner. Les voisines de Jessica étaient Kristina Sprehe, Valentina Truppa et la vainqueur, Adelinde Cornelissen qui regardait la Française avec un sourire de sympathique découverte. Car il n’est pas arrivé souvent aux deux cavalières, chacune tête de liste en son pays, de se retrouver ainsi côte à côte. La popularité dont la cavalière du Haras du Hus bénéficie désormais en France et l’attention que lui a portée la « grande » presse (quatre pleines pages dans L’Equipe) tendrait à faire oublier que son ascension au firmament national a été ultra rapide et qu’elle est très récente. L’an dernier à la même époque, Jessica Michel et RIWERA DE HUS n’avaient tourné qu’un Grand Prix international, à Saumur. Depuis, elles ont enchaîné la course victorieuse à la qualification pour les Jeux, les Jeux eux-mêmes avec un résultat conforme aux attentes, leur premier titre en championnat Elite et cette première participation en Coupe du Monde, à Lyon, qui cette année bénéficiait d’un plateau particulièrement relevé. Cette réussite est indissociable de l’équipe avec laquelle elle travaille, dont un entraînement régulier avec Hans Heinrich Meyer zu Strohen, et surtout de l’investissement tant financier que mental que Xavier Marie a fait sur elle. Et s’il avait bien dans l’idée que RIWERA irait aux Jeux, au tout début de l’histoire Xavier Marie avait surtout besoin d’un responsable pour son écurie de dressage et pour valoriser les jeunes chevaux qu’il achetait et qu’il allait faire naître et élever. Avant de commencer au Haras de Hus en 2006, Jessica Michel avait surtout fait carrière à poney, en complet essentiellement chez Laetitia Behrendt, et n’avait monté que les chevaux de dressage de Philippe Limousin et Laurence Sautet lors de sa formation d’instructeur à l’ENE. Bien avant cette année 2012, Jessica Michel était donc déjà connue du milieu de l’élevage avec des victoires et autres médailles à Saumur dès 2006, une de bronze aux championnats du monde à Verden en 2007 jusqu’au feu d’artifice de 2011 avec cinq victoires en jeunes chevaux et deux en championnats de France.

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HOMME DE L’ANNEE DE L’EPERON Avant d’être la cavalière, dont la belle équitation est appréciée des juges internationaux et par certains de ses presque pairs (notamment par le cavalier qu’elle aime tant, Carl Hester), la première fonction de Jessica Michel, et celle dans laquelle elle a déjà très bien réussi est la valorisation des jeunes chevaux. Bien sûr, monter en nombre les très bons et parfois excellents chevaux dont Xavier Marie dote le Haras de Hus facilite une progression rapide surtout avec un appui technique régulier. Mais il est évident que si la cavalière n’avait pas répondu aux attentes de l’homme d’affaires, la responsabilité de la section dressage du Haras aurait changé de main rapidement. A l’élégance de son équitation et à son talent, Jessica Michel, consciente du chemin parcouru mais surtout de celui qui reste à parcourir, ajoute la réflexion sur son travail avec chacun de ses chevaux et, tout le monde le dit, c’est une bosseuse. Si elle ne se lâche pas encore sur la musique de sa RLM, qu’elle n’a que peu tournée, Jessica Michel commence en revanche à le faire

Science et techniques Le RESPE,

un outil pertinent au service de la filière

Vétérinaire de formation, Christèle Pitel (quarante-deux ans) est la directrice du RESPE (Réseau d’épidémio-surveillance en pathologie équine) basé depuis un an dans les locaux de la Maison du Cheval à Caen. Créé en 1999, le RESPE fonctionne sous forme associative (loi 1901) avec trois salariés depuis avril 2008 et s’appuie sur quatre cents vétérinaires sentinelles qui traitent les alertes présentant une contagiosité importante. Le dispositif RESPE couvre des missions de veille sanitaire et s’attache à développer un réseau de compétences scientifiques pour collecter, traiter et diffuser rapidement des informations épidémiologiques et au be-

RESPE est pleinement justifié si l’on en croit l’augmentation significative du nombre de vétérinaires sentinelles qui l’animent (150 en 2008), les 400 alertes diffusées en 2011 et les 500 connexions quotidiennes sur www.respe.net. Le modèle du RESPE fait des émules en Europe... et même aux Etats-Unis.   Eric FOURNIER

Yves Berlioz ne se monte pas le bourrichon et continuera d’élever comme il l’a toujours fait, faisant confiance avant tout à son instinct. Un « instinct » qui lui avait déjà permis de faire naître d’autres bons chevaux comme Réflex du Sapin (ancien affixe), champion d’Italie, Didi du Sapin, ISO 164/01 avec Th. Pomel, Bamako Louvo, 2e à l’approbation des étalons en Hollande, Basir Louvo, CCI avec Gilles Viricel, Quatro Louvo, médaillé de bronze aux championnats du Maroc cette année, et de débusquer quelques bons poulains revendus à quatre ans, tels Auletto, Roi de la Fage, Un d’Escla...  E. JEANGIRARD

Eleveur Yves Berlioz « Merci ! Mais ne vaudrait-il pas mieux nommer le naisseur de Nino des Buissonnets… ? », fut le réflexe d’Yves Berlioz à l’annonce de sa nomination dans notre catégorie éleveurs. Eleveur du cheval médaillé d’or en saut d’obstacles individuel, Jean-

Ph. E. Jeangirard

Les nominés

à pied, un peu libérée de cette timidité qui la faisait passer pour distante et de la pression qu’elle gère mieux. Toujours disponible pour les interviews, hyper active sur les réseaux sociaux, à l’aise devant le public qu’elle aime faire participer à sa joie, jeune, jolie, désormais souriante et s’exprimant bien, sans jamais oublier de renvoyer l’ascenseur à ceux qui l’aident, au point même de garder pour une TV son casque Samshield vissé sur la tête, Jessica a la faveur des médias et se comporte en professionnelle accomplie avec, pour clore le tout mais c’est l’essentiel de son métier, l’équilibre économique de la section dressage du Haras de Hus, ce qui en France n’est pas si facile. Cette réussite, dans une discipline où le commerce français est davantage orienté vers l’importation de chevaux allemands et hollandais, a incité L’Eperon à la nominer en Valorisation-Commerce. Puis, parmi les nominés, le choix s’est porté sur elle pour L’Homme de l’année.  Marie-Hélène MERLIN

Nicolas Andreani

L’année avait pourtant mal commencé pour Nicolas Andreani. Une blessure au genou et pas de finale Coupe du monde. Le voltigeur s’est depuis rattrapé avec un titre de champion du monde en France devant son public au Mans. « Peut-être ma meilleure saison, expliquet-il. J’ai réussi le Grand Chelem, c’est-àdire gagner toutes les compétitions auxquelles j’ai participé. » Une consécration pour une carrière jalonnée de titres (France, Europe, Monde…). Déclenchant l’émotion à chacune de ses p restations, celle du Mime Marceau, du Soldat à la guerre ou dernièrement Le peintre, cha-

soin alerter les autorités sanitaires et les opérateurs de la filière. Au sein d’une cellule dédiée, il gère et coordonne les crises sanitaires. Le travail de terrain du RESPE est de plus en plus reconnu, notamment au niveau de la Fédération, mais la reconnaissance du ministère de l’Agriculture tarde. Ainsi le RESPE n’a pas de pouvoir de police et ne peut diffuser que des préconisations. Son budget annuel est de l’ordre de 300 000 €. Il fonctionne avec des fonds publics et privés, et les cotisations de vingt-six membres (des personnes morales). Sa situation financière n’est pas tout à fait pérenne, alors même que l’outil

Luc Deroubaix méritait effectivement les honneurs, et tous ont une pensée pour lui, mais il est malheureusement décédé. C’est bien Yves Berlioz, naisseur dans le Calvados de l’autre Selle Français médaillé d’or lors de ces JO, que nous avons choisi ! Médaille d’or par équipes et de bronze en individuel en concours complet sous la selle de l’Allemande Sandra Auffarth, son Opgun Louvo (Shogoun II et Vanille du Tertre par J’T’Adore) avait déjà été couronné (or par équipes et argent en individuel) lors des championnats d’Europe en 2011. A la tête, avec son épouse Elisabeth, sœur de Denis Brohier (élevage « Tame »),

Ph. Aline Gadin

Ph. E. Fournier

du poney-club « des Louveaux » au MollayLittry, Yves Berlioz possède une dizaine de poulinières Selle Français et trois Pursang. « Se rapprocher toujours du sang ! », tel est le credo de cet éleveur également cavalier. « Beaucoup en parlent, moi je le fais », dit-il. Son épouse ayant hérité d’une jument de l’élevage familial, la fameuse souche de Ma Pomme, sur laquelle Nino des Buissonnets est inbred, côtoie celle d’Opgun. L’élevage des Louveaux possède donc en son sein les souches des deux chevaux français médaillés d’or à Londres ! Mais

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REPORTAGE JAPPELOUP LE FILM

« Monter le même parcours c’était surréaliste » Jappeloup et Pierre Durand, une légende, un couple mythique, qui quatre ans après la terrible déconvenue des Jeux de Los Angeles atteint le graal, l’or olympique, à Séoul en 1988. Une performance que, depuis, aucun autre Français n’a égalée. Mais au-delà de l’histoire du petit cheval noir, au-delà du parcours sportif fait de hauts et de bas, c’est une aventure humaine que retrace ce film « librement adapté » du parcours de Pierre Durand et qui sortira le 13 mars prochain sur grand écran. Les décors, l’ambiance, tout a été fait pour que la plongée dans l’univers équestre des années 80 soit complète avec en plus des plans incroyables en concours qui permettent une triple dimension, celle du cheval, celle du cavalier et celle des proches en bord de piste. Réalisé par le Canadien Christian Duguay, qui fut lui-même cavalier de saut d’obstacles, porté par un casting prestigieux, Jappeloup doit beaucoup à Guillaume Canet, scénariste, acteur et surtout cavalier.

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qu’à Séoul,

REPORTAGE JAPPELOUP LE FILM

Guillaume Canet A Page de gauche, Guillaume Canet, Daniel Auteuil et Marina Hands. Ph. J. Prébois. Ci-dessus, Guillaume Canet sur un des gros obstacles du parcours de Séoul reconstitué. Ph. E. Jacobson-Roques Ci-contre, Pierre Durand porté par l’allégresse générale après sa médaille d’or olympique dans le stade de Kwachon. Ph. X. Libbrecht

lors qu’il tourne actuellement « En solitaire » ,un film de Christophe Offenstein qui a pour cadre le Vendée Globe, Guillaume Canet nous reçoit dans un restaurant de Saint Germain des Prés. Acteur et réalisateur à succès, cumulant les millions d’entrées, il a gardé dans le regard la mémoire de ses années passées dans les écuries et sur les terrains de concours et de l’intensité des liens qui se créent autour du cheval… Une simplicité aussi, d’être, de vivre, de monter et de parler de son film Comment êtes-vous arrivé dans cette aventure ?

J’avais entendu parler du film depuis longtemps, et quand le producteur est venu vers moi, je lui ai signifié que le film m’intéressait à deux conditions : que je puisse réécrire le scénario et que je fasse tout moi-même, que ce soit moi qui monte, qui saute. C’est toujours délicat pour des questions

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Endurance: les nouveaux Le palmarès 2012 de l’endurance a confirmé la valeur montante de deux jeunes élevages languedociens, les domaines de Fignols et Font Noire. Réunis autour du même couple de cavaliers – Cécile (ex Miletto) et Laurent Mosti – Cathy Heiliger et Emile Munoz, comme Catherine et Jacques Faure, ont partagé avec eux les joies de la victoire, l’espoir des sélections et les terribles coups de la vie. Avec la passion en toile de fond, ils ont trouvé leur place dans la saga de l’endurance en recevant le savoir-faire des pionniers, et s’appliquent à faire fructifier l’héritage. LOZERE 48

RODEZ

Florac

Pont-de-Salars

AVEYRON 12

Millau

Le Vigan

Fignols

Font Noire

Lodève

MONTPELLIER HERAULT 34 Pézenas

Bédarieux Anglès

St-Chinian

Béziers

Sète Agde

Narbonne Valras-Plage

CARCASSONNE

Narbonne-Plage

A

l’instar des vignobles du Languedoc où la qualité est devenue un tel mot d’ordre que certains domaines rivalisent aujourd’hui avec le meilleur du Bordelais, l’élevage équin du pourtour méditerranéen s’émancipe de la production de masse pour produire des élites. Le souffle est venu des montagnes voisines. Une première génération d’hommes a fait naître dans les Cévennes l’élevage destiné à l’endurance. Une trentaine d’années plus tard, la deuxième génération se féminise avec deux Catherine, l’une, Heiliger-Munoz, native de la région, l’autre, Faure, arrivée après un mauvais coup de la vie. Nos catherinettes ne sont pas parties seules dans l’aventure endurance, leurs époux Jacques et Emile s’y donnent également à fond. Les deux couples ont organisé leur vie autour de leurs chevaux en cultivant des valeurs similaires, respectueux de l’environnement sans militantisme forcené. Distant d’une quarantaine de kilomètres, les deux élevages ne manquent pas de points communs, mais chacun reste marqué par la personnalité forte de ses animateurs.

d’autres mariages où le terroir est tout aussi présent, mais les cépages font place à la génétique. L’attirance pour le cheval a saisi Catherine dès son enfance, mais il lui a fallu attendre ses dix-neuf ans et ses premiers émoluments de l’Ecole normale d’institutrice pour s’offrir un modeste cheval avec qui elle se balade dans sa Bourgogne natale. Puis elle a suivi son mari, en poste au centre spatial de Kourou, en Guyane française. Huit ans de vie heureuse tragiquement interrompus par un accident de la route où son mari trouve la mort. Veuve avec deux jeunes enfants, Emilie et Jonathan Lambert (nom de son premier mari), elle est prioritaire pour choisir un lieu de mutation et opte pour le sud de la France en 1987. Après Amélie-les-Bains sur les hauteurs des Pyrénées orientales, elle se rapproche de Montpellier où des amis communs lui font rencontrer Jacques Faure avec qui elle reconstruit une famille. Son cheval et celui d’Emilie trouvent leur place à côté de la moto de Jacques dans la propriété au bout du chemin Carbonnière à Montarnaud en 1992. On ne parle pas encore d’endurance, mais ça ne va pas tarder car une cavalière qui pratique cette discipline, Marie Vialle, est installée dans la même commune et persuade Emilie de s’engager dans une course qui se déroule dans un village voisin. Emilie Lambert fait ses débuts avec le brave ODIN, un cheval de type espagnol sans origine qui a fini sa vie à trente ans l’été dernier chez les Faure. Huit ans plus tard, en 2003, elle reviendra des championnats d’Europe de Punchestown (Irl) avec l’or par équipes et l’argent individuel associée à GOURBI, un fils d’ARQUES PERSPEX. Car toute la famille a mordu à l’hameçon endurance ! Motard et pas du tout cavalier, Jacques Faure décide de s’informer auprès d’un compétiteur de renom

en la personne de Denis Pesce, multimédaillé en équipe de France et plusieurs fois vainqueur de Florac. C’est ainsi qu’il arrive à l’élevage du regretté Yannick Vassas, un des précurseurs de l’élevage endurance dans le Causse Noir. En achetant un lot de six chevaux entre six mois et six ans, l’élevage de Font Noire va y trouver ses souches, et Emilie Lambert son crack, GOURBI, qui lancera sa carrière de cavalière d’endurance. Peu à peu, Font Noire Endurance se structure. Autour de la maison, les animaux familiers, poules, chiens, chats, apprennent à composer avec les che-

Font Noire fait sa place au soleil En laissant filer l’autoroute Occitane vers l’Espagne, tout juste passé Montpellier, l’A75 revient vers ces fameux Causses, terroir de prédilection des chevaux d’endurance. Avant de retrouver ces paysages, l’agglomération de Montpellier s’étire jusqu’aux premiers massifs boisés où la vigne sait faire son nid. Sur le terroir d’Aniane, près de la vallée de l’Hérault et du beau village de St Guilhem le Désert, Aimé Guibert au mas de Daumas Gassac a été l’un des premiers viticulteurs à bousculer les règles des AOC pour faire ressortir le meilleur du mariage entre des sols d’exception et les cépages. De l’autre côté des collines, à Montarnaud, Catherine et Jacques Faure s’appliquent à

L'étalon Karesi, de pure lignée arabe russe, rapporte les courants de sang qui ont si bien réussi en endurance avec Persik et apporte de la taille.

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grands crus

ELEVAGE Font Noire, Fignols

Catherine et Jacques Faure ont créé l'élevage de Font Noire en s'appuyant sur des lignées sélectionnées comme celle de Mobrouka dont la fille Medjana (ci-dessous) leur a donné Easy Font Noire, et d'autres juments représentant les meilleurs courants de sang présents dans les trois fils de Karesi : Barracuda (bai), Lakshmir (gris) et Ziggy (alezan), cicontre. Photos J.-L. P.

vaux. Les six hectares attenants se divisent en parcelles où se répartissent les petits groupes par âge et sexe. Cinquante hectares en location les complètent dans un rayon de quelques kilomètres entre Montarnaud et la Boissière où Emilie Lambert s’est installée il y a trois ans. A l’écurie de compétition s’ajoute le centre de reproduction où elle gère les étalons de Font Noire et fait de la mise en place pour d’autres étalons. Adhérents (selon les principes du militantisme) au Persik’Land, les Faure veillent à appliquer la charte du SEBECC (voir encadré p. 84) et pratiquent un élevage extensif en déplaçant une partie des chevaux en estive dans cinquante hectares de parc entre la montagne de la Séranne et le Larzac à Saint-Maurice-de-Navacelle à 700 m d’altitude. Les poulains y grandissent en semiliberté, sous la surveillance quotidienne d'une personne de confiance. Là haut, comme près de Montarnaud où restent les poulinières, ils profitent de « l’herbe à Roquefort », ainsi nommée car les brebis sont les principales consommatrices des tiges qui ne payent pas de mine, mais transmettent la fameuse richesse en oligo-éléments de ces sous-sols dolomitiques. Il en résulte des chevaux au squelette solide, aux tissus forts, aux tendons résistants.

De prestigieuses origines Ici pas de Pur-sang arabes typés comme en show ! De plus, l’une des juments de l’élevage Vassas, base de Font Noire, Mobrouka (Sirocco Sky et Irania par Zafiro) transmet des modèles qui ne brillent pas particulièrement par leur look, mais quelle puissance ! Décédée en 2006, Mobrouka a produit onze performers dont les gagnants en CEI3* Karavan, Kamaya, Movoska et Flegmatik (tous par Persik), deux mères de performers : Irania (Padraoui el Masan), mère notamment de Gourbi, et Medjana (Tango d’Ayres), poulinière à Font Noire

où elle a donné la vice-championne du monde par équipes aux JEM de Lexington, Easy Fontnoire (Numizki). Mobrouka est aussi la mère de l’étalon Olympe du Colombier (Arques Perspex), né chez Daniel Picq et acquis par les Faure pour faire la monte à Font Noire. Ses premiers produits nés en 2005 s’annoncent prometteurs. Il en est de même pour ceux de Karesi, l’un des autres étalons de Font Noire importé en 2003 des Pays-Bas. Ce fils de Drug, performer en course plate et en show, remonte par sa lignée haute à Kankan, le père de Persik. Son pedigree fait apparaître cinq fois le Pur-sang arabe chef de race, Dénousté. Jacques Faure qui, tout en continuant à temps partiel son activité de kiné, est devenu un fou d’origines, a parcouru l’Europe pour trouver un tel papier avec un modèle ramenant du chic et de la taille ! La poulinière FF Granada (Gorky) apporte aussi du sang russe dans l’élevage languedocien. Croisée avec Karesi, elle a produit Galiléo Font Noire, l’un des tout jeunes étalons maison (né en 2009). Car, à Font Noire, on fait jouer la carte de la jeune génétique et on utilise parfois des étalons avant de les faire castrer pour qu’ils puissent s’exprimer pleinement dans leur carrière sportive. C’est le cas de Dakar Font Noire (Arques Perspex et Medjana par Tango d’Ayres, c'est-à-dire présentant un inbreeding sur Persik à la troisième génération), qui a sailli quelques juments maison avant d’être castré et de se classer en CEI2*, exportation au Qatar à la clé ! La plupart des juments sont saillies à trois ans avant d’être mises au travail après le sevrage du poulain. Ainsi, Easy Fontnoire a donné naissance en 2006 à Ekstrem Font Noire (Branik) qui a entamé son cursus de qualification. Mise au travail ensuite, Easy Font Noire, jument énergique, a été confiée dans son année de six ans à Laurent Mosti avec qui elle est Elite dans la finale SHF d’Uzès. Passée ensuite sous la selle de Cécile Miletto Mosti, elle a contribué à la belle médaille d’argent de l’équipe de

France d’endurance aux JEM de Lexington. Avec la victoire de Cécile dans le CEI3* de sélection de Fontainebleau, le Mondial 2012 était en point de mire. Le terrible accident de Cécile lors d’un entraînement sur la plage des Saintes Maries de la Mer, qui l’a laissée plusieurs jours dans le coma, en a décidé autrement. Tout l’été, les Faure, comme Laurent Mosti, ont espéré un rétablissement rapide de la cavalière gardant la jument à l’entraînement, y compris lors des stages équipe de France. Lorsqu’il a bien fallu se rendre à l’évidence de l’impossibilité pour Cécile de se

Easy Font Noire gagnante du CEI 3* de Florac, vicechampionne du monde aux JEM de Lexington avec Cécile Miletto Mosti. Ph. B. Huard

l'eperon n°329 décembre 2012 - janvier 2013 83

endurance p82-85.indd 83

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Teaser L'Eperon - Décembre 2012  

Une sélection de pages du magazine L'Eperon de Décembre 2012.

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