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Numéro spécial

PORTRAIT P.26

NICOLAS MOLÉ L’homme oiseau

arts PLASTIQUES


Ylang Ylang Communication

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

Depuis 2009, le bureau d’accueil de tournages porte le dispositif local d’Aide à la Production Audiovisuelle et Cinématographique (CAPAC).

Depuis 2005, il est à l’international, la porte d’entrée des maisons de productions pour de grandes réalisations cinématographiques : Louise Michel, Océans,… et télévisuelles : Koh Lanta, Foudre, C’est pas Sorcier, Kanak : histoires oubliées, La Carte au Trésor, Thalassa, Ushuaïa, Earth Planet (BBC), Échappée Belle, Silence ça pousse…

Il propose un soutien logistique, financier, humain (avec un grand fichier de figurants) et géographique (avec des lieux répertoriés et souvent uniques).

BUREAU D’ACCUEIL DE TOURNAGES DE LA PROVINCE SUD 6, route des Artifices BP L1 - 98849 Nouméa Tél. (687) 20 48 21 Fax (687) 20 30 02 tournages@province-sud.nc


édito LA 21 DERRIÈRE 4 CULTURE BOUGE COUVERTURE Justine Collomb – Regarder au travers 6 CHRONIQUES D’AILLEURS QUESTIONS À... 7 CULTURE WEB 22 Martine Lagneau « Je travaille beaucoup sur l’interaction culture-tourisme » 8 ÀHOMMAGE Aline Marteaud-Da Silva PALABRES D’ÉCRIVAIN 24 Pierre Gope : « Je suis, quelque part, un élève du 10 LIRE UN PAYS Des livres et nous

maître Shakespeare »

CRI DU CAGOU 12 ÀLEla poursuite d’Arn’t AUDIOVISUEL 13 Endemix TV GRANDE INTERVIEW 14 Tim Sameke : « La sortie de l’Accord de Nouméa arrive bientôt »

ARTS PLASTIQUES 26 26SPÉCIAL Nicolas Molé – Plasticien de pleine terre 28 30 31 32 34 36 38

Fany Edwin – L’identité entre les lignes   Adilio Poacoudou – Aux racines de l’engagement Thierry Mangin – Un artiste en réseau Stéphane Foucaud – Peintre du réel Lieux – Louées soient les galeries Focus – Ambassadeurs de l’art local Questions à... – Petelo Tuilalo

MUSIQUE 40 CRITIQUES  8.6 d’Échos du Pacifique

PORTRAIT 16 Celenod – Les 10 ans du groupe ERA KANEKA  18 « Aé » de Hûmaa Guê MOTS 19 LeENnââQUELQUES numèè REPÉRAGE 20 Marcus Gad – On the road

Aux côtés de la littérature avec le numéro spécial Salon du livre en septembre et de la musique avec l’édition des Flèches de la Musique en fin d’année, Endemix ouvre aujourd’hui ses pages aux arts plastiques. On a tendance à dire que sculpture et peinture sont les prémices de l’expression artistique. Et, bien que ce postulat irrite un peu danseurs, comédiens et musiciens, il n’en reste pas moins vrai que figurines modelées en terre et « fresques » rupestres demeurent les premières traces de pratiques artistiques de l’humanité. D’aucun répondront qu’on manquait peut-être de supports d’enregistrement pour fixer Cro-Magnon dansant Béjart ou récitant Molière. Certes… Il n’empêche que, justement, une des forces des arts plastiques est de résister au temps. Ils fournissent une image arrêtée de la société, qui perdure à travers les âges comme autant de témoignages matériels des pensées, modes, religions, conflits,… Les artistes présents dans ce numéro (des pages 26 à 39) semblent tous plus ou moins mués par un désir de recherche identitaire, particulièrement à l’ordre du jour dans l’archipel. On trouve des démarches très personnelles, chez Nicolas Molé ou Fany Edwin et d’autres, plus universelles avec Thierry Mangin ou Stéphane Foucaud. Quelques autres, comme Adilio Poacoudou, sont à la lisière et combinent réflexions élargies sur la Nouvelle-Calédonie actuelle et quête de ses propres racines. Quoi qu’il en soit, ces artistes forment le paysage plastique calédonien, alimentent (ou non) le petit marché de l’art du pays (p. 34) et tentent l’expérience de l’export (p. 36). Pendant que certains cherchent d’autres célèbrent : le groupe Celenod peut s’enorgueillir de ses 10 ans d’existence (p. 16). De quoi démentir mes premières lignes : le spectacle vivant aussi peut survivre au temps ! Bonne lecture à tous,

 Jeune chien fou des 100 Fous  Otoñando II de Laurent Ottogalli et Stéphane Fernandez  NON de Shaa Madra  At Least for Now de Benjamin Clementine  Lost and Found du Buena Vista Social Club

LITTÉRAIRES 44 CRITIQUES  Maisons nouméennes de Frédéric Angleviel

 Noamie est en colère d’Auriane et Sophie Dumortier  La feinte de Trotro de Sonia Waehla Hotere  Tridacna Gigas d’Éric Lancrenon et Didier Zanette  Des petits trous dans le silence de Patricia Grace  L’arbre Pometia de Tagaloa de F. Ga’Eke, E. Toa et H. Filimohahau-Amole

CRITIQUE SPECTACLE 47 Pierre Gope – L’Histoire et l’Endroit DESSIN 48 Stéphanie Wamytan

Claire Thiebaut Rédactrice en chef

Endemix est publié par : Le Poemart : Pôle Export de la Musique et des Arts de NouvelleCalédonie 1, rue de la République L'Orégon, 98800 Nouméa Nouvelle-Calédonie Tél. : (687) 28 20 74 contact@poemart.nc www.poemart.nc

La Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie 21, route du Port-Despointes Faubourg-Blanchot 98800 Nouméa Nouvelle-Calédonie Tél. : (687) 28 65 10 accueil@maisondulivre.nc www.maisondulivre.nc

La bibliothèque Bernheim 41, avenue du Maréchal Foch 98800 Nouméa Nouvelle-Calédonie Tél. : (687) 24 20 90 bernheim@bernheim.nc www.bernheim.nc

Directeur de la publication : Chris Tatéossian Rédactrice en chef : Claire Thiebaut (claire@poemart.nc) Coordinatrice : Virginie Soula (vsoula@gmail.com) Rédaction : Académie des Langues Kanak, Laure Boehe-Tindao, François Bensignor, Stéphane Camille, Coralie Cochin, Justine Collomb, Sylvain Derne, Jean-Marc Estournès, Elif Kayi, Le Cri du Cagou, Clémence Losserand, Antoine Pecquet, Charlotte Petiot, Roland Rossero, Marion Rudloft, Virginie Soula Photographies : Coralie Cochin, Justine Collomb, Éric Dell’Erba, Clémence Losserand, Antoine Pecquet Illustrations : Arn’t, Stéphanie Wamytan Couverture : Justine Collomb Corrections : Jean-Marc Estournès Commercial : commercialendemix@poemart.nc Maquette, réalisation et couverture : Push & Pull (Tél. 24 22 49) Impression : Artypo Tirage : 12 000 ex. Distribution : Totem ISSN : en cours


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La culture bouge

estival

JEUNESSE,

LIVRE-TOI

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© Eric Dell’Erba

a Ville de Nouméa, en partenariat avec Lire en Calédonie (LEC) et la Maison du Livre, organisera du 3 au 10 juin le premier festival international du livre jeunesse. Baptisé L’île Ô Livre, LÔL, cet événement investira toute la capitale : la place des Cocotiers, la maison Célières, la médiathèque de Rivière-Salée, le centre d’Art et le musée de la Ville. Les albums et la BD seront mis à l’honneur avec de nombreux invités locaux et extérieurs comme Satomi Ichikawa, Thierry Dedieu, Claude K. Dubois et Emem. lilolivres.lol.nc

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usique

FAITES DU

ROCK

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n septembre 2013, les tranquilles bovins de Boulouparis étaient secoués par une de leurs congénères. Une frange de punk, et le label BWSF poinçonné dans l’oreille, la vachette n’est autre que l’emblème du collectif de rock indé Blackwoodstock, qui revient faire du bruit en 2015. Formé en 2013, il compte aujourd’hui six groupes : Youpi, WTF, Tortuga, Morning Phoenix, Leäk et Botox. Il y a deux ans, la fine bande monte son premier festival, intimiste, puissant, décalé. Elle rempile en 2014 : le rock calédonien a désormais son festoche. Cette année, le collectif organise le désormais annuel Blackwoodstock Fest et une grande nouveauté : un tremplin pour jeunes rockers. Les groupes se présenteront devant un jury sur la scène du musée de la Ville, pour la fête de la Musique, le 21 juin. Le vainqueur remportera l’enregistrement d’une maquette offert par la Ville de Nouméa et ouvrira le festival BWSF, le 19 septembre à Boulouparis. Un mot d’ordre : que de la compo, zéro reprise ! Toutes les infos sur www.bwsf.nc

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lam

LA CHANSONNETTE

AU SUNSET

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es scènes ouvertes arrivent en Calédonie ! Grâce à la bibliothèque Bernheim et à la province Sud, le grand concours de slam change de formule et s’installe désormais dans le bar le Malecon, à Nouméa. Une soirée Sunset Slam par mois sera organisée à partir du 26 juin. Les slameurs pourront libérer leur flow pendant trois minutes maximum face au public. Lors de chaque soirée, un jury de cinq professionnels et de cinq spectateurs désignera un lauréat qui pourra participer à la grande finale du 27 novembre. Les artistes mineurs sont, quant à eux, invités au Rex le 8 juillet. Les trois meilleurs candidats de cette session concourront aussi pour la grande finale. Renseignements sur : www.bernheim.nc bliothequebernheim


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vénement

LES DESSOUS DU

FESTIVAL DES ARTS DU PAYS Toute l’année 2015, les artistes de Nouvelle-Calédonie sont invités à se présenter aux manifestations du festival des Arts du Pays. Ce FAP permettra de sélectionner les artistes de la délégation qui représentera le Caillou au festival des Arts du Pacifique en 2016, à Guam, Micronésie. Tandis que les spectateurs n’ont d’yeux que pour le devant de la scène, la commission Culture du Comité des grandes manifestations (CGMNC) s’active pour assurer la logistique en coulisse.

Qui représentera la Calédonie ? Afin de choisir les artistes, la commission a l’importante tâche de déterminer les différentes disciplines. Et même si les organisateurs du festival de Guam n’ont pas encore communiqué sur ce qu’ils souhaitent programmer, Leila Bouchet a l’habitude : « Ces festivals ont pour but de promouvoir les cultures du Pacifique, et proposent tout un panel artistique : danse, musique, contes, slam... On retrouve aussi des domaines moins artistiques, mais tout aussi importants dans la vie océanienne comme la médecine traditionnelle, les jeux ancestraux et la navigation en pirogue ».

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Questions de logistique Aux côtés des 120 artistes qui partiront, une équipe d’une trentaine d’accompagnateurs, officiels, techniciens et interprètes sera du voyage. « Les pays du Pacifique étant majoritairement anglophones, les Calédoniens ont parfois du mal à communiquer. Les interprètes nous sont indispensables. » Quelques mois avant le départ, la commission préparera toute la logistique de la délégation pour le festival. « C’est une opération qui demande beaucoup de temps, ne serait-ce que pour contacter tous les artistes, réunir le fret, préparer le contrôle phytosanitaire, etc. » © Charlotte Petiot

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a commission Culture du CGMNC est chapotée par Leila Bouchet, membre du cabinet de la Culture du gouvernement, et Léopold Hnacipan, son président. Elle compte une dizaine de membres : représentants de l’ADCK-CCT, du Poemart, de la Maison du Livre, et de l’Association des maires de Nouvelle-Calédonie. On y trouve aussi des « personnes ressources », comme Louis Ouetcho (vice-président de la commission), Daniel Niandou, Karyl Beronon, Annie Diemene, Jean-Marie Daoulo, ... Tous ont participé au festival des Arts mélanésiens en 2014 et ont été choisis par Déwé Gorodey. « La présence de ces artistes et des personnes ressources est importante, explique Leila Bouchet, car ils ont l’expérience de ces rassemblements. Ce sont des repères pour les nouveaux venus ».

La culture bouge

é

Lors de la journée de la Femme, le 8 mars dernier, le FAP a mis en avant les productions et les danses féminines à la tribu de Ouitchambo, à Boulouparis.

En deux mots...

vénement

CONCOURS DE

JEUNES ARTISTES

COURTS-METRAGES

Pour la 9e année consécutive, l’association du Cercle nautique calédonien (CNC) organise le Trophée des jeunes artistes. Le concours, destiné aux chanteurs, musiciens, solistes ou en groupe, s’adresse à tous les collégiens et lycéens du territoire. Les sélections auront lieu dans les trois provinces, les 4-5 juillet à Nouméa, les 18-19 à Lifou et les 25-26 à Koumac. Les finalistes se réuniront le 22 août à Nouméa. Et, cerise sur le gâteau, le gagnant se produira lors du festival Femmes Funk. Infos sur Trophee-des-Jeunes-Marins-et-Artistes

Dans le cadre de la 4e édition du festival Coup d’ciné, l’association Konexcité organise un concours de courtsmétrages. Les réalisateurs – amateurs ou professionnels – doivent remplir deux défis : intégrer une scène comportant un travelling et un passage contenant de la musique ou de la danse. Ces films de fiction, de 6 mn maximum, devront être envoyés avant le 2 novembre 2015. Les lauréats des prix seront annoncés lors de la clôture du festival, le 28 novembre. Règlement et inscriptions sur www.coupdcine.weebly.com

DU CNC

À KONEXCITÉ

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CONCOURS DES


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CHRONIQUEs D’AILLEURS Sur le départ

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usique

LA GRANDE TOURNÉE

DE BOAGAN

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heureux lauréat du prix Export des Flèches de la Musique 2014 est en passe de s’envoler pour une grande tournée en Nouvelle-Zélande et en France*. Il a suivi en mai dernier un nouveau coaching artistique et scénique avec Juliette Solal, pour créer un spectacle de 45 minutes qui mêle l’essence traditionnelle du groupe à sa franche modernité. Dans un décor de sculptures kanak et de végétaux, les cinq artistes jouent, élégamment habillés de chemises et vestes noires. Un résultat 100 % adapté aux scènes des musiques actuelles, comme celle du grand festival des Francofolies où ils se produisent en juillet. Pour suivre la tournée de Boagan, rendez-vous sur www.poemart.nc *Projet organisé par le Poemart et ses partenaires

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De retour

inéma et littérature

UN BON GOÛT DE ROCHEFORT

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oincée dans son méandre, Rochefort prend son temps. C’est une ville idéale pour unir cinéma et littérature. La 9e édition du festival du cinéma océanien et le 2e salon du livre sont désormais raccords. Deux événements en un — Rochefort Pacifique — qui ne font pas les choses à Demy… mais sans se faire mousser et sans pression. Seul bémol, la séparation des lieux de rencontre qui frustre le festivalier non ubiquiste et le déboussole, l’image prenant le pas sur l’écriture. Sinon une excellente programmation de films du Pacifique cette année, part belle au cinéma maori (sous la houlette de Witi Ihimaera) et des auteurs réunis dans la superbe Corderie Royale afin de se livrer corps et âme ont fait oublier un vent d’Ouest froid et un crachin entêtant. Rochefort d’accord ! Retour sur expérience de Roland Rossero

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culpture

JEAN-MARIE GANEVAL

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VA SE FAIRE VOIR CHEZ LES… TURCS

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our la deuxième année consécutive, le sculpteur Jean-Marie Ganeval s’est rendu en mars au World Wood Day festival, qui se tenait cette année en Turquie*. L’artiste y présentait deux œuvres, dont une réalisée sur place. Désormais habitué de l’événement, Jean-Marie a quand même eu la (très) bonne surprise de découvrir que la sculpture qu’il avait réalisée et donnée aux organisateurs en 2014, avait été choisie pour illustrer l’affiche du festival 2015. Une reconnaissance grand format ! * Projet soutenu par le Poemart

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usique

LA CLASSE INTERNATIONALE DE MICHEL BENEBIG

L’

organiste Michel Bénébig rentre tout juste des ÉtatsUnis, avec son nouvel album Nouméa to New York. Huit titres qu’il a enregistrés avec trois musiciens de renom : Houston Person, Carl Lockett et Lewis Nash. C’est un pari gagnant pour Michel, qui revient avec son 6e opus et une très bonne critique de la part d’un spécialiste du jazz américain, Pete Fallico : « Cet album met en exergue son indéfectible passion, mais il confirme aussi son accès au club très fermé des organistes de classe internationale ».


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Culture web

Les sites Internet de nos artistes À chaque numéro, retrouvez trois artistes ou lieux culturels calédoniens qui bougent sur la toile.

Paul Wamo… presque en vrai

Viser, cadrer, cliquer

Le nouveau site de l’artiste de Lifou, parti pour deux ans développer sa carrière en Métropole, est disponible. On y retrouve les détails de son périple et surtout beaucoup de photos et vidéos qui entretiennent le lien avec l’un des principaux ambassadeurs de la culture kanak à l’étranger.

En complément de son profil Facebook déjà très fréquenté, la galerie de photos Label Image a désormais son site. En quelques clics, les professionnels et amateurs peuvent se renseigner sur les expos (en cours et archives), les prestations du studio et s’inscrire aux différents stages.

www.paul-wamo.com

www.galerielabelimage.com

Ouvrez l’œil Pour continuer à suivre l’univers de Michaël Husser, après son expo de début d’année à la Maison du Livre, rendezvous sur son site et surtout sa page Facebook. Alors que le site héberge un portfolio très complet, le réseau social sert aussi d’espace de vente informel. On vous conseille également de chercher les vidéos de Meeting the Wall pour observer l’artiste en plein travail. www.michael-husser.com Michaël-Husser-Graphic-Illustration

LA SACENC VOUS SOUHAITE

www.sacenc.nc

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UNE BONNE FÊTE DE LA MUSIQUE !


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Hommage a Aline

Aline Marteaud-Da Silva sur un de ses terrains.

udiovisuel

Marteaud-Da Silva Par Claire Thiebaut

Une lumière du cinéma s’est éteinte En mars dernier, le monde de la culture était secoué par une tragédie. Aline Marteaud-Da Silva, figure (et sourire) phare de l’audiovisuel calédonien disparaissait, à 41 ans, emportée par une fulgurante maladie. Flashback sur quelques moments d’une vie dédiée au 7e art.

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Un nouvel avenir pour l’audiovisuel Les idées germent dans la tête d’Aline. À la Province Sud, on cogite en même temps sur le devenir de l’audiovisuel calédonien : le Caillou pourrait être aussi un paradis pour les réalisateurs. Mais il faudrait pouvoir les accueillir, les encadrer, centraliser le matériel et les compétences du pays. Le bureau d’accueil de tournages est sur les rails. Aline apparaît alors comme la mieux équipée pour en prendre la tête. Avec sa doublure, Bénédicte Vernier, elles veillent sur le développement audiovisuel local, soutiennent les festivals, aident aux formations, ouvrent les réseaux pour que des productions françaises et étrangères viennent tourner ici. Ushuaïa, C’est pas sorcier, la série Foudre, et bien d’autres, c’est en partie grâce à elles. Des émissions qui portent haut la Nouvelle-Calédonie.

© Eric Dell’Erba

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our faire d’une passion un métier, Aline Marteaud quitte le décor de sa Calédonie natale, s’installe à Toulouse et suit un diplôme d’ingénieur maître à l’École supérieure d’audiovisuel. Ses premières bobines de films, elle les déroule pour Télé Toulouse, en tant que journaliste reporter d’images. Début 2000, elle revient au pays et tente de décrocher un job dans l‘audiovisuel. Petite déception, le domaine n’est pas encore bien développé et les productions sont encore rares. Qu’à cela ne tienne, elle pige quelques temps à RFO et on change un peu le script. La jeune cadreuse, son optimisme caractéristique déjà en poche, postule alors comme chargée de communication à la Province Sud. En 2005, quand les aventuriers de l’émission Koh-Lanta débarquent à l’île des Pins, Aline assure les relations presse de la production. Elle renoue avec ses premières amours : les sets, la machinerie, les décors, les scénars… A posteriori, cette expérience fut, pour elle, une sorte de répétition générale avant le lancement en 2005 du futur bureau d’accueil des tournages (BAT), destiné à créer des cocons accueillants pour les équipes de tournage extérieures.

Aline, réalisatrice En 2008, caméra à l’épaule, Aline réalise Winchester, un courtmétrage écrit par son mari et tourné sur la mine de Tiébaghi. Elle s’entoure de bons, de très bons comédiens, Claude Boissery, Daniel Marteaud, Jessy Deroche, Didier Delahaye, Pierre Gope, et remportera le prix Montaigne du meilleur scénario et le prix d’interprétation de La Foa en 2009. Roland Rossero, un très proche d’Aline, le résumera comme une « comédie western et minière » ! Mais parfois la chute d’un film est trop abrupte et laisse le spectateur incrédule. Quelques mois avant de célébrer les dix ans de success story du BAT, Aline Marteaud a subitement disparu, laissant l’audiovisuel calédonien orphelin d’une mère bienveillante et engagée. Déjà les hommages se multiplient, et les caméras vrombissent à nouveau, les acteurs rejouent. Silence, on tourne encore…


© Marc Le Chélard

Sur le tournage de Contacts.

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Écran total

Roland Rossero fait partie de ces amateurs éclairés et passionnés à qui la province Sud a permis de déployer leur talent. Aujourd'hui cinéaste, Roland Rossero a un parcours atypique qui l'a conduit de Koumac, où il exercait le métier de dentiste, à Nouméa où il a investi les champs artistiques de l'écriture et de la mise en scène.

L'HABITUÉ DE LA FOA En 1999, premier festival de La Foa : « je tombe sur la petite annonce d’un concours de courts-métrages pour le festival ». Avec la caméra analogique familiale, il commence le tournage d’un film dont ses filles occupent les deux rôles principaux. Quand à l’intrigue, elle est inspirée de deux histoires qui ont marqué la fin des années 1990, Le Prince d’Egypte et Titanic. Avec des moyens plus qu’artisanaux, Roland réalise Et si on refaisait les 10 commandements… La cassette est déposée au jury du festival. Alors qu’il prend la route pour assister à la soirée de clôture, il manque le message laissé sur son répondeur par Delphine Ollier, coordinatrice du festival : « Roland, ce serait bien que vous descendiez à La Foa pour la remise des prix ! ». Arrivé dans la petite salle de cinéma, il reçoit, incrédule, un prix qui marque la première étape d'une longue carrière. Chaque année, il présente à La Foa « des petits films réalisés à la maison ». Roland remporte quatre Nautiles. Après celui de 1999, il reçoit le prix du public en 2003 pour Le Cinéma de papa – avec ses filles, à nouveau ; le prix technique RFO pour Le Voyeur de bicyclette, et en 2014, il décroche le trophée du meilleur scénario avec Contacts, son « premier court d'envergure ».

UNE FICTION QUI COÛTE BONBON ! Tiré d’un recueil de nouvelles qu’il publie en 2001, ce film de 23 minutes raconte l’histoire des rapports entre les ethnies de Nouvelle-Calédonie à différentes époques. « J’ai investi deux ans de ma vie pour ce film, tourné entre Nouméa et Koumac ». Quand Roland dit « investi », le terme est plutôt bien choisi. « Faire un film, c’est du temps et de l’argent. Beaucoup d’argent ! Sans les aides publiques, ce serait totalement impossible. » D'ailleurs, dès 2008, pour conclure sa première réalisation d’envergure, Pas sans les autres, Roland Rossero sollicite des financements. « C’était une aide à la réalisation donnée via le BAT, le bureau d’accueil des tournages de la province Sud. » S’en est suivie une aide de la CAPAC, la Commission des Aides aux Productions Audiovisuelles et Cinématographiques, qui dépend aussi de la province Sud. Mais Roland ne s’arrête pas aux fonds perçus et mène une réflexion approfondie sur l’achat des productions de l’audiovisuel calédonien. « Ici, rares sont les diffuseurs qui achètent les films. En ça, la province Sud, le BAT et certains festivals accordent un soutien vraiment particulier au métier, car ils paient des droits d’auteur quand ils diffusent nos productions. » En partie grâce à ces aides, Roland a pu réaliser ce qu’il considère comme son « travail le plus abouti ». À l’occasion du dernier festival de Cannes, Contacts était diffusé au Short Film Corner, un espace de présentation de courts métrages devant un parterre de diffuseurs français et internationaux.

LA PROVINCE SUD ET L’AUDIOVISUEL EN CHIFFRES 2005-2015 : 400 projets réalisés avec l’aide du BAT Depuis 2009 : une centaine de projets a été aidée par le dispositif d’Aide à la Production Audiovisuelle et Cinématographique (CAPAC) dont la dernière commission en date s'est tenue mi-mai.

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oland Rossero s'installe à Koumac en 1986 et, malgré la période, découvre un autre monde et son bonheur dans la brousse calédonienne, si conviviale. Il hésite à dire qu'il se sentait « utile », lui, le petit docteur du Nord. Mais c'est bien cette impression qui le quitte, quand 15 ans plus tard, il déménage à Nouméa, lorsque sa femme est mutée. Il arrête la dentisterie et change de vie. Direction le cinéma ! « Une passion depuis mes 7 ans, se rappelle t-il. À l’époque, ma mère m’emmenait au cinéma, c’était une vraie sortie, on mettait les beaux habits ! ».


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édias

livres nous

Des et

Par Virginie Soula

Offrir une place de choix au livre et à la littérature dans les médias, c’est le challenge que se sont fixé NC 1ère et la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie. Une idée folle à l’heure du tout numérique ? Certainement pas, car cela fait maintenant quatre ans que ça dure ! Chaque dernier mardi du mois, un public impénitent est au rendez-vous à la maison Célières, près de sa radio ou devant sa télévision, attendant inlassablement la « des-livre(s)-ance » !

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adeau tombé du ciel ou alignement favorable des planètes ? En 2010, la conjoncture était semble-t-il propice à l’ouverture des médias calédoniens au livre, lorsque ce projet d’émission littéraire a vu le jour. Il tient en effet à la rencontre de Gilles Marsauche, directeur de l’antenne radio NC 1ère alors tout jusque débarqué de Tahiti, et de Jean-Brice Peirano qui, lui, dirige la Maison du Livre. « À l’heure où le nombre de lecteurs diminue, il est nécessaire d’informer le public de l’importance de la production littéraire locale et de la valoriser », explique Gilles Marsauche, une vision partagée avec Wallès Kotra, directeur de la chaîne. La bibliothèque Bernheim entre dans la danse et le Salon international du livre océanien 2011 est relayé par la radio NC 1ère. Des livres et nous est en marche !

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L’écrit désacralisé Le concept est posé et ambitieux : une émission littéraire, grand public, qui aborderait tous les aspects de l’écriture tout en restant dans le champ de la filière professionnelle. Selon Gilles Marsauche, « l’écrit et la littérature ne sont pas uniquement dans les livres ». Le slam, la chanson auront donc leur place tout comme la poésie, la nouvelle ou le roman. Pour créer un programme attrayant, les trois partenaires innovent. Il sera enregistré en public depuis la maison Célières, diffusé en direct à la radio et les organisateurs se font fort de programmer de la musique live à chaque édition.

À travers le livre, tous les sujets de société peuvent être abordés : la culture, l’économie, l’histoire, la politique, etc.  De la radio filmée, une première Trimestrielle d’abord, l’émission devient rapidement mensuelle car « avec le livre local, il y a beaucoup de matière », explique Jean-Brice Peirano. Et Gilles Marsauche d’ajouter : « Avec des émissions thématiques il a été facilement possible de se renouveler pendant quatre ans. Les auteurs internationaux sont évidemment les bienvenus mais denrées rares ». Début 2014, l’expérience se poursuit à la télévision avec Cris, un présentateur sur mesure, précédemment bibliothécaire. Des livres et nous est désormais filmé et diffusé en différé sur les écrans. « Grâce au livre, tous les sujets de société peuvent être abordés : la culture, l’économie, l’histoire, la politique, etc., souligne Jean-Brice Peirano. Cette visibilité est une chance ! ». Quatre ans déjà, un bilan satisfaisant mais un travail jamais totalement accompli car le livre « n’aura jamais trop de place dans les médias. Il reste encore bien des lecteurs à conquérir : les étudiants en lettres, par exemple, et les enseignants que l’on voit peu », commente Cris qui s’emploie à ouvrir toujours davantage le monde de l’écrit, et plaisante du rêve qu’il fait d’une émission littéraire diffusée en prime time.

© Eric Dell’Erba

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LIRE UN PAYS

Enregistrement d’une émission en 2014.


t Publi-reportage

Mines de mots

© Marc Le Chélard

« On a créé des groupes de travail pour valider les prononciations », raconte Fabrice Wacatlie, Superviseurs Projets Communautaires et linguiste chez Vale NC.

En s’installant sur la côte de Goro, Vale Nouvelle-Calédonie n’a pas misé que sur le nickel. Grâce à la mise en place du Pacte pour un développement durable du Grand Sud, l’industriel s’insère dans l’activité socio-culturelle de la région. Exemple avec un programme de collecte de langues mené par l’équipe du linguiste Fabrice Wacalie depuis 2008. « L’objectif principal du Pacte est de permettre aux populations locales du Grand Sud d’être actrices de leur propre développement durable, partagé et raisonné », explique Fabrice Wacalie, en charge des projets communautaires de la firme. Alors, en 2007, Vale NC a lancé une étude d’impact de l’activité industrielle sur les territoires et populations avoisinants. Du questionnement des populations sont ressorties plusieurs préoccupations majeures : en tête, la crainte de voir disparaître leurs patrimoines et la diversité linguistique. « C’est une peur légitime, commente Fabrice, à l’époque chargé d’enquête pour Vale NC et qui a participé à cette enquête. Il fallait prendre le problème en considération : nous avons choisi de soutenir l’apprentissage des langues kanak à l’école. Et, pour cela, les enseignants avaient besoin de supports pédagogiques ».

traditions, à leurs réalités, doit leur permettre d’asseoir leur culture, de mieux la connaître pour mieux la défendre ».

Des tortues et des ignames bilingues

L’employé de Vale sait que le travail mené par l’entreprise brésilienne porte ses fruits. « Nous avons rencontré une centaine de personnes ressources identifiées sur place. On a choisi les thèmes de la faune et de la flore, qui plaisent bien aux enfants, et on a dressé des lexiques. » Toutes ces informations ont été compilées sur des supports pour les écoles maternelles et primaires du Grand Sud. En accord avec la Direction de l’Éducation de la province Sud, les instituteurs des communes du Grand Sud utilisent volontiers ces outils. « L’école est un bon espace pour s’adresser aux enfants : ils sont disponibles pour l’apprentissage et surtout ramènent leurs leçons et ces livres et jeux à la maison pour montrer à leur parents. C’est une très bonne passerelle ! », conclue Fabrice Wacalie.

Trois langues en legs

« Dans l’Aire Drubea-Kapumë, qui regroupe les communes de Yaté, Mont-Dore, de l’Île des Pins et de Païta, on parle trois langues kanak : le numèè dans la région de Yaté, le drubéa autour de Païta et d’Unia, et le kwényï à l’Île des Pins ». En 2009, l’ISEE dénombrait 3 395 locuteurs pour ces langues. « Parler une langue, ce n’est pas juste la verbaliser, c’est aussi faire vivre toute la symbolique des mots, le sens des choses et transmettre des conceptions du monde », s’enthousiasme Fabrice. D’ailleurs, les discours coutumiers ont plus de résonnance quand ils sont dits en langue kanak. « On doit préserver la richesse du bilinguisme surtout chez les jeunes. La connaissance de ces vocables qui se rapportent à leurs

LA PETITE BIBLIOTHÈQUE DE VALE

« Au début, nous avons imprimé des affiches, puis des imagiers et des jeux de sept familles. Ensuite, avec le soutien de partenaires culturels comme l’ADCK-CCT, on a édité un premier conte bilingue français-numèè Nyúwâxé, l’igname amère. Par la suite, nous avons publié un conte réalisé par l’école maternelle de Tchivi, Kamelisa, la petite tortue verte, en collaboration avec le Conseil Coutumier Drubéa-Kapumë. »

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015 ENDEMIX n° 10 décembre 2014 - février 2015

On doit préserver la richesse du bilinguisme surtout chez les jeunes


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Le cri du cagou À la poursuite

s’incruste grave dans Endemix

C

d’ Arn’t

Par une chaude et moite nuit de décembre, BoSS U tombe nez à nez avec une œuvre dessinée sur un mur dans une rue passante de Nouméa. Se pinçant deux fois pour être sûr qu’il ne rêve pas, il sent qu’il tient l’article choc. Par BoSS U

omment faire pour rencontrer l’artiste ? BoSS U vide son shell de kava. Et comment prononce­-t­ on Arn’t, la signature qui frappait le coin droit de l’œuvre ? Il a une pensée pour les Vieux, qui auraient sûrement résolu l’énigme par leurs rêves, et cherche une méthode moderne pour jouer à l’apprenti détective. Ses dons innés de hacker vont lui être utiles. Il est temps de faire un tour sur Facebook.

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

Loué soit le réseautage social, l’artiste Arn’t a son enseigne sur la toile. « Bonjour Arn’t, admiratif de votre œuvre, je cherche à vous rencontrer. » La réponse, méfiante, ne se fait pas attendre. « Que lui voulez-vous, à Arn’t ? - Dans un premier temps, réussir à prononcer son pseudonyme, car il s’agit bien d’un pseudo, n’est­-ce pas ? Et je voudrais juste le rencontrer. Je voudrais écrire un article sur lui. - On prononce Arn’t, comme ça s’écrit ! Travaillez­-vous pour la police ? Avez­-vous un membre de votre famille qui fait partie des forces de l’ordre ? - Mais absolument pas, monsieur, je suis juste un citoyen comme tout le monde, sauf que j’aime l’art de rue. - Laissez­-moi votre contact téléphonique, on vous appellera. » L’imperméable et le chapeau en feutre n’ont jamais été des accessoires adaptés à nos latitudes. BoSS U remarque bien les regards en coin, le soir, au nakamal, mais rien, ni personne, ne fera flancher sa motivation. Lorsque son téléphone vrombit, il réprime un sursaut. Qui peut bien le déranger pendant sa dégustation de décoction de racine de faux poivrier ? « Bonjour... J’appelle de la part de qui vous savez... - Voldemort ? - Surtout ne vous retournez pas... - Arn’t, c’est toi ? - Ne prononce jamais mon nom, heu... son nom en public... - On se voit quand ? - Il ne viendra pas. - Mais pourquoi ? - C’est trop risqué et surtout, il ne souhaite pas donner d’interview.

Le dessin de Arn’t pour BoSS U et le Cri du Cagou.

- Même pas pour le Cri du Cagou ? Parce que nous sommes un média très discret, je vous assure. Personne ne nous lit et, qui plus est, c’est pour être diffusé dans Endemix, un petit magazine intimiste. Je peux t’assurer que personne ne lira l’article du Cri, si ce n’est le correcteur. Allez, Arn’t, laisse-toi tenter. Que vais­ je pouvoir raconter dans ce magazine, si tu ne me laisses pas t’interviewer ? Que vais-­je devenir ? » BoSS U a du mal à retenir les flots de sanglots qui ne demandent qu’à jaillir, il a la gorge nouée comme un tronc de gaïac. « S’te plaît, dessine­moi un mouton... une femme à poil ou un calibre, un cran d’arrêt, une mobylette, tout ce que tu veux, mon pote, t’es libre mais dessine-moi quelque chose de chouette. » Si tu veux, BoSS U, mais ravale ta tristesse. Dis-toi que Arn’t est parti. Il est parti pour toujours rejoindre Si tu veux retrouver les les étoiles et nous ne le verrons plus œuvres du street artist dans les rues. Mais ne t’inquiète pas. Arn’t, rendez-­vous sur le Tel le Phénix, il renaîtra de ses cendres Cri du Cagou. sous un nouveau nom, avec un nouveau visage... celui de la légalité. Il partira à la conquête du marché de l’art pour dominer le monde de la culture... tu entendras parler de lui... Ainsi s’achève ce chapitre de la vie de BoSS U.


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Les drôles de dames du petit écran

Endemix TV

édias

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Audiovisuel

Depuis le 11 mars, Endemix a confié les rênes de son émission télé au trio infernal du Free Women Chaud. Avec une mission « very » spéciale : conjuguer culture et divertissement.

lles sont belles, elles sont drôles et surtout, elles ne manquent pas de culot. Depuis mars, Sam Kagy, Maïté Siwene et Myriam Sarg sont les nouvelles présentatrices d’Endemix TV, aux côtés de Déméné Konghouleux, le reporter de choc. Pour sa nouvelle mouture, l’émission a confié une mission toute particulière à la fine équipe : celle d’offrir de l’info culturelle, tout en divertissant le public. « En amenant de la légèreté, nous espérons attirer des spectateurs qui n’avaient pas l’habitude de regarder Endemix. Mais attention, le jeu et la comédie ne doivent pas prendre le pas sur le reste », précise Myriam Sarg, comme pour rassurer les ardents défenseurs d’une culture élitiste. Très à l’aise sur scène, les trois sirènes doivent se familiariser avec le petit écran et l’exercice difficile de l’interview. « On dit qu’une comédienne est meilleure à la deuxième prise. Mais l’invité, lui, est bien mieux à la première », sourit Myriam. « Il faut qu’on s’adapte, qu’on trouve la bonne formule », complète Maïté Siwene. Toujours en duo à l’écran, les filles accueillent les invités avec humour et les interrogent sur leurs goûts artistiques et culturels, point de départ pour la présentation de l’actualité des spectacles, et des sorties livres et musique.

Les jolies brunes se sont inspirées de la série Drôles de dames. Chaque mercredi, elles reçoivent un ordre de mission pour approcher l’invité.

de montrer que l’art est partout, même si nous n’en avons pas conscience », rapporte Sam Kagy. Cette envie de démocratiser l’art parle d’autant plus à la comédienne qu’elle a découvert cet univers à 30 ans seulement. « J’ai commencé à m’intéresser au théâtre grâce à la troupe Pacifique et Compagnie. Je trouvais ses spectacles tellement vivants, drôles et accessibles que j’ai eu envie de monter sur les planches aussi ! Après cela, je me suis ouverte à d’autres types d’expressions artistiques », confie Sam, qui « assume » l’éclectisme de ses goûts musicaux et cinématographiques. « Ma playlist comprend aussi bien du Santana que le dernier tube à la mode. Ce qui compte pour moi, c’est l’émotion qu’un morceau ou un tableau me procure. »

En amenant de la légèreté, nous espérons attirer des spectateurs qui n’avaient pas l’habitude de regarder Endemix TV

Des invités de tous horizons Pour toucher un public plus large, les trois filles d’Endemix TV ont pris le parti de recevoir des personnalités qui ne sont pas forcément issues du milieu de la culture, à l’image du kitesurfer Tom Hebert ou de Miss Calédonie. « L’idée de l’émission est

La création avant tout

Ses deux acolytes naviguent elles aussi d’un répertoire à l’autre. « J’apprécie tous les styles, du moment qu’il y a de la création », indique Maïté, fan de théâtre, de danse et de cirque. Pour Myriam, ancienne élève d’une école d’art dramatique à Paris, et inconditionnelle de séries télé, « on peut passer du théâtre classique au boulevard sans que ce soit dégradant ». Bien au contraire, il faut de tout pour faire un monde… culturel !

LES COULISSES DU TOURNAGE

Avant chaque diffusion, un court bêtisier est posté sur la page Facebook d’Endemix en guise de teaser. Mais derrière les fous rires et les petits couacs, difficile d’imaginer la somme de travail que représente un seul numéro. Pour sept minutes de présentation, sur les vingt-cinq minutes à l’écran, « il faut compter cinq heures de tournage », souligne Myriam.

Endemix TV est diffusé tous les mercredis soir à 20 h sur NC 1ère.

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

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© Éric Dell’Erba

Par Coralie Cochin


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TIM

estival

« La sortie de l’Accord de Nouméa arrive bientôt » Propos recueillis par Coralie Cochin

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

Un an après le succès de la première édition, le festival Caledonia +687 remet le couvert. Les 27 et 28 juin, place de la Marne, le public est invité à découvrir la mosaïque culturelle qui compose la Calédonie. Au programme : musique, danse et gastronomie. Tim Sameke, le maître de cérémonie, passe à table.

© Éric Dell’Erba

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Grande interview


Absolument ! Cette deuxième édition, placée sous le signe de la paix, aura lieu le week-end des 27 et 28 juin. La veille, le 26 juin, est la date anniversaire de la poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur en 1988. Ces deux hommes ont planté une graine ce jour-là. À nous maintenant de l’arroser, de la faire pousser. Si nos deux vieux ont réussi, je pense que nous pouvons faire pareil. Nous avons également choisi de déplacer ce festival sur la place de la Marne, en plein cœur de Nouméa, là où se retrouvent les gens à l’heure du déjeuner. C’est en quelque sorte la « place du Destin commun ».

Mieux tu te connais et plus tu acceptes l’autre 

Oui, l’idée principale de Caledonia +687 est de faire découvrir la diversité culturelle de la Nouvelle-Calédonie en montrant la richesse de ses communautés, qu’elles soient originaires du Pacifique, d’Asie, d’Europe ou des Caraïbes... Nous nous sommes aperçus qu’il existait des festivals de reggae, de jazz ou de rock… Mais cette offre reste finalement assez cloisonnée. Les publics ne s’y mélangent pas trop. Nous voulions justement créer un espace où tout le monde puisse se retrouver en un même lieu, se découvrir et s’exprimer. Nous n’avons pas la prétention de faire les choses mieux que les autres, mais nous croyons à la possibilité d’inciter les gens à échanger malgré leurs différences.

En 1975, Jean-Marie Tjibaou organisait le festival Melanesia 2000. Comment la culture a-t-elle évolué dans le pays, ces quarante dernières années ? À l’époque de Melanesia 2000, la préoccupation première était d’ancrer l’identité kanak dans le pays. Depuis, il y a eu « les Événements », les Accords de Matignon et l’Accord de Nouméa. La Calédonie a évolué, les mentalités aussi. La culture kanak est aujourd’hui reconnue. Mais il y a encore besoin que les populations apprennent à mieux se connaître.

En quoi la culture peut-elle créer des passerelles entre ces communautés ? Notre culture, c’est notre identité, notre mémoire et notre avenir. Je pense que les difficultés que traverse notre

La gastronomie a une part importante dans votre festival… Caledonia +687 n’est pas qu’un festival de danse et de musique. Il y aura des prises de parole et un grand repas. Car se mettre à table, c’est prendre le temps de manger ensemble, de discuter, de partager. Le dimanche, les Calédoniens seront invités à s’asseoir autour d’une grande table pour découvrir les spécialités culinaires des différentes communautés du pays. Je ne demande qu’une chose : que chacun apporte un dessert !

DEUX JOURS DE FÊTE

Samedi 27 et dimanche 28 juin, place de la Marne, à Nouméa Entrée gratuite > Samedi : accueil coutumier, danses traditionnelles et modernes. La soirée promet un concert très éclectique : rock, reggae, kaneka... > Dimanche : petit déjeuner offert place de la Marne, suivi d’une célébration œcuménique. À midi : festin commun et discours. Le festival s’achèvera par des danses et une coutume.

DES CHIFFRES QUI RASSEMBLENT

Le festival Caledonia +687 est organisé par l’association du même nom. Présidée par Tim Sameke, elle compte une demi-douzaine de membres. Autour de cette association, un collectif a vu le jour pour permettre aux artistes, aux amicales et aux associations de se joindre au mouvement sans forcément être adhérent. Une quarantaine de groupes fait partie de ce collectif. « Nous avons choisi ce nom pour son côté positif et pour reprendre l’idée de chiffres qui rassemblent, comme Melanesia 2000, explique Tim Sameke. +687, c’est l’indicatif téléphonique de la Nouvelle-Calédonie, trois chiffres pour joindre tous les Calédoniens ».

TIM SAMEKE EN DATES

> 12 août 1964 : naissance à Lifou > 1992-1995 : danseur de la troupe du Wetr > 1996-2006 : leader du groupe We Ce Ca > 1999 : Succès musical avec la reprise du titre « Waipepegu » > Depuis 2006 : président de la Sacenc > Depuis 2014 : animateur avec Délia de la tranche du 9-11 sur NC 1ère radio

Président de la Sacenc et ancien leader du groupe We Ce Ca, Tim Sameke œuvre depuis longtemps pour la promotion de la culture.

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Créer des ponts entre les cultures, est-ce l’essence de votre festival ?

La date du festival est pour le moins symbolique…

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E

Tim Sameke : Nous avons eu un bilan très positif pour la première édition, organisée le 5 avril 2014, au centre culturel Tjibaou. Le festival a attiré plus de 2 000 visiteurs en une seule journée. Côté organisation, près de 500 personnes, artistes et bénévoles d’associations ou d’amicales ont participé à l’événement. Nous ne pensions pas avoir autant de succès dès la première année. Du coup, nous n’avions pas envie d’attendre trop longtemps avant de remettre ça ! La sortie de l’Accord de Nouméa arrive bientôt, dans trois ans seulement. Je pense qu’il y a besoin de créer ce genre de festivités pour permettre aux gens de se rencontrer.

jeunesse aujourd’hui s’expliquent en partie par cette rupture avec ses origines. Car mieux tu te connais et plus tu acceptes l’autre. Beaucoup citent Jean-Marie Tjibaou sans forcément saisir l’esprit, l’âme de sa parole. Quand il disait « l’avenir est devant nous », c’était aussi une façon de dire qu’il faut s’ouvrir à l’autre.

Grande interview

ndemix : Le festival Caledonia +687 devait avoir lieu tous les deux ans. Pourquoi avoir anticipé cette deuxième édition ?


Celeno

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usique

Les 10 ans de

p. 16

Portrait

Par Sylvain Derne

S

pilonnés) et wessel apportent leurs sonorités caractéristiques. Dès ses premières scènes, le groupe accorde une exigence particulière aux parures et aux danses. « On a pris l’habitude de toujours faire le spectacle par rapport nos habits traditionnels et à nos chants, que ce soit à la tribu ou à l’extérieur... C’est pour ça que les gens nous ont encouragés à représenter le pays. » Vainqueur du concours 9 semaines et 1 jour, Celenod se produit en 2006 aux Francofolies de La Rochelle. L’année suivante, c’est donc le festival WOMADelaïde, puis New Plymouth et Auckland en NouvelleZélande. 2009 restera comme une année d’exception : Auckland en mars, avant un marathon de 60 dates en Métropole, puis Melbourne en novembre. Année couronnée par le Prix du Public aux Flèches de la Musique, pour le deuxième album Pani Bua Ko. Celenod réussit le pari de parler aux siens en abordant des thématiques liées à la coutume, la religion ou la mise en garde contre certains travers liés à la vie actuelle, tout en représentant le Caillou au-delà de nos récifs. C’est en particulier en Bretagne que des attaches fortes se créent, avec des tournées plusieurs années de suite. En 2013, Celenod ira jusqu’à y enregistrer Nengone ri 1841 ?, excellent troisième album ! L’appel mélancolique du biniou et de la bombarde sur le morceau « Wacewen » résonne comme un dialogue universel entre traditions musicales.

Les gens nous ont encouragés à représenter le pays

Musiciens... et danseurs Dans la foulée se greffent au projet les autres musiciens qui formeront définitivement Celenod. Parmi eux, donc, Moïse Wadra, vétéran du kaneka et garant des rigoureuses contraintes formelles que dictent les rythmes ancestraux. Bé en feuilles de cocotier, aloth (bambous

10 ANS, ÇA SE FÊTE !

Le groupe ne sait pas encore quelle forme prendront les célébrations de cette première décennie d’existence (minifestival, concert...). En attendant, il a participé à de récentes séances de coaching scénique, avec l’objectif de se nourrir des retours pour continuer à progresser... Et entretenir l’esprit fertile qui l’accompagne depuis les débuts.

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© Eric Dell’Erba

Dix ans après la sortie de son premier album Co Weli, Celenod fait figure d’ambassadeur réputé du kaneka à l’extérieur du pays. Puiser dans le répertoire traditionnel nengone n’a pas empêché le groupe de s’inspirer d’influences du vaste monde avec bonheur...

équence souvenirs. « Lorsqu’en 2007 on a préparé le festival Womad qui s’est déroulé en Australie, on a eu un mois de résidence au centre culturel Tjibaou. Avant ça, nous nous sommes installés une semaine entière dans le champ d’ignames de Moïse Wadra, à Maré. Pour nous, c’est important de s’isoler ainsi, pour travailler les compositions. C’est riche, aussi bien personnellement que pour le groupe : l’esprit de la musique nous guide. » Parler d’esprit pour évoquer la préparation d’un spectacle ou d’un album pourrait paraître galvaudé. Pas dans la bouche de Synode Wadra, l’un des deux membres originels, avec Wayo Wagada, du groupe Celenod. Peut-être est-ce justement l’alliance des esprits des clans de la mer (Cele) avec ceux de la terre (Nod) issus des environs de Nece, à Guahma, qui confère un tel souffle à la formation de sept musiciens... C’est en tout cas dès l’origine une quête d’authenticité qui motiva Wayo : collecter des expressions oubliées du parler ancien nengone pour les ressusciter dans les chansons. L’album Co Weli est enregistré par Synode et Wayo en autoproduction, comme le seront les suivants. Déjà se distingue la patte du groupe : arpèges de guitare ultra rapides sur lesquels s’entrelacent les chœurs masculins. Un Trophée de la Musique fin 2005 récompense la qualité instrumentale et le sens mélodique.


Autrefois, les habitants de Nyúwâxè , ne s approchaient pas de la mer Go mé iékúú nguma gi wè taa nyúwâ. Kaarè wano, cinà vääkàà nga tôâ wé wii jo. Nyôkàà ba to noxúú taa kû apa Nyúwâxè illustration : Dominique Berton

Extrait du conte « Nyùwâxè, l’igname amère », de Capini OUETCHO. Conte kanak diffusé avec CD audio bilingue français-numèè.

Depuis 2008, Vale Nouvelle-Calédonie œuvre pour la préservation et la valorisation des langues kanak du Grand Sud.

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Co-édité avec l’Agence de développement de la culture kanak, en partenariat avec l’Aire Drubéa-Kapümé.


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Era Kaneka /

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usique

chant de kanekA

DU GROUPE

AE,Hûmaa Guê Par Laure Boehe-Tindao et Stéphanie Geneix-Rabault, Académie des Langues Kanak

Couplet 1

Tètè wi kô kwè bwaa Mwâ itè wèwè bocu Itè wèwè bocu Mwâ bocu nu taa nyii mwêê. Awi to kô naaje Nâ nyii wi ja yitéa Nyii wi ja yitéa Yitéa ngè vii mworo. Apa kô ngu mwa Nâ nyii pa ro vè nû tîî (x2) Ti mètô ngè ta vii.

Refrain

Aé ô kare é Kare kûri mô târi Nè vé néné mi nè Mè nè tââvuu koomwânyû.

Tââvuu mé vâ tii ra É aé ô kare é Ro vî néné Mi gé mâ gé tââvuu koomwânyû.

Couplet 2

Nyaa vuu to vâ tii ra Ngô baro katû mérâ Baro katû mérâ We vî a inyarè ra. Cinè gu tuâ Xé ro tré nuè ra (x2) Û wèngè é jèmèrè. Au nyaa to méé Mwâ yorira, yorira Yorira, yorira Mwa yorira pwèla ôô. (Refrain) (Couplet 1)

Couplet 1

Debout là-bas sur le sable blanc On se salue On se dit bonjour Pour un autre jour. Là-bas à l’horizon Quand le soleil se lève Il se lève Avec une parole vivante. Là-haut sur le sommet Quand il va se coucher (x2) C’est une autre parole qui revient.

Refrain

À cette époque-là Du temps, des racines et des origines Ils travaillaient main dans la main Pour rassembler tous les clans. Réunissons-nous mes frères

Comme en ce temps-là Pour nous entraider Et réunir tous les clans.

Couplet 2

À vous, mes jeunes frères, Vous m’aiderez Me soutiendrez Dans ce que j’ai envie de réaliser. Vous ne voyez pas Ce qui est dans mon cœur Il est comme brisé. Aou toi, là, jeune garçon Disons-nous au revoir, au revoir Au revoir, au revoir Au revoir et à jamais. (Refrain) (Couplet 1)

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H

ûmaa Guê, ou Ûma Gé en langue numèè, signifie « Notre histoire ». Célèbre groupe de kaneka originaire de l’extrême Sud de la Grande-Terre, de la tribu de Touaourou, sur la commune de Yaté, il fêtera ses 20 ans en octobre 2015. Sous l’égide de la famille Ouetcho, une poignée de musiciens se réunit à une époque où Yaté comptait peu de formations de kaneka et peu de loisirs dans l’ensemble : « En 1991, […] une association visant à rassembler les jeunes autour des pratiques artisanales et culturelles y est créée. C’est de cette matrice que naîtra le groupe Hûmaa-Guê quatre ans plus tard » (Bensignor, 2013 : 148). Attentif aux problèmes qui touchent les jeunes, Hûmaa Guê s’adresse principalement à eux, évoquant tour à tour des sujets culturels, historiques, sociaux, politiques et des messages d’encouragement. Le groupe compose le plus souvent en nââ numèè, langue de la région de Yaté. Certains de ses titres sont aussi en français ou alternent entre les deux langues. « Aé », titre phare de l’album du même nom, sorti en 1998, évoque l’unité et le respect de la parole pour accomplir un travail. Le tempo rapide et rythmé des droobwé – les bwanjep – et la mélodie cadencée, inviteront DJ Steeve à en proposer une version reggae remixée, qui restera dans la tête et le cœur de tous les Calédoniens…

Retrouvez toute l’histoire du kaneka


numèè

R

La Nouvelle-Calédonie compte vingt-huit langues kanak et un créole parlés par environ 75 000 personnes de plus de 14 ans *. Véhicules des savoirs du monde, les langues révèlent à la fois la diversité et l’universalité des productions symboliques de l’humanité. Elles contribuent à la construction de nos identités. La connaissance et la maîtrise de plusieurs langues favorisent la réussite scolaire. Mémoire des peuples qui les parlent, elles représentent une richesse culturelle qu’il faut transmettre et mettre en valeur.

attaché au groupe des langues kanak de l’extrême Sud de la Nouvelle-Calédonie, le nââ numèè de Yaté constitue avec le nââ kwényï de l’Île des Pins et le nââ drubea de Païta, Ounia et Ouinané, l’ensemble des variétés dialectales parlées dans l’aire Drubea-Kapumë, entre lesquelles il existe une intercompréhension. Au XIXe siècle, apparaissait un créole, le tayo, parlé principalement à Saint-Louis et à la Conception. Provenant d’une base lexicale française, il fut probablement créé par les Kanak de l’extrême Nord (de Balade, Pouébo et Touho), en exil dans le Sud de la Grande-Terre suite à l’évangélisation. En 2009, on comptabilisait 1 814 locuteurs déclarés**. Comparativement, le drubea, autre langue kanak de cette aire, comprenait 1 211 locuteurs. Le nââ numèè est enseigné à l’école de Touaourou et Goro et au collège de Yaté. En 1973, J.-C. Rivierre*** et C. Vendegou publient un premier dictionnaire nââ numèè-français. Ces travaux seront repris en 2013 par Fabrice Wacalie qui soutient une thèse sur la description morphosyntaxique de cette langue. Il les poursuit

désormais en tant que superviseur de projets communautaires de Vale Nouvelle-Calédonie (voir p.11), aux côtés de l’Académie des Langues Kanak et de l’ADCK-centre culturel Tjibaou. * Source : ISEE, 1996 - ** Source : ISEE, 2009 *** Linguiste du Laboratoire de Langues et de Civilisations à Tradition Orale du CNRS (LACITO-CNRS).

À l’affiche au centre culturel Tjibaou Exposition photographique 2juin 27sept.2015

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Le nââ

En quelques mots

QUELQUES TITRES-PHARES Nyùwâxè, l’igname amère, par Capini Ouetcho et Dominique Berton, Nouméa, ADCK-CCT, Vale Nouvelle-Calédonie, 2012 Yoo ke ne puumwidrru : Chants du Sud de la Nouvelle-Calédonie, Singapour, ALK-CCCE, 2014 POUR ALLER PLUS LOIN > Site de l’ALK, page langue : www.alk.gouv.nc > Médiathèque de l’ADCK-CCT : www.adck.nc > Des enregistrements collectés par Jean-Claude Rivierre : www.lacito.vjf.cnrs.fr > Une fiche détaillée : www.corpusdelaparole.huma-num.fr

Pierre-Alain Pantz

Pierre-Alain Pantz

Tél. 41 45 45 www.adck.nc

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

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inquistique


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Repérage

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Gad

Ses pérégrinations initiatiques ont transformé Marcus Gad en rasta altermondialiste. Et les retours au pays du reggaeman ont des allures de simple parenthèse. Profitons-en !

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

© Éric Dell’Erba

Par Jean-Marc Estournès

e ne trouvais pas ma satisfaction dans le système occidental. » Alors Marcus a essayé les ashrams indiens, les communautés autosuffisantes au Costa Rica, ou les scènes alternatives à Hawaii. Dans sa quête spirituelle, le musicien calédonien a posé deux fois son sac en Ethiopie, avec arrêt sur image à Shashamané, la ville offerte par l’empereur Haïlé Sélassié aux rastafaris et descendants d’esclaves. Au cours de toutes ces années, il aura beaucoup « voyagé à l’arrache et dormi dehors ». Entre deux voyages, Marcus repassait par la Métropole, là où tout a commencé. Vers 2007, de mémoire. Il y était parti suivre une formation post-bac dans l’audiovisuel. Mais franchement, les études, trop peu pour lui. « Je me suis mis à jouer dans la rue avec le rêve fou que quelqu’un me découvre. » Sur le parvis de Notre-Dame et à Montmartre. « Les gitanes connaissaient les flics en civil, je leur donnais tous mes centimes et en échange, elles me prévenaient. » De rencontres en amitiés naissantes, le chanteur de reggae creuse lentement son trou. Accompagné d’un backing band, il donnera deux concerts en 2011. Sa voix surprend, formée à l’épreuve du trottoir – « chanter quatre heures par jour devant un public qui n’est pas là pour t’écouter, ça pousse à faire des efforts ». Son reggae, méditatif, invite au voyage, yeux fermés. Son message, universel, touche au cœur. « Je chante au nom de la Terre, en répétant qu’on peut sortir de ce conditionnement, faire éclater la bulle, se libérer de ses peurs et vivre ses rêves. »

Je chante au nom de la Terre, en répétant qu’on peut faire éclater la bulle et vivre ses rêves

Un nouveau périple et deux EP en 2015 C’est cette philosophie que Marcus développe le long de Soul Talk, un EP de six titres paru en février, trois mois après son retour, provisoire, à Nouméa, et enregistré au studio Gada avec Jun, son pote de toujours. « L’aboutissement de plusieurs années de compos. » En mars sortait le clip Don’t you know, tourné avec la bande aux marmites de Dumbéa. Un deuxième EP est programmé pour bientôt. Marcus a monté un groupe et travaille d’arrache-pied. D’autant que se profile, fin 2015, une méga tournée en France, organisée par un gros producteur. Encore peu connu ici, le baroudeur de 24 ans s’est déjà taillé une jolie réputation dans l’Hexagone. Avant de reprendre la route, il espère enchaîner les dates. Les bars et nakamals en acoustique, mais aussi une virée dans le Nord. Puis le grand départ, à nouveau, et les concerts en Europe. « Certains font des études pendant sept ou huit ans, nous on joue du reggae. Ça prendra le temps qu’il faudra, mais on sait qu’on arrivera un jour à vivre de notre musique. »

SOUS LE SOLEIL DE MIDNITE

Marcus et ses potes le revendiquent volontiers, leur influence majeure réside dans l’auguste répertoire de Midnite, un groupe des Îles Vierges à « l’aura légendaire » chez les amateurs de reggae. Ils s’inspirent également des gammes arabes, gitanes ou soufies, de toutes les musiques mystiques en général. Si l’anglais demeure par essence la langue véhiculaire de leurs compos, « on n’est pas à l’abri dans le futur de titres en français, spécialement pour le pays ».


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Derrière la couverture

Pour la réalisation de sa couverture, Endemix a fait dialoguer deux univers. Justine Collomb, photographe « surimpressionniste », a cherché à mettre en image le discours secret de Nicolas Molé, l’homme à la tête d’oiseau. Elle revient sur cette rencontre photographique.

Regarder hotographie

au trav Par Justine Collomb

Esprit

Au-delà La surimpression à la prise de vue est un dispositif intéressant pour évoquer la notion d’esprit, de double et d’ambivalence. Nous avons pu ainsi intégrer l’homme-oiseau aux ramifications de la forêt, les faire s’interpénétrer. Il est possible de jouer avec l’échelle, en reprenant la forme du modèle à plusieurs niveaux sur l’image. Cette technique, présentant des variations d’opacité et de transparence, évoque ce qui se produit lorsque l’on regarde « au travers » ou « au-delà ». Pour Nicolas comme pour moi, l’image, toujours ambivalente, doit révéler ce que l’on ne voit pas. Ainsi, l’enjeu de nos travaux respectifs est de déstabiliser la première lecture afin que le spectateur soit amené à ressentir, chercher le sens de ses émotions et y trouver sa propre interprétation. Toujours unique et particulière, la subjectivité du spectateur s’exprime alors, se juxtaposant à celle du créateur.

La surimpression (ou double exposition) est un procédé photographique qui permet de superposer deux images. Alors que cette surimpression est souvent travaillée en post-production avec des logiciels de traitement d’images, Justine Collomb la réalise, elle, au moment de la prise de vue.

Échos Nous voulions créer une fenêtre picturale qui puisse s’ouvrir sur nos univers respectifs. Des accointances réelles, tant formelles que conceptuelles, entraient de toute évidence en résonances. En effet, la recherche photographique que je mène depuis quelques années questionne l’image de soi, notre subjectivité, notre identité. Elle porte le nom de « Corps Étrangers ». Car ce corps est la première image que l’on donne de soi. Bien que nous tentions, et souvent par tous les moyens, d’en maîtriser les effets, cette image nous échappe dès lors qu’elle atteint le regard de l’autre. Notre forme, notre matière, notre identité se trouvent ainsi transformées, altérées, déformées. Nous devenons alors étranges, voire étrangers à nous-mêmes. Inspirée par la philosophie et l’anthropologie, je cherche ainsi, et parfois jusqu’à l’abstraction picturale, à fixer dans « l’objectif-subjectif » notre propre altérité, celle qui nous échappe, qui prend existence à l’extérieur de nos corps, de nos limites. Et que cherchons-nous artistes, si ce n’est transcender et transgresser nos propres limites ?

Pour Nicolas comme pour moi, l’image, toujours ambivalente, doit révéler ce que l’on ne voit pas

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La lumière décline doucement. Le soleil se penche sur la forêt et joue à illuminer les lianes-serpentes rampant sur le tronc des arbres. Un petit coin de forêt, de celles que Nicolas (voir p. 26) dessine en des traits fins et détaillés pour révéler ses niveaux, ses enchevêtrements, ses arbres qui cachent la forêt. Car il est bien question de se dissimuler, de se tapir dans l’image et d’attendre d’être vu, par la découverte du sens caché. La subjectivité de celui qui regarde peut alors régner, laissant loin derrière elle les présomptions de l’objectivité. Nicolas se masque d’un oiseau, son animal totem. L’oiseau est esprit et l’esprit de son créateur. Autoportrait de l’artiste. Mi-homme, mi-animal, l’être est désigné dans son originelle dualité. La photographie devait donc porter en elle son mystère, lever délicatement le voile et voyager en l’intimité de celui qui la voit, qui se l’approprie.


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Questions à...

Martine

LAGNEAU

première vice-présidente de la Province Sud

« Je travaille beaucoup sur l’interaction culture-tourisme »

Propos recueillis par Jean-Marc Estournès

Selon Martine Lagneau, la direction de la Culture de la Province Sud a vraiment pris une nouvelle dimension il y a dix ans. Ses missions : contribuer à l’identification, la conservation et la valorisation du patrimoine ; initier les dispositifs concourant au développement culturel ; et soutenir la création artistique par les aides et les subventions.

E Endemix : Quelle a été votre priorité en prenant vos fonctions en mai 2014 ?

sa construction. Mais le projet n’est pas abandonné, simplement différé d’un an.

Martine Lagneau : Renforcer la concertation et les partenariats, avec la Ville de Nouméa et les communes de l’Intérieur par exemple, et favoriser l’accès de tous à la culture. Je travaille aussi beaucoup en ce moment sur l’interaction avec le tourisme. Cela passe par le soutien à la production audiovisuelle. Présentés lors de festivals en Australie ou en Nouvelle-Zélande, films et courts-métrages permettraient de mieux faire connaître la richesse et l’identité culturelles calédoniennes. L’image constitue aujourd’hui le meilleur vecteur. Si je reste l’amie du livre, je crois énormément à la communication audiovisuelle.

Un été au ciné, les aides à la réalisation de courts-métrages de fiction, l’assistance logistique aux équipes de tournage de films à travers le BAT*, le dispositif Ciné Sud, le partenariat historique avec le festival de La Foa, etc. Côté cinéma, n’en feriez-vous pas un peu trop ?

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En ces périodes de restriction budgétaire, il a sans doute fallu faire des choix…

Le budget dédié à la culture en 2015 reste exactement le même que le précédent. Nous n’avons rien supprimé et j’ai réussi à sanctuariser la partie subventions. En revanche, nous avons malheureusement dû reporter les investissements liés au musée du Bagne. Nous ne disposions pas des finances pour

Vu de l’extérieur, on pourrait penser qu’on a tout misé dessus au détriment du reste. Mais nous continuons à soutenir fortement les autres expressions artistiques. Il faut savoir aussi que cinq minutes d’un court-métrage reviennent à plus de deux millions de francs. Pour un franc donné par la Province, les productions en investissent trois. C’est un effet de levier non négligeable. Regardez le festival de La Foa : pouviez-vous imaginer en 2005 que de jeunes Calédoniens réaliseraient

dix ans plus tard des courts-métrages d’une telle qualité ? Se seraient-ils ainsi accomplis si on ne les avait pas initiés, formés et aidés ?

Près de dix ans après le lancement des aides à la création artistique, quel bilan en tirez-vous ? Un bilan très positif pour un dispositif qui fonctionne bien. Tous les projets ont abouti, dans l’année qui a suivi l’octroi de l’aide comme le prévoit la convention qui nous lie à l’artiste. Je retiendrai le parcours de Jeanne Vassard, lauréate l’an dernier à La Foa avec un court-métrage d’une qualité exceptionnelle. Voilà un exemple de réussite des soutiens apportés par la Province.

Le budget dédié à la culture en 2015 reste exactement le même que le précédent 

Nous pourrions, dans un inventaire à la Prévert, évoquer pêle-mêle la Quinzaine du hip-hop, la bourse d’enseignement artistique, les Voix du Sud, le collège


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© Éric Dell’Erba

Questions à...

Un époux musicien, un fils de 15 ans qui s’éclate sur les planches, Martine Lagneau aimerait faire du théâtre ou se mettre au chant. Mais le temps manque. Alors elle lit, dès que possible. Sa dernière victime : Le Bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit, de François Xavier Testu. « Très amusant. »

au cinéma, les concerts éducatifs, les parcours découverte culturelle en faveur des familles en difficultés… Mais s’il ne fallait retenir qu’un seul dispositif ou événement ?

* Bureau d’accueil des tournages

LES CHIFFRES DE 2014

> Budget de la direction de la Culture : 652 millions de francs (436 millions en fonctionnement, 216 en investissement) > Subventions allouées : 330 millions > Aides à la création artistique : 12 millions > Bénéficiaires d’actions culturelles : 48 000 personnes > Établissements scolaires aidés : 70 > Manifestations subventionnées : 60 >  Mois du patrimoine : 9 600 visiteurs > Un été au ciné : 8 800 spectateurs

SON PARCOURS

Nouméenne d’origine bouraillaise, Martine Lagneau (52 ans) a débuté sa carrière à Aircalin avant de rejoindre les imprimeries Artypo et de prendre, avec deux associés, la succession de son père en 1999. Elle revend l’affaire familiale en 2007 et plonge l’année suivante dans l’univers des fédérations patronales. Conseillère à la CCI et au Conseil économique, social et environnemental, elle devient coprésidente de la Fédération des industries de Nouvelle-Calédonie de 2011 à 2013. Dans la continuité de cet engagement, elle est élue en 2014 première viceprésidente de la Province Sud, en charge d’un très lourd portefeuille : le développement économique et le tourisme, l’emploi et l’insertion professionnelle, domaine qu’elle connaît bien, la condition féminine où elle laisse « parler son cœur » de femme, et enfin la culture qu’elle a abordée « avec des yeux d’enfant ».

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Ce serait le Mois du patrimoine. Mon coup de cœur ! Un événement majeur dans notre calendrier, qui fédère toutes les associations patrimoniales de la province. Cette année, le thème retenu est « la jeunesse ». Une présentation des coutumes, des jeux, de la vision des jeunes d’hier et d’aujourd’hui. Sur cette opération, on attire les parents, les enfants, mais rarement les 12-20 ans. Tous ces jeunes, il faut essayer de les intéresser aussi à leur histoire. On va travailler avec les associations qui s’occupent d’eux. Et, qui sait, parviendrons-nous à leur faire découvrir des endroits magnifiques où ils ne seraient jamais allés. À faire entrer au château Hagen le hip-hop ou le slam qui n’est rien d’autre que de la poésie très moderne.


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Palabres d’écrivain

Des idées pour la prochaine pièce ? « Je veux reprendre le mythe de la fuite des ignames, qui quittent le Vanuatu pour arriver à Maré. J’en ai déjà écrit une version “traditionnelle”. Il s’agirait d’une version actuelle cette fois, avec costumes et décors contemporains. »

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« Je suis, quelque part, un élève du maître Shakespeare » Propos recueillis par Antoine Pecquet

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Le dramaturge maréen Pierre Gope est au four et au moulin en cette saison 2015. Après L’Histoire et l’Endroit, spectacle sur la naissance du centre culturel de Hienghène en avril au centre culturel Tjibaou, il a diffusé La Tempête d’après Shakespeare en mai, au Théâtre de l’Île.

© Antoine Pecquet

héâtre


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Vous passez d’un thème à l’autre comme si tout ce qui vous entoure pouvait devenir le sujet d’une pièce. Cela vous vient naturellement, ou c’est le fruit d’un entraînement ? Il s’agit d’inspiration divine. Ça vient du Ciel. C’est comme si mon corps était fait de bouts de dialogues : je n’ai qu’à me gratter pour obtenir la matière d’une pièce (rires). Mais après, ça devient un peu plus compliqué pour tout organiser. Le Ciel met des petits obstacles sur le chemin, pour tester l’engagement. C’est là que le labeur intervient. Réécrire des classiques, comme je l’ai fait pour L’Histoire et l’Endroit. La Tempête d’après Shakespeare, est un exercice formidable, une parfaite gymnastique pour apprendre à construire une pièce.

Et pour votre second projet, comment vous est venue l’idée de revisiter La Tempête de Shakespeare ? Comme je le disais, réécrire des classiques est un excellent entraînement technique. Je l’ai déjà fait plusieurs fois, notamment avec Roméo et Juliette. C’est mon vieil ami José Renault, metteur en scène basé à Reims, qui m’a passé commande du texte de La Tempête, que nous avons mis en scène ensemble. Au départ, la pièce de Shakespeare m’a paru très difficile, moi qui ai arrêté l’école en CM2. Je l’ai relue deux fois, et j’ai fini par y rentrer. © Éric Dell’Erba

Vous faites très souvent référence au Ciel et à Dieu en parlant de votre création. Ne craignez-vous pas de gêner, dans un temps où l’affichage religieux peut susciter une certaine méfiance ? Je ne prêche pour aucune paroisse. Je ne parle ni de protestantisme, ni de catholicisme. Il me semble que chacun doit vivre Dieu librement. La religion, c’est avant tout croire à ce que l’on fait. L’Église se trouve à l’intérieur de chacun, et le fait de bien faire son travail équivaut à dire une messe. À ce propos, je me désole de voir combien la vocation vraie des gens est peu respectée. On se décide rarement pour une carrière parce qu’elle nous correspond profondément. On se laisse tenter par l’argent et la sécurité, et on contraint les jeunes à obéir à cette logique. Ils vont à la mine, ou deviennent fonctionnaires par obligation : où sont la vocation et l’authenticité là-dedans ? Dans un tel système, qui formate les gens au lieu de les aider à se réaliser, pas étonnant qu’il y ait tant de frustrations, de violences, etc.

Réécrire des classiques est un excellent entraînement technique

Parlez-nous de L’Histoire et l’Endroit, votre pièce sur le centre culturel Goa Ma Bwarhat à Hienghène, un des temps forts du début de saison au centre culturel Tjibaou. C’est une commande – passée par Edou avant qu’il ne quitte ses fonctions de directeur du centre – pour marquer les 30 ans de Goa Ma Bwarhat. La première partie du spectacle a

Palabres d’écrivain

Pierre Gope : C’est mon rythme, j’essaie d’écrire deux pièces par an. On n’a plus 20 ans, le temps presse (rires). Et je dois fournir du contenu aux comédiens de la compagnie du Nord, qui dépendent de ma production pour jouer. Mais maintenant que je suis sous contrat avec l’AFMI*, je n’ai plus qu’à me soucier d’écriture. Je suis payé pour ça, et mon agent s’occupe du reste.

beaucoup tourné dans le Nord avant d’être programmée au centre Tjibaou en avril dernier, et je suis en train de terminer l’écriture de la seconde partie. Dans le premier volet, j’ai mis en parallèle la fondation de cet espace et l’assassinat des dix « frères » de Hienghène, parce que ces deux histoires sont liées. Tout cela est encore assez douloureux, il y a des blessures qui ne sont pas refermées. Donc il fallait prendre un peu de distance par rapport aux faits, c’est pourquoi j’ai utilisé des personnages d’animaux. Il y a aussi, comme protagonistes, la poule et le sphinx de Hienghène, Wejo et Puxa. Dans le second volet, une autre figure se retrouve au centre de l’attention, c’est Popiwa, « la mauvaise langue ». Elle représente la femme qui sort de la tradition et s’en va vers la ville et vers le destin commun, en soulevant au passage énormément de questions et de contradictions.

Comment avez-vous réécrit la pièce ? J’ai conservé les personnages et la structure, qui est vraiment admirable. Shakespeare, comme Molière, est un grand maître de la structure. J’ai simplement donné mes mots aux protagonistes, qui, dans ma version, sont tous Kanak. Faire ce travail sur l’expression m’a permis au passage, disons, d’explorer des « grottes intérieures ».

Qu’aimez-vous chez Shakespeare ? J’ai l’impression d’être quelque part son élève. C’est quelqu’un qui n’a pas peur de parler des dessous de la politique, de la religion, des coutumes. Ses écrits ont un pouvoir libérateur contre le conservatisme, les carcans intellectuels. Ils nous disent que rien n’est figé, qu’on est en évolution permanente et que la véritable raison de vivre, c’est l’individu. Message salutaire pour nous, qui étouffons quelques fois au milieu de nos traditions. * AFMI : Association de formation de musicien intervenant

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E

ndemix : Deux spectacles sur scène, une pièce en fin d’écriture, vous ne ménagez pas vos efforts cette année…


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Portrait

Nicolas

MOlÉ

Plasticien de pleine terre À 40 ans, Nicolas Molé est un représentant incontournable de la scène artistique calédonienne. En juillet, le centre culturel Tjibaou lui ouvre une nouvelle fois ses portes, pour une exposition qu’il partage avec ses amis. Portrait d’un artiste qui fait de son métissage une force.

Cette énigmatique photo est une œuvre de Justine Collomb (voir p. 21)

© Justine Collomb

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Par Antoine Pecquet


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L’art en questions Pour ce « mordu de technologie et d’écrans », qui pense à « créer un jour des applis et des jeux », la culture mélanésienne offre un contrepoids à la saturation « d’images et d’infos permanentes » qui « peut faire perdre le sens du réel ». « Ici, ajoute-t-il, la notion de temps change complètement, tu retrouves la possibilité d’une réflexion ». Car pour lui, créer, c’est avant tout poser des questions. « Le jour où j’aurai les réponses, j’arrête », rigole-t-il. Dans ses œuvres, il explique « interroger continuellement les relations du visible à l’invisible, du concret au virtuel, du corps à l’esprit ». Et s’il dédaigne « d’intellectualiser son travail », il n’en revendique pas moins l’influence capitale de penseurs comme Deleuze, Bourdieu, Debord ou Baudrillard. Et celle de nombreux artistes, de Fra Angelico à Joseph Beuys en passant par Rembrandt et les performers des années 1970. « Je travaille en référence constante à ces modèles-là, même si ce n’est pas forcément explicite dans mon boulot. »

Portrait

P

lutôt que raconter son parcours, Nicolas Molé préfère évoquer ses filiations, humaines et esthétiques. « L’intéressant ce n’est pas mon CV, c’est ce qui me relie, me pousse, me nourrit », juge-t-il. On rappellera tout de même qu’il est né à Niort, d’une mère française du Poitou et d’un père kanak de Lifou « parti coloniser la France dans les années 1960 ». Qu’il a étudié aux Beaux-Arts de Bordeaux, été membre d’un collectif vidéo itinérant sur les routes de Métropole, puis œuvré comme VJ* à Buenos Aires. Et qu’il a mis le pied en Nouvelle-Calédonie pour la première fois fin 1999 – « pendant neuf mois, le temps d’une gestation » – et qu’il y est revenu en 2011, cette fois pour s’installer au MontDore avec la peintre Mariana Molteni, sa compagne. « Mes ancêtres et mes vieux sont ma boussole, poursuit l’artiste, aussi bien côté lifou que poitevin, ils m’indiquent le chemin, ils me tapent sur le derrière de la tête pour me donner des idées », explique-t-il, fier de les sentir toujours avec lui.

L’esprit d’équipe

Troisième repère de Nicolas Molé, avec ses vieux et Punk et totem ses héros de l’art et de la pensée : sa bande. « J’ai le Visage volontaire, regard goût du collectif, assure-t-il, intense, l’artiste quadragénaire, c’est comme ça que j’ai débuté, qui se souvient d’avoir été un dans une équipe informelle « enfant chanceux », récuse qu’on appelait Le Noviciat. d’emblée la difficulté d’être J’aime qu’on puisse collaborer métis. « Pour moi, c’est une et se soutenir sans perdre son force. Point. Sûrement parce indépendance, en gardant des que mes deux origines sont projets à soi. Depuis que je suis ancrées profondément dans la ici, je m’emploie à reproduire terre. Mon grand-père poitevin ça ». La chose est en bonne voie, était cultivateur, ma famille autour d’un noyau de copains de Lifou, pareil. Je n’ai jamais comme le clippeur Christophe senti de fossé, j’ai toujours Pour sa prochaine exposition au centre culturel Tjibaou, Nicolas Molé Martin, le slameur Erwan perçu la correspondance entre expose entre autres ce masque d’oiseau, son animal totémique. Botrel et le producteur Laurent les deux mondes. » De fait, Devèze. Le nom du collectif est dans son travail, ses racines trouvé : Waawa, le « corbeau » s’entrecroisent, se renforcent en langue camuki. Invité à mutuellement et nourrissent exposer au centre culturel ses créations. D’une part Tjibaou, dans la belle salle « le côté keupon** » irréductible, Komwi, à partir du 10 juillet, qu’il garde de ses années il présentera une rétrospective d’apprentissage en France, de son travail et des œuvres et dont témoigne l’Opinel inédites, et fera aussi place à des amis, Fly et Teddy Diaïke grandeur nature tatoué sur son avant-bras. Un certain goût (voir Endemix n° 10). de la provoc’ et de l’insoumission, qui lui a fait jadis « planter Ce sens du collectif, l’artiste en rêve aussi, à sa façon bien le jury sur place » lors de l’examen final des Beaux-Arts, et le terrienne, quand, au-delà de l’art, on aborde l’avenir du laisse emprunter sans gêne à l’imagerie porno dans certains pays. « Il faut envoyer régulièrement les jeunes de toutes les dessins. D’autre part, la sensibilité kanak, qui le mène à peupler communautés travailler les champs ensemble. C’est sûr que d’animaux totémiques et de figures ancestrales ses installations là, ils apprendront à se connaître, à dépasser les préjugés, en audiovisuelles interactives où la nature est toujours présente ; faisant quelque chose de vraiment utile. Ce serait ça, construire installations qui deviennent alors des sortes d’écosystèmes ensemble. » Pour l’artiste fier d’avoir « gardé un regard intégrant le spectateur. d’enfant » sur l’art et le monde, et qui a grandi au milieu des champs, aucun doute : la terre porte en germe toutes les vertus. *VJ : abréviation de « Video-Jockey ». Artiste vidéaste qui projette des images animées lors de concerts, expos, spectacles… ** Keupon : « punk », en verlan.

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 Mes ancêtres et mes vieux sont ma boussole, aussi bien côté lifou que poitevin


p. 28 Portrait

FaNy

© Coralie Cochin

eDWin

L’identité entre les lignes Par Coralie Cochin

« Chaque empreinte digitale est unique. C’est ma signature », précise Fany Edwin, devant l’une de ses dernières œuvres.

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Quand elle était étudiante à la Sorbonne, Fany Edwin a beaucoup marché dans Paris. De ses déambulations nocturnes est né le sujet de sa thèse : l’errance de la recherche identitaire et la question du métissage. L’œuvre d’une vie, que la jeune plasticienne approfondit chaque fois qu’elle crée.

F

any Edwin n’a pas d’atelier. Il lui arrive de peindre chez ses parents, à Païta. Mais c’est le plus souvent chez elle, sur la terrasse de son appartement de Boulari, qu’elle travaille. La nuit de préférence. Quand tout est calme et que les autres rêvent, Fany peut « vivre son art sereinement ». Elle a pris cette habitude à Paris, alors qu’elle étudiait l’art et les sciences de l’art, à l’université de la Sorbonne. Elle avait 19 ans. « C’était un peu l’aventure mais cette expérience m’a permis de grandir, d’apprendre à me relever et à me débrouiller par mes propres moyens » C’est l’artiste Aline Mori, professeur d’arts plastiques,

qui l’a encouragée dans cette voie. « Elle m’a donné le savoir-faire et m’a ouvert les yeux sur ce que j’étais capable de créer. J’ai bien fait de l’écouter car ces quelques années à Paris ont été déterminantes dans mon parcours artistique et professionnel. »

Destination inconnue Seule face à elle-même, l’étudiante sillonne les rues de la capitale à la nuit tombée. Durant ces évasions solitaires, l’artiste, née d’un père originaire des îles Banks au Vanuatu, et d’une mère de Poindimié, remonte le fleuve sinueux de son identité et de son métissage. Ce voyage intérieur se retrouve dans ses créations. « J’ai réalisé


Paris, c’était un peu l’aventure, mais cette expérience m’a permis de grandir de nombreux moulages à partir d’empreintes de pieds de gens rencontrés sur mon chemin. Parfois, ces empreintes s’arrêtaient au beau milieu d’une salle ou contre un mur. » Un jour, un professeur l’interroge sur la destination de toutes ces échappées. Pour la jeune doctorante, c’est le déclic. De cette question en naît une autre qui deviendra son sujet de thèse : « Métis, une errance active ? ».

Le langage des bambous gravés À cheval entre tradition et modernité, Fany Edwin s’inspire autant du vidéaste Bill Viola, dont les œuvres iconoclastes interrogent la condition humaine, que de l’artiste kanak Micheline Neporon, qui revisite les motifs des bambous gravés.

p. 29 Portrait

« Ses dessins sont un langage que j’ai essayé de comprendre à travers les lignes et de m’approprier », dit-elle. Artiste éclectique, elle diversifie les modes d’expression, entre photographie, installation, performance et vidéo. Le goût de la peinture s’est manifesté tardivement, au début de son doctorat. Il opère aujourd’hui « comme un retour aux sources », compare l’artiste qui est revenue vivre en Nouvelle-Calédonie fin 2012. Alors qu’elle poursuit son doctorat à distance, l’expérience de la maternité est venue enrichir davantage sa recherche identitaire. « Et si c’était cela, la finalité de mon travail…? »

ESCALE À LA GALERIE LEC LEC TIC

Programmée au Festival des arts mélanésiens en 2010 et au Festival Rochefort-Pacifique en 2011, Fany Edwin a présenté une vidéo avec Micheline Neporon, dans le cadre de l’exposition Kanak, l’Art est une Parole au musée du quai Branly, à Paris. L’artiste était aussi l’invitée de la galerie Lec Lec Tic en avril dernier pour son exposition H-éritage, Erritage ?, un récit autobiographique sur son appartenance aux cultures kanak et ni-vanuatu, où la peinture se mêle à la photographie, la performance, le son et la vidéo plasticienne. Comme motif, Fany Edwin a choisi l’empreinte digitale d’un de ses orteils, « parce que le pied est ce qui relie l’homme à la terre ». Eclatée en plusieurs petits tableaux qui forment une seule et même toile, l’empreinte devient « puzzle que l’on construit et que l’on déconstruit ».

Jeudi 4 et vendredi 5 juin à 20h Samedi 6 juin à 18h

L’homme qui rit

SAISON 2015

De Victor Hugo, compagnie Collectif 8 Vendredi 3 juillet à 20h Samedi 4 et dimanche 5 juillet à 18h

Dialogues des carmélites

D’après Georges Bernanos, Gertrud von Le Fort et Francis Poulenc Jeudi 6 et vendredi 7 août à 20h Samedi 8 août à 18h

Les cavaliers

D’après Joseph Kessel - Libre adaptation de Éric Bouvron

Arthur H Réservation tél. 25 50 50 www.theatredelile.nc Vincent GinGuené

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Vendredi 28 août à 20h Samedi 29 et dimanche 30 août à 18h


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© Clémence Losserand

Portrait

Adilio Poacoudou est convaincu que l’art peut être un outil pédagogique qui permettra aux jeunes de comprendre leur culture.

Aux racines de l’engagement

Par Clémence Losserand

Originaire de Nakety à Canala, Adilio Poacoudou est un des rares plasticiens calédoniens diplômés de l’école des Beaux-Arts. Depuis son retour de Métropole, il poursuit ses réflexions et ses recherches tout en enseignant.

« U

n véritable périple » : des neuf ans qu’il a passés en Métropole, Adilio est revenu changé. Après un bac médico-social, il commence un Deug de biologie à Nouméa. Déjà, dans l’attention qu’il prête au dessin des cellules, on voit qu’il a une certaine fibre artistique. Et, coïncidence ou pas, il tombe sur une annonce d’un centre de formation qui propose une prépa de quatre mois pour passer les concours des écoles d’art en Métropole. Il tente sa chance. Il sera le seul Kanak de sa promo à décrocher le sésame. 2003 était alors définitivement une année faste pour le jeune Adilio, sélectionné pour partir au festival des Arts du Pacifique à Palau, « une bonne occasion de prendre l’avion ! ».

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Ouvrir l’œil En 2004, il fait sa rentrée aux Beaux-Arts d’Angers, et là, un autre monde s’ouvre. Un choc « de voir que personne ne nous reconnaît ! Parti pour découvrir, j’ai élargi mes visions et ressentis ». Duchamp, Buren, Van Gogh le marquent au fer rouge. Son domaine d’exploration s’étend jusqu’au Mali, à l’occasion d’un stage. De « ce pays qui a déjà traversé le fleuve », il veut voir les artistes, leurs créations, avant et après l’indépendance. De quoi lui apporter « de l’espoir et de la détermination pour m’engager, dire ce que je pense ». Diplômé, Adilio peint, installe, expose. « J’ai perdu neuf ans de ma vie kanak, un sacrifice », malgré des retours réguliers « pour mon champ, racines obligent ! ». Un temps d’exil, pour réfléchir et mûrir. En 2012, à l’occasion d’une exposition en Normandie, à l’Espace Senghor, il présente un portrait monumental d’Eloi Machoro. « C’est un grand-père, mais aussi la référence, il a fait

des études, il parlait bien le français et il nous tirait vers le haut. » Le peindre, « c’est redorer son blason ». Dans ce lieu où résonne l’Afrique, on lui raconte alors ce proverbe : « Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse ne pourront chanter que la gloire du chasseur ». Fin de l’année, il rentre trentenaire, bien décidé à « prendre le temps d’écouter ici ». L’année suivante, il intègre le service animation à la mairie de Canala. Puis il devient professeur d’arts appliqués, à Houaïlou puis à Pouebo.

Trouver le juste milieu Et sa vie d’artiste ? « Dans un avenir proche, je vais reprendre », promet-il. Pour l’heure, il graffe. « Je ne veux pas aller dans les galeries, les gens que je veux toucher ne s’y rendront pas. » Côté peinture, « je ne peux pas encore exposer ici, le pays n’est pas prêt », estime-t-il. Il évoque le caractère tabou de son art dans sa culture : « j’ai voulu faire le portrait d’un grand-père, il m’a dit “tu veux ma mort ou quoi ?” ». Adilio Poacoudou est à la croisée des chemins. « Inscrit dans une pensée millénaire, je suis assujetti à ma culture. En tant qu’artiste, j’aime être libre de m’exprimer. » Nourri de cet apparent paradoxe, il poursuit sa réflexion. Et veut la tendre en miroir, « faire que celui qui regarde se pose des questions, sinon quel intérêt ? ».

J’ai voulu faire le portrait d’un grand-père, il m’a dit « tu veux ma mort ou quoi ? »


p. 31 Portrait

Thierry

Un artiste en réseau Par Antoine Pecquet

Instigateur et cosignataire d’une exposition avec la Taïwanaise Laha Mebow, présentée jusqu’au 21 juin au Mont-Dore, Thierry Mangin s’impose comme une des figures les plus singulières et les plus connectées de la création locale. Portrait d’un plasticien unique en son genre.

«L’

 Thierry Mangin affectionne l’art raide et piquant.

esthétique relationnelle », notionphare de l’art contemporain selon laquelle « la valeur d’une œuvre découle des relations interhumaines qu’elle figure ou suscite », Thierry Mangin la pratique d’instinct, à la mode calédonienne. « Mon travail est fait de rencontres. Si j’ai un don, c’est bien de tresser des liens avec les gens, comme un panier », assure le plasticien. En témoignait récemment Je suis une âme d’expression massive, exposition photos itinérante depuis 2014. Un projet collaboratif de longue haleine que Thierry Mangin a mené avec dix-sept jeunes du pays, recueillant leurs paroles de révolte et d’espoir. À l’affiche actuellement Destination Grand Sud, un show que l’artiste a coréalisé avec la vidéaste taïwanaise Laha Mebow et une poignée d’autres complices (voir encadré).

Trash, kitsch et tendre À son appétit de création participative et de « trafic d’influences » fait pendant une confiance certaine en son propre style. Nul doute, l’adage « le style, c’est l’homme » s’applique au quadragénaire autodidacte juste passé, à 16 ans, par l’atelier du peintre Ly Van Thuan. Un dosage très personnel de tendresse et de provocation, de kitsch et d’ironie, de spiritualité et de trash imprègne sa production à large spectre, qui va de la déco sur shell de kava à la retouche photo punk, en passant par les toiles symbolistes et visionnaires et le romanphoto satirico-religieux. Un capharnaüm plastique assumé, qui, au final, fait sens en se refusant à suivre les chemins de l’art bien balisé. On l’aura saisi, l’homme a un certain goût du risque. Il s’en amuse, persiste et signe. « Je prépare doucement une exposition sur le sexe, annonce-t-il, pas de la pornographie, mais des photos clairement osées. J’imagine que ça va déranger un peu, mais je trouve qu’en Calédonie, on est trop prude ». D’ici là, les projets – résidence dans les maisons de quartier de Dumbéa, exposition à Taïwan – se bousculent pour un Thierry Mangin qui crée comme il respire.

Comme tout le monde, l’actualité me touche, m’angoisse parfois, j’ai besoin de réagir dessus

Œuvres à liker En plus d’exposer régulièrement, en solo ou en groupe, depuis 1994, Thierry Mangin assure une permanence artistique sur Internet. Il y diffuse son travail – notamment une série d’images en forme de détournements tour à tour ironiques, vachards ou délirants des « Unes » des Nouvelles calédoniennes – aux centaines de fidèles de sa page Facebook. « Comme tout le monde, l’actualité me touche, m’angoisse parfois, j’ai besoin de réagir dessus ». De fait, le réseau social est devenu pour lui un instrument de création. « Sur Facebook, d’autres sont venus spontanément ajouter leurs mots à mes images, comme Denis Pourawa ou Damien Faugerolles. Ces échanges-là me nourrissent. »

ON DIRAIT LE SUD

Destination Grand Sud met en regard des photographies de Thierry Mangin et des vidéos de Laha Mebow, réalisatrice taïwanaise. « C’est une expo sur le partage, raconte Thierry Mangin. Avec Laha, nous avons sillonné le Grand Sud et ses tribus à la rencontre des gens, pour partager un moment de leur vie et en ramener des images ». Sponsorisée par l’association Tourisme Grand Sud, l’exposition comprend aussi des œuvres d’artistes invités par Thierry, comme Fany Edwin (voir portrait p. 28), Valérie Ouetcho, Armand Goroboredjo, Patrice Kaikilekofe et François Uzan. Jusqu’au 21 juin, au centre culturel du Mont-Dore. Entrée libre.

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© Antoine Pecquet

MaNgin


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© Éric Dell’Erba

Portrait

En baptisant ses expos de titres en différentes langues, Stéphane Foucaud transcende les barrières géographiques, perçoit l’environnement proche avec une vision universelle.

Peintre du réel

Adepte du monde océanien et curieux d’univers culturels plus éloignés, le peintre et plasticien Stéphane Foucaud conte les histoires qu’il voit et vit au quotidien.

E

Par Elif Kayi

nfant du Caillou autant que citoyen du monde, Stéphane Foucaud s’inspire de son environnement direct pour composer ses œuvres. Un travail « in situ », comme il aime l’appeler. Formé à la faculté d’arts plastiques de Strasbourg, il a d’abord été inspiré par la construction d’installations, puis s’est tourné vers la peinture. Poésie et mysticisme des éléments naturels constituent une source d’inspiration importante dans son travail. Même dans la collection urbaine Cityzoom de 2012, la nature demeure omniprésente, comme si l’artiste ne pouvait l’empêcher de resurgir. Tout comme la spiritualité, axe fondamental de l’exposition Ko-N.

L’inachevé, porte ouverte à l’imaginaire Au premier abord, certains tableaux peuvent laisser une impression d’ébauche, comme une invitation à continuer les fragments d’histoire. De nombreux croquis apparaissent sur la toile, ainsi que de petits détails, qui se révèlent au gré de l’attention ou de l’humeur de l’observateur. « J’aime quand les gens me disent qu’ils ont encore découvert de nouvelles choses sur les toiles, parfois même plusieurs mois après », commente Stéphane. Comme un plat, dont on découvre la subtilité des différentes saveurs à chaque nouvelle dégustation, on se plaît à décrypter, on suit les mouvements graphiques, on cherche, on interprète. Les œuvres sont vivantes, mobiles, saisies sur l’instant, à la croisée des mondes et des espaces temporels, entre matériel, rêve et imaginaire.

J’aime quand les gens me disent qu’ils ont encore découvert de nouvelles choses sur les toiles

Import-export

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conducteur est resté identique : s’imprégner et retranscrire les environnements dans lesquels il se fond.

Habitué du monde pacifique, l’artiste sait aussi surprendre, comme lors de sa dernière exposition de 2014, Thaï food. Parti rejoindre un ami en Thaïlande, Stéphane a vite établi ses quartiers sur un balcon de Pattaya pour peindre au quotidien ses impressions de ce pays agité et coloré. L’exposition lui coûtera au final assez cher puisqu’elle a été entièrement réalisée sur place, avant d’être envoyée à Nouméa. « Je voulais rester fidèle à l’idée de départ : avec ces œuvres, on suivait la filière d’exportation des produits thaï vers la Nouvelle-Calédonie », explique-t-il. Si le thème de l’ancien royaume de Siam a pu déstabiliser son public, le fil

NOUVELLE EXPOSITION AUTOUR DES LÉGENDES CALÉDONIENNES

En cèmuhî – langue de l’aire Paici-Camuki –, Chê signifie parler, faire du bruit. Cela évoque aussi le bruissement du vent. C’est le nom que Stéphane Foucaud a choisi pour sa prochaine exposition, qui démarrera en milieu d’année. Il se penche cette fois sur les mythes populaires calédoniens : les légendes ancrées de longue date, mais aussi les « brèves de comptoir », inventées de toutes pièces. Ces histoires qu’on lui a racontées, enfant, et qui évoquent aujourd’hui pour l’artiste la nostalgie du pays.


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Lieu

Louées soient

LES GALERIES

Nouméa ne manque pas de lieux d’exposition privés. Mais pour subsister, ils sont amenés à louer leurs espaces et à diversifier leurs offres. Tour d’horizon d’une activité dans laquelle on ne se lance que par passion, sur un marché trop restreint pour vivre de la seule vente d’art.

ous-équipée culturellement, la Nouvelle-Calédonie ? Sûrement pas en termes de galeries d’art. Avec sept lieux d’exposition privés pour moins de 270 000 habitants, le pays dépasse le ratio de villes de Métropole culturellement bien loties, telles Lille, Montpellier ou Bordeaux. Mais à mieux y regarder, les galeries du Caillou offrent un tableau peu comparable avec la France. D’abord parce que les galeristes sont essentiellement prestataires, plus que marchands d’art. En clair, ils louent leur espace à des artistes – le plus souvent amateurs – désireux d’exposer, alors que les galeries classiques se rémunèrent en prenant un pourcentage des ventes sur les expositions qu’elles organisent pour des artistes professionnels, triés sur le volet.

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Rester à flot Pour Hélène Janet, directrice de la galerie Lec Lec Tic qu’elle a fondée en 2007 et fine connaisseuse de la scène artistique calédonienne, la location est la solution la mieux adaptée à un marché de l’art restreint. « Le coût de revient d’une galerie n’est supportable qu’à condition de vendre beaucoup. Or ici, il n’y a pas assez de demande, ni d’ailleurs suffisamment d’offre. C’est pourquoi je loue mon espace, comme d’autres galeristes. Cela permet de faire vivre le lieu sans être tributaire du

succès des expositions, toujours aléatoire. » Joliment située à la Promenade de l’Anse-Vata et forte d’une vraie identité contemporaine, la galerie Lec Lec Tic se maintient à flot grâce à un planning de réservations bien rempli. Toutefois, à 13 500 F par jour la location de l’espace, somme déjà considérable pour les artistes qui l’occupent en général pour deux semaines, impossible pour Hélène Janet de se verser un salaire. « Les rentrées couvrent juste les charges. Sans l’aide de mon mari, je ne pourrais pas continuer. » Les tarifs sont du même ordre chez Arte Bello, la galerie du Quartier Latin reprise il y a sept ans par Patrick Vaudelle, qui s’est associé depuis peu avec Albert Aude. « On ne vend pas une œuvre d’art par jour, explique ce dernier. S’il n’y avait que les expos, on ne s’en sortirait pas. Notre moteur économique, c’est l’encadrement ».

Exposer, une aventure Dotée de deux salles, Arte Bello loue la première, sur rue. Dans la seconde, à côté de leur atelier d’encadrement, les galeristes vendent aussi des meubles, des objets d’art, des œuvres de leur fonds – entre autres des dessins et peintures de « l’École française du Pacifique », signés Tatin d’Avesnières ou Michon – et des toiles laissées en dépôt par les artistes. De même, si la DZ Galerie du Faubourg-Blanchot et la galerie Andemic de l’hôtel Méridien exposent toutes deux des artistes contemporains, ce n’est qu’à côté d’une activité de vente d’objets d’art premier. À deux pas d’Arte Bello, chez Label Image, galerie spécialisée dans la photographie, « diversification » est aussi le maître © Vladimir Wrangel / Shutterstock.com

S

Par Antoine Pecquet   


p. 35 Lieu

Le coût de revient d’une galerie n’est supportable qu’à condition de vendre beaucoup

Œuvres à la commande À Ouémo, la galerie le Chevalet d’Art, créée par Eric Valet et son épouse Elizabeth en 1988, vit surtout des talents d’encadreur du patron. Mais celui-ci accueille chaque année une dizaine d’expositions, à ses frais, et se paye à hauteur de 20 % du fruit des ventes. Un prix d’ami par rapport aux galeries

de Métropole, qui dépassent souvent les 50 %. « Étant peintre moi-même, je connais les difficultés du métier, et je suis content de pouvoir pratiquer des taux bas. Cela me permet aussi de fidéliser les artistes. » Le galeriste est fier de son écurie, qui intègre régulièrement de jeunes signatures autour d’un noyau dur de peintres renommés comme Johannes Wahono, Marc Rambaud ou Yann Rebecq. Ce qui ne l’empêche pas, comme ses concurrents, de relever que « l’époque bénie où les tableaux se vendaient bien est révolue ». Pour stimuler les acheteurs, le Chevalet d’Art propose une nouvelle formule : l’art à la commande. Il est possible de faire réaliser son portrait, par exemple, par un artiste de la galerie.

De l’art en bar Autre particularité calédonienne, la concentration quasi absolue des espaces d’exposition sur Nouméa. Phénomène que déplore Maeva Bochin, qui anime depuis 2012 la seule galerie d’art de Brousse, l’Atelier, à La Foa. « J’ai monté ce projet pour rendre l’art plus accessible à M. Tout-le-Monde. Or, à l’usage, il n’est pas aisé de faire monter les artistes jusqu’ici. Le transport leur pose problème, etc. » Pour l’heure, l’ancien garage présente surtout les propres œuvres de la plasticienne, qu’elle crée sur place. Le lieu vit aussi des cours d’arts

plastiques qu’elle dispense. Pour les galeries du Caillou, le bilan est donc, dans l’ensemble, mitigé. Ces dernières années, plusieurs lieux ont fermé. Au grand dam des artistes, qui se plaignent d’être insuffisamment soutenus. Les galeristes, eux, voient leur marché s’essouffler. Une solution partielle pourrait venir d’une politique d’achats publique plus volontariste. En attendant, l’art cherche son chemin à la marge, dans des lieux comme le barrestaurant l’Art Café. « Je ne demande rien aux artistes, ils peuvent exposer chez moi pendant un mois, explique le patron Enrick Carpizano. Cela fait vivre le lieu et plaît aux clients, et j’en suis ravi ».

LES GALERIES DE NOUVELLE-CALÉDONIE > Andemic Art Gallery www.facebook.com/AndemicArtGallery > L’Atelier www.maevanc.net > Arte Bello www.facebook.com/galerieartebello.nc > Le Chevalet d’Art www.lechevaletdart.nc > La DZ Galerie www.dz-galerie.com > Label Image www.galerielabelimage.com > Lec Lec Tic www.facebook.com/lec.tic > Galerie 11 & 1/2 www.onzeetdemi.com

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mot. « J’ai ouvert cet endroit pour offrir à la photo un espace dédié. La location de la salle à des photographes est une part de l’activité de Label Image, explique Claude Beaudemoulin, le maître des lieux, mais la galerie vit surtout grâce à la vente de son stock de 4 000 clichés, aux cours et formations que j’anime, et aussi grâce au studio de prises de vues ». Curieusement, si les coûts de location n’encouragent guère les artistes, surtout jeunes, à se lancer dans l’aventure d’une exposition, l’expérience de la gratuité n’est pas forcément concluante. Frank Chan San, artiste lui-même, mettait son petit espace du centre-ville, la galerie 11 & 1/2, à la disposition de ses amis, mais le lieu est en sommeil depuis plusieurs mois. « Je demandais aux gens d’être présents sur place pendant la durée de leur expo, et de la gérer eux-mêmes. Au quotidien ça s’est souvent avéré compliqué pour eux. Donc j’ai préféré fermer. » La galerie devrait néanmoins rouvrir en ce mois de juin, le temps d’une exposition de Mariana Molteni.


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Focus

Ambassadeurs

de l’art local Par Antoine Pecquet

S’il reste beaucoup à faire pour promouvoir le travail des plasticiens, sculpteurs et peintres calédoniens hors du pays, des initiatives institutionnelles, associatives et personnelles relèvent le défi des longues distances, et d’une organisation souvent complexe, pour faire rayonner les artistes du Caillou.

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L’

aura d’un pays est renforcée par la créativité de ses artistes. L’axiome est valable dans le domaine des arts visuels, comme du côté des arts de la scène. En plus des retombées en termes d’image, la promotion des artistes hors des frontières a pour eux un intérêt économique direct, en leur ouvrant les portes d’un marché plus large. C’est particulièrement important en Calédonie, où les collectionneurs, publics comme privés, ne sont pas légion. Mais autant le dire d’emblée, la conquête des galeries métropolitaines et étrangères par les Calédoniens est loin d’être acquise. Ainsi, du fait de la barrière linguistique mais aussi d’obstacles administratifs et douaniers, il n’existe pas, pour l’heure, de pont artistique entre l’archipel et ses voisins anglo-saxons. Sauf rares exceptions, comme la relation qu’Isabelle Staron-Tutugoro est parvenue à nouer avec la Flagstaff Gallery, qui la représente à Auckland. « C’est le fruit d’un très long travail de contacts et de communication en amont, pour lequel ma connaissance de l’anglais m’a beaucoup aidée » précise l’artiste hyperactive, qui vient par ailleurs de monter, par ses propres moyens, une exposition personnelle dans son Lyonnais natal.

Se vendre à l’extérieur en tant qu’artiste n’est pas du tout évident

Double emploi Si Mathieu Venon a réussi à figurer au festival international Sculpture by The Sea, à Bondi Beach en 2010, c’est au prix d’efforts considérables. « Il y a un très gros travail de paperasse à assurer pour participer à un événement de ce genre. J’y ai passé plus de temps qu’à réaliser l’œuvre que j’ai présentée. Avec le risque que tout tombe à l’eau si le moindre envoi de documents était incomplet, car les règlements sont draconiens. J’ai moyennement hâte de recommencer », confie l’artiste. La plasticienne Miriam Schwamm, qui a aussi participé à un événement australien, le French Festival d’Adelaïde en 2003, et prépare actuellement sa deuxième exposition dans une galerie privée de Munich, en Allemagne, fait le même constat. « Faire sa PROPRE promotion à l’étranger et organiser une exposition par soi-même prend un temps fou. C’est un deuxième job, en plus du travail de création. Il est essentiel de pouvoir se faire aider. » Si, comme Isabelle StaronTutugoro, elle a pu faire circuler ses œuvres dans le réseau des Alliances Françaises grâce au soutien de la MAC*, Miriam Schwamm regrette que les aides à l’export demeurent limitées. Tout en notant que le Poemart « intervient de plus en plus » pour épauler les plasticiens. « Depuis 2012, confirme le directeur de l’association, le pôle s’est progessivement ouvert à tous les arts : nous accompagnons à l’export aussi bien les musiciens que les plasticiens, les danseurs et les comédiens. Entre 2014 et le début 2015, nous avons soutenu le projet d’exposition en Corse monté par l’Artothèque de Nouméa, et nous avons aidé Jean-Marie Ganeval pour le transport de ses œuvres en Chine et


p. 37 Focus Taïwan, aller et retour Pour Jean-Marie Ganeval justement, dont le voyage et l’hébergement ont été pris en charge par les organisateurs chinois du World Wood Day 2014 - un événement multidisciplinaire consacré au travail du bois, l’expérience de l’export s’est avérée très positive. « Ça a été un moment d’échange fabuleux avec des gens venus des cinq continents. J’ai pu vendre une œuvre sur place, mais le plus important pour moi, reste les rencontres. » Cette année, le sculpteur mondorien a de nouveau été l’invité du World Wood Day, en Turquie cette fois. À l’entendre lui aussi, les artistes locaux auraient bien besoin d’un coup de main pour réaliser tout leur potentiel à l’export. « Se vendre à l’extérieur en tant qu’artiste n’est pas du tout évident. Il y a certainement une formation à mettre en œuvre dans ce domaine. » À vrai dire, un travail dans ce sens est mené depuis plusieurs années par le centre culturel Tjibaou, qui monte des échanges artistiques avec d’autres institutions comme le musée d’art et d’histoire de Rochefort, ou le Kaohsiung Museum of Fine Arts, à Taïwan. Mais l’ADCK-CCT a d’abord vocation à aider les artistes kanak. Les sculpteurs JeanMichel Boene et Joseph Poukiou en 2006, puis en 2013 les plasticiens Stéphanie Wamytan et Nicolas Molé (voir portrait p.26) ont ainsi pu profiter de programmes enrichissants. « J’ai été très marquée par Taïwan. Par certains aspects cela ressemble à la Calédonie, avec en même temps un visage ultra-urbanisé. Là-bas, j’ai pu approfondir mon travail sur le visuel et l’écrit, et j’ai eu le déclic d’ouvrir mon travail sur la sculpture », se souvient Stéphanie Wamytan. Thierry Mangin, lui, s’est appuyé sur son propre réseau pour bâtir un projet en duo avec la vidéaste

taïwanaise Laha Mebow (voir p. 31). Après leur exposition en cours au MontDore jusqu’au 21 juin, les deux artistes exposeront ensemble à Taïwan au mois d’octobre.

« Bouger, c’est vital » Avec divers soutiens publics, l’Artothèque de Nouméa, animée par Hélène et Alain Janet, met elle aussi en place une filière d’exportation des artistes du cru. Ou plus exactement, « d’import-export ». « Nous avons pu faire venir l’an dernier trois sculpteurs corses, qui ont exposé à la Province Sud et ont passé un moment en résidence ici. Puis, en janvier, nous sommes partis à sept artistes pour exposer en retour à

Porto-Vecchio », se félicite Hélène Janet. Maryline Thydjepache, plasticienne dont le travail est « centré sur le recyclage et la transformation », était du voyage. « C’était ma première expérience hors du pays. J’ai trouvé ça formidable, et trop court. Pour un artiste, bouger c’est vital. » Si se déplacer reste complexe, des passerelles, on le voit, sont lancées vers l’extérieur. Avec des succès à la clé. Ainsi, à la prochaine Triennale Asie Pacifique, en novembre à Brisbane, c’est un artiste du Caillou – trop humble pour souhaiter qu’on le nomme ici – qui représentera la Mélanésie. * MAC : Mission aux Affaires Culturelles du Haut-Commissariat de Nouvelle-Calédonie.

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© Shutterstock

tout récemment en Turquie. Nous avons aussi épaulé l’artiste Sylvana Aymard, partie exposée en France et en Russie et prochainement, Thierry Mangin qui expose à Taïwan. »


p. 38 © Antoine Pecquet

Questions à...

Petelo TUILALO

« Les acquisitions sont en relation directe avec notre programme d’expositions » Propos recueillis par Antoine Pecquet

Parmi les attributions de Petelo Tuilalo, le responsable du département des arts plastiques et des expositions de l’ADCK-CCT, il y a la gestion du Facko, le Fonds d’art contemporain kanak et océanien (Facko). Il nous parle de cette collection, créée il y a vingt ans.

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Endemix : Quelle est l’origine du Facko ? Petelo Tuilalo : Dès la naissance de l’ADCK-CCT, en 1989, un travail systématique d’identification des praticiens kanak et des aires de production est entrepris et quelques objets commencent à être répertoriés. En 1995, Susan Cochrane, grande spécialiste australienne des arts contemporains indigènes, est recrutée par l’ADCK-CCT pour développer le département des expositions et la collection, qui est alors baptisée Facko. Susan Cochrane et son équipe voyagent dans le pays et dans toute l’Océanie pour acquérir des œuvres

significatives. En 1998, à l’ouverture du centre culturel Tjibaou, la collection est encore relativement modeste, moins de 500 pièces. Aujourd’hui, tous les artistes océaniens importants y sont représentés, et elle comprend 1 153 objets.

C’est-à-dire 1 153 œuvres ? Pas exactement. La dénomination d’œuvre est un peu ambiguë. Une installation, par exemple, est en général composée de plusieurs objets.


Vous continuez à acheter des œuvres à l’extérieur du pays et en galeries ?

Aujourd’hui, tous les artistes océaniens importants sont représentés dans les collections du Facko

Très peu. Désormais, les acquisitions se font en relation directe avec notre programme d’expositions. En 2013, nous avons acquis la totalité des 42 images réalisées par Denis Rouvre pour son exposition Portraits kanak, ainsi que les fichiers numériques des photos. Nous sommes donc intégralement propriétaires de la série. De même pour la série Coutume kanak du photographe et illustrateur Sébastien Lebègue, qui nous a par ailleurs fait don de ses carnets de voyage.

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vers la photographie, média qui présente le double intérêt d’offrir un miroir de l’époque et d’être facilement stockable. Ce point-là est important, car nos espaces de réserve commencent à être limités (voir encadré).

Questions à...

Petelo Tuilalo et l’une de ses pièces favorites, le requin du sculpteur maori Michel Teffery.

Justement, recevez-vous beaucoup de dons ? Régulièrement ! Cette année, les artistes de l’exposition collective Kermadec nous ont offert la belle série de gravures présentées à la sortie de l’expo. Et un collectionneur de Métropole, M. Jacquemard, nous a fait don d’une sculpture d’Emilien Thomo, artiste de Thio : un chambranle sculpté, à l’effigie d’Eloi Machoro.

Quels sont vos projets d’acquisitions pour 2015 ? Ce n’est pas arrêté. Éventuellement des œuvres de Nicolas Molé (voir portrait P.26-27), qui expose au centre Tjibaou en juillet, ou des photos de l’exposition de Pierre-Alain Pantz sur la Fête du Toka à Tanna, présentée actuellement et jusqu’en septembre.

TROIS QUESTIONS À ANNE-LAURE AUBAIL, RESPONSABLE DES COLLECTIONS DU FONDS D’ART CONTEMPORAIN KANAK ET OCÉANIEN. Endemix : Quel est le protocole de conservation des œuvres du Facko ?

Toutes les pièces sont bien sûr répertoriées, mais le travail d’uniformisation et de numérisation des fiches, avec photo d’identité de chaque œuvre, est en cours, effectué par Anne-Laure Aubail, responsable des collections.

Comment la collection est-elle présentée au public ? Vu son ampleur, il est impossible de l’exposer en entier. C’est pourquoi nous organisons chaque année, en salle Bérétara, une exposition qui regroupe un certain nombre d’œuvres autour d’un thème donné. La présentation est conçue par un commissaire d’exposition invité. La dernière en date, De l’Art ou du poca, a été imaginée par Bernard Berger, l’auteur de La Brousse en folie.

Quelle est la politique d’achats ? Un budget est alloué annuellement pour acquérir de nouvelles pièces. Il était de 5 millions jusqu’en 2010, mais depuis le montant baisse chaque année, en raison de la conjoncture. Ces derniers temps, sous l’impulsion de Guillaume Soulard, le directeur artistique du centre, le curseur des achats s’est déplacé

Les espaces de réserve du centre permettent-ils de stocker un fonds en constante expansion ? Le bâtiment est un peu sous-dimensionné pour une collection de cette importance. Nous disposons d’environ 200 m2 de réserves, réparties en six espaces dispersés dans le bâtiment, ce qui n’est pas idéal en termes de manutention. Le manque d’espaces de stockage se faisant sentir, nous sommes contraints d’utiliser deux salles de quarantaine comme réserves permanentes. Nous travaillons actuellement sur un réagencement général des réserves, avec notamment la fabrication de nouveaux meubles de rangement, afin d’optimiser l’espace.

Le Facko a-t-il des spécificités en termes de conservation ? Il comporte une grande diversité d’œuvres, élaborées dans toutes sortes de matériaux parfois très fragiles. D’autre part le statut de certaines pièces est particulier. Ainsi nous avons une réserve exclusivement dédiée aux quelque 250 objets offerts à l’ADCK-CCT lors de cérémonies coutumières. Nous menons une réflexion pour déterminer s’ils doivent être traités comme œuvres du fonds à part entière, ou s’ils peuvent être remis en circulation lors de nouvelles cérémonies. *International Council of Museums

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Y a-t-il un catalogue du Facko ?

Anne-Laure Aubail : Conformément aux normes de l’ICOM*, les œuvres sont stockées à l’abri de la lumière, et la température et l’hygrométrie de l’air sont contrôlées en permanence, avec des marges de variabilité de 5 % maximum, grâce à un système de ventilation en circuit fermé.


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m

Critiques musique

usiques calédoniennes

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D ECHOS DU PACIFIQUE

8.6:

le titre de l’album d’Échos du Pacifique fait référence au département de la Vienne, le 86, dont le chef-lieu Poitiers accueille les musiciens impliqués dans ce projet. Le Conservatoire de la ville reçoit chaque année de jeunes Calédoniens qui viennent y suivre un DUMI, un Diplôme universitaire de musicien intervenant. Il se trouve d’autre part que l’Association Échos du Pacifique, qui regroupe les Océaniens de la région, s’avère particulièrement dynamique et ouverte sur les différentes cultures. C’est donc tout naturellement qu’on la retrouve aux manettes de cet album 8.6. L’ensemble est mené par des musiciens émérites tels le batteur professionnel Gustave Wayenece, Wahona Thanaena et Wanapo Wanakaen, un ancien claviériste du groupe Dick & Hnatr. Ces dernières années, l’équipe a assuré des concerts réguliers, qui lui ont permis de se forger un répertoire exigeant et de nourrir le dessein d’enregistrer un album en Métropole. C’est chose faite, avec les 14 chansons de 8.6, parmi lesquelles on compte de réjouissantes reprises, comme « Nengone » ou « Rue Yenakunu », une dizaine de compositions pleines de sève aux refrains entêtants, avec « Layra », et « Sa Maria »,

taperas final, sorte d’hommage sobre de ces jeunes « exilés » à la tradition chorale des Loyauté. On retrouve sur l’album toute la diversité dont sont coutumiers les Pictaviens. Diversité de langues – français, anglais, paicî, nengone, drehu – on y trouve aussi « Faka Poe », une belle ballade en wallisien ; foisonnement d’interprètes et de styles musicaux. Les références soul, reggae, folk, biguine ou rock se mêlent à l’empreinte kaneka, dans une orchestration équilibrée qui fait la part belle aux subtiles lignes de basse, comme sur « West Papua ». L’harmonica rehausse notamment les refrains de « Wago Ni Co Caa », tandis que le ukulele s’invite dans ceux du magnifique « Hniminang ». Les morceaux « Bryve-Line », aux refrains plus 8.6, d’Échos du Pacifique, 2014 laborieux, et « Majeima », zouk quelque peu sirupeux, paraissent un ton en-dessous. Mais c’est au final l’enthousiasme contagieux des musiciens et des chœurs que l’on retient de 8.6. Cette réussite riche en pépites mélodiques concrétise le travail constant d’un collectif dont les membres sont amenés à se renouveler, certains étant déjà rentrés sur le Caillou.

JEUNE CHIEN FOU

100 FOUS

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

U

n Fly (Eric Mouchonnière) plus un Wan (Erwan Botrel) pour lui le stylo serait toujours plus lourd que la pelle / des petites égalent deux activistes pluridisciplinaires bien connus de phrases assassines aux statistiques à la con / lui prédiraient un la scène artistique calédonienne. avenir entre le chantier et la prison... ». Ajoutez-y le guitariste Freddy Précarité de l’emploi, justice à deux Riggal, et ça nous fait 100 fous. « Avec vitesses, alcoolisme apparaissent donc toutes les voix dans ma tête, j’ai monté parmi les thèmes. « Mon pays » sonne une chorale », nous prévient d’emblée comme une exigeante déclaration Erwan dans le morceau introductif de d’amour adressée à la société cet E.P. Sept titres en gestation depuis... calédonienne. Les motifs à la guitare, et fin longtemps. Le combo propose une quelques percussions parmi lesquelles série de textes slamés, rappés, chantés s’intègrent les beatbox, constituent la par les deux compères, tour à tour trame mélodique de l’ensemble. Si ce délirants et désabusés. « S’en fout » premier album, auto-produit, gagne à mais pas complètement, avec en toile être écouté plusieurs fois pour mieux de fond les préoccupations d’une en apprécier certains textes et la qualité génération qui hésite entre insouciance de sa réalisation, on peut regretter (« Lundi cool ») et noirceur fataliste. cependant une certaine irrégularité Ainsi d’une parabole aux lyrics très dans l’inspiration et la maîtrise du flow percutants, « Jeune chien fou » dont Jeune chien fou, des 100 fous, autoproduction, 2014 (« Quand j’étais petit », « Qui vole un l’horizon semble promis aux tourments : œuf »). « Monsieur le Professeur un jour s’est cru spirituel / à lui dire que


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LAURENT OTTOGALLI ET STEPHANE FERNADEZ

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n 2012, le slameur Laurent Ottogalli et le musicien L’orchestration, elle, séduit par sa maîtrise et la belle palette Stéphane Fernandez sortaient un premier album : de couleurs musicales (jazz manouche, bossa nova, reggae...). Otoñando. Trois ans plus Les artistes invités se distinguent par une tard, l’association de mâles touche personnelle bienvenue : ainsi Andy fêtards récidive avec... Otoñando II ! Narell, « pape » américain du steel pan « Slam » vient de l’anglais – ce tambour d’acier qui donne un son « claquer », mais en l’occurrence typiquement caribéen – sur « RedresseOttogalli balade son organe entre moi », Alex Harvey et Gustavo Sandes qui chanté et parlé, avec quelques nous envoient direct au Brésil avec « Et tu accents « gainsbourgeois » dans n’avais qu’à apparaître », ou Jean-Pierre son apparente indolence. On a Baou au chant sur une des réussites de cependant le sentiment que le l’album, « Et dans tes yeux ». « Bouraillais-Nancéien » a égaré L’auditeur, avec l’impression d’avoir son mojo. Les thèmes, plus ottoété invité à un buffet de bons mots un centrés que dans ses albums peu réchauffés, reste donc sur sa faim. précédents, mettent à l’honneur les Heureusement dans « Une fleur à la femmes, nues si possible : « Miss bouche », Ottogalli nous suggère un repli Otoñando II, autoproduction, 2015 original : « Je vois leurs idées noires / Pour Versatile », « Une femme genre Eve », « Calendrier Aubade »... prendre le pouvoir / Dis-leur j’veux pas Il semble que ses champs d’intérêt, alimentés autrefois de sujets savoir / Je vais me servir à boire ». politiques entre autres, se soient restreints.

Critiques musique

OTOÑANDO II

SHAA MADRA :

NON VÉRITABLE

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ERRATUM : Dans les critiques musique du précédent numéro d’Endemix, nous avons indiqué à tort que les membres du groupe Solydal étaient originaires de Gaitcha. Ils sont en réalité originaires du district de Lössi.

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

a pochette du dernier album de Shaa Madra, groupe originaire de Kejeiny à Lifou, mériterait une analyse d’image ! Devant un « NON » en larges lettres, une silhouette de jeune funambule tente de progresser. Le fil à son bout devient une corde de pendaison, rompue comme dans un élan libérateur... « Non au suicide » figure parmi les morceaux de ce troisième album, aux accents sociaux et internationaux. Des images frappantes, des textes principalement en français avec des refrains à valeur de slogans : Shaa Madra et son leader Thapazine Hoko poursuivent sur l’excellente lancée entamée il y a 17 ans déjà. Le pouvoir indu de la religion, « Évangile », l’implication des soldats dans les guerres menées par les grandes puissances (« Pourquoi mourir en Afghanistan »), les licenciements abusifs (« Le droit syndical ») sont autant d’invitations à la réflexion. « Nelson Mandela », aux sonorités sud-africaines, honore avec une juste retenue la mémoire de Madiba. Hormis quelques incursions en terrain kaneka, l’orchestration propose un NON de Shaa Madra, Éditions Mangrove, 2015 reggae appliqué, où les claviers sont judicieusement employés. La grande nouveauté pour le groupe vient de l’importance accordée aux chœurs féminins, renforçant avec bonheur les refrains... De quoi répondre « oui » à Shaa Madra !


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Critiques musique

usique internationale

 BENJAMIN CLEMENTINE

BUENA VISTA SOCIAL CLUB

At Least for Now, de Benjamin Clementine, éd. Barclay, 2015.

Lost and Found, du Buena Vista Social Club, éd. World Circuit Network, 2015.

enjamin Clementine, c’est le double prénom qu’a choisi Benjamin Breakspeare, jeune musicien grandi à Edmonton, pour chanter sa solitude et son malaise. Car il s’est senti bien isolé dans ce ghetto de la banlieue Sud de Londres où sa famille en provenance du Ghana a immigré. À tel point qu’il l’a fui pour sauver son âme et sa peau, pour devenir lui-même. At Least for Now, son premier album, ne parle que de ça, lui-même, à travers l’exil, le décalage familial, l’amour toujours déçu et la survie dans des pays qui ne sont jamais les siens, l’Angleterre puis la France. C’est dans l’Hexagone que cet écorché vif a été découvert, après avoir joué pendant quatre ans, à l’ancienne, dans le métro parisien. Une image forte qui alimente la légende construite autour de Benjamin Clementine. L’homme aime les paradoxes, les extrêmes : il a coupé les ponts avec son passé, ne se reconnaît aucune attirance pour l’Afrique, assume ou renie toute interprétation autobiographique de ses chansons, selon l’humeur. Il dit s’inspirer de Léo Ferré, de Brel dont il est un fan absolu, mais peine à admettre toute parenté artistique avec la grande Nina Simone. C’est pourtant bien l’ombre de celle-ci qui plane sur son jeu de piano très rythmique : un instrument qu’il a appris en autodidacte et qu’il pratique pieds nus, quasiment debout, assis sur un tabouret de bar. Une influence artistique qui se retrouve aussi et surtout dans sa voix magnétique, bouleversante, dans cette façon de mettre dans ses chansons une intensité théâtrale, « tripale ». Le public et les professionnels ne s’y sont pas trompés en lui remettant cette année une Victoire de la Musique dans la catégorie « Révélation Scène ». L’album At Least for Now est la parfaite porte d’entrée à cette pop originale, poétique et expressionniste. Portée par une production dépouillée (piano, percussions et quatuor à cordes), la puissance émotionnelle de ces treize titres y est exacerbée à merveille.

B

incroyable saga du Buena Vista Social Club se poursuit vingt ans après son premier disque. Et sans la moindre faute de goût ! Le Lost and Found (objets trouvés) du mythique all-stars cubain ressemble à une caverne d’Ali Baba. Nick Gold, producteur avisé qui mène de main de maître l’aventure discographique de cet ensemble hors norme depuis sa conception, publie treize inédits. Dix sont issus de sessions live enregistrées au studio Egrem de La Havane entre 1996 et 2004. Les autres témoignent de l’intense communion unissant l’orchestre à son public. En ouverture, on sent tanguer la foule du Zénith de Paris en 2000, toutes gorges déployées quand apparaît la silhouette fluette d’Ibrahim Ferrer, papi septuagénaire à la voix d’or. Il suffit qu’il esquisse son fameux pas de danse, et l’ovation tourne à la ola… Quel bonheur de retrouver ces héros ! Extirpés d’une retraite discrète et désargentée dans une île de Cuba sous embargo américain, ils ont su éblouir les scènes du monde avant de disparaître, comblés. Compay Segundo fait sonner l’espagnol de sa voix grave métallique. Ruben Gonzales nous régale de son ultime solo de piano en studio. La contrebasse de Cachaito Lopez démarre une inventive « descarga » (bœuf ou jam). Les congas de Miguel “Anga” Diaz (décédé à 45 ans) appellent l’envol du violon latin-jazz de Pedro Depestre (mort en scène en 2001, au cours de sa première tournée hors de Cuba). Leur maîtrise de cet art populaire savant qu’ils ont contribué à créer dans les années 1940-50, subjugue. Comme leurs anciens compagnons de scène et de studio, les vivants — la diva Omara Portuondo, le “sonero” de Santiago Eliades Ochoa, et ces merveilleux instrumentistes de l’Orchestra Buena Vista Social Club — donnent à ces fractions de temps sculptées par les chansons toute la vitalité de leur passion.

Par Marion Rudloft

Par François Bensignor 

AT LEAST FOR NOW

LOST AND FOUND

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Critiques littéraires b

Ce qui demeure

eau-livre

Par Stéphane Camille

C’est ce que l’on appelle un « beau livre », de ceux qu’on retrouvera sur la table basse d’un salon bourgeois, entre quelques monographies, un numéro de Vogue et le dernier Must : de belles photos d’archives et des clichés contemporains, des plumes averties (Louis-José Barbançon, Ismet Kurtovitch, Christiane Terrier…) qui ne concèdent que des bribes de leur savoir.

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

O

n y trouve notamment une « carte indicative des maisons anciennes de Nouméa » qui pourrait servir de base à un itinéraire touristique bien pensé. On y aborde d’abord l’héritage architectural colonial calédonien par le prisme des vitraux polychromes d’une douillette maison en bois avec festons, crête, épis, écharpe et surtout cette véranda, l’ancêtre élégant et confortable de l’air conditionné énergivore qui accompagne la majorité des constructions contemporaines. Là, cette somme consacrée aux bijoux qui ont survécu, au moins en photo, dans le « chef-lieu » de la NouvelleCalédonie nous laisse un peu sur notre faim. Où sont, dans le chapitre consacré à « la maison broussarde » les maisons restaurées et surtout abandonnées, qui meurent de La Foa à Voh en passant par Houaïlou ? Comment cet héritage pourrait – devrait ? – influencer les architectes nouméens en manque d’inspiration qui, hormis de rares commandes privées et des résidences de luxe construites à l’endroit même où on acheva les « vieilles dames », semblent plutôt puiser leurs idées dans les banlieues françaises, indépendamment de toute considération culturelle et climatique locale ? En cela le titre et le sous-titre paraissent emphatiques. De ces maisons ne subsistent que de très exceptionnels exemples, tandis que l’architecture réelle de la capitale exprime plutôt l’absence de vision urbanistique et la diversité des influences d’une terre de colonisation où les exilés, voire doublement exilés, ont soigné une mélancolie légitime en reproduisant l’atmosphère de leur patrie d’origine. Mais remettre ces constructions d’époque dans la perspective d’une création architecturale contemporaine originale, transformer cette nostalgie et cette mélancolie en dynamisme artistique… peut-être sera-ce le thème d’un prochain tome ? Car si le Nouméa naissant des « touques à pétrole » et des « boîtes à sardines » est évoqué, l’ouvrage

Maisons nouméennes – Patrimoine colonial d’hier et d’aujourd’hui, de Frédéric Angleviel, éditions Footprint, 192 p.

se concentre sur les demeures plus cossues que la petite et la grande bourgeoisies sont parvenues à bâtir au début du XXe siècle et dont trop peu d’exemplaires ont résisté au temps, aux intempéries et à l’appétit des promoteurs. Enfin, malgré un travail éditorial convenable de Footprint Pacifique, ce livre aurait pu bénéficier d’une relecture par un correcteur. On ne dira jamais trop l’importance de ces regards extérieurs qui dénichent les couacs perdus, même au milieu des productions de plumes prestigieuses dont on n’exige pas nécessairement une connaissance parfaite de la grammaire.


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l

Dessine-moi une grosse colère !

Critiques littéraires

ittérature calédonienne

Par Elif Kayi

Comment évacuer sa colère quand on est haut comme trois pommes ? Et puis, la colère, ça ressemble à quoi d’ailleurs ?

E

xpliquer à nos chères têtes blondes et brunes que se libérer des émotions négatives est source de bien-être, tel est le pari lancé par Auriane et Sophie Dumortier, avec l’histoire de la jeune Naomie. Passablement énervée à l’idée de devoir renoncer à un autre bol de glace au coco car l’heure du coucher a sonné, cette dernière bouillonne littéralement. Une petite voix intérieure, celle de sa poupée Poumita, vient à sa rescousse et lui montre comment se débarrasser de ce sentiment, aussi encombrant pour elle que polluant pour les autres. L’album s’articule autour d’un exercice pédagogique, énoncé par Poumita qui encourage Naomie à dessiner sa frustration pour mieux l’exprimer. Aux frontières de l’imaginaire, le trait de Sophie, l’illustratrice, matérialise le concept de l’énervement, représenté par un flux

Naomie est en colère, d’Auriane et Sophie Dumortier, éditions De bas en haut, Nouméa, 2014, 28 p.

de serpentins multicolores entremêlés. Les bienfaits découlant de cette libération auraient toutefois mérité d’être un peu plus exploités à la fin de l’album, tant au niveau textuel que graphique. Pour mieux passer, notamment auprès des plus jeunes, le message aura sans doute besoin d’être mis en pratique. Naomie est en colère est, au final, une expérience autour d’une leçon de vie, à partager entre enfants et adultes. Et à appliquer sans modération une fois l’enseignement intégré.

Une enfance kanak

La culture kanak n’est pas seulement un objet d’étude pour grands anthropologues. Riche et complexe certes, on oublie trop souvent qu’elle se vit pourtant au quotidien et dès l’enfance. Les éditions Plume de notou nous font une piqûre de rappel avec La Feinte de Trotro, dernier roman jeunesse d’une collection qui a pour maîtres-mots transmission et partage.

D

es petits livres mais un enjeu de taille relevé par Sonia Waehla Hotere et Laurence Lagabrielle qui signent le troisième volet des aventures de Kamen et de son grand frère, Trotro. L’idée : raconter aux plus jeunes, quelles que soient leurs origines, le quotidien des enfants drehu pour mieux appréhender leur culture ! Après La Reine des cigales et Kamen a mal à l’oreille, c’est au tour de Trotro, l’aîné de la famille, d’être au cœur de l’intrigue. Quoi de plus normal car la purge est un passage obligé dans la culture kanak et son administration d’autant plus importante que l’on avance en âge ? Une alternance très habile du frère et de la

sœur qui permet à la collection de régler la question du genre et de s’adresser autant aux filles qu’aux La Feinte de Trotro, de Sonia Waehla Hotere et Laurence Lagabrielle, éditions Plume de notou, coll. Kamen et garçons. Trotro, Nouméa, 2014, 35 p. Grande ingéniosité encore de l’auteure et de l’illustratrice qui parviennent à présenter simplement dans chaque ouvrage quelques aspects de la culture kanak (les jeux, la connaissance des plantes, la médecine traditionnelle, les relations familiales) sans tomber dans le piège de ces textes jeunesse qui veulent trop souvent être exhaustifs. Avec leurs petits héros et la découverte de leur propre culture, Sonia Waehla Hotere et Laurence Lagabrielle ouvrent les portes du monde kanak aux enfants de tous horizons, et les invitent à grandir ensemble.

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

Par Virginie Soula


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Critiques littéraires

b L’art de l’échange eau livre

Un ouvrage de près de trois kilos, grand format, c’est ce que méritait certes le bénitier géant, compte tenu de l’importance que ce gros coquillage revêt dans les civilisations et dans l’art océaniens. Tridacna gigas, objets de prestige en Mélanésie est ainsi une riche somme d’informations et d’illustrations rassemblées, pour le plaisir des yeux, par deux passionnés d’art. Une volonté artistique mais pas élitiste ni scientifique, semble animer Éric Lancrenon et Didier Zanette, qui réfutent dès l’introduction toute assimilation du recueil à un travail

Par Virginie Soula

ethnologique. Ces amateurs éclairés veulent être précis sans pour autant se poser en spécialistes des coutumes mélanésiennes et, de fait, laissent la part belle aux objets. En effet, s’ils ne sont pas avares d’explications, ce sont bien les monnaies, parures et palettes en bénitier qui sont mises à l’honneur, dévoilant, dans la sobriété classique de la photo sur fond noir – peut-être trop souvent consacrée aux objets d’art africains ou océaniens –, la richesse, la variété et la finesse des formes sculptées dans la nacre fossile.

l Chroniques ittérature du Pacifique

d une culture en mutation Par Elif Kayi

Des petits trous dans le silence, de Patricia Grace, éditions Au vent des îles, 2014, 222 p.

« Pour parler du monde, parle de ton village. » Ce dicton sud-américain correspond parfaitement à Patricia Grace, première femme maorie à avoir publié des ouvrages de fiction. Des petits trous dans le silence est fidèle à l’univers que l’auteure a toujours privilégié : la vie de tous les jours. Dans ce dernier recueil de nouvelles, très courtes pour certaines, elle dépeint avec tendresse

Tridacna gigas, objets de prestige en Mélanésie, d’Eric Lancrenon et Didier Zanette, éditions Au vent des îles, Papeete, 2011, 277 p.

les mutations urbaines de la NouvelleZélande, les bouleversements et les enjeux sociétaux de la communauté maorie, la violence familiale ou la perte des traditions. « Les petits trous », ce sont ces rencontres, ces événements qui passent dans la vie des personnages et interrompent leur quotidien, leur solitude, leur « silence ». On alterne entre le très léger et du plus sérieux, au gré des pages, à l’image de la vie moderne, sans cesse en mouvement. Avec certains passages, comme dans la nouvelle « Love story », on ressent de manière presque intimiste la nostalgie de l’auteure pour la culture de sa communauté, qui peine à se transmettre aux nouvelles générations. Une culture que Patricia Grace cherche à ouvrir au grand public, grâce à ses histoires aussi riches que subtiles.

l De la tradition orale ittérature jeunesse

aux livres pour enfant

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

Par Virginie Soula Incontournables dans les traditions orales océaniennes, les contes et légendes constituent également des matériaux de premier choix pour la littérature enfantine. Mais cet investissement de l’oralité par l’édition jeunesse ne se fait pas toujours sans écueils. Conte wallisien, L’arbre Pometia de Tagaloa relate l’histoire des frères Lalavakafa qui, alors que la famine frappe leur île, décident de braver le dieu mythique Tagaloa en allant manger les fruits de son Pometia, dernier arbre encore vivant. Plusieurs animaux se joignent à eux dans cette recherche de nourriture dont le bernard-l’hermite qu’une traîtrise conduira à la malédiction. L’intérêt de l’ouvrage ici interroge. Le conte est

assez simpliste et son issue relativement décevante car la condamnation à marcher au ras du sol du bernardl’hermite par Tagaloa n’induit rien que les enfants ne sachent déjà de ce petit crustacé rampant. Et si quelques indications d’ordre anthropologique sont données en début d’ouvrage, elles mériteraient d’être un peu plus développées. Toutefois, on peut saluer l’initiative de l’édition bilingue qui est essentielle tant à la diffusion d’un corpus oral (texte et chant) encore largement méconnu qu’à l’apprentissage de cette langue océanienne.

L’arbre Pometia de Tagaloa, Te tava Tagaloa, de Falalika Ga’Eke, Emifania Toa et Hiasinita Filimohahau-Amole, éditions L’Harmattan, collection Conte d’Océanie, 16 p.


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Critique spectacle

L’Histoire et l’Endroit, de Pierre Gope, avec la troupe de théâtre du Nord, composée de Kesh Bearune, Josélita Bernol, Laurence Bole, Aman Poani, Pierre Poudewa et Colette Tidjite.

t

héâtre

P

our rentrer facilement dans L’Histoire et l’Endroit, la pièce de Pierre Gope sur la fondation du centre culturel Goa Ma Bwarhat et l’embuscade de Tiendanite, mieux vaut être du coin. Ou du moins bien connaître l’histoire du pays. Au lever de rideau, une récitante plante le décor d’une « vallée superbe, comme intacte depuis l’origine des temps ». On tombe sans transition dans le vif d’une querelle qui oppose les animaux de la région. Le vieux lézard veut bâtir un centre culturel, comme un écrin pour la tradition, tandis que le chien souhaite construire un hôtel, pour attirer les touristes. Au-delà de ces projets, existe entre eux un vieux contentieux aussi criant que mal défini. Au risque du décrochage de la partie non-initiée de la salle, s’en suivent les débats d’une poignée d’autres personnages, bœufs, porcs, « poule » et « sphinx », qui éclairent peu l’affaire. Le public s’amuse comme un seul homme, néanmoins, lorsque le personnage de Chihuahua, paysan ballot que des conspirateurs veulent pousser au meurtre des frères du lézard, s’imagine d’avance traîné au tribunal. Mais l’embuscade a bien lieu, et la seconde partie de la pièce se fait plus limpide et universelle, en contant comment le lézard maîtrise son désir de vengeance après l’assassinat de ses frères.

Dépouillé et puissant Dans ses pièces qui s’attachent à scruter l’âme kanak sans complaisance, sous toutes

ses facettes, Pierre Gope est d’habitude plus direct que dans cette œuvre de commande, qui emprunte le biais de la fable animalière pour aborder, explique-t-il, « la blessure encore douloureuse, mal refermée, du meurtre des dix frères de Hienghène ». Est-ce parce qu’il a dû ménager différents points de vue ? Pierre Gope fait parfois se contredire les personnages d’une tirade à l’autre. Ainsi, le lézard reproche au chien d’être « un étranger à la vallée » puis l’accuse, la seconde d’après, de ne pas considérer tous ses habitants « comme un seul peuple ». Par instants, les répliques semblent vides de sens, chargées seulement de ressentiment. Peut-être l’auteur a-t-il voulu traduire ainsi la frustration des personnages d’avoir à gérer un conflit culturel dans un idiome importé. Peut-être aussi la pièce est-elle porteuse de questions sous-jacentes sur le rapport des Kanak à la langue française. Quoi qu’il en soit, grâce pour beaucoup à la seconde partie, où le combat intérieur du lézard et son pardon au meurtrier résonnent avec force dans un décor aussi puissant que dépouillé, L’Histoire et l’Endroit reste un spectacle fort, très applaudi à l’issue des trois représentations au centre Tjibaou. À la sortie, le 2 avril, un groupe de femmes se sont attardées un long moment pour en discuter. « C’est vrai que tout le monde ne peut pas forcément tout capter, notait l’une d’elles, mais c’est une pièce utile, avec des mots qui marquent. Et qui nous rend actifs en tant que spectateurs ». On ne peut dire mieux.

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

Début avril, L’Histoire et l’Endroit, de Pierre Gope, était donné pour trois représentations en salle Sissia, au centre Tjibaou. Une étape importante pour cette œuvre commandée par le centre culturel de Hienghène (voir p. 24). Retour sur un spectacle fort, qui prend à mi-parcours une portée universelle.

© Éric Dell’Erba

Par Antoine Pecquet


JUIN

Du 1 au 13 juin er

Théâtre

LE CHAPITÔ

Avec les compagnies du Chapitô, Tandem, Nyian, des Kidams, Numa et Cie, Troc en jambes et le Ciné Brousse. À Ponerihouen

Du 2 juin au 27 septembre Exposition

LA FÊTE DU TOKA À TANNA

Les 4, 5 et 6 juin Théâtre

L’HOMME QUI RIT

De Victor Hugo, adapté et mis en scène par Gaële Boghossian Par la compagnie Collectif 8 Au Théâtre de l’Île

Le 5 juin THÉÂTRE D’IMPROVISATION

Par la compagnie Pacifique et Compagnie Sur la place de la Marne

© Pierre-Alain Pantz

Littérature

FESTIVAL DE LITTÉRATURE JEUNESSE « L’ÎLE Ô LIVRE » (LÔL) À Nouméa

Les 4 et 5 juin

Concert et exposition

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

EXPOSITION MUSICALE L’ENFANCE

Au conservatoire de musique et de danse

TALENTS DE FEMMES

Organisé par le Soroptimist International Club Exposition d’art et d’artisanat réalisés par des femmes de Nouvelle-Calédonie  Maison des artisans

Une production de l’association Konexcité et l’AFMI Au centre culturel du Mont-Dore

Le 6 juin Patrimoine

VISITES GUIDÉES DE LA MAISON CÉLIÈRES Sur inscription À la Maison du Livre

Le 12 juin

Concert

LE RAMDAM FESTIVAL

Par Soufiane Karim de la compagnie Posuë Au centre culturel du Mont-Dore

Du 19 au 21 juin Concert

BLUES UP FESTIVAL

Au centre culturel du Mont-Dore

Par la compagnie Traversées. Des jeunes femmes au bord du suicide sont rattrapées de justesse par un artiste contemporain à l’égoïsme démesuré. Puisqu’elles veulent en finir avec leur vie, il leur propose un contrat : renoncer à leur ancienne vie et devenir la propriété de l’artiste. Au centre culturel du Mont-Dore

Les 26 et 27 Juin

Concert

EKOTEN

Au Mouv’ © Eric Dell’Erba

C’est la 15e édition du festival organisé par Le Mouv’ à l’occasion de la Fête de la Musique Avec Senada, Darling and Co, Kalaga’la, Otoñando, Nayrouz… Sur la place de la Marne

Danse

KALY-GRAFFYK CHAPITRE 2

ET SI ON ÉTAIT DES ŒUVRES D’ART ?

FÊTE DE LA MUSIQUE

Le 21 juin

LA FAILLE ET LE TANGO

Danse

Concert

Le 6 juin Théâtre

Le 26 et 27 juin

Le 20 juin

Au centre culturel du Mont-Dore

Du 5 au 14 juin TRÈS-COURTS INTERNATIONAL FILM FESTIVAL

Du 3 au 10 juin

Salon

> Au centre culturel de Dumbéa > Un après-midi entièrement dédié à la musique Sur la place de la mairie du Mont Dore > Avec les groupes Stan and the Earth Force, Espoir, Haile, Hoogo, le Trio Pehe, Mokya et la chorale de Baco. Au centre culturel Pomémie

Festival

Photographies de Pierre-Alain Pantz Sur l’île de Tanna au Vanuatu, plus d’un millier de danseurs célèbrent l’alliance et la paix entre les 12 nakamals de l’île. Au centre culturel Tjibaou

Du 19 au 21 juin

© Alan Nogues

p. 48

Agenda

Le 26 juin Théâtre

L’OMBRE DES SENTIMENTS

De Pierre Gope Au centre culturel de Dumbéa

Du 26 juin au 3 juillet Cinéma

FESTIVAL DU CINÉMA DE LA FOA

Au cinéma de La Foa

JUILLET Du 1er au 15 juillet Exposition

FLASH-BLACK, CHRONIQUES CRÉOLES 2 Par le collectif d’artistes The Sygn Au centre culturel du Mont-Dore

Les 2 et 3 juillet RÉCITAL DE PIANO

De Pierre-Alain Volondat Au conservatoire de musique et de danse


SOIRÉE RAP&SLAM

Avec le collectif Ina di Street et les 100 fous Au centre culturel de Dumbéa

Le 3 juillet Danse

DANCE HALL CONTEST

Première édition d’un battle dédié au ragga dance hall Au Rex

Les 3 et 4 juillet Concert

MONT-DORE ROCK AND BLUES FESTIVAL Au centre culturel du Mont-Dore

Les 3, 4 et 5 juillet

Théâtre

WANAMAT SHOW 2

De et avec Maïté Siwene Au centre culturel Tjibaou

Les 3, 4 et 5 juillet Théâtre

DIALOGUES DES CARMÉLITES

D’après Georges Bernanos, Gertrud von Le Fort et Francis Poulenc. Adapté et mis en scène par Maryse Courbet et Yves Borrini. Au Théâtre de l’Île

Le 4 juillet Patrimoine

Théâtre

FREE WOMEN CHAUD 2

Par la compagnie Numa et Cie. À Poindimié

Le 9 juillet Théâtre

FREE WOMEN CHAUD 2

Par la compagnie Numa et Cie. À l’espace culturel de Koumac

À partir du 10 juillet Exposition

KO NÉVÂ

Nicolas Molé et ses invités Sans concession, avec une irrévérence nécessaire, Nicolas Molé va s’emparer de la grande salle Komwi pour nous dévoiler quelques installations et œuvres nouvelles. Au centre culturel Tjibaou

Du 17 au 19 et du 24 au 26 juillet Spectacle

MANGEZ-LE SI VOUS VOULEZ

Conte électro-rock et culinaire Une production de la compagnie du Caméléon interprétée par la compagnie Fouic Au centre culturel du Mont-Dore

VISITES GUIDÉES DE LA MAISON CÉLIÈRES

Du 21 juillet au 31 août

À la Maison du Livre

Exposition

Le 7 juillet

De Stéphanie Wamytan Au centre culturel du Mont-Dore

Théâtre

FREE WOMEN CHAUD 2

Par la compagnie Numa et Cie À Houaïlou, salle Paul Nedja

AU BLACK # 2015

Les 23 et 24 juillet Concert

PIANOS ET PERCUSSIONS

Avec l’ensemble Duodelama Au conservatoire de musique et de danse.

Le 24 juillet Cinéma

PROJECTION DES PETITES ÉTOILES

Danse

CEMEL…ER

Par la compagnie Troc en Jambes Au centre culturel Pomémie

Théâtre

LES CAVALIERS

D’après Joseph Kessel, libre adaptation d’Éric Bouvron. Avec Grégori Baquet, Maïa Guéritte et Éric Bouvron Au Théâtre de l’Île

Du 19 août au 18 octobre

Palmarès du festival du cinéma de La Foa 2015 À l’auditorium du centre administratif de la Province Sud

Exposition

Le 25 juillet

Le 20 août

PULI WANGON

Photographies de Daniel Nouraud Au centre culturel Tjibaou

Théâtre

Théâtre

Par la compagnie Cris pour habiter Exils Au centre culturel Tjibaou

Par la compagnie Numa et Cie SB 800 est une pièce en huis Clos, dans laquelle deux calédoniens se rencontrent pendant le (très long) voyage en avion jusqu’en France. Une histoire qui sent le vécu ! Avec Myriam Sarg et PierreAndré Ballande Au centre culturel Pomémie

LA SCAPHANDRIÈRE

Le 31 juillet Concert

GAYULAZ

Au Mouv’

AOÛT

SB 800

Du 21 au 31 août

Le 1 août

Concert

LA NUIT DE LA GUITARE TRADITIONNELLE 

Grand festival du chant choral calédonien Dans toute la province Sud

er

Concert

LES VOIX DU SUD

Au Mouv’

Le 5 août Concert

CHRISTINA BRANCO

Venez découvrir la musique traditionnelle portugaise. Au complexe culturel de Koné

Les 5 et 7 août Concert

Le 23 juillet

Les 6, 7 et 8 août

p. 49

Le 8 juillet

Agenda

Concert

CHORAL UILU

Au centre culturel Tjibaou

Les 27 et 28 août Concert

TROMPETTES EN FÊTE – RENCONTRES ÉCLECTIQUES Avec Samuel Tupin et Yoshio Kobayashi Au conservatoire de musique et de danse

Les 28, 29 et 30 août Concert

ARTHUR H

Au Théâtre de l’Île

Les 6 et 7 août Concert

CHRISTINA BRANCO

Au conservatoire de musique et de danse

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

Le 3 juillet


p. 50

Dessin

Par Stéphanie Wamytan

ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

Parce que le dessin est parfois plus parlant que des mots, Endemix invite un artiste à résumer chaque magazine en quelques coups de crayon.

Dédicace aux artistes plasticiens de ce numéro. Des empreintes au poisson frais en passant par le dessin vectorisé, retrouvez-y Fany Edwin, Stéphane Foucaud, Nicolas Molé, Adilio  Poacoudou et Thierry Mangin.


ET SI VOUS OFFRIEZ LA NOUVELLE-CALEDONIE EN MINIATURE ?

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ENDEMIX n° 11 juin - juillet - août 2015

GÉNÉRAL MANGIN

Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 9h à 17h

Galerie marchande

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Musée

J. JAURÈS

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