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Venus & Adonis

John Blow


VENUS & ADONIS Masque pour le divertissement du Roi en trois actes avec prologue

60’38

Bonus ODE À SAINTE CÉCILE

25’51

MAKING-OF

16’08

Feuilleton réalisé par France 3 Normandie et diffusé du 8 au 12 octobre 2013

Episode 1:

Les chanteurs de la Maîtrise de Caen débutent les répétitions.

3’42

Episode 2: On découvre Grégoire Augustin (Cupidon) dans une de ses journées ordinaires de chanteur de la Maîtrise de Caen.

3’41

Episode 3: C’est l’heure de l’ultime répétition avant la Grande Première

3’06

Episode 4: La tension monte. Derniers réglages 2 heures avant la Première. L’heure des costumes. Grégoire va entrer en scène dans son rôle de Cupidon.

2’48

Episode 5: Le grand moment. Celui d’entendre de larges extraits de Venus & Adonis Retrouvez les textes chantés en cliquant ICI Et la galerie photo en cliquant ICI You can find the lyrics if you click HERE And the photo gallery if you click HERE 2

2’50


Je remercie Patrick Foll et toute l’équipe du théâtre de Caen, Michel et Marie Ricordel des Musiciens du Paradis, Julien Dubois d’Alpha Productions, Lionel Renoux et les éditions du Petit Page, ainsi que toutes les personnes qui ont participé de près ou de loin à la réalisation de ce spectacle. Bertrand Cuiller

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Bertrand Cuiller direction musicale Louise Moaty mise en scène François-René Martin réalisation

Maîtrise de Caen Olivier Opdebeeck direction artistique assisté de Priscilia Valdazo Solistes Venus & Adonis Céline Scheen Venus Marc Mauillon Adonis Grégoire Augustin Cupidon (soliste de la Maîtrise de Caen) Grégoire Augustin, Paul Breynaert, Quentin Delaunay, Edgar Guitton, Anatole Lamy, Gaspard Layet-Lecuyer, Alex Ryan Maîtrise de Caen Nathalie Adam, Marc Barret, Romana Konradova, Robert Le Nuz, Andrea Miltnerova, Gilles Poirier, danseurs Xavier Goupil, Damien Lepoittevin, Christophe Weschler, figurants

Les Musiciens du Paradis Orchestre Bertrand Cuiller direction musicale et clavecin Sophie Gent (1er violon), Anne Pekkala, David Wish violons 1 Tuomo Suni (chef d’attaque), Sandrine Dupé, Gabriel Grosbard violons 2 Josèphe Cottet, Jérôme Van Waerbeke altos Pauline Buet, Mathurin Matharel basses de violon Emmanuel Balssa, Isabelle Saint-Yves violes Mélanie Flahaut, Johanne Maitre, Marine Sablonnière flûtes à bec Mélanie Flahaut basson, Johanne Maitre hautbois Thomas Dunford théorbe, Pierre Gallon clavecin Chœur soliste Anne-Marie Beaudette soprano Robert Getchell, David Tricou ténors Alain Buet baryton

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Chœur tutti Anne-Marie Beaudette soprano Corinne Bahuaud, Thi Lien Truong, Priscilia Valdazo altos Antoine Chenuet, Robert Getchell, David Tricou ténors Nicolas Boulanger, Alain Buet, Florent Baffi barytons

Florence Beillacou assistante à la mise en scène Françoise Denieau chorégraphie Adeline Caron scénographie assistée de Pia de Compiègne & Aurélie Gloriant Christophe Naillet lumières Alain Blanchot costumes Mathilde Benmoussa maquillages Eugène Green conseil linguistique Muriel Bec, Christophe Weschler (Société Animal Contact) dressage des animaux Olivier Fredj régisseur général assisté de Paul Amiel

Théâtre de Caen Patrick Foll directeur général Ludwig Chenay administrateur production et tournée Robert Hunout directeur technique Maîtrise de Caen Julia Katz administratrice Les Musiciens du Paradis Alain Buet direction artistique Michel Ricordel administrateur

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Avec le concours et la participation des équipes techniques et administratives du Théâtre de Caen Antoine Almon, Fabrice Blondel, Loïc Bourgeois, Philippe Boyer, Laurent Bride, Soraya Brière, Annick Bureau, Florence Busnel, Jérôme Catois, Eric Constant, Didier Delaunay, Alain Dupont, Florence Forti, Aurélien Gesnouin, Stéphane Gouabault, Xavier Goupil, Ali Hakem, Richard Helleu, Christophe Hellouin, Juliette Jeanne, André Lefort, Damien Lepoittevin, Elizabeth Levavasseur, Jacques Levesque, Patricia Lhonneur, Philippe Loison, Philippe Mainier, Elise Marmion, Laurent Mercier, Christophe Mette, Laurent Mirey, Milko Topic, Geneviève Van Den Berghe Véra Boussicot, Yolaine Guais, Camille Hergas, Annaig Le Cann Geneviève Van Den Berghe, Clément Constant et les Ateliers d’Angers-Nantes Opéra

réalisation des costumes

Titiche Sainte S réalisation des chapeaux Patrick Buteux, Isabelle Delamare coiffure des perruques Laurence Couture, Emmanuelle Flisseau, Lou Sagot, Anne Binois, Silène Tonello, Agnès Dupoirier maquillage, coiffure Philippe Delval photographie digipack et livret

CLC PRODUCTIONS

Pierre Moitron producteur Sabrina Azoulay, Jean-François Boyer producteurs délégués Karine Lepelletier directrice de production Domitille Bramand assistante de production Jean Luc Randriamanantsoa administrateur de production Isabelle Julien conseillère musicale Cécile Trelluyer directrice de la photographie Matthieu Lamotte montage Florian Rivoal chef d’équipement vidéo Jean-Pierre Loisil musicien metteur en ondes Laure Casenave-Péré ingénieur du son

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NORMANDIE TV

William de Stoppeleire président directeur général David de Stoppeleire administrateur antenne Thomas Fournier communication M_MEDIA

Michel Swierczewski FRANCE TÉLÉVISIONS

Unité de programme Musique & Spectacle Vivant Nicolas Auboyneau directeur Pascale Dopouridis directrice adjointe, en charge de la musique Sophie Humareau conseillère de programme Pascal Cardin administrateur Blanche Simon chargée de production Caroline Eap coordination de la production Caroline Dijon attachée de presse

Édition vidéo Alpha productions Richard Neel, Société Thomas & Neel sous-titrage anglais, français, espagnol & allemand Ayako Kosaka sous-titrage japonais Corinne Smit sous-titrage making-of

Une coproduction CLC Productions / Théâtre de Caen avec la participation de France Télévisions Normandie TV M_Media et avec le concours du Centre National du Cinéma et de l’image animée

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Spectacle en coproduction Théâtre de Caen, les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Angers-Nantes Opéra, Opéra Comique, Opéra de Lille et Centre de Musique Baroque de Versailles Production déléguée Théâtre de Caen. Le théâtre de Caen est le théâtre de la Ville de Caen. Il bénéficie des soutiens du ministère de la Culture et de la Communication DRAC Basse-Normandie et de la Région Basse-Normandie pour la programmation lyrique. La Région Basse-Normandie soutient cet événement au côté de la Ville de Caen. Les Musiciens du Paradis, basés à Alençon, sont soutenus et subventionnés par le ministère de la Culture et de la Communication, la Région Basse-Normandie et le Conseil général de l’Orne. La Maîtrise de Caen est une initiative de la Ville de Caen. Elle est le fruit d’un partenariat entre l’Education nationale pour l’enseignement général, le Conservatoire à rayonnement régional de Caen – un équipement de Caen la mer – pour la formation musicale, et le théâtre de Caen pour la production et la diffusion. Pour son cycle de concerts et d’auditions, elle est également soutenue par la Région Basse-Normandie.

© 2013 Alpha Productions © CLC Productions - théâtre de Caen - Normandie TV 2013

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ENG

Epilogue sur la naissance du projet Lorsque Louise Moaty et Patrick Foll1 me proposèrent la direction musicale de leur projet Venus & Adonis, ma joie fut immense : créer cette œuvre magnifique dans le cadre exceptionnel du Théâtre de Caen ! Expérience excitante et diablement différente de mes habitudes, car il s’agissait ici de prendre pour la première fois les rênes d’un orchestre, « clavecin » géant aux voix toutes singulières… Au préalable, il fallait préparer une partition, et façonner le plus bel « instrument » orchestral et vocal possible pour la faire vivre. Vénus et Adonis trouvèrent naturellement leurs représentants en Céline Scheen et Marc Mauillon qui, au fil des répétitions, se sont révélés les incarnations idéales de nos deux héros. Puis vint la question d’engager des jeunes de la Maîtrise de Caen pour chanter Cupidon et les Cupids. Cette décision fut une des plus déterminantes du projet : quel enrichissement pour nous tous, les « grands », de travailler avec ces « petits professionnels » ! Et quelle énergie renouvelée au sein du groupe tout au long de la tournée ! La création (vers 1683) s’était d’ailleurs faite devant le roi Charles II, avec sa maîtresse Mary Moll Davies dans le rôle de Vénus et leur fille Mary Tudor dans le rôle de Cupidon (elle était alors âgée de 10 ans). L’œuvre avait été par la suite reprise dans le pensionnat de Chelsea, celui-là même où fut joué Dido & Aeneas de Purcell. Venus & Adonis est donc une affaire d’enfants, dès l’origine. L’effectif instrumental n’est pas précisément indiqué sur les partitions originales. Directeur du théâtre de Caen

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Nous

sommes, sur ce terrain, grandement aidés par les recherches musicologiques et

organologiques, ainsi que par une étude personnelle approfondie de la partition. Aussi dans la présente version, le pupitre des vents est composé de trois flûtistes à bec dont l’une joue aussi du basson et l’autre du hautbois, selon une pratique importée de France au xviie siècle. Nous pouvons reproduire cette pratique aujourd’hui car nous avons la chance d’avoir des musiciens capables de passer d’un instrument à l’autre avec une égale aisance. Le pupitre des cordes est composé des violons, des altos et des basses de violon. Le continuo comprend deux basses de viole, un archiluth, un virginal flamand, la précieuse copie d’un clavecin anglais (Theewes - 1579), ainsi qu’un ottavino, instrument sonnant à l’octave aiguë que nous avons associé à Cupidon pour sa couleur enfantine. Dix-huit musiciens, c’est déjà un orchestre... Malgré ce nombre, je sentais que se rapprocher d’un esprit de musique de chambre pourrait créer une dynamique intéressante pour cette œuvre intimiste. Je me suis inspiré de la fosse d’orchestre du théâtre du Château de Český Krumlov en République tchèque, qui m’avait frappée par la disposition des musiciens : face à face de chaque côté d’un long pupitre double. Dans ma version, les musiciens sont face à face, mais un peu en ovale, suivant la forme des fosses. Cette position les oblige à remettre en cause leurs habitudes d’orchestre : certains sont tournés vers le public, d’autres vers la scène. Surtout, chacun peut voir tous les autres et a donc une influence sur le groupe. Sa propre énergie est ressentie par tous. Les Musiciens du Paradis forment un ensemble vocal et instrumental créé par Alain Buet et basé à Alençon. Grâce à la personnalité d’Alain Buet, toute l’équipe de chanteurs et musiciens fut choisie dans l’idée que nous allions partager une grande aventure pendant plusieurs mois : ainsi cette tournée fut aussi riche humainement que musicalement.

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Directeur du Département de musique ancienne du CNSMDP et Conseiller musical aux Arts Florissants 10


Les partitions : un travail de reconstruction

Nous avons réalisé notre propre édition de l’Ode Begin the Song à partir d’un manuscrit du début du xviiie siècle transmis par Pascal Duc 2. L’écriture chorale à quatre parties avec, par intermittence, une cinquième voix instrumentale surplombant l’ensemble est remarquable, et pourrait rappeler l’écriture orchestrale française à cinq parties. Elle est en fait bien différente : cette cinquième partie n’est pas au « milieu » des autres, mais plane au-dessus. Cela impose de véritables choix d’instrumentation car il n’existe aucune indication précise de la part du compositeur. Pour Venus & Adonis, nous sommes partis des deux principales versions originales, conservées à la British Library de Londres. Les différences majeures entre ces deux versions sont situées dans les parties intermédiaires (second violon, alto), dont les notes offrent bon nombre de variantes. Il y a beaucoup de différences aussi dans l’ornementation. Blow a manifestement retravaillé un premier jet assez fluide et spontané, parfois pour le meilleur, mais pas toujours d’après moi. J’ai donc façonné ma propre version avec les options à ma disposition. Du John Blow dans Dido & Aeneas et du Henry Purcell dans Venus & Adonis ? Quant aux sonorités si personnelles de John Blow, elles font de son univers musical un monde qui vaut plus qu’un détour : le contrepoint de l’Ode, brillant et sans concession, touchera les amateurs de musique anglaise ; le cri suraigu de Vénus n’est-il pas un des premiers de l’histoire de la musique, et des plus touchants ? Il y a une imagination si fine dans les récitatifs, la scène de la leçon, les ballets et pièces instrumentales... L’œuvre entière fait preuve d’une exceptionnelle singularité. Un peu dans l’ombre de son élève Henry Purcell, John Blow mérite davantage de lumière. J’invite les auditeurs curieux à réécouter Dido & Aeneas de Purcell : on peut rapprocher ces deux œuvres, pour plusieurs raisons, que je vous laisse découvrir ou même inventer...

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Le maître et l’élève, dont on sait qu’ils étaient de bons amis, ne se sont-ils pas montré leurs partitions en cours de composition ? Comment, presqu’au même moment, ces deux œuvres seraient-elles nées, sans de fortes influences mutuelles ? Bertrand Cuiller, août 2013

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ENG

note d’intention de Louise Moaty « Le soleil au visage pourpre vient de se séparer de l’aube en pleurs et Adonis aux joues de rose se hâte d’aller chasser » William Shakespeare, Venus & Adonis1 C’est devant le roi Charles II que se crée Venus & Adonis de John Blow, en 1683. Et pour son plaisir parfait, Vénus est jouée par sa maîtresse, l’actrice et chanteuse Mary Moll Davies, tandis que leur fille illégitime Lady Mary Tudor, alors âgée de dix ans, incarne le jeune Cupidon aux traits impertinents. Encore intitulé « Masque » dans certains manuscrits, Venus & Adonis n’en demeure pas moins le premier opéra anglais ayant survécu à ce jour, représenté l’année suivante par les élèves du fameux pensionnat de Josias Priest, où sera créé Dido & Aeneas en 1689. La familiarité entre ces deux œuvres est telle qu’on peut dire que Purcell, élève de Blow, a composé Dido & Aeneas sur le modèle de Venus & Adonis – qu’il cite d’ailleurs ouvertement dans sa composition. La puissance tragique de Venus & Adonis n’empêche pas d’y retrouver toute la spontanéité du « Masque », une naïveté de ton, une simplicité dans la narration qui donnent l’impression de voir l’histoire s’inventer sous nos yeux : le plateau nu du théâtre du Globe n’est pas si loin. De même, si l’opéra se présente sous la forme miniature d’une tragédie en musique à la Lully, avec ouverture à la française, prologue pastoral, pièces de danse, on perçoit dans la partition – et particulièrement dans les interventions des chasseurs au premier acte, ou dans la grâce joyeuse de la leçon de Cupidon – l’héritage de la musique anglaise du xvie siècle aux harmonies parfois plus crues, les couleurs vertes des Shakespeare Songs. 1

Traduction Yves Bonnefoy, Gallimard. 13


En faisant appel aux enfants de la Maîtrise de Caen pour interpréter le rôle de Cupidon et chanter dans le chœur, nous voulons conserver à l’œuvre toute sa force de contrastes, pour mêler ces couleurs vives, naïves, à l’irruption violente de la mort et du tragique.

« Le fidèle Adonis maintenant doit n’être plus rien » Adonis, Venus & Adonis, livret attribué à Ann Kingsmill. Adonis, fils de Myrrha. Jean-Pierre Vernant, après-propos à M. Detienne, Les Jardins d’Adonis, Folio 4 « Pourquoi n’aurais-je pas le grand privilège de mourir ? » Vénus, Venus & Adonis 5 Ovide, Métamorphoses. Traduit sous la direction de M. Nisard, Firmin Didot 6 Marsile Ficin, Quid sit lumen, traduction Bertrand Schefer, Allia 7 « Pleure ton chasseur, ô bosquet déserté », Chœur final, Venus & Adonis 2 3

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« Faithful Adonis now must be no more »2 Qu’évoque en effet le destin du bel Adonis, jeune chasseur qui ayant à peine goûté l’amour de Vénus est tué par un sanglier, sinon une allégorie tragique de ce qui nous différencie des dieux : l’expérience du temps et de la mort. La nature éloquente des Métamorphoses porte en elle le deuil de « l’enfant aromatique »3, disparu avant de donner des fruits ; le deuil de la passion amoureuse et de l’éternel printemps. « Why should not I have the great privilege to die ? »4 se lamente Vénus éplorée. Pour que le monde garde éternelle la mémoire de son amour, la déesse crée de son sang l’Anémone, fleur aussi fragile que sa vie de mortelle. « Voici qu’une fleur naît du sang qui la colore (…) Mais son éclat ne dure qu’un instant ; trop frêle, trop légère, elle tombe, et le vent qui lui donne son nom la détruit et la brise »5. Une heure à peine : aussi bref et fulgurant qu’une vie humaine,Venus & Adonis nous emporte inexorablement vers la fin brutale du jeune chasseur. C’est un conte cruel, une vanité qui inscrit dans l’espace du mythe l’éphémère des plaisirs et de la vie. On ne s’étonnera pas que Shakespeare en ait fait un long poème, dans la lignée des Sonnets, compagnons de voyage de nos recherches dramaturgiques. Comme prémisse à l’opéra, l’Ode à sainte Cécile de John Blow « Begin the Song » invite à célébrer la musique en chant, en danse – dans une quête d’harmonie évoquant les rêves hermétiques de Marsile Ficin, Robert Fludd, William Shakespeare, où l’homme lui-même devient théâtre de mémoire. « Rire du ciel »6, musique des sphères : la danse prolongée quelques instants dans le silence, comme une respiration, vient dessiner la course du temps et suspendre le nôtre pour nous plonger dans celui de la tragédie.

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Traduction Yves Bonnefoy, Gallimard. 15


« Weep for your huntsman, oh forsaken grove »7 Entre Sonnets de Shakespeare et Vanités, l’art de la mélancolie a conduit le fil de notre scénographie à travers ossuaires et reliquaires, cryptes et chapelles, jusqu’aux Catacombes des Capucins à Palerme, construites à l’orée du xviie siècle. Nous en avons gardé des alignements de boîtes, stèles, cercueils, mélangeant matières brutes et précieuses : bois, verre, métal… les flammes des bougies remplaçant ici les crânes et les ossements. De la Melancholia de Dürer au pinceau élisabethain de Thomas Hilliard, de la géométrie céleste de Giordano Bruno ou Johannes Kepler au Temple de la Musique de Robert Fludd, en passant par la sensualité des Cranach, nous avons exploré les mises en rapport de la nature et de la connaissance, du précieux et de la nudité, du noir et de la couleur, de l’homme et du végétal. Nous avons ainsi imaginé un espace de mémoire où hommes, femmes, enfants, dans une quête de sens qui est déjà celle de l’Ode, viennent raconter l’histoire de Venus & Adonis. Ils font apparaître devant nous les personnages de cette histoire comme autant de précieuses images de mémoire, celles qu’on trouve répétées à l’infini dans les tableaux de l’époque : Vénus et ses colombes, Cupidon, Adonis et ses chiens, le bosquet des amants… Le feu comme matière vivante, au même titre que le végétal ou l’animal, les hommes et leur musique, leur plaisir, leur savoir, leur folie, viennent ici s’offrir en contraste dans la profondeur de la nuit.

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« Puisque l’airain, la pierre, la terre, l’eau sans limites, Sont tous soumis à la loi de la mort, Que pourrait bien plaider, contre cette rage, La beauté, qui est aussi frêle qu’une fleur ? » William Shakespeare, Sonnet 658 Louise Moaty, metteur en scène

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Epilogue on the birth of the project

When Louise Moaty and Patrick Foll1 offered me the musical direction of their project Venus & Adonis, I was overjoyed: to create this magnificent work in the exceptional setting of the Caen Theatre! An exciting experience and fiendishly different from my habits, because it was the first time that I had to take the reins of an orchestra, a giant « harpsichord » with all singular voices… Beforehand, we had to prepare a score, and shape the most beautiful orchestral and vocal « instrument » as possible to give it life. Venus & Adonis naturally found their representatives in Céline Scheen and Marc Mauillon who, during the course of the rehearsals, proved to be the ideal incarnations of our two heroes. Then arose the question of engaging the young people of the Caen Choir School to sing Cupid and the Cupids. This latter was one of the most decisive of the project: what an enrichment for us all, the ‘big ones’, working with those ‘little professionals’! And such renewed energy at the heart of the group all through the tour! The creation (around 1683) was moreover performed in front of King Charles II, with his mistress Mary Moll Davies in the role of Venus and their daughter Mary Tudor in the role of Cupid (she was 10 years old then). Afterwards, the work was played again in the Chelsea boarding school, the very one in which Purcell’s Dido & Aeneas was performed. So Venus & Adonis is right from the outset a children’s affair.

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Caen theatre Director. 18


The total number of instruments is not precisely indicated on the original score. We are, on this ground, greatly aided by musicology and organology research, as well as by a personal, in depth study of the score. Thus, in this present version, the wind rostrum is composed of three recorders of which one also plays the bassoon and the other the oboe, according to the custom imported from France in the seventeenth century. We can reproduce this custom today because we are lucky enough to have musicians who are capable of switching from one instrument to an other with equal ease. The string rostrum is composed of violins, violas and bass violins. The continuo consists of two bass violas, an archlute, a Flemish virginal, the precious copy of an English harpsichord (Theewes - 1579), as well as an ottavino, an instrument with a high-pitched octave that we have associated with Cupid for its childlike sonority. Eighteen musicians is already an orchestra... In spite of this number, I felt that to come close to a spirit of chamber music could create an interesting, dynamic mood for this intimist work. I was inspired by the orchestra pit of the theatre in the Český Krumlov Castle in the Czech Republic, which struck me by its seating plan for the musicians: face to face on each side of a long, double rostrum. In my version, the musicians are face to face, but a little bit in an oval following the shape of the pit. This position forces them to change their habits in the orchestra: some of them are facing the audience, others facing the stage. More importantly, each of them can see the others and thereby has an influence on the group. One’s own energy is felt by all. Les Musiciens du Paradis is a vocal and instrumental ensemble created by Alain Buet and based in Alençon. Thanks to Alain Buet’s personality, the whole team of singers and musicians was chosen with the idea that we were going to share a great adventure for several months: that way the tour was rich on a human level as well as musically. 2

Director of the ancient music department of the CNSMDP and musical adviser at the Art Florissants.

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The scores: a work of reconstruction

We have completed our own edition of the ode Begin the Song from a manuscript dating from the beginning of the 18th century transmitted by Pascal Duc2. The four part choir writing with, intermittently, a fifth instrumental voice overriding the whole, is amazing, and could recall the five part French orchestral writing. It is in fact quite different: this fifth part is not in the « middle » of the others, but floats over it. This imposes a real choice of instrumentation because no accurate information from the composer exists. For Venus & Adonis, we started working on the two principal original versions, kept in the British Library in London. The major difference between the two versions is situated in the intermediary parts (second violin, viola), of which the notes offer a large number of variants. There are also a considerable number of differences in the ornamentation. John Blow obviously reworked a rather fluid and spontaneous rough outline, at times for the best, but not always in my opinion. Therefore, I structured my own version with the options at my disposal. Some John Blow in Dido & Aeneas and some Henry Purcell in Venus & Adonis ? Regarding John Blow’s particularly personal sonorities, they make his musical universe a world that is more than worth the trip: the counterpoint of the Ode, brilliant and without concession, will move the amateurs of English music; is not Venus’s overly shrill cry one of the first in the history of music, and one of the most moving? There is such a fine imagination in the recitatives, the scene of the lesson, the ballet and instrumental pieces... The entire work shows exceptional singularity. Slightly in the shade of his pupil Henry Purcell, John Blow deserves far more consideration. I invite the curious listeners to listen again to Purcell’s Dido & Aeneas: we can establish a 20


parallel between the two works, for several reasons, that I leave you to discover or even to invent... Didn’t the teacher and the pupil, that we know were good friends, show each other their scores in progress? How, at almost the same time, could these two works have come into existence without strong mutual influence? Bertrand Cuiller, August 2013 Translation: Frédérique Attuel

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Project note by Louise Moaty « EVEN as the sun with purple-colour’d face Had ta’en his last leave of the weeping morn, Rose-cheek’d Adonis hied him to the chase; » William Shakespeare, Venus & Adonis It was in front of King Charles II that John Blow’s Venus & Adonis was created in 1683. And for his complete pleasure, Venus was played by his mistress, the actress and singer Mary Moll Davies, while their illegitimate daughter, Lady Mary Tudor, then ten years old, played the part of the young Cupid with his impertinent features. Still entitled « Mask » in some manuscripts, Venus & Adonis remains the first English opera to have survived to the present day, performed the following year by the pupils of the famous Josias Priest boarding school, where Dido & Aeneas would be created in 1689. The striking similarity between the two works leads us to conclude that Purcell, Blow’s pupil, composed Dido & Aeneas on the model of Venus & Adonis – which, moreover, he quotes openly in his composition. The tragic power of Venus & Adonis does not prevent us from feeling all the spontaneity of « Mask », a candid tone, a simplicity in the narration that gives the impression of seeing history being invented before our very eyes : the bare stage of the Globe Theatre is not so far away. Likewise, if the opera presents itself as a tragedy in miniature form set to music à la Lully, with a French overture, a pastoral prologue, and dancing, we discern in the score – especially in the hunters’ interventions in the first act, or in the joyous gracefulness of Cupid’s lesson – the heritage of 16th century English music with its occasionally coarser harmony, the green tones of the Shakespeare songs. 22


By asking the children of the Caen Choir School to interpret the role of Cupid and to sing in the choir, we wished to preserve all the work’s force of contrast in order to blend its bright, ingenuous colours with the violent burst of death and tragedy. « Faithful Adonis now must be no more »1 What indeed does the destiny of handsome Adonis, a young hunter who, hardly having tasted the love of Venus, is killed by a wild boar, evoke, if not a tragic allegory of what differs us from the Gods: the experience of time and death. The eloquent nature of the Metamorphosis contains within itself the mourning of the « aromatic child »2, departed before bearing fruit; the mourning of amorous passion and of eternal spring. « Why should not I have the great privilege to die? »3 moans tearful Venus. So that the world remembers her love eternally, the goddess creates the Anemone from her blood, a flower as fragile as mortal life. « Here is a flower which is born from the blood that colours it (...) But its bloom will only last an instant; too frail, too light, it falls, and the wind that gives it its name, crushes and destroys it. »4 Barely an hour long: as brief and fleeting as a human life, Venus & Adonis carries us inexorably towards the brutal end of the young hunter. It is a cruel tale, a vanity which inscribes in the space of a myth the ephemeral nature of pleasure and of life. It is not surprising that Shakespeare wrote a long poem on the subject, in the spirit of the Sonnets, a companion piece for the dramatist’s research. As a premise to the opera, the Ode to Saint Cecilia from John Blow’s « Begin the song » invites us to celebrate music in song, in dance - in quest of that harmony which evokes the impenetrable dreams of Marsile Ficin, Robert Fludd, William Shakespeare, where man himself becomes the theatre of memory. Adonis, Venus & Adonis, libretto ascribed to Ann Kingsmill. « L’enfant aromatique ». Adonis, son of Myrrha. Jean-Pierre Vernant, postface to M. Detienne, Les jardins d’Adonis, Folio. (translated by Frédérique Attuel). 3 Venus, Venus & Adonis. 4 « Voici qu’une fleur naît du sang qui la colore (...) Mais son éclat ne dure qu’un instant ; trop frêle, trop légère, elle tombe, et le vent qui lui donne son nom la détruit et la brise ». Ovide, Metamorphosis. Translated into French under the supervision of M. Nisard, Firmin Didot. (translated by Frédérique Attuel) 5 « Rire du ciel ». Marsile Ficin, Quid sit lumen, translation into French by Bertrand Schefer, Allia. (translated by Frédérique Attuel). 6 Final Chorus, Venus & Adonis. 1 2

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«To laugh from the sky »5, music from the spheres: the dance, prolonged for a few moments in the silence, like a breath, comes to draw time’s journey and to suspend ours in order to plunge us into that of tragedy. « weep for your huntsman, oh forsaken grove »6 Between Shakespeare’s Sonnets and the Vanities, the art of melancholy has inspired our stage settings from ossuaries and reliquaries, crypts and chapels, to the Capuchin catacombs in Palermo, built at the dawn of the seventeenth century. We have kept rows of boxes, tombstones, coffins, mixing raw and precious matter: wood, glass, metal... candle flames here replacing skulls and bones. From Dürer’s Melancholia to the Elizabethan brush of Thomas Hilliard, from the celestial geometry of Giordano Bruno or Johannes Kepler to Robert Fludd’s Temple of Music, through the Cranachs’ sensuality, we have explored the links between nature and knowledge, the precious and the naked, black and colour, man and the plant world. We have, thus, imagined a space for memory in which men, women and children, in their quest for meaning, which is already that of the Ode, come to tell the story of Venus & Adonis. They make the characters of this story appear in front of us just as many precious images of memory, those that we find repeated infinitely in the paintings of the period: Venus and her doves, Cupid, Adonis and his dogs, the lovers’ grove... Fire as living matter, just like plants or animals, men and their music, their pleasure, their knowledge, their insanity, come together here to offer their contrasting natures within the depth of the night. 6

Final Chorus, Venus & Adonis.

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« Since brass, nor stone, nor earth, nor boundless sea, But sad mortality o’ersways their power, How with this rage shall beauty hold a plea, Whose action is no stronger than a flower? » William Shakespeare, Sonnet 65 Louise Moaty, director Translation: Frédérique Attuel

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Venus and Adonis

A Masque for the entertainment of the King, 1683 The Prologue

Prologue

Cupid

Cupidon

Behold my arrows and my bow ;

Voyez mes flèches et mon arc ;

And I desire my art to show.

Et je désire vous montrer mon Art.

No-one’s bosom shall be found,

Nul sein ne sera découvert,

Ere I have done, without a wound,

Quand j’aurai fini, sans une blessure.

But it would be the greatest art

Mais le plus grand Art serait

To shoot myself into your heart.

De me lancer moi-même dans votre cœur.

Thither with both my wings I move,

Je vais et vole de mes deux ailes,

Pray, entertain the God of Love.

Célébrez, réjouissez le Dieu de l’Amour.

Shepherdess

Bergère

Come shepherds all, let’s sing and play ;

Venez tous, bergers, chantons, amusons-nous ;

Be willing, lovesome, fond and gay.

Soyez complaisants, charmants, joyeux et passionnés.

Chorus of Shepherds and Shepherdesses

Chœur de Bergers et Bergères

Come shepherdesses, sing and play,

Venez bergères, chantez, amusez-vous,

Be willing, lovesome, fond and gay.

Soyez complaisantes, charmantes, joyeuses et passionnées.

1st Shepherd

Premier Berger

She who these soft hours misuses,

Celle qui méprise ces tendres heures,

And a begging swain refuses,

Et se refuse au jeune pastoureau,

When she would the time recover,

Quand elle voudra rattraper le temps,

May she have a feeble lover.

Qu’elle n’ait qu’un faible amant.

Shepherdess

Bergère

The best of the Celestial Pow’rs

Des Dieux du Ciel le plus puissant

Is come to give us happy hours.

Vient nous offrir d’heureux moments. 26


Chorus of Shepherds and Shepherdesses

Chœur de Bergers et Bergères

The best of the Celestial Pow’rs

Des Dieux du Ciel le plus puissant

Is come to give us happy hours.

Vient nous offrir d’heureux moments.

2nd Shepherd

Deuxième Berger

Oh ! let him not from hence remove

Oh ! qu’on ne le laisse quitter ces lieux

Shepherdess

Bergère

Till ev’ry bosom’s full of love.

Avant que chaque cœur soit empli d’amour

Chorus

Chœur de Bergers et Bergères

Oh ! let him not from hence remove

Oh ! qu’on ne le laisse quitter ces lieux

Till ev’ry bosom’s full of love.

Avant que chaque cœur soit empli d’amour

Cupid

Cupidon

Courtiers there is no faith in you,

Courtisans, en vous point de fidélité,

You change as often as you can ;

Vous changez autant que vous pouvez

Your women they continue true

Vos dames, elles, demeurent loyales

But till they see another man.

Mais jusqu’à ce qu’elles voient un autre homme.

3d Shepherd

Troisième Berger

Cupid, hast thou many found

Cupidon, en as-tu rencontré beaucoup

Long in the same fetters bound ?

Longtemps par mêmes fers enchaînés ?

27


Cupid

Cupidon

At Court I find constant and true

A la Cour je vois constance et loyauté

Only an aged lord or two.

Seulement en un vieux lord ou deux.

3d Shepherd

Troisième Berger

Who do their empire longest hold ?

Lesquels tiennent le plus longtemps ?

Cupid

Cupidon

The foolish, ugly and the old.

Les fous, les laids et les vieux.

In these sweet groves love is not taught,

Dans ces doux bosquets l’amour ne s’apprend pas,

Beauty and pleasure is not bought :

Beauté et plaisir ne s’achètent pas :

To warm desires the women nature moves,

Nature éveille chez les femmes des désirs ardents

And ev’ry youthful swain by nature loves.

Et par nature chaque jeune berger devient amant.

Chorus of Shepherds and

Chœur de Bergers et Bergères

Shepherdesses

Dans ces doux bosquets l’amour ne

In these sweet groves love is not taught,

s’apprend pas,

Beauty and pleasure is not bought :

Beauté et plaisir ne s’achètent pas :

To warm desires the women nature moves,

Nature éveille chez les femmes des désirs ardents

And ev’ry youthful swain by nature loves.

Et par nature chaque jeune berger devient amant.

Cupid

Cupidon

Lovers, to the close shades retire,

Amants, retirez-vous sous les ombrages proches

Do what your kindest thoughts inspire.

Prenez pour guides vos plus tendres pensées.

Cupid’s Entry

Entrée de Cupidon

The end of the prologue

Fin du prologue

28


ACTE I

ACT I

Adonis

Adonis

Venus !

Vénus !

Venus

Vénus

Adonis !

Adonis !

Adonis

Adonis

Venus !

Vénus !

Venus

Vénus

Adonis !

Adonis !

Adonis

Adonis

Venus !

Vénus !

Venus

Vénus

Adonis !

Adonis !

Adonis

Adonis

Venus, when shall I

Vénus, quand pourrais-je

Taste soft delights

Goûter de suaves plaisirs

And on thy bosom lie ?

Et sur ton sein m’étendre ?

Let’s seek the shadiest covert of this grove,

Cherchons de ce bosquet l’ombre la plus secrète

And never, never disappoint expecting love.

Et jamais, jamais ne décevons l’amour qui attend

29


Venus

Vénus

Adonis, thy delightful youth

Adonis, ta jeunesse délicieuse

Is full of beauty and of truth :

Est pleine de beauté et de vérité :

With thee the Queen of Love employs

Avec toi la Reine de l’Amour emploie

The hours design’d for softer joys.

Les heures destinées aux plus douces joies.

Adonis

Adonis

My Venus still has something new,

En ma Vénus cependant, un je ne sais quoi toujours neuf

Which forces lovers to be true.

Conraint les amants à rester fidèles.

Venus

Venus

Me my lovely youth shall find

Mon adorable jouvenceau me trouvera

Always tender, ever kind.

Toujours tendre, aimante à jamais.

Hunters’ Music.

Musique des Chasseurs.

Venus

Vénus

Hark, hark, the rural music sounds,

Ecoute, écoute sonner la musique champêtre

Hark, hark the hunters, hark the hounds !

Ecoute les chasseurs, écoute les chiens !

They summon to the chase ;

Ils appellent à la chasse ;

haste, haste away !

hâte-toi, hâte-toi!

Adonis

Adonis

Adonis will not hunt today :

Adonis ne chassera pas aujourd’hui :

I have already caught the noblest prey.

J’ai déjà pris la plus noble proie.

30


Venus

Vénus

No, my shepherd haste away.

Non, mon berger hâte-toi.

Absence kindles new desire,

L’absence allume un feu nouveau,

I would not have my lover tire.

Je ne voudrais point de mon amant lassé.

My shepherd, will you know the art

Mon berger, veux-tu connaître par quel Art

By which I keep a conquer’d heart ?

Je sais garder un coeur conquis ?

I seldom vex a Lover’s ears

Rarement j’irrite les oreilles d’un amant

With business, or with jealous fears ;

Avec des soucis, ou de jalouses craintes ;

I give him freely all delights

Je lui accorde librement tous les délices

With pleasant days and easy nights.

Avec des jours plaisants et de douces nuits.

Adonis

Adonis

Yet there is a sort of men

Il y a pourtant une sorte d’hommes

Who delight in heavy chains,

Qui se plaît dans les lourdes chaînes,

Upon whom ill usage gains ;

Que les mauvais traitements attachent ;

And they never love till then.

Et sans lesquels ils n’aiment jamais.

Venus

Vénus

Those are fools of mighty leisure :

Ceux-là sont des fous aux loisirs extrêmes

Wise men love the easiest pleasure.

Les hommes sages aiment les plus simples plaisirs

I give you freely all delights

Je t’accorde librement tous les délices

With pleasant days and easy nights.

Avec des jours plaisants et de douces nuits.

Adonis

Adonis

Adonis will not hunt today,

Adonis ne chassera pas aujourd’hui,

31


Venus

Vénus

No, my shepherd haste away.

Non, mon berger hâte-toi.

Exit Venus.

Vénus sort. Les Chasseurs entrent et

Enter Huntsmen to Adonis, and sing this Chorus.

viennent chanter ce Choeur à Adonis.

Chorus of Huntsmen

Chœur des Chasseurs

Come follow, follow, the noblest game ;

Viens prendre part au plus noble des jeux ;

Here the sprightly youth may

Ici la vive jeunesse peut acquérir la

purchase fame.

renommée.

Huntsman

Chasseur

A mighty Boar our spears and darts defies.

Un puissant sanglier défie nos lances et nos traits.

He foams and rages, see he wounds

Il écume et rage, vois comme il blesse

The stoutest of our Cretan hounds.

Les plus braves de nos chiens crétois.

He roars like thunder and he lightens from his eyes.

Il rugit comme le tonnerre et par ses yeux lance des éclairs.

Adonis

Adonis

You who the slothful joys of City hate,

Vous qui haïssez les joies indolentes de la Ville,

And early up, for rougher pleasures wait,

Et tôt levés, cherchez de plus rudes plaisirs,

Next the delight, which Heav’nly Beauty yields,

Après la volupté qu’offre la Divine Beauté,

Nothing, oh nothing is so sweet

Rien, oh rien n’est aussi doux

As for huntsmen, that do meet

Que des chasseurs, qui se retrouvent

With able coursers and good hounds to range the fields.

Avec des coursiers habiles et une bonne meute pour battre la campagne.

Chorus of Huntsmen

Chœur des Chasseurs

Lachne has fasten’d first, but she is old ;

Lachne l’a saisi la première,

32


Bring hither Ladon,

mais elle est vieille ;

he is strong and bold,

Amène Ladon, il est fort et hardi,

Hey, Lachne, hey Melampus ! Oh ! they bleed !

Taïaut Lachne, taïaut Melampus !

Your spears, your spears ! Adonis thou

Oh ! ils saignent !

shalt lead.

Vos lances, vos lances ! Adonis, tu dois marcher le premier.

Exeunt singing

Ils sortent en chantant

A dance by a Huntsman

Danse d’un Chasseur

ACT II

ACTE II

Cupid

Cupidon

You place with such delightful care

Vous disposez avec un soin si enchanteur

The fetters which your lovers wear,

Les chaînes que portent vos amants,

None can be weary to obey

Aucun ne peut être las d’obéir

When you their eager wishes bless ;

Car vous bénissez leurs vœux ardents ;

The crowding Joys each other press,

Les plaisirs en foule se bousculent,

And round you smiling Cupids play.

Et autour de vous jouent les Amours en souriant.

Venus

Vénus

Flattering boy, hast thou been reading

Petit flatteur, as-tu appris

Those lessons and refined arts

Tes leçons et les arts raffinés

By which thou may’st set a-bleeding

Par lesquels tu peux percer jusqu’au sang

A thousand tender hearts ?

Un millier, un millier de tendres cœurs ?

Cupid

Cupidon

Yes, but mother, teach me to destroy

Oui, mais Mère, apprenez-moi comment anéantir

All such as scorn your wanton boy.

Tous ceux qui dédaignent votre petit étourdi. 33


Venus

Vénus

Fit well your arrows when you strike,

Ajuste bien tes flèches quand tu combats,

And choose for all what each may like ;

Et choisis pour tous ce que chacun aimera ;

But make some love, they know not why,

Mais fais que certains aiment, sans qu’ils sachent pourquoi

And for the ugly and ill-humour’d die.

Et se pâment pour le laid ou le coléreux.

Such as scorn Love’s fire

Ceux-là qui méprisent le feu de l’Amour

Force them to admire.

Force les à s’émerveiller.

Cupid, the Little Cupids

Cupidon, les Petits Cupidons

The insolent, the arrogant,

L’insolent, l’arrogant,

The M.E.R Mer : C.E. ce :

Le M.E.R. Mer ; C.E. ce ;

Mer-ce : N.A. na : R.Y. ry :

Mer-ce ; N.A. na ; R.Y. ry ;

The mercenary, the vain and silly.

Le mercenaire, le vaniteux et le stupide.

The jealous and uneasy :

Le jaloux et le difficile :

all such as tease ye.

tous ceux qui teprovoquent.

Venus & the Little Cupids

Vénus & les Petits Cupidons

All such as tease ye.

Tous ceux qui te provoquent.

Cupid

Cupidon

Choose for the formal fool

Choisis pour un fol esprit trop formel

Who scorns Love’s mighty school

Qui méprise la grande école de l’Amour

One that delights in secret glances,

Celle qui se délecte d’œillades secrètes

And a great reader of romances.

Et est grande lectrice de romans.

For him that’s faithless, wild and gay,

Pour l’infidèle, sauvage et joyeux,

Who with Love’s pain doth only play,

Qui des tourments d’amour ne fait qu’un jeu,

Take some affected, wanton she,

Prends quelque précieuse impudique,

As faithless and as wild as he.

Aussi sauvage et infidèle que lui.

34


The Little Cupids

Les Petits Cupidons

Take some affected, wanton she,

Prends quelque précieuse impudique,

As faithless and as wild as he.

Aussi sauvage et infidèle que lui.

Venus

Vénus

But, Cupid, how shall I make Adonis

Mais, Cupidon, comment puis-je rendre

constant still ?

Adonis toujours constant ?

Cupidon

Cupidon

Use him very ill

Fais-le beaucoup souffrir

(Venus laughs)

(Vénus rit)

Cupidon

Cupidon

Use him very ill

Fais-le beaucoup souffrir

(Venus laughs)

(Vénus rit)

Venus and Cupid

Vénus et Cupidon

Use him, use him very ill

Fais-le beaucoup souffrir

Venus

Vénus

To play, my Loves, to play :

Jouez, mes Amours, jouez :

‘Tis Venus makes it holiday.

Vénus en fait une fête.

A Dance of Cupids

Danse des Cupidons

35


Venus

Vénus

Call, call the Graces

Appelle, appelle les Grâces

Cupid

Cupidon

Come, all ye Graces ! ‘Tis your duty

Venez, Grâces, venez toutes ! Votre office

To keep the magazine of beauty.

Est de garder le magasin à beauté.

Venus

Vénus

‘Tis your duty

Votre office est de garder

To keep the magazine of beauty.

Le magasin à beauté.

Enter the Graces.

Entrée des Grâces

Chorus of the Graces

Choeur des Grâces

Mortals below, Cupids above,

Mortels ici-bas, Amours là-haut,

Sing, sing the praises of the Queen of

Chantez, chantez les louanges de la Reine

Love.

de l’Amour.

The world for that bright Beauty dies ;

Le monde meurt pour cette Beauté lumineuse ;

Sing, sing the triumphs of her conqu’ring eyes.

Chantez, chantez les triomphes de ses yeux vainqueurs.

Hark ! Hark ! ev’n Nature sighs. This

Ecoutez ! Ecoutez ! Même la nature

{joyful night

soupire. En cette nuit pleine de joie

She will beget desire and yield delight.

Elle suscitera le désir et donnera le plaisir.

The Graces’ dance

Danse des Grâces

Gavatt

Gavotte

Sarabrand for the Graces

Sarabande pour les Grâces

A Ground.

Un Ground.

36


ACT III

ACTE III

Venus

Vénus

Adonis, Adonis, Adonis !

Adonis, Adonis, Adonis !

Uncall’d-for sighs from my sad bosom rise,

Des soupirs involontaires s’échappent de ma triste poitrine,

And grief has the dominion of my eyes.

Et le chagrin exerce sur mes yeux son empire.

Their voices only please me now that sing

Les seules voix qu’il me plaît d’entendresont celles qui

Of tombs, and urns, and ev’ry mournful thing :

chantent

Return, Adonis, ‘tis for thee I grieve.

Les tombes, les urnes, tous les apprêts funèbres : Reviens, Adonis, c’est pour toi que je languis.

Adonis

Adonis

I come, as fast as Death will give me

Je viens, aussi vite que la Mort me le

leave :

permet :

Behold the wounds made by th’Ædalian boar !

Vois les blessures faites par le sanglier Edélien !

Faithful Adonis now must be no more.

Le fidèle Adonis à présent doit n’être plus rien.

Venus

Vénus

Ah… blood and warm life his rosy cheeks forsake.

Ah... Le sang et la chaude vie délaissent ses joues de rose.

Alas, Death’s sleep thou art to young to take.

Hélàs, tu es trop jeune pour recevoir le mortel sommeil

My groans shall reach the heav’ns ;

Mes gémissements atteindront les cieux :

O Pow’rs above,

Ô puissances célestes,

Take pity on the wretched Queen of Love !

Prenez en pitié la malheureuse Reine de l’Amour !

Adonis

Adonis

Oh, I could well endure the pointed dart,

Oh, j’endurerais le trait acéré de la mort,

Did it not make the best of lover’s part.

S’il ne séparait les plus parfaits amants.

37


Venus

Vénus

Ye cruel gods, why should not I

Vous, dieux cruels, pourquoi n’aurais-je

Have the great privilege to die ?

l’immense privilège de mourir ?

Adonis

Adonis

Love, mighty Love, does my kind bosom fire ;

Amour, puissant Amour, fait brûler mon tendre cœur ;

Shall I for want of vital heat expire ?

Puis-je expirer par manque de feu vital ?

No, no ! warm Life returns, and Death’s afraid

Non, non ! La chaude vie revient, et la Mort a peur

This heart (Love’s faithful kingdom) to

D’envahir ce coeur, de l’Amour loyal

invade.

royaume.

Venus

Vénus

No, the grim Monster gains the day ;

Non, le Monstre sinistre gagne sur le jour ;

With thy warm blood life steals away.

Par ton sang chaud la vie s’échappe de toi.

Adonis

Adonis

I see Fate calls : let me on your soft bosom lie,

Je vois que le Destin appelle : laisse-moi

There I did wish to live, and there I beg to die.

reposer sur ton tendre sein, C’est là que je désirais vivre, et là je demande humblement de mourir.

Adonis dies

Adonis meurt

Venus

Vénus

Ah !… Adonis, my love ! Ah ! Adonis !

Ah !... Adonis, mon amour ! Ah ! Adonis !

With solem pomp let mourning Cupids bear

Avec une pompe solennelle que les

My soft Adonis through the yielding air.

Cupidons endeuillés portent mon doux Adonis à travers les airs.

38


Chorus

Chœur

With solem pomp let mourning Cupids bear

Avec une pompe solennelle que les

My soft Adonis through the yielding air.

Cupidons endeuillés portent mon doux Adonis à travers les airs.

Venus

Vénus

He shall adorn the heav’ns, here I will weep

Il pourra orner les cieux, moi ici je pleurerai

Till I am fall’n into as cold a sleep.

Jusqu’à ce que je tombe dans un sommeil aussi froid que le sien.

Chorus

Chœur

Mourn for thy servant, mighty God of Love ;

Pleure ton serviteur, puissant Dieu de l’Amour ;

Weep for your huntsman oh forsaken grove.

Gémis pour ton chasseur, oh bosquet déserté.

Mourn Echo mourn. Thou shalt no more repeat

Pleure, Echo, pleure. Plus jamais tu ne répèteras

His tender sighs and vows when he did meet

Ses tendres soupirs et doux vœux lorsqu’il rencontra

With the wretched Queen of Love

La malheureuse Reine de l’Amour

In this forsaken grove.

Dans ce bosquet déserté.

39


Begin the Song

Ode on St. Cecilia’s Day 1684 Begin the song !

Que commence la chanson !

your instruments advance !

Avancez vos instruments !

Tune the Voice and tune the Flute, touch the silent

Accordez la Voix, accordez la Flûte, touchez le Luth qui

sleeping Lute ;

dort en silence

And make the strings to their own measures dance

Et faites danser les cordes à leur propre mesure.

Bring gentlest thoughts that into Language glide,

Apportez les plus nobles pensées qui s’incarnent dans la

Bring softest words that into Numbers slide ;

Langue

Let ev’ry hand, let ev’ry tongue, to make the noble

Apportez les plus doux mots qui se glissent dans le Mètre

Consort throng ;

Que chaque main, que chaque langue,

Let all in one harmonious note agree, to frame the

Fasse affluer le noble Consort ;

mighty song !

Que tous s’accordent en une note harmonieuse, pour

For this is Music’s sacred Jubilee

charpenter le chant puissant ! Car voici de Musique le Jubilé sacré.

dance

danse

Hark ! hark !

Ecoutez ! Ecoutez !

how the waken’d strings resound

Les cordes éveillées sonnent

And sweetly breaks the yielding Air !

Et brisent doucement l’Air docile !

The ravish’d sense how pleasingly they wound

Comme elles blessent de plaisir les sens ravis

And call the listening soul into the ear !

Et par l’oreille appellent l’âme qui écoute !

Each pulse beats time, and ev’ry heart

Chaque pulsation rythme le temps, et chaque cœur

With tongue and fingers bears a part.

Avec langue et doigts porte sa part.

Ritournelle

Ritournelle

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By harmony’s entrancing pow’r

Par le pouvoir enchanteur de l’harmonie

When we are thus wound up to ecstasy,

Quand nous sommes ainsi conduits jusqu’à l’extase

Me thinks we mount,

Il me semble que nous montons, que

me thinks we tow’r

nous nous dressons,

and seem to leave mortality,

Comme si nous quittions notre état mortel,

and seem to antedate our future bliss on high

Avant même notre future béatitude dans les cieux.

dance

danse

How dull were Life, how hardly worth our care,

Que la Vie serait terne, que nos soins seraient vains,

But for the charms which Music lends !

Sans les charmes que la Musique leur prête !

How pall’d its pleasures would appear !

Comme ses plaisirs sembleraient pâles

But for the pleasure which our Art attends.

Sans le plaisir que sert notre Art.

Without the sweets of melody to tune our vital breath ;

Sans la douce mélodie qui accorde notre souffle vital ;

Who would not give it up to Death,

Qui ne l’abandonnerait pas à la Mort,

And in the silent grave contented lie ?

Et ne reposerait, satisfait, dans la tombe silencieuse ?

Ritournelle

Ritournelle

Music’s the cordial of a troubled Breast

La musique est le cordial d’un Cœur tourmenté

The softest remedy that Grief can find

Le plus doux remède que le Chagrin puisse trouver

The gentle spell that charms our cares to rest

L’enchantement secret qui endort notre inquiétude

And calms the rufling passions of the mind

Et calme les passions troublantes de l’esprit

Music doth all our joys refine,

La Musique rend nos joies plus pures,

‘tis that gives relish to our Wine,

C’est elle qui donne du goût à notre Vin,

‘tis that gives rapture to our Love.

C’est elle qui donne l’extase à notre Amour.

It wings Devotion to a pitch divine,

Par elle la Dévotion s’envole à un degré divin,

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‘tis our chief bliss on earth

C’est notre plus grand bonheur sur terre

and half our heav’n above

Et la moitié du nôtre au Ciel.

Choir

Chœur

Come then with tuneful breath and strings

Venez donc cordes et souffles mélodieux

The praises of our Art let’s sing

Chantons les louanges de notre Art

to blest Cecilia’s name

Portés par le nom de Cécile la bénie

to blest Cecilia’s fame

Portés par la renommée de Cécile la bénie

That grac’d this Art, and gave this day its name ;

Qui honora cet Art, et donna son nom à ce jour ;

While Music, wine, and mirth conspire

Tandis que la Musique, le vin et la joie s’entendent

To bear a Consort and make up the Quire.

Pour faire naître un Consort et composer le Chœur.

Music by John Blow ; words by John Oldham

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b roque ! Le Bourgeois Gentilhomme Comédie-ballet de Lully & Molière version originale & intégrale de 1670 Alpha 700

Cadmus & Hermione Tragédie lyrique de Lully & Quinault version originale & intégrale de 1672 Alpha 701


John Blow - Venus & Adonis  

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