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N° 8 • janvier-février 2018 • Bureau de dépôt : Namur 1 • N° d’agr. : P 301046

SENS & SPIRITUALITÉS

ivages BIMESTRIEL

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Donner


Culture bouddhique du don  16

Mon ADN spirituel  4 Plate-forme citoyenne  18

Commande d’aimer 12

Le don comme fondement du divin coranique 24

Il ne fallait pas  22

ivages | n° 8 | janvier-février 2018 Éditeur responsable : Xavier Cornet d’Elzius, 7 rue Blondeau, 5000 Namur • Rédactrice en chef : Pascale Otten • Comité de rédaction : Alain Arnould, Christian Deduytschaever, Charles Delhez, André Füzfa, José Gérard, Vanessa Greindl, Jean-François Grégoire, Marie-Raphaël de Hemptinne, Armel Job, Hugues d’Oroc, Simon Malotaux, Samira Mhanzez Serghini, Constance Proux, Guy Ruelle, Jacques Scheuer, Luc Templier, Myriam Tonus, André Wénin • Maquette et mise en page : Véronique Lux • Abonnements : 7, rue Blondeau, 5000 Namur, info@editionsjesuites.com, 081 22 15 51 • Prix abonnement Belgique 1 an, 6 numéros : 24,50 EUR (36,00 EUR pour l’étranger) ; abonnement 2 ans, 12 numéros : 45,00 EUR (68,00 EUR pour l’étranger) ; abonnement de soutien : 40,00 EUR ; à partir de 10 abonnements groupés à la même adresse : 21,50 EUR par abonnement (33,00 EUR pour l’étranger) • Prix au numéro : 5,00 EUR • BE64 0688 9989 0952, IBAN GKCCBEBB – Paraît tous les deux mois • ISSN 2506-9829 • Rivages est une publication des Éditions jésuites • www.rivages.be Crédits photographiques : © Pixabay : couverture, p. 5-7-10-11-12-16-17-21-24-26 – © Fotolia : p. 8-16 – © Flickr : p. 9-12-13-2223 – © Manuela Giamandrea/AA : p. 11

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Éditorial Donner, recevoir, des actions simples, mais vitales pour chacun d’entre nous. Elles procurent aussi la joie d’être en Pascale Otten lien, en vie. Souvent, le don entraine des échanges. Donner, recevoir, il n’y a pas de société possible sans cela. Les échanges renforcent les liens entre les personnes, mais ils peuvent aussi être le lieu de l’exercice d’un pouvoir. Dans les sociétés tribales, cette dimension est déjà présente. L’anthropologue Marcel Mauss1 a constaté l’ambiguïté du don : il est à la fois échange pacificateur et lutte. Des objets donnés, avec l’exigence d’un rendu de même valeur finissent par épuiser les tribus qui pratiquent par exemple le potlatch2. Dans notre monde contemporain, les objets que l’on donne ou que l’on se donne génèrent une consommation omniprésente. Elle montre aujourd’hui ses limites : la production effrénée pourrait tendre à détruire l’homme lui-même et son environnement, d’autre part, les personnalités individuelles se diluent au travers de la possession d’objets, comme si c’était « l’objet qui faisait exister le sujet3 ». Mais l’humain n’est pas une marchandise. Beaucoup d’associations agissent pour remettre les relations, la solidarité au centre de notre société. L’amour des autres n’est-il pas ce qui favorise l’élan du don ? Dans cet élan on peut être tenté de « tout donner », comme une forme d’idéal. Il y a cependant un aspect « mortifère » à cette démarche. Si l’autre avait « tout reçu », il n’aurait alors plus de manque, mais en conséquence, plus de désir… et donc plus de ressort pour vivre… Faut-il dès lors donner en se retirant ? C’est le mouvement de Dieu que raconte la tradition talmudique et mystique hébraïque, le Tsimtsoum4 : Dieu créateur se retire, se contracte pour permettre l’existence d’une réalité extérieure à lui. Renoncer à combler, à maitriser ce qui est donné. Comme un « appel d’air », ce don permet de créer du nouveau. Quand le mouvement provoqué par celui qui donne créé une interpellation pour celui qui reçoit, il y a alors mouvement d’ouverture à la vie. Chacun est enrichi par de divines surprises. C’est ce que nous vous souhaitons en ce temps de Noël. 1  Marcel Mauss, Essai sur le don,forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, Paris, PUF, p. 1923-1924. 2  Potlatch (don en langage chinook). C’est un rituel d’échange qui s’organisait dans la côte Nord-Ouest Amérique. 3  Jean Baudrillard, La société de consommation, Paris, Denoël, 1970. 4  Tsimtsoum (contraction en hébreu) à voir comme un processus précédant la création du monde.

Sommaire Rencontrer • Mon ADN spirituel ............................................................... 4 Propos d’Edmond Blattchen recueillis par Charles Delhez

• École inclusive. Recevoir la richesse de la différence ....................................................................... 8 Propos de Rebecca Delville recueillis par Maxime Bollen

• Que représente le don ? ................................................ 28 Regards croisés entre Jean-François Grégoire et Vanessa Greindl

Contempler • Noël, porter l'enfant de Dieu ................................... 10 Alain Arnould

• Commander d’aimer ? .................................................... 12 André Wénin

• Donner – Recevoir ............................................................... 14 Luc Templier

• Ne clos point les volets

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Guy Ruelle

Vivre • Le refus de la grâce offerte ...................................... 7 Armel Job • La générosité héroïque du lièvre et la culture bouddhique du don ........................ 16 Jacques Scheuer • Il ne fallait pas ! ...................................................................... 22 Myriam Tonus • Le don comme fondement du divin coranique ...................................................................................... 24 Hicham Abdel Gawad • Quand le don se fait pesant ....................................... 26 José Gérard

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Mon ADN spirituel Edmond Blattchen Propos recueillis par Charles Delhez

L’accueil est chaleureux sur les hauteurs de Cointe. Au mur de son salon, un petit sac pend : il y est inscrit : « Tout âge porte ses fruits, il faut savoir les cueillir. » Et, dans un recoin de son petit appartement, un petit espace de prière.

Edmond Blattchen m’attendait, comme prévu, à la sortie de la majestueuse gare des Guillemins, à « L’accueil minute ». Après m’avoir fait découvrir un beau panorama de Liège, il me mène chez lui. À peine la conversation amicale engagée, un mot jaillit, celui de fragilité. Et cela a suffi pour que mon hôte me livre, avec une confiance totale, son parcours personnel jusqu’à me partager son ADN spirituel. « On est, tôt ou tard, confronté à sa fragilité morale, psychologique, sociale, politique… », lancet-il tout de go. Et d’associer les trois mots de fragilité, pauvreté, faiblesse. Notre humanité elle-même n’est-elle pas dans une situation d’extrême fragilité aujourd’hui ? « Le vaisseau sur lequel nous sommes embarqués est menacé, il est à la dérive. » Nous évoquons alors les différentes crises, sociale, économique, identitaire. Et aussi celle, politico-religieuse, de la crainte face à un

certain Islam (il insiste sur certain, pour éviter l’amalgame). Nous avons peur pour notre civilisation et notre système politique. L’Europe ellemême se porte mal. Or, « nous sommes riches d’une sorte d’addition de fragilités ».

La fragilité de Dieu Edmond Blattchen aborde alors la fragilité de Dieu. « La fragilité de Dieu me touche. Dieu s’est fait homme et meurt parmi les pauvres. Parce qu’Il est grand, Dieu est petit. C’est le paradoxe du christianisme, la révolution du troisième

Edmond Blattchen, bien liégeois, est né en 1949. Après des candidatures en droit, il est engagé à la RTB d’alors, aujourd’hui RTBF, où il passera 44 ans. C’est en 1991 qu’il débute la célèbre émission « Noms de dieux » où il interviewera 200 invités prestigieux. Toujours les mêmes demandes : l’écriture du mot « dieu » ; une image évoquant un des grands moments du siècle ; une phrase de la pensée universelle ; un symbole personnel ; un pari sur l’avenir. Les résumés de ces 200 émissions sont repris dans le récent À la recherche de sens : 200 noms de dieux, de Jean Olivier, Edi.pro 2017.

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monothéisme » (Après celle du judaïsme et avant celle de l’islam, NdlR). Et pourquoi est-il crucifié ? Parce qu’il a osé dire : vous êtes des dieux1 ! » Jésus a donné à Dieu le visage d’un homme mort, et ressuscité bien sûr, explique le journaliste. Ce « petit Dieu » est grand parce qu’il invite à une révolution, celle de l’amour. Il a résumé la loi au commandement des commandements : Tu aimeras pour l’amour de ce Dieu-Père. C’est le sommet des apports multiples de Jésus. Et, selon Edmond Blattchen, beaucoup de gens se réclament, consciemment ou non, de ce Jésus. « Il existe un véritable christianisme culturel. Ainsi André Comte-Sponville qui se disait un athée chrétien, un chrétien sans la foi. » Et de citer l’écrivain : « La fidélité à l’esprit du Christ, c’est ce qui reste de la foi quand on l’a perdue. »

Un chemin de signes Tout au long de notre longue conversation, Edmond évoque des signes dont il a été le bénéficiaire. Aujourd’hui, dit-il, on parlerait de coïncidence et même de « synchronicité », selon le mot de Jung, et non plus de Providence. Ou bien encore de sérendipité. Lui, il y voit des signes de Dieu : « Ce n’était pas un hasard. C’est la grâce qui m’a permis de retrouver Dieu. Il n’y a pas eu de projet, de plan. C’est tout simplement la rencontre imprévue des jésuites. »

Edmond se met alors à raconter sa conversion. Il sortait de dépression, suite au décès de sa mère, et un matin, dans Le Monde, il tombe sur un article d’Alain Woodrov. Le journaliste y parlait de l’année ignatienne de 19912. « J’ai été soulevé par la lecture de ce texte et j’ai été acheté le livre d’Alain Woodrov. Depuis lors, je suis séduit par l’intuition ignatienne “action et contemplation” et par la personne d’Ignace. » L’idée lui est venue alors de faire une émission télévisée sur les Jésuites, et ce fut accepté. Pour cette émission, il lui fallait produire 52 minutes. Pour cela, il a rencontré des dizaines de jésuites, en Belgique, au Luxembourg et jusqu’à Rome : syndicaliste, psychanalyste, patron d’entreprise, intellectuels, jésuites vivant au milieu des musulmans, des personnes handicapées ou avec les gens du voyage… Il a découvert des religieux présents aux hommes dans leur diversité, grâce à l’accueil du provincial d’alors, le père Jean Charlier, un Liégeois aussi. Le fait d’avoir rencontré des gens avec leurs complexes, leurs défauts, leur fragilité, mais proches des pauvres, des jeunes, des étrangers, des handicapés, des gitans et prenant parti pour ceux avec qui ils vivaient a complètement bouleversé 1.  Jean 10, 34 ; Psaume 81, 6. 2. 5e centenaire de la naissance d’Ignace de Loyola, fondateur des Jésuites.

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Pieter Brueghel le Jeune (1564-1638), Le Dénombrement de Bethléem (détail), vers 1605-1610, Palais des Beaux-Arts de Lille

« Une perle d’argent brillait dans le sable, une perle d’or étincelait au ciel, le monde était créé. » (Gérard de Nerval, Aurélia)

Prix TTC : 5,00 €

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