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François d’Assise, l’insoumis de Dieu

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François, l'Insoumis de Dieu 13/09/12 11:52 Page14

Première partie — L’éclosion

réel repos. J’avais du mal à trouver le sommeil et je perçus, au dehors, les accents d’une mélodie merveilleuse. Le chant était d’une beauté intense, je crus d’abord que j’avais rêvé. Provenait-il de la cathédrale Saint-Rufin, à l’abri de laquelle était située notre maison ? Ma mère, Donna Ortolana, m’avait assuré qu’au moment de Noël, les anges descendent du ciel dans la grande nef de l’église pour chanter des cantiques que seuls les enfants sages sont capables d’entendre. Mais nous étions en plein été, la vallée qui s’étendait au pied du mont Subasio crissait de sécheresse, et le seul chant qu’on pouvait percevoir était celui des cigales. Il ne pouvait s’agir de cantiques, et pourtant la voix, cristalline, semblait proche. Les mots d’un amour ardent, prononcés dans la langue occitane de nos voisins de France ne célébraient pas les louanges du créateur de ce monde, comme dans les chants sacrés écoutés à la messe. Ils faisaient l’éloge des dames et leur sens, vu mon jeune âge, m’était encore bien mystérieux. La chanson se rapprocha de plus en plus, jusqu’à ce que ses étranges paroles s’arrêtent au seuil de notre demeure. Je ne dis pas que la voix s’était tue en s’arrêtant, mais son chant ne s’éloigna pas. Il ne continua pas sa route. Il provenait maintenant de la petite esplanade qui bordait l’entrée de notre domus. J’écartai doucement les épaisses courtines, dissimulée dans les drapés du velours, pour, sans être vue, observer le troubadour. Il se tenait là, planté sous mes fenêtres, et un rayon de lune, échappée des hauteurs embrumées du château fort de la Rocca, venait éclairer son visage. « Qu’ans mi rent a lieys e-m liure qu’en sa carta – m pot escriure

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