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André RobeRti

Que tout s’arrange Préface de Jean Vanier

fidélité


 Quetouts’arrange 


AndrĂŠRoberti

 Quetouts’arrange 

fidĂŠlitĂŠ


Imprimi potest : XavierDijon,s.j.,Provincial Bruxelles,le20juin2000

Toutereproductionouadaptationd’unextraitquelconquedecelivre parquelqueprocÊdÊquecesoit,etnotammentparphotocopieoumicrofilm, rÊservÊepourtouspays. ŠÉditionsFidÊlitÊ•7,rueBlondeau•5000Namur info@fidelite.be DÊpôtlÊgal :D/2000/4323/07 ISBN2-87356-189-0 Couverture :photodePatrickBika


Merci aux pères AndrÊNazÊ(†), PierrePattyn, PaulDetienne, etàtoutel’Êquipedel’AllÊluia-Arche


Après25annÊesdeviedel’ArcheàBruxelles, ilfauts’arrêter,regarderetremercier L’Archenefaitdeleçonàpersonne.Ellecueillecesfruitsde laviecommeilssedonnent.LàoÚonpensait malheureux ,il n’yaqu’uncri : Heureuxsommes-nousdedÊcouvrir,au-delà desblessures,lajoiedesBÊatitudesaucœurdel’autre.  L’Archeneseveutpasœuvredebienfaisance.Elleestplutôt unportdeplaisanceoÚchaquebateauestamarrÊavecsonhistoire,sonpassÊ,sonavenir. L’ArchedeBruxellestransformesonquartier(cinqfoyers danslamêmecommune,lamêmeparoisse).Chaquefoyerest diffÊrent,maisguidÊparlemêmeesprit. L’Archeouvrelaportedesoncœuràquin’apaspeur,apporte unmessageàquiattendetcherchevraiment. L’ArchetransformelasociÊtÊparlaprÊsencedeceuxquiont choisid’yvivre,d’enêtrelesamis,denousentourer,denousporter. Levivreensemblepartdecettevisiondumonde :nouspensionsaider,etc’estbiennousquel’onaide !Nouspensionsdonner,etc’estnousquirecevons. Àl’Arche,toutrestepetitàlamesured’unesemence.Toutdevientgrandàmesuredel’espÊrancequiouvrelamoisson. Tout commence par la rencontre. Tout se poursuit dans l’Êchange. L’ArcheacommencÊavenuedeTervueren.LeroiLÊopoldII lacrÊanten1897nepensaitpasqu’unjoursonavenueseraitencoreplusbelleparlenouveaugenredeviedeceuxquiyhabitent. Père AndrÊ Roberti Échanges.L’Arche,communautÊdeBruxelles Plaquette publiÊe à l’occasion des 25 annÊes de prÊsence de l’Arche en Belgique


PrĂŠface deJeanVanier

J’aisouventeul’occasionderencontrerlepèreAndrÊRoberti, s.j.Chaquefois,jesuisÊmerveillÊparlavieetl’enthousiasme quijaillissentdelui.Ilaimepartagerlesrencontresqu’ilafaites etlesmerveillesqu’ilatrouvÊesdanstelleoutellepersonne.Ila ungrandcœur,uncœurd’homme,uncœurdediscipledeJÊsus, uncœurdeprêtre. NospremièresrencontresdatentdePâques1971etdugrand pèlerinageàLourdes,quifutàl’originede FoietLumière .À lasuitedecepèlerinage,lepèreRobertiacontinuÊàsusciterdes rassemblementsoÚsetrouvaientdespersonnesayantunhandicapmentalouphysique,leursparentsetdesamis.C’Êtaitde bellescÊlÊbrationsauxquellesj’aiparfoiseulajoiedeparticiper. Celivreraconteenpartiel’histoireprovidentielledelacrÊationdufoyerduToit,cerêvedupèreRobertiquiestdevenurÊalitÊgrâceaucrideshommescommeDenis,Yvan,Patricket d’autres.GrâceaussiàlalumièrecachÊedansleurcœur.Grâce encoreàl’engagementdesamiscompÊtentsquisesontassociÊs àlui.LepèreRobertiaentendul’appeldetantd’hommesetde femmesquisesentaientseulsetquiavaientbesoind’un toit  familialetcommunautaire. Parlasuite,lepèreRobertiaconnul’ArcheetlepèreThomas. En1972,ilademandÊqueleToitfassepartiedenotregrandefamille,acceptantavecabnÊgationtouteslesexigencesd’unetelle famille,sesstructures,sesfaçonsdefaire,sesmandats. ÀtraverslesannÊes,l’ArcheàBruxellesaaccueillidespersonnescommeMicheldontilparledanscelivre,etquiÊtaient

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endifficultÊdanslacommunautÊdel’ArcheàTrosly.Legrand cœurdupèreRoberti,sacapacitÊd’accueil,sonintuitionconcernantlesbesoinsdesunsetdesautresl’incitaientàtrouverlelieu etletravailquiconvenaientàchacun.Danssapersonne,ilest sÊcurisantetrassurant.ChacunsesentaitcomprisdanssasouffranceousesdifficultÊs.Enlui,onreconnaissaitlaprÊsenced’un pèrequiaime,quiencourage,quiconfirmeetquipardonne.Oui, lepèreRobertiaungrandcœur.EtsonamourdeDenis,d’Yvan, dePatricketdechacunluiaÊtÊrenduaucentuple. Aujourd’hui,lacommunautÊqu’afondÊelepèreRoberti continueparcequ’ilasulaisserlaplace.Lavieestcommeun fleuve.Lerôledesanciensestdecommuniquerunespritquis’incarneensuiteend’autres. JeanVanier


 Quetouts’arrange ! 

 Quetouts’arrange ! TelleÊtaitl’intentiondeprièrequ’elle meproposaitpourcetteEucharistieàlaveilledesoncentenaire. Danscetteprière,jereconnaiscettevolontÊdepaix,deforceet d’espÊrancequiaÊtÊledondesavie.Pendantsoixanteanset plus,j’aivucettedametouslesjoursàlamesse.ElleÊtaitlà,fidèle,s’appuyantparfoisaubrasdeceluioucellequil’accompagnait.Ellen’auraitpasvoululâchercetteEucharistiequiaÊtÊ pourelleledondeDieupour quetouts’arrange ,pourquele mondesoitcommeIll’arêvÊ,pourquel’Églisesoitcommeelle doitêtreetquelecœurdeDieucontinueàsedonneraumonde commeIlachoisidelefaire,pourqueleshommesviventenenfantsdeceDieuquiatantvouluque tout s’arrange.C’Êtaitune prièred’abandonfilial. Cettephrasenepeut-ellepasÊclairercequemavieaperçu duplandeDieu ?PlandeDieuquin’estpasfaitderÊalisations Êcrasantes,maisquiestcommel’Êpanouissementd’unefleur,la maturitÊd’unfruit.PlandeDieuentrevuàtraverslagrêleetla tempête,maisaussiàtraverslesoleiletledouxventdusoirqui apaiseetrafraÎchit.PlandeDieudevinÊàtraverslasouffrance brÝlanteetbrisante,maisaussiàtraverslesouriredel’enfantqui appelleàlavie.

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Premièrepartie

Ilsm’ontchoisi


Une chambre remplie de bibelots, de souvenirs, d’objets variÊs, œuvres d’art ou griffonnages d’enfants‌ C’est dans ce lieu que le père Roberti m’accueille pour quelques heures d’entretien. Et voilà qu’il se promène, Êvoquant un souvenir devant chacun de ces objets, prÊsence continuÊe des personnes rencontrÊes au fil des annÊes. La source de toute joie, manifestement, ce sont les rencontres.  Croireenl’autre jusqu’àm’Êmerveilleretàleremercierd’exister,commente-t-il. Rencontrerl’autre,c’esttoujoursl’admirerpourpouvoirl’aimer oubienl’aimerjusqu’àl’admirer. 

Autour du Toit  Dans un monde oÚ l’on a optÊ pour la performance, le record à battre, le rendement, vous avez plutôt choisi le camp des faibles, de ceux dont on ose parfois se demander :  Ont-ils bien fait de naÎtre ?  Est-ce un choix volontaire ? —Cesontlespetits,lesfaiblesquim’ontchoisi.Jenemesouviensjamaisd’avoirprisdansmavieunegrandedÊcisiondu genre :jechoisislespetitscontrelesgrands,lesfaiblescontreles forts.Enrelisantmonhistoire,jemedis :Cesonteuxquim’ont appelÊ,cesonteuxquim’ontconduit,cesonteuxquiontdessinÊmaroute.Ilyachoix,maispasducôtÊoÚl’oncroit !Jene suispasle chictype ,maisceluiquiatrouvÊ,grâceàeux,le vraichemin.Ilsrendentlavieplusbelleparceque,aveceux,on voitleschosesdansleurvÊritÊ.Aveclesgensintelligents,le risqueestdevoirlarÊalitÊcommeilslaveulentetnoncomme elleest. JamaisjenemesuisorientÊversunordrecaritatif,tournÊ verslespauvres,maisj’aitoujoursÊtÊattirÊparcequiÊtaitfragile,faible‌Dansmaproprefamille,l’unoul’autreÊtaitdÊficientdanssoncorpsblessÊoudanssescrisesd’Êpilepsie.Sansle

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savoir,j’Êtaisaveceux.Jenesuispasl’hommedesdÊvouements, maislaviem’atoujoursrenduprÊsentàdessituationsdesouffrances,dehandicapsouderejet. Untoitpourunenouvelleaventure —Le Toit, c’est quand même votre initiative ? —JevoulaisouvrirlecollègeSaint-MicheldeBruxellesqueje trouvaistropfermÊ,toutcommelasociÊtÊdanslaquellenousvivionsenmai68.LeToitestunpeulefruitdecesannÊes-là.Non pasuneconsÊquence,maisuneÊtrangecoïncidence :ilyeutun premierpèlerinageàLourdesen1965etpuisilsnesesontplus arrêtÊs.LeToitestarrivÊàcemoment.PendantcinqannÊes,j’ai priÊ durant chaque retraite pour trouver une rÊponse à mon appel :commentouvrirlesjeunesauxrÊalitÊsdecemonde ? Commentempêchercescloisonnementsetcesenfermements danslesquelssouventnousvivionsdeparnotreÊducation,nos famillesetnostraditions ?LeToit—nomchoisiparmesamis handicapÊs—s’estalorsprÊsentÊ,avanttoutcommeunlieude rencontre,d’accueil,d’Êchange,d’amitiÊ,departage.J’imaginais desjeunes,despersonnesdelaViemontante,desÊtrangers— j’enrencontraisdeplusenplus—souslaprÊsencevigilantede lapersonnehandicapÊe.J’avaisl’impressionquesielleÊtaitau centre,nonpascommecellequel’onveutserviràtoutprix,mais, avanttout,commecellequisentl’existencedenotrecommunautÊ,denotrerÊalitÊ,nousallionsbiendÊmarrer.Jemesentais protÊgÊ,guidÊ,inspirÊparleurprÊsence.EtcefurentlesmerveilleusesdÊcouvertesdeDenis,HÊlène,Patrick,Yvan,detous ceuxquiontcheminÊavecmoi.D’abord,ilyeutdespersonnes handicapÊesphysiques,ensuitelespersonneshandicapÊesmentalesdÊcouvertesàLourdesetsurtoutàCiney.Jamaisjenepourraimelasserdedire :ilssontmesmaÎtres.

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Je rêve parfois de rÊsumer ma vie et mon expÊrience en quelquesvisages,enquelquesparoles,maisceneseraitpasjuste parcequecesontpeut-êtreceuxquin’ontrienditquim’ontle plustransformÊ.Jecitesouventunepetitephrasedemongrand amiDenisquim’accompagnaittoujoursdanslesretraites,lesrÊcollections.Unjour,jeluidis : Tusais,Denis,lesjeunessouvent merÊpondent :prèsdelapersonnehandicapÊe,nousdÊcouvronsl’essentiel.Pourrais-tumedirecequ’estpourtoil’essentiel ? EtDenis,touttordudanssavoiturette,lesbrasattachÊs pournepasseblesser,mepartage,mecriepresquesonmessage :  Tusais,Père,l’essentiel,c’estdevivrecalmeetdÊtendu.Etpour cela,ilfautouvrirlesyeuxetvoirleSeigneurquipasse.Pourmoi etpourtous.  Unjour,Denism’afaitpartd’unesouffrancequ’ilvivaità Lourdes.Jeneleconnaissaispasencorebien.C’Êtaitautemps oÚnousallionschanterlesoirdanslessallesd’hôpitaux.Voilà quetoutàcoupilmelance : Père,j’aiquelquechoseàtedire.  JemesuisapprochÊdeluietilm’aexpliquÊ : Commentsefaitilquej’aivÊcutoutecettejournÊedansunsigrandcafard ?Tu sais, dès le matin, cafard, et puis à midi encore. Et quand le SeigneurestsortidesonÊgliseavecleSaintSacrement,encore cegrandcafard.JeluiaicriÊ :Seigneur,pourquoiest-cequej’ai lecafard ?Etpuis,cefutlaprocessionetmêmelespiscines,et toujourslemêmecafard.  ToutÊmu,jeluidis : MaisDenis,tunecroispasquetuaseu lecafardcommeleChristl’aeusurlacroix ?C’estaufondcela, toutcequetuasvÊcu.—Ah,Père,c’estvrai. EtilaajoutÊ :  Merci,Seigneur,pourlegrandcafard. 

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EnallianceaveclespersonneshandicapÊes —Avant le Toit, vous Êtiez dÊjà familier du monde des personnes handicapÊes. Quel a ÊtÊ le point de dÊpart de cette alliance ? —Peut-être, en remontant loin dans mon histoire, une mamanmerveilleusequiavÊcucinqousixannÊesdegrande maladie :tumeuraucerveau,opÊration,re-opÊration,troismois desÊjourencliniqueàParis‌toutcelaentrel’âgede7et12ans. Sansquenousnenousenrendionscompte,ellenousatoujours beaucoupaimÊs,entourÊs.Nousn’avonspastellementmanquÊ d’aideparcequenouslasentionssiprochedenous.CelaadÝ meformer.Àproposd’unedesestrÊpanations,ellem’aavouÊ plustard : Jel’aioffertepourtoi,parcequ’àcemoment-là,tu n’Êtaispastrèscourageuxautravailetunpeumenteur.  —Vous avez aussi travaillÊ avec le docteur Yasse ? —Ledocteur !C’estaussiuneexpÊrienceextraordinaire.Il faisaitpartiedenotreÊquipedefoyerset,trèsvite,noussommes entrÊsdanssavie,leCBIMC(CentreBelgepourlesInfirmes MoteursCÊrÊbraux)oÚj’aiÊtÊaumônier,mêmeunpeuprofesseur.JeluisuisprofondÊmentreconnaissant.IlavraimentÊtÊ un grand leader dans ma vie, un maÎtre. Après, nous nous sommesunpeuÊloignÊsàcausedemonchoixdel’Arche.Lui s’occupedesinfirmesmoteurscÊrÊbraux,nousàl’Arche,plutôt deshandicapÊsmentaux.Maisjenepourraijamaisassezleremercierpourcettefaçonqu’ilavaitderegarderlespersonnes,de lesrencontrer,decroireenelles. —Vous alliez avec les Êlèves en retraite à Ciney. Dans ce centre, les enfants sont parfois très profondÊment handicapÊs, incapables de dire un mot. Qu’est-ce que ce silence vous a apportÊ ? —CescorpsblessÊsquinepeuventmêmepasrÊagiràun gested’amitiÊ,avecquionnepeutpasjouer,quinesontpasen ÊtatderÊpondreaumouvement,augeste,sontlaprÊsencede

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Dieu.Jemesuissouventdit : Ilsnesontpasrichesdubienque jeleuraifaitoudonnÊ,maisdecequiaurachangÊenmoi,à cause d’eux.  Je ne pouvais jamais revenir de Ciney sans à chaquefoismedire : Vraiment,àcaused’eux,maviechangera. Ilsnem’aurontpasdituneparolepourmetransformer,ils nem’aurontmêmepasregardÊ.MaisleurprÊsence,lagrâceque j’aieuedelestoucher,delesembrasser,d’êtreprèsd’eux,merenvoieàmavieetm’inviteàchanger. —Parlez-nous des dÊbuts du Toit en janvier 1971‌ —Le17janvierausoir,jem’endormaispourladernièrefois dansmachambreducollègeSaint-Michel,merÊjouissantdÊjà d’êtrelelendemainetdecommencercetteaventure.Jecroyais quetoutÊtaitprêt.Maisjemesuisviteaperçuqu’ilmanquaitles chosesÊlÊmentaires.Nousn’avionsmêmepasdegazpourfaire lecafÊ.J’aidÝutiliserunpetitcampinggaz.Ilafalluattendre deuxoutroisjourspourtrouverunebonbonneconvenable. Nouslagardonsensouvenir.DanslejardinduToit,ellesupporte lavasquedefleurs ! Lepremiersoir,enprÊsenced’ungroupedefoyers,dudocteurYasseetdemesamis,lepèreToussaintaprononcÊunehomÊlieprophÊtiquesurl’avenirduToit.Ilsentaitàl’avanceque lespauvresdevraientyavoirtoujoursleurplace.Vraiment,un texteprophÊtiquequenousconservonsetrelisonsavecdÊvotion ! LepèreToussaintfutunhommeextraordinaire.Dieul’amis surmaroute.CompagnondeJÊsusetprofesseurcommemoi, nousvivionsuneamitiÊtoutàfaitdanslestyledelaCompagnie : onn’exprimepastellementcequel’onsent,maisonvitles chosesensemble.Peuàpeu,nosexistencessesontjointes :les pèlerinagesàLourdesettoutel’histoireduToitetdel’Archeont ÊtÊvÊcusaveclui.Jamaisjen’aiprisunedÊcisionsansluidemandersonavis.IlaÊtÊenvoyÊparDieupourmedonnerlaforceet l’audacedesafoi,ladouceurdesonamitiÊetdesonintÊrioritÊ.

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Jenepourraijamaisl’oublier.J’aiencoredansmachambreune feuilledepapierqu’ilmettaitsursaporte : Jesuisàlachapelle.  C’estplusqu’unsouvenir :unerelique,uneprÊsence,unappel. LarencontreavecJeanVanier —Quelles sont les grandes Êtapes de l’histoire du Toit ? —AuToit,onÊtaitheureux.IlyaeulafameuseetmerveilleuseamitiÊavecMarcLemmens.Jeluidonnaiscoursdereligion —ilÊtaitentroisièmelatine.J’apprendstoutàcoupqu’ilestatteintd’uncancer.Cefutunlongchemindemai71àdÊcembre 72,chemindeconfiance,decourage,delutte.IlaÊtÊauxoriginesdenotredÊcouvertedel’Arche.Quatrejoursavantsamort, ilm’adonnÊsesderniersmillefrancsenmedisant : Voilà,pour lapremièremaisondel’Arche. Iln’Êtaitpasencorequestionà cemoment-làd’enfairepartie,sicen’estdansnotrecœur,tant nousÊtionsÊmusetÊblouisparlabeautÊdecettenouvelleforme devie,cerayonnementdejoieetdefoi.MarcavaitsuiviuneretraiteKatimavik*deJeanVanier,quinzejoursauparavant,à Remersdael.Sanslesavoir,ilÊtaitprophète.Unanaprès,l’Arche naissaitenBelgique(le14dÊcembre1973). —Et puis, il y a eu d’autres maisons‌ —Le18janvier1974,BethlÊems’ouvraitàBruxelles.Eten même temps, à Anvers, Marie-Jeanne, Marlène, les Frères AlexiensetdesamisprÊparaientl’ouverturedeMadonapourle 1er mai.PuiscefutlaBranche,encoreàBruxelles,le31maiet toutes les autres maisons ont suivi : Namur, Liège, Bierges. Actuellement,ilyaseizefoyersregroupÊsensixcommunautÊs. Onrêvetoujoursd’enfaireplus,maisilnefautpasallertropvite ! Nousavonsdesproblèmesdestructurationquidoiventnousappeleràvivreautrementqu’ilya25ans.Lesjeunessontaujour*Nomesquimau– rencontre –donnÊauxretraitesanimÊesparJeanVanier. 20


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d’huidiffÊrents.Maisenregardanttoutcela,jenepeuxquedire :  Cen’estpasmoiquiaifaittoutcela.Jen’ensuisqueletÊmoin.  —Et puis est venue la  Voisine ‌ —C’esttoutsimplementlamaisonvoisineduToit.Elleest prÊcieusepouraccueillir,pourorganiserdesrÊunionstouten respectantlavieduToit,marquÊeparleshandicapsdeseshabitants.L’ÊtatdesantÊdecertainespersonnesrendimpossiblela circulationdevingtoutrentejeunesautourd’elles. LaVoisinerÊpondàuntripleobjectif :elleestlieud’accueil etderencontre,maisonoÚsestructurentdesœuvresautourdu Toitetdel’Arche,espacedeprière.Touslesjours,ilyal’eucharistieetl’adoration.DestempsetdeslieuxsonteneffetnÊcessairespourlarencontre,lepartagedesjoiesetdespeines,dans l’adorationetlaprÊsencedeDieu. FragilitÊdescouples —Un lieu comme celui-là vous permet d’accueillir beaucoup de gens, notamment des couples en difficultÊ‌ —Jen’aipuportercessouffrancesqueparcequemesamis handicapÊslesportaient.LeSeigneurm’apermisderencontrer despeinesquidÊpassentl’imagination.Danslesfamillesles couples,danslavie.Cenefutpossiblequeparcequej’ÊtaisportÊ. JemesouviensdesjoursoÚ,n’enpouvantplusfaceautroisième deuildanslamêmefamille,jemesuisarrêtÊpourdemanderà unesœurquejeconnaissaisdeprierpourmoi.Ellen’Êtaitpas là.J’aidemandÊauxmembresdelacommunautÊquej’airencontrÊs : Vousêteslà,priezpourmoi.Jen’enpeuxplus.  C’estuntrèsgrandmystère.LasouffrancedÊpasseparfois l’entendement.Peut-êtreest-cemavocationd’avoirÊtÊportÊpar tantdesouffrancesautourdemoiafindeporteràmontourcelles quisontvenuesversmoi.JenesuispaslespÊcialistequiaideles

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gensàporterleurcroix.Jemesenstoutaupluscapabled’essayer de pleurer avec eux. NommÊ père spirituel des sÊminaristes luxembourgeois,jemesuisdis : Sijeleurapprendsàpleurer avecceuxquipleurent,j’auraifaitdubontravail. Jerendsgrâce àDieudecequej’aibeaucouppleurÊ.Petitenfant,c’ÊtaitdÊjà unecaractÊristique.Jecroisquec’estparcequej’aibeaucoup aimÊet,finalement,parcequej’aiÊtÊbeaucoupaimÊ.Onn’aime passionn’estpasaimÊ. —Les couples que vous accompagnez aujourd’hui ne sont-ils pas beaucoup plus fragiles que jadis ? —ApprendrequetelcoupleprocherencontredesdifficultÊs ouenarriveàsesÊparerestlachoselaplusdouloureuse.Pensant àleursenfants,jemedissouvent :leplusgranddeshandicaps, c’estlabrisuredesafamille.Ilfautlediresansjuger.Onnesait pascequ’ilsontvÊcunilemotifdeleurdÊcision,maisonsesent appelÊàlesaimerdavantage. J’aipassÊbeaucoupdetempsàaccompagnerdesjeunesavant leurmariage,durantlesfiançailles.JeleuraiconsacrÊdenombreusesdesoirÊes,toujoursdanslecadreduToitoudelaVoisine, autourdelatable‌eucharistiqued’abord,puiscelledusouper. Parfois,desamishandicapÊssontvenus.JetenaisàleurprÊsence. Mieuxquetousmesbeauxdiscours,laprÊsencedeMicheletde Jean,lesouriremalicieuxd’Yvan,lapaixrayonnantedeDenis sontpeut-êtrelesmeilleuresformationsàlavied’uncouple, d’unecommunautÊ,lameilleureÊcoledel’amour. —Et j’ai appris que, souvent, vous les accompagnez encore lors des naissances. —Pourmoiquin’aipaseulajoied’avoirdesenfants,unenaissance,c’estàchaquefoislaCrÊationquirecommence.Quandun enfantnaÎt,j’Êcrisunmotàsesparentsoumêmeàcetenfanten luidisant : J’espèreêtrelepremieràt’Êcrire !‌ Jeveuxluidire :  Tusais,tuesimportantpourmoi.Tonpapaettamamansont

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siimportantspourmoi.Aujourd’hui,ilssonttoutprèsdetoi. VousêtestoustellementimportantspourDieu,etpourmoi ! La prÊsenced’unenfantestunsouriredeDieupourmoi-mêmeet tousceuxquisouffrent. —Et quand vous rencontrez un couple qui ne peut pas avoir d’enfant ? —Là,voustouchezpeut-êtreunedesracineslesplusprofondesdemonhistoire.Jenelaracontepassouvent.Papaavait quatrefils.Unseulaeudesenfants.DeuxdemesfrèresontcheminÊpourdÊcouvrircequeDieuleurdemandaitàtraverscesacrifice.ToutesnosfêtesdefamilleontÊtÊmarquÊesparcette peine,cetteabsence.Etc’estpeut-êtreaussidevantlecouragede cesdeuxcouplesquej’aipudÊcouvrirqu’aufond,l’enfantne peutpasêtrelarÊcompensed’unamour,nimêmelaconsÊquenced’unchoixdevie.IlestpuregratuitÊ,pursigned’unplus,d’un mieuxquinousinviteàallerplusloin.Ceuxquin’ontpaseu d’enfantpeuventdÊcouvrircemieuxetceplus,autrement.Un peucommemoi‌ Onn’apasunenfantparcequ’onleveut,maisparcequ’on lereçoit.Ilvientd’au-delàdemoi,iln’estpaslefruitdemavolontÊ,d’unmomentoÚj’airÊussipresqueàlecrÊerentrompant peut-êtremonpartenaire.Sonbaptêmenousrappellequ’iln’est pasmachose,mapossession.IlestsacrÊ.IlappartientàDieu parcequeDieuestsonpremierPère. QuandunepersonnehandicapÊeveutavoirunenfant,je doisentreràfonddanssasouffrance.Jedoisoserluidire :unenfantn’estpasunecompensation,cen’estpasunerÊalisation, c’estunchemin.Sil’onchoisitd’avoirunenfant,jusqu’oÚestoncapabledel’assumer ?Pensons-nousassezauxdroitsdecet enfant ?

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—Vous côtoyez aussi des couples de personnes handicapÊes‌ —IlestcertainquenotresociÊtÊestorientÊeverslecouple. LapublicitÊestparfoisoutrageante.Blessanteaussipourtous ceuxquinepeuventpasvivrecetteaventure. JevoudraisÊvoquermesamisMicheletJehanne.Ilsontmis dutempsavantdepouvoircrÊerleurcouple.IlssesontmariÊs verslaquarantaine. Michels’Êtonnelui-mêmed’êtretoujours‌aveclamême ! Etparfois,jelesinvitepourqu’aucoindufeu,lesoir,ilspuissent direàdesjeunescouplescequiestimportant,commentondoit serÊconcilier,commentonnepeutpasvivretroplongtempstendusetsÊparÊs.Jeconnaisl’histoiredeMichel,toutcequ’ilavÊcu àl’Archeetavantl’Arche,rejetÊparsafamille,pleind’animositÊ, plein de mÊchancetÊ‌ blessÊ par la vie. Eh bien, ce même hommerejetÊparsesparentsàlanaissanceaeucettephrase merveilleuseàl’enterrementdesamaman : Jeremerciemaman dem’avoirdonnÊlavie. IlaajoutÊ :‌dem’avoirdonnÊdes frèresetdessœurs. CefutleplusbeaumomentdecettecÊrÊmonied’adieu.Micheln’estpasunsaint,maisilestporteurde Dieu.J’aimepasserdutempsaveclui.Quandjevaissouperchez eux,onallumeunebougiecommeautempsdel’Archeetondit  Jevoussalue,Marie ensedonnantlamain.C’estleurprière dusoir. Lelangagedelacompassion —On vient de parler de la souffrance. Celle-ci peut encore prendre bien d’autres visages. La souffrance, c’est un argument contre Dieu, souvent. Un argument à prendre au sÊrieux ? —J’aimeraisparlerdecesujetetj’enaipeur.Ilfaudraitsetaire parcequ’onnesaitpasparlercorrectementdelasouffrance.C’est unerÊalitÊtellequ’onnel’approchequedansleslarmesoule sang,lesilenceoulatendresse.Leplusbeaulangagedelacom-

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passion,c’estdepleureravecceuxquipleurent,d’entrerdans unecertainerÊvolteavecceuxquin’enpeuventplus.JÊsusadit :  Père,Êloignedemoicecalice ,etaussi : Pourquoim’as-tu abandonnÊ ? Parolesrudesetvraiesdevantlasouffrance.Ila falluqu’àcemoment-là,prèsdeJÊsus,Mariesoitlà,etSimonde CyrèneetVÊroniqueetlesfemmesdeJÊrusalem.Lasouffrance demandeuneprÊsence. Pensonsqu’aujourd’huidesmilliersdepersonnesâgÊesviventdelentesagoniesdansdesinstitutionsoÚellesn’ontplus d’identitÊ.Ilyadesgenstellementseuls !Àleurmort,iln’yapersonne‌NousdevrionsretrouverunmondeoÚlasouffranceappellelacompassion,cequiveutdire :situsouffres,jeveuxsouffrir avectoi,avoirmalavectoi.Jeveuxpartager.L’Eucharistie,qu’estced’autrequedeporter,avecJÊsusettoutel’Église,leslarmeset lescrisdeshommesd’aujourd’hui.Parlemystèredelamortet delarÊsurrectiondeJÊsus,onentreencommunionaveclapersonnehandicapÊe,lapersonneâgÊe,lapersonnedÊsespÊrÊe. AuregarddunombredesuicidesdanslasociÊtÊactuelle,on sedit :sij’avaisaccordÊplusd’attentionauxautres,mieuxÊcoutÊ lescrisdedÊtresse,pluschaleureusementtenudesmains,ilyen auraitmoins.Ai-jeoffertàceuxdontlavies’esttragiquement terminÊeletemps,l’amour,lapatience,laprière,ledond’une certaineprÊsence ?Nesommes-nouspasunpeuresponsablesde cessoirÊesoÚilsontÊtÊseuls,oÚilsontfaitleurchoix.Quipeut direqu’ilafaittoutcequ’ilpouvait ?LaBelgiqueestundespays oÚilyaleplusdejeunesquisesuicident.S’ilsavaientÊtÊvraimententourÊs‌ —Comment Dieu, qui est Père, tolère-t-il tant de souffrance ? Une souffrance qui conduit parfois, comme vous le dites, jusqu’au suicide, c’est-à-dire le refus de ce cadeau de la vie. —J’aidÊjàeuenvied’envouloiràDieu.Jecroisalorsl’entendremedire : Commentvas-tufairepourmeremplacer ?Par amour,jecroisenl’homme,jel’aicrÊÊlibre.Jenevaispastout

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letempsintervenirdanssesdÊcisions,sesengagements.Jevous confieàvous,mesprêtres,mesreligieuses,mespapasetmamans, mesenfants,lesoindesauverlemondedudÊsespoir.Parvotre bontÊ,parvotresourire,pardesingÊniositÊs,unefleurmiseau bonmoment,uncoupdetÊlÊphonedonnÊquandillefaut,un choixdevacancesoÚl’onn’acceptepasd’êtretoutàfaitsÊparÊ deceuxquienontbesoin‌  Jemedisparfoisquesij’ÊtaiscurÊdeparoisse,jecommenceraislamessedudimanchematinparcetteinterpellation : Mes frères,jesupposeque,durantlasemaine,vousavezpuallervoir dansleshôpitaux,danslescliniquesetmêmeàlaprison,tous cesamisdontl’Évangilenousparle. Etjeleurdemanderaistout simplement : QuidevousapufairecettedÊmarcheàlaquelle JÊsusnousinvite ?Jeverraistroisouquatredoigtsselevertimidementsurlesdeuxcentspersonnesquisontlà.Alors,jepoursuivrais : Mesfrères,vousn’avezpaseuletempsdelefaire ;moi nonplus.Jevousproposequenousarrêtionscetteeucharistie pournousretrouvercesoir.Etd’ici-là,noustâcheronsd’appliquerleconseildeJÊsuspourquenouspuissionsensuitecÊlÊbrer saprÊsenceparminous. CeseraitÊvidemmentunpeuheurtant.Quelqu’unm’adit : Tun’auraispluspersonneàtamesse.  ÊtreprÊsentàlamort —Vous avez aussi beaucoup vÊcu l’approche de la mort en accompagnant ceux qui partaient vers le Père. Que diriez-vous de ces derniers instants ? —Delamortcommedelasouffrance,onnedoitpasparler. IlfautêtreprÊsent,etsanspeur. Heureuxceuxquimeurent dansleSeigneur ! Quesignifie mourirdansleSeigneur  ? C’estsavoirquel’onvaversluietenmêmetempsreconnaÎtre qu’onestaveclui.QuandonvoittoutecettegÊnÊrositÊ,cetteferveur,cettepiÊtÊquipeutentourerlespersonnesmalades,les

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mourants,onserendbiencomptequ’ilyalàuneprÊsencede Dieu.Lamortnepeutpasêtreunepagequel’ontournetropfacilement.ElleestsacrÊecommeunenaissance.Chaquepersonne quimeurtmefaitentrerdanslemystèrenonseulementdel’audelà,maisdupassage.Ilyaunmystèredelamortquenous n’avonspasencorevraimentpercÊ.LaViergedeLourdesarÊvÊlÊ cemystèreàBernadettequandelleluiadit : Jenetepromets pasdeterendreheureuseencettevie,maisdansl’autre. Pour moi,lamortestlepassageversl’autrevie.Etl’autrevie,c’estun au-delàdemoi,maiselleserafaitedecequej’aivÊcu.Sil’onveut, c’estlamême,maisdansundÊpassement. —On hÊsite parfois à montrer un mort aux enfants‌ —Iln’yapourtantquelesenfantspourbiens’approcherde lamort.Mesparentsnem’ontpascachÊmagrand-mèresurson litdemortquandj’avais5ans.Celanem’apasdutouttraumatisÊ. Dansleurapprochedelamort,lesenfantsreflètentsoitles angoissessoitl’espÊrancedesparents.Neleurrefusezpasderegardersurleurlitdemortleurpapaouleurmaman,ouleur grand-pèreouleurpetitfrère.JemesouviensdupetitOlivier danssoncercueil.Lesenfantsjouaientautour.C’Êtaitbeauàvoir. J’aisouventrevudesscènesanalogues.Quedefoislesparents veulentprotÊgerleursenfants.Enfait,c’esteuxqu’ilscherchent àprotÊger. 

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Dans l’Église UneÉglisebimillÊnaire  Parlons maintenant de l’Église. Vous êtes prêtre, homme d’Église à temps plein. Comment voyez-vous l’Êvolution de cette institution maintenant bimillÊnaire ? Avec crainte, dÊsespoir, espÊrance ? Ne vous arrive-t-il pas parfois d’être dÊçu par l’Église ? —SilemotdÊceptionpeutsedÊfendre,ceseraitcommedes parentsdÊçusdeleursenfantsoudesenfantsdÊçusdeleursparents.Maisdanscecas,lerêveaprislaplacedelarÊalitÊ.Pour moi,l’ÉgliseestfaitedepÊcheursdepuisPierreetPauljusqu’à nous.Iln’yapasdoncd’ÉglisepurequisoittombÊe,d’Égliseen dÊfaiteouendÊclin.NoussommesplutôtaudÊbutd’uneÉglise. Noussommesauneuvièmemoisdelagrossessedel’Égliseplutôt qu’auxnonante-neufansdesavieillesse. NotrepÊchÊ,notrefaiblesse,c’estden’avoirpasvraimentcru enelle.NousavonschoisilasÊcuritÊetl’ordrecontreunecertaineaventure.DanslesÊphÊmÊridesducollège,onmettaiten exergueL’ordre conduit à Dieu (saintAugustin).J’appartiensà cettegÊnÊrationoÚl’ordreestimportant,maisleFilsdeDieune s’estpasfaithommepourmettredel’ordreetpourapprendre auxhommesàenavoir.L’ordreestunmoyen,l’essentielest ailleurs. —Que mettez-vous sous ce mot  Église  ? —L’institutionÉgliseestunenÊcessitÊ,maiscen’estpasl’essentiel.Cequienestlecœur,c’est,àtraversetau-delàdel’institution,sonmessaged’amour,cepartagedeviequeDieuestvenu proposerauxhommes.L’Église,c’estavanttoutlelieu,letemps delarencontreentreDieuetleshommes.Ilfautdoncaujour-

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d’huiquenoustrouvionscommentpermettreàDieuderencontrerleshommes.Celamepeineparfoisdevoirqu’onattachetellementd’importanceàdesprÊsencesd’ÉglisequisontsÊcurisantes,disonstraditionnelles,tellementmoinsimportantesque toutl’effortquenousdevonsfairepourrencontrerl’autre. J’aimel’Église.ElledoitêtrelelieudupardonoÚlespluspetits,lesplusfaibles,lespluspÊcheurssontaimÊs.Lepardon,c’est vraimentDieuquipartagesoncœur.ÇamedÊpasse,jenele comprendspas,etcependantc’estvital.NousauronsratÊnotre viechrÊtiennesinousratonslajoiedel’Évangile,celledelabrebisperdue,del’enfantprodigue.Cen’estpasunpauvrepÊcheur quiretourneverssonPère,c’estuncœurdePèrequiattendson enfantcommeilest,quiestprêtàtoutpourlui.Lepardondans l’Égliseestessentiel.Pardonner,c’estaimerplus.Nousavons peut-êtretropsouventregardÊlepardoncommeungesterituel, juridique,confondantletribunaletlapatience.Or,iln’yapas detribunaldanslecœurdeDieu. —Vous dites parfois que vous avez mal à votre Église ? —J’aiempruntÊcetteexpressionàquelqu’und’autre,mais elleexprimebienmonsentiment.QuederivalitÊs,derecherche depuissance‌Onaenviededire :arrêtons,redevenonshumbles chrÊtiens.Fêtonsl’humilitÊduboisdelacrèchesurlequelareposÊJÊsus.L’ÉglisedevraitêtredavantagecevisagedebontÊ, d’accueil,decomprÊhension,depardon.Parfois,enregardant leSaint-PèreàlatÊlÊvision,jevoisàquelpointilestpleinde bontÊ.Maisceuxquisontautourdelui,lesmonseigneursqui sontlàunpeucommedespotiches,ontl’airsÊvère,triste.Peutêtresuis-jetropdur ?Pendantletempsdeleurservice,queces dignitairesselaissentregarderparDieuetlafouleverraDieu. L’Églisedoitêtrehumaine.Dieus’estfaithomme,ilestentrÊ danslastructuredel’humanitÊàpleinechair,àpleincorps.

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—Qu’est-ce qui vous fait mal dans l’Église d’aujourd’hui ? —C’estpeut-êtreuncertainclimatdepeurquimeparaÎt ÊmergerdediffÊrentesinstructionsd’Église.OnannoncelabeautÊduRoyaume,labeautÊdel’Évangile,lavÊritÊdenotrehistoire, maisonressentdelapeur.Lapeurn’estjamaisbonneconseillère, ellefreine,ellefaitsoupçonner‌ Onnes’acceptepasdiffÊrents.Ilyadesjugementsdevaleurs aunomd’unecertainetradition,maislavraietraditionpermet unprogrès.Sil’Églisen’estpasenprogrès,elledevientunmusÊe. Ilfautosercroirequecequiarriveaujourd’huiest,dansuncertainsens,plusbeauqu’hier,etquedemainseraencoreautre. Nousavonstroppeurdechanger,detoucheràdesstructures, deregarderlesproblèmesenface.NousprÊfÊronslesrÊsoudre intellectuellementdansundiscoursquinerejointpasassezle concretdelavie.Or,l’Égliseexistepourqueleshommesvivent etnonpaspourqu’ilsobserventdesloisoudestraditions‌ —On est finalement plus attentif aux lois, aux traditions, à l’institution, qu’aux personnes elles-mêmes. —Exactement !Sil’ÉgliseadesdÊrapages,c’estpresquetoujoursparpeur.ElleestsurladÊfensivealorsquesiellecroyaitet aimait,elleretrouveraittoutcequ’ilyadebeaudanslapersonne. Lesdisputesàproposdetelletendancededroiteoudegauche, traditionnelleouprogressiste,sonttrèsdommageables. Sinousaimonslapersonnehumaine,c’estparcequeDieu s’estfaithommeetqu’ilestvenurÊvÊlerauxhommesquelapersonneÊtaitdivine.L’hommen’estpasunecrÊationsecondaire parmidesanimauxetlesmontagnes.Ilestàl’imagedeDieu,il auncaractèresacrÊ.Depuisuncertaintemps,onaretrouvÊdans l’ÉgliselaplacedelapersonnehandicapÊe.IlyadescÊlÊbrations oÚellepeut,commelesautres,servirlamesse,participeràpart entièreaudÊveloppementdelaliturgie.C’estungrandbien.

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—Quels sont les bourgeons que vous voyez s’ouvrir dans l’Église d’aujourd’hui ? Les signes d’avenir ? —LaplacequelespersonneshandicapÊes—donclesfaibles, lespetits—obtiennentdeplusenplusdansnotresociÊtÊestun signed’espÊranceetdejoieprofonde.AuneÊpoque,nousÊtions gênÊsdesortiraveceux.Aujourd’hui,enleurprÊsence,onest plusheureux.Onsesentdavantagereconnus.J’aimecroiser,à laterrassedescafÊs,desgroupesdejeunesdanslesquelsfigurent desamisenvoiturette. Lesjeunessontunautresigned’espÊrance.Ilssonttellement diffÊrentsdenousqueleurmanièred’êtrecrÊeunedimension nouvelle qu’il faut reconnaÎtre, accepter, aimer. Heureux sommes-nouschaquefoisque,contrÊsetmêmeremisànotre placepardesjeunes,nousparvenonsàmaintenirledialogue.Ils onttantdechosesànousapporter ! LesÊtrangers,quenouslaissonstropsouventsurlecôtÊ,nous fontdÊcouvrirunmondenouveau.Nonpasunmondederêve ou de regret, mais celui qu’avec eux nous allons construire. Chaquefoisquenousparvenonsàentrerenrelationaveceux, c’estunegrandejoie. Enfin,larencontreaveclasouffranceetlamortconfortemon espÊrance.Nousvivonsdansunmondeapparemmentmoinsreligieux,maisill’estautrement.Dieun’estplusceluidonton parle,nimêmeceluiàquil’onparle.Ilestceluiquinousparle, quenousentendons.Chacundenous,àsafaçon,rentranten lui-même,leperçoit.C’estparfoistroublant,maisrÊellementrÊconfortant.LecielserÊvèleenchacundenospassurcetteterre. —Le prêtre que vous avez ÊtÊ sera-t-il le modèle du prêtre de demain, ou bien y aura-t-il une autre manière d’être prêtre ? —Jesuisleprêtrequejesuis,avecmespÊchÊsetmesdÊfauts. Jenedemandeàpersonnedemeressembleroudem’imiter.Je souhaitecependantàbeaucoupdevivrecequej’aivÊcuetd’être

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heureuxcommejel’aiÊtÊ.JeveuxvraimentrendregrâceàDieu pourcela. Queseraleprêtrededemain ?UnhommeplusincarnÊparce queplusspirituel.Nousavonspeurdel’incarnationparceque nousnesommespasassezspirituels.SivraimentjevisuneintimitÊprofondeavecJÊsusChrist,jenedoispasavoirpeurderentrerdansn’importequellieu,derencontrern’importequi.Il nousfautdemanderlagrâced’êtreaujourd’huideshommesde larencontreaunomdeJÊsusChrist. —Chaque samedi, à Saint-Michel, vous cÊlÊbrez l’eucharistie‌ —CequisepasselàdepuislesannÊes67-68medÊpasse.Jele reçoistoujourscommeunappel,commeundon.Jemedis :  Seigneur,queveux-tuquejefasse ? NousavonscommencÊ cettecÊlÊbrationdansunechapelledescavesducollège.Après, onestmontÊàl’Êtage.Elleestdevenuelamessedite deshandicapÊs etpendantquinzeàvingtans,onavraimentÊtÊtrès biendanscettechapelleNotre-DamedesApôtres.Unjourila falluchanger.NousavonsacceptÊd’allerdansl’Êglise.Etdepuis lors,deuxàtroiscentspersonness’yrassemblentchaquesemaine.Parfoisplus.C’estvraimentunlieuderencontre.Maparole estpauvre :ellenepeutplaireàtous.Peut-êtreaime-t-onmon sourireetmagentillesseaveclesenfants ?Peut-êtreaussiles larmesquejeversequandparfoisunepeineesttrèsgrandeet qu’onlapartage ?Cetteeucharistieestfaitedecrisd’enfants, d’Ênervements,detoutcequiconstitueunevraiecommunautÊ ! Jel’aimebeaucoup.Jesacrifieraistoutpourelle.J’yviendrais duboutdumonde.Ilfautpourtantdeplusenplusqued’autres quemoilacÊlèbrentpourqu’ellecontinue‌

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L’avenirestauxjeunes —Les jeunes ont-ils leur place dans notre Église ? —L’Égliseparledesjeunes,maisellecraintdelesrencontrer. Onlacomprend !IlssonttellementdiffÊrentsdesesstructures. Aujourd’hui,lesjeunesparlentuneautrelanguequelesadultes. IlsaimentunemesseoÚilssontpartieprenante,oÚilssesentent chezeux.OrilssontisolÊs.Certainsm’ontdit : Commentvoulez-vousquej’ailleàlamessedudimanche ?Iln’yapersonnede moinsde60ans‌  —Vous avez ÊtÊ enseignant, père spirituel des Êlèves, aumônier scout. Vous avez donnÊ beaucoup de retraites de classe, à Ciney notamment. Tout ce passÊ vÊcu avec les jeunes, que vous suggère-t-il ? Avez-vous des regrets ? —Jeregretteden’avoirpasbienremplicerôle.Maisjeneregrettepasd’avoirvÊcudesÊchecs.Aprèstelleretraitequi,àmes yeux, Êtait un dÊsastre, j’apprends qu’un garçon est devenu prêtre.Toutcontactaveclesjeunesestuncontactaveclavie.Ce n’estjamaisdutempsperdu.Ilfautlesrespecter,lesretrouver dansleursproblèmes.LetempsoÚl’ontâchaitd’Êviterqu’ilsse rencontrentlanuitestrÊvolu.PourquoisebattreaumomentoÚ ilsveulentrencontrerJÊsusChrist ?Pourquoilesempêcherdele chercheràleurfaçon ? Quandonmeparledemescoursdereligionoudemonaumôneriescoute,jesouris.J’aimaismatroupe,maispeut-êtren’aijepasÊtÊbieninspirÊ.J’aitropvoulufairedecescoutismeune performancesportiveoumêmespirituelle,alorsquel’important estdecrÊerunetroupeoÚchacunsoitheureuxdanssapersonnalitÊ,aidÊetsoutenuparlesautres.Pasàn’importequelprix, pasn’importecomment,maisqu’ilsoitheureux.Ilfautrendre lesjeunesheureuxselonleurrythme,leurtemps,leurcroissance‌

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—Et tout ce travail d’aumônerie, d’enseignement, d’animation spirituelle, vous l’avez vÊcu dans le cadre des collèges de  nos bons pères , comme on disait, dans le cadre de l’enseignement catholique tel qu’il Êtait il y a 20 ou 30 ans ? —JemeconsidèrecommeunprivilÊgiÊd’avoirvÊcucela, d’avoirpurencontrercetesprit.Qu’est-cequec’estqu’unevocationdejÊsuite ?Pourmoi,fondamentalement,c’Êtaitd’êtreavec lesjeunesetcommeeux,unÊducateur,quelqu’unquipasserait savieàlesrencontrer,lesaider,lessoutenir,lesencourager.Je n’aipaseuunevocationde missionnaire .Jevoulaisapporter JÊsusChristdanslemondedescollèges.Aujourd’hui,enanimantuneretraite,jemesensfaitpouraiderlesjeunesàrencontrerJÊsus.Commeilssont,commeIlest‌ —Croyez-vous encore à l’enseignement catholique aujourd’hui ? Peut-il prendre une forme nouvelle ? —Ilfaudraitlachercher.Quandleschosess’Êcroulent,ilfaut rebâtir.Le11mai44,lamaisonfamilialedeLouvainaÊtÊtouchÊeparunebombe.Huitjoursaprès,j’aireçuunelettrede MamanmeracontantendÊtailstoutcequis’ÊtaitpassÊ,mais sansunmotdecritique,delamentationnidepeine,alorsqu’elle avaittoutperdu.Ellechantaitlavie,elleadmiraitquetantettant d’amislesaident‌AumomentoÚla puissanceextÊrieure de nosmonastères,denosÊcoles,disparaÎt,ilfautquelavitalitÊintÊrieure,l’inspirationpremière,lerespectdespersonnesgrandissent. Lesecretdelavieillesse —Qu’est-ce que cela vous fait d’avancer en âge, d’être du côtÊ des aÎnÊs ? —Enriant,jedisparfoisqu’ilyaerreurdansladÊclaration dujourdemanaissance,quelesregistressesonttrompÊs,non

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pasd’unjour,maisdeplusieursannÊes,tantjemesensencore pleindevitalitÊ.Parfois,celam’inquièteet,enmêmetemps,je medis :Maisnon,Seigneur,ilfautvivreaujourlejour.Tôtou tard, des signes viendront qui me diront : ne parle plus, ne marche plus, ne bouge plus. À ce moment-là, que le même SeigneursoitàmescôtÊscommeaujourd’hui.Acceptersonâge, c’estaccepterqueDieusoitaucœurdetoutevieetdÊcouvrirqu’il estautantprÊsentdanslevieillardquedansl’enfant.Jevistrès fortcequej’appelleraislepassage.Jemesensencontinuelpassagedemajeunesseàmavieillesse,maissansm’attarder.Jedois accepterdeneplusavoirlapremièreplace,deneplusêtrel’animateur,deneplusdiriger.DanscetteÊvolution,jedoistrouver nonpasunmotifdedÊpression,maislajoie.Êtreheureuxdece quel’autrea,voilàlesecretdelavieillesse. —Notre sociÊtÊ valorise beaucoup la jeunesse. Laisse-t-elle assez de place aux personnes âgÊes ? —SilasociÊtÊvalorisebeaucouplajeunesse,jen’oseraispas direqu’ellelarencontrevraiment.Sic’Êtaitlecas,elledevrait êtreplusaccueillante,plusouverte,plusdisponible.Maisparlons despersonnesâgÊes.EllessontdÊpendantes,limitÊes.Àmon sens,onnelesrespectepasasseznonplus.Ellessontsouvent  placÊes etnesontpasreconnuesnivraimentaimÊes.C’estun problèmedesociÊtÊ :lespersonnesâgÊesnetravaillentplus.Que font-ellestoutaulongd’unejournÊe ?EllesnesontplusenÊtat debienentendre,debiencomprendre,debienlire,debienvoir‌ SiriennelesanimeintÊrieurement,siellesnesontpasaimÊes, ellesdeviennentdesÊpaves.OnleuratoutdonnÊ,saufnotre cœur.Ilfautprendrelamainduvieillard,l’accompagner.Dans lescollèges,parexemple,ondevraitdemanderàtouslesadolescentsd’avoirunepersonneâgÊequ’ilsrencontrentetaveclaquelleilsdialoguent.

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Ilyadesfamillesquinetiennentqueparlesgrands-parents. Legrand-pèreetlagrand-mèresontsourcedecommunion,de rencontre.Pourcela,ilsconsententàd’Ênormessacrifices. —Vous avez beaucoup frÊquentÊ les personnes âgÊes, les fameuses  tantes  du Toit. Quel est leur message ? —JepenseàtanteMinou.IlfaudraitÊcrirelemessagequ’elle nousalaissÊ.IlyeutaussitanteAnia,àquiondemandait,elle qui n’avait eu ni une enfance heureuse, ni un foyer rÊussi :  Qu’est-cequeleToitpourvous ?—C’estmavie. Savieparce qu’elleÊtaitavecdespersonnesquil’aimaientetqu’elleaimait. AprèsdesannÊespassÊesdansuncommerce,toutàcoup,ellese retrouvaitgratuitementàladispositiondepersonneschaleureuses. Souvent,lesjeunesquiviennentauToitsontmarquÊspar touteunehistoire.LapersonneâgÊen’estpastellementproche d’eux.Ilfautunapprentissagepours’apprivoiserl’unl’autreet dÊcouvrirquel’onabesoindel’autre.QuelapersonneâgÊedise aujeune : Tunepeuxpassavoircombienjet’apprÊcieetcombienjet’aime ! Etquelejeunepuissedireàlapersonneplus âgÊe : Tante,quec’estbienquandvousêteslà !Onsentquela maisonestplusbelle !  C’estledÊfidel’Arche.Lesjeunesquiviennentypasserdeux moispendantlesvacancesouquiviventavecnousdurantunan souffrentdeslois,desstructures.Maisdansleursrecherches,ils fontl’expÊriencedelaprÊsenceetdelafidÊlitÊ.Quileurdonne cetÊmoignage ?LespersonnesâgÊes. —Et le pèlerinage à Lourdes, à la fin du mois d’aoÝt, n’est-ce pas aussi un dÊfi Êtonnant : des jeunes de 20 ans qui mènent des adultes de 40, 50, 60 ou 70 ans ? —Oui,lepèlerinagerÊussitetparlagrâceetparmoninconscience‌Jerisenledisant.Pendantpresqueunedizained’annÊes,Lourdes,c’Êtaitdesbrancardiersetdesinfirmièresquise

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dÊvouaientauprèsdesmalades.Etdoucement,onadÊcouvert qu’ilfallaitquecesgroupesviventensembleaumaximum,que lespersonneshandicapÊesdeviennentcommelecimentquiles reliaitetquelapersonneâgÊeavaitaussiuneplace.Quandon voitlastructuredecesvingthôtelsquiregroupentchacun,sous laresponsabilitÊdedeuxjeunes,unevingtainedepersonnes dontcinqousixpersonneshandicapÊesetautantdepersonnes âgÊes,ondÊcouvrequelacommunautÊestmieuxvÊcuedansla diffÊrence.UnecommunautÊdejeunesneserassemblehabituellementquepourdesvacances,pourunvoyage,paspourla vie.Cequenousvoulonsdonnerauxjeunes,c’estuneexpÊriencedevie. 


Chez les JÊsuites VocationàlasuitedeJÊsus  Vous avez entendu l’appel de la vie religieuse très tôt ? —C’Êtaitenoctobre1939.J’avais14ans.Jerêvaisalorsd’être diplomate.Maischaquefoisquej’avaisunprojet,j’entendais unevoixquidisait :EtsitudevenaisprêtredanslaCompagnie deJÊsus* ?J’aiconfiÊmonsecretàunjeunejÊsuitequim’adit deleconfieràunprêtre,lepèreCounet.Etpuis,auxvacances, ilfallaitquej’enparleàmesparents.Jen’aipasosÊlefaireparce quej’avais2sur20enflamand‌Letempsn’Êtaitpaspropice. Maman,avantdenousquitter,ainsistÊ : Tuasditdansune lettrequetuvoulaisnousparler‌ JeluiaiconfiÊmonsecret.Elle l’aditàPapaet,lesoir,danslabibliothèque—jemevoisunpeu commesainteThÊrèseconfiantàsonpèresavisionmystiqueet savocationdecarmÊlite—ilmerÊpondait :�� Tusais,Mamanm’a dittonprojet.Tucomprendsbienquenousserionstrèsheureux touslesdeux,maisjevoudraistefaireremarquerquelesjÊsuites sontdesgensintelligentsettravailleurs. Là-dessus,j’aieu10sur 20àl’examendeflamand. Troismoissepassent.Enmai,laguerreÊclate.ÀcetteÊpoque, jenesaispascequej’aivÊcu,maiscefutuntempsextraordinaire d’intensitÊspirituelle.J’ail’impressionquejen’aiplusjamais vÊcupareilleferveur.Ellen’ÊtaitnullementexaltÊe,maissiprofondÊmentinscritedansmoncœur.J’enaiÊtÊilluminÊtoute mavie. J’allaisàlamessetouslesmatinspendantl’exodeenFrance. JemedÊvouaispourmesfrèresetsœur,jem’occupaisd’euxpendantqueMamancherchaitàretournerenBelgique.Lentement, *L’OrdredesJÊsuites. 39


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lavocations’estprÊcisÊe.Deuxansaprès,enrhÊtorique (classe terminale, n.d.e.),j’aiditàmesparents : Jevousdemandelapermissiond’entreraunoviciat,enseptembreprochain. Ilsvoulaientattendrelafindelaguerre.J’avais16ans.PendantmaretraitedefinderhÊtorique,jeleuraiÊcritunelettrequilesafort touchÊs.Ilssesontdit : Cen’estpaspossible ! IlsontdemandÊ conseilauPèreAbbÊduMont-CÊsarquileurarÊpondu : S’ila Êcritcettelettreseul,ilestmÝrpourentrer. ElleavaitÊtÊÊcrite entredeuxpartiesdebridge,pendantlaretraitedupèreFiÊvez. Jen’avaispasbesoindecetteretraite,mavocationÊtaitparfaitementclaire.Unevocation,çanousdÊpassetellement‌ JesuisentrÊaunoviciat.Trèsvite,j’aipriÊpourêtremalade etrentreràlamaison !Unaminoviceavaiteucettechance. J’auraispleurÊpourl’avoiraussi.MaisjenevoulaispasparaÎtre ridicule :partiràpeineentrÊ‌ !Sij’avaisÊtÊmalade,j’auraiseu unbonmotifpoursauverlaface ! Cequim’asauvÊ ?Lagranderetraitedetrentejours,oÚj’ai connu une relation vraie avec JÊsus. Que me demandait le Seigneur :vivrechezmesparentsoulesuivredansl’aventurede l’Évangile ?Deuxansdenoviciatm’ontaidÊàchoisir‌etj’ysuis toujours. —Votre père, comment a-t-il vÊcu ces ÊvÊnements ? —Avecmonpère,commepourbeaucoup,çan’apasÊtÊfacile.Maisils’estrÊvÊlÊàmoilejouroÚjesuisentrÊaunoviciat. IlacraquÊ.Ilm’aÊcritsixpages,commeunamiÊcritàsonami, pourmedirequ’ilnem’avaitpasasseztÊmoignÊsonamour,qu’il nem’avaitpasassezditqu’ilm’aimait.Etdanscessixpages,il mel’aditenrelisantnotrerelation,enredisantcequ’elleavait deprivilÊgiÊ,debeau,cequ’ilvoulaitqu’ellesoittoujours.Mon pèreavaituneaffectivitÊquines’exprimaitpas,maisilm’aimait profondÊment.Ayantperdusamamanà14ans,ilselivraitautrement.

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JÊsuitepourl’ÊternitÊ —Vous êtes jÊsuite, après avoir ÊtÊ Êlève des jÊsuites. Ce serait à recommencer, n’auriez-vous pas fait un bon franciscain, un salÊsien — les salÊsiens sont des Êducateurs nÊs. Je crois cependant que vous n’auriez ÊtÊ ni bÊnÊdictin, ni trappiste, ni chartreux‌ Et encore‌ —JesuisheureuxdanslaCompagnie,etjel’aime.Touteson histoirerejointmasensibilitÊaujourd’huiencore.Àtraversles mÊandresdel’Êvolution,jemesensheureuxetfierd’êtrejÊsuite. Fiernonpasausensquel’onseraitmeilleurquelesautres,mais parce que nous sommes faits pour servir selon l’orientation d’Ignace. Jel’aime,lepèreIgnaceetlesautressaintsjÊsuites.J’aime l’histoiredelaCompagnie.Ellen’estpasplusbellequecelledes autresordresreligieux,maisellemeparaÎtbelleàmoi.Dernièrement,nousavonseuunerencontredesjÊsuitesdeBelgique.J’ai trouvÊquelesseptantecompagnonsrassemblÊsavaientl’airheureux.N’est-cepasleplusimportant ?Heureuxdevieillir,heureux des’effacer,heureuxdedonnerlaplaceàd’autres,heureuxde voir les choses qui grandissent près d’eux‌ C’est cela, la Compagnie.Deshommesdediscernement,inspirÊsparuneexpÊriencespirituelle. L’expÊrienced’unjÊsuite,c’estl’expÊriencedeJÊsusChrist, mÊditÊ,suividanslacontemplationdusilencedelaretraiteet duchemindesExercices spirituels*,deJÊsusChristdÊcouvertdans lequotidien.Heureuxsommes-nousquanddeuxjÊsuitespeuventserencontreretsentirleurcœurbattreensemble,pourle mêmeidÊal,pourlamêmevocation. Parmimesfrères,ilyalepèreToussaint.AudÊbut,jen’Êtais pasprochedelui,mais,lentement,àtraversl’histoireduToit, *ItinÊrairespiritueldetrentejours,structurÊsenquatre semaines (enfait, desÊtapes),oÚsaintIgnacearetranscritsapropreexpÊriencedeconversion. Celuiqui reçoitlesExercices seretiredanslasolitudeetestaccompagnÊpar celuiqui donnelesExercices .Ilyaaussimoyendelesvivresansquitterles occupationsquotidiennes :cesontles Exercicesdanslaviecourante . 41


 Quetouts’arrange 

pendanttrenteans,ilestdevenulegrandfrèrequim’accompagnait,mesÊcurisaitetmerassurait.IlestcertainqueleToit,qui acommencÊaveclui,etl’Arche,venueensuite,ontÊtÊmarquÊs desonempreinte. Cequiesttoujourspremierdansnotrevocation,c’estlamission.Jedoislaremplir,etàcettefin,ilfautl’aidedemesfrères. LaprÊsencedecescompagnonspriant,meregardantavecamitiÊ etpatience,meportantàleurfaçon,estunejoiepourmoi. Certainsdenosamisnousconsidèrentencoreunpeutrop comme des dÊtenteurs d’un pouvoir. Aujourd’hui, soyons humblesavanttout.L’humilitÊestÊvangÊlique ;pensonsau Seigneurdulavementdespieds.Dansmavie,laprÊsencedes  frèrescoadjuteurs (desjÊsuitesnon-prêtres)aÊtÊtrèsimportante.Ilsm’onttoujoursaidÊàaimerlaviecommeelleest,avec rÊalismeethumilitÊ—àleurimage. —Et vous n’auriez jamais rêvÊ d’être chartreux, par exemple ? —Une annÊe, en vacances avec de jeunes jÊsuites, nous sommesallÊsrôderautourdelaGrandeChartreuse.Jemesuis dis :ilesttempsquej’yentre.Ilfautquejesoischartreuxpour queDieudeviennel’essentiel.Pourmoi,c’estcela,leschartreux. IlscentrenttoutsurDieuettoutechoseprendlaplacequiluirevient.Aprèstout,unjÊsuite,c’estpareil.Pourcela,ilfautunevie deprière,unefidÊlitÊ,unattachementàJÊsus.Jenepourraispas vivresanspenseràluitoutletemps.Ilestceluiaucœurduquel jemesensvivre. CÊlibat,obÊissance,pauvretÊ —Cet attachement privilÊgiÊ à JÊsus justifie-t-il le cÊlibat ? N’estce pas une mutilation du cœur ? —LecÊlibatestuncheminmystÊrieuxqueJÊsusachoisi (maispaslesapôtres).IlestentrÊdansl’histoiredel’Église,len-

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 Quetouts’arrange 

tement,commeunegrâce.C’estunappelexceptionnel,qu’on n’apeut-êtrepasassezrespectÊ.Onl’atropregardÊcommeune condition. JesuisheureuxdemoncÊlibatparcequej’aipumieuxaimer lespersonnesquiontunhandicapetleurdonnermontemps, matendresse.HommemariÊ,jen’auraispulefaire.Nepasavoir d’enfantestungrandsacrifice.LeSeigneurarÊponduenme donnanttellementd’enfantsàaimerautourdemoiettellement desouffrancesàpartager.Pourmoi,lecÊlibatestlechoixqueje fais de JÊsus pour aimer davantage les souffrants et tous les hommesetfemmesmissurmaroute. —Et le vœu d’obÊissance, est-ce toujours Êvident ? Comment l’avez-vous vÊcu ? —Tantquej’Êtaisdansl’Êducationetl’enseignement,jelevivaisdemanièreclassique.Ettoutàcoup,l’ArcheestarrivÊeetce futunesortedeconfiancequelaCompagniemefaisaitenne contrôlantpastoutletempscequejevivais.Lemomentleplus difficilefutmonenvoiàLuxembourg.J’ÊtaispresquearrachÊà l’Arche.Pendantsixans,j’aiÊgalementÊtÊsupÊrieurduCollège thÊologique. J’ai cependant trouvÊ dans l’obÊissance — pas l’obÊissanceextÊrieure,maisintÊrieure,carsiellen’estpasintÊrieure,elleestfausse—unepaixsereine. ObÊir,c’estentrerdansunprojetquimedÊpasse.Quandle pèreProvincialm’ademandÊdepartirpourleLuxembourg,j’ai eul’impressionenlequittantquejesortaisdechezlemÊdecin quim’avaitrÊvÊlÊquej’avaisuncancer.Etilafalluentrerdans lechemindelaprière,dudialogue,dudiscernement. Jevoiscesdeuxmomentsdemaviecommedestempsde grâce.Ilsm’ontdemandÊledÊtachementetdoncunaccroissementd’amour.LesdÊcisionsdemonSupÊrieurm’ontdemandÊ d’allerplusloinetm’ontlibÊrÊ.J’enrendsgrâceàDieu.Etjesuis heureuxd’êtrejÊsuite,disponible.

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—Le vœu de pauvretÊ n’a-t-il pas quelque chose de prophÊtique dans le monde d’aujourd’hui, le monde de consommation ? Beaucoup d’argent passe dans vos mains : vous en recevez, vous en donnez, pour les œuvres, pour le bien‌ —ÀLourdes,lorsd’unpartagesurcesujet,quelqu’unnous adit : Lapremièrechosequenouspouvonsdiredel’argent, c’estquenouslerecevons.Quecesoitparnotretravail,lesÊvÊnements,notrehÊritage,c’esttoujoursunargentreçu. Ondoit alorstoujoursseposerlaquestion : Suis-jehonnêtedevantce quej’aireçu ?Est-cequejenedevienspaspropriÊtaire,possesseur,tyran ? J’aimeraisquel’Égliseoseparlerargent.Iloccupe tantdeplacedanslasociÊtÊ ! L’intuitiondelaviereligieuseestgÊniale.L’idÊaldesjÊsuites, parexemple,c’estd’excellerdansl’obÊissance,maisuneobÊissancequiconduitàlapauvretÊàlasuitedeJÊsus.Ignaceditque lapauvretÊestlemurquidÊfendralaviereligieuse.Qu’est-ce qu’êtrepauvre ?C’estchoisirlespauvres,lessituationsdefaiblesse.Sijechoisisunesituationdeforceetdepuissance,mêmepour lebien,jechoisisl’indÊpendance.Jenesuisplusenrelation. Jenepossèdepasd’argentparmoi-même.Chaquefoisque jedonnedel’argent,jedemandelapermissionàceuxquisont autourdemoi,auxresponsablesdelacommunautÊ.Ilfautque toutl’argentreçusoitbienemployÊ. LesExercices spirituels —Les Exercicesspirituelssont le trÊsor de la Compagnie. Ont-ils de l’importance pour vous ? —LesExercices spirituels sontunequêtedelavolontÊdeDieu. DansnotreviejÊsuite,nousvivonscettedÊmarchedetrente joursdeuxfoisaucoursdenotreformation :aunoviciatetau  troisièmean ,dernièreannÊedeformation.Aprèsnousêtre rappelÊpourquoinoussommescrÊÊs,etavoirprisconscience

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quenoussommesdespÊcheurspardonnÊs,nouscheminonsà lasuitedeJÊsusChrist,selonl’Évangile.CetteexpÊriencespirituelle—quenousrevivonschaqueannÊeduranthuitjours— nousaideàtrouveroÚJÊsusnousdonnerendez-vous.C’estdans lecadredemaretraiteannuelle,en1965,qu’estnÊel’intuition duToit. J’ÊtaisdÊjàprispartoutelarichessedelapersonnehandicapÊe.Àmafaçon,jevivaisdÊjàunpeul’angoissedemai68.J’Êtais enrecherche.LespremierspèlerinagesdeLourdesetlamortde Mamanonteupourmoiunetrèsgrandeimportance.D’abord, j’aicrucraquerquandelleestpartieetpuis,aucontraire,j’aieu l’impressionqu’ellemefaisaitvivre.ElleavaitÊtÊhandicapÊe pendantneufans,vivantenvoiturette,toutedÊpendante‌Elle estcellequim’aconduitdepuiscepremierpèlerinageàLourdes en56,avecelle.C’estcepèlerinagequiestl’originedetousles autres. —Et dans la retraite annuelle, vous mÝrissiez cela ? —Oui,trèsfort.Etjecherchais : Seigneur,queveux-tuque jefasse ? J’entendaisl’appeldesjeunes,jesentaiscedÊsordre danslequelnousÊtions.JerêvaisdefairedÊcouvrirauxjeunes etàleursfamilleslabeautÊdu prochain ,commeditJÊsus,de celuiquiestsurleurrouteetqui,peut-être,nelesattirepasplus qu’unSamaritainn’attireunJuif.Telleestmonintuition.Le  prochain quejeveuxsecourirestenfaitceluiquimesauvera. CetteidÊemepoursuivait.Trèsvite,en1962,j’introduisisaucollège,àmescoursdereligion,despersonneshandicapÊes. —Aujourd’hui, il n’y a plus guère de vocations dans la Compagnie, du moins dans nos pays d’Occident. Cela vous attriste, vous inquiète ? —Oui,j’ensuistriste.Etenmêmetemps,celamedÊpassetellementquejenemesenspascapablederÊpondreàceproblème, sicen’estdeprier,d’ensouffriretd’aimerplus.Onvoitautour denousdesmouvementsspirituelsoÚbeaucoupdejeuness’en-

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gagent.Jenepeuxquem’enrÊjouir.Maisjemedemandeparfois oÚestlaplacedespauvresaumilieud’eux ?OÚestlaplacede celuiquidÊrange,del’Êtranger,dublessÊ,duprisonnier ? LesjÊsuitesviventtropdansleurssÊcuritÊs,ilsnesontpas assezinterpellants.Certainsdemesfrèresviventcependantdes expÊriencesbouleversantes,maischacundesoncôtÊ.Nousles admironssanstoujoursbienlesconnaÎtre.IlyaunnouveauvisagedelaCompagniedanssonoptionprÊfÊrentiellepourles pauvres.Celachangetoutetnousramèneauxintuitionspremières :oserallertrèsloindansl’annoncedel’Évangileetdans larecherchedevoiesnouvelles,maissansperdrelecontactavec lespauvres.LespremiersjÊsuitesenvoyÊscommethÊologiens au Concile de Trente logeaient dans les hospices pour les pauvres. RegardssurDieuetsonChrist —Pour vous, membre de la  Compagnie de JÊsus , qui est-il, JÊsus ? — Ilyadeuxdimensions :unedimensionpersonnelle,affective :j’aiapprisàprier,j’aifaitmapremièrecommunion,j’ai eumavocationà14ans,j’aiaimÊJÊsus,jel’aifaitconnaÎtre. Cependant,ilestplusqu’uneimagedemonenfance,demon adolescence.Ilaunedimensioncosmique.Ilestlavie.Iladit lui-même : JesuisleChemin,laVÊritÊetlaVie. JÊsus,c’estla vie.IlestAmour.IlestPrÊsenceaucœurdessituationsdouloureuses : ce pauvre, c’est JÊsus. L’Église et JÊsus, c’est tout un, commedisaitJeanned’Arc.L’Église,c’estJÊsusquicontinue. JevoudraismourirenayantsurmoncœurlacroixdeJÊsus :  Seigneur,jesaisquetuasÊtÊtoutpourmoietquej’aivoulu êtretoutpourtoi.Tum’asaimÊ,tum’aschoisi,tum’asguidÊ.  DeJÊsus,onn’enparlerajamaisassez,commeonneparlejamais assezdesvraiesrÊalitÊs,despluspures,desplusbelles,desplus

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sacrÊes.Jepeuxenparlercommeceluiquim’asÊduit,quim’a attirÊ. —Et la rÊsurrection ? —Oui,JÊsusestressuscitÊ.Maisiln’estressuscitÊqueparce qu’ilestmortsurlacroixetparcequ’ill’aportÊe.Pourmoi,le Christencroixn’apasdesenss’iln’estpasressuscitÊ.Quandon lemontreencroix,jenem’attardepasàsonsang,àseslarmes. Iln’estsurlacroixquepourêtrevivantÊternellement. —Mais la croix est le lieu oÚ il rencontre l’humanitÊ. Le Chemin de croix que vous vivez à Lourdes n’est-il pas le moment le plus fort de votre pèlerinage ? —C’estvrai.LeChemindecroix,c’estunpeucommedans unamour,lepartagedemomentsprivilÊgiÊs : Tutesouviens quandnousÊtionsfiancÊs‌Tutesouviensquandnousavons eucetteexpÊrienceenmontagne‌Tutesouviens,ditJÊsus,de toutcequej’aifaitpourtoi,tutesouviensdecesangversÊ. À latroisièmestation,onaenviededire : Maispourquoitombet-il ?Qu’ilsetiennedebout. Jesaisbienqu’àcemoment-là, JÊsusmevoyaitdÊjà. Celan’auraitpasdesensd’êtreunspectateur.Jenepeuxêtre qu’unartisan,unporteur,unSimondeCyrène.Commej’aime monamiFrÊdÊric,lÊgèrementhandicapÊmental,àquijedemandaisaudÊbutduChemindecroix,luiquiportaitsesdeux sacsetsonthermos : Quivas-tuêtrependantleCheminde croix ?SimondeCyrène ? Etilm’arÊpondu : JÊsus. Qu’il Êtaitbeau,JÊsus,enFrÊdÊric ! —Et Dieu ? —DieuestpourmoiunPère.Jenepeuxpasuninstantme sÊparerdecetterÊalitÊ.Iln’estpasleDieucrÊateurquiestdevenu Père.IlestlePèrequiacrÊÊ.Cequ’ilavouludetouteÊternitÊ, c’estsonFils,sonuniqueetparcequ’ilaimaitvraimentsonFils,

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ill’amultipliÊetilavoulul’humanitÊ.IlainvitÊleshommesà entrerdanssonaventure. — Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit , c’est la TrinitÊ‌ – J’aimelafêteliturgiquedelaTrinitÊ.C’estunetrèsbellefête parcequ’elleestmystÊrieuse.ÀNoÍl,onvoitunbÊbÊdansla crèche.ÀPâques,onregardeleChristsurlacroixoudanssarÊsurrection.ÀlafêtedelaTrinitÊ,rienn’estvisible,rienn’esttangible,maisonvitunessentiel.Ils’agitd’unerelation.Lecœur deDieuTrinitÊ,c’estlarelation.IlyarelationentrelePèreetle Filsparl’Esprit.Chaquefoisquenousavonseuunerelationun peuprivilÊgiÊeavecunvieillard,unpetitenfantdanssonberceau,unmalade,unpauvredanslarue,n’importequi,nous sommesheureux,noussommesaucœurdeDieu. —Dieu ne disparaÎt-il pas du paysage de notre sociÊtÊ ? —J’enpleurerais.EtquandjeregardelafouledanslemÊtro, parexemple,j’ail’impressiond’avoirlamissionnond’annoncer JÊsusChrist,maisdelesregarder tous avecleregarddeJÊsus.Tous lessoirs,aprèslamesseàlaVoisine,jesorsetjesaluemesamis pakistanaisquilaventlesvoituresdanslegaraged’enface.Ilsme connaissent. Ils sont venus en Belgique pour tâcher de vivre mieuxqu’auPakistan.Jesensdansleurregardbeaucoupd’amour etilssententlamêmechosechezmoi.Qu’est-cequeDieuPère ? Cen’estpasDieuquiaimecertainshommesd’unefaçonetles autresautrement.Ilaimechacuncommeunpèreregardechacun desesenfants.

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Viespirituelle —Quelle est plus concrètement votre manière de prier ? —Jevistrèsfortdel’Eucharistie.Jecroisquemaprièreesteucharistie.Sijem’arrêtependantunedemi-heure,uneheure,je priesouslemodeeucharistique.Etqu’est-cequelemodeeucharistique ?C’estJÊsusquiprendlepain,lebÊnit ;ilprendmavie, labÊnit.LepainconsacrÊ,c’estLui ;mavieestenLui.Jedeviens unpeuLuiàlacommunion. Touteeucharistieestpourmoicemouvementpermanent : onpartdeslarmesdeshommespourenfairelesouriredeDieu. Sortant de l’eucharistie, nous sommes la tendresse de Dieu. L’eucharistienepeutnousrefermersurnous-mêmes.Elleesttoujourspassage.Dieupasseenl’hommeetl’hommepasseenDieu. C’estvraimentlàmaspiritualitÊ.CequiaÊtÊvraidansl’eucharistiedelaterrerestevraiÊternellement. —Le sacrement de pÊnitence, de rÊconciliation, a donc beaucoup d’importance pour vous ? —IlnousfautretrouvercestempsprivilÊgiÊsoÚnouspouvonsnousarrêteretrecevoirlepardon.C’estcequejefaisassez souventavecunfrère,uncompagnon‌Nousnousarrêtonsun quartd’heure,unedemi-heure,nousparlonsetlarencontrese termine par un pardon rÊciproque. Un pauvre demande du pain‌LechrÊtiendoitdemanderlepardon.Etàtraverscettedemande,l’amourdeDieusedÊverse. —Vous avez toujours au doigt un dizainier (dix grains de chapelet, n.d.e.). Vous dites souvent le chapelet ou est-ce dÊcoratif ?

—Celadatede1974.Jevoulaisporterdanslaprièrequelqu’undetrèsmaladequiestmortpeuaprès.Depuislors,jen’ai plusjamaislâchÊmondizainier,faitavanttoutpourporteravec Marielesmaladesetceuxquisontenagonie.

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Jeneparviensjamaisàbienledire.JesuistoujoursoccupÊà tâcherdeledire.Doncaujourd’hui,troisièmeessaiparceque j’enaidÊjàditdeuxcematin.Dansmonlit,lematinetlesoir, jesuisvraimentcommel’enfantdePÊguymêlantlespaters etles aves,nesachantparoÚcommencer‌ Lacommuniondessaintsestquelquechosedegrand.C’est unmystÊrieuxÊchangeentrelesêtres.Quelqu’unlà-bass’offre pourquelqu’unici.Quelqu’unquisouffrepartageavecceluiqui cherche.C’estunpartagenonseulementdesmÊrites,maisdes grâces. —Et dans tout cela, vous arrive-t-il parfois de lire la parole de Dieu, la Bible ? —DansmaspiritualitÊd’enfant,quandj’avaismongrosmisselreçupourmapremièrecommunion,jem’accrochaistoujours àdeuxchoses :laviedessaintsetlestextesd’Êvangile.Mamesse serÊsumaitàcela.Actuellement,toutesmesjournÊescommencentparlamÊditationdestextesdel’Écriture,ceuxdujourou dudimanche.LaBibleesttrèsimportantepourmoi.Jetrouve danssaintPaul,dansl’ÉvangiledesaintJean‌lanourriturede majournÊe. LafamilledujÊsuite —Et comme jÊsuite, avez-vous oubliÊ votre famille ? A-t-elle encore de l’importance pour vous ? —Entrantaunoviciat,c’ÊtaitlegranddÊchirement.JÊsusseul pouvaitcompensercettesÊparation.Depuislors,jemesuisrendu comptequ’aimerunefamille,c’Êtaitlaporterdanssesjoiesetdans sespeines.Pluslafamilles’Êtend,plussesjoiesetsespeinessont grandes.Jemesensproched’elleàtraverstoutcequ’ellevit.J’ai beaucoupreçusurlesplansmatÊrieletaffectif.Jejouis,jecrois, d’uncertainÊquilibrequifaitdubien.Jesuisriched’unrÊseaude

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 Quetouts’arrange 

parents,d’amis,depersonnesquej’airencontrÊesquim’ontaidÊ etquej’aiaidÊs‌D’oÚ,sansdoute,masÊrÊnitÊ. —Et dans votre famille, les mariages sont des moments importants oÚ vous êtes fort prÊsent‌ —Oui,essentiellementàlapartiespirituelle.Moinsaurepas quisuit.Cequej’aime,c’estdeprÊparerlemariage,d’insÊrer cetteprÊparationdansl’histoiredesdeuxjeunes.Ungarçonet unefillequiontlecœurprisviennentmedemander :VoulezvousbienbÊnirnotremariage ?Jeleurdis :Oui,àconditionque l’onfasseuncheminensemble.Jerecherchetoutcequejepeux donneràunjeunecouplepourquelejourdeleursnocessoitun jourdefoietdejoie. —Les funÊrailles sont aussi un moment important pour les familles‌ — Àcemoment-là,onabesoind’êtreensemble,etjesuis là,aveceux,commejepeux.Cequ’onavÊcuensemble,onne pourral’oublier.Mafamille,cesonttousceuxavecquij’aipleurÊ etespÊrÊ. —Vous faites partie d’un milieu aisÊ que vous continuez à beaucoup frÊquenter‌ —Jesuiscequejesuis.JenemesuispassÊparÊdemonmilieu.Heureusement,ilyaeuetilyatoujourslaprÊsencedemes amishandicapÊs.Autrement,j’auraispeut-êtreÊtÊtropl’homme d’unmilieu.J’ail’impressionquejenepeuxpasperdredutemps àcritiquercequej’aireçu,cequim’aconstruit. J’aivÊcudansunefamilleaisÊe,maisquiaconnudegrandes Êpreuves.JesuisnÊen1925,àLouvain,villequisereconstruisait. À14ans,laguerrerecommençait.MonpèreÊtaitunvolontaire deguerrede1914.MamèreaÊtÊtrèslongtempsmalade,presque infirme.Aucœurmêmed’unecertaineabondance,nousvivions unegrandesouffrance.MamanaÊtÊenhôpitalpsychiatrique,

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 Quetouts’arrange 

toutàfaitparerreur.Oncherchaitpourquoielletombaitdansla rue.OnlacroyaitÊpileptique.Enfin,onadÊcouvertsatumeur aucerveau.Cefutunlongchemin‌Notre-DamedeLourdesa jouÊunepartimportante.ElleaguÊrimamanen1937.Saplaie s’estrefermÊe.ElleaencorevÊcuvingt-cinqans.Dansmoncœur d’enfant,j’aisouventredit : NotreDamedeLourdes,jevousremercied’avoirguÊrimaman. C’Êtaitvraimentmonhistoire. Mafamillem’atransmisunsenssocial,unsensdurespectdes autres,despersonnesâgÊesnotamment(jemesouviensdemaman mefaisantuneremarqueparcequejem’ÊtaismoquÊd’unepersonneâgÊe).MonpèreÊtaittrèssocialàsafaçon.Notaireetnanti, ilaimaitpasserdutempsdansdesmaisonssimples,rencontrerles gens‌ —Mais toute votre histoire personnelle, votre vocation jÊsuite, votre prÊsence à l’Arche, qu’apporte-t-elle à ce milieu ? Quel est le message dont vous êtes porteur ? —TropsouventdanslesmilieuxprivilÊgiÊs,lesgensserecroquevillentets’enfermentdansuncertainintÊgrisme.Ilestvrai quegrâceàmonÊducation,mafaçondevivre,jeretrouveles gensdemonmilieucommeilssont,mais,enmêmetemps,mes choixdevie,monallÊgressed’avoirdesamishandicapÊsquime portent,quimesauvent,dÊrangentetÊclairentcemilieu.N’estcepasmavocationd’accepterdenepasêtreungrandgÊniequi changelemondeetlespersonnes,maisunepetitegoutted’humilitÊetdetendressequiilluminelavie ? Confidences —Dans une vie comme la vôtre, quel est le plus dur ? —C’estdenepasêtreàlahauteurdecequejereçois,dece quejesuis,quim’estdonnÊ,queDieum’adonnÊ.MonÊgoïsme, mavanitÊ.Lemalquej’aifaitmerendtriste.Maislavraiesouf-

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france,c’estdenepasassezaccueillirl’autre.J’ailedÊfautdeparlertropetdenepasassezÊcouter. —Avez-vous dÊjà ÊtÊ amenÊ à donner un pardon important ? —Oui ! J’ai vÊcu trois annÊes très dures. Je n’ai aucun reprocheàfaireàpersonne,maiscelaaÊtÊtrèsdur.Jemesuis mêmedit :Commentest-cequejetiensencoredeboutavecce quejevis ?Ilyavait,jepense,laprÊsencedudÊmon,laprÊsence duMalin.Danstoutcequej’aifaitdegrand,devalable,d’important,ilÊtaitlà.CeslongsmoisontpourtantÊtÊfÊconds,car toutesouffranceestfÊconde. J’aieulagrâcedupardon,àParay-le-Monial,aprèsavoirÊtÊ prierchezlesfrèresanglicans.Nousavionsungrandrassemblementdel’Arche.Touslesmatins,onpriaitaveclesIndiens,les Anglicans,lesOrthodoxes,maisendiffÊrentslieux.J’aiditàJean Vanier :aprèsavoirpriÊcematinici,j’aipumettredanslecœur deJÊsustouteslesamertumesquej’aieues,principalementcelles venantdemesamis,demesproches. —C’est finalement la prière qui vous a permis de faire ce pas ? —C’estlacommunioneucharistique.L’eucharistiepourmoi, c’esttout.Elleestmonmodedeprière :melaisserinstruirepar JÊsuspourmelaisserfortifierparlui,habiterparluietpourpouvoirensuitelepartagerauxautres. 


Quelques rencontres JeanVanieretlepèreThomas  Y aurait-il l’une ou l’autre personnalitÊ que vous aimeriez Êvoquer, de qui vous pouvez dire :  Ma vie ne serait pas ce qu’elle est si je ne l’avais pas rencontrÊe  ? —JeanVanieretlepèreThomas. JeanVanieraÊtÊmadÊcouverted’uncertainmoisdemai 1972 à Banneux. Nous nous sommes rencontrÊs et quelque choseacommencÊ.Ilm’asimplementdit : Voulez-voustravailleravecmoi ? C’esttout.J’aiditoui.J’aiparticipÊàuncamp devacancesdel’Arche.Pendantunan,cefurentdesfiançailles etpuislemariage. JeanVanieraunevisiondumondeextraordinaire,c’estun prophète.Safaçondeparler,deregardern’apaschangÊ,depuis trenteansqu’ils’estengagÊ.Elleesttoujoursnouvelleetancienne.IlneserÊpètepas,ilprÊsentelesmêmeschosesautrement parcequelavieparaÎtchanger.IlnecessededÊcouvrirlavaleur delapersonneblessÊe,lapersonnediminuÊe.Pourlui,elleest prophÊtiqueparsesdons,quisontdel’ordreducœur,delaspontanÊitÊ,del’affection. —Et le père Thomas*, qui est-il ? —LepèreThomasPhilippe,dominicain,avaitpourmoiune grandeaffection.J’aigardÊquelquestextesoÚilmeledit.Au dÊbutdel’Arche-Belgique,eneffet,quandjecommençaismarelationavecl’ArchedeFranceetquejeparticipaisàunefÊdÊra*LepèreThomasestceluiquiapermisl’ÊclosiondelavocationdeJeanVanier. DurantdesannÊes,ilahabitÊàTrosly,lieuoÚestnÊel’Arche.Ilyrecevaitles assistantscommedirecteurspiritueletcommeconseiller‌ 55


 Quetouts’arrange 

tion,sansenfaireencorepartie,lepèreThomassentaitenmoi desrÊsonancesetdesconsonancesquil’apaisaientetlerÊjouissaient.JeverraisplutôtJeanVanierdanslacatÊgorie œcumÊnique etlepèreThomasdanslacatÊgorie catholique . – Y a-t-il d’autres personnalitÊs ? — L’anciensupÊrieurgÊnÊraldelaCompagnie,lepère PedroArrupe,m’aconquis,luiaussi.IlnousaapportÊunevision nouvelledelaCompagnie. PourmoicommepourbeaucoupdejÊsuites,ilaÊtÊunelumièreauboutd’untunnel.Sonsuccesseur,lepèreKolvenbach, atoutemonadmiration,carilcontinuelepèreArrupe. IlyaencoreDenis,cegrandhandicapÊmoteurcÊrÊbral.Nous enavonsdÊjàparlÊ.IlrestepourmoiunmaÎtre.Nonàcausede cequ’iladitmaisparcequ’ilaÊtÊ.Ilm’accompagnaitsouvent lorsderetraitesdejeunes. Cen’Êtaitpasungarçonavecquijetraitaisdegrandsproblèmes.Iln’Êtaitpascapabledelesporter.Maisc’Êtaitvraiment l’hommedessituationsdifficiles.IlparvenaitàdÊcouvrirceque j’appelleraisl’espritd’Évangile,unecertainetendresse. Ilassumaitleslimitesd’unhandicaptrèsgrand,puisqu’il ÊtaitinfirmemoteurcÊrÊbral,maissaviespirituelleÊclatait.Il vivaitavecJÊsus.Ilaimaitdire : OhPère,c’estbeaucommeà Lourdes. Ilnecritiquaitpas,ilsouffraitdeportersoncorps, maisc’Êtaitpeudechoseparrapportauxjoiesqu’ilavÊcues.Un jour,ilm’adit : TusaisPère,quandonestensemble,onestheureux. C’estsafaçonàluidedire : J’aibesoindetoi,etjesens quetuasbesoindemoi. Ilnepouvaitpasformulergrandement leschoses,maissonhistoireesttrèsbelle. —Quelles sont les figures de saintetÊ qui vous ont plus marquÊ ? —Touteslessemaines,onallaitchezmagrand-mère(elleest mortequandj’avais5ans).Onyfeuilletaitdesbrochurestrès simplesdontseulelapremièrepagecomportaituneimage :saint

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 Quetouts’arrange 

Hubert, sainte CÊcile, sainte Agnès, saint Tarcisius, saint Antoine‌Jen’Êtaispascapabledelire,maisilsontinfluencÊ mon enfance. Mes saints prÊfÊrÊs ? Sainte ThÊrèse, sainte Bernadette,saintIgnace,saintJeanBerchmans.LessaintsjÊsuitesontpourmoibeaucoupd’importance.AinsiPierreClaver, l’esclavedesesclaves.Jel’aivraimentpriÊavecdÊvotion‌Les saints,pourmoi,c’estl’Église.Iln’yapasd’Égliseendehorsdes saints.Cesontlessaintsquiluidonnentsonvisage. Sil’Égliseestbiensouventmalperçue,c’estparcequeles saintssontpeuconnus.Ets’ilssontpeuconnus,c’estparceque leschrÊtiensn’ontpaslecouragedelesrencontrer.Ilscraignent d’êtredÊrangÊs : Tucomprends,c’estunsaint,commentveuxtuquejesoiscommelepèreDamien.  —Pouvez-vous Êvoquer ce qui peut l’être à propos de vos contacts avec la famille royale ? —Partradition,parfidÊlitÊ,jesuistrèsattachÊàlafamille royale.Durantmajeunesse,leroiLÊopoldIIIavaitpourmoiune valeursymboliqueextraordinaire.Jeportaissoninsignesurma cravatependantlaguerre.J’aiconnulesenfantsduroiAlbertII àSaint-Michel.JelesaiprÊparÊsàleurcommunion.J’airencontrÊpersonnellementleroiBaudouin. Un jour que nous Êtions à table au Palais de Laeken, Baudouin,Fabiolaetmoi,leroim’ademandÊ : Père,parleznousdevotrecheminementspirituel. Jenesaispluscequej’ai mangÊnicequis’estpassÊ.Jesaisseulementquej’aipartagÊma viecommerarementj’aipulefaireailleurs.Jeretrouvaisdans notresouverainl’hommeÊprisdelavaleurdelapersonneetde sonpotentielhumainetspirituel,dÊpouillÊdetoutprÊjugÊ,ouvertàceuxqu’ilrencontraitparcequ’ilÊtaithabitÊd’uneprÊsence. QuandjelesaiquittÊs,j’airetrouvÊmapetitevoituredevant lepalais.Enmevoyantpartir,leRoiestrestÊsurleperronetil m’asaluÊdelamainjusqu’àcequemavoituredisparaissedesa

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 Quetouts’arrange 

vue.CelaachangÊmafaçondedireaurevoir.Hierencore,je voyaisunamiquipartait.JesuisrestÊdanslarueàlesaluer jusqu’àcequ’ilaittournÊaucoin. Pourmoi,leroiBaudouinestunhommequiadonnÊsavie àunecause :quelesBelgesserencontrent,s’aiment,sedÊcouvrentdansleursdiffÊrencespersonnellesetculturelles.Enoutre, ilavaitàcœurl’ÊpanouissementdespersonneshandicapÊes. —Et il connaissait le Toit‌ —Unjour,laReineFabiolaestvenue.UnejournÊeextraordinaire ! D’abord,onavaitvoulugardercettevisiteincognito. Onavait annoncÊlavenuedelamèredeJeanVanier.C’estpourcelaque l’onavaitremislesalonetlamaisonenordre.Etpuis,j’aiexpliquÊàtousquecen’ÊtaitpasMadameVanier,maislaReine.La bonneMarie-ThÊrèsen’avaitpascompris.Ellesepencheversla Reineetdit : Bonjour,MadameVanier. Jem’exclame : MarieThÊrèse,c’estlaReine !—Bonjour,MadamelaReine. LaReine avÊcucheznousdesmomentsextraordinaires.CharlieÊtaitlà aussi.JeleprÊsente : Madame,voilàCharliequirentredeson travail. ÀcegarçonquiavaitÊtÊenprison,elledemande : Mais bonsoir,MonsieurCharlie,oÚtravaillez-vous ? IlluirÊpond :  ÀLaeken,prèsdelaMaisonCommunale.—Mais,ditlaReine, c’esttoutprèsdecheznous ! EtCharlie : MaisoÚest-ceque voushabitez,vous ? OnavÊcudesmomentsderires‌ J’aimelafamilleroyaleparcequ’elleestsigned’unitÊ,decohÊsion.Elleestgarantedevaleursimportantes.Sinousn’avions plusderoietdereine,ilyauraitdescassures. —Et vous croyez encore à l’unitÊ de la Belgique ? —J’y crois vraiment. Nous devrions tous nous donner la peined’aimerlaBelgique,decroireàsonunitÊ,deposerdesactes derencontre,maispeut-êtreaussidedemanderpardon.Nos deuxculturessontcomplÊmentaires.Plusonenpousseune,plus

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 Quetouts’arrange 

onabÎmeletout.Nouspartageonsunehistoire,unpassÊ,desvaleursessentiellesquirÊclamentnotreunitÊ.LaBelgiqueaÊtÊ bâtiepardesFlamandsetdesWallons.Aujourd’hui,lesFlamands sontd’uncôtÊetlesWallons,del’autre.CommentrÊsoudrele problème ?Enseparlant,ens’apprÊciant,ensedÊcouvrant,en posantdesgestesdecomprÊhension.

* —Un mot de conclusion ? —Jeveuxseulementdirececi :pourmoi,cequejeviensde direestbouleversant,unpeuÊpuisant.Enquelquesheures,relire toutemavie !Seul,jen’arriveraispasàlefaire.IlyaunefraternitÊ,uneamitiÊentrenous,unesituationdecompagnonsde JÊsusquimerÊjouit.Toutcequejevis,c’estlaParoledeDieuqui s’accomplit ;c’estau-delàdemoi.Jenemesensnigrandi,nihumiliÊ,maiscommeÊcrasÊdetoutcequeleSeigneurafaitpour moiettoutcequejen’aipasassezfaitpourlesautresetpourLui. Prionspour quetouts’arrange .  Septembre1999


Deuxièmepartie

Ilferabeaudemain


I. Avec eux Mobile,immobile‌

Ilyaceuxquipeuventmarcher.Ilyaceuxquin’ontjamais pumarcher.IlyaceuxquiontbeaucoupmarchÊ.Ilyaceuxqui nemarcherontplus. Aussilongtempsquenosjambesnousportent,nousoublions lasouffrancedeceuxquidÊpendenttouslesjoursd’unecanne, d’unevoiturette,d’unbrassecourable.Nousdevonssavoirque tôtoutard,nousauronsàconnaÎtrecetteexpÊrience,l’Êpreuve deladÊpendance,delapositionassiseoucouchÊe,d’oÚnouslevonslesyeuxversceluiquinousparle‌oÚnousnoussentons regardÊs,rejetÊs,parfoismêmeoubliÊs. ÀLourdes,lespèlerinsviventtrèsfortcecontrasteentreles validesetlesmoinsvalides.Nousmarchonsbeaucoup.Nous couronsderÊunionenrendez-vous,decÊlÊbrationenrassemblement.Maisilyaautourdenous,toutcemondedepersonnes blessÊes,paralysÊes,immobilisÊesquinousrappellentunessentielqu’ilnefautpasmanquer.Nosexistencescitadinessonttrop souventpolluÊesparlacourseautemps :nepasraterlemÊtro, nepasarriverenretardautravail‌ LamarcheestundondeDieuàl’hommepourqu’ilpuisse choisirsarouteetallerversceluiqu’ilaime.Lespremierspasd’un enfantresteronttoujoursgravÊsdanslecœurdesparents,mais quelprixya-t-ilmis !Quedechutesn’a-t-ilfaites ! Ilestimportantdesavoirpourquoinousmarchons,avecqui nousmarchonsetpourquinousmarchons.SainteThÊrèsede

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 Quetouts’arrange 

l’Enfant-JÊsus,audÊclindesavie,setraÎnaitlelongdescouloirs desoncarmeletonluidemandait : —Pourquoivousfatiguerainsi,masœur ? EllerÊpondait : —Jemarchepourunmissionnaire. QuenoussoyonscouchÊsoudebout,quenousmarchions ouquenousnouslaissionsporterouconduire,n’oublionspas quetoutdÊplacementseveutchemind’amour,routed’amitiÊ. Mêmeassisauvolantdenotrevoiture,attendantpatiemment dansunefilequin’enfinitpas,nousnesommesjamaisseuls.Il yatoutunmondeenmarche,uneÉgliseenmarche,toutun peuplemarchantverssalibÊration,marchantverssagrandeur etsabeautÊd’hommelibre. Lemondeexigecettecommunion,aucœurdelaplusbelle dÊmarchequ’ilnousestdemandÊdefaire : Allerversl’autre, allerverslesautres.


Mafaiblesseetmaforce

Quid’entrenousaimeêtrefaible,êtreallongÊsurunlit,dans unesituationdedÊpendance,defragilitÊ,defatigue ?Quiaime d’êtredÊpassÊparlesautresoutoutsimplement remisàsa place parcequelesautressontplusforts ?C’estpourtantcechemin que Dieu a choisi. Saint Paul ne l’a-t-il pas Êcrit aux Philippiens : LeChristJÊsus,luiquiÊtaitdanslaconditionde Dieu,n’apasjugÊbonderevendiquersondroitd’êtretraitÊà l’ÊgaldeDieu ;maisaucontraire,ilsedÊpouillalui-mêmeenprenantlaconditiondeserviteur‌Ils’estabaissÊlui-mêmeendevenantobÊissantjusqu’àmouriretàmourirsurunecroix !  CetteÊpÎtrequenousconnaissonsbien,nousnepouvonspas direqu’ellenoussoitparticulièrementchère.Detempsàautre, ellesurgit,sousnosyeux,maisnousnedÊsironspasdutoutnous yhabituer.Nousnesouhaitonspasqu’elledeviennenotrenourriturequotidienne.NousprÊfÊronsunecertainepuissance,une rÊelleefficacitÊ.Servir,telleestnotrevolontÊ,maisàcondition quecelanousrapporteaussietquenouspuissionsànotretour mener,donner,partager.Etpourtant,n’est-cepassouventquand nous avons ÊtÊ petits et pauvres que nous avons touchÊ les cœurs ?N’est-cepasdansunecertainehumiliation,dansun Êchec,quenoussommesarrivÊsàlavraierelation,àlaqualitÊ delarencontreducœur ?Combienneconnaissons-nouspasde parentsd’enfantshandicapÊsquiviventdouloureusementpareillesituationetquicependantreconnaissentquesanscesenfantsilmanqueraitquelquechoseàleurbonheur ! TropsouventnouscherchonslarÊussite,maisnousoublions qu’ellecrÊelasÊparation.Nouscherchonsl’efficacitÊ,maisnous

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 Quetouts’arrange 

neremarquonspaslesmursqu’elleÊlèveautourdenous,lesfaiblessesqu’ellecache,lesleurresd’unefausseapprochedelavÊritÊ. JÊsusnousrecommandedansl’Évangile : Soyezcommedes enfants. L’enfantn’ariendepuissantnid’efficace.C’estensa faiblessequeconsistesaforce. Bienheureuxlespetitsetlesfaibles !Seigneur,s’ilmefautrestercouchÊ,donne-moilagrâced’enapprÊcierlabÊatitude.Sije rencontreunepersonnealitÊe,accorde-moilagrâcedem’agenouillerprèsd’ellepourarriveràsahauteuretmeretrouverdans sadÊpendance.CouchÊ,assis,debout,peum’importe,simon cœurestassezhumblepouradmirer,assezpauvrepourrecevoir, assezfaiblepouraccepterd’êtresauvÊ.


Souperentreamis‌

C’estbeau,cequejeviensdevivrecesoir !J’aiÊtÊinvitÊàsouperparMicheletJehannequisesontmariÊsilyadix-huitmois dÊjà.Luivaavoir47ans,elle,45.Ilscheminentensembleetleur mariageaÊtÊunedesplusbellescÊrÊmoniesquenousayonsvÊcuesaufoyerduToit. Cequim’aleplustouchÊ,c’estdevoiravecquelsoinilsavaient prÊparÊcerepas.Commeilssont :toutsimplement.OnacommencÊparlaprière.Michelad’abordallumÊunebougieavecpeine. Ensuite,nousnoussommesdonnÊlamain.Nousavonsditensemblelaprièredeleurcœur,leNotrePère.C’Êtaitbeau,simple,et vrai.Onneledirajamaisassez :ceuxquisemblentavoirlemoins reçusontdestinÊsàdonnerdavantage.Ceuxquel’oncroiraitêtre moinsrichesserÊvèlentêtrelasourced’eauvive.Nousavonstellementcruquec’Êtaitlapuissancequiallaitdonnerlajoie,que c’ÊtaitlaforcequiallaitdonnerlasÊcuritÊ !NousdÊcouvronsqu’il n’estqu’unseulchemin :celuid’aimer.NousavonspassÊcette heureàtable,heureuxensembleautourdecerôti.Ilyavaitdeschiconschaudspourelleetmoi,etensaladefroidepourluiquineles aimepasautrement. EtàlafindenotresoirÊe,ons’estencoredonnÊlamainautourdelatablepourremercierNotreDamequiatellementbien menÊcecheminpourleurcoupleetquifaitensortequepartout oÚilspassent,uncertainrayonnementsedÊgage. Merci,Seigneur,pourl’amourdecesamisquiestàl’aunede l’amourdeshommesquetuascrÊÊsàtonimage.Tusaismieuxque moitoutcequisepasseeneux,maisjesaisque,grâceàtoi,tout concourtàuneplusgrandejoie,cartunousaimes.

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Commeuntoutpetit

Aujourd’hui,ilestunerÊalitÊàlaquellenulnepeutsesoustraire.ChacunsedoitdeladÊcouvrir,del’accepterselonsesdons etsespossibilitÊs :lacertitudequ’unenfantestplusapteque nousautresàconnaÎtreDieu,àgrandirdanssadÊcouverteetson amour. Souventlesadultesmusparledondeleurintelligence,rÊduisentlafoiàcemotmerveilleuxquisignifie comprendre . Et,c’estvrai,lagrâcedel’intelligencenousaideàmieuxdÊchiffrerlesmystèresdeDieuetlesmystèresdel’homme.Maisilya plusimportantquecela,ilyalefait d’êtrepris ,d’êtresaisi, d’êtresÊduit.UnpetitenfantencedomaineestnotremaÎtre. Pourlui,ilnefautpasinterprÊterDieu.Illuisuffitdesavoirqu’Il estlà,d’ouvrirsoncœur,defairesilencepourentendreDieuqui parle.EtDieuserÊvèleàlui. C’estlamerveilledudondel’enfanceauquell’Évangilenous appelle.Aujourd’hui,dansunmondeoÚl’onserendcomptede lafragilitÊdesconnaissanceshumaines,oÚl’onsetrouvedevant desadolescentsqui nesavent plusriendelareligion,delafoi ; ilfauttoutconstruire,dèsleurtoutepetiteenfance.Ilnes’agit pasdelesfaireÊvoluerdansuncontedefÊes.Ils’agitdeleurrÊvÊlerqueDieu,bienautrementquel’enchanteurMerlin,estcelui quiesttoujourslà,quileurparleetveutÊtendretoutsonêtreà sescrÊaturesdevenuessesenfants.IlsvontdÊcouvrircelatous lesjours.RienneseratropgrandnitroppetitpourqueDieupuisseleurparleraucœurdeleurvie. CommemeledisaitunepersonnedegrandeexpÊrienceet sagesse :

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Aveceux

 PassÊl’âgedecinqans,toutestfait.L’enfantestcommedÊjà formÊ. Alors,devantuntoutpetitenfant,n’ayonspaspeurde nousmettreàgenouxpourrecevoircequeluiseulpeutnous donner. Soyezcommeunenfant ,aditJÊsus.


LetempsretrouvĂŠ

 J’aimemonâge ! Cettephraseestrichedesens.Elleestde JÊrôme(dufoyerde LaRuche),27ans,pleindedynamisme, d’enthousiasme.IlacriÊsajoiedevivre.Ennousaffirmantqu’il aimaitsonâge,ilvoulaitnousdirequechacundenoussedoit d’aimerl’âgequ’ilaetnepastoujoursrêverdeceluiqu’ilaeuou deceluiverslequelilva. Notreâge,quenouscÊlÊbronslorsdesanniversaires,peut êtreàchaquefoisunepagequel’ontourne,uneespÊrancequi disparaÎt.Maiss’ilsevitcommeunlivrequel’onouvreouun matinquiselève,alorsnotreâgeestbeau,carilestespÊrance. Sansdoutefaudra-t-ilunjourcompteraveclepoidsdel’âge etseslimites.Celarentredanslescalculsquecomporteunevie. Maissil’onregardeenarrièreetqu’onyvoittouteslesbeautÊs, touslesgestesdetendresse,toutcequis’estpassÊdemerveilleux, depardons,d’espÊrance,desouriresetdepaix,alorsondoitse direquel’âgequel’onaestleplusbeaudescadeauxparcequ’il estfaitdesouvenirsetd’espoirs. J’aimemonâge,c’estunpeucommedire : J’aimeDieuqui meledonne,j’aimeceuxquimefontvivre,j’aimeceuxqui m’entourent,j’aimeletrottoirsurlequeljemarche,lecielgris oubleuau-dessusdematête,lapluiefÊcondante,lesoleilnous illuminant,leshommescapablesd’aimermaisrÊclamantencore plusd’êtreaimÊs.  J’aimemonâge,toutunprogrammeoÚchacunpeutseretrouver.Carl’âge,plusqu’unnombred’annÊes,esttoujoursleprolongementd’unehistoired’amour,cellequim’avunaÎtre,cellequi melaissegrandir,cellequimefaitcroireàdemain.

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II. Visages TanteGhislaine

ElleÊtaitdenosamis.Ellenousobservaitetnousvoulaitdu bien.QuandnotrefoyerleToitvoulutacquÊrirlamaisonquideviendra Cana ,TanteGhislainenousaida. Nousl’aimionsbiensanstellementlaconnaÎtre.Toutenelle Êtaitfort,solide,raisonnable.Ellerappelaitlasaintefemmedont parlelelivredelaSagesse. Etvoilàqu’unjour,ellevientmetrouver.Avait-elleeuun songe ?Quenenni !Ellevoulaitnousoffrirunemaison ! Etvoicicequ’elleraconta :  Ilyaquelquessemaines,lecardinalSuenensestvenucÊlÊbrer,enlachapelleNotre-DamedesApôtres,lamessedusamedi. J’yÊtais.Cefuttrèsbeau.Àunmoment,ilaracontÊl’histoirede cettefamilleamÊricainedontlamaisonbrÝlait.Toussontsortis indemnessaufunenfant,restÊbloquÊàl’Êtage. Sonpapaluicrie : —Jim,jette-toiparlebalcon. —Maispapa,jenevoisrien.ToutestpleindefumÊe. —Jim,jette-toi.Moi,jetevois.  CetteanecdoteatouchÊlegrandcœurdeTanteGhislaine. Elleaimetantlaparoisseetsonpasteur,lepèreJeanRabau.Elle senttoutel’espÊrancequereprÊsentecemondedenosfrèreset sœursditshandicapÊs.Ellecroità L’Arche !L’histoireducardinall’aÊmueetcommepoussÊe.ElleatrouvÊunemaison.Elle l’avisitÊe‌ Cana ,notrepetitfoyervanaÎtre.

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 Quetouts’arrange 

TanteGhislaines’affaire.Ellenefaitpasquedonner.Ellese donne.Ellequittesonbeletgrandappartementduboulevard Saint-Michelpourseretrouverdansdeuxchambresà Cana . Ellel’avoulu.Ellel’achoisi !Qu’elleestbonne,TanteGhislaine ! Elleydemeureraprèsdedeuxans.Maisungenoumaladela contraindraàvivredansunemaisonsansescalier.Toutefois,elle restera deCana ,venantchaquesemainepourlamesseetle souper‌toujoursgÊnÊreuseetfidèle. LeSeigneurl’arappelÊe.Enquelquesheures,elles’enest allÊe,sansprÊvenirpersonne,tantelleÊtaitprêteàretrouverle Seigneurqu’elleatantaimÊ.Sesmalades,ceuxàquielleportait la communion, sa  LÊgion de Marie , la vie de sa paroisse,  Cana ,safamille,tousceuxqu’elleportait,suivait,aimaitàsa façon,pourraiententÊmoigner.Sansdiscours,sansadieu,elle estpartie.Maisnon,elleestavecnouspourtoujours. SafoiÊtaitsigrandequ’ellenousaideàtraverserlamort. Merci,TanteGhislaine,dedemeurertoujourscellequiarencontrÊsonSeigneur,arisquÊ,aosÊtoutpourlui ;etaujourd’hui, nouslefaitrencontrerparcepassagedanslavieÊternelle.


InstitutdebeautÊ‌

Ilm’estarrivÊl’autrejour,unpeuparhasard,jeleconfesse, depÊnÊtrerdansun institutdebeautÊ .Onnem’avaitpasprÊvenu.JemesuistrouvÊtoutàcoupfaceàl’uneoul’autre apprentieesthÊticienne etj’aiÊtÊassezÊbloui.Ellesoccupaient chacuneunechambre,seprÊparantàunexamenfinalquinon seulementdevaitleurvaloirunprix,maisdevaitaussiêtrepour ellesl’aubed’unecarrièrefulgurante.Épreuveaucoursdelaquelleellesneseraientpasrivales,maisbienaucontraire,commeassurÊestoutesdel’appuid’unjury. Qu’ellesÊtaientbelles,lestroispetitessœurscarmÊlitesdans leurinfirmerie !Oui,c’estd’ellesqu’ils’agit.Etcetinstitutde beautÊoÚl’âmedÊbordetellementducorps,c’Êtaitcedispensaire,cecouventbÊni.TantaimÊesetchoyÊesparleurssœursaÎnÊes,ellessontlecœurdelamaisonqu’ellesilluminentetrÊchauffentdeleurprÊsence. Deplusenplus,j’enarriveàlaconclusionqueletempsque l’onconsacreavecjoieetvÊritÊauxmalades,lesassurantd’une affectionsincère,devientuntempsoÚlecorpsselaisselentementenvahirparuneprÊsence.C’estcequej’ailusurlevisage decestroissœursquimeparurenttoutàcouptellementplus bellesquelorsquejelesavaisrencontrÊesaucoursdecauseries, quinousrÊunissaientdetempsàautre.EllesÊtaientbellesduregardqu’ellesportaientsurDieu,maisencoreplusduregardque Dieuportaitsurelles.EllesÊtaientcommetransparentesparle lentdÊtachementdececorpsquidevenaituneenveloppedesserrantsesattachespourquel’âme,lecœurpuissentyrayonner encoreplusintensÊment.

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 Quetouts’arrange 

Qu’ellesÊtaientbelles,mespetitessœursduCarmeldont chacuneportaitlenomdeMarie.Onpouvaitdevinerenelles quelquechosedecetteMèremerveilleusequienfantaJÊsuset quirestejusqu’àlafindestempslaMèredetousleshommes. Jenepensaispasqu’unjour,ilmeseraitdonnÊdepÊnÊtrer danspareilinstitutdebeautÊ !Commecesinfirmières,ilfaut beaucoupprierpourceuxquis’envontainsilentement,ilfaut lesentourer.IlfautleurrÊvÊlerqu’ilssontjusqu’auboutimportantspournous,pourmoi.Commelesoulignaitunegrandemalade : Ilestbondesentirquel’oncomptepourquelqu’un.  MerciSeigneurdem’avoirpermissisouvent,dansmaviede prêtre,derencontrertantdebeautÊetdebontÊetce,toujours, àtonimage.


Monsacencuir

J’aiunsacencuir.IlvientdeParis.Ilm’aÊtÊoffertparunami ayanttrèsbongoÝt.MaislesannÊespassantetmalgrÊtoutle soinquej’enaipris,lecuirlentementblanchit,sefendilleetje suistoutÊtonnÊdelevoirprendreunairvieillotalorsquejele trouvaissibeau ! L’autre jour, dans le parloir d’une Êcole, je considÊrais quelquecollieroubraceletconfectionnÊpardesenfants,unassemblagedeperles ;ellesaussi,avecletemps,avaientperdude leursuperbeetlabeautÊdu bijou s’entrouvaitaffectÊe. Vieillir,c’ests’Êtioler,perdredesafraÎcheur.Cependant,qu’y a-t-ildeplusbeauquedevisiterunhomedevieillardsetd’yamenerdesenfants,destoutpetits ?OnvoitsedÊtendrelesridesde touslesvisages,lescrispationss’attÊnuer.LamaisonachangÊ ! Merveille !quecesrencontresoÚtoutestdonnÊetpartagÊ. ChaqueannÊe,ilestuntempsoÚtoutbourgeonne,auprintemps ;etunautreoÚtoutdÊcline,enautomne.Etpourtant,de cesdeuxsaisons,laquelleestlaplusbelle ?CelledelajeunepoussefraÎcheoucelledelafeuilleauxrefletsrutilants ?L’unecomme l’autre,entoutcas,nousdÊlivrentcemessage :laviepeuttoujoursêtrebelle,àconditiondel’accueillircommeelleest,dene pasrêverauprintempsquandl’automnearrive,maisdesavoir qu’aucœurdel’hiver,dÊjàunprintempsseprÊpare.PourÊviter denousternir,denousfaner,necraignonspasd’employerce qu’ilfautpourquechaqueâgegardesonÊclat. Ilenestainsidemonsac,quej’aiconfiÊàMarie-Louisepour qu’elleluirendesonlustred’antan !C’estfinalementcela,lavie : employerunobjet,maislerajeunir,l’entretenir.Etsiunjouril

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 Quetouts’arrange 

casseounepeutplusnousservir,peut-êtrelegardercommesouvenirdeceluiquinousl’aoffert.


VingtansdĂŠjĂ  !

Quelanniversaire !VingtansontsonnÊdanslescœursde tantd’amisetdeshabitantsdufoyerleToit.VingtansdÊjà !Nous avonsrevÊcutoutsimplementcequ’aucoursdelamessedu18 janvier1971,jourdel’inaugurationdufoyer,lepèreToussaint aditdanssonhomÊlie.C’ÊtaitprophÊtique :  Unemaisonquirestepauvreesttoujoursunemaisonde rencontre ;ellesuppose,delapartdeceuxquiyvivent,uncœur universel‌carl’universalitÊdeceuxquiserencontreronticine semanifesteraques’ilssontconquisparlecœurdeceuxquisaventmettreàl’aise—ensemble—unnoiretunblanc,unathÊe etuncroyant,unepersonnehandicapÊeetuneautrevalide,les jeunesetlesadultesouencorelespersonnesâgÊes.  Toutcelaestunegrandegrâce‌pourvousaussi,carcedoit êtreunejoiedepouvoirportercequinousestoffertdelapart duSeigneur.Vraiment,c’esttrèsbeau,delabeautÊdetoutesles chosesquicommencent,deschosesneuves,detoutesleschoses qui explosent‌ On est dans l’attente‌ La rÊussite est au Seigneur,àtraverscettemÊdiationquenoussommestous,dans lamesureoÚnousconsentonsàprendrenotrepartduprojet, pourleSeigneur,quenoustâchonstousensembledeservirau mieux.  Ensuite,cefutlajournÊedelarencontre.Dèsdixheures,ils arrivèrent,sesuccÊdantlesunsauxautres,nousassurantdeleur amitiÊ,chantantleurreconnaissance,partageantlajoiedeleur prÊsence.ToutavaitÊtÊprÊparÊ.LamaisonornÊe,lestablesbien garnies.Àl’Êtage,lespanneauxavecdesphotosrappelantlesvisagesetleshistoiresdupassÊ.SpectacletrèsÊmouvant !

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 Quetouts’arrange 

LatÊlÊvisionfutaussidelapartie.IlsontÊtÊtrèsimpressionnÊs,parcequ’ilsontvuetsenti‌Desmomentscommeceux-là dÊpassentcequel’onpeutcapteràl’aided’unecamÊra.Ilne s’agitplusderegarder :onestpris,onestdedans,onestavec. Maislesoir,lorsdel’eucharistiefinale,lagrâcenousavisitÊs parlaprÊsencedeChristelle,orphelineâgÊedetroisans,venue conduitepardesamis.LabeautÊdelamesseetleschantsmÊlodieuxeurentraisondesatoutejeunesensibilitÊ.ElleapleurÊ d’abord.Maistrèsvite,pendantlapremièrelecture,elleestvenue seblottirsurmesgenouxetj’aicÊlÊbrÊlamesseenlaportant, enl’Êtreignant,enlalaissants’agripperàmoi,dansuneintensitÊ defoietdetendressequinevenaitpasdemoncœurd’homme, maissevoulaitsimplementtraductiondel’amourdeDieupour lespluspetits. Cetteeucharistie,cÊlÊbrÊeavecelle,annonçaitpourmoil’eucharistiedusalutdumonde.ChristelleÊtaitenmêmetempsles chrÊtienssÊparÊspourlesquelsonpriait,lesschismesoÚd’aucuns sefourvoyaient,laguerreetsasouffrancedanslaquelleonvenait d’entrer.Christelleincarnaittoutcela,carellen’apascessÊde pleurerdoucement,profondÊment.Sessanglotsrejoignaient,à traverslescrisdel’humanitÊ,lecœurdeDieuquinousatant aimÊs.C’estseulementàlafindelamessequ’elleatrouvÊsapaix, qu’elleapurepartirsourianteetdÊtendue,rayonnantedecequ’ellenousavaitapportÊ. PareillejournÊe,dansl’infiniegÊnÊrositÊducœurdeDieu, nousaconfirmÊquecequiacommencÊn’ajamaisÊtÊnotre œuvre,maisbien,avanttout,l’œuvredeCeluiquidemandeaux hommesdebienvouloirtravailleravecLui.C’esttout.Pourcette fidÊlitÊdeDieuetcelledetantd’amisprÊsentsouabsents,bÊni sois-tu,Seigneur !


Lessœursdel’Arche

Onn’enparlepas.Jamais,danslesrÊunions,leurtravailne figureàl’ordredujour.Ellessemêlentauxassistantsdetoutâge. EllesportentdesresponsabilitÊsparfoistrèslourdes.Ellessont prÊcieusesentretoutes.Cesontlesreligieusesquicollaborent dansl’Arche. Jevoudraisproclamer,aprèstantd’annÊesvÊcuesavecelles, ledonqu’ellesreprÊsentent.SilespersonneshandicapÊesrestent aucœurdenoscommunautÊscommeunsignevisibleduchoix queDieuafaitdeserÊvÊlerdanslespetits,lesreligieusesquiviventdansl’Arche,ontledondenousfairedÊcouvrirqu’ilfaut beaucoupdesilenceetd’effacementpourdonneràchacunla grâcedesamaturitÊ.Dansl’Arche,ellessedÊpensentsanscompter.Ellessontparfoisresponsablesetportentcourageusement nosfoyers.Ces petitessœurs quinoussecondentsontindispensables.Àleurfaçon,ellesdÊfendentlaqualitÊdel’êtrecontre latentationdel’agir.Ellessauventlavaleurdelaprière,aucœur mêmedesurgencesàconstruire. OnnepourrajamaisassezlesremercierdeleurprÊsence.Elles nesontpasmariÊes,alorsquel’Archegrouilledebambins.Par leurdisponibilitÊ,leurdontotalàDieu,ellesrendentcetesprit defamilleouvertàtousetcapabledes’Êtendrebienau-delàdu cercledenosrelationshabituelles.LàoÚunesœurpasse,l’amour brisebiendesbarrières,domptebiendespeurs. Merci,petitessœurs,pourcesannÊesdonnÊes,àtraverstant dedifficultÊs :votresituationfaceàvoscommunautÊs,lapeine devoussentirparfoismalcomprisesetjugÊes.C’estJÊsusque vousavezrencontrÊlorsquevousaveztoutquittÊpourLesuivre,

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 Quetouts’arrange 

maisc’estLuiquevousretrouvezdanscesvisagesblessÊs,dans toutcemondenouveauquidevientvôtre.GrâceàJÊsus,tout change,prendunsensetsetransfigure.LouÊessoyez-vouspour cedonàl’ArchequinousrÊvèlequ’uncœurestcapabled’aimer toujoursplus,àl’aunedecetamourqueDieuveutnouspartager.


Àbasl’uniforme‌

Ilestdesbarbes,ilestdescheveux,ilestdesbouclesd’oreille,il estdesjeansetdespantalons‌Ilsneveulentpasêtrecommetout lemonde,ilsneveulentpluss’habillercommeleursaÎnÊs.Alorsils crient.Etleurcri,c’estlederniercri,lamode ! Nous,nousserionstentÊsdelesjugerselonnoscritèresde beautÊ,dansl’espritdenotreÊducationtraditionnelle.NousaurionsenviededÊclarerleurrÊactioncommeÊtantnulleetnon avenue,irrecevable,toutaupluspassable.Sichaquetignasse, chaquejeandÊlavÊpouvaitexprimersavÊritÊ‌ QuiquetusoisdanstadiffÊrence,tucriesversmoienvue d’unrapprochement.TunedÊsirespasmeressembler,maistu voudraisentrerencommunionaveccequienmoiappartient peut-êtredÊjàaupassÊ,àlavieillesse,àl’expÊrience,maisdont tusenstoutefoislavÊritÊ. Non,toncrin’estpasrÊvoltecontretoutcequejesuisoureprÊsente.Ilestappelaudialogue,àl’Êcoute,àl’entente :  Nous,jeunes,noussommeslàetn’avonspasvotrefoi ;nous n’avonspasconnulaguerre,n’avonspasvotreexpÊriencedela vie.Maisdegrâce,acceptez-nousmalgrÊnosdiffÊrences,dÊcouvrezquinoussommes.Vousvousconnaissezpeut-êtremieux quenousquitraversonsunecrised’identitÊ,nousnouscherchonsencore‌Aussi,ànotremanière,nousnoustournonsvers vouspourvousappeleràl’aide.RÊpondez,faites-nouscomprendrequevouscroyezennous,quevousnousaimez,quevous avezbesoindenousenvued’Êchanger,departageretmême pournousremercier. 

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MamanDenisn’estplus

Nousl’appelions assistantepermanente àcausedesacheveluresibiencoiffÊe.Qu’elleÊtaitbelle !EllevenaitauToitavec sonfilsDenis.IlsnepouvaientpassesÊparerl’undel’autre.Dès sanaissance,le9octobre1942,alorsmêmequelemÊdecinpensaitquecebÊbÊnesurvivraitpas,elles’estbattueetagagnÊ.Sans lesavoir,elleainventÊ‌lacouveuse :troisbouillottesdansun berceauetletourÊtaitjouÊ !EtDenisavÊcu,grâceàsessoins continuels.Aussi,quandDenisadÊbarquÊauToit,samamanle conduisait,etquandilrepartait, ils s’enallaient.C’Êtaitainsi, ilfallaitlesaimercommeilsÊtaient,merveilleusementunis,si proches,tellementaccrochÊsl’unàl’autre.C’Êtaitunegrande joiedelesvoir‌ MamanDenisdevintveuvedanslaquatrièmeannÊedeson fils.IlafallulutterettenirlecoupàuneÊpoqueoÚn’existaitpas l’aidesocialecommedenosjours.Lasituationd’unemaman ayantunenfanthandicapÊàchargeÊtaittragique.Sapremière voiturette,nouslasurnommions letank .Depuis,quedeprogrès !Mais,dansson tank —quiachevasacarrièrecomme soclepourpotsdefleursdanslejardin—commeDenisaÊtÊheureux,commeilaÊtÊchoyÊ ! Maman Denis permettait que Denis soit de toutes les rÊunions,detouteslesassemblÊes.Ellel’aimaittellementqu’on serÊjouissaitdelavoirheureuseparcequesonfilsÊtaittoutsimplemententourÊ.Elleavainculapeurquetantettantdegens onteueàl’ÊgarddelapersonnehandicapÊe.ElleaÊtÊplusforte, elleyacru.IlyavaitDenis,ilyavaitsafilleJosette,ilyavaitsa maison,maisilyavaitaussisonjardin.Sonjardinn’Êtaitpasseu-

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lementceluideRocourt,oÚellehabitait,maisaussiceluiduToit oÚquandarrivaitleprintemps,elleprenaitsontournant.Elle s’ysentaitchezelleetyretrouvaitsesracines,sonÊquilibre.C’est peutêtrelàquesafois’estleplusmerveilleusementrÊvÊlÊe.Elle ÊtaitnÊepourfairegrandirlesfleurs,fairepousserleslÊgumes, pourobtenirdelamoindrepetiteparcelleuneespÊrancedevie, maisaussidelanourritureàpartager.FidèleàlacrÊationdeDieu, elle l’entretenait, la perpÊtuait, elle y croyait. La foi, c’est se convaincrequeDieunousaime,nousguideetnousconduit. MamanDeniscroyaitenDieu.ElleLevoyaitdanssavie,carelle croyaitenlaviequ’ellerecevaitdeDieu.SisesenfantsluiontÊtÊ sichers,sielleatoutfaitpoureux,c’estparcequ’ellereconnaissaiteneuxledondeDieu. ElleÊtaitvraimentlamèredonnÊeàsesenfants,maiselle ÊtaitaussilafemmechoisieparDieupourêtresurterre,àl’image detantdefemmes,cellequiporte,cellequiguide,cellequitient bon.Elles’enestallÊeunvendredisoir,assisedanssonfauteuil, fatiguÊedesajournÊe,maisenpaix.Elleavaitquatre-vingt-huit ans.AuToitnousnel’avonsjamaisconsidÊrÊecommeunevieille dame,elleÊtaittellementdisponible,jeuneetenthousiasteque nouspouvionstoujourslaregarderavecjeunesse.ViveMaman Denis !Vousrestezdesnôtres, permanente àjamais.


Lemendiant

Profitonsdesvacances‌pourouvrirnosquinquets ! Ilestlà !toutbrundel’airqu’ilprendoudelacrassequ’il garde. Ilestlà !touthargneuxdessouffrancesdelaviequ’ilapeutêtrecausÊesetsouventreçues.C’estunvraipartage. Ilestlà,auporchedel’Êglise,agressif,rÊclamantdavantage quandonluidonnequelquechose. Ilestlà,assissurunbanc,etquandilmevoit,ildÊtournela tête.Àunautre,ildemanderaitquelqueargent,troisouquatre centsfrancspourluipermettredelouerunechambre.Iln’estpas dupedesmensongesqu’ilinvente !Accorda-t-ond’ailleursjamaisducrÊditàsespropos ? Ilestlà,surlaroute,alorsquejevoudraisl’aideretjesaisque jen’yarriveraipas. Ilestlà,entraversdemonchemin,alorsquejevaisversquelqu’und’autreetquejepasseàcôtÊ,commeleprêtredel’Évangile devantl’hommeblessÊ.Ilestlà,ilmetrouble.C’estpeut-êtrefinalementsonrôle,carchacundenousaunrôle :auxuns‌d’apporterl’espÊrance,auxautres‌debousculer. IlmedÊrangedansmavisiondelaviecommej’aimeàlaproclamer.Rienenluin’appelleàl’amour.Iln’yadoncpasbeaucoupd’amourautourdelui ! Telestmonprochain.Monprochain,c’esttoujoursceluiqui apportelesalut.Ilestdonclàpourmesauver.Passantprèsdelui, jeleregardefurtivement,ilsedÊrobe.Nousnoussommes rencontrÊs .Puiss’Êloignant,ilmemauditsansdoute,etmoi,je l’avoue,jevoudraiscommenceràl’aimer.Savoirquefaire,savoir

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quedire,surtoutnepasgaffer,nepasheurter,nepasmÊpriser :  SeigneurÊclaire-moi ! Ilm’aunefoisdeplusouvertetlesyeux etlecœur.C’estpeut-êtrecela,sonrôle. Qu’ilrestepourmoiceluiàquijedoisplus,parcequejene luiairiendonnÊ.


L’abbÊPierre

Qu’ilÊtaitbeau,l’autresoiràlatÊlÊvision,cepetithomme barbu,usÊ,vibrantd’unepassioninÊpuisable :cellededirelavÊritÊ,decriercontrel’injustice,d’appelerleshommesàreconnaÎtrelesracinesdeleursmaux,lescausesdeleurtristesse. L’abbÊPierre,cinquanteansaprèslefameuxappeldel’hiver 54,Êtaitencorelàsurlabrèche.IlÊtaitvenupourdÊnoncerle dramedessans-logisquiabÎmetantdefamillesdansnotrehumanitÊ. IlÊtaitlàpourcondamnertoutecetteorganisationinhumainequitransformelespossibilitÊsdetravailenrendementsupÊrieuretcrÊelechômage,quitueetdÊsespèretantd’hommeset defemmes. IlÊtaitlà,osantattaquerlesfaussesvaleurs,osantdÊcrierle traÎtrequiabusedelaconfusion,del’Êquivoque,oÚnotremonde sedÊbat. Qu’ilÊtaitbeau,notreabbÊPierre,etcommeonrespiraiten l’entendantparler !IlnecrÊaitpasautourdeluilahaine :ilvenait enlibÊrateurabattantlesmursdesprisons,rendantlibreslesopprimÊsetouvrantunmondenouveauàlajustice.ElleÊtaitbelle, cetteheuredetÊlÊvision,avecunedensitÊetunepuissancede suggestionextraordinaire.Ilrappelaitl’Évangile,JÊsuscondamnanttousceuxqui,fauxettraÎtresdansleursargumentations, dansleursmanœuvres,spoliaientlesplusfaiblesetlespluspetits. Oui,l’abbÊPierreavraimentprÊsentÊlevisageduChrist quandilnousarappelÊcombienilestimportantd’oserparler

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commeillefait,d’osernouslibÊrerdenous-mêmes,carnous sommestroptimidespourlefaire. TunousasrappelÊquetuserastoujoursducôtÊdelajustice etquesontestament,c’estànousdelecontinuer : choisird’aimer etnepastolÊrerquequelquepartprèsdemoi,ilyenait sanstoit,sanspain,sansamouretamitiÊ.SitousleschrÊtiens pouvaientêtredecettetrempe ! Mercid’êtreencorelà !


MotdemĂ´me !

Lesmotsd’enfants‌sontd’unesagessequin’apasfinide nousenapprendre. Faridestlequatrièmeenfantd’amismarocainstenantunmagasindefruitsetlÊgumesexotiques. Farid,quatreans,abiendesjoursdecongÊ.Ainsi,l’autrejour, levoyantunpeutraÎner,jeluidis : Viensvoirnotrejardin.Il estsibeau,tupourrasyjouer. ÀpeineentrÊ,Faridsesentchez lui.Ilvaàgauche,àdroiteetapercevantquelquescompagnons jÊsuitesattablÊsautourd’unbonrepas,illeurdit : Maisici,il n’yaquedespapas !  Merveille,yavions-noussongÊ ?TouscessÊminaristesautour delatrentainesontenâged’êtrepapa.Peut-êtreabsorbÊspar leursÊtudes,ilsn’ypensentpas.Plustard,quandl’apostolatsera davantageleurterraind’action,ilsporterontledondecette peineetlepoidsdecesacrifice. Mais,commeFaridl’adit,enchacundenous,ilyaunpapa quisommeille,àl’imagedeDieuàlafoisPèreetFils.Nousdevons assumercetterÊalitÊ :noussentiraimÊsetfaitspouraimer. HeureuxÊtions-nousd’êtreàcettetableetderecevoircette paroleprophÊtiquenousrÊvÊlanttoutàcoupquenotrecÊlibat n’estpasunchoixstÊrile,niunesolitudeamère.Nouschoisissonscettevoiepourmieuxaimeretêtreplusdisponible.Elle n’estpaslaplusfacile,maiselleestnÊcessaireàl’amour. Tantqu’ilyaurasurcetteterredeshommesetdesfemmes capablesd’aimerdecettefaçon,l’amourserasauvÊ.Ilnefautpas quetouslefassent,maisilfaudratoujoursdessignatairesdece manifestedel’amouroÚonchoisitd’être papaoumamanau-

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trementqu’unautre .AinsinousdÊcouvronslevraicœurde notrepaternitÊ. Merci,jeuneFarid,d’êtrevenunousapprendre,encoreune fois,biendeschoses !


LepèreThomas

Quelletristessepournousqued’apprendrelamortdupère dominicainThomasPhilippe,l’undescofondateursdel’Arche avecJeanVanier,danslesmursdelaCommunautÊSaint-Jean misesurpiedparsonfrère ! Maladedepuisplusieursmois,ilyfutadmirablementsoignÊ. CedÊpartquiarriveàsonheureetdontnousdevonsrendre grâceàDieu,nousinterpelle.N’est-ilpasbouleversantdepenser quece4fÊvrieràuneheuredumatin,ildÊcÊdadanssapetite chambre,oÚunedernièrefoisencore,àminuit,ilvenaitdecÊlÊbrerlamesseencompagniedesonfrère ? LepèreThomas‌commentrÊsumerenquelqueslignes,en quelquespagescequ’ilafait,cequ’ilaÊtÊ,cequ’ilnousadonnÊ ? Lorsdenosrencontressibouleversantesetattachantes,à Troslyouailleurs,iltÊmoignaitparsoneucharistie,sesentretiens,saparole,sonsourire,sadÊmarcheunpeuclaudicantesous sonhabitblancdedominicain,del’immensetendressedeDieu poursonpeupleauquelilconsacraitlemeilleurdelui-même. Commeprofesseurdephilosophie,ilavaitcôtoyÊlesplus grandsscientifiques.Ilcontinuaitdes’instruire,delire,derÊflÊchir,d’Êcrire.Maisavanttout,ilÊtaitattentifàchacun.SacapacitÊd’Êcoute,malgrÊuneoreillehandicapÊe,Êtaitremarquable. Toujoursl’EspritdeDieuÊtaitàl’œuvre,àtraversnosbalbutiements comme à travers son inÊpuisable grâce de partage et d’Êchange. Jemesouviens,avecÊmotion,decesnombreusesfoisoÚil s’exclamait : Commevousdites ! ,commes’ilvoulaitmettre ainsienvaleurnospauvrespetitsproposqu’ilaurÊolait,parsa

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paroleetsonattentiondanslagrâcedesaprÊsence,d’unedimensiontouteautreetcombienplusprofonde. LepèreThomas,hommedeDieu,amideshommes,etpleinementhommeÊtaitàlafoismystiqueetrÊaliste.Ilestunpetit livrequil’incarnesibien :Les desseins de Dieu sur l’homme.SalecturenousrÊvèlequecequ’ilyadeplusbeaudansl’homme,c’est sonenfanceetsavieillesse. C’estàcesdeuxâgesquel’hommesetrouvelui-mêmeenplÊnitude.Oui,c’estdanslaconnaissancedesafaiblessequel’hommetrouvesagrandeuretsaforce !Qu’ilÊtaitbondel’entendre ainsis’exprimerdansseshomÊliesquinousdÊpassaienttellement ! Onlecomprenaitbeaucouppluspartoutsonêtrequepar l’intelligence.Iln’empêche,lepèreThomasÊtaitungrandintellectuelquiasuparleraucœurdesplushumbles.C’Êtaiten mêmetempsunpauvrequiarencontrÊtouthommedanssavÊritÊetdanssarechercheessentielle.Ilestpartiautermed’une viebienrempliequiforcedèsaujourd’huil’admiration,lareconnaissanceetuncertainsilence.PourcequevousavezÊtÊ,père Thomas,DieusoitbÊni.Pourcequicontinueraparvous,Dieu soitbÊni.PourcequevousavezcommencÊennousparson Esprit,DieusoitbÊni. Merci,ôNotre-Dame,d’avoirformÊcecœurdeprêtre,àla mesureducœurdeJÊsus.


SaMajestĂŠleRoiBaudouin

Leroiestmort.Cettenouvelledudimanchematin1er aoÝt abouleversÊtoutlepayset,bienau-delàdesfrontières,tantet tantd’amis.Toutàcoup,laBelgiques’estsentieorpheline.Tout àcoup,uneimpressiondesÊcuritÊ,desagesse,deforce,detendressequinousentouraitnousaparus’Êloigner,s’Êteindre.Pour beaucoup,cefurentleslarmes.Maislentement,àmesurequele jourselevaitetquelarumeurserÊpandait,unemerveilleusehistoirecommençadecirculer :celledetoutlebienaccompliparla reineFabiolaetleroiBaudouinquel’onÊvoquaitsansfin.Étaitilpossibleque,cejour-là,tantdebontÊjaillisseducœurdes hommes !Etchacundepenserauxautres,detÊlÊphoneràceux quin’Êtaientpasencoreaucourant,des’efforcerd’alleràlarencontredeceuxquiÊtaientisolÊs.OnÊprouvaitlebesoindeseretrouver. LedÊpartduRoiaengendrÊdanslapopulationunecommuniondepensÊe,decœuretd’âmeextraordinaire.Touss’inclinaientdevantcequ’ilavaitÊtÊetcequ’aveclaReineilavaitmenÊ àbienpournotrenation.LeRoiÊtaitl’hommedelarelationpersonnelle,del’Êcoute,delamÊmoireducœur.IlÊtaitl’homme delarencontre.LeRoiÊtaitceluiverslequellespluspauvrespouvaientsetourner,carilssesentaientreconnus,considÊrÊs,aimÊs parlui.QuedesituationsdÊlicatesoÚilintervintdirectement ouindirectement,oÚiljetadanslabalancelepoidsdesonautoritÊ,desonsensduservice !S’ilaluttÊjusqu’aubout,choisissantlui-mêmelenouveaumodedeviecommunautairequideviendralenôtre,cefutdansl’espritquechacunsoitrespectÊ commeunepersonneàpartentière.Ilauraitpupratiquerla po-

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litiquedel’autruche ,refuserdes’engagersurleterrainôcombienglissantdenosquerelleslinguistiques !IlaassumÊcechangement,ilyarÊflÊchi,ill’aportÊdeboutenbout,ill’apriÊ.C’est jusqu’aubout,qu’ilaconsumÊsaviepourlesautres. DurantdeuxjoursnousfÝmesconviÊsàrendrehommageau Roi. Une foule immense, des heures d’attente, nous firent prendreconsciencequec’ÊtaitleRoiquinousrassemblait.Ce futextraordinaire !Venantdetouslescoinsduroyaume,chacun avaithâteetjoiederencontrerlesautresetdeconstituerdurant cesheuresd’attente,nonunefileÊnervÊeetimpatiente,mais uneprocessiondepersonnesvivantunevÊritablefraternitÊ.Ce futlagrâcedecesjournÊesauPalaisRoyal.Maislesamedi,jour des funÊrailles, le mystère a ÊclatÊ. Notre père le cardinal Danneelsareconnu,danssonhomÊlie,queleRoiBaudouinÊtait toujoursvivantdecetteviequiavaitÊtÊlasiennetoutaulong desonexistenceterrestre,celledelafoi,del’espÊranceetde l’amour.LeRoiÊtaitvivantetilnousafaitvivreuneEucharistie d’espÊranceetdegloire.Ilvoulutjusqu’aubout,secondÊparla Reineetlessiens,tÊmoignerdecetteimmensepreuved’amour quiestdedonnersaviepourceuxquel’onaime. Onn’osepasledire,tantcelapourraitsemblerheurtant,mais leRoiÊtaitungrandcroyant.Oncomprendquecelachoque ceuxquin’ontpaslafoiouquinel’ontplus,qu’ilssouffrentdevantuntelengagementreligieuxducoupleroyal.ImpossiblecependantdedissocierleRoietlaReine :toutaÊtÊportÊ,vÊcuensemble.DansunmondeoÚtantettantdecouplesÊclatent,nos souverainsaurontÊtÊl’exempled’unamourexceptionnel. Oui,leRoiestvivant.Ilveille,ilintercèdepournous.


LefestindeGermaine

GermaineÊtaitnotreexcellentecuisinièredulundi,ellenous prÊparaitdesplatscommedans l’ancientemps quandiln’y avaitnisurgelÊsnitoutessortesdesuccÊdanÊsempêchantles bouillonsdemitonner,lessaucesdeprendre. Voilàqu’unjour,traversantunerue,elleestrenversÊeparune voiture‌etneserelèveraplus ! Elleneseraplusparminouspourcuisiner,maisnoussommes convaincusqu’auParadiselleprÊpareinlassablement,inÊpuisablementquelquebanquetÊternel. Le jour des funÊrailles, l’Êglise Êtait pleine, une foule recueillie,marquÊeparlasouffranceetledramedelasÊparation, maisenmêmetempssereine.Desjeunes,desplusâgÊs,toutun peuplerassemblÊpourrendrehommageàunefemme,uneÊpouse,unemaman. Elleetsonmariformaientuncouplemerveilleux,troisenfants, huit petits-enfants, tous sont là pour dire adieu à Germaine,grand-mèreindulgente,acceptantl’autredanssadiffÊrence. C’estellequinousrÊunitcommepourunegrandefête,ence jour.C’estelle,l’imagedelabontÊ,del’amour,dusensdelafamille,dudÊvouement,duservice,del’humilitÊ,delaprÊsence. Elleaimaitsonquartier,elleaidaitsesvoisins.ElleÊtaitlaprovidencedetantettantd’amis.Oui,merveillequecettefemmequi nousapprendàcroireàlavieaprèslamort,àvivremaintenant commeelleavÊcuavecnous.

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Visages

MerveilleusefemmetoutentièretournÊeverslesautres.Pour cette vie, Seigneur, sois bÊni ! Fais que se multiplient les Germaineencemonde. MerciGermaine !


III. La foi JÊsusparledesonPère

JÊsusneselassepasderÊpÊter,departagertoutcequ’ilvitde relationsprivilÊgiÊesavecsonPère. NoussommeschrÊtiens,baptisÊs,enfantsdeDieu,maisqui d’entrenouspeutseprÊvaloirvraimentdecetterelationd’enfant,decetterelationdedÊpendance :cetterelationduPèreavec leFils ? Sommes-nousassezconscientsdecetteextraordinairerÊvÊlationqueJÊsusnouslivredesonintimitÊavecsonPère,comme unpapaavecsonenfant ? Àlanaissance,lepèrereçoitdanssesbrassonbÊbÊ ;puisce sontlespremierspasquel’onentouredetantdeprÊcautions pourÊviterl’imprÊvisiblechute,ensuitelespremiersmotsque l’oncueillecommedesperlesderosÊesurunefeuilledeprintemps.IlyaaussilesrencontresplusprofondesoÚ,lefossÊdes gÊnÊrationss’accentuant,peutseglisseruneapparenteindiffÊrenceetparfoismêmedel’agressivitÊ. Cesontcesheurts,signesdevie,maisaussid’amour,même s’ilsnousmarquentetnousfontsouffrir,quifondentlarelation entrepèreetfils.Ilfautàcemomentqu’aufonddenosâmesdemeureunegrandeconfiance,commeunenapped’eaulimpide, queriennepeuttoucherousouiller.Lefilsestimesonpèreetne peutlerejeter.Lepèrecroitensonfilsetnepeutl’oublier.Etlentement,letempsetlapatienceaidant,serecrÊedoucementle tissudelarelationpremière.C’estlegrandgarçonquis’inquiète poursonpère.C’estl’hommedÊjàplusmÝrconscientquetout

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Lafoi

doucementlavies’achève.Qu’ilssontbeaux,cesregardsÊchangÊsaucrÊpusculed’unevieetcesmainsfortesetmalhabiless’entrecroisant autour d’un chapelet, une fois la dernière heure venue.Heureuxl’hommequimeurtentourÊdel’affectiondes siens.Heureuxl’enfantquipeutaimerjusqu’auboutsonpère. EtvoilàqueJÊsus,àtraverscesimages,nouspartagetoutce qu’ilareçudesonPère.C’estcela,l’amitiÊdeDieu,cemondeinvisiblequidevientnôtre,cecœurmystÊrieuxquinourritnotre faimd’absolu.


Engagez-vous‌

Ilyad’uncôtÊceuxquidisent : J’aiperdulafoi ,del’autre, ceuxquiaffirment : J’ailafoi,jecrois.  Lafoi,quandonenparle,estsouventabstraction,vuedel’esprit.Lafoi,quandonenvit,estlarencontreavecunepersonne. Elleestamour,elleestdondesoi.Toutestlà :l’engagement.C’est unmariage,unealliance.C’est,entoutcas,lafidÊlitÊ.LapremièrequalitÊdeDieu,enseignel’Écriture,c’estlafidÊlitÊ.Etla grandequalitÊdel’homme,l’exempledeMarieleprouve,c’est ladisponibilitÊ.Ànousd’êtrecapables,commeelle,denous conformeràcequeDieuattenddenous : Qu’ilmesoitfaitselon taparole.  Onn’aplusguèredeconvictionsreligieuses,ons’enremetà unepersonneetàcaused’elle,onaccepte,nonpastoutcequ’elle dit,maistoutceaunomdequoiellevit.Ceciestplusimpressionnantquel’affirmation,plusoumoinsforte,plusoumoins clairedevÊritÊsquireprÊsententfinalementtoujoursunmystère. Dans son oraison du dimanche prÊcÊdant la Pentecôte, l’Églisenousdemandeque croyantàlarÊalitÊdelaprÊsencede JÊsusprèsdesonPère,aprèsl’Ascension,nouscroyionsaussià lacertitudedesaprÊsenceparminousjusqu’àlafindestemps commeilnousl’apromis . Lafoinepeutpasêtreleproduitd’uneimaginationfantasque,ellegardelespiedssurterre :unpain,symboleducorps duChrist,duvinàl’imagedesonsangversÊpournoussauver‌ uneprÊsenceplusintimeànous-mêmequenous-même.Alors nousconcevonsquelafoinepeutjamaisêtre cequejecrois ,

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Lafoi

maisbiencequel’Église, maMère ,meproposedecroire,cette aventuremystÊrieusequ’ellem’inviteàexpÊrimenteretquireste larÊvÊlationlaplusintimedesoncœurmaternel.Croire,c’est vraimentsuivreceluiquiadit : QuicroitenmoialavieÊternelle. FoietÊternitÊsetiennentcommevieetmort.L’unenous faitpasserenl’autre,parcequecetteautreestdÊjàenmoi.


JĂŠsusSauveur

IlestdesjoursoÚlapeineesttropgrande,lepoidsdelavie troplourd,lessoucistropnombreux,l’avenirtropincertain,le passÊtropdouloureux,leprÊsenttropangoissant‌quinouslaissentabattus,criantcommelesapôtresdanslabarqueprèsde JÊsus : Seigneur,sauve-nous !  Ilestdesheuresquel’onpeutappeler lesheuresdeJÊsus , parcequ’Ilestlà,endÊpitdenospeursetdenosangoisses.Àtraverstoutcela,unseulcri,uneseuleprière : JÊsus,souviens-toi demoi,JÊsusaiepitiÊdemoi ! Biensouvent,iln’estmêmepas nÊcessairedeconstruireunephrase.Prononcercenom JÊsus !  suffit.Encesinstantsdegrâce,l’hommerevit.BousculÊ,stressÊ, dÊracinÊ,alorsmêmequ’ilnepeutpluss’occuperdelui-même, qu’ilnes’appartientplus,toutsedÊrobesoussespas.Saseule certitude,c’estJÊsus,hommedelaterreetfilsdeDieuqui,dans lasimplicitÊdesonquotidien,estlààsescôtÊs,prenantvisage d’homme,defemmeetsouventd’enfantpourlerassurer. Alors,quiest-ilpourvous,ceJÊsus,RoideGloire,RoidePaix, PaindeVie,Forcedivine ?Ilest,toutsimplement,VerbedeDieu fait chair de l’homme, Fils Bien-AimÊ du Père, enfant de la crèche,crucifiÊsurleCalvaire,ressuscitÊd’entrelesmortsletroisièmejour.C’estlui,c’esttoujourslui,c’estinlassablementlui. Dèslors,quesontnospeines,nossoucis,nosangoissesenregard desaprÊsence,faceàsagrandetendresse ?  Pourquoidoutez-vous ?Croyez !Croyezseulement !c’est Moi ! C’estainsiquetoutechoseprendsonsens,parcequ’elle estenracinÊeenLuietqu’àcemoment,iln’estpasunlieudela terrequinesoittabernacleouprÊsencedeDieudansl’hostie ;il

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n’yapasunhommequinesoitenfantdeDieuouappelÊàledevenir :iln’estpointun coin denotreplanèteoÚiln’yaitplace pourlasainteÉglise,faitedespÊcheursquenoussommes. Aunomdetoutcequipeuttorturerlecœurdel’homme,au nomdetoutecettepaixquivientducœurdeDieu :JÊsus,merci !


LaParoledeDieu

Denosjours,etc’estunegrâcepournotretemps,onaimeà relirel’Écriture,àmÊditersonmessage.CetteparoledeDieu,dÊposÊeàtraversl’Histoiresainte,gardeceprivilègemerveilleux denousparler,d’êtreencore,pourchacundeceuxquilareçoivent,unmessagepersonnel,unlieuderencontre,uneinterpellationdansunquotidienretrouvantparlàtoutsonsens.Etl’on voitdanslemondeserÊpandretouslesmouvementsd’unrenouveauinspirÊparlaparoledeDieu :tempsderetraites,temps deprière,semainesd’Êcoute,rienn’estnÊgligÊpouraccueillirau fondducœur,auseinmêmed’uneassemblÊe,toutelarichesse decemessagedivin. Dieuparleàl’hommedansd’autrescontrÊes.LàoÚlapauvretÊestsigrandequelamisèreempêchemêmedeprier,l’hommen’aplusd’autrealternativequelecri.LescommunautÊsde baseseregroupentpourpartagercettelectured’unehistoireinachevÊe,d’unedÊlivranceàlaquelleellesaspirent,dontellesont faim,sanslaquelleellesvontmourir.EllesnepeuventinterprÊter l’Écritureautrementqu’avecunesoifdevÊritÊ,dejustice,depain etd’amour. IlestencoreuntroisièmelieuoÚlaparoledeDieuestlabienvenue,oÚellepeutmêmeêtrepartagÊesansprivilègeparticulier : toutsimplementlàoÚviventleshumbles,lespersonneshandicapÊes.LaparoledeDieuyprendunautrevisage.Ellenousest redonnÊe par les petits. Comme JÊsus l’a soulignÊ dans l’Évangile : Heureuxceuxquisontpauvresdecœur.Soyezsemblablesàl’undecespetitsquisontmesfrères. Nouslevivons dansl’ArcheetdansFoietLumière.Merveilleuseinitiationàla

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Lafoi

paroledeDieuqued’accepterdeselaisserenseignerparlesplus petits !LaparoledeDieu,n’est-cepasendÊfinitive Dieuparmi leshommes  ? Alors,quelsquesoientlesmodesderencontre,d’Êcouteet decomprÊhension,ilfautdÊcouvrirqueJÊsus,aujourd’hui,parle encore aux hommes, car sa parole jaillit du cœur de Dieu :  CommelePèrem’aenvoyÊ,moiaussijevousenvoie , Soyez uncommelePèreetmoinoussommesun . DÊcouvronsqueDieu,toujours,estparminouscarIlnous aime.


Laonzièmeheure

Cedimanche,ceboulotproposÊàcesouvriersdeladernière heurequigagnentautantqueceuxquiontportÊtoutlepoids dujour,c’esttropinjuste !C’estpourtantlàquesetrouvelajoie del’Évangile. NousavonsàladÊcouvrir,àlapratiquerjouraprèsjour,heure aprèsheure.Aucoursd’unejournÊe,quedefoisl’occasionnous enestdonnÊe :cetteinvitationattendueenvain‌cetteannonce denaissancereçuepard’autresetquinem’estpasparvenue‌ cetteplacebiensituÊequej’aimeraisoccuper,poisse !unautre s’yestinstallÊ.Àcesoccasions,l’Évangile,c’estd’êtreheureux decequiarrivedebonauprochain,etdes’enrÊjouiràpartentière,sansreplisursoi,dansunevÊritableactiondegrâce.C’est doncdenepasseplaindre,d’entrervraimentdanslabÊatitude decebonheurquinousestapportÊparcequ’unautrearÊussiet qu’ilmanifestesajoie. L’abbÊPierreaeucemotÊtonnant : Aimer,c’estquandtu souffres,j’aimal. Aimer,devrait-onajouter—etc’estcertainementlapensÊed’unhommedeDieucommel’abbÊPierre— c’estlorsquetuesheureux,jesuisheureux,tonbonheurfaitle mien.Toutestlà.L’Êvangiledesouvriersdelaonzièmeheure n’estdoncenrienuneapologiedel’injustice.IlesttoutsimplementladÊcouvertequelebonheurnerÊsidepasdanscequeje possède,maisdanscequel’autreestpourmoi,danscequeje suispourlui.C’estlecœurmêmedeDieu,laviedelaTrinitÊ. Merci,Seigneur,denousennourrir !

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Avoirconfiance

SainteThÊrèseacomparÊlaprièreàunlevierassezpuissant poursouleverlemonde.Quandonparcourtsonautobiographie, onestfrappÊdevoirl’inÊpuisablerÊservedeprièrequesupposait lavied’unecarmÊlite.Ilyavaitlestempsdeprièreauchœur,à lachapelle,maisaussicesmultiplespetitesrecettesdeprière pourtouslesmomentsdelajournÊeetpourtouslestempsqui lesprÊparent.OnestcommeeffrayÊetenmêmetempsÊmerveillÊdecetteÊpoquerÊvolueoÚl’onrÊcitaitsonchapelet,oÚ l’on disait sesprières.Aujourd’hui,iln’envaplusdemême. Onconstateque,mêmeunAve Maria ouunNotrePèrenesont mêmeplusassezconnusquepourêtrerÊcitÊsspontanÊment commeparlepassÊ. Alors :qu’est-cequeprier ? Endisantl’Ave Maria,nousdemandonsàlaViergede prier pournous .Lorsdeplusieursdesesapparitions,Marietenaitle chapeletenmainet,biensouvent,seslèvresmurmuraientune prièrequenousneconnaissonsplus.Qu’est-cequeprier ?Dans unmondebouleversÊcommelenôtre,enperpÊtuellemutation, parfoissimerveilleusementousidouloureusementdiffÊrent, n’avons-nouspasbesoindeprierpourportercemonde,pourle sauver,poursupporternospeines,pournousgarderdansl’espÊrance ? Laprièren’estpasunrefusd’affronternosproblèmesenregardantversleciel.ElleestavanttoutprÊsenceducielàlaterre : prÊsencedeDieuàl’homme,àsesprÊoccupationsaussibienqu’à sesjoies.Ilconvientdonc,commelerecommandentlessaints, depriersansrelâche,nonderabâcher,maisplutôtdenousouvrir

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 Quetouts’arrange 

sanscesseàlatendressed’unDieuaimant,d’êtreencommunion avectousceuxquicherchent,demandent,crientversunsalut qu’ilsnepeuventrÊaliserpareux-mêmes. N’est-cepascela,prier :avoirconfianceenl’autre,accepter seslimites,sesmanques,accepterdenepasvouloirs’ensortir seul,nepasserepliersursoi ?Prier,c’esttoujourscomptersur sonprochain,ets’enremettreàlui.Voilàpourquoitouteprière estavanttoutactiondegrâcecar,avantmêmed’avoirreçu,l’on remercie. SaintIgnacedisaitqu’ilfallaitdemanderàDieucequ’Ilveut nousdonner.C’estcela,prier.Nonpasunefuitedelaterrevers leciel,nonpasunenlisementdelatendressedeDieudansnotre Êgoïsme,maisunecommuniond’âme,uncœuràcœur.Prier, c’estdonneràDieuletempsdemedirequ’Ilm’aimeetc’est prendreletempsdem’arrêterpourl’Êcouter,lerencontrer,être aveclui.


Crisedefoi

Ill’affirme.Iln’apluslafoi.Àquinzeans,ilcroyaitintensÊment.Depuis,ques’est-ilpassÊ ?Nousn’avonspasàlejuger.S’il nedemanderien,nousnousdevonsderespectersonsilence.S’il posedesquestionsetrelèvedesdÊfis,soyonsàsescôtÊspoury rÊpondreetlesaffronter. Dernièrement,sansambages,ilmeditqu’ilprie.Sanstrop rÊflÊchir,jeluidemande : Commentfais-tu ?  J’aiconfiance , rÊtorque-t-il. Danscemondeenproieàtantd’inquiÊtudeetàlalumière d’unÉvangilequi,sanscesse,invitel’hommeànepasavoirpeur, àneriencraindre,sarÊponsen’estpasÊloignÊedecequeJÊsus professe : Ayezconfiance,c’estmoi,jeseraiavecvousjusqu’à lafindestemps. Aussi,lafoid’unchrÊtienaujourd’huinedevrait-ellepass’exprimeravanttout,parcetteconfiancequil’inspire,quil’habite ;parcerayonnement,cettefaçondevivreet d’être,luipermettantdevaincrel’anxiÊtÊ,l’angoisseetlerend lumineuxàtousaumilieudestÊnèbres ?IldevientainsiprÊsence auprèsdeceuxquicrientleursolitude. N’est-cepascela,unevraieprière ?cellequimeremetchaque matinetchaquesoirdanscetteintimitÊetqui,finalement,n’est paslepariquefaitl’hommesurl’existencedeDieu,maisbien l’audacieusecertitudeassumÊeparDieuquicroitenl’homme. C’estàLuiquenousdevonsnousenremettre,toujoursplus. Prier,c’estavoirconfiance.Laconfiancen’estpasaffairede raison,maisbiendesentiment.Ellenes’adressepasàunepuissance,maistoujoursàunepersonne.Avoirconfiance,c’estêtre sÝrquequelqu’unvousaimeetqu’ilveillesurvous.

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 Quetouts’arrange 

Commecesenfantsqui,pourdÊfinirlemotsauveur,disent toutsimplement : C’estceluiquinousprotège. Avoirconfiance,c’estsesentiràl’abridansdesbrastendresetpuissantsquirÊvèlenttoutuncœur.


ÂŤ Apprends-nousĂ prier Âť

Ilsavaientquandmêmetouteslesaudaces,lesdisciplesde JÊsus ! Dis,tunepourraispasnousapprendreàprier ?  IlfautcroirequecelalesavaittouchÊs,deLevoirprierseul danslamontagne !TÊmoinsdesonrecueillementavantlaguÊrisondel’aveugleoudusourd-muet,ilsontsentiqu’ilsepassait quelquechoseenLui.C’Êtaitpeut-êtredonccela,laprière ? QuandtoutàcoupDieuprendplace,plusaucunobstaclenel’arrête :alorslecorpsblessÊseredresse,l’âmetorturÊeseretrouve belleetpurecommeaupremierjour.Ilsattendaientpeut-être delapartdeJÊsusdesconseils,des trucs pourremettreàleur place ces pharisiens et ces scribes qui se croient plus malins qu’eux,lesmÊprisant,lestraitantcommedesignorantsaunom deleurscience. EtvoilàqueJÊsuslesregardeavecunegrandetendresseetleur dit : Quandvouspriez,ditesNotrePère. Ilstombentdesnues, lespauvres !LegrandYahvÊ,leDieuducieletdelaterre,le CrÊateur,leTout-Puissantquifendlesrochers,toutàcoup,ilest Père etilest NotrePère . C’estvrai !JÊsusestsonFils,ilyatantenlui.Luiseulpeut dire Père àceDieuimpressionnant,merveilleuxetpassionnant. Mais partager ce nom avec eux : non, cela ne va pas !  NotrePère ,qu’ilsdisenttoutsimplement Pèrebien-aimÊ, monPèrebien-aimÊ .Telleestlaprièrequ’illeurrÊvèle.Qu’Il leurapprenneàdire : OhDieuquiavezuncœurdePère,qui êtesboncommeunPère‌ Non,toutàcoupl’inouïserÊvèleà leursyeux,àleurscœurs,àleursêtres.Dieun’estpaspèreausens communduterme,ilestPèreetsabontÊestdanslejaillissement

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 Quetouts’arrange 

desapaternitÊ.Ellen’estpascommeunequalitÊquel’onattribueàunpèreparcequ’ilsedÊvouepoursesenfants.Elleest commelesangquicouledanslesveinesdeCeluiquidetoute ÊternitÊestPère,maisquiàpartirdeJÊsusChrist,attend,espère queleshommesaussiluidisent : NotrePère ,carilssontses enfants. C’estlamerveilleuse,l’inouïeaudacequidepuisdeuxmille ansbouleverselaterre.C’estl’intimitÊmêmedeDieus’ouvrant, sedÊchirantetpermettantàtoutel’humanitÊd’yprendresa part,d’yavoirsaplace.  NotrePère ,telquel’avÊcuJÊsus, NotrePère ,comme JÊsus, NotrePère ,enJÊsus, NotrePère ,parJÊsus.Ettousles hommes de la terre alors sont comme rassemblÊs et la merveilleusehistoirecontinue.LaTrinitÊn’estplusunmystèrelointain,maisdevientnotrequotidien.  NotrePère ,merci !


L’amourvainqueur

Souvent,onpensequelafoi,c’estaccepterdesvÊritÊsque l’onnecomprendpas,c’estcroireendesrÊalitÊsinvisiblesetsouventincomprÊhensibles,pournepasdirecontradictoires.Non, cen’estpascela,lafoi.Avoirlafoi,c’estdÊpasserleplandes hommespourentrerdansleprojetdeDieu.JedÊcouvriraistoute labeautÊdel’humanitÊetsesrichessespourmeplongerdansle mystèreinfinid’unetendressevenantversmoi.Ils’agitmoins deconnaÎtreetd’affirmerdescertitudes,qued’enêtrehabitÊ,de lesrayonner,d’enêtrelestraducteurs.Lafoimeconduittoujours versunau-delàparcequ’ellevientdelà. AlorstoutcequidanslavieauraÊtÊbontÊ,beautÊ,partage, amour,pardon,tÊmoigneradelafoi.ToutcequiseserarÊvÊlÊ peur,fuite,crainte,divisions,sÊparation,attesteradupÊchÊ contrelafoi.Lafoi,c’estcroire,àchaquefoisqu’ilestpossible, quel’amourl’emporte.Lafoi,c’estreconnaÎtreàtraverstout,audelàdecequejevisetpeuxcomprendre,qu’ilyaQuelqu’unqui m’aime,qu’ilestplusgrandquemoi,qu’ilveutm’aideràavancer,àallerplusloin,etàentrerdanssonprojetd’amour.Telleest lafoiquejereçoispourlavivreetlarayonnerenÉglise.

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Usure‌àl’œil !

Quandlavuecommenceàbaisser,ilestbiendifficiledel’accepter.Demême,unjourviendra,plussilointain,oÚl’onn’entendraplus :uncertainnombredeconfidencesdevrontêtre criÊesàl’oreilleouÊcrites‌ D’aucunstrouverontpluspÊnibled’êtresourdqu’aveugle ! LechantdesoiseauxetlabeautÊdelamusiquenousÊchappant, maisilmesemblequetantquel’onpeutvoir,mêmesil’onn’arriveplusàsefairecomprendreouàcomprendrelesautres,ilreste lacommunicationduregardquiestsiimportante. L’autresoir,àlagare,aumomentoÚletrainpartaitpour Paris,quedevisagesdouloureuxetblessÊss’offraientàmavue ! Commejemesentaisproched’euxsansvouloirleurparler,car laparolesupposeuneapprochepluscomplexequeleregard‌ NonpasleregardindÊcentducurieuxdÊsireuxdes’approprier cequiestcachÊetsurtoutcequel’onveutcacher,maisunregard d’enfant.Surcegarçondontl’abondantechevelurelefaitressembleràunefille,surcettefilles’habillantcommeungarçon, surcescouplesquiseforment,lesunsayantlesoreillespercÊes d’anneaux,lesautresarborantdeschaÎnesd’orautourducou‌ ,ilyaunregardd’amouràporter,voilàl’essentiel !Decela,nous nepouvonsnouslasser.DieunousadonnÊdesyeux,nonpour juger,maispouraimer ;nonpourrejeter,maispourunir.Dieu nousadonnÊdevoirpourcontinuercepremierregardqu’Ila lui-mêmeposÊsurlemonde,aussivraiqu’ilestÊcritdansla Bible,nonpas Ildit quecelaÊtaitbon ,mais Ilvit quecela Êtaitbon .

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AucœurdesdifficultÊs,ilestbondegarderunecertainequalitÊduregardquinouslaissecroirequetoutestpossible.N’Êtaitcepasceluidupèredel’enfantprodigue ?CeluideMarieetde Josephdanslacrèche ?CeluidesbergersetdesmagesÊblouiset ravis ?Pourtouscesregards,bÊnisois-tuSeigneur !J’iraiencore audÊpartdestrainsouàleurarrivÊe,cueillirparmonregardtant devisagesaffamÊs,assoiffÊsd’espÊranceetd’amour. Unefaçonderegarder,uncertainartdesourire‌sontde bonnesrÊsolutionsdeCarême.


18dĂŠcembre

Quellehistoire !Ilsn’ÊtaientpasmoinsdequatrecentsĂ ĂŞtre venusdeleurĂŠcole,reprĂŠsentantlestroisclassesterminalespour cĂŠlĂŠbrerNoĂŤlencettedernièrejournĂŠedecours.IlsĂŠtaientlĂ de toutesracesetcertainementdetoutesreligions.IlsĂŠtaientlĂ ,appelĂŠsparleursprofesseurspourvivrecettecĂŠlĂŠbrationdeNoĂŤl. Lestextes,chansonsanglaisespourlaplupartleurallaientdroit au cĹ“ur. L’Évangile, Ă  première vue choquant, rapportait le dramedivisantJosephetMarielorsdelaprisedeconsciencede lavenuedeJĂŠsus.DurmomentdanscebeaucoupleoĂšilfallut toutelafoietlagrâcedel’Espritpourquel’unetl’autres’acceptentdansunetellediffĂŠrence :Josephl’hommejuste,Marie,la ViergeMère.EtcetÉvangile—quiavaitĂŠtĂŠchoisi—aĂŠtĂŠintroduitd’unefaçonmerveilleuseparletĂŠmoignagedeMicheline etJacquesquionttoutsimplementracontĂŠleurhistoire,commentilsĂŠtaientdevenusparentsd’uneribambellededouzebambinsdontcinqretenusenraisondeleurshandicaps.Qu’elleest bellecettepagedel’Évangileattestantqu’aujourd’huiencore,le miracle s’accomplit dès lors que l’on a la foi pour accepter, commeMarie,queÂŤ rienn’estimpossibleĂ Dieu Âť. EtcettecĂŠrĂŠmoniedeNoĂŤladurĂŠprèsdedeuxheures,pendantlesquellesilyeutdesmomentsdemoindrerecueillement etd’autresd’intensesetprofondssilences.CequiĂŠtaitmerveilleux,c’ÊtaitquechacunsesentaitinterpellĂŠbienau-delĂ des parolesannoncĂŠesetdontchacunprenaitsapartselonsesbesoins.Eneffet,laparoledeDieun’estpasadressĂŠeĂ unemasse anonyme,maisbienĂ chacun.LeslecturesprĂŠparĂŠes,leschants ĂŠcout��ŠsetpriĂŠs,quetoutcelaĂŠtaitbeau !Ilestdeschantsquide-

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mandentunequalitÊdeprÊsencequivientducœurdeDieuet vadroitaucœurdel’homme. QuandnousnoussommesquittÊs,nousÊtionstoustrèsbouleversÊsparcequivenaitdesepasser.JÊsusdÊjàavaitcommencÊ ce18dÊcembreàcÊlÊbrerNoÍldansnoscœurs.EndÊfinitive, n’est-cepastoujoursluiquivientetn’avons-nouspastoujours àl’accueillir ?CettecÊlÊbrationvoulue,portÊe,prÊparÊe,souhaitÊe,rÊalisÊeÊtaitsonœuvreàluiennoscœurs.UneÉglisepareilleestuneÉglisequichante,mêmesidimancheprochainils serontpeut-êtremoinsnombreuxàlamesse,mêmes’ilsnesaventplustrèsbiencequel’Égliseleurdemandedanslerespect delavieetdanslerespectd’autrui.MaisilsÊtaientheureuxen cettematinÊe,carNoÍlavaitapportÊsapartd’espÊranceaucœur deleurrechercheencheminversplusd’amouretdebontÊ.


Souvenez-vousdeTarcisius !

Deplusenplus,leschrÊtiensquicommunientpensentaux maladesetdemandentàpouvoirleurporterlagrâceetlaforce qu’ilsreçoiventlorsdelamesse. AvantleConcile,iln’enallaitpasainsi.Lemaladeappelait un prêtre qui arrivait, souvent accompagnÊ d’un enfant de chœur.Danslesvillages,ilportaitmêmeunciergeetunesonnette.Porterl’Eucharistiechezunparticulier,c’estluiapporter ungrandrÊconfortetrappelerauxvoisins,àlafamille,queJÊsus vient !C’estimportant‌caronl’oublie. Avant,celan’Êtaitpasfacile.Maintenant,aucontraire,tout estsimplifiÊ,sansextÊrieur,sanspompeaucune.Peut-êtrea-tonexagÊrÊdansl’autresens ?Tellepersonnevachercherlacommunionet,aprèslamesse,s’arrêtelonguementpourbavarder avecunevoisinedechosesquiontsansdouteleurintÊrêt,mais quelaprÊsenceduSeigneurdemanderaitdepostposer. N’avons-nouspasàretrouveruncertainrituelpouraccomplircettemissionextraordinaired’êtredes porteursdeChrist  ? ToutaudÊbutdel’Église,laprÊsencerÊelleÊtaitconfinÊedans lestabernacles.C’estseulementparsoucidesmaladesque,lentement,s’estinstaurÊecettecoutume,devenuefondamentaleà notrefoi :JÊsusprÊsent,toujourslà,aucœurdenosÊglises,de noschapelles,etmêmeparfoisdenosmaisons. Souvenez-vousdeTarcisius !Ilestmortparcequesesamis voulaient lui retirer l’hostie qu’il portait aux prisonniers.  TarcisiusaveillÊsurmonenfanceetm’aapprisquec’Êtaitbeau deporterDieuauxmaladesetauxprisonniers :uneprÊsenceque

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l’on mange, une prÊsence que l’on adore, une prÊsence qui donnelavie.  C’estpourquoiilfauttoujoursavoiràl’espritquecommunier, c’estrecevoirleChristdanscettepartiedemoi-mêmemaladede nepasassezaimeretprisonnièredeliensquimeparalysentet dontseulJÊsuspeutmedÊlivrer. MercipourcesmaladesquinousrappellentqueDieuestà leurdispositionmaisqu’ilsontbesoindenouspourlerencontrer,lerecevoir,envivre.


L’onctiondesmalades

Commeprêtres,noussommessouventappelÊsdanslesfamillesquand çanevapas .NoussommesaussienvoyÊspar l’ÉgliseauprèsdesmaladespourleurapporterlesigneÊmouvant desonamour :lesacrementdesmalades.Parlà,l’Égliseseporte audevantdeceuxquisouffrent,lesconsoleparcetteonction d’huilequi,commeunecaresse,estsignedeforce,jusqu’àles apaiserdanslaprièreetparl’impositiondesmains. Àcemoment,lemaladereçoittellementplusquecesfleurs, cescadeauxettouscesgagesd’amitiÊsiagrÊablespourtantàpartageraveclui.Nousentronsdansunautremonde,celuid’une relationessentielleoÚl’onpeutenfinsedireleschoseslesplus importantes,parcequel’onparledeceDieuaimant,nonpas Dieudemort,maisDieudevie ;nonpasunpèrefaisantpayeret expier,maisunPèrepardonnanttendrementetdÊsireuxdetoujoursrecommenceràaimer. Quedefoisaucoursdemaviedeprêtre,jefuscomblÊparces visites.Àchaquefois,ilnes’agissaitpastantdeparolesouencore d’idÊesquejepouvaistrouverbelles,maisplutôtdel’humanitÊ deJÊsusretrouvantlecœurdeshommes,delatendresseduFils rÊvÊlantlecœurduPère,ettoutcelaàtraverslesblessuresde l’être ! Alors,plutôtquedenousmettreenavantendetellescirconstances,apprenonsànotrefrèreblessÊoumaladequel’essentiel, c’estd’êtreetnonpasdeparaÎtre.Sinoussommesdesinstrumentsdepaix,etmêmedeguÊrison,etentoutcasd’apaisement, ceneserajamaisnotreœuvre,maisbiencelledeCeluiquinous envoie.

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Àchaquefoisquenousrencontronsunmalade,nouspourronsluidiremercidesonaccueil,mercidecequ’ilnousdonne, mercidetoutcequinousfaitvivregrâceàLui.LemaladeaÊgalement besoin de nous sauver, car nous sommes nous aussi faiblesetpauvres‌ Jevoudraisgarder,inscritsdansmoncœur,touslesnomsde ceuxàquij’aiadministrÊcesacrement,touslesnomsdeceux quej’aiaccompagnÊsdansleursderniersmoments.Ilsauront ÊtÊmesmaÎtres,euxquim’ontapprisàaimer.


Unrefugedanslanuit

Surl’autoroute,denuit,lespharessecroisentetsedÊfient‌ agressifscommeles ballestraçantes jailliesdefusilsquivous tiendraientenjoue,vousmenaçantdemort.Leslumièresrouges despoidslourdsdonnentl’impressiond’unfeud’artificeen mouvement,hallucinant,envahissant,Êblouissant.Lanuitest partoutsynonymedepaix,saufsurce longruban oÚletrafic continuededÊfileràtouteallure.Pourtantilexiste,lelongde celui-ci,desendroitspluspropiceaucalme :lesairesderepos. Durantlesvacances,ces oasis sontenvahiespardesfamilles detouristess’ydÊlassantetfaisantlàunehalteÊlÊmentairepour tenirlecoup.Là,c’estlesilence.Làrègnelapaixdanslanuit.Et ilssontnombreux,lesroutiersàyÊliredomicile,letempsd’une escale,aumilieud’unvoyageextÊnuant. Surcetteroute,jesongeàtoutcequisepassedanslecœur desautomobilistesetdescamionneurs.Lequeld’entreeuxse doutequeDieul’aime ?Lequeld’entreeuxsaitqueDieului donnerendez-vouschaquenuitafindeterminerlejouretde prÊparerlematin ?Lequeld’entreeuxrÊalisequeDieuestunPère entourantsesenfantsdemultiplessoins ?Danslegrandsilence delanuit,Dieuparleaucœurdechacunetnousditsonamour. Ilfautroulerseulpourentendresavoix.Alors,tousceuxquihabitentmoncœurreprennentleurplace,plusriennemedistrait ; ilssonttoutàmoi.LavraieprièreestfaitedeprÊsence.Ilssont là.Jesuislà.Noussommesensemble. Alors,merciSeigneur,quandjedoisroulerlanuit,demedonnerd’entendre—danslesilence—toncœurquimeparlede tousmesamis.Tum’invitesaussiàpenseràceuxquel’onoublie

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tropsouvent :lesmalades,lesmourants,ceuxquilessoignent, lessoutiennent. Cesoir,Seigneur,jetelesconfietous.Ilsteressemblent.À leurfaçon,ilsveillentsanssavoirparfoiscombienilsaimentceux pourlesquelsilssefatiguent ;maisilssontlà,signesd’uneprÊsencequiestleplusbeaudesdonsdenotreexistence.Merci !


IV. FĂŞtes NativitĂŠ

ChaqueannÊe,devanturesdemagasinsetguirlandesdelumièresdanslesruestÊmoignentdel’approchedeNoÍl. NoÍl,c’estDieuquivientsauverleshommes.Ilatellement bienrÊussiqueleshommes,sauvÊsparLui,necÊlèbrentmême plusleursalut.IlsÊvoquent,parhabitude,unevÊritÊdontlesens leurÊchappe.NoÍl,neserait-cepasl’occasionderecommencer àzÊro,enpartantdecequenoussommesetdecequeDieuattenddenous ?NoÍl,c’estentrerdansuneaventureoÚlemeneur n’estpasl’homme,maisbienDieuguidÊlui-mêmeparl’amour. Plus que  l’humiliation  d’un Dieu se faisant homme, voyonsdanslafêtedeNoÍllelieuoÚs’exprimelatendressed’un Dieuqui,enacceptantdeprendrelaconditiond’homme,nous permetdesentirsonpropreCœurbattreennous. OnestfrappÊ,àl’approchedesfêtes,partoutcepoidsd’habitudesetdetraditionsrassuranttoutunpeuple.N’yaurait-il pasmoyenque,danschaquefamille,danschaquecœurd’homme,NoÍlsoitnonseulementlarÊpÊtitionderitesanciens,mais ladÊcouverted’unamournouveau ? N’est-ilpasimportantdedÊcouvrirquelavraiecrèche,c’est àchaquefoisquemoncœur,mesmainsetmesyeuxs’ouvrent ? Qu’ilssontcapablesd’admireretdecroirerÊalisablel’impossible ?JepenseàtouscesfoyersmarquÊsparlasÊparationd’avec unêtrecher.JepenseàcestablesvidesoÚnevinrentpasceux quel’onespÊrait.JepenseàcescœursfermÊsquiontempêchÊ laconvivialitÊautourd’unexcellentrepas.Jepenseàtousceux

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FĂŞtes

quin’ontpaspuêtreinvitÊsparcequ’ilsn’ontpaslevêtement nuptialouplutôtleritesÊcurisantdessièclespassÊs. NoÍl,c’estàchaquefoisquejemelaissedÊranger :comme MariedanssonattentenecomprenantpasleprojetdeDieu. MarieetJosephnetrouvantpasdeplacepoureuxàBethlÊem et,bienvite,contraintsdefuirversl’Égypte,premiersdecesrÊfugiÊsqui,depuislors,n’ontpascessÊd’êtreenmarche‌ QuelagrâcedeNoÍlnoussoitdonnÊeàchaquefoisquenous seronsbousculÊsdansnoshabitudes,nosroutines !Nousaurons àdireàl’instardeMarie : Commentcelasefera-t-il ? sansavoir tropvitelarÊponse‌maissÝrsdeCeluiquivient.


QuelNoĂŤl ?

Voussouvenez-vousdutapagemÊdiatiqueautourdel’insurrection et de la libÊration de la Roumanie, de l’opÊration  TempêtedudÊsert ,delachutedumurdeBerlin,duputschà MoscouetdelafolleinquiÊtudequis’ensuivit ?Aujourd’hui, toutcelaquinousatenusensuspenss’avèreêtretellementvain etdÊrisoireàcôtÊdel’inimaginabletransformationdumonde danslequelnousÊvoluonschaquejour‌OÚensommes-nous ? Quefaisons-nous ? Sans cesse, on nous abreuve des terribles nouvelles d’un mondeenperdition.Lesplusgrandsempiress’effondrent,l’histoiredesgrandesfamillesestlivrÊeàlapressesousformedemÊdiocresfeuilletons,etc.OnsedemandefranchementoÚl’onva ! Depuisunmois,lesruess’illuminent,lescouronnessedressent entrelesmaisonspourannoncerlafÊÊriedeNoÍl,traduisantla surenchèredescadeaux,desdÊpenses,desincroyablesrenouvellementsdefête ! NoÍldansl’opulencepourlesuns,danslamisèrepourles autres :voilàl’injustice.Cependant,NoÍlestlafêtedelajustice. Chaquehommealedroit,cesoir-là,d’êtrereconnu,aimÊ,non exploitÊ,nontrompÊ,toutsimplementheureux,cartoutàcoup, aumilieudecequisepasse,uneÊvidencesauteauxyeux : Dieu s’estfaithomme.IlahabitÊparminous. ChaqueannÊe,nous cÊlÊbronscettenaissanceetl’espÊrancequ’ellereprÊsente.Nous nepouvonsniercettevÊritÊ.Qui,mieuxquelesenfants,peut comprendrelapuissancedecemessage ?EuxquinepeuventsÊparerlafêtedeNoÍldelaprÊsenceetdesbesoinsdespauvres. Euxqui,rentrantdel’Êcole,parlentàleursparentsdesvictimes

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FĂŞtes

oubliÊesdesguerresdel’ex-Yougoslavie,delaSomalieetdetous lespointschaudsdenotreplanète.Nousn’aimonspascetteÊvocation.Etpourtant,ilfautsavoirfaireunrÊveillonavecaucœur lecrideshommes,deceuxquisontseuls,desenfantsquiont faim.Ilfaut,peut-êtrecesoir-là,apprendreàs’aimer autrement àcaused’eux.ImpossibledeleurenvoyernosdindesfarciesetnosbÝchesdeNoÍl,maisnouspouvons,autourdela mêmetable,dÊcouvrirqu’ilfaitbondes’aimeretdepenserles unsauxautres. LanuitdeNoÍlestcommeunsacrementnousrÊapprenant àaimeretàcroiredavantagelesunsdanslesautres.C’estnon seulementlafêtedesenfants,maisaussicelledetouslesadultes quigardentuncœurd’enfant,quicroientqu’ilestpossibledese laisseraimercommeunenfant.C’estcela,NoÍl ! Ilnefautpasavoirpeurdesedonnerdubontemps,d’apporterdelajoie,delalumière,delachaleuràceuxquin’enontpas, demêmequ’àceuxquienontbesoinautrement.Undessind’enfantaupieddel’arbredeNoÍlvautleplusrichedesprÊsents ! MaisleplusbeaucadeauseraceluiprÊparÊavecamourpourcelui quimanquedetout.Ilestpeut-êtretoutprèsdemoi,celui-là ! NoÍl,partagedeDieufaithomme,pourqueleshommes croientenfinàlagrandeuretàlarÊalitÊdel’amourqueDieuleur porte. Penchons-noussurlesrÊclamesdeNoÍl !Osonslesregarder etlestraduire.Voyonscomment,enpartantdecesslogans exceptionnelsetcombienrÊflÊchis ,ilestuneBonneNouvelleà vanterauxautres ;noncommeune occasionàsaisir ,mais commeleseuldonquisepartage.


Épiphanie

Ilssontpartis.IlsontmarchÊ.Ilsontperdul’Êtoileàlaquelle ilss’ÊtaientaccrochÊs.IlsontremuÊtoutelavilledeJÊrusalem parleursquestions.Ilsontmisdanslecœurd’HÊrodeunegrande angoisse :unrivalpossible. Àcaused’euxetdestextesdel’Écriture,queleurprÊsence rendtellementactuels,ilsfurentinvolontairementàl’origine dumassacredesSaintsInnocents.Toutcelaaunomdeleurrecherche. Aujourd’hui,qu’ilssontbeauxlesacquitsdelasciencedans touslesdomaines !Viveleprogrès !Rienn’estoubliÊ,plusaucun sujetn’esttabouetl’hommesedoitdecherchersouspeinede perdresonidentitÊ.Maisceàquoiildoits’employeravanttout, c’estàmieuxconnaÎtresonsemblable ;tâchedifficileetpourtant sigratifiante :laconnaissance,lacomprÊhension,l’Êchange,le partage‌touteschosesbienmoinsconfortablesàassumerque des’enfermerdanssatourd’ivoire ! IlafalluquelesmagesnouspartagentleurexpÊriencepour quenouscomprenions,toutàcoup,lesraisonsdeleurvoyage : ledÊsirderencontrerunsauveur,uneespÊrance.Entoutêtreque lehasardmetsurnotreroute,ilyauneespÊrancequenouscherchons,unegrâcequenousfrôlons. LedonquenousapporteuneÊtoiledansnotrevien’estpas tantdevoirquelquechose,maisd’êtrevusparquelqu’unetà traversceregard,devoirtoutechosediffÊrente.

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HĂŠrode,lapeur

Quelleaberration !cepauvreroiHÊroderidiculisÊàlaface dumondeentierquandilavouesacraintedevantunnouveaunÊ !IlveutlefairedisparaÎtre.Lapeuresttoujoursmauvaise conseillère !S’ilyeutcejour-làtantd’enfantsmassacrÊs,tantde parentsabÎmÊspourtoujoursdansleslarmesdeleurcœur,c’est parcequ’unmonarques’estaffolÊàl’idÊedeperdresontrône‌ etlaface‌ NotresociÊtÊimpÊrialisteettechnologiqueapeurd’unenfant.Qui s’encombre encore,denosjours,d’unecrècheetde santons !OnnevoitplusguèredanslesfoyersdepetitsJÊsusenveloppÊsdelangesetsesparentsprèsdelui.Qu’onyajouteun bœufetunâne,ouencoredesoiseaux,desmoutonscomme danslacrèchedesaintFrançois,pourquoipas ?Ledrame,c’est que l’on oublie l’enfant. NoÍl, serait-ce la peur de l’enfant ? Pourtant,c’estluidontl’Évangileaffirme : UnSauveurvousest nÊ,vouslereconnaÎtrezàceci :unenfantnouveau-nÊcouchÊ dansunemangeoire. Dieu,loindevouloirintimiderl’homme, s’estfaitlepluspetitpourquepersonnenesesenterejetÊdufait desafaiblesse.Unenfantnouveau-nÊrassemble.Unpetitenfant libère,iln’estpasagressif.Pourtant,dansnotresociÊtÊoÚl’ona tellementpeurdelavieetdelamort,ilafalluquel’onperçoive enl’enfantunemenacesupplÊmentaire. LejouroÚnousnousmettronsdeboutetquenousreconnaÎtronsquel’enfantestundondeDieuetquenousnouslaisserons Êmouvoirparlui,remuerdansnosentraillesetnotrevie ;acceptantquecepetitêtrecompteautantpournous,bienplusquela carrière,lesloisirs‌cejour-là,notresociÊtÊserafièred’êtreelle-

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 Quetouts’arrange 

même.Pouvoirapporteraumonde,nonpaslapeurdel’enfant, mais le partage avec l’espÊrance de l’enfant comme nous y sommesappelÊsencettenuitdeNoÍl.ViveDieuquinousparle parlespetits,vivelespetitsquinousparlentdeDieu !


ÂŤ VautledĂŠtour Âť

Lesagentsdevoyagesongèrent-ilsjamaisqu’ilspourraient avancercomme argumentpublicitaire l’Histoiresainteettous lesvoyagesquiysontracontÊs ?Unvrai catalogue !Depuisle granddÊpartdenotrepèreAbraham,l’exodeorganisÊparMoïse jusqu’àcettemerveilleuseÊpoquequenousrÊvèlentl’arrivÊeet lanaissancedeJÊsus,qued’ÊvÊnementssesontpassÊs ! Parexemple,cedÊpart prÊcipitÊ deMariechezsacousine Élisabeth.Pourquoicettehâte ?Quandnousvoyonsquelqu’un depressÊ,remplid’unecertaineinquiÊtudeàl’idÊedepartirou d’arriver,posons-noustoujourslaquestion : N’ya-t-ilpasautre chosequeletrajetquileprÊoccupeoulemotive ? Chaquevoyageasapartdemystèreetsil’onpouvaitliredanslescœurs,que defoisonsetairait,onadmirerait. Ouencore,cette granderandonnÊe quipournepasêtre improvisÊen’enfutpasmoinsdÊrangeante :quitterNazareth, alorsquel’onattendunenfant,pourallersefairerecenserà BethlÊem !MarieetJosephn’ontpascritiquÊlegouvernement quileuravaitimposÊcedÊplacement.Ilsontreconnuquele MessieviendraitdeJuda,commeleconfirmerontlessagesen IsraÍl,consultÊsparHÊrode.Entrepriseplusraisonnable,enapparencebienprÊparÊe,maiscombienpÊnibleetdouloureuse, ÊtantdonnÊl’absencedeplacepoureuxàl’arrivÊesaufquelque pauvrecrèchedanslefondd’uneÊtable.  Passionnanteexcursion pourcesbergersqui,aumilieude lanuit,sonttoutàcouprÊveillÊsetdoiventquitterleurcampementprovisoirepourallerplusloin,parcequedesambassadeurs extraterrestres—cesmessagersdeDieuquesontlesanges—

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 Quetouts’arrange 

viennentleurannoncerqu’ilnes’agitplusdedormir.Lanouvelleesttropimportante : UnSauveurvousestnÊ. Illeurfaudraaussiaccomplirtoutuncheminementeneux-mêmespour dÊcouvrirceSauveur.Iln’estpasleTout-Puissantattendu,mais bien l’infiniment petit, un nouveau-nÊ emmaillotÊ dans ses langes. Etpuis,ilyacette incroyableexpÊdition desMagesqui donna matière à tant de tableaux de maÎtres illustrant  l’Adoration .Ilsnesontpassouverainsabsolus.Ilstiennent decesgrandspersonnagesd’ÉthiopiequiÊtaientdepetitsseigneurs.Pourêtrechefs,ilsn’enÊtaientpasmoinsvassauxd’un monarquesurnommÊle roidesrois .Ilafallu,làencore,dÊcouvrirquelesvoyageursnesontpasseulementceuxquipartent decheznous,maisaussiceuxquiviennentjusqu’ànous.Ces troisinfatigablesmarcheursmarquèrentl’Histoiresaintedeleur empreinte. Queces explorationsdumondetiennentdespèlerinagesou quecespèlerinagestiennentd’explorationsdumonde,peuimporte :cequiestmagnifique,c’estquelavenuedeJÊsusrassembleleshommes,abolitlesfrontières,faitÊclaterlessolitudes. IlnousforceàallerplusloindanscecheminquinousestprÊparÊ, celuidel’aventureoÚDieunousparleetoÚiln’ajamaisfinide serÊvÊler,parcequ’ilnousaime. RentrÊschezeuxpar unautrechemin ,lesmagessontdes hommesnouveaux.IlsontdÊcouvertqueCeluiquel’Êtoileleur avaitdonnÊderencontrerÊtaitdÊsormaisàleurscôtÊs,enchacundecespetitsquionttantànousdire,sinousnousattardons prèsd’eux.


CarĂŞme

Quoideplusmerveilleux,commeintroductionauCarême, qu’unsoleilprintaniernousfaisantgoÝterauxjoiesd’unpeude chaleurretrouvÊe,debeaucoupdebourgeons,promessesde fleursàvenir ! Le vrai visage du Carême devrait être la bontÊ. Tous les exemples,lesparabolesdel’Évangile,pourraientserÊsumeren uneformuletrèssimple :rÊconciliez-vous,rÊconcilions-nous. C’estceàquoinousconviel’ÉgliselemercredidesCendres.Mais pourquoipasl’interprÊtationde rÊconciliez-vous ,ausensde  choisissezd’aimer  ?Qu’entoutecirconstance,l’amoursoit premier !L’amouràlasuiteduChristquinousadit : C’està l’amourquevousaurezlesunspourlesautresquel’onreconnaÎtraquevousêtesdemesdisciples.  L’amourestcontradictionparcequ’ilestdÊpassementinfini denous-mêmes.Certainsdirontmêmequecemotesttellement beauqu’ilnefautpaslegalvauder,l’abÎmer. PrivilÊgionsunCarêmeoÚlarÊconciliationsetraduiraitpar lechoixquenousfaisons d’êtrebons .Oui,nousdÊcidons d’êtrebons,pournousretrouverdansnosdiffÊrences,pournous pardonnernosblessuresetnosincohÊrences,pourentrerdans unerelationplusvraieoÚchacunestaimÊetpeutaimer.La bontÊ,c’estdecroireenl’autre,l’accepterdanssadiffÊrence,reconnaÎtrequ’ilaquelquechoseàm’apporter.C’estl’accueillirà traverscequ’ilest,cequ’ilveutmedonner.C’estunregardqui voittout,nejugepas,maiscomprend.C’estuneparolequise veutsourireetÊchange,maisquiapprendpeut-êtred’abordà Êcouter.

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 Quetouts’arrange 

ÊtreboncommeJÊsusl’aÊtÊenremettantletentateuràsa placeetennesuccombantpasauxbellesformules,mêmesielles sonttirÊesdel’Écriture.SichaquejourdenotreCarêmenous pouvionscommencerlajournÊeensouriantetlatermineren embrassant,c’est-à-direenentrantdansledialogue,l’Êcoute, l’acceptationdel’autre ! JÊsus,donne-nousd’êtrebons,sixsemainesseulement,après onverra !Jusqu’àPâques,avectoi,fais-moimonterdanscette dÊcouverte.


BonjoursaintJoseph

Tuconnaisleshommes.Tulesaimes.Tuesdeleurrace.Que n’inspires-tudesagesparolesàtouscesmÊnagesenproieàladiscorde,auxdissensionsavecàlaclÊdivorces,remariages,incomprÊhension,traumatismesd’enfantsdÊchirÊsentreleursparents‌ Toutcela,Joseph,tulecomprendsd’autantmieuxqu’un jour,tut’esrenducomptequ’ilyavaitenMarieunenfantqui n’Êtaitpasdetoi !Commetul’aimais,taMarie !Tuvoulaistout fairepourelle.Pourtant,tunepouvaisquandmêmepasaccepter,mêmepourelle,quecettesituationseprolonge.Alors,tuas dÊcidÊhÊroïquementdetesÊparerd’elle.Maisquecefutdur pourtoncœurd’hommeamoureux !car,s’ilyenaunquiabien ÊtÊcapabled’aimer,c’esttoi !Dureste,tuavaisÊtÊchoisiparDieu pourcela. Alors,nepourrais-tupasaiderceshommesetfemmesqui doiventtoutàcoups’engagerdanslaviedecouple,sansavoir l’aidequepourtantl’Églisesouhaiteraitleurapporter ? Cequej’admireentoi,Joseph,c’estlesensdelavÊritÊ,dela rectitude.LorsquetudÊcidasde rÊpudier Marie,tuvoulusle fairediscrètement,pardÊlicatesse,carl’amourÊtaitleplusfort. Vois-tu,danstoutcela,c’estcequit’asauvÊ.Parcraintedesjugements,descondamnationsquipouvaientlamenacer,tuas prÊfÊrÊladiscrÊtion.C’estlaplusbelleformedel’amour,dont parlel’Évangile,nousinvitantàaimer,avecrespectettendresse. Alors,danscesimpassespourlesjeunescouplesetleursparents,devantl’engagementdeleuramour,ilfaudraittoujours

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 Quetouts’arrange 

qu’ilyaitcetactquilesrendecapablesd’aimer,des’aimeren respectantlesautres,enserespectanteux-mêmes.C’estceque jesouhaiteàchacundeceuxqui,danslavieaujourd’hui,sont confrontÊssisouventàdetellesdifficultÊs. Jeveuxcroirequepournoustous,tueslà,avecnous,Joseph, toidontl’Écriturerelateledramed’amourleplusintime.Tuas acceptÊd’enêtredÊpossÊdÊafinquetousceuxquivivrontun jourdessituationssemblablespuissentypuiserlaforceetlapaix.


Examendepassage !

Pâquessignifie passage . NousvivonsunvÊritablevoyage,commeunetranshumance, lejouroÚnouspassonsdel’autrecôtÊ, surl’autrerive . Cequiprime,c’estbiencequenousavonsàvivre :êtreprêts pourle granddÊpart et,commeleSeigneur, sachantqueson heureÊtaitvenuedepasserdecemondeàsonPère ,poserles actesessentielspournepasratercepassage. Alors,nousdÊcouvronsquePâques,aucœurdelaviechrÊtienne,estlafêtenousconduisant,nonpasdelaterreauciel, maisdesrÊalitÊslesplustemporellesauxvÊritÊslesplusÊternelles.NenousancronspasdansnossÊcuritÊs,dansderigides traditions,nousquisommesappelÊsàvivreautrementun passage ,àconnaÎtreune mÊtamorphose (commelachenillese transformeenpapillon) : -celledel’hommequiparsonbaptêmedevientenfantde Dieu ; -celledupÊcheurquidanslepardondevientl’êtreaimÊ, sourcedetoutefête ; -celledupaindel’autel,symboledetouteslesjoiesetpeines denotreviequidevientlecorpsduChristetnousfaitdemeurer enlui ; -celledel’angoisseetdupoidsdenosmaladiesquideviennentoffrande,communionetespÊrance ; -celledel’hommeetdelafemmedansleconsentementde leuramourquitraduitlemieuxl’amourpremieràDieu ; - celle de la confirmation de notre baptême qui, grâce à l’EspritSaint,nousapprendàvivreaurythmeducœurdeDieu ;

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 Quetouts’arrange 

-celledel’hommeappelÊparDieupourêtresonprêtre,qui nousfaitdÊsormaispasserenLuiensedonnantauxautres. Toutcela,c’estPâques,lafêtedu passage duSeigneur.


Pâques,lavie

Pâques,dÊcouvertedesœufsdanslejardinetcontemplation desfleurssurlesarbres.Pâques,uneespÊrance,c’estleprintemps quis’annonce. MaisPâques,lavraiefêtedesjuifsetdeschrÊtiens,oÚest-elle ? C’estlafêtedelavie,nonpascellecontrôlÊeparleshommes, maiscellequeDieunousdonne.C’estlafêtedel’espÊrance,non pascelledenoslimites,maiscelledenospotentialitÊs,parceque Pâquesn’arienàvoiravecuneœuvrehumaine.PourunchrÊtien,c’estlavÊritÊfondamentale,cellequechaquedimancheil renouvelle,lorsdel’eucharistie,oÚlamortestcÊlÊbrÊemaisoÚ lavieestassurÊe.CettefêtedÊpassel’entendementdeshommes parcequecettefois-ci,Dieuestàsonorigine. Souventonl’oublie.LePèrenousaenvoyÊsonFilspournous sauver,leFilsestentrÊdanssaPassionetdanssamortpouraccomplircetteœuvredesalut.C’estlemystèredelaRÊsurrection oÚlapaixdanslecœurdeshommesestdonnÊepourtoujours. Pâques,c’estlafêtequeleshommesnecomprennentpasparce quecommemortels,onestdÊsarmÊs ;onnepeutqu’attendre, espÊrer,pleurer,supplierjusqu’aumomentoÚtoutàcoup,on estsaisiparunemaintendue,parunregardpleindebontÊ,par uncœuràcœuravecDieuquis’esttellementfaithommequ’Il appellel’hommeàentrerdanssavie,àneplusêtresÊparÊdeLui, maisàLuiêtreuni : commelePèreetmoi,noussommesun , disaitJÊsus.Ilfauttoutesleslarmesdeshommesdelaterrepour pleurerlamort.Ilfauttoutel’espÊranceducœurdeDieupour donnerlavie.

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 Quetouts’arrange 

Quandilsvirentletombeauvide,ilscrurent.Nouscroyons parfoisquelafoi,c’estl’amoncellementdespreuves,desarguments,descertitudes.Lafoi,c’estuntombeauvidedevantlequel onretrouveuneprÊsence.AlorsPâques,c’estchaquefoisquela nuditÊdutombeaunousrÊvèleuneabsence.C’estchaquefois quenoussommesdÊçusmaisquenousgardonsnotreespÊrance. Oui,ilfautenconvenir,Pâques,c’estquandIln’estpaslàet qu’onLecherche.C’estquandIlestlàetqu’onnes’enrendpas compte,quetoutàcouplarencontresepasseetc’estfait,JÊsus estlà ! Pâques,c’est,au-delàdesfleursduprintemps,lacertitudedes fruitsdel’ÊtÊ. Lesunssèment,d’autresrÊcolteront ,aditJÊsus.


IlestressuscitĂŠ !

Pourtoutcroyant,s’enremettreàDieun’estguèredÊrangeant sil’onmaintientDieuàdistance.S’enremettreàl’Égliseestpar contreplusardumaiscombienpurifiant !CommentreconnaÎtre danscetensembledepÊcheursunplandivin,unedimension prophÊtique ?Etpourtant,s’ilsemblefaciledecroireenDieu, s’ilestpresqueimpossibledecroireenl’Église,c’estqu’ilmanque unchaÎnondansledialoguedenotrefoi.LeschrÊtiensnesesont pas rÊvÊlÊs d’abord comme des croyants en Dieu, ni même commedescroyantsenl’Église.IlssesontprÊsentÊscommeceux quisefiaientàcethommeJÊsus, FilsdeDieu ,donttousont constatÊl’arrestation,lapassion,lamortetlarÊsurrection ! ToutleproblèmedenotreengagementchrÊtiensesitueàce niveau. Le Dieu lointain prend corps en son Fils envoyÊ par amourpournoussauver.L’Église,pÊcheresse,devientsainte parcequeleplandeDieuprendtoutsonsensdanslarÊsurrection de JÊsus. Il n’y a pas à discuter, car nul ne peut  comprendre ,ilyaàaccepter.Cettevieau-delàdelamortdemeure etduretoujours.JÊsus,vivantaujourd’hui !JÊsusvainqueurde lamort,hieretdemain !JÊsusaucœurdetouteslesquestions deshommes !C’estpourcelaqu’Ilapunousdire : JesuislarÊsurrectionetlavie,celuiquicroitenmoi,mêmes’ilmeurt, vivra.  Pâques,c’estcela !C’estproclamerqueJÊsusestressuscitÊ,Le chanter,LelaisservivreennousetdÊcouvrirquecettevien’est pasunleurre,maisunechanced’accÊderàl’essentieldelarÊalitÊ.

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 Quetouts’arrange 

C’estainsiqu’àchaquemort,l’ÉgliseettousleschrÊtienscÊlèbrentcedÊpart,proclamentinlassablementqu’au-delàdela mort,ilyalavie,queducœurdelamortjaillitlavie.Comme leChristestmortetressuscitÊ,ainsichaquehomme,àtraversla mort,estappelÊàvivredecettevienouvelle.Pâquesprendalors toutsonsensdanslequotidien.Cen’estpluslafêteduprintemps,nidescrocusquisortentdusol‌LaRÊsurrectiondeJÊsus quinepeutpasêtrenotreœuvre,donneunsens,ungoÝtetune espÊranceàtoutcequenousentreprenons. C’estcela,larÊalitÊdePâquesaucœurdenosvies : JÊsusressuscitÊ ! MafamilleconsidÊrÊeavecunautreregard,macommunautÊacceptÊeavecuneautrefoi,laterrequej’aiàexploiter, reconnuedansuneautredimension.LarÊsurrection,c’esttoutes leschosesdelaterrequiprennentunsens,ungoÝtduciel.C’est aussilecielquin’estpasÊloignÊdelaterre,maisquienjaillit,si nousouvronsnosyeux,etsurtout,notrecœur.


PentecĂ´te

EnÊcoutantcepassagedesActesdesApôtresrelatifàladescenteduSaint-Esprit,j’aiÊtÊbouleversÊparcesversets : Ettout àcoup,ilssemirentàparleretchacunentendaitlalanguede l’autrecommelasiennepropre.  L’autreparlait,nonpasunelangueÊtrangère,maissapropre langue.LadiffÊrences’estompaitauprofitd’unetrèsgrande communion.LesapôtresdevenaienttÊmoinsd’uneParolequ’ils ressentaientcommepersonnelle,propreàeux-mêmes. DanscemondeoÚilyatantdedifficultÊsàseparleretàse comprendre,ilmesemblequecetterÊvÊlationÊvangÊliqueest trèsimportante.Biensouvent,nousvoulonsÊcouterl’autreavec unegrandebontÊ,beaucoupdegentillesseetnousluiprêtons uneoreilleattentiveetdisponible.Maisenfait,nousÊcoutons l’autres’exprimerdanssaproprelangueetnousnevoulonspas bienlecomprendre.Nousnevoulonspasassumer,fairenôtrece qu’ilnousapprenddelui.Tandisqu’ici,ilnousestaffirmÊqu’ils entendaientlaparoledel’autrecommeleurproprelangue‌Il yauneassimilation,unecommunion,unefusionquidoitse fairesil’onveutêtredisponiblepourrencontrerl’autre. Nous vivons dans une sociÊtÊ victime d’un manque d’Êchanges,dedialogue.EntÊmoigneunecertainesurditÊquiempêchevraimentd’êtreouvertàl’autre.Orl’attentionquel’onporte auprochainneconsistepasàluitendreuneoreillecondescendante,maisbienàs’ouvrirdetellesortequesaparolepuissemetoucher,metransformer,devenirmienne. SijemedÊfendscontrecetteparolepoursauvegarderceque jecroisêtremavÊritÊ,maraison,jenel’entendspasdelabonne

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 Quetouts’arrange 

oreille.JeneprêtepasmoncœuràlavÊritableattention.Ilest biendit : ‌etchacunentendaitlaparoledel’autrerÊsonneren luidanssaproprelangue‌ Toutestlà.Savoirquec’estlaparole d’unautre ;reconnaÎtreaussiqu’elleaunaccordfondamental, uneharmonie,unevraiecommunionavecmapropreparoleau point qu’elle n’est plus une parole Êtrangère, mais devient commemaproprelangue,monvrailangage. C’estbiencela,lerôledel’EspritSaint :rassemblerlemonde, rassemblerlespeuplesdansleurdiversitÊ,etdonnercetteunitÊ etcettecommuniondontleshommesonttantbesoin.


V. Au fil des jours Derrièrelesbarreaux

ÀlaprisondeLantin,unventderÊvolteasoufflÊdÊvastant troisÊtagesd’undesbâtiments.CefutÊvidemmentlapanique, l’angoissedanscetteprisonultramoderne.Aprèsquelecalme fÝtrevenu,ilafallurÊintÊgrerdansd’autrescellulesoucachots les mutins ,ceshommesqui,àleurfaçonbrutaleetdÊplaisante,ontcriÊleur ras-le-bol ,leurdÊsespoir,leursolitude,leur dÊsœuvrement.DesmilliersdechrÊtiensontentenducettenouvelleàlaradioetsesontviterÊconfortÊsenpensantquetout ÊtaitrentrÊdansl’ordre,grâceàlabrigadespÊcialedegendarmes envoyÊesurplaceàceteffet. Ainsisoit-il.Nous estimonsl’ordre.NousapprÊcionsd’être rassurÊsquandledÊsordrepointeàl’horizon.NousaimonsàentendredirequeleschosessontarrangÊes. Pourtant—commediscipledeJÊsus,commelecteurdesavie àtraversl’Évangile,lesÊpÎtresdesaintPaul,lesÊcritsinspirÊset surtout,commemembredecetteÉglisequi(depuisdeuxmille ans)tâchedesuivreleChristtantbienquemal—chaquechrÊtiennedevrait-ilpassesentirducôtÊdesprisonniersparceque lesplusseulsetlesplusmalheureux ?S’ilssontenfermÊs,c’est qu’ilssontprobablementdangereux !Maislamenacequ’ilsreprÊsententetquilesisoleest-ellepourceuxquisontàl’abriun appelàl’amourouunmotifdecondamnationsupplÊmentaire ? Sinousnepouvonspasvisiterceshommesetcesfemmesquela sociÊtʍ doit placer,n’avons-nouspasàlaissergermerdans notrecœuràleurÊgardunsentiment,nonpasdepitiÊoudemÊ-

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 Quetouts’arrange 

pris,maisderespect,detendresse ?JÊsusadit : Ceprisonnier quevousêtesallÊsvisiter,c’Êtaitmoi. ÀdÊfautd’allerlesvoir, ne devrions-nous pas au moins être avec eux, au sens de l’Évangile ?TÊmoin,cettegrandemaladeimmobilisÊe,blessÊe, qui,chaquematin,priepourlesprisonniers.EllenelesconnaÎt pas.Ellen’estpasdecemilieu,maismeurtriedanssoncorps,dÊpendantentoutdesautres ;ellecomprendladÊtressedeceux quiontuncœurbrisÊ,ignorÊetmÊconnudesautres. Que Lantin, ou quelque univers carcÊral que ce soit au monde,Êveilleennouslesentimentdenotrecommunionavec ceshommesetcesfemmesquisontdenotrerace,parfoisde notrefamille,maisentoutcas‌denotrecœur.


Lepoidsdesmots‌

Ilestdespersonnesquiparlentbien,d’autresbeaucoup‌certainesmêmedetrop !Defait,laparoleestundon,maistoute mÊdailleasonrevers. OndÊsireraitparfoisquecesgensloquaces,prolixes,voire hâbleurs,sachentaussisetaire.Qu’ilsapprennentdanslesilence àprendredutempspourdonnerraisonauxautres,sansvouloir toujoursavoirlederniermot ! Quefaut-ilconseilleràcesbavardsimpÊnitentsauxquelson neveutpasadresserdegrandsreproches,sinonceluiderisquer denousfaireperdredutempsou,entoutcas,d’enaccaparer trop,detropsecentrersureux-mêmes,alorsquecetempsest confiÊparDieuauxhommespournerienenperdre ? Quel’onaimeraitcespersonnesplusattentivesàÊcouterleur prochainetn’ayantpastoujoursrÊponseàtout ! Ilenestd’autrestroptaiseuses.OnapprÊcieraitd’entendre leurjugement,delesvoirentrerdanslecercled’amiset,qu’àleur tour,mêmemaladroitementpeut-être,ellesprennentpartàla conversationetserÊvèlentauxautres,au-delàdesapparences. Ilestdeseauxdormantespleinesderichesses.Quel’ongoÝterait delesvoirs’extÊrioriserets’ÊpanouirafindelivrerleurstrÊsors cachÊs !Quel’onvoudraitpartagerleursconfidencesetnouslaisserformerpartoutcequ’ellesontapprisdanslecalme ! Jesongeàcettemèredefamillenombreuse,ÊpouseadulÊe parsonmarietsesenfantsqui,dujouraulendemain,àsoixante-deuxans,serÊveillaparalysÊeetaphasique.Depuis,neufans ontpassÊ,ellearÊcupÊrÊsamotricitÊ,maislemêmesilence règnetoujourssaufdanssesbeauxyeuxsiexpressifs,dansson

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 Quetouts’arrange 

sourireirrÊsistible.Sonmaris’estmisàfairelescourses,àaccomplir avec elle toutes les tâches du mÊnage. Leur couple merveilleux,quiavaitchantÊl’amouretlajoied’êtreheureux,continueaujourd’hui,surunautremode,àlouerlesmerveillesde Dieu.Quandjepenseàsonsilence,jemesensgênÊ !Quandje penseàleuramour,àleurcommuniondetendresse,jemesens portÊ. Merciàceuxquisaventaccepterdesetaireetàceuxquiparlentàbonescientpourque,danscesdeuxcas,laparoledeDieu puissepareuxserÊpandresurlaterre !


S.O.SdĂŠcibels !

Souvent, dans l’Écriture, on prÊsente la prière ainsi :  Seigneur,Êcoutelecridemaprière. Pourtant,sisouventdans lavie,leshommes disentleursprières sansconviction‌Ilest pourtantuneprièrequitientducrileplusdÊchirantquisoitau monde,c’estlaprièredeceluiquiavaitÊcrit,avantlegestefatal :  MonChrist,j’enaimarre,jeviensverstoi !  Oui,laprièredeceuxquisesuicidèrent,quidÊcidèrentde mettreuntermeàleurvie,parcequ’ilssesentaienttropseuls, qu’ilssouffraienttrop,queplusrienici-basneleurparaissaitenvisageable,estcelle-là. Levagissementdunouveau-nÊmanifestelavie,maislehurlementdudÊsespÊrÊtÊmoigneaussidelavie.L’unestbruyant etspontanÊ.L’autreestintÊrieur,maisappellelalibÊration. Parfois,lorsdelamesse,onentenddesenfantshurler,etc’est lourdàporterpourlecÊlÊbrant,pourlesfidèlesessayantdese recueillir.SinousÊtionsdavantagetendusversDieu,peut-être quelecridecesbambinsretrouveraitennouscecrifondamental etpourlavie,etpourl’amour. L’autrejour,unprêtre,aucoursdel’eucharistie,ademandÊ àunemamandereprendresonenfantparcequ’ilcriaitetque luinepouvaitplusparler.N’est-cepasplutôtauprêtreàsetaire pourqu’ensemblenousentendionsdanslecridel’enfant,etle cridel’homme,etlecrideDieu ? Sitousceuxquiontperduunêtrecherd’unefaçonbrutale, inexplicable,pouvaientcomprendrequecedÊpartestungrand criquiinterpellenotresociÊtÊetlemondeentier‌Unhomme quiabdiquesavie,c’estl’humanitÊentièrequiamal.Alors,te-

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 Quetouts’arrange 

nons-nousautourdeceuxquisouffrent,nonpasaveclafausse pitiÊ,nidanslafuite,maisdanslavÊritÊdelarencontrequia mal,accepte,espère.QuesoncripÊnètreenmoi,mefassemal, maisdevienneaussipourmoilibÊration. Seigneur,apprends-nousàêtreattentifsauxcrispourlavie !


S’ÊveilleràDieu,enDieu

C’estlematin !DepuisquelquesminutesdÊjà,ausautdulit, s’opèrelentementlaprisedeconscience ;danslebrouhahad’un sommeilquis’Êtire,l’âmeserÊveille.CommentsedÊrouleracette journÊe ?Quiledira ? Iln’yaqu’àsejeterdanslesbrasdeCeluiquinousaimejour et nuit, de toute ÊternitÊ, pour bien commencer sa journÊe. S’extirperdesbrasdeMorphÊeensachantquenoussommes aimÊs,portÊs,attendus,quechacundenospas,quechacunde nosgestes,regards,pensÊesmême,neLelaissepasindiffÊrent. Jepensaisàmelevermachinalement,etvoilàquetoutàcoup jerÊalisequejesuispleinementenDieu,quec’estluiquiseprÊoccupedemoi,bienplusquemoidelui.Ilmefaudradutemps toutàl’heurepourque,dansmaprière,jemeretrouvefaceàlui. Lui,Ilestdepuissilongtempsprèsdemoi,enmoi.L’aubereste pourbeaucoupunmomentdesouffrance.Onquitteunpeule coconmaterneldelanuitpourentrerdanslarÊalitÊetl’austÊritÊ dujouroÚlalutte,lescombats,lessouffrances,lasolitudenous attendent. Maisl’amourdeDieuestleplusfort.Au-delàdecettejournÊe quidÊbute,ilyalanuitoÚl’ondort,oÚIlveille. Tandisqueje dors,moncœurveille ,chantelepsaume.Oui,lanuitdel’homme,c’estlaveilledeDieu. Alors,quecejourquis’Êveillecontinuecettecommunion avecLui !

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RubriquenÊcrologique‌

Quandilm’arrivederepenseràdesamisquinesontplusde cemonde,ilmevientsouventàl’espritcettevÊritÊ : Lamort, çan’existepas.  Comparaisonn’estpasraison,maisilyabienunechanson quiprÊtendquelasolitude,çan’existepas.Or,quandonapartagÊquelquepeulaviedeshommes,onseraittentÊdevoirdans l’isolementlaplusgrandetragÊdie.Lasolitude,onn’enmeurt pastoujours,maisellenousdÊtruitàpetitfeu.Ladisparition d’unproche,oulasiennepropre,onpeutl’envisagersousun angleautrequ’uniquementsentimental ! Unephrasedel’Évangileavainculamort.C’estlorsqueJÊsus affirme : Celuiquicroitenmoi,mêmes’ilmeurt,vivra , Celui quimangemoncorpsetboitmonsangauralavieÊternelle . Lamortcorrespondrait-elledoncàuneillusionetlaviequi demeureserait-ellelarÊalitÊ ?Oui,etdanscetesprit,nousnedevonspasregarderlamortcommeunterme,ungouffre,unsilenceÊternel.Lamort,c’estuneautrefaçondevivre,c’estunpassageenDieuoÚtoutdevientlumineux.Maisilyatoujourslafoi quinousestdemandÊe,alorsquelecontact,leregard,laprÊsence noussontrefusÊs. LepèreToussaintaffirmaitquelamortestunmotpaïen.Il prÊfèreparlerdeJÊsusvenant,deDieurappelantàluicelleou celuiqu’ilaime.Danscecontexte,lamortn’apparaÎtplusseulementcommeuneterribleÊchÊanceàlaquellenulnepeutsesoustraire‌maissurtoutcommeunerencontreenvÊritÊoÚchacun àsontourpeutenfinsesentirreconnu,aimÊ.

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Aufildesjours

AppelÊsparDieu,saisisparJÊsusChrist,nousnesommesplus lesÊchecsdelaconditionhumaine,nousendevenonslespionniers,lesaventuriersconvaincusquetoutestpossibleàDieu, queriennedoitluiêtrerefusÊ. Lamort,c’estfinalementle oui quel’onprononcetoujours,leconsentementtotalfaitd’amour,detendresseetdepartageinÊpuisable. Uneformuledel’ÉvangilelerÊsumetrèsbien : Venezles bÊnisdemonPère. ChacunàsontourestbÊnietchacunàsa façonentredanslecœuretl’intimitÊduPère.ViveDieuqui,à traverslamort,faitdenoussesenfantsvivantspourtoujours !


LerĂŞvedeDieu

NoussommesparfoistristesdenepasvoirnosrêvesserÊaliser !Nousvivonssouventl’impressiond’unÊchecparcequenous avionsrêvÊque‌,nousavionspensÊque‌ Cependant,quandnousyrÊflÊchissons,forcenousestde constateralorsquebiensouventnousavionsvoulumettrenotre projet,notreidÊe,notreinspirationenpremier. Touthommeestainsifait,iljouelacartedel’indÊpendance, etcerêvecommencedèsl’enfance.Ilsepoursuitchezl’adulte dÊsirantquesesrejetonsvoientenluiunmodèle.Detelsrêves, tousleshommesenconnurent. Nedevrions-nouspasvoirlavieautrementetpartirdenotre petiteenfance,decettevÊritÊpremièrequec’estDieuquiades projetssurnous,quec’estDieuquisouhaitequenouspuissions êtreheureuxcommeLui.Alorsnosrêvesn’ÊtantplusaxÊssur nosaspirationsunpeunaïves,cartropcentrÊessurnous-mêmes, prendraientunedimensiond’espÊranceetd’audaceinfinie.Que defoisnoussommes-nousattachÊsàdesbabiolesalorsquenous sommespressentispourdesrichessesbienplusimportantes ! Que de fois nous gaspillons du temps en lectures futiles ou vaines !ActivitÊnousracornissantlecœur,leprivantdusouffle etdel’airdontilabesoin ! Toutcomptedanslerêved’unenfant,maistoutestdouloureuxdansladÊceptiond’unadulte.Etsi,l’uncommel’autre, nousvivionsdansunmondeoÚl’essentielestdesavoirqu’ilya Quelqu’unquinousaime,qu’Ilnousveutdubien,nousprotège etnousguide ?Quelavieseraitbellesi,auleverdumatin,aulieu depeserlepoidsdenosfatigues,nousnouslaissionsregarder

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Aufildesjours

parDieu,toutsimplement.SinouscommencionslajournÊe danssesbras,prèsdesonCœurenvoyÊsurcetteterrepourdonner du bonheur et sachant très bien que tout vient de Lui ? Qu’elleseraitbelle,alors,notreviesinosrêvesÊmanaientde Dieu !


DĂŠforestation

C’estÊtonnant !IlafalluquesoudainlanatureserÊveille,ou plutôtnousrÊveille,pournousrappeleràl’Êvidenceque,même sil’hommeestbienmalin,ilnepeutpastoutvouloirnitoutrÊglerselonsesidÊes,sesgoÝts,sesaspirations.Etenvoilàpour preuvecetouraganquibalayal’Europefin1999,tempêteque l’onn’avaitjamaisconnueaussiviolente,aussilongue,aussi mortelle.Etvoilàqu’enplusdesmortsd’hommes,ilyeutl’incalculabledÊvastationdesarbresbrisÊs,dÊracinÊs.Lesarbressont desifidèlescompagnonsdel’homme.NousavonsredÊcouvert leurprÊsence,leurbeautÊ,leurdanger.IlssontnÊcessairespour quenousvivionsetrespirions,leursfrondaisonsnousprotÊgeant desardeursdusoleil.Maisilssontaussi,endecertainescirconstances,dedangereuxvoisins,desennemispotentiels.YavionsnoussongÊ ?UnarbredansuneforêtressembleàunpilierdecathÊdrale.Dansunjardin,ilsembleavoirÊtÊmislàpournousapportersabeautÊ,sacroissance,sonombre,sescouleursettoute l’espÊranced’unpassÊquisanscesserecommence.Alors,decette tempêteetdetoutessesconsÊquences,n’ya-t-ilpasquelqueenseignementàtirer ?L’hommesecroitlemaÎtre :lanatureaencorebeaucoupàluiapprendre.L’hommepensepouvoirtoutdiriger :etvoilàquetoutàcoupilseretrouvebienpetit,biendÊpendant.Ilyalajoiedeplanterunarbre.Ilyaparfoislapeine àlecouper,maiscetteperspectivevautmieuxquedecourirle risquedelevoirtomberenprovoquantdesdÊgâts.Ilyalàautre chosequ’unebeautÊÊphÊmère.L’hommeabesoindetoutun climatd’espÊrance,d’amitiÊ,decomplicitÊ,d’harmoniepour pouvoirs’Êpanouir,lesarbresaussi.Quandleventsouffleentor-

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Aufildesjours

nade,l’hommedoitsavoirqu’ilestpetit,faiblesansdoute,mais aussiroidecetuniversqui,sanslui,n’auraitpasdesens.Alors unarbretombÊ,mêmedansl’absencedubruissementdeses feuilles,parleencore.Ilretrouvelechemindenotreâme,faceà touscesÊlÊmentsdÊchaÎnÊs. Encemoment,jesongeàmamèrequiaimait,aucoursdes nuitsd’orage,sortirdesonarmoireunciergebÊnilejourdela Chandeleur. Elle y trouvait paix, rÊconfort et douceur. Elle croyaitqueDieuveillaitsurelle ;ellesesentaittouterassurÊe. Nouslataquinions,nousl’enviions‌


Interlude

S’ilestunepÊriodedel’annÊeattendueparbeaucoupd’entre nous,c’estbiencelledes vacances .Queseront-elles,ceshuit oudixsemainespassÊesloindufoyer ?Unejoied’abord :pour celuiquipart,maispaspourceluiquireste,fautedemoyens‌ UnedÊsillusionparfois :onn’apaslesvacancesdontonrêve, maiscellesquel’ontrouve.Onpensaitsedorerausoleiletvoilà qu’ilpleut.OnespÊraitunpeudefraÎcheuretvoilàqu’onÊtouffe‌ OÚsontnosrêvesd’enfant,oÚsontnosprojetsd’antan ? Lesvacancesrestentpourbeaucoupd’entrenousbienplus bellespeut-êtredansleurssouvenirsquesurlesphotosdel’album.CetensembledeconsidÊrationsnousamèneàregarder dansleurvraisenscequeserontlesvacances. Avanttout,untempsd’accueil,d’Êchanges,dedÊcouverteet surtoutd’ÊmerveillementdevantlesdiffÊrences.LesvraiesvacancesdemandentundÊpaysementquel’onpeutvivreàvingt kilomètresdechezsoi.Touterencontreexigequel’onsoitcapabledesequitter,deselibÊrerducarcandeseshabitudes.Dans uneseigneurie,unedamed’unâgecertainpeutvivreuntemps devacances. Vivrequinzejoursdevacancesavecunautrehoraire,même dansunautrecadre,pourquoipas ?LesvacancesdoiventtoujoursêtreaurÊolÊesdequelqueespritd’aventurenousdonnant decroireque,quelquesoitnotreâge,onpeutencoreoserpartir. LesvraisdÊparts nes’encombrentpas devalisesoud’horaires, ilsexistentàchaquefoisquejesuisdisponible,quej’accepte d’êtredÊrangÊ,d’êtreemmenÊ.Alors,laissonscetteexpÊrience

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semanifesterparunespritd’enchantementoÚl’oncueilleles fruitsdesvacancescommelespommesdansunvergeràl’automne.Ilyatantdechosesbellesquel’onpeutrapporter.On profitedusoleilnoncommeanticipationd’uneprivationque l’onva,aucoursdel’annÊe,comptabiliser,maiscommesursaut d’ÊnergiequinousÊclairera,noussoutiendrajusqu’enhiver. Ainsi,etc’estimportant,lesvacancesdeviennentuntemps oÚl’onseretrouvesoi-même.Aucontactdecequichange,on explore,onsevoittoutautre.Ilfautrentrerensoi-mêmepour dÊcouvrirceque,parlesvacances,noussommescapablesd’être, bienau-delàdesapparences. PuissecetempsêtreÊgalementceluidelecturessaines,enrichissantes !Chacundevraitpartirenvacancesavecunlivrequi ouvresoncœuràunevisionpluslargesurlemonde,quiaide l’hommeàrÊaliserqu’ilyaplusenluiqu’ilnelepense.Tellebiographiedesaintoud’hommeillustreconstitueunprÊcieuxatout danscettequêtedubonheur.IlestessentieldevivrecetteexpÊrience,celled’unmondeoÚleplusbeauestcachÊ,oÚlemeilleur estpartagÊ.PartezalorsàlachasseauxtrÊsors,maisn’oubliez pasqu’ilyaplusenvotrecœurquedansl’accessoirequivous seraprÊsentÊ. RÊussirsesvacances,c’estdonc—sil’onpeutdire—mettre lesbattementsdesoncœuraudiapasondeceluidesautreset c’estalorsquel’ongoÝtelemieuxlatendresseducœurdeDieu, luiquelavisiondesesenfantsheureuxemplitdejoie.


Baslesmasques !

Elleavingtans.Iln’yapaslongtempsqu’elleaquittÊl’Êcole, lelycÊe.L’occasionseprÊsentepourelledesuivredescoursde sciencesreligieuses.A-t-ellevraimentchoisietvoulucela ?Elle l’ignore.Maiselleseretrouvetoutàcoupdevantunmonde qu’elleneconnaissaitpas,donttoutluiÊchappe.ElleÊcoute. Elleestavided’apprendre.Elleavoueàsonpère : Dommage toutdemêmequ’onnem’aitpasenseignÊtoutceladurantmes humanitÊs.Qu’est-cequ’onapuperdresontempsaucoursde religion ! C’estvrai‌ NosjeunescontemporainssontainsiprivÊsd’unbagageessentieldontilsontpourtantunurgentbesoin.Quidoncvale leurdispenser ?IlssontlÊgion,cesjeunesquinesaventpas. Pourtant,cen’estpasfauted’avoirvoululeurpartagercetensembledetraditionsetdeconvictions,maislecontact,larelationn’ontpuêtreÊtablis.LesprofesseursontabandonnÊ,parfois dÊprimÊs,leslacunesdemeurent‌ Cettehistoireauplanscolaireestcelledetouslesjours,entout casdechaquedimanchedansnoseucharistiesquirassemblent notre peuple de pratiquants. Que signifie  être croyant  ? Pourquoialleràlamessechaquedimanche ?Queveutdiresuivre JÊsusChrist ? Devantcevide,cesilence,cetteabsence,s’imposentlesquestions : Quefaire ?querÊpondre ?dansquelsensagir ?pourquoi nepasoser ? Commentleshommespourraient-ilscroireque Dieulesaimes’ilsn’ontpasÊtÊaimÊsparleurssemblables ? Commentpourraient-ilslireetinterprÊterl’Écrituresiellene leurapasÊtÊexpliquÊe ?Commentpourraient-ilsentrerdans

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Aufildesjours

cettecultureetcettedimensionsidiffÊrentes,sipersonnen’aÊtÊ àleurscôtÊspourleurfaciliterlepassage ? Oui,nousavonsvraimentàdÊcouvrirunmondenouveau, celuioÚsansrejet,toutsimplementparignorance,paroubli,par lassitude,parchoixinconscient,parfatigue,touteunevÊritÊde lafoietdel’Églises’enestallÊeaugrÊdesflots,emportÊecomme lespierresd’untorrent,commelaterrefertiled’unchampdÊvastÊ.Commentexprimerauxhommesd’aujourd’huicettevÊritÊqueDieulesaime ?Commentleurparlerdel’Écriturequi leurparaÎtÊcriteenunlangageabscons ?CommententrerenrelationaveceuxsansêtreÊmudeleursblessures,conscientde leurssouffrances,heureuxdeleursjoiesprofondes ? Église,rÊveille-toipournousapprendreàrencontrerJÊsus. ChrÊtiens,baslesmasques,etparlez-nousdecequevoussavez deLui. FrèreathÊe,n’aiepaspeurdenouspartagertapeinedenepas croire,tonattentedetrouvercheznousunerÊponseàtesquestions. Merci,Seigneur,denousÊclairer !


Vocationcanon !

Marie-ThÊrèse,àmesurequ’ellegranditetvieillit,nousrÊvèle d’inÊpuisablestrÊsorsdesagesse.Elleadecesformuleslapidaires trèsÊclairantes : Sionn’estpasunpeucurieux,onn’apprendra jamaisrien. CettephrasedeMarie-ThÊrèseprendplacedans marÊflexion.Nousfêtonslessaintsnonseulementàl’occasion delaToussaint,maisencoretouslesjours.Commej’aimeraissavoircequilesarendussaintsetcequi,hÊlas,m’empêched’atteindreleuridÊal ! Jevoudrais,commeMarie-ThÊrèsenouslesuggère,êtreassez curieuxpourconnaÎtrecequi,danslaviedessaints,ad’abord dÝêtreunobstacleetpuislentement,àtraversunecertainepurification,estdevenuunmoyenpourqueDieuseulaittoutela place.Jesongeàtoutescescompensationsqui,biensouvent,se lÊgitimentànosyeuxÊtantdonnÊl’Êtatdefatigue,desurcharge, dedÊcouragementoudedÊpressionoÚnoussommes.Ellesfreinent,peut-êtreànotreinsu,legestedÊcisifounousempêchent d’aimerjusqu’aubout. Lorsd’unerencontredel’Arche,unassistantmeconfiaitqu’il n’avaitpasdÎnÊlaveille.DevantmonÊtonnementetlacrainte d’un dÊbut de maladie, il m’a simplement rÊpondu :  Non, j’Êtaistropagressif,alorsj’aijeÝnÊ.  Dernièrement,jerelisaislalettred’unjeuneenthousiasmÊ parlavenueduPape,maisaussiÊnervÊdecequelapolicel’empêchaitdeprendredesphotos.DÊçu,ilÊtaitprêtàquitterlerassemblementquand,toutàcoup,ilvoitunefemmeaccompagnÊe desesenfantsetleurcèdesaplace.Etd’ajouter : JemesuisrÊconciliÊparcequej’aipartagÊ‌ 

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Aufildesjours

Finalement,ilyabiendesmomentsdanslajournÊeoÚ,recroquevillÊssurnous-mêmes,nousn’osonspasfaireconfiance enacceptantdenousdÊpasser.Nousnousaccrochonstropsouventànospetitesdrogues(peuimportelenom,chacundenous lesconnaÎt).Ellesnousconfortentdansnoscertitudes,alorsque lasaintetÊsupposetoujoursuneremiseenquestion.Faceàla tensionquejetraverse,jecompenseenmangeant,enbuvantou enfumant.Oh !loindenousl’idÊedejugerquiquecesoit,mais reconnaissonsquesouventnoususons,etparfoismêmeabusons,decesmoyenspournoussoustraireànosobligationsde chrÊtien !Enoutre,netombonspasdansletraversdelimiter notrechampdeconnaissanceauxactualitÊstÊlÊvisÊes,àlalecturederomansouàl’exercicedelarêverie. Bref,neratonspasuneoccasiond’êtreunpeucurieuxde Dieu !Ilatantànousdire !


Pardonner ?

OnentenddebonschrÊtiensaffirmertrèshonnêtement : Je pardonne,maisjen’oubliepas. Lepardonnevientpasducœur del’homme.Onpourraitpresquedirequel’hommeyestallergique,carlepardonvatellementàl’encontredesondÊsirde puissance,desesrêvesdedomination,desesangoisses,desa peur.Lepardonestcommeunefaiblessedansnotresystème. Faceàl’agression,àl’ennemi,àl’injustice,àtoutescesatteintes audroitetàlavÊritÊ,ilsemblequeseulslajustice,lecodedes loisetunecertainerigiditÊsoientfinalementgarantsdelavÊritÊ. Lepardonnevientpasducœurdel’homme,maisducœur deDieu.L’uniquechosequel’hommepuissefaire,c’estdemanderpardon,demanderlagrâced’avoirvraimentaufonddeson cœuruneattitude,nonpasd’oubli,maisd’amourpourquil’a blessÊ.RetrouverundialoguelàoÚiln’yasouventplusquedÊfense,opposition,procÊdure.L’hommecrieversDieu,carLui seulpeutdonnercetteassurancedepardonetdepaix.Sanscette ÊventualitÊ,l’hommerestedÊmuni.TÊmoins,tousceuxquivÊcurentdessituationstrèsdouloureusesetpourlesquellesils n’osèrentpasimplorerlepardonetsecrurentmêmeindignesde cettegrâce. LepardonvientducœurdeDieu.Avantmêmequel’homme nesoitcrÊÊ,lepardonexistaitenDieu.Lepardonacejenesais quoideplusinouïqu’onnelepense,quivaau-delàdetouteattentehumaine.Quelleliessedanslecœurdupèreauretourde l’enfantprodigue !Joies’exprimantbiendavantageparlesilence, rÊvÊlÊeparlesgestesmêmesduvieillard :ill’attendait,leregar-

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Aufildesjours

dait ;ilacouru,l’aembrassÊ,luiafaitlafête.Voilàlelangagedu pardon.Or,leshommesrancunierssonttrèsloindecettefête. C’estpourquoinousdevonsprierlesunspourlesautres,parce quenousavonstousentrenousdesblessuresquidemandentle pardon.C’estlàleseulvraipouvoirdel’homme :demanderpardon. Sichacunrestesursespositions,voulantavoirraison,l’abcès s’installeetlasolitudes’approfondit.Lepardon,c’estvraiment lecridel’hommeversDieu.LecrideDieuversl’homme.L’un demande,l’autreattendetrÊpond.Lepardon,c’estlecommencementdudialogue,c’estl’ouverture,c’estl’espÊrance.Seigneur, apprends-moiàdemanderpardon,àlerechercher,àlerecevoir, àlepartager,àledonner ! JÊsusassimiletoujourslepardonàunerelationavecsonPère. Dieunepeutpardonnersil’hommeneleluidemandepas,si l’hommenereconnaÎtpas,àsafaçon,qu’ilestdÊpendantdu pardon deDieu.Alors,ilnousfautentrerdanscepardonavec uneâmeneuve,uncœurnouveaucapabledecroirequ’àchaque foisquel’onpardonne,DieucrÊe,aimeetsauve.


Iln’yaplusdejeunesse !

Qu’ilÊtaitbon,dansl’ancientemps,dedonnercoursàdes enfantsquis’avançaientenrang,dociles,sagesetobÊissants !Ils ÊtaientcommecesbeauxparterresdefleursdansdesjardinsratissÊs,ordonnÊs,protÊgÊs ! Qu’ilestbon,aujourd’hui,maisaussidÊpaysantetbouleversant, de passer une journÊe avec des enfants en ce dÊbut de siècle‌ Ceuxd’aujourd’hui,commeondit,ilnefautpasattendre longtempspoursavoircequ’ilspensentets’apercevoirquebien desparolesnelestouchentplusguère,carilsviventdansunperpÊtuelva-et-vientd’ÊchangesetdepensÊes,inÊpuisablementexprimÊes,etquisouventsecherchentplusqu’ellesnesedisent.  Cesenfantsd’aujourd’hui doivententrerdansnotrevie tellescesfleursdemontagne,deterrainvague,debas-côtÊsdes autoroutes,quipoussentmalgrÊtoutàtraverslapierrailleetne sontnullementlesignedesoinsattentifs,maisbienlapreuve quelavieestplusforteetqu’ellelespousseàgrandirpartout. Jepenseauxeffortsinimaginablesquedoiventfaireparents etÊducateurspouraimerlesenfantscommeilssont,pourentrer dansleurcœuretleurspensÊessansêtredÊçus,nicritiques,ni amers.Toujoursêtredeceuxquiespèrent‌ Ainsiunjour,lorsd’unerÊcollection.Tantbienquemal,la journÊes’estdÊroulÊe‌Àseizeheures,c’ÊtaitterminÊ.Bilan :un carreau cassÊ‌  L’assurance paiera ! ‌ et un carrelage bien souillÊparlaboueduterraindefootball.Alorsl’undesgarçons, spontanÊment,proposedenettoyer.Etd’ajouter : Ceseratou-

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Aufildesjours

joursautantdegagnÊpourlesSœurs,carellesdoiventavoir beaucoupdetravaildanscettegrandemaison.  LarÊcollectionaÊtÊtrèsbonne.Pourunemessequin’apas ÊtÊdite,pouruneprièrenonexemptedefousriresetdedistractions,ilyacejoyau,cesignemerveilleuxdepenserauxautres jusquedansl’accomplissementdestâcheslesplushumbles‌


ÂŤ Hospitalo-hospitalier Âť

Biensouvent,nouspensonsauxmaladesetprionsàleurintention !Quedefoisnousnoussentonsprochesd’euxparlapensÊe ! Mais, pensons-nous assez à tous ceux qui les soignent, veillentsureux,lesaident,souffrentpareuxetpoureux ? IlyatantdedÊtresses !Touscesvisiteursquiquatre,cinqfois parjourfranchissentleportaildelacliniqueetportentjouret nuitdansleurcœurlesmaladesquin’enpeuventplusetlesregardentavectantd’espÊrance.Lesourired’uneinfirmière,lasÊcuritÊd’unkinÊsithÊrapeute,laparolegentilledelapetitedame apportantledÎner‌rÊconfortenttantceluiquiestfatiguÊdelutter ! Ilestbondeserendrecomptequelasouffrancequiprendvisagedemaladiepeutdevenirtempsetlieudecommunion !Il n’yapasdepuissantsquisepenchentverslesfaibles,iln’yapas degensvalidesquis’occupentdemalades.Quinesesentfragile devantlamaladiequiempêchemêmedeparleretdecrier ?Ily acommuniondevie,d’amouràprotÊger,àpartager. S’ilestunlieuoÚDieuestprÊsent,c’estbiendansleshôpitauxetlescliniques.S’ilestunlieuoÚl’Égliseestvivante,c’est biendanscemicrocosmeoÚpetitsetgrandssontrassemblÊs dansunemêmesouffrance,dansunemêmedÊsespÊrance. Alors,ilyalesourired’unenfantquitoutàcoupredonne courage.IlyalegestedÊlicatduvisiteurquifaitjaillirlaconfiance.ToutcelanousestdonnÊetvientcommeunsouriredeDieu, quiseveutprochedeshommesjusqu’àlafindumonde. Lerendez-vousd’unechambredecliniqueneserajamais manquÊsinoussommessÝrsd’yretrouverCeluiquinousat-

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Aufildesjours

tend.Iln’estpasgarantiquenouslesachionsenentrant,mais, enpartant,nousseronscomblÊsdecequenousauronsreçu.


Rwanda

En1994,parlebiaisdujournaltĂŠlĂŠvisĂŠetdesoncortège d’imagescombienprenantesetĂŠmotionnantes,nousavonsv��Šcu ledramedelaguerre.Certes,ilyacesÂŤ rapatriĂŠs Âťdontlesort nousĂŠmeut,maisilyaaussicesmilliersdefrèresetsĹ“ursassassinĂŠs‌Impossibledelesoublier.Quipourrajamaiscomprendre lemystèred’unetellesouffrance ?Commentpeut-onenvenirĂ  s’entre-tuerdelasortes’iln’yavaitpasaucĹ“urdetouthomme unevolontĂŠattisantcequ’ilyaenluidedur,demĂŠchant,de cruel ?Cequel’onapprend—vialepetitĂŠcranoulesarticlesde lapresse—desmassacresquieurentlieulĂ -basconfirmecette grandefaiblessedanslecĹ“urdel’homme.Nejugeonspas,ne condamnonspastropvite,maistentonsplutĂ´tuneintrospection.Simonbien,mesdroitsoumesintĂŠrĂŞtsvenaientĂ ĂŞtremenacĂŠs,n’yaurait-ilpasenmoiunehainetellequejesoisamenĂŠ Ă tuer‌pournepasĂŞtretuĂŠ ;quejesoistropviolent,depeurque l’autreprenneledessus ?Rarementcommeencesjours-lĂ j’ai rĂŠalisĂŠqu’ilfallaitvraimentlagrâcedeDieu,au-delĂ mĂŞmedes sacrements—ouĂ traverseux,sinouslespratiquionsmieux— pourarriverĂ aimer.SeulJĂŠsuspeutnousdonnercetteforce.Seul JĂŠsus peut m’apprendre Ă  aimer. Seul JĂŠsus peut me rĂŠvĂŠler l’amourduprochain.MaisilapayĂŠleprix,luiaussi.Quelsang ! DansquelledĂŠtressen’est-ilpastombĂŠ ? NouscomprenonspourquoiJĂŠsusestmortsurlacroix,pourquoiilafalludusangpoursauverlemonde,pourquoiĂ chaque messeonneparleplusdevin,maisdusangduChrist.Lesang deDieuestappelĂŠparlesangdeshommes.LepardondeDieu estappelĂŠparlepĂŠchĂŠdeshommes.SaintJeannousledit :ÂŤ Mes

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Aufildesjours

petitsenfants,jevousÊcrispourquevousÊvitiezlepÊchÊ,mais sil’undevousvientàpÊcher,nousavonsundÊfenseurdevant lePère,JÊsusChrist.IlestlavictimeoffertepournospÊchÊs.Et nonseulementpourlesnôtres,maisencorepourceuxdumonde entier. Oui,avantd’ergotersurlesdÊfautsduprochain,avant devouloirunmondeplusjuste,reconnaissons-noustellement pÊcheursqu’iln’yaquelesangduChristpournouslaverdenos fautes.NouspourronsalorsregarderlatÊlÊvisionetsupporterle poidsintolÊrabledesvisionsdantesquesduRwandaetdetout conflit,oÚqu’ilÊclate‌TantdepÊchÊàl’originedetantdesang, tantdesangàlasourcedetantd’amour.NedemandonspasseulementàDieudeleurapporterlapaix,maissoyons-enlesinstruments,làoÚnoussommes :dansnotrefamille,dansnotre patrieoÚ,sinousn’yprenonspasgarde,lazizaniepourraits’installer.Soyonsvigilantspournepaslaissergrandirennousce dÊmondelahaine,del’injustice.Sauvonscemondeenaimant plus ! Alors,quecesmortsduRwandasoientlecimentdelareconstructiond’unnouveaupays,d’unnouveaupeuple.Ilsenonttellementbesoin !Etnousaussi !


Casquesbleus

Ilssontsortiscejour-làpourescorterunepersonnalitÊrwandaise. Ils Êtaient là comme des paras, mais bien davantage commelestÊmoinsdelavÊritÊetdelajustice.Etc’estainsiqu’ils sonttombÊs,privÊsdeleursarmes,pourlajusticeetlavÊritÊ. L’avenirdiralagrandeurdeleurgeste. Aujourd’hui,notrepays,bouleversÊparlechocdeleurfinet ladouleuraucœurdeleursfamilles,s’inclineavecrespectetadmirationdevantceshommes.IlsÊtaientlestÊmoinsd’uneforce quisevoulaitpacifique.IlssontmortspourdÊfendrelavieavec d’autresarmesquecellesutilisÊesd’ordinaire.Nossoldatsbelges sontdeshÊrosdontnoussommesfiers.Nossoldatsbelgessont desamisquenouspleurons.Nossoldatsbelgessymbolisentce qu’ilyadebonennous,degÊnÊreuxetdefort.Leursacrifice, leurmorthÊroïque,nouslaissentuntÊmoignageetconstituent unappel.Nousnepourronsjamaislesoublier.Heureuxsommesnousd’êtreaujourd’huidescompatriotesdecesjeunesquiont crupossibledepartirlà-baspour semer lapaix. Ilfautledireaussi,commereligieux,cejourfutdouloureusementvÊcuauRwanda.TroiscompagnonsjÊsuites,deuxprêtres sÊculiers,unedizainedejeunesfemmesetdesmembresdela communautÊChristus àKigaliontÊtÊmassacrÊs.Tousd’origine rwandaise.Victimesinnocentesdecechemindecroixquevit leurpays.Ilssontmorts.C’estleurtÊmoignage.Iln’yavaitpas deplanquivoulaitleuranÊantissement ;ilyavaituninstinctde domination,derevancheetfinalementdepeur.Ilssontmorts àleurfaçon,pourceChrist Roidetouteslesnations queleur pays,danslesang,doitapprendreàconnaÎtre,àaimeretàsuivre.

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Aufildesjours

Merci !frèresetsœursqui,sansl’avoirchoisi,êtesdevenus des tÊmoins. Vous nous rappelez aujourd’hui que la Bonne Nouvelles’annoncesurlacroix.Grâceàvous,l’espÊrancerenaÎt auRwanda.


Auvoleur !

Ilestdecespetiteshistoiresqui,lorsqu’ellesnousarrivent, paraissenttellementinattendues,incongruesquel’onseditque leurrÊcitnepeutavoird’autrebutquederÊjouirquelqu’un. C’estainsiquej’aipensÊquecequi,dernièrement,s’Êtait passÊauToitpouvaitdonnermatièreàunpetitcontesusceptible d’enchanterquelque TanteJacqueline lointaineettoujours siprochedenous. Doncunsoir,commejequittaislamaisonpourrentrerau Bellarmin,j’arrivaiàlaportedufoyeretremarquaiquelqu’un occupÊ‌àcueillirnosjonquilles !Àlesarrachertoutes,niplus nimoins,etàenformeruntas‌Quelculot !Unpeuplusloin, dansunsacenplastique,gisaientlestroispauvresprimevères, orgueildenotreparterre.Cebravegarçonm’avoua,balbutiant etsentantquelquepeul’alcool : Jesuisunouvrierdejardinet jevienspourl’entretien.Jeviensmettredel’engraisorganique.  Pointd’engraisàlavÊritÊ,maisvisiblementungarçonapteàse sentirbiencheznous ! Jel’aiintroduit.NousavonsquelquepeubavardÊ.Ildevait êtreunpeupaumÊ,seprÊtendantoriginairedeplusieurslieux, diresdontnousn’avonspucontrôlerlavÊracitÊ.Entoutcas,il semblaitbienmalheureux.CommenousÊvoquionslesgendarmes,ilrÊpondit : Prison .Nousluiavonsdit : Situavais priscesfleurspourtamaman,pourtonpapamalade,nousen aurionsÊtÊtrèscontents.Maispourquoifairecela ? SacapacitÊ deraisonnementn’Êtantpastropforte,nousn’avonspasinsistÊ !

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Aufildesjours

J’aiprissonadresse,peut-êtreaurons-nousunjourlajoiede leretrouver ?Ilestpartiversquelquedestininconnuetnous avonsrepiquÊnosfleursenpensantàlajoiedeTanteJacqueline quandellelesreverrait‌ Voilàunpetittraitparmitantd’autresquidonneàcettemaisonun jenesaisquoid’ailleursetdetoujours  !


BulletinmĂŠtĂŠo

ElleÊtaitsortietimidement,àl’abriduvent,contrelemur dujardin.C’Êtaitunejonquillepasplusfortequelesautres,peutêtremieuxplacÊeetplusamoureusementplantÊe.Elleestsortie, rattrapantlesperce-neigequinousÊgayaientdepuisplusieurs semaines.ElleÊtaitenavancesursontemps. Toutàcoup,moinscinqdegrÊs,unventd’estsifroid,etla voilàcouchÊe,brÝlÊeparlegeltoutcommelesbourgeonsdu poiriervoisin,euxaussitropprÊcoces.NousÊtionssiheureux denotrehiver,sansgrandfroid :ons’estrÊjouitropvite ! Ilfautainsirecueillircequisepassesurnotreroute.Onrêvait desoleiletoneutdelapluie.Onrêvaitdedouceuretoneutle gel.Quandaccepterons-nousdepassertoussescapricesàce  garnement detemps ?Quandpourrons-nousêtredeceuxqui chantenttouslesjourslabeautÊdelavieàtraverslapluie,lesoleil,lefroid,l’orage ? N’est-cepascela,lavocationduchrÊtien ?Lalouangedes moinesdanslesabbayesnemonte-t-ellepasverslecielpour nousapprendre,ànous,chrÊtiensdesvillesoudeschamps,àdÊcouvrirqu’ilyaunsoleilprêtàbrillerpourtousetqu’ilyaun froidàmêmedemordrebiencruellementcertains ? LalouangedeDieuinvoquealorslacompassionavecles hommes,nousinviteànousentraider.Avons-noustÊlÊphonÊà cettevieilletantepourprendredesesnouvelles,poursavoirsi sesgÊraniumsnesontpasgelÊslà-basàlacampagneoÚellevit trèsdiscrètement ?Pensons-nousauxplusâgÊsquinepeuvent passortir ?Ilsonttellementbesoindenotreaide‌Etsinousfaisionsleurscourses !

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Aufildesjours

Leclimat—surtoutquandilpleut,neigeouvente—esttoujoursrappeld’unecommunionentreleshommes.N’ymanquonspas !CelanousestnÊcessaire.Nemanquonspaslerendez-vousdesintempÊries,lerendez-vousdelasolidaritÊ.


VI. L’Église que j’aime Nejugepas,aime !

Onditsouventdequelqu’unqu’ilestbonparcequ’ilpartage. Onditparfoisaussidequelqu’unqu’ilesttrèsbonparcequ’on nel’ajamaisentendudiredumaldesonprochain.Ilm’asemblÊ l’autrejourentendredansmoncœurunetroisièmebÊatitudede labontÊ,celledeceluiquinejugepasou,s’ildoitjuger,excuse, comprend,porte,parcequ’ilaime. Oh !ceterriblejugementquiempêched’aimer !Ilestsouvent laconsÊquencedesdonsreçus,d’unecertaineÊducationou d’unecertaineintelligence,nouspermettantdenousmettreà l’Êcartetd’avoirplusdereculpourmieuxnousdissocieretdonc juger. C’estsansdoutecela,ledramedujugementquel’onporte surl’autre :c’estqu’ons’enÊloigne.Onn’estplusaveclui,on n’estpaspourlui,maisonestÊtrangeràl’autre. Celaarrivesouventquandonparledel’Église.Quidenous n’ajamaisdit : L’Égliseestimpitoyable,l’Égliseestintransigeante,l’Égliseesttropdure,l’Égliseestscandaleuse‌ alorsqu’ildevraitdire : Jesuisdur,intransigeant,intraitable,etc.  Juger,c’estquandonprÊfèrele je au nous etqu’ens’isolant,onseconstruituneforteressequi,d’abord,seveutdÊfensive,maisdevienttrèsviteoffensive. Oui,pourquoijugermonprochainsinonparpeurqueluine mejuge,parpeurdereconnaÎtrequemoiaussij’aimesdÊfauts, mesfaiblesses‌remiseenquestionpersonnellebienpluscomplexeàassumerquelerôlefaciledecontempteur,dedÊnigreur !

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L’Églisequej’aime

Sedoute-t-onquederrièretoutjugement,ilyasouventune condamnationpureetsimple.Or,l’Évangilenousdit : Jene suispasvenupourjuger,condamner,maisjesuisvenupoursauver.  Lejugementqu’ilnousfautretrouver,c’estceluidel’enfant. Unenfantnesecroitpasau-dessusdesautres.Ilnedirapas : Un telestvaniteux,untelestorgueilleux. Non.L’enfantcroiten celuiquivientverslui.IlselaissetoutsimplementattireretsÊduire.Ilsaitqu’onl’aimeetqu’ilnepeutenallerautrement.C’est toutelabeautÊdel’enfance. Finalement,pourvraimentbienjuger,ilconvientd’abord d’aimer,farouchement,solidement.Quandl’amourest incarnÊ jusqu’àdevenirl’autre,unautremoi-même,alorspeut-être puis-jedire : Commemoi,ilestvaniteux ;commemoi,ilest paresseux.  Alors,jugerpeutdevenirunesortedeconjugaisonduverbe aimer.


Difficileamour

Unefoisencore,lanouvellem’arrive :unmÊnagesaute,un autre se refait. Tant de souffrances sont enfouies dans cette doublerÊalitÊ.Commentest-cepossible ?Ilss’Êtaientpourtant promisfidÊlitÊetcelan’apasmarchÊ‌IlsavaientpensÊêtretoujoursfidèles,obÊissantsàl’Église.Etvoilàqu’ilssesententrejetÊs. CetteÉglisequiseveutMèreetquirefuseunebÊnÊdictionde mariageàsesenfantsquisesonttrompÊs,toutsimplement,et quivoudraientaujourd’huirecommencer. OntrouveraunthÊologienexpliquant,avecraison,quece n’estpaspossible,quelesacrementdumariagedansl’Égliseest signedel’amourdeJÊsusChristpoursonpeupleetquel’onne peutpasledonnerdeuxfoisparcequecetamourestunique. C’est la mission du couple chrÊtien de tÊmoigner ainsi de l’amourdeDieu :lafidÊlitÊdeshommes,refletdelafidÊlitÊde Dieu. Non seulement la bÊnÊdiction leur sera refusÊe, mais l’ÉglisedesurenchÊrir :lacommunionàl’Eucharistienedoitpas leurêtreaccordÊe. Quej’aimalquandj’entendscesphrases !Etpourtant,jesais quel’ÉgliseestmaMèreetqu’ellenepeutaffirmercesvÊritÊssice n’estparcequ’ellem’aime.Alors,querÊpondre ?Seigneur,jeveux m’arrêterprèsdetoiettoutsimplementmetaireensouffrant,en pleurant,maisennevoulant,àaucunprix,condamnerl’Église,ni condamnercespetitsquicherchenttoutsimplementàsurvivre. Alors,quefaire ?Jouerundoublejeu,êtreunpeuÊquivoque,faire semblantd’ignorerque‌ Non !Commentexpliquerqueleplusimportant,c’estdese laisserapprocherparDieuetdecroireensamisÊricorde ?Que,

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L’Églisequej’aime

finalement,recevoirJÊsusdansl’Eucharistie,c’esttrèsbien,mais celan’aaucunsenssijelereçoisendehorsdel’Église.Iln’estprÊsentdansletabernaclequeparcequel’Égliselecautionne,lecertifie.Alors,pourquoin’yaurait-ilpasdeschrÊtiensserendantà lamessetouslesdimanchessanscommunier,conscientstoutefoisqueDieuestaveceuxparsamisÊricorde,parsabontÊ,par sonpardon,bienplusquedansleritedel’hostie,delacÊlÊbration ?Jelesais,chacunaimefairecommetoutlemondeetvoudrait,commetoutlemonde,avoiretsamessedemariage,etsa rÊception,etsarobeblanche.Maisn’ya-t-ilpasautrechoseàdÊcouvrirquecesritesquiparalysent ? Sommes-nousenÊtatdechercher,ousommes-noussimplementavidesdesÊcuritÊ ?Toutestlà !Entoutcas,s’ilestunevÊritÊ àdÊfendreavantmêmedeproclamerquel’Églisearaison,c’est d’affirmerqueDieunousaimeetqu’ilveutlepardon.Decela, nous sommes certains et nous voulons en vivre ! Pourquoi condamnerceluiquivaseremarier ?Pourquoicondamnercette jeunefemmeheureusedesemarieravecunhommedivorcÊ ? Ellel’aime,ilss’aiment,ilsveulents’engager.Ehbien !qu’ils croientàl’amourdeDieu,quiestplusgrandquel’amourdes hommes,maisquin’acceptepasquel’amourdeshommesmal compris abÎme l’amour de Dieu. Qu’ils ne demandent pas à l’Églised’agirautrementquecequ’ellefait.Ellecriepourlavie, ellecriepourl’amour.LeChristadonnÊsaviepourcesvÊritÊslà,etl’Église,àsasuite,n’estpaslàpouravoirplusdepratiquants, maispourqu’àsafaçon,ilyaitplusd’amoureux.Aimer,cen’est passerecherchersoi-même,maisc’estdonnertoutpourcelui quel’onaimeafinqu’ilgrandisse.Alors,acceptonsdenepas comprendre,maisrefusonsdejugeretsoyonsdeceuxqui,dans cescirconstances-là,choisissentjusqu’auboutd’aimer.


L’Êluedemoncœur

Unjour,j’aieulajoiedevoirBernadette,letrèsbeauspectacle desfêtesdeTourinnes,àl’occasiondelaSaint-Martin.Letitre pouvaitparaÎtreÊtrangeàuncertainnombredepersonnesnon interpellÊes par cette petite bonne femme des lointaines PyrÊnÊes.Pourmoiqui,chaqueannÊe,suiscomme nourri  parcettegrâcemystÊrieusedeLourdes,j’aimaisallerÊcouter Bernadetteennotreterrebrabançonne,encettevieilleÊgliseperchÊesurlacollineoÚsoudain,àtraverscetteactrice,Dieuallait meparler. Aprèslesjoiesdesapparitions,lecourageetletÊmoignage parfoishÊroïquedeBernadette,j’aivÊculedramedevoirce  petitboutdefemme seconsumerlentementdansuneviereligieusedontonvoyaitlapuissanceetledynamisme,maisoÚ l’onsentaituncertainmÊprispourcequiÊtaitpetit‌ Vous, Bernadette,votreemploiseralaprière ,disaitlamaÎtressedes novices. Toutàcoup,aucoursdecettemystÊrieusesoirÊequim’aprofondÊmentremuÊ,j’airÊalisÊqu’ilnes’agissaitpasd’uneparodie delaviereligieusenidel’exaltationd’unepetitesaintevoulant fairelaleçonàsesaÎnÊes,maisquenousvivionstoutsimplement en Bernadette le drame, l’aventure passionnante de l’Église. Chaquefoisquel’onouvrelesyeuxsurlavied’unsaint,c’estla viedel’ÉglisequiserÊvèleànousetnousmontresonvraivisage. Iln’yapasl’Églised’uncôtÊ,institutionforteetpuissante,etde l’autrecôtÊ,lessaints,exemplesplusoumoinsrÊussis.Non, Bernadettequiavu,Bernadettequiacru,BernadettequiatÊmoignÊ jusqu’à en mourir : c’est l’Église. Bernadette inutile,

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L’Églisequej’aime

BernadettebafouÊe,ÊcrasÊeetmourantpresqueseule,c’estencorel’Église.Oh,quejel’aimedoncnotreMèrel’Églisequi,au cœurdeseserreurs,estencoreporteusedeDieu ;aucœurdeses faiblesses,crieverssaPuissance ;aucœurdesespÊchÊs,nousrÊvèlesoninÊpuisablePatience. Oui,Bernadette,àLourdes,n’avaitpaschoisilavoielaplus facile,maisellenousaapprisàêtreheureux.Levraibonheur, c’estquandonmeurtàsoi-mêmepourquel’autrevive.Levrai bonheur,c’estquandonacceptel’autrediffÊrentdesoi. RendonsgrâceàDieupourtousceuxquiontportÊcettepièce dethÊâtrequinousafaitdavantageaimerl’homme.


Blessuredeladivision

HÊlas,ladivisionentrechrÊtiensnedatepasd’hier.Ilfutun temps—passilointain—oÚdeschrÊtiensÊtaientÊlevÊsdansle mÊprisd’autreschrÊtiens.Heureusement,sousJeanXXIII,l’Église catholiquepritofficiellementpositionenfaveurdumouvement œcumÊnique.LesBelgescontribuèrentpourunegrandepartà sa naissance : le cardinal Mercier (Malines) ; Dom Albert Baudouin (Chevetogne). En 1925, un prêtre français, l’abbÊ Couturier,lançaitlasemainedeprièrepourl’UnitÊ.Ilestgrand tempsquenousnousrapprochionslesunsdesautrespourque, commedisaitJÊsus,lemondecroie. J’aienfincomprisqu’ilnes’agissaitpasderamenerdeforceà lamaisonlesenfantsperdus,maisqu’ilfallaitlaisserlaportegrandeouvertepourquetous,filsaÎnÊetenfantprodigue,puissenty entrer,nonpaslatêtehaute,maislecœurouvert. L’œcumÊnisme,c’estavanttoutlerespectdechacundanssa fidÊlitÊ,danssafoi,danssoncheminement‌ L’œcumÊnismen’appartientàpersonne.Ilestlecœurd’un PèrevoulantquetoussesenfantssoientrassemblÊs.Ilestlesang deJÊsusversÊpourquetoussoientun. Père,commetoietmoi noussommesun. IlestlesilencedeMariequireçoitlecorps blessÊetdÊjàfroiddesonfilsaupieddelacroix,sansavoir d’autreparoleàajouter. Jemesouviensdecettevisiteducampdeconcentrationà Majdansk,prèsdeLublinenPologne.DeuxjeunesAllemandsse joignirentànous.Ilsnousaccompagnèrentet,tandisquenous chantions Père,unis-noustous,quelemondecroieenton amour ,ilspleuraient.

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L’Églisequej’aime

L’œcumÊnisme,cesontceslarmesquin’ontpasfinidecouler.NousnesommesvraimentœcumÊniquesquedanslamesure oÚnouspleuronslepÊchÊdeladivision,lesblessuresquenous avonscausÊes.L’œcumÊnismedemandeunespritderepentance. Ilnes’agitpasderegarderl’autrecommelabrebisÊgarÊequ’il fautàtoutprixrameneraubercail.L’autreestaussisurlaroute del’unitÊ.IlnousfautlereconnaÎtre,lerespecteretmarcheravec lui. Devantlesmeurtrissuresdeladivision,ilnesertàriende comparer,dediscuterpoursavoirquiaraisonouquiatort.Ilsuffitsimplementd’accepterqu’àtraverslesblessuresrenaisseune unitÊ. Lacicatrisationnepourras’opÊrerqueparunamourplus grand.


PèreDamien

SurlesaffichesdanslemÊtroetdanslesrues,lasilhouettedu pèreDamienestÊvoquÊeaveccettemention : RelevonsledÊfi delalèpre ! Sionsavaitcequ’estcetteterriblemaladie,ons’impliqueraitbeaucouppluspourlavaincre.Quenedonnerait-on paspourqu’elles’arrête ! Cettemaladieestunpeucommelesymboledesblessuresde l’humanitÊ,desesfaiblesses,dumalquipartoutrôde,abÎme, faitdÊsespÊrer.Alors,chacundoitrêverqu’unjourlalèpresera guÊrie et avec elle tout ce qu’elle reprÊsente, tout ce qu’elle Êvoque,toutcequ’ellerappelle‌ Aujourd’huiencore,lescollecteslesplusfructueusessont cellesorganisÊespourluttercontrelalèpre,oucommeondit,  poursauverleslÊpreux .C’estlàqueDamienarelevÊplusd’un dÊfi :ledÊfidel’amour,ledÊfidelavie,ledÊfidel’amitiÊetde lafidÊlitÊ.Ilnepouvaitpass’imaginerqu’onpuissepasserquinze joursavecleslÊpreuxetpuiss’enretourneraupayscommeside rienn’Êtait.IlyestrestÊquinzeans !Ilnepouvaitpasaccepter qu’ilss’enfoncentlentementdansladÊgradationdeleursdÊchÊancessanspersonnepourleurdire : Tuesimportantpour moi !Lapreuve,jeresteavectoi‌  ToutdÊfiestunefaçonderester avec .Pensons-nousassez audÊfideDieuquiacruenl’hommeetluiaenvoyÊsonFils ? C’esttellementfortquel’onn’osepasycroire.C’estpeut-être aussitellementfortqu’onn’apasvouluregarderDamienplus audacieusementjusqu’àprÊsent.Pourtant,ilaÊtÊdit : Pasun homme dans le monde journalistique n’a tÊmoignÊ comme lui ! LeparideDamien,c’estdedire : Jerestejusqu’aubout ! 

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L’Églisequej’aime

LeparideschrÊtiensd’aujourd’hui,c’estd’imiterDamien : Là oÚilyadespauvres,jeserai.LàoÚilyadesrejetÊs,jeserai.Là oÚilyadesdÊsespÊrÊs,jeserai. Soinspalliatifs,Arche,A.T.D., MèreTeresa‌neprenonspaspournousseulscesdÊfis,d’autres lesmènentavecnous.Nousavonsbesoinqu’ilsrevitalisentnos engagements,qu’ilsnousdisentàleurfaçon : Allez-y,çavaut lapeinedenepaslâchercettefidÊlitÊ. Commeledisaitunprisonnieràsonaumônierausoirdesacondamnation : Aide-moi àtenirjusqu’auboutdemapeine.  CommeDamienàlasuitedeJÊsus,commeGandhienrecherchedeJÊsus,commetouthommequiloyalementoseposer cettequestion : PourmoietpourToi,quies-Tu,toiquim’appellesàallerjusqu’aubout ? 


IdĂŠal

Ilestdessaintsauthentiquesquin’ontpasàêtreimitÊsparce queleurvocationesttellementexceptionnelleetuniquequ’on nepeutquel’admirer. Ilenestd’autresquiprÊfèrentlesdÊpartementalesauxautoroutes, comme le frère Mutien-Marie, Jean Berchmans, et d’autres.Ceux-lànousdisentqueleseulmoyenpourallervers DieuestdechoisirunchemindepauvretÊ,d’humilitÊ,deservice. Nousn’avonspasàrechercherautrechosequecettevoie. C’estunitinÊrairesÝr,etl’Église,quiestMèreetconnaÎtsesenfants,nepeutleurmontrerd’autreroutequecelled’unecertaine sÊcuritÊ.Iln’empêchequenotrehistoireàchacundenousest rempliedecestÊmoinsquiontbouleversÊnotrevie.Cequ’ils ontfait,nousnel’aurionsjamaisimaginÊ,tantd’amours’yest exprimÊ.IlsontacceptÊdessituationsvraimentimpossibles.Ils ontpuhÊroïquementloueretservirDieu. Ilestimportant,dansunefamille,quel’onaitsoncalendrier des saints. Ceux qui ont une fête dans la reconnaissance de l’Église,maisaussiceuxquiontunefêteparcequedansnotre histoirefamiliale,personnelle,ilsontungrandrôle.Peut-onoublierleprÊnomdecettepersonnequiaservitoutesavieunefamilleetquiestmorteendisanttoutsimplement merci  ?Peutonoubliertellenaissance,telÊvÊnement,maisaussitellemort, teldeuil ?Chaquefamilledevraitavoirsonlivred’heuresquiraconte,dèslapremièreenfance,lesrencontresdeDieuàtravers lespersonnes.Onytrouveraitlacertitudequ’Ilesttoujoursprès desesenfants.

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L’Églisequej’aime

Osonsycroire,lasaintetÊdessaintsn’estpasàrelÊguerau rayondeshagiographies.Elleestàcueilliraucœurdenotrevie, làoÚnousleurressemblons,carilssontterriblementprochesde nous.C’estbienlamissionqueDieuleuraconfiÊe :partageravec nouscequ’ilyad’humaineneuxetdedivinenLui.Rendons grâceàDieu !


Veritatis splendor

L’encycliquedeJean-PaulIIsurlamoralechrÊtienneettous lesproblèmesyaffÊrentsapourtitreVeritatis splendor. Defait, seulelavÊritÊdanstoutesasplendeurestàmêmedenousÊclairer,denousapaiser,denousfortifieretdenousconsoler.Devant cemessageadressÊparlePapeàtousleschrÊtiensetàtousles hommesdebonnevolontÊ,nouspouvonsentrerdanslacontestationetlacritiqueetregretterquececin’aitpasÊtÊdit,quecela aitÊtÊtropdÊveloppÊ,quecesportes-cin’aientpasÊtÊouvertes etquecesperspectivesdemeurentfermÊes‌ C’estunmomentdefoi.Ilnousfautaccepterànouveaud’être dÊpassÊsparcequenousvivons,parcequel’Églisenousdemanded’accueillir.LeSaint-Pèredoitparler.IlnelefaitpasenÊtant obnubilÊparunecertainevisiondelamoraleetdelaviechrÊtienne.Illefaitparcequ’ilestPère.Àl’imagedeDieu,ilnedÊsire quelebonheuretl’Êpanouissementdesesenfants.Maispasà n’importequelprix !Or,ilestcertainquedepuisplusieursannÊesunlaxisme,uneincomprÊhensiondeplusenplusgrande fontquelamoralechrÊtienneesttombÊebienbas.TouteslesfamillessonttouchÊes,touslesindividusensontmarquÊs.Ilne s’agit donc pas de faire de l’Église et des chrÊtiens des surhommes.Ils’agitdesavoircequeDieuavouluencrÊantl’homme,enluiconfiantcetteextraordinairerichessequ’estsasexualitÊettoutessespossibilitÊsd’amour ;ensachantquecetamour nepeutpasêtrevÊcudanslasplendeurmêmedesavÊritÊ,sice n’estàl’imagedeDieu.Oh,sansdouteseront-ilspeunombreux ceuxd’entrenousquiprÊtendentpouvoiraccÊderàcetidÊal. AlorsnousseronsdÊpassÊs,nousentreronsdansunecertaine

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L’Églisequej’aime

incomprÊhension,maisenÊtantconscientsqueDieuveillesur sonpeuple,quetoutletravailinspirÊpourl’Êclairernepeutêtre qu’untravaild’amour,depatienceetdefoi,carDieuestmisÊricorde. Seigneur,aide-moiàapprendrecequejenecomprendspas, àaimercequimefaitpeur,àoserquandtoutenmoimepousse àladÊmission.LereconnaÎtre,c’estcommenceràaimer. Accueillirl’encyclique,c’estcroireenDieuaujourd’hui.


RĂŠvolution

QuedechangementsencettefindemillÊnaire ! IlmesemblequejesuisplusprochedenotrepèreAbraham (morten1750avantnotreère)quedetantdejeunesd’aujourd’hui. Enfant,jelisaisJulesVerne.Eux,aujourd’hui,leviventetle dÊpassent.Devantcesgrandsbouleversements,cesgrandschangements,onesttentÊdedire : OÚvanotremonde ? Lesuns ajoutent : OÚestDieu ? D’autresposentlaquestion : OÚest l’Église ?  Dieu,lemaÎtredutemps,nouspartagesonÊternitÊàtravers lesminutesquis’Êcoulent.Laviepeutallerplusvite,Dieudemeure !Aucœurdesinventions,Dieuest !Danstoutcequichange,Dieuest !Danstoutcequiseproposeànous,Dieuest !Iln’est pasl’absentdontonvaÊvoquerlesouvenir,IlestprÊsentpartout.Chaquefoisquel’hommecroit,aime,donne,reçoit,partage,Ilestlà !Carc’esttoujoursàsonimagequetouscesgestes sefont,quetouscessentimentssevivent. N’ayonspaspeurpourl’Église,carelleestnotreMère.Elle peutprendredesvisagesvariÊs.Elles’adapte,innoveconstamment.C’estsouventelle,biendavantage,quichangeetÊvolue versl’avenir,tandisquenousgÊmissonssurseslenteurs,sesraideurs,sestraditions.Si !l’ÉgliseestàlamesureducœurdeDieu, enperpÊtuelrecommencement.Elletraduituncœurquiaime etquichaquejourrÊinvente.ElleincarneunprojetquidÊpasse deloinnospeurs,nosangoissesetnousriveàl’incroyableaventured’unDieuqui,acceptantdeprendrelaconditiond’homme, faitquetoutenl’hommeestdÊsormaisconsacrÊàDieu.

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L’Églisequej’aime

CelaestdÊjàvisibleàtraverslesgrandschangementsausein dumondeetdel’Église.Ilstraduisentl’actualitÊdeDieuetlacertitudedesaprÊsence. Certainsrefusentdes’associeràcette renaissance .Mais d’autres—àl’imagedelanatureserenouvelanttoujoursaurythmedessaisons,dutempsquipasse—ontconfiance.Dieuestlà ! Ilestvraimentceluiquerienn’arrêteparcequ’IlestleDieuToutPuissantquidansl’hommeserÊvèle,quiparl’hommesedonne. N’ayonspaspeurdetousceschangements,ilsappellentàla confiance.


Assise

Jean-PaulIIl’avaitpressenti :pouroffrirunlieuderencontre, unterraind’entente,unepossibilitÊd’Êchangeetdeprièrepour chacun,riendeplusindiquÊqu’unesimpleville,unlieuoÚla paixs’estmesurÊeàlaguerre,maisoÚlepardonaamenÊla conversion :Assise.Quandons’imaginecettecitÊtellequ’elle devaitêtreen1200,toutÊvoquelaguerre,àcommencerparles remparts,etretrouvelespalpitationsdescœursd’aujourd’hui. MaisFrançoisyasemÊlapaix.Nousl’avonsgoÝtÊe ! Nousrentronsd’AssisebouleversÊs.NousyÊtionsunepetite centainedel’ArchedeBruxellesafind’ycÊlÊbrerlesvingtansde notreexistence(1974).RendregrâceàDieuetpartager,toutsimplement,ensemble,loindutohu-bohu,untempsd’Êcoute.Ah ! lapaixd’Assise,quelrÊconfort !Ettantpispourlefroidvraiment mordant,lesdrapsdelithumides‌broutillesquetoutcelaen regarddecequenousapportecetteretraite !Qu’ilfaisaitbon louer messire lesoleil,brillantaufirmament,carilÊtaitnotre consolationetnotrechaleur.Etnousavonsconnul’expÊrience d’unpeuplehumblemenÊparlespetits.Oh !sansdoutetout avait-ilÊtÊprÊparÊavecsoin,qualitÊ,attentionextraordinaires. MaisquandonatoutagencÊ,quelesplusbeauxcarnetsderoute sontfaits,ilrestelarelationàlapersonneetl’Êcoute.Toutcela s’estdÊroulÊd’unefaçonmerveilleuseaurythmedesinterpellationsetdesquestionsquechacunosaitposerauxautres.Ainsi, commenousÊvoquionslepassagedel’ÉvangileoÚunefemme verse du parfum sur les pieds de JÊsus lors de l’onction de BÊthanie,cettequestionafusÊducœurdel’undesparticipants : —Pourquoia-t-elleversÊduparfumsurlespiedsdeJÊsus ?

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L’Églisequej’aime

ÀquoiilfutrÊpondu : —Parcequ’onallaitLuifairemallevendredi. ÀAssise,impossibledenepasêtreÊblouiparlalÊgendede saintFrançois,rapportÊedanslesFioretti.Maiscequenousavons vÊcuestencoreplusbeauquelaconversionduloupdeGubbio, lechantdesoiseauxapprivoisÊsparcetexcellentcompagnonde JÊsusquefutFrançois.NousavonsvÊcudestempsderencontre d’unequalitÊtellequenousnoussommessentisprofondÊment transformÊs.Ilyavaitplusencequenoussentionsqu’enceque nousraisonnions.C’ÊtaitvraimentlagrâcedeDieuquivenait ennotrecœurets’exprimaitàtraverscesvisagesd’enfants,merveilleuxbambinsdecescouplesd’amisquinousportentetnous aiment.Merveilleuxenfantsquiselaissèrentapprivoiserparce mondedespetitsetquidÊcouvrirent,àpartirdecequeDieuleur demandait,unequalitÊd’appelsansÊgal !OnlessentaitmarquÊs,intÊriorisÊs.Nousavonsperçuquel’ArcheÊtaitunerÊponseauxappelsdutemps,àlavocationdel’Église.Quandlespetits sontaccueillis,ilsdeviennentprophètes.Quandlesplusfaibles sesententreconnus,ilsdeviennentgrandsetsontcapablesde porter,d’entraÎner.QuandilsecrÊeautourd’euxunefraternitÊ, alorslemondeestmeilleur.NousavonsessayÊd’êtreunensembleetcefutmerveilleux.Pourtoutcela,ViveDieu !


VII. Notre Dame PrierMarie

Marie ! Les uns en parlent, les autres l’oublient. Certains mêmelarejettent,crispÊs,ÊnervÊs.Maispourtant,latoutepetite cadettedugenrehumainquiestvenuenousrÊvÊlerlecœurde notreDieu,n’arienfaitquinesoitrÊponseàunamour,quine soitfidÊlitÊàunappel.Sagrandeur,c’estd’avoircorresponduà cequeDieuattendaitd’elle. Annonciation, tout est possible et tout commence. Assomption,toutestconsommÊettoutcontinue.Deuxmotsvitauxpourl’histoiredel’humanitÊ,etaujourd’huidÊpourvusde senspourtantd’hommes.Ilestdoncnormalquel’onseremette àconnaÎtrecettegrandedame,cettepetitefillecommenousla rÊvèlentlechapeletetlerosaire. DireàMarie : Tuessibellequejenecessedetesalueretde tedirebonjour. DireàMarie : TuesmaMèrepuisqu’enDieu, je suis enfantÊ à une nouvelle vie et que tu pries pour nous commeseulelaMèredeDieupeutlefaire.  DansunmondeenproieaudÊsespoirouaudramedelasolitude,Marieestcellequ’onnepeutcesserderegarder,qu’onne peutcesserd’implorer,celleverslaquelleonn’ajamaisfinidese tourner.Elleestlacontemplationparexcellence,maiselleincarneaussil’actiondanstoutesabeautÊ,cariln’apasfallulongtempspourqu’enellenaisselavie,pourqueparellesoitrÊvÊlÊe àtouslavÊritÊ,etpourqu’enellel’ÊternitÊnoussoitassurÊe. Redisonscechapelet : Jetesalue.JemerÊjouis.Jem’unisà toi. Sanscesse,remÊmorons-nouslesÊpisodesdecettehistoire

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NotreDame

sisimple :Mariechezsacousine,JÊsusperduauTemple,leportementdelacroix,lacrucifixion,laPentecôte‌Toutcela,c’est Mariequinousledonne.C’estenellequenouspouvonslecomprendre.C’estellequinousaideàlerecevoirjusqu’auplusprofonddenotrecœur.Sanselle,nousserionstellementpauvresde vie,d’amour,dejoie. Etcommeilnefautpasregarderlecielenoubliantlaterre, sesoustraireautemporelenserÊfugiantdanslespirituel,chaque Ave seraenrichidetoutelaprièredenosintentions,denossouffrances,denospeines.ChaqueAve seraundondivin : N’aiepas peurdetoutemporterdanstaprière,detoutdireàtaMère. N’oubliepersonne,caravecuncœurcommelesien,toutpeut êtrepartagÊ,toutdoitdevenirlieude communion.  SainteMarie,MèredeDieu,priezpournous,priezpoureux, priezpourceuxquienontbesoin,priezpourmoi,peut-êtrele pluspauvredetous.


ImmaculĂŠe

Sousl’Occupation,durantlessÊancesdetortures,lavictime, àboutdeforces,murmuraitparfoisÊpuisÊe : Maman ! Un hommedesoixanteansappelaitencoresamère ! Danslecœurdel’homme,ilyatoujoursuneplacepour l’amourd’unemère.Dieulesait,luiquiachoisiMariepourêtre lamèredeJÊsus.ElleseulepeutcomprendrenotredÊtresseet, faceaupÊchÊ,elleseulepeutnousapaiser.Dansseslitanies, MarieestinvoquÊesouscebeautitre RefugedespÊcheurs ,  ConsolatricedesaffligÊs .Danscemotderefuge,toutestdit. Pourtant,cetitreneluivientpasdeDieumaisdeshommesqui l’implorèrentsouscettedÊnomination. QuandDieudonneunemèreàsonFils,ildÊcidedelamettre àl’abridupÊchÊ.Ledogmedel’ImmaculÊeConceptionrisque cependantdefairepasserMariepourlafemme parfaite ,inaccessibleauxpÊcheursquenoussommes.Maisnon,leprivilègede Marien’estpasd’êtreendehorsdelafaiblessedeshommes, elle quiseraleurMère ,maisd’êtreau-delàdecettefaiblessepourles encourageràcroirequ’au-delàdupÊchÊ,ilyal’amour ;qu’autraversdupÊchÊ,ilyalepardon. AinsiprÊparÊepoursamaternitÊdivine,Marierenonceàcet attachementquiunittouthommeaupÊchÊ.CettesortedepossessionoÚl’hommecèdeaumaltoutensachanttrèsbienqu’il s’entrouveramalheureux,Marienel’apasconnue. Oui,ma faute est devant moi sans relâche, mon pÊchÊ, moi, je le connais.  IlesttoujoursÊmouvantderencontrerdespersonnesâgÊes revenantsurdesfautesdejeunesse,oubliantquedÊjàplusd’une

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NotreDame

foiscespÊchÊsleurfurentpardonnÊs.L’angoisseestplusforte commesiavantdeseprÊsenteràDieu,onn’avaitd’autresrichessesquecetaveu : J’aipÊchÊ.  Marien’apasconnulepÊchÊoriginel.CelaluifutÊpargnÊ pour qu’elle soit, dès avant sa naissance, comme baptisÊe à l’avance,commeprÊparÊeàcemondemystÊrieuxdel’au-delà dupÊchÊ :celuidupardon,delapaixpourlaquelleJÊsusestmort etressuscitÊ. Sauveurdumonde,c’esttonnom,JÊsus.Toi,enquinousne voyonstropsouventqu’untÊmoin,unacteur,reconnaissonsque tuesleSauveur,toiversquinouscrions,toiqui,seul,peutnous arracheràcegranddramedenotrehumanitÊ :lepÊchÊ.S’ilest vraiquec’estlàquejesuismoi-même,c’estdanslaplÊnitudede tonpardonquejenaÎtraienfinàl’amourenrenonçantàtoutce quim’appauvrit,merabaissepourentrerenrelationavectoi, monlibÊrateuretmajoie.


RetrouverMarie

 Père,pourquoilesjeunesn’aiment-ilspluslaVierge ? Que leurrÊpondre ?Faut-ilsetaire ?Faut-ilenparlertoutletempsau risquedeleslasser,parcequejel’aimetant ?PourquoinereprÊsente-t-elleplusrienàleursyeux ? Osonsposerlaquestion ! Peut-êtren’envoit-onpluslaraison ?Cherche-t-onseulementuneraisonpourparlerdesamaman ?Uneenfantdemandaitàl’annoncedudÊcèsdesamère : Quis’occuperademon linge ?Quimettraenordremesaffaires ? ElleneconsidÊraitpas samamancommeuneservante.Ellemanifestaitparlàquesa mamanÊtaitunique,irremplaçable ;ellesavaittrèsbienqu’audelàdecestâchesdomestiquesàrecommencersanscesse,ily avaitl’amour. QuantàMarie,ilconvientd’aborddel’accueillircommeun dondivin.Dieuavouluqu’ellesoitdansnotrevie.Nonpas commedusuperflu,maiscommecellequidonnesonsensà touteexistence. Marie,choixmystÊrieux,incomprÊhensibledeDieu,n’est pasdanslalogique.Marie,mèredeJÊsus,ViergeMèreselonle plandeDieu,celanousdÊpasse. Jevoudraisdemanderàceuxquin’aimentpasMaries’ils connaissentlaTrinitÊ !Perçurent-ilsjamaisledialogueduPère etduFils,lesconfidencesdel’EspritSaint ?C’estàceniveauque sesitueMarie.Nondansleraisonnementlogiqued’unevÊritÊ Êcrasante,maisdansuncheminement,uneexplosion,unecroissance,uneouverturequialagrandeurdelacrÊation,l’humilitÊ del’incarnation,l’Êmerveillementdel’Assomption.

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NotreDame

MarieestcelledontonÊvitedeparlerfautedepouvoirdire  pourquoi onaimesapropremère.Celaneseditpas !Onsait quiestsamère.Onl’accueille,onl’accepte. Ilsontraison,ceuxquichoisirentlemoisdemaipourmettre Marieàl’honneur.Ilsontraison,ceuxquicomprirentquelelangagedesfleursdÊpassaitdeloinceluidesmots,qu’illeurfallait simplementremettredesfleursprèsdesonimageetbalbutier desmotscommeunenfant. Commeondit maman ,ondit Marie .Commeondit :  PrendspitiÊdemoi ,ondit MèredeDieu,priepourmoi, pauvrepÊcheur .Commeondit : Jen’enpeuxplus ,ondit  TuesmaMère,souviens-toidemoi .Onne prouvera jamais Marie,maison trouvera toujoursMarie,cellequiselivredans lapetitesse,lesdÊtails,dansletonsansrelief,danslequotidien, NotreDamedetouslesjours,NotreDamedecheznous,Notre Damedufonddujardin,vousêtespourmoicellequimegardez lamaindanslamaindeJÊsus,cellequim’apprenezàmettremes pasdanslespasdeJÊsus,cellequimerÊvÊlezqu’ilfauttoujours faireconfiance,c’est-à-dire laisserfaireselonSaparole . Qu’ilmesoitfaitainsi !


AngĂŠlus

Ilestmidi.Touts’arrêtedanslepleinsoleil.Touts’arrêtedans le cœur des hommes, dans leurs bras fatiguÊs. Autrefois, l’AngÊlussonnaitauclocherduvillage,embaumaitleschamps d’uneprÊsenceinsaisissable.Ons’inclinaitetl’onpriait. Aujourd’hui,onnesaitpluscesmots,pourtantsiimportants, qui,dansletemps,habitaientlecœurdesenfants : L’angedu SeigneurannonçaàMarie. OndÊcouvresoudainquec’estDieu quinousparle,quec’estDieuquinousappelle,quec’estDieu quiatantànousdireetànousdonner.Quem’a-t-iloffertce matin ?Plusencorequelesoleilquiluit,oulapluiequifÊconde, ilyatoutcequis’estpassÊentreluietmoidansuncertainsilence quijamaisnesetait,carDieuaimeetparle.DieuÊchange,communiqueetduranttoutecettematinÊe,pourlui,jefusl’unique. Merci,Seigneur,pourtoutcela.  EtMarieaconçuduSaint-Esprit. Ainsienva-t-ildeDieu, quandilentredanslaviedeshommesetlatransforme :l’irrÊalisablen’estplushorsdeportÊe,l’impensabledevientvieetfÊconditÊ.LaViergeportesonfruit,MariedevientlamèredeDieu. VoilàcommentDieuserÊvèleàchacundenous.Ai-jeÊtÊ assezaudacieuxcematinpourcroireàl’impossibleetpasser outrelestimidesrÊflexionsd’unespritquisecherche ?Ai-jeeu confianceenCeluiquiestlà,quiatantàmedireetveuttoutme donner ?  VoicilaservanteduSeigneur. Àl’instardeMarie,dansle dialogueavecDieu,ilnefautpasdire Pourquoi ? mais Me voici .

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NotreDame

Danscepleinmidi,jem’aperçoisquej’auraisvolontiersrÊponduàsonappel,maisquej’yaimanquÊ,fautedemereconnaÎtreassez servante ,assezhumble,restantconvaincuque c’estàmoidedirigertout,d’annoncer,d’organiser,d’avoirces  millefois raisonqu’onaimeraittanttransformerenunsilence d’amour. C’estvrai,pourcomprendrecequeDieudit-ilmefautêtre petit,pauvreetdÊpendant,acceptantquel’autremeparleetme donneplus.C’estalorsqu’àlalumièredecetenseignement,il mefautrevoirtoutcequiaucoursdecettecourtejournÊeestallÊ àl’encontredecetidÊal,àcausedemespeursetdemesangoisses : Qu’ilmesoitfaitselontaparole. Qu’enest-ildecette vÊritÊÊvangÊliqueque,depuiscematin,j’aichoisiecomme  phare pourmeguider ?OÚest-elle,Seigneur,taparole ?Jet’en supplie,garde-moifidèlejusqu’aubout.Pèretrèsbon, quetout sepasseselontavolontÊ !   EtleVerbes’estfaitchair. Oui,prendreconscienceàl’instantquel’ÊternelleTrinitÊs’estbrisÊed’amourpourenvoyersur terrelecœurdesonêtre,leVerbebien-aimÊ.Unnouveaumonde commence,celuioÚleVerbes’estincarnÊetdevientJÊsusle Sauveur,commes’ilyavaiteuaucœurdeDieudespossibilitÊs depardonetdesalutprÊexistantaupÊchÊoriginel. EtleVerbe s’estfaitchair. C’esttoutelasollicitudedeDieuquirefuseque l’hommesoitdÊsespÊrÊ,dÊcouragÊ.  EtleVerbes’estfaitchair. Cen’estpasDieudÊsertantle ciel,c’estlaterres’enrichissantdeDieu ;toutechosedelaterre prenantalorssonsens.Etquandjerepenseàcequej’aivÊcudans cettematinÊequis’achève,jerevoismavie : Ai-jeÊtÊassezattentifàcequeDieum’adonnÊ ?Ai-jeaccueillisonVerbedans machair,danstoutechaird’homme ? Cettechairquel’onsent, quel’onÊchange,quel’onmonnaie :elleestdevenuelachairde Dieu,lachairduVerbedeDieu.IncomprÊhensible transformation dontcependantjenepourraijamaisassezrendregrâceau Seigneur !


 Quetouts’arrange 

 EtIlahabitÊparminous. MevoilàrelancÊdanslavie,dÊcouvrantqu’ilnefautpaspenseràDieucommeàunêtrelointain,maisqu’ilfautl’accueillircommeilsedonne,ledÊcouvrir commeilest.Ilestlàsurmarouteetjesuisheureuxderepartir versl’après-midi,pleind’espÊrance,carDieuestavecmoi. C’estainsiquel’AngÊlusm’aamenÊàfaireunexamende conscience.Non,mavien’estpasune voiedegarage encombrÊedepÊchÊsouderegrets,mais,aucontraire,unegranderoute ouverte,uncheminfolâtrantparmilesblÊs,lesfleurs‌etlesortiesoÚjesuisappelÊàvivre,car Ilhabiteparminous ,ceDieu d’amourquim’atoutdonnÊ,celuiàquijenediraijamais : C’est assez !  Merci,Seigneur,pourcetempsd’arrêtprèsdeMarie,enplein midi !


Lerosaire

Pours’Êveilleràlavie,riendetelqu’unmoisdemaiÊclatant defraÎcheur,desoleiletdefleurs !Pourentrerdanslemystèrede laterrequimeurt,ilestbonqueviennelemoisd’octobre.Avec  l’ÊtÊdesainteThÊrèse ,ilnousfautentrerdanslemystèrede l’automnequiappelleunedisparitionàcequ’ilyad’Êgoïste,de renfermÊennosvies. Moisdemai,moisdurosaireavecMarie,prèsdeMarie ;l’un commel’autresontagrÊmentÊsdecettemerveilleusetradition qu’estlerosaire.LesrosesdenosAve sontautantdefleursceignantlefrontdenotreMèred’unemagnifiquecouronnequilui dit : Jet’aime .Pourlefervent,iln’yapasunerosedetrop,il n’yapasunAve quinepeutpasêtredit.CesAve ontaussilasaveurdesfruitsdelafindel’ÊtÊ.  ÀchacundedÊcouvrircetempsderÊcolte,cetempsdematuritÊquipermetderegarderlavieavecplusderecul.Enautomne,l’êtrevitaurythmedesesrÊcoltesintÊrieures.SoncœurdevenucouperecueilleunàunlesfruitsqueletempsyadÊposÊs. Nesont-cepaslesfruitsdelasagesse ? (extraitduTrèfle à quatre feuilles,d’IvandeVilleneuve). Heureux sont ceux qui le matin n’ont pas peur de dire à Marie : JetesalueMarie‌ Heureuxsontceuxquilesoirs’endormentenpensant : Priepournousmaintenant. C’estcela, lerosaire,cetteprièreàlafoisducieletdelaterre,cetteprière rappelanttoutcequeJÊsusavÊcuautraversdecesquinzemystèresjoyeux,douloureuxetglorieux ;maisaussid’autresmystèresquipeuventenjaillir,tousceuxquel’onpeutêtreamenÊà vivre.NousignoronsquellefutlapremièreparoledeJÊsuspour

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 Quetouts’arrange 

samère,maisnouspouvons,enpriantlechapelet,nousmettre àl’unissondescœursdeMarie,JosephetJÊsus,cœursdontles  battements rÊsonnentànosoreilles,nousdÊvoilentleurtendresse. C’estcela,lechapelet :selaisseremporterparcegrandamour nous submergeant, oÚ — grâce à Marie — toute parole de l’Écriture devient intelligible et proche du plus petit des hommes ;carilnoussuffitd’entendre,commeMarielorsde l’Annonciation,cetteparoledeDieurelayÊeparl’Ange : Jete salue‌ EtnotrerÊponsesera,commeenElleetpourElle : Prie pournous,ôNotreDame,maintenant,etàl’heuredenotre mort.  LouÊsoitcemoisd’octobreoÚ,parlechapelet,Mariepeutà nouveauêtrecheznous.


Marieaucœurdel’ÊtÊ

Lemoisd’aoÝtestceluidelafêtedeMarie,fontainedevieet d’amour.N’est-cepaslemomentderedÊcouvrircellequeDieu achoisiepourmeneràtermesonpland’amour ? SansMarie,biendeshommesrisquentderÊduireJÊsusàce qu’ilsenimaginent.Aussi,elleestlàpourrappelerqueDieunous aimeetcommentilentendnousaimer,pournousaideràentrer danslamerveilleuserÊvÊlationd’unDieuamoureux. Lagrâcen’ariend’un bulldozer Êcrasanttoutsursonpassage,maisressembleàunesourcejaillissante,àuneoasisaufond dudÊsert,àlarosÊequi,àl’aube,donneenviedepartir,demarcher,d’espÊreretd’aimer.ElleestcommeMariemisesurlaroute deshommesparDieupourgarantirlavÊritÊdesonpland’ÊternitÊ,lacertitudedesonespÊrance‌ MarieaÊtÊprÊvueàl’avancepourqu’aucœurdeleurdÊrÊliction,deleursdÊsappointementsetdeleurdÊsespÊrance,les hommessachenttoujoursqueleurMèrelesprotègeetveillesur eux. Etquandl’hommerisquedeserepliersursatristesse,dans sesÊchecs,sesangoisses,ilentendtoutàcouplecœurdesaMère battreenlui,commepourlerassurer,commepourledÊlivrer. LalibertÊestsauve,carl’amourestpremier‌

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Tabledesmatières

PrÊfacedeJeanVanier9  Quetouts’arrange  11 Premièrepartie.Ilsm’ontchoisi AutourduToit15 Dansl’Église29 ChezlesJÊsuites 39 Quelquesrencontres55

Deuxièmepartie.Ilferabeaudemain I.Aveceux 63 II.Visages 71 III.Lafoi 96 IV.Fêtes 122 V.Aufildesjours143 VI.L’Églisequej’aime 176 VII.NotreDame 194


Que tout s’arrange «Que tout s’arrange!» Telle était l’intention de prière que me proposait une dame pour cette Eucharistie à la veille de son centenaire. «Que tout s’arrange», pour que le monde soit comme Dieu l’a rêvé, pour que l’Église soit comme elle doit être et que le cœur de Dieu continue à se donner au monde comme Il a choisi de le faire. Cette phrase ne peut-elle pas éclairer ce que ma vie a perçu du plan de Dieu ? Plan de Dieu qui n’est pas fait de réalisations écrasantes, mais qui est comme l’épanouissement d’une fleur, la maturité d’un fruit. Plan de Dieu entrevu à travers la grêle et la tempête, mais aussi à travers le soleil et le doux vent du soir qui apaise et rafraîchit. Plan de Dieu deviné à travers la souffrance brûlante et brisante, mais aussi à travers le sourire de l’enfant qui appelle à la vie.

En 1988, les éditions Fidélité publiaient le premier ouvrage du Père André Roberti, Heureux avec eux. Douze ans plus tard, Que tout s’arrange reprend le même schéma : une sélection, soigneusement ordonnée, des billets hebdomadaires que l’auteur publie dans le feuillet «Alleluia-Arche». Ce volume est enrichi d’une longue interview du Père Roberti réalisée par son confrère et ancien élève Charles Delhez. Une occasion unique de découvrir le fondateur de l’Arche en Belgique.

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Que tout s'arrange