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bulletin sek·feps

2 | 2009

Une publication de la Fédération des Églises protestantes de Suisse

Numéro spécial « calvin09 »




ÉDITORIAL

Chères lectrices, chers lecteurs, bulletin sek • feps Organe d’information officiel de la Fédération des Églises protestantes de Suisse Case postale, CH-3000 Berne 23 Téléphone 031 370 25 01 Fax 031 370 25 80 info@feps.ch, www.feps.ch Parution 4 fois l’an Tirage 6000 ex. en allemand 3000 ex. en français 1500 ex. en anglais Rédaction Matthias Herren, Monika von Grünigen, Simon Weber Traductions Roland Revet Hartmut Lucke Correction Monique Lopinat Graphisme / Layout www.medienpark.ch Images medienpark, Zurich Couverture Adequa Communication, Laurent Donner Impression Schlaefli & Maurer AG, Interlaken Auteurs du présent numéro Gustàv Bölcskei, Leopoldo CervantesOrtiz, Meehyun Chung, Jean-Arnold de Clermont, Achim Detmers, Serge Fornerod, Pawel Gajewski, Eduardo Galasso Faria, Matthias Herren, Sheilagh Kesting, Joseph D. Small, Dirkie Smit, Douwe Visser, Aiming Wang

De l’Australie au Zimbabwe, ce numéro spécial vous emmène dans un voyage en douze étapes auprès d’Églises célébrant la Réforme selon Jean Calvin. C’est le Calvin global : à Cuba, on envisage d’ériger un buste de Calvin ; en Australie, on traduit et adapte la mini-exposition pour les paroisses publiée sur www.calvin09.org ; en Chine, Calvin est l’occasion d’un rapprochement prudent entre l’Église protestante du continent et les presbytériens de Taïwan ; dans le bassin des Carpates, on fête avec Calvin l’unification des Églises réformées hungarophones ; en Allemagne, Calvin s’invite aux manifestations prévues pour célébrer Luther dans quelques années ; aux Pays-Bas et en France (qui l’eût cru ?), les chefs d’État se pressent pour honorer la mémoire du grand intellectuel et réformateur ; en Suisse, enfin, la question de la confession de foi est remise à l’ordre du jour des Églises de la FEPS. Le constat s’impose et il est réjouissant : l’impact de Calvin et de son œuvre à Genève a définitivement dépassé son horizon franco-suisse et atteint le monde entier. Le Jubilé calvin09 a aussi un impact surprenant sur le plan local en Suisse : dans les paroisses, les pastorales, les facultés et les journaux, la pensée de Calvin est redécouverte. Elle offre un cadre de lecture pour comprendre le monde actuel et pour réfléchir à l’être et à la vocation de l’Église aujourd’hui. Dans le supermarché multireligieux actuel et face aux consensus mous et flous des Églises en ce qui con-

cerne les contenus de la foi, la simplicité et la clarté du profil théologique calvinien donnent à nos paroisses des ressources et leur indiquent des sources oubliées, inconnues ou perdues. Non, Calvin n’a pas sa place dans un musée. Dans le monde culturel et les médias, dans les cercles de réflexion ou les milieux bancaires, le 500 e anniversaire de Jean Calvin est l’occasion de réfléchir à notre certitude de vie, à notre joyeuse créativité et à notre grande responsabilité. C’est « Calvin contre les calvinistes ». À bas les rabat-joie ! L’héritage de Calvin est rempli de contradictions et entaché d’ombres, personne ne le conteste. Rien d’étonnant. Et pourtant, le simple fait de vouloir malgré tout célébrer et honorer, sans tambour ni trompette, mais aussi sans fausse modestie ni culpabilité feinte, semble encore difficile à beaucoup. Avec l’Église protestante de Genève qui a redoublé d’efforts et d’imagination pour tenir son rôle d’hôte et avec les Églises de l’Alliance réformée mondiale, la Fédération des Églises protestantes de Suisse vit ce Jubilé empreinte de deux sentiments : la joie et la reconnaissance à Dieu.

Serge Fornerod Directeur du projet calvin09 à la FEPS


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SOMMAIRE

ENTRETIEN AVEC XAVIER COMTESSE 4

« Je suis un calviniste qui aime bien les fêtes » 

500 ANS DE RAYONNEMENT 6

Calvin au Brésil  La foi traduite en pratique 

8

Calvin en Chine  Celui qui fait la conquête des élites 

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Calvin en Allemagne  Des relations délicates entre les réformateurs 

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Calvin en France  Le prophète méconnu dans son pays

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Calvin en Italie  Un protestantisme dans l’omniprésence du pape

16

Calvin en Corée  Réparer la déchirure

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Calvin au Mexique  Dans le sillage du libéralisme 

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Calvin aux Pays-Bas  Plus calvinistes qu’on ne croirait 

22

Calvin en Écosse  Facteur d’identité dans une société sécularisée 

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Calvin en Afrique du Sud  Une longue ambiguïté 

26

Calvin en Hongrie  L’influence d’un inconnu 

28

Calvin aux États-Unis  Calvin, pour se réveiller 

ENTRETIEN AVEC ADRIAN KÜNZI 30 « Aujourd’hui, nous devons tous redoubler d’efforts » 

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www.calvin09.org

Les informations concernant les décisions du Conseil et de l’Assemblée des délégués, ainsi que les questions relatives au personnel qui figurent dans les éditions régulières du Bulletin peuvent être consultées sur notre page web : www.feps.ch. On peut également y souscrire un abonnement gratuit à nos divers services d’information par courriel.






Interview

« Je suis un calviniste qui  aime bien les fêtes » La tolérance et la volonté de changement chez Calvin fascinent Xavier Comtesse, directeur du bureau genevois d’Avenir Suisse. Cela l’agace de constater que l’on pense surtout au réformateur genevois comme à un moraliste austère.

M. Comtesse, avez-vous de la vénération pour Jean Calvin ? Xavier Comtesse* : Je ne peux pas avoir de vénération pour Calvin, vénérer un homme serait en contradiction avec ma position religieuse. Calvin m’aurait lui-même interdit de le vénérer. Mais vous êtes tout au moins un « fan » de Calvin ? (rire) Non, je suis fier de lui et je me sens très proche de certaines de ses idées. Vous reprochez publiquement aux célébrations du 500e anniversaire de Jean Calvin de manquer d’attrait. Il est paradoxal de célébrer ce Jubilé pour les 500 ans de Calvin. D’un côté, on n’est pas en mesure de fêter réellement ce Jubilé, car ce serait une façon de le vénérer. Pour en tenir compte, on va, d’un autre côté, organiser des célébrations un peu ratées à l’occasion de ce Jubilé. Mais ça ne me gêne pas vraiment : la seule chose que je n’aime pas, c’est que, à cette occasion, on ne modernise pas la pensée de Calvin. Que voulez-vous dire ? En janvier, j’ai fait un discours intitulé : « Calvin aurait adoré internet ». Comment cela, internet ? Internet reprend dans le monde moderne une grande partie des idées de Calvin : le concept de communauté et l’idée que tous doivent avoir accès à la connaissance, et cela gratuitement. Cela montre à quel point les idées de Calvin se sont modernisées. C’est ce qu’il aurait fallu souligner à l’occasion du Jubilé. Mais vous, comment voudriez-vous fêter le 500e anniversaire de Calvin ? Il n’est pas facile de répondre à cette question. Pour les calvinistes de l’étranger, les presbytériens, Genève est la Rome protestante. Mais ici, à Genève, il y a peu de gens qui savent que cette ville est protestante. Il faudrait tout de même célébrer un peu plus Calvin que ce qui est prévu. Mais en somme, est-il possible d’organiser une fête en l’honneur de Calvin le puritain ? Oui, bien sûr. Mais je ne sais pas si c’est possible ici. Par exemple, les presbytériens américains fêteraient le Jubilé

différemment de nous. Si Genève était située dans un autre pays, le Jubilé donnerait certainement lieu à des célébrations plus fastueuses. Moi aussi j’éprouve ce besoin : je suis un calviniste qui aime faire la fête et se réjouir avec les autres. On est étonné par votre enthousiasme à propos de Calvin. Vous êtes le représentant d’Avenir Suisse, un « think tank », un laboratoire d’idées néolibéral. Mais Calvin a fait de Genève un État géré par Dieu. Est-ce que c’est compatible ? Ça ne me pose pas de problème. Avenir Suisse n’est pas une organisation religieuse. Calvin est le premier à avoir pris parti pour le libre échange. Nous avons cela en commun avec lui. Il n’a pas interdit le capitalisme. En outre, il était très ouvert, et il a lancé plusieurs idées nouvelles que d’autres ont reprises après lui, comme Rousseau, Voltaire et aussi Avenir Suisse et Klaus Schwab, avec le WEF, le Forum économique mondial. Vous présentez Calvin comme un rénovateur et un libéral. Mais qu’en est-il du Calvin puritain qui a introduit la réglementation des mœurs et le contrôle de la population ? Il est exact que Calvin a aussi été un petit ayatollah. Sa sévérité faisait partie de son combat contre les catholiques qui entouraient Genève de toutes parts. Cela engendrait la peur. Il est compréhensible que, dans ces conditions, on ait été tenté par un système autoritaire. Ce qui reste de Calvin, au bout de 500 ans, ce n’est pas sa rigueur moralisatrice, ce sont ses valeurs. C’est pourquoi je ne me définirais pas comme un calviniste de la foi, mais comme un calviniste des valeurs. Est-ce que ce sont également ces valeurs de Calvin qui subsistent aujourd’hui à Genève, alors que la ville a écarté sa rigueur ? J’en suis certain. Le puritanisme a survécu pendant quelques décennies. Mais ce qui reste, à Genève, c’est la tolérance et l’ouverture de Calvin, ainsi que son idée selon laquelle les structures et la vie commune doivent constamment se renouveler. Calvin a été le premier dirigeant à faire du changement et de la transformation un programme de gouvernement. Il a donné aux gens, aux organisations et à l’histoire la force de changer. C’est ce qui fait de lui quelqu’un de si extraordinaire. Nombreux sont ceux qui ne partagent pas votre enthousiasme sur Calvin. Un hebdomadaire romand a écrit qu’il pou-


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Photos: Luc Georgi

XAVIER COMTESSE

vait être choquant de réaliser que la Suisse romande était calviniste. D’où vient ce réflexe anti-Calvin ? Le souvenir de Calvin est dominé encore aujourd’hui par son côté puritain et sévère, bien que le puritanisme ait disparu depuis longtemps. Ça m’agace. Si on avait organisé une vraie fête pour Calvin, on aurait pu se débarrasser de ce genre d’image du réformateur.

Dans ce sens, on peut comparer Barack Obama à Calvin. Il est obligé, lui aussi, de mettre d’accord des positions et des aspirations diverses, ce qui fait qu’on peut le critiquer. Mais dans un monde exigeant, il n’y a pas d’autre choix. Les choses ne sont pas en noir et blanc. Il faut accepter que le changement ne soit pas simple, parce que les organisations, la culture, la société ont des exigences.

Pourquoi est-ce que les gens s’attachent tellement au puritanisme de Calvin ? Ils sont trop paresseux pour aller voir sous la surface. Ils préfèrent s’attacher à ce qu’on lit dans les journaux gratuits. Je trouve que c’est dommage. Car la société, les valeurs, la culture, c’est quelque chose qui va en profondeur. Il faut du temps, de l’énergie, de la réflexion pour dépasser tout ça. Dans un monde où on aime le « people » et les nouvelles brèves dans les médias, Calvin a des problèmes.

Et à l’époque de Calvin, il en allait sans doute autrement ? En tout cas, Calvin attendait beaucoup de ses contemporains. Il estimait que chacun devait pouvoir lire la Bible dans sa langue. Comprendre la Bible est une affaire extrêmement complexe, exactement comme internet. Calvin était persuadé que les gens étaient assez intelligents, majeurs et tolérants pour la lire sans qu’on vienne leur dire comment il fallait comprendre le texte.

Est-ce que ce ne serait pas plutôt parce que les idées de Calvin sont aujourd’hui dépassées ? Au contraire : aujourd’hui comme hier, elles sont des panneaux indicateurs. Par exemple sa façon de répartir le pouvoir constitue un système selon lequel fonctionnent aujourd’hui ce qu’on appelle les « soft institutions ». Tout comme une communauté paroissiale, celles-ci sont organisées d’une façon qui n’est ni exclusivement démocratique, ni entièrement hiérarchique. C’est vrai pour l’organisation d’internet, des mouvements de protection de l’environnement, du secteur financier, et de bien d’autres choses. Est-ce que Calvin n’a pas été un peu bête d’offrir à ceux qui le critiquent tant de points faibles en raison de ses diverses prises de position ?

Si vous pensez au 600e anniversaire de Calvin, en 2109, à votre avis, quels seront les aspects du réformateur qui seront importants ? Dans un siècle, nous serons peut-être assez avancés pour disposer d’instruments qui nous permettront de mieux gérer la complexité du monde. J’espère qu’à ce moment-là nous en aurons définitivement fini avec cette image d’un Calvin strict et autoritaire et que, à Genève, nous serons également capables d’organiser une vraie fête pour Calvin. * Xavier Comtesse (60 ans) a fait des études de mathématiques et d’informatique à l’Université de Genève, fondée par Calvin. Depuis le début de 2002, il est directeur du bureau romand de la fondation Avenir Suisse, à Genève. Xavier Comtesse est marié, il a trois enfants et habite à Genève. Propos recueillis par Matthias Herren






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Brésil

La foi traduite en pratique Le presbytérianisme n’a réellement pris pied dans le Brésil catholique qu’au  XIXe siècle. Les communautés protestantes ont connu la persécution lorsque,   vers le milieu du XXe siècle, elles ont critiqué l’injustice sociale à l’époque   du régime militaire. Le Jubilé Calvin devrait être l’occasion de manifester les   conséquences éthiques de l’Évangile.


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CALVIN AU BRÉSIL

Eduardo Galasso Faria

La première tentative d’installation du protestantisme réformé au Brésil a eu lieu au XVIe siècle dans la baie de Guanabara, près de Rio de Janeiro. Il s’agissait d’un projet français de colonisation. Quatorze huguenots y débarquèrent, envoyés par Calvin pour « établir une Église conformément à la Parole de Dieu » et pour annoncer l’Évangile aux premiers habitants. Une seconde expérience a eu lieu au XVIIe siècle, sous la direction de chrétiens réformés hollandais. Mais ces deux tentatives ont échoué.

Ce n’est qu’au XIXe siècle que le presbytérianisme a vraiment réussi à prendre pied au Brésil. En 1859, des missionnaires américains ont répandu leurs idéaux de démocratie et de liberté, en même temps qu’une attitude puritaine et anticatholique. Persécution sous le régime militaire Sur le plan historique, il importe de signaler la création en 1934 de la Confédération évangélique brésilienne qui regroupait les dénominations les plus importantes du pays. Au cours des années 1950 et 1960, les communautés appartenant à la Confédération ont annoncé l’Évangile de façon œcuménique et prophétique et dénoncé l’injustice sociale. Sous le nouveau régime militaire (1964), la Confédération a beaucoup souffert, elle a subi des persécutions et finalement elle s’est dissoute. Depuis lors, il y a eu des scissions parmi les presbytériens : par exemple en 1975, sous l’influence du Mouvement de Pentecôte, et en 1978 à la suite de disputes entre libéraux et conservateurs.

Le nombre des presbytériens et des réformés au Brésil s’élève à environ 800 000, répartis en 14 dénominations

différentes. Les membres des petites Églises historiques de la Réforme font surtout partie des classes moyennes, tandis que les adhérents du mouvement pentecôtiste, qui constituent la majorité des protestants, appartiennent aux classes populaires. Calvinisme sclérosé   en Amérique latine Au Brésil comme dans l’ensemble de l’Amérique latine, la figure de Calvin est depuis longtemps marquée par l’influence d’un calvinisme tardif. Sous leur forme traditionnelle, les Églises célèbrent une liturgie dépourvue d’aspects participatifs et dynamiques. Elles ne parviennent pas à répondre aux attentes du peuple qui souhaite une spiritualité plus spontanée, plus riche en symboles et moins rationnelle.

Pour des Églises appelées à rendre témoignage à Jésus dans une société latino-américaine en proie à l’inégalité et à l’injustice, les festivités du Jubilé constituent une heureuse occasion de repenser l’héritage de Calvin. Une réflexion nouvelle à propos de Calvin • Premièrement, sachons qu’il ne s’agit pas de répéter simplement aujourd’hui les déclarations de Calvin. Il faut plutôt s’efforcer de nous approprier une partie de sa force spirituelle et de son obéissance à Dieu qui provenait du plus profond de son cœur, et de discerner, dans cette transposition pratique, le cœur même d’une spiritualité cohérente. • Deuxièmement, cherchons à nous défaire de l’image stéréotypée du réformateur pour mieux comprendre sa personnalité humaine et sensible, et

notamment sa capacité à répondre comme il le fallait aux grandes questions et aux misères de son temps. • Troisièmement, essayons de comprendre notre tâche missionnaire comme l’occasion de manifester les conséquences éthiques et sociales de la bonne nouvelle du royaume de Dieu – en solidarité avec les populations marginalisées d’Amérique latine. • Quatrièmement, prenons conscience du problème posé par les scissions entre Églises et efforçons-nous d’être ouverts à l’Esprit de Dieu et de contribuer à l’unité en Christ.

Le professeur Eduardo Galasso Faria est pasteur de l’Église presbytérienne du Brésil et professeur de théologie systématique au Séminaire de théologie de São Paulo, Brésil.

Pour célébrer le Jubilé Calvin, la famille réformée du Brésil a évoqué en commun, le 21 mars 2009, la première célébration de la Cène réformée en Amérique, et désire renouveler cette célébration commune le 10 juillet. À l’occasion de l’année du Jubilé, des prédications et des commentaires bibliques inédits de Calvin sont publiés, une conférence sur le monde conceptuel théologique du réformateur sera organisée (septembre 2009) et on fait paraître du matériel éducatif sur Calvin à l’intention des écoles du dimanche et des séminaires de théologie. Informations : www.ipib.org/calvin09






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Chine

Celui qui fait la conquête des élites Pour les protestants chinois, Calvin représente ce qu’est Confucius pour l’ensemble de la Chine. Sa conception de l’Église, la façon dont il comprend la diaconie, et son éthique de l’économie ont profondément marqué l’Église protestante. Chez les intellectuels chinois, être protestant passe aujourd’hui pour très moderne.


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CALVIN EN CHINE

Aiming Wang

Il peut sembler présomptueux de se demander ce que Jean Calvin, réformateur de Genève au XVIe siècle, a bien pu apporter à la Chine du XXIe siècle, pays d’un milliard trois cents millions d’habitants aux prises avec des questions et des problèmes inédits dans l’histoire de l’humanité. L’intérêt des élites pour Calvin Quoi qu’il en soit, les intellectuels chinois s’intéressent au personnage de Calvin. Formés dans de prestigieuses universités américaines, européennes ou japonaises, ils se sont peu à peu interrogés sur les sources de la prospérité occidentale. Y aurait-il une filiation, même indirecte, entre Calvin et le projet de modernisation à la chinoise ? Une distinction s’impose d’emblée dans ce débat. Calvin, dans la théologie chinoise protestante en formation, n’est pas le Calvin de la pensée économique du monde influencé par la culture chinoise ou encore par les diasporas chinoises des grandes métropoles du monde. Pour la théologie protestante chinoise, Calvin constitue une figure incontournable et une référence fondamentale. Genève et son mur des réformateurs sont bien plus marquants qu’ils ne pourraient l’être pour des Genevois. Les idées de Calvin, sa conception de l’Église, ses propositions pour les relations entre l’Église et l’État, sa vision de la diaconie, de l’éducation populaire, de

l’éthique financière font qu’il pourrait représenter, pour l’Église protestante chinoise, ce que Confucius est à la nation : une référence de base, un « Père ». Les traditions missionnaires d’avant 1949, comme l’enseignement et la prédication d’aujourd’hui au niveau des paroisses, font une large place à la tradition calvinienne. Des questions typiquement calviniennes traversent le protestantisme chinois actuel : la discipline du ministère et les ordonnances ecclésiastiques dans une Église influencée par le fondamentalisme américain ; la démocratie ; le règlement des relations entre l’Église et l’État selon la tradition réformée de collaboration autonome ; la liberté de conscience et de pensée. Débat entre calvinistes Le débat est actuellement vif dans la théologie chinoise entre les tenants d’une théologie calvinienne pleinement responsable civilement et ceux d’une théologie plutôt puritaine, piétiste ou fondamentaliste. La pensée de Calvin, connue principalement à travers le prisme de Max Weber – «L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme» – interroge de larges cercles intellectuels en Chine. La question se pose alors ainsi : pourquoi une grande nation comme la Chine, à la fin de l’Empire, a-t-elle connu un déclin et a-t-elle cessé de s’ouvrir au monde, alors que l’Occident se développait,

principalement dans des pays inspirés par l’éthique calviniste et capitaliste ? Y aurait-il quelque chose à prendre dans cette éthique pour le développement de la Chine ? Contrairement à ce qui se passe dans l’Occident européen, il est « moderne », en Chine, d’être chrétien, et en particulier protestant. Calvin et Confucius L’éthique protestante calvinienne et l’éthique confucéenne sont également en débat au sein des universités. Pourrait-on trouver chez Confucius et chez Calvin une éthique associant le conservatisme social au développement de la société, alliant une forte loyauté envers l’État et la nation et une responsabilité individuelle tout aussi forte ? Dans un pays qui comprend plus de 60 millions de protestants, essentiellement des ruraux pauvres, le protestantisme gagne rapidement du terrain parmi les élites intellectuelles. La pensée de Calvin y est étudiée, comme celles qui, inspirées de sa réforme – calvinismes, puritanismes, presbytérianismes – ont marqué les 500 dernières années de la pensée protestante.

Le professeur Rev. Dr Aiming Wang est vice-président et doyen du Séminaire théologique de l'Union de Nankin. (Nanjing Union Theological Seminary) en Chine.




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Allemagne

Des relations délicates entre les réformateurs Ce n’est qu’après la Paix de Westphalie, en 1648, que les réformés ont été reconnus, en Allemagne, aux côtés des luthériens. Pourtant, Calvin respectait Luther dont il disait que c’était un remarquable serviteur de l’Église, mais il critiquait aussi la polémique que celui-ci avait engagée contre la doctrine suisse de la Cène. À son avis, cette polémique était disproportionnée et, pour ce qui est de la politique ecclésiastique, elle avait des effets négatifs.


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CALVIN EN ALLEMAGNE

Achim Detmers

En Allemagne, pays d’origine de la Réforme, l’influence du protestantisme reste importante dans la politique et la société, même si, à l’Est, 40 années de socialisme ont nettement affaibli le protestantisme qui y avait été traditionnellement dominant. Il y a 32 millions de protestants en Allemagne. Sur ce nombre, deux millions à peine sont de confession réformée, et dix millions de confession luthérienne. Le reste des protestants d’Allemagne appartient à des Églises territoriales unies qui résultent de la réunion entre communautés luthériennes et réformées. Il existe en outre d’autres groupes et Églises protestants, comme les baptistes, la Communauté des frères moraves, les mennonites, les méthodistes ou les quakers. Égalité conquise de haute lutte

D’un point de vue historique, les zwingliens et les calvinistes ont tout d’abord eu du mal à pénétrer en Allemagne. La Paix d’Augsbourg, en 1555, ne leur faisait aucune place juridique dans l’empire en tant que confession. Malgré cela, en 1562, le Palatinat est devenu « calviniste », ainsi que la Hesse-Cassel en 1604. Le Anhalt, la Lippe, Brême, le Holstein-Gottorp et le Brandebourg ont également connu d’importantes influences calvinistes. Mais ce n’est qu’après la Paix de Westphalie, en 1648, que le calvinisme a été reconnu dans l’Empire, avec des droits égaux à ceux du catholicisme et du luthéranisme.

Comment Calvin voyait Luther

• Mais Calvin voyait des erreurs chez

En raison de la coexistence et de la collaboration entre luthériens et réformés en Allemagne, la relation de Calvin avec Luther suscite, en cette année Calvin, un intérêt particulier. Calvin respectait beaucoup Luther, mais il discernait également un certain nombre de faiblesses chez le Luther de la deuxième période, ainsi que le montrent les points suivants : • Calvin, qui avait 26 ans de moins que Luther, ne l’a jamais rencontré personnellement. Il existe une seule lettre de lui au réformateur allemand. Malheureusement, Melanchthon n’a pas osé la remettre à Luther. • Dans cette lettre, Calvin disait de Luther qu’il était un remarquable serviteur de l’Église qui s’était signalé par des dons spirituels exceptionnels et avait toujours enseigné courageusement, inébranlablement et habilement, et travaillé avec succès à répandre l’Évangile. • Au début, Luther a accueilli avec une grande bienveillance certains écrits de Calvin. Par la suite, il lui a reproché de ne pas être assez clair dans la question de la sainte Cène. Il soupçonnait Calvin de partager l’erreur des « sacramentaires » pour qui le pain et le vin n’étaient que des symboles. Dans ce contexte, il déconseillait de lire les écrits de Calvin. • Les critiques de Luther n’ont pas empêché Calvin de considérer celuici comme un remarquable serviteur de Dieu.

Luther : par exemple, ses emportements et ses paroles enflammées lorsqu’il était provoqué par des extrémistes de son entourage. Calvin aurait souhaité que Luther s’efforce de mieux tenir en bride son tempérament impétueux et de reconnaître ses erreurs. • Calvin a critiqué Luther et Zwingli de ne pas avoir eu la patience, dans la querelle à propos de la sainte Cène, de s’écouter mutuellement pour se mettre sans passion en quête de la vérité. Il aurait fallu en particulier que Luther sache prendre davantage de distance par rapport à la présence réelle du Christ dans la Cène. • Le fait que, dans une situation où le protestantisme numériquement faible se voyait entouré d’ennemis, Luther ait pensé devoir ac-cabler les théologiens suisses dissidents a beaucoup blessé Calvin.

Achim Detmers est pasteur de l’Église protestante du Anhalt ; il est également chargé par l’Église protestante en Allemagne (EKD) et le « Reformierter Bund » des questions relatives à l’année Calvin 2009.

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France

Le prophète méconnu dans son pays Calvin a été obligé de fuir la France et aujourd’hui encore le réformateur de Genève reste assez largement méconnu dans son pays d’origine. Pourtant, les protestants   français sont fiers que le projet théologique d’un de leurs compatriotes rayonne dans le monde entier et dans les domaines les plus divers.


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CALVIN EN FRANCE

Jean-Arnold de Clermont

Fallait-il commémorer le 500 e anniversaire de la naissance de Jean Calvin ? En France en tout cas, il est trop méconnu pour servir de locomotive à la communication des protestants. Ne risquons-nous pas, à l’occasion de cette célébration, de nous faire assimiler à des personnages rétro cultivant le passé pour ne pas avouer leur inadaptation au présent ?

sont passées dans la langue courante : tergiverser, hyperbolique voire manigance et antiquailles.»

Bien oublié en France C’est un tout autre constat qui a poussé les protestants français à s’investir dans l’année du Jubilé Calvin. Alors que Jean Calvin est en grande partie tombé dans l’oubli, tant chez les protestants que chez les Français en général, nous avons voulu faire redécouvrir la double dimension, française et réformée, de Calvin. Cette célébration sert à rappeler une vérité historique, aussi bien pour le pays d’origine de Calvin, même s’il n’a pas su le garder, que pour les Églises de France issues de la Réforme calvinienne, qui ont tendance à oublier leur identité. Il est, pour la France, sans doute l’un des accoucheurs du monde moderne ; et d’abord par sa langue. «  La prose monodique de Calvin, écrit Bernard Cottret, nous frappe toujours par la modernité de son ton ; toutes proportions gardées, même lorsqu’elles expriment les idées en apparence les plus compliquées, ses phrases gardent une immédiateté, un sens du concret qui les rendent curieusement accessibles . . . Nombre de ses inventions lexicales

Réseau international Calvin, après Luther, a repensé les rapports du sacré et du profane. Fondés sur la doctrine évangélique du salut par la foi, ils valorisent ensemble la tâche profane en lui donnant le statut de service ; la profession devient vocation. Mais Calvin donne à cette révolution dans la pensée chrétienne une force encore plus grande en accentuant la dimension éthique du travail. De lui, les réformés ont appris aussi que la religion elle-même est le domaine de la tentation par excellence, celle qui érige de fausses images de Dieu, et que la Bible invite les croyants à réviser constamment les produits de la culture religieuse. Aussi, rien n’est plus divers que le « monde réformé » ; adaptable tout aussi bien en Corée du Sud qu’en Amérique latine – « presbytériens » ici, « congrégationalistes » là.

Mais ce qui me touche plus encore, c’est le rayonnement international que son œuvre a connu. Calvin a été rapidement placé au centre d’un réseau international qu’il fréquentait par ses lettres et par d’innombrables visiteurs, auditeurs et étudiants.

Une identité forte, mais souple Calvin a développé une conception dynamique et ouverte des charismes et des services dans l’Église pour qu’elle ait une identité assez forte pour porter

l’Évangile, mais aussi une architecture assez souple pour s’adapter à la diversité des temps et des lieux. Nous en comprenons la force dans une époque aussi changeante et incertaine que la nôtre, où chaque jour nos Églises doivent apprendre à s’adapter sans perdre ce qui fait leur bien propre. Source vivante d’inspiration Loin de nous l’idée de faire de Calvin un « saint » méconnu qui, une fois lavé des accusations portées contre lui, serait aujourd’hui vénéré à l’occasion du cinq centième anniversaire de sa naissance. Il est un homme de son temps, auteur d’une œuvre qui a contribué à fonder le monde moderne et qui reste une source d’inspiration pour les Églises et la spiritualité chrétienne. Nous voulons nous souvenir qu’il était Français et qu’il a légué à la postérité des questions toujours d’actualité : Quelle place pour le religieux dans la société contemporaine ? Quel exercice de leur responsabilité éthique pour les chrétiens dans cette société ? Quelle liberté pour imaginer des formes d’Église plus adaptées à l’annonce de l’Évangile ? Calvin ne pouvait répondre à notre place, mais il posait les bonnes questions.

Le pasteur Jean-Arnold de Clermont est coordinateur de l’Année Calvin pour la Fédération protestante de France et président de la Conférence des Églises européennes (KEK). Paris (France).

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Italie

Un protestantisme dans l’omniprésence du pape L’Église vaudoise est la communauté protestante la plus importante d’Italie. Petite minorité, les réformés italiens associent en toute connaissance de cause à la   célébration du Jubilé Calvin les institutions officielles et celles de l’Église catholique, mais aussi les pentecôtistes et les évangéliques.


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CALVIN EN ITALIE

Pawel Gajewski

Les Églises protestantes italiennes ont commencé la célébration de l’anniversaire de Calvin dès le mois de décembre 2004, dans l’amphithéâtre de la Faculté vaudoise de théologie à Rome, avec la présentation officielle du premier volume des « Oeuvres choisies » de Calvin, intitulé « Dispute con Roma ». La Maison d’édition qui publie l’ouvrage est gérée conjointement par les Églises vaudoise, méthodiste, baptiste et luthérienne. Ces quatre Églises comptent au total 35 000 membres et représentent en Italie un lien direct avec la Réforme du XVIe siècle et avec le mouvement œcuménique protestant en Europe et dans le monde entier. L’Église évangélique vaudoise (Union des Églises vaudoise et méthodiste) est la communauté protestante la plus répandue, avec ses 20 000 membres, et se réclame de l’héritage du mouvement vaudois du Moyen Âge comme de la position doctrinale des Églises réformées. Calvin : une réforme de la société

La décision d’ouvrir les célébrations du Jubilé Calvin par la publication des essais polémiques du réformateur sous le titre particulièrement significatif de « Dispute con Roma » a aussi une valeur symbolique. Le protestantisme italien doit en effet se confronter continuellement à la présence du Vatican et du pape. Le projet « Calvin 2009 » en Italie tient compte de cette particularité en tentant d’impliquer dans les célébrations de l’année de Calvin non seulement les Églises protestantes, mais aussi l’ensemble du monde de la culture, qu’il soit d’origine laïque ou catholique.

Le noyau central du projet est constitué par une exposition itinérante composée de 11 panneaux et intitulée « Jean Calvin, projet d’une société ». À partir de cette exposition, les Églises locales construisent leurs propositions de témoignage et de réflexion. Le titre comme le contenu de l’exposition tendent à présenter l’œuvre de Calvin non seulement comme une tentative réussie de créer un nouveau modèle d’Église, mais aussi comme un grand projet de réforme de la société. Ce dernier aspect est particulièrement significatif dans la situation politique et sociale actuelle de l’Italie, caractérisée par une très grave crise des institutions politiques et de la société civile. Des réformés en majorité étrangers

Signalons une initiative particulièrement importante : les Journées d’étude organisées par la Faculté vaudoise de théologie sous le titre « Jean Calvin et le calvinisme : migration d’hommes, d’idées, de livres », qui se sont tenues à Rome du 26 au 28 mars 2009. De nombreux réformateurs italiens (Vermigli, Zanchi, Turrettini) ont contribué considérablement à l’élaboration de la théologie réformée. Aujourd’hui, la présence d’immigrés d’origine protestante est pour le protestantisme italien une chance historique. On estime à plus de 60 000 le nombre de réformés d’origine étrangère (venus d’Europe de l’Est, d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique), c’est-à-dire plus que les protestants italiens d’origine. L’implication des institutions de l’État dans les projets de l’Année Cal-

vin est importante. Le Centro culturale valdese bénéficie par exemple du travail d’une volontaire du Service civil national, tandis que la Bibliothèque nationale centrale de Florence, en accord avec le Ministère des biens et des activités culturelles, a mis à son programme l’exposition des éditions des œuvres de Calvin et d’autres réformateurs italiens. Intégrer les évangéliques

Il reste encore à souhaiter que l’héritage de Calvin puisse également intéresser les Églises de la mouvance pentecôtiste et évangélique, qui forment la majorité des protestants italiens, avec environ 200 000 membres. Les premiers signes positifs dans ce sens se sont manifestés au début de l’année 2009. Deux importantes revues théologiques, « Oltre », proche de la Fédération des Églises pentecôtistes en Italie, et « Il Cristiano », qui se rattache à l’Assemblée des Frères (une Église libre), ont fait une place importante au personnage de Calvin.

Pawel Gajewski est pasteur de la paroisse vaudoise de Florence et chargé de cours de théologie systématique à la Faculté vaudoise de théologie de Rome (Italie).

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Corée

Réparer la déchirure Les Églises protestantes en Corée sont profondément divisées entre elles ainsi que sur le plan idéologique. À l’arrière-plan de cette situation, on trouve la politique   missionnaire des États-Unis, fortement marquée par un esprit de concurrence, et   l’attitude anticommuniste à l’égard de la Corée du Nord. Il pourrait être utile de   se retourner vers Calvin.


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CALVIN EN CORÉE

Meehyun Chung

La toute première Église protestante de Corée a été fondée par un Coréen qui avait lui-même reçu l’Évangile en Chine. Les chrétiens coréens en sont très fiers. Mais ce n’est que par l’intermédiaire de l’activité missionnaire américaine que l’Église presbytérienne, ou réformée, a reçu sa structure. Le premier missionnaire presbytérien était Horace Grant Underwood, venu des États-Unis, mais de souche britannique, qui, en même temps que son ami méthodiste, le missionnaire Henry G. Appenzeller (d’origine suisse), est arrivé en Corée le 5 avril 1885. Les protestants forment aujourd’hui 18 % de la population, et 69 % d’entre eux appartiennent aux Églises presbytériennes. Il y a 11 % de catholiques. On trouve en outre des bouddhistes, des taoïstes, des membres de la religion coréenne Dong ha, des confucianistes et des chamanistes. L’empreinte de la doctrine de la prédestination

Bien que l’Église réformée de Corée du Sud trouve ses racines chez Zwingli et Calvin, Martin Luther y est mieux connu comme réformateur que ses collègues de Zurich et de Genève. On y respecte moins Calvin que Luther, mais c’est lui qui a le plus marqué intérieurement l’Église avec son enseignement sur la prédestination, sa conception du christianisme, sa doctrine des ministères et sa structure ecclésiastique. Malheureusement, son enseignement a été implanté dans le christianisme coréen par l’intermédiaire d’une Église « made in USA » au moyen d’une théologie bornée et en partie pervertie. Une politique missionnaire concurrentielle

Dans son organisation, l’Église réformée en Corée du Sud insiste nettement sur des formes de piété telles que les cercles de maison, les études bibliques et les prières matinales. Vaillance au travail, discipline, la profession vue

comme vocation – tels sont quelquesuns des éléments positifs issus du calvinisme en Corée. La profonde division dans l’Église réformée en Corée est une maladie chronique. À l’arrière-plan, on trouve la politique missionnaire des États-Unis fortement marquée par un esprit de concurrence. C’est en se centrant sur les racines communes que l’on pourrait parvenir à guérir les différences et l’éparpillement. La doctrine de Calvin n’est pas la panacée. Mais il serait bon de mettre en avant, pour l’avenir de la Corée du Sud, quelques-uns des points forts thématiques tirés de son héritage : Aide humanitaire, propagande anticommuniste

Vaincre le dualisme idéologique : La doctrine calvinienne de la double prédestination a eu en Corée des effets néfastes. On s’en est servi abusivement contre ceux et celles qui avaient d’autres opinions idéologiques, ou qui croyaient autrement, pour établir un clivage entre amis et ennemis. Au lieu de considérer leurs frères et sœurs nord-coréens comme l’axe du mal, les Églises de Corée du Sud, caractérisées par l’anticommunisme, pourraient faire de l’aide humanitaire et multiplier les tentatives de rapprochement. Le devoir de s’engager en faveur de la justice économique et de la sauvegarde de la création : L’éthique sociale et économique chrétienne de Calvin a une grande importance, aussi bien dans la société que dans l’Église. Aujourd’hui, il serait bien nécessaire en Corée du Sud que les Églises élèvent par exemple une protestation durable contre la destruction de l’environnement en faveur d’un terrain de golf, ou qu’elles s’engagent dans un travail auprès des migrants, par solidarité avec les faibles. Enracinement de la structure ecclésiale démocratique : Le système patriarcal à l’occidentale et le puritanisme de type calviniste se sont très bien mariés avec

le patriarcat coréen traditionnel aux racines confucianistes. Or, ce qu’il convient de promouvoir dans l’Église, c’est l’art d’honorer la valeur des gens plutôt que de pratiquer des formes de discrimination quelconque, que ce soit au niveau du genre, de la race ou de la couche sociale. Pour le dire en un langage proche de celui de Calvin : les organes du Saint-Esprit dont se compose le corps du Christ sont précieux, car le Saint-Esprit vivifie tous les membres de cet organisme sans discrimination. Échange sur les faiblesses et les forces

L’unité dans une diversité réconciliée : Se concentrer à l’excès sur sa propre confession conduit au clivage de la société. Ces divisions à l’intérieur du protestantisme sont aujourd’hui exportées dans le monde entier par l’intermédiaire d’une activité missionnaire qui répète les erreurs des missions européennes et américaines au XIXe siècle. Il est plus que jamais nécessaire de chercher à se rapprocher par des actions de coopération et de coalition de toute sorte, visant à surmonter les différences en matière de spiritualité et de théologie. La Suisse est la terre d’origine des Églises réformées. Son rayonnement et son action sont beaucoup plus forts que ce que l’on croit en général en Suisse. Il serait bon que les Églises réformées de Suisse poursuivent un dialogue théologique avec les jeunes Églises du monde entier de manière à faire apparaître leurs insuffisances et leurs forces respectives. Alors, cette tradition ne se contenterait pas d’être de l’histoire, voire de porter une charge négative, mais elle revivrait pour être créative et adaptée à la situation.

Meehyun Chung est responsable du Centre Femmes et genre, Mission 21, Mission protestante, Bâle, Suisse et pasteure de l’Église presbytérienne de la République de Corée (PROK).

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Mexique

Dans le sillage du libéralisme L’arrivée de la tradition réformée au Mexique au XIXe siècle a correspondu à celle du libéralisme politique. Les réformés ne représentent qu’une toute petite minorité, mais leur mode de fonctionnement démocratique a exercé une influence notable sur la société et l’État mexicains.


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CALVIN AU MEXIQUE

Leopoldo Cervantes-Ortiz

Au Mexique, Jean Calvin n’est pas un inconnu. Miguel Hidalgo et José María Morelos, qui combattirent pour l’indépendance contre la domination coloniale espagnole, ont été accusés et excommuniés comme « partisans de Luther et Calvin ». On leur reprochait d’appartenir « à la secte de la liberté française ». Cette accusation était ridicule. Ils étaient tous deux prêtres catholiques, et ce genre de grief faisait partie du rejet global de tout ce qui évoquait la Réforme ou le protestantisme. Étant donné qu’en réalité très peu de représentants du calvinisme étaient venus dans cette partie du monde, ce n’est qu’au début du XIXe siècle que l’on peut constater l’arrivée officielle de la tradition réformée au Mexique, lorsque les gouvernements libéraux ont commencé à enlever ses privilèges au catholicisme. Les États-Unis étaient le modèle politique qu’ils envisageaient pour le Mexique. Le contexte protestant calviniste des États-Unis ne faisait pas problème pour ces libéraux. Ils estimaient qu’il serait possible d’introduire ces éléments politiques dans l’État mexicain. En fait, ils ne tenaient pas suffisamment compte du contexte hispanique et catholique du Mexique. Lors de l’intervention militaire des ÉtatsUnis, en septembre 1847, la population mexicaine s’est sentie confortée dans ses soupçons selon lesquels les idées religieuses du Nord servaient d’instrument à l’invasion culturelle. Protestants et conquérants

Selon des sources historiques dignes de confiance, le premier culte presbyté-

rien aurait été célébré justement dans le palais national de Mexico qui venait d’être occupé par l’armée d’invasion. L’image transmise par l’entrée des missions protestantes étrangères dans le pays est marquée par la conviction que c’était le véritable Évangile qui arrivait pour mettre fin à la « superstition romaine ». Quoi qu’il en soit, le modèle de partenariat vécu par les communautés protestantes a une grande influence au Mexique. La recherche parfois inconsciente d’un mode de fonctionnement réellement démocratique a constitué un axe idéologique au sein de la société. On peut en dire autant en ce qui concerne l’éducation. On avait la conviction que si le système éducatif restait aux mains de l’Église, cela comporterait de graves problèmes pour le développement futur du pays. Ce qui explique le fait que les protestants militent de façon si symptomatique en faveur d’un État laïque. Présents dans l’ensemble du pays

Sur le plan géographique, les Églises protestantes ont pu s’implanter dans une grande partie du pays. Elles ont connu une croissance numérique particulièrement élevée dans les États du Chiapas et du Tabasco. Au Chiapas, on peut constater que de nombreuses communautés autochtones participent aux expressions fondamentales de la foi calvinienne et au mode de fonctionnement calviniste, même lorsqu’elles n’en ont pas acquis les connaissances de base. Il y a un siècle, à l’occasion du 400 e anniversaire de la naissance de Calvin,

Aarón Sáenz, homme politique presbytérien alors en début de carrière, avait prononcé un discours. Il y évoquait les moyens que les protestants avaient à leur disposition, avant la révolution mexicaine, pour susciter le désir de changement qu’ils estimaient nécessaire pour le pays. Vers la fin des années 1920, lorsque le régime issu de la révolution mexicaine a commencé à se stabiliser, Sáenz a été désigné comme candidat à la présidence du pays. En fait, il n’est pas allé plus loin que les élections primaires – manifestement en raison de sa culture réformée. Ils ont leur place au Mexique

En dépit d’une forte résistance, la tradition réformée ou calviniste a réussi à se faire une place dans la société mexicaine, même si la population protestante n’a pas toujours une conscience suffisante de ses racines théologiques. En résumé, on peut dire que l’héritage de Calvin a bel et bien influencé la constitution d’un profil religieux, politique et culturel qui, dès lors, fait indissolublement partie du Mexique d’aujourd’hui, pluraliste et divers.

Le professeur Leopoldo Cervantes-Ortiz est théologien presbytérien, écrivain et éditeur, et il coordonne les travaux du Centre de recherches Basilea à Mexico. Il est l’auteur de nombreux livres et essais et collabore avec plusieurs organisations œcuméniques. Il est membre de la Commission de formation œcuménique du Conseil œcuménique des Églises.

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Pays-Bas

Plus calvinistes qu’on ne croirait Après des siècles de domination d’un calvinisme orthodoxe, les Pays-Bas sont aujourd’hui l’un des pays les plus libéraux du monde. Mais on peut encore aisément y discerner l’héritage calviniste : cela se voit à la civilisation hollandaise comme à la fréquentation des cultes, qui est plus élevée qu’ailleurs en Europe.


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CALVIN AUX PAYS-BAS

Douwe Visser

À l’occasion du Jubilé Calvin, le journal hollandais d’origine réformée « Trouw » a publié un test Calvin. En répondant à 25 questions, on pouvait mesurer son « facteur C ». Avec un taux de 75 %, on était qualifié de « calviniste authentique ». Les réactions des lecteurs ont montré que beaucoup d’entre eux étaient embarrassés de constater que leur « facteur C » était plus élevé que ce qu’ils imaginaient. Manifestement, ce sont des gens qui sont plus calvinistes qu’ils ne le voudraient. Ce qui montre que le terme « calviniste » comporte une connotation plutôt négative. Et pourtant, le Jubilé Calvin éveille une grande attention aux Pays-Bas. Il se traduit par un programme varié, depuis des conférences diverses jusqu’à une représentation théâtrale exceptionnelle. Un livre sur Calvin publié sur papier glacé a été épuisé en quelques jours. Le calvinisme : un long combat

D’un point de vue historique, les PaysBas sont calvinistes. Il est vrai que le calvinisme n’a réussi à s’y implanter qu’au terme de combats longs et acharnés pour la liberté religieuse, après s’y être répandu au cours de la deuxième moitié du XVIe siècle. C’est sans doute pour cela qu’il se présente souvent sous un jour très orthodoxe, ce qui se traduit par de nombreux principes moraux. Il se pourrait même que les protestants néerlandais aient appliqué des critères plus stricts que Calvin. Le respect du dimanche était une obligation évidente, avec en outre l’assistance à deux cultes.

Il y a encore quelques années, il n’était pas question d’activités sportives, si ce n’est une brève promenade. Aujourd’hui, la situation a complètement changé. Il semble que les Pays-Bas se soient débarrassés de leur héritage calviniste. En tout cas c’est l’un des pays les plus sécularisés du monde. Chacun y protège son style de vie avec la plus grande détermination et invoque sa liberté personnelle. En matière d’éthique et de morale, le degré de tolérance est au maximum. C’est par exemple aux PaysBas que des couples homosexuels ont pour la première fois été autorisés à conclure un mariage officiellement reconnu. Toutefois, il n’est pas difficile de repérer dans la société et la civilisation hollandaises des racines calvinistes. Certes, le nombre des membres des Églises réformées a considérablement diminué au cours des dernières décennies. Mais quiconque fait partie d’une Église se sent obligé d’en être membre actif. La fréquentation du culte dominical dans les Églises réformées reste donc encore aujourd’hui assez élevée si on la compare avec la situation de pays comme la Suisse ou l’Allemagne. Mais si une personne ne fréquente plus régulièrement le culte, bien souvent, elle quitte l’Église.

religieux assez strict dont l’origine, cette fois, ne provenait pas du christianisme réformé. La société hollandaise sécularisée a du mal à gérer cette situation, car elle s’est elle-même d’abord libérée de tout contrôle de la part du calvinisme. La conception qui fait de la religion une affaire privée sans conséquences sur la vie sociale et politique s’est révélée erronée. Aujourd’hui, la situation n’est pas la même qu’au XVIIe siècle, lors de l’arrivée massive dans la Hollande libre de nombreuses victimes de la persécution religieuse. La tradition calviniste contribuait alors de manière déterminante à la réussite d’une politique d’intégration. Ce succès historique pourrait inspirer la recherche de solutions aux problèmes actuels dans ce domaine. Très attentifs au Jubilé

En tout cas, le Jubilé Calvin est une bonne occasion. On accorde cette année, aux Pays-Bas, une attention accrue à l’héritage calviniste. Le réformateur genevois semble plus populaire que beaucoup ne l’avaient imaginé depuis longtemps. C’est le moment d’utiliser cette année de commémoration pour réfléchir aux racines de la société néerlandaise d’aujourd’hui.

Des musulmans très religieux

Il y a un phénomène intéressant, c’est le fait qu’à la suite de l’arrivée de nombreux immigrants musulmans, on a vu apparaître aux Pays-Bas un style de vie

Douwe Visser est pasteur de l’Église protestante aux Pays-Bas, et chargé de la théologie et de l’œcuménisme à l’Alliance réformée mondiale (ARM), à Genève, Suisse.

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Écosse

Facteur d’identité dans une société sécularisée Il a fallu plus d’un siècle pour que l’Écosse trouve son identité réformée – après bien des hésitations entre épiscopalisme anglican et presbytérianisme calviniste. C’est ce dernier qui, jusqu’à aujourd’hui, caractérise la société écossaise.


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CALVIN EN ÉCOSSE

Sheilagh Kesting

Lorsque John Knox est revenu en Écosse après son exil genevois, personne ne se doutait de l’influence que Calvin allait exercer sur l’Écosse. En 1560, l’Assemblée générale écossaise s’est ralliée aux réformateurs. Pendant plus d’un siècle, l’Église a hésité entre presbytérianisme et épiscopalisme. En 1689, l’Église d’Écosse a été reconnue comme presbytérienne quant à sa forme de gouvernement et, jusqu’à ce jour, la reine, ou le roi, affirme en présence de l’Assemblée générale de l’Église, la volonté de maintenir un ordre presbytérien de gouvernement ecclésiastique en Écosse.

d’y jouer un rôle de facteur créateur d’identité.

Une grande Église et plusieurs petites

La pasteure Sheilagh Kesting est chargée de l’œcuménisme à l’Église d’Écosse à Édimbourg, Royaume Uni.

Avec ses 490 000 membres, l’Église d’Écosse est, de loin, la plus grande Église réformée du pays. On compte aussi parmi les réformés l’Église libre unie d’Écosse, l’Église libre d’Écosse et l’Église réformée unie, qui ont chacune environ 4 000 membres, ainsi que les petites Églises presbytériennes associées, peu nombreuses, et l’Église presbytérienne libre. Au sein de la communauté protestante, les épiscopaliens écossais de la tradition anglicane forment, avec leurs 40 000 membres, le vis-à-vis ecclésial le plus important de l’Église d’Écosse. Parmi les Églises protestantes de moindre importance, on trouve l’Église méthodiste, la Fédération congrégationaliste, l’Armée du Salut et la Société religieuse des Amis (quakers). Au total, ces Églises protestantes représentent environ la moitié de la population chrétienne d’Écosse. Le calvinisme a profondément marqué la société écossaise, son système de valeurs culturel et son évolution politique. Dans la société actuelle, sécularisée et pluraliste en matière de religion, son statut et son influence sont moins évidents, mais son héritage continue

Calvin sous les feux de la rampe

Étant donné que cet héritage y est encore perceptible, l’année 2009 est une bonne occasion pour réfléchir au passé. Pour cela, il vaut mieux diriger les projecteurs sur Calvin que sur le calvinisme. Car, à la différence de ce à quoi les idées de Calvin ont abouti dans le calvinisme, la théologie du réformateur est dans l’ensemble plus catholique et plus œcuménique que ce que l’on en pense généralement.

Les manifestations en Écosse pour l’Année Calvin

En janvier, la Société de théologie de l’Église d’Écosse (Scottish Church Theological Society) a organisé une semaine de conférences. Divers thèmes y ont été abordés : la vie de Calvin, son temps et sa place dans la Réforme, son influence en Écosse, ce qu’il reste de son héritage théologique, les dimensions politiques et économiques du calvinisme et l’apport contemporain des réformés à l’Église universelle En novembre, un symposium œcuménique intitulé « Calvin, catholique et réformé » sera organisé conjointement avec l’Église catholique romaine en Écosse. L’exposé d’un intervenant catholique romain sera consacré à l’influence de la théologie

de Bernard de Clairvaux sur la pensée de Calvin. Un second exposé abordera dans une large perspective la théologie de Calvin du point de vue catholique romain. Les deux exposés réformés traiteront de « Calvin et la liturgie » et de « L’Église comme mère dans l’Institution chrétienne de Calvin ». L’année 2010 marque également le 450e anniversaire de la Réforme en Écosse. Aussi les « Cunningham Lectures » (conférences) vont-elles se dérouler de novembre 2009 à janvier 2010 à l’Université d’Édimbourg et s’intéresser de façon détaillée aux conséquences de la Réforme en Écosse.

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Afrique du Sud

Une longue ambiguïté Même des Églises de la tradition réformée ont soutenu l’apartheid en Afrique du Sud. Mais les opposants à l’apartheid se réclamaient eux aussi du réformateur genevois. Aujourd’hui, les Églises sont confrontées au défi consistant à vivre de manière encore plus visible leur unité en matière de culte et de structures.


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CALVIN EN AFRIQUE DU SUD

Dirkie Smit

Le calvinisme est arrivé en Afrique du Sud vers le milieu du XVIIe siècle avec la fondation du premier établissement hollandais au cap de Bonne Espérance. À l’époque coloniale, diverses branches de l’Église et des traditions réformées sont parvenues en Afrique du Sud avec les immigrants, de sorte que l’on peut réellement parler d’une influence calviniste. C’est le calvinisme hollandais qui en était le facteur déterminant. En outre, à partir de 1688, sont arrivés de nombreux huguenots français, et des groupes presbytériens et congrégationalistes s’y sont peu à peu adjoints, occupant des fonctions importantes dans la vie publique. Les réformés : un sur cinq

Aujourd’hui encore, la population sudafricaine est très religieuse et majoritairement influencée par le christianisme. Un tiers des habitants environ se rattache à l’une des Églises africaines indépendantes, à peu près 10 % sont catholiques romains. Le reste fait partie de l’un des divers mouvements protestants, parmi lesquels les Églises d’origine réformée néerlandaises, avec environ un cinquième de la population totale, représentent la communauté confessionnelle la plus importante. Jusqu’à la fin de l’époque de l’apartheid, l’histoire et l’attitude officielle de la communauté réformée d’Afrique du Sud ont été profondément ambiguës. Dès 1857, dans les paroisses réformées néerlandaises, on célébrait la Sainte Cène séparément pour les Blancs et pour les Noirs. Ces Églises classaient les croyants en fonction de leur race. Selon de nombreux chercheurs, c’est cette

évolution dans l’Église qui a été déterminante dans l’introduction ultérieure de l’idéologie politique de l’apartheid (qui signifie littéralement : séparation). Des théologiens et des pasteurs réformés ont donné à cet apartheid un fondement biblique ; la majorité des membres blancs de ces Églises soutenait le système. La Confession de Belhar montre la voie

Mais en même temps il se constituait au sein du mouvement œcuménique, en Afrique du Sud et à l’étranger, un vigoureux courant de résistance antiapartheid. Ce qui est intéressant, c’est que cette résistance se réclamait également de Calvin et de la tradition réformée. Dans les années 1980, une nouvelle confession de foi réformée a été adoptée, la Confession de Belhar, qui critique trois points cruciaux de l’apartheid en matière de théologie et de foi : elle prend position contre le refus de pratiquer une véritable unité de l’Église, contre le manque de confiance en la puissance réconciliatrice du Christ pour vaincre les séparations naturelles et culturelles, et contre les formes d’injustice profondément ancrées dans la société et l’économie qu’entraîne l’apartheid. La Confession de Belhar loue le Dieu trinitaire pour le don de l’unité, mais en même temps elle exhorte les croyants à agir pour que l’unité visible, la vraie réconciliation et la justice miséricordieuse deviennent réalité.

fester leur unité par le renouvellement de leur structure ecclésiale et de leur constitution. C’est également le cas pour la communauté de célébration et la confession de foi commune. Ce n’est que de cette façon que l’on pourra triompher des fractures destructrices du passé. Malheureusement, le manque d’unité persiste, ce qui a des conséquences profondes et douloureuses sur le témoignage des Églises réformées, unies ou en voie d’unification. Témoigner de la justice de Dieu

Et pour finir, les Églises sont également confrontées au défi d’un témoignage public, en paroles et en actes, à la justice miséricordieuse de Dieu, que ce soit par leur propre obéissance au Christ ou par les interpellations qu’elles peuvent adresser à l’État, à la société et à l’opinion publique. C’est de cette façon qu’elles peuvent et qu’elles doivent non seulement éliminer le poids des injustices du passé, mais encore prendre position vis-à-vis des défis actuels de la pauvreté, de la misère, du sida, du mépris de la dignité humaine, de la violence et de la criminalité. Les calvinistes d’Afrique du Sud savent bien qu’ils ne pourront accomplir ces tâches qu’en commun avec les chrétiens et les autres croyants de leur pays et du monde entier.

Le manque d’unité persiste

Dans la période actuelle de mutation de la société, les Églises restent confrontées à la tâche consistant à mieux mani-

Dirkie Smit est professeur de théologie systématique à l’Université Stellenbosch, Afrique du Sud.

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Hongrie

L’influence d’un inconnu Bien que Luther, à l’époque de la Réforme, ait été beaucoup mieux connu que Calvin en Hongrie, c’est la confession de foi réformée qui fut adoptée en 1567. La notion calviniste de réforme de la totalité de l’existence offrait une perspective plus intéressante pour la Hongrie qui, en ce temps-là, se trouvait dans une situation assez chaotique. Aujourd’hui encore, le calvinisme y est considéré de façon positive.


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CALVIN EN HONGRIE

Gustàv Bölcskei

Au premier abord, on est surpris de constater la diffusion et l’expansion rapide de la Réforme calvinienne en Hongrie. Calvin n’a connu personnellement aucun des personnages principaux de la Réforme hongroise, il n’a pas non plus entretenu de correspondance avec eux. C’est assez tardivement, l’année de sa mort, en 1564, que l’on s’est réclamé de lui. Au cours d’un débat sur la sainte Cène, on a cité ses argumentations sur ce sujet – à vrai dire, sans donner le nom de l’auteur. La bourgeoisie citadine de la société hongroise avait essentiellement adopté les idées luthériennes et, au début, n’avait pratiquement pas été influencée par la Réforme émanant d’Allemagne du Sud. Il est donc surprenant que, dans les années 1550 en Hongrie, ce soit la branche helvétique de la Réforme qui ait fini par l’emporter et que le Catéchisme de Heidelberg et la Confession helvétique aient été officiellement adoptés comme textes confessionnels par les réformés hongrois au Synode de Debrecen en 1567. Réforme de la totalité de l’existence

Pour expliquer ce revirement inattendu, il faut chercher du côté des conditions politiques, économiques et sociales qui, à cette époque, étaient assez chaotiques, et de l’État hongrois dont la

situation était plutôt confuse. Cette instabilité a fait que l’idée fondamentale du calvinisme, appelant à la réforme de la « totalité » de l’existence, a semblé davantage susceptible de donner une réponse aux questions existentielles de l’époque que la réforme et le renouvellement strictement intérieurs auxquels visait le luthéranisme. Le renouvellement proposé par Calvin allait bien au-delà des décisions doctrinales et des structures ecclésiales. Sa conviction selon laquelle le monde entier était le « théâtre de la gloire de Dieu » (theatrum gloriae Dei), portait donc avec elle, dans notre pays, une véritable force créatrice. C’est aussi la raison pour laquelle la personne de Calvin a une image positive dans l’histoire politique et culturelle hongroise, contrairement aux préjugés négatifs que l’on rencontre assez largement dans d’autres pays. Il est associé positivement à des notions telles que liberté, indépendance, autonomie politique, culturelle et économique, qui jouent un rôle primordial. Les paroisses réformées et les écoles qu’elles entretenaient ont dès les origines porté l’idée de l’indépendance nationale, de la culture hongroise, de la langue maternelle et d’un style de vie austère. Le sentiment de responsabilité et le sens de l’abnégation qui en furent la consé-

quence dans la société ont permis de résister avec succès aux tentatives dictatoriales comme aux tendances au libertinage. L’unité de l’Église est essentielle

On sait à quel point Calvin tenait à l’unité de l’Église. C’est à cet héritage qu’on doit le fait que, dans l’histoire des réformés hongrois, on n’ait jamais vu une division de l’Église dont ils se seraient eux-mêmes rendus coupables, alors que cela s’est très souvent produit dans l’ensemble de la famille réformée dans le monde. Même lors des déchirements causés par l’histoire, les liens entre les différentes Églises du bassin des Carpates ont été préservés. Ce qui ne nous autorise évidemment pas à nous considérer comme les gardiens de la tradition réformée. Nous y voyons plutôt une confirmation de notre responsabilité qui consiste à mettre en valeur un héritage réformé vivant, sous la forme d’une Église agissant hors de ses propres frontières à la recherche du bien commun.

L’évêque Gustàv Bölcskei est le principal évêque de l’Église réformée de Hongrie, à Debrecen.

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États-Unis

Calvin, pour se réveiller Aux États-Unis, l’image de Calvin est plutôt ambigüe. Pourtant, l’héritage que le réformateur nous a laissé pourrait utilement faire avancer les choses : unité pour les Églises des États-Unis si divisées, renforcement du sacerdoce de tous les croyants, engagement social au lieu d'esprit de compétition, recours à la grâce plutôt que tendance à ne se fier qu’à soi-même.


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CALVIN AUX ÉTATS-UNIS

Joseph D. Small

Une allusion au 500 e anniversaire de Jean Calvin risque, chez beaucoup de presbytériens, de provoquer bâillements ou froncements de sourcils, voire une moue méprisante. D’où vient cette attitude négative vis-à-vis de Calvin ? Les luthériens aiment Martin Luther. L’évocation du nom de John Wesley fait battre le cœur des méthodistes. En revanche, les presbytériens ne savent que faire de Jean Calvin et de son héritage. Pour les réformés, Calvin n’est pas une idole.

« maux essentiels de notre temps ». Une idée particulièrement pertinente en ce qui concerne la situation aux États Unis. Ce qui caractérise les Églises chez nous, c’est l’émiettement en un nombre considérable de dénominations, une concurrence commerciale entre Églises, considérée comme normale, et la résistance aux efforts œcuméniques visant à trouver des formes adéquates d’unité ecclésiale. En Amérique, il existe au moins 45 dénominations réformées, dont 22 font partie de la famille presbytérienne.

Influence de Calvin, mais pas de piédestal

Pas de distinction entre chrétiens

Jean Calvin se serait sans aucun doute réjoui de notre réticence à l’égard de toute forme de culte de la personnalité le concernant. Mais il n’est pas nécessaire de le placer sur un piédestal pour reconnaître à quel point sa conception de la foi et de la vie chrétienne marque encore aujourd’hui la vie des Églises réformées du monde entier. Aux États-Unis, quatre éléments essentiels de l’héritage de Calvin devraient, en cette année du Jubilé, avoir de l’importance pour le renouvellement de la vie ecclésiale. L’unité : Calvin a la réputation d’avoir été un fauteur de troubles, qui rejetait l’Église catholique avec des expressions empreintes d’une rhétorique enflammée et des injures acerbes. Cependant, même si sa critique de l’Église catholique et de ses pratiques a été massive, son but a toujours été de la réformer, et non de s’en séparer. Pour lui, la restauration de l’unité de l’Église n’a jamais cessé d’être un commandement de l’Évangile. Il considérait que le manque d’unité de l’Église constituait l’un des

L’ordre des ministères : Avec ses ministères ecclésiaux – pasteur / docteur, ancien, diacre – Calvin voulait surmonter la distinction des chrétiens entre « prêtres et laïcs ». Son ordre des ministères dans l’Église donne une expression visible au « sacerdoce de tous les croyants ». Certes, les Églises réformées d’Amérique sont restées fidèles à la perspective de Calvin. Mais la substance s’en est très largement perdue. Le ministère diaconal est bien trop souvent réduit à rendre quelques services amicaux pour le confort de la paroisse ; le ministère des anciens est devenu celui d’un conseil d’administration paroissial, et les pasteurs se voient contraints de jouer le rôle de directeurs généraux. L’engagement social : À Genève, Calvin a affirmé en paroles et en actes la responsabilité de l’Église dans la société, en matière de justice économique et sociale. Ce sont ses convictions théologiques qui fondaient son engagement en faveur de l’éducation et de la santé, de l’aide aux réfugiés, de la création d’emplois ou encore d’un juste système de crédit. Dans une Amérique qui se

réclame trop facilement de la concurrence et qui la justifie, Calvin offre à l’Église des idées nouvelles en vue de son action dans la société. La grâce plutôt que l’affirmation de soi

La grâce : En Amérique, où dominent assurance et affirmation de soi, l’accent placé par Calvin sur la grâce a un côté libérateur. Au lieu de nous livrer à des efforts anxieux, nous voici libérés du souci de notre propre justice devant Dieu et de la profondeur de notre foi personnelle. Ni ce que nous faisons, ni ce que nous croyons ne peut servir de justification à notre vie. Ni l’un ni l’autre ne sont la condition de l’amour de Dieu. Calvin insiste pour dire que c’est la reconnaissance envers la grâce du Christ qui nous libère en vue de répondre avec gratitude à l’amour infini de Dieu et qui nous permet d’avoir avec les autres humains des relations marquées par l’amour. Sur les traces de Calvin, nous aussi nous sommes en mesure de mener une vie caractérisée par la grâce en nous engageant nous-mêmes de façon désintéressée et sans réserve en faveur des autres.

Joseph D. Small dirige le Département de théologie, liturgie et éducation de l’Église presbytérienne à Louisville (Kentucky), États-Unis.

Informations sur l’année du Jubilé Calvin aux États-Unis, et documents d’étude avec sous-titres en six langues, à télécharger sur : www.pcusa.org/calvinjubilee.

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INTERVIEW

« Aujourd’hui, nous devons tous redoubler d’efforts » Dans le monde de la banque privée, en Suisse romande, les valeurs calvinistes sont encore présentes. Pour Adrian Künzi, de la Banque Wegelin, ces valeurs représentent, dans la crise financière, un important moyen de s’orienter. Il attend également des impulsions à l’occasion du Jubilé Calvin.

Monsieur Künzi, est-ce qu’on ne peut pas dire que, survenant au beau milieu de la crise financière, le 500e anniversaire de Calvin tombe à pic, car c’est dans les périodes difficiles que les banques peuvent supporter une certaine dose d’éthique ? Adrian Künzi*: La crise financière montre en effet que le secteur bancaire aurait maintenant besoin d’un supplément d’éthique. C’est la présomption des banques et des banquiers qui a contribué au déclenchement de cette crise. On pensait pouvoir tout maîtriser. Les banques centrales croyaient pouvoir orienter la conjoncture internationale grâce à la masse monétaire et même empêcher à l’avenir les récessions. Finalement, les grandes banques misaient sur une croissance illimitée. Cette présomption se manifestait également sur le plan personnel. Des banquiers exigeaient des bonus complètement déconnectés de la réalité. Que faire ? Il faudrait rétablir un équilibre. Quiconque peut gagner beaucoup doit également prendre le risque de beaucoup perdre. C’est ce genre de symétrie qui fait défaut. Comment parvenir à cette symétrie ? Il faudrait que ceux qui se trouvent à la tête d’une banque ne soient pas seulement des gestionnaires, mais également des propriétaires. Chez Wegelin, ce système nous est connu en raison de notre structure juridique de société en commandite. Il n’y a pas de distinction entre propriétaires et gestionnaires. La personne qui dirige cette banque privée est également un associé et apporte la garantie de ses biens propres. Nous pouvons gagner beaucoup d’argent, mais également tout perdre. Ce système ne correspond-il pas à la pensée de Calvin, selon laquelle richesse et responsabilité vont de pair ? Sans aucun doute. En outre, cela évite qu’un banquier ne s’intéresse qu’à des gains à court terme. Lorsqu’on est associé d’une banque, on a un intérêt fondamental à ce que cette banque vise des profits à long terme et il est évident qu’on va prendre moins de risques. Il y a déjà un moment que des représentants de votre banque ont émis des critiques à propos des excès des marchés

financiers. Cela signifie-t-il que, chez Wegelin, vous avez spécialement du flair, ou bien est-ce que la circonspection fait partie de la politique de la maison ? Nous n’avons pas plus de flair que d’autres. Mais nous observons les choses de façon plus critique. Nous le pouvons, parce que nous renonçons, en matière d’affaires, à certaines activités qui ont fait récemment l’objet de critiques. Ainsi, en ce qui concerne notre réseau de succursales, nous nous limitons délibérément au marché suisse. D’autres banques qui, comme nous, emploient 600 personnes et gèrent 21 milliards de francs, auraient depuis longtemps des succursales à l’étranger. Dans la mesure où nous ne travaillons pas à l’étranger, nous avons bénéficié de la distance nécessaire pour nous ren-


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ADRIAN KÜNZI

Photos: Luc Georgi

dre compte que l’évolution des prix sur le marché de l’immobilier aux États-Unis, comme l’endettement croissant au niveau international, avaient un caractère alarmant. Nous considérons que notre rôle ne consiste pas à vendre des produits financiers, mais à agir en tant que partenaires pour l’investissement durable d’avoirs. Là aussi, est-ce que l’on peut voir l’idée de Calvin selon laquelle la richesse ne doit jamais être un objectif en soi ? En fait, cette idée est à la base des banques privées suisses. Il ne faut pas se contenter de consommer ce qu’on a gagné, il faut aussi le réinvestir. Ce principe constitue l’un des facteurs essentiels du succès de notre industrie bancaire. Mais aujourd’hui, n’est-ce pas plutôt la maximisation du profit personnel qui serait prioritaire ? Actuellement, en effet, la richesse est bien souvent un objectif en soi et non plus, comme à l’époque de Calvin, un signe que l’on aurait été choisi par Dieu. Malheureusement, il est aujourd’hui plus important de savoir dans quel hôtel de charme on va passer le week-end plutôt que de réinvestir l’argent que l’on a gagné. Sur ce point, on s’éloigne considérablement de la pensée de Calvin. J’espère que le Jubilé sera l’occasion de rappeler les bons principes du réformateur. Quoi qu’il en soit, on considère que l’une des conséquences du calvinisme serait la concentration particulièrement élevée de banques privées performantes à Genève et dans la région. Les milieux bancaires de Suisse romande connaissent-ils cette tradition ? Les banques privées ont tout à fait conscience de cet héritage culturel. Ainsi, le Musée de la Réforme, à Genève, a obtenu le soutien financier de plusieurs familles de banquiers privés. Mais il ne s’agit pas seulement d’avoir un beau musée, il faut voir aussi ce que les idées de Calvin ont encore à dire aujourd’hui. Dans quelle mesure peut-on encore trouver dans le milieu des banques privées la conviction qui était celle de Calvin, disant que la richesse comporte une obligation de responsabilité vis-à-vis de la société ? Nombreuses sont les banques privées qui s’engagent par des fondations dans divers projets humanitaires. La Banque Wegelin, par exemple, soutient un projet de traitement de l’eau potable dans des pays pauvres par le principe très simple des bouteilles PET et accorde des subventions à des fondations s’occupant de la formation des jeunes dans des régions périphériques de Suisse et en Amérique centrale. C’est tout à l’honneur de l’engagement social. Pourtant, comment expliquer à un client de votre banque qu’il ne doit pas se contenter de chercher le taux de rendement le plus élevé possible pour son argent, mais qu’il a aussi une responsabilité dans le cadre de la société ? À notre avis, les investissements qui tiennent compte de la responsabilité sociale vont également dans le sens de l’intérêt du client. Si une entreprise traite mal ses salariés ou se comporte de façon douteuse sur le plan écologique, on risque davantage de perdre de l’argent en achetant ses actions. D’un autre côté, les investissements dans les secteurs de l’environnement, comme par exemple dans des entreprises de traitement de l’eau, sont intéressants. Actuellement, ces sociétés

ont besoin de beaucoup d’argent pour la recherche. En même temps, ces investissements pourront être un jour de bon rapport car, en raison de l’évolution démographique, ce genre d’entreprise devrait pouvoir à l’avenir réaliser des gains intéressants. Dans cette crise financières, les banques peuvent-elles également s’inspirer de l’attitude de Calvin vis-à-vis du travail : c’est-à-dire le fait de s’investir avec ferveur, indépendamment de la réussite ? Aujourd’hui, nous devons tous redoubler d’efforts pour sortir de cette crise. Certes, j’espère bien que le succès ne nous échappera pas. Mais il ne sert à rien de désigner aujourd’hui un certain nombre de boucs émissaires, comme le secret bancaire, qui n’a absolument rien à voir avec l’origine de la crise. À mon avis, les énormes injections de capitaux sont tout aussi erronées. Ce n’est pas le travail des États d’entretenir les structures. La crise a fait apparaître que nous devions nous faire à l’idée que des faillites bancaires pouvaient se produire les unes après les autres. Une fois ce cap passé, nous pourrons repartir sur des bases saines. Mais nous n’en sommes pas encore là. En attendant, nous pouvons nous inspirer de l’attitude de Calvin vis-à-vis du travail et de la ferveur au travail. Mais nous en aurons aussi besoin dans les périodes favorables, de manière à ne pas retomber immédiatement dans la crise suivante. * Adrian Künzi (36 ans) est associé-gérant de la banque privée Wegelin & Co. Originaire de Bienne, il a fait des études d’économie à Saint-Gall et à Cambridge. Depuis 2004, il a créé des succursales de la Banque Wegelin à Lausanne et à Genève.

Propos recueillis par Matthias Herren

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« Calvin, c'est une cataracte, une jungle, une puissance démoniaque, quelque chose qui descend directement de l'Himalaya, de totalement chinois, étrange, mythologique ;   il me manque les organes nécessaires, les ventouses qui me permettraient, ne serait-ce que d'assimiler ce phénomène, et bien plus encore il me manque les moyens de le présenter   correctement. [...] Je pourrais parfaitement concevoir de m'installer pour ne plus m'occuper que de Calvin tout le restant de ma vie. » Karl Barth dans une lettre à Eduard Thurneysen le 8 juin 1922

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