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BRUXELLES CULTURE 15 juin 2018 Brussels Diffusion asbl Contact et abonnement : pressculture4@gmail.com

Rencontre : Pascale DelĂŠvaux


Rencontre : Pascale Delévaux Randonneuse dans un monde en perpétuelle effervescence, Pascale Delévaux travaille sur le temps qui évolue et cherche une échappée à travers des paysages dont elle fait ressortir la part d’éternité. Oscillant sans arrêt entre quiétude et agitation, elle se singularise également par des recherches sur les graffitis, qu’elle revisite en fonction de ses humeurs et de son inspiration. Dotée d’une solide formation, elle alterne ou mélange les techniques, s’autorisant toutes les libertés. Rencontre. Pourquoi avez-vous quitté votre Suisse natale ? J’avais très envie de découvrir d’autres horizons et, en même temps, je voulais entamer des études artistiques. Le hasard a fait que le directeur de l’école d’art, à laquelle je m’étais adressée en Suisse, a accepté ma candidature, mais il voulait que j’aille passer une année ailleurs, avant de pouvoir débuter un cursus chez lui. Or, je ne souhaitais pas attendre. J’avais entendu parler de La Cambre et, sans rien connaître de la Belgique, je suis venue me présenter au concours d’admission. Dix jours plus tard, j’ai appris que j’étais admise et j’ai fait ma valise pour venir à Bruxelles. Quels souvenirs gardez-vous de vos années de formation à la Haute Ecole de La Cambre ? Il s’agit d’excellents moments. De grandes amitiés sont nées. On travaillait beaucoup et on participait également à beaucoup de soirées. Je me trouvais dans un état de découverte et d’exploration artistique, avec des amis aussi passionnés que moi. Nous vivions uniquement par et pour l’art. La Cambre est composée de nombreux ateliers et je suis issue de ceux de sérigraphie et de création d’images, mais j’aimais voir ce qui se passait dans ceux d’à côté, découvrir ce qui s’y déroulait et discuter des travaux en gestation. C’est peut-être là qu’il faut chercher la source de l’utilisation de plusieurs techniques dans mes créations. Vous êtes aujourd’hui installée à Anderlecht. A vos yeux, que représentent Bruxelles et la Belgique sur le plan culturel ? Doit-on faire mieux ? Il me semble qu’il y a eu un moment d’effervescence à Bruxelles, où il se déroulait énormément de choses et où chacun était nourri par tout ce qui s’y passait. Aujourd’hui et à mon sens, Bruxelles ne bouillonne plus autant qu’autrefois, mais propose une belle diversité culturelle. Ce que je trouve tout à fait remarquable en Belgique, c’est son nombre d’académies et les possibilités de formation qu’elles offrent dans une grande variété d’ateliers. L’accès à l’art et à la création est aisé pour qui a envie de s’y frotter et je trouve cela formidable. Je ne connais pas d’autres pays qui offrent cette possibilité. Je relève aussi tous les centres culturels qui foisonnent et le travail remarquable qu’ils entreprennent pour soutenir et exposer les créateurs. Quelles techniques utilisez-vous ? Avant mon passage à La Cambre, la peinture et la photographie m’animaient. Depuis, je me sers toujours de la peinture et de la photographie, mais aussi de la sérigraphie, qui est une sorte de fusion de ces deux techniques. Aujourd’hui, je travaille essentiellement l’image imprimée, qu’elle soit photographie et/ou sérigraphie selon le projet j’ajoute de la peinture, le geste et la matière.


Nous avons pu admirer vos travaux à la Maison des Artistes d’Anderlecht, pourquoi passez-vous d’un style à un autre et est-ce révélateur de votre tempérament ? En fait, je n’ai pas l’impression de passer d’un style à un autre, mais plutôt d’un projet à un autre régit par ses propres codes. Je m’intéresse surtout aux moments de passage, de transition ou de mutation. Je me sers des paysages en nature grandiose pour suggérer des moments d’éternité, pour explorer la notion du temps qui est fondamentale dans mon travail et je me sers des villes pour explorer les codes et les langages urbains, ainsi que les mutations et transformations de celles-ci. Le côté agité ressource mon côté paisible et le calme me met en mouvement. Un peu comme un balancier, l’un ne va pas sans l’autre, oscillant entre agitation et sérénité, urbanisation et nature, bruit et silence. Je cherche un équilibre qui me permet d’être en permanence dans la création. J’ai également parfois besoin de m’extraire de mon travail pour y retrouver plus de pertinence. Alors, je passe du vide et des espaces tranquilles de mes paysages photographiques « Panorama » à l’agitation du langage urbain avec « Traces », axé sur les graffitis et où je mélange plusieurs techniques (photo, peinture, sérigraphie). Les pauses m’aident à me replacer au centre de ma démarche. Durant ce laps de temps, je me nourris d’autres choses et les projets mûrissent. On pourrait parfaitement comparer mon travail à une musique faite de silences, de rondes et de doubles croches. Sans les silences, on n’apprécierait plus les doubles croches et, sans les doubles croches, on finirait par s’ennuyer dans les silences. Le travail photographique, appelé « Panorama », composé de paysages, est extrêmement sélectif. Pour une seule photo proposée, il y en a souvent quatre cents en aval. Le cliché que je sélectionne doit correspondre en tous points à ce que je recherche et à ce que je souhaite transmettre. Une fois encore, cela réclame énormément de méticulosité, sur laquelle je dois impérativement me concentrer pour être certaine de garder la consistance artistique voulue et ne pas tomber dans la photographie touristique, certes belle, mais qui ne m’implique pas émotionnellement. La photographie se trouve à la base de nombreuses œuvres. Pourquoi ne souhaitez-vous pas dévoiler les lieux où chaque cliché a été saisi ? Le lieu n’a pas d’importance dans le travail photographique « Panorama ». Je parle du temps. Ces œuvres sont surtout remplies d’espace et de vide et dont le but consiste à inviter le spectateur à interagir avec son monde intérieur, son inconscient. A travers un paysage, chacun va où il veut aller, dans ses propres chemins, un peu comme un dialogue avec lui-même. Il ne s’agit pas de photographies de paysages, bien que chaque sujet soit un paysage, mais plutôt d’une invitation au voyage dans ses propres territoires Désirez-vous transmettre un ou plusieurs messages lorsque vous exposez ou vous contentez-vous d’un résultat purement esthétique ? Je ne crois pas que le rôle d’un artiste est de délivrer un message, mais plutôt d’interpeller. Dans le fond, il s’agit davantage d’un questionnement à travers une invitation à la méditation, que j’explore et que je partage. Je m’interroge tous les jours sur la notion du temps et sur la nature de celui-ci. Puisque je vis en milieu urbain, chaque fois que je sors, je vois des quartiers ou des espaces de la ville qui se transforment et changent. Cela ne me laisse pas indifférente.


Avez-vous besoin d’une mise en condition lors de la gestation de certains projets ou tout est-il instinctif ? Lorsqu’un projet se met en place, je n’ai pas souvent conscience qu’il a commencé. Quelque chose a été esquissé, que ce soit en photographie ou en peinture ou encore avec quelques mots posés sur un papier. Puis j’y reviens et j’y reviens encore et les idées se développent. Lentement, les choses prennent un sens et le projet s’organise. Néanmoins, c’est souvent au détour d’une balade, d’une marche ou d’un voyage que ma créativité se met en action. Face aux paysages grandioses que vous exposez, on retient surtout la notion de temps suspendu. On a la sensation que les aiguilles des montres se sont figées et que toute vie arrête sa progression. Pour la plupart, il s’agit de mers et de ciels qui tendent vers une sorte d’infini. Estce une simple impression ou une volonté de votre part ? Je crois que ma démarche « Panorama » pourrait se résumer à ceci : « Comme si les minutes n’avaient plus soixante secondes, comme si les heures n’avaient plus soixante minutes, un endroit où le temps a pris tout l’espace de l’image et oublie lui-même de tourner. » Effectivement, dans une société où nous courrons après chaque instant, ce projet propose véritablement de nous arrêter et d’entrer dans un moment d’introspection. J’essaie, à travers un travail tout à fait spécifique de la lumière, de permettre à chacun de pouvoir créer une connexion avec ce qui appartient au domaine de l’intangible. Ironiquement, plus les photos se remplissent de vide et plus le temps et son mouvement deviennent présents dans celles-ci. Platon parlait du temps comme « l’image mobile de l’immobile Eternité ». Je crois que c’est ça « le temps suspendu ». Quelle place l’art occupe-t-il aujourd’hui dans votre existence ? Il me permet de grandir et de trouver d’autres clés pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. Il est aussi ma bulle d’air, de liberté et d’émerveillement. Il me nourrit à travers une multitude de regards et de pensées. C’est un moteur ! Quels sont vos projets ? En tant que randonneuse dans un monde en mutation, je souhaite pouvoir effectuer un tour du monde pour glaner la diversité des couleurs et des lumières, ainsi que les différents langages urbains. Plus concrètement, il y aura de prochaines expositions de mes œuvres en Belgique et je peux déjà annoncer que, en 2018, mon travail va s’exporter au Brésil dans une excellente galerie. Retrouvez Pascale Delévaux sur son site officiel www.misssbeli.com Propos recueillis par Daniel Bastié


CINÉMA : FESTIVAL DU FILM INTERNATIONAL À BRUXELLES Du 20 au 30 juin 2018, la capitale fera son plein d’émotions à travers différents lieux cinématographiques où se déroulera le Brussels International Film Festival, qui fête sa première édition. Flagey (à l’ombre du fameux Paquebot), Bozar, les cinémas UGC, Vendôme, Palace, Galeries, ils vous ouvriront tous leurs portes pour vous offrir une tournée cinématographique en primeur. Des sessions « open air » vous accueilleront aussi, en soirée, le long du boulevard Anspach ainsi qu’au Mont des Arts. Vous y verrez quelques musts du passé. Vous pourrez y ajouter une petite balade nocturne pour entamer ou finir la soirée. La ville sera transformée en capitale du cinéma pour onze jours. Du 20 au 30 juin, il y aura en effet des lumières, des paillettes, de l’élégance, du glam, bref du rêve dans l’air de Bruxelles avec la magie de ses plus grands écrans noirs et de ses plus folles nuits blanches. Onze jours à 24 images/sec, onze jours en travelling continu et en zooming intense, onze jours d’E-motion qui vous emportera et vous fera saliver. Cannes, Berlin, Venise, silence, on tourne, c’est à notre tour maintenant. Action à Bruxelles ! En avant-première, vous pourrez voir le film très attendu de Terry Gilliam, L’Homme qui tua Don Quichotte. La sortie en a été reportée jusqu’ici à cause des droits d’auteur que se disputent le réalisateur anglais et le producteur espagnol. Gilliam pensait à l’Homme de la Mancha, le chefd’œuvre de Cervantès, depuis des années déjà. Il vient enfin de le réaliser après cinq tentatives avortées, dont une avec Jean Rochefort. Son film met en scène un jeune réalisateur de pub, cynique et désabusé, qui tente d’échapper aux folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol se prenant pour Don Quichotte et rêvant de pourfendre les moulins. Le réalisateur saura-t-il se racheter aux yeux des gens du village qui ont cru au film qu’il tournait avec la population locale ? Don Quichotte survivra-til à sa folie ? Vous le découvrirez en assistant à la projection de ce film d’aventures, façon Monty Python, le mercredi 20 juin à l’UGC De Brouckère (19 heures 30) et à Bozar (20 heures). La séance sera suivie d’un verre offert au public. L’Homme qui tua Don Quichotte sera montré en présence de Claudia Cardinale, invitée d’honneur du Festival qui accueillera trois compétitions, ainsi que des rencontres professionnelles et des projections pour le jeune public. Construite autour d’une sélection de films venus des quatre coins du monde, la Compétition internationale vous invitera à découvrir de nombreux longs métrages en avant-première. Egalement au nombre des invités : Terry Gilliam et Christophe Honoré, réalisateur de Plaire, aimer, courir vite à l’affiche du festival. Retrouvez tout le programme sur le site www.briff.be ou info@briff.be Michel Lequeux


LE MUSÉE DU CINQUANTENAIRE DEVIENT LE MUSÉE ART & HISTOIRE Depuis plusieurs mois, le Musée du Cinquantenaire a entamé un travail de réflexion sur son image. Celui-ci a débouché sur une campagne de réorganisation globale de l’institution. Une reconquête muséographique a ainsi été initiée : décision d’organiser des expositions temporaires basées sur les collections propres et rénovation progressive des salles permanentes, en commençant par le Magasin Wolfers, qui a été la première étape d’une série annoncée pour les années futures (salles Égypte, salles XIXe et XXe siècles, maquette de Rome, etc.). Cette dynamique se poursuivra avec un site Internet complètement remis à jour ainsi que divers travaux de rénovation (toiture, sanitaires et accueil). Cette campagne de rebranding devient également synonyme de changement de nom, d’un nouveau logo et d’une nouvelle identité graphique, afin d’éviter toute confusion avec les musées voisins. À partir de maintenant, le Musée du Cinquantenaire devient en effet le Musée Art & Histoire (Museum Kunst & Geschiedenis en néerlandais et Art & History Museum en anglais). Il est à noter que le nom officiel de l’institution dans son ensemble reste Musées royaux d’Art et d’Histoire, appellation qui chapeaute, outre le Musée Art & Histoire, le MIM (Musée des Instruments de Musique), la Porte de Hal et les Musées d’Extrême-Orient actuellement fermés. Sam Mas

THÉÂTRE : AMANDINE ET LE GUEUX En 1567, les Pays-Bas espagnols (qui s'étendent du Nord de la France à la Frise) sont la proie d’une véritable guerre civile. Philippe II d'Espagne, le duc d'Albe, les Comtes d'Egmont et de Hornes en sont les figures emblématiques. Bruxelles, comme tout le pays, vit sous un régime de terreur et personne n'est épargné, qu’il s’agisse des gens du peuple, des commerçants, des bourgeois ou des nobles. Dans ce climat périlleux et incertain deux personnages, que tout devrait séparer, se rencontrent et vivent une amitié improbable. En se soutenant mutuellement, ils vont traverser des drames avec un appétit de vivre et dans une relation qui évolue à chaque scène, surprenant le spectateur, lui arrachant tantôt un rire, tantôt une larme, éveillant constamment son intérêt pour les évènements historiques qui secouèrent notre pays, il y a 450 ans. Mais l’histoire est – hélas – un éternel recommencement et l’actualité nous rappelle malheureusement que le règne de la violence n’a pas de frontières et que la barbarie des hommes n’a pas de limite… Comédienne professionnelle (Galeries, Parc, Volter) dans sa jeunesse, Viviane Decuypere connaît tous les rouages de la comédie, proposant depuis plusieurs années, des pièces où l’Histoire se confronte à l’humour. Cette fois, elle a abandonné son style léger habituel pour se confronter au drame pour nous conter une des périodes les plus sombres inscrites dans les annales de la capitale. Dirigés avec beaucoup de sensibilité par Benoît Strulus, Lucy Rigaux et Sebastian Vanderick donnent corps aux deux protagonistes. Restait à leur offrir un lieu digne de leur prestation. Le palais de l’Empereur Charles-Quint, perché sur l’ancienne colline de Coudenberg, sert donc d’écrin à cette action que les manuels d’histoire ne font qu’effleurer et pourtant ! N’est-il pas vrai que pour savoir on l’on va, il est essentiel de savoir d’où nous venons ? Les représentations se déroulent les vendredis, samedis et dimanches du 15 juin au 1er juillet 2018 au Palais du Coudenberg. Voyez tous les détails pratiques sur le site https://coudenberg.brussels/fr Réservations : 04 76 80 67 06 – 04 95 20 67 00 ou infos.lareplique@gmail.com Place Royale, 10 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


UN KET DE BRUSSELLES : LES GRANDES VACANCES DE 1958 Tu connais la Tomiome ? Alleï, fais une fois un effort : ce gros machin avec des boules en fer blanc qui a l’air de pas tenir debout tellement il se tient krum. On l’a construit exprès pour « l’Expo 58 » comme on disait alors, et ce moche truc devait disparaître à la fermeture, qu’on nous racontait. On voyait ça blinker sur l’horizon et la nuit ça pinkait comme des étoiles à la foire du Midi ! On n’avait jamais rien rencontré d’aussi grand, d’aussi brillant, d’aussi… Bref, pour nous autres les kets de Brusselles, ça ressemblait à rien. C’était Albert Einstein qui allait venir l’inaugurer, qu’on disait. Alors là, mon z’ami, je peux te dire que l’Albert ça devait être un cador, car venir inaugurer un bazar comme ça quand tu es mort depuis trois ans, il faut le voir pour le croire. Pourquoi il aurait été voir un brol qui tient sur juste une boule par terre, et qui en a huit autres qui pendent en l’air que quand tu es à côté tu as l’impression que ça va te tomber sur ta façade ? La Tomiome, c’était un attrape-touriste comme une Tour Eiffel à Bruxelles, mais avec plus de stouf autour. C’est à peine si ça ne jouait pas Vie van Boma en même temps. « L’Expo 58 » : six mois de bon, de bien et de bucht. Pour te dire : il y avait des peïs qui te vendaient un clou ; un vrai, tu sais, avec une pointe d’un côté et de l’autre une grosse tête plate, et sur la tête, il y avait marqué « Expo 58 ». C’était le « Clou de l’Expo » ! Tu zwanzes, dis ? Mon père m’avait dit : « Regarde bien avec tous tes yeux car on va plus voir ça d’ici tellement d’années que même tes arrière-petits-enfants ne le verront pas. » Nè ! Soixante ans après la belle Tomiome est toujours là, on lui a remis un coup de Sidol sur ses boules pour les refaire blinker et attirer le touriste de loin, même si entre-temps on a ajouté plein de moches tours autour. Pour « l’Expo 58 », Brusselles en pleine bruxellisation c’était un énorme chantier. Il y avait des grands panneaux où on lisait : « Dans 45 jours, ce chantier sera terminé » et des linguistes se sont disputés pour savoir s’il fallait écrire « sera terminé » ou bien « est terminé ». Tu vois la conscience professionnelle de ces castars. On avait aussi séparé les travailleurs : ceuss qui causaient le flamand des ceuss qui jasaient le wallon. Du coup, d’un côté de la rue tu voyais « Ici, on parle français » et plus loin, la même plaque prévenait : « Hier werkt men ». Ça c’est la finesse de l’humour brusseleir. Et puis dans le site de l’Expo, on voyait les merveilles du monde, avec un cinéma où tu te trouves au milieu avec un écran tout autour, que tu ne sais pas où regarder et que quand un indien envoie une flèche, au lieu d’aller tout droit au-dessus de ta tête elle fait le tour de la salle…Arra ! Pour nous les jeunots, il y avait le parc d’attractions. Une énorme foire du Midi avec des boxes-autos à jetons, des parcours dans des tonneaux tournants et des souffleries pour soulever les jupes des filles et des baraques à smoetebolle avec plein de sucre impalpable, que tu te brûlais les doigts et la langue mais que ça te goûtait, fieu, que t’avais honte de ne pas savoir en manger plus. Au-dessus de tout ça, la belle Tomiome, avec ses neuf boules de métal, qui a, comme le trop long nez de Cléopâtre ne l’a pas fait, changé la face de Bruxelles. Qu’est-ce que tu dis en bas de ça ? Les vacances de 1958 c’étaient quamême les plus tofs de toutes. Georges Roland (Retrouvez les romans bruxellois de Georges Roland sur le site www.georges-roland.com)

QUI EST NOTRE COLLABORATEUR GEORGES ROLAND ? Né à Bruxelles, Georges Roland est un parfait zinneke, tiraillé entre cultures flamande et francophone. Il défend parallèlement la langue française et, dans ses « traminots-polars zwanzés », le dialecte bruxellois. Auteur de nombreuses fictions, il mêle le cocasse au sérieux, la petite histoire à la grande, sait se faire grave ou pousse le lecteur à se tordre de rire. Pour tous ceux qui ont conservé la nostalgie de leur jeunesse bruxelloise, nous ne pouvons que conseiller, entre autres, la lecture de « Le brol aux Marolles », « Cartache ! Du sang sur les rails » et « Manneken-Pis ne rigole plus ». Des thrillers de chez nous, où la Kriek coule à flot et les enquêtes suivent leur cours dans des quartiers que nous connaissons comme notre ombre. Rien que du bonheur ! Sam Mas


EXPOSITION : ALEXIA TONNA L’abstraction en peinture a toujours permis de s’évader des références du quotidien et de participer à un voyage où les sens se mettent en éveil pour glaner et rassembler des impressions. Loin de se revendiquer d’une quelconque chapelle, Alexia Tonna est arrivée un peu par hasard dans le domaine des arts pour exprimer des sentiments entre rêve et réalité, chercher des harmonies et amorcer le dialogue. Tout démarre avec la rencontre d’une technique ancestrale née dans les tréfonds de l’histoire de notre humanité et qui, selon diverses sources, remonte au IVe siècle avant notre ère, à une période où les grands empires imposaient leur férule en Asie et en Afrique. Plutôt que d’utiliser l’huile ou l’acrylique, elle privilégie la peinture à l’encaustique (ou à la cire d’abeilles), un procédé peu connu chez nous, mais qui était richement exploité avant le christianisme. On peut bien sûr s’interroger sur la pertinence d’un pareil matériau. Toujours selon plusieurs recherches, ce procédé serait l’invention d’un peintre grec du nom de Lysippe. Ce dernier apposait le mot egkaen, c’est-à-dire « brûlé » sur ses travaux. Quant au terme encaustique, il signifie « intégrer par la chaleur » et provient de « enkaustikos ». Alors que, chez nous, les artistes employaient la glaire de l’œuf comme liant, les créateurs helléniques et byzantins préféraient la cire d’abeilles dès qu’il s’agissait de mélanger les pigments. Par ce choix, ils utilisaient un produit naturel qu’ils connaissaient et qui avait fait ses preuves tant sur le plan de la résistance que de l’imperméabilité. Ceci pour dire que des peintures réalisées à l’encaustique se protègent naturellement des affres du temps et se dotent d’une espèce de vernis qui les durci. Il suffit toutefois de découvrir les œuvres d’Alexia Tonna pour se rendre à l’évidence qu’il ne s’agit pas de énièmes reproductions de peintures religieuses ou d’icônes, mais de créations personnelles qui font la part belle au mouvement et aux couleurs. Chez elle, l’imagination domine, alors que le geste reste instinctif. Ici, l’équilibre est contrôlé de bout en bout, dans ses moindres parcelles, centimètre par centimètre, car on peut parfaitement laisser partir le geste du poignet tout en conservant une idée précise du résultat attendu. A l’instar de tout peintre confirmé, elle refuse le plagiat ou la copie basique. Son abstraction demeure personnelle et mène à un lyrisme qui ne laisse jamais indifférent. On pourrait presque parler de nuancier, qui suggère des atmosphères, des émotions et qui invite à l’introspection. Naturellement, face à des toiles de ce genre, chacun peut s’engager sur la voie des supputations, afin d’interpréter un éventuel message de la plasticienne, un peu comme s’il demeurait inacceptable de se trouver en présence d’une création pure, uniquement soumise à la règle du beau et de l’esthétique, étrangère à toute extrapolation et portée à rejeter avec force les avis tranchés de critiques, plus souvent doués lorsqu’il s’agit de formuler un avis, mais incapables de réaliser une toile (faite de méthode, d’imagination ou, plus simplement, de talent !). Néanmoins, il existe bien un message à transmettre au plus grand nombre. On le sait, la vie animale est menacée un peu partout dans le monde, celle des abeilles en particulier. Grand nombre de scientifiques l’ont annoncé : un monde sans abeilles sera un monde voué à la ruine. Alors qu’il existe maints combats à mener pour sauver la terre de l’autodestruction dans laquelle nous l’engageons par notre insouciance, notre inconscience et notre stupidité, Alexia Tonna a choisi de sensibiliser tout un chacun à l’urgence de la situation. Il n’est donc pas étonnant que plusieurs de ses créations puissent être lointainement assimilées à des macroréalisations rappelant la nature, l’ovale d’une ruche, les membranes des ailes de l’insecte. Après de nombreuses expositions un peu partout en France (Paris, Marseille, Saint Tropez, Aix en Provence, etc.), l’artiste vient pour la première fois à Bruxelles, afin de présenter une technique incroyable et millénaire, malheureusement oubliée. Depuis de nombreuses années, elle milite également en faveur des apiculteurs de sa région et défend la qualité du miel bio au détriment des contrefaçons vendues par certaines multinationales, peu soucieuses de la santé des consommateurs. Un panel de ses œuvres est à découvrir jusqu’au 30 juin 2018 à Espace Art Gallery. Plus de détails sur le site officiel de l’organisateur www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken 83 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


EXPOSITION : DE TIEPOLO À RICHTER L’EUROPE EN DIALOGUE ... et en question. Saviez-vous que Rodin, Jordaens, Tiepolo, Kirchner, Jorn ou Richter ont été les ambassadeurs de notre identité européenne ? Que leurs œuvres ont voyagé d’un pays à l’autre et qu’elles ont participé à l’élaboration d’une culture commune ? Ces artistes sont les premiers à se déclarer européens sur notre continent. A revendiquer une même appartenance. C’est ce que veut démontrer « De Tiepolo à Richter » visible au Musée du Cinquantenaire jusqu’au 30 septembre. Cette exposition nous a été présentée par sa coordinatrice Anne De Breuck. Italiens, Flamands, Français, Allemands ou Danois, du XVIe au XXe siècle, du Rococo au groupe Cobra (Co comme Copenhague), ces artistes se sont inspirés les uns des autres et ont transmis leur héritage aux générations suivantes. C’est le brassage de leurs œuvres qui a créé l’Europe d’aujourd’hui, telle qu’elle est, malgré les guerres et les dissensions qui l’ont partagée. C’est le sujet d’une exposition qui se tient au Musée du Cinquantenaire. Elle réunit 70 œuvres, la plupart étant des peintures. Mais il y a aussi des gravures, dont celles de Dürer, des parchemins, deux retables, des tapisseries, de l’argenterie, des coffrets en bois précieux et des sculptures qui montrent que les idées communes se sont répandues entre les artistes, les acquéreurs et les grandes cours où circulaient les œuvres. Ces œuvres fondatrices font partie de l’histoire de l’art. En voulez-vous une preuve ? Le titre de l’exposition sert à lui seul de preuve. Avec ses fantastiques compositions éclatantes de lumière, Tiepolo illustre l’apogée de la peinture rococo en Europe. La France s’en inspirera au XVIIIe siècle à travers l’œuvre de Watteau. Cependant, un siècle plus tard, Le Chasseur à cheval se retournant pour fixer le spectateur droit dans les yeux inspirera à Delacroix une scène semblable avec un Ottoman qui s’éloigne sur sa monture. Mouvement, gesticulation, vivacité, tout s’est déplacé avec force d’un peintre à l’autre et d’un siècle jusqu’au suivant. L’un a influencé l’autre. Quant à Gerhard Richter, connu pour ses peintures abstraites, il a utilisé en 2009 un ordinateur pour scinder en quatre parties une œuvre consacrée au soufisme, Musa, dont les moitiés supérieure et inférieure sont inversées mais identiques. Ce peintre allemand, venu de Dresde, réintègre dans sa tapisserie numérique le monde de l’Islam déjà présent au XVIIe siècle chez nous, avec les comptoirs portugais qui favorisaient les échanges culturels entre l’Europe et le monde. On verra dans les vitrines plusieurs objets datant de cette époque, comme un coffret et un petit pupitre. Là aussi, on voit l’Europe se tisser par les échanges. Un parcours chronologique Six pays nous proposent donc ces peintures et ces objets précieux à travers 14 fondations culturelles : la Belgique avec la Fondation Roi Baudouin, l’Italie, le Portugal, les Pays-Bas, la Finlande et l’Allemagne. L’Italie principalement et paradoxalement, puisque, à l’instar du Brexit anglais, elle prend aujourd’hui ses distances par rapport à l’unité européenne qu’elle a façonnée depuis au moins le XVe siècle. C’est d’elle en effet qu’est partie toute l’évolution de l’art avec les scènes religieuses qu’elle nous a fait


découvrir. Elle a orienté et fixé notre regard sur la religiosité. Au XVIe siècle, l’humanisme s’en inspire. Aux peintres italiens, on doit la profondeur de champ dans les tableaux, la perspective du rendu, le décor sur lequel se détache le portrait, et surtout les effets de clair-obscur qui vaudront au Caravage une réputation internationale. Les peintres hollandais reprendront dans leurs portraits ces effets d’éclairage au XVIIe siècle, qui fut leur siècle d’or. Confrontée à la Réforme née dans les pays germaniques et en France, l’Italie multipliera les lignes courbes, sinueuses, tortueuses de l’esthétique baroque, avec la ligne oblique qui scande chaque tableau qu’on voit dans l’exposition pour cette période du XVIIe siècle. La France y répondra au XVIIIe par le style Rococo hérité de Tiepolo, avec des couleurs plus vives et plus légères comme dans Les Fêtes galantes de Watteau. De leur côté, les peintres anglais s’adonneront aux peintures de paysage, comme Ramsay Reinagle dans Crépuscule et Coucher de soleil sur un délicieux vallon (1807). Paysage auquel les Français ajouteront l’émotion de l’individu à l’époque romantique. Emotion sensible dans Le Lac de Lamartine, qui reflète les sentiments du poète face à la nature. Tous ces transferts de sens et de couleurs sont visibles dans l’exposition qui vous est présentée. Quatre siècles d’influences réciproques sont ainsi brossés. Le XXe siècle La deuxième partie, consacrée au XXe siècle, se centre sur des thèmes plus pointus, comme l’abstraction géométrique dérivée du cubisme, ou les silhouettes inspirées par la psychanalyse de Freud. On verra par exemple, pour illustrer la peinture belge : Squelette regardant des chinoiseries de James Ensor, où une tête de vieillard est devenue une tête de mort couronnée de tableaux ; La Buveuse d’absinthe de Léon Spilliaert, qui montre les ravages de l’alcool au fond des yeux caverneux d’une dame de la Belle Epoque, ou La psychanalyse de groupe de Gillet, qui remplace l’assemblée des patients par un groupe de singes. Ces toiles nous montrent à l’œuvre les forces intérieures, jaillies et intarissables, de l’être humain confronté à lui-même et à ses pulsions de vie et de mort. La psychanalyse a traversé ainsi toute l’Europe. Si vous voulez en savoir plus sur ces tableaux qui se sont nourris les uns des autres et qui ont transité à travers l’Europe pour faire d’elle ce qu’elle est, rendez-vous au Musée du Cinquantenaire pour les découvrir jusqu’au 30 septembre prochain. Plus d’informations sur le site officiel du musée : www.kmkg-mrah.be. Parc du Cinquantenaire, 10 à 1000 Bruxelles Michel Lequeux

EXPO : STAR WARS IDENTITÉS AU HEYSEL Une exposition se tient actuellement au Palais 2 du Heysel. Elle est consacrée aux personnages de la saga Star Wars, qui nous ont mis en haleine depuis le premier épisode paru en 1977 avec Harrison Ford dans le rôle d’un contrebandier de l’espace. Ce « space opera » nous entraîne en effet aux confins de la galaxie, dans une guerre interstellaire opposant les forces du Bien aux forces du Mal. La Guerre des Etoiles, qui était la première d’une longue épopée galactique, n’intéressa au début que la Fox Century. Le film fit pourtant l’effet d’une bombe et remporta un succès phénoménal, à l’origine des trois trilogies qui devaient en naître. Vous allez donc voir tous les personnages qui ont animé ces épisodes jusqu’au plus récent, Le Réveil de la Force paru sur nos écrans en 2016. Vous les verrez en chair et en os, ou plutôt en plastique et en latex, au fil des vitrines qui jalonnent l’exposition au Heysel. Deux cents costumes avec les accessoires, les maquettes et les dessins conceptuels de la


saga vous sont ainsi révélés. Entrez donc dans les coulisses de la production. On vous demandera même de vous incarner dans un de ces personnages et de vous situer par rapport à « la Force » qui anime cette incroyable galaxie. De BB-8 à Jabba le Hutt Personnages hybrides, composites, magiques, chimériques, nourris par la culture cinématographique du créateur George Lucas et par les nombreuses mythologies qu’il a compulsées. Ils forment un étonnant univers d’heroïc fantasy façon magicien d’Oz. Les plus récents comme les plus anciens vous attendent dans cette exposition qui vous fera remonter le temps et les différents épisodes de la saga. Le petit robot BB-8 vous fera signe tout de suite. Il est apparu dans la dernière trilogie. C’est un droïde, un robot doué de sensibilité. Il a une tête en demi-sphère qui repose sur une sphère plus grosse avec laquelle il roule comme une bille pour échapper à ses poursuivants ou pour rejoindre ses amis. BB-8 est blanc, avec quelques parties bleues et orange sur son corps et un oculaire noir. Il est à la fois drôle et imposant dans la série, car c’est à lui qu’est remis un fragment de la carte de la galaxie au début du Réveil de la Force. Ses poursuivants sont les stormtroopers, entièrement revêtus d’une armure blanche. Ils agissent comme les soldats du Nouvel Ordre, l’ordre du IVe Reich pourrait-on dire, œuvrant pour faire triompher le Mal. Ils incarnent les forces du dark side, la partie obscure de l’univers. S’opposant à eux, il y a entre autres le petit Yoda à la tête féline, le seul de sa race qui ait survécu. C’est la plus sage des créatures. Il est le membre le plus influent du Conseil des Jedi. Ses aphorismes marquent la quintessence de la pensée claire de la Force. Il sera le mentor de Luke. Peut-être serez-vous plus attiré par Han Solo, le contrebandier de l’espace dans quatre épisodes de la série entre 1977 et 2015, et par son compère Chewbacca, la créature simiesque sortie de La Planète des Singes, avec laquelle Harrison Ford pilote hardiment son vaisseau spatial. Pour d’autres enfin, les personnages principaux seront Luke Skywalker, le petit fermier parti de sa planète pour conquérir la galaxie, ou la princesse Leia qui mène la révolte contre Darth Vader et qui est incarnée par Carrie Fischer, décédée en 2015. Ils sont tous là, et vous les croquerez du regard. Certains personnages de la série ont disparu, ou il n’en reste presque plus rien, car ils n’avaient pas été créés pour être conservés. C’est le cas de Jabba le Hutt, conçu comme un gros alien ressemblant à une limace. Il est mentionné dès le premier film de Star Wars et est décrit comme un gangster impitoyable qui a mis à prix la tête de Han Solo. « C’est la seule créature qui reste de la scène de la cantine, mais en partie seulement, explique Sophie Desbiens, coordinatrice de l’exposition. Rien n’a survécu de Jabba le Hutt, sauf ses yeux avec leurs fils électriques. C’est tout ce qui reste de lui. Le nez énorme, l’arme, tout s’est détérioré parce que le latex ne survit pas au temps. Et donc, il reste seulement les yeux dont vous pouvez voir le mécanisme. » 100 000 objets répertoriés Les objets exposés au côté des personnages sont originaux. Ils sont authentiques. On les a vus dans les différents épisodes de Star Wars. Ils font partie de la collection privée de leur créateur George Lucas. Ils sont donc manipulés avec la plus grande précaution : « Nous transportons ces objets avec la même précaution que pour la Mona Lisa du Louvre, ou pour les tableaux extrêmement fragiles des grands maîtres, précise la coordinatrice. Le transport, la manutention et l’installation, tout est fait selon les règles de l’art. »


Avec un film Star Wars qui sort chaque année dans les salles et dont une quatrième trilogie est d’ores et déjà prévue, il faut vraiment s’organiser pour décider quels objets seront conservés dans les archives. C’est le travail de Laela French, directrice des archives de la Lucasfilm. « Je travaille, explique-t-elle, avec chaque département de la production des films, et je leur dis que ce qu’ils construisent trouvera sa place dans nos archives. Je recherche surtout les accessoires qui vont permettre de raconter l’histoire de Star Wars au fil des expositions comme celle-ci. On expose surtout les éléments plus petits, plus facilement transportables pour une exposition qui va voyager. Il faut décider aussi du nombre des grands vaisseaux qu’on va garder, et finalement on les garde tous. Pour le moment, nous avons catalogué 20 000 objets. Cela représente seulement 10% de la collection. On devrait terminer avec plus de 100 000 objets. » Bruxelles est la dernière ville où cette exposition interactive s’arrêtera. Elle a été inaugurée le 4 avril dernier en présence de Darth Vader lui-même, le grand maître du côté obscur de la Force compensé par son contraire, comme dans le taoïsme qui a pu influencer George Lucas et ses éponymes pour le déroulement de la saga. Disney et la suite de l’épopée Car des éponymes et des suites de suites, il y en a eu et il y en aura d’autres encore. Loin de s’essouffler, la saga a repris de plus belle sa course. Une renaissance a eu lieu en 2012, lorsque George Lucas a accepté de confier son bébé à un spécialiste des mondes magiques et imaginaires, les studios Walt Disney. « J’étais fatigué, avoue le réalisateur, et j’avais envie de passer la main. » Contre monnaie sonnante et trébuchante, bien sûr. Une fois l’encre de la signature séchée et quatre milliards de dollars empochés par George Lucas, la machine Disney s’est mise en branle avec un plan bien tracé. Pour rentabiliser au plus vite la marque Star Wars, Disney a imprimé à la série une cadence infernale. En plus d’une nouvelle trilogie, les épisodes 7, 8 et 9 dont les deux premiers sont parus ou à paraître, et d’une quatrième à venir, les studios entrecoupent les sorties par des spin-off, des séries dérivées centrées sur un ou plusieurs personnages de l’œuvre connue. Et ça marche : le public ne semble pas s’en lasser. Le Réveil de la Force et Les derniers Jedi vont générer respectivement 2 milliards et 1,3 milliard de dollars de recettes. Quant au spin-off Rogue One, a Star War Story sorti en 2016, il a rapporté lui aussi plus d’un milliard de dollars, ce qui est de bon augure pour le prochain épisode consacré au contrebandier Han Solo qui sortira bientôt, et pour un autre épisode qui pourrait être lié au Maître Yoda. Disney devrait aussi lancer fin 2019 sa plateforme de streaming, un peu comme celle de Netflix, pour une nouvelle série écrite et produite par le créateur de Game of Thrones, un des plus grands succès du petit écran. Et ce n’est pas tout. Outre le pourcentage sur les produits dérivés, comme les petites figurines estampillées Star Wars, Walt Disney a décidé de frapper un grand coup en ouvrant deux nouveaux parcs d’attraction sur ce thème, l’un en Floride, l’autre en Californie, de 5,6 hectares chacun. Tout est prévu pour y créer de véritables villes intergalactiques à la sauce Disney. Mais cela, c’est une autre histoire à écrire. En attendant, il vous reste cette exposition à parcourir jusqu’au 2 septembre, au Palais 2 du Heysel. Bon amusement et, comme le disent les personnages de Star Wars, que la Force soit avec vous pour cette croisière spatiale ! Retrouvez toutes les infos pratiques sur le site www.starwarsidentities.be. Place de la Belgique 1 à 1000 Bruxelles Michel Lequeux


THÉÂTRE : DES YEUX DE VERRE – UNE AFFAIRE DE FAMILLE J’avoue avoir été remué par l’histoire de cette famille qui, au départ, avait tout pour être heureuse. Mais à cause d’un père, artiste de renom qui fabrique des poupées de verre et qui n’a jamais su faire la différence entre ses poupées et ses filles, le bonheur s’est brisé. Par manque de maturité et de discernement, il s’est transformé en ogre incestueux. La mère, très investie pour que leur entreprise artisanale fonctionne, a fermé les yeux jusqu’au jour où la petite a crié et, face à l’évidence et pour sauver l’honneur du foyer, a décidé d’envoyer cette dernière vivre chez une tante. L’homme, qui puisait son inspiration dans les yeux de sa jeune fille, a sombré dans une dépression et a perdu le goût de créer. L’aînée, jalouse de sa cadette, se met en tête de séduire son papa et décide de coucher avec lui. A nouveau, la mère feint de ne pas savoir, de ne rien voir et s’obstine à ne pas entendre. Les choses auraient pu se poursuivre de la sorte, mais le temps a passé et la gamine est maintenant adulte. Pour exorciser le fantôme qui la ronge, elle revient chez les siens, décidée à faire éclater les mensonges. D’abord, son père ne la reconnaît pas puis, dans la détermination de son regard, comprend qu’il s’agit bien d’elle. Qu’exige-t-elle ? La contrition, une contrepartie ? Non, avec les années, elle se sent enfin prête à pardonner. Malgré les gestes malheureux qu’il a pu commettre, l’homme éprouve un immense soulagement et retrouve l’inspiration qui l’avait laissé en friche. Maintenant, il est certain que son nom, grâce à ses poupées de verre, sera connu dans le monde entier ! Cette œuvre théâtrale de Michel Marc Bouchard est très déstabilisante, car elle nous fait passer de la cruauté à la tendresse, de la poésie à l’humour et nous révèle la violence et la fragilité d’une famille repliée sur elle-même. Mais peut-t-on la condamner ? Grâce au secret levé, le père a évolué. En effet, lorsqu’il voit sa fille presque nue devant lui, il lui dit de se rhabiller. Quant à l’aînée, qui vient en robe de mariée pour l’épouser, il lui fait comprendre que son choix est déplacé. Cet homme, que nous étions prêts à condamner (et qui le mériterait mille fois !) a enfin appris à faire la part des choses. Du coup, ses filles peuvent vivre elles aussi leur propre vie de femme. Le metteur en scène, Emmanuel Dekoninck, parle de ses choix scéniques en ces termes : « J’ai voulu, dans l’articulation du spectacle, créer des surimpressions des poupées inanimées avec les acteurs vivants. Travailler sur les ombres et les projections de ces mêmes poupées, les confronter avec les acteurs pour, d’une part, définir une esthétique et une atmosphère à l’atelier et, de l’autre, ouvrir le spectre des signifiants possibles des situations.» Je retiens de ce spectacle que nos discriminations visà-vis de cette famille n’ont pas le dernier mot, car à travers le feu de l’amour mal assumé, où il y a eu des pleurs et beaucoup de souffrance, elle va, peu-à peu, trouver son identité. Vous avez jusqu’au 23 juin 2018 pour découvrir cette gifle visuelle, interprétée par Soazig De Staercke, Patricia Ide, Jeanne Kacenelenbogen et Alexandre Trocki au meilleur de leur forme. Attention toutefois aux esprits sensibles, le sujet de la pièce peut heurter les plus jeunes ! Davantage de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles Maurice Chabot


RENCONTRE : JOSE MANGANO Bruxelles est terre d’accueil pour les graines frémissantes déposées dans son sol au gré des migrations. Les talents sortent de ses ruelles tels des soleils enlaçant la pluie pour des épousailles arc-en-ciel. Pour le plaisir de tous nos sens. Aujourd’hui, j’ai envie de vous prendre par la main pour vous guider jusqu’à un atelier qui ressemble à la caverne d’Ali Baba. Jose Mangano vous y accueille le cœur et les bras grand ouverts, avec l’accent chantant des Italiens. Poète, écrivain, peintre, sculpteur, marionnettiste, clown, et plus encore. Si vous le souhaitez, il brodera vos vêtements pour en faire des pièces uniques. Jose ne vit que pour décliner l’art sous toutes les formes imaginables. Dort-il parfois ? Peut-être part-il certaines nuits rire avec les muses. Retrouvez-le à l’Atelier Mangano, une galerie d’art atypique de Molenbeek. Rue de la Colonne, 54 à 1080 Bruxelles Silvana Minchella

PRÉSENTATION SUCCINCTE DE NOTRE COLLABORATRICE SILVANA MINCHELLA

NOUVELLE

Silvana Minchella a rejoint notre équipe de rédacteurs et, chaque mois, vous aurez l’occasion de découvrir un de ses nombreux coups de cœur. Elle est née dans un petit village de montagne au sud de l'Italie et arrive à Bruxelles à l'âge de six ans. Elle tombe en amour avec la langue française et la littérature. Très jeune, elle écrit des poèmes, ensuite des nouvelles. Ce n'est que tard, ses enfants partis, qu'elle commence à éditer ses écrits : contes pour enfants, poésie, nouvelles, romans. Elle s'y consacre maintenant jour et nuit. Avec « Angela », elle signe un dixième ouvrage plein de surprises et de passion, sorti en 2016 aux éditions Chloé des Lys. Récemment, elle était à la Foire du livre belge à Uccle.

EXPOSITION : AVEC LE TEMPS, VA La Maison des Artistes multiplie les projets fédérateurs et offre aux visiteurs un panorama de l’art tel qu’il se pratique dans la capitale. En mélangeant les styles et en cherchant l’originalité, elle propose des rendez-vous culturels de qualité, où les personnalités se tutoient et les techniques se mélangent. Au mois d’avril, son cadre à servi d’écrin pour accueillir les travaux des plasticiens actifs au sein du Parcours des Artistes de la commune (également appelé Itinérart !), magnifique vitrine du savoir-faire local. En changeant de registre, elle met aujourd’hui ses cimaises à la disposition du collectif PEPS, qui rassemble des photographes venus d’horizons différents, qui se passionnent pour leur art et qui ont choisi de mettre en commun leurs ressources. Bien sûr, le terme « collectif » pourrait paraître réducteur. Las de ne pas trouver de réponses satisfaisantes dans leur environnement, les membres ont choisi de s’associer sans contraintes pour échanger des idées, tutoyer d’autres esthétiques, s’exprimer et exposer. On le sait, l’union fait la force et le partage gratifie plus qu’il inhibe. Avec des formations professionnelles diverses et un vécu qui les différencie les uns des autres, chacun laisse ici libre cours à sa sensibilité et à son originalité. Le collectif PEPS se targue d’un credo fédérateur : chacun doit y aller avec ses émotions pour mettre en intention chaque cliché, sans se rompre aux modes. Il s’agit avant tout de se faire plaisir, sans impératifs mercantiles au sein d’une structure d’échange, de soutien et de coopération. Tous les genres sont ici abordés : portraits, natures mortes, paysages, recherches esthétiques proches de l’abstraction, etc. Au fil de la démarche de chaque photographe, les visiteurs découvrent des travaux qui interpellent, émeuvent ou séduisent, mais qui demeurent avant tout le miroir de notre époque. Un événement qui permet de se familiariser avec les réalisations de José Burgo Arenas, Anne Biliotti, Paul Cancelier, Jacques Kevers, Claire Lattouche, Viviane Sanchez-Bautista et Godelieve Simons. Cette exposition est à voir à la Maison des Artistes jusqu’au 24 juin 2018. Plus de détails sur le site www.escaledunord.brussels Rue du Bronze 14 à 1070 Bruxelles Daniel Bastié


IXELLES : LA CLARENCIÈRE, PETIT THÉÂTRE LITTÉRAIRE C’est un petit théâtre en plein cœur de Bruxelles Auprès de l’église, comme protégé par Saint-Michel On s’y retrouve ensemble, le soir, entre fidèles Les rêves jamais ne verseront dans l’ornière Puisque Fabienne est là, on aime la Clarencière ... Cette chanson est due à Marc Gooris, comédien, metteur en scène et longtemps responsable de l’Atelier théâtral d’Uccle 2. Elle célèbre un petit théâtre situé à deux pas des étangs d’Ixelles, derrière le « Paquebot » des bâtiments de l’ancien INR qui abritent aujourd’hui la Radio Flagey, la Faculté d’Architecture de l’ULB et une salle d’acoustique de réputation internationale, où s’opère la première sélection du Concours Reine Elisabeth. Dans le quartier, il y a les bistrots et les tavernes, dont le Café Belga, où les badauds peuvent s’arrêter et prendre un verre. Il y a aussi les voisins : La Soupape dont nous avons déjà parlé, la galerie de peinture Pappilia connue de nos lecteurs, le Théâtre Marni et la place Flagey toute proche, où afflue une jeunesse avide de rencontres. La Clarencière pourrait être le lieu de ces rencontres. Ce petit théâtre tire son nom d’André Clarence, comédien attitré du TNB qui nous a quittés en 2013. Pour lui, Fabienne Govaerts, sa compagne, a aménagé les caves de la maison en espace culturel au début des années 2000. Elle espérait qu’André y trouverait un second souffle d’acteur pour la retraite qu’il venait de prendre. Il y a trouvé un havre de paix, et nous y avons trouvé depuis, spectateurs, un havre de littérature, de poésie et de pièces jouées en petit comité. Fabienne nous accueille dans une demeure néo-classique des années 1900, au cœur d’une petite cave voûtée où se donnent les récitals de poésie et les spectacles littéraires. Beaucoup de récitals y ont été créés. La salle de 50 sièges offre un cadre chaleureux et convivial. La scène étroite est tapissée de murs aux briques blanches et noires, avec une très bonne régie et tout près, séparé par une tenture, un minibar dont les fauteuils de rotin attendent le visiteur. Vous pourrez patienter avant le spectacle, ou fumer une clope, dans le joli patio fleuri situé à l’arrière de la maison, sous un réverbère à ciel ouvert, si le temps le permet. Un public « cultureux » Le but poursuivi par Fabienne Govaerts, depuis la création de cet espace culturel en 1999, est de promouvoir la littérature par le biais de conférences et de spectacles littéraires, en y associant de jeunes artistes. Elle a d’abord été journaliste avant d’ouvrir La Clarencière. Elle a travaillé comme attachée de presse dans plusieurs théâtres, dont les théâtres de l’Eveil et de la Vie, puis elle a fondé sa propre revue Bizz’art, où elle rendait compte de l’actualité des planches et où elle animait les Prix du théâtre. Elle a aussi été animatrice culturelle à la radio Arc en Ciel. Fabienne fréquente donc les lieux de théâtre depuis bientôt quarante ans. Nous avons rencontré l’animatrice de La Clarencière et l’avons interrogée sur le public qu’elle accueille. « Le public qui vient ici est du genre "cultureux", confie-t-elle. Ce sont des gens qui aiment la littérature. Ils ont dans la cinquantaine. Les jeunes préfèrent, eux, les terrasses, la bière et l’alcool. C’est le même public qu’à Avignon. » Fabienne dirige en effet un autre théâtre à Avignon, Le Verbe fou, qui lui prend beaucoup de temps. Elle devra assumer neuf spectacles en juillet prochain, lors du fameux Festival théâtral qui se déroulera dans la ville, comme chaque année. Les spectacles joués là-bas peuvent-ils influencer la programmation de La Clarencière ?  Il y a bien sûr un lien entre eux, mais je ne choisis pas mes spectacles à Avignon. Ces spectacles se créent ici, sur base des textes qu’on m’envoie et que je lis. Neuf fois sur dix, ce sont des


auteurs belges que je retiens, et leurs textes seront joués par des comédiens belges. Mais il est vrai que j’emmène aussi ces spectacles à Avignon. Je fais la connaissance des œuvres jouées là-bas, qui me séduisent et que je ramène parfois pour les faire jouer ici. Les spectacles peuvent ainsi s’échanger. Il y a donc une passerelle entre Avignon et Bruxelles. Autre passerelle plus proche, située à un jet de pierre de La Clarencière, derrière le pâté de maisons : La Soupape. Y a-t-il une concurrence entre les deux théâtres ?  Michel Van Muylem n’est pas du tout un concurrent, proteste Fabienne. On se connaît depuis très longtemps. Depuis près de 40 ans. Michel fait du café-théâtre : c’est tout à fait différent. Chez lui, on regarde le spectacle assis à une table, avec un verre devant soi. Je n’ai pas voulu qu’il y ait des tables et des verres entre le spectateur et les pièces que je propose. Je voulais que les gens soient concentrés sur le texte produit. Il y a bien sûr des tables et des fauteuils ici aussi, mais sur le côté, dans une seconde pièce séparée par une tenture. C’est ça, le but. Après, il y a la convivialité, puisque les artistes se tiennent prêts pour répondre aux questions du public. Cela permet des rencontres et des échanges après le spectacle. Michel n’est pas un concurrent, c’est un ami. On s’envoie d’ailleurs les gens en fonction chacun de nos répertoires. Des rencontres avec les artistes Dans le minibar d’à côté, nous avons rencontré Henri van Lierde, l’auteur-comédien d’une pièce qu’il venait lui-même d’interpréter, Dans les oubliettes. Cette comédie bouffonne nous plonge dans les fantasmes d’un psychiatre en train d’étudier le comportement de deux nonnes absolument folles, qui se disputent à propos d’un script qui les met en scène. « Ce fut la pire soirée de ma carrière, avoue l’auteur après la représentation. Un GSM n’arrêtait pas de sonner dans la salle. Son propriétaire toussait et allongeait les jambes sur la scène où je devais me produire. Enfin, parmi les fauteuils, un énergumène flashait le spectacle à tort et à travers. J’ai rarement vécu une prestation aussi éprouvante. » L’énergumène en question, c’était votre rédacteur qui tentait de saisir sur le vif, avec son appareil photo, le psychanalyste explorant les manies des deux bonnes sœurs en train d’en venir aux mains. Comme quoi la réalité finit par rejoindre la fiction, traversée par les coups de feu qu’on entendait dans le script. Nous en avons bien ri ensuite. C’est ça, les rencontres après le spectacle à La Clarencière. De quoi s’éclater ensemble dans un bon moment d’échange. Prochaine et dernière rencontre de la saison : Coline Malice viendra chanter son nouvel album Et toi ? les 22 et 23 juin prochains. Réservations : 02/640 46 76. Plus d’informations sur le site www.laclarencière.be Rue du Belvédère, 20 à 1050 Bruxelles Michel Lequeux

CONCERT DE CHORALES Vous aimez le rythme, la musique, la beauté des voix et les chorales, pourquoi ne viendriez-vous pas assister au spectacle qui est offert par l’équipe du programme social « Un pont entre deux mondes » de la Monnaie et ses ateliers de chant ? Ils vous convient à un récital ouvert à tous le lundi 18 juin 2018 à 14 heures 30 et qui est le fruit du long travail de plusieurs élèves de l’Institut Alexandre Herlin, du Centre communautaire de Saint-Voost, de résidents de la Maison de repos les Ursulines et du Centre Iris. L’occasion de réunir plusieurs générations autour du plaisir de chanter et de se produire en public, afin d’explorer un vaste répertoire qui va de la variété française au gospel. Plutôt que de privilégier un enchaînement de chants dépouillés, les interprètes seront accompagnés au piano par Anna Cheveleva et Loreline de Cat. Si l’accès est totalement gratuit, il convient toutefois de réserver sa place au 02.229.12.50 Salle Fiocco - Rue Léopold 23 à 1000 Bruxelles


CONCERT : COLINE MALICE Derrière une frange un peu rebelle qui lui ronge le front, Coline Malice a gardé toute l’énergie de son adolescence et entraîne le public dans un univers populaire et engagé. Un peu gitane, un peu hippie et un peu folk, elle est née à Ixelles dans une famille d’enseignants. Tout en se lançant dans les études, elle s’essaie à la chanson et, de podium en podium, de concours en concours, fait ses gammes et gagne de multiples distinctions. Pour elle, il n’a jamais été question d’aller s’enfermer dans un bureau pour accomplir des journées administratives. Encouragée par l’accueil du public, elle comprend que sa voie sera un chemin de traverse, en vivant de son accordéon et de ses créations. Dès 2005, elle abandonne son patronyme et adopte celui qui l’a fait connaître. Insoumise et flanquée d’une imagination qui démarre au quart-de-tour, elle écrit, compose, dessine, sculpte et se produit sur les planches. Même si elle admire Jacques Higelin, Anne Sylvestre et Thiéfaine, elle entend se retrouver dans une sphère personnelle, ciselée de toutes pièces et à tous les échelons. La sortie de son premier CD correspond également à celui de son déménagement vers l’Auvergne, sa terre d’adoption. Une décennie plus tard, elle en est à cinq disques qui révèlent ses élans et ses humeurs, où elle clame les vicissitudes de l’existence, les errements de l’amour, ses coups de gueule et la large gamme d’émotions qui l’animent. D’une voix chaude et puissante, elle interprète surtout la vie, avec ses instants de tendresse et de douceur, mais aussi ses cicatrices et sa rugosité. Elle chante avant tout les choses avec plaisir et humour, l’œil malicieux et la dégaine de celle qui refuse de se laisser phagocyter par le système. Le vendredi 22 et le samedi 23 juin 2018 à 20 heures 30, elle sera en concert au Théâtre de la Clarencière. Plus de détails sur le site www.laclarenciere.be Rue du Belvédère 20 à 1050 Bruxelles Daniel Bastié

SPECTACLE JEUNESSE : SLUMBERLAND Notre compatriote Ann Pierlé fera la joie des spectateurs en se produisant au Marni. L’occasion de revoir l’une de nos chanteuses les plus douées. Après de nombreux disques en solo et la partition du film « Le tout nouveau testament » de Jaco Van Dormael, elle signe les textes et les musiques de « Slumberland, un spectacle dans lequel on se balade les yeux émerveillés. Où voyage-t-on dès qu’on éteint toutes les lumières et qu’on se laisse emporter dans les bras de Morphée ? Loin des nuits cauchemardesques de la série « A nightmare on Elm Street » (saga Freddy Krueger), nous aboutissons dans un monde qui n’est pas la réalité, mais qui suscite tous les intérêts. A travers une performance mêlant musique, cinéma, multimédia et théâtre, elle guide les spectateurs au cœur des rêves, traverse l’ensemble du cycle du sommeil et analyse de manière ludique et poétique les aspects sensoriels de nos nuits. Bien sûr, l’imagination reste la clé de voûte de cette représentation, qui a déjà été applaudie un peu partout dans le pays. Récemment, l’artiste se produisait à Namur. A nouveau, elle sera au piano, tandis que Fulco Ottervanger l’accompagnera aux percussions. Si les adultes sont admis, cette représentation s’adresse en priorité aux enfants. Les chansons originales et les images nous plongent de facto dans un univers où se rencontrent des personnages singuliers et charmants. Une expérience féérique à découvrir en version française le samedi 30 juin 2018 à 11 heures et à 14 heures 30 au Théâtre Marni. Plus de détails sur le site www.theatremarni.com Rue de Vergnies 25, 1050 Ixelles Daniel Bastié


RÉCITAL CLASSIQUE : BRUNO PHILIPPE & BÉATRICE BERRUT Servi par un look de rockeur un peu timide, Bruno Philippe s’exprime avec le cœur pour laisser sourdre une sensibilité à fleur de peau, mais aussi un sacré tempérament de bosseur et un talent qui en a fait le chouchou des auditeurs de Musiq’3. Né à Perpignan, il y a débuté le violoncelle avant de poursuivre des études rigoureuses au CRR de Paris et être reçu au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse. Depuis, les nominations et distinctions se sont succédé (Révélation Instrumentale aux Victoires de la Musique Classique, Prix Spécial au Concours international Tchaïkovski, Prix Spécial au Concours Feuermann à Berlin, Révélation Classique de l’ADAMI, Prix de la Fondation Safran, lauréat du concours Reine Elisabeth, etc.). Son premier disque consacré aux Sonates de Brahms, enregistré avec le pianiste Tanguy de Williencourt pour le label Evidence Classic, a fait les belles heures des mélomanes en 2015. Deux ans plus tard, il a rejoint le label Harmonia Mundi et a proposé un album Beethoven-Schubert avec, toujours, son complice Tanguy de Williencourt. Lors de son passage prévu pour la fin du mois à Bruxelles, il se produira en compagnie d’une pianiste exemplaire. En l’occurrence, la jeune et blonde Béatrice Berrut, profondément marquée par son enfance dans les Alpes suisses. Pour elle, la découverte du répertoire de Brahms a fait office de révélation. Adolescente, elle se mettait à rêver de partitions et de concerts, au point d’obnubiler totalement ses pensées. Rapidement, tout s’est précisé dans son esprit : elle mettrait son existence au service de la musique classique, autant pour vivre de sa respiration que pour partager des émotions ! Dès lors, elle n’a pas rechigné à s’engager dans de nombreuses années d’études à Genève, sans compter les heures d e travail ni les efforts. Le piano est devenu son médium. Tous deux seront au Studio 1 (Flagey) le vendredi 29 juin 2018 à 22 heures pour nous faire vibrer avec « Les deux Pièces pour violoncelle et piano : Prélude & Danse orientale » de Sergeï Rachmaninov, « L’Elégie n°2, S.131 » de Franz Liszt, « La Sonate pour violoncelle et piano n° 1, op. 12 » de Nikolai Miaskowski et « La Sonate pour violoncelle et piano n° 1 en mi mineur, op. 38 » de Johannes Brahms. Un récital qui procurera un ravissement complet ! Plus de détails sur www.flagey.be Place Sainte-Croix à 1050 Bruxelles Daniel Bastié

JEUNESSES MUSICALES : L’HISTOIRE DU SOLDAT Toujours à Flagey, une présentation des personnages et de la partition de « L’histoire d’un soldat » d’Igor Stravinsky pour tous les enfants sages. Cela se déroule le samedi 30 juin à 10 et à 11 heures (atelier et représentation). Plus de détails sur le site www.flagey.be Place Sainte-Croix à 1050 Bruxelles Sam Mas


THÉÂTRE : MOMO Début mai, j’ai assisté à la Première de cette fabuleuse pièce qu’est « Momo » de Sébastien Thiéry, interprétée par des acteurs plus que crédibles et habités par leur personnage. Dès le début, dans un supermarché recréé sur les planches, on se trouve emporté par le rire. En effet, le mari (Michel Kacenelenbogen) est surpris de voir dans son caddie un paquet de corn flakes qu’il n’a jamais pris dans les rayons. Alors qu’il s’empresse de le remettre en place, un second paquet est déposé à son insu par un type bizarre. Lorsque l’épouse arrive (Aylin Yay), elle est étonnée de voir son époux dans un état d’hébétude. Le jeu s’accélère et un dialogue s’installe avec l’intrus (Tristan Schotte), qui tente de s’imposer en devenant de plus en plus agressif, qui s’exprime dans un langage incompréhensible et qui finit par s’emparer des commissions pour disparaître avec elles. Acte suivant. Bredouille, le couple revient du supermarché, car le caddie a été volé. Curieusement, les courses se retrouvent dans la cuisine de leur appartement installé au cinquième étage ! La fenêtre est ouverte et tous deux découvrent l’individu dans la chambre d’amis ! Sourd, ce dernier parle avec d’énormes difficultés, mais leur fait comprendre qu’il est leur fils, qu’il s’appelle Momo et qu’il va se marier ! Du coup, l’incompréhension s’abat, avec son cortège de questions. L’homme se tâte, la femme aussi. Finalement, les accusions pleuvent et incriminent l’époux. Avec qui a-t-il eu cet enfant ? Était-il informé ? Depuis quand ? Dans ce couple sans héritier et confortablement installé, le désordre, l’inattendu et le déchirement s’installent. Tout bêtement à cause d’un type croisé au supermarché ! Puis, tout bascule. La femme, qui avait toujours rêvé d’une descendance, est prête à l’accueillir pour fils ! Sans calcul, elle imagine le bonheur d’être mère, puis grand-mère. L’homme n’en veut pas. Il caresse le rêve d’un quotidien sans responsabilités. Intervient la future mariée (Kim Laleux), aveugle de naissance et très en colère contre ces parents indignes qui ont abandonné leur fils. Afin d’apporter de la légèreté à cette scène qui pourrait s’avérer dramatique, les spectateurs découvrent qu’il s’agit d’un coup monté. En fait, d’un gag ! Il y a erreur sur le nom de famille et sur cette aveugle qui admire Paris de haut de la tour Eifel. La richesse de cette comédie burlesque tient dans ses alternances de chaud et froid, de réalisme et de surréalisme, de sérieux et de drolatique. Quant au fond, il se veut une métaphore de la volonté de nombreux couples à se prolonger dans la chair d’enfants qui leur survivront. Jadis, la stérilité était assimilée à une malédiction et la fécondité à une bénédiction. Le désir d’être parent fait partie des souhaits légitimes, ancrés au plus profond des femmes et des hommes de toutes les époques. Devenir mère ou père, voilà le cadeau précieux offert par la vie ! Vous avez jusqu’au 23 juin 2018 pour aller voir « Momo » au Théâtre le Public, une pièce intelligente mise en scène avec efficacité par Michel Kacenelenbogen. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt 64-70 à 1210 Bruxelles Maurice Chabot

THÉÂTRE : LA CONVIVIALITÉ Pour ne pas trop dévoiler, car le mystère fait partie du plaisir de la découverte, mais qu’il faut quand même bien qu’on vous en dise un mot, débutons par un rébus : mon premier est comme le silence, mon second est le contraire de tard, mon troisième est un graffiti et mon tout est affaire d’écriture … Disons aussi : un moine copiste, des petites saucisses, un tatouage, un hibou, Albert Einstein et la pataphysique. Soyez confiants, nous vous convions à une soirée entre amis, où sera mis au pilori un dogme qui s’ignore. Un dogme intime lié à l’enfance. Un dogme qui détermine notre rapport à la culture et à la tradition. Jusqu’au 23 juin 2018, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron défendent leur prose au Théâtre le Public. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt 64-70 à 1210 Bruxelles


EXPOSITION : PATATE ! DE LA PAPA À LA BINTJE Tout, tout, tout … vous saurez tout sur la patate ! Qu’elle soit nature, à la vapeur, frite, en purée, en croquette, en gratin, au four ou encore en salade, la pomme de terre se décline à l'infini ! Mais que se cache-t-il derrière ce tubercule ? Comment naît-elle ? Quel est son cycle de développement ? Quelles sont les conditions nécessaires à sa croissance ? Cette exposition « Patate ! De la papa à la Bintje », 100% didactique, présente sous de multiples formes le cycle végétatif du plan de pomme de terre et les étapes de son développement. On s’intéresse également au moment crucial de la culture, dont la récolte, qui doit être réalisée avec minutie. Séparés de leur tige et de leurs feuilles, les tubercules riches en amidon deviennent une véritable matière première, transformable par l'industrie. Bien entendu, cet événement n’omet pas de souligner l’aspect culinaire qui, en fonction des régions et des époques, a connu de maintes variations. N’oublions enfin pas que la crise de la pomme de terre causée par le mildiou (principalement en Irlande en 1840) a généré une famine sans précédent et a engendré une mortalité excessive, poussant une partie de la population à migrer aux Etats-Unis. Pratiquement, le jeune public retiendra que la pomme de terre demeure la nourriture principale de nombreux ménages et qu’elle a régulé un peu partout moult habitudes alimentaires. Voilà une exposition particulièrement intéressante à découvrir jusqu’au 31 août 2018 au Musée bruxellois du Moulin et de l’Alimentation. Plus de détails sur www.moulindevere.be Rue du Moulin à vent 21 à 1140 Bruxelles Willy Smedt

OUVERTURE D’UN SHOP FOR GEEK Une nouvelle boutique vient d’ouvrir dans le Shopping Cora. Pas un magasin comme les autres, puisqu’il titille ce que chacun de nous peut avoir de collectionneur et entretient la petite touche geek sévissant en tout adulte qui refuse de perdre sa part d’adolescence et de Petit Prince, afin de ne pas devenir le businessman, le buveur, l’astronome ou le géographe tellement ennuyeux décrits par Antoine de Saint-Exupéry. Il faudrait plusieurs définitions pour expliquer la culture geek. Grossomodo, il s’agit de personnes accros aux réseaux sociaux, au monde du virtuel, à la science-fiction ou à la fantasy et capables de consacrer énormément de temps à leur hobby. Depuis peu, un nouveau terme est apparu. Il s’agit de technophiles. Que trouve-t-on derrière les vitrines d’une enseigne avant tout ouverte à leur intention ? Tout (ou presque) qui se réfère au domaine des jeux vidéo, des séries et des films remplis de magie et de féerie : statuettes, tee-shirts, bijoux, bagues, verres, peignoirs, affiches, posters, casquettes, trousseau de cartes à jouer, porte-clés, etc. Le « Shop for geek » d’Anderlecht se focalise sur plus de dix mille objets prompts à rejoindre les collections. Bien entendu, tout à un coût et il faut débourser une dizaine d’euros pour une tasse à l’effigie d’Harry Potter, une vingtaine pour sa baguette et une cinquantaine pour un vaisseau spatial Stars War. On se doute que les franchises ne font jamais dans la philanthropie. Avec des vitrines et des rayonnages tapissés de boîtes aussi attirantes les unes que les autres, cet endroit se transforme très vite un repaire et ranime les souvenirs (pas forcément lointains !) de longs métrages que nous avons adorés (Star Trek, Superman, Batman), de jeux devant lesquels nous avons passé des soirées interminables (Mario Bros, Tomb raider) et de séries pour lesquelles nous avons tout fait pour ne pas rater un épisode (Les Simpson, Xena la guerrière). Alors, lorsque le regard voyage dans les allées et se pose sur l’un ou l’autre personnage, les pensées s’agitent, même si on ne les attendait pas forcément en allant faire ses emplettes au Cora (situé dans la travée juste en face) ou en s’apprêtant à commander un café bien crémeux après la course des caddies bien remplis. Naturellement, avec la sortie en salles des films Marvel, les superhéros imaginés par Stan Lee sont de la partie : en résine, en plastique ou imprimés sur tissu. A la recherche d’un cadeau, d’une déco ou sensible à la nostalgie, pourquoi ne pas aller y faire un tour ? Drève Olympique 15 à 1070 Bruxelles Georgie Bartholomé


FESTIVAL : COULEUR CAFÉ Après vingt-neuf ans inoubliables, « Couleur Café » est devenu pour beaucoup la plus chaude des ouvertures de la saison des festivals. Ce qui a commencé comme un événement unique (principalement centré sur les couleurs de l’Afrique dans les Halles de Schaerbeek) s’est imposé presque trois décennies plus tard comme un grand nom au sein de la riche tradition belge des fêtes collectives. La plupart des ingrédients de base qui caractérisent la version actuelle étaient déjà présents en 1990 : musique dansante et estivale, décoration colorée, marché exotique, stands de cuisines du monde, fanfares et attention prêtée aux artistes locaux. Mais c’est aussi grâce à un déménagement sur le majestueux site industriel de Tour & Taxis et maintenant dans le magnifique parc au pied de l'Atomium, une fréquentation multipliée par quinze (de 5.300 à 70.000 visiteurs) et une programmation musicale plus éclectique et basée sur le côté black roots que « Couleur Café » peut maintenant se définir comme le festival de musiques urbaines de notre pays. Bruxelles, ville cosmopolite, était donc appropriée et, au fil du temps, cela s’est reflété aussi bien à travers les artistes et la décoration qu’à travers le public. La déclinaison 2018 propose quarante-six concerts live sur trois scènes principales baptisées Red, Green et Blue Stages. Le tout pour un prix attractif de quatre-vingts euros, sans oublier trente-trois nouveaux DJ, MC, selectas et collectifs qui viennent d’être rajoutés sur quatre autres plateaux ! Parmi les artistes sélectionnés : les pirates bosniens de Dubioza Kolektiv, les congo-colombiens Dizzy Mandjeku et Leonardo Gómez, l’irrésistible duo El Caribefunk, AliA et son set soul, Fatoumata Diawara, la musique latino-reggae de Chicos y Mendez et le rap venu tout droit de Laeken avec le collectif 77. Mais ceci n’est qu’une mise en bouche ! Une fiesta chamarrée aux mille odeurs à vivre du 29 juin au 1er juillet 2018. Retrouvez la programmation complète sur le site www.couleurcafe.be Passerelle du parc d’Osseghem à 1000 Bruxelles Willy Smedt

FÊTE DE LA MUSIQUE 2018 Organisée depuis 1985 et coordonnée par le Conseil de la Musique, la Fête de la Musique est un événement incontournable en Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle est l'occasion pour des milliers de personnes de célébrer chaque année, aux quatre coins de notre communauté, le début de l'été et l'ouverture de la saison des festivals. Elle a pour vocation de mettre en valeur les nombreux artistes de la scène musicale belge et leur offrir une vitrine le temps d’un ou deux concerts. On le sait, les talents sont nombreux chez nous et, trop souvent, ils manquent de soutien tant du côté des médias que des politiques. Ne pas laisser se racornir les artistes et les aider à sortir de leur sphère pour toucher un vaste public, l’idée méritait d’être pensée ! Depuis trois décennies, chaque commune s’investit concrètement en dressant une scène ou un podium sur une place, dans un parc ou à un carrefour. L’édition 2018 sera fêtée du jeudi 21 du dimanche 24 juin avec de quoi faire le plein de mélodies pour plusieurs semaines. Assurément, tous les événements sont 100% gratuits. Découvrez la programmation complète, commune par commune, sur le site www.fetedelamusique.be Sam Mas


VISITE : LES EGOÛTS DE BRUXELLES Le saviez-vous ? Le réseau d'égouts de Bruxelles-Ville compte près de trois cent cinquante kilomètres ! Une cité sous la ville et un embranchement de ramifications souterraines qui engloutissent chaque jour des milliers de m3 d'eaux usées. Le Musée des Égouts vous convie à un voyage insolite dans ce que Bruxelles a de plus caché et de plus nécessaire à son fonctionnement. Un musée pas comme les autres, vivant, avec la Senne en vedette. Un musée qui raconte quand, pourquoi et comment les égouts furent construits, qui parle du travail des hommes dans ce monde souterrain, qui explique le cycle de l'eau en ville. Un musée à vivre de 7 à 77 ans. Il est évidemment préférable de se chausser convenablement (par exemple : une paire de bottes) et de s’assurer de ne pas souffrir de claustrophobie. La visite des sous-sols de Bruxelles est une expérience qui marque les esprits et qui mérite qu’on s’y intéresse. 0uverture du mercredi au samedi de 10 à 17 heures et durant les congés scolaires du vendredi au samedi de 10 à 17 heures. Attention ! En cas de fortes pluies et pour des raisons de sécurité, le personnel du Musée se réserve le droit de refuser l’accès au pertuis et au collecteur. Musée des Egouts - Pavillon d’Octroi - Porte d’Anderlecht Sam Mas

TOONE : LES TROIS MOUSQUETAIRES Maintes fois adapté au cinéma depuis 1921, « Les trois mousquetaires » reste l’un des romans préférés des scénaristes. Du coup, tout le monde connaît l’histoire de d’Artagnan et de ses frères d’armes Athos, Aramis et Porthos, mousquetaires du roi Louis et ennemis jurés des hommes de main du cardinal Richelieu. Lorsque la reine se trouve dans une délicate posture, ils n’hésitent pas à prendre la mer pour l’Angleterre, afin de sauver son honneur. Au hasard de leurs aventures, d’Artagnan d’éprend de la douce Constance Bonacieux, tandis que Porthos doit affronter son ancienne femme Milady. Avec du bruit et de la fureur, le Théâtre royal de Toone a également décidé de se saisir des pages virevoltantes nées voilà plus d’un siècle et demi pour en tirer un script imprégné du terroir bruxellois, avec des jeux de mots cocasses, des couleurs locales et des anachronismes bon enfant. On le sait, on n’assiste pas à un spectacle de marionnettes folkloriques pour tirer la tête et râler tout au long de la représentation. Nicolas Géal, directeur de l’enseigne et voix de tous les personnages, aime faire rire et cisèle les dialogues de manière à rebondir sur un mot, à jouer avec une expression ou pour permettre à Woltje (la mascotte du théâtre et chantre de l’âme bruxelloise !) d’entrer en scène, d’exposer son bon sens naturel et d’aider ses nouveaux amis dans leur mission. Les connaisseurs de l’œuvre d’Alexandre Dumas noteront que jamais il n’est question de ferrets de la reine dans l’ouvrage initial. Qu’importe ! Pour montrer qu’il n’est pas non plus dupe, Nicolas Géal les a remplacés par un collier. Au fond, des ferrets ou un collier à récupérer chez les Buveurs de thé, les compagnons bretteurs ne se posent pas la question et se lancent à l’assaut, épées pointées vers l’ennemi. « Les trois mousquetaires » en brusseleir est à applaudir jusqu’au 30 juin 2018. Voyez les détails pratiques sur le site www.toone.be Rue Marché-aux-Herbes, 66 (Impasse Sainte Pétronille) à 1000 Bruxelles Georgie Bartholomé


EXPOSITION : MOTIFS D'HORTA. ETOFFES ET PAPIERS DANS LES MAISONS BRUXELLOISES Les amateurs sont conscients de la révolution esthétique apportée par l’Art nouveau, qui s’est inséré dans toutes les strates de la création, marquant une étape importante à la fin du XIXe siècle et faisant des logements des lieux d’expérimentation, où les créateurs donnaient libre cours à leur talent. La création des papiers peints et d’étoffes a bien sûr été prise en compte dans les intérieurs conçus par ces architectes d’un genre différent, qui affirmaient leur foi dans un concept d’art global et abolissaient la hiérarchie entre les différentes expressions plastiques. Originalité des motifs et complexité des savoir-faire artisanaux, l’exposition organisée à la Maison Autrique apporte à ce patrimoine fragile la place qui lui est due dans l’histoire des formes. Motifs d’Horta. Etoffes et papiers dans les maisons bruxelloises A la fin du XIXe siècle, les architectes de l’Art nouveau souhaitaient développer une esthétique homogène. Si l’enveloppe du bâtiment reste essentielle, le souci du détail dans l’aménagement intérieur devient une préoccupation constante de leur travail. Au début des années 1900, les papiers peints et les textiles conçus par les dessinateurs britanniques du mouvement « Arts & Crafts » jouaient un rôle prépondérant dans la décoration des intérieurs Art nouveau d’Europe occidentale, avec des motifs inspirés de la nature. Victor Horta et Henry Van de Velde utilisaient ces modèles dans les aménagements qu’ils concevaient chez nous. Aujourd’hui, il ne reste malheureusement plus beaucoup de traces de leur présence sur les murs de nos maisons, hormis quelques fragments ci et là et des photographies qui attestent de leur emploi, ainsi que des cartes postales. L’usage des papiers peints et tissus dans les maisons de Victor Horta Visiter une maison ou un hôtel de maître édifié par Victor Horta représente aujourd’hui un voyage dans le temps et la découverte d’une architecture fonctionnelle basée sur l’élégance de la ligne. Victor Horta associait volontiers formes, couleurs et matériaux, prenant soin de maîtriser en amont chaque élément de décoration, soit en le dessinant lui-même ou en faisant appel à des maîtres dans chaque technique. Si le papier peint change au gré des modes, les tissus subissent également les aléas des années et les goûts des familles. Afin de se rendre compte de l’importance de l’Art Nouveau à Bruxelles, il vous est possible de découvrir cette magnifique exposition jusqu’au 27 janvier 2019 de 12 à 18 heures à la Maison Autrique, commande réalisée par Victor Horta en 1893 pour son ami Eugène Autrique, ingénieur chez Solvay. N’ayant rien emprunté à quiconque, il en a fait un lieu de résidence exquis, appelé à devenir beaucoup plus tard un but de visite essentiel pour tout passionné de son œuvre. Voyez les détails précis sur le site www.autrique.be Chaussée de Haecht 266 à 1030 Bruxelles Paul Huet


EXPOSITION : PHOTOGRAPHIE ET DE CINÉMATOGRAPHIE MILITAIRES 1914-2018 Réalisée en étroite coopération avec le War Heritage Institute, l'Office Central d'Action Sociale et Culturelle de la Défense (OCASC) et la Défense, l’exposition « Cent ans de photographie et de cinématographie militaires » a nécessité près de trois ans de recherche. Elle rassemble une centaine de clichés datant de 1914 à nos jours, qui témoignent de l'importance du milieu audiovisuel. On l’ignore trop souvent, mais la Première Guerre mondiale a été le premier conflit dans lequel les médias ont joué un rôle important. Le Service photographique de l'Armée belge (S.P.A.B.) a été créé fin 1915 et existe encore de nos jours. Il a toutefois porté de nombreux noms et endossé diverses fonctions au fil des décennies. De même, plusieurs personnalités du monde audiovisuel et journalistique actuel ont effectué leur service militaire au Centre de productions didactiques de la Force Terrestre (CPDFT) ou à (Télé) Vox. Cette manifestation est le fruit d'une intense recherche menée par Malek Azoug et Patrick Brion, tous deux photographes à la Défense. En 2014, ils avaient déjà édité le livre photo « Une petite armée dans la Grande Guerre ». Un événement à découvrir au Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire jusqu’au 3 décembre 2018. Plus de détails sur le site www.mil.be Parc du Cinquantenaire à 1000 Bruxelles Sam Mas

UNE NOUVELLE SCULPTURE À ANDERLECHT Depuis peu, le Scheutveld (Anderlecht) s’est doté d’une nouvelle œuvre d’art. Une sculpture réalisée par l’artiste français Daniel Monic (1948-2015), qui s’est domicilié non loin de la gare du Midi durant trois décennies. L’artiste a commencé à dessiner depuis son plus jeune âge. Après le décès de son père, il a suivi un cursus traditionnel, avant de travailler dans la marine marchande et a momentanément laissé en suspens son rêve de devenir artiste. Pourtant, la vocation n’a jamais cessé de le tenailler et il a profité de ses temps libres pour s’emparer de pinceaux et de tubes de couleur et laisser voguer son imagination. Sur toile, il a donné naissance à des marines, tout en imaginant vivre de son talent. Le hasard de la vie l’a amené à Bruxelles, capitale dont il s’est amouraché et s’est définitivement installé. Remarqué par plusieurs collectionneurs pour la qualité de ses travaux, les commandes ont afflué et il a décidé de poser un pas décisif pour son futur. Vivre de ses créations est dès lors devenu un challenge. En tirant un trait sur son passé, il s’est engagé dans une nouvelle voie déterminante. Parallèlement à la peinture, il s’est adonné à la sculpture, avec le succès au rendez-vous. Dans son atelier, il a enfanté des créations hétéroclites, loin de tout académisme et portées par une liberté totale. A l’origine, la sculpture baptisée « Le défi » et qui représente deux bustes de chevaux se faisant face (l’un blanc et l’autre noir) était prévue pour siéger place Bara (quartier du Triangle). Pour d’obscures raisons qui échappent parfois au quidam, l’œuvre a été achetée par la commune d’Anderlecht il y a six ans. Finalement, le Collège du Bourgmestre et des Echevins a décidé de l’installer dans le parc du Scheutveld, à un bond de l’avenue Commandant Vander Meeren et de l’avenue René Berrewaerts. Un écrin de verdure de plus de deux hectares et non loin du Peterbos, récemment doté d’une nouvelle passerelle destinée à assurer la jonction. L’inauguration de la pose de la sculpture a eu lieu en grandes pompes le mardi 29 mai dernier en présence de représentants officiels du territoire et de la veuve et de la fille de l’artiste. Daniel Bastié


MILLIÈME COSTUME POUR MANNEKEN-PIS Le plus célèbre gamin de Bruxelles a reçu son millième costume ! Un événement salué en fanfare par les autorités de la ville et tous les membres de l'Ordre des Amis de Manneken-Pis, toujours fidèles au rendez-vous lorsqu’il s’agit de pérenniser le folklore et l’âme de ce qui fait la singularité de la capitale. Présenté début mai à l’Hôtel communal, cette millième tenue imaginée et créée par le couturier bruxellois Jean-Paul Lespagnard entend commémorer à sa manière le soixantième anniversaire de l’édification de l’Atomium, devenue depuis longtemps l’un des symboles les plus importants de notre petit royaume. Une manière de montrer que les traditions perdurent sur les pavés de la Grand Place et dans les rues environnantes et de clamer la fierté d’être Belge et Bruxellois. Même si la cérémonie a pu paraître un chouia surréaliste, on s’est rendu compte de la ferveur de tous. Au son d’un tambour, la statue a été dévoilée dans son nouvel apparat, après un discours vibrant du président de l’Amicale. Pour la circonstance, la fanfare du Meyboom avait effectué le déplacement. Petite surprise, d’un jet puissant le petit bonhomme a brièvement arrosé la foule, rassemblée à l’angle de la rue de l’Étuve et celle du Chêne. Puisque le soleil se trouvait au rendezvous, les réjouissances ont été totales. Daniel Bastié

EXPOSITION : APERTUM Monumento se veut avant tout un grand parc urbain dédié à l'art monumental, situé à Anderlecht, à deux pas de la sortie 14 du ring. Outre le site d’un hectare arboré, il dispose d'une habitation et de dépendances. Après un temps de travaux et d'aménagements qui viennent de s’achever, le lieu sera accessible au public chaque jour de 11 à 18 heures à partir du 16 juin 2018. Plus que cela, Monumento se définit comme étant un projet global, visant à offrir un cadre de référence à l'étude et à l'expression artistique monumentale tridimensionnelle. Afin d’atteindre cet objectif, différents axes constituent la colonne vertébrale de ce nouvel espace avec des expositions temporaires, une résidence d'artiste, un centre de documentation, des activités de réflexion et d'analyse (colloques, séminaires, symposium, des animations (visites, parcours découverte) et l'édition de documents (lettre et cahier d'information, catalogues, publications spécifiques, etc.). Créé avec le soutien actif des autorités publiques, mais également grâce à l'engagement enthousiaste de nombreux partenaires privés, cette initiative entend faire évoluer les mentalités et mettre les créations actuelles en lien direct avec le public. Une exposition inaugurale aura pour objectif de faire dialoguer les travaux de vingt artistes venus d’horizons différents. Visible à partir de mi-juin, elle se prolongera jusqu’au 4 novembre 2018. Une opportunité de se familiariser avec les créations de, notamment, Carlos Albert, Johan Baudart, Jean Laugier, Jean Boghossian, Pol Bury, Olivier-Jean Caloin, Joël Canat, Norman Dilworth, Rainer Gross, Anneke Lauwaert, Danielle Lescot, Charlotte Marchal,Jacques Moeschal et Wouter Mulier. Un catalogue trilingue à 25 € (français, néerlandais, anglais) accompagnera l'événement, de même qu'un livret du visiteur gracieusement offert. Voyez tous les détails sur le site www.monumento.brussels Square Camille Paulsen 8 à 1070 Bruxelles Daniel Bastié


PORTRAIT SUCCINCT : SILVIA BAUER Artiste polyvalente d’origine Autrichienne, Silvia Bauer vit et travaille à Bruxelles. Elle doit sa formation, non seulement à un talent inné, mais à un solide cursus en sculpture à l'Académie de Watermael-Boitsfort. En peaufinant sa technique dans les ateliers du Lakeview Art Center (Peoria, Illinois, USA) et chez Ingeborg WEIGAND (Allemagne). Si la sculpture demeure son mode d’expression préféré, elle n’hésite jamais à utiliser la photo et le dessin comme autres passerelles expressives. Outre le geste de créer, elle cherche nouveau souffle aux matériaux de récupération, en les dotant d’une seconde existence. Esthétique celle-là ! Cartons ondulés et fragments de pneumatiques usés, ces matériaux pauvres (qui font partie intégrante de notre monde de consommation) deviennent chez elle une matière première à haute valeur artistique. Depuis plusieurs décennies, elle réfléchit sur les possibilités de réemployer les cartons d'emballage et les pneus usagés, de sorte à les découper et à les réduire en morceaux pour, ensuite, les recomposer et faire jaillir l’œuvre définitive. Un travail de précision qui nécessite une réflexion en amont et qui, généralement, part des possibilités qu’offre le matériau. Avec un procédé singulier, cette artiste a réussi à se faire remarquer dans le monde difficile des arts, tant par l’excellence de ses réalisations que par leur singularité. Mieux, elle fait du solide avec du précaire, une sculpture précieuse avec des déchets. Retrouvez Silva Bauer sur le site www.lagalerie.be/silvia Daniel Bastié

OPÉRA : LE CHÂTEAU DE BARBE-BLEUE & LE MANDARIN MERVEILLEUX Double programme Béla Bartok au menu de La Monnaie avec « Le château de Barbe-Bleue » et « Le Mandarin merveilleux », œuvres maîtresses du célèbre compositeur hongrois (1881-1945), largement inspiré par la musique folklorique des pays de l’Est. Si l’artiste est né dans un siècle encore « tonal », il a axé ses recherches afin de sortir des contraintes de ce système, expérimentant de nouveaux modes d’expression. Sans se soucier de ce que les critiques ont écrit à son propos, il a remis en cause le mouvement mélodique, le traitement sonore, mais aussi et surtout l’harmonie dans sa forme romantique. Le Prologue de « Le Château de BarbeBleue » invite à considérer l’œuvre comme une aventure énigmatique. Celle-ci est rythmée par l’accès aux portes du manoir, ouvrant chacune sur des univers qui donnent au musicien l’opportunité d’écrire une musique dense et évocatrice. Le chef d’orchestre Alain Altinoglu et le metteur en scène Christophe Coppens (qui a fait ses débuts chez nous avec « La Petite Renarde rusée ») nous guident dans cette déambulation. « Le Mandarin merveilleux » succède à cette pièce et met en scène une prostituée. Celle-ci, dans le tumulte de la ville, tente de dévaliser un de ses clients. En l’occurrence, un invulnérable mandarin qui succombera quand même à l’étreinte de la femme. Ainsi, dans une atmosphère de violence et de mystère, deux duos se succèdent ... à moins qu’il ne s’agisse des inversées facettes d’un même couple ? Deux travaux indispensables à découvrir à La Monnaie jusqu’au 26 juin 2018.Plus de détails sur le site www.lamonnaie.be Place de La Monnaie à 1000 Bruxelles Sam Mas


CINEMATEK : CYCLE ORPHÉE La Cinematek de Bruxelles se lance dans l’ambitieux défi de projeter huit longs métrages, certains inévitables et d’autres plus confidentiels, ayant un lien plus ou moins étroit avec le mythe d’Orphée. Il suffit de se souvenir de nos études pour se rappeler que, dans la mythologie grecque, le poète Orphée (dont les talents lyriques sont incontestables), descend aux Enfers pour aller chercher sa bien-aimée Eurydice, morte précocement. Les dieux, émus par sa voix, acceptent de la lui rendre à la seule la condition qu’il ne la regarde pas en remontant le chemin qui les ramène vers les vivants. L’histoire a inspiré des opéras, des pièces de théâtre, des peintures, des poèmes et des romans. A côté de films qui y font directement référence (« Orphée » de Jean Cocteau et « Orfeu Negro » de Marcel Camus), il existe énormément de versions qui se réfèrent à l’un ou l’autre aspect particulier du mythe, tels que la négociation d’une deuxième chance, le droit à d’un nouveau départ ou le rejet de la mort comme fin inéluctable. L’occasion de voir, de revoir ou de découvrir des pépites du septième art qui sont entrées dans les anthologies et qui continuent de fasciner, génération après génération. Chacun de ces scénarios cherche une issue par l’intermédiaire du drame pour venir au secours de personnages qui, confrontés avec la mort, se retrouvent aux prises avec l’incomplétude fondamentale de leur existence. Le temps d’un moment d’illusion, ils en déplorent (seuls ou en compagnie) l’injustice et font valoir la nécessité d’en échapper. En plus des deux classiques déjà cités plus haut, la Cinematek a hissé à ce programme « La charrette fantôme » de Victor Sjöjtröm, « La parole » de Carl Theodor Dreyer, « Sueurs froides » d’Alfred Hitchcock, « Birth » de Jonathan Glazer, « Metamorfeus » de Jiri Brdecka et « Une question de vie et de mort » de Michael Powell et Emerich Pressburger. Du cinéma de papa, certes, mais qui demeure du grand art ! Cela se déroule du 16 au 27 juin 2018. Plus de détails sur le site www.cinematek.be Rue Baron Horta, 9 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié

NOUVEAU : PANIER BIO Les scandales alimentaires font que de plus en plus de particuliers tournent le dos à la nourriture industrielle et se dirigent vers un mode de production court ou artisanal. Fini d’ingurgiter n’importe quoi au détriment de sa santé. Le bio n’est pas qu’une mode, mais un retour aux vraies valeurs de la terre, sans traficotages pour obtenir des fruits ou légumes calibrés. L’important n’est pas la couleur, mais la saveur. Rien n’est comparable au goût d’une pomme, d’une poire ou d’un chou qui a mûri sans pesticides ou additifs de toutes sortes. Pour ceux qui ne le savent pas encore ou qui veulent le savoir, des actions citoyennes ont été mises en place pour se rapprocher du consommateur, polluer moins et faire profiter nos agriculteurs et éleveurs d’une demande croissante, en échappant aux tentacules de la grande distribution ! Continuer à s’alimenter comme nous le faisons depuis quelques décennies consiste à se fracasser le front contre un mur de briques. Parmi les groupements qui ont décidé de réagir, « L’Heureux Nouveau » promeut le bio, le naturel, le local, les produits de saison, le soutien aux producteurs de chez nous et propose une alternative incomparable aux ravages de l’agro-business. En ce sens, le rêve de cinq jeunes responsables s’est concrétisé et est devenu possible grâce à un combat de tout instant pour le respect de ce que nous mettons dans notre assiette. Leur action se concrétise par des paniers bios livrés dans la capitale et par l’ouverture de « points de distribution » dans certaines communes. Si on peut reprocher le coût supérieur à un produit industriel, très vite la comparaison entre les deux s’imposera au consommateur. En place de manger quatre ou cinq tartines d’un pain mousse, deux ou trois tranches bios vous suffiront amplement. Même chose avec la volaille ou les végétaux. Pour aider la clientèle, l’association propose une gazette en ligne et suggère plusieurs recettes délicieuses et de difficulté moyenne à concocter chez soi. Il suffit d’aller découvrir de visu ce qui se passe tous les mardis de 16 à 20 heures, les samedis de 10 à 15 heures et, depuis peu, les mercredis de 14 à 19 heures dans les anciennes glacières de Saint-Gilles. Plus de détails sur le site www.lheureuxnouveau.be Rue de la glacière 16 à 1060 Bruxelles Sam Mas


OMMEGANG 2018 Bientôt, les Bruxellois retrouveront l'Ommegang. Il s’agit d’une reconstitution de l'entrée dans Bruxelles de l’empereur Charles-Quint en 1549. Cette reconstitution grandeur nature met en scène environ mille quatre cents figurants (la plupart bénévoles !) vêtus de magnifiques costumes et interprétant chacun un rôle. On pense ici à ce qui a été fait à Puy-du-Fou en Vendée, puisqu’il est davantage question d’un spectacle que d’un Son et Lumière. Au Moyen Âge, Bruxelles était un pôle commercial important. Sa population de quarante mille habitants égalait celle de Londres. La Senne était régulièrement empruntée pour le transport des marchandises, telles que les draps. À cette époque, l'Ommegang était l'un des grands événements de la ville. La procession réunissait tant les ecclésiastiques que les différents marchands, artisans et gildes de Bruxelles. Ommegang ne signifie rien d’autre que procession. La tradition raconte qu'une fileuse nommée Béatrice Soetkens a entendu la Vierge Marie l’inviter à subtiliser une statue à son effigie dans la cathédrale d'Anvers pour l’amener à Bruxelles. Elle souhaitait remercier la Grande Gilde des arbalétriers d'avoir fait ériger l'église du Sablon en son honneur. Malgré plusieurs contretemps, la belle est parvenue à accomplir sa mission. De la sorte, chaque année, une procession commémore cet événement. Au XXIe siècle, la statue de la Vierge Marie trône encore dans l'église Notre-Dame du Sablon. Aujourd'hui, l'Ommegang célèbre à la fois la procession d'autrefois et l'entrée de Charles-Quint et de son fils Philippe, venus visiter Bruxelles le 5 juin 1549 en compagnie de maints nobles et représentants de l'autorité. Lors de la reconstitution de cet événement, les pavés bruxellois voient défiler en costumes du Moyen Âge les différents groupes de population, dignitaires et gildes de l'époque. Des centaines de figurants participent à la reconstitution : à pied, à cheval, arborant des drapeaux, conduisant des charrettes, etc. Tous parcourent les rues du cœur de Bruxelles et aboutissent à la Grand-Place. Dans une ambiance traditionnelle de la Renaissance, l’Ommegang convie également les visiteurs à se plonger dans le XVIe siècle, avec un village implanté dans le Parc de Bruxelles, où des artisans livreront les secrets de leur métier tels que la fonction de chirurgien, de barbier et le travail de forge et de ferronnerie se pratiquant voilà cinq cents ans. Le spectacle sera également au rendez-vous grâce à des tournois de chevalerie avec de fameuses joutes équestres, des combats où des hommes en armure s’affronteront à pied et à la représentation de la vie civile et militaire d’une troupe de mercenaires. Les attractions seront ouvertes au public de 12 à 22 heures du 4 au 7 juillet 2018. Quant au spectacle proprement dit, il aura lieu le mercredi 4 & vendredi 6 juillet 2018 sur la Grand-Place. Attention, il importe de se munir de tickets d’accès. Plus de détails sur le site www.ommegang.be Sam Mas

L’AQUARIUM DE BRUXELLES FERME SES PORTES Vous êtes nombreux à avoir visité l’Aquarium de Bruxelles, à un bond de la Basilique de Koekelberg. Après une décennie et demi d’existence, il a définitivement fermé ses portes. Bruxelles Culture reproduit le message laissé sur le site de la directrice Danielle Roose : « Nous avons fondé l’Aquarium comme on part en croisade, pleins de fougue, d’ardeur et avec la rage de vaincre. Oui, c’était un défi mais quelque part, c’était notre destin. Se contenter de constater les dégradations de la nature était loin d’être suffisant pour nous. On voulait être dans l’action, sortir des sentiers battus, interpeller par notre différence, susciter des vocations… peut-être ? Certains nous ont soutenus, on les remercie encore. D’autres nous ont vertement critiqués : il


n’y avait pas assez de ceci ou trop de cela, ou, tout simplement, un aquarium sans requin, c’est nul ! Ils n’ont apparemment rien compris à notre philosophie… alors, pour eux, tant pis ! Tout au long du parcours, les obstacles ont été nombreux et, la barrière placée toujours plus haut, aujourd’hui, devenue inaccessible. Quinze années ont passé (dont douze ouvertes au public !). On ne regrette rien. On l’a fait. On y a mis tout notre cœur, tout notre courage et toute notre énergie, sept jours sur sept, sans week-end, sans vacances. Certains n’y croient pas, pourtant, c’est vrai ! Aujourd’hui, les deux petits soldats sont épuisés par les combats. Ils déposent les armes et aspirent à pouvoir simplement vivre, comme tout le monde, le temps qu’il leur reste ici-bas. Si ne fût-ce qu’une petite partie de nos visiteurs, grands ou petits, pose des gestes quotidiens positifs, alors, tout cela valait la peine pour le futur de notre planète. » Sam Mas

EXPOSITION : SCHTROUMPF EXPÉRIENCE En 2018, les schtroumpfs soufflent les bougies du gâteau commandé à l’occasion de leurs soixante ans et dressent leurs maisonnettes à Brussels Expo. La « Schtroumpf Expérience » se veut une plongée inédite dans l’univers magique des lutins bleus logeant dans un village-champignon au milieu d'une vaste forêt et imaginés et dessinés par Peyo. Les seize premiers albums ont été publiés par leur créateur. Depuis sa mort, en 1992, son fils Thierry Culliford dirige l'édition des nouveaux récits et veille à la pérennité des personnages, maintes fois transposés à la télévision et au cinéma. Pour les vacances, une expérience unique à vivre en famille fera le bonheur des enfants. Un événement grand format réparti sur presque deux kilomètres carrés et qui permet de tout découvrir sur cette joyeuse tribu indémodable. Le parcours est truffé d’effets numériques de premier ordre et propose à chacun de s’identifier aux personnages pour vivre leur quotidien, appréhender leurs habitudes et se familiariser avec leur langage. Au passage, le méchant sorcier Gargamel préparera l’une ou l’autre concoction tirée de son grimoire. Très interactif, les spectateurs sont invités à échapper à de nombreux pièges, à voyager à dos de cigogne et à participer à une fête de village. Une chouette aventure à vivre jusqu’au 2 septembre 2018 à Brussels Expo (Palais 4). Plus de détails sur le site www.smurfexperience.com Place de Belgique, 1 à1020 Bruxelles Sam Mas


EXPOSITION : ALFRED, MICHEL FABBRI Envie de découvrir un artiste, ses travaux et un cadre singulier ? Pourquoi ne vous rendriez-vous pas chez Home Frit' Home pour partager sa démarche artistique ? Alfred, Michel Fabry, fâché avec le milieu de la fin des années 80, a mené casseroles battantes une carrière de cuisinier jusqu'à ce que lui revienne le goût du dessin vingt ans plus tard, par le biais des urban sketchers. Il entame alors la pratique de ce qu'il qualifie de bodding art (du nom du dessert bruxellois permettant de recycler restes de pain et pâtisseries), jusqu'à ce qu'il découvre que ses créations s'apparentent au lowbrow, mouvement apparu dans la subculture californienne des années 70 et dont l'éclosion a attendu les années 2000 pour entrer en résonance avec la popularité de médias comme le tatouage et le street-art. Un événement à découvrir jusqu’au 1er septembre 2018. Plus de détails sur le site www.homefrithome.com Rue des Alliés 242 à 1190 Bruxelles

EXPOSITION : PEOPLE OF 58 Par le biais de nombreux documents (vidéos, photographies, objets et costumes pour la plupart inédits), « People of 58 » s’intéresse aux gens qui ont fait l’Expo 58 et à leur expérience au cours de cet événement unique en Belgique. Même si cette manifestation peut paraître le reflet d’une époque révolue, elle n’en demeure pas moins un souvenir majeur, qui ravive la madeleine de Proust qui sommeille dans la mémoire des aînés, tant par son aura que par sa dimension humaniste et encyclopédique. Sur le site du plateau du Heysel, plus de cent dix pavillons s’étendaient à perte de vue et tentaient de rassembler les prouesses technologiques du monde entier en un seul lieu. Les styles de ces constructions variaient en fonction des prouesses architecturales et de l’inspiration des participants, pour correspondre aux reflets de chaque culture, tantôt empreinte de modernisme ou de tradition. Une des constructions a retenu toutes les attentions. Chef-d’œuvre de métal, l’Atomium est immédiatement devenu le symbole de l’Expo 58 et celui de Bruxelles, emblème des Sciences servant l’Humanité, soulignant l’ambition de l’exposition intitulée le « Bilan du monde pour un monde plus humain ». Pendant près de deux cents jours, ce furent environ quarante-deux millions de personnes qui sont venu fouler l’esplanade, qui a accueilli tous les jours plusieurs dizaines de milliers de visiteurs venus de tous les continents. Pour les familles belges, la visite est demeurée une expérience majeure. Certaines y ont découvert le monde et ses traditions, grâce aux pavillons étrangers, d’autres sont simplement revenues flâner. En plus de l’Atomium, les visiteurs se pressaient de découvrir les défilés de mode au pavillon américain ou la réplique du Spoutnik dans le pavillon de son grand rival, l’Union soviétique. Les badauds pouvaient aussi se promener dans la Belgique Joyeuse, village pittoresque et animé où se mélangeaient des maisons typiques de tous les styles de chez nous. L’engouement était total et a laissé dans l’esprit de chacun des pépites marquantes de cette époque d’optimisme et de confiance en l’avenir. « People of 58 » est à voir à l’Atomium jusqu’au 20 janvier 2019. Plus de détails sur le site www.atomium.be Square de l'Atomium à 1020 Bruxelles Willy Smedt


RETOUR SUR L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1958 Soixante ans passèrent, il me souvient de mes visites à « L’Expo ». Jeunet, je possédais un abonnement et mon père également. Nous y allâmes ensemble souvent. Une course poursuite s’ensuivit entre nous, mon père y viendra trentedeux fois, moi trente-six. Je prenais régulièrement le tram 81 qui m’amenait à « la passerelle » existant toujours. Elle conduisait à cette manifestation prestigieuse. Elle durera six mois et draina quarante-deux millions de visiteurs. Nous possédions le plan de l’exposition : il ressemblait à une vache. Parmi les quatre-vingt-dix-neuf pour cent de pavillons visités (quarante-trois pays) je me permettrai de citer ceux que franchement j’admirais : à tout seigneur, tout honneur, le Grand Prix de l’Exposition universelle 1958 sera décerné à la Tchécoslovaquie pour la prestigieuse organisation de ses collections et ses activités multiples. Une perle rare ! L’Italie et sa construction étonnante en gradins, la projection de nombreux films de qualité en version originale sous-titrée. Je ferai de fréquentes visites à l’Autriche (et ses jolies hôtesses coiffées d’un bicorne, habillées de gris et jaune !) où j’assistai à de parfaites représentations musicales classiques. Immense pavillon des Etats-Unis et son architecture « ovale » (les arbres conservés à l’intérieur !) et son épatant procédé cinématographique (« Circarama »). Que de chouettes découvertes ! A l’entrée du pavillon espagnol (il mit un temps pour ouvrir ses portes et présenter ses richesses picturales), figurait une splendide toile de Salvador Dali ! Vu ma jeunesse, le pays qui me fascinait le plus - à qui j’accordai le plus de visites avec l’Italien - fut celui du Mexique jouxtant le Brésil. Au Mexique, on offrait un excellent mathé glacé rafraîchissant. Avant chaque projection de film (admirables, comme les documentaires artistiques, géographiques ou historiques), l’hymne mexicain éclatait. En 1958, nous restions debout pour l’écouter religieusement. Je finis par connaître par cœur l’air et les paroles. Ah, le Mexique et Benito Juarez ! Que d’heures heureuses passées en ce pavillon, que de documentation prise et d’intérêt juvénile ! J’aimais me rendre aux Pays-Bas où l’eau, bien entendu, était omniprésente : imitation ultra ingénieuse des vagues et courants marins. Etonnante et ingénieuse réalisation de nos voisins d’Outre-Moerdijk. Ambiance folle les jours fériés à « L’Expo » (elle dura six mois) avec d’incroyables pics de fréquentation : sans cesse se déroulèrent de prestigieuses manifestations folkloriques et culturelles et le « Festival du Film ». Le pavillon français mit également du temps pour ouvrir ses portes. Bric à brac incroyable et fourre-tout. Il fut sérieusement en retard d’aménagement intérieur. Le Président Charles de Gaulle, sur ordre généralissime, expédia dare-dare son frère Pierre nommé ex abrupto Commissaire, afin d’activer enfin l’organisation défaillante. L’architecture du pavillon était « audacieuse ». L’un des pays les plus visités fut la Thaïlande. Superbe riche pagode représentant le royaume du Siam. Parmi tant de rares curiosités et architectures saugrenues et concepts mirobolants, il faudrait ne pas oublier les dites petites nations. Parmi celles-ci, le rocher de Monaco, le Saint-Siège (Vatican) fort intéressant et divinement éclairé. Anecdote : jamais un pays d’Amérique centrale, le Nicaragua, n’eut tant de succès et pour cause ! Non pas qu’il fut vaste ou très intéressant, on y présentait, outre les photos typiques de Tegucigalpa et de Mosquitos, plusieurs vitrines exposant les armes à feu. Initiative heureuse des Nicaraguayens : dès l’ouverture ils offraient gratuitement aux visiteurs le café. Le bouche-à-oreilles belge fit un effet immédiat. Ce pays d’Amérique centrale connut un rare succès. On fera la file en dehors pour le visiter, ce très pavillon. Le Commissaire très surpris par le succès de son pavillon modeste, finira par faire payer la tasse de café au prix de cinq francs belges. On vendit je pense une tonne de ce bon breuvage rarement moulu. Nous en bûmes tant et plus à la maison. Le pavillon allemand fut d’une rare sobriété : on n’osa diplomatiquement pas trop vanter les mérites de la République fédérale et de son passé récent. Quant à la République Démocratique allemande, je ne la vis pas. Les hôtesses belges furent triées sur le volet et strictement cornaquées. Elles possédaient la juvénilité, l’élégance, le goût des langues, une rare amabilité. Joli et strict costume et cravate, un charmant bicorne. Elles connurent de nombreux admirateurs. La Russie soviétique se situait à côté des EtatsUnis et connut un succès de foule. On exposa le « Spoutnik », les Arts et la Culture des masses. Intéressant à l’époque de découvrir l’URSS, ses


innovations, ses industries et son aventure spatiale. Le Canada m’impressionna. Aurais-je alors songé que je ferai trois longs séjours en cet immense pays, découvrant l’Ontario et le Québec, logeant à la capitale économique Toronto ? Traversé le fleuve Saint-Laurent ? Faut-il se souvenir que nous étions seulement treize années après la fin du terrifiant – et prévisible - second conflit mondial et que l’organisation d’un tel évènement n’était pas de la petite bière Pietboeuf. 1958, année non fatale, fit connaître la Belgique au monde entier. La télévision était à ses débuts (les prémices de la couleur ?). Les travaux furent pharaoniques. L’atome fut roi, omniprésent, omnipotent. De prestigieux visiteurs furent accueillis : Walt Disney, le chanteur Harry Belafonte, le Président Eisenhower, notre souverain Baudouin, le Prince de Liège souriant, la sculpturale Jane Mansfield, Magda et Romy Schneider, Orson Welles, Gérard Philippe, Simenon aux côtés de la resplendissante Sophia Loren. Le clou de l’exposition fut la réalisation délicate du « génial » Atomium. Heureusement et d’extrême justesse, on décida de conserver ce symbole bruxellois qui eut été détruit si on y prit garde. Surréalisme belge ? L’une des attractions touristiques les plus courues fut la typique « Belgique joyeuse », son bourgmestre barbu, Jean-Marie de Ronchère, ses pavillons des neuf provinces, le petit pont, ses soirées arrosées, son ambiance festive. Notons, trois fois hélas, la disparition de la flèche du Génie civil. Trop futuriste, coûteux d’entretien, le béton ? Miracle, sur l’Esplanade, la sculpture allégorique des « Quatre Fils Aymont » déménagea ensuite à Namur et surplombe aujourd’hui la Meuse. Le pavillon tchèque sera démonté puis remonté sur les hauteurs boisées de Prague. Je le reverrai vingt-deux ans plus tard, lors d’un séjour praguois, en 1970, deux années après la révolution étouffée dans l’œuf. Il servit de restaurant cossu pour l’époque de franche disette. « L’Expo » eut un retentissement international. Le patron attentif se nommait le baron Georges Moens de Fernig. Liégeois d’origine limbourgeoise, il aura été le plus jeune magistrat de Belgique et sera par deux fois ministre et « citoyen le plus décoré de Belgique » selon Pierre Stéphany. Les « golden sixties » approchaient à pas pressés. Prestigieuse Exposition universelle sise sur le Plateau du Heysel : la terre entière se tourna vers Bruxelles. « L’annonce d’un temps où, pensaiton, la science et la technique auraient réponse à tout. » Nous dansions encore sur les cendres volcaniques de la Deuxième Guerre. Nous allions, petit Benelux précurseur, donner l’exemple. Nous participâmes, ne l’oublions pas à la construction de l’Europe à Rome. « Une bonne idée » dira, de mémoire, de Gaulle. Avenir forcément euphorique. Si vous vous en souvenez, la « Marche de l’Expo » fut euphorique, elle aussi ! La « Marche des Anges ? » Jean-Louis Cornellie

EXPOSITION : MICHEL MOUFFE Né en 1957 à Bruxelles, Michel Mouffe a fait de l’abstraction son mode d’expression. Depuis plus de trois décennies, il pousse la peinture au-delà de ses limites en expérimentant de manière permanente et soutenue. La matière de ses œuvres est la peinture elle-même et non le sujet. Mouvement, rythme et lumière, rien n’échappe à son acuité. Pour apprécier ses travaux, il faut oublier tout ce qu’on a vu précédemment et se laisser entièrement baigner dans ses mondes, où tout devient suggestion et invitation à une promenade subjective. Naturellement, on adhère ou non à son projet, puisque tout demeure une affaire de sensibilité et, donc, de subjectivité. L’exposition présentée au Musée des Beaux-Arts de Belgique repose sur une série de toiles inédites que l’artiste a expressément créées pour cet événement. A nouveau, les sentiments se mélangent, s’entrechoquent et immergent le visiteur dans ce qui représente l’aboutissement de ses recherches chromatiques. Des surfaces irisées qui vibrent et respirent et qui sont à découvrir jusqu’au 19 août 2018. Sa première exposition a eu lieu au terme d'une résidence d'un an dans une maison de Le Corbusier qu'il a utilisée comme atelier. Depuis 1983, l’artiste a exposé ses œuvres dans de nombreux pays en Europe, en Asie comme aux Etats-Unis. Plus de détails sur le site www.fine-arts-museum.be Rue de la Régence 3 à 1000 Bruxelles Sam Mas


COMÉDIE MUSICALE ESTIVALE : SUNSET BOULEVARD « Sunset Boulevard », de Billy Wilder, est devenu une comédie musicale sous le clavier d’Andrew Lloyd Webber, spécialiste des grands shows lyriques londoniens et énorme faiseur de tubes. Peu après son divorce avec Sarah Brightman en 1990, le compositeur avait annoncé qu’il travaillait sur la transposition d’un des plus grands chefsd’œuvre du cinéma des années 50 et qu’il avait déjà entrepris plusieurs essais de chansons avec son parolier Don Black. D’évidence, le challenge était loin d’être gagné en s’emparant de cette sombre histoire de vieille dame incapable de vivre dans le présent et qui se complait à entretenir les souvenirs de l’époque de sa gloire passée, durant laquelle elle triomphait devant les caméras, en un temps où le septième art était totalement muet et ne connaissait pas la couleur. Norma Desmond, vedette oubliée, refuse la déchéance et rejoue inlassablement ses répliques pour quelques fidèles, espérant (qui sait ?) revenir sur le devant de l’écran. Dans cet univers poussiéreux, elle s’oppose à Joe Gillis, scénariste aux dents longues, de qui elle attend un script audacieux pour un come-back remarqué. Pourtant, l’homme sait qu’elle n’a aucune chance de retrouver ses succès d’antan, car le temps a irrémédiablement fait son travail, engluant la comédienne dans ses chimères, quasiment enterrée pour tous, déchue et passée de mode. Avec des façons outrancières de diva, elle lui présente plusieurs idées, qu’il juge parfaitement délirantes. Toutefois, comme il a besoin d’argent et d’un travail, il feint s’y intéresser, allant même jusqu’à l’encourager dans son exaltation. Comble de tout, elle s’entiche de sa personne, situation de plus en plus complexe pour celui qui souhaiterait profiter au maximum de certains avantages et qui aime une femme de son âge, starlette au talent qu’il pense prometteur. Son ambition contre le pactole de la vieille, voilà l’étrange équation qui trotte dans son esprit ! Bien assurément, le drame n’est pas loin. Dans cette étrange demeure gravite Max, un majordome entièrement au service de sa patronne, et prêt à tolérer ses sautes d’humeur, ses caprices et sa tyrannie. Plutôt que de s’éloigner du film original (1950), Andrew Lloyd Webber et Don Black ont choisi l’option de lui rester fidèle au possible, avec des mélodies légères et agréables, pleines de vitalité et dopées par une orchestration raffinée, beaucoup plus proches de son travail sur « The phantom of the opera » que sur les accords pop de « Jésus-Christ superstar » et « Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat ». La grande chanson « With one look » a connu un triomphe planétaire, avant d’être traduite dans plusieurs langues et défendue par une kyrielle d’interprètes (Glenn Close, Barbra Streisand, Pétula Clark). Contrairement à tout ce qui a été écrit, « Sunset Boulevard – the musical » ne dissimule pas de messages ni de sous-entendus. Il se prête certes à une certaine ironie et un ton presque comique, mais demeure une tragédie sur le vieillissement et les affres des années qu’on refuse bien souvent d’accepter. Autour de l’ancienne star gravitent deux vautours, prêts à tout pour garder des privilèges (Max) ou en obtenir (Joe). Si la partition est toujours signée Andrew Lloyd Webber, le Château du Karreveld propose pour la première fois ce classique de Broadway en version française, due à l’adaptation de Christopher Hampton. Comme l’an dernier pour « Evita », les arrangements musicaux et la direction d’orchestre ont été confiés à Pascal Charpentier. Dans les rôles principaux, Anne Mie Gils, Gaétan Borg et Franck Vincent prouvent qu’ils savent à la fois chanter et jouer. Une création à découvrir du 9 au 24 juillet et du 4 au 31 août 2018 dans le cadre du Festival Bruxellons. Voyez tous les détails pratiques de cette programmation sur le site www.bruxellons.be Avenue Jean de la Hoese 3 à 1080 Bruxelles Daniel Bastié


EXPOSITION : MAGRITTE - ATOMIUM MEETS SURREALISM René Magritte est présent à l’Atomium pour célébrer le soixantième anniversaire de l'édifice d’acier. L’occasion de pénétrer dans l’univers du plus fameux surréaliste belge et de s’investir dans ses créations, avec des œuvres agrandies en 3D. Cinquante ans après le décès de l’artiste, connu dans le monde entier, l'Atomium lui rend un hommage vibrant. A travers une expérience unique et immersive, quelques-unes de ses toiles les plus marquantes prennent vie, transformées en décor, et permettent aux visiteurs de faire connaissance avec une manière de s’exprimer entre fantaisie fantasmée et rêve. Le public est amené à déchiffrer des symboles, à interpréter des peintures, à chercher le message qui se dissimule derrière tel ou tel détail. Il ne s’agit évidemment pas d’une exposition des originaux, mais de reproductions mises en scène pour laisser l’imagination voguer au fil des réflexions et des envies de chacun. Le surréalisme n’a jamais admis les étiquettes, forcément restrictives, et s’est toujours défini comme étant l’expression de l’inconscient. « Magritte - Atomium meets surrealism » est à découvrir jusqu'au 10 septembre 2018 à l'Atomium. Plus de détails sur le site www.atomium.be Square de l'Atomium à 1020 Bruxelles Sam Mas

TREIZE SCULPTURES DE L’ARTISTE SUZANNE BOEMER Si vous passez par le quartier Schuman et que vous longez le Berlaymont, vous croiserez probablement une ribambelle de personnages étanges et rigolots à l’angle des rues Archimède, Franklin et Stévin, conçus par la sculptrice allemande Suzanne Boerner, originaire de RansbachBaumbach en Rhénanie-Palatinat. Pour célébrer le soixantième anniversaire de la signature du Traité de Rome, elle a créé treize statues en argile et en acier rouillé, baptisées « European Citizens » (Citoyens européens). Inaugurées le lundi 20 mars dernier, elles trôneront durablement pour embellir et illuminer un lieu commerçant. La petite place autour de laquelle les « European Citizens » ont été placés n’aurait pas pu être mieux choisie, puisqu’elle porte le nom du Français Jean Monnet, l’un des pères fondateurs de l’unification européenne. Lorsqu’elle a créé ses figures masculines et féminines abstraites, l’artiste avait en tête l’idée de liberté et de communauté au sein de l’UE. Ses personnages peuvent montrer sans crainte « Ces grandes sculptures à taille humaine attirent l’œil et donnent une touche d’originalité joyeuse à ce quartier emblématique, où se prennent les décisions de l’Europe, rappelant que celle-ci est faite de citoyens très diversifiés et originaux ! Je ne doute pas que cette œuvre artistique donnera envie aux Bruxellois et aux visiteurs de s’attarder dans ce quartier commerçant, véritable village cosmopolite au cœur de la capitale », se réjouit l’échevine bruxelloise de l’Emploi, des Affaires économiques et de la Formation Marion Lemesre, tout en félicitant les commerçants à l’origine de cette initiative originale. Ce projet est une nouvelle fois la preuve que le quartier européen n’est pas seulement un lieu de travail ou de décisions politiques, mais un espace habité où chacun s’investit au quotidien pour rendre son cadre de vie plus agréable. Paul Huet


EXPOSITION : AMY WINEHOUSE – UN PORTRAIT DE FAMILLE Née en 1983, Amy Winehouse a été une star éclatante, pulvérisée par les excès et ses addictions (drogue, alcool) à l’âge de vingt-sept ans. Dès son premier album sorti en 2003, elle a connu un succès fulgurant, devenant l’une des coqueluches de la pop, avec un répertoire métissé et une voix caractéristique rappelant celle des divas de la soul. Naturellement, une partie de ses fans l’ont idolâtrée pour son look, son franc-parler, sa coiffure excentrique et ses tatouages. Sur le plan privé, sa vie ne ressemblait pas à un conte de fée. Boulimie dans sa jeunesse, difficultés scolaires, accumulations de petits jobs avant de percer dans le show-business, relations amoureuses avec des bad boys, toxicomanie, problèmes de santé récurrents et manque d’assurance. Pourtant, malgré le succès, elle s’est toujours enfoncée dans la dépression et les cures ont semblé inefficaces. Sept ans après son décès, que reste-t-il de cette chanteuse atypique ? Une série de disques, un film (2015) réalisé par Asif Kapadia et de fort nombreux objets devenus cultes (personnels ou non), ainsi que des albums de photographies. Le Musée juif de Belgique rend hommage à la vedette en proposant une exposition (qui a déjà transité par Londres, Amsterdam, Melbourne et San Francisco) et qui revient sur son parcours atypique, en insistant sur la passion de la musique dans sa famille avec un père interprète amateur, le Londres des eighties, la mode et les racines juives de la star. Bien entendu, l’événement a pu voir le jour grâce à la collaboration étroite de proches, dont le frère Alex et son épouse, détenteurs de multiples documents inédits et présentés ici pour la première fois. Mieux, « Amy Winehouse, un portrait de famille » se veut une plongée dans l’intimité d’une artiste à l’immense talent et disparue beaucoup trop tôt. A découvrir jusqu’au 16 septembre 2018. Plus de détails sur le site www.mjbjmb.org Rue des Minimes 21 à 1000 Bruxelles Paul Huet

EXPOSITION : DOUZE ANS DE LIVRES ARTISTIQUES AVEC L’APPAR L’Association pour la Promotion des Arts de la Reliure (ou APPAR) existe depuis douze ans et réunit à la fois des relieurs professionnels, des amateurs de livres rares, des collectionneurs, des libraires et des artistes du livre. Elle organise de nombreux événements (conférences, ateliers, séminaires, publications) pour faire connaître la reliure de création et édite environ tous les deux ans des livres d’artistes. Ce travail met en relation un écrivain, qui offre un texte inédit, et un illustrateur, un graveur, un photographe ou un plasticien. Tous deux conjuguent leurs talents pour réaliser un ouvrage à tirage limité destiné aux adhérents de l’association. Une exposition est aujourd’hui organisée afin de permettre à chacun de découvrir la variété des livres édités, littéraires et artistiques, et l’esprit créatif qui anime les relieurs ayant habillé ces ouvrages. Le public peut également profiter des maquettes et découvrir les œuvres originales d’artistes ayant travaillé sur divers projets, exposés pour la première fois. Cet événement est à découvrir jusqu’au 16 septembre 2018 à la Bibliotheca Wittockiana du mardi au dimanche de 10 à 17 heures. Plus de détails sur le site www.wittockiana.org Rue de Bemel 23 à 1150 Bruxelles


EXPOSITION : GET UP, STAND UP En cette période de revendications généralisées et avec les élections qui se rapprochent insidieusement, il est parfois bon de regarder dans le rétroviseur et d’analyser l’Histoire en se remémorant les grands mouvements contestataires des années 1968 à 1973 : Mai 68, le Vietnam, la lutte des minorités pour davantage d’égalité, … L’ancien site Belle-Vue propose une exposition qui regroupe un peu moins de cinq cents documents (affiches, posters, objets hétéroclites) ayant un lien avec les poings qui se sont dressés et les pavés qui ont été lancés un peu partout dans le monde. La plupart des pièces proviennent de collections privées émanant d’une trentaine de pays, même si la grande majorité provient du fonds détenu par Michael Lellouche, véritable passionné et chineur invétéré. Afin de dynamiser l’événement, des montages vidéo ont été conçus, tant pour plonger les visiteurs dans le contexte de chaque période que pour rappeler aux jeunes des dates précises. Les enfants n’ont pas été oubliés avec des ateliers ludiques conçus à leur seule attention, tandis qu’un espace défouloir rappelle aux aînés qu’il est parfois bon d’exprimer sa rancœur et ses refoulements en frappant un punching-ball plutôt que d’aller fracasser le crâne des élus. A cet effet, le musée permet de retrouver les punching-balls créés en 1969 par Julio Le Par et qui invitent à frapper un militaire, un prêtre, un enseignant, un médecin, un notaire, etc. Au demeurant, l’expo « Get Up Stand Up » se targue de nous rafraîchir la mémoire et nous rappelle l’urgence de ne pas oublier nos responsabilités citoyennes. Alors que la société européenne s’enfonce de plus en plus dans les inégalités et que la peste brune renaît de ses cendres, il est bon de rappeler à quel point chacun doit faire face à ses prises de conscience et défendre son libre-arbitre. Une exposition à découvrir du mercredi au dimanche de 10 18 heures au Mima et ce jusqu’au 30 septembre 2018. Voyez davantage de détails sur le site www.mimamuseum.eu Quai du Hainaut, 39-41 à 1080 Bruxelles Sam Mas

EXPOSITION : THIS IS A LOVE SONG Une exposition en duo de deux artistes qui travaillent en parallèle plutôt qu’en collaboration. Un dialogue entre les deux ateliers. L’un pratique la sculpture et l’autre la peinture. Tous les deux avec une certaine idée de narration. Raconter une histoire avec des figures. Quelles soient décomposées et recomposées dans le cas de Romain Juan ou rendues expressives par la figuration picturale chez Tatiana Defraine. Les deux pratiques se rejoignent et se recoupent tout en se différenciant dans une approche de la figure humaine synthétique et expressive. Du pop expressionniste ? Pour parler dans des termes classiques qui font référence au passé. Une appropriation de styles et de formes. La mode comme point de départ que ce soit pour les mannequins décomposés de Romain ou les silhouettes élégantes de Tatiana. On emprunte au magazine et à la boutique de mode pour préfigurer un réel qui touche à notre corps comme mise à distance de ce qui serait trop banal, quotidien, trop réel. Défigurer pour configurer des nouvelles poses, des gestes qui parlent de s’intégrer dans l’architecture qui absorbe les personnages. Mise à plat dans la peinture où les femmes sont happées par les accessoires, les cosmétiques les décors. Nous imaginons qu’elles assistent à un défilé de mode de figures homme/femme décomposées. Les personnages blancs au milieu de la salle sont le spectacle de ce défilé de mode. Les femmes se posent actrices. Elles chuchotent, elles racontent, elles oublient où elles sont et pourquoi et comment elles sont arrivées là ? Le spectacle du fémininmasculin mis à nu par ses amatrices. Une exposition à découvrir jusqu’au 14 juillet 2018 à la galerie Deborah Bowmann. Plus de détails sur le site www.deborahbowmann.com Avenue Jean Volders, 24 à 1060 Bruxelles


CD : MY VOICE IS MY PLEA Artiste allemande, Maria Palatine vit à Bruxelles et, depuis des années, veille à démontrer les nombreuses possibilités de la harpe en la sortant du registre des grands orchestres. Auteure, compositrice, instrumentiste et chanteuse, elle nous gratifie régulièrement d’un nouvel album qui lui permet de faire toute la preuve de son immense talent. En ce sens, elle représente un cas unique dans le domaine de la variété, en s’affranchissant de toute étiquette et en métissant les genres. A côté de l’école « Harp Center Brussels » fondée chez nous voilà plusieurs années, elle ne cesse de voyager à travers le monde pour faire découvrir son travail et conforter une réputation qui n’a plus rien à prouver. Encore récemment, elle était en concert à Saint-Gilles, entourée de solistes méticuleusement sélectionnés pour la qualité de leur jeu. Avec « My voice is my plea », elle sort un CD d’excellent calibre où, à son ordinaire, elle tutoie le classique, le jazz et la pop, inspirée par les poèmes et les textes de Mary Elisabeth Frye, Bernard Tirtiaux, Jean-François Prins, Hermann Claudius, Rainer Maria Rilke, George Meredith et trois de sa plume. Européenne convaincue et citoyenne du monde, elle passe tour à tour du français à l’allemand et de l’allemand à l’anglais. Les langues comme la musique n’ont pas de frontières et, lorsqu’elles en ont, ne peuvent jamais demeurer intangibles. Afin de mettre en évidence la beauté des mélodies et la justesse de sa voix, elle a opté pour une petite formation instrumentale, entourée par Anne-Sophie et Jean-François Prins, Stefan Engelmann, André Klenes, Bodek Janke, Richard Rousselet, Sébastien Walnier, Vardan Hovanissian et Stéphane Mercier qui l’accompagnent tout au long de cette aventure. « My voice is my plea » a été enregistré et mixé dans la capitale. Au total, treize titres qui s’enchaînent sans aucun effet de redondance, qui surprennent, séduisent et impliquent les auditeurs dans un récital intime fait de sensations poétiques, de changements de rythme et de vibrations enchanteresses. 73 minutes ciselées avant tout pour poser des climats et prendre le temps de le faire sans précipitation et avec une extrême justesse. Disque GAM – 13 titres Daniel Bastié

CD : THE BLUE NOTEBOOKS Né en 1966 en Allemagne, Max Richter a suivi une solide formation classique à Edimbourg et à Florence. Devenu soliste, il s’est très vite fait connaître pour ses interprétations d’Arvo Pärt, Steve Reich, Philip Glass et Julia Wolfe, tout en écrivant des œuvres personnelles et en les gravant pour le compte de Decca Music. Puisque tout artiste s’inscrit dans un registre, les critiques lui ont quasi-immédiatement collé l’étiquette de postminimaliste, jonglant avec les instruments acoustiques et l’électronique. Loin de céder à des pressions, il a toujours composé et joué la musique qu’il aime, poussant l’expérimentation dans des limites parfois ténues. La qualité de son jeu comme la finesse de ses portées ont également attiré l’attention des cinéastes qui, dès 2003, se sont efforcés de


pouvoir compter sur sa collaboration au moment de boucler un tournage. Après un travail effectué dans son pays natal sur des longs métrages confidentiels, il est aujourd’hui convié à se produire sur des productions hollywoodiennes, tant pour l’univers du grand écran que pour la télévision. Sorti en 2003, « The Blue Notebooks » a été retenu comme étant le deuxième disque du compositeur, juste après « Memoryhouse » (2002). Les spécialistes s’accordent pour dire qu’il se veut la continuation du précédent, toujours aussi introspectif et conçu comme un album disposant de diverses atmosphères sonores. Personne ne s’est trompé, Max Richter incarne le croisement entre l’ancien et le nouveau, la tradition et la révolution. Tout en ne reniant jamais les chefs-d’œuvre du passé, l’artiste s’attache à vivre dans et avec son époque. Aux tables de mixage, il préfère enregistrer sur son portable et réaliser des essais à partir de moyens pluriels offerts par la technologie et le numérique. Au bruit, il choisit la mélodie et la liberté au détriment de l’encadrement restrictif des codes académiques. Son deuxième album nous propose donc une succession de thèmes émancipés, qui abandonnent le faste orchestral de ses ancêtres et qui acceptent de se mettre en danger. En rejetant les stridences et la violence, le compositeur refuse de s’adresser à une caste d’élites et opte pour des partitions populaires, qui charment le plus grand nombre et opèrent par leurs seules vertus intrinsèques, acceptées autant par les férus de musique de chambre que par ceux d’électro. Un second disque de bonus (remix, version orchestrale) apporte une originalité qui pourrait inciter ceux qui possèdent déjà l’album original à se fendre d’un nouvel achat. Disque Deutsche Grammophon – 18 pistes Daniel Bastié

CD : SATÉNIK KHOURDOÏAN ET ALEXANDER GURNING Née à Marseille en 1983, Saténik Khourdoïan a étudié le violon dans la classe de Jean Ter Merguerian au CNR de sa ville natale où, à treize ans, elle a obtenu deux prix. Le premier pour la pratique de son instrument et le second en musique de chambre. Enthousiasmée par cette double reconnaissance précoce, elle n’a dès lors plus eu aucun doute sur son métier futur et, encouragée par sa famille, a rapidement intégré le Conservatoire de Paris, tant pour suivre un cursus considéré comme l’un des meilleurs du pays, que pour affiner son jeu et améliorer sa technique. Sans surprise, son talent l’a distinguée des autres élèves et, à l’unanimité, elle a récolté les plus hautes distinctions. Les festivals autant que les orchestres l’ont directement sollicitée et lui font les yeux doux. Comment résister à des offres incomparables lorsqu’on a à peine vingt ans ? Dès 2008, les trophées se sont succédé avec une reconnaissance internationale. Depuis, cette jeune artiste s’est produite en compagnie de, notamment, Claire Désert, André Cazalet, Florent Boffard, le trio Wanderer, Gilles Apap, Laurent Korcia, Ophélie Gaillard, Vladimir Mendelssohn, Lise Berthaud, Sarah Nemtanu, etc. Afin de couronner trente-cinq ans d’existence, on la retrouve aujourd’hui comme tête d’affiche d’un subtil CD qui fait dialoguer trois compositeurs extrêmement proches l’un de l’autre et qui, chacun à sa manière, a glorifié le langage musical. L’occasion d’entendre des œuvres connues (ou qui le sont moins) d’Eugène Ysaye (« Poème élégiaque pour violon et piano » et « Extase »), Gabriel Fauré (« Sonate pour violon et piano en La majeur ») et Camille Saint-Saens (« Caprice d’après l’Etude en forme de valse »), chargées de subtilités chromatiques et d’une envoûtante force intérieure. L’opportunité surtout de découvrir (si la chose n’a jamais été faite au préalable !) la finesse du jeu de la violoncelliste qui, ici, se fait accompagner au piano par Alexander Gurning, un autre talent sur lequel le monde du concert doit désormais compter. Disque Outhere Music – 7 plages Paul Huet


68 ANNÉE ZÉRO Il y a tout juste cinquante ans, les pavés se soulevaient à Paris et les slogans fusaient (Il est interdit d’interdire !, CRS-SS !, Sous les pavés, la plage !) Du vacarme de la rue, il reste de multiples souvenirs qui en résument parfaitement le lyrisme, l’utopie, mais aussi la violence. Né au sein des campus étudiants, le mouvement a été relayé par l’univers du travail, encouragé par les syndicats ouvriers qui, au nom de l’expression d’une colère commune, ont paralysé le pays. La crise était réelle. Après avoir perdu le contrôle de la situation, le général de Gaulle a même été jusqu’à imaginer que la jeunesse avait été manipulée par Moscou, afin de permettre aux communistes de s’emparer du pouvoir. Alors jeune bachelière, Paule du Bouchet se souvient et a eu une folle envie de se pencher sur ce fameux mois de mai 68, qui a été inscrit dans tous les manuels d’histoire et qui a été étudié par les philosophes et les sociologues du monde entier. Parce que cette période a joué un rôle déterminant dans son existence et s’est avérée une sorte de seconde naissance, elle a décidé de l’appeler « Année zéro » ou celle du véritable commencement. Pour des raisons qui lui sont personnelles (et pour romancer son récit !), elle met en scène une jeune fille qui lui ressemble et qu’elle prénomme Maud. A travers ce personnage, elle parle à la première personne de conscience politique, du rôle de l’art, du besoin d’expression, d’engagement citoyen et des préoccupations qui traversent l’esprit de jeunes en quête d’avenir. Alors que le Quartier latin était sens dessus dessous, la vie s’égrenait au rythme des Beatles et des chanteurs de la bande à « Salut les Copains ». Du haut de ses seize ans, Maud rêve aussi de lever le poing dans les rues, de toiser les forces de l’ordre pour imiter un certain Dany le Rouge et se prouver qu’elle existe. Un ouvrage (biographique ?) qui mêle l’intime et restitue le parfum d’une époque. Ed. Scripto– 196 pages Daniel Bastié

LES SORCIÈRES DU CLAN DU NORD – LE SORTILÈGE DE MINUIT Poppy est une adolescente rebelle, qui s’est déjà fait renvoyer de nombreuses écoles. Elle entretient des liens d’amitié indéfectibles avec Clarée, une jeune fille qui a du mal à se faire accepter par ses condisciples. Leur route n’aurait jamais dû se croiser et, pourtant, les hasards de l’existence entretiennent mille mystères qu’il convient de ne jamais écorner. Publié en 2016, « Les sorcières du clan du Nord – Le sortilège de minuit » revient aujourd’hui en format de poche pour celles et ceux qui ne se sont pas procuré le volume voilà deux ans et qui regrettent de ne pas s’être précipités chez le libraire ou qui ont entendu parler de ce récit tout en hésitant face à l’étiquette de dix-sept ou dix-huit euros. On le sait, la version poche tourne autour des huit-neuf euros et reproduit le texte exhaustif, avec une couverture (ici) à l’identique. De nombreux lecteurs se sont prononcés en affirmant qu’il s’agit d’une histoire de sorcières pleine de fantaisie et de rebondissements, où la magie se combine au quotidien et permet aux jeunes de s’identifier. Il s’agit (mais nous ne le savions pas !) du premier tome d’une trilogie signée Irena Brignul. Entre ombres et lumières, cris et silences, hauts et bas, le quotidien s’installe et des rencontres imprévues bombardent les certitudes et les indifférences. Ed. Gallimard - Pôle Fiction – 448 pages Amélie Collard


LES SORCIÈRES DU CLAN DU NORD - LA REINE CAPTIVE Alors que le premier volume de cette saga vient de faire l’objet d’une publication en version de poche, le deuxième tome fait l’actualité avec un récit qui prolonge les aventures de Poppy et de son amie Clarée. Refusant de monter sur le trône, cette première préfère s’enfuir en Afrique, mais se fait capturer par Mma, une guérisseuse. Titillée par son amour pour Léo, elle tente de rentrer chez elle et découvre que la chose est loin d’être simple. Irena Brignul déploie à nouveau un univers foisonnant, qui mêle habilement monde réel et mythes anciens. A mesure que la quête de l’héroïne progresse, elle se confronte à un monde sans aménité, où chaque défi devient un véritable combat. Confrontée à des forces qui la dépassent, elle est obligée de prendre des décisions qui labourent son cœur. Cette suite au très apprécié « Les sorcières du Nord – Le sortilège de minuit » se caractérise par des rebondissements feuilletonesques, une introspection des sentiments et des flash-backs qui permettent d’élucider certains mystères égrenés au fil des chapitres. L’auteure est également scénariste et nous lui devons l’adaptation de « Le petit Prince » (version cinématographique de Mark Osborne) revue récemment à la télévision belge. N’oublions bien entendu pas les sorcières, sans qui ce livre ne serait pas totalement ce qu’il est ! Un ouvrage simplement addictif et qui tient ses promesses jusqu’au bout ! Ed. Gallimard Jeunesse - 368 pages Amélie Collard

TROUBLE VÉRITÉ Une course-poursuite à travers le monde (San Francisco, Londres, Las Vegas, New York) pousse Jule à tenter de retrouver Imogen. Qui sont ces personnages introvertis, dont on ne sait pas grand-chose ? E. Lockhart signe un thriller haletant et nous parle d’une amitié dangereuse sur fond de ruses et de non-dits. Avec un art maîtrisé de la narration, il joue avec la dynamique d’un récit rocambolesque, où rien n’est laissé au hasard. Riche et solide, la trame nous vaut ici de belles descriptions, qui engendrent un vrai plaisir de lire. Sans émousser l’attention du lecteur, l’auteur parvient à focaliser tout l’intérêt sur deux protagonistes que tout oppose et qui, néanmoins, s’attirent mutuellement. Au fil des pages, on découvre que Jule voyage accompagné d’une lourde valise qui contient moult déguisements. Quant à Imogen, elle serait une riche héritière en fuite. En filigrane, il explore le thème de la revanche sociale et propose une lecture au féminin de « Le talentueux Mr Ripley ». La tension reste palpable de bout en bout et nous gratifie d’un suspense vif et contemporain, qui a l’heur d’avoir attiré plusieurs producteurs. Selon certaines indiscrétions, ce roman serait en cours d’adaptation par Lena Dunham, créatrice de la série « Girls ». L’usage du conditionnel permet d’annoncer prudemment ce qui n’a pas encore été officiellement confirmé. Ed. Gallimard Jeunesse – 304 pages Amélie Collard


LAOMER – LA NOUVELLE HISTOIRE DE LANCELOT DU LAC Tout le monde connaît ou a entendu parler de Lancelot, du roi Arthur, de la reine Guenièvre et des chevaliers de la Table Ronde ! Sans rien altérer au mythe, Pierre-Marie Beaude image une suite aux aventures du preux chevalier. L’auteur avoue avoir été inspiré après avoir lu l’œuvre deChrétien de Troyes et après avoir visionné une série de vieux films hollywoodiens tels que « Ivanhoé » et « Robin des Bois ». Il y avait là largement de quoi rédiger un ou plusieurs romans, en prolongeant ce qui avait déjà été écrit pour le monde de l’édition ou du cinéma. Sans commettre d’anachronismes, il s’est éloigné de la vérité historique. Des prises de liberté indispensables pour laisser voguer son imagination. Si on ne compte plus les ouvrages qui ont mis en scène Lancelot, il demeure néanmoins un héros fédérateur et toujours magnifique. Plutôt que de dépeindre un Moyen-Âge glauque, l’auteur s’est attaché à le décrire comme un monde où les savants, les clercs, les voyageurs et les commerçants avaient leur mot à dire. Bien entendu, on y parle de magie. L’enchanteresse Morgane, qui tient un rôle important dans cet ouvrage, cultive ses racines celtes, loin du clergé et de ses tribunaux souhaitant instaurer une société pure. Elle se positionne au premier rang lorsqu’il s’agit, par exemple, de sauver une malheureuse jongleuse du bûcher de l’Inquisition. Quand des guerriers venus du Nord enlèvent des jeunes gens pour repeupler leurs terres lointaines, Morgane et Calogrenant embarquent pour l’Irlande à la recherche de Laomer, mystérieux chevalier qui pourrait les seconder avec une redoutable efficacité. Voilà trente chapitres qui ressemblent à autant d’épisodes d’une série remplie de fureur et d’action. Plus de trois cents mille exemplaires de ce roman ont été déjà vendus ! Ed. Gallimard Jeunesse – 414 pages Daniel Bastié

BALLADE POUR UN BÉBÉ ROBOT La science-fiction a souvent comme toile de fond un monde terrifiant, où les humains peinent à vivre et sont confrontées à des menaces autant extérieures qu’internes. Cette fois, des androïdes vivent dans une sphère autoritaire, où tout ce qui relate le passé est banni. Pourtant, ils se doutent que, un jour, leurs créateurs viendront les rejoindre. Néanmoins, certains robots pensent que la vie est bien plus complexe qu’une série de règles édifiées pour stabiliser le pouvoir en place. Deux dissidents décident de mener une enquête et, sans le souhaiter, mettent les pieds dans un engrenage qui, fort rapidement, dépasse leur entendement. Sans tergiversations, Cédric Villani (scénariste) et Edmond Baudouin (dessinateur) livrent un roman graphique qui fait froid dans le dos et qui se veut un plaidoyer pour une société prête à abandonner le totalitarisme au crédit de la liberté individuelle et du libre-arbitre. Cet ouvrage peut également être interprété comme une fable sur notre devenir, avec des enjeux à ne jamais négliger et un regard peu amène sur notre système en train de se déliter davantage chaque jour. Confrontés à des choix de plus en plus pressants, les deux protagonistes n’ont pas d’alternative que de s’engager dans un camp au détriment de l’autre. Pas de couleur et un noir et blanc implacable, voilà le choix esthétique du tandem de créateurs ! Ed. Gallimard – 235 pages Willy Smedt


CHEZ CES GENS-LÀ … Avec une déferlante d’émotion, les attentats à l’aéroport de Zaventem et du métro Maalbeek ont suscité maints débats à la télévision, dans les journaux et dans les écoles. Comment exprimer la colère, le chagrin et le désespoir ? Après les sociologues et les philosophes, les artistes ont pris le relais et se sont évertués à parler de l’impensable et de l’innommable. Ron Dorlan, auteur de romans noirs le plus souvent dédiés à la ville de Bruxelles, ne pouvait pas demeurer les bras ballants et ne rien faire. Il s’est investi dans l’écriture d’un thriller qui se déroule à deux époques, faisant voyager le lecteur en Belgique lors du drame de mars 2016 et au Proche-Orient dans le cadre de la première croisade, menée par Godefroy de Bouillon en décembre 1098. Il met en scène un professeur d’histoire qui, annihilé par les explosions successives, perd rapidement tout contact avec la réalité. Dans son esprit, les siècles se télescopent. Existe-t-il un lien, aussi ténu soit-il, entre le départ des Européens pour libérer Jérusalem des impies et Daech, qui prône la mort des mécréants ? Qui sont les assaillants ? Qui sont les victimes ? Bien que l’idée ne soit pas neuve, l’auteur écorne le mythe des Croisés et rappelle que, au cœur de la capitale, à quelques mètres des grillages du palais royal, à un bond du parc qui vibre aux cuivres et aux tambours du défilé militaire chaque 21 juillet, a été érigée la statue d’un des grands génocidaires de l’histoire, triomphant sur un destrier piaffant d’impatience, comme si Jérusalem ne lui suffisait plus et qu’il comptait se lancer à la conquête de notre ville. Le carnage qu’il a organisé a longtemps été raconté dans les manuels scolaires. Hommes, femmes, enfants, tous avaient été passés par le fil de l’épée pour le bon plaisir de Dieu. Chrétien assidu, figure de légende et avoué du SaintSépulcre, l’homme représente du point de vue occidental un héros, modèle de vertu et de bravoure. Un barbare, un sanguinaire et un fléau selon les Orientaux. Bien sûr, un millénaire le sépare de notre époque, mais de là à lui dresser un piédestal au vu de tous (de surcroît restauré en 1989 pour un montant de plus de trois millions de francs belges) ! Sans jamais se perdre en digressions inutiles, Ron Dorlan brosse un récit sans temps morts et remet les pendules à l’heure. « Chez ces gens-là … » distribue les pièces d’un puzzle selon un tempo lent et étourdissant, réussit une description désarmante de nos certitudes et résonne, avec force, comme une gifle sur la joue. Ed. Bernardiennes – 168 pages Daniel Bastié

CHAQUE JOUR, J’ÉCOUTE BATTRE MON CŒUR … On a un peu oublié Charlotte Valandrey pour ses rôles de jeune première dans des films tels que « Rouge baiser » et « Taxi boy » et on la préfère volontiers en fille de Pierre Mondy dans la célèbre série télévisée « Les Cordier, juge et flic », qui lui a valu l’affection du public. Pourtant, au sommet de la reconnaissance, l’actrice a été fauchée par le virus VIH et des problèmes cardiaques, avec pour corollaire une greffe de cœur. Un cauchemar pour une belle personne pleine de vie et ouverte aux autres. Alors qu’elle avait déjà confié aux lecteurs sa douloureuse expérience de la maladie dans « L’amour dans le sang » et « De cœur inconnu », elle revient aujourd’hui avec un livre (toujours autobiographique) dans lequel elle nous parle longuement de sa reconstruction, de ses espoirs et du bonheur de respirer chaque minute qui s’égrène, laissant loin derrière le spectre des heures angoissantes et des moments de souffrance. Au fil du temps, elle a appris à regarder le présent avec philosophie et à entretenir son esprit comme son corps dans le but de profiter de chaque opportunité. On le sait, les épreuves forgent le caractère et permettent de progresser. Aujourd’hui, elle partage son expérience, se livre comme jamais, sans tabou, et concentre toutes ses forces vives sur les émotions, ses pensées et ses talents, afin d’avancer sereinement, quels que soient les obstacles, en offrant le meilleur de soi. Un témoignage vrai qui évite l’apitoiement et les malentendus ! Ed. Le Cherche-Midi – 416 pages Sylvie Van Laere


LES SIOUX DES PLAINES FACE AU COLONIALISME Qui étaient réellement les Sioux et que s’est-il vraiment passé lorsque les migrants venus d’Europe se sont mis à conquérir les vastes territoires d’Amérique du Nord ? Bien sûr, au fil des époques, les historiens ont mis en exergue certains éléments et en ont tu d’autres, privilégiant le plus souvent le mythe à la réalité, les inexactitudes à l’objectivité. Jeffrey Osler se base sur des études sérieuses pour nous démontrer de quelle manière ce peuple a été broyé par l’implacable spirale de l’Histoire et a subi un génocide. Avec de solides arguments, il nous raconte le massacre de familles entières, la confiscation des terres et le comportement des blancs, tant militaires, politiciens, technocrates qu’économistes, afin d’asseoir leur hégémonie. Au passage, il dresse le profil de Sitting Bull, légendaire chef de guerre, massacré peu après le carnage de Wounded Knee en 1890, et celui de Crazy Horse. Quoi que l’on puisse affirmer, l’expansionnisme euroaméricaine a bouleversé le quotidien de guerriers attachés à leur mode de vie et à leurs coutumes. Le commerce des fourrures, bien que limité dans un premier temps, a rapidement fait comprendre l’urgence de réagir. Sans vergogne, les colons se sont mis à envahir les terres, pour avancer toujours plus loin. Que dire lorsque ces mêmes intrus ont découvert que le soussol regorgeait de richesses minières ? Puis, quel regard porter aujourd’hui sur la tentative d’assimilation des tribus par des missionnaires, vraisemblablement sincères ? La suite est connue. Les Indiens ont été éradiqués par les armes ou repoussés dans des réserves. Enfin, les opérations militaires ont eu pour effet de décimer encore une partie supplémentaire des populations autochtones, avec l’aval des autorités, même si aucun bain de sang n’avait été planifié en amont. L’État-Major misait davantage sur l’intimidation plutôt que sur l’usage de la force. Cependant, les troupes ont manifesté un réel enthousiasme au moment d’accomplir leur mission, emportées par les débordements générés dans le feu de l’action. En évitant les termes doctes et les chronologies pointues, l’auteur propose un voyage dans le temps et remet les pendules à l’heure, loin des clichés hollywoodiens, prétextes à exhiber le méchant sauvage avide de scalps et à rappeler l’affreuse maxime qui affirmait que : « Un bon Indien est un Indien mort ! ». Ed. du Rocher – 604 pages Daniel Bastié

LA DERNIÈRE VIE DE ROMY SCHNEIDER Née à Vienne le 23 septembre 1938, Romy a connu une enfance authentiquement choyée entre sa mère (l’actrice Magda Schneider) et son père (Wolf Albach Retty), jusqu’au divorce de ces derniers alors qu’elle avait tout juste sept ans. Cette réalité l’a prématurément fait entrer dans le monde des adultes. Encouragée par sa maman, elle s’est lancée à son tour dans l’univers des studios et a endossé le rôle de Sissi, à tout juste un peu plus de vingt ans. Le succès s’est trouvé au rendez-vous, mais la jeune femme a refusé de se cantonner dans des rôles qui ne reflétaient pas sa véritable personnalité. Au cours des années 60, elle a changé de registre, a osé une embardée aux USA, puis est revenue en France, où elle a accepté la proposition de Claude Sautet pour devenir Hélène dans « Les choses de la vie ». Le réalisateur a compris le potentiel qu’il pouvait tirer de son jeu et en faire son égérie. Cette fois, sa carrière a pris un nouvel essor qu’elle n’attendait plus. Sur le plan privé, son existence semblait pavée de


déceptions (échec de sa relation avec Alain Delon, divorces successifs avec Harry Meyen et Daniel Biasini, dont elle a eu un enfant de chacun de ces deux derniers). Femme moderne et militante, elle a refusé de se laisser assujettir aux lois des hommes, a signé une pétition pour l’avortement et a clamé le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes. Peu sûre d’elle et en manque permanent d’amour, les éloges que lui réservaient la presse et le public ne suffisaient pas à calmer ses tourments. En 1981, son fils David s’est empalé sur un grillage et est mort des suites de ses blessures. L’actrice n’est pas parvenue pas à faire le deuil et s’est enlisée dans un état inquiétant. Impuissants, ses proches ont assisté à un calvaire qui s’est éternisé. Ils la soupçonnaient d’abuser de médicaments et de boire plus que de raison, afin de tenir le coup et affronter chaque réveil. Le 2 juin 1982, le corps sans vie de la comédienne a été retrouvé dans son appartement parisien. Malgré tout ce qui a pu être raconté, le médecin légiste a conclu à une crise cardiaque. Autour du cercueil de chêne, tous ses amis, ses confrères et ses admirateurs se sont rassemblés pour lui rendre un ultime hommage. Dans la foule, à côté de milliers d’anonymes, on a pu reconnaître le visage figé d’Alain Delon, Jean-Louis Trintignant, Miche Piccoli, Jean Rochefort, Bernard Fresson, Robert Enrico, Jacques Deray et bien d’autres, qui ont compris à ce moment-là que le cinéma allait souffrir d’une grande absence. Ed. du Rocher – 274 pages Daniel Bastié

L’ÉTÉ OÙ MAMAN A EU LES YEUX VERTS La fête des mères vient de rappeler à toutes et à tous qu’on possède une maman, qu’elle soit biologique, d’adoption ou de cœur. Rien n’est plus précieux que le doux regard de celle qui nous observe grandir et qui vient nous consoler lorsque nous avons les yeux remplis de larmes. Ici ou ailleurs, elle reste toujours présente pour nous offrir le meilleur d’elle-même. Tatiana Tîbuleac, née en Moldavie et aujourd’hui résidante parisienne, signe un roman troublant qui parle des émois d’Alexy, un garçon bourré de paradoxes, blessé profondément par la mort de sa sœur et le rejet de sa mère. Confronté à des dilemmes qu’il ne parvient pas à gérer, il voue une haine sans limites à la société. Devenu adulte, il souhaite s’adonner à la peinture. Le psy qu’il consulte suggère d’évoquer le dernier été qu’il a passé en compagnie de celle qui lui a fait voir le jour. Très vite, les souvenirs affleurent. D’abord imprécis, puis de plus en plus tangibles. A mesure que les mots se mettent en place, la douleur se rassérène et il sent fondre en lui une quiétude qu’il n’avait plus connue de longue date. Mentalement, il revit les journées ensoleillées dans le nord de la France, des instants qu’il avait occultés au crédit de la déprime et de la rancœur. Il sait que le temps presse et qu’il ne doit pas tarder pour renouer des liens forts, qui se sont distendus par la force des événements. Aujourd’hui, femme âgée, sa mère vit le dernier croissant de sa longue existence et peut mourir sans avoir eu le temps de serrer son fils dans ses bras fragiles. L’auteure signe une réflexion sur le temps qui fuit, les mots qu’on peine à formuler et les non-dits. Elle décrit aussi merveilleusement la rage qui s’adoucit et le pardon qu’on pensait impossible à articuler et le plaisir des retrouvailles, le tout dans un style éclatant, sans concessions et d’une belle virtuosité. Ed. des Syrtes – 169 pages Daniel Bastié


NENGUE – L’HISTOIRE OUBLIÉE DES ESCLAVES DES GUYANES Alors qu’il débarque en Guyanne en 1876, le médecin français Jules Crevaux est réquisitionné pour combatte une épidémie de fièvre jaune. Ensuite, seulement, il peut entreprendre un voyage destiné à découvrir les terres inconnues appartenant à de redoutables Indiens. Dans son récit publié en 1881, il attribue le succès de son expédition à trois facteurs : énormément de chance, beaucoup d’audace et une santé robuste. Chemin faisant, il rencontre Apatou, autochtone qui lui sert de guide et le seconde chaque fois que la nécessité l’y oblige. Assurément, les dangers se manifestent sous différents aspects et tous deux échappent plusieurs fois à la mort in extremis. En 1882, il décide de se lancer dans une nouvelle aventure, sans Apatou, mais accompagné de dix-neuf hommes déterminés. Malheureusement, sa bonne étoile ne les suit pas et le groupe tombe dans une embuscade sur les rives du Rio Picomayo en Bolivie. Aucun n’échappe au massacre. La responsabilité de l’attaque a longtemps été imputée aux guerriers Tobas, cannibales, mais certains indices pourraient incriminer une bande de brigands pourchassés par les autorités locales et qui rôdaient également dans la région. Stéphane Blanco et Samuel Figuière nous livrent un roman graphique en forme d’hommage à un ethnologue, un peu oublié de nos jours, et qui a inspiré Jules Verne, Claude Levi-Strauss et Hergé. Ils nous parlent enfin de la révolte des esclaves et d’une société où la violence régnait partout. La dureté de certaines images fait que cet ouvrage soit réservé à des lecteurs avertis. Attention les yeux ! Ed. Steinkis - 132 pages Daniel Bastié

LA COSMOLOGIE DU FUTUR Alessandro Pignocchi propose un petit traité d’écologie sauvage. Autrement formulé, il invite à repenser notre rapport à la nature, non plus en tant qu’être dominant, mais comme acteur prêt à dialoguer avec elle. Un exercice qui pousse à une totale remise en question et à un recadrage de nos priorités. Dans une société de plus en plus livrée au profit et à l’entreprenariat, les animaux deviennent quantité négligeable. Pourtant, ils ont beaucoup à nous apprendre. Dans sa course effrénée à tout dominer, l’homme s’est adonné à la conquête de l’espace, là où il y aura toujours de nouvelles zones à posséder. Néanmoins, le futur se joue ici-bas et non pas sur Mars où toute autre planète lointaine. L’auteur imagine une fable où les mésanges se mêlent de notre civilisation et prennent des décisions en accord avec les humains. Le ton se veut à la fois caustique et philosophique et les dessins (extrêmement statiques) mettent en scène plusieurs personnalités (Macron, Trump) pour un face à face avec nos responsabilités. L’inadéquation de notre concept de la nature se fait malheureusement sentir au quotidien. Le brouillage des critères s’aggrave et l’état de la terre se dégrade, malgré moult mises en garde et réunions de mandataires politiques issus des pays dominants. Voilà une lecture qui a pour effet de faire tomber nos œillères et nous pousser à distiller de bonnes questions en vue d’excellentes réponses. Une utopie ? Ed. Steinkis – 128 pages André Metzinger


UNE VIE EN MINIATURE Du haut de son mètre soixante-deux, l’héroïne (journaliste culturelle) vit avec Maxime, un mari volage, peu présent et prévenant lorsqu’il s’agit de se faire pardonner une énième incartade. Alors que l’existence s’inscrit dans le ronron, elle se découvre la faculté de rétrécir, puis de retrouver sa taille normale. Une étrange impression qui la plonge d’abord dans un sentiment de panique ingérable, avant de se familiariser avec ce don et d’en faire usage pour s’évader d’un monde où elle ne se sent pas totalement à l’aise. L’occasion de se mettre à la dimension de ses chats Loulou, Woody et Jupiter et de passer d’agréables instants en leur compagnie même si, au début, elle ne savait pas de quelle manière ils allaient gérer la situation et risquaient de s’en prendre à elle comme ils le font avec un mulot ou un oiseau qu’ils démembrent et déchiquètent. Ainsi débute une curieuse aventure où le temps et l’espace empruntent une tangente singulière, où les heures, les jours et les semaines passent sans autre calendrier que l’aube et le crépuscule, avec des errances dans la maison, afin de la découvrir sous un angle différent. Quant au boulot, quelques esquives suffisent pour s’absenter, sans pour autant omettre de rentrer la critique réclamée, toujours la plus juste possible. Caroline Alexander invite le lecteur à un merveilleux périple et baigne son récit de remarques idoines sur les priorités de l’existence, le droit au rêve et la séduction qui peut naître de mille choses invisibles au regard. Ed. M.E.O. - 102 pages Daniel Bastié

LE MAÎTRE DE SAN MARCO Claude Rancy fournit un roman bref qui plonge le lecteur au cœur du XVIe siècle, alors que l’Italie focalise toutes les attentions et représente le centre de la civilisation européenne. A Venise, les activités ne manquent jamais et un mystère demeure. Qui est réellement le maître de la cité ? Normalement, le doge Andrea Gritti. Plusieurs chanteurs meurent assassinés. Lorenzo et Bernardo s’efforcent de résoudre cette énigme et ouvrent des portes qui auraient peut-être dû rester fermées. Avec une centaine d’ouvrages à son actif, l’auteur signe ici un polar en costumes et nous fait visiter la ville millénaire, en nous conviant à une enquête minutieuse baignée par tous les reflets de la lagune. Son écriture se veut à la fois sobre et magnifique, forte d’expressions poétiques et d’un savoir accumulé au cours de sa longue pratique dans l’enseignement. Sans digressions, l’homme va toujours à l’essentiel et gère parfaitement la situation de départ, en décrivant la psychologie de chaque personnage, en ne butant jamais contre diverses descriptions et en maintenant un tempo dynamique. Il s’agit bien entendu d’une fiction, mais qui s’inscrit dans un contexte historique précis et fait appel à des seconds rôles ayant réellement existés. Ainsi, l’ombre de Savonarole plane sur les canaux grisâtres. Ed. M.E.O. – 71 pages Daniel Bastié


CE N’EST PAS RIEN Daniel Simon nous offre un florilège qui accumule une série de nouvelles et de textes brefs qui mêlent récits amoureux, saynètes burlesques et chroniques tendres. Né en 1952 à Charleroi, l’homme est l’auteur de nombreux ouvrages de poésie, de pièces théâtrales, de recueils, d’articles et d’essais. Depuis 2014, il se trouve à la tête des Editions Traverse. On le sait, l’art du récit court a toujours tenu du challenge, car il n’est jamais question de développer un cadenas, plutôt de le ramener à la concision pour en tirer ce qu’il possède d’essentiel. Alors que le romancier accumule les descriptions et les personnages secondaires, le nouvelliste soigne le climat et se veut coloriste. Ambiance, couleur, senteur : voilà son credo ! En un mouvement de plume, Daniel Simon nous livre dix histoires concises qui se révèlent une invitation à ne plus cogiter et à abandonner nos appréhensions, afin de nous laisser entraîner par la part d’enfance qui demeure ancrée en nous. La dernière page de couverture parle de promenade, de chevet et de rêverie … L’écriture suggestive de l’auteur, souvent poétique, nous emporte loin de la morosité du quotidien et nous fait arpenter des chemins inconnus ou oubliés. Un enchantement ! Ed. M.E.O. – 124 pages Daniel Bastié

UN BELGE AU BOUT DE LA PLAGE Echappant aux modes, Michel Ducobu met à profit son expérience de la vie pour brosser des portraits de nos semblables. En refusant toute facilité, il décrypte notre société sans complaisance. Plutôt que de s’engager dans la voie du roman, il brode dix-neuf nouvelles, dont l’écriture s’est étalée sur presque un demi-siècle. L’occasion de parler de souvenirs vivaces, d’impressions, de rencontres et de heurts. Pourquoi un homme devient gynécologue sans aucune motivation ? De quelle manière un piéton se lance-t-il dans une croisade contre les incivilités ? Comment une femme, autrefois victime d’abus sexuels, se transforme-t-elle en vengeresse ? Dès le départ, l’option de la nouvelle semble avoir été incontournable. L’auteur a confié ne jamais avoir songé à étoffer ses idées, croyant à l’efficacité du récit court. Bonheurs ténus, drames dérisoires, victoires personnelles ou poursuites de souvenirs, chaque être vivant est tenaillé par des pulsions que lui seul connaît. Extérieurement, les apparences sont le plus souvent trompeuses et ne reflètent en rien le feu intime qui brûle en chacun de nous. A aucun moment, ces textes travaillés en orfèvre ne laissent un goût de trop peu ou d’inachevé. Attention, le présent volume se veut une réédition revue et augmentée. Avis aux amateurs. Ed. M.E.O. – 170 pages Willy Smedt


LA VOIX DU RUGBY Ex-pilier droit des Pumas argentins, Omar Hasan a fait connaître un jeu technique exceptionnel. De la Nouvelle-Zélande à l’Australie, il s’est bâti une réputation sans égale, faisant du rugby un authentique spectacle. Admiré par des millions de supporters, il a fini par déposer ses valises en France où, à nouveau, il a focalisé toutes les attentions sur le terrain, avant d’envisager une reconversion dans le show-business pour se servir de son second talent (celui de chanteur lyrique), monter sur les planches et se produire dans cet autre registre avec, à nouveau, le succès au rendez-vous. Depuis sa naissance en Argentine au début des seventies, il peut se targuer d’avoir rudement bien mené sa barque, relevant moult défis, ne craignant jamais les efforts, mettant son expérience au profit de nouveaux challenges et vouant un immense respect au public qui, toujours, l’a encensé. Aidé par Cathy Robin, il s’est attelé à la rédaction de son autobiographie. L’opportunité de se raconter sans forfanterie et en usant de multiples anecdotes, afin de rendre le récit passionnant. Au fil des chapitres, on découvre un gigantesque sportif à la fois persévérant, courageux et généreux, passé des stades à l’opéra, même si l’esprit compétitif et endurant du rugbyman sommeille toujours en lui ! Ed. E/P/A – 185 pages Willy Smedt

PARADISE Né en 1952 à Vitry-sur Seine dans une famille d’immigrés italiens ayant fui le fascisme, Marc Cerrone est devenu à vingt ans l’un des musiciens les plus acclamés de sa génération, avant d’être omniprésent durant l’ère Disco. Selon plusieurs critiques, il a été le premier à sceller les codes de cette nouvelle musique, avec le lancement de l’album « Love in C Minor », dont aucune maison de disques ne souhaitait entendre parler et qu’il a financé avec ses économies. Grand bien lui a fait ! Le disque est devenu un standard et s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires, se transformant en référence pour quiconque souhaitait suivre la voie qu’il avait forcée : basse insistante, gémissements féminins, rythmique appuyée. Formatée pour les boîtes de nuit, sa musique s’est rapidement transformée en modèle pour les DJ du monde entier. La suite est connue. Jamais le succès ne s’est démenti et l’artiste est devenu une icône de son vivant, roulant en grosse voiture de luxe, se laissant photographier entouré de jolies femmes, offrant toujours des pochettes de disques sexuées et abordant les scores pour le grand écran (« Brigade mondaine », « Dancing machine »), avec autant d’ambition qu’il avait conçu de la musique pure. Après une période à Los Angeles, il est revenu en France et a abordé un nouveau tournant de sa carrière en créant un opéra rock (« The collector »), en présentant de gigantesques concerts live et en se mettant à la fois à peindre et à écrire. Aujourd’hui, il n’a pas perdu son aura et continue d’être considéré tel un précurseur, lui valant même parfois le nom de « Roi du disco ». A travers son histoire, il plonge le lecteur dans une époque pourtant pas si lointaine, mais qui fait partie des souvenirs, même si les pistes de danse s’entichent encore et avec beaucoup d’ardeur de ses compositions. Mieux, il donne envie de placer sous l’aiguille du tourne-disque l’un de ses nombreux trente-trois tours et de se laisser galvaniser par les phrases sonores qui poussent les jambes à se laisser entraîner par le tempo. Un parcours haletant fait de chance, de rencontres, de travail et d’une incroyable capacité à rebondir, quoi qu’il advienne ! Ed. E/P/A – 280 pages Paul Huet


L’ART DES STUDIOS AARDMAN Des personnages en pâte à modeler, Wallace, Gromit et le mouton Shaun, voilà le sommet de l’iceberg créé par les fameux studios Aardman ! On a d’abord découvert les courts-métrages en stop motion, puis les longs qui ont déferlé avec succès sur les grands écrans. En quarante années de labeur, l’enthousiasme n’a jamais faibli et l’optimiste est demeuré le moteur de toute innovation. Pour la première fois, voilà un livre qui revient sur la success story d’une petite société qui, très vite, s’est imposée par la qualité de son travail, son imagination et un ton qui tranche avec les produits issus d’ailleurs. Au départ de cette formidable aventure, on découvre l’amitié de deux copains d’enfance (Peter Lord et David Sproxton), qui ont décidé de se frotter au monde du cinéma en réalisant leurs propres films, pour les montrer aux amis et à la famille. Avec une caméra empruntée à son père, David a imaginé, inventé, brodé, apporté du rythme et a surtout filmé tous azimuts. Ce livre célèbre presque un demi-siècle de création, salue les artisans qui nous ont émus ou fait rire et montre à quel point il existe réellement une patte Aardman, avec un désir de bien faire, des créations toujours plus prometteuses, une volonté de ne jamais décevoir les spectateurs et de s’amuser en travaillant. Au fil des chapitres, le lecteur découvre des croquis, des personnages qui ont pris vie, la beauté des décors et des merveilles mécaniques sans qui le studio ne serait pas totalement ce qu’il est. Assurément, cet ouvrage ne s’adresse pas uniquement aux fans. Il présente les coulisses d’histoires que nous avons aimées ou que nous rêvons de découvrir sans tarder. Tout simplement, un appel à réveiller l’enfant qui sommeille en nous ! Ed. La Martinière – 128 pages Daniel Bastié

LE TOUR DE FRANCE DES MÉTIERS D’ART On ne l’a jamais autant souligné : il importe de mettre en relief le savoir-faire de nos artisans, car ils pérennisent des gestes séculaires et perpétuent une tradition en train de se perdre. Qu’ils soient ferronniers, tisserands, souffleurs de verre ou taxidermistes, ils font partie de notre patrimoine vivant et les perdre reviendrait à tuer une partie de notre mémoire. Sandrine Roudeix est partie à la rencontre d’une vingtaine d’entre eux et s’est attachée à leurs gestes précis, à leur discipline et à leur enthousiasme. Si on peut naturellement lui reprocher une sélection subjective, la chose n’a finalement pas beaucoup d’importance. Installés aux quatre coins de France, ils vivent de leur passion, souhaitent transmettre un apprentissage et ne désespèrent jamais de voir la génération montante reprendre le flambeau. Poursuivre leur activité et la faire découvrir, voilà leur souhait le plus cher. L’auteure s’est investie pour aller à leur rencontre, engendrer le dialogue et promouvoir leurs créations à travers des photographies remarquables. Avec eux, on revient dans un cercle de travail basé sur la proximité, loin de l’industrialisation de fabrication, et le respect du beau et du bien fait. Mieux, l’artisanat peut même devenir vecteur d’emploi. A titre de comparaison, qui aurait misé voilà vingt ou trente ans sur la filière bio ? Ce tour de France des ateliers a surtout pour but de nous rappeler que notre maîtrise technique n’a pas émigré à l’étranger et que des femmes et des hommes s’émancipent aujourd’hui à travers des gestes ancestraux et, finalement, extrêmement fédérateurs. Ed. La Martinière – 240 pages Daniel Bastié


TELLE QUE TU ME VOIS Elodie Lenoir, secondée à l’écriture par Emmanuelle Belohbradsky, se raconte à travers un livre émouvant. Adolescente comme les autres, elle vit chaque journée que la vie lui prodigue. Une existence sans heurts majeurs et sans joies exubérantes, bercée dans un cocon familial aimant. Bref, le ronron ciselé d’amitiés, de semaines passées à l’école et de plaisirs simples. Pourtant, à quinze ans, elle n’a toujours pas été réglée. Un drame ? Oui et non, car elle sait que chaque morphologie est différente. Néanmoins, prête à devenir femme, elle se balade avec un tampon dans son cartable, afin de faire face à l’inévitable. Elle ne devine pas que ce jour ne viendra jamais. Une échographie lui révèle un peu plus tard qu’elle souffre d’un syndrome rare. En fait, elle ne possède pas d’utérus et est une fille dotée du patrimoine génétique d’un garçon. Bref, une femme XY ! Pas une tare ou une malédiction, simplement une différence avec laquelle elle doit apprendre à s’épanouir. Après un long passage à vide et un exil volontaire durant lequel elle s’est retirée de toute tentation amoureuse, elle a lentement apprivoisé son mal, au point de reprendre goût au présent et d’envisager des rêves d’avenir. Mariée en 2014 avec Valentin, elle a opté pour l’adoption d’un enfant. Une autre manière d’être parent et d’accéder à la sérénité de toutes les mamans qui serrent contre elles un bébé qu’elles aiment et qu’elles aideront à grandir. Une vraie leçon de courage et de vie ! Ed. La Martinère – 223 pages Amélie Collard

BLOUSE BLANCHE ET POILS DE CHIENS Isabelle Fromantin nous raconte son histoire. Une expérience vécue au service des autres, que ce soit ici ou en Afrique. Infirmière professionnelle, elle a toujours rangé sa vie privée au placard, afin de se libérer pleinement pour ses patients, cherchant à les guérir ou à les soulager de la douleur. Très vite, elle s’est spécialisée en cancérologie et s’est aperçu que certaines tumeurs émettent des odeurs perceptibles par des odorats aiguisés. L’idée lui est alors venue d’entrer en contact avec des éleveurs canins et de tester une hypothèse à laquelle elle croyait fortement. Les chiens, formés à cette mission, seraient-ils capables de dépister l’un ou l’autre cancer, puisqu’on les emploie déjà pour détecter la drogue et les explosifs ? Avec de la pugnacité et une force de persuasion contagieuse, elle a convaincu plusieurs personnes de la laisser manœuvrer en ce sens. Puis que risquait-elle, si ce n’était de perdre du temps et de voir un projet s’écraser ? Choses qui n’affecteraient en rien sa crédibilité professionnelle ni sa détermination. Elle le savait : la science ne s’est pas établie en un jour. En un peu plus de deux cents pages, elle nous raconte cette formidable aventure, destinée à anticiper la guérison ce certains cancers (dont celui du sein !), avec pour corollaire d’améliorer la santé des femmes et, in fine, celle de tous les êtres humains. Voilà un témoignage comme on les aime, sans superlatifs ni forfanterie et narré à hauteur d’épaules. 100% authentique ! Ed. La Martinière – 239 pages Amélie Collard


L’HOMME QUI VOULAIT ÊTRE SAGE La sagesse est un bien précieux qui s’acquiert par la méditation, l’exploration et l’action. Jusqu’ici, Max avait réussi chaque chose entreprise et, pour beaucoup, était l’incarnation du rêve américain. Malgré de modestes origines et une enfance passée dans le Bronx, il avait obtenu un poste à hautes responsabilités à Wall Street. Néanmoins, l’argent et le pouvoir façonnent-ils le bonheur ? Alors qu’il vient de quitter le chevet de sa mère mourante, il prend conscience de la vacuité de son existence et, sur un coup de tête, tourne le dos à ses acquis sociaux et s’embarque pour l’Inde, où il aspire à retrouver une part de son âme d’enfant et une insouciance qui lui permettraient de se rasséréner. Arrêter le temps, ne plus souffrir du stress et renoncer aux assujettissements des codes des entreprises : voilà son credo ! Il se sent enfin libre pour découvrir le vrai sens de sa venue sur terre. Une quête qui le mène à gravir les falaises de l’Himalaya, à se mêler aux ashrams qui bannissent la parole, à côtoyer des animaux dangereux, des touristes déjantés et des anachorètes squelettiques. Karan Bajaj propose un roman initiatique et philosophique qui nous entraîne à la recherche de la vérité et du mieux vivre. Au passage, il brocarde le dieu de la consommation, celui de l’autosuffisance et, enfin, celui de l’égoïsme. Même si, au début, on peine un peu à suivre le protagoniste dans son errance, on ressent ensuite de l’empathie pour sa démarche et on admire son courage. Un livre addictif qui nous invite à poser les bons choix afin de cesser de nous plaindre et aspirer à davantage de satisfactions quotidiennes. Ed. Presses de la Cité – 317 pages Daniel Bastié

LE CHOIX DE CLAIRE Au milieu des années 30, Claire désire rompre avec les conventions matrimoniales et s’expatrie près de Brive, dans un village où tous les regards convergent sur l’enfant revenue au pays. Sur place, elle peut compter sur la bienveillance d’une vieille tante. Cependant, très vite, elle découvre qu’elle porte l’enfant de Pierre, son mari demeuré à Paris et qui refuse toute paternité. Au lieu de profiter pleinement de sa nouvelle existence, elle se trouve en proie à une série de dilemmes qui la taraudent. Que faire ? Retrouver l’époux légitime et reprendre une vie bourgeoise qu’elle abhorre ou assumer, seule, son état ? Les ragots s’emballent et, saisie dans une tourmente de contradictions, elle se rassérène auprès d’Antoine, le ferronnier qui ne semble pas insensible à sa beauté et qui accepterait peut-être de faire un brin de route en sa compagnie. Néanmoins, sa prévenance la perturbe, au point de le trouver ambigu. Malgré tous les obstacles, la jeune fille n’entend pas rompre le serment qu’elle a formulé et qui consiste à s’abandonner à la liberté à laquelle elle aspire. Elle trouve une échappatoire dans le dessin et crée du mobilier pour les enfants. Or, elle le sait, l’affranchissement a un coût et on ne se met pas au banc de la société sans en payer le prix. En dépit de ses doutes récurrents et de la résurgence d’un pan opaque de son passé, elle se sent prête à déplacer des montagnes pour atteindre son objectif. Sylvie Anne brosse le portrait militant d’une femme en avance sur son époque et prête à tout pour s’épanouir dans un monde qui n’est pas encore prêt à l’accepter telle qu’elle le souhaiterait. Si l’émotion n’est pas le premier choix de l’écrivaine, il n’est jamais un obstacle à la lecture. Ed. Presses de la Cité – 256 pages Daniel Bastié


LA CAVALCADE DES ENFANTS ROIS Raphaël Delpard n’a jamais cessé de rebondir là où ne l’attendait pas : théâtre, cinéma, littérature. Après des débuts sur les planches en compagnie, notamment, de Jean-Louis Barrault, il s’essaie aux scénarios pour le grand écran et à la réalisation de films de genre (« Clash » avec Catherine Alric, « La nuit de la mort » avec Charlotte de Turckheim, « Les bidasses aux grandes manœuvres » avec Michel Galabru et Paul Préboist), tout en figurant au générique comme acteur dans des petits rôles. Puis, en 1993, il se lance dans l’écriture pour, très vite, devenir un habitué des sorties littéraires de septembre, accumulant les livres à un rythme quasi annuel. Si on continue d’émettre des réserves sur la pertinence de ses œuvres cinématographiques, rarement transcendantes et reflets d’une époque, on demeure ébahi devant la qualité de ses romans, rondement menés, sans temps morts et nourris d’émotions sans jamais appuyer sur la pédale du sentimentalisme. Avec plus de vingt-cinq livres publiés chez divers éditeurs, il nous revient aujourd’hui à plus de 70 ans avec un récit serré qui fait la part belle à l’enfance, à l’amitié et à la difficulté de vivre pleinement au cours des années de guerre. Enfant qui grandit comme une plante livrée aux caprices du vent, Julien est ballotté d’une famille d’accueil à l’autre et, à chaque fois, fuit pour ne pas perdre sa précieuse liberté. Arrêté par les gendarmes, il est enfermé dans un centre de rééducation pour jeunes délinquants. Avec l’aide de Tristan, il prend à nouveau la poudre d’escampette et rencontre Marie, placée chez des paysans qui la maltraitent. Ensemble, ils s’enrôlent dans un réseau de résistance. Robuste par le ton et le réalisme, l’auteur nous parle d’un temps que la nouvelle génération ne connaît pas. Celle où les Allemands étaient tous des Boches, où la vie ne valait pas grand-chose, où certains étaient persécutés à cause de leur foi et durant laquelle la plupart des citoyens se résignait en espérant des jours meilleurs. Plutôt que d’agiter le goupillon de la tragédie, il nous rappelle que l’engagement a toujours un prix, que l’amitié et l’amour permettent de gravir les montagnes les plus escarpées et que l’adolescence est un passage durant lequel on commence à ouvrir les yeux sur la dureté de l’existence. Malgré un contexte particulièrement douloureux, « La cavalcade des enfants rois » se décline sous la forme d’un hymne à la jeunesse et à la part de rêve qu’on refuse de laisser mourir ! Ed. Presses de la Cité – 332 pages Paul Huet

TON ANNÉE PARFAITE Jonathan et Hannah vivent un quotidien rythmé par une routine somnolente, coincés dans le ronron et une fausse impression de bonheur. Lui est célibataire et semble incapable de s’extirper de sa sphère. Elle vit un amour qu’elle croit éternel avec Simon. Pourtant, il suffit parfois d’un petit rien pour ébranler les convictions et enrayer un engrenage. Jonathan découvre un carnet intime qui l’intrigue. Piqué par la curiosité, il choisit de suivre les inscriptions manuscrites, quitte à bousculer son confort et ses habitudes. Quant à Hannah, elle se retrouve célibataire lorsque son compagnon disparaît mystérieusement. Que faire ? En évitant le pathos, Charlotte Lucas, ancienne journaliste et scénariste pour des films de télévision, nous plonge dans deux univers distincts afin de nous rappeler l’importance des opportunités qu’il convient de saisir, des rêves à ne pas galvauder et la force des sentiments. On se trompe rarement en se laissant guider par son instinct. S’ensuivent de précieux chassés croisés, qui illuminent le présent et apportent une formidable leçon de vie. Traduit en français de l’allemand, ce roman n’a rien perdu de son énergie débordante et brosse le portrait de deux individus appelés à se rencontrer et à se renouveler. On est frappé par l’élan de vie et d’intelligence qui parcourt chacune de ces pages, tout en évitant les lieux communs et la vulgarité. Ed. Presses de la Cité – 456 pages Amélie Collard


SÉCURITÉ L’hôtel Manderley Resort a été édifié non loin de l’Océan, dans un quartier huppé de Santa Monica, et ressemble à une dent qui s’élève vers le ciel toujours bleu. Les publicités, dans tous les médias confondus du pays, en font le phare de l’État et de toute une génération de golden boys. Pourtant, malgré un périmètre ultra sécurisé et dix-neuf étages de chambres de haut standing et de salons répartis sur deux mille cinq cents mètres carrés, un serial killer s’est introduit pour éliminer un maximum de personnes. Rendant hommage aux maîtres du thriller, Gina Wohlsdorf signe un premier roman haletant, qui laisse la porte ouverte au suspense et à l’horreur. Très vite, le récit fait place à une slasher story et le sang s’accumule partout où le criminel laisse traîner son ombre. Afin de ne pas sombrer dans les poncifs, maintes fois déversés par le cinéma, l’auteure s’est évertuée à faire preuve d’originalité, à surprendre le lecteur par des retournements de situations et à le faire sursauter à l’instant où il s’y attend le moins. Toujours pour éviter la noirceur totale, elle saupoudre son récit d’un humour acide. Quelles motivations poussent le tueur à exercer ? Ira-t-il au bout de sa démarche ? Quelqu’un parviendra-t-il à endiguer sa progression mortelle ? Voilà autant de questions qui accréditent un sujet fort. La langue percutante et un joli sens de la psychologie des protagonistes deviennent deux atouts supplémentaires, qui renforcent le plaisir de lire. Un livre angoissant qui procure quelques fameuses nuits d’insomnie ! Ed. Actes Sud – 268 pages Daniel Bastié

LE MAUVAIS CHEMIN Star déchue du rock britannique, Chucks Basil vit aujourd’hui en Provence, loin des projecteurs et des journalistes. Alors qu’il s’apprête à rejoindre Saint-Rémy, un homme hagard se jette sous les pneus de sa voiture. Paniqué, il prend la fuite puis, réalisant la gravité de son geste, se rend à la gendarmerie la plus proche. Sur place, les policiers ne découvrent aucun indice du choc frontal. Le corps a bel et bien disparu, si accident il y a réellement eu ? Sujet à de régulières crises de paranoïa, l’artiste se replie une nouvelle fois sur lui-même et se réfugie dans son immense villa, sans décrocher le téléphone. Quelques jours plus tard, il est découvert mort dans sa piscine, gavé de médicaments et d’alcool. Son meilleur ami, le romancier Bert Amandale, refuse de croire à la thèse du suicide. Pour lui, il s’agit d’un meurtre. Encore reste-t-il à le prouver ou à convaincre les enquêteurs de la pertinence de sa théorie. Entre fiction et réalité, Mikel Santiago signe un thriller qui, au-delà de la formidable galerie de portraits et d’une bande son flirtant avec les Rolling Stones, s’empare de nos peurs les plus extrêmes, afin de nous plonger dans un monde glaçant où le crime est roi. Ecriture racée, trame d’une belle virtuosité et suspense haletant, voilà le menu de « Le mauvais chemin » qui, par une dérision tragique, devient celui de la mort. Né en 1975, l’auteur a récemment publié chez le même éditeur « La dernière nuit à Tremore Beach ». Il partage son temps entre l’écriture, le rock et l’informatique. Ed. Actes Sud – 336 pages Paul Huet


MACHINE DE GUERRE Quelle sera notre existence dans un futur proche, lorsque les humains auront détruit leur environnement ? Auteur de SF acclamé par de multiples prix, Paolo Bacigalupi fait ce qu’il produit de meilleur. En l’occurrence des romans postapocalyptiques qui placent les hommes face à une société qui ne ressemble en rien à celle d’aujourd’hui, où la loi du plus fort est toujours la meilleure et dans laquelle chacun doit lutter pour sa survie. Dans cette jungle à venir, un guerrier mi-homme mi-bête a été créé pour le combat. Pourtant, il regimbe face à l’autorité et décide de se retourner contre ses géniteurs. Avec acharnement, il prépare un groupe d’enfants soldats pour lancer une révolte imminente. Roman au style percutant, « Machine de guerre » déploie mille ressorts scénaristiques pour cadencer une histoire linéaire et susciter une identification par rapport aux personnages principaux. Dès les premiers chapitres, l’auteur plonge les lecteurs dans le magma d’un monde en pleine putréfaction et sa plume dans le sang des protagonistes. On se fiche d’ailleurs du lieu de l’action et de l’époque où est censée se dérouler le récit. Sans temps morts, il nous parle d’objectifs à atteindre, d’efforts à consentir au péril de sa vie et de déchirements. Fort vite, l’adrénaline est sollicitée et ne lâche pas le lecteur jusqu’à l’épilogue. Une gifle ! Ed. Au Diable Vauvert – 397 pages Paul Huet

L’ENFANT DE POUSSIÈRE Le genre fantasy n’est pas que l’apanage des auteurs anglophones. La preuve avec ce passionnant « L’enfant de poussière », qui inaugure un cycle de livres consacré à Syffe, un gamin des rues en train de vivre une destinée incroyable dans une société en pleine mutation, pétrie de violence et de mystères. Malgré lui, il se trouve mêlé à de sombres aventures et est enrôlé dans la garde de Corne-Brune, une primauté dans le chaos. Toujours contre son gré, il devient espion pour le compte d’un seigneur local, avant d’être livré à lui-même et accusé de plusieurs meurtres sordides à caractère ésotérique. Il ne s’agit pas d’un livre historique, mais de la mise en place d’un univers étrange, à califourchon sur plusieurs époques, avec des moments d’apogée, une étude des caractères, de l’action, des instants de bravoure et des rebondissements feuilletonesques. Avec une maîtrise de l’écriture, l’auteur (installé dans le Limousin) nous invite à découvrir une saga en gestation, dont voici le premier opus. Il ne s’agit évidemment pas d’un énième livre de fantasy, plus ou moins inspiré par tout ce qui a été rédigé au préalable, mais d’une porte qui s’ouvre avec violence dans notre imaginaire pour la jalonner de nouveaux codes avec un résultat saisissant. Avis aux amateurs ! Ed. Au Diable Vauvert – 618 pages Paul Huet


SOUVENIRS INVOLONTAIRES Madeleine Chapsal compte parmi les auteurs français les plus populaires et ses lectrices avouent s’identifier à sa prose. Autrefois journaliste à « L’Express » et jurée du Prix Femina, elle a rédigé de nombreux romans à succès, dont « Un été sans histoire » et « La maison de Jade ». Après avoir mis en scène des fictions, elle a décidé de passer à la confession, en racontant son parcours et ses multiples rencontres. Foin de nombrilisme ni de forfanterie ! L’idée a été de retenir sur qui l’a enchantée ou déçue, d’agencer divers épisodes de son existence et d’en retirer les passages susceptibles d’intéresser celles et ceux qui la suivent depuis de longues décennies. En évitant de se perdre dans le vide de l’introspection, elle ose se raconter sans avoir peur d’être jugée. L’occasion de montrer de quelle manière elle a forgé son destin, pris en main son quotidien de femme et refusé de se prostituer aux modes. Au fil des chapitres, elle évoque Jean-Jacques Servan-Schreiber, Lady Diana, Françoise Giroud, Françoise Dolto, Liliane Bettencourt et, parmi une kyrielle d’autres, François Mitterand. A un âge où beaucoup ont choisi de profiter d’une retraite méritée, elle se livre au public, consciente que cette décision ressemble à un challenge et à une mise à nu. Mais que risque-t-elle vraiment ? Avec une centaine d’ouvrages publiés, elle a largement fait ses preuves et prouvé que la pertinence de ses réflexions tenait largement la route. Au demeurant, elle propose un condensé de l’histoire du XXe siècle à travers le prisme de chapitres courts et qui réveillent des flashs souvent assoupis dans les brumes du passé ! Ed. Fayard – 438 pages Sylvie Van Laere

JOURNAL D’UNE FILLE DÉBORDÉE Des poignées d’amour qu’elle aimerait voir disparaître, la balance prête à éclater lorsqu’elle regarde les kilos qui s’affichent (même après avoir pipi), un fiancé qui a pris la poudre d’escampette et des copines givrées, voilà le quotidien d’une jeune femme débordée. Débordée par l’existence, par ses émotions, par ses rêves et par une gigantesque volonté d’être heureuse. A tout prix. N’importe comment. En s’accrochant à l’existence à pleines mains, en mordant chaque instant. Néanmoins, la réalité n’a rien d’une sinécure. De retour chez maman et papa après une histoire sentimentale qui a mal tourné, rien n’est plus beau que de se laisser envahir de chimères et de s’imaginer ailleurs que dans une chambre minuscule, à s’éclater en réalisant de succulents gâteaux, à se marier et à avoir un bébé aussi mignon que gentil. Suzy K. Quinn signe un journal qui croque les petits éléments qui sculpte les saisons et nous propulse dans un univers à la fois drôle et décalé, invitant les lecteurs à ausculter le monde cabossé et revigorant d’une héroïne plutôt sympa et qui ressemble à tellement de filles que je connais. Ed. LJ – 286 pages Amélie Collard


J’AURAIS MIEUX FAIT DE ME TAIRE Amber se trouve embarquée, presque à son insu, dans un road-movie qui lui fait traverser la moitié du pays. Tout ça à cause d’un coup d’alcool de trop, d’une soirée d’entreprise trop arrosée. Du coup, en compagnie de sa soeur Sage, la voilà en route pour le bush australien. Le drame pour une fille moderne, qui abhorre le camping, les moustiques et la nourriture bio ! Soudain, prise de lucidité, elle revit le scénario de cette fameuse fête au cours de laquelle elle a vraisemblablement envoyé valser sa carrière et tout gâcher. Puis, que fait-elle ici ? A-t-elle une chance de retrouver leur père, qu’elle n’a jamais vu, et qui est peut-être toujours en vie, ici ou ailleurs ? Janette Paul signe la balade drôlissime d’une jeune femme fâchée avec l’existence et les autres, à califourchon entre deux chaises et qui ne sait pas trop ce qu’elle souhaite. Pour elle, cette semaine peu ordinaire devient un voyage initiatique qui lui fait découvrir la force des bonheurs simples, la joie de la famille et l’amour. S’inspirant du quotidien, l’auteure en fait un roman rempli de passion, où la réflexion et les dialogues vifs rebondissent de manière incessante. Comment échapper au cauchemar et réécrire le passé ? Ed. LJ – 476 pages Amélie Collard

MA SŒUR EST UNE BRUTE ÉPAISSE Pas facile de vivre avec un autre qui est frère ou sœur. Dès qu’on se retrouve à deux, les problèmes jaillissent : concessions, frustrations, querelles, partages, décisions à prendre de concert. Pas facile d’être un grand frère lorsqu’on a une petite sœur charmante, mais tellement imprévisible que, parfois, elle se transforme en brute épaisse en détournant l’affection du chat (qu’on aimerait avoir pour soi seul), lorsqu’elle se met à faire du bruit le dimanche matin (tandis qu’on aspire tellement à prolonger les rêves de la nuit sous la couette encore quelques instants), lorsqu’on trouve l’eau glacée et qu’elle s’échine à clamer le contraire ou quand, au moment de goûter, on grignote délicatement les biscuits et qu’elle bâfre en mettant des miettes partout. Alice de Nussy et Sandrine Bonini ont imaginé un récit simple, qui illustre les impressions d’un jeune garçon flanqué d’une sœur qu’il juge envahissante, même s’il l’affectionne secrètement. Sans elle, la vie ne serait pas identique. L’auteure et l’illustratrice proposent un ouvrage bourré de tendresse, de poésie et de drôlerie, dans lequel chaque lecteur peut s’identifier. Avec un ton irrésistible et servies par un graphisme fait de jolis aplats de couleur, elles nous livrent une jolie réflexion sur les rapports familiaux à travers le prisme du regard d’un enfant, qui demeure un bout d’homme planté dans un univers où les préoccupations se situent à un mètre du sol. Ed. Grasset Jeunesse – 32 pages Daniel Bastié


JOHNNY, L’ENFANCE D’UNE STAR Ouf, voilà un livre qui ne parle pas d’héritage et qui évite tous les sujets qui fâchent ! Desta Hallyday, danseuse et cousine de Johnny, revient sur l’enfance de la star et ses débuts à travers une foison d’anecdotes peu connues, voire inédites. Elle avait dix-neuf ans lorsque sa mère a décidé d’accueillir le petit Jean-Philippe dans la maison familiale. Prise d’affection pour le bébé, elle s’est chargée de son éducation et, avec son époux Lee, l’a entraîné sur la route des tournées. A travers ses yeux d’enfant, le futur Johnny a découvert les paillettes et les mille feux des projecteurs qui brûlent la vanité. Très jeune, également, il a été fasciné par la musique et a rêvé de, un jour, pouvoir se produire devant un public fédérateur. Grâce aux disques venus des Etats-Unis, il a eu l’occasion de se familiariser avec le rock et le blues. A sept ans, son talent lui a permis de se produire pour la première fois sur scène en Allemagne. A onze ans, Henri-Georges Clouzot l’a sélectionné parmi une poignée de figurants pour apparaître dans le long métrage « Les diaboliques ». L’auteure raconte qu’il a même failli être engagé à l’Opéra de Paris. Enfin, à dix-sept ans, il est devenu Hallyday, l’idole des jeunes. Déjà publié en 2000, cet ouvrage vient d’être réédité pour rendre hommage au rockeur national trop tôt disparu et répondre à la demande des fans qui l’attendaient avec impatience. Ed. Michel Lafon – 347 pages Daniel Bastié

LES NOUVELLES CHRONIQUES D’UNE PROF QUI EN SAIGNE Difficile de garder la barre lorsqu’on se trouve face à un groupe de monstres (c’est un euphémisme !) prêt à tout pour bousiller le cours. Aujourd’hui, qu’ont-ils inventé pour se singulariser par rapport à hier ? Se servir de l’extincteur, bouter le feu, fumer un joint ? On ne doit malheureusement pas compter sur les politiciens qui, du haut de leur Olympe, regardent le petit monde des enseignants, qui peinent à la tâche et mettent tout en œuvre pour ne pas craquer, quitter la profession, tomber malade ou être démotivés. Pourtant, leur job n’a rien d’une sinécure. A qui s’adresser ? A une direction sous Prozac, aux parents qui attendent tout et ne pardonnent rien ou à l’inspection qui vient claquer les talons et soutient si peu ? Avec une acidité et un cynisme qui cachent un cœur de guimauve, Princesse Soso dresse un bilan peu amène de la sphère scolaire et livre des pages dans lesquelles elle formule ses craintes, ses doutes et ses idées pour une réforme de l’école, enfant pauvre de notre société, en bute avec tout le monde et incomprise par les pouvoirs publics, qui multiplient les réformes sans tenir compte de la réalité du terrain et qui thésaurisent plutôt que d’investir davantage de deniers publics. Et dire que certains s’étonnent que trente pour cent des profs quittent la profession durant les cinq premières années de prestation. Plus que jamais, il faut revaloriser un métier dont dépend l’avenir de la jeunesse ! Ed. Michel Lafon – 266 pages Paul Huet


AVEC DES SI ET DES PEUT-ÊTRE Maxine est professeur de français et se demande quelle sera sa vie future. Elle sait qu’il importe de faire des choix, à défaut de stagner et de ne rien faire de son existence. Pour l’instant, elle vit en colocation avec Claudia, se gave de littérature et de musique et aime jogger avec sa sœur. Elle croit également aux signes de l’univers et au destin. Il faut néanmoins forcer ce dernier pour s’épanouir et ne pas rater sa chance. Si j’avais été là … Si j’avais fait ceci … Le conditionnel est le temps des peut-être et des à peu près. Certainement pas celui des certitudes ! Elle sait aussi que, à force de trop réfléchir et de tout intellectualiser, le risque peut s’avérer grand de passer à côté du bonheur et de se retrouver le nez dans l’eau à l’heure où les copines se marient ou ont des bébés. Sans se chercher une centaine d’excuses, elle sait surtout qu’elle doit y songer et sauter dans le train en marche. Carène Ponte jette un œil attendrissant sur les jeunes adultes qui entrent dans la vie active et qui se confrontent réellement au monde du travail et des sentiments. Avec humour, ce roman revisite les stéréotypes de la femme célibataire et nous vaut quelques instants de franche rigolade. Sans jamais lâcher la bride, elle nous pose également la question : quelle sera notre vie si nous refusons de la regarder en face et de remédier à nos défauts ? Voilà presque quatre cents pages de bonheur pur jus ! Ed. Michel Lafon – 375 pages Daniel Bastié

LE RENDEZ-VOUS DES ANGES Sombre enquête, fausses pistes, retournements de situation et accélérations : on n’en attendait pas moins de Myriam et Joseph Gemayel. Hantée par la découverte du cadavre d’un jeune garçon (dont tout le monde ignore l’identité !), Myriam bondit sur un indice qui lui permettrait d’en savoir davantage. Avec l’aide de son époux, médecin légiste, elle remonte la piste d’un trafic de drogue et se trouve confrontée à une réalité qu’elle n’imaginait même pas. L’écriture, très sobre, amène les nuances nécessaires aux personnages embarqués dans une affaire glauque. On se trouve à des lieues des banales séries télévisées et des films américains, où les inspecteurs sortent des lapins de leur chapeau pour se rapprocher du happy end. Certes Myriam est une battante, mais elle ne perd jamais son côté humain ni son intuition, illustrés ici à merveille par sa lutte féroce pour le rétablissement de la vérité. On se doute que ce roman soit inspiré d’une affaire vraie. Les deux auteurs, époux à la ville, ont de longues années durant servi la justice. Il ne serait donc pas étonnant que leur inspiration naisse de l’un ou l’autre dossier sensible, en modifiant les noms et les lieux, afin de respecter la vie privée des protagonistes. Un thriller addictif ! Ed. Michel Lafon - 315 pages Paul Huet


LE SECRET DE LOMÉ Passionnée de fantasy, Alexiane de Lys a connu son premier succès avec « Les ailes d’Emeraude » en 2014. Dès lors, pourquoi se passer d’images qui la nourrissent et qui rencontrent l’adhésion de ses nombreux lecteurs ? Plutôt que de changer de registre, elle revient avec une histoire qui nous plonge dans le monde de Lomé, une jeune femme à l’existence parfaite, jusqu’au moment où elle chute au fond d’une grotte et se trouve confrontée à un lieu inhospitalier. Dans cet univers peuplé de créatures bizarres, elle doit réveiller tous ses instincts pour survivre. Bien entendu, elle peut compter sur la présence d’adjuvants bienvenus. Dès le premier chapitre, on sait que l’héroïne sera en opposition à mille mystères et que le monde qu’elle découvre ne sera pas tendre avec elle. « Le secret de Lomé » est un récit feuilletonesque qui s’appuie sur les rebondissements afin de maintenir l’attention et qui sait se montrer inventif. On baigne dans une sphère imaginaire, où la jeune femme est assimilée à une esclave. Voici un livre qui tente de modifier l’image des femmes et qui montre à quel point elles doivent souvent se prendre en main pour exister et échapper au sort qui leur est réservé. Par sa grande force de caractère et sa hardiesse, l’intrépide protagoniste retrouvera les siens, saine et sauve. Beaucoup d’action au service d’un récit jamais faiblard ! Ed. Michel Lafon – 384 pages André Metzinger

LE DIABLE EXISTE VRAIMENT ! Le Diable existe-t-il toujours au XXIe siècle ? Si oui, sous quel aspect et quelle est son action ? Le Pape François revient sur un sujet qui divise les églises et l’aborde avec un style direct et didactique. Après avoir expliqué qu’il s’agit d’un ange déchu, se croyant aussi fort (voire davantage ?) que Dieu, il raconte de quelle manière il a imposé un règne pour plusieurs milliers d’années, basant son pouvoir sur les vices, l’indolence et la paresse des hommes. Bien entendu, il n’est jamais question de s’affoler. Par sa grâce, Jésus nous a promis la sérénité et la résurrection. Maintenant, quitte à l’appeler comme on l’entend, le Diable demeure à la fois un tentateur et un menteur, celui qui nous berce d’illusions et nous gave de promesses vaines, faisant briller le miroir aux alouettes qui mène chacun à la déchéance. Il est également l’ennemi intérieur, celui qui corrompt les âmes et empêche d’être libres, frère de la discorde, attrait du chemin le plus facile, repli sur soi, perte de valeurs, refus du dialogue, amertume qui nous fait souffrir, voleur d’espérance et attrait au commérage. Pour certains, il serait tout simplement une figure mythique. Face aux tentations, le pape nous invite à une reprise en main de notre destin, à nous mettre debout face aux défis sans baisser les bras et sans perdre espoir. Même si la lutte contre le mal n’a jamais été un combat facile, il nous rassure sur notre avenir et nous pousse à accéder à la lumière. Ed. Artège – 220 pages Sam Mas


APRÈS L’IVG, DES FEMMES TÉMOIGNENT Difficile de parler Interruption Volontaire de Grossesse sans ouvrir maints débats. Les avis pour et contre s’affrontent le plus souvent avec passion, poussés par des motivations personnelles, religieuses, sociétales ou autres. Si l’IVG est devenue un droit (une victoire, diront certaines !) pour les femmes, plusieurs n’hésitent plus à clamer la difficulté de se reconstruire après un avortement, parlant même de blessure ou de traumatisme. Marie Philippe a recueilli durant de nombreuses années le témoignage de plus de mille cinq cents personnes et a personnellement traité près de huit mille appels téléphoniques au sein de l’association « IVG.net », confrontée à ce problème récurrent. Sans parti pris, elle a décidé de donner la parole à toutes celles qui n’ont jamais eu la possibilité de s’exprimer et dont la souffrance a été occultée. Leur histoire permet surtout de regarder cet acte irrévocable comme une décision extrêmement grave, dont les patientes ne prennent pas toujours conscience. A nouveau, il ne s’agit pas de juger, mais de confronter d’autres récits à ceux régulièrement relayés sur la toile et sur les sites de plusieurs associations laïques, qui parlent d’un acte normal et bénin. En ne niant jamais la liberté des femmes à disposer librement de leur corps, l’auteure propose un regard différent et rappelle les conséquences physiques autant que de possibles dégâts psychologiques de l’IVG. Elle déplore souvent les pressions familiales face à une décision difficile, la précipitation qui pousse les personnes concernées à agir sans recul, les conséquences désastreuses du manque de conseils judicieux et une société qui peine à entendre la détresse de filles en souffrance. La frontière entre l’enfant désiré ou non est-elle intangible ? Une femme a-t-elle le droit de décider seule de ce qui est bon ou mauvais pour elle ? Pire, ses droits sont-ils respectés en Europe ? Afin d’en faciliter la lecture, les témoignages ont été légèrement adaptés sur le plan stylistique. Un ouvrage qui ne peut forcément pas laisser indifférente … Ed. Artège – 208 pages Amélie Collard

CES CHRÉTIENS QUI ONT RÉSISTÉ À HITLER Beaucoup de choses ont déjà écrites concernant le rôle de l’Eglise durant la seconde guerre mondiale. Alors que les historiens ont pointé le Pape de l’époque et l’ont accusé de mollesse, voire de collusion avec les nazis, plusieurs chrétiens se sont opposé un peu partout au régime de terreur imposé par Hitler et ses sbires. Dominique Lormier revient sur le destin de vingt personnes qui, au risque de leur vie, se sont levées pour lutter contre un régime d’intolérance et de xénophobie, sans doute le plus meurtrier du XXe siècle ? Dès l’arrivée au pouvoir du dictateur, des anonymes comme des voix réputées sont entrés en rébellion. Divisées, les paroisses n’ont certes pas réagi de la même manière. A cela, il s’agissait surtout de convictions personnelles. Qui était vraiment führer ? Beaucoup s’y sont trompés en le croyant seul défenseur de la civilisation face au démon communiste. Saisi dans la tourmente de la guerre, comment discerner le bien du mal et comment réagir ? Trois positions mettaient chacun face à sa conscience. Un : se résigner en attendant des jours meilleurs. Deux : collaborer. Trois : entrer en résistance. Sans surprise, l’auteur nous parle de femmes et d’hommes qui ont refusé de demeurer passifs et qui ont pris sur eux d’agir pour éradiquer la tyrannie : le maréchal Pierre Koenig, le Père MarieBenoît, Vera Obolensky, Théodore Morel, Marie Skobtson et, parmi plusieurs autres, le pasteur André Trocmé, dont quelques-uns sont morts (déportés, fusillés, guillotinés) pour leurs idées … plutôt que de renoncer à suivre ce qu’ils pensaient être la vraie justice. Ed. Artège – 300 pages Sam Mas


LE MARIAGE CHRÉTIEN A-T-IL ENCORE UN AVENIR ? Aujourd’hui, qu’en est-il du mariage ? Plus encore du sacrement de mariage destiné à unir les couples dans l’amour du Christ ? Dans un monde coincé entre plusieurs valeurs qui s’opposent et avec les mentalités qui changent, le mariage chrétien a-t-il encore un avenir et quel en est l’enjeu ? Les divorces sont légion et remettent en cause la légitimité des unions. Est-on encore prêt à s’engager durablement à côté de quelqu’un ? Certains parlent de manque de combativité face aux obstacles qui, forcément, entravent la route à deux ou de légèreté. Pourtant, chaque histoire demeure un récit personnel, avec ses bonheurs, ses défis ou ses drames. Confrontée à un manque de participation et de pratique dominicale, l’église catholique a été amenée à s’interroger. Que faire pour panser les plaies et aider chacun à progresser sur le terrain de l’existence ? Jusqu’il y a peu, les divorcés étaient exclus de l’eucharistie et n’ont toujours pas droit à une seconde chance en se remariant devant un prêtre. Conscient d’une société en perpétuelle évolution, le pape François a appelé à un changement de paradigme et à une prise de recul par rapport à plusieurs questions doctrinales. Au lieu de juger, il convient de faire preuve de miséricorde, autant pour témoigner de l’amour inconditionnel du Christ que pour soutenir chaque croyant dans les épreuves qu’il traverse. Même si les paroisses se dépeuplent, la foi y est aussi vive (voire davantage !) que par le passé. Tout simplement parce que les fidèles y viennent par conviction et non plus par obligation. En ce sens, selon l’auteur, l’union catholique devient un engagement fort et un instrument de foi. Au lieu de stigmatiser les blessés de la vie, il importe de les accueillir sans jamais les juger, en toute fraternité et en les soutenant dans les épreuves qu’ils traversent. En ce sens, les mandataires religieux ont été amenés à se remettre sérieusement en question et, même si le poids des traditions pèse dans certaines régions du monde, la sphère catholique doit impérativement réévaluer certains points qu’elle pensait intangibles il y a encore peu et s’interroger sur la pertinence de traditions nées au cours des siècles. Avant tout, sa mission consiste à inclure tous ceux qui en formulent la demande, sans juger ni stigmatiser, et non pas à pratiquer l’exclusion comme la chose a malheureusement été trop souvent avérée dans le passé. Thibaud Collin signe un livre qui compte mettre un point final à plusieurs malentendus ! Ed. Artège – 280 pages Sylvie Van Laere

AU GRÉ DE SA GRÂCE – PROPOS SUR LA PRIÈRE Moine trappiste décédé en 2010, André Louf a consacré l’essentiel de son existence à vénérer Dieu et à réfléchir sur le don de la Grâce. Il n’a jamais eu de cesse de parler de la conversion. Celle des païens, mais aussi celle de l’ouverture personnelle au don qui nous est offert. Il nous rappelle le sens de la Bonne Nouvelle, qui convie chacun à se tourner vers l’Eglise, mais aussi à se réjouir en se souvenant que le pardon est accordé aux pécheurs. Il s’agit d’un immense bonheur, que nous commençons à peine à soupçonner, source de renaissance. Assurément (et puisqu’il s’agit du thème de cet ouvrage !), il insiste sur l’utilité de l’accompagnement spirituel et du rôle de la prière, lien intime avec le créateur et moyen d’exprimer sa contrition, de solliciter l’une ou l’autre chose, d’encenser et de remercier sans faire preuve de censure intérieure. Tant qu’elle demeure sincère, la prière nous réconcilie avec nous-même et nous rend meilleur. Elle permet surtout d’aller cueillir ce qui s’avère le plus intime, faisant de son contenu un miroir de notre quotidien. Livre de philosophie chrétienne, cet ouvrage évite néanmoins les explications trop théologiques (qui échapperaient au quidam) et se veut didactique, sans perdre de vue le message qu’il tend à transmettre. Ed. Artège – 232 pages Sylvie Van Laere

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Bruxelles Culture 15 juin 2018  

Bruxelles Culture 15 juin 2018