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BRUXELLES CULTURE 15 juin 2019 Brussels Diffusion asbl Contact et abonnement gratuit : pressculture4@gmail.com

HOMMAGE À NOTRE COLLABORATEUR JEAN-LOUIS CORNELLIE er (1 novembre 1945 / 9 avril 2019)


Notre rédacteur Jean-Louis Cornellie nous a récemment quittés. Jean Lhassa (qui l’a extrêmement bien connu) lui rend un vibrant hommage. Il était un de nos fidèles collaborateurs depuis les débuts de notre aventure commune avec Bruxelles Culture.

HOMMAGE A JEAN-LOUIS CORNELLIE J’ai bien connu Jean-Louis Cornellie. Nous avions plusieurs choses en commun, de quoi nous rapprocher, et une en particulier, l’Athénée Charles Janssens. Comme la plupart de ceux qui ont vécu dans cette école, en qualité d’élèves ou en qualité d’enseignants, il n’a jamais pu la quitter, cette école, je veux dire, s’en défaire côté nostalgie. Bibliophile et mélomane, Jean-Louis était un grand amoureux des langues, qu’il cultivait tant que faire se peut, l’anglais, le néerlandais, l’italien, l’allemand, le grec et même le polonais, pour complaire à sa tendre amie … Afin de garder le lien avec son école, Jean-Louis a donc été de longues années durant chroniqueur pour le périodique des Amis de l’Athénée Charles Janssens, Le Maillon. Chroniqueur, il l’était dans l’âme, au plus profond de lui-même. Tout ce qu’il touchait, voyait, visitait, aimait, méritait un mot, une page, un élan. De sa belle écriture appliquée, car il est resté longtemps, comme ceux des anciennes générations, hostile aux techniques modernes, il couchait sur papier ses goûts, ses émotions, ses colères, ses choix. Chroniqueur, il l’est devenu spontanément pour Bruxelles Culture, qui veut lui rendre ici un petit hommage, à travers mes lignes. Aux dernières nouvelles (2006), Jean-Louis totalisait plus de 400 articles dans la presse écrite, dont Le Reflet de chez nous. Au début, nous ne faisions que nous croiser dans la rue et plus particulièrement au parking Tulipe d’Ixelles, notre halte professionnelle commune, et nous devisions alors de tout et de rien, pour le strict plaisir de la parole, de l’échange. Mais rapidement nous avons cerné ce qui pouvait nous rapprocher, l’Italie, qu’il aimait par-dessus tout, la Grèce aussi, le cinéma, qu’il connaissait dans tous ses recoins, la littérature, dont il était le porte-parole communal en sa qualité de bibliothécaire en chef de la bibliothèque communale d’Ixelles depuis 1977, et tout le reste, dont la musique et la gastronomie. Très souvent, en effet, c’est dans des restos grecs et italiens que nous échangions nos connaissances, nos curiosités, que nous décidions ici une conférence sur André Malraux, là une autre sur Clint Eastwood ou Ennio Morricone, ailleurs encore le choix des artistes à engager car, très vite, il m’a rejoint au Centre d’Art d’Ixelles en qualité de vice-président, ce qu’il est resté à mes côtés plus de seize années. Jean-Louis aimait les titres (bachelier bibliothécaire, Membre de l’AREW, Membre de la Société européenne de Culture pour Venise, notamment), les références, c’est vrai, mais il les assumait avec sérieux et efficacité. De bibliothèque en bibliothèque, conférencier par nature, je l’ai vu raconter devant des publics attentifs ce qu’il portait au pinacle, qu’il se soit agi d’un artiste, d’une ville, d’un voyage, d’une œuvre. Et puis, il y a eu l’écriture à deux. C’était une idée à lui, sachant que j’écrivais parfois en tandem. Et le résultat a été fort agréable, fort intéressant. Savoir penser, écrire et partager une histoire à deux n’est pas une tâche facile. Pourtant, nous y sommes parvenus quelques fois et c’est dommage que nous n’ayons pas pu pousser plus loin cette expérience. Il rêvait alors d’une histoire sur un doge à Venise, à la belle époque de Vivaldi… Ce rêve, trop compliqué à l’époque, est resté sans suite, parce que trop onirique justement, mais de bons


textes publiés restent heureusement de notre co-écriture, dans L’Homme éteint, par exemple. De son côté, Jean-Louis n’a que fort peu sollicité les professionnels de l’édition, alors qu’il ne manquait ni d’ambition ni de savoir-faire à ce sujet. Sa vingtaine de nouvelles et ses textes en prose poétique, maintenant qu’il n’est plus, sont à lire et à relire, avec le recul, avec l’estime qu’ils méritent. Mots recherchés, phrases amples, musique verbale, fantaisie, digressions, le « je » toujours acteur, c’était tout lui. Je le vois encore recevoir ses invités, dans une galerie dont j’ai oublié le nom, le 1er octobre 1999, à la sortie de son principal ouvrage Le Doge rouge. Modeste et en même temps fier de mettre en avant ses textes entièrement consacrés à Venise, sa première patrie de cœur, et à tout ce qu’il chérissait sous le soleil méditerranéen. Dans son recueil L’été échardé, publié plus tôt, en 1990, il y avait déjà toute l’amertume de novembre, de ce qui est perdu, de ce qui ne reviendra pas, mais il y avait aussi les pas à faire en avant, pour mériter d’être et d’avoir été en vie. Même chose dans un troisième recueil publié plus tôt encore à La Dryade, en 1983, Sans autre Lieu que le Jour : vivre, aimer, regretter. Recueil qui lui avait valu le prix Louis Musin, en 1984. D’un père né à Londres et d’une mère originaire des Pays-Bas, JeanLouis était donc un homme de novembre. Il avait de ce mois sombre les couleurs ocre, les ombres, les silences, la discrétion, le retrait, la marche compassée, quelque peu militaire, n’empêche qu’il était capable de grands rires, capable de s’esclaffer en se tapant les cuisses, comme les Autrichiens dans leurs gaies montagnes quand il n’y pleut pas, capable d’être heureux, capable de dire trivialement, après plusieurs bières, « Je vais tordre mon chicon ». Il portait souvent une écharpe rouge, sans doute pour afficher ses couleurs politiques (il était devenu délégué syndical CGSP-ALR), plus sûrement pour défaire dans sa tête et dans sa mise les grisailles de sa naissance, le premier novembre, jour de la Toussaint. Je me rappelle cet autre jour, charmant et plein de soleil celui-là, où Jean-Louis nous avait emmenés, Anne et moi, dans la lointaine Gaume, à Virton, pour y rencontrer un grand humaniste qu’il appréciait, son éditeur Georges Bouillon, pour lequel il avait d’ailleurs écrit un avant-dire dans un recueil publié en 1988, Petites lettres à mes amis (La Dryade). Beaucoup de kilomètres juste pour saluer et nous présenter une amitié littéraire. Ces kilomètres, en esprit ou en réalité, Jean-Louis les accomplissait souvent et volontiers. Pour ceux qu’il affectionnait. Naguère encore, il souffrait d’avoir perdu sa chère compagne, partie trop loin de lui, Eva, qu’il allait pourtant visiter tant que faire se peut en Pologne, et prématurément décédée, elle aussi. Nous vivions, nous, Jean-Louis et moi, très près l’un de l’autre, à Bruxelles, et, hélas, cela ne nous a pas empêchés de laisser pousser l’herbe sur le chemin de notre vieille complicité. Saleté d’herbe. Pardon, Jean-Louis. Une chose reste pourtant, qui devrait aider ceux qui, comme moi, ont connu, apprécié et aimé JeanLouis, à se souvenir de lui, à lui rendre cette amitié qui n’a peutêtre pas été dite assez, je veux parler de ses écrits, publiés ici et là, comme Le jour dans les cils (Ed. du Centre d’Art d’Ixelles) et Italie ! (Ed. Bleu d’Encre), que de bonnes mains un jour rassembleront peut-être, pour sa meilleure mémoire. Jean Lhassa


EXPOSITION : DIALOGUE D’ARTISTES À ESPACE ART GALLERY Daniel Saint Aignan est né à la Réunion et est l’un des visages majeurs de la peinture abstraite d’Outre-mer. Pour lui, le geste créatif se veut la prolongation d’une lente réflexion menée en amont. Sans jamais explorer un univers précis, il se laisse aller au fil des intuitions. Venu au monde sous le signe de la lumière et des couleurs, il se sent fort jeune attiré par la peinture. Alors que les adolescents de son âge jouent au ballon ou draguent les filles, on le retrouve à dessiner. D’abord à l’encre de chine, puis à la peinture à huile. Mais, toujours, pour enfanter des compositions non-figuratives. Dans son esprit, elles entretiennent un lien ténu entre l’esprit et le corps, la tangibilité des éléments et l’imaginaire. Toutes ses créations se basent sur l’émotion, avec de grands élans de passion, une rage de vivre et une spiritualité à partager. Elles se traduisent le plus souvent à travers un lyrisme mesuré et des vibrations intimes ou murmurées, faisant de chaque coup de pinceau l’expression d’un instant précis de joie ou de malheur. Ici, pas de grande rhétorique, mais des œuvres pures qui vivent par ellesmêmes, loin de la réalité parfois pesante et des aléas qui naissent au fil des heures. La couleur demeure vecteur d’expression et prolonge un voyage sensoriel fait de nuances par le truchement d’effets colorés et d’harmonies apaisantes. Il s’agit certes d’abstraction, mais parfaitement maîtrisée, au sein de laquelle l’entente cordiale prime. L’artiste exprime ici la vie, avec ses fulgurances, ses hauts et ses bas, ce qui la rend incomparable au cœur des vivants et qui fait qu’on regrette les disparus lorsqu’ils nous ont quittés. Palette de feu ou teintes pastel, il refuse toute nomenclature, car il sait que l’enfermement reste une prison et sclérose la créativité. Au terme d’une vie professionnelle bien remplie dans l’enseignement, Andrée Hugret a entrepris une reconversion dans l’art. Passion qu’elle entretient depuis plusieurs décennies et pour laquelle elle manquait de temps. A un âge où d’autres comptent se reposer et profiter d’un farniente bien mérité, elle a refusé l’inertie et la procrastination. La peinture, la sculpture, l’expression orale autant que corporelle et la musique l’ont dotée d’une seconde jeunesse, avec la possibilité de s’approprier ces techniques tout en les matérialisant dans le respect des traditions. Son tempérament imaginatif l’a naturellement amenée à tutoyer l’abstraction et à se lancer dans des sphères qu’elle n’aurait jamais abordées sans une prise de conscience du temps qui passe et qui embrase tout, sans possible retour en arrière. Intérioriser certaines disciplines revient à les circonscrire et à se fondre avec elles. Des stages avec un Maitre Verrier lui ont ouvert un monde dont elle ignorait l’existence. Pourquoi ne pas travailler la transparence en utilisant des matériaux tels que le plexiglass, puis d’y ajouter des leds ou du métal ? On le sait, la magie naît souvent de l’émotion ressentie. Rarement de l’intellect. Du coup, ses travaux s’expriment par le prisme du renouveau et se métamorphosent en rêve éveillé, avec de la lumière, des éclats et des réverbérations. Pour employer une expression galvaudée : de l’enchantement ! Emmaly est sculpteur et demeure un bel exemple de l’autodidactisme. A l’écart de toute école, il se laisse entraîner dans la spirale de ses aspirations et ne regimbe jamais à se lancer dans des créations ambitieuses. Amoureux du monde animal, dont il a toujours été un fervent admirateur, il se complait à évoluer au milieu de la diversité des formes et des symboles de la nature. Basé sur l’observation, son style se fonde sur une modernité acquisse au terme d’une longue pratique. Pour lui, il ne convient jamais de représenter le modèle tel qu’on peut le découvrir dans un parc ou dans un zoo. L’art ne doit pas être photographique. A contrario, il doit sublimer ce que le regard capte et engendrer des réactions. L’artiste s’exprime par le truchement de courbes esthétiques, tout en s’attachant à la douceur des volumes pouvant parfois tendre vers l’épure. Adepte des métaux nobles, il travaille le bronze avec respect, passe de l’ébauche dessinée sur un feuillet à la conception en 3-D. Ciselage, polissage, soudure et reprise des lignes : aucune étape n’est abandonnée au hasard. Enfin, l’oxydation permet d’obtenir le rendu souhaité, qui fait que chaque sculpture soit une pièce unique et digne d’intérêt. Ces trois artistes exposent leurs travaux à Espace Art Gallery du 7 au 30 juin 2019. Plus de détails sur le site www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


FOLKLORE : L’OMMEGANG 2019 Le mercredi 26 juin et le vendredi 28 se déroulera le cortège spectaculaire de l’Ommegang de Bruxelles. Une reconstitution historique de plus de 1 400 figurants, composée de 47 groupes folkloriques, 300 drapeaux et étendards, 48 chevaux et 8 géants, dont le fameux dragon de St-Georges, répartis sur deux kilomètres d’un cortège qui descendra les rues de Bruxelles. Dans une ambiance festive et bon enfant. Ce défilé commémore chaque année la venue de Charles Quint à Bruxelles en 1549 pour y présenter son fils, l’infant d’Espagne Philippe II. Notre empereur était aussi accompagné de ses deux sœurs, Marie de Hongrie et Eléonore de France qui avait épousé François Ier. Durant quatre jours, le parc de Bruxelles célébrera les festivités de l’Ommegang avec un voyage au cœur de la Renaissance qui ravira petits et grands. Ne manquez pas le spectacle des chevaliers qui s’affronteront au tournoi dans les allées du parc. Ni la présence des artisans qui vous livreront les secrets de leur métier de chirurgiens, barbiers ou forgerons. La Terrasse éphémère « The Royal Break » sera aussi de la partie en vous accueillant de 12 h à 2 h du matin. Un cortège éblouissant 1 400 figurants en costumes d’époque vous feront ainsi revivre un moment historique dans les rues de Bruxelles : musiciens, chanteurs, danseurs, cavaliers, gardes en uniforme, gonfaloniers, arbalétriers et archers, tous recréeront l’atmosphère de la Renaissance dans la capitale des « Pays-d’en-Bas ». Le carrosse de Charles Quint démarrera vers 20 h 15 de l’ancien palais de Bruxelles, place Royale. Il s’arrêtera à l’église du Sablon. Les groupes historiques partiront, eux, du parc de Bruxelles pour rejoindre les Serments des arbalétriers, des archers, des arquebusiers et des escrimeurs au Sablon. Le cortège historique ainsi formé, précédé du carrosse impérial, se mettra en route à 20 h 50 et passera par les rues de Bruxelles pour arriver à la Grand-Place, où aura commencé le somptueux spectacle offert par la cité en 1549 en l’honneur de Charles Quint et de sa famille. Deux mille places assises mais payantes vous y attendent. Pourquoi donc ce cortège en si grande pompe ? A l’origine, c’était la plus importante procession lustrale de Bruxelles, qui se déroulait une fois par an le dimanche précédant la Pentecôte. Depuis 1930, l’Ommegang est devenu une reconstitution historique qui témoigne de l’époque de Charles Quint. Le terme ommegang est la traduction flamande de la circumambulation qui désigne la procession des groupes depuis l’église du Sablon jusqu’à la Grand-Place et son retour avec la Vierge debout sur la barque. C’est sous son égide et en son honneur que se déroule chaque année l’Ommegang de Bruxelles. On dit que cette statuette de bois fut dérobée à la ville d’Anvers en 1348, suite au rêve d’une jeune fille visitée par la Vierge, et qu’elle fut transportée en barque jusqu’aux quais de Bruxelles, où elle fut accueillie par le duc de Brabant et par les arbalétriers chargés de la protéger. Déposée dans la nouvelle chapelle du Sablon, elle prit le nom de Notre Dame des Victoires. La Vierge miraculeuse du Sablon devint, avec saint Michel, la grande protectrice de Bruxelles. Elle fut mise sous la bonne garde des arbalétriers, des gens d’armes de la ville, du magistrat et des Lignages qui constituent le cœur de la procession de l’Ommegang. Chaque année au Sablon, les arbalétriers se disputent en son honneur le concours du papegai. Vous y serez peut-être pour acclamer le vainqueur.


Au parc de Bruxelles Le parc sera transformé durant ces quatre jours en un village de la Renaissance. A plusieurs mètres sous vos pieds subsistent sans doute les vestiges d’un parc plus ancien, celui du château de Bruxelles où se reposait Charles Quint quand il rejoignait la capitale. On y chassait, jouait, jouxtait et l’on s’y promenait. Pour le plaisir, bien sûr, mais aussi pour être vu des autres courtisans. Car ce jardin était réservé à la cour de l’empereur. Il était si beau qu’on en parlait à travers l’Europe entière. Parterres fleuris, fontaines, vignobles, labyrinthe, espaces de jeux et animaux le peuplaient. Remontons dans le temps, voici cinq cents ans, et découvrons ce qu’on faisait au parc de Bruxelles à l’époque. La chasse d’abord Le parc s’appelait autrefois la Warande, c’est-à-dire la « garenne », le réservoir à gibier du château. Cerfs, daims, chevreuils, biches, lapins et sangliers y couraient dans les vallons et les bois. Une tour de guet, avec des pans de bois, permettait aux chasseurs de repérer leurs proies. La chasse était une activité sportive de choix, réservée au seigneur en raison des moyens financiers importants qu’il y consacrait. Le seigneur démontrait ainsi à la cour sa valeur au combat, son habileté et ses qualités de stratège avant de partir au combat. Charles Quint était un chasseur hors pair. Les joutes équestres Comme l’iconographie le montre, une autre activité pratiquée sur ce terrain était les joutes équestres. Il s’agit d’une des épreuves organisées lors des tournois de chevalerie, sans doute la plus célèbre. Elle consistait à faire charger l’un contre l’autre deux chevaliers, munis chacun d’une lance et lancés euxmêmes au galop. Contrairement à l’idée que l’on se fait, il ne s’agissait pas de désarçonner l’adversaire mais de briser le plus de lances possible. En cas d’égalité, la longueur du bois brisé désignait le vainqueur. On concourt à ce sport tant au Moyen Age qu’à la Renaissance. Par mauvais temps, on jouxtait dans la grande salle d’apparat, l’aula Magna du château où Charles Quint abdiqua en 1555 en faveur de son fils Philippe II, qui laissa un très mauvais souvenir chez nous. Cette salle est toujours visible aujourd’hui sous la place Royale, dans le site du Coudenberg dont nous vous reparlerons le mois prochain. Le tir à l’arc A l’époque de Charles Quint, les armes à flèches sont détrônées par la poudre. Si l’arc et l’arbalète détiennent encore un prestige social, ils cèdent progressivement la place aux arquebuses sur les champs de bataille. Aussi ce sport devient-il avant tout un jeu d’adresse pratiqué dans les jardins privés. Dès la fin du Moyen Age, les villes organisent chaque année, au printemps, une compétition visant à déterminer le meilleur tireur. Il s’agit des « tirs du papegai », un terme très répandu alors en Europe, où le vainqueur est désigné comme le Roi de la flèche pour un an, après avoir décroché un oiseau perché sur un mat, une tour ou une église. Le papegai était l’effigie d’un oiseau apparenté au perroquet, qui servait de cible. L’Ommegang de Bruxelles, qui avait lieu traditionnellement en mai, perpétue ce concours sur la place du Sablon. Vous y verrez les archers se disputer la palme. Ils vous y attendent les 26 et 28 juin prochains. Plus d’informations et billets disponibles pour la Grand-Place sur www.ommegang.be. Michel Lequeux


TOONE : LES TROIS MOUSQUETAIRES Maintes fois adapté au cinéma depuis 1921, « Les trois mousquetaires » reste l’un des romans préférés des scénaristes. Du coup, tout le monde connaît l’histoire de d’Artagnan et de ses frères d’armes Athos, Aramis et Porthos, mousquetaires du roi Louis et ennemis jurés des hommes de main du cardinal Richelieu. Lorsque la reine se trouve dans une délicate posture, ils n’hésitent pas à prendre la mer pour l’Angleterre, afin de sauver son honneur. Au hasard de leurs aventures, d’Artagnan d’éprend de la douce Constance Bonacieux, tandis que Porthos doit affronter son ancienne femme Milady. Avec du bruit et de la fureur, le Théâtre royal de Toone a également décidé de se saisir des pages virevoltantes nées voilà plus d’un siècle et demi pour en tirer un script imprégné du terroir bruxellois, avec des jeux de mots cocasses, des couleurs locales et des anachronismes bon enfant. On le sait, on n’assiste pas à un spectacle de marionnettes folkloriques pour tirer la tête et râler tout au long de la représentation. Nicolas Géal, directeur de l’enseigne et voix de tous les personnages, aime faire rire et cisèle les dialogues de manière à rebondir sur un mot, à jouer avec une expression ou pour permettre à Woltje (la mascotte du théâtre et chantre de l’âme bruxelloise !) d’entrer en scène, d’exposer son bon sens naturel et d’aider ses nouveaux amis dans leur mission. Les connaisseurs de l’œuvre d’Alexandre Dumas noteront que jamais il n’est question de ferrets de la reine dans l’ouvrage initial. Qu’importe ! Pour montrer qu’il n’est pas non plus dupe, Nicolas Géal les a remplacés par un collier. Au fond, des ferrets ou un collier à récupérer chez les Buveurs de thé, les compagnons bretteurs ne se posent pas la question et se lancent dans le combat, épées pointées vers l’ennemi. « Les trois mousquetaires » en brusseleir est à découvrir jusque fin juin 2019. Durant les vacances scolaires de juillet et août, Toone présentera « Carmen », une adaptation déjantée et en brusseleir du fameux opéra de Georges Bizet. Aïe, toréador, on verra si ton stoef vaut de l’or ! Toutes les modalités pratiques ont été mises en ligne sur le site www.toone.be Rue Marché-aux-Herbes, 66 à 1000 Bruxelles (Impasse Saint Pétronille) Daniel Bastié


FESTIVAL : 2e EDITION DU BRIFF Il nous revient à Bruxelles avec ses 25 000 spectateurs de l’an passé. Et qui seront plus encore cette année. Légendes vivantes du 7e art ou talents prometteurs, touristes ou citoyens belges, le Festival international du film de Bruxelles les réunira pour la seconde fois, avec les cinéphiles d’ici et d’ailleurs qui viendront partager leur passion du cinéma. Le Briff se tiendra à Bruxelles du 20 au 29 juin prochain, avec plus de 80 films qui vous seront présentés. De la belle émotion en perspective. Au programme cette fois : compétitions nationale et internationale, panorama belge, projections en plein air le long du boulevard Anspach, rétrospectives, 12 avant-premières, soirées de gala, concerts, il y en aura pour tous les goûts durant dix jours. Bozar, Flagey, les cinémas UGC, le Palace et les Galeries vous accueilleront à bras ouverts. Du 20 au 29 juin, il y aura en effet des lumières, des paillettes, de l’élégance, du glam, bref : du rêve dans l’air de Bruxelles avec la magie de ses plus grands écrans noirs et de ses plus folles nuits blanches. Dix jours à 24 images/sec, dix jours en travelling continu et zooming intense, dix jours d’E-motion qui vous emporteront et vous feront saliver. Cannes, Berlin, Venise, Locarno, silence, on tourne ici. C’est à notre tour maintenant. Action à Bruxelles ! Le premier « zèbre » : Bouli Lanners Cette année, le Briff a choisi un animal fétiche qui le représentera. Comme Berlin a son ours, Venise son lion, Locarno son léopard, Bruxelles a désormais son zèbre qui symbolisera le multiculturel et le métissage des genres si chers à notre ville. Blanc à rayures noires ou noir à rayures blanches avec une touche de rouge, le zèbre, star des savanes, occupera le haut de l’affiche de cette deuxième édition. Il incarnera également les trophées décernés aux lauréats du Briff à venir. Préparez-vous à saluer le Golden Zebra ou le Silver Zebra. Le Jury du Festival remettra dorénavant à chacun des élus une statuette inspirée par ce drôle d’animal des savanes. Et qui pouvait le mieux incarner ce zèbre, sinon l’acteur, metteur en scène et réalisateur belge Bouli Lanners, qu’on a vu récemment dans C’est ça l’amour. Il est le premier à rejoindre l’équipe des « zèbres célèbres » du Briff, qui lui donne une carte blanche de quatre films pour défendre notre « green planet ». Rendez-vous le 22 juin pour en débattre avec lui, suite à la projection de trois CM : L’île des fleurs, Un héritage empoisonné et There Is no Tomorrow, suivi d’un long métrage, Woman at War, qui figurera aussi dans la section famille. Espace et espions Pour célébrer le 50e anniversaire du premier pas posé sur la Lune, le Briff projettera trois grands films : First Man, Gravity et Wall-E. Enfilez vos combis pour une expérience sensorielle « intersidérante ». Il y en aura aussi pour les familles, de 7 à 77 ans. Entre Ma vie de courgette, long métrage d’animation suisse multi-récompensé, et Woman at War déjà cité, qui est un conte écologique islandais décalé, d’autres perles s’enfileront sur ce cordon d’émotion qui incitera nos culottes courtes au débat et à la réflexion. Enfin, parmi les nombreux invités-surprises, on notera la présence de Michel Hazanavicius, le réalisateur français de deux parodies d’OSS 117 : Le Caire, nid d’espions (2006) et Rio ne répond plus (2009), toutes deux interprétées par Jean Dujardin, qu’on reverra bientôt dans une troisième parodie réalisée par Nicolas Bedos. Le


réalisateur de l’Artist, on le sait, aime les Cochinchinois, les Malgaches, les Marocains, les Sénégalais... Comme son espion fétiche, le père très spirituel d’OSS 117 aime tout le monde, y compris les Belges. Dansons la Carioca de Rio en attendant la sortie de son nouveau film Le Prince oublié, une comédie d’aventure qui placera Bérénice Bejo, Omar Sy et notre François Damiens en haut de l’affiche en janvier 2020. Pour revoir ses deux films cultes et l’écouter parler de son cinéma, rendez-vous donc dès le 20 juin au Brussel International Film Festival. Jusqu’au 15 juin, vous pourrez vous procurer le pass à 40 €, qui vous donnera accès à tous les films – il y en a plus de 80 – ainsi qu’aux soirées d’ouverture et de clôture (ces deux dernières étant sur réservation). Plus d’information et programme des films sur www.briff.be Michel Lequeux

FESTIVAL COULEUR CAFÉ Après vingt-neuf ans inoubliables, « Couleur Café » est devenu pour beaucoup la plus chaude des ouvertures de la saison des festivals. Ce qui a commencé comme un événement unique (principalement centré sur les couleurs de l’Afrique dans les Halles de Schaerbeek) s’est imposé presque trois décennies plus tard comme un grand nom au sein de la riche tradition belge des fêtes collectives. La plupart des ingrédients de base qui caractérisent la version actuelle étaient déjà présents en 1990 : musique dansante et estivale, décoration colorée, marché exotique, stands de cuisines du monde, fanfares et attention prêtée aux artistes locaux. Mais c’est aussi grâce à un déménagement sur le majestueux site industriel de Tour & Taxis et maintenant dans le magnifique parc au pied de l'Atomium, une fréquentation multipliée par quinze (de 5.300 à 70.000 visiteurs) et une programmation musicale plus éclectique et basée sur le côté black roots que « Couleur Café » peut maintenant se définir comme le festival de musiques urbaines de notre pays. Bruxelles, ville cosmopolite, était donc appropriée et, au fil du temps, cela s’est reflété aussi bien à travers les artistes et la décoration qu’à travers le public. La déclinaison 2019 propose quarante-six concerts live sur trois scènes principales baptisées Red, Green et Blue Stages. Le tout pour un prix attractif de moins de cent auros, sans oublier de nouveaux DJ, MC, selectas et collectifs qui viennent d’être rajoutés sur quatre autres plateaux. Mais ceci n’est qu’une mise en bouche ! Une fiesta chamarrée aux mille odeurs à vivre du 28 au 30 juin 2019. Retrouvez la programmation complète sur le site www.couleurcafe.be Passerelle du parc d’Osseghem à 1000 Bruxelles Willy Smedt


FOLKLORE : ÉLECTION DE MADAME CHAPEAU 2019 Les Gardevils ont le plaisir de vous inviter à l 'élection de l’annuelle Madame Chapeau. Comme toute compétition qui se respecte, un échauffement sera de rigueur avec pain-saucisse à partir de midi sur la place Rouppe et cortège festif qui démarrera vers 14 heures pour un tour du quartier, avec arrêt devant le Manneken-Pis. Vers 16 heures, les habitués comme les curieux pourront assister à l’élection. En plus des critères éliminatoires tels que porter un joli chapeau et avoir un lapin accroché à son sac, l'élue devra avoir la meilleure représentativité du personnage et de l'identité bruxelloise. Si les ingrédients principaux sont connus (zwanze, goût prononcé pour la gueuze, etc.), le liant reste à trouver ! Sous le regard attentif du jury composé de vrais Brusseleirs et d’experts en folklore, la tâche s’annonce compliquée. Un rendez-vous à ne pas manquer le samedi 15 juin 2019. Qu’on se le dise, potferdeke !

FÊTE DE LA MUSIQUE 2019 Organisée depuis 1985 et coordonnée par le Conseil de la Musique, la Fête de la Musique est un événement incontournable en Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle est l'occasion pour des milliers de personnes de célébrer chaque année, aux quatre coins de notre communauté, le début de l'été et l'ouverture de la saison des festivals. Elle a pour vocation de mettre en valeur les nombreux artistes de la scène musicale belge et leur offrir une vitrine le temps d’un ou deux concerts. On le sait, les talents sont nombreux chez nous et, trop souvent, ils manquent de soutien tant du côté des médias que des politiques. Ne pas laisser se racornir les artistes et les aider à sortir de leur sphère pour toucher un vaste public, l’idée méritait d’être pensée ! Depuis trois décennies, chaque commune s’investit concrètement en dressant une scène ou un podium sur une place, dans un parc ou à un carrefour. L’édition 2019 sera fêtée du jeudi 20 au dimanche 23 juin avec de quoi faire le plein de mélodies pour plusieurs semaines. Comme d’habitude l’accès à tous les événements est 100% gratuit. Découvrez la programmation complète, commune par commune, sur le site www.fetedelamusique.be Sam Mas

CONCERTS GRATUITS A ANDERLECHT Pour l’édition 2019 de la Fête de la Musique, Escales du Nord a souhaité respecter tout particulièrement l’esprit et les principes fondateurs de cet événement. Son équipe a donc concocté un spectacle en plein air, mêlant musiciens amateurs et professionnels, artistes de renom et découvertes, destiné à un public varié (familial, etc. De nombreux talents sélectionnés Nord suite à un appel à candidatures. Bref, des pratiques musicales variées, dans tous les registres musicaux. Une occasion unique de donner à certains la chance de se produire dans des conditions professionnelles et de valoriser les rencontres entre musiciens issus d’horizons différents. Une initiative à encourager au Parc du Petit Scheut le 22 juin de 13 à 22 heures ! Sam Mas


THÉÂTRE : THE ELEPHANT MAN A l’âge de douze ans et dans son école, Anne Sylvain a été confrontée à un gamin semblable à Joseph Carey Merrick dit « Elephant man ». Elle n’a jamais pu oublier ce garçon. Au départ, il lui semblait répugnant et, par la suite, il a été le plus beau de ses souvenirs. Elle écrit : « Il me semblait invincible, porteur de vie, capable de survivre à toutes les épreuves, de surmonter à lui tout seul toutes les contraintes de l’existence. » Poursuivie par cette expérience, elle a rédigé cette pièce en utilisant l’histoire de Joseph Merrick, située à l’époque Victorienne. « Mon enfant éléphant…Es-tu encore en vie ? » Tous les soirs, dans la grande salle du Public, les spectateurs sont littéralement fascinés (on entendrait une mouche voler !), parce qu’on est saisi par la puissance de l’évocation. Ce n’est pas pour rien que l’autrice joue le rôle de l’infirmière. Face à elle et sous un visage déformé, il y a un homme instruit, qui sait lire et écrire, mais qui connaît les œuvres de Victor Hugo et qui est capable de jouer toutes les scènes de l’œuvre de Shakespeare. Abandonné à onze ans par son père, il a été exploité, ridiculisé et exhibé tel un monstre sur les foires de Londres. Malgré sa souffrance, il ne porte aucune haine dans le cœur. Au contraire, il fascine par sa bonté, sa générosité et sa sagesse. La pièce de théâtre « The Elephant Man » se veut comme un jeu de miroirs » précise Michel Kacenelenbogen, metteur en scène. Les différents personnages qui croisent la route de Joseph donnent l’impression de se sentir mieux après l’avoir rencontré. Pour le médecin, Eléphant Man est un objet d’étude plus qu’une personne. Une belle occasion pour lui de faire évoluer la science. Pour la prostituée qui est toujours regardée comme un objet, côtoyer Joseph lui permet de se sentir reconnue. En sa compagnie, elle se révèle à elle-même, devient une femme à part entière. L’actrice, en apportant la réplique à Joseph dans une scène de « Roméo et Juliette », oublie la célébrité. La reine Victoria, qui n’a pas à jouer de rôle, quitte son trône sans tricher. Quant au patron de la baraque aux monstres, qui a exploité la misère et la déformation de son protégé, il lui a aussi permis de survivre. Bien sûr, les temps ont évolué, néanmoins l’exploitation de l’être humain reste d’actualité. Aussi, Joseph, sous la plume d’Anne, lance à son ancien montreur : « Trouvez-vous un autre pigeon ! ». Ce spectacle fait découvrir que la différence n’est pas une tare, mais peut devenir une richesse ! Malheureusement et depuis qu’il est petit, le pauvre Joseph n’a entendu que des railleries et a énormément de difficultés à admettre qu’il est réellement aimé pour ses qualités. Jouée par Bénédicte Chabot (Amélia, la prostituée), Yves Claessens (Tom Norman, le Forain), Jo Deseure (Victoria, la reine), Itsik Elbaz (Docteur Frederick Treves), Othmane Moumen (Joseph Merrick), Ariane Rousseau (Ellen Terry, l’actrice) et Anne Sylvain (Eva Lückes, l’infirmière), cette adaptation est servie par la tonicité de la mise en scène de Michel Kacenelenbogen, toujours là pour offrir un spectacle extrêmement visuel et intelligent. Notre compatriote Pascal Charpentier signe ici une partition musicale, toujours à la hauteur des projets qui lui sont confiés. Pour celles et ceux qui voudraient en savoir davantage sur Joseph Merrick, je ne peux que leur conseiller le film « Elephant man » de David Lynch, produit par Mel Brooks et serti dans un beau noir et blanc, ou l’achat du CD de l’opéra de Laurent Petit-Girard « Joseph Merrick ou Elephant man » créée à Prague en 2002. Surtout, ne manquez pas de vous déplacer et d’aller applaudir la pièce de visu au Théâtre Le Public. Vous avez jusqu’au 22 juin 2019 pour le faire. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles Maurice Chabot


THÉÂTRE : FUGUEUSES Pierre Palmade a le rythme, le sens du verbe et de la formule. Il a aussi une fêlure, quelque chose qui donne au rire un chouia de mélancolie et nous rappelle que le rire est la politesse des reines ! Deux rôles splendides pour deux actrices en vadrouille, deux désobéissantes qui vont nous emmener sur les routes, à travers les bois et les champs. Deux évadées qui vont respirer à pleins poumons, rire, dire des bêtises et nous donner des envies de liberté et de chemins buissonniers. Margot sent comme une fatigue. Sa fille a dix-huit ans aujourd’hui. Alors, brusquement, elle décide de se faire la malle ! Sur la route, avec ses valises, elle rencontre Claude, qui elle aussi a fugué... Mais de sa maison de retraite, où son fils l’a placée. Margot est sage, fidèle, un peu naïve, en pleine crise existentielle. Claude est charmeuse, délurée, espiègle, aguerrie et amoureuse de la vie. À deux, elles font la paire ! Elles s’improvisent autostoppeuses, aventurières… Elles s’envolent et se sauvent. Il n’y a pas d’âge pour les bonnes résolutions. Quand les circonstances t’étouffent faut pas hésiter, hein ! Faut prendre la tangente et la clé des champs. Les comédiennes Nicole Oliver et Martine Willequet sont à applaudir au Théâtre Le Public jusqu’au 22 juin 2019. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt 64-70 à 1210 Bruxelles

THÉÂTRE : TERREUR Dans cette pièce-procès, Ferdinand von Schirach, criminaliste à succès et maître de l’ambivalence morale, pose la question de la dignité, apanage de l’être humain. L’état d’urgence et la menace terroriste justifient-ils dans certains cas la mise en balance de vies humaines ? Peut-on tuer 164 personnes pour en sauver 70.000 ? Il n’y a aucun doute quant à la culpabilité de l’accusé, qui d’ailleurs ne cherche pas à contester ce fait. La question est de savoir s’il avait le droit d’enfreindre la loi. La constitution prévoit-elle un devoir de désobéissance ? Ou la loi prime-t-elle toujours sur les hommes ? Ce sera à vous, spectateurs, de vous faire une opinion et, ensuite, de rendre justice. Car vous allez devoir délibérer à la fin du « procès » et rendre le verdict. Avant tout, pensez que face à vous sera assis un homme. Un homme qui a les mêmes rêves, les mêmes désirs et les mêmes besoins que vous, et qui, comme vous, aspire à la justice. Un spectacle mis en scène par Pauline d’Ollone, défendu sur les planches par Pierange Buondelmonte, Serge Demoulin, Patricia Ide, Sarah Messens, Alexandre Trocki et Jérémie Siska et à découvrir jusqu’au 22 juin 2019 au Théâtre Le Public. Voyez davantage de détails sur le site officiel www.theatrelepublic.be Rue Braemt 64-70 à 1210 Bruxelles


HISTORIQUE DU MUSEE D’ART FANTASTIQUE DE SAINT-GILLES La Maison « Bis-Art Bizzare » a vu le jour en 1989 dans le cadre de l'animation « Été-Jeunes ». Michel Dircken et Michel Souren, qui travaillaient alors comme animateurs à la Maison des Jeunes d'Etterbeek, ont reçu un micro budget pour réaliser une animation durant les vacances d’été. Enthousiastes, ils ont décidé de fabriquer quelques objets et un décor fantasmagorique, en laissant vagabonder leur imagination. Après une quinzaine de jours de montage et dix d'exposition, une cinquantaine de personnes ont vu leur travail. Dès lors, ils ont décidé d’offrir de l'ampleur à cet événement, d’obtenir un budget propre, de démarcher la presse écrite, la radio et la télévision, etc. De l’huile de coude, de la sueur, des engueulades et des fous rires, sans oublier la déglutition d’un nombre indéterminé de canettes de bière. En 1996, trois mois de montage ont été nécessaires pour réaliser leurs nouvelles idées avec une exposition qui s’est étalée sur huit semaines. 1997 s’est avérée une année de transition, tant sur le plan logistique que pratique. La plupart des manifestations ont été organisées au Clos des Arts dans les Anciennes Glacières à Saint-Gilles. C’est ce moment que Michel Dircken a choisi pour monter la pression d’un cran. Réfugié au dernier étage de son habitation de la rue Américaine (à deux pas du Musée Horta !), il a transformé les autres niveaux en un espace étonnant. Cet endroit, entièrement dédié à l'art fantastique, offre depuis aux visiteurs un aperçu parfois baroque, souvent pointu et un chouia surréaliste des créations étranges et actuelles. Evidemment, un soin particulier a été apporté aux détails. Depuis, de nombreuses expositions et de multiples événements y ont été organisés, tant pour les enfants que pour les adultes.

PORTRAIT DE MICHEL DIRCKEN : CONSERVATEUR DU MUSÉE D’ART FANTASTIQUE Ni loup-garou ni vampire, ni bonimenteur ni frimeur. Un peu fou, toujours à l’affût de la nouveauté qui fera frémir le visiteur, magicien de l’ombre et admirateur de Poe et de Lovecraft, il a fait de sa passion un art de vivre et a ouvert en sa demeure un musée pas comme les autres. Il y a aussi un zeste de mystère qui fait de lui un étrange mélange de savant un peu dérangé et d’artiste capable de pratiquer le grand écart entre le modéliste et la sculpture, toujours à la recherche d’une idée nouvelle pour enrichir sa collection d’œuvres étranges. Certains racontent que le brave Michel possède un double maléfique en la personne du professeur Dircken. Sorte de Jekyll et Hyde des faubourgs saint-gillois. Loin de se rassasier de quelques tièdes expériences, il nourrit un goût prononcé pour les univers baroques, les atmosphères brumeuses et les pans de murs en ruine. Depuis plus de dix ans, il préside à la destinée du plus étrange lieu culturel bruxellois : un musée où rien n’est jamais acquis et où chaque spectateur est amené à découvrir des pièces singulières. On le sait, mettre les pieds dans l’enceinte du Musée d’Art Fantastique équivaut à vivre des émotions teintées de mystère et de drôlerie. Concepteur de la majorité des pièces exposées, le conservateur n’en est pas moins un homme qui aime l’humour et qui sait que l’horreur ne suffit pas à fidéliser un public qui refuse d’adopter un comportement de zombie. Aussi, il a pris à cœur de mettre sur pied une kyrielle d’animations thématiques à l’usage des familles, allant d’une balade en train fantôme au parcours de golf terror, sans oublier d’errer dans un labyrinthe de toile (voir agenda). Si la momie ou le squelette d’Elephant Man peuvent troubler les plus jeunes, il aime rassurer les mamans. Ici, tout est ludique et les enfants, après un premier moment de surprise, raffolent de l’enseigne. En partant, ils peuvent se procurer une barbe à papa, fabriquer un badge à l’effigie de leur monstre préféré ou ramener une boîte de viande humaine pour leur institutrice, qui n’en croira pas ses yeux. Davantage d’informations sur www.fantastic-museum.be Rue Américaine, 7 à 1060 Bruxelles Sam Mas


UN KET DE BRUSSELLES : LE VISMET OU MARCHÉ AUX POISSONS Tu connais le parvis de l’église Sainte Catherine ? Mais oué c’est là ousque tu dégustes une assiette d’huitres avec un verre de Moselle en attendant que Bobonne finisse ses courses rue Antoine Dansaert. Voilà, tu y es ! Sur le côté de l’église, tu vois une grande esplanade que maintenant on appelle le Marché aux Poissons (le Vismet pour les intimes). Autrefois, il y avait là un morceau du canal (le Bassin des Marchands) qui faisait comme un port, avec des quais de chaque côté. Ils s’appellent toujours Quai aux Briques et Quai au Bois à Brûler. Un gros malin a un jour estimé que de l’eau à cet endroit-là ça ne servait à rien, que ça sentait mauvais et que de toute façon la Senne était quand même enterrée, et que Brusselles n’avait plus besoin de transport fluvial ; tu vois bien qu’il en avait des choses à dire, c’est pour ça que c’était un gros malin. Et c’était pas fini : d’après lui les Ânes de Schaerbeek s’occuperaient bien du canal de Willebroek au pont Van Praet et ça suffisait. Les Brusseleirs ils préféraient tousser dans la vapeur pétrolière des camions, ara ! Donc les deux quais et le canal rebouché ont fait une large esplanade dont on ne savait pas quoi faire, même pas le gros malin, mais il trouvait que c’était mieux quand même que cette eau croupie qui venait empester les braves marchands. Et puis des briques, on en trouvait des tas avenue du Port à Molenbeek et du bois à brûler on n’en avait plus besoin à cause du bon charbon de nos mines wallonnes. Tout était tof in den hof grâce à lui ! Grosse question : qu’est-ce que l’administration communale allait bien pouvoir foutre avec cet espace vide ? Alors on s’est mis à y vendre du poisson. On a construit un grand hall très XIXe siècle (qu’on s’est empressé de démolir en 1955). C’est bien, le poisson. Ça sent un peu aussi mais c’est différent. Tous les sept mètres tu trouvais un grossiste avec des soles, des carrelets, des boestrinks et autres anguilles, et des restaurants chicos pour la bourgeoisie. Homards, langoustes, huitres, fruits de mer, entrez Messieurs-Dames, c’est tout frais ! Et klett ! voilà l’endroit rebaptisé ! Le Marché au Poisson ! The place to be ! Mieux que l’Îlot Sacré, mieux que Manneken Pis : tu t’accoudes à une table rustique (une tige verticale avec un rond pas très propre au-dessus) avec une assiette de moules parquées et un verre de Chablis du Mont de l’Enclus non millésimé et tu regardes l’entrée de l’église. The foot, peï ! Tu te crois à Washington en compagnie de Donald. Car l’administration s’est retrouvée de nouveau avec un grand espace vide et inutile après la démolition intempestive des halles. Alors un gars inspiré par les Muses (un autre que le gros malin, rassure-toi) s’est levé dans la salle gothique de l’hôtel de ville et a lancé : « Pourquoi on ne ferait pas un bassin avec de l’eau ? » Approbation quasi unanime. La belle idée ! Déjà on imagine le Mall de Washington avec à un bout la statue de « Abraham » Anspach dans un énorme mausolée, et de l’autre le Capitole Sainte Catherine. Ne manquera que l’obélisque (ou monument à George – sans s) et la Maison Blanche sur la droite… Mais voilà, manque de budget, ou manque d’ambition, on a créé deux petits bassins, un à chaque bout, avec la fontaine Anspach en guise de mausolée d’un côté et les inscriptions « Défense d’uriner » sur la façade de l’église de l’autre côté. Ça rapporte tout de même un peu d’argent en fin d’année, lorsque l’administration loue des chalets de Noël à prix d’or lors de ces derniers marchés de notre siècle de vente sur Internet. The place to be ? Plus rien à voir là-bas en juillet, à part prendre un bain de pieds lors des canicules, mais pour ça, tu as aussi le parc du Cinquantenaire, dont je te parlerai la prochaine fois.


Tu vois, du temps du Vismet (Marché au Poisson) dans la grande halle, hommes et femmes, poissonniers et poissonnières, avaient une joie de vivre et une faconde qu’on ne retrouve plus aujourd’hui. On rigolait, on s’invectivait, on se balançait des plies à la tête pour un oui ou pour un neen, mais on vivait sans procuration. Chaque année, pour la fête patronale, on se déguisait, on dansait, on buvait toute la nuit et le lendemain, on était fidèle au poste : Poisson frais, madame, juste arrivé d’Ostende. C’est pas du Zola, pas de la nostalgie de pacotille, juste la vision d’un nouveau mode de vie qui me semble s’éloigner de l’humanité, une sorte de dilution de la personnalité. Ces gens vivaient à la dure mais étaient heureux ; le sommes-nous aujourd’hui, malgré nos voitures socialement valorisantes, nos smartphones plus intelligents que nous, le bien-être suave qui nous caramélise ? Je ne regrette pas le temps du Vismet, simplement, j’envie ces viswaaive (poissonnières) qui travaillaient en riant aux éclats, zwanzaient à tue-tête, connaissaient leur métier sur le bout des doigts tout en sachant vider un verre de gueuze comme un homme. Mais le Vismet est devenu le Mall de Brusselles, avec ses dadames à Chichihouahoua qui chichirotent du thé de Chichine avec une bouche en cul de dindon. D’aucun y verront l’évolution de la civilisation. Georges Roland Retrouvez les romans bruxellois de Georges Roland sur www.georges-roland.com

(« MANNEKEN PIS NE RIGOLE PLUS » est maintenant disponible en format poche, ara !)

FLAMBOYANT OU UN ART DE VIVRE DANS LES ANNEES TRENTE Flamboyant est une exposition immersive, un projet qui invite le visiteur dans la maison d’un collectionneur fictif des années 1920 et 1930. En entrant dans la Villa Empain, il redécouvre ce joyau architectural unique construit en 1934, entièrement meublé dans le style Art déco, décoré d’une multitude de toiles d’artistes majeurs et d’une sélection de plus de deux cents meubles d’époque, d’objets précieux, d’archives, de livres et d’affiches rares. A découvrir jusqu’au 24 août 2019 à la Villa Empain. Plus de détails sur le site www.villaempain.com Avenue Franklin Roosevelt, 67 à 1050 Bruxelles MANNEKEN-PIS A URINÉ DU LAIT POUR UN PRIX DU LAIT EQUITABLE ! Le samedi 1er juin 2019, Manneken-Pis a uriné du vrai lait, habillé de son costume d’éleveur ouestafricain. Par cette action (à l’occasion de la Journée mondiale du lait), l’ONG belge Vétérinaires Sans Frontières a voulu réclamer un minimum d’attention pour la situation critique des éleveurs laitiers ouest-africains. Le lait représente pour eux une source importante d’alimentation et de revenus. Mais, à cause de la concurrence qui inonde le marché avec ses surplus sous forme de lait en poudre écrémé ou autres, les producteurs locaux peinent à subsister. Chez nous, on l’ignore mais, en Afrique de l’Ouest, soixante pour cent de la population vit de l’élevage et de l’agriculture. Les animaux, comme les vaches ou les chèvres, leur fournissent du lait, du fumier et de l’argent. Pour les familles vulnérables en milieu rural, le lait est une des rares sources de protéines. Alors qu'une vache belge donne en moyenne vingt-cinq à trente–cinq litres quotidiens, une vache africaine ne donne que deux à trois litres par jour. Durant la saison sèche, elles produisent même moins d'un litre par jour à cause du manque d’eau, de pâturages et de soins vétérinaires. Un pipi pour réveiller les consciences par un Manneken-Pis citoyen !


EXPOSITION : AU-DELÀ DE LA GRANDE GUERRE : 1918 – 1928 Après la Première Guerre mondiale, la Belgique (à l’image du reste du monde) subit de profondes mutations. La société est fortement ébranlée mais, en même temps, elle revit. Dans l’exposition « Au-delà de la Grande Guerre : 1918-1928 », le War Heritage Institute explore plusieurs thèmes majeurs tels que l’offensive finale, la libération, la période d’après-guerre, les révolutions géopolitiques, mais aussi la reconstruction économique, le processus de deuil et la mémoire, les changements sociopolitiques et socioculturels. Cette manifestation présente des pièces exceptionnelles provenant des riches collections du WHI, de musées nationaux et internationaux. Les décors et les témoignages des « Années folles », ainsi que des outils interactifs, réservent au visiteur leurs lots de surprises et d’émotions. Un catalogue volumineux accompagne l’exposition afin d’illustrer en profondeur le contexte de cette période mouvementée. Un événement à voir jusqu’au 22 septembre 2019 au Musée Royal de l'Armée et d'Histoire Militaire. Plus de détails sur le site www.khm-mra.be Parc du Cinquantenaire, 3 à 1000 Bruxelles Sam Mas

EXPOSITION : INTIMATE AUDREY HEPBURN Intimate Audrey est une exposition sur la vie d'Audrey Hepburn, créée par son fils Sean Hepburn Ferrer, pour fêter ses 90 ans dans sa ville natale de Bruxelles. Tous les bénéfices iront à Eurordis-Rare Diseases Europe ainsi qu’aux hôpitaux Brugmann et Bordet de Bruxelles. Composée en grande partie de photographies inédites et de documents et objets lui ayant appartenus, l'exposition s'intéresse exclusivement à la femme et non à l'icône. C'est la femme derrière la légende qui revient dans la ville qui l'a vue naître. Star incontestable d'Hollywood depuis son apparition oscarisée dans "Vacances Romaines", muse du couturier Hubert de Givenchy, vedette du film "Breakfast at Tiffany’s", Audrey Hepburn continue encore aujourd’hui de fasciner. On oublie trop souvent qu’elle est née en Belgique et qu’elle a consacré une grande partie de son existence à parcourir le monde comme ambassadrice de l’Unicef. C'est la femme derrière la légende qui revient dans la ville qui l'a vue naître. L'exposition, qui s'étend sur plus de huit cents mètres carrés, comprend plusieurs centaines de photographies originales et réimprimées, un nombre limité de souvenirs, de robes et d'accessoires, ainsi que ses œuvres inédites. Des dessins de mode et des écrits humanitaires. Une série de vidéos poignantes donne vie à chacun des chapitres de sa vie. A voir jusqu’au 25 août 2019 à l’Espace Vanderborght. Vous pouvez découvrir tous les détails pratiques sur le site http://intimateaudrey.org Rue de l'Ecuyer 50, 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : IS THERE LIFE ON MARS ? La centième représentation de cette pièce consacrée à l’autisme vient de clôturer la saison au Théâtre des Martyrs. Elle est signée Héloïse Meire et a reçu la distinction d’un spectacle d’utilité publique. Créé voici deux ans par la Compagnie What’s Up, Is There Life on Mars ? nous fait vivre dans nos tripes et dans notre cerveau ce qu’est l’autisme. Un spectacle fort, émouvant et poétique. L’autisme, d’un mot grec désignant le repli sur soi-même, est un trouble du comportement social qu’on repère chez l’enfant dès son plus jeune âge. La pièce fait partager les troubles du « spectre autiste ». C’est une palette très large qui va du non verbal au verbal, en passant par l’hypersensibilité à la lumière et au bruit, mise en évidence au milieu du spectacle. L’autisme touche un pourcent de la population mondiale, avec Rain Man de Barry Levinson qui l’a révélé au grand public. Les aspects de ce trouble sont multiples, allant des difficultés du langage jusqu’aux comportements stéréotypés et répétitifs. La pièce les met en scène. Les autistes ont du mal à se concentrer et à vivre avec les autres. Ils sont dans leur bulle. Entre eux et nous, un pont que nous empruntons pour aller à leur rencontre. Le spectacle nous plonge dans leur monde secret, avec des enregistrements où ils nous livrent leur peur, leurs manies, leurs angoisses. Leurs tics et leurs tocs qui les poussent à refaire mille fois les mêmes choses, les mêmes gestes, les mêmes trajets en touchant les mêmes objets. La main de l’un d’eux n’arrête pas de heurter une table et se retourne contre lui-même au plus fort de l’angoisse. Il faudra beaucoup de douceur et de tendresse pour l’apaiser. Ces manies fatiguent l’autiste, qui se ferme aux autres pour se replier dans sa tour d’ivoire. Telle autre nous dit qu’elle savait lire avant de parler et qu’elle associe les sons aux lettres qu’elle tape à l’ordinateur. Elle nous livre la symphonie de ses sensations : les synesthésies chères aux poètes, qui relient chacun des sens aux autres, faisant vibrer les lettres comme les cordes sensibles d’un violon qu’elle colorie. « Nous sommes des boîtes à trésor dont on aurait perdu la clé », nous confie-t-elle. Néon, musique, odeur mettent mal à l’aise une autre, qui porte des lunettes de soleil au cœur de l’hiver. Pas pour se mettre en valeur mais pour fuir la lumière. Pour elle, Mozart devient Wagner au niveau sensoriel. Elle perçoit la musique comme un vacarme. La pièce met en image ce vacarme qui agresse le cerveau : bruit et lumière y jettent l’épouvante, et pas seulement chez les autistes qui fuiront la salle. Cette intensité sonore et visuelle perturbe le public en lui faisant ressentir dans sa chair le vécu des autistes. Leur monde est une jungle dont il faut connaître le chemin pour y entrer et les découvrir. Pendant une heure et quart, nous découvrons leur monde clos à travers quatre comédiens qui les font parler en scène par verbatim, l’enregistrement fidèle de leurs propos, et par un jeu d’ombres chinoises. Le casque rivé aux oreilles, ils nous restituent leurs paroles. Héloïse Meire, la metteuse en scène, a synthétisé 80 heures d’enregistrement, en retenant trois minutes pour chaque intervention et en changeant les noms, le cas échéant. Elle a choisi une scénographie appropriée, qui n’est pas une imitation (même si l’un des comédiens imite Josef Schovanec) mais un rendu artistique, avec des gestes qui empruntent à la danse et à la pantomime. Les autistes jouent leur solitude au monde devant nous. Le spectacle a reçu le Prix de la critique 2016-2017. C’est un voyage en Autistan, le pays décrit par Schovanec, émouvant et poétique, qui recueille chaque fois un immense applaudissement dans la salle. Comme il le mérite amplement du reste. On reverra Is There Life on Mars ? en novembre prochain à la Maison des cultures de Molenbeek-St-Jean (du 4 au 8/11) et au Centre culturel de Berchem SteAgathe (du 11 au 15/11). Tournée aussi dans les écoles. Plus d’informations sur compagniewhatsup.com . Michel Lequeux


EXPOSITION : JOSH SMITH L'artiste américain Josh Smith est reconnu pour la diversité de ses pratiques artistiques et pour le large éventail de styles différents dans lesquels il travaille. Formé à l'origine comme graveur, mais principalement connu pour ses peintures, Smith crée également des sculptures, des céramiques, des livres, des estampes et des affiches. Il est un dessinateur accompli. Son art est profondément subjectif et, en remettant en cause les normes et les goûts contemporains, il est souvent contre culturel. Élaborant typiquement en séries et empruntant librement le vocabulaire de la peinture moderne, ses toiles sont expressionnistes, gestuelles et colorées. Smith travaille de manière prolifique, mais aussi stratégique et méthodique. Pourtant, malgré leur apparente spontanéité, elles restent finalement le produit d'un processus psychologique intense, certaines pouvant prendre des années de gestation. John Smith a déclaré qu'il "pensait par le truchement de la peinture" et que, dans ce but, son art pouvait être perçu comme un moyen de tester des idées et telle une forme d'interrogation, que ce soit sur le processus de création lui-même, sur ce que signifie être artiste ou les aléas de la vie quotidienne. Josh Smith (né en 1976 à Okinawa) vit et travaille à New York. Ses expositions personnelles récentes incluent le Bonner Kunstverein (Allemagne), le Museo d'Arte Contemporanea Roma (Italie), le Centre d'études d'art de la Fondation Brant de Greenwich (Connecticut et le Musée de la modernité du musée de Vienne(Autriche). Ses travaux sont exposés maintenant à Bruxelles à la galerie Xavier Hufkens du 7 juin au 13 juillet 2019. Plus de détails sur le site www.xavierhufkens.com Rue Saint-Georges, 107 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : CARLOS CRUZ-DIEZ La Patinoire royale accueille la première exposition individuelle de Carlos Cruz-Diez en Belgique depuis plus de cinquante ans. Intitulée « Labyrinthus », elle se veut une invitation à explorer les divers chemins tracés de l’artiste afin d’appréhender la perception de la couleur à l’état pur. Pièce centrale, immersive et monumentale, ce labyrinthe de Transchromie s’inscrit dans la ligne directe des premiers Environnements conçus par Carlos Cruz-Diez en 1965. L’œuvre puise dans son titre Transchromies (littéralement « au travers de la couleur ») un cheminement qui transforme et transfigure la réalité environnante. Le spectateur déambule parmi des plans colorés transparents et découvre les combinaisons de soustraction chromatique minutieusement orchestrées. Une fois n’est pas coutume : ce labyrinthe est un espace ouvert à la lumière ambiante et à la richesse des espaces environnants. Un lieu où l’on peut s’attarder, revenir et redécouvrir un spectacle chatoyant sans cesse renouvelé. Cet événement réunit également un panorama sélectif de Physichromies (Caracas, 1959/2019), Transchromies (Paris, 1965/2019) et Chromointerférences Spatiales (Paris, 1964/2019) qui se définissent comme autant de propositions permettant au public de découvrir la capacité à créer d’un homme au faîte de son talent, servi par ses moyens perceptifs et par une inspiration loin de se tarir. Une rencontre à vivre jusqu’au 27 juillet 2019. Plus de détails sur le site www.prvbgallery.com Rue Veydt, 15 à 1060 Bruxelles


EXPOSITION : MICHAEL VENEZIA Voici la septième exposition de Michael Venezia à la Galerie Greta Meert. Il présente des travaux sur blocs, ainsi que des œuvres plus petites sur des palettes. Cette exposition souligne l’intérêt de longue date de l’artiste pour les méthodes historiques d’application de la peinture. Tout au long de sa carrière, une enquête constante sur diverses d'application de la couleur l'a amené à créer des peintures extrêmement idiosyncratiques qui suivent une logique de réduction minimaliste tout en s'inspirant simultanément d'un large éventail de traditions picturales. Qu'il s'agisse de l'effet créé par la saturation de la peinture au pistolet sur la toile et le papier, ou des effets de peinture appliqués au pinceau et au couteau, sur des blocs de bois étroits, il aborde toujours la matière comme un moyen de créer une sensation pour les yeux. Une expérience de perception plus qu'un conceptuel. Considérant que la peinture est à la fois un objet et une action, il essaie d'éviter d'anticiper le résultat final. Au lieu de cela, il conduit des procédures et des manœuvres à partir desquelles la peinture émerge pour exister dans le présent en tant qu'objet physique. Dans cette logique, il traite l'objet pictural comme le point de départ historique de la couleur. Lorsque l'action consistant à appliquer de la peinture devient la peinture elle-même, la dialectique entre la qualité de la durée du processus et la condition matérielle de l'objet fini devient centrale. Occupant efficacement un espace ambigu entre peinture et sculpture, le travail de Michael Venezia estompe également les frontières entre les héritages interdépendants mais exclusifs de l’expressionnisme abstrait et du minimalisme. Ses peintures sur blocs et palettes représentent deux types différents de créations sur support en bois, où la matérialité des pigments met en avant la qualité sensuelle. Une exposition à voir jusqu’au 6 juillet 2019 à la galerie Greta Meert. Plus de détails sur le site www.galeriegretameert.com Rue du Canal, 13 à 1000 Bruxelles LA MONNAIE RÉCOMPENSEÉ AUX INTERNATIONAL OPERA AWARDS Les International Opera Awards 2019 ont été présentés au Sadler's Wells Theatre de Londres. La Monnaie y a remporté un Opera Award dans la catégorie Best New Production avec l’opéra Z mrtvého domu (De la Maison des Morts), coproduit avec la Royal Opera House Covent Garden et l’Opéra de Lyon. Cette mise en scène de Krzysztof Warlikowski a été créée à Bruxelles en novembre dernier. Fier de ce succès, le metteur en scène polonais reviendra d’ailleurs chez nous la saison prochaine avec Les Contes d’Hoffmann (classique d’Offenbach). Sortes d’Oscars du monde de l'opéra, les Opera Awards récompensent les meilleurs artistes et les productions les plus novatrices de la scène internationale durant l’année précédente. Parmi une longue liste de plusieurs centaines de nominations réalisées par des critiques, musiciens et lecteurs d’Opera Magazine, six nommés sont sélectionnés et, ensuite, évalués par un jury. Le baryton français Stéphane Degout, également habitué des planches de la Monnaie, s’est vu décerner une statuette dans la catégorie Best Recording (Solo Recital) pour Enfers et Katie Mitchell, qui mettra en scène Zauberland à la Monnaie la saison prochaine, a triomphé avec le titre de Best Director. Bravo aux artistes !


EXPOSITION : MULTIPLE TRANSMISSIONS - ART IN THE AFROPOLITAN AGE Cet événement prend comme point de départ les artistes africains ayant participé au programme de résidences du Wiels entre 2015 et 2019. Aujourd’hui composantes à part entière du paysage artistique mondial, les résidences mettent les créateurs en mouvement de par le monde, tout en les immergeant en un endroit donné pendant une période déterminée. Les plasticiens, et plus particulièrement les plasticies africains, sont devenus les habitants successifs de plusieurs lieux et villes. Principalement développé par le penseur Achille Mbembe, le concept fait référence aux cultures et esthétiques transnationales du XXIe siècle s’identifiant comme africaines. À la fois à l'intérieur et hors du continent, leurs itinérances physiques et mentales ont développé chez eux des géographies radicalement plurielles. Créées entre Kinshasa, Lubumbashi, Johannesburg et Bruxelles, leurs travaux sont ici présentés à côté d’autres pratiques artistiques tout autant imprégnées de ces mouvements globaux. Le mérite de l'Afropolitanisme est de nous forcer à reconnaître la multiplicité des influences et héritages transversaux et globaux qui sont ceux des artistes africains d’aujourd'hui. À une époque où les régimes politiques dans le monde témoignent d’une montée alarmante de la xénophobie, lorsque les frontières se dressent partout et les migrants sont abandonnés à leur sort, l’Afropolitanisme offre un formidable modèle de cohabitation harmonieuse et de métissage, loin du repli sur soi et de la peur de l’autre. Cette exposition est à découvrir au Wiels jusqu’au 18 août 2019. Plus de détails sur le site www.wiels.org Avenue Van Volxem, 354 à 1190 Bruxelles

EXPOSITION : MARIO GAR-CÍA TORRES - ILLUSION BROUGHT ME HERE Voici la première exposition muséale de Mario García Torres en Belgique. À cette occasion, l'artiste mexicain présente sa propre version condensée d'une rétrospective. A savoir, une nouvelle pièce intitulée Silence’s Wearing Thin Here, composée de voix et de bandes sonores de ses œuvres antérieures. L’artiste y dévoile des histoires mineures ou obscures, avec une prédilection pour l'art et la musique d'avant-garde des années 60 et 70. Il recrée des expositions historiques et complète des travaux inachevés tout en floutant les originaux et les reconstitutions, le passé et le présent. Il entre en dialogue avec des personnalités énigmatiques et radicales qui étaient surtout actives avant sa naissance, comme l'artiste bruxellois Marcel Broodthaers ou le compositeur américano-mexicain Conlon Nancarrow. Il y a environ quatre ans, García Torres a cessé de dater ses créations, comprenant des performances et des installations cinématographiques, sculpturales et picturales. Ce faisant, il sape encore plus le récit d'un travail et d'une carrière en tant qu'évolution progressive au fil du temps. Cet événement est à voir au Wiels jusqu’au 18 août 2018. Voyez tous les détails sur le site www.wiels.org Avenue Van Volxem, 354 à 1190 Bruxelles


CONCERT : FRANÇOISE STELLA MARQUET Afin de présenter son premier disque, Françoise Stella Marquet sera en concert à Espace Art Gallery le jeudi 20 juin 2019 à 20 heures. Alors que les muses s’étaient penchées sur son berceau, elle a très vite été attirée par le monde de la musique. Harpiste depuis plus de dix ans, elle est véritablement tombée amoureuse de cet instrument, fusionnant avec lui et apprenant progressivement à en maîtriser tous les registres. Une rencontre bénéfique qui a profondément modifié son existence. Assez vite, elle s’est exhibée en public, a associé son art aux vernissages d’Espace Art Gallery, au monde des podiums et des salles, tout en se produisant dans le cadre d’événements privés. Une question lui est souvent posée : « Pouvez-vous me vendre un CD ? » Lentement, l’idée a fait son bout de chemin, avec la détermination de réaliser enfin un objet en vrai, à proposer avant ou après une prestation. Une trace tangible que les spectateurs peuvent emporter pour écouter chez eux. Le titre de l'album lui est apparu alors qu’elle se déplaçait en voiture par une fin d'après-midi pluvieuse. Elle songeait à quelque chose qui puisse servir d’accroche, tout en respectant son univers basé sur la culture celtique. Brusquement, les mots ont surgi comme une évidence : Once Upon a Time. Quoi de mieux pour renvoyer aux mondes enchanteurs du roi Arthur, de la Table Ronde, de la fée Morgane et d’Excalibur ? Parfaits surtout pour débuter une nouvelle aventure au cours d’une année 2019 remplie de promesses ! La session d’enregistrement a eu lieu au Majestic Studio à Boortmeerbeek, en compagnie du flûtiste Dominique Harpigny, complice de longue date. Annoncé pour le 21 juin 2019, le CD de six titres sera vendu en avant-première et dédicacé la veille. Si vous souhaitez assister à ce double événement (dédicace et concert) vous trouverez tous les détails complémentaires sur le site www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié

CONCERT : MY FAIR LADY « My Fair Lady », l’un des plus grands succès de Broadway et de Londres rendu populaire par le film aux huit Oscars avec Audrey Hepburn et Rex Harrison, arrive enfin à Bruxelles. Après le succès de « La Mélodie du Bonheur », « Evita » et « Sunset Boulevard », le Festival Bruxellons ! est heureux de vous annoncer sa prochaine création chez nous durant les congés d’été. Ce grand spectacle familial nous plongera dans le Londres du début du XXème siècle et nous comptera l’histoire d’une simple vendeuse de fleurs rendue grande dame de la cour grâce au professeur Higgins. Il vous attendra dans le cadre idyllique du Château du Karreveld. Plus de détails sur le site www.bruxellons.be Avenue Jean de la Hoese, 32 à 1080 Bruxelles


PORTRAIT : SALVATORE GUCCIARDO, PEINTRE ET POÈTE Artiste d’origine italienne, sa famille émigre en Belgique dans les années cinquante. Enfant passionné et doué, en parfait autodidacte, il a appris seul à dessiner et à peindre. Il étudie l’histoire de l’art et de la littérature. En 1974, il expose au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. Il reçoit un accueil chaleureux de la presse qui l’encourage à continuer de peindre. En 1975 Aubin Pasque, peintre fantastique, l’intègre dans le Mouvement Artistique International Fantasmagie dont il est le fondateur. Salvatore Gucciardo a plus de 60 expositions personnelles à son actif. Il a reçu de nombreux prix et titres honorifiques en Belgique et en Europe. Il figure dans plusieurs dictionnaires, anthologies, catalogues, revues littéraires et artistiques, en tant que peintre et en tant que poète. Il est édité dans plusieurs pays et certaines de ses œuvres ont été acquises par des musées belges, ainsi que par plusieurs villes en Belgique, en Italie et au Luxembourg. Parmi les très nombreux articles de presse qui lui ont été consacrés, on peut lire : « Grâce à un art extrêmement raffiné pratiqué par le Maître Salvatore Gucciardo, le public réalise un voyage à l’intérieur des émotions humaines, émotions mises en valeur par des couleurs créées par une personne dont on ne peut mettre en doute les compétences artistiques » Son talent fut remarqué par le critique d’art Stephan Rey, alias Thomas Owen. Dès leur première rencontre qui date de 1976, une profonde amitié nait entre l’écrivain, membre de l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique et le peintre, elle durera jusqu’à la mort du célèbre romancier en 2002. Il a fallu cinq ans pour que l’artiste finalise cette pièce maîtresse d’une œuvre qui compte plusieurs centaines de personnages. Salvatore semble nous dire, dans sa vision créatrice, combien prime la relation entre l’homme et la nature. Son message et une source d’espoir, une quête spirituelle, une communion profonde entre l’homme et l’univers. Sa vision cosmologique est chaleureuse et poétique. Il place l’être humain au centre du monde. Anita Nardon, sociétaire de l’Association Internationale des Critiques d’Art lui consacre une monographie aux éditions Art In Belgium dans la collection « Traces de l’art ». Le peintre est aussi poète. Il a déjà publié plusieurs recueils de poèmes et figure dans plusieurs anthologies de poésie, notamment dans Vingt Poètes, Anthologie de la poésie contemporaine, Editions du Chasseur abstrait, France 2012, ainsi que dans l’anthologie « Les Poètes et le Cosmique » de JeanPierre Béchu et Marguerite Chamon, Editions Du Net, France 2015, de même dans l’anthologie « Les Poètes, l’Eau et le Feu » de J.P. Béchu et M. Chamon, Editions Du Net 2017. Cette passion pour la poésie n’est pas récente. A 17 ans il se passionnait déjà pour l’univers poétique d’Arthur Rimbaud et Charles Baudelaire. Après deux recueils de poésies « Lyrisme cosmique » et « Méandres » parus aux Editions Chloé des Lys, Salvatore vient de publier son premier roman « Le Voyageur Intemporel », également chez Chloé des lys. Le voyageur intemporel est un voyage initiatique dans le temps, une fresque fantastique, un récit rocambolesque et poétique qui donne une vision insolite et complexe de la nature humaine dans sa nudité intérieure. Voici un petit extrait de ce qu’en dit Denis Billamboz, critique littéraire. « Je suis sorti de ce livre avec l’impression que Salvatore Gucciardo voulait évoquer tous les travers inhérents à la condition humaine et nous convaincre qu’il était inutile de chercher ailleurs une meilleure condition, partout ailleurs le bien et le mal s’affrontent toujours avec violence, et qu’il suffirait peut-être de conjuguer les forces ouraniennes et les forces chthoniennes pour que notre monde soit moins mauvais ». Plongez dans l’univers hypnotique de cet artiste dont on n’a pas fini de parler, en visitant son site : www.salvatoregucciardo.be Silvana Minchella


CINÉMA : JOHN WICK 3 – PARABELLUM Film d’action de Chad Stahelski, avec Keanu Reeves, Halle Berry, Laurence Fishburne, Mark Dacascos, Ian McShane et Lance Reddick. USA 2019, 140 min. Sortie le 22 mai. Résumé du film – John Wick, tueur à gages retraité, vient de faire couler le sang à l’Hôtel Continental, refuge de la Mafia internationale. Il a déclenché les représailles de la Grande Table et s’est privé des services de l’hôtel qui lui a fermé ses portes. Désormais excommunié, il fuit cette nuit-là à travers les rues de New York avec son chien, sa tête ayant été mise à prix pour 14 millions de dollars. Toute la pègre lui court après pour avoir sa peau et la prime qui va avec. Commentaire – Troisième épisode de la série John Wick, les deux premiers étant sortis en 2014 et 2017. Cette série a relancé la carrière de Keanu Reeves après Speed qui l’avait révélé en 1994 dans la peau d’un agent harcelé par un policier fou dans un bus lancé à toute vitesse, aux côtés de Sandra Bullock. Pas de sexe ici, sinon ceux que se déchirent à belles dents les chiens Malinois du duo que Reeves forme cette fois avec Halle Berry, la nouvelle venue qui se joint à lui pour répandre le sang de la pègre. Rien donc que des bagarres spectaculaires que le réalisateur Chad Stahelski – toujours lui dans cette suite et cascadeur lui-même – organise à la perfection, avec un minimum de mots et un maximum d’action. Et de l’action, il y en a avec les scènes qui rebondissent les unes après les autres. A 54 ans, Keanu Reeves les enchaîne comme dans un jeu vidéo, se relevant de plus belle pour aller audevant des tueurs lancés à sa poursuite. Le jeu en vaut la chandelle et les candidats se pressent au portillon pour lui faire son affaire. Du géant russe aux petits Chinois en passant par les « assassins » de Casablanca se droguant au haschisch, toute la pègre est à ses trousses depuis que sa tête a été mise à prix. Pendant plus de deux heures, on est sur les charbons ardents, mais notre héros invincible, indestructible, s’en tire toujours en alignant les morts sur le carreau après leur avoir logé une balle dans la tête. On ne les compte plus. La ronde des tueries est spectaculaire. C’est le côté cascades enchaînées du film qui se déroule dans un univers somptueusement baroque, mêlant la chorégraphie des arts martiaux, le costume trois-pièces du personnage et la parodie. On notera au passage la référence au western italien avec le pistolet du Bon, la Brute et le Truand dont John Wick remonte les pièces comme Tuco le faisait, la présence de Franco Nero, le clin d’œil à Lawrence d’Arabie avec ces dunes rouges du désert que John escalade avant d’être recueilli par les Bédouins, ou encore les peintures du Caravage qui se superposent au ballet des danseuses-tueuses. Les scènes trash, voire gore se succèdent entre-temps : les yeux crevés, les mains tranchées, le doigt du héros coupé, les os qui se rompent, les corps qui se fracassent contre les vitrines, tout cela dans les débris d’une galerie de glaces mise en pièces (une scène déjà présente dans l’épisode 2). Frissons garantis, on vous l’accorde. Tout cela donc plaira à ceux qui aiment les jeux vidéo, la violence gratuite et le baroque au cinéma. On retrouve les mêmes acteurs dans cette suite qui remet le couvert, en peaufinant le détail et la chorégraphie des combats au couteau. Avis – Si vous aimez la violence des jeux vidéo, vous serez servis. A moins que vous n’y alliez pour la découvrir : Parabellum vous prépare au pire. On renonce à compter les morts qui s’égrènent comme dans un chapelet. Michel Lequeux


CINÉMA : LES ETENDUES IMAGINAIRES Docudrame de Yeo Siew Hua, avec Peter Yu, Liu Xiooyi, Luna Kwok et Jack Tan. Coproduction Singapour, France et Hollande 2018, 96 min. Sortie le 5 juin. Résumé du film – Singapour gagne chaque année de nouveaux rivages sur l’océan grâce aux tonnes de sable que la ville importe des pays voisins et grâce aussi à la main d’œuvre bon marché qu’elle y recrute. Dans un de ces chantiers d’aménagement du littoral, un ouvrier vient de disparaître. L’inspecteur Lok et son adjoint enquêtent sur cette disparition mystérieuse. Leurs investigations vont les conduire dans un cybercafé nocturne que fréquentait Wang Bee Chang, chargé de transporter des camarades ouvriers dans une camionnette. Toute son histoire va émerger. Commentaire – On plonge dans ce film comme dans un docudrame qui révèle peu à peu la face cachée de cette armée de migrants invisibles, embauchés et surexploités pour élever la nouvelle Singapour. Y jeter un papier à la rue coûte une amende qui vaut une fortune. Mais que se cache-t-il derrière les projets immobiliers de cette mégapole hyper propre et de ses chantiers en cours ? Comment est traitée la main d’œuvre en provenance de Chine, de Malaisie, de Birmanie et d’Inde ? Comment les patrons peuvent-ils exploiter à ce point leurs ouvriers et sous quelle forme ? C’est cela que dévoilent Les Etendues imaginaires dans un long retour en arrière sur le sort d’un migrant chinois privé de son passeport comme les autres ouvriers. Il dort dans une chambre d’accueil éclairée toute la nuit par les lumières de la rue. Ce lieu est fantomatique, comme les rêves du personnage ou comme les flashes back qui viennent ponctuer l’enquête de l’inspecteur. Ils nous montrent la vie de Wang Bee Chang au côté des autres forçats du travail. On le suivra dans des soirées tonitruantes (la musique y va fort) où il s’éclate avec les autres dans la rue, en se laissant griser par la danse et les chansons de Bollywood. On l’accompagne dans son emploi de chauffeur à une main et à mi-salaire qu’il a dû accepter suite à une blessure au travail, et dans ce cybercafé où il se réfugie la nuit pour voir des films que lui choisit la tenancière de service. On le suit dans sa solitude, partiellement meublée par cette jeune femme qui s’est pris de sympathie pour lui, et par l’ouvrier bengali qui l’a aidé à changer la roue de la camionnette qu’il conduisait. C’est d’ailleurs en recherchant cet ouvrier à qui il a rendu son passeport subtilisé dans le bureau, que luimême disparaîtra en ne laissant aucune trace. En le suivant ainsi au fil de ses escapades nocturnes avec sa copine, on découvre les dessous de ce monde interlope où se côtoient la misère, la promiscuité et la frustration sexuelle d’une armée de migrants réduits à l’esclavage, puisqu’ils sont sans papiers. L’inspecteur reconstituera peu à peu les pièces du puzzle, nous fournissant l’image d’un drame social qui se joue entre les tertres de gravier inlassablement dressés sur le rivage, le bureau où les passeports sont séquestrés, la vie nocturne qui engloutit tous les migrants et le cybercafé qui fera surgir les flashes back. Mais à l’initiative de qui, c’est la question qu’on se pose en voyant ce film tourné en Malaisie, qui a reçu le Léopard d’or au 71e Festival de Locarno. Avis – Un docudrame éclairant sur ces nouvelles mégapoles du Sud-Est asiatique qui se construisent au prix d’une main d’œuvre bon marché. Même s’il n’est pas toujours évident de s’y retrouver entre tous ces visages, dans des scènes où s’échangent le présent de l’enquête et les flashes back qui surgissent. Michel Lequeux


CINÉMA : LE BREXIT DERRIÈRE DES PORTES CLOSES Documentaire de Lode Desmet, avec Guy Verhofstadt et Michel Barnier. Production Menuetto Film, Hans Everaert (BE) et Fiona Stourton (UK). Belgique 2019, 120 min. Résumé du film – L’histoire des négociations sur le Brexit vue derrière des portes closes. Pendant deux ans, le réalisateur belge Lode Desmet a eu un accès exclusif aux rencontres du coordinateur du Parlement européen Guy Verhofstadt et de son équipe avec Michel Barnier, négociateur en chef de l’Union européenne. Leur but est de trouver les termes d’un accord sur le Brexit, le divorce demandé par les Britanniques avec l’Europe. Ce documentaire, révélateur des enjeux, retrace les conversations officieuses et les arguments des négociateurs européens, alors qu’ils élaborent une stratégie commune pour traiter avec les Britanniques. Commentaire – Le 23 juin 2016, les Britanniques ont voté à près de 52 % le Brexit, le « British exit from the European Union », qu’ils tentent de négocier avec l’Europe depuis bientôt trois ans. Comme pour tout divorce dans un couple, c’est l’argent qui est ici en jeu, et c’est le demandeur qui doit le sortir pour retrouver sa liberté. L’article 50 du traité de Lisbonne prévoit en effet des négociations pour rompre avec l’UE. La somme exigée par l’Europe se monte à 50 milliards d’euros pour apurer la contribution de la Grande-Bretagne au pot commun jusqu’à son départ. C’est le tiers des contributions annuelles des 28 Etats membres. Tout délai supplémentaire a un coût, qui s’y ajoute. Les Britanniques ne veulent pas payer cette somme : ni le Parti travailliste qui est opposé au Brexit, ni le Parti conservateur de Theresa May qui voudrait s’en tirer à meilleur compte. Et encore moins le parti du Brexit de l’europhobe Nigel Farage, qui caracole en tête des sondages aux élections européennes avec 34%, soit plus que les deux autres partis réunis. A cela s’ajoutent le statut des citoyens européens installés au Royaume-Uni (et l’inverse) et le statut de la frontière avec l’Irlande, qui serait isolée de l’Europe en cas de fermeture. Les Anglais font de cette frontière une affaire de chantage pour tenter de renégocier leur départ, conclu à Bruxelles le 13 novembre 2018. Encore faut-il que l’accord soit validé par le Parlement anglais qui met à rude épreuve les négociations de Theresa May, qui a dû s’allier avec l’Irlande du Nord, opposée au Brexit, pour continuer à gouverner au 10, Downing Street. L’Angleterre est ainsi au cœur d’une crise existentielle entre le Sud du pays pro-Brexit et le Nord, avec l’Ecosse et l’Ulster qui sont contre. On suit les négociations de ce côté-ci, avec le libéral flamand Guy Verhofstadt qui croit en une Europe forte et soudée pour conjurer les vieux démons d’autrefois. Notre pays a vécu sous la coupe des nations voisines pendant des siècles : Bourguignons, Espagnols, Autrichiens, Français, Hollandais se sont déchirés pour l’occuper. Et puis les Allemands qui l’ont envahi durant les deux guerres mondiales. L’Europe pour Verhofstadt est la seule réponse possible aux séismes de l’Histoire. On le suit de réunion en réunion pour protéger l’Europe contre un départ précipité des Anglais, qui viennent d’obtenir un nouveau délai jusqu’au 31 octobre 2019. Entre-temps, le libéral se refait le plein d’énergie dans sa propriété d’Ombrie où il cultive le vin, sa passion, ou sur les circuits de course où il pilote son bolide, malgré les ennuis mécaniques. La vitesse et le vin font-ils bon ménage avec la politique ? Avis – De bien difficiles négociations – les premières dans l’histoire de l‘Union européenne – qui nécessitent de la stratégie et un bon nombre d’atouts dans le jeu politique. Plus d’informations sur www.menuettofilm.be. Michel Lequeux


WERNER HERZOG À L’HONNEUR DU CINÉMA EUROPÉEN Le Prix du cinéma européen sera remis cette année à Werner Herzog à l’occasion de la 32e cérémonie des European Film Awards (EFA), qui se déroulera à Berlin en décembre prochain. Ce prix récompense l’œuvre exceptionnelle d’un représentant majeur du nouveau cinéma allemand des années 1960-1970. Né à Munich en 1942, Werner Herzog a grandi dans une vallée isolée des montagnes bavaroises. Jusqu’à l’âge de 11 ans, il ne savait pas ce qu’était le cinéma. Il commence à développer des projets de film à partir de 15 ans, mais comme personne ne voulait le financer, il travaille lui-même, la nuit, comme soudeur dans une aciérie au cours des dernières années du lycée. Il donne son premier coup de fil à 17 ans et tourne ses premières images à 19 ans. Il abandonnera bientôt d’ailleurs ses études d’histoire et de littérature à l’Université de Munich. Depuis, Werner Herzog a produit, écrit et réalisé plus de 40 longs métrages de fiction et de documentaires dans la veine de l’expressionnisme allemand. Sorti en 1968, son premier film Signes de vie a remporté non seulement un Ours d’argent à la Berlinale mais aussi le Prix d’Argent du film allemand. Son comédien fétiche Klaus Kinski, décédé en 1991 d’une crise cardiaque, a tenu le rôle principal dans cinq de ses films, dont l’épopée Aguirre, la colère de Dieu (1972), le film d’horreur Nosferatu (1979) et le film d’aventure Fitzcarraldo, tourné en Amazonie, qui lui a valu le Prix de la mise en scène à Cannes en 1982. La relation difficile entre acteur et réalisateur, dont celle qu’il entretenait avec Klaus Kinski, comédien particulièrement irascible, est au centre de son documentaire Ennemis intimes (1999), qui a reçu une nomination aux EFA. Son impressionnante filmographie comprend notamment L’énigme de Kaspar Hauser (1974), récompensé par le Grand Prix du Jury de Cannes, Leçons de ténèbres (1992), Little Dieter Needs to Fly (1997), Invincible (2001), Grizzly Man (2005), Rencontres au bout du monde (2007), Escale à la Nouvelle-Orléans (2009), La grotte des rêves perdus (2010) et Queen of the Desert (2015). Queen raconte la vie d’une exploratrice anglaise au Moyen Orient, au début du XXe siècle, avec Nicole Kidman dans le rôle de Gertrude Bell. La Grotte a reçu le Prix du meilleur documentaire au Festival de Dublin en 2011. Herzog a lui-même incarné plusieurs rôles au cinéma, et il est l’auteur d’une douzaine de livres. Il a également fondé sa propre école de cinéma, Rogue Film School. Il sera l’invité d’honneur de la 32e cérémonie des European Films Awards le 7 décembre prochain à Berlin. Plus d’informations sur www.europeanfilmawards.eu. Michel Lequeux


LE NEUVIEME ORGASME EST TOUJOURS LE MEILLEUR Paru chez Cactus Inébranlable Editions, l’hyperthermique recueil « Le neuvième orgasme est toujours le meilleur » de Anne-Michèle Hamesse, auteure prolixe d’une imagination très picturale, se compose de dix-sept nouvelles d’une grande diversité quasi toutes traversées d’un parfum de femme “dans ce qu’il peut avoir de capiteux, de sucré, d’affriolant, mais aussi de plus corporel, presque bestial”, cfr. la quatrième de couverture. Des adjectifs révélateurs du contenu de cet extraordinaire “orgasmigramme” joliment structuré que nous a concocté la Présidente de l’Association des Ecrivains Belges de langue française A.E.B. Un recueil on ne peut plus savoureux sous bien des aspects. “Du chaud “Huis clos” à l’étonnante “Echappatoire magnifique”, nous naviguons à tous vents et en voyons de toutes les couleurs. Au menu ? Notamment du mystère et de l’étrangeté avec “Chambre noire” et “La maison du canal”, de l’amour et de la sensualité avec “Temps de chien” et “Hue cocotte”, une atmosphère hitchcockienne avec “Petites filles modèles”, plus qu’un soupçon de Simenon avec “Les eaux noires du Tibre”. Nous évoluons sans conteste et sans détour entre “beauté et laideur, rires et pleurs, joie et tristesse, empathie et rejet” pour reprendre une fois de plus la quatrième de couverture et d’une nouvelle à l’autre nos sentiments fluctuent au gré des mots choisis par l’auteure. Un huis clos étouffant, une chambre inquiétante et très silencieuse, une maison fort étrange, un surprenant temps de chien, un crime véritablement odieux derrière un buisson, une morte sur le retour, une sensuelle extase à la moutarde, une mort réellement subite, un neuvième orgasme aux saveurs exotiques, une traque de veufs, une femme blessée et sous le choc, une criminelle année du Coq, un Tibre noir, un excitant hue cocotte à quatre, une attente quasi caniculaire, des petites filles style “fenêtre sur cour”, et une singulière échappatoire entre rage et jalousie, tels sont les tableaux que nous offre Anne-Michèle Hamesse, l’écrivaine nous faisant visiter sa galerie pas à pas, où se conjuguent et s’unissent force et talent. Les étreintes ? Nombreuses et variées, d’ailleurs n’oublions point que le plus intense est le neuvième orgasme. “Je n’en disconviendrai pas, Catulle devait savoir de quoi il parlait, puisque celui que je ressentis ce jour-là, au restaurant “Les Radjas”, fut le jaillissement grandiose et pharaonique qu’il faut parfois attendre une vie pour atteindre.” La jouissance ? Est-ce possible ? Réalité ou fiction ? Un recueil enlevé à découvrir extemporanément ! Editions Cactus Inébranlable - 149 pages Thierry-Marie Delaunois

WAX & CO Le wax c’est l’Afrique et l’Afrique c’et le wax ! Malgré cette formule réductrice tout semble dit, même si de nombreux Européens ne savent pas de quoi il s’agit. La genèse du wax (étoffe emblématique du continent noir) s’inscrit dans le contexte géopolitique et économique d’une époque, avec l’émergence des industries textiles au XIXe siècle et les grands voyages en quête de débouchés commerciaux. La France et l’Angleterre commencent à étendre leur marché loin de leurs frontières et cherchent de nouveaux clients, tout en concurrençant l’Inde sur ce tableau. Le travail du wax procède de toute une adaptation et de savoirs ancestraux pour donner naissance à une tradition inventée ou nouvelle, avec des motifs inédits et une recherche d’harmonie. Proposé depuis plus de cent vingt ans, le wax est devenu l’étendard de l’africanité, chose qui ne manque pas de susciter la polémique, puisque certains lui dénient toute valeur culturelle et s’insurgent en rappelant que cette étoffe vient d’Europe. Autre particularité de ce tissu : il est profane, bien que diffusé dans un premier temps par des missionnaires, et n’a jamais investi aucun caractère sacré. A cela, il peut être porté par tout un chacun en toutes circonstances, sans distinction sociale. Né de la rencontre de deux cultures, le wax pourrait se définir comme étant le résultat d’un monde métissé dans une société globale qui se raconte par le prisme des dessins et de la couleur. A l’aide de cinq cents modèles photographiés, Anne Grosfilley, docteur en anthropologie, nous fait voyager dans un univers chamarré, souvent copié mais rarement égalé. Un régal pour les yeux ! Ed. de La Martinière – 382 pages Daniel Bastié


L’EXAMEN CLINIQUE DE LA PERSONNALITÉ AVEC LE MMPI-2 ET LE MMPI-4 Considéré comme un test objectif de personnalité, le MMPI (Minnesota Multiphasic Personnality Inventory) est plutôt un questionnaire multidimensionnel de psychopathologie, qui permet l’évaluation d’un éventail de troubles, de comportements et de traits chez le patient. Bien qu’il soit fort utilisé par les professionnels, peu de sources littéraires existent à son propos. Aussi, Daniel Duchenne, psychologue en milieu psychiatrique, a décidé de présenter le MMPI et ses conditions d’utilisation. Il a divisé son ouvrage en deux parties, offrant tour à tour un point de vue historique sur son élaboration puis son développement. Sans éviter une certaine technicité, il dresse un inventaire strict. La grande nouveauté n’est pas ici de proposer un simple manuel, mais un outil destiné à mieux saisir l’importance de cette méthode. Outre une analyse de ses tenants, l’auteur souligne les différents problèmes liés à cette manière de procéder et s’attèle à décrire de nombreux travaux mettant en garde contre son emploi abusif. Sans jeter l’eau et le bébé, il rappelle qu’il existe d’autres moyens pour appréhender le malade, chacune d’elle possédant naturellement ses propres limites. Malgré ses qualités et un nom de satellite, le MMPI peut toutefois se targuer de résultats concrets, en précisant qu’il a évolué depuis sa mise en chantier et ses premiers essais. A ce jour, il permet l’accès à une constellation de données qui, bien que paraissant facilement interprétables, se révèlent extrêmement complexes. Que d’aberrations a-t-on pu entendre à son propos, avec des conséquences parfois tragiques ! Le leurre naît de l’apparente facilité à décrypter les données, alors que de plusieurs paramètres doivent entrer en compte et engendrent des conclusions parfois hâtives ou erronées. Le présent ouvrage ne prétend pas à l’exhaustivité. Il se veut un support à la formation et une porte ouverte à une analyse extrêmement rigoureuse. L’occasion de découvrir cet outil sous un angle pratique et d’offrir un large panorama de la question qui intéressera principalement les acteurs de la sphère médicale. Ed. Mardaga – 620 pages André Metzinger

LA PSYCHOLOGIE INTERCULTURELLE EN PRATIQUES Le multiculturalisme de notre société présente un défi de taille : soigner les patients en respectant leurs croyances et leurs traditions. Un challenge pas gagné de prime abord ! Pouvoir accueillir et accompagner des personnes issues de milieux différents telle est la décentration par rapport au référent de base du personnel soignant. Une connaissance des enjeux identitaires de chacun doit de plus en plus entrer en compte dans la formation des médecins et des infirmiers, toutes disciplines confondues. Lorsqu’on évolue dans un complexe de diversité, on ne peut aucunement nier ce constat. Cet ouvrage rédigé sous la direction d’Audrey Heine et de Laurent Licata s’inscrit dans la perspective expérientielle qui prône une valorisation des connaissances pratiques des intervenants et qui se destine aux professionnels dans leur tâche quotidienne, afin de lever des tabous et jeter des ponts. Plutôt que de tergiverser, il apporte des réponses concrètes à partir de témoignages et d’exemples. De plus en plus, les acteurs monde médical se trouvent en proie à moult difficultés lors des rencontres qui s’organisent avec les malades. A défaut de solutions idoines, ils pratiquent la débrouille et cherchent à surmonter les épreuves vaille que vaille, sans méthodologie particulière. Cet essai ose un thème a priori mal connu et étudie des champs jusqu’ici peu ou prou étudiés. Il suggère des mises en place, des actions, des démarches et des idées pour surmonter les complexités rencontrées et, parfois, mal vécues. Ce travail de conceptualisation a enfin pour objectif d’amener le lecteur à s’interroger, tout en effectuant des allersretours d’un chapitre à l’autre entre savoirs pratiques et connaissances théoriques. Ed. Mardaga – 492 pages André Metzinger


VAN ORLEY Bernard Van Orley a fait les belles heures de Bozar jusque fin mai 2019 et beaucoup d’amateurs d’art ont pu se rendre à Bruxelles pour découvrir ses travaux. Artiste flamand né vers 1488 à Bruxelles et décédé en 1541 dans la ville qui l’a vu naître, il est devenu peintre officiel au service de la cour. Ses travaux reflétaient d’abord une énorme attirance pour l’école italienne (dont Raphaël), avant de se tourner vers une peinture plus sombre, proche des maîtres locaux. A force de travail, de persévérance et de talent, l’Histoire a retenu son nom comme étant un des meilleurs artistes de la Renaissance flamande. On sait qu’il était surchargé de commandes, notamment pour Marie de Hongrie et Marguerite d’Autriche, et se trouvait à la tête d’un atelier impressionnant. Par le truchement de ses portraits, il a réussi à tisser un impressionnant réseau de relations, faisant de lui un homme à la fois respecté et riche. Par ce biais, il a eu l’occasion de réaliser des tapisseries et des vitraux. Il a été raconté que, au cours d’un voyage en Allemagne, il a rencontré le célèbre Albrecht Dürer. Profondément imprégné par la tradition bruxelloise et le style "narratif" qui la caractérisait, il a montré une extraordinaire capacité à intégrer de manière personnelle et inventive les influences les plus modernes de son époque. On peut évidemment s’amuser à les relever dans ses toiles. Un exercice destiné aux connaisseurs. Sous la direction de Véronique Bücken et Ingrid De Meüter, les éditions Mardaga proposent un ouvrage richement illustré qui circonscrit l’univers pictural de ce créateur hors normes. Attention, les rédactionnels sont rédigés en néerlandais, même s’ils conservent intacts le plaisir des yeux grâce à la sélection de magnifiques reproductions en couleur ! Ed. Mardaga – 320 pages André Metzinger

LA CHAMBRE DE L’ARAIGNÉE Quelle est la condition des homosexuels en Egypte ? Pour circonscrire le sujet, Mohammed Abdelnabi raconte l’histoire d’Hani Mahfout, incarcéré pour avoir osé aimer un homme. Un crime odieux dans un pays musulman, qui condamne cet épanchement au nom d’une entrave aux bonnes mœurs et coupable d’hérésie. Après de nombreuses années passées en prison, il est ressorti brisé, incapable de réagir, prostré dans le silence. Réfugié dans une chambre d’hôtel, il entreprend de consigner son parcours, sans extrapoler, avec une froide objectivité, avec pour seule compagne une araignée qui lui sert de confidente. Un exercice pas aisé, lorsque la chair et le mental ont été atteints. Fort vite, son récit croise celui de ses compagnons d’infortune, revient sur le passé et brosse le portrait d’un quotidien souvent peu amène. Ecrit à la première personne, « La chambre de l’araignée » dénonce une situation inadmissible au XXIe siècle et parle de la chasse aux sorcières encouragée par le gouvernement, obligeant les homosexuels à se terrer ou à fuir loin de chez eux. Ce roman possède l’immense mérite de parler ouvertement d’un thème tabou en Afrique comme en Asie et de dénoncer la condition humiliante de celles et ceux qui dérogent à la coutume et aux traditions. Au nom d’une religion imposée dans tous les foyers, elle fustige les déviants et les punit de manière exemplaire. L’auteur évite le pathos et les stéréotypes et offre un texte finalement fort pudique, qui plaide pour davantage de liberté sans appuyer sur le moteur de l’émotion. Traduit de l’arabe par Gilles Gauthier, cet ouvrage est ici proposé pour la première fois en français. Un choc littéraire et humain qui décoche une gifle magistrale ! Ed. Actes Sud – 318 pages Daniel Bastié


LIBRE COMME ROBINSON L’époque que nous vivons ne ressemble à aucune autre, même si ... Par analogie, on peut se surprendre à citer la chute de l’empire romain, les grandes invasions barbares ou la montée en puissance du nazisme. L’âge des grands désastres a débuté il y a de nombreux siècles et il poursuit inexorablement sa trajectoire pour atteindre une apogée. Celle d’un temps nouveau où le danger menace de partout, avec une société gangrénée et en train de s’étioler avec l’inertie des citoyens, incapables de s’assurer. La surpopulation mondiale, l’usure des ressources naturelles, l’emploi de machines intelligentes, la mondialisation de l’économie avec un libéralisme dévergondé et des possibilités de destruction jamais atteintes : voilà les cinq plaies qui menacent notre existence, sans tenir compte des leçons du passé. Innover, trouver des alternatives, réapprendre la gestion de notre vie et tenter de cohabiter en harmonie. Le challenge est loin d’être compris. Luc Dellisse use d’une métaphore pour parler du XXIe siècle et ose un quitte ou double de l’avenir de l’humanité. Irrémédiablement, nous progressons vers le gouffre, avec pour alternative le repli en autarcie et la capacité de se muer en Robinson Crusoé, amené à faire face aux éléments pour ne pas sombrer et survivre. Ce livre impertinent dresse un état des lieux peu réjouissant et suggère des solutions, tant en matière de famille, de logement, de relations amoureuses, de choix professionnels que de gestion du temps, d’argent et d’éthique. Le roman de Daniel Defoë, avec son héros rescapé, sert de locomotive à cette démonstration qui a pour unique volonté de nous sortir de la léthargie et nous inviter à agir. Il suffit de bonne volonté pour placer quelques gouttes dans l’océan. Encore une métaphore ! Ed. Les Impressions Nouvelles – 206 pages Paul Huet

BATMAN Né sous le crayon de Bob Kane en 1939, Batman appartient à l’écurie D.C. Comics. Bien que le succès de Superman ait engendré sa création, l’homme chauve-souris développe fort vite des aventures indépendantes, grâce à l’imagination du scénariste Bill Finger. Avec lui se définit toute une mythologie ayant pour cadre Gotham City et une kyrielle de personnages secondaires (Robin, Catwoman, le Joker, le pingouin, etc.). Devenu star de la bédé, il a très vite eu droit aux honneurs du grand écran et de la télévision, avec des séries qui ont émerveillé plusieurs générations de gamins et des longs métrages mis en scène par quelques grosses pointes d’Hollywood, dont Tim Burton et Joël Schumacher. Bien que connu dans les deux hémisphères, le vengeur à la cape noire demeure un mystère, même si on connaît son passé douloureux, ses doutes et sa motivation. Dick Tomasovic tente une approche de Bruce Wayne et de son double, afin d’oser un portrait nuancé. Qui se cache réellement derrière le masque qui lui ronge la moitié du visage, que vitil dans le privé loin des ruelles dangereuses, quelle vie amoureuse entretient-il ? Autant de questions loin d’avoir été élucidées antérieurement et qui prêtent largement à conjectures. On le sait, la nuit reste son domaine et, sans elle, il ne serait rien. Dès que le soir s’impose, sa croisade démarre, devenant tantôt un franc-tireur et tantôt un adjuvant des forces de police locale. Ce qui le distingue de ses confrères de Marvel demeure son côté tourmenté, amenant l’auteur à s’interroger : Batman est-il heureux ? L’occasion de réveiller moult rêves d’enfants et de se plonger dans des récits qui n’ont pas fini de faire les belles heures du cinéma, machine à fric autant que mécanique bien huilée créée pour se détacher des contingences du quotidien. Ed. Les Impressions Nouvelles – 142 pages Daniel Bastié


BRUXELLES LOVE Notre rédactrice Silvana Minchella a récemment dressé un portrait de Kate Millie dans les colonnes de Bruxelles Culture, auteure de nombreux ouvrages enfantés à Bruxelles et qui traitent (un peu ou beaucoup) de la capitale. Souvent des polars qui mettent en scène l’un ou l’autre quartier, pour aller débusquer le crime là où on ne l’attend jamais forcément. Aujourd’hui, l’écrivaine est de retour avec un recueil rempli de nuances et qui célèbre soixante lieux vibrants près desquels il fait bon se fixer rendez-vous lorsqu’on est amoureux. Evidemment, le choix des adresses relève de la pure subjectivité, mais possède le mérite de faire découvrir des endroits peu ou mal connus des citadins. L’occasion également de musarder dans nos rues à la rencontre d’une galerie, d’un musée, d’une taverne, d’une statue et, même, d’un réverbère ! Pour plus de facilité, cet ouvrage a été divisé par sections, en suivant le numéro du canton postal, passant successivement de Bruxelles à Laeken, sans omettre Schaerbeek, Etterbeek, Ixelles, SaintGilles, etc. Au demeurant, des pépites présentées avec une plume poétique et disséminées dans les dixneuf communes de l’arrondissement bruxellois. Un parcours qui peut donner bien des envies et qui a le grand mérite de nous inviter à bouger, qu’on soit follement épris d’une personne ou de la métropole. « Bruxelles Love » a été écrit pour vous ! 180° Editions – 92 pages Daniel Bastié

LES « BLEUS » DE LA MÉMOIRE Politicien, historien, docteur en philosophie et lettres et ex-prof à l’Université libre de Bruxelles, Hervé Hasquin a longtemps milité contre la xénophobie, est devenu Franc-Maçon et s’est pourvu de la couleur bleue du Mouvement libéral (aujourd’hui MR) pour défendre ses idées. Croire au progrès, ne pas gémir sur le passé, affronter l’avenir, se soucier du bien-commun et ne jamais se soumettre à un dogme, voilà ce qui l’a toujours caractérisé. Ecrire ses mémoires est une chose et les rendre intéressantes en est une autre. Se confier par écrit, afin d’être publié, se veut un exercice de funambule, car on sait que les avis fuseront de partout lorsqu’on fait partie des visages publics. Autant que ses pensées, le bonhomme raconte son parcours d’agnostique patenté et de libéral convaincu. Un autoportrait marqué du sceau de la vérité (enfin la sienne !). Au fil des pages, il se décrit comme un homme de calibre, qui n’a peur de rien et est toujours prêt à dégainer au quart-de-tour lorsque le dialogue n’existe plus ou quand les extrémistes menacent les libertés. Il revient surtout sur sa carrière, ses rencontres, ses efforts, ses combats et ses objectifs. Bref, comme le chantait si formidablement Charles Aznavour : mes amis, mes amours, mes emmerdes. Il a eu l’intelligence d’éviter l’autosuffisance autant que l’auto-flagellation, Sans jamais prendre le lecteur pour un naïf, il pose une série de questions attendues auxquelles il livre sa version des faits. Enfin, il glisse que, peut-être, les politiciens restent des automates prisonniers d’événements qui les dépassent. Quant aux années qui fuient, il déplore n’avoir aucun effet sur elles. Gagner du temps, le ralentir à l’infini et se permettre des retours en arrière, voilà un don qu’il ne possède pas. Ici, pas d’hagiographie, mais un livre à la première personne caressé par un humour bienvenu. Ed. Absolute Books – 372 pages Daniel Bastié


LE CŒUR EN LESSE Murmures, couleurs, lieux communs ou qui le sont moins. Aurélien Dony, poète, comédien et musicien, nous invite à une balade à travers Dinant, cité flanquée en bord de Lesse et réputée pour son fameux Rocher, sa citadelle, le pont Saint-Jean et la légende des quatre fils Aymon chevauchant le cheval Bayard. On sait peut-être beaucoup moins qu’Adolphe Sax y a mis au point son célèbre instrument : le saxophone. Ce recueil se gave d’impressions et de souvenirs puisés dans le terreau local. On y découvre également plusieurs visages qui jaillissent du passé familial de l’auteur. Jacques Brel avait lancé en interview : « On passe sa vie à compenser son enfance ». Celle de l’auteur a été heureuse, choyée par l’amour des proches, entre la Collégiale, les bateaux-mouches, un patois savoureux, le jazz et une nature sauvage. Un cadre qui l’a aidé à grandir et à s’épanouir sans heurts. Sans autre prétention que celle de transmettre des instants précieux, l’écrivain refuse de s’établir comme donneur de leçons, même si cet ouvrage se veut le foyer d’un feu qui le maintient debout, prêt à chauffer l’autre dans la mesure de ses moyens, avec respect et sensibilité. Une madeleine de Proust pour qui a vécu il y a trente, quarante ans ou davantage et qui a connu cette belle région. Ed. M.E.O. – 94 pages Paul Huet

LES JOURS ROUGES Né à Liège, Ben Arès a toujours été féru de littérature et n’a jamais hésité à la promouvoir. Il plante son nouveau récit à Madagascar, un pays où se tutoient diverses populations. On y vit des aléas du quotidien, entre moments d’enthousiasme et d’abattement. Souvent, on improvise et tout devient sujet à palabres. On chante la guigne comme les félicités. On se chamaille et on se réconcilie aussitôt. On se dispute pour un canard ou du pain. Dans ce monde qui ressemble à un village, chacun sait ce que fait l’autre. L’espoir consume l’existence au-delà du corps de l’horizon, d’un feu doux. Qu’il en déplaise aux arrogants, il importe ici de boire chaque minute jusqu’à la lie, de laisser résonner les hymnes à l’amour sans fatalisme et d’assurer pleinement chaque geste. L’auteur nous offre une visite atypique dans une région située dans la corne de l’Afrique, peu connue des Européens et, avec une langue belle et simple parle du quotidien, sans sombrer dans l’exotisme facile et en laissant au vestiaire les dépliants de l’Office du Tourisme local. Ed. M.E.O. – 94 pages Paul Huet


LE BONHOMME DE NEIGE Raymond Briggs est un illustrateur britannique principalement connu pour le livre « Le bonhomme de neige », devenu au fil des années un classique de la littérature jeunesse, qui ne contient aucun mot et qui narre l’histoire d’un petit garçon qui emploie sa journée à réaliser un bonhomme de neige. Au cœur de la nuit, ce dernier vient lui rendre visite et, ensemble, ils entament un voyage initiatique. Présenté comme une bande dessinée sans paroles, cet ouvrage se veut un bijou d’émotion et de sensibilité, avec un dessin raffiné et des couleurs pastel. Publié en 1978, il a remporté une myriade de prix, avant de bénéficier d’une adaptation en dessin animé. Voilà un plaisir visuel qui va droit au cœur et fait oublier la brutalité de notre époque. Sans donner de leçon, l’auteur suggère et n’impose rien. Au fond, tout cela n’est-il qu’un joli rêve ? Pour le quarantième anniversaire de sa création, une édition luxueuse est proposée par Grasset Jeunesse, avec un tiré à part limité, servi dans une pochette plastique accrochée à la fin du livre et destinée, peut-être, à être encadré pour garnir une chambre ou une classe de maternelle ? Ed. Grasset Jeunesse – 32 pages Daniel Bastié

MON OISEAU … Mon oiseau, c’est mon oiseau. Il n’est pas vraiment à moi. Il n’est à personne. Il est à lui ! Voici de quelle manière débute ce joli recueil de Christian Demilly et Marlène Astrié, une histoire de tous les jours qui interroge sur le sens de l’existence et la nécessité de se respecter tout en prenant soin des autres. L’enfant se lie d’amitié avec un oisillon, mais comprend très vite qu’il ne doit rien lui imposer. Simplement demeurer présent pour l’aimer ou l’aider. D’une grande sagesse et d’une poésie rare, ce livre parle avant tout de liberté et de limites à ne jamais lui opposer. Les petits peuvent le feuilleter seuls ou en présence de maman ou de l’institutrice. Bien entendu, ils aimeront en discuter et attendront certainement l’une ou l’autre remarque de l’adulte. Voilà un album imaginé pour le plaisir de lire, jamais stupide et proposé pour entamer le dialogue. Le graphisme est à l’avenant, avec un panel de couleurs qui tiennent de la gamme des verts, des bruns et de l’orange. Sans violence. « Mon oiseau » pourrait devenir à terme un classique de la petite enfance. Ed. Grasset Jeunesse – 30 pages Daniel Bastié


CAP SUR LA LIBERTÉ Fuir la dictature et aspirer à une vie meilleure, l’être humain a toujours souhaité être libre, quitte à prendre des risques considérables. Harry Paalberg et Voldemar Veedam, deux Estoniens, refusent de rentrer au pays placé sous la férule soviétique. Nous sommes en juillet 1945 et Joseph Staline règne en despote sur les territoires qu’il a annexés. Pour eux, l’Eden se situe de l’autre côté de l’Atlantique et les Etats-Unis apparaissent comme un phare, synonyme de liberté. Pour concrétiser leur projet, ils se procurent un voilier de onze mètres trente, l’Erma, et entreprennent un périple dangereux. Champs de mines et patrouilles armées dans le nord de l’Europe, escales forcées, tempêtes : rien n’endigue leur volonté. Naviguer avec les moyens du bord devient une aventure peu ordinaire, avec ses peurs, ses exaltations et ses dilemmes. Aidé par le journaliste Carl B. Wall, Voldemar Veedam raconte cette odyssée. Récit maritime passionnant, « Cap sur la liberté » se targue d’authenticité, tout en se voulant un témoignage intense sur une époque qui rappelle lointainement la nôtre. Aujourd’hui, toujours, des migrants embarquent sur des canots pour atteindre des côtes moins hostiles. Autant de tragédies poignantes à visages humains et que les médias relaient dans le cadre de journaux télédiffusés. Ed. La Table Ronde -332 pages Daniel Bastié

EDDY MERCKX Alors que le Tour de France démarre en Belgique, il semblait important de revenir sur la figure d’Eddy Merckx dans l’histoire du XXe siècle, champion hors catégorie qui a tenu en haleine toute une génération, multipliant les exploits, remportant les trophées à tour-de-bras et fédérant l’admiration de tous les amateurs du deux-roues. Entre 1966 et 1976, rien ne lui a résisté : vainqueur de cinq Tours de France, cinq Tours d’Italie, quatre championnats du monde sur route, sept Milan-San Remo, trois Paris-Roubaix, etc. Au-delà des chiffres, il a mérité son surnom de « cannibale ». Avec le recul, on parle d’un sportif extraordinaire au moral d’acier et à l’énergie dévorante. A ce jour, il demeure une énigme pour beaucoup. Jean Cléder a tenté de cerner sa personnalité et sa méthode car, selon lui, il existe une mécanique sportive Merckx, le plaçant toujours à la tête des pelotons. A partir d’une abondante documentation, il circonscrit l’homme et interprète son parcours exceptionnel faisant corps avec son vélo, ne reculant devant aucun sacrifice, prompt à aller au-delà des limites psychologiques et compétiteur né. Eddy Merckx n’est pas qu’un champion, mais une légende toujours vivante. De nombreuses photographies en noir et blanc et articles de presse illustrent cet essai et nous aident à cerner ce qui caractérise ce sportif comme on n’en fait plus. L’histoire du cyclisme passe forcément par lui. Un ouvrage de vulgarisation pas que pour les amoureux de la petite reine ! Ed. Mareuil – 224 pages Daniel Bastié


TOUTE UNE HISTOIRE, TOUTE MON HISTOIRE Sylvain Chavanel, six fois vainqueur de France du contre-la-montre, champion de France sur route et titré sur la piste, a gagné sur de nombreux terrains, faisant de lui l’un des coureurs les plus complets de sa génération. Maillot jaune du Tour de France et trois fois vainqueurs d’étape, il a été leader de Paris-Nice, du Tour d’Espagne et a brillé sur les plus grands classiques. Jusqu’à ses quarante ans, il a offert l’image d’un sportif courageux, offensif et généreux. En collaboration avec Eric Richard, il a choisi d’écrire ses mémoires et de revenir sur son existence. Né dans un milieu modeste, sans jamais manquer de l’essentiel, il s’est rapidement singularisé en pratiquant le deux-roues, surpassant ses amis à la course. Pourquoi ne pas intégrer une équipe et passer professionnel ? Voilà l’itinéraire d’un homme tenace qui a tutoyé le succès à force de persévérance, faisant de sa pratique un modèle des pelotons. Parfois vilipendé, il a toujours réussi à faire taire ses détracteurs avec des résultats constants et mérités. Au fil des pages, il revient évidemment sur sa belle région poitevine, sur sa femme Natacha et leurs deux enfants, ses rêves et une existence loin d’être achevée. A la première personne, il brosse enfin un témoignage sur l’univers du cyclisme, ses coulisses, ses espoirs et ses désenchantements. Avis aux férus de la petite reine ! Ed. Mareuil – 184 pages

MOI, OSCAR ZIEGLER, DERNIER COMPAGNON DE LA LIBÉRATION En juin 1940, le maréchal Philippe Pétain signe un armistice avec l’Allemagne et somme les combattants à déposer les armes, pour rentrer dans leur foyer. Un ordre qui fait office de cataclysme dans le rang des patriotes, de tous ces soldats partis défendre la France ou qui se sont engagés dans la résistance pour faire face à un ennemi venu en surnombre. Parmi ceux-là se trouve Oscar Ziegler, jeune homme à peine nubile qui songe aux filles sans oser les aborder et qui refuse d’envisager la défaite comme une fatalité. Pour lui, il est inconcevable de renoncer. Ce serait faire preuve de lâcheté. Avec plusieurs compagnons, il choisit la clandestinité afin de poursuivre la lutte armée, quitte à y laisser la vie. Henri Weill revient sur une époque et nous parle d’idéaux, de courage, de civisme et de patriotisme. La guerre a été un sujet qui a bercé tous ceux qui ont aujourd’hui plus de cinquante ans, entretenue par les souvenirs des anciens combattants, ceux-là même qui paradaient le jour de la fête nationale et dont le cinéma s’est emparé des récits pour évoquer, dénoncer ou informer. Que savons-nous finalement de la résistance ? Tout et rien ! Des bribes hétéroclites glanées çà et là. A moins d’être historien ou passionné par cette époque de drames humains, qui a mis le monde à feu et à sang. L’auteur nous entraîne dans ses souvenirs et, à hauteur d’homme, évoque la détermination et le besoin de croire en un avenir radieux. Un récit à la première personne qui s’ajoute aux multiples témoignages recensés jusqu’à aujourd’hui. Ed. Mareuil – 222 pages Daniel Bastié


TOI, PAULINE Après « Les quatre filles du docteur Moreau », Janine Boissard apporte une suite aux aventures de Pauline, offrant aux fans une nouvelle saga dans le genre de « L’esprit de famille » qui lui a valu au début des années 80 une notoriété non usurpée, avec (couronnement) une adaptation en feuilleton pour la télévision qui a boosté la vente des romans. « Toi, Pauline » permet de retrouver une héroïne attachante, déterminée à concrétiser son vœu de devenir autrice et vivre de sa plume. Quant à l’inspiration, elle sait qu’elle se situe partout : au sein du quotidien et dans l’incroyable cycle de l’existence remplie de surprises, avec ses hauts et ses bas. Le tout consiste à se lancer, à écrire les premiers mots, à entamer le premier chapitre et à ne pas se laisser envahir par le doute. Pourquoi ne pas prendre ses proches comme modèles. Il y a Bernadette que tout le monde croyait tellement forte et qui est aujourd’hui ravagée par une passion amoureuse brisée, Cécile qui n’hésite pas à voler au secours d’une amie victime de harcèlement scolaire ou, parmi quelques autres, sa propre grand-mère violentée par des voyous dans le RER. Janine Boissard brosse le portrait d’une jeune femme moderne qui se croit extrêmement forte, vit de ses rêves et met tout en place afin de les concrétiser. Enfin, elle trouve l’amour dans les bras de Paul, artiste blessé. Ed. Fayard – 252 pages Sylvie Van Laere

L’ALGÉROIS Eliane Serdan nous plonge à l’aube des années soixante dans une petite ville de province. Elle nous invite à suivre le parcours de Jean Lorrencin, un jeune garçon rentré d’Algérie et qui, fort vite, impose une aura délétère sur son entourage. Séducteur et démoniaque, il manipule Marie et Simon, deux lycéens de son âge, et précipite le déclin de Paul Boisseler, bibliothécaire hostile à ses idées. Néanmoins, davantage qu’un énième récit sur l’adolescence révoltée et un monde difficile, « L’Algérois » parle des extrémismes plus ou moins latents, qui attendent un prétexte pour émerger et tout ravager. Le récit démarre avec la disparition du protagoniste pour, ensuite, cerner sa personnalité trouble, faite de contradictions et de violence. On se surprend un peu à découvrir pareille atmosphère car, dans l’esprit de beaucoup, les sixties riment avec plein emploi, mai 68 qui se profile, mini-jupes et époque bénie de « Salut les copains ». Une société singulière qui n’a grand-chose à voir avec la nôtre et où, pourtant, on s’aimait et se déchirait autant que de nos jours. L’auteure est née à Beyrouth au lendemain de la guerre et vit en France. « L’Algérois » est le troisième roman qu’elle publie chez Serge Safran. Ed. Serge Safran – 158 pages Daniel Bastié


RISQUE ZÉRO On le sait, la médecine ne présente aucune solution miracle, même si elle a évolué à une vitesse étourdissante au cours du siècle dernier. Chaque geste chirurgical et chaque médicamentation demeurent assujettis à une série de facteurs extérieurs. Bref, le risque zéro n’existe pas, sauf que Providence a révolutionné notre rapport avec la maladie en inventant une puce intelligente, destinée à être glissée sous l’épiderme et capable de contrôler l’état de santé du patient en temps réel. Agnès Carmini exerce comme anesthésiste, mais ne parvient pas à se satisfaire complètement de cette révolution. Elle fait partie de celles et ceux qui refusent de se laisser hypnotiser. Ses doutes se concrétisent lorsqu’une adhérente au projet Providence meurt au bloc opératoire. Une tornade médiatique se déchaîne. Et si tout cela n’était qu’un leurre, avec des innovations certes, mais sans garanties absolues ? Pire, un argument de vente destiné à faire gonfler la marge participative des actionnaires ? Après « Requiem », « Le revers de la médaille » et quelques autres fictions bien troussées, Olga Lossky oppose ici médecine traditionnelle et avancées technologiques, vérités et mensonges, hôpital public et entreprises privées. Prémonitoire, ce roman nous met en garde contre les fumistes en tablier blanc, l’absence totale d’éthique de certains praticiens et un danger qui ne vient pas forcément là d’où on l’attend. Ed. Denoël - 332 pages Daniel Bastié

LA FEMME ET LE SACRIFICE Les femmes ont souvent été mal-aimées dans une société régie par les hommes. Aussi loin qu’on puisse remonter dans le temps, elles ont été fustigées par la religion, les coutumes, la législation, etc. Aujourd’hui, toujours, dans certaines régions du monde, elles vivent comme nos aïeules, sacrifiées sur l’autel du grand n’importe quoi : la virginité, l’enfantement répété, le cloisonnement, les mutilations génitales, le mariage forcé, etc. Anne Dufourmantelle est allé débusquer ces héroïnes des siècles passés, d’Antigone à la femme d’à côté, pour parler de leur existence manquée, de rendez-vous perdus et de bonheurs taris. L’auteure exhume et déplie ces destins dans un essai de mythologie quotidienne. L’occasion de confronter des noms insignes à de simples inconnues et de parler de résilience, de foi, d’érotisme, de vie ou de survie. Une réflexion capitale et particulière d’actualité sur le rôle des filles, des épouses, des amantes et des mères. Il suffit d’allumer son poste de télévision ou de lire la presse pour se rendre à l’évidence que le harcèlement, la violence physique et les discriminations sont loin de s’avérer des rumeurs. Avilir les femmes revient tout bonnement à souiller notre humanité, à générer de l’angoisse et à activer les pulsions de mort. Le chemin du silence est à proscrire, afin de laisser libre cours à la parole. Parler ou écrire pour exister, voilà comment ne plus se plier au rite du sacrifice et faire avancer la société. Appel est ici lancé aux gens intelligents ! Ed. Denoël – 366 pages Daniel Bastié


GUÉRIR PAR L’ALIMENTATION SELON HILDEGARDE DE BINGEN Il y a plus de huit siècles, la bénédictine Hildegarde de Bingen s’est approprié les bienfaits de la nature pour guérir à travers des aliments sains et efficaces. Beaucoup la considèrent comme une des pionnières de la médecine à travers une série d’habitudes révolutionnaires. Les recherches actuelles confirment que les observations menées par la religieuse permettent de prévenir un nombre considérable de cancers, ainsi qu’énormément d’autres maladies. Sans gros efforts, chacun est à même de se protéger avec efficacité en suivant un mode de vie simple. A une époque où on parle de malbouffe et d’obésité croissante, il est de plus en plus pertinent de s’interroger sur ce que nous consommons, au risque d’engendrer des problèmes futurs. Il n’est jamais trop tard pour changer son fusil d’épaule. Le docteur Wighard Strehlow s’est chargé de proposer ici quatre cents recettes, deux cents remèdes et cent trente végétaux qui peuvent changer notre rapport au quotidien, tous extraits des travaux d’Hildegarde. Bien entendu, ce choix implique une prise de conscience et la volonté d’entamer un (petit) effort, afin de briser le cercle des mauvaises habitudes. En lisant cet ouvrage, vous allez acquérir un savoir ancestral qui a fait ses preuves et qui n’est pas soumis aux caprices de la mode ni de la publicité. Associer les joies de la table à la prévention pour la santé, on n’hésitera pas deux fois ! De surcroît, certaines recettes sont particulièrement attirantes … Ed. du Rocher - 547 pages Amélie Collard

UNE AVENTURE NOMMÉE FEDERER L’ouvrage « Une aventure nommée Federer » est aujourd’hui disponible en format de poche. L’occasion de se procurer une biographie qui ressemble davantage à un puzzle qu’à un énième classique consacré à une vedette. Il fallait un passionné pour rédiger ce recueil très personnel, loin des poncifs, et amené à partager une admiration pour l’une des personnalités les plus populaires du tennis moderne. Star des courts, le sportif s’est imposé à coups de raquette et a accumulé les victoires sans faiblir. Roger Federer paraît tel une icône nimbée de mystères. Peu bavard, il s’est souvent contenté de ses exploits, gardant secrète sa vie privée. En partant de matches, d’articles parus dans la presse, de commentaires de professionnels et de confidences de tiers, Thomas Scotto a voulu raconter son idole à niveau d’homme, sans esbroufe ni superlatifs. Une vision forcément subjective et qui diffère de ce qui peut être lu ailleurs, tout en n’omettant jamais le plaisir de la découverte d’une information précise. Si Roger Federer a pris sa retraite sur terre battue depuis de nombreuses années, revenir sur sa carrière fait l’effet d’une madeleine de Proust. Un peu comme une machine qui permet de remonter le temps pour raviver de grands moments d’émotion. Du pur plaisir ! Ed. Le Rocher – 246 pages Daniel Bastié


BLEUE Norvège, de nos jours. L’écologie est un défi majeur pour sauver les glaciers menacés. Aussi, lorsqu’un projet commercial est lancé, Signe, âgée de soixante-sept ans, décide d’agir et d’entreprendre un périple en mer. Elle sait qu’elle va devoir affronter Magnus, son amour d’antan, qui a autorisé cette entreprise. En 2041, la bataille de l’eau se trouve sur le devant de l’actualité. Le monde est victime du réchauffement climatique et des régions, jadis prospères, sont devenues des déserts arides. Les réfugiés affluent de partout et menacent la stabilité de nombreux pays. Séparé de son épouse et de leur bébé, David a traversé les Pyrénées en compagnie de leur fille Lou. Les frontières ont été bloquées et les ressources commencent cruellement à se tarir. Totalement par hasard, il découvre le voilier de Signe au milieu d’un champ. Maja Lunde propose un roman qui se veut à la fois une fable écologique et un récit d’anticipation, puisqu’il plonge le lecteur dans un avenir proche. Au fil des pages, elle ne cache pas sa vision apocalyptique de notre société confrontée à de nouveaux défis et nous rappelle que la terre reste un bien précieux dont nous ne prenons pas suffisamment soin. Après « Une histoire des abeilles » (bestseller en 2017), elle nous offre un nouvel ouvrage visionnaire. « Bleue » se lit d’une traite et passe d’une époque à une autre sans que cela ne pose la moindre difficulté. Au-delà de la fiction, l’auteure lance un cri : il y a urgence ! Ed. Presses de la Cité – 354 pages Daniel Bastié

LA VENGEANCE DE L’ANKOU Nous sommes dans le Finistère, plongés au cœur des années 1829 à 1871. Comme partout ailleurs, les destins se bousculent, précipités par les aléas de l’existence, les hasards et la bonne fortune. En s’attachant à trois familles, Jean Rohou parle d’une France rurale qui vivait aux sons de la nature, où se dessinaient déjà les écarts de mentalité entre générations et où les cérémonies étaient rythmées par les cloches de l’église locale. Au-delà de l’anecdote, il évoque surtout des méthodes de travail, l’évolution de la société et les premiers remous qui opposaient le clergé à l’instituteur du village. Quant à l’Ankou qui s’invite dans le titre, il s’agit ni plus ni moins du surnom donné à la Mort, personnification effrayante de la Faucheuse qui vient s’emparer des vivants pour mettre un terme à leur séjour terrestre. Sous la plume de l’auteur se dresse une Bretagne chaleureuse et nuancée, entre traditions et modernité qui se profile, courage et ténacité, mais également peur de l’inconnu et superstitions séculaires. Loin du guide de l’Office du Tourisme régional, voilà un roman qui propose la visite d’un lieu magnifique à hauteur d’hommes, qui convie à une plongée dans le passé et qui ne perd jamais de vue qu’une bonne histoire fonctionne avant tout en la sertissant d’instants vrais. Richement documenté, « La vengeance de L’Ankou » use également d’expressions typiques utilisées en Bretagne jusqu’à une date récente. Une incursion en terre inconnue ! Ed. Presses de la Cité – 304 pages Daniel Bastié


FANTÔMES DE PAPIER Vivre pour se venger. Utiliser chaque minute de son existence pour effacer un traumatisme qui la taraude depuis des années. A dixneuf ans, sa sœur aînée a été ensevelie dans une tombe, entourée de sépultures jaillissantes dans le petit cimetière de Wheaterford. Depuis, péniblement, l’existence a repris son cours jusqu’à la rencontre avec le suspect du meurtre de la jeune femme. Il s’agit de Carl Teldman, un photographe aussi célèbre pour ses clichés que pour sa relaxation suite à un meurtre dont il a été blanchi. Sénile, il vit maintenant dans une maison de repos. Qu’importe son état mental, il doit payer ! Aussi, l’héroïne se fait passer pour sa fille illégitime et l’entraîne dans un road-trip, afin de lui rafraîchir la mémoire. Il s’agit de revenir sur les lieux d’affaires judiciaires irrésolues. Malgré un stratagème qui paraît rôdé au millimètre, un grain de sable risque-t-il de gripper la mécanique ? Julia Heaberlin signe un thriller glacial qui fleure le terroir texan, traverse les plages grises de Glaveston et use le macadam jusqu’à la petite ville de Marfa, pour disparaître ensuite derrière le Rideau de Pins. Sans abandonner la veine qui lui est propre, l’auteure propose un jeu du chat et de la souris haletant, qui fait de son troisième roman un suspense sans temps mort et mitonné aux petits oignons. Un duel au sommet dont l’issue demeure incertaine jusqu’au dernier chapitre ! Ed. Presses de la Cité – 424 pages Daniel Bastié

LES ÉTÉS DE GRANDE-MAISON Ancienne journaliste pour France Inter, Nathalie de Broc s’est lancée avec succès en littérature et, depuis plusieurs années, multiplie les titres avec, toujours, un excellent retour des lecteurs. Une fois de plus, elle nous parle de l’héritage familial et des secrets liés à ceux qui nous ont précédés. A nouveau, elle plonge son récit en Bretagne, terre qu’elle admire et qu’elle adore. Nina aime renouer avec ses racines et profite des vacances d’été pour rejoindre ses grandsparents dans une maison enchanteresse. Pourtant, cette année, elle se surprend à s’interroger sur sa place au sein du clan. Elevée par une employée de sa mère, appartient-elle réellement à cette famille ? Puis, il lui semble que le couple vit dans le paraître. En fouillant le passé, elle découvre forcément plusieurs choses et apprend que, pour grandir, il faut renoncer aux contes de fées. La réalité n’a rien d’un mirage et l’existence est une maîtresse exigeante qui ne laisse peu ou prou de place aux faibles. Affronter le présent revient à progresser. Les étés de sa jeunesse arrivent-ils à leur terme ? Au cœur d’une région luxuriante, l’auteure brosse le portrait des Bremeur Duval et parle de bonheur fragile, de fêlures et d’ambition. Nina comprend qu’il est temps pour elle de s’affranchir des nœuds qui la liaient à une période de félicité. L’écriture est ici sobre et somptueuse, avec de jolis élans dans les descriptions et une approche de l’enfance sans mièvrerie. Ed. Presses de la Cité – 392 pages Amélie Collard


DIX PETITS CHEFS Le commissaire Magret et Hercule Poireau sont deux personnages imaginés par le scénariste Serge Carrere et dessinés par Falzar. Bien sûr, on perçoit directement le clin d’œil à l’œuvre de Georges Simenon et Agatha Christie, d’autant plus que ce premier volume se targue de parodier un titre archi-connu de la reine du thriller (Dix petits nègres). L’histoire se déroule dans un refuge isolé en montagne, spécialement loué pour filmer la célèbre émission culinaire « Chef, oui chef ! » qui, on s’en doute, ne se déroule pas du tout comme prévue. Non seulement, une sale affaire de viande avariée vient endiguer le tournage, mais le corps sans vie d’un candidat est retrouvé à la place d’une préparation-surprise. Comme dans un redoutable jeu de piste, les cadavres s’amoncellent, mettant l’équipe sous pression, ainsi que les investigateurs de service. Il n’existe pas mille alternatives : résoudre l’enquête ! Physiquement, l’héroïne ressemble un peu à Candice Renoir (de la série télé homonyme), tandis que le limier traîne un flegme de jeune premier. Le suspense se trouve au rendezvous et le découpage nous vaut un rythme très feuilleton de vingt heures cinquante, avec des rebondissements et des personnages auxquels on s’attache. Ed. Jungle – 48 pages Daniel Bastié

SIMENON ROMANCIER ABSOLU Il existe des auteurs pour lesquels on se sent prêt à perdre tout sens critique, desquels on devient fan sans trop savoir comment, emporté par l’écriture, la narration ou des personnages attachants. Georges Simenon fait partie de ces surdoués qui ont réussi à fédérer les lecteurs durant toute leur existence, multipliant les fictions avec une facilité surprenante et jamais en manque d’idées. Jean-Baptiste Baronian est un fidèle parmi les fidèles, de ceux qui ont tout lu et tout étudié, qu’on peut interroger et qui a réponse à tout. Après plusieurs ouvrages sur un des écrivains belges les plus célèbres du XXe siècle, il propose un nouvel essai à l’occasion du trentième anniversaire de la disparition du papa de plume du commissaire Jules Maigret. L’opportunité de se questionner sur le fait que l’auteur liégeois était toujours en mouvement, avec des zones d’ombres sur sa vie privée, une série de non-dits et une biographie clairsemée de points non-élucidés. Se basant sur divers témoignages, il brosse un portrait inédit, passionnant comme un polar, et revient sur une série de classiques aujourd’hui étudiés dans les écoles et qui ont fait l’objet de maintes adaptations au cinéma. Des faubourgs aux mondes ultra-chics, de l’univers des petites gens aux milieux pleins d’excès des nantis, Simenon reste l’homme qui tout entier n’a jamais cessé de parler de notre société. « Simenon romancier absolu » révèle une bibliographie d’une rare densité et nous apprend à lire entre les lignes. Ed. Pierre Guillaume de Roux – 184 pages Daniel Bastié


TOUT MAIGRET Lorsque j’étais jeune, lire Georges Simenon était prohibé dans les écoles bruxelloises. Pour mon professeur de français, monsieur Genot, il ne s’agissait pas d’un auteur digne d’intérêt. Seulement d’un banal concepteur d’histoires à parcourir dans le train ou sur la plage. Des livres vendus en kiosque et en format souple, le plus souvent sur papier recyclé, avec des couvertures racoleuses. Jean Ray et Henri Vernes étaient fustigés de la même manière. Vrai que le succès des ventes les rendaient suspects, ainsi que leur rythme de production. Pères de douze à quinze romans annuels, il était certes question de s’interroger sur la qualité de leur écriture. Puis, le temps a fait son office. Tous trois ont été reconnus comme des auteurs complets, sur lesquels nous avons à compter, des vedettes de librairies reconnues de leur vivant. Georges Simenon s’est singularisé avec des intrigues simples, des personnages forts et n’a jamais renoncé à parler de l’humanité de ses contemporains sans chercher la moindre explication anthropologique. Lorsqu’il a démarré les enquêtes de Jules Maigret à la fin des années 20, il ne savait pas qu’il tenait les rênes du succès. Fort vite, le personnage a été adapté au cinéma et à la télévision sous les traits d’Albert Préjean, Harry Baur, Gino Cervi, Jean Gabin, Charles Laughton, Pierre Renoir, Michel Simon, Jean Richard, Bruno Cremer, Rowan Aktinson et plusieurs autres. Transpositions ayant pour corollaire d’augmenter les tirages mettant en page le plus intuitif des flics parisiens. Toujours, Georges Simenon partait du quotidien et se fiait à son instinct. Il rédigeait comme d’autres respiraient, possédait le verbe juste et se relisait peu. Signe d’une énorme facilité. Dans son monde, on se situe à des lieues des experts de toutes sortes, ces policiers qui usent de la technologie pour résoudre une énigme. Maigret se fie aux indices, se sert de son intuition, use de son bon sens. Jamais, il ne se trouve confronté à de grands criminels ou à des gangs organisés. Les meurtriers sont des quidams, dépassés par leur pulsion ou se croyant d’une grande sagacité. La série évite soigneusement les histoires d’amour. On sait seulement que le protagoniste est marié et qu’il mène une existence tranquille au sein de son ménage. A cela, il n’y a jamais de personnages vraiment antipathiques. Chaque dossier se clôt sans épilogue glorieux, sans remise de médaille ou promotion. Le génie de Simenon a été de passionner les lecteurs avec des récits fluides et simples, collés au pavé, en décrivant le quotidien et en faisant visiter le Paris des gens d’en bas, sans flonflons ni trompettes. A cela, il a toujours su user d’une langue à la fois belle et accessible à tous, libre de toutes expressions complexes et servie par des descriptions agréables. Depuis son décès en 1989, l’auteur fait l’objet d’un véritable culte. Son œuvre est étudiée dans les Hautes Ecoles et les cinéastes ne regimbent jamais à proposer l’une ou l’autre version de son travail. Aujourd’hui, les éditions Omnibus poursuivent la publication de l’intégrale des romans mettant en scène le commissaire Maigret en dix épais volumes, illustrés par Loustal. L’opportunité de se replonger dans un pan de notre vécu littéraire et de se réapproprier des romans qui ont enchanté plusieurs générations. Les derniers tomes viennent d’être proposés par les éditions Omnibus. Ed. Omnibus - Environ 1250 pages par volume de huit romans Daniel Bastié


L’ADIEU À L’ANCIEN MONDE Notre monde va mal. Il suffit d’écouter ou de lire les médias pour s’en convaincre. Sa destruction est-elle programmée à cause de nos insuffisances, de notre laxisme ou de nos imprévoyances ? Les défis de taille se dressent ici comme ailleurs, dans la vieille Europe à l’instar des autres continents. Des solutions drastiques doivent être posées d’urgence, avec un changement radical de nos habitudes. Une révolution globale qui nous amène à penser et à vivre autrement, en refusant un monde inhumain entièrement assujetti au libéralisme outrancier et au repli égocentrique des populismes. Une catastrophe écologique frappe également à nos portes. Ariel Zweig suggère douze pistes pour nous remettre entièrement en question. Avec une grande violence, il fustige l’argent et l’activité des hommes dans ce qu’ils possèdent de plus déraisonnables. Pour lui, il n’est pas trop tard (même si certains dégâts demeurent irréversibles). Sauver la terre consiste avant tout à sauver le peuple. La planète n’est pas perdue. Même si le temps joue contre les gouvernements, une modification des paradigmes est espérée. Encore faut-il avoir le courage d’entreprendre certaines réformes profondes, de bousculer les mentalités et de refuser la procrastination. Ed. Carnetsnord – 189 pages Paul Huet

LE GRONDEMENT Szforinda n’existe pas et est ici présenté comme état de l’est de l’Europe, retranché dans le repli identitaire depuis que des frappes terroristes ont tétanisé le pays. L’obsession sécuritaire vire au cauchemar, avec un régime qui en a profité pour caler la population d’une main de fer, pour restreindre les libertés et espionner chacun. Emmanuel Sabatié situe son récit dans le cadre de la finale de la Coupe du Monde, avec les supporters qui s’engouffrent massivement dans le stade. Malgré cet événement sportif d’envergure, la ville partage un étrange sentiment entre fierté et crainte d’un nouveau déferlement de violence. La présence accrue des policiers spéciaux ayant tous les pouvoirs n’empêche pas chaque famille de redouter le pire. L’auteur nous livre ici un roman paranoïaque et montre les limites du gouvernement. On l’a vu un peu partout en Europe, malgré de grands dispositifs, le risque zéro n’existe pas. Plusieurs personnages émaillent le récit, qu’il s’agit de Nordine l’informaticien, de Krysten et Yeovic les amoureux, de Yuri l’espoir du club national. On découvre également que personne n’est à l’abri de la haine. Ed. carnetsnord – 638 pages Amélie Collard


KOBA Les fonctionnaires moscovites logent dans un gigantesque immeuble de la ville. Un lieu où sont réunies les familles de celles et ceux qui permettent au pouvoir de fonctionner. Un jeune garçon, Léon, dont le père a été tué et la mère arrêtée par les sbires de Joseph Staline, se réfugie dans les sous-sols et y croise un vieil homme dont il ignore l’identité. Il s’avère que ce dernier est le ponte du système et qu’il y réside entouré de gardes précieux. Robert Littell signe un roman grave et nous présente le psychisme d’un des plus impitoyables dictateurs du XXe siècle, aux pensées troubles et capable des pires exactions. Le charme et la spontanéité du jeune protagoniste en font un personnage irrésistible, inconscient du rapport sulfureux qu’il vient d’établir. De son côté, Koba (Staline) ne regrette jamais les violences qu’il a imposées au peuple, certain que la raison d’état autorise tout. En un peu plus de deux cent cinquante pages, l’auteur tisse son arantèle et revient sur un pan du XXe siècle. On le sait, Staline était un monstre. Les téléspectateurs francophones ont pu récemment suivre dans la petite lucarne « Apocalypse Staline », série documentaire édifiante sur l’un des principaux criminels de l’Histoire contemporaine. Ce roman a été traduit de l’anglais par Martine Leroy- Battistelli. Ed. Baker Street – 257 pages Sylvie Van Laere

L’ANTI-MAGICIEN : L’ENSORCELEUSE Le troisième volet des aventures de Kelen, le jeune mage sans pouvoirs, se poursuit en multipliant les péripéties et les rencontres. Toujours accompagné de ses adjuvants, il se rend en Gitabrie, où sont conçues des inventions formidables qui devraient l’aider à mettre un terme à une malédiction lancée par l’Ombre Noire. Sur place, il découvre un oiseau mécanique, animé par la magie. Fort vite, il comprend que, entre de mauvaises mains, il pourrait jouer de méchants tours aux mortels, voire anéantir le monde. Pendant ce temps, une guerre terrible se profile. Dans une société au bord de l’enlisement, Sébastien de Castell reprend une recette qui a fait ses preuves et nous propose un roman rempli de surprises, serti d’humour et d’un brin de suspense. Un peu comme dans les classiques de la fantasy, il imagine différents univers peuplés d’êtres singuliers, tout en jonglant avec les stéréotypes du genre et en mettant en scène un protagoniste dépassé par ses aspirations. Pour faire croire qu’il possède de véritables dons, ce dernier est amené à tricher. A partir d’un postulat a priori risqué, l’auteur réussit à fédérer une admiration quasi-générale et à doper son récit de trouvailles ingénieuses. « L’ensorceleuse » est le troisième volume d’une saga en cours d’écriture, jamais mièvre et sympathique pour ados et adulescents qui aiment se laisser emporter sur les ailes de l’imaginaire. Ed. Gallimard Jeunesse – 464 pages Paul Huet


MAXIMILIEN AUSCHWITZ

KOLBE :

UN

SAINT

À

Maximilien Kolbe a été canonisé en 1982 par le pape JeanPaul II. Une cérémonie pour couronner une vie exemplaire au service de Dieu et des hommes. Suite à l’évasion d’un détenu fin juin 1941 à Auschwitz, le capitaine SS Karl Fritzch a ordonné la mise à mort de dix prisonniers choisis au hasard. Tous périront de faim, enfermés dans le bloc 11. A la surprise générale, le Franciscain sollicite de remplacer un père de famille et, contre toute attente, son offre se voit acceptée. Cette fin héroïque ne doit toutefois pas faire oublier ce qu’a été le reste de son existence : prêtre, journaliste, créateur d’une gigantesque aventure de presse, missionnaire au Japon, etc. Rempli de bienveillance, il vivait pauvrement et cherchait à se rapprocher des gens humbles. Passionné d’Histoire, le dessinateur Jean-François Vivier a mis son talent au service de cette biographie, en usant d’un dessin traditionnel qui se caractérise par une ligne claire et efficace. Denoël (de sa véritable identité Régis Parenteau-Denoël) lui a offert un script cinématographique, sans longueurs, qui va directement à l’essentiel et sans jamais omettre qu’un bon scénario est également un bon découpage. Voilà un roman graphique qui use des ficelles du genre, tout en proposant une leçon sur la nature humaine. Un récit contre la haine dans un siècle douloureux. Ed. Artège – 52 pages Daniel Bastié

RAOUL ET MADELEINE FOLLEREAU, L’ITINÉRAIRE SPIRITUEL D’UN COUPLE Le nom Follereau est durablement associé à la lèpre. Raoul et Madeleine se sont mariés en 1825 et, de concert, se sont investis dans la rencontre avec l’autre, afin de surmonter une stérilité qui aurait pu se révéler dévastatrice pour leur ménage. A deux, ils ont cherché à secourir les enfants d’autrui et particulièrement les victimes de la lèpre. Avec une grande simplicité, ils se sont lancés dans un périple à travers le monde, sans calcul mais bardés de générosité. Il s’agit surtout d’un cheminement spirituel peu exprimé et retenu par la pudeur, complètement nourri par la parole du Christ. Bernadette Chovelon s’est appuyée sur une riche documentation pour saisir leur destin extraordinaire et circonscrire la motivation qui a décuplé l’effet de leur action. Aujourd’hui, la Fondation Follereau poursuit leur engagement. Raoul et Madeleine ont naturellement exercé une pratique active auprès des chefs d’État, espérant qu’elle mettrait un terme aux guerres et aux différences sociales. Une invitation à davantage d’équité pour toutes et tous. Cet ouvrage se veut non seulement un témoignage mais, surtout, un plaidoyer pour que nous puissions modifier notre regard sur les exclus du monde. Un itinéraire exemplaire ! Ed. Artège – 244 pages Sam Mas


J’ÉTAIS INCAPABLE D’AIMER Brigitte Bédard se raconte. Sans tabous. Sans omettre les côtés les plus sombres de son existence passée. Comme de nombreux jeunes, elle se sentait mal dans sa peau, en quête de reconnaissance, avec un besoin ineffable de s’affirmer autant que d’être aimée. Alors, sans réfléchir, elle a adopté tous les comportements possibles et s’est jetée à corps perdu dans les dérivatifs pour vivre pleinement : drogue, sexe, alcool. Avec un résultat catastrophique. Puis, par la force des choses, elle a atterri chez les Cocaïnomanes Anonymes. Dix ans plus, elle est parvenue à s’abstenir de tout produit délétère pour la santé, complètement abstinente, mais toujours désespérée. Puis, la foi l’a conquise. Un de ces petits miracles qui transforment le cours d’une existence, né d’une rencontre avec un moine, sans grands discours, sans calcul et dans la profondeur du silence. Avec beaucoup de vérité, elle revient sur ce qu’elle a traversé et sa conversion. Avec et en Dieu, elle a découvert la sérénité, le bonheur de devenir épouse et mère, de se libérer d’une existence cabossée et, surtout, d’être heureuse. On peut bien entendu douter du rôle de la spiritualité, néanmoins il convient d’admettre qu’elle peut apporter de l’espoir là où il n’y en a plus, qu’elle dirige les pas de celle ou celui qui y adhère et, dans cette logique, sauve des vies du marasme et de la tristesse. Il s’agit ici d’un témoignage à la première personne, à saisir comme tel et qui rappelle qu’une petite lumière brille au bout du tunnel obscur. En être conscient revient déjà à progresser pour se sauver ! Ed. Artège – 206 pages Daniel Bastié ENQUÊTE SUR LES MIRACLES DANS L’ÉGLISE CATHOLIQUE Patrick Sbalchiers mène l’enquête sur ce qu’il est convenu d’appeler les miracles au sein du monde catholique. Certes de nombreux travaux ont été entrepris sur le sujet mais, souvent, ils engendrent la suspicion ou sont demeurés isolés, constituant une carence en la matière. Malgré ce que chacun peut penser, l’histoire religieuse fourmille de cas concrets qui permettent d’examiner l’extraordinaire sous un angle physique ou psychologique. Pour effets : stigmates, corps imputrescibles, songes, apparitions, guérisons, etc. Des premiers disciples de Jésus aux mystiques contemporains, les exemples sont nombreux. Néanmoins, la question des critères de discernement ne manque jamais de se poser. Quels liens entretiennent-ils avec les sciences et de quelle manière l’Église les aborde-telle ? On le sait, pour les chrétiens, un miracle demeure avant tout un signe eschatologique, montrant aux vivants vers quoi ils sont appelés, un avant-goût du paradis à venir, de la promesse de rédemption faite à l’humanité et porteuse de félicités. Cet ouvrage propose un panorama extrêmement documenté sous la plume d’un expert qui s’engage dans un voyage à travers le temps, tout en faisant preuve d’une belle érudition. Ed. Artège – 318 pages Sam Mas


ILS RECONNAÎTRONT EN VOUS MES DISCIPLES Qu’est-ce qu’être catholique aujourd’hui ? La foi modifie-t-elle en profondeur le quotidien du converti ? Quels engagements implique-t-elle dans la société actuelle ? Il peut paraître extrêmement complexe de parler globalement du monde chrétien comme un tout uniforme. Bien entendu, il convient d’aller au-delà des stéréotypes et de lutter contre les scandales qui ont frappé l’Église. A une époque où on préfère entretenir le doute et placer sa confiance en quiconque dépose un avis sur Internet, il importe de revenir à des valeurs rassurantes et de fixer des assisses solides à la foi. Autant pour s’épanouir que pour fuir le désespoir et les incertitudes. Jean-Marc Bot propose une réflexion en quatre parties, qui prône une vraie recherche de l’aboutissement spirituel. Selon lui, l’héritage du Christ passe par une prise de conscience et une conversion intérieure. L’Église ne peut pas demeurer statique face aux défis du monde moderne. Elle a besoin d’actions concrètes qui impliquent des réponses à niveau de compréhension de chacun. Aussi, l’auteur revient sur le rôle de la messe dominicale, la fidélité des prêtres, la fonction papale, etc. Sans gommer les différences de sensibilité, il brosse le portrait d’une communauté fraternelle proche des fidèles et entièrement centrée sur une ouverture maximale. Enfin, il importe de ne jamais se durcir en postures qui génèrent des excès identitaires. On ne naît pas chrétien, on le devient. Cette affirmation de Tertullien, à la fin du IIe siècle, retentit de nos jours avec force ! Ed. Artège – 239 pages Sam Mas

A L’ÉCOLE DU CHRIST Face aux grandes questions existentielles, l’Église catholique propose une série de réponses et proclame la Bonne Nouvelle : celle de Jésus ressuscité pour nous inviter à croire en lui et le rejoindre auprès de Dieu. « A l’école du Christ » décode ce qui peut paraître compliqué aux profanes. Non pas que le message soit alambiqué, mais à force de brasser la grande théologie certains croyants y perdent leur latin. En évitant la langue de bois, cet ouvrage revient à l’essentiel et nous rappelle à quel point l’appel est vibrant, clair et sincère. Il touche au cœur en accompagnant chacun au cours du long cheminement dans l’existence, qui compte des difficultés personnelles et unifie les efforts. L’enseignement de l’Évangile et celui de la conversion intérieure ne font qu’un. Décédé en 2015, le Père Louis Pelletier aspirait à éduquer notre société à l’amour de l’autre, sans calcul et en pleine intelligence. Aujourd’hui, beaucoup aspirent à une véritable soif d’être heureux, sans s’encombrer des faux bonheurs. Pour cela, il importe de revenir à la base de tout et de s’ouvrir à la spiritualité en reconnaissant Dieu au-dessus de tout, prompt à se laisser contempler à travers sa création et à se révéler pour qui prend la peine de le chercher. Se nourrir de sa divinité, voilà une option (peut-être) bonne à tenter ? Ed. Artège – 416 pages Sam Mas


QUAND THÉRÈSE PARLAIT AUX MYSTIQUES Décédée à l’âge de vingt-quatre ans, Marie-Françoise Thérèse Martin, entrée en religion sous le nom sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, est aujourd’hui beaucoup plus connue sous celui de Thérèse de Lisieux. La diffusion de son journal à titre posthume en a fait l’une des saintes les plus vénérées du catholicisme, exemple parfait de foi et de dévotion, exemple à suivre par de nombreux croyants. En un peu plus de cent ans, elle a inspiré maints mystiques qui, jusqu’à aujourd’hui, se disent animés par son esprit. Mieux, certains prétendent avoir été l’objet de ses interventions extraordinaires et ce partout dans le monde. Le pape Pie X n’avait pas hésité à la qualifier de plus grande sainte des temps modernes. Quant à chercher à circonscrire ses actions dans le quotidien, elles se caractérisent par des aides concrètes, des conseils ou un soutien moral. Elle se trouve également à l’origine de vocations. Au XXIe siècle et malgré une laïcité qui se répand de plus en plus dans la vieille Europe, la publication des hagiographies connaît un succès croissant et interpelle. Le voile se lève et plusieurs lecteurs se laissent envahir par son appel, à la fois sincère et vibrant. Le Ciel débute sur terre et l’espoir est à portée de mains. Être sur terre revient avant tout à semer l’amour. Donner implique avant tout à témoigner d’un absolu auquel on croît sans s’égarer. Comment une petite carmélite a-t-elle réussi à bouleverser des vies ? Voilà le sujet de l’ouvrage de Joachim Bouflat, qui s’appuie sur une vingtaine de témoignages glanés aux quatre coins du monde. Ed. Artège – 244 pages Sam Mas

JÉSUS, MAÎTRE DE VIE INTÉRIEURE Encore un livre qui s’interroge sur la personnalité de Jésus, celui qui est à la fois le Tout Autre et notre frère. Comment le rencontrer dans la quotidienneté, bousculé par les aléas de l’existence avec son cortège de misères et de conflits. Au Premier siècle, des juifs s’adressaient déjà à l’apôtre Philippe en l’invitant à leur montrer le Christ. A l’évidence, ce souhait ne relevait pas de la curiosité, mais de la volonté d’un contact personnel à travers un signe d’adhérence. On le sait, très souvent, il ne suffit pas d’écouter un discours religieux ou de lire un livre (même saint) pour être baigné par l’Esprit. La foi n’a rien à voir avec une doctrine, des dogmes et des coutumes. Elle se vit de l’intérieur, poussée par un onne-sait-pas- quoi qui transforme une vie en profondeur et fait prendre conscience d’une autre réalité. Le tutoiement avec Jésus débouche sur la sérénité dans le but d’unifier, de pacifier et d’illuminer chaque existence. Intelligence et amour vont ici de pair. La vie chrétienne n’est pas une imitation, mais une fusion. Jamais on ne se contente de s’inspirer d’un modèle, mais de se nourrir spirituellement de lui pour s’en trouver renforcé à chaque minute de notre parcours. Sans autre ambition que celle d’être le moins docte possible, le père Joël Guibert procède en mettant en relief les différentes facettes du mystère de Dieu incarné et nous sollicite à vivre une expérience unique et vivifiante au cours de laquelle tout devient possible. Ed. Artège - 344 pages Sam Mas


CHRÉTIENS, LA GRÂCE D’ÊTRE LIBRES Contrairement à ce qui peut être lu ou entendu dans une Europe qui s’étiole au nom de l’athéisme, la religion n’est pas l’opium du peuple, même si certains seraient prêts à allumer de nouveau les bûchers de l’Inquisition ou à réactiver les Croisades. Être chrétien implique de rester libre dans ses convictions, de refuser l’assujettissement à des prescriptions ou à des discours ronflants. La foi appelle la paix des esprits et une fraternité sans conditions. Comment appréhender le monde sans y voir la responsabilité quotidienne de l’homme dans le présent comme dans le passé. Dieu nous a offert la grâce d’être libres, de ne jamais oublier notre libre-arbitre et d’agir en conscience, même si l’humanité n’a pas toujours été apte à se remettre en question, tandis que les hommes d’Eglise préféraient s’engoncer dans une rhétorique dont ils croyaient qu’elle les élèverait au-dessus de la mêlée. La foi a été ravivée au cours du siècle passé, popularisant la réflexion, osant prendre la parole et actionnant des questions longuement tues. Jean Duchesne, auteur de cet essai, insiste sur l’amour gratuit et sans calcul qui nous est proposé. Il tient également à rassurer. De nos jours, le catholicisme connaît une révolution qui se met en marche, avec des progrès attendus et qu’il faudra, vraisemblablement, un certain laps de temps avant d’en percevoir tous les effets. Loin de s’enfermer dans l’irrationnel, la religion est là pour épanouir or, on le sait, il ne peut y avoir aucun épanouissement sans liberté. Ed. Artège – 208 pages Sam Mas

ÊTRE JEANNE D’ARC Que représente Jeanne d’Arc aujourd’hui ? Un nom écrit dans les livres d’Histoire, une sainte, un symbole de la France, une féministe avant l’heure ? Marine Tertrais s’interroge sur le personnage et son rôle auprès de la population. Chaque année, Orléans lui voue des festivités grandioses, souvenir de ses faits de bravoure. A cette occasion, une jeune femme est élue pour figurer l’héroïne. Une reconnaissance, un événement inoubliable pour l’heureuse prestataire. Devenir Jeanne d’Arc change une vie. A travers le témoignage de plusieurs Jeanne contemporaines, l’auteure revient sur la figure emblématique de la sainte et son message. Devenir celle qui galvanise la ville demeure certes un honneur, mais il ne s’agit surtout pas de jouer la Miss. En partant sur les traces de Jeanne d’Arc, on réalise progressivement à quel point elle a marqué les esprits, au-delà du simple folklore, et pourquoi elle continue d’unifier la nation par le biais de valeurs fortes telles que le courage, la foi et le sacrifice. Pour beaucoup, elle demeure une figure immaculée et source d’inspiration. Bref, un exemple pour la jeunesse (parfois) en manque de repères et désarçonnée. Ed. Artège – 154 pages Sam Mas


GUIDE DES SANCTUAIRES MARIAUX L’Église catholique vénère Marie, mère de Jésus et mère de tous les croyants. Femme parfaite, confiante et soumise, fidèle jusqu’à la croix, présente à tous instants et imperturbable dans la mission qu’elle a acceptée. Toujours, elle apporte confiance et espoir, exemple à suivre ou modèle absolu de vertu. Beaucoup de mères souhaitent lui ressembler, malgré son cœur déchiré puis raccommodé après la résurrection de celui qu’elle a engendré. Assurément, on se situe ici dans le diocèse de la foi, à des lieues de la science, prononçant des affirmations qui ne parleront qu’aux convaincus. Pourtant, Marie bénéfice de mille louanges à travers la chrétienté, faite sainte et promise à rejoindre son enfant au paradis. Bien entendu, des chapelles lui ont été dressées et ses apparitions se sont multipliées un peu partout en Europe, poussant la population à revenir à davantage de piété, à se détacher des idoles et à croire en une société meilleure. Dominique Le Tourneau a décidé de dresser un guide des sanctuaires mariaux et, fort vite, il est arrivé à en relever presque trois mille à travers la France, témoignage d’une foi vivace et du besoin de croire. Plutôt que de chercher à concurrencer les offices du tourisme local, il a opté pour une présentation historique, une nomenclature en fonction des divers départements, mais également la date des pèlerinages annuels et une multitude d’informations pratiques approfondies. Si quelques endroits ont été délaissés, il cherche à en expliquer le pourquoi. Il insiste sur le fait que, où que le touriste aille, il ignore régulièrement qu’il voyage non loin d’un lieu consacré à la Vierge. Depuis des siècles, cette ferveur demeure active avec, selon les époques, des pics et des instants de déclin. Ed. Artège – 648 pages Sam Mas

LA LONGUE MARCHE DES CATHOLIQUES DE CHINE La Chine est un pays communiste, qui a éradiqué la religion au crédit de l’effort collectif en faveur d’un état fort. Néanmoins, près de dix millions de catholiques y pratiquent leur foi. Cette minorité est née à la suite d’échanges commerciaux qui ont débuté au milieu du VIIe siècle et par le biais de missionnaires venus apporter la Bonne Nouvelle, avec le courant « nestorien », puis la ferveur des franciscains, des jésuites, des lazaristes et d’autres communautés successives. Assurément, l’histoire du catholicisme en Orient se greffe immanquablement sur de grandes périodes de troubles et de persécutions, poussant les fidèles à se réfugier dans la clandestinité ou à pratiquer discrètement leur foi. La tentation a même été de se scinder de la papauté afin d’instaurer un culte adapté à la population. On note au fil des pages la nomination du premier évêque chinois en 1685. A cela, la montée au pouvoir de Mao et des hommes à sa solde a correspondu à l’éviction des missionnaires du pays. Yves Chiron revient sur ce pan de la chrétienté bien souvent éludé des livres d’Histoire européens et rappelle le passé pour aider à mieux comprendre le présent. On le sait, la liberté de culte est loin d’être acquise dans de nombreuses régions du globe et les serviteurs du Christ continuent à être sujets à de multiples brimades, arrêtés, torturés et parfois mis à mort. On a fort tu que le Vatican a tenté un rapprochement avec Pékin en 2018, afin d’évoquer la possibilité d’un accord provisoire pour davantage de libertés et le droit de participer officiellement à l’eucharistie, sans avoir à craindre diatribes ou sanctions. Loin de s’avérer une marche tranquille, la foi reste là, plus qu’ailleurs, une affaire triangulaire entre Rome, la ferveur des disciples chinois et le pouvoir représenté aujourd’hui par Xi Jinping. Ed. Artège – 334 pages Sam Mas


RÉVEILLER VOTRE PAROISSE Dans de nombreuses régions européennes la foi s’étiole, la pratique religieuse se perd et une grande partie de la population délaisse la religion au profit de la laïcité. Que faire ? Le père James Mallon, curé de la paroisse Saint Benoît dans l’archidiocèse d’HalifaxYarmouth (Canada), fustige les croyants pour leur manque de dynamique et plaide pour une Église qui ne regimbe pas à s’engager ouvertement dans la modernité, avec un réveil indispensable destiné à secouer les tempéraments assoupis. Ce travail de transformation implique un engagement et de la méthode. Fini de se reposer sur ses lauriers et debout afin de tendre la main à ceux de l’extérieur ! Il prône l’usage de la technique Alpha, basée sur l’accueil en paroisse et les échanges à cœur ouvert. Cela pour réunir des personnes de diverses cultures et les inviter à une expression commune autour d’un repas, la diffusion d’une œuvre cinématographique et un débat fertile, sans tabous et sans langue de bois. Même s’il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan, elle a le mérite d’exister et de faire parler d’elle. Mieux d’être imitée, adaptée ou copiée ! Ouvrir les esprits passe avant tout par l’écoute, la compréhension et le respect. La paroisse reste un lieu de rencontre et d’échange, où il fait bon vivre et où, sans crainte, on parle du Christ, mais aussi de soi. On y vit une relation intime avec les autres basée sur la confiance, sans être jugé. On évite les termes dogme et doctrine. Chacun active le levier de la foi à son rythme, en souhaitant s’améliorer et surtout trouver les mots rassurants au moment de témoigner de ses convictions profondes, de ses espoirs et de Jésus salvateur. Réveiller sa paroisse revient à remettre le religieux au cœur de son existence et prôner le partage, la fraternité et la tolérance ! Des valeurs qui se révèlent forcément fédératrices. Ed. Artège – 216 pages Sam Mas

CONNAÎTRE JÉSUS La Bible est la source à laquelle se réfèrent les chrétiens pour appréhender le personnage du Christ, découvrir ses paroles et ses actions. Mais que sait-on réellement de lui ? En soi, il demeure un mystère pour beaucoup, né de l’action de l’Esprit Saint, crucifié pour expier nos erreurs et ressuscité pour engendrer de l’espoir autant qu’accomplir sa mission. James Alison revient sur le personnage historique autant que sur la personne divine. Il appuie sa réflexion sur l’idée que, après Pâques, il est acquis que le monde ne repose pas exclusivement sur des valeurs sociétales et qu’un ailleurs existe bel et bien. L’être humain est appelé à un destin exceptionnel en vivant dans le don à l’autre et non sous la férule d’un proche ou la menace d’un ennemi. Loin de sermonner, l’auteur invite à découvrir le Christ au-delà des clichés et à se nourrir de lui. La lecture silencieuse et méditative devient vecteur de renouveau et de compréhension. En disciple de René Girard, il insiste sur le sacrifice ultime et rappelle que la victime pardonne à ses bourreaux pour rompre la spirale de haine et de violence, afin de bâtir un monde meilleur. Pour favoriser la discussion, il conclut chaque chapitre par une série de points à débattre en famille ou en communauté, persuadé que le dialogue, l’étude et la prière engendrent une société positive. Ce petit livre théologique fort accessible a pour ambition de nous aider à croître dans notre relation intime avec Dieu, sans perdre notre libre-arbitre ni sombrer dans les extrémismes comme l’abattement et le désespoir. On parle ici d’amour absolu, sans ambiguïté ni calcul. La figure christique est et restera celle de l’agneau immolé pour changer notre regard et notre rapport aux autres. Avis aux amateurs … Ed. Artège - 228 pages Sam Mas


MYSTÈRE ET MINISTÈRE DE LA FEMME Quel rôle la femme joue-t-elle au sein de l’Église ? Aujourd’hui, le sujet fait toujours débat au nom de la tradition, d’une méconnaissance du christianisme primitif et ce malgré plusieurs visages marquants issus du Nouveau Testament (Marie, Marie-Madeleine, Marthe, etc.) et quelques noms insignes (Mère Térésa, Bernadette Soubirous, Thérèse de Lisieux et, parmi plusieurs autres, sœur Emmanuelle). Si le statut de la femme a fort évolué en Europe au cours de ces dernières décennies, on sait que le combat est loin d’être gagné dans différentes régions du monde. Considérer la complémentarité et la distinction entre les deux sexes revient à se poser la question de l’égalité tant au niveau social, historique qu’anthropologique. Dans cet essai, médité durant de longues années, Louis Bouyer a souhaité défricher le terrain pour une réflexion saine et sans tabous. Rénover l’Église est un des défis du XXIe siècle, autant pour répondre à un besoin urgent que pour endiguer la perte de fidèles dans les paroisses et le peu de vocations à la prêtrise ? En pratiquant une démarche objective, il remonte aux fondations du christianisme et rappelle que c’est seulement par et en la femme que l’humanité s’accomplit. Il ne s’agit naturellement pas ici de faire montre de féminisme ou d’antiféminisme, mais de s’interroger sur la nécessité d’un changement. Proposer un sacerdoce féminin, voilà une option qui doit forcément aller au-delà des préjugés. Les pires n’étant pas toujours les plus anciens ! Une opportunité enfin de dégager le mystère de la femme dans les textes saints, d’apprendre à lire ceux-ci en les remettant dans leur contexte et d’entrer dans la modernité. On le sait, l’Église est autant divine qu’humaine. Au nom de cette humanité, il convient d’éviter toute forme d’exclusion. Baignons-nous de l’Esprit Saint et allons de l’avant ! Ed. Ad Solem – 122 pages Sam Mas

BAKWANGA, LA PIERRE BRILLANTE Bakwanga a été une des principales villes de l’ancien Congo belge, réputée pour ses diamants. Selon plusieurs sources, c’est là que la première pierre précieuse a été découverte en 1906. Inge Schneid nous parle d’un temps qui n’existe plus, de l’ère avant l’Indépendance, de l’époque où la Belgique exerçait une influence paternaliste sur le plus grand pays d’Afrique. Sans superlatifs, elle raconte le quotidien dans un territoire où rien ne ressemblait à l’Europe. Débarquée sans préparation, elle affronte un autre mode d’existence, les coutumes indigènes et découvre des valeurs inconnues loin de là. De surprise en surprise, elle se rapproche de la populaire, s’éprend d’elle et observe avec stupéfaction le fossé qui sépare les autochtones et les fonctionnaires venus de Bruxelles. De 1950 à l’Indépendance, elle narre des tranches de vie qui conjuguent espoirs, instants de gravité et cocasserie. Il faut sa plume alerte pour éviter les stéréotypes et se doter d’un recul suffisant pour ne pas sombrer dans la nostalgie. Autant que son histoire, elle évoque un monde qui entre sur la pointe des pieds dans la modernité et qui prend conscience de la responsabilité à devoir apprendre à se gérer. Noirs et blancs ont bâti ensemble à Bakwanga des maisons de couleur ocre, dans un site soigné, aux flamboyants portant fleurs rouges et bougainvilliers mauves grimpant haut. Place au récit ! Ed. Couleurs Livres – 203 pages Amélie Collard

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BC juin 2019  

BC juin 2019  

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