Bruxelles Culture mars 2022

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BRUXELLES CULTURE 5 mars 2022 Brussels Diffusion asbl Contact et abonnement gratuit : pressculture4@gmail.com

RENCONTRE : SOPHIE VANDEN PLAS


RENCONTRE : SOPHIE VANDEN PLAS Sophie Vanden Plas a longtemps été enseignante. Depuis quelques années, elle s’est lancée dans la formation et vient d’être éditée par « La boîte à Pandore » qui a retenu son ouvrage « Du primaire au secondaire. Les outils pour un passage réussi ». un livre qui ambitionne d'aider les parents dans le travail d'accompagnement scolaire. Rencontre. Bonjour, quel est votre cursus ? Je suis régente en Français/Histoire spécialisée en méthode de travail. Je suis formée à la gestion mentale, diplômée en PNL d’apprentissage ainsi qu’en Analyse Neurocomportementale (ANC) En parallèle, j’ai suivi de nombreuses formations sur les outils de la pensée visuelle, l’utilisation des Intelligences multiples en classe, la gestion du stress, … J’ai également eu la chance de travailler durant quelques mois dans différentes écoles québécoises et de découvrir des approches innovantes. Durant combien d’années avez-vous été enseignante ? J’ai enseigné pendant quinze ans au Collège Cardinal Mercier de Braine-L’Alleud. J’ai adoré donner cours à mes élèves durant toutes ces années. Ce que j’ai pu observer, et qui a amené ma spécialisation, c’est que les difficultés majeures de mes élèves étaient davantage liées à des problèmes de méthodologie et de motivation plus que de contenu. De nombreux élèves ne savaient pas comment étudier ou comment s’organiser ce qui entrainait des problèmes de motivation et beaucoup de découragement chez certains d’entre eux. Pourquoi avez-vous quitté ce métier ? Toutes les formations en méthode de travail ainsi qu’une expérience professionnelle de 5 mois au Québec m’ont donné l’envie de lancer de nouveaux projets à plus grande échelle. J’ai eu envie de développer des formations en méthode de travail pour les enseignants afin de partager tout ce que j’avais découvert. Et c’est avec ce même objectif que j’ai lancé le Festival Out of the Books, un Festival de l’éducation qui rassemble depuis plus de trois ans tous les acteurs de l’éducation (professeurs, directeurs, logopèdes, neuropsychologues, parents, …). Que sont les méthodologies d’apprentissage ? Qu’apportent-elles au monde de l’enseignement ? Vers quoi les pratiques des enseignants doivent-elles évoluer ? A mes yeux, apprendre à apprendre doit être une obligation dans le programme. Demander aux élèves d’apprendre et ne pas leur expliquer comment faire n’a aucun sens. Certains élèves vont de manière instinctive mettre en place des stratégies d’apprentissage efficaces alors que d’autres vont dépenser beaucoup d’énergie pour peu de résultats. Notre connaissance sur le fonctionnement du cerveau en situation d’apprentissage doit être partagée et transmise à tous les élèves. Lorsque les élèves connaitront le mode d’emploi de leur cerveau, ils pourront exploiter tout son potentiel. Ce regard entraine un véritable changement pour les enseignants. La classe ne doit plus être qu’un lieu de transmission de savoir mais également un espace de découvertes de connaissances métacognitives c’est-à-dire où l’on prend conscience de son fonctionnement et où l’on identifie des stratégies efficaces. C’est vers cela que les pratiques doivent évoluer. Que serait, toujours selon vous, une école parfaite ? L’école parfaite n’existe pas mais je pense que l’on est en chemin vers une école plus adaptée aux besoins de chacun. L’école idéale serait pour moi une école où les élèves et les enseignants se sentent


reconnus et s’épanouissent pleinement. Être enseignant aujourd’hui représente un défi. Je suis très admirative de leur travail. Ce métier réclame énormément d’énergie, de créativité, de patience, d’adaptabilité (la crise sanitaire l’a confirmé) L’école idéale apporterait une revalorisation complète du métier. C’est indispensable pour recréer une dynamique motivationnelle qui impacterait directement la motivation des élèves. Pourquoi affirmez-vous que l’école ne leur a jamais appris à apprendre ? Parce que c’est vrai, l’école n’apprend pas à apprendre. L’école suppose que les élèves savent comment faire. J’ai demandé à mes étudiants de 14-15 ans ce que voulait dire étudier et j’ai pris brutalement conscience qu’ils étaient très nombreux à n’en avoir aucune idée. Pourtant, il s’agit d’une des missions premières de l’école. Les élèves de rhétorique doivent quitter le secondaire munis d’un bon bagage de connaissances mais aussi et surtout de connaissances méthodologiques qui leur permettront d’être autonomes et prêts à gérer un cursus universitaire. Dans quel état d’esprit avez-vous écrit le livre « Du primaire au secondaire. Les outils pour un passage réussi » ? J’accompagne de nombreux adolescents dans leur scolarité et je suis très souvent confrontée aux questions et demandes de conseils des parents. De plus, la transition entre le primaire et le secondaire n’est pas évidente pour les élèves. Les jeunes font face à de nombreux changements et les parents ont souvent du mal à définir le rôle qu’ils doivent jouer. J’avais envie de les aider en leur proposant des approches simples et concrètes. A qui s’adresse cet ouvrage ? L’ouvrage « Du primaire au secondaire. Les outils pour un passage réussi » s’adresse aux parents et à toute personne en recherche d’outils méthodologiques. Je ne sais pas s’il comble un manque mais j’espère qu’il répondra aux questions des parents et qu’il aidera les jeunes dans leur scolarité. Quels sont les outils concrets que vous proposez à travers ce livre ? L’ouvrage propose vingt fiches méthodologiques que les parents, enseignants, coach, éducateurs, … peuvent utiliser avec les jeunes. On y retrouve un test d’identification des forces de l’élève, la création de routines organisationnelles, des techniques d’étude du vocabulaire en langue, la découverte de stratégies de mémorisation, la gestion de l’espace de travail, des techniques de préparation des évaluations plus importantes, etc. Bref, des outils concrets proposant à l’élève une posture active face à son travail scolaire. Le passage du primaire au secondaire est une étape. En quoi faut-il préparer l’enfant qui va accéder à ce qu’on appelait autrefois les humanités ? Comme je le disais précédemment, le passage en secondaire amène son lot de changements : nouvelle école, nouveaux professeurs, plusieurs professeurs différents, attentes multiples et différentes du primaire, nouvelles interactions sociales, nouveau rythme de travail, … Bref, le jeune ne peut pas utiliser ses automatismes, il doit continuellement s’adapter, ajuster son fonctionnement. C’est très énergivore et particulièrement complexe car l’intelligence adaptative n’arrive à maturité qu’à l’âge de 24-25 ans. Il est donc très important de rassurer les enfants lors de ce passage, de les accompagner, les guider, les aider à ajuster leurs pratiques. Cela ne signifie pas qu’il faut faire à leur place mais bien les amener à réfléchir, à trouver d’autres manières de fonctionner lorsqu’il y a des difficultés. C’est l’ambition de


l’ouvrage « Du primaire au secondaire ». Evitons de penser que parce qu’ils sont en secondaire, ils doivent être autonomes. L’autonomie s’acquiert progressivement. Au hasard, pouvez-vous livrer un conseil parmi beaucoup afin que le susdit passage puisse se dérouler dans une ambiance sereine et en osmose avec les besoins du jeune ? Mon conseil pour que le travail à la maison se passe dans une ambiance sereine est le suivant : faites de ce moment de travail, un moment ludique, agréable, joyeux, … La mise au travail après une journée d’école demande un effort et nécessite la mise en place de stratégies. Créez des routines, utilisez le jeu pour apprendre, soyez calme et exprimez-vous de manière positive. Tout cela permettra de créer un contexte d’apprentissage agréable et évitera les conflits à répétition. Concrètement, auprès de qui vos conseils ont été testés ? Tous les conseils, outils et techniques proposés dans l’ouvrage ont été testés avec des milliers de jeunes de la fin du primaire à la fin du secondaire depuis plus de dix ans. Toutes les fiches ont été construites lors de l’accompagnement en groupe ou en individuel de jeunes adolescents. Pourquoi faudrait-il se procurer votre ouvrage ? L’ouvrage « Du primaire au secondaire. Les outils pour un passage réussi » offre de manière simple un contenu théorique sur les découvertes en neurosciences ainsi que des fiches concrètes pouvant être exploitées clé sur porte avec les ados. Rempli de trucs, astuces et conseils, l’ouvrage permettra aux parents et enseignants de guider les jeunes dans leur méthode de travail et de rendre le moment des devoirs plus agréable pour tous ! J’aimerais ajouter que un mardi sur deux, j'anime des interviews live d'experts en éducation sur Facebook du festival Out of the Books. Le contenu est gratuit, libre d'accès et les replay disponibles. Les lecteurs également peuvent retrouver une quarantaine d'interviews sur la motivation, la gestion du stress, le jeu en éducation, la parentalité, le cyberharcèlement, ... Retrouvez Sophie Vanden Plas sur le site www.evocation.be ou www.festivalootb.com Propos recueillis par Daniel Bastié


LES TRIBULATIONS DE LA FAMILLE ZOEGEMEEL À BRUSSELLES 1.10 Catherine Zoegemeel et sa mère Liliane Van Vlasselaer, marchent en se tenant le bras dans la rue du Remblai. Le soleil est de la partie et donne au quartier un air de printemps précoce, en plein mois de février. — Quand je l'ai vu j'ai eu net une grenouille dans ma gorge, M'ma ! Beau qu'il est, ce garçon ! Il vend des kloddene rue Haute, jucht près de la rue des Faisans. Ocherme dis, j'en faisais presque dans ma culotte tellement il était beau, ce peï. — Janvermille il faut que je vais voir ça ! Demain, je dois aller chez le Tichke pour acheter de l'uûr en puût car y a que lui qui sait bien faire ça. Comme je dois quamême passer devant je vais regarder si je le vois pas. Ou bien je rentre et je vais demander si ils vendent pas des jarretelles. On a toujours besoin de ça newo ? — Mais ils ont pas ça là, M'ma. C'est des trucs à la mode, net pour Line, qu'ils vendent, des jeans et des tops et tout ça. — Des jeans et des tops ? Wadesmada veui eet ? Ils savent pas causer comme tout le monde ? Quand je vois ta Line avec des trous à ses genoux et sa laiterie presque à l'air, je revois comme ma mère m'engueulait, Treene ! Nous autres on devait mettre un corset bien serré, une culotte que tu savais ramener dix kilos de pommes de terre dedans, et puis une combinaison et là-dessus encore une robe que le bout traînait par terre. Sans tout ça tu pouvais pas sortir. Ah oué ! J'oublie encore un fichu sur ta tête pour qu'on voit pas tes cheveux. L'autre jour j'ai vu Line dans la salle de bains. Potverdekke nous autres tu devais écarter ta culotte pour voir tes fesses, elle, tu dois écarter ses fesses pour voir sa culotte ! — Oué mennant c'est tout lâché, hein M'ma. C'est un string. On dit comme ça la libération de la femme contre. Le jour d'aujourd'hui on fait comme on veut, Tu rencontres un garçon qui te tape dans l’œil et le soir tu couches avec et le lendemain tu en rencontres un autre, en zu vouch. C'est moderne. — Et toi tu as vu ce beau vendeur de loques et tu couches aussi avec, Treene ? C'est pas bien ça, c'est même dégueulasse pour ton mari ! — Oué mais moi je suis pas de cette génération-là, t'sais, M'ma. J'ai mon Jeuf et ça me suffit, il doit pas avoir peur. J'enlève pas ma culotte pour tout le monde. — Et lui ? Tu lui suffis aussi ou il va voir ailleurs ? C'est un homme, hein, Treene, et les hommes ça va toujours manger à plusieurs râteliers. — Moi je suis pas un râtelier et je sais bien que mon homme il va pas froucheler sur des autres. Tiens, pour mon nouvel an il m'a donné un beau jambon d'Ardenne avec le vrai cachet de l’abattoir d'Anderlecht. Il l'avait reçu d'un peï qu'il a refait son toit et qui travaille là-bas. C'est pas tof, ça ? On peut en manger tous les quatre pendant des mois car on l'a pendu au grenier avec une loque dessus pour les mouches, et on va chaque fois couper un bout pour le souper. Tu penses qu'un homme qui ne m'aime pas ferait ça, toi ? — Il aurait aussi su t'offrir un bijou ou la tournée des Grands Ducs à Paris. — Och c'est qu'il y a pas pensé, car on est très amoureux. — Mais tu regardes quamême les jolis garçons dans les vitrines... Oué, oué, rougis pas comme ça ! L'agent îlotier Désiré Dendouffer les croise au moment où elles s'engagent dans la rue de la Philanthropie. Il vient de terminer sa visite quotidienne chez le Kuûlkapper, son stamcafé, où il fait son inspection rituelle de la gueuze en bouteille et de la lambic au tonneau. C'est pourquoi il est d'humeur avenante : — Salue, madame Liliane et madame Catherine. On profite du beau temps pour wandeler un peu ? Och madame Catherine je devais juchtement aller vous voir pour parler de votre gamin. — Qu'est-ce qu'il a encore fait, çui-là ? — C'est pas grave, tu sais, mais le commissaire est pas content car il a pissé contre notre façade hier soir, et... — Ton commissaire a pissé contre la façade de son commissariat ? intervient Liliane. Il est djoum-djoum ou quoi ? Et qu'est-ce que le gamin vient faire là-dedans ? — Non, non, madame Liliane. C'est le gamin qui a pissé.


— Potverdekke vous en avez un en ville qui pisse tout le temps et que tout le monde vient faire le portrait de sa floeit ! Et ton commissaire il vient faire des ruses pour mon ket qui a pas envie de faire dans son caleçon ! — C'est vrai ça ! s'exaspère Treene. Lowieke n'a pas l'âge pour entrer dans un bistrot, il fait quoi, alors, si il doit faire ? Il a jucht le droit de pisser dans sa culotte et me donner de la lessive en plus ? Avant, ils avaient des pissodromes, les hommes, c'était facile. Aujourd'hui, ils sont obligés d'aller dans un café, et puis ils doivent boire, et puis ils doivent de nouveau pisser ! C'est facile, ça ! Nous autres les femmes, on espère que nos hommes vont pas dans les cafés boire et dépenser leurs sous, et vous autres vous les obligez à aller ! — Alleï madame Catherine, moi je fais pas les lois, tu sais. Et quand ton Lowie vient sproeiter contre la façade du commissariat, je m'en fous complètement, mais c'est le commissaire, un zeurproemier comme ça j'avais pas encore vu. Le genre oepgepast en nie gelache ; c'est un nouveau, il vient d'arriver, alors le beustel balaie toujours mieux. Quand il aura un peu fréquenté les paaipeplekkers du quartier il va comprendre. — Mais en attendant je dois aller au commissariat ? Et je dois venir avec le gamin ? — Non, non, c'est jucht pour un avertissement. — Laisse, Treene, c'est moi que je vais aller. Il va entendre quelque chose, ton commissaire ! Et je vais pas lui envoyer mon chat, ça tu peux le savoir, Diseré. Eie ma vast ? Georges ROLAND LEXIQUE grenouille dans ma gorge : un chat dans la gorge kloddene : vêtements jucht : juste Ocherme : mon dieu Janvermille : juron bruxellois Tichke : Jean Baptiste uûr en puût : charcuterie à base d'oreilles et de pieds de porc newo : pas vrai Wadesmada veui eet : qu'est-ce que c'est en zu vouch : et ainsi de suite froucheler : flirter Kuûlkapper : habitant de Saint Gilles stamcafé : café habituel wandeler : promener djoum-djoum : timbré floeit : zizi faire des ruses : chercher noise pissodromes : urinoirs publics sproeiter : uriner zeurproemier : pisse-vinaigre oepgepast en nie gelache : attention beustel : balai paaipeplekkers : bons à rien envoyer mon chat : poser un lapin Eie ma vast : tu me comprends


THÉÂTRE : A GERMAN LIFE En 1942, au ministère de la propagande nazie. Elle qui ne s’était jamais intéressée à la politique devint la sténographe de Joseph Goebbels. Aujourd’hui, dans l’intimité de son appartement « belle époque », elle se confie et nous raconte son histoire. Tellement de choses brusquement ressurgissent... Est-il possible qu’elle ne fût au courant de rien ? Que savait-elle ? Et qu’a-t-elle choisi de ne pas savoir ?Aujourd’hui les gens aiment croire qu’ils auraient fait davantage contre les persécutions ; mais moi je dis qu’ils ne l’auraient pas fait. Cette femme qui nous parle incarne la majorité silencieuse de ces temps terribles. Quand, comment devenons-nous sourds ? Nous voilà face à l’éternelle question du pourquoi et du comment on en est arrivé là, alors que les temps s’assombrissent à nouveau…Jacqueline Bir, actrice magistrale, nous tend le miroir et nous offre ce voyage dans le passé et en nous-mêmes. Une création à découvrir au Théâtre Le Public du 8 mars au 30 avril 2022. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles

THÉÂTRE : LA VIE COMME ELLE VIENT Voilà un texte qui s’écoule comme un fleuve. Un texte qui déroule le parcours de vie d’une femme, Lucie. Elle est Belge, née en Afrique dans un village le long du fleuve Congo. Sa mère meurt en couches, le père souvent absent parcourt le pays en faisant de la prospection pour une société minière. Cette fille de colons, sera élevée dans la maison de son grand-père, par une nourrice noire, Massiga. Massiga la nourrit de lait et d’amour, elle lui apprend à parler, à marcher, et Lucie se sent devenir noire au-dedans. Mais un jour, il lui faut rentrer au pays, la Belgique, et va basculer. Entre Afrique et Belgique, à travers le destin de Lucie et sous le regard de sa fille, Félicité, et de tous les hommes qui auront traversé sa route, La vie comme elle vient se raconte à trois voix, dans la langue simple et superbe d’Alex Lorette, et parle de féminité, d’exil, de maternité, de pays fantasmé, de résilience aussi. Lucie s’est arcboutée sous les tempêtes, elle s’est défendue, elle a résisté. Jo Deseure, magnifique Lucie incandescente et forte, vous fera traverser toutes les années à sa suite, en vivant sa vie, comme elle vient. Une pièce à applaudir au Théâtre Le Public du 8 mars au 30 avril 2022. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles


THÉÂTRE : MON ANGE Voici, inspirée d’une histoire vraie, l’épopée d’une jeune kurde, l’incroyable destin d’une jeune fille comme les autres, qui deviendra malgré elle le symbole de la résistance lors du siège de la ville syrienne de kobané en 2015. Une jeune fille que le cataclysme de l’Histoire va précipiter dans une guerre implacable. En mode survie, tous les sens en éveil, elle combattra pour ses droits et ses libertés. Ici, en Belgique, trois jeunes femmes s’emparent du récit et nous le restituent, telle qu’elles se figurent l’horreur d’un conflit qui n’en finit pas. Parce qu’elles veulent témoigner de la réalité de là-bas et du courage que demande la résistance à la barbarie. Jamais victime, cette femme nous montre la plus belle part de nousmêmes. Elle a été prise... à l’Université de Droit. Chic ! L’avenir s’annonce radieux. Ce matin, elle peut faire la grasse mat’. Elle l’a mérité, elle a bien travaillé ! Mais voici sa mère qui déboule et l’oblige à se lever. Dehors, on entend des explosions. Un feu d’artifice ? En plein jour ? La mère est affolée : « Lève-toi. On s’en va, fais tes bagages ». Elle demande où elles vont. La mère fait claquer les portes des placards, choisit en une seconde des vêtements, quelques bibelots, des bijoux... Ça ne vous rappelle rien ? La mère dit : « On part en Europe, Daech arrive ». Morgiane El Boubsi est à découvrir au Théâtre Le Public dans ce seul en scène du 10 mars au 23 avril 2022. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles

SPECTACLE : A TRAVERS LA PIERRE À travers la pierre est une fiction s’inspirant d’un monde bien réel, situé juste sous nos pieds : celui des hommes-taupes, soit, dit en américain Mole men. Sous les grandes villes telles que New-York, Paris, et même Bruxelles survivent dans les décombres, égouts, et anciens couloirs de métros abandonnés, une population d’exclus de la société. Il y vivent soit parce qu’ils sont trop pauvres, soit parce qu’ils ne sont pas conformes aux yeux de la loi et de la justice… Ou encore par crainte de l’Apocalypse ! Un spectacle visuel et musical qui tend à mettre en lumière ces êtres de l’ombre à voir aux Riches-Claires du 9 au 25 mars 2022. Plus de détails sur le site www.lesrichesclaires.be Rue des Riches Claires, 24 à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : POURQUOI JESSICA A-TELLE QUITTÉ BRANDON ? Ceci est une recherche théâtrale autour de la figure de Brandon Bryant, jeune pilote de drone américain devenu « lanceur d’alerte » suite à ses révélations médiatiques sur le programme d’assassinats ciblés auquel il participait. Ce drame, d’apparence aussi insignifiant qu’universel, est le démarrage d’une enquête brillante, passant d’une conférence gesticulée au récit des dilemmes moraux douloureux d’un lanceur d’alerte. Pierre Solot et Emmanuel De Candido reconstruisent en direct la vie d’un « digital native » dont chaque aspect aborde, l’air de rien, les enjeux d’une société ultra-moderne : réalité, virtualité, fiction, guerre propre et pouvoir fascinant des médias. Quels sont nos modèles ? Les jeux vontils remplacer le réel ? En s’emparant avec brio et dérision d’outils numériques variés, Pierre Solot et Emmanuel De Candido reconstruisent en direct un puzzle biographique dont chaque pièce aborde les notions complexes d’une société hyperconnectée. Une pièce à applaudir au Centre culturel d’Uccle le 8 mars 2022. Plus de détails sur le site www.ccu.be Rue Rouge, 47 à 1180 Bruxelles

THÉÂTRE : ILIADE Pauline Bayle signe l’adaptation virtuose de cette épopée immémoriale où les destins s’entremêlent dans un mouvement allant de la colère teintée de fer à la compassion trempée de larmes. Aujourd’hui, elle nous fait réentendre la voix d’Homère, lui qui nous parle d’oppression sans jamais tomber dans le manichéisme et met en lumière l’amertume que le sort fait peser sur la lignée des hommes. Parce qu’il n’y a pas de héros, seulement des hommes prêts à tout pour échapper à la souffrance. Dans un élan commun, cinq acteurs mêlent leurs voix pour raconter les histoires d’Achille, Hélène, Andromaque, Hector et Agamemnon. Sur scène, tous s’affranchissent des clichés opposant hommes et femmes, lâches et braves, pour venir s’accomplir dans un geste bouleversant d’humanité. D’un côté les Grecs, de l’autre les Troyens et entre les deux une guerre qui dure depuis neuf ans. Parce qu’Agamemnon l’a humilié devant tous ses compagnons, Achille décide de se retirer du combat. Privés de leur meilleur guerrier, les Grecs vacillent tandis que les Troyens gagnent du terrain… Comment faire pour gagner la guerre sans Achille ? Un classique à revoir au Centre culturel d’Uccle le 31 mars 2022. Plus de détails sur le site www.ccu.be Rue Rouge, 47 à 1180 Bruxelles


THÉÂTRE : VILLA DOLOROSA Pour les enfants Freudenbach (ruisseau de joie) perdus entre perte de sens et absence de perspectives, coincés dans cette ère prônant un matérialisme exacerbé, la culture héritée de parents férus de littérature russe n’est d’aucun secours. Ainsi, si Irina cherche en vain le sujet d’étude qui illuminera son existence, Macha s’enferme dans un mariage sans saveur ni amour, Olga enseigne sans passion devant d’innombrables regards bovins et Andrei laisse peu à peu ses ambitions d’écrivain sur le carreau, trop accaparé par la nécessité de gagner l’argent pour nourrir sa famille. Dans cette réécriture acide des Trois sœurs de Tchekhov, qui avait ouvert avec un énorme succès notre saison 2019-2020, Rebekka Kricheldorf replace dans notre société contemporaine dénuée d’idéaux le vide existentiel meublant une villa dont la vétusté reflète l’état de résignation de ses habitants, désillusionnés par un monde en transition. Villa dolorosa, c’est une sauterie mélancolique où l’ironie est servie à l’entrée, au plat et au dessert et à laquelle nous nous réjouissons de vous inviter à nouveau. France Bastoen Anne-Pascale Clairembourg, Isabelle Defossé, Thierry Hellin, Nicolas Luçon et Déborah Rouach sont à découvrir sur la scène du Théâtre Les Martyrs du 8 au 13 mars 2022. Plus de détails sur le site www.theatre-martyrs.be Place des Martyrs, 22 à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : LES MISÉRABLES Dans Les misérables, l’art de la narration est sublimé par le jeu gracieux des mains qui manipulent les destins croisés de Cosette, Fantine, Jean Valjean, Javert et Gavroche. Un théâtre d’objets grandiose et révolté, qui nous replonge dans la pensée politique et sociale de Hugo, et dont l’ingéniosité ouvre la porte à une réelle (re)découverte, de la plus poétique et ludique des façons. Une vieille boîte à biscuits renfermant l’auberge des Thénardier, une table transformée en champ de bataille et quelques figurines chinées dans les brocantes : voilà l’œuvre de Victor Hugo parcourue en une heure, contée par deux actrices, prenant comme axe central la trajectoire de Jean Valjean et le destin tragique de Fantine, invitant le spectateur à la rencontre d’un monument de la littérature et d’un théâtre de l’infiniment petit où la précision des gestes donne la vie, où les voix incarnent et où la taille des personnages est inversement proportionnelle aux tourments qu’ils traversent. Un classique revisité et qui conserve sa belle intemporalité ! Une pièce à voir au Théâtre les Martyrs du 22 au 27 mars 2022. Plus de détails sur le site www.theatre-martyrs.be Place des Martyrs, 22 à 1000 Bruxelles


ENTRETIEN AVEC GEORGES LINI A l’occasion de la représentation de « Privés de feuilles, les arbres ne bruissent pas » au Théâtre des Martyrs du 15 mars au 2 avril 2022, Georges Lini s’est confié sur les coulisses de cette pièce. Comment avez-vous découvert ce texte ? Je lis beaucoup de textes. J’en reçois un certain nombre avant même qu’ils ne soient édités et je suis notamment abonné à la maison Antoine Vitez, maison de traduction de textes contemporains que je lis régulièrement. J’ai eu un coup de foudre assez immédiat pour ce texte. Découvrir la pépite et être au fait des dernières sorties, ça fait aussi partie de mon travail. Je ne connaissais pas encore Magne van den Berg, une autrice contemporaine. J’ai immédiatement lu un autre texte d’elle pour être bien sûr d’être dans le vrai et pas dans la sensation éphémère. Je trouve son écriture singulière, très pertinente et fort fine. J’aime vraiment beaucoup ! Qu’est-ce qui vous a plu à la première lecture ? La forme et le fond à la fois. Un coup de foudre, c’est quand les deux se rejoignent. Dans l’écriture contemporaine, il faut que ce qui nous touche puisse être universel. Quand on attaque un classique, il faut qu’il sonne comme s’il était écrit aujourd’hui. Il faut se poser la question : en quoi un classique est encore notre contemporain ? Et quand on monte un texte contemporain, il faut se dire que ce qu’on monte est universel et pourrait être pris comme un signe de la société d’aujourd’hui dans plusieurs centaines d’années. En plus d’être contemporain en ce sens, ce texte a la particularité d’avoir une forme singulière : des répliques courtes, un effet sur la longueur plutôt qu’un effet immédiat. Je pense que cette pièce résonne après coup. Je la trouve vraiment très drôle et en même temps très cinglante. La situation est grave mais elle est traitée et développée avec de l’humour. Le thème abordé est d’une intelligence folle. L’autrice a, en plus de la qualité d’écriture, un sens aigu de l’observation, des relations humaines. C’est tout simplement l’une des pièces les plus intelligentes que j’ai lues. Il y a très peu d’informations sur ces deux personnages. Comment est-ce que vous les décririez ? Au niveau du travail de plateau avec les comédiennes, il faut savoir que je ne travaille jamais la composition. C’est-à-dire que je prends les gens pour ce qu’ils sont et pour le lien – inexplicable – que je fais entre eux et les personnages des textes. Je pense souvent à des personnes en lisant, comme c’était le cas avec Laurence Warin et Marie Du Bled, que j’avais en tête pour jouer ces deux femmes. C’est une affaire de singularité dans le jeu, d’énergie, de sens de l’humour. Je vois donc d’abord les deux comédiennes, qui correspondent parfaitement à l’idée que j’ai de ces personnages. Au niveau dramaturgique, je pense que ce sont deux personnes blessées par la vie, qui ont besoin de se reconstruire et qui s’isolent du monde pour repartir à zéro. Ce sont des personnes simples, des gens comme vous et moi, et c’est pour ça que je dis que c’est universel, car tout le monde pourrait se retrouver en elles. On aurait peut-être tous besoin à un moment, de couper, faire table rase du passé et se dire qu’on va repartir vers quelque chose de mieux. Et je pense aussi que, où que l’on aille, c’est nous que l’on emmène. C’est très présent dans la pièce. Il s’agit de votre première collaboration avec Laurence Warin et Marie Du Bled ? C’est la première fois que je travaille avec Laurence, avec qui il y a eu plusieurs occasions manquées. Avant que je ne donne cours, j’ai fait partie du jury de Marie lors de son examen de sortie à l’IAD, et j’avais flashé sur elle. Elle est singulière, lumineuse, elle a beaucoup d’humour. J’aime beaucoup cette actrice, elle a quelque chose d’énigmatique. On a déjà travaillé ensemble sur un spectacle (Le brasier,


aux Martyrs en 2012). Je suis très heureux de bosser avec elles deux. Avec l’énergie qu’elles dégagent chacune, ça forme un couple théâtral qui me réjouit pour la pièce. C’est un vrai ping-pong verbal entre ces deux personnages, sans aucune ponctuation et avec très peu de didascalies. Comment allez-vous travailler avec les actrices ? Je travaille toujours de la même façon. J’ai l’idée du spectacle, de ce que ça va donner, mais je n’impose rien. Je vois l’impact que le spectacle doit avoir sur le public. Il y a plusieurs manières d’y arriver, plusieurs chemins possibles, mais je vois où l’on doit arriver au final. Une scène de théâtre peut être jouée en hurlant ou en pleurant, le résultat sera le même. Le parcours est différent, mais l’impact sur le public est relativement le même. Je dis souvent à mes comédiens « On balise la pièce, puis on y arrive ». Il faut jouer avec ce qu’on est au moment où l’on joue, qu’on soit fatigué, triste, en colère. Tout ça influencera le jeu. Je n’ai donc pas d’idée préconçue, sinon que ça doit être vivant, fin. Il faut toujours penser à la première lecture, ce que l’on a ressenti, et essayer de le reproduire. Je vais voir au fur et à mesure ce que les actrices me proposent et comment elles intègrent ce texte, avec leur humour. La direction d’actrices doit être très fine. Je compare un peu Privés de feuilles, les arbres ne bruissent pas à La cantatrice chauve de Ionesco : elle est « apparemment » toute simple. Il n’y a pas d’effet de mise en scène, il s’agit juste d’elles et de l’impact que le dialogue peut avoir sur les gens. La profondeur de ce dialogue surtout, ce qu’on dit et ce qui se cache dessous. Justement, cette pièce est troublante par le développement du contenu dramaturgique. C’est une sorte de temps suspendu, où beaucoup de choses sont dites mais comme pour mieux masquer les choses les plus importantes. Est-ce que, de manière générale, la violence vous touche plus lorsqu’elle est sous-jacente, ou bien lorsqu’elle s’exprime à travers les mots ? On ne peut pas dire que la violence physique ne nous touche pas avec tout ce que l’on voit partout autour de nous. Je pense qu’au théâtre, ce qui est suggéré est plus fort. Le pouvoir de l’imaginaire, le pouvoir de l’esprit, est beaucoup plus fort. Mettre en scène des gens qui ne feraient que s’engueuler, ça ne m’intéresse pas. Mais de voir la violence sous-jacente et que ce soit au public de compléter le processus de représentation, c’est-à-dire d’identifier ce qui se cache, c’est ce qui me plaît vraiment dans le théâtre et dans la mise en scène. En tant que spectateur, si tout m’est servi sur un plateau, au bout d’un quart d’heure, je m’ennuie. J’aime être mis à l’épreuve, ne pas tout comprendre, essayer de trouver, et que les gens dans la salle aient même des explications différentes. Cette pièce est parfaite par rapport à ça, on s’interroge beaucoup. Le spectacle va se jouer dans la petite salle des Martyrs. Comment vous sentez-vous à l’idée d’investir cet espace ? On a besoin d’intimité donc j’aime beaucoup que l’on soit quasiment à même les spectateurs. La parole n’aura pas besoin d’être projetée, ce sera plein de délicatesse. C’est l’écrin idéal pour cette pièce. Ce sera d’ailleurs la première fois que je mets en scène un spectacle dans cette salle. Plus de détails sur le site www.theatre-martyrs.be Place des Martyrs, 22 à 1000 Bruxelles Propos recueillis par Mélanie Lefebvre / Photo de G. Lini fournie par le Théâtre des Martyrs © JC Guillaume


THÉÂTRE : UNE FLÛTE ENCHANTÉE Égaré en voyage dans un pays inconnu, le prince Tamino est attaqué par un serpent (en allemand « Schlange »). Alors qu'il s'évanouit, sûr de mourir, il est sauvé par les trois dames d'honneur de la Reine de la nuit. Pendant que le prince est encore évanoui, les trois dames chantent la beauté du jeune homme. Elles décident d'aller porter la nouvelle à leur reine, mais chacune d'elles veut rester près de Tamino proposant aux deux autres de porter le message. Après s'être disputées, elles disparaissent. Le prince se réveille et voit le corps inanimé du monstre. Se demandant s'il a rêvé ou si quelqu'un lui a sauvé la vie, il entend soudain un air de flûte de pan. Il se cache et voit arriver Papageno l'oiseleur. Au cours de leur premier dialogue, Papageno se vante d'avoir tué le serpent. Les trois dames réapparaissent et le punissent de ce mensonge en lui donnant de l'eau à la place du vin et une pierre à la place du pain sucré qu'elles lui donnent d'habitude. Pour finir, elles le réduisent au silence en lui fermant la bouche avec un cadenas d'or. Ce récit est archiconnu et a donné naissance à l’un des plus magnifiques opéras de Mozart. En réunissant acteurs et chanteurs d’opéra, Daphné D’Heur nous propose de vivre la création de ce joyau classique en septembre 1791. Wolfgang et son frère en maçonnerie, Emanuel Schikaneder, inventent sous nos yeux un spectacle féérique. La belle-sœur du compositeur de génie frémit quand elle découvre l’air de la Reine de la Nuit. Parviendra-t-elle à atteindre une note aussi aigüe ? Maroine Amimi, Cindy Besson, Etienne de Bénazé, Julie Delbart, Fabian Finkels, Zoé Gosset, Héloïse Poulet, Petra Urbànyi, Valentin Vanstechelman et Anouchka Vingtier sont à applaudir sans modération sur les planches du Théâtre royal du Parc du 3 mars au 4 avril 2022. Plus de détails sur le site www.theatreduparc.be Rue de la Loi, 3 à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : ACCORDS PARFAITS Une émouvante histoire de gens qui nous ressemblent. Les angles de cette pièce sont polis par le quotidien, avec des personnages à la fois excessifs, égoïstes, fragiles et débordant d’amour. La ravissante Marie Lafarge, jeune cadre dynamique, découvre avec stupeur que le ménage de son appartement n’est pas fait par la gardienne d’immeuble à qui elle a confié cette tâche mais par un jeune homme très séduisant qu’elle ne connaît pas ! Le réalisme de la pièce, les conflits ménagers, les histoires de clés donnent le ton d’Accords parfaits, comédie résolument moderne où les apparences du confort matériel brouillent les cartes des rapports humains mais quand les masques tombent, que les blessures et les solitudes se révèlent, apparaît alors une autre comédie, plus douce et plus intime, sur la peur d’aimer, sur la complexité des rapports entre les hommes et les femmes, et surtout sur l’espoir. Une comédie qui chante une certaine mélodie du bonheur avec Caherine Decrolier, Christel Pedrinelli, Hyuna Noben et Marc Weiss et à découvrir au Théâtre royal des galeries du 9 mars au 3 avril 2022. Plus de détails sur le site www.trg.be Galerie du Roi, 32 à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : LE SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ Pour la première fois de son histoire (entamée quand même en 1951), le Théâtre de Poche vous propose un classique. Du Shakespeare. Nous imaginons aisément votre étonnement. Un classique, mais enfin pourquoi ? Pour nous détourner de nos habitudes et de notre histoire –et donc plonger aventureusement dans l’inconnu. Parce que Le Songe va rassembler une quinzaine de marionnettes géantes autour de huit comédiens et qu’il est réalisé par la compagnie Point Zéro qui réussit tellement bien ce mélange des genres. Que Jean-Michel d’Hoop (L’Herbe de l’Oubli) en signe la mise en scène. À découvrir donc les idylles empêchées de quatre amoureux à la cour d’Athènes. À suivre ces jeunes passionnés dans leur fuite vers un monde féérique peuplé d’esprits farceurs. À pénétrer dans le dédale de la forêt, la nuit, là où toutes les hallucinations sont permises, comme les fantaisies les plus cocasses. À se perdre comme des amoureux qui mélangent sans vergogne le masculin et le féminin…. À frissonner de peur, d’excitation et de bonheur dans ce songe où résonnent hurlements, rires, larmes, séduction, poésie, humour potache, manipulations, panique et crises de nerfs. À nous les philtres, les fées, les métamorphoses, les illusions et la course folle du désir jusqu’à̀ la confusion la plus totale ! Voyez tous les détails pratiques sur le site www.poche.be Chemin du Gymnase, 1a à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : KILL FICTION Hey y’all ! welcome dans cette comédie qui parodie le cinéma de genre américain en le tournant en dérision. Kill Fiction met en scène six personnages attachants (évidemment, sinon ce ne serait pas du cinéma américain), qui évoluent dans un huis-clos tendu inspiré de Reservoir Dogs de Quentin Tarantino. Personnages qui vont, dans un rythme effréné, enquêter pour débusquer la taupe qui s’est parmi eux infiltrée. L’urgence et la violence des évènements révèlent la véritable nature de ces gangsters peureux, rêveurs, amoureux, fidèles, sensibles ou mignons. Amateurs ou conspueurs de films dont le spectateur est harcelé de punchlines et de jets d’hémoglobine, Kill Fiction va vous baffer. Benjamin Torrini, Wilhem Baerdemaeker, Colin Javaux, Mathieu Fonteyn, Jonathan Simo et Emilien Vekemans sont parfaits. Une pièce à voir jusqu’au 19 mars 2022 au Théâtre de la Toison d’Or. Plus d’informations sur le site www.tto.be Galerie de la Toison d’Or, 396-398 à 1050 Bruxelles


THÉÂTRE : UNE CÉRÉMONIE Une production du Raoul Collectif, c’est toujours un OVNI, pour les protagonistes eux-mêmes qui côtoient joyeusement les précipices pour mieux se retrouver. Sur un vaste plateau s’annonce la fête. Déjà la musique s’avance, les chaises volent, l’alcool grise les cœurs une fois dans le gosier. Et derrière l’apparente insouciance qui se dégage du tableau, c’est le drame d’une société qui se répand, elle qui ne peut même plus enterrer ses morts. Sous les notes de Duke Ellington et Charlie Parker vigoureusement interprétées en live, bientôt la révolte gronde et les Raoul de convoquer Antigone et même Don Quichotte. La tragédie grecque et Cervantès viennent prêter main forte à ce possible appel à la désobéissance, à cette interrogation sur la violence comme légitime défense, à ces menaces qui rôdent et qu’il faut tenir en respect. Et si le Raoul pose le dilemme sans le trancher, comment oublier ce volatile géant qui surplombe la scène. De ses battements d’ailes, il rappelle constamment que le péril est proche. Shakespeare n’au rait probablement vu aucun ombrage à l’emprunt de ses vers en pleine Cérémonie. Le Raoul Collectif s’en empare comme un mât de cocagne autour duquel se dresse vaille que vaille le besoin irrépressible de se réunir. Trinquer oui, mais à quoi ? À l’attente de quelque chose ? À l’espoir d’une chute, d’un bouleversement ? Ou serait-ce la perspective d’un chaos imminent qui convoque un rituel dont on pensait avoir perdu la trace, et qui apparait alors comme un dernier recours ? Un spectacle à découvrir au Théâtre National du 8 au 12 mars 2022. Davantage de précisions sur le site www.theatrenatioanl.be Boulevard Emile Jacqmain, 111-115 à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : UWRUBBA Sur fond de mélodies de Vivaldi et de rébétiko, cette musique en volutes de blues oriental traversé d’accents tziganes, Ali et Hèdi Thabet construisent une pièce intense, dans laquelle se mêlent les formes artistiques. À la parole de Raimondakis, l’un de c es lépreux, véritable figure de l’île, ils associent une interprétation libre du mythe de Narcisse, symbole de la beauté, mais aussi de l’amour et de l’exil. Tout en questionnant la notion de normalité, le rejet et l’attirance, les deux frères créent un dialogue entre la musique, le mouvement et la poésie de René Char. Un art total qui puise à la source de la Grèce, dans le berceau de l’Europe, pour y explorer la place de l’artiste face à lui -même ainsi que la condition d’acteur et de spectateur. À gauche, sur la terrasse méditerranéenne, sept musiciens et une mezzo -soprano ; sur le plateau, sept danseurs ; dans le fond, le grand miroir donne à voir des extraits du film L’Ordre de Jean-Daniel Pollet, consacré à la dernière léproserie européenne de l’île de Spinalonga, au large de la Crète, là où se rencontrent Orient et Occident. Une performance magnifique à applaudir sous les projecteurs du Théâtre National du 22 au 26 mars 2022. Voyez davantage de précisions sur le site www.theatrenatioanl.be Boulevard Emile Jacqmain, 111115 à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : QUI A PEUR ? Mais de quoi ? De Virginia Woolf ou du racisme ? A partir d’une scène de ménage devenue culte, Tom Lanoye, écrivain néerlandophone, et Aurore Fattier requalifient le propos en remplaçant les deux jeunes invités par un couple noir issu de l’immigration. Ils en tirent une satire féroce de notre société confrontée au spectre des identités et du racisme. Claire et Koen sont un vieux couple de comédiens, mariés sur scène et dans la vie, qui rejouent la même pièce depuis 20 ans : Qui a peur de Virginia Woolf ?, un standard du répertoire populaire mettant en scène un couple d’intellectuels alcooliques et obscènes. Les mots orduriers vont bon train. Mais ce soir-là, c’est peut-être leur ultime représentation. Leur carrière est à bout de souffle, leurs finances sont au plus bas, leurs rapports sont plus que tendus : ils jouent leur quitte ou double sur les planches du théâtre. Ils attendent deux jeunes immigrés qui leur rapporteront, s’ils les engagent, le bénéfice de l’embauche à la discrimination positive. En monnaie sonnante et trébuchante. Ils ont jusqu’ici tout donné au répertoire et rien reçu en retour, sauf ce jeune couple noir qui va jouer les deux rôles secondaires dans une pièce laissée à l’abandon par la troupe. L’alcool aidant, chacun et chacune va déballer ses quatre vérités à l’autre, avec autant de mensonges. Le théâtre de l’ère postcoloniale, les conflits de génération, le #metoo dans l’art du spectacle, le politiquement correct, les relations de pouvoir, d’amour et de haine entre les deux communautés du pays, ainsi que les jalousies dans le couple, les rivalités entre jeunes et vieux, entre immigrés et Belges de souche : tout y passe en vrac, et tout le monde va en prendre pour son grade. La pièce brasse large Elle a été écrite en néerlandais (Wie is bang ?) par Tom Lanoye au NTGent en 2019, dans une mise en scène de Koen De Sutter qui l’a traduite en français avec Aurore Fattier, sa compagne dans la vie. Il joue la pièce ici avec Claire Bodson. Pour le couple de traducteurs, Qui a peur ? pose la question des subsides au théâtre des deux communautés qu’ils représentent et, plus encore, c’est une manière d’interroger sans tabou le monde identitaire des immigrés et notre rapport à eux. Le théâtre contemporain est-il celui des mots orduriers que nous assènent les deux comédiens ? Est-il le théâtre de « la merde » par rapport au texte classique mis entre guillemets par ceux qui le jouent ? La pièce qui sert de référence est-elle obsolète, désuète, passée et enterrée comme le pensent Leila et Khadim ? Ces deux immigrés sont-ils là seulement pour renflouer les caisses du théâtre en mal de subsides ? Pour être « castés » dans des rôles de service ? Et la métisse noire est-elle une belle plante exotique qui attend le moment de montrer ses seins au directeur du casting, pour être pelotée sur les planches ? L’addition pour elle et son compagnon, c’est l’embauche à la clé. Ce sont quelques-unes des questions que pose cette pièce dans une mise en scène bouillonnante de réparties, d’accrochages et de piques, où Claire Bodson se détache dans un rôle qui lui va comme un gant. L’hologramme, l’image du comédien sur la scène, signe la présence du théâtre contemporain. Au Grand Varia jusqu’au 5 mars. Plus de détails sur www.varia.be Rue du Sceptre, 78 à 1050 Bruxelles Michel Lequeux


THÉÂTRE : VOYAGE MA CHAMBRE

DANS

Avec ses amis, les jeux, les chansons, les souvenirs reprennent vie : les collants rayés de Catherine Ringer, une conversation au téléphone avec sa meilleure copine, le pantalon doré piqué à sa mère, la perruque de Robert Smith, la sorcière d’Émilie Jolie… Ukulélé, claviers, glockenspiel, guitare électrique et mélodica nous entraînent dans un tourbillon endiablé de souvenirs musicaux éclectiques qui font revivre à Marie les préoccupations, les joies et les chagrins qui étaient les siens à dix ans. A cet âge où l’on cherche à se différencier des adultes et à se fabriquer une identité à soi, on projette dans les chansons et dans leurs interprètes dont on est fan, des émotions intenses. Avoir 10 ans en 1988 comme à toutes les époques, c’est avoir cette incroyable faculté de faire un Voyage dans sa chambre, et de rêver grâce à un imaginaire encore totalement libre et grâce à la musique qui transporte, emporte et rend tout possible. Une œuvre à applaudir au Théâtre Varia du 9 au 11 mars 2022. Un tourbillon d’émotions ! Plus d’informations sur le site www.varie.be Rue du sceptre, 78 à 1050 Bruxelles

THÉÂTRE : JACKIE CHAN ET MOI Contre toute attente, il est pris. C’est lui qui est choisi pour jouer dans le dernier film en date de Jackie Chan et avec Jackie Chan. Le voilà qui embarque pour la Chine, et c’est là que débute l’aventure. Cette pièce parle de ces belles ou de ces mauvaises surprises que peut nous réserver la vie, des hasards heureux ou malheureux, des différences de culture, du métier d’acteur et de l’impact positif ou négatif de son image sur les autres, sur la famille, les amis. Et comment surtout, on peut, après un long voyage, se retrouver au point de départ et partir sur les traces de son origine. Un récit drôle et touchant qui nous promène au cœur de l’énorme tournage d’un film chinois qui a détrôné Titanic au box-office, et au cœur d’une histoire familiale qui s’écrit entre le Borinage et la Sicile, cet endroit d’où l’on vient et où, par tous les chemins, on revient … Une pièce à découvrir au Théâtre Varia du 10 au 17 mars 2022. Plus de détails sur le site www.varie.be Rue du sceptre, 78 à 1050 Bruxelles


TOONE : CYRANO DE BERGERAC Lors de la création de « Cyrano de Bergerac », le 27 septembre 1897, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris, Edmond Rostand est gagné par le doute, ce doute indicible qui tourmente l’auteur quand il révèle son œuvre au public. C’est en larmes que, avant le spectacle, il se jette dans les bras de Coquelin, son Cyrano, en s’écriant : « Pardonnezmoi, mon ami, de vous avoir entraîné dans cette désastreuse aventure ! » Le triomphe de la pièce sera sans précédent. Jusqu’à deux heures du matin, le public éperdu criait, riait, pleurait, applaudissait et ne voulait pas quitter la salle. En 1969, le Théâtre de Toone s’empare de ce texte en vers et le met à son répertoire. Woltje, le Ketje de Bruxelles, en est naturellement le protagoniste. Lors de sa création en version zwanzée, le journaliste Luc Honorez écrivit : Toone et Cyrano ! C’est la rencontre de l’empereur en casquette de l’impasse Schuddeveld et d’un bretteur à panache, c’est un duel pacifique entre un conteur né et un nez qui ne s’en laisse pas conter ! (…) on y retrouve tous les morceaux de bravoure attendus, tels la tirade du nez, la ballade du duel, les non merci. Mieux encore : loin de supprimer l’émotion de certaines scènes, les marionnettes la transposent et l’amplifient par la verve d’un langage coloré (Le Soir du 3 octobre 1969). Une pièce devenue l’un des classiques de Toone à voir ou à revoir sans modération. Prenez un ticket. Cela se passe chez Toone du 3mars au 2 avril 2022. Plus de détails sur le site www.toone.be Rue du Marché-aux-Herbes, 66 (Impasse Sainte Pétronille) à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : L‘INVITATION Voilà une comédie enjouée et sympathique qui narre l’histoire un peu farfelue d’un homme qui s’invente un ami pour que sa femme ne découvre pas qu’il la trompe. Un thème typique du théâtre de boulevard où les portes claques et les menteurs en prennent pour leur grade. Les dialogues font mouche et bénéficient de l’abattage de Patrick Chesnais qui pousse de la voix en redressant les épaules pour montrer qu’il domine la situation quoi qu’il puisse advenir face aux répliques de son épouse qui n’a rien d’une oie blanche et qui se montre de plus en plus exaspérée par ses mensonges. Les fans de Patrick Chesnais seront contents de le voir sur les planches, en compagnie de Philippe Lellouche vu dans la série « Clem », ainsi que d’Estelle Lefébure rayonnante. Une pièce à applaudir au Cantre culturel d’Auderghem du 22 au 26 mars 2022. Trouvez davantage de détails sur le site officiel www.ccauderghem.be Boulevard du Souverain, 183 à 1160 Bruxelles Sam Mas


OPÉRA : IL TRITTICO Après le succès de « La Tosca » en 1900, Giacomo Puccini décide de s’atteler à un nouveau concept qui consiste cheviller trois récits distincts en un acte au menu d’un même opéra. Pour ce faire, il s’inspire du triomphe retentissant de « Cavalleria rusticana » de Pietro Mascagni. Son idée consiste à s’inspirer de « La Divine Comédie » de Dante et d’en tirer matière à musique. Reste à tout découper et à soumettre le tout à son librettiste. Dans le même temps, il opère une lecture des œuvres de Maxime Gorki. Enthousiasmé par la pièce « La Houppelande » de Didier Gold, il finit par conclure qu’il prendra une part de chaque élément pour se concentrer sur la partition. Il charge Giuseppe Adami de rédiger le livret. Il noircit les premières lignes en 1913, mais doit bien vite passer à un autre chose, une opérette de commande intitulée « La rondine ». Le travail reprend l’année suivante pour être achevé en 1916. Les critiques se pressent le soir de la création du 14 décembre 1918 au Métropolitan Opera de New York. La foule acclame moyennement l’œuvre, déroutée par le choix du compositeur. Même réaction un peu partout en Europe, plus conventionnelle et peu apte à toute modernité. Pourtant, Puccini ne s’est pas renié et a continué à user de son talent de mélodiste, avec des envolées lyriques et de grands passages consacrés aux prouesses des chanteurs. On raconte que le musicien se brouille avec Toscanini qui lui décoche des mots aussi durs que « C’est du grand guignol ! ». La longueur du spectacle pousse certains directeurs de salles à le démembrer pour n’en garder que la première et la troisième section. Avec le temps, chaque partie est présentée individuellement des autres, assurant la pérennité de chaque sujet et l’imposant progressivement auprès des mélomanes. Pour présenter « Il Trittico » dans sa version originelle, le travail n’a pas été aisé. Il a fallu trouver des livrets appropriés, mais le défi méritait d’être tenté. La Monnaie s’y est attelé avec force afin d’enchaîner les trois segments pour des représentations uniques. Trois époques, trois décors, trois couleurs, voilà précisément des contrastes en quoi résident l’unité de l’œuvre. Pour sa deuxième mise en scène à la Monnaie, Tobias Kratzer conserve donc l’ordre voulu par Puccini tout en tissant des liens entre chaque partie pour former un tout, tel un cercle sans fin. Alain Altinoglu est le chef d’orchestre idéal pour relever, aux côtés d’une distribution issue de la grande famille artistique de la Monnaie, les sacrés défis que pose ce triptyque. Une œuvre à découvrir à a Monnaie du 15 mars au 9 avril 2022. Plus de détails sur www.lamonnaie.be Place de la Monnaie à 1000 Bruxelles André Metzinger


EXPOSITION DE L’ASSOCIATION ARS Née à Craiova en Roumanie, Elena Ducu a manifesté dès son plus jeune âge une profonde admiration pour les couleurs, la lumière et la reproduction de la nature dans ses moindres détails. Depuis, elle s’est efforcée de laisser son art cheminer vers la recherche de l’émotion pure et tout ce qu’elle concentre de plus palpable. Elle a choisi d’étudier les Beaux-Arts en Italie, sans renoncer à sa personnalité et en se frayant un parcours atypique. La peinture abstraite et les installations l’ont attirée avec un degré de plus en plus marqué. Son travail a été choisi pour être présenté dans la prestigieuse Reggia di Caserta. Depuis, ses peintures ainsi que ses sculptures sont régulièrement présentées dans des expositions collectives internationales, notamment à Naples, Syracuse, Florence, Milan, Bruxelles, Utrecht, Paris, Londres, Zurich ou, encore, Madrid. Aujourd’hui, elle travaille à Rome et se trouve à la tête de l'ARS, un mouvement culturel qui se charge du développement et de la circulation de l'art contemporain en vue de le promouvoir. Accompagnée du groupe dont elle est la présidente, elle fait aujourd’hui une halte dans notre capitale pour offrir aux murs immaculés d’Espace Art Gallery une sélection de travaux signés Baś Kamil, Binaj Ardian, Coggi Bianca, Costa Mariella, Halkic Nazif Braco, Łapot-Dzierwa Kinga, Lee Sun A, Manufaktura Sztuki Oliwia Hildebrandt, Sasaki Fumio, Solei Paolo, Zawada Ernest et, bien sûr, elle-même. De quoi faire tourner la tête et procurer autant de bonheur que de diversité. Une rencontre tout en émotion qui suggère une belle variété de la création actuelle, avec de forts contrastes selon le tempérament de chaque artiste, des débauches de couleurs ou de la retenue dans la palette. Une autre manière d’associer les volontés personnelles à la démarche collective ! Si vous ne savez pas quoi faire ce mois-ci, je ne peux que vous conseiller de vous rendre dans le centre de la ville. Le lieu d’exposition se situe à quelques minutes de marche derrière le cinéma UGC De Brouckère et fait face au Béguinage, aussi à un jet de pierre de la place Sainte Catherine et de ses nombreux restaurants spécialisés dans les menus à base de poisson. Autrement formulé : une visite s’impose ! Plus de détails sur le site www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Sam M as


LA STATION LEMONNIER À BRUXELLES DÉDIÉE A LA PAIX ! La station de métro Lemonnier a été officiellement inaugurée en juin 2009 par Pascal Smet, ministre des Transports. En 1999, Hamsi Boubeker a été choisi par un jury d'experts de la Commission Artistique des Infrastructures de Déplacement de la Région de Bruxelles-Capitale, pour donner une âme à la station. Il s’agit d’un lieu de passage symboliquement important, où se croisent chaque jour habitants du quartier, écoliers, travailleurs, voyageurs venus de la Gare internationale du Midi... Pour remplir son contrat, l’artiste a choisi de travailler à partir des silhouettes de mains appartenant à une quarantaine de ses amis. Ces silhouettes de mains dont chacune a donc son identité et son histoire bien particulières ! Avant d’être sérigraphiées par la société « Polyvision » sur tôle émaillée, les mains sont tracées à l’encre de Chine sur papier et décorées de motifs kabyles, auxquels s’ajoutent des motifs librement imaginés par l’artiste, sorte de variations personnelles à partir des thèmes traditionnels. Mais la mise en images est elle-même complètement repensée, avec l’aide amicale de M. Luc Legrand, Docteur en Histoire de. Il s'agit donc d'une véritable création, entreprise facilitée par l’emploi de l’ordinateur qui permet d’expérimenter de multiples possibilités combinatoires avant d’aboutir à la composition définitive. En plus des 1400 m² existants, la réintégration et l’extension du projet artistique « Les mains de l’espoir » de l’artiste bruxellois Hamsi Boubeker un nouvel agencement avec de nouvelles œuvres en couleurs issues, entre autres, de projets participatifs précédents et à venir pour une surface maximale de 1020 m², a été prévu. Le support de l’œuvre reste le même : des tôles émaillées qui recouvriront l’ensemble des parois disponibles de la nouvelle station Lemonnier. Des œuvres, pour certaines, toutes nouvelles, en couleur et en faveur de la paix et des valeurs humaines. Certaines de ces œuvres se veulent être un hommage aux organisations internationales dont l'objectif est de défendre la paix, les droits de l'Homme, la tolérance, le respect entre les peuples. Cet espace dédié à la paix et aux valeurs humaines deviendrait ainsi un lieu de réflexion qui servirait les élèves d’écoles, les jeunes d’associations ainsi que le public en général. Au moment où les guerres deviennent de plus en plus meurtrières et forcent les personnes à un exil périlleux, quand les armes sacrifient des milliers d'innocents, la peur, l’angoisse, la famine et les maladies sont les seuls fardeaux que leur offrent le destin qu'ils n'ont pas choisi. Nous devons partout, graver et avec force le mot PAIX, et éduquer continuellement le monde à instaurer le respect, la tolérance et surtout le dialogue entre les peuples pour honorer un monde plus juste. Cet effet, l'opération internationale « Les Mains de l'Espoir» était une action artistique et humanitaire en faveur de la paix. « Étant enfant de la guerre, un rêve a germé dans mon esprit, celui de lutter pour un monde où règne la paix, la justice, la démocratie, la tolérance et le respect de chacun. De ce fait, je suis persuadé qu'une telle réalisation apportera à la ville de Bruxelles, Capitale de l'Europe, un grand témoignage en faveur de la paix et des valeurs humaines, et faire de cette station une vitrine universelle pour la paix ». L'exemple de l'embellissement de la station Lemonnier en 2009 en est un témoignage et nombreuses sont les écoles, les associations ou encore d'autres visiteurs qui viennent les découvrir pour, ensuite, en faire en classe un sujet de discussion.


EXPOSITION : BEFORE TIME BEGAN L’univers aborigène émerveille et intrigue. Aux yeux des non-initiés, il est chargé de mystère. Les premiers habitants d’Australie sont les héritiers depuis 65.000 ans de la plus ancienne culture ininterrompue au monde. Leur culture est vaste et riche sans pour autant s’exprimer par des ouvrages d’architecture, des textes écrits ou des œuvres d’art mobiles. Aujourd’hui comme jadis, le savoir ancestral se transmet oralement et passe de génération en génération au cours de rituels et de cérémonies. Le concept de « Rêve » y tient un rôle essentiel. Le Rêve est une époque mythique au cours de laquelle des êtres ancestraux comme les Tingari, les Sept Sœurs, le Serpent Arc-en-ciel et de nombreux autres ont créé la terre, la faune et la flore, les êtres humains, l’eau, les étoiles... Le mot « Rêves » s’applique à ces esprits mais aussi à leurs voyages et à leurs créations. Ce Temps du Rêve des Aborigènes n’a cependant rien en commun avec la conception du temps des Occidentaux. C’est un temps hors du temps, un temps universel. La Création est à la fois passé, présent et futur. Cette exposition explore le Rêve et la Création, mais aussi la naissance de l’art contemporain. L’exposition est construite autour de plusieurs moments de production artistique : quelques peintures traditionnelles sur écorce des années 1950 (et au-delà) faisant usage de pigments naturels et en provenance de la Terre d’Arnhem ; des travaux des régions désertiques des années 1970 et du mouvement artistique naissant du désert occidental, où les artistes s’essaient à la couleur industrielle sur toile et sur panneau ; mais aussi les productions les plus récentes, parfois monumentales, de divers artistes contemporains, individuelles ou collectives. Deux court-métrages mettent en scène un groupe de femmes et un autre d’hommes, tous artistes et créant des œuvres collaboratives. Tandis qu’ils s’activent, ils racontent des histoires, chantent, rient et dansent. Si ce qui est réservé aux initiés ne se divulgue pas, les œuvres d’art illustrent des récits mythiques ancestraux et témoignent d’une connexion avec, et d’un profond respect pour la terre et la nature. L’exposition présente en point de mire l’installation Kulata Tjuta (Beaucoup de lances), créée par un groupe d’artistes de tous âges issus de certains des centres artistiques des Terres APY (Anangu Pitjantjatjara Yankunytjatjara). Mille cinq cents lances sont agencées pour évoquer un kupi kupi, un tourbillon de poussière en forme d’entonnoir comme ceux qui surviennent dans les régions désertiques. Une lance vise sa cible tandis que la direction prise par un tourbillon est aléatoire. Un kupi kupi parcourt le temps (du passé ancestral à aujourd’hui en passant par la colonisation) et entraîne quantité de débris sur ce chemin tumultueux. C’est une manifestation de l’âme d’un défunt, mais aussi une métaphore de la société actuelle dont l’avenir est incertain. La dernière section de l’exposition présente le travail du photographe et artiste contemporain Michael Cook. Cook s’intéresse à l’idée de « civilisation ». Il expose sa série Civilised, composée de photographies d’Aborigènes d’Australie vêtus de costumes historiques des puissances européennes qui visitèrent l’Australie au début de la colonisation. Un événement à découvrir au Musée Art et Histoire jusqu’au 29 mai 2022. Plus de détails sur le site www.kmkg-mrah.be Parc du Cinquantenaire à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : JARDINS INTÉRIEURS L’intérêt pour les plantes et leur étude sont sans doute aussi anciens que l’humanité. Au début des Temps Modernes sont constitués, en Europe, les premiers jardins botaniques universitaires et privés, véritables prolongements, dans certains cas, des fameux cabinets de curiosités où s’entassaient, dans un ordre méticuleux, les productions les plus étonnantes. Fruits d’un nouveau rapport aux choses, des voyages de découverte ou commerciaux qui scandèrent le développement des empires européens et de leurs réseaux diplomatiques. C’est dans ce même berceau des 16e et 17e siècles que commence à se développer un commerce de plantes exotiques, dont une des expressions les plus folles demeure la spéculation autour des bulbes de tulipes, cause de nombreuses ruines aux Pays-Bas (17e). La possession de plantes rares et chères accroît le prestige des élites sociales et, plus, généralement, d’une bourgeoisie qui se fait sa place au soleil. A Bruxelles, en 1822 se constitue la Société de Flore de Bruxelles dont les principaux animateurs sont, précisément, des aristocrates ou de riches bourgeois, cependant que les horticulteurs locaux n’y bénéficient que d’un statut secondaire. De nombreuses sociétés commerciales accompagnent la naissance de ce type d’associations, où se côtoient, souvent, producteurs et amateurs de plantes. La Société Royale Linnéenne (fondée en 1835) plus démocratique, dans son esprit, en est un bon exemple, comme la Société d’Horticulture et d’Agriculture de Schaerbeek (1878), ou tant d’autres qui rythmeront la vie sociale bruxelloise de leurs expositions et concours, tout au long du 19 e et durant une partie du suivant. Notons qu’alors les élites investissent les alentours de la capitale (les fameux « faubourgs » que resteront longtemps des communes comme Schaerbeek ou Evere, parmi d’autres) pour y fuir le bruit, les odeurs et la saleté de la ville, et y établir des « campagnes », le plus souvent dotées de serres, ne serait-ce que pour cultiver des fruits et des légumes. Dans une situation où, durant quelques décennies l’horticulture devra sa prospérité à une clientèle avide de raretés directement importées des Tropiques, la question du chauffage pèsera lourd. Il faudra charger le poêle durant de longs hivers. A cette dernière, s’ajoute encore la phalange des jardiniers, profession qui, bientôt, se forme dans des écoles d’Etat (1849), véritables symptômes des tocades d’une époque. Les jardins d’hiver deviennent également extrêmement courants dans la seconde moitié du 19e siècle. A y bien réfléchir, jardins et autres structures de fer (ou de bois) et de verre, témoignent d’une forme de bipolarité bourgeoise : positiviste, elle aspire à contrôler, intellectuellement et pratiquement, la nature, mais ne peut s’empêcher de se laisser aller à l’évocation romantique de sa sauvagerie, notamment à travers les récits de voyages. Le 19e siècle est aussi, corrélativement, le temps de l’explosion de l’industrie horticole belge, la belle époque des naturalistes-collecteurs payés par cette dernière, un temps où l’on se dote de manuels d’instruction destinés à guider les observations et la collecte. L’introduction permanente des plantes dans les demeures est révélatrice du rapport que la société industrielle tisse avec la nature. Entretenir des plantes est une activité édifiante et pacificatrice : on cultive chez soi au lieu d’aller au cabaret… Souvent négligée par l’histoire de l’art, elle est pourtant incontournable pour comprendre l’évolution esthétique des intérieurs de cette période. Une exposition à découvrir jusqu’au 6 mars 2022 à la Maison Autrique et ce du mercredi au dimanche de 12 à 18 heures. Plus de détails sur le site www.autrique.be Chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles


EXPOSITION : BLAKE ET MORTIMER - LE SECRET DES ESPADONS En un temps où l’Amérique régnait en maître sur la bande dessinée réaliste avec Flash Gordon, Dick Tracy, Mandrake, le Fantôme, Jungle Jim, Tarzan ou Prince Vaillant, Edgar P. Jacobs a été le premier auteur belge à rivaliser avec la perfection esthétique et la narration des comics. En 1943, l’artiste avait près de quarante ans quand il a créé Le Rayon « U » dans le magazine Bravo !, première bande dessinée de sciencefiction made in Belgium. Impressionné par son talent, Hergé l’a engagé comme collaborateur et a convaincu l’éditeur bruxellois Raymond Leblanc de l’intégrer à la rédaction du futur journal Tintin. Pour le premier numéro, Edgar P. Jacobs a imaginé le scénario d’une histoire contemporaine sur le thème de la Troisième Guerre mondiale : « Le Secret de l’Espadon ». Le succès a été immédiat et fulgurant. La publication de ce récit fondateur des aventures de Blake et Mortimer a tenu les lecteurs en haleine du 26 septembre 1946 au 8 septembre 1949. En soi, « Le Secret de l’Espadon » rompait avec la tradition francobelge des jeunes héros naïfs tournés vers l’action débridée et l’intrigue en 144 planches qui préfigurait le roman graphique moderne. Plus que tout autre, Edgar P. Jacobs travaillait la psychologie des personnages, apportait un soin maniaque à la crédibilité des décors comme à la dramaturgie des couleurs. Publié en deux volumes en 1950 et 1953, « Le Secret de l’Espadon » a été réédité en 1964. Septantecinq ans après sa création, cette exposition-anniversaire plonge dans les coulisses de ce chef-d’œuvre du neuvième Art et dans l’intimité de son créateur visionnaire. Planches, croquis, objets et accessoires personnels d’Edgar P. Jacobs vous attendent. Accompagnés de vos smartphones, suivez les cases en réalité augmentée, donnez vie aux héros, partagez leurs émotions et surtout découvrez un monde extraordinaire qui a fait rêver plusieurs générations. Enfin, cette exposition l’ambition de transmettre au public les clés de compréhension permettant de replacer cette œuvre fondatrice dans son temps, tout en mettant en évidence son étonnante actualité. Un événement à découvrir au Centre belge de la Bédé jusqu’au 16 avril 2022. Plus de détails sur le site www.cbbd.be Rue des sables, 20 à 1000 Bruxelles EXPOSITION : RAOUL SERVAIS Plongez dans l’univers du pionnier belge de l’animation Raoul Servais grâce à ses dessins, des éléments de décor et même des instruments avec lesquels il a créé ses films. Cette exposition met en lumière la personnalité de Raoul Servais, ses procédés artistiques, sa quête de techniques novatrices et aussi, son amour pour les arts, le surréalisme, Paul Delvaux… Vous pourrez également admirer en avant-première les esquisses de son tout nouvel opus réalisé en collaboration avec Rudy Pinceel : Der lange Kerl. Âgé de plus de 90 ans, le bonhomme est considéré comme l’un des précurseurs dans le genre chez nous, un artiste qui a toujours aimé les univers étranges et qui a souvent côtoyé les mondes fantastiques si chers à Thomas Owen et Jean Ray. Né à Ostende en 1928, il n’a suivi aucune école et fait partie de ceux qu’on appelle des autodidactes, soucieux d’apprendre sur le terrain en se fiant à son flair et à ses goûts. On se souvient encore de son court-métrage « Harpya » qui a obtenu une palme à Cannes en 1979, un chefd’œuvre de surréalisme et une récompense méritée ! Un film unique par sa technique, puisque le réalisateur y a employé une technique mixte combinant le papier découpé, la projection frontale et le multiplan. Un procédé guère reproduit, car extrêmement exigeant et laborieux. Une exposition en forme d'hommage à voir absolument et à voir au Musée BelVue jusqu’au 6 mars 2022. Plus de détails sur le site officiel www.belvue.be Place des Palais, 7 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : ORIENT-EXPRESS Mythique, luxueux et belge, voilà l’Orient-Express ! Il a été raconté que lors d'un voyage de plusieurs mois aux Etats-Unis en 1867, l'ingénieur liégeois Georges Nagelmackers a découvert les sleeping-cars ou wagons-lits conçus par l'industriel américain George Pullman. Si ces trains étaient bien plus avancés technologiquement que ceux d’Europe (plutôt inconfortables à l'opposé du luxe américain). Dès lors, il lui est venu l’idée de créer des trains de nuit à destination d'une clientèle aisée et qui s’accommoderait d’un bien-être ostensible. En 1882, il a donc lancé une ligne ferroviaire Paris-Vienne qui a récolté un énorme succès. Pourquoi ne pas poursuivre dans cette voie, puisque l’achat de billets s’envolait ? Relier Constantinople, voilà le pari suivant ! Depuis, ce train est entré dans la légende grâce aux médias, à certains écrivains qui en ont fait le cadre d’action de divers romans et par le truchement du cinéma. Qui a oublié Hercule Poirot à bord du susdit train pour l’une de ses enquêtes les plus célèbres ? Train World accueille une exposition exceptionnelle consacrée à l’épopée de l’Orient-Express ainsi qu’à son créateur. A cette occasion, des wagons sont présentés au public. Cet événement-phare fait également la part belle à des œuvres d’art décoratif et à des documents uniques retraçant cette aventure inscrite dans les annales et la mémoire collective. A cela, le parcours évoque enfin les rêves qu’il a engendrés à travers le regard de plusieurs artistes, des plus connus comme Agatha Christie aux plus ténus, tout en rendant hommage aux artisans d’art qui ont contribué à bâtir sa réputation. Une exposition à découvrir jusqu’au 17 avril 2022 à Train World. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.trainworld.be Place Princesse Elisabeth, 5 à 1030 Bruxelles Paul Huet

EXPOSITION : BRUSSELS TOUCH Qu’est-ce que la Brussels Touch ? Un mythe ? Une formule inventée par l’un ou l’autre journaliste avide de formules ? Un titre lâché en haut d’une affiche ? Une réalité ? Voilà une exposition destinée à montrer ce qui se fait en matière de mode dans la capitale, vectrice d’inspiration et carrefour des talents. Natifs, installés provisoirement pour leurs études ou ayant pignon sur rue, les créateurs représentés dans le cadre de cette manifestation s’imprègnent de notre ville singulière et cosmopolite pour ouvrir de nouveaux horizons. Cet événement inédit invite à découvrir l’empreinte de nos quartiers sur la mode contemporaine, depuis les années 1980 jusqu’à nos jours. Il interroge les caractéristiques des collections qui sortent de nos ateliers et cherche à circonscrire cet « esprit de Bruxelles » à travers le talent de trentetrois signatures à découvrir sous forme de parcours libre. En l’occurrence : Annemie Verbeke, Anthony Vaccarello, Beauduin-Masson, Cathy Pill, Cédric Charlier, Chevalier Masson, Christophe Coppens, David Szeto, Delvaux, Elvis Pompilio, Emmanuel Laurent, Éric Beauduin, Ester Manas, Éts Callataÿ, Gioia Seghers, Girls from Omsk, Jean Paul Knott, Jean-Paul Lespagnard, José Enrique Ona Selfa,Julien Dossena, Lætitia Crahay, Léa Peckre, Marine Serre, Mosært, Olivia Hainaut, Olivier Theyskens, Own, Union pour le Vêtement, Sami Tillouche, Sandrina Fasoli, Sofie D’Hoore, Tony Delcampe et Sandrine Rombaux, Xavier Delcour. Cette exposition se déroule au Musée de la Mode et de la Dentelle jusqu’au 15 mai 2022. Plus de détails sur le site www.fashionandlacemuseum.brussels Rue de la Violette, 12 à 1000 Bruxelles Amélie Collard


EXPOSITION : REGARDS SUR L’IMAGERIE CARICATURALE DES JUIFS DANS L’HISTOIRE À travers un aperçu de l’extraordinaire collection rassemblée par Arthur Langerman, Belge d’origine anversoise né en pleine guerre, il donne à voir un aperçu de la folie collective que représente l’antisémitisme visuel, phénomène qui est suivi ici sur différents continents et plusieurs siècles. De l’antijudaïsme païen et religieux à l’antisémitisme social et politique, ce projet didactique présente un regard aussi inédit que saisissant sur la représentation des Juifs, du Moyen Age à nos jours, ainsi que sur les stéréotypes qui leurs sont attachés. La présentation des fac-similés imprimés sur multiplex se décline en tableaux, gravures, statuettes en bois, photographies, archives, posters, cartes postales, ainsi que des objets insolites comme des chopes à bière, cagnottes, plaques émaillées, cendriers ou boîtes d’allumettes. Tout en proposant des images de toutes origines, les concepteurs ont choisi de mettre un focus particulier sur les illustrations « belges : de la prétendue profanation des hosties de Bruxelles (1370) jusqu’aux vignettes textiles confectionnées par certains acteurs du Carnaval d’Alost, la Belgique n’est en effet pas en reste. Les panneaux sont accompagnés d’objets et pièces d’archives issus des collections du Musée Juif de Belgique. Un module vidéographique, dédié au collectionneur Arthur Langerman, propose, enfin, de découvrir son histoire personnelle, procurant un éclairage sur son parcours atypique et sur sa motivation, animée par le devoir de mémoire. Une exposition à voir au Musée Juif de Belgique jusqu’au 31 mars 2022. Plus de détails sur le site www.mjb-jmb.org Rue des Minimes, 21 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : SOL LEWITT Né à Hartford (Connecticut) dans une famille d’immigrants juifs venus de Russie, Solomon (Sol) LeWitt est l’un des pionniers de l’art conceptuel et minimal, réputé notamment pour ses Wall Drawings (dessins muraux). Bien qu’il ne soit pas religieux, menant une vie sécularisée, il entretient tout au long de sa vie des liens discrets mais tenaces avec son héritage juif. Dans les années 1990, il s’engage plus activement au sein de sa communauté à Chester (Connecticut) jusqu’à en concevoir la nouvelle synagogue de la Congrégation réformée Beth Shalom Rodfe Zedek qui sera inaugurée en 2001. Pour Sol LeWitt, la conception d’une synagogue relevait d’un problème de formes géométriques dans un espace qui se conforme aux usages du rituel. À l’appui d’archives, de dessins, de photographies et de témoignages, l’exposition explore la genèse de ce projet majeur, resté jusqu’à aujourd’hui peu connu du grand public. L’exposition aborde également un autre aspect oublié de la carrière de Sol LeWitt : les relations étroites que l’artiste a développées tout au long de sa carrière avec des collectionneurs, des galeristes et des artistes basés en Belgique. Seront présentés, entre autres, le Wall Drawing #138, réalisé pour la première fois à Bruxelles dans la galerie MTL – qui


joua un rôle pionnier dans l’introduction de l’art conceptuel en Belgique -, mais également la collaboration de Sol LeWitt avec l’architecte Charles Vandenhove pour l’aménagement du Centre Hospitalier Universitaire de Liège. Toutes les œuvres montrées dans l’exposition sont issues de collections publiques et privées belges, ainsi que de la Collection LeWitt. Quant à la réalisation des Wall Drawings, directement sur les murs du Musée Juif de Belgique, elle est l’occasion d’une expérience participative exceptionnelle, rassemblant aux côtés de dessinateurs professionnels de l’atelier LeWitt de jeunes artistes et étudiants en art plastique basés à Bruxelles. Pour chaque dessin mural, des équipes sont constituées autour d’un assista nt professionnel qui accompagne et guide les apprentis. Cette initiative pédagogique est une opportunité unique pour ces derniers d’être associés au processus de création d’un des plus grands artistes américains. Un événement à découvrir au Musée juif de B elgique jusqu’au 1 er mai 2022. Plus de détails sur le site www.mjb-jmb.org Rue des Minimes, 21 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : MAISON DE L’HISTOIRE EUROPÉENNE Des mythes et découvertes au chaos et à la cohésion qui ont marqué le XXe siècle, la Maison de l’histoire européenne emmène les visiteurs dans un voyage à travers l’histoire de l’Europe et les met au défi d’envisager son avenir. L’entrée est libre et la visite dure environ 90 minutes. Elle peut être effectuée dans les 24 langues officielles de l’Union européenne. Des ressources et des activités sur mesure sont également disponibles pour les écoles, les familles et les groupes. Une exposition citoyenne à découvrir tous les jours. Les visiteurs individuels et les groupes de moins de dix personnes n’ont pas besoin de réservation préalable pour visiter le musée. Voyez toutes les informations pratiques sur le site www.visiting.europarl.europa.eu Rue Belliard, 135 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : KASPER BOSMANS Kasper Bosmans est un conteur. Fasciné par les histoires, il en dénoue les fils et les tisse différemment, de manière ludique, afin de créer de nouvelles histoires. Agissant toujours à partir d'exemples concrets, qu'il s'agisse d'une anecdote, d'une recette artisanale ou d'un fait divers, Bosmans utilise les traditions locales et vernaculaires pour développer un discours globalisant. Ses œuvres vernaculaires prennent des formes éparses pour développer un discours globalisant. Ainsi, chez lui, on se trouve confronté à des peintures murales géantes ou à des panneaux de petite structure qui ressemblent à des boucliers ou à des illustrations pour livres. Evitant le didactique, il s’emploie à se contenter de traces ou indices qui permettent d’entrer dans son travail, en suggérant et sans jamais contraindre. A une époque croissante de polarisation croissante, il mélange des références appartenant à différentes époques et cultures et pour en dégager les similitudes. Pour aller encore plus loin dans sa démarche, il ose des titres suggestifs, sa faisant parfois allusions. Son travail est à découvrir au Wiels jusqu’au 31 juillet 2022. Plus de détails sur www.wiels.org Avenue Van Volxem, 354 à 1190 Bruxelles

EXPOSITION : HUGUETTE CALAND Cette exposition propose le point de vue exubérant et non conventionnel que porte Huguette Caland sur la vie et l’art. Elle célèbre la façon qu’a l’artiste de défier les représentations traditionnelles de la sexualité, du corps et du désir, transgressant les inhibitions et les conventions. Tout en prenant part à la vague de libération des années 60, la plasticienne développe ici un langage esthétique hypnotisant et tout à fait singulier, confirmant que son travail est une pierre angulaire du modernisme du Levant. S’articulant sur un demi-siècle de création, cette manifestation se veut un panorama objectif de cinq décennies de pratique artistique avec une centaine d’œuvres sélectionnées, qu’elles soient papier ou tissus divers, et résume une démarche sûre et singulière qui développe des thèmes tels que la dualité, la transgression et la sexualité. Autant de sujets qui ont servi de boussole au parcours d’une artiste contemporaine sur laquelle il importe de revenir. Décédée en 2019 à l’âge de quatrevingt-huit ans, Huguette Caland mérite qu’on se souvienne d’elle et de ses créations. Une rétrospective à découvrir au Wiels jusqu’au 12 juin 2022. Davantage d’informations sur le site www.wiels.org Avenue Van Volxem, 354 à 1190 Bruxelles


EXPOSITION : PIERRE DEVIS Décorateur de théâtre et peintre, Pierre Devis dirigea l’atelier de décors du Théâtre royal de la Monnaie de 1875 à 1905 avec, comme associés, Fontaine et Armand Lynen. En 1905, il quitte La Monnaie, s’installe à Auderghem et se consacre uniquement à la peinture. La Commune et, en particulier, les environs de Rouge-Cloître, où il fréquente Jean Degreef, Jean Delescluze, Jacques Laudy et Léon Houyoux, ainsi que les natures mortes et les bouquets de fleurs deviendront alors ses principales sources d’inspiration. En 2001, la collection communale s’est enrichie de nombreuses oeuvres de l’artiste ; la donation de sa fille Ida Devis, initialement transmise en legs à l’a.s.b.l. Conseil de Trois-Fontaines, fut ensuite offerte à la Commune. Cette donation comprend principalement des travaux de cette période de la vie de l’artiste où il fut un peintre paysagiste réaliste. Ces oeuvres, réalisées d’une facture tout en finesse sont à la fois des témoignages de paysages du début du XIXe siècle et un régal pour les yeux. En 1913, la Commune d’Auderghem rend hommage à l’artiste en donnant son nom à une rue qui relie le boulevard du Souverain à la rue Jacques Bassem. À ces peintures empreintes de poésie répondent des cartes postales anciennes agrandies, ce qui permet d’en percevoir toute la richesse. Elles nous projettent dans le passé d’Auderghem et nous font voyager dans le temps au travers de différents lieux de la Commune tels qu’ils furent autrefois. Une exposition à découvrir jusqu’au 13 mars 2022 au Centre d'Art de Rouge-Cloître. Plus de détails sur le site www.rouge-cloitre.be Rue du Rouge-Cloître, 4 à 1160 Bruxelles

EXPOSITION : HOPE « Hope » propose aux visiteurs de se perdre dans la couleur, le mouvement, les corps et les matières travaillées par les artistes. Mais les œuvres d’espoir des neufs exposants sont peut-être un subtil trompe-l’œil désordonné et fragile, bien éloigné d’un banal optimisme béat. Pour revenir plutôt avec prudence à toutes les incertitudes qui se cachent dans les trois installations d’art participatif proposées aux visiteurs. Pour les confronter à un questionnement ouvert sur la notion d’espoir et sur les gestes artistiques rencontrés au gré des échanges initiés sur place avec les artistes. L’intention est claire : approcher individuellement et collectivement la notion d’espoir par un questionnement et des sensations libres, mais encouragées. « Hope » souhaite inclure les publics dans son désir de sonder une réalité contemporaine comprise comme un ensemble d’effets et d’affects, loin d’imposer une définition stricte de la vérité de l’art ou de la société d’aujourd’hui qui serait assimilée à un grand ensemble bien impossible à incorporer. Un événement à découvrir jusqu’au 12 mars 2022 à la Maison Commune. Voyez les informations concrètes sur le site officiel de l’organisateur www.culturesetpublics.be Rue Mercelis, 81 à 1050 Bruxelles


EXPOSITION : LES OUBLIÉS DE LA MÉDINA DE MEHDI BEN KHOUJA Né en 1987 à Rabat, Mehdi Ben Khouja est un photographe indépendant et autodidacte. Après sept années de travail dans la coopération internationale de la région du Maghreb et MoyenOrient, il s’installe à Bruxelles et obtient, en 2020, son 2ème master en Relations Internationales à l’Université Libre de Bruxelles. Sa carrière photographique débute pendant les révoltes du printemps arabe où il travaillera sur la mémoire visuelle de cette période. Par son travail, l’artiste interroge les effets du mode de vie moderne et de ses contraintes sur la vie des gens de la Médina et, dans le même temps, leur capacité de résistance. Comment et pourquoi ces modes de vie séculaires survivent-ils dans les interstices de la ville ? Quelle place pour les « oubliés de la Médina » dans le monde moderne ? Autant de questions pour lesquelles nous chercherons ensemble des réponses au fil de cette exposition. Car comme disait Nietzsche « Ce qui m’importe, c’est l’éternelle vivacité et non pas la vie éternelle ». Les médinas se sont toujours caractérisées par une mixité d’activités humaines. Elles forment depuis des siècles un espace de vie foisonnant où viennent s’entremêler les fonctions résidentielles, économiques, sociales et culturelles de la ville. Aujourd’hui, le développement des pays du Maghreb et l’évolution rapide des villes bouleversent ces modes de vie séculaires. Cette exposition met en lumière certains pans plus ou moins cachés de la vie quotidienne dans la médina qui résistent – tantôt involontairement tantôt consciemment – à ces nouveaux bouleversements et rythmes effrénés du monde moderne. Des photographies en noir et blanc, d’autres en couleurs, des portraits et vues d’ensemble se succèdent et contextualisent l’environnement des sujets photographiés. Un événement photographique à découvrir jusqu’au 22 mars 2022 à l’Espace Magh. Plus de détails sur le site www.espacemagh.be Rue du Poinçon, 17 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : SARA TM VOID déploie dans l’espace du Botanique un dispositif total qui plonge le spectateur dans un univers parallèle. Les salles d’exposition deviennent le siège de production de SARA (Acronyme de : Souvenir Archival Recording Apparatus). SARA est une entreprise fictive, active dans la collecte et l’archivage de traces orales et mémorielles de l’humanité. Ce tableau vivant, dans lequel le spectateur pénètre, est une véritable unité de production. Elle s’active par la collecte de données et leur transcodage en temps réel. La scène est habitée par des formes humaines. Certaines, mutiques, s’affairent à permettre la fluidité d’une chaîne de production dont les mécanismes semblent obsolètes. Cette zone de production tout à la fois anachronique et chronophage défie l’entendement de notre époque et de ses standards de rendements poussés à l’extrême. D’autres, avatars anthropomorphiques ou voix de synthèse, apparaissent via des écrans ou des haut-parleurs afin de diriger le public au fil du processus de production. À travers ce dispositif d’exposition, VOID poursuit sa recherche sur la mise en forme du vide. Une immatérialité convoquée tant par le son, phénomène ondulatoire sans matière propre, que par le souvenir personnel, mémoire d’une expérience intime résidant aux confins de notre cortex. VOID développe une recherche plastique qui interroge le son comme vecteur de représentation, utilisant le médium sonore de la même manière qu’un peintre manie son pinceau pour tracer les contours du réel. L’invisibilité autant que l’immatérialité du son deviennent, chez le duo, le point de départ d’une prospection qui interroge les phénomènes du langage ainsi que de la mémoire. Le résultat est à découvrir au Botanique jusqu’au 17 avril 2022. Plus de détails sur le site www.botanique.be Rue Royale, 236 à 1210 Bruxelles


EXPOSITION : LE PETIT PRINCE L’exposition « Le Petit Prince » fait se croiser deux mondes. Celui d’Antoine de Saint-Exupéry, le romancier, et celui de son personnage le plus célèbre. C’est toutefois Marie de Saint Exupéry, la maman de l’écrivain qui sert de guide. Comme elle l’a fait de son vivant lors de conférences ou d’entretiens, elle raconte la vie et l’œuvre de son fils. Une mise en contexte émouvante que justifient les liens particuliers, denses qui unissaient la mère à son fils. Ce fil rouge se dévide dans l’audioguide qui accompagne le visiteur tout au long du parcours. Si Le Petit Prince est connu à travers le monde, la vie de son auteur l’est sans doute moins. Pourtant, celui-ci a toujours nourri son œuvre de sa propre vie. Et quelle vie ! Aviateur passionné, pionnier de l’aviation, notamment de l’Aéropostale à l’égal d’un Mermoz ou un Guillaumet, écrivain combattant lors de la Seconde Guerre mondiale, Antoine de Saint Exupéry est un personnage de roman aux multiples facettes. Et un homme amoureux de la vie et de l’humanité. C’est la première fois qu’autant d’objets personnels, photos, manuscrits et dessins sont ainsi rassemblés pour raconter la vie de l’auteur. Le visiteur feuillette ce roman vrai dont chaque chapitre est mis en scène pour le plonger au cœur d’une vie et d’une époque, celle des fous volants. Des répliques d’avions voisinent avec des projections de films, des montages audiovisuels, des témoignages de l’écrivain, de sa famille, de ses amis. Jusqu’à sa disparition mystérieuse au-dessus de la Méditerranée, un jour de juillet 1944. Sa dernière mission. Le monde du Petit Prince et celui de son créateur vont se rejoindre dans un espace immersif grandiose où le visiteur assiste à un jeu de cache-cache entre l’auteur et son célèbre personnage. Au milieu d’un décor fabuleux, ils se trouvent, se perdent, se poursuivent dans un show qui sollicite toutes les ressources audiovisuelles actuelles. Au point que la vie réelle de l’un finit par se confondre avec celle, rêvée, de l’autre. Un chassé-croisé haletant qui se termine par un happy end en apothéose. Le visiteur est appelé à s’exprimer, à réagir, à faire des choix dans un atelier interactif. Mis face à des situations issues de la vie et l’œuvre de l’écrivain, il devra choisir parmi des réflexions, des attitudes et des réactions celle dont il se sent le plus proche. Il pourra aussi y laisser des messages à destination des autres visiteurs mais aussi de tous ceux qui, à travers le monde, soutiennent la Fondation Saint Exupéry. Une exposition dans laquelle on s’immerge et à voir et à apprivoiser à Brussels Expo jusqu’au 30 juin 2022. Plus de détails sur le site www.expo-petitprince.com Place de Belgique, 1 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : RINUS VAN DE VELDE S’appuyant sur diverses techniques allant du dessin à la sculpture, Rinus Van de Velde crée un univers en miroir, dans lequel des éléments issus de la réalité et de la fiction se fondent en un récit unique. Voyageur de salon autoproclamé, l’artiste raconte des quêtes et aventures semi-héroïques puisées dans ses voyages imaginaires et ses rencontres fictives avec de grandes figures de l’histoire de l’art. Dans cette exposition, qui prend la forme d’un récit circulaire entre départs et retours au foyer, le train agit comme une métaphore du voyage. Rinus Van de Velde y présente son nouveau film et une sélection de ses œuvres, récentes pour la plupart. Il y réunit en parallèle un choix d’œuvres d’artistes modernes et contemporains - dont Pierre Bonnard, Joseph Cornell, Fischli/Weiss, Joan Mitchell, Claude Monet, Laure Prouvost, Laurie Simmons, Josephine Troller et Jean Tinguely, entre autres - qu’il place dans un contexte nouveau. Un événement pour partager les voyages intérieurs de l’artiste. Une exploration visuelle qui laisse entrevoir une partie d’un univers singulier en construction et expansion permanentes. A voir à Bozar jusqu’au 15 mai 2022. Plus de détails sur le site www.bozar.be

Rue Ravenstein, 23 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : LIGHTNESS OF BEING Hubert Bonnet est un collectionneur d’art et design du XXe siècle. Sa collection, développée sur plus de vingt ans, reflète sa fascination pour l’art minimaliste et conceptuel et comprend des œuvres d’artistes bien connus des années 1970. Lawrence Weiner, l’un des fondateurs de l’art conceptuel, questionne les fondements de la sculpture. En ne faisant que la formuler sans la matérialiser, il porte ses réflexions sur le marché de l’art, le caractère unique de la sculpture et le contexte artistique dans laquelle celle-ci est exposée. Tout en changeant de medium, les artistes tels que Daniel Buren et Niele Toroni se trouvent dans la même démarche à travers la peinture. La peinture n’a de sens que mise en relation avec son environnement et son public. La participation du spectateur est également une condition sine qua non au travail de Michelangelo Pistoletto, Donald Judd, Dan Flavin et Carl Andre, elle donne à l’œuvre d’art le droit d’exister. Sans le dialogue physique avec le spectateur, l’œuvre est inexistante. La sélection d’œuvres présentées témoigne de la qualité de l’ensemble de la Collection. A la fois historiques et radicales, elles indiquent le fait que le collectionneur propage consciemment et minutieusement cette pensée conceptuelle. Un événement à découvrir jusqu’au 31 mars 2022 à la Fondation CAB. Plus de détails sur le site www.fondationcab.com Rue Borrens, 32-34 à 1050 Bruxelles


EXPOSITION : BELGICISMES Collagiste à ses heures, poète à 16 heures 30, collectionneur à 17 heures, activiste culturel depuis bientôt trois décennies, François Liénard est issu de l’Erg ou École de recherche graphique à Bruxelles. Il réalise ses premiers collages en 1989 sur une table de cuisine, s’exerçant à la composition d’images au moyen d’une paire de ciseaux, d’un peu de colle et d’une boîte de cartes postales, jusqu’aux derniers, sur la même table et avec les mêmes ustensiles, pour s'écrire une histoire. Une histoire de l’art même, revisitée, mêlant styles et époques, goûts et genres. Au-delà d'une histoire, il s’agirait aussi d’un voyage, en compagnie de Cézanne parfois, Magritte souvent, Vermeer, Duchamp, Van Eyck, Broodthaers, Bob et Bobette et les Tuniques Bleues, le collagiste n'étant pas homme sectaire en matière d'iconographie. Pour l’exposition intitulée « Belgicismes », jouant de l'exotisme national en une langue imagée et indigène, il fait atterrir un OVNI constructiviste sur une plage de la Mer du Nord, lève un ciel lourd de moules sur la GrandPlace de Bruxelles, avec des lapins géants qui dévalent les marches du Mont des Arts, ajoutant un trombone en feu qui brûle dans une mission au Congo, tandis que des mineurs du Borinage remontent un poisson démesuré des profondeurs de la terre et qu’un astronaute pose sa fusée dans une ville flamande du XVIe. On le voit, le pouvoir du collagiste est immense. Le collage qu’il a toujours pratiqué se veut avant tout la matérialisation d'un monde possible, le nôtre transformé, enfin vivable, presque parfait. L’exposition de ses travaux est à découvrir jusqu’au 8 avril 2022 à Home Frit’ Home. Plus de détails sur le site www.homefrithome.com Rue des Alliés, 242 à 1190 Bruxelles

RENCONTRES LITTÉRAIRES DE BRUXELLES Les rencontres littéraires reprennent du service après de longs mois de silence liés à la pandémie. La première séance de l’année se déroulera le dimanche 20 mars à 15 heures 30 pour recevoir à Espace Art Gallery Sylvie Godefroid et le peintre Salvatore Gucciardo en tant qu’auteur. Un questions/réponses autour de “Les longs couloirs”, “La Balade des pavés” et une avant-première avec Sylvie Godefroid, ainsi que “L’Aube de cristal” et “Ombres et Lumières” avec Salvatore Gucciardo. Les lectures des œuvres de Salvatore Gucciardo seront assurées par Serge Budahazi de la bibliothèque Marguerite Yourcenar du château de Cartier de Marchienne. Un petit hommage sera rendu au cours à Robert Paul, initiateur des Rencontres (19-2-1944 / 11-2-2022) Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Sam Mas


LA 11E CÉRÉMONIE DES MAGRITTE Dans l’ambiance Queer mettant certains mal à l’aise, la 11e cérémonie des Magritte du cinéma belge s’est déroulée le samedi 12 février dans le hall d’entrée du Square, au centre du grand cube de verre donnant sur le mont des Arts. Sous une assistance réduite aux équipes nominées, le confinement et les mesures sanitaires étant toujours de mise, les résultats du palmarès ont été proclamés sous la houlette du maître et des quatre maîtresses de cérémonie qui se disputaient la vedette. Achille Ridolfi, de sa voix suave et mélodieuse, animait la soirée ponctuée de ses chants et de ses coups d’éclat. Deux premiers films ont remporté la mise : 7 Magritte pour Une vie démente d’Ann Sirot et Raphaël Balboni et sept autres pour Un monde de Laura Wandel. Les thèmes sociaux du cinéma belge ont été récompensés à leur juste mesure : l’exclusion des vieux mis sous scellés pour leur trouble neurodégénératif et le harcèlement scolaire dans les cours de récréation devenues des lieux de calvaire. Les deux films ont fait un tabac devant le jury de l’Académie Delvaux auquel s’étaient joints les spécialistes du 7e Art. Titane de Julia Ducournau, déjà Palme d’or à Cannes en 2021, a reçu le Magritte du Meilleur film étranger en coproduction avec la Belgique ainsi que celui de la Meilleure image pour Ruben Impens dans des décors futuristes. Deux autres films remportent chacun un Magritte : La Civil de Teodora Ana Mihai pour le Meilleur film flamand (alors qu’il est tourné en espagnol au Mexique) et Adoration pour la Meilleure musique originale de Vincent Cahay. Documentaire et courts-métrages Thierry Michel, qui présidait la cérémonie en tant que notre meilleur réalisateur de documentaires, a remis un Magritte pour Petit Samedi de Paloma Sermon-Daï sur le parcours d’un toxicomane dans la région de Liège. Le réalisateur a rappelé avec conviction les valeurs du cinéma dans toute société libre et démocratique. La culture est essentielle pour protéger la société contre la dictature (L’Empire du Silence). Trois autres courts-métrages ont été aussi récompensés : Sprötch de Xavier Seron (fiction), Mother’s d’Hippolyte Leibovici (documentaire) et On n’est pas près d’être des super héros de Lia Bertels (animation). Le Magritte d’honneur, enfin, a été décerné à titre posthume à la réalisatrice Marion Hänsel, décédée en juin 2020. Son fils Jan Ackermans et la chanteuse-comédienne Jane Birkin la représentaient pour recevoir le prix. Michel Lequeux


UN MAGRITTE D’HONNEUR POUR MARION HÄNSEL ! En juin 2020, Marion Hänsel, cinéaste majeure du cinéma belge et mondial, nous quittait. L’Académie André Delvaux a choisi pour la onzième édition des Magritte du Cinéma de lui remettre, à titre posthume, le Magritte d’honneur 2022. Marion Hänsel, de nationalité belge, est née à Marseille en 1949. Rapidement, elle rentre en Belgique, où elle grandit à Anvers. Elle se passionne très tôt pour le jeu, se rêve comédienne, et s’inscrit à l’IAD. Mais elle ne s’y retrouve pas, et se tourne vers le Théâtre des Galeries, puis le Théâtre des Quatre Sous. Ses voyages l’amènent à côtoyer les plus grands, elle suit les cours de Lee Straberg à l’Actor’s Studio à New York, entre à l’Ecole du Cirque d’Annie Fratellini à Paris. En 1977, elle écrit et réalise son premier court métrage, Equilibres, et crée dans le même temps sa société de production, Man’s Films, qu’elle animera jusqu’à la fin. Son premier long métrage, Le Lit, une première adaptation (elle en fera une brillante spécialité) de l’écrivaine belge Dominique Rolin, lui vaudra le Prix Cavens du Meilleur film belge. Elle enchaine avec une autre adaptation, s’exilant au Sud de l’hémisphère Sud pour tourner Dust, d’après le romancier sud-africain J.M. Coetzee, Prix Nobel de littérature. Le film obtient le Lion d’Argent à Venise. Cette histoire de haine plus que d’amour, traversée par une incroyable tension charnelle, est servie par une approche très sensorielle du récit. On ressent avec les personnages la chaleur, la poussière, la lumière éblouissante, avec les ombres des tonnelles, et le vert des boiseries comme seules couleurs ou presque, dans un paysage dont le ciel et l’espoir sont quasiment absents. Jane Birkin y tient un rôle à contre-emploi où son corps en lutte constante contre ses pulsions répond avec douleur au récit de sa folie rampante. En 1987, elle réalise Les Noces Barbares, une adaptation de l’ouvrage de Yann Queffelec, prix Goncourt 1985. Puis viennent Il Maestro en 1989, Sur la terre comme au ciel en 1991, Between the Devil and the Deep Blue Sea en 1995 (sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes), The Quarry en 1998, Grand prix des Amériques à Montréal, ou encore Nuages: lettres à mon fils en 2001. En 2006, elle réalise à Djibouti Si le vent soulève les sables. Le film a participé à plus de 50 festivals et remporté une vingtaine de prix. En 2010, c’est Noir Océan adapté de deux nouvelles d’Hubert Mingarelli, qui se passe sur un navire de la Marine française dans le Pacifique. Vient ensuite La Tendresse (2013), un road-movie, scénario original cette fois, porté par le duo Marilyne Canto/Olivier Gourmet, lumineux. En 2016, elle retrouve Olivier Gourmet dans En amont du fleuve, à nouveau sur un scénario original, où le comédien belge retrouve Sergi Lopez lors d’une odyssée fraternelle, tendue, aux confins de la Croatie. Également productrice, elle a notamment accompagné No Man’s Land de Danis Tanovic, Oscar du Meilleur film en langue étrangère en 2002, 25 degrés en hiver de Stéphane Vuillet en 2005, Diego Star de Frédéric Pelletier en 2013, Zagros de Sahim Omar Kalifa en 2018, ou encore Les Chemins de la mémoire de Jose Luis Penafuerte, Magritte du Meilleur documentaire en 2011. Son dernier film en tant que productrice, The Whaler Boy, du réalisateur russe Philipp Yurev, était en Compétition au Festival de Venise aux Giornate degli autori. Le Magritte d’honneur a été remis à son fils, Jan Ackermaens, conjointement par Charly Herscovici, Président de la Fondation Magritte, et la chanteuse et comédienne Jane Birkin, héroïne de Dust, Lion d’Argent à Venise.


ANIMA 2022, UNE ÉDITION HYBRIDE AU « CŒUR VERT » Après une 40e édition totalement en ligne en 2021, Anima, le cinéma d’animation, retrouve ses pénates au studio Flagey du 25 février au 6 mars, mais aussi sa plateforme Anima Online maintenue en ligne pour une édition hybride. Avec même quelques cœurs « verts » que vous pourrez découvrir. Le Festival sera également présent cette année dans les salles du Palace et de la Cinematek à Bruxelles ainsi qu’à travers toute la Flandre et la Wallonie pour des décentralisations inédites. Les enfants ne sont pas oubliés au programme puisqu’ils découvriront 9 longs-métrages qui leur sont consacrés et 12 compilations de courts-métrages aux côtés des meilleures reprises, dont Hopper et le Hamster des Ténèbres. En avant-première, ils pourront voir Alerte Rouge produite par Disney, où une adolescente se transforme en panda roux géant chaque fois que l’émotion la submerge. Et chez les filles, cela arrive bien souvent. Gare donc aux crises de nerfs dans la classe, devant la maîtresse ! En plus des traditionnels Best of Shorts et C’est du belge, la programmation adulte proposera une soirée Queer sur le thème de l’amour arc-en-ciel dans l’animation, ainsi que le retour en salle de la fameuse Nuit animée. La Tchéquie et la France seront à l’honneur dans cette édition puisqu’on pourra voir leurs dernières productions. Place donc aux nouvelles générations sur l’écran. Dans l’air du temps aussi, un nouveau label fait son apparition dans Anima pour respecter « l’inclusion » sociale. Cette thématique émergente, la défense des minorités sexuelles, est en effet omniprésente dans la programmation. Son label est identifiable grâce à un cœur vert qui palpite à côté du titre. Vous saurez ainsi de quel côté penche le film si c’est le vôtre. Les rendez-vous professionnels du Futuranima font également leur retour en chair et en os avec une vingtaine d’événements. Avec ses journées thématiques, sa Master Class consacrée à la réalité virtuelle et ses soirées-rencontres autour de certains longs-métrages, Futuranima est un coup de pouce pour les métiers du secteur. On découvrira ces rendez-vous sur la plateforme Anima Online (online.animafestival.be). Enfin, le présentiel rimera avec l’événementiel. Des paysages sous-marins se déploieront dans les différents étages du « paquebot » Flagey mis sous eau, avec une exposition sur l’antihéros Dickie (Boerke en néerlandais) créé par Pieter De Poortere qui signe l’affiche du Festival. On y voit le paquebot en train de sombrer au milieu d’une faune marine. Cela nous rappelle que la place Flagey fut autrefois un grand étang où les riverains pêchaient. Mais c’était des poissons d’étang qu’ils attrapaient, pas les squales qui tournoient autour du paquebot sous l’œil du capitaine. Quant au tram en plongée, on aura reconnu le 81. Coups de cœur Sur les 248 films de la programmation, 182 pépites composent les courts-métrages (de 1 à 20 min), complétés par 24 films de la sélection « longs-métrages », le reste visant le public « adulte » au cœur parfois vert. Quelques « coups de cœur » sont annoncés : Sous la peau, l’écorce, Ma famille afghane, Flee, Les grandes vacances, The Shaman’s Apprentice, Princesse Dragon, La traversée, Green Life et Au revoir Jérôme.


Le sublime Sommet des Dieux ouvrira la panoplie des films le 25 février (sortie dans les salles le 23 mars). Une aventure palpitante dans l’Himalaya, signée Patrick Imbert, qui vous coupera le souffle au milieu des glaciers. Inspiré de faits réels et adapté du manga à succès de Jiro Taniguchi et Baku Yumemakura, ce film part sur les traces de George Mallory et Andrew Irvine, les premiers à avoir atteint le sommet de l’Everest en 1924. La chance sourit à Madame Nikuko refermera les portes du Festival le dimanche 6 mars sur un bateau amarré au port, où une mère et sa fille partagent un secret. Il vous sera révélé en même temps que le palmarès de cette 41e édition à ne pas manquer, qui sera « qualifiant » pour les Oscars. Entre-temps, place à tout le reste, et il y en aura pour tous les goûts. Du 25 février au 6 mars 2022 à Flagey, au Palace, à la Cinematek et en ligne, aux prix combinés que voici : Minipass (cinq séances au choix) + Pass Online pour 45 € ou Maxipass (10 séances au choix) + Pass Online pour 70 €. La vente se fait aussi à l’unité, de 5 € pour les longs-métrages à 1 € pour les courts-métrages de - 10 min. Mesures sanitaires imposées à l’entrée. Plus de détails et programmation sur www.animafestival.be. Pour contacter l’équipe d’Anima : info@folioscope.be. Michel Lequeux

REPRISE DE HOPPER ET LE HAMSTER DES TÉNÈBRES Réalisé par Ben Stassen et Benjamin Mousquet, ce film d’animation 3D des studios belges nWave est inspiré des nouvelles illustrées de Chris Grine, éditées par Dark Horse Comics. Avec son humour sarcastique, ses actions périlleuses et ses décors grandioses où vous plongent les lunettes 3D, Hopper s’adresse à toutes les familles à partir de 6 ans. Qualité du montage, de l’animation et des personnages, tous des animaux dont notre héros, mi-poulet, mi-lièvre, obsédé par l’aventure. C’est un pot-pourri d’images qui nous rappellent Le Roi Lion et Indiana Jones maniant son fouet au milieu de la jungle. Avec des scènes-cultes au-dessus de l’abîme, où le lasso fera passer toute la petite bande lancée à la poursuite du Hamster des Ténèbres, le relief en prime. C’est aussi le 10e film de Ben Stassen, réalisateur, scénariste et producteur belge qui terminera sans doute sa carrière ici pour en commencer une autre sur la mer avec son bateau, un vrai celui-là, pas celui qui accoste l’île enchantée du roi Arthur et de son fils adoptif Hopper. Le studio d’animation nWave Pictures, basé à Bruxelles avec 120 animateurs, a réalisé Bigfoot Junior et Bigfoot Family, ainsi que les films Royal Corgi, Le Voyage extraordinaire de Samy et Le Miroir magique, tous signés ou cosignés par notre réalisateur qui jette l’éponge pour d’autres cieux. Enfin, c’est ce qu’il dit avant la suite. Sortie sur les écrans le 16 février en 2D ou en 3D. Michel Lequeux


CINÉMA : NOBODY HAS TO KNOW Drame de et avec Bouli Lanners, Michelle Fairley, Andrew Still, Julian Glover, Cal Macaninch et Clovis Cornillac. BelgiqueAngleterre-France 2020, 99 min. Sortie le 23 mars 2022. Résumé du film – Phil s’est exilé sur une petite île au nord de l’Ecosse. Victime d’un AVC, il ne se souvient plus de rien. Alors qu’il cherche à retrouver la mémoire, il est pris en charge par Millie, une femme de la communauté presbytérienne de l’île, qui prétend qu’ils s’aimaient en secret avant son accident. Mais se sont-ils aimés ? Commentaire – Le pitch met l’eau à la bouche pour découvrir ce que l’AVC cache. Le secret soigneusement dissimulé derrière les visages renfrognés, taiseux, circonspects de la communauté presbytérienne qu’abrite l’île. Phil et Millie ont-ils été ces amants secrets, ces amants maudits ? Quel est le mystère de leur relation et de la présence de Phil sur l’île ? Disons-le tout net : la réponse n’est pas à la hauteur de notre attente. Bouli Lanners, qui avait envie de tourner une belle histoire sur l’île de Lewis en Ecosse, s’est malheureusement trompé de scénario. Il pensait à un polar, ce qu’on attendait tous : il en a fait une histoire d’amour, et l’ombre d’un mensonge (titre du film en français) sert de trait d’union pour mettre le spectateur à l’épreuve de la vérité. Bouli avait pourtant de magnifiques cartes en main. Le paysage d’abord, qui occupe tout l’écran avec ses grands panoramiques : les landes où Phil s’applique à planter les clôtures qu’il arrache dans sa tête, la mer tumultueuse qui rugit sur les récifs, la longue plage déserte sur laquelle déferlent les vagues, et les collines tout alentour. Ce paysage romantique rappelle les récits d’Emily Brontë, avec leurs landes coupées par le vent, le ciel crépusculaire et ses nuages déchiquetés. Le secret, s’il en est un, devrait être à la hauteur de ce spectacle tourmenté, bien filmé d’ailleurs par Tim Mielants, le réalisateur de Patrick. Mais la montagne a finalement accouché d’une souris, comme on l’apprendra plus tard. Le secret, c’est que le réalisateur n’en avait pas pour raconter une histoire d’amour qui a pris la place du polar. L’amour est aveugle, mais comment ces deux êtres-là ont-ils pu nouer un lien affectif ? On sent tout de suite le caractère artificiel de leur rencontre qui repose sur un fantasme. Fantasme de liberté pour Millie qui tente d’échapper à l’emprise de la communauté presbytérienne à laquelle elle appartient. Fantasme aussi pour Phil qui cherche une issue à son AVC. Mais entre eux, qu’y a-t-il ? Il y a le souvenir qui refait tout à coup surface avec l’arrivée du frère, incarné par Clovis Cornillac. Le souvenir qui vient briser l’histoire : le passage de l’anglais au français casse le film et laisse pantelant le personnage de Phil. On a beaucoup de sympathie pour Bouli Lanners. On l’aime bien, notre Bouli qui signe ici son cinquième film en tant que réalisateur, mais il aurait pu mieux faire, beaucoup mieux avec un sujet en or qu’il est allé écrire sur l’île, en le peaufinant avec la population locale. Très belle prestation, en revanche, pour Michelle Fairley qui incarne Millie et qu’on a pu voir dans le rôle de la féroce matriarche Lady Stark (Game of Thrones) et dans la série télévisée Rebellion. Elle incarne ici une presbytérienne bourrée de remords face à la morale austère de sa communauté qui a fait d’elle une « reine des glaces » réchauffée par l’amour... Regardez le film jusqu’aux deux-tiers pour rester sous le charme des deux quinquagénaires. Oubliez le reste qui gâche l’histoire. Avis – De très belles images, mais le scénario ne suit pas. On reste sur sa faim. De et avec Bouli Lanners, plus portraitiste que scénariste. Michel Lequeux


CINÉMA : LA MIF Docudrame de Fred Baillif, avec Claudia Grob, Anaïs Uldry, Kassia Da Costa, Joyce Esther Ndayisenga, Charlie Areddy, Amélie Tonsi et Amandine Golay. Suisse 2021, 100 min. Sortie le 9 mars 2022. Résumé du film – Un foyer d’accueil dans la banlieue de Genève héberge des adolescentes qui ont quitté leur famille. Partager leur quotidien crée régulièrement entre elles des tensions où se manifeste leur rivalité de filles. Lorsqu’une histoire d’amour survient pour l’une d’elles surprise au lit avec un mineur de 14 ans, c’est tout le système rétrograde de l’institution qui se révèle. Un drame social où les démons de la Mif dévoilent les failles de l’éducation que le foyer veut maintenir à tout prix. Commentaire – La Mif, c’est la famille en verlan, dans la bouche de ces adolescentes qui assassinent la langue pour se donner une fière allure. Car derrière leur hargne, leurs mots vulgaires, leurs injures, se cache un profond malaise. Le sentiment de leur inutilité, de leur frustration, de leur échec dans la vie. La Mif, c’est la famille qui les a accueillies à la place de la leur qui les a rejetées. Elles s’y sentent bien, même si c’est pour se déchirer entre elles. Pourquoi donc sont-elles venues chercher un asile dans ce home pour filles en dessous de 21 ans ? La réponse est dans le docudrame de Frédéric, dit Fred Baillif, réalisateur suisse dont c’est ici le troisième film de fiction après Tapis Rouge et Edelweiss Revolution, sur la contestation des armes par la génération des plus vieux (2017). Comme dans ses autres films, le réalisateur, qui fut travailleur des rues avant d’être cinéaste amateur, développe le cinéma-vérité, le cinéma social à la recherche des raisons qui ont écarté les filles de leurs proches. Et le viol, dissimulé chez la plupart d’entre elles, en est la principale cause. Encore fallait-il l’expliquer. Baillif le fait avec ce foyer qui accueille un florilège de jeunes immigrées, certaines à la peau noire, sur base des dépositions qu’il a recueillies auprès de nombreuses femmes victimes du déni de viol. Même la directrice du home n’a pas voulu croire à ce viol, quand c’était sa propre fille qui était violée par le grand-père. Elle s’est tue jusqu’à l’irréparable qui lui fait aujourd’hui protéger toutes les filles venues se réfugier à la Mif. C’est tourné avec un objectif de 50 mm qui renforce la claustration des protagonistes du récit, découpé en petits chapitres dévoilant l’histoire de chaque adolescente. Cinéma de rue, ou plutôt de couloir, qui tourne par 360° autour des filles se disputant entre elles, pour asseoir la réalité des prises de vue au détriment des cadrages. Et comme dans ses autres documentaires, Baillif a fait appel à des novices du 7e art qui tournent ici pour la première fois, et à une directrice de home, Claudia Grob, qui le fut vraiment dans le passé. D’où un jeu très cru, très direct, qui remplit bien sa fonction sociale. D’où encore des dialogues morcelés, suggérés, à peine audibles parfois et laissés souvent à l’improvisation qui mène le jeu. La Mif, on aurait pu le deviner, a conquis plusieurs palmes du cinéma-vérité, dont le Bayard d’or au FIFF de Namur où le film fut présenté en 2021. Avis – Un docu-fiction sur un foyer qui abrite les jeunes filles qui y ont trouvé refuge. L’improvisation est la maîtresse des lieux, dans une réalisation assez confuse par ses redites. Michel Lequeux


CINÉMA : ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ Comédie de François Desagnat, avec Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Ramzy Bedia, Yolande Moreau et Julie Gayet. France 2020, 1 h 23. Sortie le 23 février 2022. Résumé du film – Fabrice, acteur de comédie en mal de célébrité, est surpris dans une grande surface sans sa carte de fidélité. Le magasin voit aussitôt rouge. Le comédien parvient à s’enfuir sous la menace d’un vigile. Commence alors une cavale sans merci pour celui qui est devenu l’ennemi public numéro 1. Alors que les médias s’emparent de l’affaire et que le pays est en émoi, le fugitif, partagé entre remords et questions existentielles, trouve refuge en Lozère, chez une amie d’école. Commentaire – Cette comédie est adaptée de la BD de Fabrice Caro, dit Fabcaro, parue en 2015 aux éditions Six pieds sous terre. Mais ce qui était un savant dosage entre la critique sociale des exclus et les éclats de rire, tombe à plat à l’écran. La transposition ne passe pas. Difficile de faire rire du personnage, le dessinateur de cases étant devenu un comédien, à partir de sa carte de fidélité oubliée dans une poche de pantalon et passée à l’essoreuse. L’absurde se met bien en place dans cette dystopie, mais il y manque de bons gags pour déclencher le fou rire. Tout au plus sourit-on de certaines situations loufoques : l’exclusion temporaire du fils à l’école, présentée comme définitive suite à la mise à l’index du père, les jeux de mots rabâchés sur les juifs dans des blagues de plus en plus scabreuses, ou encore ce couple de bourgeois qui s’envoient en l’air devant le fugitif qu’ils ont recueilli pour assister à leurs ébats sur un canapé... Tout cela sonne faux à l’écran, où l’on cherchera en vain la patte de Fabcaro. La case filmée manque son but, même si le film est relativement court comme une BD. Il est vrai que François Desagnat en est le réalisateur, lui dont c’est ici le 7e film après La Beuze qui avait obtenu le « bidet d’or » en 2003, c’est-à-dire le titre pour la pire comédie de tous les temps. La seule à tirer son épingle du jeu est Yolande Moreau, lauréate belge de trois César, dans le rôle d’une commissaire paumée à qui, faute de mieux, on a confié l’enquête. Avec son chapeau mou et son imper, avec ses mots pâteux imbibés d’alcool, elle incarne bien la satire de l’autorité, en l’occurrence celle de la gendarmerie française lancée aux trousses de notre comédien avec un chien empaillé qui hume l’horizon, dans une attitude figée. Fabrice ne s’enfuira pas, foi de chien ! Avec également, dans le rôle décalé du comédien fuyard, Jean-Paul Rouve, acteur de comédies populaires (Les 4 Tuche) et Julie Depardieu, le petit porte-bonheur, le fétiche de son père. Elle joue ici l’épouse qui change de mari comme de chemise, sous la poussée des médias. Avis – On n’échange pas BD et cinéma, et cette comédie foireuse en est le parfait exemple. Michel Lequeux


CINÉMA : IO STO BENE Drame de Donato Rotunno, avec Renato Carpentieri, Sara Serraiocco, Alessio Lapice et Marie Jung. Luxembourg-Belgique-Allemagne-Italie 2020, 94 min. Sortie le 2 février 2022. Résumé du film – Antonio, expatrié italien venu à la retraite, a passé toute sa vie au Luxembourg, loin de son pays natal. Leo, jeune DJ italienne qui tente sa chance à l’étranger, croise son chemin. Un jeu de miroir entre le vieil homme et la jeune femme déclenche un voyage dans le temps, plongeant Antonio cinquante ans plus tôt dans ses souvenirs, lorsqu’il a quitté l’Italie du Sud pour émigrer avec un cousin et un ami dans le Nord de l’Europe. Commentaire – Cette suite de flashes-back, amenés un peu artificiellement, nous plonge dans le passé des immigrés italiens qui ont participé à la construction de l’Europe dans les années 60. Ils pensaient venir y travailler un certain temps, n’ayant pas d’emploi en Italie et attirés par une proposition d’embauche. Ils y sont restés toute leur vie, certains s’y sont mariés, perdant peu à peu le contact avec leur famille d’origine. Leur langue, ils l’ont gardée entre eux, pour eux, comme la seule chose qu’ils n’abandonneraient jamais. Antonio Spinelli parle italien avec la jeune Leopoldina, mais il comprend le français et le luxembourgeois, la langue de son épouse qui l’a choisi et s’est accrochée à lui. C’est ainsi que l’Italie s’est estompée dans ses veines, jusqu’à ce que sa femme meure et qu’il rencontre une jeune Italienne qui lui rappelle le temps passé et la fougue de Mady, qui l’avait épousé envers et contre tous. Ce film est l’exhumation d’un passé lourd à porter, auquel bien des immigrés italiens ont dû faire face suite à leur expatriation. Il s’intitule Io sto bene, « Je vais bien », les paroles d’une chanson populaire des années 1990 en Italie, qui sont aussi celles des lettres d’amour qu’Antonio écrivait à la place de son cousin illettré à sa fiancée, laquelle avait compris le manège et s’était amourachée de l’expéditeur des lettres. C’est aussi le troisième long-métrage de Donato Rotunno, réalisateur luxembourgeois diplômé de l’IAD belge, qui s’est spécialisé dans la question de l’immigration avec ses courts-métrages produits par la société Tarantula qu’il dirige au Luxembourg, sœur de la Tarantula belge. Il a fait appel à Renato Carpentieri, une valeur sûre mais datée du cinéma italien, pour camper le vieil Antonio dans un jeu de reflet avec le jeune Alessio Lapice, venu lui aussi du théâtre et passé au cinéma (Le premier roi, sur la légende des frères Romulus et Remus). Ils jouent chacun leur rôle en y croyant. Le trait d’union cependant est difficile à établir entre les deux hommes que séparent deux générations, le physique et la voix. Surtout la voix quand on veut reconnaître l’un dans l’autre. Les deux femmes s’en tirent mieux : Marie Jung, fille du comédien luxembourgeois André Jung, qui s’est fait un nom au théâtre en Allemagne, et Sara Serraiocco qui vient des Abruzzes et qui a étudié le cinéma au Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome. Elles sont chacune à fond dans leur rôle. Avis – Rencontre entre le présent et le passé d’un immigré italien qui, avec d’autres, a construit le Luxembourg et la Belgique. Malgré de bonnes intentions et la conviction du jeu, le trait d’union ne tient pas et laisse entrevoir deux films distincts en un, avec des syncopes. Michel Lequeux


DOCUMENTAIRE : LES MOTS DE LA FIN Ecrit et réalisé par Gaëlle Hardy et Agnès Lejeune, avec la présence du Dr François Damas. Produit par Christine Pireaux pour Les Films de la Passerelle. Belgique 2020, 72 min. Sortie le 30 mars 2022. Un cabinet de consultation dans un hôpital public de Liège. Un médecin y reçoit des patients venus le consulter sur leur fin de vie. Ils veulent mourir pour ne plus supporter la douleur. Depuis 2002, le droit de disposer de sa mort a été accordé par la Belgique aux malades incurables. Elle est tétraplégique, placée dans une maison de repos, et elle attend sa fin le plus vite possible avant que ses poumons ne soient à leur tour paralysés. Il a la sclérose en plaques et souffre le martyre, comme s’il était irradié sur tout le corps. Un autre aspire au coup de baguette magique pour s’éteindre en paix. Car pour lui, le médecin est un magicien de la douleur. L’euthanasie, c’est accepter la mort programmée, arrêtée à la date que fixent les patients, torturés par la vie qui s’accroche à eux alors qu’ils n’en peuvent plus de vivre leur calvaire. Tous, ils nous donnent une magnifique leçon à travers leur renoncement. Commentaire – Un documentaire bouleversant sur les mots de la fin programmée. Il a été produit en 2020 par Christine Pireaux, l’épouse de Thierry Michel (L’Empire du silence) pour les Films de la Passerelle. Le Dr François Damas et ses confrères se chargent de la douleur du monde. Ils en libèrent les patients en les délivrant d’une vie trop lourde à porter pour eux. Après avoir longuement écouté les malades incurables, après s’être persuadés avec eux qu’ils n’en pouvaient plus d’endurer l’irrémédiable, qu’ils étaient arrivés au bout de leurs souffrances, les médecins ôtent à leurs patients ce qu’il leur reste à vivre. Ils les font partir dans la dignité, entourés de leurs proches. L’euthanasie est une opération rapide : elle ne dure que trente secondes après l’anesthésie dont le patient a donné le signal au médecin. C’est un départ serein face à la grande baie vitrée donnant sur la nature où, chaque année, tout recommence. Mais pour chaque départ, pour chaque passage dans l’au-delà, c’est toujours insupportable pour le médecin. C’est toujours dur de rompre le cordon, le lien qui s’est créé entre lui et son malade au fil de leurs rencontres. C’est un arrachement à la vie que le médecin s’est juré de protéger aussi longtemps qu’il le fallait. Quand la vie n’en veut plus, quand le patient est à bout de force, c’est la mort qui l’emporte en toute sérénité. Il part avec l’assentiment des autres. C’est le dernier bienfait qu’il attendait d’eux. Avis – Un documentaire émouvant sur la fin de vie. Sur l’euthanasie qui est pratiquée en Belgique depuis 2002, à la différence de la France où elle est toujours interdite par la loi. Touchante et poignante, cette fin décidée interpelle chacun de nous. Michel Lequeux


DOCUMENTAIRE : MARCHER SUR L’EAU Ecrit et réalisé par Aïssa Maïga avec la collaboration d’Ariane Kirtley. Image de Rousslan Dion. Musique originale d’Uèle Lamore. France 2021, 90 min. Sortie le 26 janvier 2022. Ce documentaire, tourné dans le nord du Niger pendant un an, a pour cadre le petit village peul de Tatiste. Il nous raconte la vie éprouvante de ses habitants confrontés au réchauffement climatique. Leurs bestiaux suffoquent au milieu du désert, là où il y avait autrefois une brousse épaisse où couraient le lièvre, le chacal et même la girafe. Aujourd’hui, il n’y a plus rien qu’un silence monotone qui s’étend à perte de vue sur l’horizon ocre. Chaque jour, Houlaye, 14 ans, comme d’autres jeunes filles, marche durant des kilomètres pour aller chercher l’eau au fond d’un puits. Cette tâche quotidienne empêche les filles d’être assidues à l’école, où le maître les attend au milieu des murs qui s’effritent. L’absence d’eau pousse également les adultes à quitter leur famille pour aller chercher, au-delà des frontières du pays, les ressources nécessaires à leur survie. Pourtant, la région recouvre dans son sous-sol un lac aquifère de plusieurs milliers de km². Un forage pourrait apporter l’eau tant convoitée au village. Les enfants ne seraient plus obligés de se laver dans un mince filet recueilli loin de là. Commentaire − Marcher sur l’eau est le premier long-métrage d’Aïssa Maïga, actrice sénégalaise établie en France depuis ses quatre ans. On l’a vue dans quelques films comme L’Ecume des jours de Michel Gondry (2013), ou Prêt à tout, une comédie romantique de Nicolas Cruche pour laquelle la « belle plante exotique » a obtenu en 2016 le Crystal Globe de la Meilleure actrice. Elle nous montre ici, dans un documentaire un peu militant (mais il en faut pour faire avancer le sujet), comment l’eau peut impacter, au fil des saisons, tout le quotidien d’un village qui en manque. Comment une cellule familiale tissée par la tradition peut voler en éclats suite à la sécheresse quasi permanente (dix mois sur douze). La fin du documentaire réconcilie les familles avec le creusement du puits et l’arrivée de l’eau salvatrice. De là à penser, comme l’instituteur et la réalisatrice, que la désertification du Sahel soit la conséquence du gaspillage d’eau par l’Europe, il y a un pas à franchir. Un grand pas. Le réchauffement climatique concerne toute la planète, et les pays du Tiers Monde n’y sont pas étrangers, comme l’Inde ou la Chine ou le Brésil qui polluent la terre entière. Le colonialisme a laissé l’Afrique à sec, sans doute, mais dans un tout autre sens. C’est ce qu’on aurait envie de répondre à la réalisatrice qui a récemment condamné le cinéma français pour son « manque de diversité », dans le vibrant plaidoyer qu’elle a prononcé lors de la cérémonie des Césars en 2020. Cela dit, l’eau sera l’or bleu des décennies à venir et il faut, bien entendu, la préserver aujourd’hui, là où elle se trouve. Le puits désormais en place est la réalisation de l’ONG Amman Imman présidée par Ariane Kirtley qui a participé à l’écriture de ce documentaire un peu trop long pour établir la thèse. Michel Lequeux


5 JOURS DE LA VIE D'UNE FEMME Découvrir un ouvrage écrit par Évelyne Dress, cela ressemble à ces instants fébriles que l’on aimerait faire durer le plus longtemps possible devinant par avance une lecture en mode sourire. Évelyne, actrice, réalisatrice, scénariste, peintre et écrivain, tant de cordes à un arc tendu vers la volonté de façonner chacune de ses respirations en compagnie de la positivité. Serait-ce une manière de sublimer les imperfections essaimées sur nos destins ? À quoi devais-je m’attendre en me plongeant dans son nouveau roman ? Une femme à l’automne de sa vie décide de s’envoler vers les plages de Biarritz. Seule, à la veille de Noël, sans nouvelles de ses enfants, elle s’offre la folie d’une chambre dans l’un des plus prestigieux hôtels d’un lieu réputé pour son élégance et la brillance des cartes de crédit. Je ne vous cacherai pas que j’ai adoré ce livre tant par la sobriété de l’écriture que pour l’approche des réalités de la féminité portant les 70 ans sous les regards sociétaux. Et pourquoi faut-il définir nos rides comme étant l’essoufflement en regard de l’âge, ce décompte effrayant aux yeux de beaucoup de nos contemporains ? C’est peut-être une opportunité pour certains d’occulter notre médiocrité lorsque nous voici confrontés à la comparaison entre la masculinité et l’autre, son opposée, celle qui devrait vivre en restant cachée comme si la différence de sexe était malédiction, que la facilité de l’un devient l’imperfection de l’autre ? Une femme seule, abandonnée par ceux qui l’aiment comme si cette démission projetait les reflets de leur propre miroir, n’aimant par le biais du matraquage médiatique que ce que l’on prétend beau, la jeunesse retouchée par Photoshop. La voici confrontée à l’idée qu’elle se fait de son avenir, de la désillusion d’une séparation qui la laissera peut-être définitivement sur le bord de la route en ne discernant pour perspective que les retrouvailles avec un lit aux draps glacés. Une femme, vous disais-je, mais pas que, une rencontre en forme d’amitié offrant un bout de chemin vers la destination que je me refuse à vous dévoiler ici. Mère sublime par ses aveux allant jusqu’à l’intime, gardant en permanence des propos élégants sans jamais censurer les ressacs de ses désirs, si bien que me vient la tentation de vous confier que je garde de ma lecture une imperceptible impression qu’un écrivain nous livre ici, entre les lignes, quelques aveux de sa propre perception de vie. « 5 jours de la vie d’une femme » n’est pas qu’une simple lecture, c’est un véritable cadeau, la main tendue vers les lendemains toujours possibles et bien plus encore, ne faut-il pour y arriver que le courage d’un peu de lâché prise. Quant à mon avis, il sera sans détour. À mes yeux, un petit chef-d’œuvre que l’on peut lire de bien des façons, méritant d’être salué pour le courage d’une plume indépendante, libre de cœur et d’esprit. Un texte qui semble si facile à lire pourtant, croyez-moi, il est loin d’être aussi innocent que nous pourrions le croire. Ed. Glyphe – 160 pages Philippe De Riemaecker


LE PONT SUR LA DYLE* 1815 « Soudain, joyeux, il dit : "Grouchy !" - C'était Blücher » (Victor Hugo) Trois adolescents perdus dans la tourmente voient se dérouler devant leurs yeux la bataille de Wavre, opposant les deux maréchaux. Quel destin cet affrontement inutile leur réservera-til ? Leurs parents les reverront-ils un jour, dans la paix ? Le pont sur la Dyle, enjeu de l'affrontement, est le théâtre de drames, et son Christ sera martyrisé par le feu des belligérants. La dernière victoire, amère, inutile, de la Grande Armée.

Cette bataille de Wavre semble vous avoir fasciné. Pourquoi ? Georges Roland : Il est beaucoup question de la bataille de Waterloo, la mal nommée (elle s'est déroulée sur trois communes, Lasne, Braine L'Alleud et Genappe ; Waterloo était la moins concernée, elle n'était que le quartier général des Anglais) puisqu'elle impliquait l'Empereur en personne. Victor Hugo a cependant bien résumé l'issue de cet affrontement : « Soudain joyeux, il dit : Grouchy ! C'était Blücher. » C'est à la bataille de Wavre que s'est décidé l'arrivée de l'un ou de l'autre. On l'a surnommée « la bataille oubliée ». Vous aviez déjà ébauché ce récit dans une nouvelle ? GR : J'avais écrit « Le délit de la Dyle » quelques années auparavant, une nouvelle dans laquelle les trois adolescents vivent les heures sombres de la bataille. À la demande de plusieurs lecteurs, j'ai retravaillé le récit, pour en faire un roman, impliquant les Wavriens. La bataille est ainsi vue de l'intérieur, moins du point de vue militaire, que des habitants perdus au milieu du choc des troupes en action. Dans le roman, comme dans la nouvelle, vos héros ne sont pas épargnés. GR : Comment imaginer un enfer tel que la boucherie d'une guerre dans une ville, autrement que par la mort de civils ? La destruction, autant que la mitraille, s'acharne sur la population et laisse peu de loisir à la fuite. J'ai toutefois voulu épargner le petit Pierrot, contrairement à l'issue de la nouvelle, pour laisser vivre l'espoir au-delà de cette calamité. Vous semblez bien renseigné. Il s'agit cependant d'une fiction. Un roman historique doit selon moi, s'appuyer sur les faits avérés vus par les personnages fictifs. Je fais donc de nombreuses recherches dans les archives, avant d'y impliquer mes héros. Je tiens à remercier le Cercle d'Histoire de Wavre pour les précieuses cartes et informations trouvés dans ses archives. Ed. Le Livre de votre Région - 190 pages Joseph Georges


HÔPITAL - SI LES GENS SAVAIENT... Nous sommes tous dans une crise sanitaire où les gens ont le droit de savoir la vérité sur le manque de moyens matériels et humains dans les hôpitaux et les cliniques privées, sur la prise en charge des malades et des familles. Nora Sahara est infirmière depuis quinze ans et journaliste. Être infirmière est une vocation, « sa » vocation et celle de nombreux infirmiers et infirmières en France et dans le monde. A travers ce livre, elle partage avec nous des témoignages et révèle l’envers du décor d’une profession essentielle mais maltraitée dans un système de santé qui dérive. « Si les gens savaient ... » cette phrase tant entendue dans la bouche de ses collègues. Ces mots qui résument : la sécurité des malades qui n’est pas assurée, la vie des patients qui est entre les mains d’infirmières en sous-effectif, la qualité des soins qui décline de jour en jour et que de drames passés sous silence. Elle nous raconte son travail, l’épuisement physique et psychologique, le dénigrement des hiérarchies, le patient qui n’est plus qu’un client au titre du profit. Elle parle de ce premier confinement et la gestion de la crise par les dirigeants des hôpitaux et des cliniques. Les mensonges, le manque de matériel, les brimades des cadres, la maltraitance par les mots et les maux. La pandémie n’explique pas tout, la pandémie n’est pas la cause du mal être dans cette profession, la pandémie n’est pas une excuse du manque de place, des opérations repoussées et du ras-le-bol des infirmières. L’hôpital et ses soignants sont à la limite de l’effondrement. Et pas seulement à cause de la Covid, les raisons sont plus profondes et ce livre est le début de l’explication. Nora Sahara écrit le ressenti de cette profession et l’état d’esprit de ceux qui n’osent pas s’exprimer par peur des représailles et de perdre un travail qui est une vocation, avant toute chose. Edition Robert Laffont – 164 pages Elise Jane

LE PÈRE QUE TU N’AURAS PAS La force de la nouvelle tient dans sa manière singulière de pratiquer l’art du raccourci et de ne jamais s’appesantir sur les détails secondaires qui enrobent l’action. Les éditions Quadrature se sont spécialisées dans le récit court pour prouver à tous, si la chose est nécessaire, que de nombreux auteurs pratiquent ce genre un peu tombé en désuétude et néanmoins célébré par les écrivains majeurs du passé (Guy de Maupassant, Edgar Allan Poe, Jean Ray, …). Avec Luc Leens, on entre sur la pointe des pieds dans des histoires ciselées à hauteur d’hommes et de femmes, où se mélangent humour, émotion et poésie. Des personnages ordinaires qui pourraient être des proches, simples voisins, époux ou parents. Lorsque le sort s’abat sur eux, ils ne possèdent pas d’autre alternative que celle de bomber le torse, disparaître ou s’enfoncer dans la résilience. Quelle que soit leur manière d’agir, l’auteur ne les juge jamais et les accompagne pas à pas. La langue se veut limpide, efficace et sans fioritures inutiles. On ne reste jamais interdit devant le vitrail étincelant d’existences mises à mal ou qui regimbent dans le but de garder la tête haute. A noter qu’Armel Job a préfacé cette prose. Ed. Quadrature – 130 pages Daniel Bastié


GEORGE SAND - NON AUX PRÉJUGÉS De son vrai nom, Aurore Dupin, George Sand a défié le 19ème siècle (le plus anti féministe de l'Histoire) en se travestissant en homme pour ne rien s'interdire ! Habillée en homme et fumant le cigare, la romancière dresse le portrait d'héroïnes scandaleuses qui participent à sa réputation de femme révoltée. Révoltée notamment contre les préjugés stupides dont sont victimes les femmes, comme celui qui sous-entend qu'une femme ne peut qu'être intellectuellement inférieure à l'homme, ou encore qu'elle est incapable de vivre par elle-même. Avec une bibliographie imposante, plus de 70 romans, 40000 lettres, 40 pièces de théâtre, des centaines d'articles et d'essais politiques, George Sand fut l'un des auteurs majeurs du 19ème siècle, exerçant une influence considérable sur les femmes. Sans oublier qu'elle fut l'égérie de la Révolution de 1848 ! Il était donc normal que l'on retrouve cette auteure prolifique et "engagée" dans la collection "Ceux qui ont dit non" (Editions Actes Sud Junior). Et pour être plus précis, "Ceux qui ont dit non aux préjugés". L'auteur ce cet ouvrage ? Ysabelle Lacamp qui, comme George Sand, se moque éperdument des innombrables étiquettes qu'on lui a collées sur le dos au cours de sa vie. Cataloguée sulfureuse dès son entrée en littérature, elle connaît par coeur le poids des préjugés. Romancière, mais aussi comédienne, animatrice de télévision, chanteuse, offrant aux autres un visage aux multiples facettes, elle n'a jamais laissé quiconque entraver sa liberté. Voilà pourquoi la volcanique et ultra-sensible George Sand lui va si bien. Et l'on ressort de ce livre avec une irrésistible soif de ne jamais céder aux idées toutes faites et de refuser les étiquettes qu'on vous colle sur le front comme sur un pot de confiture. Editions Actes Sud Junior - 76 pages Alain Magerotte

LES ENFANTS BOETTI L’Italie se situe au cœur de ce roman, avec une quête éperdue de souvenirs, de passé qui sent la nostalgie, des mots murmurés plutôt que confessés. Pierre Testard nous met à la suite d’un narrateur qui, débarqué dans l’antique cité romaine, se laisse vivre au fil de ses envies, sans projets réels et bien décidé à ne pas se laisser bousculer par le temps qui va. En guise de logement, il occupe l’appartement d’Ada Boetti, partie pour des absences à répétition. Lorsqu’elle débarque à l’improviste, c’est pour lui narrer son passé, par bribes, un peu comme un puzzle dont les pièces restent à assembler. Un monologue qui lui sert vraisemblablement d’exutoire. Tout reflète-t-il la vérité ? La question mérite d’être soulevée. Alors, le pensionnaire se nourrit des phrases qu’on lui déverse, se plie à l’exercice de s’immiscer dans la vie de l’autre, d’imaginer des idées, des odeurs, des murmures et des silences. Fort vite, il apparaît que ce texte se veut un jeu de miroirs déformés, une sorte de flânerie littéraire avec une fluidité trompeuse qui fait apparaître plusieurs éléments pour ce qu’ils ne sont pas. L’ambiance volontairement nimbée de secrets dote l’ensemble d’une forme originale et d’un ton singulier qui atteignent leur cible sans forcer. L’écriture est riche, avec une mélancolie étincelante derrière tous les objets ordinaires qui décorent les pièces du logement. Ed. Actes Sud – 159 pages Paul Huet


LES NAUFRAGÉS DU DÉLUGE Christian Laborie a toujours un roman sous le coude. Avec « Les naufragés du déluge », il livre son dernier-né, un récit apocalyptique qui nous envoie à une quarantaine d’années de notre époque. Quatre décennies suffisantes pour anticiper les catastrophes climatiques qui s’abattent sur notre terre malmenée par la course au profit et l’inconscience des citoyens face aux dérèglements annoncés depuis belle lurette par des lanceurs d’alerte. Ces femmes et ces hommes qui ont crié en vain ! Maintenant, Simon, Lise et leurs deux enfants vivent dans un mas niché au pied des Cévennes, en communion avec la nature. Lorsqu’une pluie d’une rare intensité s’abat sur la région, les flots se montrent menaçants et gonflent avec une propension rarement atteinte, noyant toute aire disponible. Prise au piège, la famille tente de s’organiser pour éviter le pire. Un combat qui parait bien puéril face aux éléments qui grondent. Assez vite, les vivres commencent à se raréfier et les rats sortent de partout. L’enjeu devient une simple question de survie. L’auteur pratique l’efficacité en jouant avec le suspense et les détails qui font mouche. Sans jamais s’essouffler et en utilisant la carte de l’empathie, il fait œuvre narrative tout en rappelant que le chaos est peut-être déjà pour demain. Un roman coup de poing ! Ed. Presses de la Cité – 296 pages André Metzinger

LES BOIS DE DISCORDE Après « Gentille Blandine » et « Le vol de la buse », Didier Cornaille signe son grand retour avec un roman qui s’inscrit dans la continuité de ses précédentes œuvres. Une histoire née au cœur des forêts et qui nous plonge dans un univers fort éloigné des tours en béton et des avenues macadamisées. Ahmed, ancien harki vivant en banlieue, fait découvrir le Morvan à son petit-fils Farid. Pour ce dernier, le contact avec la nature est une révélation. Doux et rêveur, je jeune homme se prend d’affection pour cette région, ses chevaux et la jolie Aurélie. Néanmoins, tout le monde n’apprécie pas la présence de cet étranger dans le village, principalement celle qu’on surnomme L’embrouilleuse. Cet ouvrage nous propose un récit initiatique de bon aloi que l’on boit comme une eau vive. A l’heure où plus que jamais on parle d’ultranationalisme, l’auteur nous livre un regard sur l’autre, avec une série de préjugés à abattre, le droit d’exister et le bonheur de vivre. Une expérience littéraire qui fait du bien et qui, par son altruisme, son exigence et sa sensibilité, a décidément bien sa place dans les rayonnages de nos bibliothèques. Ed. Presses de la Cité – 376 pages Daniel Bastié


LE TOURBILLON DES ILLUSIONS Rose n’a rien d’une fille ordinaire. Française émigrée au Canada, elle refuse de demeurer dans le giron familial et entreprend des études d’infirmière pour s’émanciper, au grand dam de sa grandmère. Lorsque la guerre éclate, elle décide de s’engager dans le corps médical de l’armée, prête à abandonner son passé et à servir sa nouvelle patrie. D’abord à Montréal, puis à Londres, elle découvre un monde dont elle ignorait tout et fait la rencontre de deux hommes qui vont bouleverser son existence. Un. Andrew, un séduisant professeur d’université. Deux. Robert, un Québécois dont elle s’entiche déraisonnablement. Bien entendu, sa trajectoire ne sera pas pavée de moments de liesse et les épreuves se multiplient pour la forcer à grandir et à se suffire à elle-même. Pour faire le lien entre tous ces éléments, Marie-France Desmaray mêle la grande Histoire à l’intimité d’une héroïne bousculée par les événements et en proie à une détermination qui la pousse à ne jamais renoncer. Bien sûr, il y a la voix de sa mère qui l’intime à faire marche arrière et à revenir à la maison. En ce sens, « Le tourbillon des illusions » est bien un récit sur fond d’inévitable bouleversement, avec des changements sociaux qui se dessinent et un monde en train de modifier ses valeurs autant que son regard sur la condition féminine. Un roman populaire, bien documenté et rondement mené. Ed. Presses de la Cité – 386 pages Amélie Collard

GRAND-HÔTEL EUROPA L’auteur, qui vient de rompre avec l’amour de sa vie, fait halte dans un hôtel, un palace à la splendeur décrépite, là où naguère s’arrêtaient les voyageurs bien nantis. Pour remettre ce lieu à flot, monsieur Wang s’affaire du mieux du monde depuis qu’il a repris l’enseigne. Ilja Leonard Pfeijffer relate le quotidien des pensionnaires en laissant fleurer toutes les odeurs qui naissent des rapports humains, tous les petits riens qui meublent et rythment chaque journée au cours desquelles fort peu de choses se déroulent. Toutefois, il use d’une plume pleine de sagacité pour rendre chaque instant intéressant, en croquant les habitudes, en soignant les impressions, en soulignant les va-etvient incessants. « Grand Hôtel Europa » se veut avant tout un livre non dénué d’érudition qui, malgré la morosité qui suinte des apparences, propose quelques belles envolées lyriques tout en se voulant un miroir de la société avec son cortège de fidèles dont le groom Abdul, rescapé d’un naufrage en mer, Montebello le majordome nostalgique d’un passé fastueux, un armateur venu de Crète et une poétesse française. Ce roman a été traduit du néerlandais par Françoise Antoine. Ed. Presses de la Cité – 522 pages Daniel Bastié


LES SŒURS LOUBERSAC Lorsque le destin frappe, il n’apporte pas toujours dans ses filets les félicités annoncées. Les sœurs Loubersac en font la désagréable expérience. Alors que Rosalie envisage un avenir heureux en compagnie de Georges, son promis, ce dernier se déclare à Léonie l’aînée. Blessée au plus profond d’elle-même, la jeune femme décide de quitter le domaine familial sis non loin d’Albi. Forte de caractère et humiliée comme elle ne l’a jamais été, elle monte à Bordeaux pour trouver un travail. Des aristocrates l’emploient comme préceptrice. A leurs côtés, elle découvre une existence remplie de nouveautés, à la fois faite de luxe et de gaieté. Néanmoins, les apparences l’amènent assez vite à déchanter, renvoyant aux calandres grecques ses envies de bonheur. Quant à la fière Espérie, demeurée dans la maison natale, elle aspire aux progrès technologiques et à un changement des mœurs. Suzanne Gachenot plante son roman à l’horizon des années 1920, alors que la dernière guerre est toujours bien présente dans les esprits et que personne ne songe à voir se dresser les ombres de la prochaine. Le conflit a laissé des cicatrices et une partie de la population refuse l’aplatissement en cherchant d’autres voies à suivre. A travers le destin de trois sœurs, elle brosse le portrait de femmes qui défient les habitudes et les réflexes de leur temps pour éprouver leur soif de liberté, d’autonomie et leur intense appétit de vivre. Ed. Presses de la Cité – 524 pages Sylvie Van Laere

UNE SI LONGUE HAINE Les liens familiaux n’ont parfois rien d’une réjouissance. « Familles, je vous hais ! Foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur », écrivait Gide. Disons plus simplement, « Rassembler une famille, c’est un crime ! », lui rétorque, quatre-vingts ans plus tard, Christine Angot. Les histoires familiales laissent parfois des séquelles profondes qu’on peine à traîner. Charlotte le sait mieux que quiconque et, aujourd’hui, elle souffre de blessures qu’elle ne pas parvient pas à oublier. Sa vision de l’existence se résume à assurer au mieux son rôle de mère depuis son divorce et à tenter de s’épanouir professionnellement dans la librairie qu’elle a ouverte dans la ville d’Arles. A l’agonie, sa tante Louise souhaite la revoir. Comment faire la sourde oreille à celle qu’elle considère comme une seconde mère. Le problème, ce sont les autres, ceux qu’elle n’a pas revus depuis quinze années ! Rien que l’idée de les retrouver réveille au fond de son ventre une douleur intense. Tout ressemble à un traquenard. Puis, essentiellement, elle craint de voir surgir un vieux démon, celui qui a entaché son adolescence et dont elle craint de parler. Bordelaise d’origine, Martine Delomme suit pas à pas le cheminement de cette femme vers l’acceptation et la compréhension qui, pour avancer, n’évite pas les tergiversations, les questionnements et le fruit d’une réflexion profonde. Un beau portrait qui rassure sur nos propres fêlures et qui prouve à quel point la vie mérite toujours d’être vécue. Ed. Presses de la Cité – 377 pages Daniel Bastié


CHAKRAS, TAPIOCA ET ANXIOLYTIQUES Nina s’engonce dans le ronron d’une existence paisible, entourée de son mari et ses deux gosses, sans secousses ni immenses plaisirs. Une vie de patachon qui semble lui convenir, alors que d’autres songent à l’aventure loin des habitudes formatées et des gestes répétés à l’infini. Elle adore jouer l’épouse parfaite et la mère attentionnée. Seule Madeline, sa grand-mère, ne la voit pas mener éternellement, assise, un parcours dans la monotonie du quotidien, à se leurrer sans connaître les pigments d’une époque de tous les possibles. Alors, pour la secouer de la léthargie qui l’enrobe, elle lui propose une sorte de chasse au trésor … sans trésor. En fait, une espèce de jeu de piste qui consiste à dépoussiérer un secret familial jalousement dissimulé. Par le passé, qui était Papi André, maintenant gentil grand-père ? On imagine maints rebondissements et on se trouve face à une comédie piquante rédigée en équilibriste par Anne-Lise Besnier en grande forme. Là où on s’attend à un plat surgelé, on a droit à une dinde de Thanksgiving. D’une drôlerie décapante, l’auteure met à la colle les fiertés intimes, les travers tenaces et sort du placard des squelettes hilarants. Elle parvient à ériger en libération la digression sous le couvert d’une vraie-fausse enquête. Ed. City – 268 pages Daniel Bastié

UN CRIME À DONNER LA CHAIR DE POULE Richard, bien que citoyen britannique, réside dans la vallée de la Loire. Il y tient une maison d’hôtes, tout en profitant pleinement de la félicité de chaque instant, en sirotant un bon pastis ou en visionnant des vieux films en noir et blanc avec ses stars chéries. Son flegme est bouleversé quand un de ses pensionnaires disparaît sans la moindre trace ou presque. Pour unique indice, il a laissé une empreinte ensanglantée de sa dextre. Poussé par Valérie, notre homme accepte de la seconder pour élucider ce mystère. Mal lui en prend, car un des volatiles de son poulailler est retrouvé assassiné. La colère lui monte aux tempes, car il comprend que sa charmante tranquillité vient de chavirer. Entre conjectures et désir d’en finir au plus vite, il n'a pas d’alternative que de se retrousser ses manches et de coincer le ou les tueurs qui rôderaient toujours. Ian Moore donne à lire un thriller cosy qui est non seulement aisé à suivre, mais qui se veut une sorte de second degré par rapport aux enquêtes corsées des enquêtes habituelles de romans plus traditionnels. Le titre fait naturellement référence au poulailler du sémillent propriétaire, dont les plus belles volailles se nomment Joan Crawford, Ava Gardner, Lana Turner, … Du second degré que je vous disais ! Puis, je ne vous ferai pas l’affront de vous prendre pour des incultes : Donner la chair de poule signifie également trembler de peur. Qu’on se le dise ! Ed. City - 311 pages Amélie Collard


LES FAISCEAUX DE LA PEUR Revenir sur la fin des années trente consiste à se remémorer une période qui a laissé des traces dans l’histoire de l’humanité. En 1937, Judith, jeune juive au tempérament indépendant, perd ses dernières illusions lorsqu’elle voit les brigades fascistes de Mussolini abattre froidement un homme sous ses yeux. Par sa condition, elle est rapidement amenée à fuir l’Italie pour trouver refuge en France. A Paris, elle multiplie les rencontres avec des étudiants de son âge, croise des exilés et trouve l’amour dans les bras de Sophia. Pourtant, des rumeurs enflent de partout. L’Allemagne s’apprête à entrer en guerre et marque ses positions en ayant déjà bombardé Guernica dans le pays basque espagnol, en s’apprêtant à annexer l’Autriche et à envahir la Pologne. Autour de la jeune femme, un étau se resserre et elle en a conscience. Alors, pour survivre aux années difficiles qui s’annoncent, elle devra apprendre à résister en faisant preuve de lucidité et de sagacité. Maud Tabachnik signe un grand roman plein de cris, de fureur et de cavalcades. Elle signe un livre magistral qui mêle étroitement faits historiquement avérés et éléments romancés, en gardant bien dans sa ligne de mire qu’un ouvrage de ce type se doit avant tout de divertir sans se dépouiller complètement de son aspect historique. In fine, un échange partagé, rempli d’émotions fortes et de passages inoubliables. Ed. City – 396 pages Daniel Bastié

LA MALÉDICTION DE ROCALBES Hippolyte Salvignac revient en grande forme pour une nouvelle enquête à la veille de la seconde guerre mondiale. L’Europe est en ébullition et, dans la vallée de la Vézère sise en Périgord, les fouilles se succèdent pour le bonheur des archéologues. Entre eux, ils entament une querelle d’envergure pour s’approprier plusieurs chantiers jusqu’au moment où des meurtres se multiplient. Pour corser le tout, le château de Rocalbes semble détenir des secrets sulfureux. On parle d’une malédiction ancestrale avec un spectre qui crierait vengeance et un trésor enfoui. Bien décidé à démêler le vrai du faux et de permettre à la justice d’opérer, Hippolyte se retrousse les manches et se donne pour mission de mettre les criminels sous les verrous. Pour ce faire, il sait qu’il peut compter sur le zèle de sa compagne Léopoldine et la sagacité de l’inspecteur Lerouet. Pour la cinquième reprise, Philippe Grandcoing met en scène son héros fétiche et nous embarque dans une énième aventure au charme un peu suranné, qui nous réconcilie avec les romans policiers de type historique. Une enquête efficace et ponctuée de moments forts, doublée d’une réflexion sur une époque révolue et qui n’a rien à envier à la nôtre. Comme toujours, l’écriture est ciselée et les protagonistes décrits avec brio. Une immersion au cœur des brigades mobiles de Georges Clémenceau ! Il ne manque que la musique rétro de Claude Bolling pour ponctuer le récit … Edition de Borée (Vents d’Histoire) - 312 pages Paul Huet


COMMENT L’ÉTAT S’ATTAQUE À NOS LIBERTÉS Nous vivons en démocratie, sans doute l’un des régimes les moins mauvais au monde. Néanmoins, tout ne rutile pas sous le ciel étoilé des libertés et l’état joue parfois (souvent ?) la carte du populisme, de la dictature et impose au nom du bon droit des mesures parfois contestables. On l’a récemment vécu avec la crise du coronavirus et son cortège de mesures décriées par une frange de la population autant que par l’opposition. Motivés par des ambitions électorales, pour museler la contestation (gilets jaunes entre autres), faire passer des lois ou imposer un plan sécuritaire, nos dirigeants font de la musculation et nous enferment dans une muraille de verre malgré une inefficacité qui a fait ses preuves. En parallèle, les outils de surveillance se multiplient et les sanctions se durcissent. Où en sommes-nous réellement aujourd’hui et de quelle manière en arrive-t-on à adopter un profil d’agneau, prêts à tout accepter sans rechigner (ou si peu ou si mal !) ? Pierre Januel et Anne-Sophie Simpere osent la question qui bouleverse les esprits : entamons-nous une marche vers ce qu’il est convenu d’appeler un frein à nos libertés dans l’intention de mettre en place un régime qui risque de ressembler de plus en plus à celui décrit dans « 1984 » de George Orwell ? Si nous n’en sommes heureusement pas encore là, il importe de pratiquer une attention accrue, en dénonçant les dérives. Si on se doit de lutter contre le laxisme, un autre combat revient à ne pas accepter béatement une société basée sur la peur, l’intransigeance et la répression aveugle. Eveiller les consciences est assurément un mode d’emploi bien utile pour réagir avant d’atteindre un point de non-retour ! Ed. Plon – 276 pages Paul Huet

FEMMES DIRIGEANTES Qu’elles se nomment Anne Hidalgo, Valérie Pécresse, Marine Le Pen, Sybille Veil ou Bibiane Godfroid, les femmes ont aujourd’hui le vent en poupe, éloignées du rôle de seconds couteaux qu’on leur réservait autrefois dans l’ombre des hommes. Femmes d’affaires, politiciennes, dirigeantes d’institutions, affranchies des clichés dans lesquels on les enfermait il y a encore une cinquantaine d’années. Par les études et le travail, elles ont prouvé leurs talents et se sont hissées à des postes que jamais leurs grands-mères n’auraient imaginés atteindre. Pourtant, dans l’immense majorité, les filles peinent à sortir des clichés familiaux qui veulent qu’elles restent à la maison pour s’occuper des enfants et du ménage ou ne cherchent jamais à dépasser leur mari sur le plan professionnel. Un réflexe séculaire mis en place par une société masculine qui s’arrogeait le pouvoir. Tous les pouvoirs ! Une des idées de ce livre est d’interroger une série de femmes célèbres sur leur fonction, les leçons à tirer de leur expérience, leur parcours et les difficultés rencontrées. Au fil des chapitres, on le découvre, les temps changent et les mentalités évoluent. Un virage est entamé vers une nouvelle ère, à des lieues des carcans d’hier et d’avant-hier. A travers cette analyse et ses exemples, cet ouvrage à quatre mains propose une série de clés pour prendre son destin en main quand on est née fille. Ed. Plon – 328 pages Julie Plisnier


L’AUTONOMIE SOLIDAIRE EN SANTÉ Si la crise sanitaire a révélé que le système des soins de santé n’était pas le modèle que beaucoup attendaient, elle a permis d’en mesurer les enjeux pour l’avenir. Il s’agit d’un chantier à travailler et à mettre en conformité avec les attentes réelles de la population. Une réforme doit être entreprise sans tarder, afin de pallier le manque de personnel, alléger le travail et replacer le métier de soignants au cœur des débats, afin de susciter des vocations et mettre un terme à l’hémorragie des professionnels qui quittent les hôpitaux. Aux fondements de cette indispensable refonte, le concept d’autonomie solidaire entend poser le socle d’une nation de citoyens solidaires en santé et faire éclore un monde où chacun pourra s’assumer entièrement en fonction de ses aptitudes et de ses attentes, à la fois dans un objectif de dignité et d’autonomie. Il faut y voir également une crise de gouvernance autant qu’une crise de confiance. Rebâtir ce qui a été détricoté à mesure que les gouvernements se sont succédé ne doit pas faire oublier que rien ne demeure intangible. La susdite réforme espérée doit impérativement s’appuyer sur une refonte du système, un refinancement conséquent du secteur et une philosophie qui recommande de placer l’humain au centre des débats. Surtout, il importe que l’individualisme ne fasse pas le triomphe de l’égoïsme qui, un peu partout dans le monde, montre avec quelle force il entame les relations en les laminant et en les disséquant jusqu’à l’os. Ed. Michalon – 287 pages Amélie Collard

L’AN 40 – DE MERS-EL-KÉBIR À DAMAS Pour le deuxième volet consacré à la seconde guerre mondiale, Eric Teyssier retrouve ses protagonistes laissés il y a peu dans le bourbier de la Bataille de France. Le lieutenant Dumas ne parvient pas à reprendre une existence ordinaire, tandis que le sergent Vermotte a rejoint son épouse en Angleterre pour rallier la France Libre. Loin d’être entérinée, la paix se fait de moins en moins tangible et chacun se raccroche à ses chimères. Alors que l’Allemagne nazie pavoise en se targuant d’une alliance avec l’Italie de Mussolini et la Russie de Staline, la Royal Navy regroupe ses effectifs pour tenter une percée en Afrique du Nord. L’auteur relate ici un point d’histoire mal connu. Au moment de la défaite en juin 1940, de nombreux bâtiments maritimes français se trouvaient à Mers-el-Kébir en Algérie. Le port a été frappé avec brutalité par une escadre britannique de la Royal Navy qui y a coulé les navires de l’Hexagone, qu'elle craignait de voir tomber entre les mains des forces de l'Axe à l'instauration du régime de Vichy. Plusieurs patriotes ont participé à cette offensive, avant d’avancer vers Damas, bien décidés à lutter contre les compatriotes fidèles au vieux maréchal Pétain. Croisant des visions antagonistes du conflit, l’auteur explore à nouveau une époque chahutée du XXe siècle et se sert de mille détails pour documenter son récit, sans oublier l’aspect romanesque. Ses personnages, faits de chair et de sang, refusent de devenir les jouets du destin et choisissent leur camp au risque de leur vie. Les deux amis d’hier sont à présent amenés à se faire face. Ed. Michalon – 542 pages Paul Huet


MICHEL BOUQUET RACONTE MOLIÈRE Qui d’autre que le comédien Michel Bouquet pour raconter à la perfection le parcours de Molière, l’un des artistes les plus célébrés au théâtre. Ce livre narre l’existence de Jean-Baptiste Poquelin depuis son apprentissage de chef de troupe, son mariage avec Armande Béjart, ses relations singulières avec le Roi Soleil, ses crises et ses grands moments d’illumination. Au milieu d’une vie parsemée de difficultés, de gloire et de soucis innombrables, il a pourtant réussi à faire naître une série de classiques de la littérature française, dont « Le malade imaginaire », « Les femmes savantes », « Le bourgeois gentilhomme », « L’avare » et « Le Tartuffe » ne sont que le sommet de l’iceberg, faisant de certains personnages des archétypes du caractère humain, inscrivant dans le dictionnaire Harpagon et Scapin. Michel Bouquet rend ici hommage à l’écrivain courageux qui défia les hypocrites de son temps. Il défendit également la cause des femmes et célébra avec génie l’humour en se gaussant des pédants. Redécouvrir Molière, voilà l’objectif de ce texte intelligent porté par quatre siècles de recul et célébré par l’un de ses plus fervents admirateurs. Pour couronner l’ensemble, Fabrice Luchini, également grand amoureux des mots, s’est targué d’une préface de bon aloi. Ed. Philippe Rey – 186 pages Daniel Bastié

VALIDE En mêlant autobiographie et fiction, Chris Bergeron nous entraîne dans un Montréal futuriste. Christian s’y livre à David, une intelligence artificielle qui régit la vie en société et qui derrière une apparence affable entend affiner ses outils de contrôle sur la totalité de la population. Chris pourrait fort bien devenir le chaînon qui lui manque. Pourtant, celui-ci décide de se regimber. En effet, il dissimile un secret très lourd à porter. Bien que vêtu d’habits d’hommes et né garçon, il fait partie de ces personnes transgenres qui, face au regard des autres, ont beaucoup de mal à assumer leur sexualité. Suite à un long cheminement, Christian est devenu Christelle. Puis, tout s’est verrouillé et, pour des raisons de contrôle imposées par l’ordre moral despotique, il a dû renoncer à sa nature profonde. D’aveux à lui-même en confessions à la machine, une révolution s’articule. A travers ce thriller identitaire, l’auteur entrecroise sa propre existence, ses errances, ses amours, sa construction en vue d’une renaissance et d’une reconnaissance pour tisser le récit d’une femme née dans un corps qui la rebute et dont elle aimerait se destituer. Pour illustrer sa démarche, le récit est enchâssé dans une ambiance qui fait songer à « 1984 » de George Orwell, un avenir horrifique et sans empathie qui génère forcément des frissons et des craintes. Ed. Phillipe Rey – 253 pages André Metzinger


TOUS TES AMIS SONT LÀ Usé prématurément, Paul Verlaine est mort dans une misère noire le 8 janvier 1896 à Paris. Néanmoins, vers la fin de son existence, il avait réussi à fédérer les avis en sa faveur et plusieurs admirateurs n’ont pas hésité à le proclamer « Prince des poètes ». Lorsqu’il a été décidé de l’inhumer, un étrange cortège s’est formé dans le quartier Moufettard, avec un lacet de curieux, des badauds et plusieurs fervents amoureux de ses vers. Alain Dutot revient sur l’existence d’un homme qui mieux que quiconque a réussi à faire chanter la langue française et l’a portée à un degré de qualité rarement atteint par d’autres. Avec Verlaine disparaissait l’un des chantres de la poésie moderne, un novateur et un génie. L’occasion d’évoquer ses amours, ses faiblesses, son addiction à la boisson, son homosexualité, son tempérament teigneux et sa passion sans faille pour le beau. Ironiquement, il a su faire jaillir l’esthétique des bas-fonds, lui qui vivait dans un état de clochardisation avancé, qui fréquentait les prostituées et oubliait son vague à l’âme en se noyant dans l’absinthe. Ed. La Table Ronde – 175 pages Daniel Bastié

MARY TOFT OU LA REINE DES LAPINS Voilà une plongée en apnée dans un livre qui déboussole et fascine à la fois. Les références abondent. On pense évidemment au génie de Swift, à celui de Diderot et de Dickens. Il s’agit d’un roman d’initiation. On y suit Zachary Walsh qui devient assistant du médecin de sa bourgade. En fait, tout le fascine dans la dissection et la manipulation d’organes humains. Une obsession quasiment maniaque qui va à l’encontre des tabous de l’époque. Dexter Palmer joue avec les codes et les ambiances, opposant au jeune homme la rigueur de l’Eglise et les principes de son siècle. Transgresser les règles peut aller jusqu’à se brûler les ailes. Néanmoins, la tentation ne s’endigue pas et, malgré les avertissements que lui dicte sa conscience, il ne peut pas s’empêcher d’aller toujours plus en avant dans sa démarche. Palmer tisse un conte fracassant qui bouscule les certitudes et se dote d’un second degré jubilatoire. Dès le premier chapitre, on est saisi par un trouble qui se maintient jusqu’à la dernière page. « Mary Toft ou la reine des lapins » se targue d’une vraie originalité et rien que pour cette raison mérite mille fois d’être lu ! Ed. La Table Ronde – 443 pages Paul Huet


LE RENDEZ-VOUS MANQUÉ DES PEUPLES Loin des espoirs du XXe siècle, nous en sommes aujourd’hui à regarder l’échiquier politique avec une certaine forme de désespoir. Que sont devenus les rêves de liberté engendrés par les révolutions citoyennes d’il y a encore une ou deux décennies, la course à la démocratie qui a germé un peu partout en Asie autant qu’en Afrique ? La prise en charge des peuples par eux-mêmes paraît formellement désamorcée. Pire, un peu partout s’annonce la dictature, avec une mise sous férule des idées nouvelles, un comeback des populismes et une main de fer qui s’abat sur plusieurs états. Même en Europe, qui prônait jusqu’il y a peu des valeurs de fraternité et d’ouverture ! La Hongrie autant que la Pologne durcissent le ton et clament l’intransigeance sur certains points de vue. L’Allemagne, la France et une partie de la Belgique se laissent séduire par une Extrême-Droite de plus en plus arrogante face à des élus déstabilisés par les crises successives. Ambitieux, cet essai nous pousse à ôter nos œillères pour regarder l’actualité avec lucidité et saisir les mécanismes autoritaires qui se dressent avec force aux quatre coins de l’hémisphère, poussés par l’intolérance religieuse, un ultra-nationalisme, les effets de la banqueroute des états ou le sentiment de perdre ses valeurs nationales face à des flux migratoires de plus en plus prononcés. Récit d’une double décade chahutée, Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud font le bilan d’un échec. A quand les solutions ? Ed. Autrement – 273 pages Paul Huet

ATLAS DE L’ISLAM La cartographie des religions a toujours relevé de l’exercice complexe, les statistiques étant sujettes à caution. Voilà un atlas qui revient sur le monde musulman en tenant compte de toutes les spécificités et en rappelant que l’Islam ne se limite pas exclusivement à la sphère arabo-musulmane, mais demeure beaucoup plus large. L’ambition est ici de circonscrire les pratiques religieuses à travers tous les territoires et d’en établir une nomenclature la plus juste possible, en tenant compte des pratiques, des interprétations du Coran et de la culture des gens à l’aide de cartes. L’objectif concret consiste à fournir des points de repères et d’apporter un regard serein sur ce qui demeure une des plus belles aventures spirituelles de l’humanité, sans nier les dérives qu’elle a parfois engendrées, la violence née dans certaines couches de la population et en la replaçant dans son histoire autant que dans son contexte originel pour en analyser les évolutions. Ce livre propose donc un regard sur plus d’un milliard de croyants, sur les facteurs d’unité de l’umma, le rôle de la communauté, les rites, les symboles, les lieux sacrés, la politique, le jihad, la charia, les branches extrémistes mais surtout sur toutes ces femmes et ces hommes qui aspirent à vivre en paix et librement dans la foi qu’ils portent à Allah. Une lecture apaisée pour dissiper les malentendus et renouer avec une vision juste de l’Islam ! Ed. Autrement – 96 pages André Metzinger


ALBERT CAMUS ET LA GUERRE D’ALGÉRIE On connaît les liens qu’Albert Camus a entretenu avec l’Algérie qui l’a vu naître en 1913, lui le fils de colons établis loin de la métropole ! Homme engagé et philosophe, il s’est toutefois abstenu d’entrer dans le débat idéologique concernant la guerre qui a ravagé sa terre natale, par souci de vérité autant que de justice, ayant de réelles difficultés à s’ériger en faveur qu’un camp plutôt que l’autre. Il était ce qu’on nomme toujours un Français d’Algérie et qu’on appela plus tard un « pieds-noirs », terme péjoratif. Avec le conflit, il a bien sûr vu se fissurer ses certitudes, la fin d’une époque bénie, ouvrant la brèche à une série d’attentats, de carnages et d’exactions diverses venant des deux directions. Tout cela a naturellement eu raison de son espérance. Alain Vircondelet revient sur ce malentendu lié à la personnalité de Camus. Attelé à son travail d’écrivain, le célèbre auteur de « La peste » est néanmoins revenu à diverses reprises sur le drame que sa communauté a vécu et a critiqué beaucoup plus tard la position de la France et des intellectuels de l’époque. Aujourd’hui, de nombreuses voix s’élèvent pour oser l’expression « crime contre l’humanité » en parlant des actions commises au nom du président de la république contre le peuple algérien. Un débat, on s’en doute, qui est loin d’être clos ! Ed. du Rocher – 297 pages Paul Huet

NORDAHL LELANDAIS : DU PROCÈS NOYER AU PROCÈS MAËLYS Le rôle des journalistes est d’investiguer, non pas dans un but de sensationnalisme, mais pour tirer la vérité de la manne incroyable d’informations (vraies ou fausses) qui se mêlent dans certaines affaires. Aude Bariéty s’est intéressée à Nordahl Lelandais qui apparaît via les médias comme un prédateur sans scrupules. Cet ancien-maître chien fait aujourd’hui les titres de l’actualité avec l’affaire dite « Maëlys », cette gamine de huit ans disparue en 2018. Mis en examen, son cas intéresse les enquêteurs qui reviennent sur son parcours et y décèle les traits d’un pervers sexuel doublé d’un meurtrier. Plusieurs pistes laissent supposer qu’il serait mêlé à différents faits inquiétants et une série d’agressions sexuelles non élucidées sur mineures. Arpentant les lieux où les tragédies se sont déroulées, allant au devant d’une série de témoins et analysant scrupuleusement tous les dossiers qu’elle a eu à sa disposition, l’auteure cherche ici à proposer le profil de celui qui a déjà été condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour le meurtre d’Arthur Noyer. L’occasion aussi de revenir sur les journées de ce procès médiatisé et de parler de celui en cours. Une immersion glaçante dans la psyché qu’un homme qui a basculé dans le crime sans aucune empathie pour ses victimes. Ed. du Rocher – 164 pages Julie Plisnier


LE SANG DU MARTYR Il y a fort longtemps, les missions avaient pour but d’apporter la parole du Christ en terres païennes. Des expéditions menées par des hommes confiants en Dieu et bien décidés à affronter leurs peurs. Parmi ceuxlà, Siméon-François Berneux, entré fort jeune au séminaire et ordonné prêtre en 1837, avant de devenir professeur de philosophie et de se consacrer à l’évangélisation outremer. Alors que plusieurs privilégiaient l’Afrique, il s’est embarqué pour l’Asie où son périple l’a mené au Tonkin. Arrêté, il a été condamné à mort avant d’être libéré. La suite de son expédition l’a entraîné à Macao et à Shanghai. A Séoul, il a appris le coréen, s’est fait appeler Chang Gyeong et s’est montré d’une réelle discrétion, car le gouvernement punissait d’exécution quiconque se ralliait au catholicisme. Il est toutefois parvenu à convertir des milliers de personnes. Il a fondé un séminaire, tout en se faisait aimer pour sa sagesse, son intelligence et sa tolérance. Pourtant, la situation ne s’est pas déroulée comme prévu et l’avènement d’un nouveau monarque a resserré la tenaille autour des étrangers. Arrêté et bastonné, il est décapité en 1866. Bruno Delaroche revient sur la vie sans précédent d’un homme qui, au nom de sa foi, a laissé derrière lui une existence paisible pour annoncer le règne de Dieu. Bravant tous les dangers, il a accepté la fatalité pour prouver à tous que la non-violence demeurait une arme efficace contre la barbarie. Le récit de son trajet sur terre conforte chacun sur la nécessité d’incarner la fidélité quotidienne à la conversion intérieure et rappelle à quel point elle reste le passage obligé pour tout chrétien. Ce livre se veut enfin le témoin d’une période où l’Eglise allait au-delà des mers et des océans pour proclamer la Bonne Nouvelle et asseoir son enseignement là où on ne l’attendait pas forcément. Ed. Artège – 496 pages Sam Mas

LE CATHOLICISME CONTEMPORAIN EN PÉRIL Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ! Du moins voilà ce qu’affirmait André Malraux en son temps ! Si le catholicisme triomphe toujours en Amérique latine et en Afrique centrale, il a perdu énormément de sa superbe en Europe, victime d’une crise de la foi, de l’abstention de pratique dominicale, d’un manque de vocation à la prêtrise et d’un anticléricalisme exacerbé par une laïcité de plus en plus agressive. Philippe Capelle-Dumont revient sur les raisons multiples qui ont conduit à cette situation que les croyants déplorent. En perte totale de valeurs, notre société a du mal à se trouver une ligne de conduite et grimace par rapport à tout ce qui représente une forme d’autorité, voyant de l’abus partout. Se tourner vers une vie contemplative, raviver les codes du partage et de la solidarité, lutter contre les extrémismes qui menacent tous azimuts, accepter la présence d’un Dieu bon … voilà des pistes qui passent difficilement auprès d’une frange de la population encline aux réflexions faciles, aux raccourcis et à un athéisme aisé à suivre. Répondre aux questions essentielles n’a jamais relevé de la précipitation. Ce livre énumère les avis allant dans un sens autant que l’autre et vise à fournir des explications éclairées par le besoin de revenir à une humanité qui place l’homme au centre des préoccupations et songe à sa dimension spirituelle, loin du gavage d’Internet qui phagocyte les esprits, des médias qui scandent des slogans simplistes et des mentors politiques qui pratiquent des ellipses éhontées. Ed. Artège – 199 pages Sam Mas


DOUX COMME LE SILENCE Ce roman suit l’enquête d’une jeune inspectrice fraîchement débarquée de l’Ecole des sciences criminelles de Lausanne et qui croyait tout connaître en matière de profilage. Elle aurait toutefois préféré tomber sur une affaire moins complexe pour ses débuts à la brigade criminelle. Le tueur qu’elle recherche semble enclin à éliminer uniquement les personnes qui hurlent en s’exprimant au téléphone et qu’il se met à suivre pour les occire dans un coin, à l’écart de la foule. Pour coincer cet assassin pas comme les autres, il lui faudra entrer dans la tête de ce criminel peu ordinaire et saisir ses motivations, ses failles autant que ses intérêts. Une tâche qu’elle sait ne pas être de tout repos. Ses investigations s’organisent autour d’un fil rouge. A savoir la découverte du livre « Le bruit et la fureur » de William Faulkner auprès d’une victime. Un titre révélateur, d’autant plus qu’elle sait pertinemment qu’un serial-killer ne s’arrête jamais. La traque sera longue et, pour gagner un temps précieux qui permettra de sauver des vies, elle doit mettre toutes les chances de son côté, sans se contenter d’approximations. Raphaël Guillet signe un polar rude, à la fois subtil, sombre et ingénieux. Le cadre suisse représente un aspect exotique pour le lecteur lambda. Ed. Favre -251 pages Sylvie Van Laere

366 DATES POUR CÉLÉBRER LES FEMMES L’histoire s’est écrit avec les femmes ! Cet ouvrage entend participer au devoir de mémoire qui consiste à honorer celles qui ont marqué d’un sceau indélébile les strates des deux derniers siècles, en revenant sur l’action de plusieurs d’entre-elles et en commémorant leurs noms. Cet ouvrage se veut naturellement subjectif dans la sélection des personnes exhumées d’un oubli dommageable et met en exergue leur talent, leurs réalisations ou leur caractère. L’idée a été de suivre le calendrier en s’accrochant à un événement (naissance, décès, découverte, ratification) mois par mois et en le commentant brièvement. L’occasion de revenir sur des réussites professionnelles, artistiques, des découvertes ou des éléments marquants de l’émancipation féminine. Dans un but de circonscrire son exercice, Benjamin Valliet s’est essentiellement penché sur des personnalités européennes, même s’il aborde des visages américains ou venant d’ailleurs. Parmi les dates importantes : l’accès à l’enseignement supérieur pour le beau sexe, l’admission à l’armée ou encore l’accession à une série de professions réputées comme étant essentiellement masculines. Un livre qui éveille les consciences, rappelle le juste droit à l’égalité et stimule la confiance en soi. Aucun ordre de lecture n’est nécessaire et on peut s’amuser à piocher au hasard, en gardant son plaisir intact. Ed. Favre – 224 pages Amélie Collard


FAIRE REVIVRE DES ESPÈCES DISPARUES ? Chacun conserve dans un coin de mémoire « Jurassic Park », film inspiré du roman éponyme de Michael Crichton et qui racontait de quelle manière une poignée de scientifiques sont parvenus par clonage à ressusciter les dinosaures pour les confiner dans un parc touristique, sorte de zoo préhistorique. Pourtant, aujourd’hui davantage que hier, les laboratoires se lancent le défi de faire renaître des espèces disparues dans des éprouvettes. Un travail d’apprentisorcier encouragé par les immenses bonds en avant de la science et des technologies, en réveillant des gènes endormis ou en prélevant de l’ADN sur des restes fossilisés. Ces défis nous placent devant des défis éthiques de taille. Même si notre devoir est de veiller à protéger le vivant, faut-il pour autant faire revenir à la vie ce qui n’est plus ? Nadir Alvarez et Lionel Cavin posent la question que voilà : Lutter contre l’érosion de la biodiversité en faisant appel à des procédés que plusieurs jugent discutables, serait-ce la solution opportune ? L’occasion d’aborder le sujet en alliant génétique, paléontologie et socles moraux. Même s’il convient de prendre de la hauteur pour comprendre le triste état de notre monde en train de se tirer une balle dans le pied, il convient de garder la tête froide et de ne pas s’engouffrer aveuglément dans des expériences potentiellement dommageables dans un avenir proche. Mais personne n’est devin et, sans doute, faut-il apprendre à faire confiance à la sagesse humaine, malgré toutes les images négatives qu’elle distribue tous azimuts, portée par une soif de bénéfices, de suprématie ou simplement d’orgueil. Ed. Favre – 198 pages Daniel Bastié

SUR LE DIVAN DE MES PATIENTS Le mental reste souvent la clé de tout ! Plus que quiconque, les psys savent à quel point il importe de tricoter les replis de la conscience pour faire germer des phrases parfois très révélatrices, ainsi que des souvenirs confus et généralement enrobés dans les limbes du subconscient. Surcharge mentale, négativité, mauvaise image de soi, jalousie pathologique, procrastination, atonie, problèmes relationnels … rien n’est fortuit ! Jérémie Gallen ne promet pas de panacée mais s’active à fournir quelques pistes pour apprendre à s’aimer davantage, à ne plus vivre dans le passé et à se réjouir de chaque instant présent. Pas de formules miraculeuses ni de promesses faciles. Il prône une prise de position des pièges à éviter lorsqu’on tente d’avancer et suggère qu’on devienne responsable de ses choix. Ce livre très facile d’accès évite les terminologies complexes et les discours creux. A l’aide de détails et d’exemples, il ouvre une série de portes pour laisser à chaque lecteur la possibilité de les franchir ou non. Devenir l’acteur de son existence, la chose n’est apparemment pas aisée pour tout le monde. Se sentir moins seul ou encouragé aide à traverser les tumultes de l’existence, en gardant bien à cœur qu’on ne gagne pas à tous les coups et qu’il faut faire le deuil de certaines choses pour accéder à une forme dé quiétude. Ed. Favre – 189 pages André Metzinger


LE SACRE DE L’OPINION Que valent les sondages lorsqu’on les aligne dans le cadre de la course à la présidence ? On le voit aujourd’hui, ils racontent tout ce qu’ils veulent, imprécis ou victimes des errements d’opinion d’une foule volatile, voire instable. On le sait, une partie de la population ne sait pas à quel saint se vouer et se décide peu avant son passage à l’urne, poussée par un avis neuf faisant suite à un débat télévisé, une affaire qui éclate ou une manchette dans la presse. Bien sûr, une frange des électeurs sait d’emblée qui élire et la chose se veut rassurante, puisque les élections ne doivent pas être un tiercé fait pour se mordre les doigts ensuite. Frédéric Micheau revient sur l’histoire des présidentielles au cours de ces soixante dernières années et sur l’efficacité des prévisions liées aux sondages. Qu’ils soient méprisés par certains, ils demeurent révélateurs d’une humeur ou d’une tendance. Malgré tout ce qu’on leur reproche, ils règnent en maîtres et scandent la dramaturgie électorale jusqu’au dernier jour. L’auteur revient ici sur les prédictions et leur justesse ou non, tout en faisant revivre les séquences phares qui ont martelé les dernières décennies. Une somme informée, renseignée et vivante qui nous fait pénétrer au cœur des techniques d’information, des équipes de campagne et de la psychologie des prétendants, sans omettre la crise de confiance actuelle vis-à-vis de nos dirigeants gangrenés par plusieurs scandales, la crise et une démocratie qui a montré ses faiblesses. Ed. du Cerf – 306 pages André Metzinger

LE HANDICAP AU FOND DU CARTABLE Le handicap est un poids qu’il faut porter, même s’il n’est pas forcément synonyme de désespoir. La force de vivre fait que les situations se traversent avec une kyrielle de bonheurs, d’instants positifs et, malheureusement, des heures d’abattement qui poussent à laisser tomber les bras, à se morfondre ou à aspirer à autre chose. Armelle Brière-Savard est médecin scolaire et connaît parfaitement le parcours de ses patients. Avec ce livre, elle entend désinhiber la parole et refléter les questionnements profonds auxquels elle est confrontée. Un bon médecin doit, selon elle, demeurer un être de chair, flanqué d’une réelle compréhension et d’une vraie empathie. Pas question de se dissimuler derrière une blouse blanche et d’opter pour le détachement. Il partage, reçoit, donne, cherche des solutions idoines en adéquation avec les besoins concerts. Engagée pleinement dans son métier, l’auteure a voulu rendre hommage à celles et ceux qu’elle fréquente professionnellement et à leurs proches pour montrer à quel point ils sont tous des héros sans actes de bravoure particulier, des quidams qui font des efforts au quotidien, luttent parfois pour garder la tête hors du marasme et savent qu’incriminer les autres ne sert à rien. Davantage qu’un énième témoignage, cet ouvrage doit être lu comme un enseignement de vie. Ed. du Cerf – 172 pages Julie Plisnier


AUJOURD’HUI LA TYRANNIE Les statistiques et les sondages sont là pour le rappeler. Depuis le début de la pandémie, un nombre croissant de citoyens peinent à jurer par notre régime démocratique. La question qui se met donc naturellement en exergue demeure celle-ci : vivons-nous dans une dictature déguisée ? Une oligarchie se reconnaît à dix points : mise en place d’une bureaucratie, contrôle de l’information, détestation des familles et du mariage, fascination pour les technologies, déplacements de population, soumission à l’influence étrangère, mise en place d’un passeport intérieur, mise à profit des épidémies, instrumentalisation de la religion et nullité stratégique. Afin de définir ce qu’est une tyrannie, Philippe Bornet se base sur sept récits qui narrent le parcours d’autant de dictateurs connus ou qui le sont moins : Robespierre, Calvin, Denys le Tyran, Savonarole, Billaud-Varenne, Staline et Mao Tsé-toung, partant du principe que la connaissance du passé et les leçons qu’on peut en tirer sont les meilleurs vigiles pour les gens raisonnables ou raisonnés. Attention, si l’historien s’applique ici à relater des faits, l’essayiste s’emploie à remonter aux idées et sa méthode consiste à mettre sous les yeux les accidents de la matière historique, à les considérer tel un tout et à en induire une essence. Ed. Presses de la Délivrance – 166 pages André Metzinger

3 MINUTES POUR COMPRENDRE 50 MOMENTS-CLÉS DE L’HISTOIRE DE LA BANDE DESSINÉE Pareil titre ne laisse guère d’ambiguïté sur l’objectif de cet ouvrage destiné aux bédéphiles, mais pas que ! L’occasion de revenir sur l’histoire du neuvième art en faisant quelques haltes judicieuses et mettre en avant le best of du meilleur, revenir sur quelques créateurs insignes ou parler d’œuvres considérés comme des indispensables. Au-delà de ce triple objectif, l’idée de BenoÎt Peeters, l’auteur, a également été d’exhumer quelques pépites moins connues, voire complètement oubliées qui ont marqué le genre par leur qualité ou en innovant vers ce qu’on peut appeler le roman graphique moderne. Le choix se veut naturellement subjectif et cela se comprend. Autrement, il aurait fallu concevoir une anthologie en plusieurs volumes. S’y côtoient donc Goscinny, Hergé, Superman Riad Sattouf, Titeuf, Marjane Satrapi, quelques dessinateurs de manga, Hugo Pratt, Gotlib, etc. Le tout pour un feu d’artifice qui fait l’effet d’une madeleine de Proust, toujours accompagnée d’un texte bref sur la page de gauche et d’une planche ou d’illustrations sur celle de droite. Avis aux bédéphiles ainsi qu’aux néophytes dans le domaine ! Ed. Le Courrier du Livre – 158 pages Daniel Bastié LA VALISE Le passé s’apparente parfois à un miroir qui reflète des images qui peuvent prendre vie alors qu’on ne s’y attend pas. La comédienne et auteure Sophie Forte se met en scène dans ce récit nostalgique et drôle à la fois. Tout débute lorsqu’elle entre en possession d’une valise qui contient des photographies familiales. Les clichés dévoilent une série de visages endormis dans la mémoire, ainsi qu’une foule d’impressions. Derrière chaque rectangle en noir et blanc ou en couleur se réveillent des souvenirs pour exhumer une part de son héritage. L’occasion de revenir sur un père qui n’a jamais quitté son canapé, une mère pimpante à l’engouement indéfectible, un grand-père qui ressemblait vaguement à l’acteur Humphrey Bogart, un papy d’origine napolitaine, une mamy chaleureuse, un oncle au destin inattendu et le chien Gerry. Cachet rétro, ce livre à la première personne brasse plusieurs décennies de bons et de moins bons souvenirs, les inévitables échecs de la vie mais surtout les grandes joies qu’elle réserve. Un roman à la première personne qui rappelle à quel point nos proches ont contribué à façonner notre personnalité, à façonner (même inconsciemment !) à ce que nous sommes et qui continuent de nous influencer au-delà des années endormies. Un livre sympathique à la patine agréable et pas du tout surannée ! Ed. Prisma – 371 pages Julie Plisnier


JOLIES CHOSES Avec pareil titre, on pourrait croire à un ouvrage léger, voire poétique. Il n’en est rien ! Deux filles totalement opposées s’affrontent dans le Los Angeles contemporain. Nina vit d’escroqueries en ligne, en arnaquant la jeunesse dorée, toujours sur le fil tendu qui sépare la légalité de ce qui ne l’est pas. Pour trouver encore davantage d’argent et venir en aide à sa mère gravement malade, elle prend des risques de moins en moins mesurés. Quant à Vanessa, elle surfe de l’autre côté de la toile et se mire dans les modèles que lui renvoient les influenceuses de tous bords. Avec son compte en banque grassement alimenté, elle sait qu’elle n’a pas à s’inquiéter pour demain. Le jour où toutes deux se retrouvent face à face dans une somptueuse villa loin de la métropole, elles ne savent pas encore que le destin va s’acharner. Par la grâce d’un récit qui se dégage des poncifs du thriller, Janelle Brown se distingue par un rythme qui va bien au-delà des habituels romans du genre et se prête à un suspense en deux temps, de quoi multiplier les non-dits, jouer avec les éléments qui se dévoilent avec parcimonie et chatouiller la psychologie des protagonistes. L’ambiance est glauque à souhait et le final tranchant comme une lame de rasoir. Ed. Equinox – 611 pages Amélie Collard

LE CHAT QUI NE POUVAIT PAS TOURNER Paris sert de décor à ce polar noir de noir. Une femme est trucidée à l’arme blanche sur un quai de Seine. Le capitaine de police David Sterling est dépêché sur la scène du crime. Le médium du meurtre ne fait aucun doute. Il s’agit d’une lame aiguisée. S’agit-il d’un homicide isolé ? Les premières impressions lui donnent tort, puisque d’autres cadavres féminins sont retrouvés avec des lésions identiques. Fort vite, pourtant, notre flic de service augure qu’on cherche à le diriger vers de fausses pistes. N’évitant pas le glauque, Anne Dhoquois nous pousse à comprendre avec le protagoniste les intentions du tueur et nous immisce dans le crâne d’un enquêteur instinctif, renommé et néanmoins torturé. Elle double sa narration d’une réflexion sur le sens de la vie pour faire jaillir une réponse tourmentée qui en déstabilisera plus d’un. Une investigation urbaine sans relâche ni fausses notes, que faut-il de mieux pour bien débuter ce mois en mars en fanfare ? Avis aux amateurs de thrillers ! Ed. Equinox – 318 pages André Metzinger


UNE VIE EN COULEURS Belgo-mauricienne d'origine, Cécile Parent est née en 1969 en Afrique du sud. Elle poursuit ensuite sa route vers la Tunisie. Son enfance est baignée de soleil, de couleurs chatoyantes, d'odeurs fleuries. Depuis sa plus tendre enfance, Cécile se pose des questions sur la naissance et la mort, le fonctionnement humain, notre raison d'être sur terre... Estce la petite fille hypersensible et asthmatique, côtoyant la mort, qui cherche à retrouver les sens du ciel ? A six ans, elle découvre la danse, puis, lorsqu'elle arrive en Belgique à douze ans, elle suit des cours de théâtre. Elle passe toutes ses vacances d'été à la montagne. Ces différents ingrédients vont construire sa personnalité. Plus tard, elle choisit des études orientées vers l'Humain. Son métier doit lui permettre de se sentir utile pour donner du sens à sa vie et à son vécu. L'écriture, la danse, la peinture... lui permettent d'exprimer ses émotions et libérer sa force créatrice. « Une vie en couleurs » raconte le périple d’une femme en quête d’elle-même, de liberté et d’authenticité. Ed. Ménadès – 161 pages Sam Mas

EDGAR ALLAN POE REVISITÉ PAR LE CINÉMA DE ROGER CORMAN L’écrivain Edgar Allan Poe et le cinéaste Roger Corman n’auraient jamais dû se rencontrer. Avec Vincent Price très souvent à l’affiche, cette série de longs métrages a engendré bien des peurs et des fascinations. Rehaussés de couleur et de décors baroques, ces films sont des classiques à voir ou à découvrir. Avec son cycle de sept longs métrages, Roger Corman s’est targué de devenir l’ambassadeur de l’écrivain et il est vrai qu’il a réussi à sceller d’une pierre blanche le souvenir de ce dernier dans la mémoire collective, en poussant le public à découvrir chacune de ses réalisations et à attendre la suivante. Ni mieux réalisés ni moins bien mis en chantier que la production ordinaire des sixties, « La chute de la maison Usher », « La chambre des tortures », « L’enterré vivant », « L’empire de la terreur », « Le corbeau », « Le masque de la Mort rouge » et « La tombe de Ligeia » s’inscrivent dans le circuit commercial, ayant tout un temps réussi à épouser les attentes des spectateurs avant de resserrer leur périmètre. Au demeurant, des longs métrages qu’on peut revoir avec nostalgie. Ed. Ménadès – 238 pages Sam Mas


LA RÉGRESSION DE L’OMBRE JAUNE C’est dans la célèbre cité d’Alexandrie que le professeur Clérembart achète, sous le manteau, les fameux carnets de voyage du colonel Spencer-Parker. Des carnets qui ont subi les outrages du temps et ceux de l’eau de mer mais dont l’élément le plus intéressant s’avère être une feuille d’arbre séchée qui servait de marque page. Renseignement pris auprès d’un expert de l’université de Yale, la feuille serait celle d’un sapotillier qui ne pousse qu’à un seul endroit de la Terre, l’île de Ningun Sitio située au large des côtes du Chili. Une terre où se dresse l’étrange Montagne du bout du Monde. On devine aussitôt la suite, curieux comme une vieille pie, le professeur n’a de cesse de s’envoler à l’autre bout de notre planète. Quelque temps plus tard, Bob Morane reçoit, à Paris, un coup de fil de son ami qui lui demande de venir lui apporter du matériel scientifique de pointe pour peaufiner les recherches qu’il a entreprises. Et voilà donc l’Aventurier et Bill Ballantine le compagnon le plus fidèle de ses mésaventures, qui font route pour l’île perdue dont la triste réputation n’est plus à faire. Amerrissage d’urgence, naufrage, attaque de requins, agents sexy de la CIA, sousmarin de l’US Navy en perdition, robots, tribu anthropophage et l’Ombre Jaune, comme il se doit dans cette série, seront au rendez-vous de ce roman de Patrick Verlinden qui nous a déjà particulièrement séduit avec son titre « Via Caesar » paru chez le même éditeur en 2020. Ed. L’Âge d’Or – 160 pages Jamie-Lee Smit

MING AZYLUM Cinquième roman de Mythic consacré aux aventures de Bob Morane, le scénariste de Rubine, et de Halloween Blues nous entraîne dans une aventure assez déstabilisante qui se déroule en Angola, au cœur de l’Afrique noire… ou du moins, en partie, car notre globe-trotter partage la vedette avec plusieurs autres personnages qui virevoltent dans des univers aussi différents que les banques de la City, les demeures cossues du Gold Coast Historic District où réside la crème des truands irlandais, la campagne tranquille de Bangor dans le Maine voire un hôpital de campagne créé par les premiers free burghers de Cape Town. Des acteurs reliés inconsciemment entre eux et qui se meuvent au gré d’une trame qui semble longtemps anarchique pour se préciser au fil des chapitres ou des séquences, une histoire un peu semblable à celle d’un film comme Love Actually de 2003. Une histoire que seul le lecteur appréhendera dans son intégralité. Mythic avoue même, qu’ayant écrit les chapitres indépendamment les uns des autres, sans chronologie, il a même conçu un moment de panique au moment de l’assemblage, la peur que les pièces du puzzle ne s’emboîtent pas, au micron près, les unes dans les autres. Parler de l’histoire est difficile tant on n’a pas envie d’en déflorer le sujet, alors revenons en Angola sur les traces de Bob Morane qui se retrouve piégé par les sbires de l’Ombre Jaune et devient l’un des prisonniers taillables et corvéables à merci qui veillent au bon fonctionnement d’un sanctuaire, l’Azylum, où vient trouver refuge toute la racaille internationale en rupture de ban et qui possède de gros moyens. - Prendre le thé avec Clyde Barrow et Bonnie Parker, cela vous irait ? – Toutefois, quand on décide de s’évader du complexe hôtelier luxueux isolé du monde, c’est là que les choses se compliquent vraiment. Ed. L’Âge d’Or – 160 pages Jamie-Lee Smit


COFFRET ANNIVERSAIRE DES 70 ANS DE LA CRÉATION DE BOB MORANE Deux nouveaux titres paraîtront en février aux éditions de l’Âge d’Or dans le cadre du coffret anniversaire de la création de Bob Morane, chez Marabout Junior, en 1953. Le box orchestré par l’écrivain québécois Yves Trépanier comptera finalement douze titres au lieu de onze, un nouvel auteur, Jean Lhassa, étant venu se joindre à l’équipe. Le coffret « Bob Morane contre l’Ombre Jaune », sera semblable à celui publié en 1966, à l’occasion de la sortie de la 10ème aventure de l’inquiétant Mongol habillé en costume de clergyman intitulée « Les jardins de l’Ombre Jaune ». Jamie-Lee Smit

VERS LA BEAUTÉ “Antoine balbutia qu’il était très pressé pour empêcher toute relance interrogative. Fallait-il qu’on nous demande sans cesse qui nous étions, ce que nous faisions, pourquoi nous vivions ici et pas ailleurs ? Depuis qu’il avait fui, Antoine se rendait compte que la vie sociale ne s’arrête jamais, et qu’il devenait quasiment impossible de passer entre les gouttes humaines…” Pourquoi Antoine se comporte-t-il de cette manière ? Que s’est-il donc passé dans sa vie pour qu’il en vienne à se couper du monde ? Professeur admiré et respecté à l’école des Beaux-Arts de Lyon, il a brusquement décidé du jour au lendemain de quitter son emploi pour devenir gardien de salle au musée d’Orsay à Paris, un choix incompréhensible pour son entourage. Surprenant. Intriguée, Mathilde Mattel, la DRH du musée, va tenter de se rapprocher de lui mais Antoine se ferme. S’enferme dans un silence inquiétant. Quel lourd secret dissimule-t-il éventuellement ? Roman d’une extrême densité psychologique divisé en quatre parties bien distinctes nous présentant des vies fragilisées et même meurtries, “Vers la beauté” de David Foenkinos, auteur prolixe détenteur de plusieurs prix, nous prend, nous surprend, nous saisit jusqu’à nous remuer maintes fois au plus profond de notre être. On espère pour l’un, on désespère pour l’autre, Foenkinos nous offrant ici un récit intense avec un sens inné de la narration et du suspense. L’esseulé Antoine, Louise, son exigeante ex-compagne, Eléonore, sa sœur aimante, Mathilde, la DRH déterminée, le couple Sabine - Yvan, non loin de la dérive, Camille, la jeune et enthousiaste étudiante des Beaux-Arts, les portraits sont dressés avec finesse et sensibilité par l’auteur si bien que l’on tourne les pages avec une certaine fébrilité. “Un récit qui ne nous lâche pas, nous sidère, nous bouleverse !” nous confie Bernard Lehut (RTL). Le croire sur parole ? Assurément ! Doit-on s'étonner du succès de Foenkinos? Son style est fluide, son écriture maîtrisée, et ses développements sont précis, fouillés, profonds. “Les pensées d’Antoine étaient sans doute acerbes, mais au moins il pensait, cela le changeait de cette zone léthargique dans laquelle il végétait depuis quelque temps. Grâce à cette foule incessante, il s’échappait de lui-même…” Etait-ce une bonne décision de devenir simple gardien de salle ? Son passé ne risquaitil pas de le rattraper tôt ou tard ? La contemplation des tableaux qui l’entourent l’apaise mais… “Vers la beauté ? Vraiment la vie par monts et par vaux ! Ed. Folio – 251 pages Thierry-Marie Devlaunois


LONDON VÉNUS Alison Lapper a vu le jour le 7 avril 1965 en Angleterre. A sa naissance, ses parents découvrent qu’elle est dépourvue de membres supérieurs et que ses jambes sont atrophiées. Un handicap nommé phocomélie. Pour ne pas l’exposer et la protéger du regard extérieur, elle passe son enfance dans une institution spécialisée, éloignée de sa famille. Plus tard, on l’équipe de membres artificiels qui lui permettent de bouger. Peu à peu, elle gagne son indépendance pour ne plus dépendre des autres. Par le truchement de ses études, elle se lance dans l’art (dessin, photographie) pour s’exprimer. Aujourd’hui, son passé se trouve loin derrière elle, car elle court, nage, conduit un véhicule, chevauche un canasson et découvre même une statue à son effigie érigée au centre de Trafalgar square ! « London Venus » est un roman graphique qui se veut une ode au courage, à la ténacité et à la différence. Plutôt que de se lamenter sur son sort, cette fille a toujours lutté pour réussir alors que personne ne croyait à ce qu’elle parvienne à atteindre ses objectifs. Yaneck Chareyre et Mathieu Bertrand signent une bédé tonique qui fait office de témoignage et qui prouve -ô combien ! » chacun peut aller au-delà de ses limites pour s’épanouir. Le titre fait référence à la Vénus de Milo, œuvre magnifique exposée au Louvre et qui, par son absence de bras, fait songer à Alison ! Ed. Steinkis – 124 pages Daniel Bastié

LE LIVRE DE MA JUNGLE Pas d’histoire, mais une succession de planches très colorées, avec une multitude de détails pour exposer le quotidien du protagoniste et se plonger dans son univers. En fait, chez lui tout s’apparente à une jungle. Pas la forêt touffue où pullulent singes, fauves et autres créatures herbivores, mais une multitude d’éléments désordonnés qui façonnent un pan d’existence, que les parents pourraient qualifier de désordre ordonné. Ainsi, sa chambre, le bus, la cour de récré, la classe de cours, la cantine, la bibliothèque, la piscine, le square ou le bain ressemblent justement à … la jungle ! Des endroits qui permettent à l’imagination de voltiger sans contraintes, de se libérer des codes et qui deviennent des terrains d’entente et de jeux. Alice de Nussy et Estelle BillonSpagnol ont imaginé cet album récréatif fait pour plaire dès le premier regard. L’idée consiste à inviter le lecteur à traquer les mille éléments qui enflamment le regard, à les déceler à mesure que le regard gambade. Pour ceux que l’exercice amuse, les planches sont reproduites en noir et blanc sur un cahier à déplier en fin de lecture, question de proposer aux petits l’opportunité d’y apposer leur nuancier de couleurs. Chouette idée ! Ed. Grasset Jeunesse – 32 pages Amélie Collard


AMOUR ET VIEILLES DENTELLES Ne pas se fier aux apparences ! Telle est la devise de Nadia, Thérèse, Maria et Nicole, un quatuor de seniors qui refusent de vieillir et qui ont toujours des envies bien accrochées pour ne pas se laisser aller à l’atonie. Alias « Les panthères grises », elles préfèrent de loin leur cours de théâtre aux parties de Monopoly ou aux après-midis séniles café-biscuits réservés aux personnes du Troisième Âge. Leur carte vermeille, elles l’enfouissent au fond du tiroir de leur secrétaire ! Elles obtiennent un réel triomphe lorsque Alice est sélectionnée pour camper la victime d’un meurtre dans le cadre d’une reconstitution menée par la police. Une prestation qui pourrait s’arrêter là, mais qui pique de curiosité ces mamies pas comme les autres et qui se mettent en tête de ressembler à Miss Marple pour investiguer à côté du cadre du juge d’instruction. Alors, en route pour traquer le coupable et faire éclater la vérité ! Sans trop bien s’en rendre compte, elles embarquent dans une aventure rocambolesque qui les tire de la monotonie d’une existence sans réelles surprises. Williams Crépin signe un thriller sympathique qui déboite les codes de leurs gonds et tranche avec ce que nous découvrons d’ordinaire. Le tout assumé avec une drôlerie qui fait mouche, jamais méchante et qui renvoie au vestiaire les stéréotypes que nous entretenons sur les aînés. Tout simplement juste et bourré de (bonnes) surprises. Pas un grand roman, mais un récit délassant qui fait beaucoup de bien en cette période chahutée. Ed. Albin Michel – 340 pages Amélie Collard

LA NUIT DES ANGES Lorsqu’on abandonne un lieu, on n’en garde souvent qu’une série de souvenirs qui se faussent à mesure que le temps se distille. Alice en fait la malheureuse expérience le jour où elle revient après une décennie à Perros-Guillec, la ville de son enfance. Elle espère profiter de la quiétude de la région pour se ressourcer, autant que de renouer avec celles et ceux avec lesquels elle était proche. Assez vite, elle se rend à l’évidence que rien ne ressemble à ce qu’elle croyait. Sa famille est devenue étrangère à son retour, son amour de jeunesse est obsédé par l’enlèvement de sa sœur vingt ans plus tôt et les visages connus l’ignorent complètement. La disparition d’une gamine secoue les environs. Embarquée malgré elle dans cette affaire, notre héroïne n’a pas d’autre choix que de faire face. Avec ce thriller au tempo haletant, Anna Tommasi serre les cordes de son écriture et nous immerge dans une Bretagne aux accents pesants. Savamment, elle joue l’alchimiste, transformant un début de récit ordinaire en suspense irrésistible et réparateur puisque, au fil des investigations, le protagoniste revit des éléments étroitement liés à autrefois. Ed. Préludes – 320 pages Julie Plisnier


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