__MAIN_TEXT__
feature-image

Page 1

BRUXELLES CULTURE 5 juillet 2020 Brussels Diffusion asbl Contact et abonnement gratuit : pressculture4@gmail.com

RENCONTRE : MYRIAM BUSCEMA


RENCONTRE : MYRIAM BUSCEMA D’origine italienne, Myriam Buscema, née à Nimy (Belgique), vit dans un petit village blotti au creux de la campagne hesbignonne. Entre l’amour de la vie, la nature, les livres et la bellezza de la Toscane, son cœur balance. Elle est passionnée par la rencontre d’artistes et d’acteurs du monde culturel et met depuis trente ans son art de l’organisation au service du théâtre. Elle puise dans ses expériences de vie l’inspiration et la matière de ses écrits, espérant que ce partage bénéficie à tout un chacun. «Les fruits de la solitude» est son cinquième livre. A l’occasion de la sortie de celui-ci, nous l’avons interviewée. Rencontre. Quelle est votre formation ? J’ai commencé des études secondaires en arts décoratifs, parce que ma mère me trouvait créative. Après deux ans, je n’y voyais pas ma voie et j’ai bifurqué dans la même école vers des études commerciales. Comme je n’avais pas fait de latin, je ne pouvais pas poursuivre au lycée. Restant sur cette trajectoire que je n’avais pas vraiment choisie, mais comme ça se passait bien, j’ai décroché un graduat en secrétariat de direction à Lucien Cooremans à Bruxelles. A quel moment avez-vous ressenti l’envie de devenir écrivain ? Au cours desdites études secondaires, j’ai eu la chance de croiser celle qui allait faire germer la petite graine… un merveilleux professeur de français. De cette rencontre et de cette profonde amitié, qui durent depuis un demi-siècle, sont nés l’amour de la littérature et celui des mots. L’écriture est devenue pour moi un mode d’expression. Depuis, je n’ai jamais cessé de remplir carnets de notes, de pensées, de récits que j’ai conservés dans une malle au grenier et qui sont devenus ma matière, ma pâte. Comment est né votre premier livre et de quoi traite-t-il ? Je répétais souvent que j’allais écrire et, à un moment, je me suis dit : il faut cesser de le dire, il faut le faire ! Pour commencer, j’ai choisi ce qui me semblait le plus simple : parler de mes compagnons de prédilection, les chats, ces princes du bien-vivre, ces êtres de grâce et de sagesse. J’ai raconté, en les inscrivant dans le contexte de ma vie, les histoires, belles, surprenantes et finalement d’amour, que je vivais avec ces petits êtres d’exception, mes bonheurs félins. Le résultat a été « Des chats, une femme ». Vous souvenez-vous des réactions des lecteurs ? J’ai consigné tous ces commentaires dans un carnet à la couverture veloutée… « Outre l’histoire des chats, en filigrane se déroule ta vie. Ton écriture est féline. Elle ondule, sa lecture est presque une caresse. » « Myriam ton livre est émouvant et tendre, de toute beauté, merci. Tu es la tendresse même, l’avais-tu déjà avant de connaître les chats ? » … Et je ne peux passer sous silence le mot de mon professeur d’anglais de l’époque : « I started reading your book and once I started I could not leave it. The way you tell stories is really fascinating. It is not a book about cats. It is not a collection of stories about cats. It is a book of love. Even more : it is simply love. » Avez-vous besoin d’un rituel pour rédiger ou êtes-vous capable de mettre par écrit vos émotions n’importe où et à n’importe quel moment ? J’écris en effet avec mes émotions. Quand j’entre en écriture, j’ai besoin d’une totale disponibilité et j’y consacre une grande partie de mes congés. J’écris chez moi. Je m’installe devant la porte-fenêtre qui regarde le jardin, avec mon papier, mon stylo et mes dictionnaires. Dans un premier temps, j’écris tout à la main. J’aime l’acte d’écrire. Mais les mots me suivent, car j’ai des carnets et des crayons partout pour noter ce qui peut surgir. Comme je photographie chaque page de mon manuscrit, quand un mot me vient, n’importe où et à n’importe quel moment, je peux tout de suite repérer l’endroit où j’ai envie de le placer ou de remplacer celui du premier jet. Existe-t-il des thèmes récurrents dans vos œuvres ? Oui, sûrement ! Dans tous mes livres, on retrouve l’amour, des gens, des animaux, de la campagne où j’ai mon havre de paix depuis de longues années et celui de mon métier que j’ai la chance d’exercer dans


le milieu artistique. Bien sûr, aussi, l’amour de la vie. Je suis une grande amoureuse ! Il y a, toujours, l’exploration de l’âme humaine dans ses préoccupations tant existentielles que quotidiennes, qui me tient fort à cœur. Et l’empreinte de l’enfance qui détermine tant de choses dans notre vie. Vous êtes également fort présente dans le domaine du théâtre. En quoi consiste cette seconde facette de votre personnalité ? Mes études supérieures m’ont menée en première partie de carrière à occuper des fonctions d’Office manager dans plusieurs cabinets d’avocats de la capitale, puis en tant qu’assistante de direction dans une maison réputée. Mais il manquait à mon parcours professionnel une dimension humaine et artistique. Une bonne étoile m’a permis de rediriger ma carrière en mettant mon sens de l’organisation au service du théâtre, où j’ai vécu des expériences professionnelles palpitantes. Je suis passionnée par la rencontre des artistes et acteurs du monde culturel et cette belle aventure dure depuis plus de trente ans. Y a-t-il un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ? Oui, vraiment ! Avoir une petite maison en Toscane, pour y ancrer mes attaches méditerranéennes. L’Italie m’émeut comme aucun autre pays. Par mon père, c’est le sang qui coule dans mes veines. Ce sont mes vraies racines. Je suis née en Belgique mais, lorsque j’arrive là-bas, je me sens chez moi. Pour moi, ce qui s’est passé en Italie avec le Covid19 m’a énormément affectée. J’ai eu mal à mon Italie. C’est ma patrie de cœur et j’ai ressenti une tristesse immense pour les Italiens qui ont été touchés de plein fouet par cette affreuse crise. Entretenez-vous des contacts avec d’autres auteurs ? Si oui, de quelle manière et dans quel but ? J’entretiens de riches relations, qui se sont créées avec le temps et ma participation à de nombreux événements littéraires. Nous échangeons nos projets et nos expériences. Je fais relire mes manuscrits à certains ou j’effectue des relectures pour d’autres. On vient vers moi pour cet échange et j’apprécie cette confiance que l’on me fait. On se croise dans les foires du livre, comme par exemple au merveilleux Salon des auteurs du Brabant de Wallon, initié par la Province depuis sept ans. C’est un plaisir de voir et savoir comment chacun évolue dans son activité littéraire. Quel regard posez-vous sur le monde de l’édition en Belgique ? Il me semble qu’il n’y a pas ou plus de grandes maisons d’éditions belges. Et si certains éditeurs de chez nous sont très difficiles quant à l’observance de leur ligne éditoriale, dans laquelle ils estiment qu’on entre ou pas, d’autres ne me semblent pas assez sévères quant à la forme. J’ai parfois entre les mains des livres que je trouve mal écrits. Trop sélectifs ou pas assez ? Comment les lecteurs s’y retrouventils ? Et y a-t-il des éditeurs belges qui défendent vraiment leurs auteurs, qui se mouillent pour eux quand ils ne sont pas connus ? Je m’interroge. Même si les étiquettes sont réductrices, dans quelle catégorie rangeriez-vous vos ouvrages ? J’écris des récits de vie. Des récits de ma vie de femme. J’ai rencontré un jour un lecteur du sexe masculin, devenu depuis lors un ami, qui avait lu « Je n’ai pas donné la vie » et qui l’avait particulièrement apprécié. Non, l’étiquette n’est pas réductrice ! J’ai constaté aussi que de nombreux messieurs sont en fait de grands amoureux des chats, mais je suis bien consciente que j’ai davantage un lectorat féminin par le genre d’ouvrages que je publie. Les femmes s’y reconnaissent et sont extrêmement touchées par les sujets intimes que j’aborde. Ce qui ne sera pas le cas de mon dernier opus, qui s’adresse tant aux femmes qu’aux hommes.


Vous arrive-t-il d’être découragée et d’avoir envie de tout réécrire ou de tout envoyer à la corbeille ? Non, jamais ! Je ne suis pas quelqu’un qui se décourage. Mais je retravaille beaucoup ce que j’ai écrit dans un premier temps. Je soumets chacun de mes manuscrits à un comité de lecture, composé à parts égales de trois hommes et de trois femmes, dont mon indéfectible professeur de français d’une sévérité inouïe mais précieuse comme l’or. C’est une somme de travail considérable. L’énergie pour sortir un livre, pour l’écrire mais aussi pour tout ce qui suit au niveau de sa promotion et de sa diffusion me fait dire presque chaque fois que je n’écrirai plus…. Mais ça ne dure pas : les mots, c’est ma vie ! A quelles difficultés sont confrontés la plupart des auteurs belges ? Vaste question ! Le domaine de l’édition est un monde assez fermé et il n’est pas simple d’y entrer, si on n’a pas un sauf-conduit. Le premier contrat qu’on vous propose est souvent minimaliste au niveau des conditions, qu’on accepte bien souvent telles quelles, trop heureux d’être publié. Et il faut énormément d’énergie et de ténacité pour participer à toute la partie diffusion, promotion, presse même, si vous voulez que votre ouvrage sorte un peu du lot. Toutefois, il faut d’abord avoir la chance de tomber sur la personne qui va être séduite d’emblée par ce que vous avez écrit, il faut un coup de cœur. C’est presque une question de chance. J’ajouterai que je ne suis pas favorable à l’autoédition, il faut un ou des regards extérieurs pour juger de la qualité de ce qui est publié, sinon comment le public peut-il s’y retrouver ? Votre dernier titre paru chez Marcel Dricot s’intitule « Les fruits de la solitude ». De quoi traite-t-il ? Je m’y livre à une exploration de la solitude d’un point de vue humain et personnel. Je questionne l’empreinte de l’enfance, prégnante, dont les traumatismes laissent leur empreinte jusque dans nos cellules, et son contrepoids, la résilience qui consiste à se relever du pire et à rebondir; le rapport au couple : qu’est-ce qu’un couple, qu’attend-on d’une relation, quelle part y détient la solitude ; et le rapport à soi, à l’autre. Je crois très utile de démanteler le côté sombre de la solitude, qui l’apparie à l’abandon, au manque, à l’isolement, pour libérer l’incontestable potentiel d’une solitude vivifiante et jouissive, enrichissante, qu’on soit seul ou pas. Au départ des événements de ma vie, j’élargis mon propos à une réflexion plus universelle sur ce thème tellement sensible, tellement intéressant quand on creuse. Quelle différence y a-t-il entre solitude et isolement ? On confond souvent la solitude avec l’isolement, le manque. On souffre d’isolement lorsqu’il est subi et non choisi. Souffrir d’esseulement nuance de se sentir seul sans être isolé. On est malheureux d’être seul parce qu’on ne se sent pas compris, reconnu précisément dans sa singularité, si précieuse, peu ou mal aimé, non parce qu’on est seul. J’évoque aussi moult circonstances qui relèvent davantage de facteurs situationnels, économiques ou environnementaux, sociaux ou physiques : les handicapés, les prisonniers, fauteurs de délits ou militants pour la paix dans le monde, les personnes âgées, les réfugiés, les séparés, les divorcés, et tant de jeunes à notre époque ultra-connectée mais qui, en réalité, sont tellement seuls. Ces situations de vie confinent davantage à de l’isolement, mais il s’agit néanmoins de formes de solitude qui enferment, qui esseulent. Au fil des pages, vous révélez beaucoup d’événements intimes de votre vie. Etait-ce un choix nécessaire ? Ma source d’inspiration, ma matière, c’est ce que je vis. Si je veux que ce que j’écris touche, je dois écrire avec mes émotions et mes sentiments. Je dois me raconter. Quel meilleur moyen que d’évoquer de l’intérieur ce qui est compliqué, ce qui est difficile, comment l’appréhender, comment le résoudre ?


Ma pâte, c’est l’humain, dans ce qu’il a de plus intime, dans ce qui le fait souffrir ou vibrer, et quand on sait qu’on n’est pas seul à ressentir ce que l’on vit, là dans ses entrailles, cela apporte déjà une réponse, une piste. Comme je l’ai écrit dans « Je n’ai pas donné la vie » : « C’est le partage d’une expérience de vie, pour susciter la rencontre de soi avec soi-même, mettre à profit l’immense potentiel d’espace à soi dont on peut faire ce que l’on veut, du plomb ou de l’or ». En quoi, selon votre expérience, la solitude est-elle bénéfique à chacun ? « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre » a dit Blaise Pascal. Vivre une solitude féconde permet, si l’on est vigilant, de percevoir les signes que nous envoie la vie. Plus on est centré sur soi, plus on creuse en soi – ce que permet et offre la solitude –, plus on s’ouvre à ses ressources secrètes : on dispose d’une vastitude intérieure, d’un espace non limité, propice à l’imagination, à l’inspiration, à la création. Cet accès à tous les possibles de soi nous préserve d’attendre des autres qu’ils nous rendent heureux, ou de convoiter ce que les autres vivent… Nous sommes seuls à pouvoir agir pour nous. Toute notre vie, nous la passerons avec nous-même. Et si nous faisions de nous notre meilleur ami ? Toujours de votre point de vue, quels sont les clichés à combattre concernant la susdite solitude ? La solitude est essentielle à notre équilibre. On ne peut niveler cet état d’être et on n’a pas à en guérir. La solitude n’est pas un mal à contrer, une pathologie à enrayer, même si elle touche une multitude de gens. Souvent la fait-on passer pour une malédiction, alors qu’elle est notre condition. Qu’on l’accepte ou non, elle est notre lot, notre destin, et ce n’est pas triste. Je constate combien son évocation est généralement associée à une perception négative. Tant de clichés négatifs s’attachent à l’évocation de la solitude, qu’il convient de souligner qu’en l’appréciant, on n’est pas pour autant un être incomplet, peu chaleureux ou dépourvu de tendresse. Il est question de se suffire à soi-même, il n’est pas question de vivre en reclus ou recluse. La solitude n’est ni une fatalité ni une indigence, mais un état d’esprit qui ouvre au questionnement intérieur, un état de maturité. Pourquoi avoir rédigé cet ouvrage ? Ce voyage au cœur de la solitude est destiné à mettre en lumière sa nécessité, sa résilience et sa beauté. Puissé-je ainsi offrir des pistes à tout un chacun. Je me réjouis de voir mes semblables avancer vers euxmêmes. Retrouvez Myriam Buscema sur le site www.myriambuscema.com Propos recueillis par Daniel Bastié


EN ATTENDANT LE SALON D’ÉTÉ … Après une saison particulièrement chahutée par le Covid19 (un hôte indésiré et indésirable !), Espace Art Gallery a subi de plein fouet une des pires crises de sa déjà longue existence, laissant bien derrière elle la mise sous scellés des commerces durant les attentats de Bruxelles et de Zaventem. Une fermeture dont l’ampleur n’a rien eu de pareil avec ce qui s’est vécu pendant ces derniers mois, sans mode d’emploi quant à une éventuelle reprise des activités de plusieurs secteurs paralysés et un espoir laissé en berne. Si Jerry Delfosse a pu ouvrir mi-mai le volet de sa galerie sise à quelques pas de la place De Brouckère et du Béguinage, il a vu plusieurs contrats réduits à néant, suite au blocage des frontières et à la peur qui a eu pour corollaire de pousser la population à freiner ses déplacements. Résultat : l’exposition prévue en mars s’est prolongée durablement et les œuvres sont demeurées accrochées aux cimaises jusque fin juin ! Bien entendu, il ne faut pas être un grand financier pour clamer que les affaires ont été inexorablement gelées. Retrouver le tempo, voilà le challenge ! Puis, certaines priorités se sont évidemment imposées aux yeux des citoyens dès la reprise d’une partie de l’économie : reprendre une vie la plus habituelle possible, revoir les proches, se déplacer. Avec le soleil qui n’a pas quitté la Belgique (et qui a parfois fait oublier la pandémie autant que la distanciation sociale à maintenir !), beaucoup songeaient à préparer leurs vacances ou à rejoindre leur résidence secondaire. Chose qui n’a pas retenu certains amateurs d’art à venir sonner dès l’annonce du déconfinement à la porte de la galerie pour une visite en toute sécurité, avec port du masque dès l’entrée et invitation à se désinfecter les mains avec du gel hydroalcoolique. Le respect des autres passe avant tout par le respect de soi ! En ce qui concerne ce mois de juillet, Espace Art Gallery sera fermé, mais ne cessera pas ses approches en coulisses, puisque le patron profitera de ce beau mois estival pour reprendre ses contacts physiques avec les artistes qui se sont manifestés par mail ou par courrier papier durant la période de confinement. Une peinture ou une sculpture se découvre de visu, dans un atelier, un grenier ou un salon. Pour se rendre compte à la fois de sa taille, du rendu sous les spots et non pas en impression sur la toile d’un ordinateur, qui tronque forcément les couleurs. L’opportunité de recevoir également quelques plasticiens qui feront le déplacement pour visiter les lieux et réserver un ou plusieurs espaces, parler des modalités d’exposition, de l’organisation du vernissage et de la sélection d’une photographie pour illustrer le carton d’invitation et de l’affiche. Parfois, de rassembler des données biographiques afin de préparer un dossier de presse. Surtout de mettre en route le salon d’août, qui regroupera une sélection de créations issues de séries diverses (plasticiens proches ou admirés), panneaux laissés en dépôt ou collection particulière de l’enseigne. Un événement à découvrir très prochainement. Jours et heures d’ouverture sur le site www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 - 1000 Bruxelles Daniel Bastié


L’ARME À GAUCHE TOUTE POUR GUY BEDOS ! Toute en effet, car c’était un humoriste de gauche. Militant de la première heure qui avait pris pour cible l’extrême droite française, Le Pen en tête, père et fille, sur qui il s’acharnait comme à la foire dans les baraques de tir. Guy Bedos s’était aussi moqué de Chirac et de Sarkozy qui reconnaissaient en lui une langue affûtée et mordante. Une langue trempée dans le vitriol. Quant aux femmes, c’étaient pour lui de belles « salopes », de franches garces dont il a tenté de se rapprocher toute sa vie. Il nous a quittés le 28 mai dernier. Au plus près des femmes donc, tout contre elles, sensuellement, comme dans le sketch La drague (1973), qu’il mimait avec sa seconde épouse Sophie Daumier, en voix off. Ou au plus loin avec celles de droite. Les juges l’avaient en effet acquitté en 2013 dans le procès qui l’opposait à l’ancienne ministre Nadine Morano qu’il avait traitée de conne, conasse, salope : les « bons mots » de son registre habituel quand il avait une brette à tailler avec la droite française. On se souvient de son humour caustique, accrocheur, populaire, ravageur, genre café du commerce. Mais sous ses mots à l’emporte-pièce se cachait un travail forcené pour être à la page et mordre là où ça faisait mal. Il peaufinait chacun de ses sketches avec la revue de l’actualité qui mettait à mal les politiciens de tous bords. Il avait aussi des yeux enjôleurs, qu’il clignait pour nous faire rire aux éclats si on n’avait pas compris ses feintes. Rappelez-vous Marrakech où il campe, avec Sophie Daumier, un touriste français en quête d’exotisme, qui s’étonne qu’il y ait tant d’Arabes sur la place publique et dans les rues de la médina. Rien que des Arabes, pour sûr. Et dire que certains l’avaient pris au sérieux pour s’étonner, quant à eux, de sa xénophobie. Raciste, Bedos ? Guy Bedos était loin de détester les Arabes en fait. Il les adorait au contraire, et les Arabes le lui rendaient bien. Il était d’ailleurs né à Alger, le 15 juin 1934, dans une famille juive originaire d’Espagne. C’était un pied-noir et il avait grandi a contrario, en prenant le contre-pied de sa mère, pétainiste, et de son beau-père, raciste et antisémite. C’est ainsi qu’il est devenu un militant de gauche. De gauche, sans être socialiste. La gauche du bon cœur, côté Mélenchon. Toute sa vie, il s’est investi dans des campagnes contre le racisme pour faire triompher le droit de vivre. Le droit de mourir dignement aussi. Il a milité pour soutenir les demandeurs d’asile, pour lutter contre les inégalités sociales et pour être du côté de Mitterrand pendant 14 ans. Parce qu’il ne voyait pas comment faire autrement. Un combat quotidien qu’il menait au jour le jour. C’était ça, sa vie : épingler les bobos de droite. Même s’il appréciait la bonne chère et... la chair fine. Ses détracteurs l’ont d’ailleurs souvent traité d’être un partisan de la « gauche caviar ». Lui s’estimait de la « gauche couscous », en étant parfois en désaccord avec certains pieds-noirs. Il était ainsi plus proche d’Albert Camus que d’Enrico Macias, tous deux originaires d’Algérie. Guy Bedos avait fait son dernier show à l’Olympia en décembre 2013 dans « La der des ders », aux côtés de ses deux derniers enfants, Thomas et Victoria, qui lui donnaient la réplique et qui sont les héritiers de son immense talent. Thomas, acteur, scénariste et réalisateur, a dit de lui sur les réseaux sociaux : « Tu étais beau, tu étais drôle, tu étais libre et courageux. Comme je suis fier de t’avoir eu pour père. Embrasse les deux autres, Desproges et Dabadie, puisque vous êtes tous au paradis maintenant. » Thomas faisait allusion au film d’Yves Robert, Nous irons tous au paradis (1977), la suite d’Un éléphant, ça trompe énormément. Chronique très agitée des démêlés de certains hommes avec certaines femmes qui ne sont pas nécessairement les leurs, disait le scénariste Jean-Loup Dabadie, parti quelques jours avant Guy, lui aussi. Côté cinéma, Guy Bedos avait joué dans 35 films, outre sa carrière d’humoriste sur scène. Avec une parfaite dégaine de je-m’en-foutiste. On te regrette déjà, Guy, maintenant que tu n’es plus. Où est donc passé ton rire gouailleur ? Michel Lequeux


JACQUELINE KIRSCH : L’ART FACE AU COVID-19 Jacqueline Kirsch (Genval) est une artiste au trait directement identifiable. Le critique François Sperenza a parlé de son travail avec ces mots : « D’abord, son langage se dessine dans une forme d’intemporalité exprimée par les sujets représentés, baignant dans différents stades physiques et psychologiques de la vie mais enrobés d’une couche d’enfance figée dans l’instant, comme un bonbon est enrobé d’une strate de caramel luisant. Ensuite, intervient l’amorce du regard qui fixe (sans doute devraiton dire « fige ») le visiteur dans un contact carrément magique, en ce sens qu’il « immobilise » l’attention portée à l’œuvre dans un rapport épiphanique. Les yeux écarquillés, presque démesurés, divisant le visage latéralement, expriment la vérité d’une fenêtre ouverte sur le Monde dans une extase innocente. Troisièmement, le jeu des mains structurant le mouvement dans une symétrie parfaite. Ces mains sont conçues d’une façon qui tranche, en quelque sorte, avec le sujet représenté, à savoir une vision de l’enfance et de l’adolescence. En effet, leur apparence noduleuse, affilée (voire squelettique à certains moments) se pose en contraste avec cet univers d’innocence et de pureté. » Contrairement à certains artistes qui se sont engoncés dans le statisme, voire le renoncement durant les presque trois mois de confinement, Jacqueline Kirsch a mis son temps libre à profit pour créer, imaginer et peindre, sans jamais se départir de cette touche unique qui caractérise son style, nourri par un dessin élégant, des couleurs tendres et une figure d’enfant qui fait office de signature. Surprise, ébahissement et porte ouverte sur l’univers des tous petits, chaque toile procède d’un mystère qu’il serait vain de percer. Le regard engagé, avec des yeux aux paupières bien ouvertes, chaque personnage scrute le spectateur pour lui adresser un message ou un rappel. Toutes les émotions passent par le miroir déformant de notre condition humaine, avec ses élans de bonheur, ses strates de chagrin, ses peurs et sa générosité. Face aux chiffres qui s’additionnaient de manière implacable dans le contexte de chaque journal télévisé, rappelant le nombre de personnes admises aux urgences, aux soins intensifs ou décédées, le chapelet des mauvaises nouvelles égrenait une mélodie lugubre, avec des accents de requiem. Pour conjurer le mauvais sort ou plus simplement annoncer des jours qui chantent, l’artiste a accouché d’une trilogie, bien dans la veine de sa production habituelle, mais nimbée du sceau du Covid-19. A chacun d’apprécier … ou non ! Daniel Bastié


LE MUSÉE ART & HISTOIRE OUVRE À NOUVEAU SES PORTES ! À partir du mardi 30 juin 2020, le Musée Art & Histoire (dans le parc du Cinquantenaire à Bruxelles) accueillera à nouveau ses visiteurs. Un parcours à travers le bâtiment et les collections a été conçu ces dernières semaines pour permettre au public de voir un maximum d’œuvres en tenant compte des directives pour une visite sécurisée. Ce parcours a été testé et approuvé par des instances de contrôle et de sécurité interne et externe. Mesures spéciales Suite aux mesures prises en rapport avec le Coronavirus, cette visite sera différente des autres. Le personnel a élaboré un parcours fixe qui guidera le visiteur à travers presque tout le musée. En respectant les règles de distanciation sociale, seul un groupe restreint de visiteurs pourra entrer petit à petit (maximum six personnes d’une même famille toutes les cinq minutes pour une promenade de deux heures). La vente des tickets se fera uniquement en ligne, avec des tranches horaires à respecter. Les visiteurs devront, à l’entrée, désinfecter leurs mains et recevront une brochure reprenant les directives de sécurité et le plan du parcours à suivre. Les préparatifs pour offrir une visite optimale, de qualité et en toute sécurité, réclament du temps et du travail. C’est pourquoi le Musée Art & Histoire a choisi de ne pas ouvrir ses portes hâtivement durant la semaine du 18 mai 2020, comme d’autres institutions. Ce qui donne également aux visiteurs une belle offre globale des musées fédéraux pendant tout l’été. Un tour du monde à Bruxelles Le fil rouge à travers cette visite adaptée est la découverte complète de collections étendues et d’une magnifique architecture. Des vacances dans son propre pays sont ici à prendre au pied de la lettre : de l’archéologie belge depuis la préhistoire, des époques galloromaines et mérovingiennes, en passant par les tapisseries et les retables jusqu’à l’Art Nouveau et l’Art Déco. L’étranger nous séduit également dans notre propre pays avec les splendeurs des cultures d’Amérique du Nord, d’Asie et du monde islamique qui sont à (re)découvrir. Les bains de soleil en Grèce, en Italie ou en Égypte feront peur à certains pendant ces temps de corona, mais s’immerger dans l‘art et l’histoire romaine, égyptienne et grecque demeure possible sans quitter le cœur de Bruxelles. Vous retrouverez toutes les informations idoines sur le site du Musée : www.artandhistory.museum, ainsi que les modalités pour l’acquisition d’un ticket. Sam Mas

VISITE OFFICIELLE À WITTOCKIANA A l'occasion de la réouverture de la bibliothèque Wittockiana, madame la ministre de la culture Bénédicte Linard et monsieur l'échevin Raphaël van Breugel (Woluwe-Saint-Pierre) ont fait le plaisir de leur présence dans les locaux du susdit lieu culturel. Question de prouver à quel point la culture leur tient à cœur et pour soutenir un milieu particulièrement éprouvé par la crise du Corona. Ensemble, ils ont visité l'institution en compagnie de l'équipe permanente, en maintenant la distance de sécurité conseillée, et ont ainsi pu découvrir l'exposition actuelle « Kikie Crêvecoeur, entre les pages », ainsi que divers ouvrages précieux des fonds permanents.


ADIEU AUSSI À CHRISTO, L’EMBALLEUR ! Triste chronique des morts qui se suivent. Après Idir, Michel Piccoli, Jean-Loup Dabadie et Guy Bedos, c’est au tour de l’artiste Christo, l’emballeur des monuments, de nous dire adieu. Il est décédé à New York à l’âge de 84 ans, juste avant d’empaqueter l’arc de Triomphe à Paris. Une performance qu’il avait dû différer suite au confinement du Covid-19. Et qui sans doute sera reportée à son tour à l’automne 2021, suite au décès de l’artiste. Christo Vladimiroff Javacheff partageait son nom avec son épouse Jeanne-Claude Denat de Guillebon, née comme lui le 13 juin 1935, chacun dans sa ville : lui à Gabrovo en Bulgarie, elle à Casablanca au Maroc. Ce couple d’artistes contemporains s’était rencontré à Paris en 1958, alors que Christo fuyait le régime communiste de Sofia qui l’avait mis au rancart, sur une voie de garage. C’était lui l’artiste et elle, l’organisatrice de leurs performances sur des édifices, des monuments, des paysages entiers. Car leur art consistait d’abord à les cacher sous des emballages. Ils aiguisaient ainsi la curiosité des passants. Cacher pour mieux révéler Il fallait cependant du temps pour le faire. Les deux artistes, coauteurs de leurs projets, mirent 25 ans de préparatifs avant de pouvoir « emballer » le Reichtag de Berlin (1995), à la consternation profonde d’Helmut Kohl qui y voyait un scandale de l’histoire, sinon de l’art. Et 10 ans encore pour recouvrir le Pont-Neuf, qui attirera trois millions de visiteurs pour entrevoir le plus vieux pont de Paris sous la bâche. Autre performance : the Floating Piers sur le lac d’Isero en Lombardie, où plus d’un million de personnes avaient marché sur les flots comme le Christ sur l’eau. C’était signé Christo, dont la femme était décédée quelques années plus tôt. Jeanne-Claude meurt en effet d’une rupture d’anévrisme en 2009, alors qu’elle s’apprêtait à couvrir d’une toile de 10 km la rivière Arkansas dans le Colorado. Christo l’a rejointe le 31 mai dernier, à l’âge de 84 ans, alors qu’il songeait, lui, à empaqueter l’arc de Triomphe de Paris. Leur projet était chaque fois éphémère, ne durant que quelques semaines, pour révéler ce qu’ils cachaient à tous sous les draps. Comme les prestidigitateurs d’un art populaire mettant les œuvres en évidence sous la toile qui les occultait. Pour Christo en effet, « l’urgence d’être vu est d’autant plus grande que demain tout aura disparu des yeux ». Leur travail parlait donc de la liberté artistique. Naturalisés américains, lui et sa femme vivaient à New York, au cinquième étage d’un immeuble sans ascenseur, dans le quartier de Soho, à la lisière de Chinatown. Ils occupaient un modeste appartement, tout à l’opposé des sommes fabuleuses que coûtait chacune de leurs réalisations, financées par la vente des études préparatoires. C’était l’atelier du maître. Plus personne aujourd’hui pour déballer leur art. Michel Lequeux


INTERVENTION DE MICHEL KACENELENBOGEN Suite à de nombreuses demandes, nous vous proposons la vidéo de l'audition de Michel Kacenelenbogen qui, à l'invitation de la commission des Affaires sociales, de l’Emploi et des Pensions de La Chambre des représentants de Belgique, a eu l'occasion avec un panel d'experts du secteur culturel, artistique et événementiel de partager la réalité des travailleurs et travailleuses du monde culturel. Il a également suggéré quelques pistes pour sauver l'emploi qui est mis en danger avec la crise économique que nous fait traverser l'arrêt de nos activités et la reprise envisagée avec les mesures sanitaires adéquates. Vous pouvez découvrir la vidéo de cette audition du 29 mai ici : https://youtu.be/Kx-vun1qfrY Ces pistes sont matières à réflexion et ne sont qu'un palliatif si un refinancement de la culture que nous appelons de nos vœux se fait encore attendre. Bien cordialement, L’équipe du Théâtre Le Public Michel Kacenelenbogen est un comédien et metteur en scène belge né le 9 mai 1960. Il est également codirecteur du Théâtre Le Public, qu’il a fondé avec son épouse Patricia Ide en novembre 1994 (Source : Wikipedia)

LES VISITEURS RETROUVENT L’ATOMIUM ! Monument emblématique de la capitale (notre Tour Eiffel !), l’Atomium a ouvert ses portes le lundi de Pentecôte, après plus de deux mois de fermeture imposée par le Conseil national de Sécurité, en réaction à l’expansion du Covid-19 venu s’installer pour chambouler nos habitudes et notre économie. Comme tous le secteurs culturels et l’horeca, l’asbl Atomium a énormément souffert du confinement, estimant ses pertes financières à 30.000 euros de recette journalière. On l’ignore bien souvent, mais l’essentiel de ses rentrées émane de la vente des tickets, qui représentent 93% des apports. Dès le premier jour (soit le 1er juin), plusieurs citoyens sont venus soutenir l’association en s’offrant une visite, question d’encourager les gestionnaires dans leurs efforts. Néanmoins, ces derniers savent que tant que les frontières ne s’ouvriront pas, les chiffres risquent de stagner, affirmant que deux tiers des clients vient de l’étranger : curieux, touristes d’un jour ou villégiateurs amoureux de la Belgique. Pour relancer son activité et en espérant des jours meilleurs, l’asbl compte sur la collaboration des citoyens, qui peuvent acheter une entrée solidaire. Assurément, comme il convient de rassurer tout le monde en cette période particulièrement cruciale, des mesures drastiques ont été mises en œuvre afin d’accueillir le public de manière idoine : gel hydroalcoolique, port du masque obligatoire, circuit balisé et à sens unique pour veiller à éviter les croissements, caméra thermique pour prendre la température à l’entrée, caméra de comptage pour fluidifier l’accès, réservation en ligne, etc. La conclusion revient à Rudy Vervoort, ministre-président régional : « Il est peut-être hâtif d’affirmer que l'Atomium affiche un déficit. En réalité, elle a puisé dans ses réserves durant cette période d'inactivité forcée. Une situation qui ne peut évidemment pas perdurer ! » Daniel Bastié


LE PETIT NAVIRE EST PARTI DANS L’(E)AU-DELÀ Marion Hänsel, de son vrai nom Marion Ackermann, est décédée le 8 juin à l’âge de 71 ans. Réalisatrice belge, productrice, comédienne et scénariste, elle nous laisse une quinzaine de films, souvent des road-movies, dont certains resteront gravés dans la mémoire des cinéphiles. Tous, ils cherchent l’équilibre à retrouver après une crise. Son premier court-métrage tourné à Paris en 1977 donnait déjà le ton des réalisations à venir. Equilibre faisait traverser sa jeune héroïne sur le fil de la vie, suspendue dans le vide à la recherche de l’équilibre à atteindre. Tous les films de la réalisatrice tiendront à ce fil qu’elle enjambait, elle-même funambule d’ailleurs : entre la vie et la mort (dans Le lit, 1982), entre la haine et l’amour d’un père (Dust, 1985), entre l’innocence et la blessure (Les Noces barbares, 1987), entre la vérité et le mensonge (Il Maestro, 1990), entre l’amour et la rupture d’un couple (La Tendresse, 2013). Les films de Marion Hänsel nous parlent de ce moment intense, crucial, où tout bascule dans la vie. Ce sont des road-movies où la réalisatrice nous fait sentir au plus profond l’instabilité des êtres, leur recherche d’un nouvel équilibre à trouver après la crise. Cela rendait ses films si poignants, si proches de ce que chacun de nous peut ressentir à la suite d’un drame. Et elle le faisait avec une sensibilité à fleur de peau. Sa sensibilité de femme. Marion avait commencé sa carrière en 1982 en réalisant son premier long-métrage Le lit, tiré du roman de Dominique Rolin. Elle avait choisi d’adapter l’œuvre en écrivant elle-même le scénario. Ce sera son parti pris pour ses autres films, souvent tirés des romans qu’elle voulait porter à l’écran, en choisissant les scènes. C’était une cinéaste de la littérature. Elle mettait les images à la place des mots. « Car le romancier joue sur les mots, alors que je joue sur les images », aimait-elle dire pour parler de sa démarche. Et son premier film fut immédiatement récompensé par la critique, qui lui décerna le prix André-Cavens pour la meilleure production d’une cinéaste belge. Trois ans plus tard, ce sera Dust, « poussière ». Adapté du roman de J.M. Coetzee, Au cœur de ce pays (1977), ce film offrait, sous le soleil de l’Afrique du Sud, un rôle inoubliable à Jane Birkin aux côtés de Trevor Howard, dans une confrontation entre un père taciturne et sa fille en souffrance sous le régime de l’apartheid. A la Mostra de Venise, il fut couronné du Lion d’argent, ce qu’aucun réalisateur belge n’avait obtenu jusque-là. Marion fut élue femme de l’année en 1987, alors qu’elle réalisait Noces barbares, tiré du roman de Yann Queffelec qui racontait le viol d’une adolescente de 13 ans et le rejet de l’enfant de la honte mis au monde. C’est dans l’avion qui l’emmenait en Afrique du Sud que la réalisatrice avait imaginé de transposer au cinéma cette histoire d’un viol consacrée par le Prix Goncourt en 1985. Lisant un article dans le journal qui lui était proposé au cours du vol, elle s’était juré de le faire. Elle le fit deux ans plus tard. Belge du bout du monde Née à Marseille en février 1949, Marion Hänsel a grandi à Anvers avant de visiter, très jeune, le vaste monde, souvent la caméra au poing. A Londres, elle tente la peinture, abandonnant très tôt l’école qu’elle avait en horreur. A Paris, elle s’essaie au cirque et devient funambule. A New York, elle échoue dans la carrière cinématographique qu’elle visait, alors qu’elle fréquentait les cours de l’Actors Studio. C’est à Bruxelles qu’elle fait ses premiers pas sur les planches en tant que comédienne, sous la direction de Roger Domani, le directeur du Théâtre de Poche. Ce sera sa passerelle vers le cinéma, une activité annexe du théâtre, qu’elle finira par rejoindre pour y faire sa place. Très vite, elle adapte des romans, un matériau meuble et déjà structuré, où elle se sent plus à l’aise qu’avec des scénarios à écrire tout d’une pièce.


Sa filmographie est riche d’une quinzaine de films, poignants et intimistes, tournés avec des couleurs picturales, souvent dans une veine filiale (sa fratrie comptait cinq filles, dont elle était la troisième, et un garçon). Elle aura elle-même un fils pour lequel elle a réalisé Nuages : lettres à mon fils, dont les personnages sont ces nuages qu’elle a filmés dans le monde entier, en allant à leur poursuite. Ils racontent sa quête de liberté, de poésie et d’infini. L’eau, la mer, les éléments naturels étaient en effet ses ports d’attache. En 2016, elle signait En amont du fleuve, un autre road-movie qui dépeint l’aventure de deux demifrères partis à la recherche de leur père qui a disparu dans un monastère de Croatie. Ils en reviendront plus frères que jamais. Avec Olivier Gourmet, son acteur fétiche. Son dernier film, Il était un petit navire, sorti en 2019, évoquait les espoirs de la réalisatrice hospitalisée pour une cure de chimiothérapie : images d’archives et d’aujourd’hui qu’elle mêlait sous la forme de petites anecdotes autobiographiques. Elle en est malheureusement décédée un an plus tard, avec ce beau sourire qui était le sien et cet amour maternel qu’elle vouait à son fils unique. Bon voyage, petit navire, sur les flots de l’au-delà. Michel Lequeux

MEL BONIS, LA MUSIQUE PAR-DESSUS TOUT … Cet émouvant seul-en-scène, écrit par le philosophe et dramaturge Frank Pierobon dans une langue riche et puissante et interprété par la comédienne et musicienne Sophie de Tillesse, est basé sur l’histoire véridique de la vie de la compositrice Mel Bonis (1858-1937), qui dès son plus jeune âge joue sur le piano familial. Promise au métier de couturière, elle échappe, momentanément, à cette destinée grâce à Jacques Maury, un ami des parents et professeur au Conservatoire de Paris. Il la présente à César Franck qui s’enthousiasme pour son talent précoce et la fait admettre fin 1876 au Conservatoire comme élève de la classe d’harmonie et accompagnement au piano pour les femmes (ancêtre des classes d'accompagnement au piano). Ensuite, elle étudie dans la nouvelle classe piano d'Auguste Bazille, où elle est le condisciple de Claude Debussy. La suite est connue : elle se met à composer et impose des partitions d’une belle fraîcheur, toujours idoines et jamais vaines. Ce spectacle permet de faire la connaissance d’une personnalité déterminée, lucide et réfléchie, qui s’interroge sur le sens de son existence et le sort réservé aux femmes alors qu’elle ne peut pas donner pleinement la mesure de son art, la seule chose qui la fasse se sentir encore vivante par-delà le masque de poupée que l’époque lui aura imposé. Bien entendu, ce seul en scène sera émaillé d'enregistrements d'œuvres de Mel Bonis, qu'on redécouvre aujourd'hui avec ravissement. Une performance à applaudir le mercredi 8, le jeudi 9 et le vendredi 10 juillet 2020 à 20 heures 30 à la Clarencière. Plus de détails sur le site www.laclarenciere.be Rue du Belvédère 20, à 1050 Bruxelles


LE THÉÂTRE EST FORT... AVEC VOUS ! Je ne l’imaginais pas comme ça, avant de quitter la direction du Rideau de Bruxelles. Il aurait dû être question - sans verser dans la nostalgie larmoyante - d’une aventure artistique et humaine incomparable qui aura duré treize ans. Aventure débutée par une crise - la saga du divorce avec le Palais des BeauxArts -, mais dont j’étais loin de soupçonner qu’elle se terminerait par une crise autrement plus grave… À vrai dire, je n’avais pas signé pour ce scénario-là. Ça devait commencer par une crise, OK, mais ça devait se terminer en happy end, à l’issue d’une flamboyante odyssée. Un Rideau made in Hollywood en quelque sorte. Le héros surmonte une série d’épreuves plus effrayantes les unes que les autres, rencontre des personnages hauts en couleurs avec lesquels il vit des épisodes trépidants. Il y a de la passion, quelquefois de la trahison, des bagarres spectaculaires, mais au bout du tunnel, au moment précis où on craint que le héros ne s’en relève pas, tout est bien qui finit bien, avec des rires, des larmes de joie, des chants, de la danse, … J’aurais remercié, dans un générique de fin kilométrique, tout un tas de gens : l’équipe (y compris celles et ceux qui sont partis), le conseil d’administration, les artistes, les techniciens, les partenaires, les pouvoirs publics et, bien entendu, le public fidèle. J’aurais aussi conclu en évoquant, non sans fierté, la place unique qu’occupe le Rideau de Bruxelles dans le soutien aux nouvelles écritures, la situation budgétaire parfaitement saine et enfin le magnifique théâtre rénové (merci les architectes, les entrepreneurs, les artisans, …), que je m’apprête à céder à la prochaine direction. Bien entendu, j’aurais veillé à ne pas paraître trop solennel ni prétentieux, j’aurais accepté (en râlant gentiment) les propositions de modifications et de coupures suggérées par mes collaboratrices, et j’aurais tourné tout ça avec un poil d’auto-dérision, histoire de démentir ma réputation de metteur en scène intello. Seulement voilà. Cet édito-là, vous ne le lirez pas ! Je quitte le Rideau de Bruxelles. Mais au regard de ce que l’humanité traverse aujourd’hui, c’est anecdotique. Alors, malgré mon amour du verbe et de la littérature, je remise pour un instant les figures de style au vestiaire. Et j’en viens à l’essentiel. La saison 20/21, je n’ai aucune idée si nous pourrons ou non vous la présenter, du moins telle qu’elle vous est dévoilée aujourd’hui… Pourtant, j’ai l’audace de vous inviter à y croire avec nous. Et je vous propose une sorte d’alliance. Parce que, plus que jamais, le théâtre est fort… avec vous. Donc, si le Rideau de Bruxelles est une maison que vous jugez important de soutenir, si vous êtes sensible au devenir des travailleuses et travailleurs les plus fragilisés de notre secteur, ces intermittents (artistes et techniciens) qui sont au cœur du travail de création et sans l’engagement desquels les théâtres n’auraient aucune raison d’être, et si vous en avez les moyens, nous vous proposons de nous soutenir, soit à travers un don soit en vous abonnant ou en achetant un pass trois, six ou neuf places. De son côté, le Rideau de Bruxelles s’engage à vous accueillir uniquement dans des conditions sanitaires garantissant votre sécurité (sans renoncer pour autant à son amour de la convivialité), à vous tenir informés de la nature précise de ces conditions sanitaires, à vous avertir des changements qui interviendraient dans la programmation et à vous offrir un maximum de souplesse en termes de modifications de dates de réservation et de remboursement en cas de report ou d’annulation. J’ai toujours eu horreur des adieux déchirants. Les gares, les aéroports, les embrassades et les larmes … Je peux vous l’avouer : derrière mes airs raisonnables, je suis un incurable sentimental. Alors, faisonsça vite et sans cérémonie, voulez-vous ? Je vous propose un tour de magie. Vous fermez les yeux et vous comptez jusqu’à trois. Quand vous les rouvrirez, je ne serai plus là. Un, deux, trois… Michael Delaunoy


LA PANDÉMIE INSPIRE À LA MONNAIE UN REQUIEM POP FLAMBANT NEUF ! Être créatif durant une période où il y a peu de perspectives et encore moins de certitudes, voilà un vrai défi ! Mais celui-ci n’est ni insurmontable ni redoutable si la volonté reste intacte. La création est en effet le cœur même de l’activité de l’Opéra royal de La Monnaie en tant qu’opérateur culturel. Là, chacun considère comme essentiel de poursuivre sa mission en faisant de l’art, même au beau milieu de la plus grave pandémie de ces dernières décennies. Si l’équipe a pu faire plaisir à plus de 150.000 spectateurs grâce à trois festivals en streaming proposant non moins de vingt productions différentes, il sera temps, dès l’automne, de revenir à la création proprement dite. Il ne s’agit pas d’une adaptation ni d’une production de remplacement avec une distribution restreinte, mais bien d’une commande originale qui s’inspirera directement de thèmes actuels comme la solitude, la mort et les adieux. Lorsqu’il faut vivre le deuil sans étreinte et lorsqu’on ne peut se consoler l’un l’autre que de manière virtuelle, la douleur n’en est que plus vive. On le voit : l’isolement laisse des séquelles ! C’est en particulier le cas chez les jeunes, qui sont en quelque sorte les plus durement touchés par cette crise. Ils ont beau ne pas faire partie du groupe à risque, ce sont eux qui voient leur avenir hypothéqué –qui sait dans quelle mesure ?– et qui subiront le plus longtemps l’impact de cette épidémie. Mais toutes les générations mènent actuellement une lutte presqu’irréelle avec la peur de la maladie et avec un besoin de recommencer quelque chose sans savoir précisément quoi. Dans un tel contexte, la Monnaie est fière de mettre au point, en quelques mois à peine, la création de Is this the end ?. Scénario, livret et partition sont actuellement en cours d’élaboration. Si personne aujourd’hui ne peut détailler la forme qu’aura cette œuvre ni la manière dont elle sera présentée, car tout est encore en chantier. Il est cependant déjà clair qu’il s’agira de la première partie d’une trilogie qui se déploiera sur plusieurs saisons. En raison de la distanciation sociale, la Monnaie exploitera comme jamais auparavant ses possibilités de distanciation sanitaire. Non seulement la salle et la scène feront office de podium, mais aussi les couloirs, l’ascenseur, le toit et même le tunnel reliant le plateau aux ateliers. Avec trois solistes, dix-huit choristes et seize musiciens, il s’agira un projet d’opéra à part entière qui en dira long sur la période inédite que nous traversons. Au lieu de rester paralysés, l’idée consiste à saisir l’incertitude à bras le corps et proposée une avancée dans le domaine du beau.

UN MOT DU THÉÂTRE DES MARTYRS C’est encore et toujours l’entracte. On n’entend toujours pas la sonnerie, et d’ici la fin de la saison, nous savons qu’elle restera muette. Mais il nous paraît que le silence dans lequel nous avons choisi de nous confiner par souci de ne point encombrer, nous ne pouvons plus le faire nôtre, et que le temps est venu de vous proposer de prendre rendez-vous, même si nous ne savons pas encore comment nous pourrons vous accueillir. Prenons rendez-vous ! Prenez soin de vous ! L’équipe des Martyrs Tél : 32 2 223 32 08 Place des Martyrs, 22 - 1000 Bruxelles www.theatre-martyrs.be


DU CÔTÉ DU MUSÉE D’ART FANTASTIQUE … Comme beaucoup d'institutions muséales et culturelles, nous subissons de plein fouet la crise actuelle, nous obligeant à être fermé depuis le 18 mars. Si certains musées pourront ont ouvert le 18 mai, nous avons pris la décision de reporter la reprise de nos activités dans un premier temps à la mi-juillet. En effet, afin de pouvoir répondre aux consignes du conseil national de sécurité (mise en œuvre d'un système de billetterie en ligne, de protection des visiteurs et du personnel) et ainsi pouvoir vous accueillir dans les meilleures conditions, plusieurs aménagements seront nécessaires et nous travaillons activement à leur mise en place. De fait, un réaménagement global de nos activités est en cours d'élaboration, afin de proposer aux passionnés du fantastique de nouvelles propositions culturelles. Nous tenons ici à remercier l'ensemble de nos partenaires, amis, artistes et bénévoles pour leur soutien sans lequel, depuis plus de quinze ans, le Musée et le Centre d'Art Fantastique sont devenus un des emblèmes du fantastique bruxellois. Fort de cette expérience et d'une fréquentation record en 2019, nous espérons vous accueillir au plus vite, mais restons inquiets quant à l'avenir de notre institution. Veuillez croire que nous mettons toute notre passion afin de relever le défi né dans le cadre de cette situation inhabituelle. A cet égard, nous vous ferons bientôt part de la nouvelle ligne directrice du musée. Nous tenons également à vous informer que l'exposition Trolls & Bestioles se tiendra du 15 juillet au 31 août et que le marché d'artistes, initialement prévu le 1er mai, et destiné aux participants sélectionnés pour cette édition 2020, se déroulera quant à lui le 15 août. L'exposition et le marché seront accessibles selon les consignes du conseil national de sécurité qui seront en vigueur à cette période. En attendant de pouvoir vous accueillir de nouveau, nous vous souhaitons le meilleur et réaffirmons qu'il n'y aura pas de futur sans culture. Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez, Fantastiquement vôtre ! Michel Dircken et l'équipe du MAF

CHANGEMENT DE DATES POUR LE BSFF ET LE BRIFF ! Le Brussels Short Film Festival (BSFF) et le Brussels International Film Festival (BRIFF) ont été décalés suite à la crise du covid-19. La volonté la plus chère des organisateurs a toujours été de proposer aux festivaliers une expérience unique, mêlant découverte, plaisir cinématographique et rencontres humaines. Pleinement conscients que plusieurs de ces facteurs devront été fortement aménagés et que des mesures sanitaires strictes devront être appliquées, l’équipe reste mue par une force inoxydable et une passion inaltérable : celles de proposer un moment culturel basé sur l’échange et la convivialité. Afin de conserver l’esprit qui anime cette manifestation et ne pas encombrer davantage un calendrier qui s’annonce d’ores et déjà chargé à partir de la mi-septembre, elle a décidé de placer ces deux événements à des dates communes. Si le BSFF aura normalement lieu du 2 au 12 septembre et le BRIFF du 3 au 13 septembre 2020, chacun d’eux gardera son identité, sa programmation propre et ses soirées d’ouverture et de clôture.


LE PALAIS DE CHARLES QUINT AU COUDENBERG Cette année, Coronavirus oblige, l’Ommegang n’aura pas lieu, comme l’a annoncé son président Paul Legrand. Les 1 400 figurants ne défileront pas depuis l’église du Sablon jusqu’à la Grand-Place pour retracer le parcours de l’hommage rendu à Charles Quint en 1549. En cause, le virus malin et la difficulté de maintenir une distance appropriée entre les figurants et le public nombreux qui, chaque année, se presse le long du cortège. Prochaine édition donc du 30 juin au 3 juillet 2021. Que faire en attendant, sinon visiter le palais de Charles Quint qui, lui, vous attend place Royale. Enfin, sous la place... Ce jour-là, le 2 juin 1549, notre empereur présentait aux magistrats et aux corporations de la ville son fils et successeur, le futur roi Philippe II, ainsi que ses deux sœurs, Marie de Hongrie et Eléonore de France, la veuve de François Ier. Il saluait toute la cité depuis le balcon de l’hôtel de Ville. Bruxelles se montrait alors sous son plus beau jour en organisant un Ommegang, un tour de la ville plus resplendissant que jamais, avec un cortège parti de Notre-Dame du Sablon et mené, tambour battant, par le Grand Serment des Arbalétriers réunis devant l’église. Depuis 1930, les Bruxellois assistent à cette reconstitution historique dans une ambiance Renaissance du XVIe siècle. Mais sait-on d’où venait Charles Quint, tandis qu’il se rendait à l’hôtel de Ville où il allait recevoir l’hommage citadin ? Il ne venait pas de loin dans le carrosse qui l’amenait. L’empereur arrivait de sa résidence située place Royale, qu’on appelait alors le Coudenberg, le « mont froid ». Il venait souvent s’y reposer pour se livrer à son sport favori : la chasse, qu’il pratiquait en forêt de Soignes. Sinon, il vivait à Valladolid en Espagne, avec sa cour. Pénétrons donc dans les souterrains de la place Royale, à plus ou moins dix mètres de profondeur, pour découvrir les vestiges d’un palais séculaire fondé au 12e siècle. On y pénètre depuis le musée de Bellevue situé à côté du Palais Royal, en face du parc de Bruxelles. Mais avant d’y descendre, posons-nous la question : qui était donc le dernier des Bourguignons ? L’empereur Charles Quint Habsbourg par son père Philippe le Beau, espagnol par sa mère Jeanne la Folle, bourguignon par sa grand-mère Marie de Bourgogne, Charles V, dit Charles Quint, devint à son avènement en 1515 le maître d’un gigantesque empire réparti entre l’Europe et le Nouveau Monde. Il était le souverain le plus puissant de la terre, devant ses concurrents François Ier et Henri VIII. Il était maître de la péninsule Ibérique et des possessions espagnoles d’outre-mer, de Sardaigne, de Sicile, de Naples, des Pays-Bas, de la Flandre, de la Franche-Comté, de l’Autriche et des possessions allemandes des Habsbourg. Il était ainsi le souverain incontesté d’un empire colossal « où le soleil ne se couchait jamais », d’est en ouest. Né à Gand en 1500, Charles Quint fut intronisé à Bruxelles en 1515, dans l’Aula Magna de la cour de Philippe le Bon. On y recevait les ambassadeurs et les chevaliers de la Toison d’Or. Et c’est là encore qu’il abdiqua en 1555 en faveur de son fils Philippe II, roi d’Espagne au service de la foi catholique poussée à son comble. Il fut, dit Erasme, son plus


mauvais élève dans l’éducation des princes, à cause de l’intransigeance d’esprit dont il pouvait faire preuve contre vents et marées. Ses bons côtés pourtant : il défendit l’Europe contre les Ottomans et sut préserver l’héritage des Bourguignons qui lui avaient cédé la Bourgogne, la Flandre et les Pays-Bas. Mais il ne put contenir la Réforme religieuse qui se préparait en Europe. On était à la veille d’un bouleversement sur l’échiquier politique et religieux de notre région. C’est sous le règne de son fils Philippe II que les Dix-Sept Provinces Unies se séparèrent en deux parties en 1579 : l’une réunie par le Prince d’Orange, protestant, qui allait fonder les Sept Provinces du nord des Pays-Bas ; l’autre, restée catholique sous la coupe espagnole, c’est-à-dire la Belgique d’aujourd’hui où, selon Charles De Coster, le célèbre Tyl Ulenspiegel devait mener la révolte contre les abus de Philippe II. Visite de son palais résidentiel Depuis la colline du Coudenberg, le palais réaménagé de Charles Quint et de son fils se trouvait donc sur l’éperon qui dominait le vallon du Coperbeek, où se profile aujourd’hui la descente du mont des Arts. On en voit la déclivité depuis le sommet occupé par l’église St-Jacques-sur-Coudenberg, rebâtie après l’incendie de 1731 qui fit du « mont froid » un enfer de flammes. Quarante ans plus tard, les ruines et leurs alentours furent en effet rasés pour faire place au quartier de la place Royale que domine l’église, reconstruite à contrechamp. Les vestiges de ce palais forment le site archéologique souterrain du Coudenberg, qui vous attend pour une visite mémorable d’une heure. Avant d’entamer cette visite, soyez attentifs à l’introduction donnée en vidéo à l’entrée : on vous racontera dans le détail l’histoire de ce château que vous allez découvrir. Puis, vous descendrez l’escalier qui vous conduira au cœur des fouilles. Le plan peut être suivi avec l’audioguide gratuit dont vous disposerez sur votre téléphone portable. Des panneaux explicatifs vous renseigneront en cours de route. Passé les caves du corps de logis où se trouvaient les appartements princiers et les salles d’audience, vous déboucherez dans la chapelle que Charles Quint fit adjoindre au palais qu’il avait réaménagé. Ses voûtes sont gothiques. Vous êtes sous un des bâtiments actuels de la place Royale, à l’étage inférieur de la chapelle. Ne manquez pas de faire pivoter le périscope qui vous permettra de regarder par le petit bout de la lorgnette toute la place Royale sous laquelle vous vous trouvez. Pour compenser la forte dénivellation du vallon du Coperbeek et mettre l’espace du culte au même niveau que l’Aula Magna, la grande salle d’apparat du palais, la chapelle avait été dotée de deux niveaux de soubassement. On y conservait le fameux trésor de la Toison d’Or, aujourd’hui à Vienne. C’était l’ordre des chevaliers de Bourgogne. Vous verrez aussi ce qui reste de l’Aula Magna, cette salle où fut intronisé l’empereur et où il abdiqua. Entre les deux niveaux descend la rue Isabelle, qui était jadis à ciel ouvert. Elle longeait le palais depuis la place des Bailles (aujourd’hui partiellement la place Royale) pour épouser la forte pente du vallon du Coperbeek et mener l’archiduchesse à la collégiale SS-Michel-et-Gudule, tout en contrebas. En dédommagement pour l’expropriation subie, Isabelle (1566-1633) fit construire la Domus Isabellae, un imposant bâtiment au milieu de la rue


portant son nom, pour servir au Grand Serment des Arbalétriers de la ville ainsi qu’à la Cour. Ce tronçon de la rue et tout le quartier qui l’entourait furent détruits au début du XXe siècle pour faire place au Palais des Beaux-Arts, inauguré en 1928 sur les plans de l’architecte Victor Horta. Enfin parvenus dans la cour de l’hôtel d’Hoogstraeten, toujours debout malgré les transformations qui vous seront décrites, vous pourrez admirer, dans ce qui est devenu le musée du Coudenberg, les différentes campagnes de fouilles menées sur le site durant le dernier quart du XXe siècle. Vous y verrez faïences, porcelaines, céramiques, ustensiles divers, lampes à huile, ainsi que les géants qui animent le cortège de l’Ommegang : Goliath, Cheval Bayard et les quatre fils Aymon, les géants Georges et Henri, ou Saint-Georges affrontant le Dragon. Une très belle visite à faire au cours de ces deux mois d'été en attendant le prochain cortège de l’Ommegang. Plus d’informations sur le site du Coudenberg : www.coudenberg.brussels ou en vous branchant sur l’audioguide gratuit https://audioguide.coudenberg.brussels. Entrée place des Palais, 7 à 1000 Bruxelles Michel Lequeux

EXPOSITION : DAVID MERVEILLE Spécialisée depuis près de 30 ans dans les originaux de Bande Dessinée, la galerie Huberty & Breyne s’impose comme une référence internationale dans le domaine du neuvième art. Présente à Bruxelles et à Paris, l’enseigne propose aux collectionneurs une sélection rigoureuse d’œuvres originales signées par les plus grands maîtres du trait comme Hergé, Franquin, Martin, Hubinon ou Schuiten. Elle est le représentant exclusif de Milo Manara et s’engage également aux côtés d’artistes contemporains tels que Philippe Geluck, François Avril, Jean-Claude Götting, Loustal, Miles Hyman et Christophe Chabouté. La galerie prend également part aux grands rendez-vous du marché de l’art en participant à des foires internationales tels que la Brafa (Brussels Antiques & Fine Arts Fair), 1-54 London, Art Paris Art Fair ou, encore, Drawing Now. Parallèlement Alain Huberty et Marc Breyne sont depuis des années les experts en Bande Dessinée auprès de Christie’s. Pour débuter le déconfinement, ils proposent une exposition consacrée à David Merveille, dessinateur bruxellois bien connu du monde de l’édition. Son univers graphique très coloré fait la part belle à la fantaisie et à l’insolite. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages destinés à la jeunesse. Il est à l’origine de plusieurs affiches alternatives de films, pour la plupart éditées en sérigraphie, ainsi que de nombreuses affiches culturelles. On retrouve sa patte sur des fresques monumentales, ici et là, dans les rues de Bruxelles. Depuis 1996, il est également enseignant à l’Institut Saint-Luc. Son imaginaire le pousse très vite à s’intéresser à Jacques Tati, dont il admire le sens du burlesque, la poésie omniprésente et l’esthétique incomparable. Il lui rend un premier hommage en 2006 en réalisant Le Jacquot de Monsieur Hulot aux Éditions du Rouergue. Suivront Hello Monsieur Hulot, Monsieur Hulot à la plage et Hello Domino. Il a également signé les illustrations de la réédition de l’intégrale des films de Tati pour Criterion (USA). Un événement à découvrir jusqu’au 25 juillet 2020. Plus de détails sur le site www.hubertybreyne.com Place du Châtelain, 33 à 1050 Bruxelles


LETTRE OUVERTE DES FESTIVALS DE CINÉMA EN FÉDÉRATION WALLONIEBRUXELLES Comme beaucoup d'autres acteurs du monde culturel, les festivals de cinéma en Fédération WallonieBruxelles ont été meurtris par la crise du Covid-19. Plusieurs d'entre nous ont été arrêtés, d'autres annulés et certains sont reportés dans un contexte difficile. Cette situation sanitaire exceptionnelle a mis un peu plus en évidence la fragilité de nos événements. Monter nos projets relève souvent de jeux d'équilibristes et nous n'avons pas attendu ce coronavirus pour nous retrouver régulièrement confrontés à l'incertitude. Depuis 10 ans, nous avons pu constater que la situation s'est progressivement compliquée, avec des cahiers des charges plus lourds, des coûts qui augmentent, des subsides qui ont plutôt tendance à diminuer et une difficulté grandissante à obtenir des soutiens privés. Nous regrettons de ne pas avoir été évoqués récemment, ni comme opérateurs cinéma dans le plan d'aide spécifique à l'audiovisuel, ni dans le plan d'aide relatif aux festivals en général. Les défis que nous devrons relever seront pourtant nombreux. A court terme, nous nous retrouverons confrontés aux mêmes obstacles que les salles de cinéma : difficultés d’accueillir autant de spectateurs que précédemment et de percevoir les recettes suffisantes pour couvrir nos frais de location de films et de salles notamment. Quant aux mesures sanitaires en vigueur, elles seront également d’application pour les festivals et impliqueront donc des coûts supplémentaires. Même si nous ne doutons pas que nous ferons partie de la relance à un moment ou l'autre, il nous semblait aujourd'hui crucial de nous rassembler pour vous écrire, vous exprimer nos préoccupations et rappeler nos spécificités ainsi que les différents rôles que nous jouons. Les festivals de cinéma en Fédération Wallonie-Bruxelles composent un paysage diversifié d'événements complémentaires dont le rayonnement et l'utilité sont indéniables à plusieurs niveaux. Sur le plan culturel, ils représentent plus que jamais des espaces de diffusion qui offrent des expériences cinématographiques alternatives au cinéma formaté et en dehors de circuits traditionnels comme les complexes et les sites de streaming. Actifs sur les plans de l'éducation permanente et pédagogique, ils promotionnent le 7ème Art dans toute sa pluralité, sont en première ligne dans la valorisation des films et des artistes belges auprès du public belge et défendent la salle de cinéma comme un précieux territoire de rencontres, tant pour les auteurs confirmés que pour des nouveaux talents en quête de reconnaissance. Les festivals de cinéma en Fédération Wallonie-Bruxelles cumulent ensemble chaque année : • Près de 200 jours d'activités, • 1800 séances de cinéma, • 850 évènements et activités périphériques, • 1400 invités de cinéma belges et internationaux, • 340 000 festivaliers. Nous collaborons avec plus de 1400 structures de tous types, faisons travailler 650 prestataires privés dans les domaines de l'Horeca, l'hôtellerie, la technique et la communication entre autres, ce qui fait de nous des acteurs économiques à part entière de nos villes et nos régions. Afin de défendre notre spécificité, réaffirmer notre place dans l'écosystème du cinéma belge et créer un large espace de concertation, nous avons mis en place immédiatement une plateforme qui rassemble les festivals de cinéma. Nous voulons être actifs, constructifs, utiles à la société, au vivre ensemble, aux autres opérateurs et aux artistes de notre secteur. Nous ne voulons pas nous limiter à pointer les problèmes mais également amener des idées et des solutions. Y compris dans la question déterminante de la recherche de sources de financement qui puissent nous permettre de continuer à mener nos missions et développer nos activités. S’il nous semble indispensable qu'un juste refinancement des contrats-programmes des festivals de cinéma (environ 0,12% du budget culture de la FWB) puisse s'opérer prochainement, une réflexion en profondeur sur les apports privés devrait sans doute également être menée. A notre époque, lorsqu'une société privée fait le geste estimable de s'engager à soutenir un événement culturel comme un festival de cinéma, elle doit sans doute être encouragée par un mécanisme économique plus avantageux que ce qui existe actuellement. Ces dernières semaines, nous avons lu et entendu à de nombreuses reprises qu'il y aura un avant et un après Covid-19. Nous avons lu et entendu que la culture était un élément de première importance dans nos vies. Nous avons lu et entendu des engagements de nos décideurs. Nous espérons lire et entendre qu'il y aura des perspectives concrètes et durables et une attention portée à la particularité des festivals de cinéma afin de leur permettre de rester des acteurs culturels du monde de demain. Doris Cleven - Dominique Seutin / Festival Anima Nicole Gillet / Festival International du Film Francophone de Namur Aurélie Losseau / Festival Cinéma Méditerranéen de Bruxelles Céline Masset / Brussels Short Film Festival Géraldine Cambron / Festival A Travers Champs Marie Vemeiren / Festival Elles Tournent Hilde Steenssens / Festival International de Cinéma Jeune Public Filem'on Jeanne Hebbelinck / Festival Imagésanté Sarah Pialeprat / Brussels Art Film Festival


Pauline David / Festival de cinéma En Ville ! Emilie Montagner / Festival Les Enfants Terribles Zlatina Rousseva / Festival Millenium Guy Delmote / Brussels International Fantastic Film Festival Maxime Dieu / Festival International du Film de Mons Pascale Hologne / Brussels International Film Festival Jean-Pierre Winberg / Tournai Ramdam Festival Adrien François / Festival International du Film de Comédie de Liège Michel Grandmaison / Festival du Cinéma Belge de Moustier Cédric Monnoye / Festival International du Film Policier de Liège Wolfgang Kolb / International Dancefilmfestival Brussels Alban de Fraipont / Waterloo Historical Film Festival Jacques Paulus / Festival Pink Screens François Marache / Festival Courts mais Trash

EXPOSITION : MAPPA MUNDI La représentation du monde est aujourd’hui comme hier une nécessité pratique et scientifique afin d’appréhender notre géographie, proche ou lointaine, et une source de rêverie invitant aux voyages et au merveilleux. Les premiers explorateurs découvraient des mondes inconnus et en permettaient ainsi la traduction imagée. La cartographie reste toujours à compléter, à préciser selon les informations rassemblées mais aussi en fonction du sens que l’on veut lui donner. La carte en effet représente le réel mais l’interprète en créant une image à partir de données multiples plus ou moins fiables. La représentation du monde évolue sans cesse. Les technologies actuelles la rendent extrêmement précise, nous faisant voir le monde autrement. Il n’en reste pas moins que cette mise à plat est un artifice et que dès leur naissance les cartes témoignent pour ce faire d’un souci artistique qui s’ajoute à leur fonction de repérage. Les artistes contemporains se montrent eux-aussi captivés par la carte du monde qu’ils sont nombreux à réinventer et à transformer. Ils en éprouvent tous les potentiels, non seulement géographiques mais aussi politiques, poétiques ou utopiques. La carte est à la fois une forme plus ou moins obligée à partir de laquelle toutes sortes de dérives graphiques sont possibles, mais aussi le prétexte à une réflexion sur l’état du monde, ou encore le lieu de projections imaginaires. Elle est illusion et réalité tout à fois. Elle réinterprète une vérité et la transforme. C’est sans doute ce qui explique que tant d’artistes l’aient privilégiée en mettant ainsi, chacun à leur manière, le monde à plat. Complétée par une sélection de cartes anciennes ou de références littéraires, l’exposition rassemble une trentaine d’artistes contemporains issus du monde entier. Elle témoigne de l’intérêt récent des artistes pour un Mapping revu selon leurs propres recherches esthétiques. Certains ont développé de nombreuses œuvres sur cette thématique, comme Marcel Broodthaers ou Mona Hatoum, là où d’autres ont rencontré ponctuellement la carte du monde au fil de leurs recherches quitte à en réaliser des ensembles conséquents. Tel sera le cas d’Alighiero Boetti, avec ses Mappa ou de Wim Delvoye qui réalise pour l’exposition une installation inédite. Ce ne sont là que quelques-unes des figures célèbres ou moins connues que l’exposition rassemble autour d’une thématique riche de significations, la carte étant pour les artistes prétexte à toutes sortes de commentaires sur la société contemporaine, les rapports de pouvoir, l’écologie, les conflits, etc. Un événement à voir jusqu’au 4 octobre 2020 à la Villa Empain. Plus de détails sur le site www.villaempain.com Avenue Franklin Roosevelt, 67 à 1050 Bruxelles


EXPOSITION : KEITH HARING Suite à la crise du Covid-19, cette exposition a été prolongée. Si vous avez déjà acheté un billet, celui-ci demeure valable jusqu'à la nouvelle date à laquelle s'achève l’événement. L’opportunité de découvrir une grande rétrospective de l’artiste américain légendaire Keith Haring. Ami et compagnon d’art à la fois d’Andy Warhol et de Jean-Michel Basquiat, il manifesta une présence unique dans le New York des années 1980, jouant un rôle clé dans la contre-culture et créant un style immédiatement reconnaissable. Surtout célèbre pour ses motifs iconiques (chiens aboyeurs, bébés rampants et soucoupes volantes), Haring cherchait à faire œuvre d’art public qu’il diffusait à travers son Pop Shop, les médias ou encore dans les métros et les espaces urbains collectifs. Puisant ses influences dans l’expressionnisme abstrait, le pop art, la calligraphie japonaise ou les travaux des grapheurs new -yorkais, son style singulier, en apparence spontané, était tout autant traversé par les énergies de son époque, du voyage dans l’espace au hip-hop et aux jeux vidéo. Une œuvre puissante, qui n’a rien perdu de son actualité. Organisé par la Tate Liverpool en collaboration avec le Palais des Beaux -Arts de Bruxelles et le Musée Folkwang, cette manifestation est à découvrir du mardi au dima nche jusqu'au 21 juillet. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.bozar.be Rue Ravenstein, 21 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : RUUD VAN EMPEL Voilà vingt-cinq ans de création artistique de Ruud van Empel mis à l’honneur à travers les images les plus saisissantes et les plus belles de sa carrière. A échelle muséale, l’exposition rassemble 90 œuvres emblématiques de ce photographe pionnier de la construction numérique. Toute sa carrière est exposée dans les 1.000 m2 et vise à découvrir ou redécouvrir une œuvre accomplie à travers quinze principales séries photographiques portant sur différentes thématiques. Comme un voyage dans le temps, cette exposition commence par ses travaux les plus récentes et se termine par ses premières compositions. Cette rétrospective permet d’observer son évolution, en relation avec les mentalités et les technologies en vogue (du collage manuel à la composition digitale). Ruud van Empel joue avec notre perception de la réalité et du temps, affichant des portraits et des paysages réalistes mais incontestablement utopiques. « Peintre numérique, il a pu passer, au cours de sa carrière, du noir et blanc à la couleur, de l’inventaire et de la documentation au portrait pour aboutir aujourd’hui à des abstractions vibrant autour d’images de la nature », explique Christian Caujolle, historien de la photographie. Hangar est fier d’accueillir ce photographe de renommée mondiale avec lequel il a noué une relation professionnelle étroite. Un événement à voir jusqu’au 18 juillet 2020. Davantage de détails sur le site de la galerie : www.hangar.art Place du Châtelain, 18 à 1050 Bruxelles


EXPOSITION : PORSCHE 356 / 70 YEARS Créée par Ferry Porsche, le deuxième fils du Professeur Ferdinand Porsche, la 356 est la première voiture à porter le nom de ce qui allait devenir une marque mythique. C’est en Autriche, à Gmünd, que la fabuleuse histoire commence. Une histoire devenue un succès… une légende. Ce succès commence il y a 70 ans, en 1950, avec le lancement de cette petite voiture de sport légère avec un moteur Boxer 1100 cm³ à quatre cylindres à plat, refroidi par air. Cette petite Porsche connut une évolution rapide, notamment grâce à de nombreux succès sportifs sur les grands circuits, en particulier sur le marché américain. Pour fêter cet anniversaire et mettre du baume au cœur de tous les amateurs qui n’ont pu sortir leurs belles durant le confinement, Autoworld présente une quinzaine de modèles qui ont contribué à esquisser l’histoire de cette célèbre et emblématique voiture de sport. Et, chaque jour, une 356 sera mise en évidence devant le musée. Une histoire racontée sur plusieurs générations C’est pendant la guerre que Ferdinand « Ferry » Porsche et une poignée d’employés fidèles commencent à développer la 356 dans leurs ateliers, une ancienne scierie de Gmünd située en Carinthie, Autriche. Les premiers croquis sont terminés le 17 juillet 1947, et le 8 juin suivant, le gouvernement de Carinthie délivre un permis spécial pour l’homologation de la voiture.Sur la cinquantaine d’exemplaires fabriqués à Gmünd, seuls huit sont des cabriolets. Pour chacun d’entre eux, la construction de la carrosserie et de l’intérieur a été sous-traitée. Six ont été envoyés à Beutler, qui leur a donné une forme légèrement différente de celle des exemplaires de l’usine. La ligne du garde-boue arrière, plus haute, sera conservée sur les cabriolets Beutler suivants. Le tableau de bord est lui aussi unique. La Karosseriefabrik Ferdinand Keibl de Vienne a produit, d’après les plans d’usine, un cabriolet complètement différent à deux exemplaires seulement. En 1950, la production déménage à Stuttgart. Le 15 juin de cette même année, la célèbre pilote de rallye suédoise Cecilia Koskull remporte le Midnattssolsrallyt. Ce fut la première victoire internationale pour Porsche - une victoire qui sera suivie par beaucoup d’autres. A partir de cette époque, les prénoms de la 356 se déclinent en générations A, B et C, Speedster, Roadster, Knickscheibe, Carrera, etc. Des carrossiers comme Zagato, Denzel, Reutter, Karmann, Drauz et le belge D’Ieteren lui donnent parfois des lignes personnalisées. La toute première 356 (aussi appelée « pré-A ») se reconnaît facilement à son pare-brise en deux parties séparées par une barre médiane. En 1952, il est remplacé par un pare-brise unique à courbure centrale. En 1956, la 356 cède la place à la 356 A. Dès son arrivée sur le marché, ce modèle se décline en cinq motorisations 4 cylindres. Le pare-brise panoramique d’un seul tenant est l’une des principales différences visuelles entre la série A et la 356 originale (pré-A). Les clignotants avant sont toujours intégrés dans la grille de klaxon et tous les modèles possèdent une poignée de capot avant modifiée intégrant l’emblème Porsche. À partir de mars 1957, les feux arrière sont ovales. La production des modèles 1300 prend fin en 1958.Dès 1960, la 356 A fait place à une 356 B entièrement redessinée. La principale différence visuelle entre la série B et le modèle précédent est un pare-chocs avant doté de rosaces plus grandes et de phares positionnés beaucoup plus haut. Les grilles de klaxon à côté des clignotants, plus proéminents qu’auparavant, sont plus plates et ornées de deux bandes chromées. Le bas de la poignée du capot avant est également plus large. Les deux phares qui éclairent la plaque d’immatriculation sont intégrés dans le pare-chocs arrière, positionné plus haut que sur le modèle précédent, tandis que le feu de recul est monté sous le pare-chocs. La 356 C remplace la 356 B à partir de 1964. Le nombre de motorisations est réduit à trois et la version 60 disparaît au profit du bloc de 75 ch. Visuellement, la série C et la série B se ressemblent beaucoup. La dernière Porsche 356 C est livrée en mai 1966. Une exposition à découvrir jusqu’au 30 août 2020 à Autoworld. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.autoworld.be Parc du Cinquantenaire à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE LE PUBLIC : PATRICIA IDE S’INVITE DANS VOTRE SALON Eric Russon avait consacré un des « Invités du Public » à Patricia Ide à l’occasion de sa première mise en scène en 2011 avec « La fausse suivante » de Marivaux. Un moment amusant et souriant qui nous permet de faire plus ample connaissance avec l’artiste et la femme. Patricia Ide est co-fondatrice du Théâtre Le Public. C'est dire si elle sait tout de cette maison. Actrice, directrice et lectrice acharnée à l'affût de la moindre nouveauté, elle traverse la vie comme elle traverse son théâtre : avec élégance et simplicité. Aucun combat ne la laisse indifférente, aucune cause n'est jamais perdue. Ses révoltes et sa flamme, elle les transmet aux personnages qu'elle joue : Bérénice, La Comtesse de Figaro, Mademoiselle Frankenstein, la mère dans « Festen », Amanda dans « La Ménagerie de verre », … Comment visionner « L’invitée du Public » ? Rendez-vous sur le compte Youtube du Théâtre Le Public et laissez-vous séduire !

MAIS AUSSI … A ce jour, plus de deux mille cinq cents personnes se sont déjà réabonnées à la nouvelle saison du Théâtre Le Public et l’équipe espère que vous ferez de même pour la soutenir dans ces moments extrêmement difficiles pour tout le monde.Elle souhaite que vous parveniez à vivre ces instants hors du temps avec patience et le plus de sérénité possible.Dans ces temps d’enfermement, la culture nous permet des instants d’évasion indispensables.Mais les arts de la scène, qui par essence ne trouvent leurs sens que dans la rencontre avec le public, sont absolument incompatibles avec le lock down et la paranoïa ambiante Cependant le chant, la danse et les histoires qui se racontent, ont traversé les millénaires. Un jour, la vie des théâtres reprendra son cours, quels que soient le comment et le moment. Le tout est de ne pas perdre l’espoir et que se convaincre que demain lèvera une aube meilleure. Tout sera mis en œuvre pour reprendre les répétitions, permettre aux artistes de retrouver les planches, et pouvoir accueillir le public dès que possible dans les meilleures conditions. Alors, comme au théâtre, A vos masques


SOUTENIR LE THÉÂTRE DE LA TOISON D’OR De toute son histoire, le TTO ne s’est jamais senti aussi démuni face à vous. Les mesures gouvernementales concernant le Coronavirus ne nous permettent pas de savoir si, quand, et dans quelles conditions nous pourrons à nouveau ouvrir nos portes. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour annoncer au plus vite notre saison 20-21 et reviendrons avec des informations précises dès que possible l’absence de communication du Gouvernement Fédéral en matière d’Arts de la Scène ne nous ayant hélas pas encore donné la visibilité nécessaire. D’ici là, nous remercions pour votre patience et vous demandons aimablement, afin de ne pas surcharger une équipe déjà décimée par le chômage temporaire, de ne pas nous écrire pour obtenir des informations sur la nouvelle saison. Croyez bien que vous serez les premiers informés lorsque celle-ci sera fixée. Dans le contexte d’incertitudes qui est le nôtre en ce moment, une chose est, néanmoins, certaine : le TTO va devoir être aidé dans les mois à venir, sous peine de voir notre futur irrémédiablement compromis. La crise actuelle ne fait que mettre en lumière la fragilité de notre structure et l’insuffisance criante du soutien des pouvoirs publics à notre égard comme à l’égard de tous les membres du milieu des arts. Nous ne pourrons donc continuer d’exister que si vous continuez à nous soutenir. Comment soutenir le TTO ? En réponse à vos très nombreux messages de soutien et propositions d’aide, nous avons décidé de lancer notre campagne d’abonnements pour la saison prochaine. Vous pourrez ainsi nous soutenir activement en achetant un ou plusieurs carnets de places pour la saison 20-21. Nous avons également décidé, étant soucieux de notre santé collective, de mettre en vente des masques solidaires afin de vous permettre de vous protéger, tout en soutenant notre structure à travers un masque à notre griffe. Ces masques personnalisés auront un coût de 25 euros. Après mûres réflexions, nous sommes, au TTO, arrivés à la conclusion qu’il était plus juste de solliciter votre aide de cette manière plutôt que de vous demander d’effectuer de simples dons financiers sans contrepartie de notre part. Nous espérons que vous comprendrez cette approche.et voulons, une fois encore, dire à quel point nous pensons aux malades et au personnel soignant en première ligne, ainsi qu’à tous ceux qui souffrent durant cette période particulièrement opprimante. Nous vous envoyons notre amour bienveillant et espérons vous revoir tous en bonne santé dans nos salles. L’équipe du TTO

PORTRAIT SUCCINCT : PHILIPPE MEIER Philippe Meier est un artiste qui pratique la technique du point par point, aussi appelée pointillisme. Il prolonge ses rêves à travers ses travaux qui combinent l’expression figurative et des thèmes surréalistes. Son procédé permet l’utilisation de contrastes détaillés en variation d’ombres et de lumières, l’étude des matières et le rendu des vibrations et des reflets. Il adapte, transforme et mélange la fiction et la réalité. Imbriquer une image dans une autre renvoie à une valeur symbolique. Un infime détail peut opter pour une nouvelle orientation, un voyage intérieur ou un monde parallèle. Il n’hésite jamais à superposer les fonctions dans le but de modifier une apparence ou d’apporter de la matière à un sujet. Provoquer un changement d’échelle, afin de découvrir un nouvel horizon ou une appréciation différente sur les choses qui façonnent le quotidien, voilà surtout la perspective dans laquelle il s’engage, partant du principe que le pari ne sera pas toujours compris par les visiteurs. Découvrez son travail sur le site www.meier-philippe.artistescotes.com Willy Smedt


LE MOT DE MARIA PALATINE Chers toutes et tous, Après ce printemps de retraite pour les uns et une période de ressour-cement pour les autres, je me réjouis d'un été de retrouvailles, d'échanges en "live" et d'une éclosion de la vie avec une nouvelle conscience. Je suis convaincue que la culture jouera un rôle essentiel dans ce nouveau départ et que les artistes devront y prendre leur place d'une façon proactive. Il ne faut pas attendre qu'on nous accorde cette place, dans un monde où les compagnies aériennes ont le droit de redémarrer "business as usual" avec des avions bourrés de passagers pendant que les salles de concerts sont vides. Comme beaucoup de musicien(ne)s, au Harp Center Brussels et avec mes collègues Gabriella Garcia et Françoise Stella Marquet, nous avons donné les cours online. Même les dernières séances d'impro pour les harpistes de l'IMEP étaient en direct via Zoom (pas facile, mais mieux que de ne rien faire !) Après mon dernier concert le 6 mars dernier avec "Die Grenzgänger", je n'étais plus sur scène, mais j'ai produit plusieurs vidéos, notamment grâce au soutien de "Columban", et ont été déposées sur youtube. Un spectacle itinéraire autour de la nature en solo est en création :"Harpe en ribote". La musique est un lien naturel entre nos paysages sentimentaux, que nous avons visités abondamment pendant le confinement, et les paysages extérieurs. Avec le soutien de Fleurus culture, je prépare une série de concerts que je donnerai sur des places de villages et de villes installée sur une remorque transformée exceptionnellement en scène. Vous trouverez prochainement toutes les informations pratiques sur mon site www.mariapalatine.com

EXPOSITION : JUANJO GUARNIDO Connu pour sa remarquable série Blacksad, Juanjo Guarnido est un auteur dont le talent a vite traversé les frontières. Né en Espagne en 1967, il est depuis toujours féru de dessin. Après des études aux BeauxArts de Grenade et de nombreuses collaborations dans les fanzines, il travaille pour des séries télé à Madrid puis rejoint l’équipe des studios Walt Disney de Montreuil. Avec Juan Diaz Canales comme scénariste, il crée son premier album « Quelque part entre les ombres » (Dargaud, 2000) et entraîne le lecteur au cœur de l’Amérique des années 50 et des enquêtes du détective privé John Blacksad. Cette série animalière compte à ce jour cinq volumes traduits en plusieurs langues et de nombreux aficionados. Guarnido excelle dans ses dessins à l’aquarelle et la création d’ambiances. Que ce soit dans la noirceur de ruelles sombres ou sous la lumière éclatante de la Nouvelle-Orléans, le pinceau du maestro fait merveille. Il dessine également Sorcelleries (Dargaud), les aventures d’une fée au pays de sorcières écrites par Teresa Valero. Avec Alain Ayroles au scénario, il se consacre à un nouvel album, Les Indes Fourbes (Delcourt), qui fait revivre le Siècle d’Or espagnol et le Nouveau monde. Des premiers crayonnés aux planches finales, l’exposition permettra de découvrir l’univers fascinant d’un auteur contemporain majeur ! Une exposition à voir jusqu’au 8 novembre 2020 au Centre belge de la bande dessinée. Plus de détails sur le site www.cbbd.be Rue des sables, 20 à 1000 Bruxelles


LE STAMCAFÉ CHEZ LE LITSBOL (Le bistrot chez le chauve) - Épisode 2 Maskes aaft aale goe vast want 't goe waggele (jeunes filles accrochez-vous bien car ça va balancer). C'est plus des citroenwaaive (marchandes de citrons à la sauvette) qui viennent passer la nuit chez le Litsbol, c'est des madames Chichi avec un chichihuahua dans un panier accroché à leur bras qui y passent leur après-midi. Et le chichi fait hua-hua quand tu t'approches de trop. Les madames elles boivent du thé de Chichine (qu'elles croivent) avec une bouche en cul de moineau et avec comme ça leur petit doigt en l'air pour faire plus chic. Plus question de grosses tettes (seins) pour servir d'oreiller, elles regardent à leur ligne. Juste un pouche-uppe pour faire semblant d'en avoir, janvermille (juron). Tu croirais qu'elles ont leurs amygdales gonflées, fieu ! Ou alors un goitre qui a fait un jeune. Du coup tu ne regardes plus que ça, et tu te demandes si leur krummentich (coquin) est content avec si peu de rembourraach dans son oreiller. Mais pas touche, tu sais, avec elles, c'est grûte sjaar in e klaa strotche (prétentieux) et pûute van de koech (bas les pattes) ; les pûteleirs (peloteurs), les klodereirs (loqueteux) et la lambik, c'est pas leur truc ; elles c'est la graine de Chia (où c'est la koer (toilettes) dis ?) qui règle le gramme au centimètre. Avant on disait : Qui pèse ses tettes s'enrichit, c'est au pèse-lettre qu'on opère maintenant, ça tu vois d'ici. Je t'entends venir : tu vas me demander comment ces madames proutemachères sont arrivées là, et tu as raison de m'interroger, car c'est comme ça que le Flup, le patron du Litsbol il s'en est sorti de sa misère. C'est arrivé un soir, veille de Fête Nationale. Flup avait mis des tables sur son trottoir avec quelques chaises et il avait demandé à Ware l'accordéoniste de venir tirer quelques valses et tangos hors de son instrument. Qu'est-ce qu'il y avait comme ambiance au Litsbol ! Les clients dansaient, la gueuze coulait comme la Senne les jours de débâcle de la neige en mars, et voilà qu'au beau milieu de la zwanzpartie le prince Roland et sa femme et son chien viennent s'asseoir en cognito et commandent une demi-gueuze pour le klebs et deux eaux plates pour eux ! Le Flup il savait plus où se mettre. Un bazaar comme ça il avait jamais vu.Tout d'un coup toutes les tables de sa terrasse étaient remplies de mossieurs et madames avec des têtes d'hilares qui commandaient des Blodimari et des Pimsnumberouane comme si il connaissait quelque chose dans les coquetailles ! Même le pastis il savait pas les doses, potverdekke ! Un ket un peu plus dégourdi lui explique comment il faut mélanger tout ce bazaar mais c'est trop dur. Déjà que le gin il le remplaçait par du pékèt et le jus de tomate par du sirop de grenadine... Alors le Flup propose direct de la kriek pour les madames et du faro pour les mossieurs. Ils ont un peu les poepers (la frousse) de boire un truc comme ça mais alleï, c'est pas tous les jours Fête Nationale, newo ? Et tous ces castaars s'amusent comme des petits fous. Y en a des qui sont krimineel strond zat (ivre-mort) et qui chantent La Marseillaise quand ils croivent chanter La Brabançonne. Du (presque) jamais vu que je te dis. Au prince, Flup avait dit : « Je m'appelle net comme ton frère : Flup » et le prince l'avait trouvée bien bonne et il a promis de la replacer lors d'une soirée mondaine chez son Poepa et sa Moema. Du coup, on en arrive que Flup demande si on peut pas une fois écrire « fournisseur de la cour » sur sa vitrine, vu que déjà il a marqué « koer » sur la porte de ses WC. On lui répond avec diplomatie que la question peut être envisagée à bref délai. Du définitivement provisoire, si tu lis bien entre les zwanzes. Ce zigomar serait capable de renommer son cafè : « Chez Flup, le Roi de la Gueuze », tu vois ça d'ici. Pour le coup, Poepa et Moema ne seraient pas contents et ça serait de nouveau barake (la bisbrouille) au palais. Donc depuis ce soir-là, des meïs en robe de chez Athan viennent siroter leur thé chaque après-midi au


café le plus « in » de Brusselles. Le Flup a conclu un accord avec un producteur brabançon pour la fourniture d'un mélange de feuilles de rhubarbe sauvage, d'ortie saugrenue et de betterave sucrière, finement hachées et toastées au fumet de hêtre de la forêt de Soignes. Base d'un thé San-Thu Sa exclusif à Brusselles et apprécié par les madames de la Haute (pas la rue, tu sais) importé en direct de Steenokkerzeel par Bpost. C'est l'agent de police Diseré Vandeboer qui en a tiré une tête quand il est venu rincer sa dalle un aprèsmidi et qu'il a vu la comtesse des Honnelles et la baronne Annie en train de papoter sur le banc du Litsbol, devant une tasse de thé du Brabant ! Net là où il avait un soir vu la grosse caboche de Pie den Trekker sur le sein opulent de Meeke la citroenwaaif. Et son smoel (gueule) s'est encore plus allongé quand le Flup lui a dit qu'il vendait son thé sept fois plus cher que sa demi-gueuze et qu'il en fournissait au gril du Métropole et à l'Amigo. « Aussi à l'Amigo ? alors mes collègues doivent aller en siroter un de temps à autre. — Comme je te connais, je crois pas que tes collègues comme tu dis sirotent quelque chose, fieu. Vous autres, c'est plutôt gruûten deust en rap leig (grande soif et cul sec). Tiens, regarde ton verre. - Oué mais c'est pasque tu l'as pas re-rempli, tu vois? - Tiens, prends madame la baronne Annie : ça fait deux heures et quart qu'elle suce sur sa tasse de thé. C'est pour ça que c'est si cher. - Justementement c'est car c'est du thé, Flup ! Donne-lui une demi-gueuze et en une deux trois son verre sera vide. Tu la connais quamême ! Elle t'en videra bien sept pendant que l'autre sirote son thé, comme tu dis. » Tout ça pour te dire que Flup il a retrouvé sa joie de vivre. Aujourd'hui les enspicteurs peuvent venir, même en troupeau si ils veulent. Pour enspicter ses cabinets, pour ses ventes, pour ses déclarations d'impôt, pour tout ce qu'ils veulent. Flup leur montre la porte des toilettes en martelant : « Fournisseur de la Koer », pas touche ou j'en parle à monsieur le minisse Didi quand il vient tous les matins vider son godet avant d'aller pointer rue de la Loi. Non, peut-être ? « Tu imagines le caca si on se met à enspicter ici pendant que ces madames discutent devant leur jatte ? » Et l'agent ne peut qu'approuver. « Ouè, ça tire sur rien (ça ne ressemble à rien), ça j'avais pas pensé une fois dessus (je n'y avais pas pensé) ; venir faire les poussières devant des baronnes, c'est pas permetté, hein ? Tu vois qu'elles attrapent un spinnekop (araignée) dans leur cuiller ! » - Moi ces peïs, je savais plus les sentir, Diseré ! J'en serais tombé de mon sus (évanoui), de les voir comme ça froucheler (chipoter) dans mes affaires. Surtout que tu sais rien là contre (tu ne peux rien y faire). Tu sais juste fermer ta gueule et attendre pour payer. Si tu leur cherches des ruses (cherches noise) tu paies le double. Ara ! Tu n'as plus qu'à vider ton spoerpot (tirelire). » Depuis ce 21 juillet, la vie au Litsbol est transformée. La clientèle select raffole de ses expressions folkloriques et en redemande. Chaque année le prince lui commande un tonnelet de sa meilleure gueuze pour son chien, sept casiers d'eau plate pour lui et sa princesse et un sac de trente kilos de thé San-Thu Sa pour leurs réceptions, à livrer au musée du Congo et à facturer au ministère. Et puis le soir avant chaque Fête Nationale, il vient danser un mambo sur le trottoir du Litsbol pour épater la galerie. Tof in den hof ! (vraiment chouette) Un jour, Lange Janet (la grande Jeannette) est entrée chez le Litsbol soi-disant pour boire une lambik. Mais elle avait déjà une idée derrière sa tête. Vu qu'elle était comme ça un peu jolie et que sur la Foire du Midi elle avait son succès, elle avait idée de séduire le Flup et de s'installer avec lui au café. Elle derrière le comptoir à la caisse (ça tu as vu : un œil sur les picaillons) et lui dans la salle. En compensation le Flup pouvait faire ses quatre voluptés, si tu vois ce que je veux dire. Le Flup il était pas contre, vu qu'il avait bien connu Janet son père (le père de Jeannette) du temps où ce dernier vendait des marrons chauds en hiver et des cerises de Schaerbeek en été. Il vadrouillait sur l'Aemet (le Vieux Marché) avec ses articles du matin jusqu'au soir. Vu aussi que la Janet avait quand même des atouts non négligeables. Ce n'était pas la poitrine de Meeke mais c'était quand même comme ça un tout petit peu rembourré. Un peu mieux que les buveuses de thé, alleï. Mais l'arrivée d'une jeune tenancière jeta le trouble parmi la clientèle de classe. Les manières maroliennes, si elles suscitaient l'intérêt lorsqu'elles étaient émises par un homme, séduisaient moins lorsque elles provenaient d'une femme. Seule la baronne Annie sympathisa volontiers. Elles faisaient camarades des après-midi entières. C'est ainsi que Lange Janet se mit à apprendre des chansons, qu'elle proposait chaque soir à un auditoire de plus en plus nombreux. Les bancs, les chaises, le comptoir, la


terrasse du Litsbol ne désemplissaient pas. Avec l'accompagnement à l'accordéon de Ware, la voix mélodieuse de Janet s'entendait jusque sur la place de l'Aemet et racolait tous les passants. 'T es oep de Vosse Plaan (sur l'air de Sous les ponts de Paris) qu'elle chantait toujours à la demande expresse de son public. Au détriment des autres bistrots, qui commencèrent à grogner. Ils s'estimaient chocolat bleu-pâle (lésés) dans cette affaire et parlaient de bloedzoeiger (exploiteur), de poempbaksmaul (gueule en coin) et de jeudas (traître) à l'endroit de leur confrère Flup. Qu'il exhibe sa wiswaaif (marchande de poisson) chantante ailleurs, ou alors ils se plaindront... ah oui ! à qui se plaindre ? Au commissariat, aux ordres du bourgmestre, lui-même aux ordres du Palais ? Le Flup était intouchable, et il tenait les cinq minutes (se moquait) avec eux ! Leur revanche, il allait la sentir passer. Tu vois, il y aura un épisode 3 à cette histoire. C'est pour le mois prochain, qu'on se le dise. Georges Roland

Les expressions bruxelloises utilisées se basent sur les travaux de Louis Quiévreux, de JeanPierre Vanden Branden et de Jean-Jacques De Gheyndt.

VISITE : HAHAHA EXPÉRIENCE MUSEUM Installé dans le Théâtre de la Toison d'Or, le "Hahaha Expérience Museum" plongera les visiteurs au cœur du fonctionnement d’un théâtre. Depuis l’idée qui germe dans la tête d’un auteur, jusqu’aux saluts finaux de la dernière représentation, les visiteurs suivront un parcours ludique en compagnie (virtuelle) de la directrice artistique du TTO, Nathalie Uffner. Cette visite traversera plusieurs lieux du théâtre, dont certains qui ne sont normalement pas accessible au public. Aujourd’hui, après les périodes de peur et d’angoisse, ce maillon de la culture bruxelloise veut une fois encore rebondir et réinventer une nouvelle manière de distraire le public en mettant à profit ses espaces. Welcome to the HaHaHa Expérience Museum ! un lieu unique dédié au rire. Cette aventure du Musée est aussi, et avant tout, une belle opportunité de réunir autour d’un projet original et ambitieux des équipes artistiques et techniques qui ont souffert de cet arrêt brutal de leurs activités. Une expérience à vivre du 10 juillet au 30 août 2020 et du jeudi au dimanche de 1 à 17 heures. Durée de la visite : 45 minutes Prix d'entrée : Tarif adulte : 12 euros / Tarif étudiant-enfant : 8 euros Réservations : Uniquement en ligne via www.ttotheatre.be Conditions : Maximum 10 personnes (masquées) par visite Galerie de la Toison d’Or, 396-398 à1050 Ixelles


LE VISUEEL FESTIVAL VISUEL TOMBE À L'EAU ! C’est avec un gros pincement au cœur et les yeux humides que nous vous annonçons que la XVIe édition du Visueel Festival Visuel n’aura pas eu lieu comme prévu. L’équipe était pourtant prête à affronter la pluie, la chaleur et le vent, mais le Covid-19, personne ne l’avait pas vu venir ! Tout était pourtant prêt pour vous en mettre plein les yeux. On s’apprêtait à vous faire plonger dans un univers aquatique fait de sirènes, de mousse et de K-way. Cette année, nous n’applaudirons donc pas Amir and Hemda, Balbal, Ea Eo, HMG, Eia, Joren De Cooman, Marcel et ses Drôles de Femmes. Nous ne nous laisserons pas embarquer au hasard par Vloeistof ou Scraboutcha. Nous ne découvrirons pas la dernière création de la Cie Scratch, de Justine Copette, de Dagmar Dachauer ou le projet Homelands d’Hussein Rassim et Octavio Amos. Nous ne nous laisserons pas surprendre à tous les coins de rue par le beau travail visuel de Benjamin Hendlisz, pas photographier par Laure Bocal ni filmer par Morgan Liesenhoff. Non, pas cette fois ! Mais, comme les marées, nous reviendrons. On réfléchit encore à la forme et à la temporalité. Toute l’équipe du VFV

REVUE IDÉE : FACE AU COVID-19 Ce numéro double du 19 juin essaie de réfléchir dans cette période pandémique qui va se prolonger bien au-delà de la levée du confinement. « IDÉES » a demandé à des chercheurs, des penseurs, des essayistes comment ils se débrouillaient eux aussi dans cette situation. Comment s’informent-ils ? Comment réfléchissent-ils dans un océan d’incertitudes, de complotisme et de fake news ? Quelles sont leurs croyances en l’avenir ? Bref, face au Covid-19, « IDÉES » propose ses tutos d’immunité intellectuelle avec Edgar Morin, Sandra Laugier, Nathalie Heinich, Manuel Cervera-Merzal, Anne-Sophie Novel, Vincent Berthet, Romain Huret, Dominique Linhardt, Romain Badouard, Valérie Igounet, Michel Desmurget, Fabien Truong, Gilles Raveaud, Mathieu Bock-Côté, Olivier Starquit, Aurélie Trouvé, Daniel Benamouzig. Ce numéro pas comme les autres consacre également un dossier à l’Inde du premier ministre Modi, tandis que Cécile Ladjali, Guillaume Jan, Lucien X. Polastron et Lorenzo Soccavo nous racontent leurs bibliothèques de grands lecteurs confinés. Idée est en vente dans les bonnes librairies.

ATELIER D’ÉCRITURE : RÉCIT DE VIE Cet atelier, récit de vie, Je déclare la paix en moi est un travail de libération qui vous conduit au centre de votre être pour y déclarer la paix. Depuis votre conception, toutes vos relations familiales, amoureuses et professionnelles vous ont touché, et ont laissé en vous, telles des strates dans la pierre, leur empreinte parfois lumineuse, parfois douloureuse. Joies et peines composent la personne que vous êtes aujourd'hui. But de ce travail : Retrouver le chemin parcouru et éclairer les événements du passé avec le regard d'aujourd'hui. Choisir les mots qui défont les nœuds et faire la paix avec les émotions qu'ils suscitent. Mots clés : Valeurs, ressources, freins, souffrances, cadeaux, arbre familial. Au final : Un manuscrit émaillé de photos, de dessins, de récits, de lettres... Séances d'une heure, à votre rythme. A Bruxelles. Il vous est possible de faire le travail chez vous, grâce au syllabus (100 pages) que j'ai rédigé pour vous. Je pourrai vous guider sur Skype ou par tél. pour répondre à vos questions. Une expérience interpellante et intense qui a déjà été vécue par de nombreux participants. Je suis à votre écoute pour en parler. 0476 73 11 38 ou silvanaminchella@scarlet.be


EXPOSITION : YUKO NAKAYA Yuko Nakaya dépeint le monde du subconscient en quête de l’âme pure et immaculée. En tant qu’artiste, elle a pour but de montrer l’intégralité du spirituel dans l’art. Pouvoir atteindre et réveiller la partie subconsciente chez l’être humain est pour elle un fabuleux accomplissement. Ce « subconscient » présent en toile de fond, sous la surface consciente, est partagé par tous les Hommes et les relie dans la mesure où ce « subconscient » est influencé par celui des autres. D’après Yuko Nakaya, cette partie subconsciente est reliée à l’univers et entre en résonance avec lui. De la même manière que l’Homme a depuis toujours cru évident que la lunaison influençait le flux et le reflux de la mer, l’être humain est, lui aussi, influencé par la nature qui l’entoure ― il est constitué de la même proportion d’eau que celle qu’il y a sur Terre. Le corps humain fait partie intégrante de cette Terre car il partage avec elle les mêmes atomes. Dans le corps d’une mère, existe un autre univers qui lui aussi est influencé par les cycles lunaires. Nous tous avons la même expérience subconsciente d’avoir jadis vécu un temps dans cet univers maternel avant notre naissance. Nous l’avons oubliée, ce souvenir du moment passé au sein de l’univers maternel qui pourtant a bercé chacun d’entre nous. Si ce souvenir venait à resurgir et réveiller un sentiment de bien-être, à quel point l’être humain peut-il devenir bienveillant ? L’univers intracorporel lui fait penser, telle la lumière, à une imagerie blanche. Aucune illustration, aucune peinture ne devrait être un mur, un obstacle, mais plutôt servir de fenêtres. Ces fenêtres sont telles des portes d’entrée qui aspirent nos émotions. Elles se prolongent au loin faisant le pont entre le ici et le par-delà. Ce ne sont pas des fenêtres au travers desquels de l’intérieur on observe un paysage, non, elles sont la porte d’entrée de nos sentiments. L’artiste voudrait dépeindre la lumière. Elle ne parle pas d’une lumière extérieure qui nous illuminerait, mais de la lumière qui réside en notre for intérieur, notre âme qui nous fait briller de mille feux. C’est une lumière emplie de chaleur. Des œuvres à découvrir à la galerie Arielle D’Hauterives du 2 au 29 septembre 2020. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.arielledhauterives.be Quai des Péniches, 69 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : AU-DELÀ DES APPARENCES La galerie Gavilan vous invite à découvrir les dernières œuvres de Gauthier Fabri. Pendant une année, cet artiste a fait plus de 150.000 photos dans les jardins de Claude Monet à Giverny. Avec cette palette de couleurs unique entre toutes, il crée des Mosaïques de Fleurs constituées de milliers de petites photos. L'artiste présente également une série de Métamorphoses photographiques évoquant à la fois la peinture et le vitrail. L'image devient ici une invitation à accéder à un monde plus profond et mystérieux, celui des émotions, des pensées et des rêves. En mélangeant la lumière, les formes et les couleurs à la manière d'un alchimiste, Gauthier Fabri propose un voyage au-delà des apparences. Ses tableaux photographiques recèlent toujours une part de mystère et ne se "livrent" jamais entièrement dès le premier regard. Un travail à admirer jusqu’au 31 juillet 2020. Plus de détails sur le site www.gavilan.be Place Dumon, 9 à 1150 Bruxelles


DVD / BLU-RAY : SCANDALE Alors que l’affaire Harvey Weinstein agite encore les conversations, Jay Black réallume la mèche d’un scandale vieux de moins de cinq ans et revient sur le rôle tenu par Roger Ailes, premier PDG de Fox News et du groupe Fox Télévision. Un homme entreprenant (beaucoup trop au goût de ces dames !) et qui n’hésitait jamais à mettre à exécution ses menaces lorsque l’une d’entre-elles refusait ses faveurs : licenciement ou réduction de salaire. Pour plaire au public (et répondre à sa libido galopante), il les voulait toujours plus jolies et sexy, avec une fixation sur leurs jambes. Dans le studio : les pantalons étaient probités et la jupe courte privilégiée. Le jour où Gretchen Carlson (Nicole Kidman) se trouve évincée de l’émission qu’elle animait, elle décide de porter ses griefs devant les juges et de poursuivre l’omnipotent directeur pour harcèlement sexuel. A mesure que les langues se délient, elle découvre une kyrielle de jeunes femmes prêtes à parler et à demander réparation. Inspiré d’un fait réel, « Scandale » démontre la mécanique mise en place par un homme à la tête d’un empire des médias et prêt à tout pour séduire ses employées triées sur le volet. Entre promesses à moitié tenues, cadeaux et intimidations, il se révèle bien vite au faîte de l’abjection, plein de morgue et capable du pire. Après un début qui tâtonne, le réalisateur déplace ses pions sur l’échiquier des passions et dresse le portrait d’une femme qui refuse de courber l’échine, prête à lutter corps et âme pour planter son glaive dans les chevilles du géant d’airain aux pieds d’argile. Alors que les avocats de l’accusatrice fourbissent leur dossier, du côté des employés de chez Fox les avis divergent, car (dixit certains) la chaîne est leur maison, toucher à Ailes revient à assassiner chaque membre de l’équipe et chaque job dépend de lui. Assez vite, d’autres femmes choisissent de la rejoindre dans son combat, dont la célèbre présentatrice Megan Kelly (Charlize Theron) qui peine à sortir d’une année difficile après des attaques personnelles portées par Donald Trump et l’ambitieuse Kayla Pospisil (Margot Robbie), qui a subi de multiples agressions sexuelles du Big Boss. Daniel Bastié

DVD / BLU-RAYDVD/BLU-RAY : THE GENTLEMEN On aime ou non le style de Guy Ritchie (qui a tout un temps été marié à Madonna) et qui se targue de facilités, au point de jouer avec les codes et d’imposer une esthétique proche du clip vidéo, façon Tony Scott. Avec « The gentlemen », il raconte les coulisses du monde londonien de la drogue, avec ses pontes, sa faune et les mille et une astuces pour survivre lorsque les lois humaines font place à la débrouille, aux combines et à un sens de l’honneur bien perméable. Le jour où Mickey, un américain expatrié, décide de mettre en vente son empire basé sur le trafic de cocaïne, rien ne va plus. Les esprits s’échauffent et les différends se multiplient : chantage, complots, kidnapping et meurtres. Dans cette jungle où les repères se dissipent, chacun comprend que tous les coups sont désormais permis. Après une série de longs métrages en demi-teintes, le réalisateur revient aux affaires avec une guerre des gangs pas piquée des hannetons, où les flingues parlent presque autant que les hommes. Même si on se perd parfois dans les sous-récits qui s’imbriquent les uns dans les autres, le tempo permet de ne pas lasser. Quant au meilleur atout, il se fonde naturellement sur un casting cinq étoiles, dont Hugh Grant nonchalant dans le rôle d’un journaliste maître-chanteur et sûr de ses arguments, Mathew Mc Conaughey parfait en truand fatigué et Colin Farrell égal à lui-même. Pour de nombreux critiques (et après une décennie d’errance !), le metteur en scène reprend du poil de la bête et nous offre un kaléidoscope qui mélange flashbacks, coups de force et psychologie à la vitesse 2.0, sans temps morts et avec maestria. Avis aux amateurs ! Daniel Bastié


CINÉMA : PARASITE Comédie noire de Bong Joon-ho avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong, Park So-dam et Choi Woo-sik. Corée du Sud, version en noir et blanc, 132 min. Sortie le 1er juillet. Résumé du film – Les Kim, pauvres et sans emploi, vivent dans les bas-fonds de Goyang, la banlieue de Séoul. Un jour, grâce à un ami étudiant, le fils Ki-woo va se faire embaucher pour donner des cours d’anglais à Da-hye, la fille de la riche famille Park qui réside dans une luxueuse villa. Ki-woo profite de la crédulité de cette famille pour y faire venir ses parents et sa sœur sous une fausse identité qui leur procure à tous un job bien rémunéré. Mais c’est au détriment des autres domestiques évincés, qui cherchent à se venger. Commentaire – Cette comédie, récompensée par une Palme d’or au festival de Cannes en 2019, est noire. D’autant plus noire que Parasite est ressorti en février dernier dans la version noir et blanc qui accentue encore ses caractéristiques, ses cadrages apparaissant de plus en plus sombres et cruels. C’est à une véritable satire de la société sud-coréenne qu’on assiste, éclatée, fracturée entre riches et pauvres. Les riches se prélassent dans des villas de rêve auprès desquelles les nôtres font pâle figure, tandis que les pauvres sont à leur service, trimant pour une bouchée de pain, taillables et corvéables à merci. Ils ont l’odeur du métro sur eux, avec la sueur du travail qu’ils doivent accomplir pour subsister. Entre ces deux mondes, il y a une ligne qu’il ne faut pas franchir, rappellent les Park qui viennent de congédier leur chauffeur parce que le père a surpris une culotte de fille traînant sous le siège arrière de sa voiture, là où il s’assied d’ordinaire. Culotte abandonnée bien intentionnellement par la sœur de Kiwoo pour discréditer le chauffeur et laisser la place libre à son père. Il y a cette ligne qu’on ne franchit pas entre les deux classes sociales antithétiques. Et que va transgresser la famille des parasites qui habite, elle, un sous-sol sur lequel pissent les ivrognes du quartier et qui déborde d’excréments par temps d’orage. On comprend tous les efforts que font ces malheureux pour échapper à leur misère. Tout le film joue sur les artifices qu’ils déploient pour donner le change et se faire accepter auprès de leurs nouveaux patrons, tellement persuadés, eux, que tout leur est acquis qu’ils en deviennent risibles et crédules, prêts à gober ce qu’on leur présente pour les duper. La fin du film vire au cauchemar avec l’ancien domestique sorti d’outre-tombe pour régler ses comptes avec la famille des Park qui attendent des invités pour fêter de façon impromptue l’anniversaire de leur jeune fils. Quelques bons moments sous et sur le divan avec ce chassé-croisé entre les uns et les autres, entre les anciens et les nouveaux domestiques, même si la sauce à l’aigre-doux fait parfois grincer des dents (par exemple sur l’odeur des domestiques qui indispose les riches). Mais compte tenu du débordement des sanitaires en sous-sol, on peut les comprendre, à voir la sœur se trémousser sur la cuvette du WC. Outre la Palme d’or de Cannes, Parasite a également obtenu quatre Oscars à Hollywood (dont le prix du meilleur réalisateur) et le César du meilleur film étranger en 2020, juste avant le confinement. Déjà 180 000 spectateurs en Belgique et près de deux millions en France. Avis – Ce film sud-coréen fera date dans l’histoire du cinéma en mettant la lutte des classes à la sauce aigre-douce. Mais aigre plutôt que douce. Michel Lequeux


APHORISMES Un aphorisme se veut par définition une sentence énoncée en peu de mots (et par extension une phrase !) qui résume un principe ou qui cherche à caractériser une situation sous un aspect singulier. En littérature, on l’emploie comme figure de style ou comme effet de rhétorique. En un trait, il condense une vérité ! Jean-Michel Thiriet a toujours jonglé avec la langue et, pour lui, se priver de pareil exercice reviendrait à faire pénitence. Né en 1958, il a évolué sur Canal+ en participant aux émissions « Groland » et « Les Nuls ». Sa signature a également figuré dans les revues « Fluide glacial » et « Spirou ». Monter à l’assaut du langage et exposer trois cents vérités qu’il tient pour personnelles, voilà le challenge auquel il s’est assigné à résidence. Le résultat s’assimile à une caresse littéraire, à un baiser de mots, à un soupçon d’esprit, à un angström d’humour, à une tempête dans un dé à coudre, à un tremblement de grain de sable, à une patte de mouche qui gigote, à un hurlement d’amibe, à un tsunami de poche, à une fleur de violette qui éclot sur un cadavre de lombric, à un vol fugace de huppe fasciée sur un ciel de printemps, à une larme de miel de châtaignier sur une miette de biscotte, etc. L’ouvrage tient dans la paume d’une main (format 10/14 centimètres) et n’est guère plus épais qu’un demi-doigt. De quoi le glisser en poche pour le sortir dans le métro, dans un square ou à la terrasse d’un bistrot sans être encombré. Avis aux amateurs ! Ed. Lamiroy – 78 pages André Metzinger

LIBRAIRIE, MON AMOUR Connaissez-vous les énergiques Editions Lamiroy et leur savoureuse collection Opuscule ? Nous avons déjà évoqué cette dernière dans le numéro de janvier 2019 : un livret, du format de poche, avec une nouvelle originale de 5000 mots maximum, une publication par semaine, l’abonnement possible et même recommandé pour les amateurs du genre. Pour nous tous en fait ! Mais savez-vous que des Hors-Série paraissent aussi tous les trois à quatre mois, réunissant entre dix et quinze auteurs autour d’une thématique particulière par recueil et que celui-ci, d’environ 75 pages, est également agrémenté d’illustrations ? Les bonnes résolutions, les marronniers, comique contre pouvoir, font partie des thèmes déjà proposés : jusqu’à présent, huit Hors-Série ont été publiés et nous nous intéresserons ici au petit dernier “Librairie mon amour”, “... message d’amour pour les libraires et les librairies sans qui le livre n’existerait pas.” Que trouvons-nous dans ce #8 paru en mai de cette année? Douze nouvelles ! “Cauchemar” de Adeline Dieudonné : les valeureux libraires face à l’ogre Amazon : un fameux défi ! Les algorithmes deviendront-ils tôt ou tard les maîtres du jeu ? “Redu, année zéro” de Frédéricque Bigonville: quand un humanoïde de 2120 est envoyé en mission et téléporté en 1984


dans le village de Redu pour tomber finalement amoureux… du livre! “M. Jean” de Leïla Zerhouni: le soutien et le réconfort par les beaux textes, les beaux mots, ceux de Baudelaire, Rimbaud, Aragon, Victor Hugo et d’autres, avant l’ultime voyage sans retour… “Manuscrit original” de Malory Evrard : lorsqu’un récit vous saisit, vous déracine, vous entraîne, avec réminiscence de “L’étranger”, tourbillon et apnée garantis. “La lettre écarlate” de Jessica Lefèvre: l'inauguration d’une librairie avec une nouvelle enseigne, le devoir de mémoire et l’hommage, trente ans plus tard, à son sympathique premier propriétaire… “Le Chat de Monsieur Frizzo”de Julie Gabellini: Louise à Venise, les pieds sous eau, en quête d’une encyclopédie rare, c’est la désillusion quand soudain… “La bibliomane” de Sandrine Durochat: le coeur battant, les jambes flageolantes, l’impatience, le mélange d’excitation et d’inquiétude diffuse. Livre, quand tu nous tiens… “Urgence littéraire” de Maxime Damo: une urgence naturelle puissante, le soulagement à l’arrivée chez Filigranes, le libraire pas dupe, un étrange marché au final… “Jeanne” de Eric Neirynck: une belle inconnue dans une librairie, irrésistible, l’approche, l’espoir, pulsion et fulgurance… Fiction, rêve ou réalité? “Client, mon amour” de Thierry Tinlot: des échanges fantaisistes, même délirants, avec une clientèle tour à tour légère, impatiente, exigeante, pressée, perdue,... “L’insoutenable légèreté des lettres” de Olivier Papleux : de Joseph Kessel à Heinz Konsalik des dessous de lettres exaltants, foudroyants. La fougue juvénile des sens... “Brève notice anatomique du corps des libraires” de Maxime Lamiroy: le squelette et sa triade dos, bras, menton, le pas mesuré, l’oeil et l’oreille développés, le toucher précieux, la panoplie du parfait libraire? Douze récits pour un Hors-Série contrasté et diversifié, toute la gamme des sentiments au menu, les vrais libraires à l’honneu r: “...Ils avaient leurs goûts, leur sensibilité, ils pouvaient mettre en avant un auteur moins médiatisé, un titre moins commercial, contribuant à la diversité culturelle…”, extrait de la nouvelle de A. Dieudonné, auteur de “La Vraie vie”. On peut facilement se procurer le Hors-Série qui existe également en version numérique mais là avec 25 textes, un régal de lecture! Ed. Lamiroy, opuscule hors-série #8, 2020 - 76 pages Thierry-Marie Delaunois

THE CRY Voilà le roman qui a servi de base à la série éponyme créée par la BBC et qui, en quatre épisodes, est devenue une référence de qualité. Attendue avec impatience chez nous, son tournage a débuté en février 2018 et s’est initialement déroulé en Australie, avant d’être transféré en Écosse dès avril 2018. Le personnage de Joanna y est assuré par Jenna Coleman, comédienne britannique repérée dans la saga « Dr Who », où elle interprète le rôle de Clara Oswald. Le feuilleton comme le livre d’Helen Fitzgerald racontent l’histoire d’une jeune femme, maman d’un bébé de neuf semaines, et d’Alistair. Lorsque tous deux débarquent sur le tarmac de l’aéroport, ils ignorent que l’enfant est décédé. Que s’est-il passé pendant leur absence ? Fort vite, tout s’emballe pour un jeu de dupes, qui multiplie les non-dits, les fausses apparences et la manipulation. Plutôt que de se résigner, Joanna refuse le poids de la fatalité et décide de mener sa propre enquête. Avec une virtuosité machiavélique, l’autrice nous entraîne dans les méandres de l’âme humaine et nous confronte à ses tiraillements. Le regard des tiers s’invite également au menu, avec de la suspicion, des a priori et ce besoin funeste de juger avant que la sentence ne soit rendue. On retient surtout un formidable portrait au féminin qui refuse de courber l’échine et qui, malgré les avertissements venus de toutes parts, tient bon la bride et refuse de céder. Bien qu’ayant pour thème la maternité, ce roman s’en détache avec vigueur pour retenir le besoin de savoir … plus fort tout ! Une descente au purgatoire que rien ne vient freiner … Ed. Equinox – 400 pages Daniel Bastié


LES CONTES DU SEUM Succession de portraits : voilà le contenu de « Les contes du Seum » ou cinq portraits d’hommes du XXIe siècle confrontés à maintes avanies. Un roi du braquage fait une chute et sombre dans le coma. Trente ans plus tard, il se réveille dans un monde qui ignore tout des codes d’hier. Une vedette du football revient vivre chez ses parents après avoir vécu un énorme passage à vide. Un autre imagine de quelle manière livrer trois cents kilos de cocaïne durant une nuit d’émeute et déguisé en flic. Un cador se rêve prix littéraire. Paul Séné utilise la cité du 93 pour raconter des histoires à hauteur d’épaules et, souvent, proches de la quatrième dimension, avec des personnages horspairs et des vécus cabossés. Belaire prend ici vie lorsque le soir encapuchonne le quartier et quand les boutiques tirent leur volet. Avec une plume d’une belle précision, il observe un microcosme pour le restituer par le biais de l’anecdote, sans fard et en usant de références nées dans le street art et le mouvement rap. Ed. Cherche Midi André Metzinger

DÉJEUNER EN PAIX Paris. Une terrasse baignée de lumière. Deux femmes. Durant l’heure du déjeuner, les clients font la file pour se procurer un café ou un sandwich. Attablée, une jeune provinciale profite des rayons de soleil. Néanmoins, plusieurs choses lui échappent. Pourquoi, ces gens se pressent-ils dans cet établissement où un simple café coûte un pont et où le personnel manque de professionnalisme ? A côté d’elle, une Parisienne attend son amoureux qui tarde … ou plus simplement qui n’arrivera jamais ! A mesure que les minutes s’égrènent, le dialogue prend forme. D’abord timidement, à petits coups de regards et de sourires esquissés en coin, avant de devenir complices. Avec une acuité bienvenue, Charlotte Gabris brosse deux portraits au féminin. Comédienne suisse, elle a été repérée par Laurent Ruquier et, depuis, a participé à de multiples émissions pour la télévision, avant de rejoindre Canal+. Au cinéma, on a pu la voir dans « Babysitting » en 2015. « Déjeuner en paix » est son premier roman. L’écriture y est limpide, truffée de bons mots et de réflexions idoines sur le sens de la vie, l’amour et la relation à l’autre. Sa présence est annoncée à l’affiche du long métrage « Divorce club » de Michael Young, prévu prochainement. Ed. Cherche Midi – 166 pages Sylvie Van Laere

CE BEL ÉTÉ 1964 Paul Esnault, adolescent comme les autres, se rend en Touraine à l’occasion d’obsèques. Longtemps, il y a passé ses vacances d’été, jusqu’à celui d’août 1964. Celui des bouleversements. Celui de l’accès à la modernité, avec l’apparition de la télévision dans sa famille et de l’initiation


amoureuse. Avec cette chronique tendre des années d’enfance, Pierre Filoche signe son premier roman qui s’écarte des polars dont il s’est fait une spécialité. Avec tact et une acuité pour les moindres détails, il brosse le portrait des gens de province, dont les journées servent à profiter de chaque aube qui se lève et qui recense quelques personnages singuliers, dont un oncle qui rabâche des souvenirs d’Algérie, une grand-mère un peu sorcière et un papy féru d’appareils ménagers. Pourtant, bien vite, je garçon subodore un parfum d’étrangeté et va jusqu’à imaginer que certains décès pourraient être criminels. Heureusement, de l’autre côté du mur de la cour, il peut écouter le piano de Charlotte Versini qui, peu à peu, se met à lui faire parvenir des lettres parfumées. Une allumeuse ? Une intrigante ? Au fil des chapitres, on découvre un temps qui n’existe plus, mais dont les préoccupations demeurent toujours pareilles : plaire, se laisser séduire et abandonner l’adolescence en agitant de délicieux moments pour s’en souvenir le reste de son existence. Au-delà du bonheur de découvrir ce récit, l’auteur nous invite à regarder dans le rétroviseur et à se plonger dans un univers fait d’évocations. Nostalgie ne signifie pas forcément courir après le temps perdu ni pleurer sur ce qui ne peut plus revenir. Plutôt à se remémorer de bons souvenirs, avec ce qu’ils imposent de caresses et de douceur bienvenues. Au demeurant, une tranche de ruralité au ton fort juste sous la cinquième république ! Ed. Serge Safran – 190 pages Daniel Bastié

ROBINSON OU L’AUTISME AU JOUR LE JOUR … “...J’ôte ma propre chemise tout en tenant toujours d’une main Robinson qui s’esclaffe encore et encore et qui semble vouloir me glisser entre les pattes, de sorte que je m’emberlificote dans les fils : mon lecteur mp3 tombe à terre, rebondissant sur la faïence de la baignoire et atterrissant dans le courant d’eau…”, court extrait significatif du roman “Robinson”, prix Rossel 2017, de Laurent Demoulin, professeur, romancier, poète et critique belge d’expression française, né en 1966. Robinson ? Une île sauvage, un monde, un Sisyphe heureux, un enfant autiste qui ne parle pas, ne se contient pas, un enfant qui s’exprime dans les mêmes gestes faits et refaits, avec cependant la même joie et le même intérêt, nous révèle la quatrième de couverture. Un autisme prononcé, sérieux, le présent seule unité de temps comprise par cet enfant clairement adepte de Paul Valéry : “Le monde est menacé par deux choses : l’ordre et le désordre.” Par la violence de scènes parfois détonantes et l’aspect scatologique de nombreux passages, “Robinson” pourrait par intermittences heurter mais la langue utilisée durant tout le roman par Demoulin demeurera pareille à elle-même : précise et maîtrisée. Un roman ? Bien davantage une chronique sur l’autisme au quotidien, divisée ici en plus de soixante épisodes : au pied du trône, au supermarché, dans les airs, au tapis, dans le catalogue, à la foire, dans la main, dans l’arbre peuplé du sommeil, sur la route de l’angoisse, et ainsi de suite… Un récit épique à plus d’un titre volontiers perturbant, même dérangeant, Laurent Demoulin étant principalement auteur de poèmes et d’essais. Universitaire féru de littérature, le père du jeune Robinson a acquis avec le temps une expérience unique, même hors norme, de la paternité, son fils se montrant bien souvent imprévisible et hostile à son égard: “...Mais il n’obtempère nullement. Il demeure immobile, si ce n’est qu’il est secoué par un rire gigantesque plus grand que lui et moi. Comme je l’empoigne plus virilement pour le pousser dans la baignoire, il se met à rire de plus belle…”. Des rires et des pleurs, de l’émotion et des angoisses, des courses et ralentis mais aussi une écoute attentive et des soins au quotidien, permanents, pour un enfant ne vivant que dans l’instant présent, un Robinsons aux “cris inimitables allant parfois crescendo de point d’exclamation en point d’exclamation”, dont l’avenir est tel un gigantesque point d’interrogation. Il n’est jamais trop tard pour découvrir ce roman-chronique… Ed. Gallimard - 237 pages Thierry-Marie Delaunois


LA LIGNE BLANCHE Vingt-trois artistes belges, français, turcs, italiens et congolais ont répondu à l’invitation d’Antoine Wauters, qui leur a demandés de rédiger un texte en s’interrogeant sur la signification de « la ligne blanche ». Qu’évoque-t-elle à leurs yeux, au fond d’eux-mêmes, dans leur intimité, dans le reflet des souvenirs ou au présent ? Retrait, brèche, soustraction, trait d’union, elle s’assimile parfois à la perfection ou à un lieu magique abstrait de toute contingence. Egalement, imperfection, elle devient un faix à traîner. Mais, le plus souvent, elle se métamorphose en portée, sorte de cordon et support pour accueillir l’écriture. Au fil des textes (plus ou moins courts), le lecteur se familiarise avec des états d’esprit et des idées qui ricochent pour voltiger avec passion et ardeur, afin de se transformer en prose cohérente ou en poésie pure. Des instants suspendus à la croisée des genres et des styles. Un livre façonné à quarante-six mains et dû au talent de Philippe Marzewski, Serge Delaive, Aline Dethise, Annick Walachniewicz, Carl Norac, Laurent Demoulin, Vincent Tholomé, Pascal Leclercq, Nathalie Skowronck, Aurélie William Levaux, Aliette Gritz, Carole Zalberg, Fixton Mwanza Mujila, Myriam Leroy, Inatello Passi, Karel Logist, Alexis Alvarez Barbosa, Lisette Lombé, Julie Remacle, Anne Versaille, Yadel, Ysaline Parisis et David Giannoni. Ed. L’Arbre à paroles – 134pages André Metzinger

PAROLES DONNÉES, PAROLES PERDUES La crise du coronavirus a mis en exergue les profondes inégalités sociales et sanitaires qui frappent nos concitoyens. Réalisé avant le confinement, « Paroles données, paroles perdues » se veut le reflet de la réalité telle qu’elle est ressentie par les acteurs qui officient dans les CPAS, les personnes précarisées qui vivent à la rue et plusieurs quidams présents à Bruxelles. Un appel à l’action face à l’urgence. Un travail de sélection et de mise en forme qui résulte de conversations réalisées durant plusieurs mois et enrichi par le regard neutre des concepteurs du projet. Dictionnaire certes incomplet et glossaire fragmenté, ce recueil né de rencontres éparses convie à la réflexion et au dialogue. Il fait le pari d’une hybridité productive et relance le débat sur le sens d’accepter ou non un monde où règnent les ségrégations et la précarité. A celui ou à celle qui s’interroge sur la réalité de l’expérience des personnes en difficultés matérielles, voilà quarante manières d’entrer en mal-logement. Solutions, pistes, recettes, ébauches, règles, … tout est déposé sur la table pour établir une conversation à hauteur d’épaules en vue d’un résultat probant ou, du moins, d’un potentiel changement des mentalités. Ed. Maelstöm -268 pages Paul Huet


AU NOM DE LA VÉRITÉ Star suédoise du polar, Viveca Stern se trouve à la base de nombreux romans qui ont inspiré la série Sandham, diffusée sur Arte. Forte de plus de six millions d’exemplaires vendus, dont huit cent mille en France, elle peaufine une formule qui lui réussit depuis de longues années. Cette fois, elle plante le décor sur une petite île en face de Sandham et qui rassemble un groupe d’enfants venus s’initier à la voile. Faute de surveillance idoine, certains jeux dégénèrent en harcèlement. Benjamin, onze ans, disparaît subrepticement. Accident, fugue ou kidnapping ? A ce stade, aucun indice ne permet de déterminer ce qui lui est arrivé. Néanmoins, fort vite il s’avère que le gamin est le fils de Christian Dufva, fraîchement divorcé et actuellement appelé à témoigner dans une affaire de détournement de fonds. Thomas Andreason, inspecteur ayant repris du service après vingt longues années loin des commissariats, est chargé des investigations. A ses dépends, il découvre que les apparences sont souvent trompeuses et qu’il dépose les pieds dans un singulier jeu du chat et de la souris. Se pourrait-il que la disparition du garçon soit liée au procès en cours. Ed. Albin Michel- 490 pages Amélie Collard

LE LIVRE DE M On se situe ici dans le district de l’anticipation gratinée, avec un récit qui aurait pu naître sous la plume de Stephen King, nanti d’une puissance rare et d’une progression captivante. Les Etats-Unis se trouvent confrontés à une étrange pandémie, qui s’attaque à l’ombre des quidams. Par quelle magie insolite, certaines personnes voient-elles leur ombre disparaitre ? Les victimes perdent également tous leurs souvenirs et deviennent agressives, voire carrément dangereuses. Le premier cas avéré a été entériné en Inde. Depuis, ce phénomène que la science échoue à circonscrire s’est répandu tous azimuts afin de frapper aveuglément et sans restriction. En s’isolant dans les bois, Ory et son épouse Max tentent d’échapper au fléau qui terrasse leur nation. Malgré d’infinies appréhensions, ils organisent leur nouvelle vie en s’appuyant l’un sur l’autre. Toutefois, Max découvre que son ombre a disparu ! Peng Shepherd, né à Phoenix, est féru de SF. Plutôt que de solliciter l’apparition d’une horde de martiens ou de monstres hybrides issus des profondeurs abyssales, il convoque une terreur venue à froid qui, bien vite, devient parabole de notre manière d’exister et rappelle la fragilité de nos certitudes. Située dans une Amérique où le danger plane sur tous, l’issue de ce roman sera-t-elle forcément apocalyptique ? A vous de lire ! Ed. Albin Michel - 586 pages Daniel Bastié

LA FIN DES ÉTIAGES En hydrologie, l’étiage est le débit minimal d'un cours d'eau. Il correspond statistiquement (sur plusieurs décennies) à la période de l’année où le niveau d'eau atteint son point le plus bas. Avec « La fin des étiages », Gauthier Guillemin, directeur adjoint dans un collège, offre une suite à « Rivages », son premier roman, et revient avec celui que tout le monde surnomme le Voyageur. Un homme qui a quitté les siens pour honorer une dette ancienne. Depuis, il n’a plus donné signe de vie. Au village, tout le monde y va de ses conjectures. Inquiète, Sylve, son épouse, choisit de se lancer à sa recherche … pour le


ramener, savoir ce qu’il est devenu ou, tout bonnement, lui offrir une inhumation digne. Afin d’accomplir ce périple, elle sait qu’elle devra affronter moult dangers et lutter contre des sortilèges à la fois merveilleux et tellement délétères. Si vous êtes férus de fantasy à l’américaine, n’achetez pas ce livre ! Ici, il n’est pas question de combats titanesques, mais d’une plongée dans un monde chimérique en compagnie d’un protagoniste dont on ignore beaucoup de choses et qui est né dans une cité aux secrets bien scellés. Avec maestria, l’auteur agite la cloche de la poésie et de la philosophie et prouve qu’un récit d’aventure peut être à la fois passionnant et intelligent. Aux teintes grises du monde des humains s’oppose le contraste coloré du Domaine, une gigantesque forêt a priori inviolable. Au fil des chapitres, on peut également relever un message écologique, qui clame que nos concitoyens détruisent leur bien le plus cher qu’est la nature, plutôt que de la préserver et la protéger ! Ed. Albin Michel – 295 pages Paul Huet

QUI SÈME LE VENT Vous aimez Agathe Raisin, alors vous allez adorer Hamish Macbeth, un policier au flegme bien british et protagoniste d’une série de romans imaginés par M.C.Beaton, qui se déroulent dans les Highlands en Ecosse. Précédé par la réputation d’être extrêmement paresseux, il manque particulièrement d’ambition et se contente de ce que l’existence lui procure. Son intelligence et sa curiosité lui permettent néanmoins de résoudre avec diligence les affaires qui lui sont soumises par sa hiérarchie. Cette fois, il accepte de jouer le garde du corps pour le compte de la riche Jane Wethernyen, l’accompagnant dans son spa d’Eileencraig. Dès leur arrivée, un mauvais pressentiment le titille. Lorsqu’une des invitées de sa patronne est retrouvée sans vie au pied d’une falaise, ses appréhensions se concrétisent. Pour coincer le coupable, toute sa diligence est requise, à laquelle s’additionne un flair peu commun. Un roman qu’on lit d’une traite comme on dévorait ceux d’Agatha Christie, avec des aventures à rebondissements, de vrais méchants et un suspense de bon aloi. Ed. Albin Michel Poche – 231 pages Sylvie Van Laere

QUI FRANCHIT LA LIGNE JAUNE Marion Chesney Gibbons, alias M.C. Beaton, est l’auteure de nombreux polars qui mettent en scène Agatha Raison et Hamish Macbeth, tous adaptés pour la télévision. Cette fois, elle nous raconte ce qui est advenu à la riche et pingre Maggie Baird, détestée par ses proches, et qui, mystérieusement, meurt dans sa voiture en flammes. Il n’en faut pas davantage pour voir le rang des suspects se gonfler. Hamish Macbeth est chargé de démêler l’intrigue et d’interroger les anciens amants de la défunte, tous plus pauvres les uns que les autres. Une fois de plus, il se trouve confronté aux noirceurs de l’âme humaine et connaît les ficelles de la psychologie pour résoudre ce que plusieurs désigneraient comme étant une enquête particulièrement complexe. Avec en prime une attitude very british, l’auteure plonge le lecteur au sein des Highlands et se sert à merveille du décor pour faire évoluer ses personnages. Château hanté, montagnes escarpées et routes sinueuses : rien ne manque au dépaysement ! Du régal pur jus … Ed. Albin Michel Poche – 228 pages Sylvie Van Laere


AU MILIEU DELA FOULE Les infirmières et les aides-soignants n’ont jamais été autant mis à l’honneur que durant le confinement, avec des applaudissements chaque soir sur les balcons dès vingt heures. De grands élans de sympathie justifiés. Sévérine de la Croix a choisi de nous raconter l’histoire de Mado, trente-six ans, qui n’est pas une aide-soignante comme les autres, puisqu’elle dispose d’un don peu commun. Dès qu’elle touche les personnes, elle perçoit leurs déséquilibres intérieurs. Afin de se protéger du regard des autres, elle préfère taire ce charisme, sauf à Lazlo, aussi du métier, également son colocataire et grand ado idéaliste. L’auteure signe ici un roman rempli de rebondissements, au sein duquel les protagonistes se croisent, tout en dévoilant une part d’eux-mêmes. Parmi les personnages secondaires, on trouve le père de Lazlo, qui rabaisse son fils sans arrêt, et Issa, flic qui intervient mystérieusement lorsque Mado à maille à partir avec des tiers ou s’embrouille dans des situations complexes. Dès les premiers chapitres, une question se met d’emblée en exergue. Ce pouvoir caché permettra-t-il à la jeune femme de se stabiliser et cimentera-t-elle la relation qu’elle entretient avec Lazlo ou nuira-t-elle à ce qui ressemble déjà à une amitié amoureuse ? Ed. du Rocher – 348 pages Amélie Collard

LA TOMBE DU PÉCHEUR Le plus célèbre des apôtres est Pierre, bras droit du Christ et choisi pour lui succéder à la tête d’une Eglise terrestre. Le Nouveau Testament nous parle de lui avec ferveur, même si nous savons que des textes apocryphes évoquent son ministère. De son véritable nom Simon, il a été pêcheur en Galilée, avant de se vouer complètement à Jésus et devenir l’un de ses porte-paroles à l’alacrité la plus vivre. Toutefois, de nombreuses zones d’ombre émaillent son existence et les historiens s’opposent avant de poser certaines conclusions, alléguant que la tradition n’a rien à voir à avec des faits avérés. De la sorte, il est raconté qu’il aurait été crucifié à Rome et que son corps aurait été inhumé sous une colline du Vatican. Mais, ce lieu de sépulture aurait disparu depuis des siècles. John O’Neil revient sur une expédition qui a duré près de 75 ans et qui a eu pour objectif de retrouver le tombeau du disciple préféré de notre Sauveur. Une aventure humaine et authentique qui a commencé en 1939 et qui a impliqué l’aide financière d’un riche américain et le zèle d’une des plus brillantes archéologues du XXe siècle. « La tombe du pêcheur » est le récit de cette victoire contre toute attente et le signe d’une foi inébranlable ! Ed. Artège – 224 pages Sam Mas


LES VÉRITÉS CACHÉES DE LA DÉFAITE DE 1940 Quatre-vingts ans se sont écoulés et les faits d’armes de la dernière guerre sont toujours vivaces dans les mémoires, avec des fantômes qu’on peine à exhumer, des vérités qu’on choisit de taire et des témoins qui s’en sont allés. Pourtant, tout s’explique si on prend la peine d’analyser sans passion et sans patriotisme exacerbé ce qui a poussé le rouleau-compresseur allemand à tout broyer dès sa mise en route. Lui reconnaître une suprématie militaire revient à minimiser les erreurs stratégiques commises chez ses adversaires. Même si la vérité n’est pas toujours agréable à entendre, Dominique Lormier revient sur les coulisses de cette sale guerre, soulignant de monumentales gourdes tactiques, le rôle de la résistance, les exploits méconnus de braves, l’exode des civils sous les bombes, etc. Pour mener à bien son essai, il s’est appuyé sur de multiples témoignages, tout en menant une enquête personnelle. Il ressort de son étude que les avis proférés à la Cantonnade s’appuient généralement sur une méconnaissance du sujet, sur des points de vue partisans, sur des anecdotes ou sur la relecture d’événements en fonction de la sensibilité de chacun. Il souligne donc une série de non-dits, pointe tout ce qui ne va pas et met les points sur les i avec une objectivité bonne à lire, fruit de longues heures passées à éplucher les archives de l’armée française autant que celles de la bureaucratie nazie. Ed. du Rocher – 324 pages Sam Mas

LE GUIDE PRATIQUE DE LA MALADIE DE LYME Une de mes voisines souffre de la maladie de Lyme. Un mal pernicieux dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Transmise par les tiques, elle prend aujourd’hui l’allure d’une véritable épidémie, avec un diagnostic complexe et une médicamentation qui ne s’adapte pas à tous les patients. Dans cet ouvrage, Paul Ferris évoque l’origine de la maladie, les polémiques qui gravitent autour d’elle, ainsi que les espoirs de traitements futurs. Son but est de rassembler des informations essentielles, afin de se débarrasser de cette infection par une prise en charge douce et globale pouvant être activée par tout un chacun. Le lecteur y trouvera donc des pistes et des solutions idoines. Face au foisonnement d’informations contradictoires, il n’a pas souhaité faire preuve d’exhaustivité, mais opter pour la simplicité et la précision, en présentant une dizaine de complexes alimentaires et en éliminant ceux qui semblent dispensables. Ce livre s’articule en deux parties. La première circonscrit la maladie et les symptômes qui l’accompagnent. La seconde élabore une stratégie de soins naturels. L’occasion de mettre en place des gestes concret, car guerre il y a ! Ed. du Rocher – 284 pages Sylvie Van Laere


HYPNOTISÉS Quels effets les écrans (d’ordinateur, de smartphone, de tablette) ontils sur la population ? Sans rien nier à l’apport culturel, relationnel et professionnel qu’ils jouent dans notre existence, ces derniers phagocytent également notre quotidien, au point de nous hypnotiser et de modifier notre manière d’être et de penser. On disait déjà, voilà plusieurs décennies, que la télévision abrutissait les masses (un constat parfois vrai !) mais bien en-dessous que ce que les écrans d’aujourd’hui sont capables de provoquer comme onde de choc, puisque les individus se trouvent constamment en leur présence, prêts à les dégainer d’une poche à la moindre occasion, au point que certaines études parlent de réelle addiction. Le docteur Nicholas Kardaras s’est interrogé sur le rôle des nouvelles technologies et de leur incidence sur le cerveau des enfants, public particulièrement fragile et perméable. Selon lui, les écrans stimulent l’envie, agissent avec la force d’une drogue, provoquent moult dégâts neurologiques et peuvent faire naître des troubles tels que l’anxiété, la dépression, l’agressivité, voire les psychoses. Il ne s’agit bien entendu pas de fustiger le numérique, extrêmement utile dans bien des domaines, mais de faire prendre conscience au lecteur des dangers si on ne se garde pas d’en limiter l’usage. Insidieusement, le mal se répand par défaut de précaution ou par ignorance des méfaits liés à trop d’exposition. Les jeux en ligne, les réseaux sociaux, … tout est conçu pour fidéliser la jeunesse et l’asservir, avec des gadgets et des applications de plus en plus attrayantes et, souvent, gratuites ! La conclusion de cette étude porte sur le constat que nous avons dans notre monde des enfants surconnectés, bien vivants face aux machines, mais totalement absents de la vraie vie ! Danger, il y a ! Autant le savoir pour émettre des limites et installer des pare-feu … Ed. Desclée de Brouwer – 314 pages Sylvie Van Laere

LA LÉGENDE DU GRAND INQUISITEUR Fédor Dostoïevski demeure l’une des icones de la littérature russe même si, longtemps, ses livres ont été proscris par le régime soviétique, car jugés réactionnaires. De toute sa bibliographie, « Les frères Karamasov » constitue l’aboutissement d’une démarche, rédigé dans la lumière de la mort et nourri de thèmes universels, orchestré avec maestria et où reluisent la haine, la fraternité, la souffrance et la foi. Une mise à nu qui dramatise ce qui doit l’être. Rarement, un écrivain a poussé si loin l’idée de la négation d’un dieu juste et bon. Même les aphorismes virulents de Nietzsche contre le christianisme paraissent tièdes ! Extraite du roman « Les frères Karamasov », « La légende du grand inquisiteur » (précédée ici de « La révolte d’Ivan ») constitue l’un des passages majeurs de son œuvre épique. A travers une mise en scène fulgurante, elle oppose la douce figure du Christ au visage froid d’un inquisiteur médiéval, symbole de l’omnipotence de l’église, de son totalitarisme et de sa propension à commettre des exactions en se parant d’une couronne de vertu. Ce petit ouvrage est disponible en format poche pour moins de six euros et bénéficie d’une préface pertinente de Michel Del Castillo. Ed. Desclée de Brouwer – 76 pages Daniel Bastié


JOHNNY HALLYDAY, FEMMES ET INFLUENCES On a énormément écrit concernant Johnny Hallyday et fort est de constater que la littérature abonde. Frédéric Quinonero a décidé d’aborder son idole par le truchement des femmes qu’il a aimées, voire épousées. Abandonné fort jeune par ses parents et confié à une tante autoritaire, il a longtemps cherché à fonder une famille : vraie, stable et protectrice. Si personne ne peut nier la véritable force dont il a fait preuve sur le plan professionnel, ses proches soulignent une extrême fragilité dans ses rapports avec le sexe féminin. Chose qui ne l’a jamais empêché de vivre ses amours à cent à l’heure, d’être capable d’infidélités ou de se dévouer complètement pour l’élue de son cœur. Toutes celles qu’il a adorées ont souhaité le modeler à leur image. Sylvie Vartan pose cet étonnant témoignage : A chaque mariage, Johnny s’adaptait et se fondait dans le moule attendu. Elle a été sa passion de jeunesse, celle avec laquelle il a eu un fils : l’artiste David Hallyday. D’autres unions ont fait les beaux titres de la presse people : Babeth Étienne, la comédienne Nathalie Baye (hyménée dont est issue l’actrice Laura Smet), Adeline Blondiau et Laeticia Boudou. D’un certain point de vue, l’artiste reste l’un des plus grands de la scène française, encensé par une communauté de fans et titulaire de nombreux disques d’or. Néanmoins, l’homme demeure un mystère. C’est précisément ce mystère que l’auteur a tenté de résoudre en donnant la parole à des témoins qui l’ont côtoyé et qui ont bien connu ses épouses successives : Jean Renard, Jean-Marie Périer, Line Renaud, Pierre Billon, etc. Evidemment, la recherche de l’amour absolu a toujours eu un coût. Au fil des pages, on évoque également des amourettes ou des passions plus ou moins physiques avec Karen Allen, Corynne Charby, Gisèle Galante, Léah jeune mannequin canadien, Nanette Workman, … Dommage que sa dernière histoire d’amour se soit métamorphosée en histoire d’héritage, divisant les Français à son propos ! Ed. Mareuil – 206 pages Paul Huet

UNE MORT PAS TRÈS CATHOLIQUE Louvain-la-Ville est une ville artificielle, créée pour accueillir des étudiants venus de tous les coins du royaume. Une cité de briques rouges qui ne dort jamais, secouée de septembre à juin par les fêtes et désertée en juillet comme en août. Pourtant, un cadavre est découvert derrière une porte verrouillée de l’intérieur. Y a-t-il eu suicide ? Toutefois, certains indices laissent à croire qu’il s’agit d’un meurtre. Un flic à la retraite et un inspecteur novice arpentent les trottoirs pour tenter de résoudre ce qui, à leurs yeux, n’a rien de banal. Agnès Dumont et Patrick Dupuis signent un polar atypique aux accents bien de chez nous. Le rythme est soutenu, l’intrigue prenante et la description des protagonistes assez réussie. Fort rapidement, les hypothèses se multiplient. Se trouve-t-on confronté à un voleur dérangé dans sa besogne ou à un tueur missionné ? Rien n’est prévisible et il faut attendre la fin de chaque chapitre pour voir évoluer les choses. « Une mort pas très catholique » se veut, au final, un livre qu’on lit avec plaisir, tout en découvrant, pour ceux qui ne la connaissent pas, la singulière Louvain-laNeuve, sise non loin de Wavre et d’Ottignies. Ed. Weyrich – 188 pages Paul Huet


LA VÉRITABLE AFFAIRE DE BRUXELLES Bruxelles sert de cadre à ce roman rédigé par un ancien flic, passé de la police communale à l’anticorruption, et devenu (depuis sa retraite) littérateur. Avec une maîtrisé de l’écriture, il entraîne le lecteur dans un incessant va-et-vient entre passé et présent, prolongeant un fait divers ayant eu lieu le 10 juillet 1873. Et si tout était fiction ? A moins que … On se rappelle la relation amoureuse qui a amené Paul Verlaine et son cadet Arthur Rimbaud dans notre capitale, voilà plus de cent cinquante ans. Alcool et jalousie ont allumé la mèche d’une dispute dans un estaminet du centre-ville. Esclandre sur le pavé et coup de feu. Les deux hommes sont menu-militari conduits au poste de police de la rue du Marché au Charbon. De nos jours, un flic et un antiquaire se retrouvent confrontés à un mystère dont ils ne parviennent pas à dénouer les liens. Ils savent qu’ouvrir la boîte de Pandore peut réserver des surprises désagréables. Qu’importe ! Tout les pousse à investiguer. En Belgique, autant qu’à Paris et à Rome, ils déchiffrent des bribes de réponse, sans savoir que des individus louches se sont lancés à leur poursuite. Dans quel but ? De monuments célèbres en lieux communs, les protagonistes courent et ne s’arrêtent que pour reprendre souffle. Autant que l’épilogue, c’est le tempo qui tient ici en haleine, avec un récit qui va crescendo et un jeu de piste roublard, néanmoins, digne d’intérêt. Entre le roman d’aventure et le thriller, « La véritable affaire de Bruxelles » malmène nos certitudes et nous permet de revenir sur la liaison coupable de deux poètes qui ont enchanté le monde des lettres françaises, en laissant à la postérité des vers toujours étudiés dans les universités. Dans une longue postface, Maurice Martin revient sur leurs amours difficiles et se fait pédagogue, après avoir agité la clochette de la fiction. 180° éditions – 376 pages Daniel Bastié

LOUIS BLANC-BIQUET Georges Roland est à l'aise dans tous les styles : le traminot-polar zwansé, le roman grave, le roman humoristique, la chronique rurale, le roman historique, le roman rural, la chronique historique, la chronique romancée, le roman chroniqué. Y paraît même que Môssieu excelle dans la poésie, dixit Barbara F. Flamand, une épée dans le genre ! Bon, soit, j'ai lu "Louis Blanc-Biquet" et j'ai adoré ! Louis Blanc-Biquet, wie is dat ? C'est le grand-père de notre "génie littéraire". Louis de witten bikker est appelé comme ça à cause de la blancheur de sa chevelure et de la vie trépidante qu'il a menée dans les milieux bourgeois de la ville. Louis Blanc-Biquet ou la trajectoire d'un fils de bourgeois devenu paysan (fin du XIXème siècle). Cela dit, chapeau ! Il faut une fameuse dose de courage pour quitter l'insouciance de la vie universitaire et retourner au village pour apprendre le dur métier de fermier. Je connais quelqu'un qui m'est très proche, donc très cher, qui a beaucoup guindaillé mais qui, après, a opté pour la profession nettement moins rude de fonctionnaire. Louis rencontre son petit-fils (onze Georges) et raconte la trajectoire de chacun de ses gosses (11 au total !). Mais attention ! Louis est un conteur né, difficile donc de dissocier la réalité de la fiction. Qualifions dès lors ce récit de réalité romancée. Cette belle grande famille vit dans le village de Neerijse (Brabant flamand). Et, dans la première moitié du XXème siècle, il n'y a pas de télé, Internet, smartphone, etc. Un des plaisirs consiste à se rassembler à la veillée après une dure journée de labeur pour écouter le pater familias raconter des histoires ou des légendes comme celle du Lodder, ce grand chien noir qui hante la côte du Rood Hoof. A cette époque, les traditions sont rigoureusement respectées comme celle, par exemple, consistant à sacrifier un enfant à Dieu et un autre au pays. Louis n'y déroge point, l'une de ses filles entre au couvent et un de ses fils s'engage à l'armée. Ce dernier, le pauvre, va se retrouver caserné au bout du monde... à Neufchâteau !


Et puis, une autre de ces demoiselles, Marie-Joséphine (Merée), monte à Bruxelles pour décocher un emploi de bonne chez un notaire. Quelle expédition, zeg ! La ville avec ses bruits, ses voitures, ses maisons collées les unes aux autres, sans jardin, sans vache, sans poule, sans cochon... Et quand de temps à autre, elle revient au bercail faire un petit coucou, Madame "joue les fières" et s'habille comme une princesse !... C'est ce que pense sa sœur Justine, un chameau ! Merée sera bientôt rejointe à Bruxelles par son frère Miel (Emile, le futur père de Georges). Un livre divertissant à souhait avec ses passages cocasses (le vélo de Gust, l'incendie de Bram, la soupe trop chaude ou encore la mésaventure du curé sur la planche des toilettes) mais c'est également un témoignage poignant sur la première guerre mondiale (la rencontre de Louis avec les Uhlans, l'invasion de Neerijse en 1914, la vie sous l'occupation... Et puis ces soldats flamands obligés d'obéir aux ordres émis en français par leurs Supérieurs...). Un savoureux moment de lecture de la première à la dernière page. Ce "Louis Blanc-Biquet", je le recommande prestement. Associations Bernardiennes - 198 pages Alain Magerotte

ALORS, ON EN PARLE ? Le Covid-19 a marqué les esprits et aucun média n’a échappé à sa fulgurante progression. Face à la pandémie, que faire ? Elle a commencé à faire parler d’elle dès janvier 2020, venue de Chine, alimentant les conjectures, divisant les experts et opposant les politiciens de tous bords. Le 18 mars, les Belges entamaient leur première journée de confinement, avec des mesures draconiennes et des amendes salées pour les contrevenants. Jamais Pierre Kroll n’a autant dessiné, s’appuyant sur le présent et se nourrissant de la paranoïa ambiante. Selon son habitude, il a pris soin de rire de tout, sans méchanceté, pointant de l’index les avis embarrassés, les discours contradictoires et la surenchère du nombre de décès qui a mis la population en émoi. Sans aménité, il revient sur l’interminable saga des masques détruits, promis et attendus, sur la distanciation sociale, sur le scandale des maisons de retraite et sur les bâtiments scolaires à ouvrir ou non. A l’aide de deux cents dessins réalisés pour le quotidien « Le Soir », l’hebdomadaire « Ciné-Télé Revue » et la RTBF, il raconte une drôle de période et prouve que, même par temps de crise aigüe, la bonne humeur reste aussi contagieuse que le Corona lui-même ! Ed. Les Arènes – 120 pages Sam Mas

LA VRAIE VIE Grande surprise au moment de sa parution, le premier livre d’Adeline Dieudonné a fédéré tous les enthousiasmes et a vu ses chiffres de vente s’envoler avec une rapidité que personne n’avait prévue en amont. Aujourd’hui, « La vraie vie » ressort en poche pour le plaisir de tous ceux qui ne l’avait pas acquis en 2018. Un roman traversé par un thème aussi fédérateur que l’effondrement de notre système et ce par le truchement d’une famille peu ordinaire. La narratrice, âgée de dix ans lorsque nous la découvrons, évoque son quotidien entre un père chasseur, avide de sang, parfois violent, et une mère soumise qui accuse les coups sans regimber. Au milieu du chaos, les enfants résistent plutôt bien, partagent leurs jeux dans les épaves des voitures de la casse voisine ou restent à l’écoute de la musique


du marchand de glaces, jusqu'à l'accident dont ils sont témoins et qui laisse le petit garçon au bord de la folie, perdu dans un monde où sa sœur n'a plus accès. L’autrice déroule ce récit avec une implacable efficacité, en peu de mots, servi par une construction impeccable. Dès la première phrase (A la maison, il y a quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres.), elle nous scotche pour, ensuite, nous attacher à un magnifique portrait de fillette en construction, intelligente, sensuelle, courageuse et nantie d’un instinct à toute épreuve. Il s’agit bien entendu d’un ouvrage initiatique rédigé avec ferveur et sans concession, couronné par le prix Rossel, le prix Filigranes et bien d’autres récompenses méritées. Ed. Le Livre de Poche – 212 pages Amélie Collard

BIÉLORUSSIE DREAMLAND Pas de texte (hormis la préface de Patrick Besson) et place aux photographies en couleur de Nicolas Righetti, co-fondateur de l’agence Lundi13 et artiste indépendant connu pour ses clichés dans de nombreux médias internationaux ! Particulièrement intéressé par les figures politiques mégalomanes et totalitaires, ce dernier s’est rendu à plusieurs reprises en Biélorussie (ancienne république soviétique dirigée de main de fer par Alexandre Loukachenko), afin de fixer sur pellicule un monde d’apparat, qui vit entre ancien régime et fastes de la modernité au rythme des technologies nouvelles avec, çà et là, des vestiges du passé. Scellé dans son histoire récente, le pays s’émancipe de ses démons et laisse émerger une bourgeoisie qui souhaite s’enrichir et une jeunesse qui veut profiter de ses vingt ans. Les paysages sont merveilleux et s’apparentent souvent à ceux de la Suisse. Les routes sont impeccables. Il y a aussi des enfants soldats, des femmes en uniforme, des portraits de Lénine et de Staline qui titillent notre sensibilité européenne. Un pays agréable à vivre, avec un vernis scintillant ? Un dreamland ? Tout dépend bien sûr de la connotation qu’on attribue à cette expression ! Il faut peut-être revoir certains paramètres inhérents à notre culture tels que la liberté, le droit d’expression et, tout simplement, la démocratie ? Ed. Favre – 182 pages Daniel Bastié


SI BELLES EN CE MOUROIR Les maisons de retraite ont été tristement mises à l’horreur (pardon pour le lapsus !) durant la crise du Covid-19, avec son cortège macabre de décès quotidiens. Non seulement, on a pu découvrir que le troisième âge y souffrait d’interminable solitude mais surtout d’un réel abandon de la part de l’État. Marie Laborde signe un roman au ton cinglant, fait de traits d’humour et de personnages atypiques. Dans une résidence bâtie non loin de la plage, trois pensionnaires (Alexandrine, Gisèle et Marie-Thérèse) ruminent des idées de vendetta contre les hommes qui les ont oppressées : un époux, un neveu et un voisin ! L’opportunité de revenir sur le passé de chacune et de découvrir des pans de leur vie, pour entremêler les époques et commenter les ressorts de l’action. Peu à peu, le trio fomente des projets de crimes entre séances de kinésithérapie, déjeuner avec d’autres vieilles (aussi ou plus vieilles qu’elles !) et querelles passagères avec l’aidesoignante. L’occasion de brocarder l’univers des plus de trois fois vingt ans et de réfléchir à leur statut de résidants, afin de dresser une satire joyeuse servie par des salves comiques. On suit donc avec plaisir les péripéties de trois protagonistes ralentis par leurs artères et qui n’ont rien à perdre ni à gagner face aux jours sombres qui se profilent à l’horizon. Assurément il ne faut pas chercher à débusquer sur une carte de France la fameuse résidence Biarritz-Bonheur qui, simplement, n’existe pas. La séniorie qui a inspiré l’autrice se situe à des lieues de là, dans une autre ville dont le nom a été tu. Quant à la ressemblance qui pourrait exister avec des personnes vivantes ou disparues, elle relève purement de la coïncidence ou d’un non moins pur hasard. Ed François Bourin – 268 pages Sylvie Van Laere

BRISBANE Evgueni Vodolazkine est né à Kiev en 1964 et fait partie de la nouvelle génération d’écrivains nourris aux souvenirs de l’ère soviétique. Spécialiste de la littérature médiévale, il est chercheur à SaintPétersbourg. Plusieurs de ses romans ont été traduits en français, dont « L’aviateur » et « Les quatre vies d’Arseni » Cette fois, il nous raconte l’histoire de Gleb Ianovski, guitariste virtuose qui découvre être atteint de la maladie de Parkinson. Un handicap sérieux s’il souhaite poursuivre son art. Nestor, un ami rencontré par hasard, suggère de rédiger sa biographie, afin de renouer avec un passé pas toujours heureux. L’opportunité surtout de rassembler des bribes de souvenirs et de les remettre en ordre. Une adolescente, également malade et hyper douée, intervient en cours d’exécution. L’auteur propose ici un roman choral, dans lequel les voix se mêlent, les mains se croisent et les émotions se chevauchent. Au fil des chapitres, le lecteur est baigné par une musique qui semble émerger du fond des arts, par un trouble palpable et un mal déterminé qui lamine les habitudes. Au-delà du verbe, Evgueni Vodolazkine fait œuvre de précision, à l’écriture en retenue et poétique, qui souligne ce que chacun possède d’humanité pour vivre, créer, souffler et repousser l’inévitable. Ed. des Syrtes – 324 pages André Metzinger


LES PETROV, LA GRIPPE, ETC. Qui sont les Petrov ? Alexeï Salkinov nous raconte quelques jours de leur existence fort peu ordinaire. Une tribu lambda avec une succession de hauts et de bas, de coups de mou et des rêves nimbés de vodka. Petrov, mécanicien et auteur raté de bédé, noie sa fièvre dans la boisson, en compagnie d’un ami retrouvé depuis fraîche date. De son côté, Petrova, son ancienne épouse, souffre d’une grippe peu commune et est alitée. La force de Salkinov est de nous balader à travers des lieux communs et de souligner la pérennité de petits éléments sur la ligne du temps de toute une vie. Entre réalité et espoirs arrosés, il dresse le portrait d’une Russie moderne en proie à la sclérose des ambitions, assujettie à la tradition et à l’alcool facile, le tout avec une verve digne de Gogol et de Boulgakov, ravivant un folklore un peu oublié et mal connu en France comme en Belgique. Né en 1978, il est la révélation russe de ces dernières années et lauréat de plusieurs prix dans son pays comme ailleurs. Avec un humour décapant, il raconte une suite d’anecdotes dignes d’un long métrage. Un roman à découvrir sans hésitation pour se distraire autant que pour se dépayser ! Ed. des Syrtes – 309 pages André Metzinger

JULIA DANZAS Fille d’un chargé d’affaires russe en Grèce, Julia Danzas s’est installée à Saint-Pétersbourg pour achever ses études, avant de partir en France entreprendre un cursus de philosophe à la Sorbonne. Dès 1906, elle publie ses romans sous pseudonyme et devient proche de la famille royale. La révolution bolchevique la met sur la liste des personnes nuisibles au parti. Arrêtée, elle purge dix années de camp avant de revenir à la vie civile. Elle achève son existence à Rome en 1942, où elle donne des conférences au collège papal. Michel Niqueux revient sur son parcours, en s’inspirant d’importants ouvrages inédits, de journaux intimes et d’articles publiés dans divers médias de l’époque. Il souligne également son importance au sein de la littérature russe de la première moitié du XXe siècle, tout en insistant sur son mysticisme qui lui a valu une reconnaissance dans le monde catholique. Il éclaire enfin le lecteur sur le nouveau régime mis en place après l’éviction du Tsar et la vie intellectuelle encouragée par les autorités soviétiques. Au fil des chapitres émergent le visage de Raspoutine et celui de l’impératrice Alexandra. Une biographe passionnante racontée par un homme qui l’est autant ! Ed. des Syrtes – 386 pages Sam Mas


L’ÉCUYER DU ROI En attentant d’être adoubé par ses pairs, le destin du jeune Tiuri bascule le jour où il descelle une mystérieuse lettre munie de trois sceaux. A quinze ans, rien n’est encore joué et, dans un monde bourrelé de violence, il sait qu’il doit vaincre ses peurs et faire ses preuves. Il ne se doute pas encore qu’il va devoir affronter une menace bien plus périlleuse que tout ce qu’il n’osait pas imaginer dans ses cauchemars les plus lugubres. Entre prophéties ancestrales, pouvoirs magiques et adjuvants capricieux, le protagoniste aura maille à partir avec ceux qui croiseront son chemin, obligé de tout abandonner derrière lui et de ne penser à rien d’autre qu’à la mission à laquelle il s’est investi. L’avenir du royaume dépendra de la réussite ou non de sa quête. Netflix a adapté le roman de Tonke Dragt pour en faire une série à succès, diffusée dès le 20 mars 2020 et suivie par des millions de spectateurs durant la période de confinement. Au vu de l’accueil chaleureux de cette première saison, une seconde est d’ores et déjà annoncée. Il s’agit bien entendu d’héroic fantasy, un peu comme si la célèbre plateforme avait voulu concurrencer Game of the throne sur son propre terrain. Rivières infranchissables, brigands, embuscades, alliés inespérés et ennemis cruels : voilà le fond de commerce de cet opus qui s’adresse aux jeunes lecteurs férus d’anticipation, de carambolages et de castagne. Les aînés songent vaguement à Willow, le long métrage mis en chantier voilà une trentaine d’années par Ron Howard alors au pinacle de sa forme. Ed. Gallimard Jeunesse – 522 pages Daniel Bastié

HÔTEL CASTELLANA Nous sommes en 1957. Daniel a l’âge de tous les possibles, des énormes projets à mettre en exécution et est animé de rêves à revendre. Il se passionne pour la photographie et découvre l’Espagne à travers l’objectif de son appareil photographique. Un pays baigné de lumière incandescente et sculpté par de magnifiques paysages. Il loge dans le quartier réservé aux citoyens américains, loin de la réalité de la population, écrasée par les fantômes de la guerre civile et broyée par des années de Franquisme. Anna travaille dans l’hôtel où résident les étrangers et, bien vite, son regard est attiré par le jeune homme qui, de son côté, éprouve une sympathie réciproque. Bien entendu, la vie met tout en œuvre pour les rapprocher et les faire s’aimer tendrement. A son contact, il découvre les coulisses d’une nation meurtrie, ainsi que le poids de la dictature. Alors que les lecteurs aimeraient croire à leur amour, il se surprennent à songer que beaucoup de choses opposent les protagonistes et que la peur et le mensonge demeurent des fléaux qui corrompent tout …ou presque ! Avec un ton juste, Ruta Sepetys revient sur un pan de l’Histoire mal connu en France autant qu’en Belgique. Assurément, le talent de l’auteure fait qu’on s’attache aisément aux personnages et qu’on les suit sans déplaisir. L’émotion clôt ce livre à lire sans restriction ! Ed. Gallimard Jeunesse – 587 pages Daniel Bastié


NOUVELLE : DATE DE PÉREMPTION Je me réveille avec une envie incontrôlable de vivre ! Vivre, vivre, vivre ! Qu’est-ce-qui m’arrive ? Voilà des mois que je suis anorexique de plaisirs. Je n’ai même plus envie d’avoir envie. Alors, quoi ? Pourquoi cette frénésie ce matin ? Je tente de rassembler mes neurones, d’investiguer, de trouver des pistes. Je ferme les yeux, rabas la couverture par-dessus ma tête et tente de retrouver le rêve qui me colle encore à la peau et qui, j’en suis quasi sûre, est à l’origine de cette réaction. Derrière les paupières les images ne sont pas encore complètement effacées, comme si quelqu’un avait enclenché l’arrêt sur image. Mais tout est flou; seul subsiste, intact, un malaise qui se répand dans tout mon corps, oppresse mon cœur, enclenche l’alerte « danger imminent ». Je rejette la couverture, lance mes jambes hors du lit, le reste suit docilement, et je m’en vais prendre une douche froide pour remettre de l’ordre dans mon circuit électrique. La journée se passe plutôt bien, l’envie de dévorer la vie s’est apaisée. Me revoilà sous la couette, à la merci de tous les rêves qui vont squatter mon cerveau sans être invités. Le sommeil tarde à venir mais aidé par la fatigue il s’insinue sournoisement et m’ôte toute volonté. Le remake du rêve de la veille ne tarde pas à se manifester… J’ouvre la boîte aux lettres, il y a un pli officiel du gouvernement. Encore une nouvelle taxe, dis-je en soupirant. J’ouvre l’enveloppe et je lis en écarquillant les yeux : Madame, monsieur, chers concitoyens, La nouvelle loi a été adoptée à l’unanimité. Elle entre en vigueur le 1er septembre 2025. A partir de cette date, chaque citoyen va recevoir un avis de notification de sa date de péremption. Cette date sera calculée à partir de l’âge de la personne mais pas seulement, il sera tenu compte de son état de santé et de sa contribution au bon fonctionnement de l’Etat, autrement dit les chômeurs, les invalides, les malades chroniques et les endettés seront en première ligne. Dès que vous entrez en possession de votre date de péremption, vous êtes priés de vous rendre à l’hôpital indiqué sur l’avis. Vous y recevrez une piqûre indolore aux effets rapides. Merci de votre coopération. Ps : Les incivils qui tenteraient de quitter le pays seront arrêtés à la frontière et conduits à l’hôpital le plus proche. Votre date : le 1er novembre 2025 C’est la semaine prochaine ! Je me précipite dehors et je vais tambouriner à la porte de la voisine. Elle vient ouvrir avec une expression hagarde. -Vous avez reçu la lettre ? Lui lance-je sans même prendre le temps de la saluer. - Oui, répond-elle, le 10 décembre. Nous tombons dans les bras l’une de l’autre, atterrées. - Mais ce n’est pas possible, dis-je entre deux sanglots. - Bien sûr que oui, voilà des mois qu’ils en parlent aux infos. - Ah bon ? Moi je ne regarde pas la télévision et je ne lis pas les journaux. - Vous avez quel âge ? - Je vais avoir soixante ans le 1er novembre. - Vous avez de la chance, moi j’en ai cinquante. - Ils suppriment des personnes aussi jeunes ? - J’ai perdu mon emploi il y a deux ans et mon compte bancaire est dans le rouge en permanence. ** * Cette fois je me réveille en sursaut, tenant le rêve par les cheveux, décidée à ne pas le lâcher. C’est quoi ce rêve abracadabrant ?


Mais où vais-je chercher des horreurs pareilles ! Je devrais manger léger le soir et faire une promenade avant de me coucher. Je ris bien fort et je vais me préparer un café. Arrivée au bureau, je m’empresse de raconter à ma collègue le scénario de science-fiction qui s’est joué dans mon lit la nuit dernière. Au lieu d’éclater de rire, elle me regarde avec compassion (elle a vingt-cinq ans) et murmure : Tu ne lis pas les journaux ? La nouvelle loi vient d’être signée par tous les partis. Récit extrait du recueil de nouvelles « Dérapages » Silvana Minchella

NOUVELLE : LE PROBLÈME – Docteur, j’ai un problème… – Un problème ? Comme beaucoup de gens, ne vous affolez pas. Alors, votre problème, c’est quoi ? – C’est difficile à expliquer… – Je m’en doute. Tous les problèmes sont difficiles à expliquer. J’en ai, moi aussi, qui n’ont toujours pas trouvé de réponse. Vous savez, parfois, il suffit de s’éloigner du problème pour le voir moins grand, et donc plus petit. C’est comme un village où vous auriez des ennuis, vous quittez ce village, vous allez dans la montagne et, depuis là-haut, tous ces ennuis deviennent, comme le village, minuscules… Mais vous, de quoi s’agit-il, dites-moi. Et si vous n’êtes pas en confiance, ce n’est pas grave, on peut se revoir un prochain jour. – Non, docteur, il faut que je vous parle. C’est urgent. Voilà, pour tout vous dire, j’ai peur des couteaux, enfin, de tout ce qui peut faire mal, éventrer, comment vous expliquer, de tout ce qui coupe et pourrait… tuer… – Mwouais, je vois, problème de persécution. Vous avez déjà consulté un… psychologue… un psychiatre ? – Vous y allez fort… – Ce genre de peur mérite parfois un avis approfondi…, même si rien en vous n’indique un penchant, osons le mot, criminel… Guy de Maupassant, vous connaissez sûrement ? Eh bien, ce merveilleux auteur était obsédé par la peur. Celle des autres, bien sûr, la sienne, et surtout, celle d’on ne sait qui, d’on ne sait quoi… Vous l’avez lu ? Vous devriez le lire…


– Oui, docteur, bien sûr, je vous comprends… Je le lirai… Mais… vous êtes le seul homme en médecine que je connaisse et que… je consulte régulièrement… On est presque amis… – Entendu, entendu, mon vieux, je sais que vous me faites confiance, mais je m’occupe de médecine générale, moi, les intestins, les diarrhées, les sciatiques, les pneumonies, enfin, tout ce qui est du quotidien physiologique, mais la tête…, ah ça ! Alors, essayons quand même, c’est quoi votre souci, au fait ? – Ben, voilà, quand j’ai un couteau en main, ou n’importe quoi de tranchant, et que je m’approche de ma femme, j’ai envie, j’ai terriblement envie… Enfin, vous me comprenez ? – Non, je ne vous comprends pas. Désolé. – Envie de la… et… et … je dois m’enfuir, pour ne pas… Enfin, vous voyez ce que je veux dire ?! J’ai terriblement peur… – J’ai du mal à voir ce que vous voulez dire. Je n’ai jamais éprouvé ce genre d’envie à l’égard de ma femme. C’est bien ce que je vous disais, vous devriez consulter un psychiatre, d’urgence, je crois… – Docteur, ce n’est pas tout. Elle ne peut pas me tourner le dos… j’ai peur d’être derrière elle, quand elle est assise, quand elle travaille au bureau, parfois je dois m’encourir… J’ai peur, très peur de … la frapper… – Et cette tentation dangereuse, c’est à l’égard de votre femme seulement, ou… – À l’égard des gens que j’aime, … ma sœur, par exemple… Mes amis, aussi… – Mais, mon vieux, c’est sérieux votre problème, plus sérieux que vous ne le croyez. Je ne peux rien pour vous. À mon avis, un bon spécialiste pourrait vous aider à sortir de ces troubles, qui ne sont que des troubles, je vous rassure. Je ne sais pas, moi, peut-être, un manque de confiance en vous-même, des vieilles histoires mal enterrées, des culpabilités d’enfance ou d’adolescence, une frustration sexuelle, un questionnement sur l’hétérosexualité, tout est possible, en fin de compte. Vous avez quand même l’âge de la grande maturité… Je vais vous donner l’adresse d’un confrère que j’apprécie. Quand on parle, quand on avoue aux autres et à soi-même ses conflits, on en est déjà presque guéri… C’est comme le village vu d’en haut. Je vous ferai une lettre d’introduction… – Non, docteur, ce n’est pas nécessaire. – Mais si, mon vieux, nous nous connaissons depuis longtemps, vous l’avez dit, et je ne peux pas vous laisser dans cet état, qui me semble du désarroi… – Docteur, je ne peux pas avoir une bouteille en main quand ma pauvre femme me tourne le dos… – C’est urgent, en effet, très urgent. Est-ce que, par hasard, vous n’aimeriez plus votre femme ? – Plus que jamais, docteur, plus que jamais… – Mais alors, auriez-vous quelque chose contre les femmes, contre les femmes en général, tout à coup? – Je ne crois pas… – Vous êtes sûr que vous étiez d’accord pour épouser cette personne ? – C’est moi qui lui ai proposé le mariage… – Désolé, dans ce cas, je n’ai pas d’avis… Peut-être que vous l’aimez trop, votre femme… Jalousie, haine d’amour… Attendez, je vous fais le billet pour mon collègue, tout de suite. Et pas la peine de me payer la consultation. – Docteur, vous ne devriez pas me tourner le dos… – Mais… mais… Là, c’est vous qui y allez fort ! – Hier, ma femme m’a tourné le dos trop longtemps et… je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai pris la bouteille que nous avions vidée, elle et moi, et… Le docteur s’est levé, pris de panique, il a quitté son bureau, avec des mots apaisants et, le client lui tournant le dos, il a formé le numéro 101 sur son portable tout en s’emparant du marteau avec lequel il examinait les réflexes sur les genoux de ses patients. Une folle envie de frapper difficile à contenir. Qu’il se connaissait depuis longtemps. Son psychiatre l’avait déjà mis en garde. Récit extrait du livre « La prière qui tue » Jean Lhassa


NOUVELLE : UN BON PETIT SOLDAT Pour un froid nordique, c’était un froid nordique ! Polaire, même, je ne trouve pas de terme plus fort. D’autant qu’une bise tranchante comme un fil de rasoir nous fendait le nez et les oreilles, s’insinuait par tous les interstices, malgré les gants, les écharpes et les cols relevés. Sur cette petite esplanade face à la gare de Bruges, ce matin blême de février 1956, je me revois avec une cinquantaine de mes pareils à geler sur place en évoquant la douceur du foyer familial et les jours de liberté révolus. Cinq individus de bleu vêtus, peu amènes, le verbe haut, la visière sur les yeux, nous avaient rassemblés sur un espace restreint, à l’écart de nos bagages abandonnés en désordre, et tentaient de nous inculquer les premiers rudiments de la discipline. Alignement à droite, droite ! Distances ! Fixe ! Repos ! On battait la semelle, on dansait d’un pied sur l’autre, on se frottait vigoureusement les paumes, on claquait des dents et de tout ce qui pouvait claquer. Nous avions débarqué, plus de deux heures avant le rassemblement, d’un train matinal en provenance de Bruxelles. Nous n’avions guère le choix : le train suivant arrivait quelques minutes après l’heure fixée par notre ordre de route. Première brimade de la hiérarchie militaire ! Il aurait semblé plus logique – et tellement moins désagréable – de faire concorder l’heure du rassemblement avec celle du train. Oui, mais voilà, l’armée ne s’embarrasse pas de pareilles contingences. Pour d’obscures raisons bureaucratiques, ou tout simplement parce que personne n’y avait pensé, les appelés du fin fond de la Belgique avaient été forcés, s’ils ne voulaient pas manquer leur correspondance, de sortir des plumes par ce froid de renne à quatre heures du matin. Bon début ! Les cinq animateurs (le mot convient parfaitement, en ce sens qu’ils essayaient précisément de nous animer) qui venaient de nous prendre en charge étaient engoncés dans une sorte de capote de drap épais assez courte dont les manches étaient barrées d’une sardine, ce qui paraît tout indiqué pour des marins. Ils n’avaient pas moins froid que nous, mais ils devaient paraître aguerris et faire semblant de ne pas souffrir, pour étaler leur supériorité sur les pauvres troufions que nous étions. Ils déplaçaient beaucoup d’air glacé en s’efforçant de maintenir un semblant d’ordre dans notre troupeau et donnaient quelques coups de gueule afin de bien nous faire comprendre que c’en était fini de la vie civile. Pour accomplir son service dans la « Zeemacht-Force Navale », il fallait en avoir fait la demande. Ce corps d’élite (il n’y a pas de quoi rire !) n’acceptait en effet que des volontaires, dont la destination première était de naviguer. Or, en ce qui me concernait, je ne m’en ressentais guère pour voguer sur les flots bleus, pas plus d’ailleurs que trois de mes congénères : sortis tout frais de l’Ecole Normale Moyenne, nous avions tous les quatre été enrôlés d’office pour donner des cours généraux dans une école de sous-officiers d’active nouvellement créée. Pendant dix-huit mois ! Oui, je sais, cela peut paraître long, mais je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Les plus de soixante, eux, savent que cet heureux temps a existé. Les enseignants se repèrent entre eux, à leur tête, à leur attitude, à une certaine façon de parler, à un je ne sais quoi de didactique. Nous avions naturellement sympathisé et formé un petit groupe qui avait eu largement le temps de faire connaissance, dans le hall à peine chauffé de la gare, pendant les deux heures de liberté relative qui avaient précédé le rassemblement. Nous partagions le même point de vue : malgré les inconvénients de la vie militaire, nous pourrions du moins exercer notre métier. Et tout compte fait, puisqu’il fallait quand même les passer, ces dix-huit mois, autant les passer planqués. C’était faire preuve d’un optimisme bien peu au fait des réalités. Ce que nous ne savions pas, c’était que, avant de donner peinardement nos premiers cours, il nous faudrait subir une instruction rigoureuse pendant près de six mois, pour obtenir nousmêmes le grade de sous-officier. D’ailleurs, les choses commençaient plutôt mal. Cette congélation imposée par des pantins gueulards qui nous prenaient pour des abrutis augurait mal de la suite. Qu’on nous conduise sans tarder à la caserne au lieu de nous obliger à obéir par ce froid à des ordres ridicules ! Qu’est-ce qu’on attendait ? Alignement à droite, droite ! Distances ! Fixe ! Repos ! Au bout d’une demi-heure arrivèrent des camions bâchés, dans lesquels furent entassés valises et sacs. La plupart d’entre nous


purent s’asseoir sur les deux banquettes qui se faisaient face le long des ridelles. Les autres durent se caser comme ils pouvaient entre les pieds de leurs compagnons. Petit tour de ville avant d’arriver à destination. L’officier de garde nous accueillit avec tous les honneurs dus à notre rang. Alignement à droite, droite ! Distances ! Fixe ! Repos ! Décidément, c’est une manie ! On nous a répartis en deux groupes et conduits dans nos logements. Une chambre par vingt-cinq hommes, à peine moins vaste qu’une salle de gymnastique, avec des piliers plantés à intervalles réguliers jusqu’au plafond. Pas la moindre trace de lits ! Et pour cause. Un de nos gardes-chiourme (le quartier-maître Foucart, comme il se présenta lui-même) nous a d’emblée expliqué – un peu trop vite à mon gré – comment il fallait s’y prendre pour suspendre un hamac entre deux piliers. Car tous les marins dorment dans des hamacs, c’est bien connu. Navigants comme rampants, il nous a fallu chaque soir déployer ce barbare attirail et y déposer des draps et des couvertures – ce qui n’est déjà pas simple – avant de tenter d’y grimper sans faire basculer tout l’édifice. L’opération complète, compte tenu des essais infructueux, pouvait prendre de quinze minutes à une demi-heure, selon le degré d’habileté des candidats au sommeil. La stabilité obtenue après de nombreuses tentatives, il fallait la maintenir pendant toute la nuit. Facile à dire pour ceux qui ont le sommeil paisible, mais gare aux agités, comme moi, qui se retrouvaient régulièrement sur le sol, accompagnés de leur literie ! Petit à petit, par la suite, j’ai acquis un équilibre instinctif qui me permettait de passer une nuit complète dans mon hamac. Je crois bien, l’habitude aidant, que je serais arrivé à dormir couché sur une corde raide. Parmi les « profs », comme on nous appelait, il y avait un blondinet d’apparence frêle, appelé Hubert de la Réole Dussain. Dès les premiers jours du service, malgré des dehors souriants, il me devint antipathique. Non à cause de ses origines nobles (ce n’était pas de sa faute), mais parce qu’il s’ingéniait en toute occasion à s’attirer les faveurs des chefs. Alors que les autres trouvaient la pitance tout juste mangeable, lui se pourléchait les babines ostensiblement, particulièrement quand un gradé passait dans le réfectoire. « Alors, La Réole, ça vous plaît ? – Excellent, tchîf ! » (Dans la marine, on dit tchîf à tous les galonnés supérieurs au grade de premier matelot.) Et quand il reposait ses couverts, on sentait qu’il regrettait de ne pas être désigné pour la corvée de vaisselle. A la moindre leçon technique, il se montrait avide de compléter ses connaissances. Il adorait s’instruire en posant des questions à tout bout de champ. S’il l’avait pu, il aurait pris des cours du soir. La mécanique du fusil n’avait plus de secret pour lui, depuis l’éjecteur jusqu’au trou d’évent. Son arme était la première démontée sur sa table, étalée, remontée, nettoyée. Il attirait alors l’attention de l’instructeur par un délicat raclement de gorge. Le parfait lèche-cul, quoi ! Je l’imaginais dans sa classe, plus tard, se répandant en platitudes devant son directeur. Je l’attendais aux séances de piqûres, ce vicelard. Allait-il encore être ravi de ce qui lui arrivait ? On nous avait appris que les deux premiers week-ends, les nouvelles recrues seraient consignées au quartier après les doses massives de vaccin qu’on allait leur injecter. J’ai oublié le nom des maladies contre lesquelles les bleus de toute arme étaient censés être immunisés. Mais en prime, les futurs marins (vrais ou faux, tous dans le même sac) avaient droit à une ration supplémentaire destinée à les prémunir contre la fièvre jaune, le paludisme, la maladie du sommeil et autres infections tropicales. Ce qui faisait quatorze piqûres au total, si je me souviens bien, sans compter la prise de sang, cerise sur le gâteau. Un infirmier plantait les aiguilles dans les dos alignés ; un autre balançait la sauce. J’ai compris pourquoi on ne nous permettait pas de rentrer chez nous : vingt-quatre heures après les séances, qui avaient lieu les deux premiers samedis, naturellement, pour ne pas nuire au service, nous avions tellement de courbatures dans tout le corps qu’il était quasiment impossible de sortir du hamac une fois qu’on s’y était hissé. Comme si on avait fait un stage sur un ring de catch. Un seul ne paraissait pas affecté par cette calamité. Devinez qui. Quelques semaines après ont commencé les attaques de section. Imaginez de pauvres diables, par groupes de neuf, déguisés en soldats, l’air farouche, la gueule noircie au bouchon brûlé, le casque surmonté de végétaux, le fusil braqué, courant en tirailleurs sur un terrain de préférence boueux, sous les ordres d’un gradé sadique, qui prenait un malin plaisir à crier « Couché ! » quand nous passions dans une flaque. Tandis que je demandais grâce, le fusilier de la Réole Duchose, béat, se relevait frais et dispos après chaque culbute et se lançait comme un furieux sur quelques mètres avant de se vautrer avec délectation dans la gadoue au commandement suivant. Après une heure de ce régime, nous étions lessivés. Le jeune héros, lui, en redemandait.


Ce n’est pas la bonne recette pour se faire des copains dans la chambrée. Le blondinet trouva plus d’une fois une souris crevée dans son sac, des punaises dans ses godasses ou du sable dans son fusil. Quand ce n’était pas les sangles de son hamac qui se décrochaient mystérieusement pendant son sommeil. Il s’en était plaint à son ange gardien Foucart qui n’avait pu que mettre en garde à la cantonade le fauteur de troubles, à qui il promettait de faire sa fête s’il lui mettait la main dessus. Comme les farces se multipliaient, Foucart se mit à nous prendre en grippe. Peut-être en avait-il luimême par-dessus la casquette des doléances continuelles du matelot martyr. Toujours est-il que nous dûmes subir quelques vexations collectives dont nous nous serions bien passés. Notre souffre-douleur les supportait avec dignité, persuadé qu’elles finiraient par lasser le coupable, qui se dénoncerait. Un matin à six heures, le quartier-maître Foucart ne se contenta pas de sonner le réveil. Il ajouta, la lippe mauvaise, avec une lueur de jouissance dans les yeux : « Exercice sur le terrain ! Rassemblement dans la cour en tenue de campagne, treillis de camouflage, souliers, guêtrons, ceinturon, casque, fusil, sac au dos ! Les hamacs doivent être roulés à leur place habituelle ! Au trot ! Je veux voir tout le monde en bas dans quatre minutes ! J’ai dit quatre minutes ! Exécution ! » Alors, tout engourdis de sommeil, les paupières à peine décollées, nous entendîmes la voix de la Réole de Mesdeux, sa voix suave, sa voix de faux cul : « Et si on est prêt avant, tchîf, est-ce qu’on peut déjà descendre ? » Récit extrait du livre « Etat de choc » Gus Rongy

CELUI QUI VENAIT D’AILLEURS Notre univers n’est pas unique. Il en est d’autres, éjectés du Big Bang, restés ignorés dans leurs structures, présentant un humanitarisme dont les membres, des hominiens, possèdent d’autres caractéristiques psychologiques que notre espèce terrestre. Est-ce vrai ? N’est-ce pas vrai ? Ce que je puis vous affirmer c’est qu’il m’est tombé du ciel (c’est bien moi qui étais visée. Allez savoir pourquoi ?) un rapport. Parfaitement, un rapport d’un de ces extra-terrestres. Je tiens à le partager avec vous car il vous concerne autant que moi. Voici : Quelle planète ! C’est un pouvoir quasiment occulte qui en régit l’économie et la politique. Ce pouvoir constitué de groupes appelés « multinationales « pille littéralement les richesses naturelles tout en exploitant une main d’œuvre à son service. Elles ont autorité sur les médias et peuvent déclencher des guerres selon leu convoitise et appétit de domination avec l’assentiment de gouvernants dévoués à leurs intérêts. Ironie ! Ils appellent « guerre humanitaire » les massacres des populations civile. Ces groupes constituent de petits empires qui se livrent entre eux une concurrence folle et jettent à la rue travailleurs et employés pour augmenter leurs profits. Les populations sont généralement dociles, même dans le continent Europe où, parait-il, les classes ouvrières ont, au siècle dernier, acquis des droits sociaux grâce aux luttes. Cependant, j’ai assisté il y a peu à quelques mouvements d’opposition de plus ou moins grande ampleur, mais, je ne pense pas que ces manifestations visent un changement radical de vie. Il s’agit plutôt de sursaut pour un peu plus de salaire. Quant à ceux qui sont carrément éjectés des sphères de production, qui deviennent parfois clochards, ils n’exigent plus rien. Ils ont perdu toute dignité et se tassent là où ils peuvent dans l’indifférence générale. « La condition humaine » passe à leurs yeux pour une fatalité de l’Histoire. Ainsi de la violence, ils n’en comprennent probablement pas l’origine située dans les exactions permanentes de leur système. Dans certains lieux des enfants de sept ans sont soumis à un travail mutilant ; des marchands d’esclaves fournissent une main d’œuvre taillable et corvéable à merci. La prostitution de femmes et d’enfants est dans les mains de bandes maffieuses et criminelles. La violence gangrène les sociétés du rang élevé des Etats aux bas étages des rues. Et la drogue… ! Un des plus juteux commerces qui conduit à la déchéance. Quasiment tout est déchéance sur cette planète. Les radiations de leur industrie nucléaire ont déjà provoqué des milliers de morts et les cancers s’y multiplient aussi prolifiques que leurs virus. C’est une planète mortifère. On y meurt de faim, de maladies, par tortures, guerres, assassinats et même par manque d’eau car ce don de la nature


n’est pas pour tous. Eton s’y suicide. Terrifiant. Mais, ils ne sont pas terrifiés. Ils parlent, ils parlent abondamment comme si leur glose devait édulcorer cette réalité insoutenable. Les politiciens sont passés maîtres dans le discours mensonger et parviennent à faire avaler des couleuvres. Des couleuvres, des économistes et philosophes en font avaler aussi. Et je n’ai vu aucun mouvement d’intellectuel, d’écrivains, d’artistes tirer un signal d’alarme devant les gouffres qui s’ouvrent et tiennent lieu d’avenir. Démocratie et droits de l’homme sont des leitmotivs des médias et de ceux qui ont droit à la parole. Je ne puis vous dire ce qu’ils entendent par-là, les peuples étant assujettis à ce que d’aucuns appellent « la loi du capital ». J’en conclus que cette loi du capital est instituée comme la liberté première, celle d’entreprendre, d’engager une main d’œuvre et de l’exploiter, et que cette liberté fonde leur démocratie. Les droits de l’homme, eux, tiennent surtout dans une liberté d’expression qui consiste à pérorer sans le moindre effet ni volonté d’action. Quelle planète ! Pervertie dans ses structures de haut en bas, avilie jusqu’en ses profondeurs minérales et végétales car leur planète, ils la crèvent. Et comme ils savent les vampires de la haute quand, vidée de sa moëlle elle n’aura plus que son agonie à leur offrir, ils envisagent déjà de découvrir dans la conquête de l’espace un terrain où la rapine sera également possible. Imaginez qu’un jour, ils plongent sur nous avec leur attirail de mort. Comment les arrêter dans leur convoitise de possession ? Comment protéger notre monde d’égalité, de paix, de douceur de vivre contre l’agression de ces prédateurs ? Ces barbares du 21ème siècle ? Barbara Y. Flamand

NO CULTURE, NO FUTURE ! Cela fait maintenant déjà plus de trois mois que toutes les activités artistiques ont été interrompues. Quatre-vingts jours durant lesquels les associations tentent quotidiennement d’interpeller les ministres fédéraux, sans succès. Aucun interlocuteur, aucun relais, aucune communication, aucune information ! Elles sont à peine évoquées au CNS alors qu’elles sont le premier secteur fragilisé par la crise, au même titre que le secteur de l’horeca. Les ministres ont pourtant reçu des informations chiffrées concernant tous les secteurs d’activités. Ils ont depuis plusieurs semaines une photographie documentée des dégâts déjà occasionnés par la crise, et des risques pressentis pour les mois à venir. Les industries culturelles et créatives constituent le troisième secteur d’activité du pays en nombre d’emplois. Pour sauver cet écosystème aux ramifications complexes et interdépendantes, il faut une stratégie concertée ! Le Fédéral doit prendre ses responsabilités, et des aides efficaces et interconnectées doivent se mettre en place, à tous les niveaux, sur base des demandes que les fédérations professionnelles représentatives de nos différents métiers formulent depuis de longues semaines. A tous les gouvernements de ce pays et les nombreux ministres de ces gouvernements qui ont des (morceaux de) compétences en matière de culture, il est maintenant grand temps de nous écouter … et d’agir : -Par la mise en place d’une concertation directe entre les Fédérations professionnelles et le Fédéral -Par la création d’un fonds d’urgence fédéral dédié aux artistes et aux techniciens, techniciennes, travailleurs et travailleuses des arts, avec ou sans « statut » de l’artiste, avec ou sans droits passerelles, avec ou sans droit au chômage temporaire de crise Covid-19. -Par un accord ferme et définitif sur une année blanche au-delà de la période de crise pour pouvoir justifier de nos droits pour l’obtention ou le renouvellement du « statut » dit de l’artiste. -En accordant le chômage temporaire pour tous les artistes et les techniciens ayant des contrats annulés ou reportés, planifiés au minima sur l’année 2020, mais aussi en s’engageant sur un accès des entreprises culturelles au chômage temporaire pour leurs employés jusqu’à la reprise effective des activités de nos secteurs. -En offrant, sans plus attendre, des perspectives cohérentes de déconfinement pour nos activités artistique et créatives, tenant compte à la fois de mesures sanitaires communes à respecter, mais aussi des nombreux cas de figure différenciés, pour lesquels les protocoles doivent pouvoir être adaptés. Découvrez la vidéo (reprenant des centaines d’artistes belges comme François Damiens, Déborah François, Pablo Andres, Jaco Van Dormael, Olivier Gourmet, Anne Coesens, Lubna Azabal, Jérémie Renier et bien d’autres encore) postée le 19 mai 2020 sur youtube en tapant simplement noculturenofuture.

Profile for eag.gallery

Bruxelles culture juillet 2020  

Bruxelles culture juillet 2020  

Recommendations could not be loaded

Recommendations could not be loaded

Recommendations could not be loaded

Recommendations could not be loaded