Bruxelles Culture avril 2022

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BRUXELLES CULTURE 5 avril 2022 Brussels Diffusion asbl Contact et abonnement gratuit : pressculture4@gmail.com

RENCONTRE : THIERRY-MARIE DELAUNOIS


RENCONTRE : THIERRY-MARIE DELAUNOIS Auteur, chroniqueur littéraire et événementiel, Thierry-Marie Delaunois consacre actuellement une grande partie de son temps à la mise en valeur de nos Lettres belges, dont il dit: « Véritable expression de notre profondeur et de nos émois face aux dérives et aux travers de notre monde, elles témoignent sans conteste de notre combat au quotidien sur tous les fronts et de notre survie, mission première: enseigner et transmettre! ». Rencontre. - Bonjour Thierry-Marie, dites-moi, qui êtes-vous et quelle est votre formation ? -Tout d'abord si vous me le permettez, un grand merci pour cette interview que vous m'accordez. Qui je suis ? Je dirais que je suis avant tout ce que je pense...Bon, soyons sérieux ! Je suis le fils d'un philologue classique professeur d'université (UCL, Belgique) à présent retraité et d'une régente germanique, qui n'est plus depuis longtemps, j'aurais donc dû, dès le départ, nager dans les langues, les mots, les Lettres mais ce ne fut pas le cas : après des humanités Gréco-latines, je me suis lancé dans des études paramédicales, qui m'intéressaient, et je suis devenu assistant de laboratoire clinique aux Cliniques Universitaires Saint-Luc, Bruxelles. Mais l'envie de lire m'est brusquement revenue, même celle de me mettre un jour à écrire. Elle m'avait abandonnée en fin d'adolescence. Curieusement. La vie, ses arabesques et ses ellipses... - Que lisiez-vous lorsque vous étiez adolescent ? - Oh ! Ce que je lisais, c'était principalement de l'aventure, du suspense, de belles histoires d'amour. J'ai beaucoup lu de romans des bibliothèques vertes et roses. Il y avait aussi de grands auteurs d'une certaine époque dans des genres parfois bien déterminés : Guy Des Cars, Barbara Cartland, et bien d'autres... Et je n'ai pas échappé à Vol de nuit, au grand Meaulnes, au Petit Prince, etc. - A quel âge avez-vous été tenté par l’écriture ? - Vers mes dix-sept dix-huit ans, fasciné par le genre policier ainsi que le pur suspense, je me suis lancé par amusement dans l'écriture d'un roman policier, mes enquêteurs s'appelaient Bernier et Depage. Quand j'ai remarqué que je parvenais assez facilement à clôturer mes histoires, j'ai récidivé avec mes personnages à titre d'exercice personnel. C'était avant l'arrivée d'Internet. J'ai ainsi écrit en dix ans environ six manuscrits qui ont abouti dans une caisse. Un seul en est ressorti...vivant et publié. J'ai aussi écrit très jeune des articles pour le courrier des lecteurs de divers journaux et à ma grande surprise, ils ont presque tous été publiés. - En quelle année, avez-vous confié un manuscrit à un éditeur ? De quelle manière ce dépucelage littéraire s’est-il déroulé ? - Si j'ai bon souvenir, l'aventure de l'édition a débuté pour moi en 2006. J'ai suivi la filière classique de recherche d'un éditeur, un vrai parcours du combattant, pour finalement être accepté début 2007 par une maison d'édition du sud de la France. Tout s'est bien passé durant le processus mais je n'en revenais pas d'être publié et avec toutes les surprises qui vont avec... Le titre de ce roman , c'est Reflets. Il raconte les déboires de deux jeunes femmes face à un meurtrier assez retors auquel elles doivent échapper. J'y ai inséré une histoire d'amour. Ce suspense se déroule en plein Bruxelles. - Chaque expérience permet de tirer une leçon. Qu’avez-vous appris en acceptant de publier ce manuscrit ? - Ce que j'ai appris... L'éditeur est consciencieux, il travaille en étroite collaboration avec l'auteur par l'intermédiaire de l'un de ses services; dès qu'un problème se pose, il n'hésite pas à vous contacter pour trouver une solution; du côté de l'auteur, s'il y a une question, la réponse ne traîne pas à venir depuis l'acceptation du manuscrit jusqu'à la mise en œuvre finale. J'en retire une écoute sérieuse et une attention aux souhaits de l'auteur, ce qui met en confiance pour la suite. Chez ce premier éditeur, j'ai publié trois romans mais attention : il n'est pas question pour l'auteur de ne vouloir en faire qu'à sa tête. J'apprends


donc aussi les contraintes liées à une publication comme la mise en page et le contenu des première et quatrième de couverture. - A ce jour, combien de livres ont-ils publiés ? - Il y a eu sept romans, le texte d'une pièce de théâtre, deux recueils et deux nouvelles en format de poche, soit douze publications au total. Pour découvrir ma prose, je conseillerais de lire avant tout « Auprès de ma blonde », mon sixième roman paru chez Chloé des Lys, Barry, région de Leuze, Belgique. C'est un suspense psychologique dans lequel je tente de faire part égale entre narration et dialogues. Dans ce roman, il y a à la fois du drame et du léger. Un condensé en fait de mon propre intérieur. Son écriture a été plaisante. - Possédez-vous des thèmes récurrents ou cherchez-vous constamment à changer vos univers ? - Tout vient du fond de moi-même avec des variantes. Les constantes sont le cœur, la sincérité, les rapports souvent difficiles entre les êtres, la nécessité du ensemble pour pouvoir s'en sortir, la volonté d'aller au bout des choses. Les variantes sont fonction du genre : suspense, policier, romance, aventure comme avec « L'île joyeuse », mon quatrième roman. J'ai donc mon propre univers mais il est vaste, ouvert, parfois fou, débridé ,.. Lire « Au fil d'Isis » pour en découvrir un aperçu. - Pour vous un manuscrit est prêt à être proposé à la publication quand … - Ah ! Une fameuse question ! Je ne suis jamais satisfait de mon premier jet surtout lorsque l'écriture prend plus d'un an. Cela s'est produit deux fois. Après avoir éliminé le superflu (souvent des adverbes, des adjectifs, parfois des verbes d'état), avoir traqué les lourdeurs, les répétitions – cela arrive -, les incohérences – oui, parfois, par inattention – et d'éventuelles contradictions, avoir également fluidifié le style au maximum, j'estime mon manuscrit prêt à partir ... - Y a-t-il des erreurs que vous ne referiez plus ? - Des erreurs, comme tout le monde, j'en fais. Tout d'abord, au niveau du style, il faut éviter une surcharge de participes présents, un exemple parmi d'autres. Ils alourdissent le texte et ce conseil me vient de Eric-Emmanuel Schmitt en personne. Oui, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec lui sur bien des points. Et quand on recherche un éditeur, il vaut mieux toujours débuter par le haut du panier. On ne sait jamais même si les comités de lecture sont généralement très exigeants. - Qu’est-ce qui caractérise un bon éditeur ? - Encore une fameuse question mais j'y réponds avec plaisir. Le bon éditeur pour moi doit avant tout être proche de l'auteur, il doit savoir l'écouter et apprendre à le connaître. Ses souhaits, ses espoirs, ses attentes, son humanité en fait car de bons rapports dès le départ génèrent une meilleure collaboration de l'alpha à l'oméga du processus. Il doit également ne pas le lâcher après la publication de l'ouvrage. La promotion se fait en binôme selon moi, ainsi que les rencontres. - Depuis plusieurs années, vous participez aux Rencontres littéraires de Bruxelles. Pouvez-vous me parler de ces rencontres ? - Volontiers ! Il s'agissait au départ de rencontres mensuelles avec trois auteurs au menu, présentation en alternance, questions/réponses, séance de dédicaces et annonces les caractérisaient et il y avait chaque fois une thématique bien déterminée autour de laquelle tournaient les ouvrages en présentation. Et cela se terminait par le verre des amitiés littéraires. - Quel nouvel angle d’approche comptez-vous apporter à ces rencontres-dédicaces que vous reprenez désormais en solo ? - Deux auteurs et plus trois, tous les deux mois, plus de légèreté et d'échanges avec le public, la disparition d'une thématique, la parole essentiellement aux auteurs, un temps libre d'expression proposé à chaque


auteur, ce sera le moteur des rencontres littéraires de l'Espace Art Gallery. Les auteurs invités viennent de tous les horizons. - Quel est le moteur qui vous anime ? - Placer de l'amour, de la profondeur, de la sincérité et de l'authenticité dans mes activités, et le tour est joué ! Tout va toujours mieux quand les choses sont faites en correspondance avec soi-même, son moi profond. Quand les autres sentent qu'on est dedans, en général ils suivent ... Chaleur et convivialité sont essentielles. - On vous a rencontré il y a deux ans à la Foire du Livre de Bruxelles, alors que vous y présentiez l'un de vos derniers romans. Que pensez-vous de cette vitrine gigantesque ? - Oui, j'y étais et c'est toujours avec plaisir que je m'y rends ou que j'y participe. Je n'ai pas raté une seule édition depuis 2013, les rencontres-dédicaces ont été nombreuses. C'est, comme vous dites, une vitrine gigantesque davantage proche d'une foire que d'un salon comme celui de Paris auquel j'ai également participé à quatre ou cinq reprises. Ce genre d'événement est nécessaire et même vital pour les auteurs qui sont soit en manque soit en attente d'une certaine reconnaissance qu'ils obtiennent par leur présence et les nombreux contacts qu'ils parviennent à nouer, la dédicace étant «le summum» pour certains d'entre eux. Les petits éditeurs sont bien représentés, je l'ai constaté maintes fois car je prends également toujours le temps de faire le tour complet de la foire du livre. Les quatre jours sont nécessaires pour cela et la satisfaction se lit souvent sur les visages, ceux des auteurs et des visiteurs heureux de pouvoir rencontrer leurs idoles. - Si un auteur souhaite soumettre un manuscrit à un éditeur, il importe de maîtriser quelques règles. Quelles sont-elles ? - Il y a règles et règles, c'est-à-dire que se côtoient rigueur et souplesse. Cela dépend des éditeurs, de ce qu'ils proposent exactement à l'auteur, mais cela dépend également de ce que recherche l'auteur. S'il accepte de payer pour se faire publier, c'est son droit. D'autres y voient une arnaque ? C'est parce qu'ils voient les choses différemment. Eviter les éditeurs à compte d'auteur, c'est tout de même conseillé car les sommes engagées sont parfois énormes par rapport au résultat final sur le plan des ventes et de l'aura de l'ouvrage publié. Une règle essentielle selon moi, c'est avant tout de s'informer sur la maison à tous points de vue: rayonnement, distribution et avis principalement. Interroger d'autres auteurs sur leurs expériences est également capital pour se faire une idée précise sur la manière dont ça se passe. - A partir de quel nombre de livres vendus un auteur en Belgique peut-il se sentir satisfait ? - Pour moi ce n'est pas le nombre qui importe mais je pense que dès que l'on atteint trois publications, cela veut dire quelque chose et pas n'importe quoi. On continue alors sur sa lancée avec plus d'assurance et de motivation mais, à nouveau, cela dépend de l'objectif que s'est fixé l'auteur. Pourquoi écrit-il ? Qu'attend-il exactement de ses écrits ? Quel est le but final ? A chacun sa voie en écriture en fait ! - Sur quel projet travaillez-vous actuellement ? - Il est en fait assez secret même si j'en ai un peu parlé dans mon entourage en évoquant seulement le genre. Je travaille actuellement sur mon huitième roman qui devrait être un roman policier, un fameux défi pour moi. Le premier jet fait ceux cent vingt pages, c'est mon roman du confinement que je reprendrai en mains dès le printemps prochain. Sans délai, sans pression! Retrouvez Thierry-Marie Delaunois sur le site officiel www.thierrymariedelaunois.com Propos recueillis par Daniel Bastié


EXPOSITION : PORTRAIT DE FEMMES Elles sont à l’honneur à la Villa Empain jusqu’au 4 septembre. Vous saurez tout sur ces femmes qui ont fantasmé le regard de l’homme depuis la Préhistoire. Quatre-vingt-cinq pièces anciennes et contemporaines nous les présentent à travers cinq thématiques : A l’origine, Femmes dans un intérieur, Nue : modèle et muse, Portraits et autoportraits et La question du genre. Pour les découvrir, les deux Sirènes d’Ulysse nous accueillent dans le patio central de la Villa. Elles sont là en faction et en béton, d’un poids qui a pesé de toute leur masse, pour nous poser cette question : la femme est-elle bien celle qu’a rêvée l’homme au fil des siècles ? Est-elle bien celle qui a habité ses fantasmes et qu’il a déshabillée du regard ? Qu’il a exposée le plus souvent nue pour satisfaire ses désirs charnels ? « Les femmes doivent laisser paraître des gestes pudiques, les jambes serrées étroitement, les bras rassemblés, la tête basse et inclinée », écrivait Léonard de Vinci à la Renaissance pour présenter la femme modèle des peintres, qu’il a exaltée dans ses œuvres. Il l’a enveloppée d’un léger sfumato qui la laissait dans les brumes du regard, comme un ange irréel qui flirtait avec l’au-delà. Et qui cachait pudiquement son corps. L’histoire de l’art nous montre tout le contraire, et cette exposition en témoigne à travers 85 pièces anciennes et contemporaines, les statuettes préhistoriques étant des moulages recueillis dans les musées. Voici 25 000 ans A l’époque du gravettien, des statuettes aux dimensions modestes mettent les charmes féminins en valeur. Est-ce de l’embonpoint pour souligner le charme de la femme à l’époque où les chasseurs couraient derrière le gibier pour nourrir la tribu ? Ou ces femmes sont-elles enceintes ? Est-ce un culte rendu à la fertilité ? La trace des mains féminines dans les grottes suggère que des femmes aient participé à ces représentations qui sont parfois perforées pour être portées au cou. Vous verrez la Dame à la capuche, la Dame à la corne ou la Vénus de Willendorf. Deux statues africaines aux attributs féminins exagérés montrent que le culte de la fertilité persistera dans toute l’Afrique noire. Le cheval de Troie est figuré par le sculpteur Johan Creten comme une moule de mer sous la forme d’une femme qui se recroqueville sur elle-même au moment où on va la toucher. La métaphore est évidente : la moule se cache à l’homme avant d’être déflorée. C’était le lot des femmes dans l’Antiquité. Cela le reste pour beaucoup d’entre elles dans le monde. Hélène ou Pénélope attendaient le retour du guerrier. Ulysse mit vingt ans pour revenir à Ithaque. La reine dut user du stratagème d’une toile à tisser et à détisser pour tenir les prétendants à distance. Cette image de la femme seule menant son combat est illustrée par des portraits de Paul Delvaux, Constantin Meunier, Léon de Smet ou Edgard Tytgat, peintre flamand. Les demoiselles Vanderborgh du peintre bruxellois Charles Hermans montre des femmes confinées dans un intérieur domestique qui ressemble au gynécée des Grecs. Une autre peinture de l’Ostendais James Ensor montre plusieurs femmes nues. L’une est Cléopâtre tenant dans ses mains un serpent qui va mettre fin à ses jours. L’autre est Lucrèce Borgia, outil du pouvoir masculin, qui se poignarde après le viol qu’elle a subi. Une autre encore représente une femme nue à côté d’une madone voilée. Quentin Metsys, banni d’Anvers au XVIe siècle, à l’époque où le protestantisme était sévèrement réprimé, serait l’inspirateur de ces


sujets. Ceux-ci montrent que l’image de la femme est essentiellement un produit masculin, correspondant à des stéréotypes qui n’ont pas varié au cours des siècles. Lucrèce Borgia n’est pas morte violée selon la légende. Le regard masculin La femme est une denrée convoitable à souhait, faite pour être possédée. Les œuvres rassemblées dans la chambre d’amis parlent du regard masculin porté sur le visage, le corps, la personnalité ou l’activité des femmes. Femme de chair et de désir, elle exalte dans sa nudité son impudeur et sa liberté chez Edgar Degas (Après le bain, femme s’essuyant) et chez l’Anversois Isidore Verheyden (Les baigneuses). Les nus présentés dans cette chambre questionnent le modèle sur son intimité avec l’artiste. Le peintre est celui qui dévoile la femme dans des postures intimes : dormant, s’éveillant ou allant au bain. Camus, méditerranéen et solaire, disait que l’érotisme s’y glissait subrepticement, par la négligence du détail. Le pensait-il vraiment ou voulait-il effacer l’intention première de l’artiste qui s’était approprié le corps féminin ? Orientalisme La diffusion des Mille et une Nuits traduites en 1704 par Antoine Galland a fait déferler en Occident la vague de l’Orientalisme. Des peintres comme Ingres ou Eugène Delacroix attribuent à la femme orientale une sensualité et un exotisme exacerbés, souvent à la limite de l’érotisme, issus des mystères des harems orientaux. Les femmes y sont à la disposition du sultan. Les toiles représentent des femmes dans des intérieurs mauresques, la tête inclinée comme le voulait Léonard de Vinci, et vêtues de sarouels. Il faudra attendre 1960 pour que le statut de la femme évolue dans notre société et la sorte des carcans de l’imaginaire masculin. Le reste de cette exposition foisonnante est consacré au regard contemporain porté sur la femme dans la seconde moitié du XXe siècle. Notamment à travers de nouveaux médias comme la photo, le cinéma ou la vidéo. Vous serez tenu(e)s au courant de cette deuxième partie dans nos prochaines éditions, écriture inclusive de rigueur ici. A voir et à savourer jusqu’au 4 septembre dans une mise en scène de Louma Salamé, directrice de la Fondation Boghossian qui couvre l’exposition. Plus de détails sur www.villaempain.com. Avenue Franklin Roosevelt, 67 à 1050 Bruxelles. Michel Lequeux


EXPOSITION : BEFORE TIME BEGAN L’univers aborigène émerveille et intrigue. Aux yeux des non-initiés, il est chargé de mystère. Les premiers habitants d’Australie sont les héritiers depuis 65.000 ans de la plus ancienne culture ininterrompue au monde. Leur culture est vaste et riche sans pour autant s’exprimer par des ouvrages d’architecture, des textes écrits ou des œuvres d’art mobiles. Aujourd’hui comme jadis, le savoir ancestral se transmet oralement et passe de génération en génération au cours de rituels et de cérémonies. Le concept de « Rêve » y tient un rôle essentiel. Le Rêve est une époque mythique au cours de laquelle des êtres ancestraux comme les Tingari, les Sept Sœurs, le Serpent Arc-en-ciel et de nombreux autres ont créé la terre, la faune et la flore, les êtres humains, l’eau, les étoiles... Le mot « Rêves » s’applique à ces esprits mais aussi à leurs voyages et à leurs créations. Ce Temps du Rêve des Aborigènes n’a cependant rien en commun avec la conception du temps des Occidentaux. C’est un temps hors du temps, un temps universel. La Création est à la fois passé, présent et futur. Cette exposition explore le Rêve et la Création, mais aussi la naissance de l’art contemporain. L’exposition est construite autour de plusieurs moments de production artistique : quelques peintures traditionnelles sur écorce des années 1950 (et au-delà) faisant usage de pigments naturels et en provenance de la Terre d’Arnhem ; des travaux des régions désertiques des années 1970 et du mouvement artistique naissant du désert occidental, où les artistes s’essaient à la couleur industrielle sur toile et sur panneau ; mais aussi les productions les plus récentes, parfois monumentales, de divers artistes contemporains, individuelles ou collectives. Deux court-métrages mettent en scène un groupe de femmes et un autre d’hommes, tous artistes et créant des œuvres collaboratives. Tandis qu’ils s’activent, ils racontent des histoires, chantent, rient et dansent. Si ce qui est réservé aux initiés ne se divulgue pas, les œuvres d’art illustrent des récits mythiques ancestraux et témoignent d’une connexion avec, et d’un profond respect pour la terre et la nature. L’exposition présente en point de mire l’installation Kulata Tjuta (Beaucoup de lances), créée par un groupe d’artistes de tous âges issus de certains des centres artistiques des Terres APY (Anangu Pitjantjatjara Yankunytjatjara). Mille cinq cents lances sont agencées pour évoquer un kupi kupi, un tourbillon de poussière en forme d’entonnoir comme ceux qui surviennent dans les régions désertiques. Une lance vise sa cible tandis que la direction prise par un tourbillon est aléatoire. Un kupi kupi parcourt le temps (du passé ancestral à aujourd’hui en passant par la colonisation) et entraîne quantité de débris sur ce chemin tumultueux. C’est une manifestation de l’âme d’un défunt, mais aussi une métaphore de la société actuelle dont l’avenir est incertain. La dernière section de l’exposition présente le travail du photographe et artiste contemporain Michael Cook. Cook s’intéresse à l’idée de « civilisation ». Il expose sa série Civilised, composée de photographies d’Aborigènes d’Australie vêtus de costumes historiques des puissances européennes qui visitèrent l’Australie au début de la colonisation. Un événement à découvrir au Musée Art et Histoire jusqu’au 29 mai 2022. Plus de détails sur le site www.kmkg-mrah.be Parc du Cinquantenaire à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : ORIENT-EXPRESS Mythique, luxueux et belge, voilà l’Orient-Express ! Il a été raconté que lors d'un voyage de plusieurs mois aux Etats-Unis en 1867, l'ingénieur liégeois Georges Nagelmackers a découvert les sleeping-cars ou wagons-lits conçus par l'industriel américain George Pullman. Si ces trains étaient bien plus avancés technologiquement que ceux d’Europe (plutôt inconfortables à l'opposé du luxe américain). Dès lors, il lui est venu l’idée de créer des trains de nuit à destination d'une clientèle aisée et qui s’accommoderait d’un bien-être ostensible. En 1882, il a donc lancé une ligne ferroviaire Paris-Vienne qui a récolté un énorme succès. Pourquoi ne pas poursuivre dans cette voie, puisque l’achat de billets s’envolait ? Relier Constantinople, voilà le pari suivant ! Depuis, ce train est entré dans la légende grâce aux médias, à certains écrivains qui en ont fait le cadre d’action de divers romans et par le truchement du cinéma. Qui a oublié Hercule Poirot à bord du susdit train pour l’une de ses enquêtes les plus célèbres ? Train World accueille une exposition exceptionnelle consacrée à l’épopée de l’Orient-Express ainsi qu’à son créateur. A cette occasion, des wagons sont présentés au public. Cet événement-phare fait également la part belle à des œuvres d’art décoratif et à des documents uniques retraçant cette aventure inscrite dans les annales et la mémoire collective. A cela, le parcours évoque enfin les rêves qu’il a engendrés à travers le regard de plusieurs artistes, des plus connus comme Agatha Christie aux plus ténus, tout en rendant hommage aux artisans d’art qui ont contribué à bâtir sa réputation. Une exposition à découvrir jusqu’au 17 avril 2022 à Train World. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.trainworld.be Place Princesse Elisabeth, 5 à 1030 Bruxelles Paul Huet

EXPOSITION : BRUSSELS TOUCH Qu’est-ce que la Brussels Touch ? Un mythe ? Une formule inventée par l’un ou l’autre journaliste avide de formules ? Un titre lâché en haut d’une affiche ? Une réalité ? Voilà une exposition destinée à montrer ce qui se fait en matière de mode dans la capitale, vectrice d’inspiration et carrefour des talents. Natifs, installés provisoirement pour leurs études ou ayant pignon sur rue, les créateurs représentés dans le cadre de cette manifestation s’imprègnent de notre ville singulière et cosmopolite pour ouvrir de nouveaux horizons. Cet événement inédit invite à découvrir l’empreinte de nos quartiers sur la mode contemporaine, depuis les années 1980 jusqu’à nos jours. Il interroge les caractéristiques des collections qui sortent de nos ateliers et cherche à circonscrire cet « esprit de Bruxelles » à travers le talent de trentetrois signatures à découvrir sous forme de parcours libre. En l’occurrence : Annemie Verbeke, Anthony Vaccarello, Beauduin-Masson, Cathy Pill, Cédric Charlier, Chevalier Masson, Christophe Coppens, David Szeto, Delvaux, Elvis Pompilio, Emmanuel Laurent, Éric Beauduin, Ester Manas, Éts Callataÿ, Gioia Seghers, Girls from Omsk, Jean Paul Knott, Jean-Paul Lespagnard, José Enrique Ona Selfa,Julien Dossena, Lætitia Crahay, Léa Peckre, Marine Serre, Mosært, Olivia Hainaut, Olivier Theyskens, Own, Union pour le Vêtement, Sami Tillouche, Sandrina Fasoli, Sofie D’Hoore, Tony Delcampe et Sandrine Rombaux, Xavier Delcour. Cette exposition se déroule au Musée de la Mode et de la Dentelle jusqu’au 15 mai 2022. Plus de détails sur le site www.fashionandlacemuseum.brussels Rue de la Violette, 12 à 1000 Bruxelles Amélie Collard


EXPOSITION : AVRIL À ESPACE ART GALLERY Les expositions se succèdent à Espace Art Gallery sans forcer la spirale de la routine, passant d’artistes de renommée internationale à d’autres moins connus, mais qui méritent largement une mise en avant de leurs créations. Pour ce mois d’avril, Djamila Gassoian vient accrocher ses peintures aux cimaises de la galerie bruxelloise. Ce qui fascine dans son travail reste son approche de la place de la femme dans la société. Bien qu’elle réfute toute démarche politique, elle utilise cette thématique pour nous renvoyer la force et l’énergie féminine opprimée, niée ou assassinée dans de trop nombreux pays, là où la lutte est loin d’être achevée. A travers ses tableaux, c’est donc une militante qui s’exprime en prenant le pinceau pour générer des œuvres colorées et lumineuses car, pour elle, la lumière demeure révélatrice d’espoir, d’avenir et de lucidité. Trois éléments qui conduisent à l’épanouissement de soi et à la liberté. Cette plasticienne peint depuis une vingtaine d’années et réside aujourd’hui en région liégeoise. Les peintures rassemblées dans le cadre de cet événement ont été regroupées sous le titre générique « L’âme, le corps qui parle … » Tout un menu ! Les peintures de l’artiste animalière Stéphanie Latour occupent une autre salle de la galerie. Amoureuse des chevaux depuis son plus jeune âge, elle s’est spécialisée dans la reproduction au pastel, aux crayons de couleur ou à l’huile pour faire ressortir toutes les expressions qui caractérisent nos amis à quatre pattes. Evidemment, ce qui compte pour elle importe pour nous. Avec énormément de finesse, elle traite chaque sujet et invite l’œil à se raccrocher à chacune des toiles qu’elle compose, rien que le plaisir d’être conquis. Quant au sculpteur Philippe Stévenart, il propose une série de pièces en 3D qui portent la trace de l’abstraction, un ouragan de métal marqué par l’érosion et un monde envisagé à travers le prisme de son imaginaire. Il y a également chez lui la volonté de sortir des lieux communs pour pousser l’expérience le plus loin possible. Avec beaucoup d’à-propos, il nous convie à une fête hybride faite de formes qui pourraient s’inscrire avec des accents de surréalisme joyeux. De son côté, Edwin Ijpeij présente des photographies sensuelles qui mettent en relief la beauté des formes et les entraînent dans une sarabande aux saveurs à la fois douces, sucrées et parfois épicées. Le tout de manière forte et attrayante ! Enfin, Jerry Delfosse, patron de l’enseigne, profite de ce mois pascal pour sortir de ses cartons des gravures en noir et blanc qui, aussi, croquent le plus souvent des animaux en pleine action ou au repos. Un peu de douceur est bienvenue dans une société de plus en plus brutale et victime de l’individualisme. Cette exposition est à découvrir du 7 au 30 avril 2022 du mercredi au samedi et de 11heures 30 à 18 heures 30. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Sam Mas


EXPOSITION : SOL LEWITT Né à Hartford (Connecticut) dans une famille d’immigrants juifs venus de Russie, Solomon (Sol) LeWitt est l’un des pionniers de l’art conceptuel et minimal, réputé notamment pour ses Wall Drawings (dessins muraux). Bien qu’il ne soit pas religieux, menant une vie sécula risée, il entretient tout au long de sa vie des liens discrets mais tenaces avec son héritage juif. Dans les années 1990, il s’engage plus activement au sein de sa communauté à Chester (Connecticut) jusqu’à en concevoir la nouvelle synagogue de la Congréga tion réformée Beth Shalom Rodfe Zedek qui sera inaugurée en 2001. Pour Sol LeWitt, la conception d’une synagogue relevait d’un problème de formes géométriques dans un espace qui se conforme aux usages du rituel. À l’appui d’archives, de dessins, de photographies et de témoignages, l’exposition explore la genèse de ce projet majeur, resté jusqu’à aujourd’hui peu connu du grand public. L’exposition aborde également un autre aspect oublié de la carrière de Sol LeWitt : les relations étroites que l’artiste a développées tout au long de sa carrière avec des collectionneurs, des galeristes et des artistes basés en Belgique. Seront présentés, entre autres, le Wall Drawing #138, réalisé pour la première fois à Bruxelles dans la galerie MTL – qui joua un rôle pionnier dans l’introduction de l’art conceptuel en Belgique -, mais également la collaboration de Sol LeWitt avec l’architecte Charles Vandenhove pour l’aménagement du Centre Hospitalier Universitaire de Liège. Toutes les œuvres montrées dans l’exposition sont issues de collections publiques et privées belges, ainsi que de la Collection LeWitt. Quant à la réalisation des Wall Drawings, directement sur les murs du Musée Juif de Belgique, elle est l’occasion d’une expérience participative exceptionnelle, rassemblant aux côtés de dessinateurs professionnels de l’atelier LeWitt de jeunes artistes et étudiants en art plastique basés à Bruxelles. Pour chaque dessin mural, des équipes sont constituées autour d’un assistant professionnel qui accompagne et guide les apprentis. Cette initiative pédagogique est une opportunité unique pour ces derniers d’être associés au processus de création d’un des plus grands artistes américains. Un événement à découvrir au Musée juif de Belgique jusqu’au 1 er mai 2022. Plus de détails sur le site www.mjb-jmb.org Rue des Minimes, 21 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : KASPER BOSMANS Kasper Bosmans est un conteur. Fasciné par les histoires, il en dénoue les fils et les tisse différemment, de manière ludique, afin de créer de nouvelles histoires. Agissant toujours à partir d'exemples concrets, qu'il s'agisse d'une anecdote, d'une recette artisanale ou d'un fait divers, Bosmans utilise les traditions locales et vernaculaires pour développer un discours globalisant. Ses œuvres vernaculaires prennent des formes éparses pour développer un discours globalisant. Ainsi, chez lui, on se trouve confronté à des peintures murales géantes ou à des panneaux de petite structure qui ressemblent à des boucliers ou à des illustrations pour livres. Evitant le didactique, il s’emploie à se contenter de traces ou indices qui permettent d’entrer dans son travail, en suggérant et sans jamais contraindre. A une époque croissante de polarisation croissante, il mélange des références appartenant à différentes époques et cultures et pour en dégager les similitudes. Pour aller encore plus loin dans sa démarche, il ose des titres suggestifs, sa faisant parfois allusions. Son travail est à découvrir au Wiels jusqu’au 31 juillet 2022. Plus de détails sur www.wiels.org Avenue Van Volxem, 354 à 1190 Bruxelles

EXPOSITION : HUGUETTE CALAND Cette exposition propose le point de vue exubérant et non conventionnel que porte Huguette Caland sur la vie et l’art. Elle célèbre la façon qu’a l’artiste de défier les représentations traditionnelles de la sexualité, du corps et du désir, transgressant les inhibitions et les conventions. Tout en prenant part à la vague de libération des années 60, la plasticienne développe ici un langage esthétique hypnotisant et tout à fait singulier, confirmant que son travail est une pierre angulaire du modernisme du Levant. S’articulant sur un demi-siècle de création, cette manifestation se veut un panorama objectif de cinq décennies de pratique artistique avec une centaine d’œuvres sélectionnées, qu’elles soient papier ou tissus divers, et résume une démarche sûre et singulière qui développe des thèmes tels que la dualité, la transgression et la sexualité. Autant de sujets qui ont servi de boussole au parcours d’une artiste contemporaine sur laquelle il importe de revenir. Décédée en 2019 à l’âge de quatrevingt-huit ans, Huguette Caland mérite qu’on se souvienne d’elle et de ses créations. Une rétrospective à découvrir au Wiels jusqu’au 12 juin 2022. Davantage d’informations sur le site www.wiels.org Avenue Van Volxem, 354 à 1190 Bruxelles


EXPOSITION : LE PETIT PRINCE L’exposition « Le Petit Prince » fait se croiser deux mondes. Celui d’Antoine de Saint-Exupéry, le romancier, et celui de son personnage le plus célèbre. C’est toutefois Marie de Saint Exupéry, la maman de l’écrivain qui sert de guide. Comme elle l’a fait de son vivant lors de conférences ou d’entretiens, elle raconte la vie et l’œuvre de son fils. Une mise en contexte émouvante que justifient les liens particuliers, denses qui unissaient la mère à son fils. Ce fil rouge se dévide dans l’audioguide qui accompagne le visiteur tout au long du parcours. Si Le Petit Prince est connu à travers le monde, la vie de son auteur l’est sans doute moins. Pourtant, celui-ci a toujours nourri son œuvre de sa propre vie. Et quelle vie ! Aviateur passionné, pionnier de l’aviation, notamment de l’Aéropostale à l’égal d’un Mermoz ou un Guillaumet, écrivain combattant lors de la Seconde Guerre mondiale, Antoine de Saint Exupéry est un personnage de roman aux multiples facettes. Et un homme amoureux de la vie et de l’humanité. C’est la première fois qu’autant d’objets personnels, photos, manuscrits et dessins sont ainsi rassemblés pour raconter la vie de l’auteur. Le visiteur feuillette ce roman vrai dont chaque chapitre est mis en scène pour le plonger au cœur d’une vie et d’une époque, celle des fous volants. Des répliques d’avions voisinent avec des projections de films, des montages audiovisuels, des témoignages de l’écrivain, de sa famille, de ses amis. Jusqu’à sa disparition mystérieuse au-dessus de la Méditerranée, un jour de juillet 1944. Sa dernière mission. Le monde du Petit Prince et celui de son créateur vont se rejoindre dans un espace immersif grandiose où le visiteur assiste à un jeu de cache-cache entre l’auteur et son célèbre personnage. Au milieu d’un décor fabuleux, ils se trouvent, se perdent, se poursuivent dans un show qui sollicite toutes les ressources audiovisuelles actuelles. Au point que la vie réelle de l’un finit par se confondre avec celle, rêvée, de l’autre. Un chassé-croisé haletant qui se termine par un happy end en apothéose. Le visiteur est appelé à s’exprimer, à réagir, à faire des choix dans un atelier interactif. Mis face à des situations issues de la vie et l’œuvre de l’écrivain, il devra choisir parmi des réflexions, des attitudes et des réactions celle dont il se sent le plus proche. Il pourra aussi y laisser des messages à destination des autres visiteurs mais aussi de tous ceux qui, à travers le monde, soutiennent la Fondation Saint Exupéry. Une exposition dans laquelle on s’immerge et à voir et à apprivoiser à Brussels Expo jusqu’au 30 juin 2022. Plus de détails sur le site www.expo-petitprince.com Place de Belgique, 1 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : RINUS VAN DE VELDE S’appuyant sur diverses techniques allant du dessin à la sculpture, Rinus Van de Velde crée un univers en miroir, dans lequel des éléments issus de la réalité et de la fiction se fondent en un récit unique. Voyageur de salon autoproclamé, l’artiste raconte des quêtes et aventures semi-héroïques puisées dans ses voyages imaginaires et ses rencontres fictives avec de grandes figures de l’histoire de l’art. Dans cette exposition, qui prend la forme d’un récit circulaire entre départs et retours au foyer, le train agit comme une métaphore du voyage. Rinus Van de Velde y présente son nouveau film et une sélection de ses œuvres, récentes pour la plupart. Il y réunit en parallèle un choix d’œuvres d’artistes modernes et contemporains - dont Pierre Bonnard, Joseph Cornell, Fischli/Weiss, Joan Mitchell, Claude Monet, Laure Prouvost, Laurie Simmons, Josephine Troller et Jean Tinguely, entre autres - qu’il place dans un contexte nouveau. Un événement pour partager les voyages intérieurs de l’artiste. Une exploration visuelle qui laisse entrevoir une partie d’un univers singulier en construction et expansion permanentes. A voir à Bozar jusqu’au 15 mai 2022. Plus de détails sur le site www.bozar.be

Rue Ravenstein, 23 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : BELGICISMES Collagiste à ses heures, poète à 16 heures 30, collectionneur à 17 heures, activiste culturel depuis bientôt trois décennies, François Liénard est issu de l’Erg ou École de recherche graphique à Bruxelles. Il réalise ses premiers collages en 1989 sur une table de cuisine, s’exerçant à la composition d’images au moyen d’une paire de ciseaux, d’un peu de colle et d’une boîte de cartes postales, jusqu’aux derniers, sur la même table et avec les mêmes ustensiles, pour s'écrire une histoire. Une histoire de l’art même, revisitée, mêlant styles et époques, goûts et genres. Au-delà d'une histoire, il s’agirait aussi d’un voyage, en compagnie de Cézanne parfois, Magritte souvent, Vermeer, Duchamp, Van Eyck, Broodthaers, Bob et Bobette et les Tuniques Bleues, le collagiste n'étant pas homme sectaire en matière d'iconographie. Pour l’exposition intitulée « Belgicismes », jouant de l'exotisme national en une langue imagée et indigène, il fait atterrir un OVNI constructiviste sur une plage de la Mer du Nord, lève un ciel lourd de moules sur la Grand-Place de Bruxelles, avec des lapins géants qui dévalent les marches du Mont des Arts, ajoutant un trombone en feu qui brûle dans une mission au Congo, tandis que des mineurs du Borinage remontent un poisson démesuré des profondeurs de la terre et qu’un astronaute pose sa fusée dans une ville flamande du XVIe. On le voit, le pouvoir du collagiste est immense. Le collage qu’il a toujours pratiqué se veut avant tout la matérialisation d'un monde possible, le nôtre transformé, enfin vivable, presque parfait. L’exposition de ses travaux est à découvrir jusqu’au 8 avril 2022 à Home Frit’ Home. Plus de détails sur le site www.homefrithome.com Rue des Alliés, 242 à 1190 Bruxelles


EXPOSITION : SARA TM VOID déploie dans l’espace du Botanique un dispositif total qui plonge le spectateur dans un univers parallèle. Les salles d’exposition deviennent le siège de production de SARA (Acronyme de : Souvenir Archival Recording Apparatus). SARA est une entreprise fictive, active dans la collecte et l’archivage de traces orales et mémorielles de l’humanité. Ce tableau vivant, dans lequel le spectateur pénètre, est une véritable unité de production. Elle s’active par la collecte de données et leur transcodage en temps réel. La scène est habitée par des formes humaines. Certaines, mutiques, s’affairent à permettre la fluidité d’une chaîne de production dont les mécanismes semblent obsolètes. Cette zone de production tout à la fois anachronique et chronophage défie l’entendement de notre époque et de ses standards de rendements poussés à l’extrême. D’autres, avatars anthropomorphiques ou voix de synthèse, apparaissent via des écrans ou des haut-parleurs afin de diriger le public au fil du processus de production. À travers ce dispositif d’exposition, VOID poursuit sa recherche sur la mise en forme du vide. Une immatérialité convoquée tant par le son, phénomène ondulatoire sans matière propre, que par le souvenir personnel, mémoire d’une expérience intime résidant aux confins de notre cortex. VOID développe une recherche plastique qui interroge le son comme vecteur de représentation, utilisant le médium sonore de la même manière qu’un peintre manie son pinceau pour tracer les contours du réel. L’invisibilité autant que l’immatérialité du son deviennent, chez le duo, le point de départ d’une prospection qui interroge les phénomènes du langage ainsi que de la mémoire. Le résultat est à découvrir au Botanique jusqu’au 17 avril 2022. Plus de détails sur le site www.botanique.be Rue Royale, 236 à 1210 Bruxelles EXPOSITION : BLAKE ET MORTIMER - LE SECRET DES ESPADONS En un temps où l’Amérique régnait en maître sur la bande dessinée réaliste avec Flash Gordon, Dick Tracy, Mandrake, le Fantôme, Jungle Jim, Tarzan ou Prince Vaillant, Edgar P. Jacobs a été le premier auteur belge à rivaliser avec la perfection esthétique et la narration des comics. En 1943, l’artiste avait près de quarante ans quand il a créé Le Rayon « U » dans le magazine Bravo !, première bande dessinée de science-fiction made in Belgium. Impressionné par son talent, Hergé l’a engagé comme collaborateur et a convaincu l’éditeur bruxellois Raymond Leblanc de l’intégrer à la rédaction du futur journal Tintin. Pour le premier numéro, Edgar P. Jacobs a imaginé le scénario d’une histoire contemporaine sur le thème de la Troisième Guerre mondiale : « Le Secret de l’Espadon ». Le succès a été immédiat et fulgurant. La publication de ce récit fondateur des aventures de Blake et Mortimer a tenu les lecteurs en haleine du 26 septembre 1946 au 8 septembre 1949. En soi, « Le Secret de l’Espadon » rompait avec la tradition franco-belge des jeunes héros naïfs tournés vers l’action débridée et l’intrigue en 144 planches qui préfigurait le roman graphique moderne. Plus que tout autre, Edgar P. Jacobs travaillait la psychologie des personnages, apportait un soin maniaque à la crédibilité des décors comme à la dramaturgie des couleurs. Publié en deux volumes en 1950 et 1953, « Le Secret de l’Espadon » a été réédité en 1964. Septante-cinq ans après sa création, cette expositionanniversaire plonge dans les coulisses de ce chef-d’œuvre du neuvième Art et dans l’intimité de son créateur visionnaire. Planches, croquis, objets et accessoires personnels d’Edgar P. Jacobs vous attendent. Accompagnés de vos smartphones, suivez les cases en réalité augmentée, donnez vie aux héros, partagez leurs émotions et surtout découvrez un monde extraordinaire qui a fait rêver plusieurs générations. Enfin, cette exposition l’ambition de transmettre au public les clés de compréhension permettant de replacer cette œuvre fondatrice dans son temps, tout en mettant en évidence son étonnante actualité. Un événement à découvrir au Centre belge de la Bédé jusqu’au 16 avril 2022. Plus de détails sur le site www.cbbd.be Rue des sables, 20 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : HENRI EVENEPOEL Cette manifestation temporaire présente les dessins, photographies et quelques tableaux réalisés par l'artiste belge Henri Evenepoel (Nice, 1872- Paris, 1899) au cours de sa période algérienne. Malgré des situations difficiles d’existence, les dessins et peintures réalisés à cette époque sont considérés parmi les meilleurs de son travail. Une cinquantaine de croquis et d'aquarelles connus montrent qu'ici aussi, c'est principalement la figure humaine qui le fascine. Ce nombre relativement modeste s'explique, d'une part, par le fait que les Algériens refusaient d’être portraiturés, et d’autre part, parce que l’artiste a beaucoup utilisé son appareil photo avec lequel il prendra près de quatre cents clichés au cours des quatre mois où il séjourne sur le continent africain. Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique possèdent seize peintures, plus de trente dessins, un carnet de croquis et quelques estampes auxquels viennent s’ajouter en 1970 des centaines de lettres adressées par l’artiste à son père, et quelque 877 négatifs de photographies. Une exposition à découvrir jusqu’au 12 juin 2022. Plus de détails sur le site www.fine-arts-museum.be Rue de la Régence, 3 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : TANYA GOEL Le travail de Tanya Goel (1985, New Delhi, Inde) réside dans une méthode caractérisée par la présence simultanée de la spontanéité et d’un ordre méthodiquement calculé. Ses œuvres, denses et complexes, et de formats ambitieux, évoquent l’exploration rigoureuse de l’abstraction et la mise en œuvre d’un processus de création mathématique, en jouant de l’ambiguïté créée par l’équilibre fragile entre structure et chaos. La couleur est un thème central dans le travail de Goel qui y réfère en tant que « lumière, matériau et surface ». L’artiste fabrique ses propres pigments au départ de matériaux divers (verre, béton, mica, graphite, feuilles, …), prélevés pour la plupart sur des sites de démolition à New Delhi. Elle inscrit ainsi sa démarche dans une réflexion sur les mutations urbaines, au travers d’une esthétique qui n’est pas sans rappeler les expérimentations modernistes auxquelles la scène artistique belge est étroitement associée, que ce soit Joseph Albers pour la couleur, ou Agnès Martin pour la sérialité. Contrôle et intuition, rigueur et liberté, structure et chaos se rencontrent dans un univers créatif qui lui est entièrement propre, et qui est étroitement lié aux antagonismes entre corps et esprit, science et spiritualité. La sélection exposée ce printemps aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique témoigne de l’intérêt de l’artiste pour la couleur et la matérialité, sans oublier le paysage urbain, et comprend des toiles de grands formats datant de 2014 à ce jour, ainsi qu’une série d’une vingtaine d’aquarelles issue de la série « Botanical studies », née durant la période de confinement. Une exposition à découvrir jusqu’au 7 août 2022. Plus de détails sur le site www.fine-artsmuseum.be Rue de la Régence, 3 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : OMAR BA L’œuvre d’Omar Ba (1977, Sénégal) est caractérisée par sa nature énigmatique et sa grande intensité poétique. A rebours d’une narration didactique, il cherche à l’inverse à exprimer son subconscient et son interprétation symbolique du réel. L’artiste traite de thèmes comme le chaos, la destruction et la dictature, drapant son discours politique d’un voile de poésie grâce à un langage pictural qui lui est entièrement propre, à la fois féroce et délicat. Omar Ba vit et travaille entre Dakar, Genève, Bruxelles, Paris et New-York. Partagé entre plusieurs continents, il développe une réflexion issue d’une hybridation permanente, loin des stéréotypes liés à ses racines africaines. Cette hybridation se retrouve également dans ses toiles où se côtoient touches organiques et couleurs flamboyantes, mixant les formes, les techniques et les textures (acrylique, gouache, crayon et même typex). Ba peint sur fond noir (sur carton ondulé ou sur toile), demandant ainsi au spectateur de s’adapter littéralement et métaphoriquement à l’obscurité. C’est une quinzaine de toiles de grand format, réalisées spécialement pour l’exposition, qui seront présentées au public aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Son iconographie, à la fois engagée politiquement et socialement, mais aussi empreinte de mythologie personnelle, soulève des questions historiques et intemporelles, tout en rayonnant un message artistique résolument contemporain, que l’on peut retrouver tant chez des artistes proches du surréalisme que du symbolisme. Omar Ba dénonce de son pinceau le chaos du monde. Un travail à découvrir jusqu’au 7 août 2022. Plus de détails sur le site www.fine-arts-museum.be Rue de la Régence, 3 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : CHARLOTTE PERRIAND Cette artiste a consacré son existence à améliorer les conditions de vie du plus grand nombre, créant un « art d’habiter » en lien avec la nature. Elle a utilisé la photographie comme outil d’observation du réel, mais aussi pour défendre sa conception d’un monde nouveau. En résonance avec nos préoccupations actuelles, elle utilise au cours des années 1930, le photomontage géant pour dénoncer l’urbanisme insalubre et donner sa vision de conditions de vie meilleures. Ses fresques photographiques témoignent de la modernité de son approche, que ce soit La Grande Misère de Paris (1936), la salle d’attente du ministre de l’Agriculture (1937), ou le pavillon du ministère de l’Agriculture à l’Exposition internationale des arts et techniques de la vie moderne qui a lieu à Paris en 1937, composé avec Fernand Léger. L’exposition propose une plongée dans sa conception du monde à travers sa méthode de travail et son incroyable collection de photographies – tirages d’époque, négatifs, magazines découpés, photographies personnelles –, archives mises en regard de la reconstitution de ses photomontages monumentaux. Une exposition à découvrir jusqu’au 28 août 2022 au Design Museum. Voyez les détails complets sur le site www.designmuseum.brussels Place de Belgique à 1020 Bruxelles


EXPOSITION : TOOTS 100 – THE SOUND OF A BELGIAN LEGEND Bruxellois marollien né d’une mère anversoise et d’un père bruxellois, à trois ans déjà, Toots Thielemans frôla les touches du piano à bretelles dans le caberdouche que tenaient ses parents rue Haute. Atteint d’un début de pneumonie, le médecin dira à ses géniteurs : « Plutôt que de jouer de l’accordéon, qu’il s’adonne à l’harmonica ». Au départ, il fut guitariste et siffleur. Il apprit la guitare chez un professeur espagnol. Il était un élève studieux. Ayant terminé avec fruit ses humanités, il accomplit une année de mathématiques à l’ULB ; mais la guerre interrompit sa formation. Longtemps après, il sera reçu docteur honoris causa de l’Université Libre de Bruxelles. Très sympathique, plein d’humour et de gouaille, il n’eut jamais la grosse tête. Littéralement fou de jazz, il décida au début des années 50 de quitter la Belgique (auquel il restera toujours attaché) pour les Etats-Unis où, longtemps, il vécut à « Big Apple ». A qui veut l’entendre, il répéta : « Je suis Belgo-Américain. » Toots Thielemans parlait français, flamand, anglais et se débrouillait en suédois. Il eut un énorme succès en ce pays qu’il aimait. A New York, il fut admis au prestigieux Carnegie Hall. Une consécration ! Découvert par Benny Goodman, il démarra une carrière internationale et fut le seul Blanc accepté dans les tournées alors dites noires, années terribles où les gens de couleur connaissaient la chape de la ségrégation raciale. Le petit Toots allait faire les courses, quand les orchestres voyageaient dans les états racistes. Ray Charles, avec qui il collaborera, fut victime comme tant d’autres de ce rejet violent autant qu’injustifiable. En chemin vers le succès, il composera « Bluesette », succès international, qui assoira sa renommée. Il se consacrera alors, quasi entièrement, à l’harmonica lui donnant ses lettres de noblesse ; abandonnant la guitare qui était son médium jusqu’alors. Instrument qui obtiendra enfin son et que nombre d’artistes de variétés utilisèrent également (Bob Dylan, Bryan Ferry, les Stones, Hugues Aufray). Toots Thielemans accompagnera les stars : Dizzy Gillespie, Louis Armstrong, l’immense Charlie Parker, Ella Fitzgerald, Ray Charles, le divin Miles Davis, Frank Sinatra, Paul Simon et Philippe Catherine. Une chanson fut enregistrée avec son ami Adamo. Rappelons qu’il participa à l’enregistrement de musiques de film : « Macadam Cow-Boy », « Le guignolo », « The Surgarland Express » « Turk Fruits », « L’état de grâce », « Jean de Florette » comme soliste et à un merveilleux dessin animé suédois « Dunder Klumpen », en tant que compositeur. Toots stoppa sa carrière à 92 ans et il fut nommé baron par le Roi Albert II. Précis et doté d’une oreille très fine, son réel charisme fit merveille. Un « espace » lui fut dédié à Saint-Josse, un autre à La Hulpe. Ses notes bleues s’envolent aux cieux étoilés : « Star Dust Memories » dirait Woody Allen clarinettiste de jazz. On the road again, Toots ! Aujourd’hui une exposition lui rend un vibrant hommage du 22 avril au 30 août 2022 au Palais de Charles de Lorraine. Voyez toutes les informations concrètes sur le site www.kbr.be Monts des Arts, 28 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : PORTRAIT OF A LADY A travers une série d’œuvres d’art, cet événement la représentation de la femme depuis la préhistoire jusqu’à aujourd’hui, ainsi que le parcours de quelques femmes d’exception. L’exposition fera dialoguer différentes cultures et civilisations d’orient et d’occident, en réunissant une sélection de pièces anciennes et contemporaines. Le projet présente ainsi les portraits de femmes inconnues et célèbres, des origines à aujourd’hui. Parmi les figures historiques, les œuvres convoquent notamment la Grèce ou encore l’Afrique, à l’instar de l’histoire de la reine de Saba ou celle de Didon, Reine de Carthage. Depuis la personnification de la fertilité jusqu’à la représentation des courtisanes, en passant par celle des impératrices, l’exposition a pour ambition d’éclairer les différents regards portés sur les femmes à travers les époques. Une exposition à découvrir jusqu’au 4 septembre 2022 à la Fondation Boghossian. Voyez tous les détails sur le site www.villaempain.com Avenue Franklin Roosevelt, 67 à 1050 Bruxelles

EXPOSITION : RHOK’S EYE Dans son écrin, La Maison d’Erasme accueille les travaux des étudiants de l’atelier « Vrije Grafiek » de la RHoK Academie d’Etterbeek et nous invite à découvrir à travers une sélection dynamique d’œuvres contemporaines qui interpellent visuellement les collections permanentes du musée. Les artistes présentent un dialogue qui s’établit sur le processus de création de l’image. Des œuvres à support papier (gravure sur bois, lithographie, sérigraphie, etc.) ou numériques défient les collections permanentes de la Maison Érasme. Ce chassé-croisé entre époques et représentations éclaire aussi la diffusion des idées au XVIe siècle, chère à Érasme, et la met en perspective avec la prolifération virale des images dans les médias actuels. Une incursion dans le monde passé des images par des artistes d’aujourd’hui – quand l’œil et la vision deviennent lumière, couleur, création. Majo Aerts, Danièle Aron, Gabriel Barbatei, Ariane de Briey, Inke Coolen, Virginie Cornet, Mikke Decru, Charlotte Dorn, Francine Dugue, Anne-Marie Fiquet, Noelia Garcia Sanchez, Véronique Goossens, Nicole d’Herbais de Thun, Concetta Lanuziello, Gwénaël Lebee, Marie Lebrun, Claire Le Clef, Alberte Lefèvre, Friedl Lesage, Sylvie Malfait Carakehian, Jean-Yves Mangnay, Marie-Luce Martin, Jessie Mayne, Lotte Pollaris, Marie-Yvonne Prévot, Amina Saädi, Sébastien Sanfilippo, Bart Sibiel, Rosetta de Stefano, Olivier Stoupy, Marie-Anne Truffino, Marion Vander Meulen, Line Vangrunderbeeck, Alexandre Van Leemput, Annelies Van de Perre, Sander De Wilde, Pi-Chung Wu … et d’autres encore ont pour iontention de vous enchanter. Une exposition à découvrir jusqu’au 22 mai 2022 à la Maison D’Erasme. Découvrez toutes les informations sur le site www.erasmushouse.museum Rue du Chapelain, 8 à 1070 Bruxelles


EXPOSITION : DON & MOKI CHERRY Cette manifestation artistique, qui combine de la musique, des œuvres d'art et des documents d'archives, présente également Piff, Paff, Puff, un programme pour enfants en six épisodes que Don et Moki Cherry ont réalisé pour la télévision nationale suédoise au début des années 1970. Tournée dans l'ancienne école de la campagne suédoise qu'ils appelaient leur maison, cette série télévisée, rarement programmée, offre un aperçu inédit de la vision pédagogique du couple et de la manière dont ils ont transformé leur environnement quotidien en un lieu permanent d'émerveillement et d'expérimentation. Le duo a développé leurs projets en partant du principe que le changement sociétal doit s’amorcer en chacun de nous et au sein du foyer, une idée qui est aussi un fondement crucial de l'exposition. Par ailleurs, ils croyaient à la puissance des vibrations générées par leur collaboration artistique : l'amalgame holistique de matériaux visuels, culturels et sonores, l'entrelacement du privé et du public et l'anticipation d'une « world music » alors naissante, bien avant que le terme ne soit largement récupéré par l'industrie musicale. La résonance actuelle persistante de tous ces aspects et la combinaison de leurs énergies offrent un modèle d’inspiration et de renouvellement artistique, ainsi qu'une vision engageante de la guérison par l'expression créative communautaire. Un événement à découvrir à Argos jusqu’au 1er mai 2022. Voyez toutes les précisions sur le site www.argosarts.org Rue du Chantier, 13 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : GEORGE VAN RAEMDONCK Né à Anvers en 1888, George van Raemdonck a fait du dessin son mode de vie et d’expression. À la fois dessinateur de bande dessinée, caricaturiste, illustrateur de livres et peintre, l’artiste belge a multiplié les supports et techniques pour mettre en images ses convictions et ce qui l’entourait. Fuyant la guerre, il s’installe aux Pays-Bas et s’engage dans un travail de caricaturiste politique où il saisit l’actualité jusque dans ses heures les plus sombres. Il devient célèbre dans le pays avec la série de bande dessinée « Fil de Fer et Boule de Gomme », dont les textes sont signés A.M. de Jong, un ami et collaborateur précieux. Sous son trait, les deux personnages emblématiques vont évoluer au cours de nombreuses aventures aux quatre coins du monde. Créatif, l’artiste varie les compositions, alterne les vues et les styles, passant d’un dessin vif et simplifié à un autre plus réaliste et détaillé. En retraçant le parcours de George van Raemdonck, l’exposition propose de (re)découvrir l’œuvre d’un pionnier de la bande dessinée en Belgique et d’un dessinateur prolifique et talentueux, dont la série majeure fêtera ses 100 ans de création en 2022. Un événement à voir seul ou en famille jusqu’au 8 mai 2022 au Centre belge de la bande dessinée. Plus de détails sur le site www.cbbd.be Rue des sables, 24 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : HELEN LEVITT Helen Levitt est essentiellement réputée pour son traitement photographique en noir et blanc et ses prises de vue de New York durant l’entre-guerres, mais également pour les images de son voyage au Mexique. Son travail de la couleur, moins connu, compte néanmoins des images devenues célèbres. Le talent d’Helen Levitt a été reconnu très tôt par les grandes institutions américaines. New York constitue à la fois pour elle un personnage et un cadre, où les gens se meuvent, se parlent ou jouent. Parmi ses œuvres les plus célèbres, il y a ces clichés qui montrent des enfants et des adolescents, des images prises sur le vif au 35 mm, qui ne sont pas sans évoquer le mouvement cinématographique français du réalisme poétique. Chaussures abandonnées sur le trottoir, enfants qui se dissimulent sous des voitures, parents qui disparaissent dans des landaus : la rue devient un théâtre populaire et joyeux. Cependant, derrière la fantaisie perce une forme d’inquiétude : les masques et les déguisements sont quelquefois angoissants, et la pauvreté bien visible. Venez découvrir cette exposition de cette pionnière jusqu’au 10 avril 2022 à la Fondation A Stichting. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.fondationastichting.com Avenue van Volxem, 304 à 1190 Bruxelles

EXPOSITION : MAGICAL THEATRES La Porte de Hal vous ouvre les portes d’un univers rempli d’histoires, des pièces de Shakespeare aux contes des frères Grimm. Vous pourrez découvrir le charme de ces petites œuvres d’art apparues il y a deux siècles, reflétant la grandeur des scènes théâtrales de Londres, Paris ou Vienne. Au cœur de l’exposition, le chat botté en version animée guidera petits et grands. Il vous emmènera dans les salons bourgeois de l’époque pour vous conter l’histoire et le contexte de ce patrimoine exceptionnel. Venez découvrir la diversité et la sophistication des décors d’autrefois mais aussi les versions d’artistes actuels. L'exposition se déroulera au troisième étage du bâtiment féérique du Musée de la Porte de Hal. Ce vestige de la seconde enceinte de Bruxelles dévoile dans une présentation permanente l’époque où la ville était fortifiée et propose un panorama impressionnant depuis son chemin de ronde. Les expositions temporaires qui y sont présentées annuellement mettent l'accent sur divers aspects de la vie quotidienne d’hier et d’aujourd’hui, en puisant régulièrement dans les collections d'Ethnologie européenne des Musées royaux d'Art et d'Histoire. Le théâtre en papier, théâtre miniature ou théâtre de table, était, autrefois, une source de plaisir pour petits et grands. Il est, aujourd’hui, un peu tombé dans l’oubli. L’exposition « Magical Theatres » va vous faire revivre ce monde magique du théâtre jouet, ses merveilleux décors colorés et ses petits acteurs de papier. Un événement qui écarte le châssis du rêve pour le concrétiser jusqu’au 4 décembre 2022 et qui est à découvrir à la Porte de Hal. Plus de détails sur le site www.brusselsmuseums.be Boulevard du Midi, 150 à 1060 Bruxelles


FRESQUE : STROMAE Tout le monde croyait que Stromae avait définitivement quitté la scène après « Racine carrée », son deuxième album distribué en 2014. Erreur ! L’artiste s’est longuement retiré pour peaufiner un nouveau projet dont on découvre aujourd’hui le résultat. Un CD baptisé « Multitude » et déjà champion dans les charts. Un opus porté par deux premiers singles, Santé et L'enfer, sortis en octobre et en janvier dernier. Comme toujours avec notre compatriote, la promo va crescendo pour soigner le buzz et proposer quelque chose qui sorte de l’ordinaire, question de faire la nique à la crise des ventes dans le domaine musical et prouver qu’on peut fédérer un public en lui assurant qu’on sait ce qu’on veut et qu’on possède du talent. Plusieurs thèmes sont abordés en chansons : le féminisme, la crise du couple, la solitude, le suicide, la prostitution, etc. Plutôt que de se contenter de sonorités purement électroniques, Stromae a habillé ses mélodies d’instruments rares puisque peu usités chez nous dans la variété : un clavecin, une cornemuse, une flûte persane, la kora et bien d’autres. Qui a dit qu’il se vautrait dans le ronron ? Pour ceux que la chose intéresse, on peut admirer son portrait géant à hauteur du terminus du tram 81 sur un des piliers du ring qui achève l’avenue Marius Renard à Anderlecht. Avis aux fans autant qu’aux curieux ! Daniel Bastié

CAMPAGNE DE SENSIBILISATION ET DE VISIBILITÉ DES PERSONNES LGBTQ+ ISSUES DE CULTURES ÉTRANGÈRES "Expressions Mixtes" est un film documentaire qui permet aux personnes LGBTQ+ (principalement d'origines étrangères et habitant la Belgique) de témoigner de leur vécu et de leur parcours de vie face caméra, qu’elles soient hommes, femmes, transgenres, intersexes, non-binaires, etc. Ce long métrage aborde la richesse de la diversité de leur quotidien, avec les ségrégations qui y sont liées, et traite des discriminations qui concernent leur ethnie, leur orientation sexuelle et affective, leur milieu social, leur vie professionnelle, leur identité de genre et, entre autres, leur confession religieuse. Ce projet permet aux personnes issues de plusieurs cadres socioculturels de pouvoir s'exprimer en toute liberté, d’exposer leurs questionnements et leurs doutes, ainsi que leurs difficultés et leurs aspirations. Libérer leur parole permet avant tout de les libérer eux-mêmes mais, surtout, d’inspirer d'autres personnes dans la même situation. Ce faisant, ils contribuent enfin à sensibiliser autrui sur leur situation personnelle pour combattre l'homophobie qui existe autant à l'extérieur qu'à l'intérieur de leurs propres communautés. "Expressions Mixtes" se veut un espace de parole pour celles et ceux qui se sont accomplis suite à différentes formes de rejet et qui travaillent, encore aujourd’hui, à la défense de causes humanistes et ce de manière militante, artistique ou professionnelle. Le site www.expressionsmixtes.com permet d’accéder à différentes associations pour du soutien moral, psychologique et/ou tout autre domaine. Le site permet également de visionner gratuitement le documentaire « Expressions mixtes » produit par Artfusion, réalisé et monté par Raphaël Kalengayi et Federico Ariu. Sam Mas


VISITE DU MUSEE WIERTZ Antoine-Jospeh Wiertz est né à Dinant le 22 février 1806 dans une famille modeste. Génie précoce, il a commencé à dessiner dès l’âge de quatre ans. Chaque objet et chaque paysage retenaient son attention. A dix ans, sans avoir pris de leçons, il s’est adonné à l’art du portrait avec une maîtrise déjà remarquable. Bénéficiaire d’une bourse d’études, il s’est lancé dans la peinture avec passion. Un voyage à Paris lui a permis de découvrir le Louvre et d’en revenir les yeux éblouis. L’Italie et Florence lui ont également fait forte impression. Si on lui a toujours conseillé d’étudier Raphaël, son admiration ne pouvait pas décoller des toiles de Rubens. Passé maître dans la technique du trompe-l’œil, il ne souhaitait pas se subordonner aux modes. Légitimement, il entendait s’inscrire dans la veine de celui dont il voulait un jour devenir l’égal. Il savait qu’une participation à divers concours ne pourrait qu’attirer l’attention des gens de la presse et du public. Il rêvait de consécration et d’apothéose et était prêt à tout pour accéder aux plus hautes marches. Après avoir vécu à Liège, il a senti croître le besoin d’édifier un vaste atelier commode et bien éclairé. Sans fortune, il ne voyait pas de quelle manière y parvenir. Seul, l’Etat pouvait le tirer d’affaire. Il a donc conclu un arrangement avec le gouvernement qui stipulait que, contre le legs de tous ses tableaux monumentaux après sa mort, ce dernier mettrait à sa disposition une maison de belle dimension et lui fournirait une rente mensuelle. Le contrat a été ratifié par Charles Rogier, alors ministre de l’Intérieur. Les travaux ont débuté à Bruxelles, selon les plans stricts souhaités par l’artiste. Novateur, il avait également entrepris de remplacer la traditionnelle peinture à l’huile par un mélange de sa composition. Selon lui, l’huile collait trop au pinceau et présentait un miroitement insupportable. En chipotant dans son atelier de chimiste, il a finalement mis au point une texture mate, à base d’alcool et de térébenthine, qui ne poissait pas ni ne jaunissait, d’une solidité à toute épreuve et qui résistait tout autant à la chaleur qu’à l’humidité. Bien plus tard, il a été avéré que ce procédé lui a peu à peu empoisonné le sang et a précipité son décès le 18 juillet 1865. Que valait réellement ce procédé de peinture mate ? Si l’on en juge par les résultats, on ne peut conclure qu’au désastre. Avec le temps, les teintes se sont estompées, la couleur s’est éteinte et les lignes sont devenues de moins en moins distinctes. Que serait-il advenu si l’homme avait eu le temps de remplacer toutes ses œuvres à l’huile par de nouvelles avec cette matière qui lui était apparue comme étant révolutionnaire ? Jamais Antoine Wiertz n’a songé vraiment à l’argent, puisque la Belgique lui assurait un train de vie honorable. Il a donc eu tout le loisir de rêver à devenir un Immortel au panthéon des Arts et d’envisager de quelle façon s’asseoir à côté de Rubens pour la postérité. Amené toutefois à réaliser des portraits de commande, ce gagne-pain l’incommodait et lui paraissait indigne de sa mission. Aussi, les brossait-il sommairement, furieux de grappiller des heures sur le travail qui devait édifier


sa notoriété. Demeurer un anonyme l’irritait. Pour se singulariser de ses confrères, il a entrepris des compositions monumentales, dont le format ne permettait pas ou peu de les déplacer. Son romantisme, qu’il n’a jamais accepté de reconnaître, l’a souvent amené au gigantisme. Tout jeune, Antoine Wiertz affirmait se délasser en sculptant. Du coup, ses sculptures ne se sont jamais encombrées d’académisme, préférant le tumulte et l’hostilité aux gesticulations pures. Antoine Wiertz était excessif dans tout qu’il entreprenait. Comme il était romantique sans le vouloir, il a cherché son inspiration dans la mythologie et s’est nourri de religion, tout en ayant de gros problèmes avec elle. Les notions de Dieu, d’Amour et d’Eglise n’étaient guère pour lui que des généralités, des concepts et des entités vagues plutôt que des réalités pratiques qu’on incorporait à la vie elle-même. Quant au fantastique, il demeure éphémère dans son œuvre. Les experts se réfèrent à quelques tableaux tels que « La belle Rosine » et « La jeune sorcière ». Ce fantastique débouche souvent dans le démonisme. On le voit, l’artiste a toujours affectionné la mort, les lueurs spectrales et les ténèbres. Toute chance qu’il avait de rencontrer le diable était de se confronter à ses propres anxiétés. A sa mort, le bâtiment et ses toiles sont contractuellement passées dans le giron de l’Etat. Transformé en musée, le lieu est depuis ouvert au public du mardi au vendredi de 10 à 12 heures et de 12 heures 45 à 17 heures. Cadeau : l’accès aux salles est entièrement gratuit. Plus d’informations sur www.fine-artsmuseum.be Rue Vautier 62 à 1050 Bruxelles Daniel Bastié

MUSEE DE MANNEKEN PIS Manneken Pis a désormais droit à un musée digne de sa renommée, centré sur les habillages et le folklore liés à sa personne et ce suite à un ambitieux projet de reploiement mis en place par la ville de Bruxelles. Concrètement, la garde-robe de Manneken Pis a quitté la Maison du Roi (sise à la Grand Place) pour prendre possession des locaux de la Maison du Folklore et des Traditions qui servaient jusqu’à présent de lieu d’expositions temporaires. Situé à proximité de la fontaine de Manneken-Pis, cet écrin permet aux touristes de tout savoir sur notre célèbre ketje et ce à quelques mètres seulement du fameux socle où il repose (rue de l’étuve). Une centaine de costumes y sont exposés, tandis que le reste de la collection est conservé dans les réserves, avec la possibilité d’effectuer une rotation des tenues pour des événements temporaires. L’ensemble de ces dernières peut évidemment être consulté via une borne installée dans le nouveau musée. On compte actuellement près de mille costumes, tous styles confondus à voir en ligne. Rue du chêne 19 à 1000 Bruxelles Paul Huet


EXPOSITION : THIS IS WHAT YOU CAME FOR Cette exposition a été conçue sous la forme d’un tutoiement et est née d’actions et de créations quasiment rituelles avec un mélange de sculpture, d’installation et de vidéo. Els Dietvorst est une plasticienne de chez nous, lauréate du BelgianArtPrize 2021, née à Kapellen en 1964. Depuis douze ans, elle vit et travaille dans le sud-est de l’Irlande. Son travail s’axe entièrement sur une série de questionnements tels le racisme, la migration des individus et le changement climatique. Des sujets forts et récurrents dans son élaboration. L’idée de la présente manifestation est née durant la crise du Covid pour rapprocher les citoyens et interpeller les spectateurs. « This is what you came for » (qui se traduit plus ou moins par C’est ce pour quoi vous êtes venus) a été l’occasion de rassembler des travaux qui proposent une plongée en apnée dans l’univers de cette créatrice qui n’a pas froid aux yeux. Un événement à découvrir à la Centrale du 28 avril au 18 septembre 2022. Voyez toutes les informations pratiques sur le site www.centrale.brussels Place Sainte Catherine, 44 à 1000 Bruxelles André Metzinger

DÉCÈS DE ROBERT PAUL Il nous a tous surpris et pour bon nombre d’entre nous, cela relevait même de la stupéfaction. Robert Paul parti ? Lui ? Non ! Impossible ! D’où venait cet étrange sentiment, si singulier ? Du fait qu’il était perpétuellement sur le pont : présent aux vernissages de la galerie, aux Rencontres Littéraires, sur Internet, presque partout, comme inaltérable, intemporel, sans âge, m’a-t-on même confié, une présence parfois très discrète pour un homme de valeur(s) modéré, courtois, aimable mais toujours à l'écoute et très réactif, érudit, unique. Un homme apprécié. Fervent admirateur du poète Max Elskamp, notamment, bibliophile passionné - mais il n’aimait guère les codes-barres -, il était un grand défenseur de notre culture, littéraire et artistique, et l’initiateur des Rencontres de l’Espace Art Gallery, qui accueillent depuis quelques années déjà des poètes et auteurs. Des instants et moments de grâce, d’enchantement. Fondateur du réseau « Arts et Lettres », Robert a en fait bâti une véritable cathédrale, un édifice sans pareille. Les peintures, dessins et aquarelles en sont les vitraux, toutes les autres publications et commentaires associés, les briques et le ciment. Architecte d’une cathédrale d’arts et de lettres aboutie, toujours accessible, aux dominantes bleues et bordeaux. Il en était fier, en parlait avec enthousiasme, aimait ces partenariats entre arts et lettres qui voyaient le jour sur son réseau, partenariats dont il était régulièrement à l’origine. Un maître d’œuvre en son genre qui, par son humanité et son humanisme, pouvait être considéré tel un frère par l’un, un tonton par l’autre, même davantage ! Nos conversations téléphoniques ? Souvent envolées, hautes en couleur ! Elles me manqueront autant qu’il m’aura marqué. Il nous manquera autant qu’il nous aura marqués. De manière indélébile, inaltérable, intemporelle. Tu es parti ? Non, tu es toujours bien présent parmi nous, dans nos mémoires…et dans ta cathédrale, ce prélude en ut de Bach s’élevant lumineux, limpide, léger, lointain. Tel un point d’orgue. Merci, Robert ! Thierry-Marie Delaunois


LES TRIBULATIONS DE LA FAMILLE ZOEGEMEEL À BRUSSELLES 1.11 — Alleï, Lowieke ! Donne une fois une baise à ton menounkel Miche ! dit Catherine Zoegemeel à son fils. C'est pas car tu as treize ans mennant que tu dois plus donner des baises, hein ? — Oué mais c'est qu'il pique, t'sais. Sa moustache c'est comme plein de spelle dans ma joue. J'aime pas ça. — Ocherme dis ! rigole Michel. Quelle kaakeek ce gamin ! Tous les peïs de mon âach laissent leur barbe comme ça pousser deux ou trois jours, ils disent que ça fait plus mâle. — Ça fait surtout plus mal, oué ! — Janvermille tu me donnes une baise en doemee gedoen ! Et regarde une fois ton cadeauw, un zwietchert avec les insignes de l'Union ! Tu trouves pas ça tof toi, Jeuf ? Jeuf Zoegemeel est rouge de colère. — Moi j'aime pas l'Union, nè tiens ! Aujourd'hui ça vient faire les fafoules car ils sont les premiers, mais attends que les Môves commencent, tu vas une fois voir quèque chose ! Y vont revoler en division 2, fieu, tes unionistekes : deui de deui deui ! Et toi tu vas pas mettre cette saleté sur ton corps, hein Lowie, ça moi je te dis, ou bien... ! Il s'apprête à mettre une gifle retentissante à son gamin, lorsque Catherine intervient : — C'est encore une fois baraque avec vos histoires de foute ? Si tu le tapes alors tu prends tes cliques et tes claques et je te fous dehors, tu entends, Jeuf ? Et c'est moi qui te donne une bonne mot rond a koek en prime ! — Oué toi tu fais avec ton frère, nature ! L'Union ! L'Union ! Regarde-moi ça : USG ! C'est juste net comme un insigne de socheté de médicaments. Ça ressemble à rien. — RSCA c'est mieux peut-être ? intervient Michel. Moi ça me fait penser à RASCAL, ara ! — À toi je sais très bien en mettre une, t'sais, Miche ! Hein Treene ? Venir m'insulter chez moi ! C'est bon que c'est ton breu et que je veux pas des ruses. Mais moi je veux pas un maillot comme ça chez moi, c'est tout. Je vais t'en acheter un d'Anderlecht, Lowie, un avec le numéro de Vincent dessus. Tu vas voir comme c'est beau. — Tu sais pas ossi en avoir un rouge et blanc ? demande candidement le petit Lowie. — Watte ? Un maillot de ces krabbers de Liéch ? Niks van, eie ma vast ! Le rouge ça rentre pas dans cette maison, ket. — Quand je pense que le môve ça n'est que du rouge et du bleu mélangés, je sais pas m'empêcher de rigoler, dit Catherine. Le rouge du Standard et le bleu de l'Union, pour faire le mauve d'Anderlecht. — Tu es devenue façadeklacherès ou quoi, Treene ? Tu mèlanches les couleurs, mennant ? Et qu'est-ce que tu t'y connais en foutbal ? — Rien de knots ! Et j'ai pas envie, ara ! Vingt-deux peïs qui courent après une balle comme si y savent pas s'en acheter une, et quand ils l'ont à leur pied y font rien d'autre que de la choter plus loin pour de nouveau courir après, je sais pas pourquoi ça m'intéresserait. — Tu as déjà vu un stade, dis ? Plein de gens qui crient et qui chantent... — Et qui tapent sur la gueule de leur voisin car il est pas de la même couleur que eux ? J'ai déjà vu ça dans des films avec Brute Gillis et le Noir-là, que je retiens jamais son nom. — Ça arrive jamais chez nous, ça. — Chez vous ? Car c'est là que t'habites, mennant ? Tu crois sans doute que tu joues avec eux ? Je te vois bien avec une petite culotte blanche et un singlet môve, sukkeleir que tu cours là ! On va t'appeler « Jeuf Gesfretter » tellement tu vas rouler par terre ! — Arrête hein, Treene ! Quand j'étais gamin je jouais au Daring comme bak et je laissais rien passer. Le Mur, qu'on m'appelait. J'avais même des supporters. — Oué ? Ton poepa et et ta moema sans doute ! Michel ne peut s'empêcher d'intervenir : — Tu jouais au RWDM toi ? J'en ai pas entendu parler. — T'étais trop jeune, hein, Miche ! C'était quand on était vainqueurs de la Coupe. J'ai même connu Arsène Vaillant, fieu. — Oué moi aussi je l'ai connu, il racontait les matches à l'INR. Là, Catherine décide d'y mettre son grain de moutarde :


— Raconte pas encore une fois des craques, hein Miche ! À l'INR c'était Luc Marainne, quamême ! Et au foutbal j'ai jamais connu un Vaillant, car ça c'était un prince. Même qu'on a vu le film à l'Eldorado place de Brouckère. Un beau garçon comme ça. — Och Treene tu mélanges tout ! Arrête une fois de te mêler de nos affaires d'hommes, dis. — C'est mieux que je vais cuire des frites et laver tes caleçons, sans doute ? Awel c'est bon je vais faire mon pain gagné, mais ton addition va être poivrée, t'sais Jeuf ! Ge gaut er greun va lache ça moi je dis ! Et elle se retire dans sa cuisine comme Achille (Van Acker) sous sa tente, tandis que les trois hommes se demandent comment concilier le football et les femmes. Georges Roland LEXIQUE menounkel : mennant : baises : spelle : Ocherme : kaakeek : âach : Janvermille : en doemee gedoen : zwietchert : tof : fafoules : môves : quèque chose : deui de deui deui : foute : mot rond a koek : socheté : breu :

oncle maintenant baisers aiguilles mon dieu poule mouillée âge juron bruxellois et puis c'est tout sweat-shirt chouette crâneurs mauves quelque chose à travers la porte foot gifle société frère

des ruses : des histoires Watte : quoi krabbers : bon à rien Liéch : Liège Niks van : jamais de la vie Eie ma vast : tu me comprends façadeklacherès : peintre (féminin) en bâtiment mèlanches : mélanges choter : shooter, tirer foutbal : football Rien de knots : rien du tout sukkeleir : pauvre type Gesfretter : bouffeur de gazon bak : arrière pain gagné : pain perdu poivrée : salée Ge gaut er greun va lache : tu vas rire jaune

EXPOSITION : FRIDA KAHLO – THE IMMERSIVE EXPERIENCE La formule est maintenant bien rôdée. A partir de la vie d’un artiste, les organisateurs animent une série d’œuvres de manière à plonger les visiteurs dans ses mondes graphiques et picturaux. Après Van Gogh, Klimt et Monet, c’est à la plasticienne mexicaine Frida Kahlo d’avoir droit aux honneurs avec une exposition à trois cent soixante degrés grâce à des photographies et des reproductions de toiles en grand format sur les murs, le sol et le plafond. La réalité virtuelle offre ici une dimension unique et inédite à l’une des créatrices majeures d’Amérique latine à travers une mise en scène captivante. Une occasion ludique de revenir sur l’influence qu’elle a transmise aux générations suivantes et son symbolisme accessible. Pour ceux qui ne connaissent pas son œuvre, il s’agit avant tout de découvrir ses paysages majestueux, ses animaux colorés et ses autoportraits d’une rare puissance. Cet événement est actuellement à découvrir à la Galerie Horta, non loin de la Grand Place. La durée de la visite est évaluée à environ une heure/une heure trente. Voyez tous les détails concrets sur le site www.fridakahlo.be Rue du Marché aux Herbes, 116 à 1000 Bruxelles André Metzinger


EXPOSITION : DE DIEPPE À JUNO Cette exposition présente l’empreinte profonde du Raid de Dieppe dans la mémoire collective canadienne de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit d’une exposition sur le traumatisme, mais aussi la guérison et les nombreuses conséquences de cette opération militaire en août 1942. L’histoire de ce raid considéré comme un échec tragique est aussi complexe que nuancée. L’événement a fait l’objet d’études approfondies au cours des décennies par des historiens et continue d’être débattu parmi les chercheurs et les amateurs d’histoire. Pour les visiteurs qui découvrent le sujet pour la première fois, « De Dieppe à Juno » se veut une présentation accessible et factuelle de la planification du raid luimême et de ses conséquences. Pour ceux qui connaissent mieux l’histoire de Dieppe, l’exposition aborde également des facettes peu explorées. Ce n’est qu’au cours des dernières années que les événements de « Juno Beach » en Normandie 44 dans le cadre du Débarquement a rattrapé Dieppe dans la mémoire canadienne. Cette exposition tente donc d’expliquer comment et pourquoi des conclusions ont souvent été tirées à la hâte au fil des ans, notamment l’idée que la catastrophe a permis de sauver des vies le Jour J, et explore de quelle manière le mythe liant l’horreur de Dieppe au succès des Canadiens le Jour J a évolué au fil du temps. L’héritage laissé par le Raid de Dieppe s’étend au-delà des frontières nationales et temporelles. En revenant sur ce fait d’armes, le Centre Juno Beach et le War Heritage Institute explorent les impacts à travers le vécu de témoins de tous horizons. L’exposition est composée de cinq zones dans lesquelles se déploient cinq thématiques construites en suivant deux axes : l’un ascendant, l’autre descendant. Lorsqu’il pénètre dans la salle d’exposition temporaire, le visiteur est naturellement guidé par un jeu de panneaux vers la zone 1 (le contexte en 1942). De là, il aperçoit la zone 2 (le raid) et le mur du fond de la salle où se trouvent une carte à grande échelle ainsi qu’une chronologie qui résument et expliquent les événements de cette tragique journée du 19 août 1942. Le visiteur chemine ainsi jusqu’à ce point à travers les différentes étapes qui ont conduit à l’opération (contexte, les raids, préparation, etc.) Arrivé en zone 2, où le raid est expliqué en détail, la visite se continue en sens inverse. Commence alors symboliquement le lent et long retour vers la liberté, la guérison et pour finir avec la mémoire et la commémoration. Ainsi, le visiteur prend un parcours parallèle au premier en passant par la propagande (zone 3), la captivité (zone 4) pour terminer par la zone 5, qui évoque le Jour J sur Juno, la libération de Dieppe en septembre 1944 et la mise en place du travail sur la mémoire du Raid. Au sein de ce parcours chaque différent type d’information se voit attribuer un support particulier. Les textes historiques sont placés sur des modules qui définissent le cheminement général et les zones. A l’intérieur même de chaque zone, les biographies viennent en appui sur des mobiliers situés sur un plan différent, afin de mettre en avant l’aspect humain. De même, des citations fortes, les voix de ceux qui ont participé de manière directe ou indirecte ainsi que celles des historiens viennent se placer sur de grands kakémonos qui rythment chaque étape et créent un appel d’un espace à l’autre. Enfin, les cartes et autres données statistiques font l’objet d’un mobilier propre. Ainsi, trois cheminements complémentaires permettent de tisser des contenus informatifs et descriptifs, des synthèses visuelles et des temps d’appel à l’émotion. Cette exposition est à découvrir au War Heritage Institute. Plus d’informations sur le site www.warheritage.be Parc du Cinquantenaire 3 à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : LE MALADE IMAGINAIRE La dernière pièce de Molière est jouée à la Comédie Volter. Elle scelle le talent, l’immense talent de son auteur qui jouait le malade en étant lui-même à l’article de la mort, et qui en mourut après la quatrième représentation, en février 1673, à l’âge de 51 ans. C’est le 400e anniversaire de la naissance du maître de l’Illustre Théâtre qui s’éteignait, au mois près, voici près de 350 ans. Jean-Baptiste Poquelin, Molière de son nom de scène, s’était obstiné à donner, quasi moribond, cette représentation pour assurer le pain de ses employés à la Troupe du Roi, au Palais-Royal. Quelques heures plus tard, ramené en hâte, il meurt chez lui, rue de Richelieu, en crachant le sang. Ce qu’il faisait depuis huit ans, car il avait le poumon atteint. « C’est du poumon que vous êtes malade », lui assène sa servante Toinette travestie en médecin. Armande Béjart, sa jeune femme, dut faire intervenir Louis XIV pour que l’archevêque de Paris consente à des funérailles nocturnes et à une sépulture chrétienne. Car les comédiens étaient souvent excommuniés et Molière était sous le feu d'une cabale. Une tragédie sous la comédie Cette comédie-ballet, d’un genre créé par Molière et Lully à la demande du roi en 1661 pour Les Fâcheux, mêle la musique, le chant et la danse. Molière était devenu en effet le pourvoyeur des divertissements royaux. Sa première cible est la médecine, dont il fait la satire avec ce petit clystère « insinuatif, préparatif et rémollient pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles de Monsieur ». Satire avec tous ces laxatifs et saignées qu’il fait prendre à Argan qui souffre de mille maux imaginaires. Il se moque d’abord et surtout des médecins aux discours pompeux et abscons, qu’il tourne au ridicule. On rit avec lui de leurs sottises et l’on soutient, sous cape, le frère d’Argan qui milite pour laisser agir la nature. Car les hommes meurent des remèdes prescrits par les thérapeutes de la misère, et non de leurs maladies, assure le frère Béralde. C’est une croyance que l’on retrouve parmi les arguments des « antivax » aujourd’hui encore. A l’époque de Molière, il y avait les « pour » et les « contre », et le débat agita les esprits puisque Molière lui-même se met en scène dans Le Malade imaginaire où Argan peste contre l’auteur de la pièce, en disant : « Crève, crève, Molière, cela t’apprendra à te jouer de la Faculté... ». Molière devait en effet en « crever » dans un état incurable quatre jours plus tard. D’une soif bien incurable en effet pour les jeux de mots, les artifices, les quiproquos, les travestissements et les farces qui font merveille sur les planches de la comédie. Ajoutez-y le comique des mœurs : le mariage forcé qu’Angélique devrait accepter pour plaire à son père qui rêve d’avoir un gendre médecin, ou la captation de fortune de la belle-mère qui trompe son mari, et vous aurez toute la pièce devant vous. Une comédie où se cache la tragédie de l’auteur derrière les mots. C’est joué avec brio par Michel de Warzée dans le rôle d’Argan, qu’il avait déjà tenu en 2000 à la Comédie Volter. A ses côtés, Stéphanie Moriau incarne Toinette, la servante éclairée et rebelle qui prend le parti de la demoiselle qui en aime un autre. Elle assure également la mise en scène du spectacle auquel elle avait aussi participé à l’époque dans le rôle d’Angélique, à qui elle prête ici main forte. Les décors sont signés Serge Daems, décorateur de La Colère du tigre (2016) et d’Elvire (2018), qui a planté sur scène un appartement à l’ancienne, avec un lit à baldaquin, une cheminée à feu ouvert et une étagère où s’empilent les potions d’Argan. Avec aussi un pot sous son fauteuil, où les médecins examinent ses selles. On écarte le nez avec Toinette qui emmène le pot en coulisse. La pièce est jouée jusqu’au 3 avril et du 19 au 30 avril à la Comédie Volter. Plus d’informations sur www.comedievolter.be. A voir pour rire de nos petites misères et pour savourer un chef-d’œuvre qui signe la dernière comédie de Molière. Avenue des Frères Legrain, 98 à 1150 Bruxelles Michel Lequeux


OPÉRA : IL TRITTICO Après le succès de « La Tosca » en 1900, Giacomo Puccini décide de s’atteler à un nouveau concept qui consiste cheviller trois récits distincts en un acte au menu d’un même opéra. Pour ce faire, il s’inspire du triomphe retentissant de « Cavalleria rusticana » de Pietro Mascagni. Son idée consiste à s’inspirer de « La Divine Comédie » de Dante et d’en tirer matière à musique. Reste à tout découper et à soumettre le tout à son librettiste. Dans le même temps, il opère une lecture des œuvres de Maxime Gorki. Enthousiasmé par la pièce « La Houppelande » de Didier Gold, il finit par conclure qu’il prendra une part de chaque élément pour se concentrer sur la partition. Il charge Giuseppe Adami de rédiger le livret. Il noircit les premières lignes en 1913, mais doit bien vite passer à un autre chose, une opérette de commande intitulée « La rondine ». Le travail reprend l’année suivante pour être achevé en 1916. Les critiques se pressent le soir de la création du 14 décembre 1918 au Métropolitan Opera de New York. La foule acclame moyennement l’œuvre, déroutée par le choix du compositeur. Même réaction un peu partout en Europe, plus conventionnelle et peu apte à toute modernité. Pourtant, Puccini ne s’est pas renié et a continué à user de son talent de mélodiste, avec des envolées lyriques et de grands passages consacrés aux prouesses des chanteurs. On raconte que le musicien se brouille avec Toscanini qui lui décoche des mots aussi durs que « C’est du grand guignol ! ». La longueur du spectacle pousse certains directeurs de salles à le démembrer pour n’en garder que la première et la troisième section. Avec le temps, chaque partie est présentée individuellement des autres, assurant la pérennité de chaque sujet et l’imposant progressivement auprès des mélomanes. Pour présenter « Il Trittico » dans sa version originelle, le travail n’a pas été aisé. Il a fallu trouver des livrets appropriés, mais le défi méritait d’être tenté. La Monnaie s’y est attelé avec force afin d’enchaîner les trois segments pour des représentations uniques. Trois époques, trois décors, trois couleurs, voilà précisément des contrastes en quoi résident l’unité de l’œuvre. Pour sa deuxième mise en scène à la Monnaie, Tobias Kratzer conserve donc l’ordre voulu par Puccini tout en tissant des liens entre chaque partie pour former un tout, tel un cercle sans fin. Alain Altinoglu est le chef d’orchestre idéal pour relever, aux côtés d’une distribution issue de la grande famille artistique de la Monnaie, les sacrés défis que pose ce triptyque. Une œuvre à découvrir à a Monnaie du 15 mars au 9 avril 2022. Plus de détails sur www.lamonnaie.be Place de la Monnaie à 1000 Bruxelles André Metzinger


THÉÂTRE : A GERMAN LIFE En 1942, au ministère de la propagande nazie. Elle qui ne s’était jamais intéressée à la politique devint la sténographe de Joseph Goebbels. Aujourd’hui, dans l’intimité de son appartement « belle époque », elle se confie et nous raconte son histoire. Tellement de choses brusquement ressurgissent... Est-il possible qu’elle ne fût au courant de rien ? Que savait-elle ? Et qu’a-t-elle choisi de ne pas savoir ?Aujourd’hui les gens aiment croire qu’ils auraient fait davantage contre les persécutions ; mais moi je dis qu’ils ne l’auraient pas fait. Cette femme qui nous parle incarne la majorité silencieuse de ces temps terribles. Quand, comment devenons-nous sourds ? Nous voilà face à l’éternelle question du pourquoi et du comment on en est arrivé là, alors que les temps s’assombrissent à nouveau…Jacqueline Bir, actrice magistrale, nous tend le miroir et nous offre ce voyage dans le passé et en nous-mêmes. Une création à découvrir au Théâtre Le Public du 8 mars au 30 avril 2022. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles

THÉÂTRE : LA VIE COMME ELLE VIENT Voilà un texte qui s’écoule comme un fleuve. Un texte qui déroule le parcours de vie d’une femme, Lucie. Elle est Belge, née en Afrique dans un village le long du fleuve Congo. Sa mère meurt en couches, le père souvent absent parcourt le pays en faisant de la prospection pour une société minière. Cette fille de colons, sera élevée dans la maison de son grand-père, par une nourrice noire, Massiga. Massiga la nourrit de lait et d’amour, elle lui apprend à parler, à marcher, et Lucie se sent devenir noire au-dedans. Mais un jour, il lui faut rentrer au pays, la Belgique, et va basculer. Entre Afrique et Belgique, à travers le destin de Lucie et sous le regard de sa fille, Félicité, et de tous les hommes qui auront traversé sa route, La vie comme elle vient se raconte à trois voix, dans la langue simple et superbe d’Alex Lorette, et parle de féminité, d’exil, de maternité, de pays fantasmé, de résilience aussi. Lucie s’est arcboutée sous les tempêtes, elle s’est défendue, elle a résisté. Jo Deseure, magnifique Lucie incandescente et forte, vous fera traverser toutes les années à sa suite, en vivant sa vie, comme elle vient. Une pièce à applaudir au Théâtre Le Public du 8 mars au 30 avril 2022. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles


THÉÂTRE : MON ANGE Voici, inspirée d’une histoire vraie, l’épopée d’une jeune kurde, l’incroyable destin d’une jeune fille comme les autres, qui deviendra malgré elle le symbole de la résistance lors du siège de la ville syrienne de kobané en 2015. Une jeune fille que le cataclysme de l’Histoire va précipiter dans une guerre implacable. En mode survie, tous les sens en éveil, elle combattra pour ses droits et ses libertés. Ici, en Belgique, trois jeunes femmes s’emparent du récit et nous le restituent, telle qu’elles se figurent l’horreur d’un conflit qui n’en finit pas. Parce qu’elles veulent témoigner de la réalité de là-bas et du courage que demande la résistance à la barbarie. Jamais victime, cette femme nous montre la plus belle part de nousmêmes. Elle a été prise... à l’Université de Droit. Chic ! L’avenir s’annonce radieux. Ce matin, elle peut faire la grasse mat’. Elle l’a mérité, elle a bien travaillé ! Mais voici sa mère qui déboule et l’oblige à se lever. Dehors, on entend des explosions. Un feu d’artifice ? En plein jour ? La mère est affolée : « Lève-toi. On s’en va, fais tes bagages ». Elle demande où elles vont. La mère fait claquer les portes des placards, choisit en une seconde des vêtements, quelques bibelots, des bijoux... Ça ne vous rappelle rien ? La mère dit : « On part en Europe, Daech arrive ». Morgiane El Boubsi est à découvrir au Théâtre Le Public dans ce seul en scène du 10 mars au 23 avril 2022. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles

THÉÂTRE : IN SOLIDUM Eté 2017, cinq amis d’enfance s’introduisent dans une villa de vacances du Sud de la France. Ils y vivent une semaine de folie, portés par l’euphorie d’être réunis, inspirés, intouchables. Ils sont sympas, touchants… En partant, pourtant, ils mettent le feu à la piscine et ses alentours…Un an plus tard, ils sont jugés pour leur connerie : 122.475 € de dommages et intérêts à verser in solidum à la propriétaire de la villa. In Solidum : tous coupables et tous ensemble. Pour payer leur dette, ces pieds nickelés y vont de l’arnaque 2.0 : escroquerie virtuelle, arnaque à la nigériane, pillage des cœurs à prendre sur les sites de rencontre, chantages divers… Une vraie start-up de self-made men en cybercriminalité. Avec ses codes, ses principes très Wall Street… Et ça fonctionne ! L’argent pleut en abondance. Jusqu’au jour où… Six jeunes comédiens, tous lauréats de l’IAD, explorent le registre du polar. Sans tomber dans la


caricature, on y retrouve tous les ingrédients du genre : fric, trahison, passion, stratégie, justice, amitiés viriles… Un texte écrit avec grande finesse dans lequel les personnages pourraient être tout droit sortis de La Casa de Papel et qui est à applaudir au Théâtre de Poche du 19 avril au 7 mai 2022. Voyez toutes les informations concrètes sur le site www.poche.be Chemin du Gymnase, 1a à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : UN PETIT JEU SANS CONSÉQUENCE Autour d’un buffet de pique-nique, ne tournent pas que des guêpes, des mouches et des frelons. Entre la salade de pâtes, le taboulé et les macarons, on croise aussi des buses à l’affût de leur proie, des tapirs affamés, des pigeons qui roucoulent et même des renards qui passent à l’attaque… Une vraie ménagerie dans une jungle sans pitié. Claire et Bruno forment, depuis douze ans, un couple établi, une institution. Au cours d’une journée entre amis dans la maison de famille, lassés d’incarner l’icône d’un couple immuable, ils vont feindre une séparation. Par provocation, sur un coup de tête… C’est un jeu, c’est drôle, mais c’est dangereux… Les auteurs Jean Dell et Gérald Sibleyras se sont rencontrés à l’occasion d’une émission pilote, qui n’a jamais vu le jour mais qui leur a permis de se lier. Jean propose à Gérald de le rejoindre à France Inter. Le tandem est formé. Ils écrivent des sketches politiques et collaborent à l’émission, Curriculum vite fait. En quittant la radio, ils se tournent vers le théâtre. C’est ainsi qu’est né Le Béret de la Tortue, mis en scène par François Rollin au Splendid durant la saison 1999-2000. Au demeurant, une comédie désenchantée et cocasse, un rien cynique, sur l’hypocrisie et la cruauté des relations amicales, cette fable joliment écrite décline avec esprit quelques bons vieux préceptes du style : Il ne faut pas jouer avec le feu ! Une pièce à applaudir au Théâtre royal des Galeries du 27 avril au 22 mai 2022. Voyez tous les détails précis sur le site www.trg.be Galerie du Roi, 32 à 1000 Bruxelles


TOONE : LA PASSION Voilà une pièce qui a marqué de nombreuses générations et qui s’inscrit depuis des lustres dans le catalogue du Théâtre de Toone. Créée en 1934, elle réapparaît chaque année à la même période. Loin des bigoteries et des odeurs d’encens, l’enseigne puise sa vitalité dans la tradition populaire et se nourrit de tout ce qui façonne le visage de Bruxelles et qui nourrit sa chair. Auteur réputé pour ses écrits mystiques et imprégnés de folklore, Michel de Ghelderode ne pouvait que croiser la route de la dynastie Toone et l’inspirer. La conjonction de son théâtre fantasmagorique et des marionnettes populaires bruxelloises a initié quelques projets, dont le plus ancien reste cette résurrection de Pâques mâtinée de références bruxelloises et d’illuminations propices à faire revivre le dialecte local dans un écrin artistique soutenu par une équipe de professionnels. Il y aurait à la base une légende du terroir qui évoque la triste histoire d’un prisonnier nommé Thomas Guys et qui aurait subi en 1440 des tourments similaires à ceux du Christ en échange de sa grâce et de sa libération. Les faits se seraient déroulés lors d’une reconstitution publique de la crucifixion de Jésus à l’angle de la rue des Brigittines et de la rue Haute, appelée à l’époque rue Notre-Seigneur. Michel de Ghelderode a retranscrit cet épisode qu’il tenait d’un habitant et l’a incorporé à son univers baroque fait de masques et de sortilèges. On sait qu’on n’achète pas un ticket chez Toone pour assister à la représentation fidèle d’une pièce classique ou d’une évocation plus ou moins historique. Chaque thème est soumis à une plume redoutable et bénéficie d’une relecture faite de dégraissage et d’ajouts. La surprise naît surtout des prouesses vocales de Nicolas Géal (cheville ouvrière du lieu), qui campe chaque personnage en modulant sa voix et qui est capable de monter dans les aigus pour les femmes ou de dominer dans les graves pour les hommes. Evidemment, entendre Jésus ou Judas Iscariote s’exprimer dans le patois des Marolles peut surprendre celles et ceux qui ne connaissent pas l’endroit. Il ne faut pas y voir malice ni sujet de moquerie. Respectueux de la foi des croyants, le théâtre de Toone a repris un thème universel et fédérateur et l’a actualisé pour le mettre à la portée de tous. Si Jésus n’avait pas vécu en Palestine, il aurait pu annoncer son message chez nous, dans nos quartiers, non loin de la Grand-Place et à quelques mètres du Manenken-Pis, au lieu de le confier à ses disciples qui l’ont exporté en son nom. Voilà un postulat qui en mérite bien un autre et qui ne prête pas à rallumer les bûchers de l’Inquisition. Mieux, ici, on rit ! La force du théâtre de marionnettes folkloriques se résume à parler de choses graves sans avoir l’air d’y toucher, de mettre en évidence les expressions populaires et les accents et de jouer avec les anachronismes pour actualiser le contenu de chaque spectacle. D’une certaine manière, on peut affirmer que « La Passion » est intemporelle, à la fois d’hier et d’aujourd’hui, avec pour vocation de parler directement au cœur des spectateurs. Un spectacle à voir ou à revoir en avril 2022. Plus de détails sur www.toone.be

Rue du Marché-aux-Herbes, 66 - Impasse Sainte Pétronille à 1000 Bruxelles Sam Mas


THÉÂTRE : PLANTES Saviez-vous que le ficus est la plante de compagnie la plus répandue chez les humains ? Savez- vous ce que les acteurs ressentent lorsqu’ils doivent s’embrasser sur scène ? Saviez-vous qu’il existe un champignon capable de s’introduire dans le cerveau de certaines fourmis pour les contrôler ? Savezvous ce qui se passe si Pinocchio dit que son nez va grandir ? Vous connaissez la blague du chauffeur d’autobus ? Il y a la vérité et le mensonge, le naturel et l’artifice, en d’autres mots la nature et l’humain. Accompagnés de leur ficus, quatre individus questionnent ce mensonge fondamental qu’est le théâtre, où tout est fiction et pourtant bien réel. Sur le plateau, les claques se distribuent, les baisers se volent, les confessions se dévoilent, on se lance dans l’invraisemblable démêlage du vrai et du faux, de ce qui fonctionne ou pas avec un public… Bref, les expériences s’enchaînent, engendrant les paradoxes, et le spectateur, mené en bateau dans un voyage humoristique à tiroirs multiples, est invité à voir les choses pour ce qu’elles sont et non pas telles qu’il les projette. Plantes, c’est une grande bouffée d’oxygène et de rire, qui fait prendre de la hauteur à l’existence un brin absurde, inspirée de faits réels, et laissant place à de la véritable magie ; mais… comment avoir la certitude que tout ceci est vrai ? A découvrir au Théâtre des Martyrs du 19 au 30 avril 2022. Plus de détails sur le site www.theatre-martyrs.be Place des Martyrs, 22 à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : SIDDHARTHA Au fil des chapitres de sa vie, chaque étape du cycle spirituel parcouru par Siddhartha, entre en résonance avec les rencontres au gré desquelles il explore celui qu’il est, le menant de désillusions en misères, puis vers son accomplissement final. Un éloge à la vie contemplative, le prolongement d’un texte initiatique invitant à la fuite des maîtres, et au cheminement que chacun doit entreprendre sur une route qui n’appartient qu’à lui. Un spectacle qui éclot au croisement des formes et des époques reflétant les multiples facettes de « l’histoire de Siddhartha » et qui guide le spectateur sur le sinueux chemin emprunté par le chef-d’œuvre de la littérature spirituelle de Hermann Hesse. Siddhartha émerge au confluent d’un conte, d’un fleuve, d’une sculpture de détritus et d’un film, tel un aller-retour continuel entre le passé et le présent qui sublime les mille éclats de la quête d’éveil, de pureté et de sagesse d’un jeune homme rejetant la doctrine comme instrument de connaissance de soi. A applaudir au Théâtre des Martyrs du 15 avril au 4 mai 2022. Plus de détails sur le site www.theatremartyrs.be Place des Martyrs, 22 à 1000 Bruxelles


CONCERT : LES DÉMÉNAGEURS Tout a commencé quand Yves Barbieux faisait de l’éveil musical en l’an 2000. Il n’avait pas envie d’utiliser les chansons des autres alors il a écrit lui-même. Ce sont elles qui forment pour la plupart le premier album (dont la fameuse « Bonjour tout va bien » et le premier spectacle des Déménageurs : Lili et les escargots). Sur les suivants, tous très différents, il a affiné son écriture avec des chansons qui, presque toutes, pourraient, en changeant un peu les paroles, être destinées à un public adulte. C4est que, pour lui, il convient de ne jamais prendre les petits pour des sots. La crédibilité d’un artiste passe par la beauté de la mélodie, la justesse de son interprétation et la qualité du texte. Depuis maintenant vingt ans, il tourne avec « Les déménageurs » pour enchanter les familles et apporter ce besoin de lumière dans le regard du public qui manque cruellement aujourd’hui dans notre société clivante. Pour ce faire, il fait passer ses messages en douceur pour évoquer la tolérance, le droit d’être ce qu’on est et le respect, sans jamais juger ni donner de leçons. N’hésitez pas à aller les acclamer le 16 avril 2022 au Centre culturel d’Uccle. Une claque à la morosité ! Plus de détails sur le site www.ccu.be Rue Rouge, 47 à 1180 Bruxelles

APPEL À PROJET : BALADE REPTILIENNE A l'occasion de ses vingt ans d’existence, le Musée d'Art Fantastique lance un appel à projets aux artistes de tous horizons. Vingt alligators de couleur blanche en résine d'une longueur d'environ 115 cm seront mis à disposition des plasticiens sélectionnés, afin que ces derniers puissent donner libre court à leur imagination en utilisant les supports fournis. La sélection des artistes s'effectuera via l'envoi de projets à faire parvenir par mail à l'adresse suivante : infomafcaf@gmail.com avant le 12 juin 2022. A cet égard, vous trouverez sur le site un canevas grâce auquel vous pourrez proposer votre élaboration numérique, dessinée ou peinte. Avant d’expédier son projet, chaque participant est tenu de se référer au règlement disponible sur le site www.fantastic-museum.be/wp-content/uploads/2022/02/CanevasBR.pdf Les artistes sélectionnés feront partie de l'exposition « Balade reptilienne » qui se tiendra au Centre d'Art Fantastique sis dans les anciennes glacières de Saint-Gilles. Chaque créateur sélectionné recevra un catalogue hors série numéroté de l'exposition, ainsi que vingt-cinq cartes postales de son œuvre et divers goodies. Bonne chance à celles et à ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure ! Sam Mas


THÉÂTRE : MY FATHER HELD A GUN Beaucoup de choses les séparent. Et tant d’autres les rapprochent. Sahand Sahebdivan, né en Iran et Raphael Rodan, élevé en Israël, avaient déjà bouleversé les spectateurs du TTO en 2015 avec le spectacle Kingdom of Fire and Clay. Ils reviennent chez nous, accompagnés à l’écriture par Albert Maizel, avec un face-à-face émouvant et drôle où ils poursuivent une conversation étonnante, qui prend des détours inattendus, dans laquelle ils incarnent leurs propres rôles. À travers les lettres de deux soldats de la Grande Guerre, ils évoquent leurs pays, leurs parents, le pacifisme, l’amour, le féminisme (…), et jouent sur l’absurdité de leur prétendue opposition. « My Father held a gun », coproduit avec le Théâtre National, a déjà galvanisé son public en 2020. Un spectacle à revoir au Théâtre de la Toison d’Or du 12 au 23 avril 2022. Plus de détails sur le site www.tto.be Galerie de la Toison d’Or, 396-398 à 1050 Bruxelles

THÉÂTRE : L’ÉCOLE DES FEMMES Une nouvelle occasion de retrouver un classique de Molière sur les planches ! Arnolphe prétend qu’une femme ne peut être sage et vertueuse qu’autant qu’elle est ignorante et niaise. Aussi, pour avoir une épouse à sa guise, il fait élever sa jeune pupille, Agnès, au fond de sa maison, sous la garde d’un valet et d’une servante aussi niais qu’elle. La jeune Agnès, qui a été élevée dans la plus grossière ignorance, se fatigue bientôt de l’isolement où on la retient. S’étant mise un jour à la fenêtre, elle aperçoit un beau jeune homme qui la salue ; elle, qui ignore jusqu’aux plus simples convenances, rend le salut qu’on lui fait et se laisse bientôt prendre au bel air et aux belles paroles du jeune Horace. On rit du supplice où les confidences d’Horace mettent le pauvre Arnolphe qui finit par faire pitié, tant il est puni de son système d’éducation. Une comédie à voir et à revoir pour ne pas mourir idiot et se rappeler à quel point Molière a apporté de la modernité au théâtre, tout en donnant un coup de pied dans les conventions. Comme toujours, il ne se contente pas de nous faire rire, mais dénonce avec humour les pédants, les tartuffes de son époque pour parler d’amour consenti et libérer les filles du carcan de leur père, de leur frère ou de leur époux imposé. Une pièce à savourer sans vergogne du 21 avril au 21 mai 2022 au Théâtre royal du Parc. Plus de détails sur site www.theatreduparc.be Rue de la Loi, 3 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


SPECTACLE : SUMMERTIME Voilà une occasion pour se réunir à nouveau avec un projet de recherche dont les objets centraux sont la chaleur solaire et chromatique, l’amplitude du mouvement et les relations humaines qui s’en nourrissent. Une chorégraphie qui r eflète l’insouciance et le bonheur, un véritable baume au cœur pour tous et toutes. Habitué des créations contemporaines à la limite entre danse et performance, Thierry Smits nous propose ici un grand retour à la chorégraphie centrée sur le mouvement. Pour ce faire, il réunit une équipe de pointe qui n’en est pas à son premier essai. La pièce est créée pour cinq danseurs et cinq musiciens qui nous viennent de part et d’autre de l’Europe et réunissent sept nationalités. A cela s’ajoute deux éléments : la lumière et la couleur, ingrédients scénographiques principaux, avec des musiciens et des danseurs qui évoluent sur un tapis blanc dont l’accroche et la réflexion de la lumière contribuent à construire un univers vibrant et éclatant. L’énergie rayonnante qui se dégage de la pièce est portée par une création musicale directement inspirée d’un répertoire baroque. Les sonorités anciennes qui accompagnent les corps sont tantôt interprétées par le quintet The Wig Society Chamber Music Ensemble, tantôt enveloppées d ans les compositions électroniques totalement contemporaines de Jean -François Lejeune. Un live dance-music à découvrir jusqu’au 16 avril 2022 au Studio Thor. Plus d’informations sur le site www.varia.be

Rue Saint Josse, 49 à 1210 Bruxelles

THÉÂTRE : GEORGES DE MOLIÈRE C’est dans un univers sonore, musical et visuel, hallucinatoire et carnavalesque que Ludovic Barth & Mathylde Demarez nous donnent cette sensation d’être au bord de l’implosion. Et si leur spectacle s’appelle fait référence à Molière, c’est pour mettre en avant le destin individuel et solitaire de ce mal né et augmenter l’empathie, la pitié ou la répulsion qu’il peut susciter. Depuis quelque temps, les auteurs cherchaient de quelle manière élargir le spectre de la recherche qu’ils poursuivent depuis leur début sur les normes, les catégorisations sociales, les constructions culturelles et les rapports de domination. Et pour la première fois dans leur parcours, c’est avec une pièce classique, et de Molière qui plus est, qu’ils trouvent de quoi continuer leur investigation et renouveler leur pratique. On y découvre un roturier fortuné, marié à une riche héritière dans l’espoir de s’élever au -dessus de sa condition. L’intrigue est enchâssée dans une série de thèmes musicaux qui renforcent par leur légèreté festive, la cruauté des déboires du héro”. Celui -ci, sans cesse, s’acharne à vouloir prouver qu’Angélique sa femme lui est infidèle pour pouvoir réclamer justice, mais il se heurt e systématiquement aux mécanismes inoxydables de la domination sociale, et finit par s’y broyer. Un travail à applaudir au Théâtre Varia du 19 au 30 avril 2022. Plus d’informations sur le site www.varia.be Rue du sceptre, 78 à 1050 Bruxelles


THÉÂTRE : LE DINDON Pontagnac, le " dragueur " malheureux, sera finalement le dindon de la farce. C'est d'ailleurs un brave garçon, qui ne trompe jamais sa femme sans la plaindre. Et qui ne perd jamais la tête : il suit les dames dans la rue, mais s'il pénètre derrière elles dans les pâtisseries, il les attend sagement à la porte des bijouteries. Quant à Vatelin, le mari de Lucienne, il risque de payer fort cher une vieille entorse à la fidélité conjugale, laquelle entorse refait brusquement surface en la personne de Maggy, une joyeuse fofolle anglaise... Un troisième larron, rival de Pontagnac, vient encore compliquer la situation. Et voilà la mécanique en marche, « sans que s'affole un seul rouage, sans que saute un seul ressort », comme dit Jean Richepin. Le plus vaudevillesque Feydeau mené à un train d’enfer par la Compagnie Viva est proposé du 5 au 10 avril 2022 au Centre culturel d’Auderghem.! Voyez les détails précis sur le site www.ccauderghem.be Boulevard du Souverain, 183 à 1160 Bruxelles Sam Mas

THÉÂTRE : LES VOYAGEURS DU CRIME Déjà, le titre se veut une accroche pour toute personne férue de mystère et de vieux thrillers en costume façon Sherlock Holmes ou Agatha Christie. Après le succès de « Le cercle de Whitechapel », ce n’est pas une surprise de retrouver une équipe qui gagne et oppose la vie dure au crime. Cette fois, une jeune fille ameute le compartiment du train dans lequel elle a acheté un billet : Sa maman a disparu. Volatilisée sans laisser de traces. Parmi les voyageurs, un certain Conan Doyle ouvre l’œil, ainsi qu’un Shaw et Stoker, également écrivains célèbres. Même si l’affaire s’annonce complexe et semée d’embûches, on devine que la vérité triomphera. Allant de surprise en surprise, le groupe présent vivra une série d’épisodes rocambolesques et passera une nuit aux aspects cauchemardesques. L’action se déroule bien sûr dans un train luxueux, sans doute le plus raffiné au monde qu’on nomme « L’Orient Express ». Cette comédie est signée Julien Lefebvre et sait prendre à revers un public habitué aux séries télévisées qui affirme en outre être blasé de tout. Une enquête au cordeau à découvrir au Centre culturel d’Auderghem du 18 au 23 avril 2020. Plus de détails sur le site www.ccauderghem.be Boulevard du Souverain, 183 à 1160 Bruxelles André Metzinger


THÉÂTRE : SONS OF ABRAHAM Adil et Sami sont frères. Sous les grands miroirs noirs dominant la scène, ils nettoient et parlent. C’est leur dernière nuit en tant qu’hommes de ménage d’un bordel du quartier Rouge d’Amsterdam. Demain, ce sera le retour en Irak pour un dernier adieu à leur mère, décédée tout récemment. Adil et Sami discutent et, avec eux, on remonte le temps. Depuis cinq ans, sans papiers et après leur fuite d’Irak, ils ont dû s’adapter à ce nouveau pays. Sami rêve d’embrasser le mode de vie occidental, en particulier sa dimension festive et sa morale libre. Adil, au contraire, a perdu ses illusions sur l’Europe. Nostalgique des liens familiaux et du sens du collectif qu’il a connu dans sa patrie d’or igine, il trouve du réconfort dans la pratique religieuse. Cette nuit ravive les antagonismes, confronte valeurs occidentales et orientales, questionne les racines, revient sur l’exclusion vécue ces dernières années. Dans cet affrontement culturel et religieux, sur fond de conflit interne et de références bibliques, Raphael Rodan (1980, Israël) et Sahand Sahebdivani (1980, Iran) montrent un sens de la narration qui faisait déjà la saveur de My Father Held a Gun. Maniant le storytelling avec adresse, ils proposent un dispositif qui se joue des clichés et dans lequel la fiction se nourrit du réel. Une création à découvrir au Théâtre National du 26 au 30 avril 2022. Plus de détails sur le site www.theatrenational.be Boulevard Emile Jacqmain, 111-115 à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : ANTIGONE IN MOLENBEEK Seule sur le plateau, Antigone s’appelle désormais Nouria. Incarnée par Ikram Aoulad, sa parole dialogue avec la musique du Quatuor à cordes n°15 de Dmitri Chostakovitch. Elle est étudiante en droit et de confession musulmane. Son frère s’est radicalisé et a rejoint les rangs de Daesh avant de disparaître dans un attentat suicide. À l’instar de l’Antigone de Sophocle, Nouria s’efforce de retrouver les restes de son frère, conservés dans le centre médico-légal, afin de lui donner une sépulture digne de son humanité, malgré l’horreur commise. Comment faire entendre la voix d’une jeune femme seule au monde mais déterminée ? Quelle compassion pour les terroristes kamikazes ? Stefan Hertmans, auteur de Guerre et Térébenthine, réécrit en 2017 – à peine un an après les attentats de Bruxelles – le mythe de la fille de Jocaste et Œdipe qu’il transpose dans notre actualité contemporaine. En lui insufflant la même quête d’absolu que l’héroïne antique, la mise en scène de Guy Cassiers révèle la force du mythe. Elle met au jour aussi bien les préjugés face à ceux qui sont considérés comme « étrangers », que les limites de la société patriarcale. Une performance à applaudir au Théâtre National les 29 et 30 avril 2022. Plus de détails sur le site www.theatrenational.be Boulevard Emile Jacqmain, 111-115 à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : DE BEAUX RÊVES Aujourd'hui, elle a 70 ans. Depuis plus de six décennies, elle rêve de voir ses parents se réconcilier. Ils ont divorcé il y a longtemps, trop longtemps, pour un détail du passé de sa mère. Un détail ! Aujourd'hui, elle rêve que la petite Hongroise fasse vraiment la paix avec son militaire de mari, militaire jusqu'au bout des ongles. Un lit, quatre personnes, un rêve. Mais ne nous leurrons pas, hormis le personnage central qui retrouve subitement une apparence de trente ans, tous nous ont quittés depuis longtemps... Bruxelloise devenue néo-Louvaniste depuis peu, Betty Leruitte profite de sa retraite pour se consacrer à ses passions que sont la lecture, l'écriture, le piano et les balades dans la nature. Elle nous propose aujourd’hui sa pièce « De beaux rêves » mise en scène par Gil Wynands également présent dans l’un des rôles, ainsi qu’Audrey De Smet, Dominique Heusdens et Patrick Debaix. Les représentations auront lieu le samedi 23 avril 2022 à 15 et à 20 heures 30, ainsi que le dimanche 24 avril 2022 à 15 heures au VGC De Linde. Rue de Cortenbach 7- 1130 Bruxelles Sam Mas

EXPOSITION : SENNE DE CRIME Robots et chercheurs, citoyens et ingénieurs, tous mobilisés pour améliorer l’état de la rivière. La qualité de l’eau de la Senne reste un enjeu majeur pour Bruxelles ! Découvrez le réseau d’eau complexe qui s’étend sous vos pieds, les acteurs impliqués dans sa gestion et les actions pour améliorer notre environnement grâce à notre labo mobile installé au musée jusqu’en mars 2022. Inauguré en grande pompe il y a cent cinquante ans, le voûtement marque le début d’une nouvelle ère dans la lutte contre les inondations, les épidémies et l’insalubrité. Parallèlement à ce voûtement se déploie le réseau d’égouts. Les habitants adoptent le « tout-à-l’égout » pour assainir la ville, tandis que la rivière sert de réceptacle souterrain pour toutes les eaux usées et pluviales… La Senne demeure pendant longtemps une voie d’évacuation des eaux usées. Avec comme impact à l’aube du XXIe siècle, une pollution extrême. Dans les années 2000, les eaux usées sont épurées grâce à deux stations d’épuration : BruxellesNord et Bruxelles-Sud. Une amélioration de la qualité biologique et chimique des eaux de la rivière se fait sentir. Mais lorsqu’il pleut, les déversoirs renvoient l’excédent d’eau des égouts vers la Senne et le canal. A découvrir jusqu’au 16 avril 2022 au Musée des Egouts. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.sewermuseum.brussels Porte d’Anderlecht à 1000 Bruxelles

BRUSSELS SHORT FILM FESTIVAL Le Brussels Short Film Festival ou Festival du court-métrage de Bruxelles, aussi nommé BSFF, se veut une fête consacrée aux formats courts. Durant une dizaine de jours, il propose de découvrir le meilleur du best-off en la matière et convie les amateurs à se régaler de ce qu’on ne verra pas ailleurs (ou trop peu !), tout en suggérant un tour du monde rapide des réalisations générées un peu partout des deux côtes dé l’hémisphère avec près de trois cents titres aux sujets épars. L’édition 2022 se déclinera du 20 au 30 avril 2022 dans différents lieux de la capitale (Mont-des-Arts, Flagey, Vendôme, Galeries, …) Voyez le descriptif du programme sur le site www.bsff.be André Metzinger


CINÉMA : LA TRAVERSÉE Animation de Florence Miailhe, avec les voix d’Emilie Lan Dürr (Kyona), Florence Miailhe (Kyona âgée), Maxime Gémin (Adriel), Arthur Pereira (Iskender), Serge Avedikian (Jon) et Axel Auriant (Erdewan). FranceAllemagne-République Tchèque 2020, 84 min. Sortie le 30 mars 2022. Résumé du film – Un village pillé, une famille en fuite et deux enfants perdus sur les routes de l’exil... Kyona et Adriel vont tenter d’échapper à ceux qui les traquent pour gagner un pays libre. Au cours d’un voyage initiatique qui les conduira de l’enfance à l’adolescence, ils traverseront de multiples épreuves pour atteindre leur but : franchir la frontière. Commentaire – Ce parcours de l’exil, vu à travers les yeux de deux enfants, a mis dix ans pour être écrit, animé et produit. La réalisatrice Florence Miailhe, qui l’a scénarisé avec Marie Desplechin, a synthétisé des souvenirs personnels remontant à ses grandsparents juifs fuyant les pogroms de l’Est, avec tous les exils qui ont bouleversé l’Europe ensuite : les vagues de migration kurdes, syriennes, soudanaises, afghanes lancées sur les routes de nulle part. Et aujourd’hui encore l’Ukraine. Florence Miailhe ne le savait pas en terminant son film, mais La Traversée rattrape l’actualité des dernières semaines avec les trois millions de femmes et d’enfants qui ont pris, eux aussi, la route du voyage. Un film prophétique. A travers un parcours initiatique, il retrace le temps indéfini de la légende, le temps des mythes où tous les exils se combinent pour n’en plus faire qu’un. La réalisatrice a divisé le parcours en plusieurs étapes, en plusieurs chapitres qui voient les deux enfants affronter l’adversité et se chercher de nouveaux amis pour aller plus loin, vers le pays de l’espoir. Les images, réalisées au pastel ou à la gouache sur verre, sont filmées à l’ancienne, à raison de 24 images par seconde (ou 12 si on réutilise les dessins pour économiser le travail), à partir d’un banc-titre sur lequel est fixée la caméra opérant image par image. C’est la table du dessinateur où chaque image est multipliée avec une légère modification qui crée le mouvement. Cinq cents décors ont été conçus par dix décoratrices. Quatorze animatrices et un animateur ont travaillé sous la direction de la réalisatrice qui a fait construire 14 bancs-titres dans trois studios disposés dans trois villes : Toulouse pour la France, Leipzig pour l’Allemagne et Prague pour la République Tchèque. Et petit à petit, seconde par seconde, plan par plan, le film est né, résultat d’une collaboration qui s’est étendue sur dix ans. Traversée toujours retouchée, toujours amendée au fur et à mesure des dessins. C’est le premier long-métrage de Florence Miailhe, réalisatrice de neuf autres CM, qui a reçu en 2010 le prix du meilleur scénario au Festival d’Angers et, en 2017, le prix spécial de la Fondation Can pour le cinéma. On a pu voir La Traversée en avant-première au Festival Anima à Flagey, début mars. Avis – Fruit de souvenirs personnels, cette animation fait la synthèse de tous les exils du monde. Où la fiction rejoint l’actualité. A voir et à méditer pour partager les routes de l’espoir. Michel Lequeux


CINÉMA : DE NOS FRÈRES BLESSÉS Drame de Hélier Cisterne, avec Vincent Lacoste et Vicky Krieps. France-Belgique-Algérie 2020, 95 min. Sortie le 6 avril 2022. Résumé du film – Alger, 1956. Fernand Iveton, militant communiste convaincu, pose une bombe dans l’usine de gaz où il est délégué syndical. Son but n’est pas de tuer ses camarades, mais d’empêcher la distribution de gaz dans la capitale pour lutter contre le colonialisme français. Arrêté avant que la bombe explose, il est traduit devant les autorités militaires. Son procès va être exemplaire pour dissuader les Français en Algérie de se joindre au mouvement de libération. Commentaire – Ce drame est inspiré du roman éponyme de Joseph Andras, prix Goncourt du premier roman en 2016. L’auteur d’ailleurs avait refusé ce prix et sa dotation en déclarant que la compétition, la concurrence et la rivalité étaient des notions étrangères à la création de son roman. Que son travail consistait seulement à honorer la mémoire de Fernand Iveton, activiste français acquis au mouvement de libération nationale en Algérie. Le réalisateur Hélier Cisterne, dont c’est ici le deuxième long-métrage après Vandal (2013), fait revivre l’activiste à travers un va-et-vient entre l’histoire d’amour qui a conduit une jeune Polonaise à le rejoindre à Alger, et le procès d’un jour qui a suivi sa tentative pour faire exploser une bombe. Procès en forme de mascarade qui visait à faire un exemple de son acte perpétré contre l’autorité coloniale. Son pourvoi en appel fut rejeté sur un avis défavorable du garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand. Iveton avait avoué les faits sous la torture en livrant ses amis. Tout le film met à nu les deux ans qui ont précédé le procès. On y voit un militant tiraillé entre ses amis de combat et la passion qu’il éprouve pour celle qui est devenue sa femme. Hélène a quitté sa mère à Paris et, avec son jeune fils, elle est venue s’établir à Alger, sur les hauteurs de la Casbah qui domine la ville et descend la colline pour atteindre le port. Ces vues ne sont pas des inserts. Elles ont été tournées sur les lieux mêmes et justifient la coproduction algérienne. On est dans la prison de Barberousse, aujourd’hui la prison de Serkadji, construite dans la haute Casbah d’Alger dominant la mer, sur les lieux de l’ancienne fortification turque. On y voit la guillotine qui fut employée contre 198 détenus, parmi lesquels Fernand Iveton. L’époque est bien mise en scène, avec les mentalités exacerbées d’une partie de la population opposée aux Arabes. Les fellaghas, eux, reprochent à Fernand Iveton de n’avoir pas les mains souillées par le sang français. Il mourra en rêvant à une Algérie unifiée, où l’amitié entre les Français et les Arabes sera ressoudée. Une ruelle porte encore son nom à Alger, dans le quartier d’El Madania où il a grandi. Fernand est interprété par Vincent Lacoste, un jeune acteur prometteur qui a reçu le César du meilleur second rôle pour Illusions perdues, le film star de la cérémonie 2022. Le rôle d’Hélène est tenu par Vicky Krieps, actrice luxembourgeoise dont la langue maternelle est l’allemand. On l’a vue récemment dans Serre moi fort de Matthieu Amalric, où elle jouait le rôle d’une mère en vadrouille, cherchant sa liberté de femme en dehors de la famille. Avis – Un biopic sur le seul Européen guillotiné lors de la guerre d’Algérie en 1957. Ce drame bien documenté nous fait sentir toute l’injustice de la condamnation sous le colonialisme français qui ne voulait pas lâcher l’Algérie. Michel Lequeux


CINÉMA : NOWHERE Drame de Peter Monsaert, avec Koen De Bouw, Noa Tambwe Kebati, Sébastien Dewaele et Sofie Decleir. Belgique 2021, 110 min. En néerlandais sous-titré français. Sortie le 6 avril 2022. Résumé du film – André est un ancien camionneur qui travaille en noir dans le bâtiment. Séparé de sa femme et chômeur, il surprend un soir un jeune cambrioleur entré par effraction dans son atelier. Touché par l’histoire de cet ado sans abri, il le prend sous son aile et va l’aider à retrouver une mère qui l’a abandonné. Commentaire – Nowhere comble le vide entre un père qui a perdu sa fille happée par un camion, et un jeune SDF abandonné dans les toilettes à sa naissance. Un rapport filial très fort est au centre de ce film flamand réalisé par Peter Monsaert qui signe ici son troisième long-métrage après Offline et Le ciel flamand, un autre drame familial dans une maison close. « Je me disais, déclare le réalisateur, que la famille, c’est la seule chose à quoi on ne puisse pas échapper. Quand on fait un enfant avec quelqu’un, on est lié. On est toujours né quelque part. Etre l’enfant de quelqu’un ou être père, ça reste présent. Pour moi, c’est l’histoire la plus intéressante du monde. » Et pour cause. Le long de la route où l’accident s’est produit, André a érigé une « chapelle » à la mémoire de sa fille. Il vient la fleurir régulièrement et la surveille depuis son ordinateur via une caméra installée tout près. Il est taiseux, confie peu de choses aux autres, ayant les idées tournées vers le passé qu’il rumine en silence, sous une colère rentrée. La colère d’un être en deuil qui n’a pas digéré la disparition de sa fille. Il a quitté sa femme et son métier de camionneur après une violente altercation avec un confrère. André a eu dès lors maille à partir avec la justice. Il ne voudrait pas que cela arrive à son protégé, Thierry, tourné lui vers un avenir incertain qu’il regarde avec appréhension. Avec aussi et surtout, suite à la pression d’André, le désir de retrouver sa mère qui l’a abandonné à sa naissance. Les deux hommes finiront par comprendre qu’ils ont besoin l’un de l’autre pour se réconcilier avec leur passé et voir autrement l’avenir. Malgré leur nom, ils parlent néerlandais (ils vivent en effet près du port d’Anvers) mais s’expriment aussi, par intermittence, en français, notamment à Marseille où les a menés leur recherche. Sur le plan de la réalisation, Nowhere est tourné en plans américains rapides, comme une suite de diapositives qui ne durent que quelques secondes, avec des interstices où l’imagination peut s’insérer pour créer du lien. C’est la touche du réalisateur Monsaert qui fait appel à l’interprétation du spectateur pour y voir clair sur les plans discontinus du film, dont le puzzle finira par être assemblé. Koen De Bouw, qui a trente-cinq ans de carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision, interprète André avec un caractère bien trempé. Il vient de jouer un rôle dans L’homme qui a vendu sa peau, en lice pour les Magritte du cinéma flamand. Face à lui, Noa Tambwe Kabati, jeune acteur belge qu’on a vu récemment dans Welp, joue un jeune révolté face à la société. Il a 20 ans et c’est son second film. Nowhere est une production belge de Lunanime, où se sont associés le Ministère de la Culture flamande et la Fédération Wallonie-Bruxelles pour démontrer que le film belge a toujours un grand avenir devant lui. Avis – Un drame social poignant sur un père en deuil et un fils orphelin, que le hasard rapproche pour combler le vide entre eux. Très bien joué par les deux protagonistes. Michel Lequeux


CINÉMA : A L’OMBRE DES FILLES Drame d’Etienne Comar, avec Alex Lutz, Agnès Jaoui, Veerle Baetens, Hafsia Herzi, Marie Berto, Fatima Berriah et Anna Nadjer. France-Belgique 2021, 106 min. Sortie le 13 avril 2022. Résumé du film – Luc, chanteur lyrique professionnel, est en pleine dépression suite au décès de sa mère. Pour surmonter la crise, il accepte d’animer un atelier de chant dans un centre de détention pour femmes. Entre bonne conscience et quête personnelle pour retrouver sa voix, il va offrir à ces femmes un semblant de liberté dans le monde carcéral. Commentaire – Elles sont bien à l’ombre, ces filles condamnées par la justice pour crimes de sang et infanticides dus à des avortements tardifs. Elles ruminent leur rancœur contre la société qui ne leur a pas donné leur chance quand elles en avaient besoin. Le chant va leur permettre de se révéler, comme il permet à leur animateur de donner du sens à sa vie gâchée par une carrière à laquelle il a tout donné. Avec ce deuxième long-métrage qui suit Django Reinhardt dans la France occupée (2017), Etienne Comar signe une belle œuvre sur la thérapie du chant. Par petites touches, il montre comment la voix peut humaniser les cœurs les plus endurcis. Comment elle peut rendre l’espoir à ces femmes qui ont mille choses à se faire pardonner derrière les barreaux. Le format carré du film, peu employé aujourd’hui, donne une image verticale qui fait sentir la contrainte de l’enfermement. Les visages sont saisis en plans rapprochés qui isolent les regards pour les libérer ensuite par le chant. Une des femmes jettera dans la cuvette du lavabo les anxiolytiques dont elle n’a plus besoin, car le chant l’a libérée d’elle-même, l’a émancipée dans sa cellule. Quant à l’animateur, c’est à leur contact qu’il retrouve le talent de sa voix devant les détenues qui en sont estomaquées. Car jusque-là, il ne voulait pas chanter devant elles, étant seulement leur animateur. Alex Lutz campe cet animateur à la recherche du chanteur lyrique qu’il fut. Comédien de théâtre, humoriste, metteur en scène, il a reçu le César du meilleur acteur pour son rôle dans Guy, son deuxième film qu’il a tourné en tant que réalisateur. Il revient avec la sortie concomitante de Vortex que nous présentons dans cette chronique, et où il interprète le fils du vieux couple perdant la tête. Ici, il a le charisme d’un professeur de chant ne laissant pas insensibles les détenues, dont une qui lui met la main au sexe pour lui montrer que les femmes aiment ça également. Face à lui, plusieurs « pointures » de l’écran incarnent ces taulardes peu commodes qui se déchirent entre elles et l’accusent de leurs misères. On reconnaîtra dans la bande de filles notre compatriote Veerle Baetens (Duelles), Agnès Jaoui, la plus récompensée des femmes aux César, autrice elle-même d’une comédie musicale, ou Hafsia Herzi, qui a appris qu’il fallait se battre pour obtenir quelque chose. Et qui le fait avec une rage positive, comme les autres taulardes. Les deux premières actrices sont aussi chanteuses, ce qui les rend plus crédibles dans leur rôle. Le film a été tourné dans la prison de Marche-en-Famenne pour justifier la coproduction belge de Wallimage. Avis – Un atelier de chant en prison pour libérer les taulardes d’elles-mêmes. On n’en décroche pas, et on suit le drame jusqu’au bout. Michel Lequeux


CINÉMA : VORTEX Docudrame de Gaspar Noé, avec Françoise Lebrun, Dario Argento et Alex Lutz. France 2021, 142 min. Sortie le 13 avril 2022. Résumé du film – Un vieux couple est arrivé au bout de la course. Ancien critique de cinéma, il rêve d’écrire un livre sur le rêve à l’écran. Elle, c’est une ancienne psychiatre qui continue d’établir des prescriptions médicales pour eux deux. Mais frappée d’Alzheimer, elle perd la tête et la voici qui erre sans but dans leur étroit appartement où s’entasse, pêlemêle, leur vie à deux. Commentaire – Se fondant sur son expérience des AVC et des problèmes de dégénérescence liés à la vieillesse, Gaspar Noé, réalisateur français, fils d’exilés politiques argentins, a tourné rapidement ce docudrame. Il en a improvisé le scénario sous l’influence du cinéma japonais qu’il a revu, suite à son propre AVC qui l’a immobilisé à Paris. Il décrit ici la décrépitude du corps et de l’esprit rattrapés par la maladie. Il le fait avec cruauté mais aussi pudeur. C’est le plus dur des films qu’il ait tournés après Climax, son 5e long-métrage (2018), dont le point commun avec Vortex est la folie et un titre qui tient en six lettres. Son film s’apparente à un documentaire sur un vieux couple au bout du rouleau, qui cherche ses mots pour se dire, encore et toujours : « Ne me quitte pas ». Mais ces mots, ils ne peuvent pas se les dire, chacun étant enfermé en lui-même. C’est dur et poignant de les suivre dans leur tentative impossible de se rejoindre par-delà les deux caméras qui les filment conjointement, côte à côte, sans se voir. Toutes les séquences sont en effet tournées en split screen, par deux caméras à très courte focale qui partagent l’écran en deux parties. Cette technique est aussi vieille que le cinéma lui-même. On la retrouve dans 24 Heures chrono pour donner l’impression que plusieurs choses se passent dans le même instant, ou à la télévision pour confronter deux ou plusieurs points de vue filmés dans des endroits différents. Ici, le split screen filme une solitude à deux : le couple est séparé par la folie, même s’il habite le même appartement encombré des choses du passé. C’est une solitude partagée, chacun la sienne, qui est filmée de bout en bout, avec deux angles de saisie. On suit l’existence de deux êtres qui ne sont plus en symbiose et qui mènent chacun leur petit train de vie dans un coin de leur mémoire. Le vieil homme a d’ailleurs eu une maîtresse qu’on aperçoit subrepticement. Ces deux comédiens sont interprétés par Dario Argento, réalisateur italien de gialli (Suspiria, Ténèbres, Phenomena ou Opera), repassé devant la caméra, et par Françoise Lebrun qui a une longue carrière cinématographique derrière elle. Actrice des rapports post-amoureux (Trous de mémoire et A vot’bon cœur, 2004), elle s’enfonce ici dans la démence. Alex Lutz interprète leur fils qui ne peut plus s’occuper d’eux. Vortex (tourbillon d’eau) a été tourné en deux mois, dont un passé à décorer et meubler un appartement dans un immeuble voué à la démolition. L’appartement est un long boyau exigu où le couple étouffe, et nous avec eux, sous un amas de livres et de cassettes vidéo. Cela ressemble à notre intestin qui mène à la cuvette de w.-c. (plusieurs plans la montrent), qui déborde et où la vieille femme veut immerger ses médicaments pour en finir avec la vie. Ce « débordement » est l’œuvre de Jean Rabasse, le meilleur décorateur du cinéma français, qui fait merveille en l’occurrence à partir d’un appartement vide qu’on découvre à la fin du film. Avis – Sur la dégénérescence du corps et de l’esprit filmée par un cinéaste d’art et d’essai, qui fait œuvre utile avec son docudrame. Pas sûr pourtant qu’il trouvera son public, le film étant long et d’une présentation peu orthodoxe. Michel Lequeux


CINÉMA : INEXORABLE Thriller de Fabrice Du Welz, avec Benoît Poelvoorde, Mélanie Doutey, Alba Gaïa Bellugi et Janaïna HalloyFokan. France-Belgique 2021, 99 min. Sortie le 20 avril 2022. Résumé du film – Révélé par son premier roman, Marcel Bellmer vient d’emménager avec sa femme, éditrice, et leur fille Lucie dans la belle demeure de son beau-père, au milieu de la forêt. Il espère y écrire son deuxième roman, lorsqu’une jeune étrangère s’immisce dans le foyer. Gloria a lu le roman et elle devient très vite indispensable à la vie de cette famille qui nage dans le confort. Commentaire – Ce thriller, qui ressemble plutôt à un drame, est signé Fabrice Du Welz, réalisateur bruxellois d’une trilogie ardennaise avec Calvaire, Alléluia et Adoration (2019). Avec Inexorable, il revient dans les Ardennes belges, dans les environs de Neufchâteau où le film a été tourné en 2021, durant la pandémie. Une somptueuse demeure, avec un escalier d’apparat et des pièces en enfilade, sert de huis clos à l’intrigue. On y découvre peu à peu, à mesure que l’écrivain est obligé de révéler ses sources, comment son roman s’est construit. Comment Inexorable est le fruit de sa vie. Gloria, interprétée par la jeune Alba Gaïa Bellugi (la fille du tétraplégique immobilisé dans Les intouchables), n’y est pas étrangère. Son nom est d’ailleurs celui de l’héroïne d’Adoration et, comme cette héroïne, elle est tout près de la folie, plongeant la demeure dans une sombre angoisse. On est au fond des bois et le piège va se refermer sur les occupants, la petite fille comprise. Les automutilations de Gloria aboutiront à une scène gore qu’on peut regretter mais qui est voulue par le réalisateur cherchant un point de chute à son thriller. Benoît Poelvoorde, qui avait fait une petite apparition dans Adoration, n’est pas spécialement à sa place en jouant l’écrivain qui cherche son inspiration dans le bureau de son beau-père. Ce n’est pas un rôle pour l’acteur comique qu’il aime incarner. Mais la panne d’idées profite au tempérament cyclothymique qui est le sien et où il se sent à l’aise devant la caméra. Avec ses sautes d’humeur et de sexe aussi. A ses côtés, Mélanie Doutey, la fille d’Alain Doutey, revient à l’écran après un passage à l’ombre durant la décennie passée. On l’a vue en 2019 dans Donne-moi des ailes de Nicolas Vanier, où elle prêtait main forte à Jean-Paul Rouve qui montrait le chemin aux oies sauvages. Elle fait ici une éditrice ne doutant pas du talent fécond de son mari. Quant à la jeune Janaïna Halloy-Fokan, elle incarne leur petite fille qui croit dur comme fer que son chien Ulysse n’a mordu le bras ni le cou de personne. Et elle a raison malgré l’avis de sa mère et l’intervention d’un vétérinaire. Pauvre chien qu’on abandonne ainsi dans l’histoire. Avis – Un thriller qui tourne à l’effusion de sang dans un château où les souvenirs refont surface. Et leurs auteurs avec eux. Accrochez-vous, ça va saigner ! Michel Lequeux


CINÉMA : THE DUKE Comédie dramatique de Roger Michell, avec Jim Broadbent, Helen Mirren, Fionn Whitehead, Anna Maxwell Martin et Matthew Goode. UK 2020, 96 min. Sortie le 20 avril 2022. Résumé du film – En mars 1961, Kempton Bunton, un chauffeur de taxi sexagénaire, vole à la National Gallery de Londres le portrait du Duc de Wellington peint par Goya. Valeur d’achat : 140 000 livres sterling. Il envoie alors des demandes de rançon au musée et aux journaux, menaçant de ne rendre le tableau qu’à la condition que la redevance de la télévision soit abrogée pour les retraités de son âge. Commentaire – Inspirée d’un fait divers qui a défrayé la chronique anglaise, cette comédie en partie biographique relate l’aventure d’un retraité qui a contesté, à sa manière, l’ordre établi en GrandeBretagne au début des années 60. Ayant coupé sa connexion à la BBC, il ne veut pas payer la redevance due et demande son abrogation pour tous les retraités anglais. Elle sera abolie en 2000, tout comme chez nous d’ailleurs. Entre gags, jeux de mots et scènes de ménage feutrées, The Duke explore, à travers un cas isolé, la contestation sociale qui agita l’Angleterre quelques années avant Mai 68. Cette comédie est signée Roger Michell, qui vient de disparaître à l’âge de 65 ans, en septembre 2021. C’est donc son chant du cygne. Réalisateur britannique, il s’était fait connaître en 1999 avec Coup de foudre à Notting Hill, où Hugh Grant, libraire, et Julia Roberts, star américaine de passage à Londres, tombent amoureux au milieu des livres. Le couple est ici interprété par Jim Broadbent, le maître des potions magiques dans Harry Potter, et Helen Mirren qui a obtenu une triple récompense, l’Oscar et deux Golden Globes, pour son rôle dans The Queen de Stephen Frears (2006). Elle y jouait le personnage de la reine Elisabeth II fragilisée par le décès de sa belle-fille Lady Diana. Comédienne et actrice anglaise de talent, on l’a vue récemment dans Anna de Luc Besson (2019), où elle interprétait la directrice d’une agence du KGB, et dans les deux derniers Fast and Furious. Helen Mirren adore les compositions âgées, mais dément son âge (on ne vous dira pas lequel) à la Mostra de Venise où elle est venue défendre The Duke, dans un décolleté fort aguichant et de longs bas mettant ses jambes en valeur. Ici, dans la robe stricte d’une femme de ménage au service de l’épouse d’un ministre, elle fait la grincheuse, apparemment offusquée d’avoir découvert le portrait du Duc de Wellington dans le double fond de sa garde-robe. Ciel, un duc ! Mais qu’a-t-il donc fait ? Grincheuse, oui, mais toujours amoureuse de son fou de mari, après tant d’années passées à boire le thé ensemble, à cinq heures de l’après-midi, comme tous les couples en Angleterre. Lui, c’est Don Quichotte qui pourfend les moulins de la société, c’est Robin des Bois qui détrousse les riches pour renflouer les pauvres. C’est un dramaturge sans emploi, qui cherche du travail et continue d’écrire ses pièces de théâtre sans qu’elles soient publiées. En faisant l’école buissonnière pour mentir à sa femme. Une comédie drôle, avec une bonne dose d’humour anglais, qui fera sourire les membres du tribunal sous leurs perruques gominées. Tournée à Bradford et Leeds, deux villes voisines, ainsi qu’à Londres. Avis – Humour anglais garanti dans cette comédie tirée d’un fait divers sur un vol commis à la National Gallery. Le voleur, 62 ans, se prend pour Robin des Bois et nous amuse. Michel Lequeux


CINÉMA : DOG Comédie de et avec Channing Tatum, Jane Adams, Kevin Nash, Qórianka Kilcher, Ethan Suplee, Emmy-Raver-Lampman et Zaza. USA 2021, 101 min. Sortie le 9 mars 2022. Résumé du film – Deux anciens Rangers partent pour un road-trip qui va changer leur existence. Le vétéran Jason Briggs et Lulu, un malinois belge, montent ce jour-là à bord d’une Ford Bronco 1984 pour se rendre aux funérailles du sergent Rodriguez, le maître de la chienne. Leur voyage le long de la côte du Pacifique va se révéler riche en émotion et en péripéties de tout genre. Commentaire – Dog est le premier film du réalisateur Channing Tatum, acteur, danseur, mannequin et producteur dont la carrière a débuté voici vingt ans. On l’a vu jouer dans des comédies d’action populaires comme 21 et 22 Jump Street et dans des comédies d’espionnage (Kingsman : le Cercle d’or, 2017). On l’a vu aussi prêter sa voix dans des films d’animation comme La Grande Aventure Lego 2, 2019. Il revient à l’écran avec cette comédie dramatique pour laquelle il coiffe la triple casquette de producteur, acteur vedette et coréalisateur avec Reid Carolin, son associé de la Free Association, société de production fondée en 2014. Si ses prestations d’acteur n’ont pas toujours été reconnues par la critique, voire par le public qui le préférait en mannequin, ce premier film qu’il coréalise est une réussite. Channing Tatum est à fond dans son rôle. Il incarne bien le vétéran qui doit se charger d’un chien pour réintégrer l’armée où il rêve de faire carrière. Mais il y a les erreurs à ne pas commettre quand on s’occupe d’un chien difficile, aussi dérangé que le vétéran lui-même, sujet aux séquelles neurologiques que lui ont laissées ses blessures de guerre. Sa prestation, Tatum la doit aussi et surtout à la chienne, Lulu, interprétée par un malinois brun, aux yeux vifs et intelligents : Zaza, comme on l’apprendra en lisant le générique de la fin. Encore faut-il que vous restiez pour découvrir le nom de ce bel animal qui va se faire une place auprès de son nouveau compagnon. Elle a mille tours dans son sac, voire dans ses pattes, Lulu, et elle les déploiera au fil de la route, dans ce road-movie où elle entraîne celui qui va devenir son maître. A moins que ce ne soit bien entendu le contraire. C’est aussi l’occasion de revenir sur le sort des vétérans de la guerre, les laissés-pour-compte de la société, relégués aux oubliettes sous les ponts. Ils terminent leurs jours au fond des bois, paumés et suicidaires, comme l’ex-maître de Lulu. Le chien est leur seule « copine » dans l’existence. Le film a été tourné en Californie, dont on voit les longues routes à perte de vue, avec de larges panoramiques qui les interrompent sur le désert ou dans l’océan. Jolies vues en perspective. Avis – Un road-trip où le seul animal dangereux est apparemment l‘homme, qui doit être apprivoisé. Le chien mène la danse devant la caméra. A voir avec vos enfants. Michel Lequeux


RENCONTRE AVEC GUY DELHASSE Pierre Rapsat disparaissait le 20 avril 2002. Le dernier numéro de la collection « l’Article » (Ed Lamiroy) lui est consacré. Guy Delhasse, connu pour ses chroniques, romans, polars, nouvelles, guides et balades littéraires s’y révèle fin «chansongraphe » du chanteur. Et dans un mystérieux jeu de reflets nous emmène des bords de la Vesdre aux plus grandes salles de spectacle du pays. Guy, pourquoi ce texte « coup de cœur » ? Un ensemble de circonstances a éveillé mon désir d'écrire sur sa mémoire dont, bien sûr, les vingt ans de sa disparition. Les hommages vont pleuvoir, ils seront musicaux, visuels. Mon hommage est celui de la force des mots sur papier. Un « Article » de chez Lamiroy m'est apparu être le format en pareilles circonstances. « Chansongraphe » de Rapsat ? Qu’entends-tu par là ? J'ai raconté ses chansons d'album en album dans un livre publié voici 19 ans en scrutant à la loupe ses chansons. Je l'ai appelé « chansongraphie » plutôt que « bibliographie » car j'abordais l’œuvre non pas par rapport à sa vie personnelle mais par rapport à son parcours musical dans l'environnement rock de l'époque. Ton « Article » est passionnant. On y suit aussi bien le jeune Pierre Raepsaet qui, peu à peu, va devenir Pierre Rapsat que le jeune Guy Delhasse qui parfois « se retrouve seul dans de vieux cinémas au milieu des décibels ». Adolescent, j'ai été fasciné par son image plus que par sa musique. C'était « un gars de chez nous » qui paraissait hors du commun des musiciens « pop » du début des années 70. Par la suite, plusieurs de ses chansons ont accompagné mes moments de doute; avec les amis de l'époque, nous l'avons « suivi », de concert en concert sans être de vrais « fans de tournée ». Je raconte dans cet article comment je conserve ses disques, les articles, les magazines dans lesquels il figure. Ton récit miroir est troublant… Tu égrènes de nombreux points communs… Oui. Les Beatles. Verviers, Liège. Il y a passé toute sa jeunesse puis a tenté sa chance avec un groupe à Liège. Il se fait que je suis né à Verviers et qu'en ayant grandi à Liège, Verviers est restée la ville de ma « pré-histoire » par le regard qu'offrait mon père à chacun de nos visites. Ce lien fut aussi dispersé par une passion commune pour la musique rock et tout particulièrement les Beatles. Je ne fus pas son ami, encore moins son proche. Dès qu'il a appris qu'un écrivain travaillait sur son parcours, il a respecté la démarche et m'a dit : je te fais confiance. Ce fut un beau cadeau pour faire aboutir l'écriture d’un livre paru en 2003 chez Luc Pire. Quelle chanson souhaiterais-tu faire découvrir à la jeune génération qui ne connaît pas Rapsat ? « Les artistes d'eau douce » qui est aussi le titre de l'article publié chez Lamiroy. Le texte évoque le terrible métier d'artiste qui réclame compréhension et respect, la mélodie est superbe, elle est transmissible avec une simple guitare sèche. C'est une chanson « coin de feu » comme je les aime. D’un ton très personnel, tu évoques des années intenses marquées par l’écriture, la lecture et le « pistage » de Rapsat ? Mais à un moment « l’idole » a cessé d’être une « icône ». Quand et pourquoi ? Précisons. Fin des années 80, il doit gérer son succès populaire et, à mon sens, il sort trop d'albums. Je sature d'autant que sont arrivés après lui des types comme Cabrel, Goldman, Balavoine, Souchon et beaucoup d'autres. La chanson française musclée dans des sonorités rock est d'une grande richesse. Il


aurait dû, à cette époque, tracer sa route en France, il le fait avec ses moyens mais doit se replier sur la partie francophone de notre pays. Le public de ses débuts s'éloigne. Je ne crois pas qu'on puisse le qualifier « d'idole » ou « d'icône », c'est trop pour lui mais qualifions-le de « populaire », oui, un gars de chez nous qui réussit, oui... Ton rapport à l’écriture est omniprésent dans ce texte ? Oui, je m'implique davantage dans le lien. Bien plus que dans la « chansongraphie » de 2003 où je me suis planqué derrière son œuvre. Vingt ans sont passés et j'ai l'avantage d'avoir conservé intacte ma passion pour l'écriture. Cette fois, en toute liberté. J’'y ai mis de la chair, de nouveaux mots, je suis allé dans mes propres coulisses, derrière les mots publiés… Je dis ce que je suis et ce que j'ai été au travers de la mémoire des chansons que je veux partager. Écrire est en moi comme une respiration, une nourriture. Écrire accompagne les battements de mon coeur, les temps de lecture et les coups de pédale dans les villes et la Hesbaye. Je vis, j'écris, je lis et j'ai mis tout ce que j'étais pour saluer ce que ressentait Pierre Rapsat pour la musique. Lui n'étant plus là pour le dire, je me suis dit qu'un écrivain devait saluer le musicien, l'auteur, le compositeur... A plusieurs reprises, tu mentionnes tes carnets d’écriture… L’année 2002 correspond au carnet 159… 20 ans plus tard, quel numéro orne le dernier carnet ? Ce ne sont pas des carnets mais de simples cahiers d'écoliers de 200 pages à 23 lignes que je place dans une pochette verte et que je trimballe partout. Du banal total. Sauf que le numéro 1 est daté d'octobre 1974. Celui d'aujourd'hui est le numéro 269. Ce qui donne environ 50 000 pages, un million de lignes où je peux fouiller ma propre petite vie et faire jaillir des personnages, des lieux, des dates. Rapsat apparaît dès 1975 et j'ai choisi huit lieux qui font résonner sa mémoire et la mienne. Car un cahier ne triche pas puisque j'en suis le seul lecteur. Toute cette masse me ramène à la vérité de ma vie, c'est pourquoi je les relis si peu : j'en sors souvent déçu. Je préfère l'avenir. Souhaitons un bel avenir à ton « Article » ! Un dernier mot, Guy ? Je voudrais saluer la confiance totale que m'ont accordée les éditions Lamiroy lorsque je leur ai proposé ce sujet, sans savoir moi-même ce que j'étais capable d'écrire. Je crois qu'ils ont compris qu'avec Rapsat, il est impossible de tricher avec la vérité des faits et des émotions intimes que ses chansons font naître toujours et encore... Ed. Lamiroy – 36 pages Kate Milie


ASPIRATIONS "Nous possédons tous un trésor intérieur. Il serait désolant de terminer notre vie terrestre sans le découvrir. C'est la raison de l'existence de ces quelques pages : vous amener à trouver où il se cache et surtout ce qu'il contient ! Il est ce qui nous rend beau. Cette beauté qui apparaît aux yeux des autres, c'est l'authenticité que nous mettrons à le remonter à la surface..." Pour l'utiliser au mieux ? Le partager ? Quel est ce singulier ouvrage qui nous propose de voyager au-delà de nos limites, et ces limites, en sont-elles réellement ? Trouverons-nous une réponse à chacune de nos questions dans "Aspirations", le dernier tome de l'inspirée et inspirante odyssée en trois actes élaborée par ce Maître artistique qu'est Carlos Vaquera ? Ouvrage d'une écriture maîtrisée (en effet) exempte d'artifices destiné à mettre en lumière ces mots perdus qui font pourtant partie intégrante de notre propre histoire, "Aspirations" de Carlos Vaquera, homme de l'être dont la principale préoccupation est de nous faire du bien, nous conduit dans une exploration riche et variée s'éloignant des sentiers battus et rebattus du pur roman de fiction: de l'argent, cette thématique parfois bien complexe, il nous parle sans tabous, également de l'architecte et artisan que nous sommes, du besoin et du désir souvent illusoire, du bonheur tant recherché, de notre coeur et de notre corps si expressifs, des croyances qui nous animent, du danger d'être un homme, du doute si envahissant et de la direction d'attention, de l'écoute de soi et des énergies, des nouveaux chemins, de l'interprétation des choses, de vie, de magie et de beaucoup d'autres de nos préoccupations quotidiennes ou épisodiques, notre exposition au stress étant largement évoquée par l'auteur car elle est fléau de la modernité: "...nous sommes dans une société de compétitivité où nous devons faire toujours mieux que notre collègue. Au lieu d'adopter le cerveau collectif pour avancer ensemble main dans la main, nous nous éloignons des autres..." Et ne sont pas laissés en reste des thèmes tels que celui de la légèreté, la méditation, le paraître, la pleine conscience et le présent, ce présent si précieux, si essentiel à ses yeux, Vaquera nous invitant également à défricher ces terres intérieures en sommeil depuis parfois bien trop longtemps, "Aspirations" étant le fruit d'une belle et étroite collaboration. Les anges de Charlie...pardon, de Carlos ? Il y a d'abord la fidèle Domi Serra, ensuite la magnifique Catherine Degiorgio, l'associée et conseillère Kathleen Schultz, le dynamique Eric Lamiroy, son acolyte de toujours Serge Ryckoort et la talentueuse illustratrice Christelle Marlot, une synergie de belles personnalités pour un tome final qui éclairera autant notre âme que notre coeur. Cadeau ? "La vraie valeur d'un cadeau est celle que la personne lui a accordée. Elle prime sur ce qu'il représente réellement !" Un pari gagné pour ce point d'orgue, le lecteur ne s'y trompera... point, conquis...aspiré ! Ed. Lamiroy – 149 pages Thierry-Marie Delaunois


LE FOLDINGUE AU SURIN La Collection "Crépuscule" (fantastique, horreur, sciencefiction et polar de l'Opuscule) aux Editions Lamiroy vient de publier un polar des plus singuliers puisqu'il est écrit en argot ! Son auteur ? Un certain Yves Remord (quelle idée de prénommer son fils Yves quand on s'appelle Remord, il y en a, j'vous jure...), sexagénaire et parigot bon teint, admirateur inconditionnel de Michel Audiard; sa manière d'écrire en témoigne de façon frappante. L'histoire ? Elle est racontée à la première personne par Walter Condom (W.C. pour les intimes), le héros de ce récit horrifique ! Walter dirige une agence de péripatéticiennes dont les tarifs sont alignés sur les possibilités financières du client et sur les spécialités désirées. Non, non, ce n'est pas là que réside l'horreur ! W.C. est aussi indic à ses heures. Sa "boîte aux lettres", c'est le commissaire Isse,.. Pol Isse. Et non, ce n'est toujours pas là que l'horreur gîte (pour ne pas répéter "réside")... Patience, on y arrive : car voilà que surgit dans la nuit froide et glacée, un foldingue qui éventre les pépées au moyen d'un surin (couteau servant d'arme blanche) en les "ouvrant" de haut en bas ou de bas en haut (c'est comme il veut) comme un sac de couchage. Evidemment, on aurait les boules pour moins que ça et, à juste raison, Walter va craindre pour son cheptel. En attendant d'affronter ce monstre dépourvu de la moindre humanité dans un final à couper (au surin, bien entendu) le souffle, Walter rencarde Pol Isse "chez Suzette", un caboulot où l'on trafique de la chnouf planquée dans les tartissoires (toilettes)... Vivement conseillé aux amateurs de suspense et de dialogues "à la Audiard", preuve, par Yves Remord, que les deux ne sont pas incompatibles. Editions Lamiroy - 33 pages Alain Magerotte

PUIS-JE MARIER SHERLOCK HOLMES ? On imagine mal à quel point Conan Doyle n’en pouvait plus d’être lié à Sherlock Holmes, son personnage fétiche, celui qui lui a apporté une gloire internationale et qui a contribué à sa fortune. Au fil des années, il le sentait lui échapper, s’extraire de sa prose pour mener une existence parallèle dans l’imaginaire du public en entrant dans les médias, en devenant antonomase. Il suffit de se plonger dans tout ce que le plus célèbre détective au monde a engendré : des séries télévisées, une multitude de longs métrages, des adaptations théâtrales, des bandes dessinées, etc. Alors, pour passer à autre chose, quelle tangente emprunter ? Le faire mourir, l’amener à accepter une retraite méritée loin de Baker Street ou lui faire épouser une personne qui le garderait près du feu ? L’auteur rejoint ici le drame de plusieurs écrivains dévorés par leur créature et qui affirmaient souhaiter écrire des livres puissants à des lieues de ce qu’ils considéraient comme des romans mineurs. Quoi qu’il en soit, avec les enquêtes résolues grâce à la sagacité du protagoniste secondé par son fidèle Watson, Conan Doyle est entré dans la légende et continue d’être acclamé par des fans qui ne jurent que par lui. Tuer le poussin dans l’œuf aurait vraisemblablement été dommageable pour tout le monde. Plus d’un siècle après la publication de sa première enquête, Sherlock Holmes fédère toujours unanimement les applaudissements, au point de se demander parfois ce que le polar et le thriller modernes auraient été sans sa création. Ed. Lamiroy - 36 pages Daniel Bastié


MILOU. HUMAIN, TROP HUMAIN Faut-il encore présenter Milou, le chien de Tintin ? L’animal apparaît dès le premier album des aventures du plus vieux des reporters de la bédé. Toujours présent pour accompagner son maître à travers le monde, il est indispensable pour répondre aux attentes du public constamment avide de prendre de ses nouvelles. A sa manière, il est devenu son alter ego, son confident, son complice de toujours, même si d’autres amis (Haddock, Tchang, Tournesol) viennent parfois lui faire de l’ombre. Hergé l’a voulu très réaliste, presque humain. Une manière de le rendre solidaire au fil des histoires que nous avons découvertes, fort expressif également pour nous permettre de deviner ses émotions autant que ses appréhensions, servi par une acuité réelle. Bien souvent, il est le premier à comprendre lorsque les choses vont tourner mal. On parle ici d’instinct, voire d’intelligence. Alors que Tintin s’est métamorphosé en mythe au cours des décennies, Milou a bénéficié de cette aura pour devenir à son tour incontournable. Aucune ambiguïté donc sur son origine ni sur ses traits. Il est le meilleur ami du protagoniste et sait se montrer d’une fidélité à toutes épreuves. Renaud Nattiez signe ici une étude approfondie qui a le mérite d’exister. Avis aux tintinophiles ! Ed. Les Impressions Nouvelles – 139 pages Paul Huet

AU COEUR DES HOMMES Sandrine Willems nous propose une plongée en apnée au cœur de la masculinité. Son objectif : dresser un bilan de ce que signifie aujourd’hui être un homme, alors que les clivages se dessinent de toutes parts, que cette notion connaît une évolution à nulle autre pareille et que les idées de genres tendent à se diluer en cédant la parole aux homosexuels, aux bis autant qu’aux transgenres. Pour mener son enquête à terme, elle a sélectionné une douzaine de personnes âgées de vingt-cinq à cinquante-cinq ans afin de les amener à évoquer leur quotidien, ce qui les retient, les stimule et de parler du bagage d’idées reçues ainsi que de la manière dont elles les voient évoluer. Démarche qui amène forcément à remettre cet héritage en question et de se réinterroger sur des socles tels que l’amour, l’amitié, la nécessité ou non de procréer pour se relier aux autres ou se dégager de la société, de s’épanouir librement loin des contraintes ou, plus simplement, de s’y accrocher par nécessité ou par tradition. Sous forme de dialogues aérés, l’auteure aborde quelques thèmes sensibles pour chercher à ausculter les mondes intérieurs de ses interlocuteurs qui jouent consciencieusement le jeu pour exprimer au mieux leur ressenti, quitte à plonger dans un inconnu qui risque par bribes de les dépasser. Ed. Les Impressions Nouvelles – 108 pages André Metzinger


AVEC PIER PAOLO PASOLINI Pier Paolo Pasolini était un génie ou, du moins, quelqu’un qui se savait doté de moult facilités, chouchouté par les muses le jour de sa naissance et qui a usé de ses talents pour se faire connaître comme poète, essayiste, polémiste, peintre et cinéaste, provoquant des réactions suite à certaines de ses prises de position parfois controversées. René de Ceccatty a réuni ici de nombreux textes de l’artiste pour en présenter à la fois la modernité et l’utilité. Dire que Pasolini est démodé reviendrait à affirmer que Balzac n'a plus sa place dans les bibliothèques. Maintenant, la question n’est pas de savoir si on adhère ou non à son œuvre, mais de lui rendre l’hommage qu’il mérite pour le centenaire de sa naissance et les presque cinquante ans de sa disparition. Pour rappel, l’homme a été assassiné en 1975 sur la plage d’Ostie, à un bond de Rome. L’occasion de redécouvrir son œil acéré concernant la société italienne et son engagement à gauche, mais situé toujours en dehors des institutions et des partis. Des écrits dans lesquels on décèle une vraie intelligence, une vision éclectique et une réelle prise de position en faveur des minorités. Aujourd’hui, toujours, son œuvre reste sujette à de nombreuses critiques. Ed. du Rocher – 556 pages André Metzinger

L’ISLAMO-GAUCHISME NE M’A PAS TUÉ On l’a récemment constaté, il n’est pas bon d’aborder n’importe quel thème sans craindre pour son intégrité physique. Klaus Kinzler, enseignant à Grenoble, en a fait l’amère expérience. Regard dans le rétroviseur : après la décapitation de Samuel Paty, son nom a été lâché en pâture sur les réseaux sociaux. Son crime : dans des échanges de courriels, avoir discuté de la notion d’islamophobie en la replaçant dans une perspective sociétale et historique. Evidemment, de la part de certains jeunes, les propos ont dégénéré avant de remonter au rectorat, qui a refusé de soutenir son professeur. Ensuite, Internet s’est emparé de l’affaire, relayée volontairement par une série de personnes. Sur ce cas d’école, les avis ont commencé à pleuvoir, appuyés de menaces de plus en plus virulentes avec cortège de mesures : protection policière, écartement, etc. Par le truchement de cet ouvrage, le principal intéressé revient sur les faits qu’il a vécus malgré lui et se targue de défendre la liberté d’expression dans le respect des lois de la République, insistant sur la réalité que rien n’est sacré et tout peut être débattu. La liberté d’expression restant, quoi qu’on en pense, le droit de parler de choses dont certains ne veulent pas entendre. Un débat qui est loin d’être clos … Ed. du Rocher – 342 pages Sam Mas


FILLES DE ROI A partir de la présente question « Femmes, comment faire fructifier les dons que Dieu vous a transmis ? », Gwenaëlle Foillard dévoile sa réflexion qui jouxte à la fois le domaine de la théologie et de la philosophie, sans jamais oublier l’aspect existentiel de sa démarche. A partir de trois axes qui sont « se relever, se révéler et s’élever », elle suggère un trajet pour bâtir une relation stable et de confiance avec le Seigneur, tout en n’oubliant jamais de mettre ses talents au service du monde. Pour illustrer ses propos, l’auteure puise amplement dans l’hagiographie afin de dresser plusieurs portraits de saintes ou de femmes sur la voie de la sainteté ordinaire qui, chacune, incarne par son originalité, sa volonté et sa simplicité une voie qui l’ouvre aux autres et peut servir de référence. On peut également y voir une réflexion à contre-courant sur l’identité féminine, à des lieues des heurts martelés dans les médias, les revendications parfois extrêmes de certaines associations, même si un combat reste à mener pour atteindre une parité entre les sexes. Enfin, il ne s’agit pas ici de repenser la place de la femme en l’opposant à l’homme, mais de parfaire l’idée de couple en prônant l’espoir, le respect mutuel des partenaires et en revenant à des socles stables, loin des défections qui déstabilisent les ménages et, plus largement, la société. Ed. Artège – 174 pages Sam Mas

LES PASSEURS DE L’ABSOLU Les arts et la religion ont souvent été unis pour générer des œuvres de grande qualité, puisant dans la foi une source d’espérance ou d’inspiration. Même si aujourd’hui, dans la société européenne, plusieurs se targuent d’une laïcité libératrice, tous ne suivent pas ce prétexte et demeurent liés à des traditions qui s’ancrent dans la tradition judéo-chrétienne. Emmanuel Godo s’est évertué à mettre en lumière une série d’écrivains pétris de transcendance et à la recherche du divin. De Dante Alighieri à Pascal, de SaintExupéry à Charles Péguy, de Christina Campo à Marie Noël, il pose une réflexion lucide sur le parcours unique qui les a conduits à parler de Dieu et de spiritualité. En nous faisant partager sa passion pour les grands textes, il nous suggère également une balade dans le monde intérieur de créateurs empreints de sagesse, en quête de vérité et qui, de manière merveilleuse générée par le talent de leur écriture, sont parvenus à exprimer l’invisible avec des mots extrêmement justes pour nous envahir de la puissance du silence et de la force tranquille de l’amour. Chaque auteur a droit à un chapitre. Une sorte de bréviaire qui nous appelle à davantage de simplicité et, principalement, a énormément de sérénité alors que nous en avons tellement besoin en cette période chahutée. Ed. Artège -282 pages Sam Mas


LES CRISES DE L’ÉGLISE Déjà reconnaître que l’Eglise à vécu des crises internes revient à en accepter son humanité. Il suffit d’étudier son histoire pour découvrir que le chemin n’a pas toujours été semé d’intentions louables et que des interprétations fallacieuses ont parfois mené certains de ses membres à commettre des impairs. Ce livre parcourt quelques dates choisies pour rappeler à quel point la vigilance s’impose et combien les passions peuvent altérer le sens d’une mission. Sans employer de langue de bois, Bertrand Peyrous et Sylvie Bernay soulignent à quel point il est possible de déraper sans toujours en prendre immédiatement conscience (faute de recul !), en croyant que taire certains agissements pouvait être la meilleure alternative pour ne pas souiller la réputation du clergé ou, plus simplement, par manque de connaissances par rapport à certains sujets. Aujourd’hui, après des années de détresse, le temps semble venu d’affronter calmement les erreurs commises et de tirer des leçons. Un peu partout dans le monde, les histoires de pédophilie commises par certains religieux ont ébranlé les consciences, les enjeux de puissance autour de la papauté, les rapports avec l’argent, les débats qui concernent la personnalité de Jésus, le manque de vocations à la prêtrise, etc. ont altéré nos convictions. Des thèmes dont certains préfèrent ne pas discuter, mais qui sont nécessaires pour remettre l’Eglise en marche et ne pas éroder la confiance des fidèles, autant que pour rassurer celles et ceux qui vivent en-dehors de la foi. On ne le rappellera jamais suffisamment : l’Eglise doit servir d’exemple. L’exemple vient toujours d’en haut ! Autrement … Ed. Artège – 295 pages Sam Mas

POURQUOI PADRE ? Il ne s’agit pas d’un Petit catéchisme, mais d’un ouvrage qui apporte une série de réponses relatives à la vie et à la foi chrétienne. Quelques exemples au hasard : Pourquoi le Dieu de l’Ancien Testament est-il si différent de celui du Nouveau Testament ? Peut-on communier sans avoir demandé le baptême ? Pourquoi un homme marié ne peut-il pas être prêtre ? Quels sont les péchés qui nous coupent de Dieu ? Qu’arrivera-t-il aux non-croyants après leur mort ? Les membres de Padreblog essaient ici de répondre le plus clairement possible aux 70 questions le plus souvent posées par les Internautes et proposent des explications en adéquation avec le XXIe siècle, tout en respectant la tradition de l’Eglise. Bien entendu, il s’agit d’un ouvrage qui entre dans la logique vaticane, mais qui a le mérite de pratiquer un langage clair en se servant d’exemples et en s’appuyant sur des références bibliques. Sans être une révolution en la matière, il s’adresse avant tout aux croyants et à ceux qui aimeraient entrer dans la fraternité chrétienne. Il résume enfin les socles nécessaires pour comprendre le châssis des dogmes pour être capable de voir clair et de répondre soi-même aux questions venant de tiers. Un outil de formation personnelle et d’évangélisation. A chacun de se prononcer ! Ed. Artège – 234 pages Sam Mas


TINTIN ET L’HISTOIRE Les mondes d’Hergé continuent d’inspirer le XXIe siècle. C’est souligner la place de cet auteur dans le monde de la bédé et de prouver à quel point il a marqué l’imaginaire collectif. Après moult études partant de différents axes de son œuvre, Bob Garcia, féru de littérature populaire et grand amateur d’albums graphiques, a décidé de revenir sur les terres arborées par Georges Rémy alias Hergé. L’occasion de jeter un œil rétrospectif sur les nombreux voyages du plus célèbre reporter du IXe art et de restituer dans son contexte de création les références historiques et l’actualité immédiate liées à chacune de ses traversées de notre planète, que ce soit au Congo, aux Etats-Unis, en Russie, en Chine ou, encore, dans les Balkans. Bien entendu, sans avoir toujours l’air d’y toucher, le dessinateur nous parlait d’une époque bien circonscrite, avec ses préoccupations et, à travers plusieurs séquences, résumait un état d’esprit, une situation politique, un régime. Davantage que de simples récits récréatifs, les aventures de Tintin évoquent les dangers du bloc soviétique, la montée de l’extrême droite, le racisme, l’esprit colonialiste, le système chinois, la piraterie, les mafias, le trafic d’armes et d’opium, le terrorisme et le jeu d’espions venus de partout. Une nouvelle lecture fort documentée qui passionnera les collectionneurs ! Ed. Desclée De Brouwer – 159 pages Paul Huet

SOIS LE BERGER DE MES AGNEAUX La spiritualité n’est pas acquise d’office. Il s’agit d’un don auquel on doit s’éveiller. Il convient donc de la domestiquer en prenant le temps … de prendre le temps ! La grâce de Dieu se veut à la fois un don simple et complexe dans la mesure où elle n’émerge jamais de manière tonitruante. Le croyant le répètera : la foi se vit souvent dans le silence, l’ouverture aux autres, le regard qu’on porte sur le monde, l’envie d’aller plus loin en termes de fraternité, de bonté et de partage. Alexandre Siniakov nous relate ici son expérience au contact de chevaux et d’ânesses. On peut sourire, mais l’essentiel est le message métaphorique qu’il entend nous faire partager. En partant du quotidien de son troupeau, il a expérimenté en sa compagnie les avanies du climat, la rudesse de certaines épreuves (dont la mort) et la joie des naissances. En se rapprochant des animaux, il a appris à les connaître, à les reconnaître, à se mêler à eux, à vivre des instants intenses et forcément enrichissants. L’occasion pour lui de partir de ce vécu pour élargir les questionnements qui gravitent autour de la nature, de la société, du rapport des uns avec les autres, de la confiance, de la hiérarchie, du vivre ensemble ainsi que de l’entraide. Sans imposer la moindre leçon, l’auteur entend simplement élargir le débat et, avec une simplicité bienvenue, traiter de sujets essentiels pour connaître la sérénité et vivre en harmonie avec soi autant qu’en compagnie. Ed. Desclée De Brouwer – 189 pages Sam Mas


L’IRONIE DU CATHOLICISME MODERNE Tout un temps, on croyait que le catholicisme ne survivrait pas au XXe siècle ! Du moins, voilà ce qu’escomptaient les laïcs qui, un peu à l’instar de Marx, voyaient en lui l’opium du peuple, une religion à refouler de la sphère publique, puisque désuète et à contre-courant des valeurs modernes. Qu’en a-t-il réellement été ? Il va sans dire que les diseurs de prophéties ne possèdent pas toujours la boule de cristal idoine. Contrairement à leurs spéculations, le catholicisme a survécu aux remous engendrés par différents courants déicides. Mieux, l’Eglise s’est relevée en appuyant sur les coudes, en développant une série d’outils intellectuels pour redécouvrir son essence évangélique et prouver qu’elle n’est nullement passéiste. George Weigel revient ici sur les idées reçues et révèle de quelle manière la rencontre entre tradition et modernité a pu s’opérer d’une façon cohérence. Plutôt que se diluer, la religion a survécu en se centrant sur la foi et en posant une série de questions en adéquation avec la demande des fidèles. Une étude qui se veut également une réflexion engagée ! Ed. Desclée De Brouwer – 438 pages Sam Mas

TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR LES CRYPTOMONNAIES SANS JAMAIS OSER LE DEMANDER Après le Coronavirus qui a mis à mal l’économie mondiale et la guerre en Ukraine qui plombe les espoirs de reprise européenne, les cryptomonnaies séduisent de plus en plus d’investisseurs, affichant des résultats qui dépassent tout entendement. En une douzaine d’années, le bitcoin a vu son cours multiplié par … deux cents ! A côté des placements traditionnels, l’investisseur moderne peut être intéressé de se plonger dans ce nouvel univers tant controversé et qui se montre paradoxalement terriblement séduisant. Assurément, on n’engrange pas des rendements conséquents en néophyte et, toujours, il faut mieux circonscrire son terrain d’action en minimisant les risques ou en sachant à quoi on s’expose si on calcule mal. Ce guide de stratégie financière a été rédigé par Thibault Verbiest et Alain Van Guelderen à l’attention de celles et ceux qui cherchent des placements alternatifs à ce que les banques ou la bourse leur suggère traditionnellement. Si la première règle consiste à ne jamais investir ce qui est indispensable à la survie d’un ménage, la seconde implique de ne jamais placer tous ses œufs dans le même panier. Alors, en connaissance de cause, on peut miser sur un modus operandi dont plusieurs ont entendu parler sans vraiment en connaître les tenants. Pour beaucoup, les cryptomonnaies demeurent un monde mystérieux, extrêmement opaque, mais qui sert de refuge pour les épargnants. Une nouvelle ère est en route, celle de la fin des devises converties en or ou en dollars, de la mainmise des banques sur la création monétaire ou la dépréciation de la monnaie. Ed. Luc Pire – 190 pages Sam Mas


MEURTRE À LA PLACE FLAGEY Il y a quelques années, je me liais d'amitié avec Jacques Nain, éditeur fondateur des éditions ED2A. Jacques, officier de police judiciaire et de renseignement français ayant participé à l’arrestation de Jacques Mesrine, me confiait lors d’une interview qu’il était difficile de trouver de nos jours de bons manuscrits de roman policier. Il y a, me disait-il hors micro, différentes raisons don la principale est une méconnaissance des usages de la police. Un livre se doit d’approcher les vérités de terrain au risque de perdre le lecteur par manque de crédibilité à moins d’être un génie de narration. En recevant le dernier roman de Pierre Ost je fus agréablement étonné d’apercevoir sur le premier de couverture le sigle reconnaissable des éditions biterroises citées dans mes propos ; voici de quoi éveiller ma curiosité. Pierre Ost ne nous est pas inconnu, nous en avions parlé lors de la parution de son roman « Le Cargo dans les yeux d’Helen » paru en 2018 dans la regrettée édition Acrodacrolivre, œuvre qui fut primée au salon littéraire bordelais de Buzet sur Baïse. Pierre possède une plume peu ordinaire. Un auteur aimant nous balader vers des horizons inattendus, des histoires à fleur de peau naviguant au fil des pages sur des embruns de conscience mis à mal par les oscillations de vie. Devant la couverture de son nouveau roman, il m’était difficile d’occulter les effluves des œuvres précédentes. Pourtant, si je voulais garder neutralité, il fallait impérativement oublier les ressacs du passé. Meurtre à la place Flagey nous offre le parfum des années cinquante, cette période où tout semblait permis alors que Bruxelles tremblait sous les assauts des promoteurs et qu’après tout, le bon temps c’est toujours celui que l’on décrit d’avant. Je ne vous cacherai pas que j’ai aimé reconnaitre les quartiers dans lesquels j’aimais me perdre en solitaire effleurant du regard les façades de quelques maisons bourgeoises le cœur émietté par la brisure d’un premier amour. Difficile dès lors de ne pas être influencé par les marées de souvenirs, les bruits et les flagrances d’une ville assoupie sous la rumeur omniprésente des peuples de la nuit. Une femme étendue là alors que son époux s’est absenté, voici qui éveille la curiosité des enquêteurs. Suicide ou homicide ? Ne reste plus qu’à élucider la question en raison d’une alarme d’instinct qui dicte que dans cette affaire la vérité n'est pas celle que l'on pourrait croire. Meurtre à la place Flagey n’est pas inintéressant. Il pose les décors de nos souvenirs, ouvre les yeux sur des ruelles oubliées, des rues usées par le passage du temps tandis que, peut-être en raison de ces quartiers que j’aime, j’en oublie quelque peu le rôle des policiers. Le pitch ? Nouvellement promu commissaire sur la commune d’Ixelles, François Duroc est confronté à un décès suspect dans le quartier de la place Flagey. Est-ce un suicide? Accompagné de ses deux inspecteurs, le policier multiplie les investigations. Tous trois ont à résoudre une énigme qui mènera l’un d’entre eux jusqu’en Grèce. Plusieurs pistes et hypothèses se dessinent. Le suspense est constant ; il met en scène les enquêteurs, mais aussi, leurs épouses. Cependant, les trois couples sont très différents quant à leurs personnalités et leurs conditions sociales. Cet univers diamétralement distinct met en évidence l'opposition qui empoisonne la société moderne, celle entre l’excès d'intellectualisme et le bon sens ! En dépit de leurs individualités et caractères respectifs les trois policiers arriveront-ils à résoudre l’enquête ? Ed. Ed2A – 196 pages Philippe De Riemaecker


LES SOUVENIRS ET LES MENSONGES AUSSI … En cette entre-deux-guerres, les mariages franco-allemands sont mal perçus par la population de chaque côté de la frontière. Néanmoins, par amour, Pauline se sent prête à braver la vindicte et épouse Joachim, un réfugié venu d’outre-Rhin. Lorsque Hitler déclenche les foudres d’un conflit indicible, le couple s’efface de la vie publique pour entrer dans la clandestinité. En 1946, Hilda, sœur de Joachim, s’amourache d’un officier français et de leurs rapports naît Adeline, qui disparaît mystérieusement. Deux générations plus tard, Magda, l’arrière-petite-fille de Pauline se met en tête de retrouver Adeline ou de savoir ce qui lui est vraiment survenu. Débute une enquête familiale pleine de rebondissements. Karine Lebert propose une fresque qui brasse plus de la moitié du XXe siècle et qui, fort vite, élargit le châssis du roman traditionnel pour parler de mémoire, de racines et d’appartenance. Sans juger le passé ni ceux qui l’ont façonné, elle évoque le trouble du silence, le poids des mensonges et tous les non-dits qui leur font diligence. Après « Les amants de l’été 44 » et « Pour l’honneur des Rochambelles », elle revient sur l’une des périodes les plus troubles de notre histoire afin d’entremêler faits réels et destins personnels, déployant trois vécus de femmes emportées dans une tourmente qui les met forcément à mal. Ed. Presses de la Cité – 608 pages Daniel Bastié

A L’EXTRÊME Ecrivain et alpiniste, Jon Krakauer a établi sa notoriété en offrant aux revues National Geographic et Rolling Stones des articles d’une rare pertinence. Ses lettres de noblesse tiennent toujours dans le reportage qu’il a fait concernant son ascension de l’Everest voilà presque trois décennies et qui a coûté la vie à huit membres de la cordée. Cet as de la fiction non narrative a toujours tenu le public en haleine par le biais de rédactionnels empreints d’aventure et de véracité. « A l’extrême » se veut une compilation de sept articles publiés dans divers magazines au cours de ces trente dernières années et qui parlent de contact avec une nature souvent hostile, des dangers de s’y frotter, mais aussi de la galvanisation à l’heure de se placer en situation d’instabilité en prenant des risques parfois un peu extrêmes. L’occasion également de revenir sur ceux qui vivent en permanence entre défi et inconscience, dont ces personnes qui résident sur la pente d’un volcan qui pourrait se réveiller ou dans une grotte. Enfin, il souligne les contradictions d’un monde qui pèche en permanence entre excès et mises en garde. La plupart de ses textes sont malheureusement tombés dans l’oubli, puisque les journaux et revues n’ont qu’une vocation éphémère. Les rassembler sous la forme d’un livre broché les exhume de ce purgatoire immérité et prouve, faut-il en faire la preuve, qu’ils demeurent des joyaux à lire et à relire ! Ed. Presses de la Cité – 168 pages Daniel Bastié


TRÈS SYMPA Le triangle amoureux fait partie des classiques de toute comédie, avec jalousie, portes qui claquent et bons mots. Marcy Dermansky a choisi d’actualiser ce cadre en évitant de caracoler dans les poncifs et de tirer à elle des codes devenus lieux communs. L’opportunité de mettre en scène un romancier confronté au drame de la page blanche, une étudiante frustrée et une divorcée franchement sexy. Confrontés les uns aux autres, les membres trio peuvent se lâcher en toute liberté pour passer des vacances sympathiques. Bien entendu, Cupidon et le dieu Luxure se glissent dans ce moment suspendu pour abattre leurs cartes et tenter de secouer l’âme ce qui peut l’être. Au final, on se trouve en présence d’une satire savoureuse entre soap opera et fable contemporaine, qui tire tous azimuts pour flinguer les certitudes et prouver que rien n’est jamais établi tant qu’on ne le souhaite pas sincèrement. On peut y voir en filigrane une dénonciation mordante de la société américaine avec ses stars de la télé-réalité, ses objectifs de consommation excessive et ses dérives au nom du paraître, de l’ego et des avoirs faciles. Une bonne claque qui remet certaines idées en place et qui, in fine, permet de rire de soi-même. Jubilatoire ! Ed. Presses de la Cité – 315 pages Daniel Bastié

FEMMES COMBATTANTES La guerre en Ukraine est sur l’écran de toutes les télévisions et de tous les ordinateurs pour nous rappeler la place des femmes dans la guerre. Elle est lointaine l’époque où elles se tenaient à l’écart des champs de bataille. Marie-Laure Buisson revient sur le parcours de sept d’entre-elles qui se sont singularisées par leur engagement, leur témérité et leur action. Sept femmes souvent oubliées par l’Histoire, mais sans qui d’autres n’auraient pas eu le droit de (sur)vivre. Dans de grandes villes, de nombreuses plaques commémoratives se souviennent de jeunes gens morts pour la patrie, mais combien pour celles qui ont offert leur sang ? Qui évoque aujourd’hui le nom de ces résistantes, ces espionnes et ces guerrières qui ont abandonné le giron familial pour s’exposer ? Parmi les héroïnes choisies, l’auteure revient sur le parcours de Susan Travers, Lydia Litviak, Noor Inayat Khan, Hannah Szenes, Geneviève de Galard, Jihane Cheikh Ahmed et Cassiopée. Si leur nom ne vous dira sans doute pas grand-chose, l’objectif de cet ouvrage est de rappeler leurs faits et de les extirper du gouffre abyssal de l’oubli. Des destins héroïques comme il en existe peu et qu’il convient de rappeler en cette période où une population meurt sous les bombes russes. Ed. Presses de la Cité – 350 pages Julie Plisnier


RETOUR À MA NATURE « Retour à ma nature » se veut une évocation. Celle qui temps qui n’existe plus, ainsi une plongée dans les souvenirs d’Hervé Jaouen à la recherche d’instants qui ont façonné l’homme qu’il est devenu. Un voyage sensoriel sur la pointe des pieds dans la France rurale, loin du béton et de la fumée des grands immeubles urbains. Avec tendresse et une plume empreinte de légèreté, il revient sur l’enfant qu’il a été, l’adolescent à la recherche d’un avenir et l’adulte qui a compris ce qui était important pour trouver le bonheur. On le suit donc à travers une série d’apprentissages pour maîtriser la pêche en rivière, saisir les odeurs de la nature et adopter l’art de la chasse respectueuse. Réputé pour ses polars et son cycle dédié à la Bretagne, l’auteur vagabonde au gré des images qui émergent, fêtant la vie sans vergogne et la liberté de celui qui peut tout (ou presque !). Il nous rappelle enfin qu’on ne doit jamais procrastiner et qu’il n’y a aucune honte à vouloir tout exercer. Le charme de ce livre naît essentiellement de l’acuité du regard et des fulgurances qui peuvent traverser le quotidien. Alors qu’on n’a sans doute jamais mis les pieds dans la campagne finistérienne, on se surprend à l’aimer … un peu, beaucoup, passionnément. Le pouvoir de l’identification et le talent du narrateur ! Ed. Presses de la Cité – 325 pages Paul Huet

CADAVRES À L’ÉCOSSAISE Tout y est : une lady excentrique, un vieux château décrépit, un voisinage aussi accueillant qu’un jury d’assisses, un suspense qui titille l’envie de savoir et une Londonienne un chouia dépressive amenée à signer un contrat pour la tirer d’une période de guigne professionnelle. Le rafraîchissement de l’intérieur du château évoqué ci-avant et fiché au fin fond de l’Ecosse devient pour cette dernière une chance inespérée. Néanmoins, lorsque le chantier débute enfin, un cadavre dissimulé derrière une cloison est mis à jour. Assurément, les enquêteurs la désignent comme étant une suspecte potentielle. Afin de prouver qu’elle n’a rien à voir avec ce qui a déjà été qualifié de meurtre, elle décide de mener sa propre petite enquête, secondée par le très séduisant patron des lieux. Marilou Rouge installe son nom sur la couverture de ce roman léger qui mélange adroitement les codes du polar et ceux de la comédie. Evoquant inévitablement par son concept les enquêtes d’Agatha Raisin et autres miss détectives, « Cadavres à l’écossaise » parvient fort vite à trouver sa vitesse de croisière sans recourir au plagiat. En résulte une histoire qui dispose d’un réel charme, d’une tonalité agréable et d’une plume qui fait mouche en sachant se servir d’un canevas qui se dévoile au gré des avancées de l’héroïne. Ed. City – 304 pages Amélie Collard


LE SAINT Avec « Le saint » Martin Michael Driessen pose un roman audacieux qui revient sur les affres de l’après-révolution de 1789 et les grands mouvements qui ont chahuté le quotidien des citoyens coincés dans les mâchoires d’une nation à la poursuite de nouveaux repères. Pour se hisser dans la société, Donatien ne trouve pas d’alternative que celle de tirer le meilleur parti des opportunités, changeant d’apparence si nécessaire, se jouant des dupes et mentant sans vergogne pour tirer son épingle du jeu. Successivement, il se retrouve apprenti chez un forgeron dans le Nord, militaire dans la Grande Armée, assistant géographe, etc. A force de bousculer la chance, il entre dans les annales sous le nom de saint Dieudonné de Metz. Sa quête intransigeante du bonheur l’a amené à traverser son époque avec une volonté incommensurable. Ce récit qui mêle faits historiques et apports littéraires de l’auteur se veut avant tout un parcours picaresque, nourri de surprises et mené de main de maître par un expert en la matière, capable de transformer le plomb en or, le jus de raisin en vin millésimé. Dire que j’ai aimé reste assurément un euphémisme qui n’engage que moi. Ed. Philippe Rey – 235 pages Sam Mas

AINSI PARLAIT JULES Une femme se raconte. Son récit pourrait s’avérer la vérité. Sa vérité ! Si ce n’est qu’un homme (Jules) la contredit sans cesse. Ce casseur de mythes ou justicier de l’intégrité morale brise systématiquement ses allégations pour mettre en exergue ses impostures, ses arrangements minables, sa lâcheté, ses ambiguïtés et ses faiblesses. Pour contrer cette vague d’affirmations qui nuisent à l’image qu’elle compte imposer, la femme appuie sur l’accélérateur et triple d’efforts pour déployer la psyché de son existence, en revenant sur une série de souvenirs lointains autant que proches, narrer ainsi son enfance, son adolescence et ses premières amours. Un glacis sécuritaire qui se figure doucement si on l’oppose aux corrections qui lui sont assénées de face. Entre longue scène de ménage aux accents vrais et plaidoyer pour le droit à une humanité faible, « Ainsi parlait Jules » nous convie à une comédie grinçante et grimaçante qui lézarde le ronron et nous renvoie le reflet de nos fêlures loin des zones de confort qui nous sont tellement chères. La beauté de l’écriture évite le ton caricatural qu’on pourrait craindre et donne à lire une prose chatoyante, qui combine faits ordinaires à une série de pensées beaucoup plus profondes sur le sens à apporter à l’existence. Ed. Philippe Rey – 164 pages Daniel Bastié


SE REPARLER DE MARGUERITE Autrefois, on racontait qu’on continuait à vivre grâce à la mémoire de celles et ceux qui nous survivent. Une forme d’immortalité qu’on entretient par la trace qu’on laisse et les souvenirs qui demeurent. Martine Delerm revient ici sur l’existence de sa grand-mère, Marguerite Chausson, née en 1890 et disparue en 1976. Une femme qui a mené un parcours simple dans un monde bouleversé par deux guerres et qui a éclairé les jours d’une famille soudée. Comme beaucoup d’autres personnes qui ont traversé le XXe siècle, elle a connu des moments d’intenses bonheurs ainsi que d’autres qui étaient cadenassés par des chagrins immenses, la misère, la douleur, le doute. Durant plus de quatre décennies, elle a travaillé comme ouvreuse de cinéma. Une salle dans laquelle, beaucoup plus tard, son arrière-petitfils Vincent Delerm, chanterait si souvent tout en rencontrant le succès. Puis, elle possédait une intelligence innée, à l’instar de beaucoup d’autres qui n’avaient pas eu la chance de fréquenter l’école. L’idée de ce livre n’a jamais été d’encenser cette femme, mais de partager des séquences vives pour recréer des climats, ajuster les mots pour répéter l’admiration qu’elle a suscité et continuer à la faire exister à travers des feuillets et une écriture fluide. Un album familial qui fait plaisir ! Ed. Plon – 198 pages Sylvie Van Laere

LE SEIGNEUR CHAT Derrière ce surnom se tient Philippe Berthelot, un haut fonctionnaire aussi sulfureux qu’original, qui a marqué de sa griffe les années 30 en jouant dans la cour des grands et en faisant preuve d’un talent unique dans le domaine de la diplomatie. Un homme déterminant qui demeure toujours une figure majeure de l’entre-deux-guerres. Jean-Luc Barré s’est attelé à le faire sortir des pages pliées de l’Histoire pour le ressusciter l’espace d’un ouvrage bien documenté, qui revient sur son rôle et son influence en Europe. Sorte de Vidocq au parcours rocambolesque, il a œuvré pour nouer des liens de paix durable avec l’Allemagne vaincue en 1918, ainsi que pour faire reconnaître le talent de plume de Paul Claudel, Paul Morand et, entre autres, Jean Giraudoux. A ses yeux, servir la France restait un enjeu majeur. Cette biographie bénéficie d’un style sans tonsures, d’une belle précision et qui adopte le ton du roman dans le but d’élargir son châssis et permettre au lecteur de s’identifier au protagoniste. En filigrane, on découvre tout un pan des coulisses de la France dans un ouvrage qui n’a pas à rougir du résultat et qui ravira tous ceux qui s’intéressent à la politique et aux relations internationales. Ed. Plon – 386 pages Paul Huet


LA VIE CHEZ SOI L’actualité nous a confronté à la dure réalité de certaines maisons de retraite, là où les seniors sont loin d’être chouchoutés. Dafna Mouchenik parle d’une solution alternative. Pourquoi ne pas aider les aînés à rester le plus longtemps possible chez eux, en leur apportant toute l’aide nécessaire ? Pas si simple ! Néanmoins, il convient de mettre certaines idées en pratique pour lever les préjugés et trouver des réponses satisfaisantes pour tout le monde. Les problèmes récurrents sont bien connus : faibles pensions, difficulté de recrutement, politique publique mal adaptée … une panoplie d’obstacles qui endiguent les efforts ! Pourtant, si on s’accroche à réfléchir, on découvre qu’il existe des pistes connexes en développant les aides à domicile, qu’elles soient médicales ou ménagères, un secteur peu valorisé et beaucoup moins onéreux que celui entretenu actuellement. Lire les réflexions réunies dans ce recueil revient à saisir la mesure des défis humains qui nous attendent avec le vieillissement de la population et la prolongation de l’existence. A partir d’histoires vraies, nous changeons notre loupe de direction pour mieux appréhender l’âge doré, faire preuve d’empathie et nous focaliser sur ce que sont les valeurs de fraternité et d’entraide. Sans grand discours ni démonstrations tonitruantes, l’auteure parvient à trouver les phrases impeccables qui rassurent et font briller une lueur d’espoir dans la grisaille. Quant au ton, il passe de la tendresse au cocasse, de la bienveillance à la froide réalité sous l’aspect de trouvailles sémantiques et d’un style qui ne se prend pas le dikkenek (gros cou en bruxellois !). Un challenge dont elle sort la tête haute et sans avoir honte de ce qu’elle met sur la table. Assurément des idées qui doivent entrer dans le débat ! Ed. Michalon – 172 pages Julie Plisnier

JE NE SOUFFLE PAS, JE CHANTE ! Morgane Raoux se raconte à travers cet ouvrage à la première personne. Question de revenir sur sa passion pour la clarinette, qui lui a permis de devenir musicienne professionnelle et de lui valoir cet étrange surnom de « Madame Clarinette ». Enfant, elle découvre la musique en classe maternelle. Une révélation ! Les années opérant, elle sait ce qu’elle fera lorsqu’elle sera en âge de travailler. Pour elle, pas d’hésitation, elle jouera de cet instrument et s’imposera par son talent et sa technique. Après le bac, le conservatoire de Paris l’accueille pour l’aider à s’épanouir complètement, puis commence l’aventure des orchestres symphoniques avec la difficulté de s’imposer en tant que femme dans ce milieu misogyne et extrêmement fermé. A vingt-cinq ans, son univers s’effondre. Un pneumothorax rompt net sa trajectoire. Si son souffle ne lui permet plus de tenir sur la distance, l’essence de sa passion ne s’élime pas. Pas question de pleurnicher sans combattre. L’auteure cultive ici son bon sens et démontre à quel point la ténacité n'est pas un terme vain. Ne pas laisser la porte se verrouiller, voilà de quoi il est surtout question, le temps de renaître, de rebondir et de ne pas se laisser terrasser par les avanies, médicales ou non. Une ode à la musique et aux bienfaits qu’elle produit, ainsi qu’à l’apprentissage de la musique dès le plus jeune âge ! Ed. Michalon – 146 pages Daniel Bastié


3 MINUTES POUR COMPRENDRE CINQUANTE MOMENTS-CLÉS DE L’HISTOIRE DE L’ORIENT L’histoire de l’Orient a été jalonnée de grands événements auxquels nous sommes redevables. Qu’on le veuille ou pas, le cours d’Histoire nous rappelle que le berceau de notre monde s’est joué hors Europe avec la naissance des premières civilisations connues, l’apparition du monothéisme, l’édification des pyramides, la venue de l’écriture ou l’essor des sciences et de la philosophie. René Guitton, spécialiste des question orientales, a élaboré un ouvrage riche en enseignements et en renseignements qui rappelle -ô combien !- nous devons énormément de choses à ces hommes et ces femmes qui nous ont précédés sur la ligne de la chronologie. Sans eux, aurions-nous le même quotidien ? Bien entendu, cinquante moments-clés peuvent paraître subjectifs, au point de donner l’impression d’un raccourci, tant il y a d’éléments à circonscrire, mais la démarche a au moins le mérite de réveiller les consciences et de dresser un pont entre deux sphères d’influences. L’auteur ne traite pas uniquement des civilisations égyptiennes, de Saladin, da Gamal Abdel ou des croisades organisées par la chrétienté, mais évoque des événements beaucoup plus récents inscrits dans les annales : l’invasion du Koweit, les accords d’Oslo, le conflit israélo-palestinien, … Regarder vers l’Orient est une nécessité autant qu’un défi qu’il importe de relever, en se jouant des préjugés et des appréhensions ! Ed. Le Courrier du Livre – 158 pages André Metzinger

LA PART DES FLAMMES Paris, 4 mai 1897. Le bazar de la Charité s’embrase. Fort vite, le feu ronge les boiseries et se propage au velum goudronné qui sert de plafond. La catastrophe est imminente. Malgré les secours, l’incendie compte cent vingt victimes. Un drame peu comparable. Trois femmes ignorent encore que leur avenir est intimement lié à cette tragédie. Constance d’Estingel est blessée et ignore que son fiancé, avec lequel elle vient de rompre, est accusé d’avoir piétiné des gens pour se tirer de la fournaise. Deux de ses amies prennent sur elle de laver son honneur et mettent en place un mécanisme de défense qu’elles jugent efficace. Adaptée du roman éponyme de Gaëlle Nohant, cette bande dessinée revient sur un fait oublié de l’histoire de France. En mêlant personnages fictifs à d’autres ayant vraiment existés, cet ouvrage donne vie à des protagonistes pris au piège dans une fournaise que personne n’attendait. La presse de l’époque avait salué le courage des forces de l’ordre et des pompiers, tout en ironisant parfois sur la haute bourgeoisie présente dans les salles qui ont flambé. En alliant émotion et gravité, ce livre se présente sous une forme feuilletonnesque qu’on dévore littéralement. Pas étonnant que la télévision française se soit emparée de cet événement catastrophique pour le décliner en mini-série de huit épisodes tout simplement estampillé « Le bazar de la charité », défendu par des comédiennes telles que Florence Pernel, Audrey Fleurot et Camille Lou. Ed. Philéas – 136 pages Daniel Bastié


L’ÎLE OUBLIÉE - TOME 2 Après avoir affronté en mer une tempête d’une intensité peu commune, un couple et ses deux filles trouvent refuge sur une petite île paradisiaque. Fort vite, les enfants disparaissent. La réponse se trouve peut-être dans une partie interdite aux visiteurs ? Voilà la suite des aventures de cette famille coincée dans les mailles d’un récit qui joue la carte du mystère autant que celle de l’aventure. L’occasion de retrouver Eve et Mia aux prises avec une force qui pourrait s’avérer surnaturelle. Contre leur volonté, elles auront à nouveau affaire à une île dont elles aimeraient exhumer les secrets. Pour poursuivre leur chemin, elles savent désormais que mille dangers les menacent et qu’elles devront franchir les Portes dite de Janus, un passage qui mène à une zone de terre dont on ne revient pas forcément. Xavier Bétaucourt au script et Paola Antista au dessin reprennent les personnages là où ils les ont abandonnés à la fin du premier tome pour donner un tour supplémentaire et ne pas laisser les lecteurs sur leur faim. Une suite attendue et qui ne faiblit pas en intensité par rapport au tome qui avait été découvert précédemment. Ed. Jungle – 64 Pages Paul Huet

LE MYSTÈRE DU LAC Iris et Sam sont de jeunes ados qui ressemblent à tous ceux de leur génération. Une véritable amitié entretient l’incandescence de leurs liens étroits. A ceci qu’Iris se targue d’un tempérament d’aventurière, tandis que Sam préfère le ronron des habitudes. Lorsque la rivière qui traverse la région s’assèche sans raisons apparentes, ils découvrent une ville enfouie. Jason Pamment vit en Australie et travaille dans l’animation de courts métrages et de films publicitaires. Avec « Le mystère du lac », il signe sa première bande dessinée. Un essai visiblement réussi si on se réfère à la qualité du graphisme, fort doux et rond. L’auteur trouve ici un terrain d’excellence pour nous livrer une histoire pleine de surprises et de rebondissements sur un ton qui fait du bien en cette période incertaine. A cela, le monde de l’adolescence est retranscrit sans naïveté, malgré le côté un peu gentillet du dessin. Un gros livre techniquement et esthétiquement agréable qui plaira aux ados qui, plus que vraisemblablement, s’identifieront aux protagonistes. Ed. Jungle – 204 pages Daniel Bastié


LE RÉSEAU PAPILLON – TOME 6 Voilà le tome 6 de cette saga initiée par Franck Dumanche au scénario et Nicolas Otéro au dessin ! Une série indispensable pour faire devoir de mémoire et nous rappeler ce que représente le quotidien d’une guerre. Alors que nous vivons quasiment en direct le conflit en Ukraine, « Le réseau papillon » revient sur cinq années de terreur dans nos contrées et nous embarque dans la résistance face à un envahisseur nazi qui a su déployer une violence quasiment sans pareille. Les mois sont durs pour les citoyens, amenés à prier pour ne pas être pris en otages par les Allemands et privés de nourriture, soumis à un rationnement alimentaire. Accéder à du pain ou à des légumes pose chaque jour davantage de difficultés. Elise, Gaston, François et Arnaud sont confrontés à la difficulté d’approvisionner leur réseau de maquisards, tout en secourant leurs proches. Puis, il y a cette réfugiée dont la santé s’est brutalement dégradée et dont l’état nécessite des soins pressants. L’amener chez un médecin comporte des risques pour elle autant que pour eux. On le sait, cet album part de l’idée qu’il est inutile de juger une période de notre passé que tout le monde s’accorde à qualifier de terrible et de désastre pour l’humanité, mais de présenter l’Histoire à travers le microcosme d’une équipe bien décidée à se battre pour la liberté. Ce choix permet d’éviter les digressions et de se focaliser sur les personnages en les faisant évoluer à mesure que les événements se succèdent, tout en créant avec eux un large sentiment d’empathie. En fin de volume, un mini dossier replace les faits dans leur contexte historique. L’occasion pour certains de découvrir les hôpitaux du maquis ou les tickets de rationnement avec des clichés d’époque. Ed. Jungle – 50 pages Daniel Bastié

SE JETER À L’EAU Souvent, on s’enferre dans la routine, trop peu conscient des limites que ce choix implique. Pourtant, il s’avère que généralement nous ne prenons pas conscience des limites de notre quotidien, que nous voyons le plus souvent comme une toile que ne prenons pas la peine d’élargir pour regarder la vie en panoramique. Leïla vivait jusqu’ici une existence paisible, heureuse et lisse, sans hauts ni bas. Un ronron qui commence lentement à l’étouffer au point de laisser apparaître des signes de suffocation. Alors, suite à une succession de rencontres parfaitement fortuites, elle opte pour un départ vers la Bretagne, une terre nouvelle à ses yeux et dont elle espère bénéficier d’un énorme ressourcement. Y trouvera-telle matière à bâtir l’avenir auquel elle aspire ? Gwen Morizur au scénario et Elléa Bird au dessin nous convient à découvrir un conte moderne sur la prise de conscience de soi et la nécessité de s’impliquer dans la défense de l’écologie. Un récit initiatique qui déploie de grands thèmes et qui les développe sans jamais appuyer sur l’accélérateur, de manière à laisser au lecteur le temps de cerner la personnalité de Leïla et d’embrayer en sa compagnie pour le changement tellement souhaité, avant de prendre conscience des résultats tant personnels que collectifs. Ed. Jungle – 78 pages Amélie Collard


LE FESTIN L’idée de ce récit a germé en 1937. Le roman s’amorce le jour où le révérend Samuel Bott de St Body est contraint de renoncer à une partie d’échecs avec son homologue Gerald Sheldon, afin de se pencher sur une oraison funèbre. Ce prélude entraîne une succession de rencontres qui débouchent sur une histoire bien british, entre acidité et humour pour pointer la futilité de certains comportements, l’arrogance de quelques personnes de la haute société et la petitesse d’esprit d’une époque où les riches aimaient paraître. Puis, il y a ce fait divers qui s’est déroulé peu avant, avec l’éboulement d’un morceau de falaise et des signes inquiétants de décès. Margaret Kennedy fait partie de ces auteures un peu oubliées de nos jours, mais qui ont marqué les années 30, avec plusieurs romans acclamés, du théâtre joué dans les meilleurs théâtres et des textes adaptés pour le grand écran, dont « The constant nymph » et « Escape me never ». Des succès dont se rappellent les abonnés à la Cinématek et les férus de vieux classiques en noir et blanc. Bien que mariée à Sir David Davies, devenant ainsi lady Davies, elle n’a jamais renoncé à son don d’écrivaine et a fait se succéder jusqu’au début des années 60 des titres à la renommée toutefois moins considérable que ceux produits précédemment. « Le festin » a été traduit en français Denise Van Mappès et permet d’exhumer un pan du patrimoine littéraire si cher à nos voisins britanniques. Ed. Quai Voltaire – 471 pages Paul Huet

VOYAGE EN TERRITOIRE INCONNU Irlande de nos jours. Tom doit impérativement aller chercher son fils malade. Malheureusement, la nature est devenue hostile. Sans prévenir, la neige a paralysé la région, immobilisant chacun à son domicile et empêchant tout déplacement. Malgré les difficultés inhérentes à la météo, le protagoniste choisit de braver les intempéries et se met en route. Sa voiture crachote, la route lui tend mille pièges, mais sa détermination demeure intangible. De Belfast à Sutherland, il découvre bien vite qu’il ne fait pas seulement un trajet en tant que père, mais extirpe du passé une série de fantômes qu’il croyait ensevelis. Sans carte ni guide, il est amené à se retrouver face à lui-même, harcelé d’idées qu’il aimerait bien vite dissiper. David Park parvient à surprendre avec ce road-movie en solitaire sans artifices pompeux ni tonitruants. Le principe consiste ici à coller au plus près de l’épiderme et de capter l’essence même du personnage principal pour ajouter ostensiblement une pointe de tension qui ne lâche pas le lecteur. Un roman inscrit au cœur des éléments déchaînés et des espaces désertés qui, assez promptement, se métamorphose en quête de soi. Une histoire bien entendu sous contrôle, mais qui invite chacun à réfléchir sur ses secrets, ses refoulements et le sens à apporter à l’existence. Finalement, le gamin à aller récupérer devient prétexte à une quête identitaire. Fort ! Ed. Quai Voltaire – 300 pages Daniel Bastié


CENDRILLON LIBÉRATRICE Voilà une relecture moderne d’une fable éternelle ! Et si cendrillon … Il y a bien entendu ici toute une série d’idées bien de notre temps qui déboulonnent ce récit classique d’adolescente qui se rend au bal et qui rencontre le Prince charmant. En quelques décennies, les verrous ont explosé et les filles n’attendent plus forcément le garçon qui les sauvera de la solitude pour leur permettre d’avoir des enfants aussi beaux que le couple qu’elles forment avec leur chéri. Pourtant, au début de la présente adaptation de Rebecca Solnit, rien ou peu de choses basculent par rapport au conte archiconnu. L’héroïne entre en contact avec sa marraine, se prépare pour le bal et se lie d’amitié avec le futur souverain, mais décide de garder son indépendance, de ne pas l’épouser et de se confronter à l’existence en suivant ses principes. Alors que la mode est d’analyser avec un œil critique plusieurs anciens dessins de Walt Disney, une série d’auteures prennent à cœur de mener un combat contre les stéréotypes et malmener une société machiste. Bien que rédigé pour la jeunesse, ce livre se targue d’une aura féministe, car les femmes ont malheureusement encore des luttes à livrer pour se dégager de la férule masculine, des habitudes engrangées au fil des générations et atteindre une autonomie égale à celle de leurs pendants mâles. Loin de vouloir polémiquer, « Cendrillon libératrice » se contente de briller par un ton original, une volonté de se dégager des clivages et rappeler que, ailleurs dans le monde, des filles, des mères, des sœurs et des épouses souffrent parce qu’elles ne sont pas respectées avec les égards qui leurs sont dus. Ed. Les Arènes - 94 pages Sylvie Van Laere

LES RÉSISTANTES Malgré une situation intenable, la résistance s’est organisée dans les ghettos de l’Est pour faire face à la terreur nazie et prouver que la dignité restait une arme solide et solidaire. S’appuyant sur divers témoignages et des documents épars, Judy Batalion revient sur des actes occultés par la grande Histoire et parle de la détermination de femmes qui, au risque de leur vie, se sont battues pour la liberté contre un oppresseur aveuglé par des discours harangués à Berlin. Des récits de bravoure comme on les raconte rarement à l’école et qui, à leur manière, ont été essentiels pour faire évoluer le conflit vers une issue favorable à la démocratie. L’action de ces héroïnes a principalement été de faire passer des messages codés, des armes, de construire des souterrains, de soudoyer des soldats de l’armée d’occupation en se servant de leur charme ou d’alcool, d’assassiner plusieurs d’entre eux et de saboter les lignes ennemies d’apprivoisement. Beaucoup d’entre elles ont été arrêtées, torturées par la Gestapo et froidement exécutées. Une poignée a survécu dans une indifférence presque générale, abandonnant aux seuls hommes les louanges de la victoire finale. Petite-fille d’une des survivantes de la Shoah, l’auteure revient sur un drame qui a mis le monde à feu et à sang et rend aux femmes leur place dans la tourmente d’une époque qu’on espère ne jamais ressusciter. Ed. Les Arènes – 544 pages Julie Plisnier


FRITZ LANG LE MAUDIT La bédé de Delalande et Liberge revient sur la vie du fameux cinéaste allemand Frit Lang (1890-1976), à qui l’on doit une série de chefs-d’œuvre cinématographiques, dont le fameux « Metropolis » dans lequel il transpose son esthétique expressionniste et qui a depuis été qualifié de classique. En pleine ascension du nazisme, il réalise « M le Maudit », son premier long métrage parlant, dans lequel il narre le parcours d’un tueur d’enfants. S’ensuivent « Le testament du docteur Mabuse » et « Liliom », avant un départ précipité pour les Etats-Unis, où il effectuera la suite de sa carrière derrière les caméras. Cet album revient sur sa période préhollywoodienne, ses années comme peintre dans le Montmartre naissant, dans les tranchées de la première guerre mondiale et dans les coulisses de ses premières mises en scène pour l’UFA. L’occasion aussi de réveiller ses affres et sa vie amoureuse, tantôt avec son épouse et tantôt avec sa scénariste Thea von Harbou. Puis, à un moment donné, la fracture s’est imposée. L’artiste a été contraint de choisir : travailler pour Goebbels ou prendre la fuite. Après le décès de son épouse, la jolie Thea a bordé son flanc d’une chaleur douce. Malheureusement, l’aura des chemises brunes a déteint sur elle, au point de la fasciner chaque jour davantage. A nouveau, un choix a taraudé le créateur : renoncer à son amour ou demeurer fidèle à ses convictions. La suite est archiconnue. A bord d’un paquebot, Fritz Land a embarqué pour les States, bien décidé d’y retrouver la communauté des migrants déjà sur place. Ed. Les Arènes – 110 pages Paul Huet

LA PROMESSE DES ARBRES Depuis deux décennies, Peter Wohlleben arpente la forêt de Weshohoben. Normal, souligneront certains, puisqu’il est forestier et que son métier consiste justement à veiller sur ce trésor scellé dans la nature. De son contact régulier avec la végétation, il a appris des leçons que les citadins ne peuvent qu’ignorer puisque le béton et le macadam ne respirent jamais avec le vivant. Dans son laboratoire à ciel ouvert, il a tiré une philosophie qui passe par l’analyse de l’écosystème et qui souligne l’importance du cycle de l’eau, des influences de la météo, du rôle des saisons et des changements climatiques pour nous prouver à quel point les arbres s’adaptent à tout ce qui les nimbe. D’où l’idée de mettre en garde ses concitoyens contre l’exploitation outrancière des matières premières tel que le bois, avec un risque avéré de déforestation. Loin de s’avérer seulement une diatribe contre les industriels souvent peu scrupuleux et le commerce exacerbé, il prend le temps de placer des pauses, de s’extasier devant la beauté de la création et de parler de ses découvertes sur un ton assez proche de la confidence. A méditer ! Ed. Les Arènes – 276 pages Amélie Collard


POUR UNE ÉCOLOGIE POSITIVE Face aux défis que notre monde pose aux citoyens, tous ne versent pas dans le pessimisme ou l’aquoibonisme. Certains se retroussent les manches pour amener la société à évoluer en bombant le torse face aux défis de notre temps. Sans idéalisme benêt ni tabous, Antoine Hubert, ingénieur agronome, propose un nouveau modèle d’entreprise mû par ses convictions écologiques pour réconcilier respect de la planète et sauvegarde économique, deux piliers de l’avenir. Son idée consiste tout simplement à œuvrer de manière à ne plus souiller les terres ni l’atmosphère en cherchant le seul profit. La croissance démographique s’annonce tel un défi pour le futur de nos enfants à laquelle s’ajoutent les menaces liées au dérèglement climatique. Si le débat peut apparaître colossal, rien ne permet d’affirmer que la lutte s’avère perdue avant de l’entreprendre. Plutôt que de poursuivre dans une voie dont les spécialistes annoncent l’issue dramatique, une alternative consiste à renverser la vapeur et à mettre la technologie au service de l’écologie et non l’inverse, puisque le constat prouve que les activités humaines déraisonnables accroissent de façon exponentielle les altérations de notre bien-être en rendant notre monde de moins en moins agréable. Agir en conscience et de manière acceptable permettrait, selon les calculs de l’auteur, de voir les premiers bénéfices d’ici une ou deux décennies. Ed. Autrement – 142 pages André Metzinger

ADIEU SHANGHAI Voilà un pan d’histoire inconnue ou presque. Fuyant le nazisme, plus de vingt mille juifs allemands et autrichiens ont trouvé une terre d’accueil en Chine. Dans cette Shanghai des années 30, pas encore sous la coupe communiste, les migrants découvrent un monde hétéroclite, où fourmille quantité de personnages issus de différents milieux sociaux et confrontés à une réalité qui les impacte de façon frontale. Dans cette ruche coincée entre plusieurs cultures, ils doivent slalomer entre trafics épars, mafias, corruption, espions venus de partout et enjeux politiques qui s’affirmeront à mesure que la guerre s’emparera des esprits et des convictions. Inspiré d’un épisode de la seconde guerre mondiale, ce roman signé Angel Wagenstein se singularise par un climat moite, tiraillé entre des protagonistes aux intérêts divergents et qui œuvrent chacun pour leurs intérêts. Après « Les cinq livres d’Isaac » et « Abraham le poivrot », l’auteur parvient à nous surprendre à nouveau par la vivacité de son style et son aptitude à poser un climat. Assez vite, il élude les poncifs et élargit son récit en empruntant une piste qui ressemble à celle des romans d’espionnage, bien qu’il ne lâche jamais la bride du texte historique. Avec cet ouvrage, il clôt brillamment une trilogie consacrée au sort des juifs européens au cours du siècle précédent. Ed. Autrement – 525 pages André Metzinger


DENT POUR DENT Faut-il encore présenter Hamish Macbeth, le héros récurrent de M.C. Beaton ? Pour ceux qui ne le connaissent pas, il s’agit de ce policier du petit village de Lochdubn, flanqué au centre des Highlands. Malgré son manque total d’ambition, notre flic a été doté d’une sagacité qui lui permet de dénouer les intrigues les plus retorses. Afin que ses investigations progressent sans lambiner, il sait qu’il peut se faire seconder par Priscilla. Cette fois, un dentiste se fait occire dans son cabinet, alors que justement Hamish avait rendez-vous pour résoudre un problème buccal. Placé dans la première loge, il n’a pas d’alternative que de relever les indices que la scène de crime lui présente et à remonter dans le passé du praticien. Fort vite, il s’avère que ce dernier était un séducteur impénitent et que ses aventures amoureuses se multipliaient sur les doigts d’une main. Comme les précédents, ce roman alterne moments drôles et suspense serré. Abordant le roman policier en douceur, l’auteure préfère le décalage aux gros mécanismes usités par ses collègues qui privilégient le glauque et le sordide sans édulcorer quoi que ce soit. Une réussite qui s’inscrit dans la veine des Miss Marple et autres thrillers modernes qui jouent la carte du clin d’œil sans jamais oublier le fond. Ed. Albin Michel – 300 pages Sylvie Van Laere

SOUS LE FEU DES PROJECTEURS Un plateau de tournage vient de s’installer non loin du village écossais où officie Hamish Macbeth. L’opportunité de vivre par procuration le quotidien des stars en plein travail. Néanmoins, rien ne se déroule sous d’excellents auspices et un cadavre est bientôt découvert sous les projecteurs. Pas un mort factice ou un comédien qui joue le macchabé. Un vrai ! Il n’en faut pas davantage pour mettre la région sans dessus dessous. Le flair du policier de service ne fait qu’un tour et, déjà, il lance une série de conjectures toutes aussi plausibles les unes que les autres. Et si l’auteure des romans qui ont inspiré le scénario se trouvait à la base de ce meurtre ? Elle qui peste jour et nuit contre les libertés que se sont permises les producteurs ? A moins que … Amusante et jamais stupide, cette nouvelle enquête nous permet de découvrir les coulisses de la création télévisuelle et son mode de fonctionnement pour embrayer sur un polar qui multiplie les fausses pistes de manière jubilatoire, en se prenant moyennement au sérieux avant une conclusion attendue. Bien sûr, on trouve ici une série de stéréotypes, mais qui ne gênent jamais. Avec son talent habituel M.C. Beaton signe une énième histoire qui ne fléchit pas du genou et qui a le don de fédérer unanimement les lecteurs dans la même direction. On prend plaisir à lire pareil roman pour évacuer le stress de la semaine au boulot. Une excellente démarche ! Ed. Albin Michel – 314 pages Julie Plisnier


LES SURGISSANTS : CES TERRORISTES VIENNENT DE NULLE PART

QUI

Le terme « surgissant » désigne un terroriste ne possédant aucun lien avec un groupe organisé ou ayant un casier judiciaire. Il s’agit d’une personne sortant de nulle part, décidée de passer à l’action et demeurée loin des radars des services de renseignement. Au fond, des quidams qui, du jour au lendemain, pour des raisons ignorées, frappent d’une manière totalement isolée. On songe particulièrement aux attentats de Nice, de Conflans, de la rue Nicole Appaert ou du meurtre de l’enseignant Samuel Paty. Le phénomène est complètement neuf et, malgré la vigilance mise en œuvre, on risque de ne pas échapper à des coups portés ici ou là par une personne qui s’est radicalisée via son écran d’ordinateur ou en compagnie d’amis qui ont préféré la discrétion aux grandes manifestations publiques. David Puaud revient sur ce phénomène récent et a enquêté pour cerner le profil de ces individus qui entrent dans une spirale de violence inouïe et saisir l’engrenage dans lequel ils s’engagent. Il est également parti sur les traces de plusieurs détenus ayant purgé leur peine et qui se sont à nouveau distingués en se rappelant à la justice. Forcément, un livre qui génère quelques frissons ! Ed. Rue de Seine – 265 pages André Metzinger

PSYCHOLOGIE DU RACISME ET DE LA HAINE DE L’AUTRE Qu’est-ce que la pensée raciste et quels en sont les mécanismes ? Michel Sanchez-Cardenas décrypte du point de vue de l’intellect et de la sémiotique tout ce qui permet à des personnes ou à des groupes d’entrer dans cet engrenage de rejet ou d’impression de supériorité naturelle par rapport à d’autres. Bien sûr, l’éducation, l’histoire, les biais cognitifs, les métaphores, l’analogie autant que les médias contribuent à alimenter les individus dans certaines optiques et façonnent les comportements. C’est là que la psychologie entre dans l’arène. D’un point de vue scientifique, le verdict est clair : la notion de race n’existe plus et nous appartenons tous à la large ethnie humaine, mêmes si des différences apparaissent au niveau de la pigmentation de la peau et du rapport aux valeurs culturelles. L’idée de cet ouvrage est d’explorer les pistes qui consistent à alimenter les discours ségrégationnistes et de parler de penseurs qui érigent le racisme au rang de vérité. Le vivre ensemble passe par la compréhension des armes mises en place pour dénoncer l’exclusion et lutter contre des valeurs erronées. On le voit aujourd’hui dans le cadre de la présidentielle en France, quelques candidats se disputent sur la manière de mieux maltraiter les migrants et mettent en évidence un mode de pensée qui ronge la société. Ecrit dans un langage clair et illustré par de nombreux exemples, cet essai se targue de remettre les pendules à l’heure. Ed. Rue de Seine – 257 pages Sam Mas


CE QUE LE FÉMINISME N’EST PAS La lutte des femmes pour une vraie parité avec les hommes n’est pas nouvelle. Il s’agit d’un combat séculaire et mondial. Par féminisme, on comprend souvent mouvements et idées philosophiques qui partagent un but commun : définir, promouvoir et atteindre l'égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les deux sexes. Néanmoins, avec les décennies qui se sont accumulées depuis l’émergence des premières résistances face au système érigé par et en faveur des seuls hommes, les préjugés se sont multipliés par faute de méconnaissance du sujet, par désintéressement ou par tromperie fallacieuse. Bien entendu, il y a eu certains dérapages de la part de militantes trop démonstratives ou exaltées, qui ont nuit ou ridiculisé cette guerre indispensable pour faire avancer les choses. Fabienne Messica propose ici une analyse novatrice pour montrer à quel point l’enjeu est capital tant au présent que pour l’avenir. Il ne convient plus de critiquer, mais de bâtir par le travail de la pensée en faisant appel à l’intelligence et au bon sens. Pour aller bien plus loin, il faut renouer avec le concret et se rendre à l’évidence que l’histoire peut servir de référence pour ne pas réitérer certaines erreurs. Il apparaît surtout qu’il faut éviter l’amalgame. Plutôt que de parler de féminisme ne conviendrait-il pas mieux, tout simplement, de rappeler les droits de la femme ? Et là, les inégalités perdurent toujours dans plusieurs régions du monde ! Ed. Rue de Seine – 176 pages Sylvie Van Laere

QU’IMPORTE LA COULEUR DU CIEL Ouvrir la Boîte de Pandore laisse parfois surgir de désagréables surprises. On le sait et, pourtant, on agite le sceptre de l’inconnu en jouant la carte de la curiosité, de l’envie ou sans toujours prendre la mesure des conséquences. Mila s’est prêtée à un test ADN, par jeu. Du coup, elle découvre des choses qui … Valérie Cohen nous parle de la transmission, du cercle familial, des non-dits, des secrets (petits ou grands) qu’on dissimule avec plus ou moins d’adresse et qui, un jour, éclatent avec la virulence d’une grenade. En guise de comparaison, elle parle du bonheur quotidien comme étant un organisme vivant aux multiples facettes et de la famille comme s’apparentant à un joli parterre de ronces. Bien entendu, face aux révélations, les certitudes s’effondrent, la confiance s’élime. Pour donner vie à ce roman qui pourrait donner l’impression de s’inscrire dans le canevas de beaucoup d’autres déjà lus, l’auteure gagne en singularité en serrant les boulons du récit, en auscultant les personnages au niveau de l’épiderme et en gagnant sur la carte de la crédibilité sans jamais surenchérir pour émouvoir ou imposer. Ce bon récit laisse une grande part à la psychologie et à l’humain et devrait permettre à beaucoup de lecteurs de se reconnaître dans les comportements. Enfin, une question demeure : Faut-il tout raconter et taire certains plis du passé ne revient-il pas aussi à aimer (voire protéger) ses proches ? Ed. Flammarion – 365 pages Amélie Collard


CHAOS Revoilà donc notre flic bourru au grand cœur, Johan Verdriet de son nom, surnommé le bouledogue, et la jolie Lieve Moed, jeune inspectrice audacieuse, amoureuse dudit bouledogue, lancés dans une folle histoire qui va les emmener jusqu'au Yémen. D'abord, quand j'ai lu le quatrième de couverture, je me suis dit ça y est, non content de devoir me taper les horreurs de Daesh et de l'Etat islamique à longueur de JT, voilà que Bob en remet une couche ! Trop is te veel ! De plus, l'ami Boutique est sans pitié, va falloir ingurgiter 492 pages... c'est du gavage, allô Gaia, help ! Bon, calmons-nous, me disais-je, le temps d'engloutir à la sauvette une pastille de Gaviscon et me voilà parti à la découverte de ce nouvel opus d'un auteur qui mérite vivement toute notre attention. Comme dans "2401", le roman précédent qui démarrait avec "les lettres calomnieuses d'un corbeau", l'auteur part d'un fait simple, voire classique : le vol d'un tableau... avec cette nuance non négligeable; le tableau en question est sans grande valeur ! Voilà un fait qui ne peut que titiller la curiosité du lecteur. Bonne entrée en matière puisqu'elle est accrocheuse. Je n'en dirai pas davantage au niveau de la trame afin de ne pas gâcher la surprise de celles et ceux qui vont partir à la découverte de ce nouveau roman fleuve. Par contre, rayon personnages, je peux balancer puisqu'on retrouve, outre le couple en passe de devenir légendaire, Arie et sa compagne d'origine asiatique, Piet Buelinckx, une épée en informatique, bref les cadors de la KMAR, la Ministre Rita Van Hemelrijck, des agents du Mossad et le terrible Yahia. L'auteur s'est bien documenté, résultat : c'est du travail propre et sérieux avec parfois un petit côté didactique et des détails techniques par trop pointus. La célèbre gouaille de Bob transpire moins dans cette œuvre que lors des précédentes, ce qui fait que lorsqu'on la retrouve au détour d'une page, on la savoure davantage. Pour en revenir à la trame, que je ne me résous toujours pas à vous livrer, je tire mon chapeau (vous savez toutes et tous que j'en porte souvent) car il fallait aller la chercher celle-là... j'ai été littéralement scotché mais chuuuuuuuuuuuuut donc ! Editions Chloé des Lys - 492 pages Alain Magerotte

HÔTEL DE GUERRE Sarajevo, la capitale de la Bosnie-Herzégovine a été assiégée par l’armée de la Republika Srpska. Un étau qui s’est resserré avec autant plus de force que l’Europe a assisté aux combats sans réagir, se contentant de dénoncer les massacres et d’envoyer des journalistes pour commenter l’évolution du conflit. Un reporter y a séjourné à l’Holiday Inn, l’hôtel qui accueillait la presse étrangère. Plusieurs années plus tard, il revient sur les lieux, bien décidé à éradiquer les démons qui le hantent. En quittant le pays au milieu des années 90, il a emporté dans ses bagages le souvenir d’Anna, une anesthésiste romaine rencontrée sur place et dont il n’a plus de nouvelles. Jean-Luc Outers nous parle d’une guerre cruelle (forcément !) qui évoque aujourd’hui celle qui se déroule en Ukraine, fratricide et soulevée par une fureur inouïe. Il met en scène un personnage au bord du gouffre, ni héros ni couard, emporté par des sentiments parfaitement humains qui s’auréolent de quelques faibles espoirs et un besoin de comprendre en prenant appui sur le pouvoir cautérisant du temps qui a passé. Il se positionne à niveau d’épaules pour s’interroger sur un monde qui va mal et pour revenir sur l’inadmissible, alors que la terre entière s’est tue pour se transformer en spectateur atone. Il nous plonge enfin dans la topographie des non-dits avec une grande sensibilité. Ed. Gallimard – 186 pages Daniel Bastié


HERMAN OU LA MERVEILLEUSE HISTOIRE D’UN PETIT GARÇON HYPERACTIF Il y plusieurs années, j’ai découvert ce livre sur le site internet TDAH Belgique. L’auteur, Pascale Poncelet, vit en Belgique et a deux enfants hyperactifs, elle-même atteinte de ce trouble ainsi que le père de ses enfants. La découverte de ce site internet, dont Pascale est la webmaster, a été une véritable révélation car j’ai moi-même un fils hyperactif. Après de nombreux échanges sur le site avec Pascale et tous les parents qui, comme nous, font face à ce diagnostic, j’ai décidé d’offrir ce livre à mon fils pour l’aider à comprendre son fonctionnement. Ce livre est fabuleux, il raconte l’histoire d’un petit garçon Herman. Herman est intelligent et créatif mais il ne peut arriver à se concentrer ni à dominer son corps. Ce corps, décrit comme un moteur que l’on ne peut arrêter, épuise Herman et provoque des problématiques dans sa vie de tous les jours. Cette hyperactivité ne s’arrête jamais. Ce livre aborde avec des mots simples et des images parlantes ce sujet. Cette histoire explique avec beaucoup de tendresse, aux parents et aux enfants, les difficultés rencontrées quotidiennement par les enfants TDA/H. Ce petit livre est une manière simple et efficace de comprendre et de prouver à votre enfant qui en souffre, qu’il n’est pas seul et que de nombreuses techniques ou traitements médicaux existent pour apaiser cet état de nervosité, d’anxiété, d’hyperactivité qui sont très difficiles à vivre pour l’enfant et pour l’entourage. Petite anecdote : J’ai offert ce livre à mon fils alors qu’il était âgé de sept ans. Mon fils a maintenant vingt-quatre ans, il est toujours TDA/H. Il garde ce livre depuis dix-sept ans car il est « son histoire ». Mon fils possède un chien qu’il a prénommé Herman, en souvenir de ce petit garçon qui ne s’arrête jamais de courir partout. Ed. Alban Jeunesse – 30 pages Elise Jane

LE COMPAGNON IDÉAL Est-il chimérique de chercher l’amour lorsqu’on traîne la réputation d’être peu sociable ? Du moins voilà ce que pensent la maman et la sœur d’Eva. Puis, cette dernière est invitée à une fête d’anniversaire organisée par sa patronne, une femme qui l’exploite un peu … beaucoup ! Là, elle croise le regard de Jimmy, qui se laisse également prénommer Jeff en fonction de ses humeurs. Un garçon qu’elle trouve à son goût et à qui elle semble plaire. Peut-être l’âme-sœur à laquelle chacun aspire ? Malheureusement, cette rencontre se déroule à un coup de canif du premier confinement qui rime avec un agenda de mesures novatrices pour la grande majorité du public et qui restreint les contacts. Cloisonnées à la maison, les personnes se recroquevillent davantage dans la solitude ou décident d’y échapper, en ne respectant pas les impératifs venus d’en-haut. Tenaillés par le besoin de se revoir, Eva et Jimmy déjouent les interdictions et se retrouvent dans leur bulle d’euphorie. Mais voilà, la police fait son entrée en fanfare ! Isabelle Minière signe ici un roman qui nous replonge dans un passé récent pour nous parler de cette époque malmenée par le Covid (et qui l’est toujours un peu !) et mettre en scène avec une douce ironie le récit d’une jeune femme fantasque, attachante et rêveuse qui ira au bout de ses espoirs. Un portrait qui fait songer à celui de beaucoup d’autres qui n’acceptent pas la fatalité comme frein à leur bonheur. Forcément, on s’identifie … Ed. Serge Safran – 174 pages Daniel Bastié


LES ROCHES ROUGES “Je lui prendrai la main et la mènerai sur la terrasse. Au loin la mer se déploiera en douceur, bordée de roches rouges. Tout sera calme et lumineux. Puis nous entrerons dans la maison. Ouvrirons les volets. Monterons les radiateurs. J’allumerai la chaîne et mettrai un vieux disque de jazz de mon grand-père. Billie Holiday…” En fuite, Antoine et Leïla ont pris la route vers le midi, au volant de la Clio de la mère d’Antoine Leïla, le tout jeune Gabi son fils assoupi à l’arrière. Tous les trois en fuite ? Qu’est-ce qui motive réellement les deux amants ? Roman très narratif chargé en émotion et sentiments la plupart du temps “de fin du monde”, lourds et même oppressants, “Les Roches rouges” de Olivier Adam, écrivain prolixe, également scénariste et auteur pour la jeunesse né en 1974, oscille perpétuellement entre un pessimisme implacable et l’insouciance de l’instant et de l’acte accompli sans aucune réflexion préalable. Qu’importe les conséquences mais il fallait agir, partir, s’éloigner… Des vies qui dérapent, vous dépassent et vous mènent à prendre des décisions parfois bien douteuses. Celle d’Antoine qui espère ainsi sauver Leïla d’un mari violent, celle de Leïla qui, angoissée, n’avait plus le choix. Un Antoine quelque peu fragile, même bizarre, dissimulant au fond de lui un secret inavouable. Une Leïla perdue, éperdue, s’en remettant à lui malgré son jeune âge, son inexpérience, son inertie face au quotidien. Direction le midi ? Plus précisément les calanques et ces roches rouges qui sont l’enfance d’Antoine. L’espoir d’un bonheur, mais caché, dans la maison abandonnée de ses grands-parents qui se situe en bord de mer. Le soleil, le sable, la douceur, le calme. Tout cela ne sera-t-il pour eux qu’éphémère ? Un dernier havre avant que la réalité ne les rattrape ? Antoine et Leïla s’étaient rencontrés au Pôle Emploi, l’amour, le vrai, intense, celui qui nous pousse à agir parfois sans trop réfléchir ? Fuir la brutalité de leur quotidien en ce qui concerne nos deux héros ? Une solution ou l’impasse ? “Olivier Adam brosse avec une tendresse infinie le portrait de ces deux perdants magnifiques.” nous confie le Télérama; dans un langage très actuel à l’occasion abrupte, l’auteur, par le biais de ses personnages, nous plonge ici dans un récit mouvementé, épique, et l’on s’imagine en cavale avec eux, le souffle parfois coupé. “On roule des heures sans s’arrêter. Avec les phares des voitures d’en fac qui nous aveuglent, la nuit profonde sur les champs, presque invisibles, les enseignes lumineuses des stations-service et les lueurs des villes au loin…” Une lueur d’espoir incluse ? Les calanques leur seront-elles bénéfiques ? Salvatrices ? D’autres personnages gravitent autour d’Antoine et de Leïla. Pour le meilleur ou pour le pire ? “Les Roches rouges”? Une singulière immersion en trois parties : De la terre et du sang, En cavale, Mauvais karma. Apnée garantie. Ed. Robert Laffont – 240 pages Thierry-Marie Delaunois


FEMMES EMPÊCHÉES Leïla Zerhouni raconte ici l’histoire d’Ania, gamine adoptée et qui vit dans un hameau des Ardennes belges. Grâce à sa passion pour les livres, elle se lie d’amitié avec la libraire, fraîchement arrivée dans la région. C’est également à la même époque qu’elle fait la connaissance de Nico, jeune journaliste militant, et de Yasmine. Mais quelque chose manque dans son existence. Alors que tous les bonheurs se pressent à sa porte, la quête de ses origines l’empêche d’assumer pleinement son présent. Parviendra-t-elle un jour à comprendre sa mère qui l’a rejetée, celle qui parmi d’autres femmes s’est révélée incapable d’aller au bout de sa maternité, celle que le papa de Yasmine appelait avec pudeur « une femme empêchée ». Née dans le Hainaut d’un couple mixte, l’auteure enseigne les langues germaniques et signe ici son premier roman. Un ouvrage sur la quête de soi, de ses origines et de la place que chacun tient dans la société. Ed. M.E.O. – 122 pages Sam Mas

DISPARU D’UN TRAIT D’ENCRE Une écrivaine est interrogée par la police suite à une disparition inquiétante. En effet, l’homme qui lui avait loué la maison de ses parents décédés n’a plus donné signe de vie et tout amène la justice à s’inquiéter. Cherchant à comprendre ce qui peut amener un quidam à se volatiliser, la femme revit silencieusement les rares instants relationnels qu’elle avait entretenus avec son locataire, un enseignant mal dans sa peau et admiratif du père de sa logeuse. Annie Préaux nous sert ici une mise en abyme qui nous convie à une plongée dans l’esprit d’une dame d’un certain âge et en train de rédiger son dernier ouvrage. Bien entendu, elle ne peut pas s’empêcher d’éprouver de la fascination pour l’enquête qui se met en place et qui, naturellement, risque de déteindre sur la narration qu’elle élabore consciencieusement. On est troublé par le ton de la narratrice qui évacue les codes du polar dans l’idée de raconter des tranches de vie, de plonger dans le passé et de revenir sur une série d’instantanés qui secouent le tronc de la nostalgie. Il s’agit ici du huitième roman d’une auteure au long cours. Ed. M.E.O. – 182 pages Amélie Collard

AGDEZ, DERNIÈRE PAGE Johannes V, expert des Nations unies au Maroc, a été lacéré avec la pointe d’un couteau dans sa villa chic sise dans un des plus beaux quartiers de Riad. L’enquête est sur les rails, bien décidée à mettre au clair ce fait divers particulièrement cruel. Au fil des chapitres, Daniel Soil convie une panoplie de personnages moins recommandables les uns que les autres et nous embarque dans une farandole entêtante de tous les possibles, sur fond d’activistes actifs et jamais prêts à baisser les manches de leur veste. Un attaché culturel est envoyé sur place pour mener ses propres investigations. L’occasion de voyager en sa compagnie de Tanger à Casablanca, d’Al Hoceima à Ouarzazate. La question demeure celle-ci : l’affaire s’éclaircira-t-elle dans les sables d’Agdez où s’érige un ancien pénitencier ? Dans un pays ami et lieu de villégiature pour de nombreux compatriotes, l’auteur plante le décor d’un thriller contemplatif pour creuser les stigmates d’une recherche de la vérité sans occulter les faiblesses humaines, les intérêts contradictoires et un pays qui est ici présenté loin des clichés touristiques. Ed. M.E.O. – 121 pages Sam Mas