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BRUXELLES CULTURE 1er avril 2020 Brussels Diffusion asbl Contact et abonnement gratuit : pressculture4@gmail.com

RENCONTRE : MAURICE FRYDMAN


MAURICE FRYDMAN Maurice Frydman est un des rares artistes à donner ses lettres de noblesse au plastique, un matériau banal issu de l’industrie pétrolière. Depuis un quart de siècle, il en explore toutes les possibilités et en fait un produit artistique. Bozar, le Musée de Liège et l’IKOB à Eupen, parmi une kyrielle d’autres lieux d’exposition de prestige, ont couronné le résultat de ses recherches. Rencontre. Où êtes-vous né ? J’ai vu le jour à Belleville, non loin de Ménilmontant, un quartier typique du vieux Paris et toujours prisé par les touristes du monde entier. Quelle a été votre formation ? J’ai eu un parcours d’autodidacte, avec un passage à la Vieille Chaumière, sorte d’académie libre située non loin d’où je résidais. J’ai conservé quelques dessins de cette époque. Des bustes travaillés au fusain ou au pinceau. Je me suis toujours intéressé à l’anatomie et à la structure de la peau pour contracter une espèce de mise à nu esthétique. En quelles circonstances êtes-vous venu en Belgique ? Les hasards de la vie font que les gens se déplacent pour le boulot, par amitié, par amour ou forcés par les exigences du quotidien. Personnellement, j’ai suivi à Bruxelles une personne dont je m’étais entichée et qui est devenue mon épouse. Puis, la Belgique possède des attraits que Paris a perdus. Pour ma part, il était extrêmement plus facile de me procurer un atelier ici plutôt que dans par chez moi. Vous avez installé votre atelier à Anderlecht. Pourquoi ce choix ? Je suis tombé amoureux d’un espace, qui correspondait totalement à mes aspirations. Autrefois, il s’agissait d’un atelier de réparation et de location de charrettes à bras. Je me suis également laissé dire que le lieu est ensuite devenu une école d’art. Puis le quartier me rappelait vaguement celui de ma jeunesse. Qu’en était-il de votre travail à cette période ? Très tôt, je me suis mis à repenser la peinture. L’abstraction m’a fort rapidement inspiré et j’ai décidé d’en explorer toutes les possibilités, avec pour objectif de travailler l’épiderme. La peau est le premier élément humain en contact avec le monde extérieur, témoin à la fois de notre résistance aux agressions et de notre fragilité. Sorte de forteresse qui nous protège et qui, si souvent, s’endommage au quotidien. Esthétiquement, que lui trouvez-vous ? L’épiderme ressemble à un parchemin, un livre qui raconte le vécu de chacun. Tantôt lisse, strié, plissé, pelé, creusé, marqué de stigmates ou abîmé. Quelle matière utilisez-vous ? Depuis une vingtaine d’années, j’ai abandonné les matériaux traditionnels et je travaille le film plastique, celui que toutes les ménagères emploient pour emballer des fruits et des légumes ou pour recouvrir un plat de nourriture qui ne possède pas de couvercle. Sa souplesse et son élasticité m’offrent de multiples combinaisons. Je suis arrivé inopinément à cette technique dont je suis, à ma connaissance, l’unique représentant.


Comment tout a-t-il débuté ? Il y a bien longtemps, je me trouvais à Nîmes en compagnie d’un ami, directeur d’une galerie parisienne. La ville préparait la fête de la Tauromachie et chacun avait été invité à tendre une banderole à la fenêtre de son appartement, sur le balcon ou audessus de la piscine. J’avais posé un morceau de tissu sur une protection en plastique, afin de ne pas souiller le bois du support sur lequel il allait être fixé. Lorsque j’ai retiré le drap que je venais de peindre, j’ai observé sur son dos les formes laissées par les plissures de la protection et le verso m’a semblé beaucoup plus intéressant que le recto. L’idée m’est ensuite venue de prolonger cette expérience et de l’affiner. Que s’est-il ensuite passé ? Je suis arrivé à la conclusion que je tenais là une nouvelle façon de m’exprimer. Progressivement, j’ai domestiqué certains gestes. J’étire le film plastique à l’extrême, puis je le relâche. Il se rétracte et laisse apparaître plissures, rides, épaisseurs et creux. Je l’enduis de couleur et, par-dessus, j’applique un drap ou un voile. L’impression de la matière donne lieu à des marbrures et à des striures aléatoires. De cette pression-traction naissent des tensions et une fusion directement perceptible à l’œil, laissées à l’interprétation de chacun. Pour ma part, j’y vois une structure qui s’apparente à la peau humaine, sorte de gigantesque monochrome. Cherchez-vous à transmettre un message ? Il existe de multiples manières de s’exprimer. J’ai fait de la peinture mon médium et je l’inscris dans un champ que je travaille avec ténacité et persévérance. Comme je créé de grands formats, l’exercice se veut autant physique qu’intellectuel. Lors de la première phase, l’essentiel réside dans l’application de gestes précis, avec des bras et des mains qui sont soumis à rude épreuve. Dans un second temps, l’œuvre apparaît pour devenir plasticité cutanée, une matrice ou un paysage imaginaire. Chacun est invité à se laisser absorber par ce qu’il voit et à exprimer ses propres émotions. Quelle place vous attribuez-vous dans le monde des Arts ? Je ne veux pas avoir à me justifier sur ce que je fais, même si je suis ravi du succès. J’ai longtemps pratiqué la publicité pour connaître l’efficacité des slogans, mais je sais également qu’ils sont réducteurs. Si un artiste a besoin de reconnaissance pour exister, il ne peut pas passer son temps à s’expliquer. C’était vrai hier et cela le reste aujourd’hui. Sincèrement, je me considère comme un marginal, qui se tient à l’écart des modes. A mes yeux, le résultat seul importe. Je suis mon premier public et me fie à mon goût. Peut-on parler de vous en tant que peintre abstrait ? Les étiquettes sont fallacieuses, parce qu’elles figent un créateur. D’ailleurs, mon art a été en évolution perpétuelle et peut multiplier les visions d’une même matrice pour générer des séries. Je cherche à éviter l’anecdotique. Je n’ai plus besoin de pinceaux, de toile marouflée, de papiers spéciaux ni de châssis. Je fonctionne avec des pots d’acrylique, des draps de récupération ou achetés sur une brocante et des membranes de polyéthylène. Où vos travaux ont-ils été exposés ? Plusieurs expositions les ont fait connaître au public. Je pense particulièrement au Musée juif de Bruxelles, à Bozar, au Musée des Beaux-Arts de Liège et à l’IKOB d’Eupen pour la Belgique. Bien sûr, tous les deux ans, je participe au Parcours d’Artistes de ma commune et ouvre mon atelier pour me mettre en contact avec les amateurs et les curieux.


Y a-t-il certains lieux dans la capitale que vous fréquentez assidûment ? Je ne peux jamais m’empêcher de citer la Collégiale Saint Guidon et ses environs avec, notamment, la Maison d’Erasme et le petit parc d’Aumale. J’adore également l’Espace Maurice Carême, lieu de rencontre et de culture. De mon avis, Anderlecht reste une commune vivante, métissée et riche sur le plan des relations. Enfin, sans être dans le centre névralgique de la capitale, elle demeure à proximité de tout. Retrouvez Maurice Frydman sur le site www.maurice-frydman.com et allez à sa rencontre dans le cadre du Parcours des Artistes d’Anderlecht (Itinérart) qui se déroulera du 17 au 19 avril 2020. Propos recueillis par Daniel Bastié

BRUSSELS SHORT FILM FESTIVAL Fruit de nombreuses heures de visionnage, le Brussels Short Film Festival veille chaque année à sélectionner le best of du best of, en mettant en avant ce qui fait la qualité et l’originalité du septième art contemporain. Ce sont plus de quatre cents courts-métrages pointés tous azimuts, retenus pour leur pertinence, leur innovation et leur sens de l’esthétique ou de la narration. Ces derniers sont divisés en trois catégories visant à récompenser la crème de la crème, répartis sous les étiquettes Compétition nationale, Compétition Internationale et Compétition Next Génération. L’opportunité de découvrir des bijoux d’inventivité que nous aurons peu ou prou la chance de voir ailleurs. L’occasion aussi d’assister à la naissance de faiseurs qui s’inscriront peut-être demain dans le marbre de l’histoire du cinéma. Des réalisateurs, des comédiens et des techniciens qui nous ferons rêver en passant au long ou en se mettant au service de la télévision. La plupart des cinéastes de la Nouvelle Vague ont fait leurs débuts dans le format bref, question d’effectuer leurs gammes et d’acquérir le tempo. Comme à chaque édition, quelques personnalités émailleront de leur présence les projections. Dans le cadre de cet événement, le public sera à nouveau sollicité pour la distribution de trophées. Enfant pauvre, le courtmétrage mérite beaucoup mieux que la situation dans laquelle on le confine trop souvent. Il est au cinéma ce que la nouvelle est au roman. On l’oublie, mais les Oscars attribuent une statuette à l’une de ces productions. Alors, en route pour la plus prestigieuse distinction de la Côte Ouest ! Plusieurs titres diffusés à Bruxelles se sont vus emprunter le chemin d’Hollywood. Ce Festival pas comme les autres se déroule du 22 avril au 2 mai 2020 dans différents lieux bruxellois, dont Bozar et Flagey. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.bsff.be Daniel Bastié


VIDÉO À LA DEMANDE POUR REMPLACER LE CINÉMA En cette période de confinement à la maison, plusieurs plateformes belges s’associent aux distributeurs et aux producteurs belges indépendants pour offrir sur le petit écran les films à l’affiche ainsi que les nouveautés à venir. Ces vidéos à la demande Prémium, qui prennent le relais du cinéma, seront effectives jusqu’à la réouverture des grandes salles dans les prochains mois. En effet, plusieurs distributeurs et producteurs belges indépendants comme Anga, Athéna, Cinéart, Cinémien, Imagine, Kwassa, Lumière, Mooov et O’Brother ont conclu un accord avec les plateformes de VOD (Video On Demand) de VOO, Proximus, Dalton.be, Lumierefilms.be et Universcine.be pour que celles-ci puissent accueillir et diffuser les films qui étaient à l’affiche ou dont la sortie était prévue ces prochains jours. D’autres distributeurs pourraient encore s’ajouter à cette liste. Cette initiative inédite et solidaire devrait permettre aux cinéphiles de voir sur leur petit écran certains films confinés en ces temps difficiles. C’est à partir du 20 mars, début du printemps, que les premiers films seront disponibles au prix unique de 7,99 € sur les plateformes du petit écran, soit le prix d’une sortie cinéma. De nouveaux titres enrichiront le catalogue dans les semaines à venir. Jumbo, la comédie romantique dans un parc d’attraction de Zoé Wittock, Deux lesbiennes d’un certain âge dont l’amour est révélé de Filippo Meneghetti et Filles de joie sur la prostitution dans le Nord de la France, font partie du premier lot. A noter que ces films ne sortiront pas en salle lors de la réouverture du grand écran au public, comme il en est d’ailleurs pour les films de Netflix. Michel Lequeux

DVD : DONNE-MOI DES AILES Christian est un scientifique visionnaire. Sa passion : étudier les oies sauvages. Pour son fils, adolescent obnubilé par les jeux vidéo, venir passer les vacances scolaires en sa compagnie s’apparente à un cauchemar. Néanmoins, malgré les conjectures, leurs retrouvailles les rapprochent. D’un commun accord, ils décident de sauver une espèce en voie de disparition. Le réalisateur Nicolas Vanier s’est fait une spécialité des films animaliers (Le dernier trappeur, Loup, Belle et Sébastien) et sait faire naître l’émotion des paysages grandioses, tout en mettant la psychologie au service des protagonistes. Ensemble, ils décident de monter à bord d’un ULM et d’entreprendre un périple aventureux. Ce long métrage parle de transmission, d’amour familial et d’engagement. A la faveur de l’été, père et fils relèvent un challenge peu probable et se targuent d’un merveilleux message sur l’émancipation, la solidarité et l’engagement. Jean-Paul Rouve apporte au personnage principal une solidité non dénuée d’humour. Bien entendu, on songe par instants à « L’envolée sauvage » (1996) de Caroll Ballard, qui revient sur un récit assez analogue. Qu’importe ! Plus de deux décennies se sont écoulées et, en partant d’un pitch un peu similaire, le réalisateur réussit ici un film foncièrement esthétique et sans facilités. De la Camargue à la Norvège, les vues sont splendides, le tempo mené tambour-battant et le casting au top. « Donne-moi des ailes » se veut une réalisation tout public qui encourage les initiatives personnelles et qui prône des valeurs écologiques bien dans l’air du temps. Un film à savourer et à voir sans se prendre la tête. Avis aux amateurs ! Daniel Bastié


EXPOSITION : ART COSMOS Espace Art Gallery, l’une des galeries les plus modernes de Bruxelles et qui nous fait partager des moments conviviaux, a le plaisir de vous présenter les travaux de Bénédicte Notteghem. Bénédicte Notteghem est une peintre autodidacte. Elle a grandi dans une famille d’artistes. La peinture de ses parents l’a probablement marquée dans sa sensibilité. Très jeune et à l’école, elle était la seule à pouvoir peindre à l’aide d’un chevalet, car elle disposait déjà d’un talent hors du commun. Elle consacrait ses temps de loisirs à la pratique de la peinture à l’huile et du dessin à l’encre. Elle portait déjà un grand intérêt aux artistes chinois et asiatiques, qui la plongeaient dans un monde imaginaire d’une grande poésie, et à l’artiste William Turner, un incontournable des musées. Tout au long de son travail, elle s’est laissé aller au travail de la toile, sans but précis, si ce n’est que d’être surprise par le résultat final. L’occasion de découvrir des réponses à une série de questions qui lui sont personnelles, voire extrêmement intimes. Notons que nous sommes nombreux à être en perpétuelle introspection de nous-même et que le geste créatif peut être interprété comme un don et une chance de pouvoir se découvrir. Raison pour laquelle, elle affirme que son travail appartient au mouvement yoga et que la peinture devient de la sorte son yoga. Une fois l’œuvre achevée, elle la titre en la ponctuant avec finesse de mots adéquats, qui la définissent. Parfois, elle rédige un texte. Lorsque nous observons ses tableaux, nous sommes profondément émus par les couleurs fascinantes qu’ils laissent transparaître. Les couleurs sont, on le sait, nos amies et nos alliées intimes de tous les jours ! Qui d’entre nous ne se sent pas émotionnellement touché par celles-ci ? Pour Bénédicte Notteghem, elles deviennent révélatrices de beaucoup de choses (entre autres la beauté !). Elles l’emmènent dans un univers à des lieues du nôtre, où elle se laisse conduire sans savoir où elle va atterrir. Un observateur attentif pourrait voir dans ses toiles une espèce de périple infini à travers le cosmos, au cours duquel chacun s’immerge et se laisse surprendre sans connaître la destination finale. Peut-être y a-t-il un peu de cela dans les toiles de cette artiste puisque, parmi son long champ d’intérêt telle la musique classique (Chopin ou Mendelssohn), on découvre un intérêt certain pour la théorie du Big-Bang. En guise de conclusion, je tiens particulièrement à insister sur le fait que nous ne pouvons que remercier de tout cœur cette plasticienne pour le ou les moments d’évasion, de suspense et de questionnements qu’elle nous offre par le simple fait d’être venue accrocher ses dernières compositions à Bruxelles et de nous les livrer pour le pur bonheur des yeux, à l’image de ces livres que nous ne savons plus lâcher, tellement ils nous distraient et nous font voyager vers d’autres sphères et d’autres histoires que celles que nous connaissons déjà. Un événement à découvrir à Espace Art Gallery jusqu’au 26 avril 2020. Voyez tous les détails pratiques sur le site Internet www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Jennifer Schreiner


PORTRAIT : MARYGOR Peintre d’origine russe par son père, MarygoR est née en Belgique. Après une enfance difficile, elle a dû abandonner ses études pour travailler. C’est grâce à sa volonté et à sa créativité qu’elle a eu la chance de trouver des postes importants dans différents domaines : joaillerie, arts de la table et imprimerie. Elle a tout appris sur le terrain, aidée par des formations professionnelles. Lors de sa carrière dans l’imprimerie elle a « révolutionné » le côté classique de l’imprimerie en imposant des styles et des couleurs insolites dans certaines impressions. Une graphiste, impressionnée par son audace, lui a offert pour son anniversaire une valisette contenant tout un matériel de peinture et un chevalet. MarygoR lui a signalé qu’elle ne savait ni peindre ni dessiner … Il lui fut répondu que personne ne lui demandait de savoir, mais de faire ! Cela convenait très bien au côté rebelle de MarygoR et elle a relevé le défi ! Voilà comment elle a débuté dans le monde de la peinture. Une passion qui est devenue un métier auquel elle se consacre maintenant à plein temps. Elle expose dans de nombreuses galeries et évènements. MarygoR a un style bien à elle. Complètement autodidacte et libre de toutes contraintes techniques classiques, elle refuse toutes influences ou « tendances » Ayant peint pendant quelques années à l’huile, elle est passée à l’acrylique pour des raisons de santé. Ce fut une transition difficile, qu’elle a parfaitement maitrisée. Sa démarche a évolué vers une recherche entre le monde matériel et immatériel où tout est comme elle le souhaite, sobrement intense. Elle se confie : « Dans ma période actuelle, je

commence un tableau en jouant d’abord avec des formes qui s’enchevêtrent les unes dans les autres. J’assiste alors au commencement d’une histoire, sans vraiment savoir ce qu’elle va raconter. Je m’investis alors totalement dans la création spontanée, en dialoguant avec les couleurs qui m’introduisent petit à petit dans un monde entre l’infini du dehors et l’infini du dedans. Je vois naître lentement une scénographie intense qui m’interpelle. Je continue à travailler la toile jusqu’à ce que son dialogue devienne pour moi d’une criante évidence et où chaque spectateur a la liberté d’y créer sa propre histoire. J’espère ainsi réaliser le but de mon œuvre : capter le regard et peut- être retenir l’inconscient de chacun d’entre vous … ». MarygoR travaille par séries. Actuellement elle développe la série « Introspection » qui est pour elle une sorte d’aboutissement. Exceptionnellement, elle crée selon des thèmes proposés qui l’interpellent, comme les violences faites aux femmes. Elle a fait une exposition très remarquée sur ce sujet douloureux, pour la Journée Internationale des Droits des Femmes en mars 2016 en Belgique. MarygoR expose régulièrement depuis 2003 en Belgique et à l’étranger lors d’événements privés ou collectifs. Prochaines expositions : Du 8 au 30 juin : Espace Brugmann-Darwin (avenue Brugmann, 98 à 1190 Bruxelles). Du 1er au 30 juillet : Galerie Sablon d’Art (Place du Grand Sablon, 2 à Bruxelles). Sa maxime préférée ? Le hasard n’existe pas. MarygoR donne aussi des ateliers d’écriture basés sur la communication par l’écrit, chez elle dans son atelier à La Hulpe. Retrouvez l’artiste sur le site www.marygor.be Silvana Minchella


UN KET DE BRUSSELLES : LES ARCHERS AU GRAND MARCHÉ Tu es sur ton tout seul chez toi, cameroet ? Tu manges ton armoire (tu t’ennuies) en attendant que ça passe ? Alleï, pour te faire rire ou quamême essayer, je vais te raconter un stûut qui arrive dans « Manneken Pis ne rigole plus » un métro-polar zwanzé signé Georges Roland. Vas chercher une gueuze dans ton frigo, oublie pas le décapsuleur et installe-toi dans ton divan Ikéa, on va se rire une bosse. Je t’esplique une fois le comment du pourquoi : Du haut du balcon de l'Hôtel de Ville, le bourgmestre Ferdinand Veulemans, dit Ferdi le Gentil, perçoit des sons suspects sur la Grand Place déserte. Quelqu'un y arrache des pavés avec un ciseau à froid et un marteau. Il appelle la patrouille de flics Sylvette Jambal et Bastien Sprinkoet à la rescousse. La patrouille se trouve en pleine vérification d’identité musclée, c’est-à-dire que Sylvette a cravaté un individu, lui maintenant fermement les avant-bras dans le dos, tandis que son collègue Bastien le passe à la fouille. Ces deux-là forment un couple moderne. Bastien a tout juste réussi aux épreuves physiques du concours d’admission. Il mesure un mètre septante-deux, pour un poids de cinquantehuit kilos. C’est dire qu’il n’a pas encore de souci d’obésité. Il est obligé de faire couper dix-sept centimètres de tissu aux jambes de ses pantalons d’uniforme, et les reprendre à la taille afin de les maintenir en place malgré le ceinturon. Question tir au pistolet, il est le plus régulier du commissariat : en trois ans d’exercices, il n’a pas encore placé une seule balle dans la cible. Certains de ses collègues y parvenaient quelquefois, par inadvertance. Lui, jamais. C’était rassurant : il ne tuerait ni ne blesserait personne, mais gare à la casse sur les côtés. En somme, au tir il se révélait plus dangereux pour les flics que pour les truands. Sylvette Jambal pour sa part n’a de féminin que le prénom. Au point que le gars qu’elle maintient présentement essaie subrepticement de lui tâter l’entrejambe pour une vérification manuelle toujours de bon aloi. La situation lui est propice puisqu’il a les mains à la bonne hauteur, et que la fliquette (?) le maintient contre elle. Le tissu de l’uniforme ne lui permet pas de se faire une idée définitive. Il faut dire que Sylvette ressemble plus à Rambo qu’à la fée Marjolaine. Un mètre nonante-huit, les cheveux rasés façon skin, une balafre sur la joue gauche, souvenir d’une algarade de rue, le FLN325 réglementaire scotché sur la cuisse, avec le pontet à hauteur exacte de l’index droit, même quand elle te dit simplement bonjour tu fais dans ton froc. Au moment de l’appel de Ferdi, le suspect a tout de même pu se faire une opinion. Il n’a rien décelé là où tout mâle porte ses attributs, c’est donc bien une femme, à moins qu’elle se les soit fait déplacer. C’est Bastien qui répond. Il dit O.K. chef on y va, et signale à sa coéquipière qu’un 842 quater est en cours sur la Grand-Place, sous les yeux médusés de Tonton Ferdi, et qu’il faut se dépêcher d’intervenir. — Et celui-ci alors ? râle Sylvette. On va pas le laisser là. On l’embarque dans le combi. Le suspect manifeste son mécontentement en arguant d’une épouse qui l’attend et va s’inquiéter, mais l’objection n’est pas retenue. Il est poussé dans le combi, la fliquette lui passe un lien plastique aux poignets et serre farouchement. — Ça fait bobo, chochotte ? ironise-t-elle en le forçant à s’asseoir. Dès que le chargement est arrimé, Bastien démarre et fonce vers les lieux signalés. Il débouche en trombe sur la Grand-Place et pile devant l’ombre, un type camouflé sous le capuchon d’un sweater noir. Les flics sont arrivés si vite que le type n’a même pas eu le temps de se relever. Un géant de deux mètres lui saute sur le paletot, lie ses poignets dans le dos (répétition de la scène précédente, mais le métier de flic peut être drôlement routinier). —Tu fais quoi, dis, Coco ? Le gars a déjà descellé douze pavés et s’apprête à fouir le sol avec une pelle militaire. — Mokkake, geint le type en désignant une besace posée à côté de lui.


— Où tu te crois, fieu, intervient Bastien. Tu viens ouvrir les pavés de la place pour chier ? T’es fou ou quoi ? Conscients qu’ils opèrent en direct sous le regard de leur patron, les flics ne s’en laissent pas conter. — C’est un trou pour un très gros besoin, ça. Allez, tu vas reboucher et on t’emmène au poste. — Mokkake, râle encore le présumé vilain. — Il y a des cabinets au poste. Tu feras tout ce que tu veux, tu pourras utiliser plein de papier et tirer trois fois la chasse si tu as envie. Ça va ? Le type ouvre sa besace et en sort délicatement un cadavre de chien. — Mokkake… — Potverdekke un clebs ! Tu veux enterrer un cadavre de chien en dessous des pavés de la GrandPlace ? Le gars opine avec un grand sourire, tandis que les deux policiers échangent un regard. — Un fou ! C’est un fou ! Ferdi le Gentil intervient du haut de son balcon de parade : — Placez un cordon autour du trou, je ferai refermer demain matin par le service des travaux. Et emmenez-moi cet olibrius loin d’ici ! Les deux flics au garde-à-vous saluent leur imperator, puis agrippent le gaillard par les aisselles et le transportent dans le combi. Deuxième client de la soirée. Le temps qu’ils aillent tendre un ruban bleu et blanc autour de la zone défoncée, les deux suspects font connaissance. — Salut, moi c’est Brahim, délit de sale gueule, la routine, quoi. Mais toi, je ne comprends pas bien. Tu t’amuses à faire des trous… — Pour enterrer Mokkake. Je veux pas être loin de lui, alors je me suis dit qu’en dessous des pavés, je le retrouverais tous les jours. Je me serais assis sur lui et on aurait causé. — Il te cause, ton clébard ? Déjà, vivant, j’ai des doutes, mais là, mort comme il est ! Et puis venir faire ça ici ! Dans un parc, j’aurais compris. La nuit c’est tranquille pour creuser, et puis pendant la journée, derrière un buisson, y a pas beaucoup de monde. Mais là, pratiquement sous les pieds des flics ! T’as pas d’ennuis, toi, tu te balades normalement, on ne te dit rien puisque tu as la blancheur Sunil. Tu pouvais vivre toute une vie sans rencontrer un condé. — Toi, avec tes krolles et ton bronzage, tu ne risques pas de passer pour un autochtone, ça c’est vrai. Marocain, c’est ça ? Marrakech ? Rabat ? Meknès ? — Berbère. D’Agadir. Et toi ? — Belche, fieu, depuis Jules César, si pas avant ! De Molenbeek St Jean. Et comme ces deux argousins sont sûrement des Marolles, ça va encore sentir le roussi. — Comment, vous arrivez même à vous battre entre quartiers de la ville ? — Non peut-être ? Il se penche à la portière et se met à chanter à tue-tête : ♫Waaille zaaien va Meulebeik ! Nous sommes de Molenbeek Van de Marolle gien verveit !♪ Nous ne craignons pas la Marolle Les deux flics rappliquent, et tandis que Bastien prend le volant, Sylvette se plante devant le fauteur de trouble et lui en met une pour grand garçon. — Alors comme ça en plus, tu es de Molenbeek et tu viens faire tes crasses chez nous ? Le gars sent sa joue tuméfiée gonfler encore, au point que toute réplique lui est interdite. — Ça tu n’as pas chanté pour rien, menneke, ronchonne la fliquette en s’asseyant à l’avant du combi. Georges Roland

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THÉÂTRE : TAKING CARE OF BABY Cette pièce de théâtre documentaire pose une énigme : la jeune Donna a-t-elle tué ses deux enfants ? Nous sommes ses juges et c’est à nous de nous prononcer sur sa culpabilité. Les spectateurs sont amenés à chercher leur vérité parmi bien des mensonges. Théâtre de la provocation, théâtre coup de poing, théâtre coup de gueule au Public. On n’en sort pas indemne. La mort suspecte de deux enfants en bas âge, dont un nourrisson, est au cœur de ce docudrame joué sur planches. Donna Mac Auliffe a-t-elle tué la petite Megan et son frère Jack, âgé de cinq mois et retrouvé mort dans son berceau ? L’a-t-elle fait sous l’emprise du LSK dont parlent les journaux ? La mère en prison crie son innocence. Tour à tour, sa propre mère Lynn, politicienne indépendante, son mari Martin qui a demandé le divorce, le journaliste et le psychologue, ils vont tous défiler sur scène pour prendre sa défense ou pour accabler l’inculpée qui attend le verdict dans sa cellule, parmi d’autres condamnées. Leurs témoignages s’entrechoquent. Entre-temps, on suit la campagne électorale de la mère de Donna qui milite, en tant qu’indépendante, contre l’implantation d’une grande surface commerciale dans le petit village où elle habite. Et qui fait tout pour sortir sa fille de prison. On voit comment les mensonges de la vie publique, notamment ceux de la télévision et des politiciens, corrodent un procès qui fait la une des journaux. Et comment le LSK pourrait être l’invention du psychologue pour libérer sa patiente qui subit la réclusion avec d’autres criminelles accusées d’infanticide. La pièce nous fait passer par six enquêtes relatives et subjectives, qui laissent planer le doute dans la tête du spectateur. Un doute qui sera de plus en plus évident au fil du drame. Une interprétation des faits fausse une autre et laisse l’issue de la pièce incertaine, quand bien même la justice a tranché en faveur de ce doute qui libère l’inculpée. C’est toute la force de ce théâtre documentaire fondé sur une pseudo-réalité dont l’auteur britannique, Dennis Kelly, nous fait voir le kaléidoscope. La vérité relative qui se module au gré des interprétations, selon ce que chaque narrateur dit, y compris Donna qui plaide l’innocence. C’est le théâtre « in-your-face », théâtre coup de poing ou coup de gueule en vogue en GrandeBretagne, qui met le spectateur en état de choc. Il se sent agressé dans ses certitudes. On en sort en effet mal à l’aise, ne sachant plus ce qu’il faut croire dans le spectacle. C’est bien joué par les six comédiens, en particulier Anne-Marie Loop qui s’éclate dans son rôle de politicienne retorse, tout aussi à l’aise pour militer contre une grande surface que pour prendre sa défense, une fois les élections gagnées. Cela s’appelle retourner sa veste, comme toute la pièce qui joue avec nous comme le chat avec la souris, dans une mise en scène percutante de Jasmina Douieb. On peut cependant trouver Taking Care of Baby trop longue, car la pièce dure plus de deux heures et n’a pas d’entracte. A voir au théâtre Le Public jusqu’au samedi 4 avril. Plus d’information sur www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles, Michel Lequeux


THÉÂTRE : COUP DE GRÂCE Trois femmes se retrouvent au chevet d’un mourant : un homme qui a dévasté leur existence. Que dire ? Comment réagir ? Régler des comptes ? Pardonner ? Anna, enfant abusée, veut exorciser son immense douleur. Clémence, épouse battue, souhaite comprendre. Iris, amante sous influence, veut résister sans compassion. S’ensuit une terrible ronde des sentiments où se combinent affrontements, rires, larmes et volonté de rendre justice à toutes les femmes victimes de l’imbécilité, de la méchanceté et de la violence des mâles. Cette pièce se caractérise par un ton bouleversant et la force des dialogues. Aussi par le besoin de poursuivre une existence simplement parce qu’il faut vivre et guérir psychologiquement des blessures passées, afin de ne jamais donner raison aux tourmenteurs et leur montrer que les proies sont capables de se relever. Enfin, pour délier des nœuds infâmes faits d’asservissement, de duperies et de manipulations autant que pour échapper à la noirceur totale, l’auteur injecte çà et là des pointes d’humour. Décalage nécessaire pour éviter l’asphyxie et poser des minutes de respiration. Sans chercher à justifier quoi que ce soit, le texte nous entraîne au cœur de l’indicible, de l’immonde. Pour servir cette thématique ultra-contemporaine, Anne Claire, Laurence D’Amelio et Babetida Sadjo forment sur scène un trio qui a décidé de briser le silence et de porter le verbe haut. « Coup de grâce » parle de révolte, de vigilance, de mise à plat et se veut un plaidoyer vibrant pour que les femmes sortent de la résilience pour crier bien fort les abus auxquels elles sont parfois soumises. Un spectacle coup de poing à applaudir jusqu’au 11 avril 2020 au Théâtre le Public. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt 64-70, 1210 Bruxelles Sam Mas

THÉÂTRE : MONSIEUR OPTIMISTE Décalquant l’humour d’Alain Beremboom, Christine Delmotte restitue le « Monsieur optimiste » du roman (prix Rossel 2013) avec une loyauté sans faille. Servie par deux comédiens magnifiques qui incarnent Chaïm et Rebecca en orfèvre du jeu, elle nous relate l’existence incroyable de ces personnes qui se sont tues, épargnant à leur fils le récit d’une histoire indicible, espérant faire de lui un vrai petit belge. Alain Berenboom, l’auteur, revient ici à ses racines et parle de son père, un homme aux facettes contradictoires. Ce « mauvais juif » lecteur de la bible, nostalgique d’une Pologne idéalisée, rêveur de Terre Promise et de kibboutz. Ce réfugié qui aimait tant cette Belgique qui l’avait accueilli. Ce merveilleux et indéfectible optimiste ! De ce dernier, il a longtemps gardé le souvenir d’un pharmacien de quartier installé dans une vie sans problèmes. Et cependant, à la disparition de ses parents et en rangeant leurs tiroirs, il trouve un pan de leur vie qui lui avait été caché. Derrière l’homme respectable et tranquille, le fils voit surgir l’ombre d’un résistant face au nazisme, un aventurier zélé, un Don Quichotte original et audacieux. Et une mère aussi courageuse que discrètement fantasque ! On le sait, déplier l’album de famille ou ouvrir la boîte de Pandore lâche mille surprises. Une pièce à deux voix proposée au Théâtre le Public par Daphné D’Heur et Fabrice Rodriguez jusqu’au 18 avril 2020. Si cette adaptation vous intéresse, voyez tous les détails pratiques sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt 64-70, 1210 Bruxelles


BIFFF 2020 Bienvenue dans l’un des festivals les plus déjantés de la capitale, qui fait la part belle au cinéma de genre, qui permet aux vampires de sortir de leur crypte et aux zombies d’errer sur les avenues bruxelloises. Un résumé du meilleur du cinéma horrifique et de la science-fiction contemporaine. Un rendez-vous qui se tenait jadis au passage 44, qui fédérait les inconditionnels et qui a vu débarquer chez nous des réalisateurs mythiques de la trempe de William Friedkin, Dario Argento, Wes Craven, Tobe Hooper et, parmi beaucoup d’autres, David Cronenberg. Un festival qui a permis une reconnaissance à nombre d’entre eux, leur apportant une crédibilité. Les amateurs le savent, le BIFFF ne se limite jamais à une liste de projections établie en amont, mais d’un moment qui permet de décoller de la morosité du quotidien pour embarquer là où tout devient possible, dans une sphère surréaliste et improbable, où les fées surgissent des puits ensorcelés, où les fantômes se réveillent par la force d’une incantation et où les créatures horrifiques débarquent d’une autre planète. On frémit, on crie, on a peur. On rit également, car on sait que l’hémoglobine n’est jamais du vrai sang, que les acteurs portent des masques et qu’ils ne meurent pas pour du vrai. Le BIFFF est également la multiplication d’animations périphériques avec une distribution de prix convoités (le célèbre Corbeau), un bal, un concours de maquillage, un défilé de mode (forcément macabre !), des expositions, du théâtre de rue et, avant tout, un portail unique qui débouche sur l’indicible. Au programme, surtout, près de cent cinquante longs métrages proposés en avant-première, dont la plupart qu’on ne reverra plus chez nous en salle. Puis les inconditionnels le répèteront à la cantonade : le BIFFF se caractérise par son ambiance à nulle autre pareille. Une bulle hors du temps et de l’espace. Une expérience à vivre du 7 au 19 avril 2020 à Bozar, mais aussi un peu partout dans notre métropole. Plus de détails pratiques sur le site www.biff.net Daniel Bastié

CONCERT : LOÏC NOTTET Il n’aura fallu que quelques minutes pour que le concert de Loïc Nottet à l’Ancienne Belgique le 2 octobre dernier affiche complet. Pour le plus grand plaisir de ses fans, le chanteur revient pour une nouvelle date et se produira à Forest National. Découvert en 2014 dans The Voice Belgique où il a atteint la finale, il s’est avéré le digne représentant de notre pays à l’Eurovision (2015), concours dans le cadre duquel il s’est classé en quatrième position. Depuis, il a réussi à tout transformer en or. Les téléspectateurs ne sont pas prêts d’oublier sa participation à l’émission « Danse avec les Stars » en 2016 et son apparition lors de l’opération « Viva For Live » en 2019. Sorti en 2017, son premier album « Selfocracy » a conquis tous les cœurs. A l’automne dernier, il a surpris tout le monde en interprétant un personnage digne de ceux imaginés par Tim Burton dans « Candy », un court-métrage dont il a été le promoteur de bout en bout, diffusé sur RTL-TVI et vu en boucle sur Youtube. Fort de l’enthousiasme du public, il a sorti il y a deux ans le sigle « On Fire », qui a fonctionné à plein régime sur les ondes. Le retrouver sur scène est un régal dont se délectent ses inconditionnels. L’occasion de l’applaudir le samedi 25 avril 2020 à Forest national. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.forest-national.be Avenue Victor Rousseau, 118 à 1190 Bruxelles André Metzinger


THÉÂTRE : LA PASSION DE TOONE A Pâques, que voit-on chez les Toone ? La Passion de notre sauveur, och erm, qui raconte les sévices infligés à Jésus par les Romains. La malheureuse passion ! Mais aussi la passion des marionnettes qui a toujours fait le succès du lieu. Toone est le diminutif bruxellois d’Antoine Genty, le fondateur du célèbre et populaire Théâtre des Marionnettes qui date du XIXe siècle. Depuis 1966, le Théâtre de Toone se niche au cœur de l’Îlot Sacré, à deux pas de la Grand-Place. On y accède par deux impasses. L’impasse Sainte-Pétronille donnant dans la rue du Marché aux Herbes lui sert d’entrée sous les enseignes Toone VII et VIII. La seconde impasse à l’arrière, l’impasse Schuddeveld, fait office de sortie et débouche dans la Petite rue des Bouchers. A Pâques, avant et après la Semaine sainte, c’est donc toujours La Passion qui est jouée au Théâtre de Toone. La pièce fut écrite en 1934 par Michel de Ghelderode, qui aimait le théâtre des marionnettes et qui s’en est inspiré pour développer son propre théâtre à partir des caractères hauts en couleur qu’on y mettait en scène. Ainsi de son Barabbas, tiré du personnage qui vient saluer le Christ mis en croix, ou le squelette de Pitch la Mort qui deviendra plus tard La ballade du grand macabre. Le mystère de la Passion marie la dérision, le sacré et le sacrilège, avec une verve loquace. Monsieur et Madame Judas, affreux ivrognes et gredins de toute espèce, forment les héros de la première partie, avant que Judas, à la fin de la pièce, ne se suicide en se pendant. On entend grincer et ricaner De Ghelderode derrière eux. Puis vient Jésus, ce Christ de la rue Haute, qui va se faire crucifier pour sauver le petit peuple. C’est une passion populaire, vue par le peuple et comprise par lui. Cette Passion est la pièce fétiche de José Géal qui la fit jouer le 1er avril 1963, lors de l’ouverture du Théâtre des Marionnettes dans l’impasse Schuddeveld, ou lors de la réouverture de ce même théâtre, restauré en avril 1979. Elle se fonde, croit-on, sur une figure populaire des Marolles, dans la rue Notre-Seigneur qui joint la rue des Brigittines à la rue Haute. C’est là qu’un certain Thomas Guys, condamné à mort en 1440 à la suite d’une révolte du peuple contre le duc de Bourgogne, aurait accepté de jouer le rôle du Christ pour avoir la vie sauve. Il l’eut pour avoir survécu à la crucifixion. La rue où il habitait prit le nom de Notre-Seigneur en son honneur. Le jeu de la Passion survécut chez les marionnettistes bruxellois, qui en parlèrent à Michel de Ghelderode, lui aussi féru des Marolles et des légendes. Il en a fait une transcription qui oscille entre l’humour et l’émotion. Toone VII a rajouté deux scènes en patois bruxellois, qui donnent leur ton à toute la pièce relevée d’un fort accent « brusselaire », avec des voyelles bien diphtonguées. Och erm ! Le mot signifie le pauvre pour ceux qui ne maîtrisent pas encore le patois de Bruxelles après les articles de notre distingué confrère Georges Roland. A voir et à revoir chaque année jusque fin avril 2020 au Théâtre des Marionnettes. Informations au 02/513 54 86 ou www.toone.be Impasse Ste-Pétronille (dans la rue du Marché aux Herbes), 66 à 1000 Bruxelles Michel Lequeux


THÉÂTRE : PLAIDORIES Un acteur, six plaidoiries et six moments de vérité. La justice, l'injustice et des destins tragiques, voilà de quoi il est question : avortement, infanticide, non-assistance à personnes en danger, crime contre l'humanité, peine de mort, etc. Le spectateur assiste à la métamorphose et à la performance d'un comédien. Richard Berry disparaît sous des discours poignants avec une voix qui change, une posture qui se modifie et une intensité de jeu qui fluctue. Les grandes affaires judiciaires ne sont jamais enregistrées et les paroles s’effacent. Grâce au travail de reconstitution conduit par Mathieu Aron, les mots sont à nouveau formulés. Incarnant les grandes figures du barreau, l’acteur de « Pédale douce » et de « La balance » prouve qu’il est un artiste accompli, capable d’énormément de nuances pour incarner des visages notoires du barreau et faire revivre quelques dossiers chauds qui ont marqué ces dernières décennies. Richard Berry plaide pour des causes nobles, passionnantes à suivre, même si le verdict des jurés est tombé depuis longtemps (mais oublié du quidam !). Une prouesse à découvrir du 21 au 25 avril 2020 à 20 heures 30 au Centre culturel d’Auderghem. Plus de détails sur le site www.ccauderghem.be Boulevard du Souverain, 183 à 1160 Bruxelles Paul Huet

MAGIE : CARABISTOUILLES Sous ce titre presque enfantin, le magicien Jack Copper est de retour en pleine forme pour éblouir le public de la Comédie Claude Volter, laissant loin derrière lui le temps de ses débuts sous le chapiteau du cirque Pauwels, où il rôdait ses prestations. Depuis, il a parcouru un chemin acclamé autant par les spectateurs que par la critique, saluant en lui le David Copperfield belge, capable de stand-up et de prouesses visuelles éblouissantes. Depuis quinze ans, il en jette plein les yeux, lance des paillettes et joue à l’esbroufe. De manière caustique il présente les mystères de la magie en mélangeant mentalisme, humour, interactivité, ombres chinoises et autres enchantements. Son savoir-faire reconnu, il est régulièrement sollicité pour créer des effets sur diverses productions. Le retrouver sur les planches demeure un enchantement digne d’intérêt. Après le succès de « Illusions » en 2016 à la Comédie Volter, il revient pour de nouveaux ensorcellements et, pour la première fois, s’associe à la comédienne Laure Godisiabois à l’occasion d’un duo de répliques pétillantes. « Carabistouilles » est une performance à applaudir du 22 avril au 10 mai 2020 à la Comédie Claude Volter. Voyez plus de détails sur le site www.comedievolter.be Avenue des Frères Legrain, 98 à 1150 Bruxelles


THÉÂTRE : LARGUEZ LES AMARRES Le cercle familial est un nœud souvent cornélien, avec des secrets chiffonnés et des conflits à résoudre. Partant de ce constat maintes fois exploité à la scène, Marie-Paule Kumps mitonne une confrontation entre gens du monde. Isabelle, qui pensait avoir réussi son existence, voit ressurgir tout un pan de son passé entre un mari souvent en déplacement à l’étranger, une mère encombrante, un fils adulescent et un vieil ami, metteur en scène, qui surgit du néant. A un âge qui suscite la totale remise en question, elle se tâte. Faut-il poursuivre le train-train ou tout aplanir sur la table des décisions ? Il importe de réagir avant de se laminer ou de s’épancher dans les regrets. Surtout, de ne blesser personne. Née à Bruxelles en 1961, l’autrice connaît parfaitement l’univers des planches pour y avoir exercé comme comédienne autant que comme metteure en scène. Partant de constatations personnelles, elle cisèle un texte drôle où les répliques fusent pour atteindre leur cible, oscillant sans cesse entre rire et émotion. Il y a certainement un peu (voire beaucoup !) d’elle dans le personnage qu’elle incarne elle-même sur les planches, entourée par des acteurs aguerris et qu’elle apprécie : Catherine Claeys, Marc De Roy, Nicole Valberg, Pierre Pigeolet et Antoine Cogniaux. Pietro Pizzuti, formé au Conservatoire royal de Bruxelles, après une licence en sociologie à l’Université catholique de Louvain, signe un ballet tonique en faisant valser les portes dans un tourbillon ébouriffant qui jamais ne s’essouffle. Quiproquos, invraisemblances, incompréhensions, visions fantaisistes, personnages hauts en couleur, bouts de refrain, cachettes secrètes, nettoyage de printemps, etc. Tout s’enchaîne sans temps morts pour le plaisir du public venu applaudir un sacré bout de femme nourrie de talent. Au fil de la pièce, il apparaît que l’être humain n’est jamais aussi touchant que lorsqu’il affiche ses fêlures, des montées d’adrénaline, un soupçon de peur paralysante, des petits mensonges, des erreurs et des altercations. Au demeurant, tout ce qui contribue à sa fragilité et à son humanité. Naturellement, l’humour s’invite au programme sans faiblir d’un iota. « Larguez les amarres » est à découvrir du 22 avril au 17 mai 2020 au Théâtre royal des Galeries. Plus de détails sur le site www.trg.be Galerie du Roi, 32 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié

ALEX VIZORET : TOME 2 Après de forts sérieuses études à l’école de commerce Solvay, Alex Vizoret se lance dans le journalisme et acquiert des galons en osant la comédie. Plutôt que de travailler à Bruxelles, il monte à Paris pour apporter de l’essor à sa carrière, à une période à laquelle il fait bon être belge, grâce à l’effet Benoît Poelvoorde, Cécile de France, Marie Gillain, Deborah François et quelques autres. Il se singularise avec ses billets de presse radiophoniques en compagnie de Charline Vanhoenacker, sans jamais perdre de vue un ton juste et piquant. Son credo consiste à rire de tout, sans méchanceté mais avec pertinence. Un choix qui, souvent, fait le buzz et, par ce truchement, le pousse à entrer dans le foyer des familles francophones. Il impose directement un capital de sympathie, faisant de lui le copain privilégié ou le gendre idéal. Malgré un succès qui ne se dément pas, il n’hésite jamais à revenir à ses premières amours et à investir le monde des planches pour se retrouver face au public. Il a naturellement choisi le TTO pour créer son nouveau spectacle. Plutôt que de parler d’art et de culture, il traite cette fois de l’existence dans toute sa complexité, des relations ambiguës entre humains et de préoccupations plus intimes. Un challenge gagné d’avance, puisqu’il sait que les spectateurs lui sont acquis inconditionnellement, confiants et prêts à se bidonner à l’écoute de ses bons mots. Une soirée de détente complète à applaudir du 29 avril au 30 mai 2020 au Théâtre de la Toison d’Or. Plus de détails sur le site www.ttotheatre.com Galeries de la Toison d’Or, 396-398 à 1050 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : UNE MAISON DE POUPÉE Henrik Ibsen, dramaturge norvégien né en 1828 et décédé en 1906, est aujourd’hui considéré comme l’une des plus grandes plumes de son pays. Réformiste pour les uns et conservateur pour une partie de la critique, sa réputation perdure par le truchement de son théâtre. L’une de ses pièces les plus connues reste « Une maison de poupée », qui met en scène Nora, jeune femme bridée dans ses élans et qui choisit de s’affranchir de toute autorité. Malgré qu’elle ait épousé un riche banquier, avec lequel elle a eu trois enfants, elle se sent prisonnière de son couple, incapable d’être prise au sérieux par celui qui partage son lit. Son quotidien se limite aux tâches ménagères et aux directives que lui inflige son mari, sans méchanceté mais avec une certaine autorité. Assez vite, elle découvre les limites de son champ d’action. Comment s’épanouir dans une société de mâles, qui dirigent tout de leur seul point de vue ? Simplement parce que le monde fonctionne de la sorte. Lorsque Helmer contracte une maladie, le médecin de famille conseille à Nora de l’emmener en Italie, où il pourra se reposer. Par manque d’argent, elle contracte des dettes sans en parler à la maison. Le prêteur la menace de rendre l’affaire publique, mais finit par se raviser. Le metteur en scène Ladislas Chollat revient en Belgique après « Kennedy », présenté en 2016, et retrouve la comédienne Anouchka Vinglier. « Une maison de poupée » parle de manière criante des inégalités entre les sexes, rappelle que, aujourd’hui toujours, les dénivellations sont loin d’avoir été réglées, que les salaires sont encore trop souvent inégaux entre femmes et hommes, que l’émancipation complète n’est pas acquise et que, dans plusieurs régions du monde, les filles restent soumises à l’autorité d’un père, d’un frère ou d’un mari. Au moment de sa création, cette pièce a été jugée scandaleuse par le public, avant de devenir un succès. Les aînés se souviennent peutêtre de la version filmée de Joseph Losey (1973) avec Jane Fonda, mise en musique par le regretté Michel Legrand. La présente adaptation avec, entre autres, Thierry Debroux, Phillipe Jeusette et Daniel Nicodème n’entend rien révolutionner, mais se coller fidèlement au texte original, amenant les spectateurs à s’interroger sur la condition féminine, alors que le harcèlement de rue reste une réalité quotidienne. Un classique à voir du 23 avril au 23 mai 2020 au Théâtre royal du Parc. Plus de détails sur le site www.theatreduparc.be Rue de la Loi, 3 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié

OPÉRA : LA DAME DE PIQUE Quand il écrit en 1890 à son frère Modeste qui lui en a fourni le livret, Piotr Ilitch Tchaïkovski ignore que l’histoire lui donnera raison. Il compose « La dame de Pique » porté par une fébrile euphorie. Dans l’opéra, à la différence de la nouvelle éponyme de Pouchkine, Hermann est déchiré entre des sentiments pour Lisa et une idée fixe destructrice. Leurres du jeu de cartes, passion dévorante, menace du destin … avec ces éléments, le compositeur dépeint des moments poétiques, contrastant avec de fastueux tableaux de la haute société. Notre époque entend-elle encore les peurs et les névroses des personnages présents sur scène » ? Le metteur en scène David Marton, de retour à la Monnaie après « Capriccio », tentera d’y répondre. Nathalie Stutzmann, que l’on a pu entendre en récital en 2015, fait ses débuts à la tête de l’orchestre de La Monnaie. Un classique à redécouvrir du 21 avril au 9 mai 2020 à La Monnaie. Plus de détails sur le site www.lamonnaie.be Place de la Monnaie à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR Au cours d’un été torride, Blanche DuBois (à la rue depuis la perte de la maison familiale) vient se réfugier chez sa sœur Stella, qu’elle n’a plus vue depuis longtemps. Elle la découvre enceinte, vivant dans des conditions précaires. Le mari de cette dernière, Stanley, un prolétaire d’origine étrangère, bel homme impulsif et macho, provoque chez Blanche mépris et exaspération en même temps qu’un désir inavouable. De son côté, Stanley n’apprécie pas l’arrivée de sa belle-sœur qui vient troubler sa relation avec Stella. Afin de protéger son ménage, il fouille le passé de Blanche et, ce faisant, perce les mensonges et en dévoile les secrets. Cette pièce plusieurs fois transposées à l’écran raconte la confrontation de deux mondes opposés : celui de Blanche, mue par son passé et son héritage, et celui de Stanley, riche de son avenir et de sa force de travail. Il s’agit aussi d’un portrait de femmes, de deux sœurs désunies. L’une vieillissante, fragile et apeurée devant la beauté flétrie et le temps qui passe, s’échappe dans un monde de fantasmes ; tandis que la seconde tente de s’accrocher à la vie. La nouvelle traduction d’Isabelle Famchon donne à saisir cette œuvre sous un jour tragi -comique. Quant au metteur en scène Salvatore Calcagno, il s’appuie sur la vivacité et la rythmicité de la langue pour insuffler à Un tramway nommé Désir son esthétique de la sensualité incarnée et de la poétique du quotidien. En mettant l’accent sur la violence des luttes identitaires (psychologiques, sociales et sexuelles) et la violence des exclusions qui en découlent, il nous fait entendre la voix subversive de Tennessee Williams, dramaturge du désir transgressif et icone de toute une génération. Lorenzo Bagnati, Marie Bos, Sophia Leboutte, Lucas Meister, Réhab Mehal, Antoine Neufmars, Bastien Poncelet et Tibo Vandenborre donnent vie aux personnages avec un professionnalisme exemplaire. Un classique américain à redécouvrir au Théâtre Varia du 21 au 31 avril 2020. Voyez tous les détails concrets sur le site www.varia.be Rue du sceptre, 78 à 1050 Bruxelles


THÉÂTRE : REFLETS D’UN BANQUET C’est soir de fête et le jeune poète Agathon, véritable star littéraire de l’époque, invite ses amis, les plus beaux parleurs de la cité pour célébrer le succès de sa dernière tragédie. En fin de soirée, un défi est lancé : celui qui fera le plus bel éloge de l’amour gagnera. Les débatteurs se convainquent l’un l’autre, s’enthousiasment, partent dans une danse effrénée, rient et se chamaillent, Le banquet part en vrille, se transforme en bordel loufoque et magnifique, où le trivial côtoie le sublime. Socrate intervient et met les convives en garde contre la séduction de certaines idéologies et appelle à l’exercice d’un esprit libre autant que critique. Au départ d’un texte millénaire, multipliant les anachronismes, transgressant les frontières avec conscience et joie, Pauline d’Ollone a réécrit le texte de Platon et apporte à cette suite d’éloges de l’amour plus d’oralité, y laisse la parole à une femme, les dynamite jusqu’à retrouver l’émulation langagière des battles de rap ou de hip-hop pour sublimer la superbe de l’éloquence ainsi que le chemin de la pensée et ses errances. Anne-Marie Loop, Philippe Grand’Henry, Jérémie Siska, Adrien Drumel, Achille Ridolfi et Pierange Buondelmonte donnent corps à un classique mille fois étudié dans les auditoires universitaires. Cette relecture est à découvrir du 21 au 26 avril 2020 au Théâtre des martyrs. Voyez plus de détails sur le site www.theatre-marturs.be Place des martyrs, 22 à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : STRACH Se réapproprier la rue. Réinvestir le cœur de la ville pour que, à nouveau et à ciel ouvert, il batte. Voilà ce que proposent le Hopla ! Festival, La montagne magique, les Riches -Claires, le Théâtre des Martyrs et le Théâtre National Wallonie-Bruxelles. Ensemble, ils plantent un chapiteau sur la place publique pour accueillir, le temps de six représentations, le spectacle de Patrick Masset, « Strach - a fear song ». Affronter sa peur, la regarder dans les yeux, la sublimer même. Voilà à quoi nous invite Patrick Masset accompagné de trois acrobates, une chanteuse lyrique et un pianiste. Son travail sur cette peur primitive, profondément ancrée en chacun de nous, est le point de départ d’un rapprochement entre musique et cirque. Toutes les peurs que nous éprouvons, celle de la perte, de la mort, de l’échec ou de la vie elle-même, sont auscultées dans une proposition qui joue sur la symbolique et le défi gravitationnel. Les porteurs soutiennent et élèvent la voltigeuse et la chanteuse, tandis que cette dernière reprend notamment Leonard Cohen ou Henry Purcell. Il s’agit bien de littéralement « porter la voix » et de se faire entendre. À travers ces enchaînements proches de la danse, cette représentation cherche l’authenticité du langage du corps, sans l’aide des mots ni du jeu théâtral. Elle en extrait une vérité qui suscite l’émotion auprès de tous les publics. Au demeurant, une incitation à aborder la vie avec confiance comme un message politique délivré avec exigence et intensité. « Strach » est à applaudir du 7 au 12 avril 2020 au Théâtre des martyrs. Voyez plus de détails sur le site www.theatre-marturs.be Place des martyrs, 22 à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : LA MER DANS LA GORGE En quatre textes réunis sous le titre "La mer dans la gorge", Lina Prosa, autrice italienne, explore dans une écriture sensible et poétique la destinée de naufragés et en fait un récit mythique à l’heure où se ferment les ports et s’érigent les murs. Shauba, dans Lampedusa beach, porte en elle bien des rêves, mais quand elle coule à pic, il ne reste que ses lunettes solaires pour tout espoir de voyage. Mohamed, dans Lampedusa snow, rescapé déplacé dans les Alpes, cherche une voie vers l’autre vallée et trouve la mort dans la neige et le froid. Saïf et Mahama, dans Lampedusa way, partis à leur recherche, attendent le « Capitaliste » qui les informera du sort des deux disparus. Dans Portrait du naufragé numéro zéro, Désirée, amoureuse abandonnée, revient sur le lieu du rendez-vous où demeure une barque rouge échouée sur la plage. Le surgissement d’un cadavre exacerbe sa douleur. Et si la barque était cause du naufrage ? Depuis longtemps, le théâtre fait parler les morts et les fantômes. Lina Prosa redonne vie et mots à quelques-uns de ces migrants qui ont tenté le tout pour le tout pour atteindre l’Europe. Ce programme d’une cruelle actualité est à découvrir du 22 avril au 10 mai 2020 au Théâtre de la Vie. Voyez plus de détails sur le site www.theatredelavie.be Rue Traversière, 45 à 1210 Bruxelles

THÉÂTRE : FORÊTS PAISIBLES Dans une construction précaire en bois brut se joue un vaudeville mythologique : voici qu’un couple de satyres s’est vu affligé de la naissance d’une enfant anormale. Forêts paisibles porte à la scène un trio familial, affligeant de médiocrité, télescopé par le jeu du fantasme, dans un monde archaïque où les interdits du meurtre et de l’inceste ne sont pas encore tout à fait clairement démêlés. Le spectacle est une pantalonnade traitant de la dégénérescence et s’emparant pour la raconter des mécanismes du vaudeville où l’absurde le dispute avec la trivialité la plus plate. Ira-t-on jusqu’à la transgression absolue : l’assassinat perpétré par les géniteurs sur leur progéniture ? Écrit pour Alexandre Trocki, Véronique Dumont et Héloïse Jadoul, la chose aurait pu être un petit archétype familial de base : papa, maman et la post-ado pré-adulte en baskets. C’en devient presque banal, sauf que l’autrice qui se cache derrière ce texte écrit au rasoir pour des acteurs hors-normes n’est autre que Martine Wijckaert. Chose qui signifie qu’on se trouve en présence d’une Bombe théâtrale assurée ! D’avance, on jubile ... même si les représentations débutent le 21 avril pour se poursuivre jusqu’au 1er mai 2020 inclus au Théâtre de la Balsamine. Trouvez tous les détails pratiques sur le site www.balsamine.be Avenue Félix Marchal, 1 à 1030 Bruxelles


CINÉ-DIMANCHE : WOMAN AT WAR Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium qui défigure son pays. Elle ose tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande, mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline ukrainienne. Engagée dans un combat inégal et défiant une société aveugle, elle sait qu’elle s’engage dans une lutte âpre : celle du pot de terre contre celui du pot de fer ! Prix du cinéma européen de la meilleure actrice, Hazlldora Geirardsdottir est formidable dans le rôle de cette passionaria qui place ses convictions au-dessus de son confort et qui sait qu’elle a énormément à perdre en s’opposant aux pontes du pouvoir. Le réalisateur Benedikt Erlingsson confère à son long métrage une dimension mythique, tout en y distillant une dose d’humour décalé qui ne nuit en rien à la dimension sociologique du sujet. On jubile et on applaudit alors que, aujourd’hui davantage que hier, on se soucie d’écologie. Néanmoins, cette femme passionnée n’a rien d’une sotte furieuse. Lorsqu’elle ne balance pas un câble sur une ligne à haute-tension pour immobiliser l’entreprise voisine, elle se donne à fond dans son job d’enseignante et s’occupe de sa maison décorée de portraits de Gandhi et de Mandela. Un film trop peu connu à découvrir le dimanche 26 avril 2020 à 10 heures 15 au Centre culturel d’Uccle. Plus de détails sur le site www.ccu.be Rue Rouge, 47 à 1180 Bruxelles Daniel Bastié

THÉÂTRE : LA FAMILLE ORTIZ Après avoir coupé deux queues, quatorze oreilles et laissé un genou au milieu des arènes du Bouscat, le Torero Miguel Ortiz (surnommé « El Flamenco Roso ») reprend son prénom de baptême à l’âge de vingt-quatre ans et devient garde- barrière à la gare de Floirac. Après avoir fait passer les taureaux sous sa cape, il regarde passer les trains sous sa casquette. Il profite de sa nouvelle existence pour épouser Marie Deves, sa petite infirmière. Avec elle, il conçoit trois enfants aussi beaux qu’un lever de soleil. Cette pièce sensible et pleine de fantaisie sur les méandres de la famille et ses secrets a été écrite par Jean-Philippe Daguerre et a été créée à Avignon au printemps dernier. Elle évoque également la façon d’aimer et de s’apprécier, soulignant que, parfois, les gestes maladroits endiguent les liens qui unissent les enfants à leurs parents. Bernard Malaka, Isabelle de Botton, Stéphane Dauch, Antoine Guiraud, Kamel Isker et Charlotte Matzneff excellent sous la direction de l’auteur, assisté pour la mise en scène par Hervé Haine. Une performance à applaudir le lundi 27 et le mardi 28 avril 2020 à 20 heures 15 au Centre culturel d’Uccle. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.ccu.be Rue Rouge, 47 à 1180 Bruxelles


THÉÂTRE : IPHIGÉNIE A SPLOTT Effie habite Splott, un quartier de Cardiff (capitale du Pays de Galles) miné par la fermeture des usines, le chômage et la précarité. Elle est du genre qu’on évite de regarder droit dans les yeux lorsqu’on la croise en rue, car on a l’impression qu’elle va nous exploser au visage. En fait, on croit la connaître, alors on la juge mine de rien, mais on n’en connaît pas la moitié. Tous les lundis, elle picole comme un trou, se came à mort et émerge au bout de trois jours avec une gueule de bois indescriptible, pour mieux recommencer peu après. Voilà un personnage de démesure, jusqu’au-boutiste et qu’on croirait sorti d’une tragédie grecque. Puis, un soir, l’occasion lui est offerte de devenir autre chose. « Iphigénie à Splott » a reçu le prix de la meilleure pièce en 2015 aux prestigieux Theatre Awards (Londres). Le texte a été lu à la Comédie française la saison dernière et est proposé au Poche pour la première fois en langue française du 21 avril au 9 mai 2020 à 20 heures 30. Georges Lini signe la mise en scène, avec trois musiciens rock qui entourent la comédienne Gwendoline Gauthier, qui passe tour à tour par différentes nuances de jeu. Une pièce coup de poing pleine de rage, de fureur et sans concession. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.poche.be Chemin du Gymnase, 1A à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : ASHES TO ASHES Sur le site d’Auschwitz-Birkenau ont été retrouvés des manuscrits de détenus juifs constitués en Sonderkommando (unité spéciale), qui se relaient de jour et de nuit pour extraire les cadavres des chambres à gaz, les brûler dans les crématoires et en disperser les cendres. En écrivant leur réalité, Zalmen Gradowski tente de nous avertir des dangers de notre propre humanité. Une mise en garde sur la tragique ambivalence de l’être humain, qui était, est et sera toujours, successivement bourreau et victime, ce que Primo Levi a appelé la zone grise. Avec la précieuse collaboration d’Agnès Limbos, l’adaptation théâtrale ici proposée est faite de matière d’argile, de musique et de paroles. Catherine Makereel a écrit dans le quotidien Le Soir du 22 mars 2010 : Ce petit moment de suspension avant que ne retentissent les applaudissements. Ces quelques minutes d’un lourd silence, le temps que tout, le monde rassemble ses émotions. Ce curieux instant en apnée illustre mieux que tous les mots l’émoi qui étrangle les spectateurs à la fin de Ashes to Ashes. Gil Mortio et Simon Wauters vous invitent à un retour vers le passé du 23 avril au 2 mai 2020 au Théâtre Poème. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.theatrepoeme.be Rue d’Ecosse, 30 à 1060 Bruxelles


PARCOURS D’ARTISTES 2020 : ITINÉRART Depuis quelques années, « Itinérart » propose à Anderlecht des expositions d’arts plastiques qui se tiennent chez les artistes, dans des lieux publics et chez les habitants. Une sorte de Parcours d’Artistes à l’image de ce qui se passe ailleurs dans la capitale et qui se renouvelle tous les deux ans. L’opportunité d’aller à la rencontre de celles et ceux qui créent et qui ont choisi d’ouvrir leur porte à tous les férus d’art. Bien entendu, ces rencontres s’organisent avec une volonté d’éclectisme, sans censure en amont ni clivages. Les plasticiens les plus renommés côtoient ici les débutants sans rivalité et dans un esprit de convivialité. D’une certaine manière, ce circuit se veut une sorte d’invitation au voyage qui s’inscrit dans la tradition de travailler main dans la main. Un catalogue et un plan seront disponibles gratuitement, notamment, à la Bibliothèque Thomas Owen et à la Maison des Artistes. Parmi la centaine d’exposants : Artiste belgo-rwandais, Nipanki Orei vit à Anderlecht depuis une courte décennie. Après une enfance vécue au Brésil, il revient en Belgique pour suivre les cours de peinture à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, puis à l’atelier de Charles Szymkowicz à Charleroi. Au classicisme, il a toujours privilégié le traitement brut pour assortir les tons, lancer le mouvement et donner corps à des représentations personnelles de son vécu. En refusant toute contrainte qui pourrait endiguer sa démarche, il a successivement entamé divers cycles, passant des portraits aux paysages, mais en ne cherchant jamais à représenter complètement le réel. Ses toiles se situent à mi-distance entre le figuratif et l’abstraction, laissant planer une impression de mystère afin que chaque visiteur puisse s’y retrouver en se basant sur des références qui lui sont propres. Jeannine Vandensande est Anderlechtoise et a effectué ses premiers pas artistiques dans l’atelier de Mirèze Aerts, où elle a pu se familiariser avec le crayon, les pinceaux et le fusain. Ensuite, elle a intégré l’atelier de Françoise Bellière, lieu de découverte des techniques mixtes (peinture et matériaux hétéroclites). Sans jamais avoir été inscrite dans l’une ou l’autre académie, elle pratique une peinture spontanée, loin des étiquettes et se fie à son bon goût pour générer des œuvres colorées, généreuses et qui mettent en avant sa sensibilité. Bien entendu, puisqu’il s’agit d’abstraction (même si on y devine l’esquisse de l’un ou l’autre objet !), le public n’a pas besoin de piste de lecture. A chacun de se laisser envahir par ses suggestions les plus intimes pour, s’il le souhaite, donner un sens à ce qu’il perçoit. Disons-le tout de go, on se situe ici au plus profond de l’émotion, avec des toiles qui jouent l’équilibre entre le tangible et ce qui ne l’est pas et proposent des points de vue purement subjectifs, bien loin du terme « réalité ». Existe-t-il un seul point de vue tangible ou, au contraire, de multiples interprétations à un paysage abstrait, dissimulé derrière les mouvements de couleur et l’appel au rêve ? Un événement à découvrir du 17 au 19 avril 2020. Vous trouverez tous les détails pratiques sur le site de l’organisateur www.escaledunord.brussels Daniel Bastié


CONCERT : JEANNE MAS Revenue sur le devant des podiums grâce à la tournée « Stars 80 », Jeanne Mas affiche une vitalité plus que jamais conquérante. L’exégérie du compositeur Romano Musumarra a connu le succès dès le milieu des eighties, en alignant des titres devenus rapidement des standards. Avec un look de punkette, elle a signé plusieurs 45 tours pour le label RCA, avant de collaborer avec Pathé-Marconi. Le disque « Femmes d’aujourd’hui » a confirmé en 1986 son statut d’idole. Sans rien laisser au hasard, le succès s’est emballé et lui a permis d’accéder à toutes les émissions de variétés pour fréquenter le gratin du métier. L’Olympia lui a offert ses portes toujours la même année. Afin de se diversifier, elle a lancé une ligne de souliers dessinés par elle-même. Sur le plan politique, elle s’est singularisée en demandant au président Mitterrand des peines plus sévères pour les délinquants sexuels, laissant certains affirmer qu’elle serait favorable au retour de la peine de mort. Chose qu’elle n’a jamais formulé ! A partir de 1989, elle s’est investie dans la promotion de chansons moins légères, avec pour conséquence de diminuer la vente de ses disques. Sans jamais rien lâcher, elle a abordé le XXIe siècle avec beaucoup de maturité, ciselant l’excellent « Les amants de Castille », tout en figurant au générique de plusieurs films et séries TV. Pour le bonheur de ses fans, elle sera au Cirque royal de Bruxelles le 16 avril 2020 à 20 heures. Des retrouvailles à célébrer ! Plus de détails sur le site www.cirque-royal-bruxelles.be Rue de l’enseignement, 81 à 1000 Bruxelles

FESTIVAL : LES NUITS 2020 DU BOTANIQUE La vingt-septième édition des Nuits se déroulera du 29 avril au 10 mai 2020 sur les quatre scènes principales du Botanique : le Chapiteau dans le parc, l'Orangerie, la Rotonde et le Grand Salon. Près de soixante concerts seront organisés pendant les douze nuits du Festival : neuf projets originaux et exclusifs spécialement créés pour l’événement, de nombreuses avant-premières et sorties de nouveaux albums. Cent quarante groupes musicaux, dont quarante-cinq formations belges parmi les plus passionnantes du moment. Au sein des intervenants, Caribou, Squarepusher, Baxter Dury, Mayra Andrade, Sebastien Tellier, Sophia, Trixie Whitley et Lianne La Havas fouleront les planches du Chapiteau dans le parc. Juicy offrira une création originale avec l'orchestre de Musiq'3, River Into Lake s'entourera d'un quatuor à cordes, Jawhar réservera la toute première de son nouveau projet en français "Offo Vrae", le collectif Glauque déclinera ses raps en formule acoustique, Chouk Bwa & The Ängströmers montreront comment la musique électronique live soulève l'énergie d'un rite musical vaudou. Kel Assouf fera la démonstration d’un projet intimiste et Ashley Morgan autant qu’Adriaan De Roover se lanceront dans des inédits. Cette nouvelle édition sera aussi particulièrement riche en avant-premières, avec les come-backs de Roscoe, Robbing Millions et Nicolas Michaux. Elle se réjouira également de la sortie des nouveaux albums de Cabane, Thomas Jean Henry), Glass Museum, duo jazz novateur, ainsi que de S O R O R, Annabel Lee, Absynthe Minded et Haring. Celeste, grande gagnante du BBC's Sound Of 2020, affiche déjà complet. Egalement au programme, des visages et des voix à découvrir, dont la jeune Pomme (Révélation album), mais aussi la speedée Suzane et Aloïse Sauvage (Révélations scène), trois artistes nominées aux Victoires de la Musique qui prouveront la vitalité musicale de la scène française. Le hip hop sera quant à lui défendu par Tommy Cash, Blu Samu, Alyona Alyona, Dinos, Lujipeka et Moka Boka, tandis que le rock brillera avec les guitares de Black midi, Protomartyr, Black Country et New Road. Le tout couronné par le retour attendu de Nicolas Godin, la découverte de Crystal Murray et le minimalisme furieux de Anna Meredith. Cela se passera au Botanique du 29 avril au 10 mai 2020. Plus de détails sur www.botanique.be Rue Royale, 236 à 1210 Bruxelles


CINÉ-VACANCES : SPIDER-MAN NEW GENERATION Les congés de Pâques deviennent l’opportunité de rattraper quelques retards cinématographiques. Ils démarrent en fanfare avec « Spiderman new generation » ou les aventures d’un nouvel homme-araignée. Après la série télé et les longs métrages engendrés pour les salles de cinéma, voilà un dessin animé boosté à l’adrénaline high-tech qui revient sur un personnage né au sein de l’écurie Marvel. Pourtant, cette fois, il ne s’agit pas de raconter une énième déclinaison d’une histoire archi-célèbre, mais de surprendre les spectateurs avec une variation pop. Après Peter Parker, c’est au tour de Miles Morales d’enfiler la célèbre combinaison rouge et bleue et de se balader sur les toits, en sautant d’une toile d’araignée à l’autre. Après avoir été également mordu par un arachnide, il expérimente ses nouveaux pouvoirs. En parallèle, il tente de s’intégrer dans son nouveau collège à Manhattan. Naturellement, il se verra contraint de sortir de l’ombre pour endiguer les agissements mafieux du terrible Caïd, véritable crapule du coin. Ce film est à revoir à l’Antenne Scheut le mardi 7 et le mercredi 8 avril 2020 à 14 heures. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.escalesdunord.com Avenue de Scheut, 147 à 1070 Bruxelles Daniel Bastié

CINE-VACANCES : DILILI À PARIS Michel Ocelot, c’est « Kirikou » ! Un maître du dessin animé à la française. Son dernier film se déroule à Paris durant la Belle Epoque. Un septième long métrage qui narre les aventures de Dilili, petite fille née en Nouvelle-Calédonie et qui réside maintenant dans la ville lumière. Dans cette capitale où tout va vite, elle rencontre Orel, un livreur de journaux qui se charge de lui faire découvrir tout ce qui est à connaître d’une métropole. S’engage alors une balade à travers les jardins des Tuileries, sur les grands boulevards et les ruelles de Montmartre. Pour créer une bonne histoire, le réalisateur a ajouté un terrible récit de gamines enlevées par des gens dont la police ignore l’identité. Comme elle s’avère extrêmement curieuse, Dilili décide de mener l’enquête. Au fil de ses recherches, elle croise d’importants visages du début du XXe siècle, dont Louis Pasteur, Marcel Proust, ToulouseLautrec, Sarah Bernard, Colette, Erik Satie, etc. Des femmes et des hommes qui, chacun à leur manière, travaillent à l’émancipation. Bien entendu, les images sont fantastiques, recrées en 3D à partir de photographies et l’animation ne manque pas d’attrait, avec une partition chatoyante de Gabriel Yared. Cet opus plaira aux enfants comme aux adultes. Il est à revoir le mardi 14 et le mercredi 15 avril 2020 à 14 heures à l’Antenne Scheut. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.escalesdunord.com Avenue de Scheut, 147 à 1070 Bruxelles Daniel Bastié


CONCERT : LAY THIS DRUM Accueilli en résidence de création et soutenu depuis 2018, « Lay This Drum ! » est de retour à la Vénerie. Il s’agit d’un show explosif, énergique et exclusivement féminin qui interroge la question du genre féminin/masculin dans notre société moderne et déboulonne les clichés avec humour et un brin d’impertinence. Du body drumming aux bidons d’huile de moteur, des planches à clous aux seaux de peinture, des talons aiguilles aux boots de chantier, tout ce qui se percute, se frotte et se frappe se retrouve sur le plateau ! Bref, ce spectacle propose un regard rythmé et poétique sur l’identité dans le monde d’aujourd’hui avec pour réflexion de départ : « Dis, c’est vrai que les femmes savent aussi faire de la batterie ? » Une démonstration de talent à applaudir le 10 avril 2020 à 20 heures 30 en compagnie de Olympia Boule, Caroline Geryl, Laurence Loufrani, Annebelle Dewitte et Gaëlle Swann. Plus de détails sur le site www.lavenerie.be Rue Gratès, 3 à 1170 Bruxelles THÉÂTRE DE MARIONNETTES : MA VIE DE BASKET Bienvenue dans la cordonnerie du quartier ! Ici, les cordonnières réparent les chaussures, et pour celles qui n’ont jamais été récupérées par leurs propriétaires, elles leur offrent une seconde vie. Le destin de Sara nous est raconté par le biais d’une basket qui débarque au pays des souliers de cuir. Cette jeune basket fait de multiples rencontres, certaines amicales et d’autres hostiles. Son destin bascule lorsqu’elle se rend compte de sa particularité : celle de ne pas avoir d’étiquette. Sous l’ordre des grosses bottines, elle se voit obligée de reprendre la route, ou bien ce sera un bon pour : « les oubliettes ». Pourront-t-elles déjouer le destin qui la pousse à migrer en permanence ? Pourront-t-elles un jour arrêter de fuir et de se cacher ? Les autres chaussures lui viendront-elles en aide ? « Ma vie de basket » est un spectacle qui mêle théâtre de marionnettes et musique à travers l’univers des chaussures. Une histoire qui s’adresse à toutes les pointures à partir du 29, autrement dit six ans et à découvrir à La vénerie le dimanche 19 avril 2020 à 16 heures. Plus de détails sur le site www.lavenerie.be Rue Gratès, 3 à 1170 Bruxelles HUMOUR : POUR LE MEILLEUR... ET POUR LE PIRE Le mariage est bâti sur un projet. Le problème c’est que dans cette histoire, le marié, la mariée et les familles n’ont pas nécessairement le même ! Entre culture méditerranéenne et occidentale, Ahmed Hafiz nous raconte d’étonnantes histoires de mariages fatigués, contrariés, forcés, ou à l’impossible mixité. Avec son regard, teinté à la fois d’humour, d’émotion et d’humanisme, il distille, entre fiction et réalité, entre traditions d’hier et aujourd’hui, une subtile réflexion sur la condition de la femme dans l’union conjugale. Après dix-sept ans comme comédien de théâtre, Ahmed Hafiz, artiste belgo-tunisien, a opté pour l’art du conte afin d’inviter les spectateurs à mieux regarder le monde autour d’eux. Ses histoires, entre fables traditionnelles et récits contemporains, lui font arpenter les routes de Belgique, de France, et du Québec. Le succès de son précédent spectacle « Le Bon fils » l’a emmené jusqu’au dernier festival d’Avignon. Un talent à applaudir à La Vénerie le vendredi 24 avril 2020 à 20 heures 20. Plus de détails sur le site www.lavenerie.be Rue Gratès, 3 à 1170 Bruxelles


CONCERT : TWO STEPS FROM HELL – LIVE Thomas Bergersen et Nick Phoenix, les numéros un mondiaux dans la production et la composition de musique épique (genre musical directement inspiré de la musique de films), battent tous les records de streaming et d’abonnés avec Two Steps From Hell, leur compagnie basée en Californie. Plus de quatre milliards de vues sur YouTube, un milliard sur les autres plateformes de streaming et quatre albums de platine en ont fait l’une des entreprises musicales les plus florissantes. Un son impressionnant emmené par un puissant orchestre et des chœurs héroïques entonnant des thèmes guerriers à l'image de leurs titres les plus populaires : « Protectors of the Earth », « Heart of Courage », « Victory » et « Archangel » galvanisent le cœur de millions de fans et s’associent parfaitement aux œuvres qu’ils accompagnent. Entre les bandes-annonces de films comme Avengers : Endgame, Aquaman ou Jurassic World, les cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques et les campagnes publicitaires de nombreuses grandes compagnies, tous font confiance au duo pour assurer leur succès. Pour la première fois, Two Steps From Hell part en tournée dans toute l’Europe et proposer des concerts avec solistes, chœur et orchestre interprétant leurs bandes originales. Une chose est sûre, le meilleur de l’expérience musicale signé Bergersen et Phoenix garantit des shows extraordinaires. Au demeurant, un son de péplum avec des sonorités contemporaines un peu dans le veine de « Gladiator » et autre B.O. de la série « Spartacus » ? Méga … tout ! Un concert live auquel on peut assister le 24 avril à 20 heures au Palais 12. Plus de renseignements via le site www.palais12.com Avenue de Miramar à 1200 Bruxelles

CONCERT : QUEEN ,THE UNIQUE ROCK-SYMPHONIC CELEBRATION Après son triomphe au Cirque Royal, Queen Symphonic revient au Palais 12. Encore plus fort, encore plus impressionnant ! Fermez les yeux et écoutez, trente-cinq musiciens qui rockent, la voix de Freddie, des choristes de feu … Ouvrez les yeux et regardez : Michael Kluch est Freddie Mercury ! Le physique, la voix, le talent … Plus qu’un concert, il s’agit d’un hommage, d’une célébration avec guitares, drums, keyboard, mais aussi violons, cellos et cuivres qui donnent vie à une œuvre exceptionnelle, du rock pur à l’Opéra ! Michael Kluch a repris toutes les attitudes de Freddie, sublimées dans le film « Bohemian Rapsody ». Tous les effets du concert de ce groupe mythique seront repris : fumée, brouillard et pyrotechnie. Un véritable feu d’artifice visuel et musical ! Vous danserez, chanterez au son de We will Rock you, Show must go on, Radio Ga Ga, Bohemian Rapsody, I Want it all, A Kind of Magic, Another One Bites the Dust, Show must go on, Killer Queen, Bicycle Race, Barcelona et tous les autres ! Deux heures de spectacle à dévorer jusqu’à en être rassasié le 25 avril 2020 à 20 heures au Palais 12. Plus de renseignements via le site www.palais12.com Avenue de Miramar à 1200 Bruxelles


EXPOSITION : BEHIND THE BERLIN WALL : STATE SECURITY IN THE GDR DICTATORSHIP Le Parlementarium, centre des visiteurs du Parlement européen, accueille actuellement une exposition temporaire en provenance du Stasi Museum, organisée en collaboration avec le département de la Culture et de l’Europe du Sénat berlinois et le bureau de liaison du Parlement européen à Berlin. Intitulée « Behind the Berlin Wall – State Security in the GDR Dictatorship » (Derrière le mur de Berlin – La sécurité d’État au sein de la RDA), elle est axée sur les activités du ministère de la sécurité d’État, mieux connu sous le nom de Stasi, l’instrument principal du pouvoir en Allemagne de l’Est. Elle se propose de marquer le 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, et est visible jusqu’au 19 avril 2020. Voyez tous les détails concerts sur www.brusselsmuseums.be Esplanade Solidarność 1980 – Place du Luxembourg, 100 à 1050 Bruxelles

EXPOSITION : COOL JAPAN La nouvelle expo « Cool Japan » vous emportera dans le tourbillon de la fascination mondiale pour la culture visuelle japonaise. Avec des pièces historiques uniques, le Mas illustre la longue tradition à l’origine d’icônes japonaises comme Hello Kitty, Zelda et Sailor Moon, et comment l’ancien et le nouvel art japonais continuent à inspirer le monde. Zelda, Sailor Moon et Hello Kitty : autant d’icônes mondialement connues de la culture visuelle japonaise mondialement réputées. Mais connaissez-vous aussi la richesse historique de la culture visuelle japonaise contemporaine ? Le style des dessinateurs japonais contemporains ou « mangaka » est influencé par les gravures historiques et les techniques des anciens maîtres. Cette exposition dévoile la longue tradition à la source de la culture populaire japonaise actuelle, avec des pièces historiques uniques issues de sa propre collection et de prêts. « Cool Japan » vous suggère également d’admirer des exemples d’art japonais ancien et contemporain, de découvrir les sources d’inspiration japonaises de plusieurs créateurs de mode, d’apprendre à connaître la culture « Kawaii », également appelée « cute fashion » haute en couleurs de Tokyo, ou encore de détailler les tatouages impressionnants d’anciens guerriers. Et vous ne devrez pas vous contenter d’observer, puisque vous pourrez aussi bavarder avec le robot Pepper ou passer des heures à lire des mangas dans la bibliothèque du musée. Cela se déroule à Anvers, mais ce n’est pas vraiment loin de Bruxelles. Les amateurs de manga le savent et ne rateront pour rien cet événement qui se tient jusqu’au 19 avril 2020. Quand on aime, on ne compte pas … les kilomètres ! Voyez plus de détails sur www.mas.be Hanzestedenplaats, 1 à 2000 Anvers


BRUEGEL, A POETIC EXPERIENCE : AN INNOVATIVE WORLD AND MIND À l’occasion du 450e anniversaire de la mort de Pieter Bruegel l’Ancien, l’Atomium propose une exposition immersive et interactive, afin de présenter des facettes connues mais aussi insoupçonnées de son œuvre et de sa personnalité. Cette exposition, réalisée par Tempora, s’inscrit dans la série consacrée à la belgitude organisée par l’Atomium depuis sa réouverture en 2006. Symbole de Bruxelles et de la Belgique, l’édifice, qui attire deux millions de curieux et 600.000 visiteurs par an, a déjà organisé avec succès des expositions sur la Sabena et le peintre surréaliste né à Lessines René Magritte. L’exposition présente sur deux étages des installations qui plongent les visiteurs au cœur du monde de Bruegel, grâce à de grandes reproductions et à une scénographie dynamique. Au niveau inférieur, une installation pop-up célèbre cinq tableaux de la célèbre série Les six saisons dans un contexte tridimensionnel, qui invite le public à se balader dans les célèbres paysages peints, ponctués de panneaux explicatifs. On apprend ainsi que l’artiste a bousculé les habitudes au niveau de la composition et du rythme, notamment à l’aide d’une vue plongeante et de la division de ses tableaux en plans successifs, ce qui crée une fascinante profondeur de champs. L’installation montre aussi que Bruegel se distinguait par une prodigieuse attention aux détails et par un jeu d’images humoriste. À l’étage supérieur, l’exposition s’attarde à éclairer la personnalité de l’homme. Si peu de détails de sa biographie nous sont connus, ses travaux recèlent mille indices précieux. À commencer par sa renommée comme peintre de la vie paysanne, le plus souvent associée à son fameux tableau Le repas de noces. Chez ses contemporains, Bruegel était en outre réputé comme le second Jérôme Bosch. Mais cette exposition prend surtout soin de montrer comment il a su se démarquer de son modèle, par exemple en intégrant dans sa Chute des anges rebelles des animaux du Nouveau Monde. Une troisième caractéristique, souvent omise, est son humanisme reconnaissable dans les sujets de ses tableaux. L’exposition Bruegel, A Poetic Experience. An innovative world and mind est à découvrir jusqu’au 13 septembre 2020. Plus de détails sur le site www.atomium.be Place de l’Atomium, 1 à 1020 Bruxelles

EXPOSITION : TOUTANKHAMON A la gare de Liège-Guillemins, Europa Expo vous emmène en Égypte Antique sur les traces de l'archéologue Howard Carter et de sa quête fascinante du tombeau de Toutankhamon. En 1922, dans la Vallée des Rois, cet archéologue britannique et son mécène, Lord Carnarvon, pénètrent, pour la première fois depuis plus de 3.000 ans, dans le tombeau de Toutankhamon. La découverte la plus mythique de l'histoire de l'archéologie est née ! Un siècle plus tard, plongez à votre tour dans la plus célèbre salle funéraire du monde et admirez-la telle qu'elle a été exhumée. Objet par objet, les trois chambres funéraires ont été reconstituées avec un niveau de précision et de fiabilité historique jamais atteint. Pour préparer la visite de cette exposition, un dossier a été conçu spécialement pour les enseignants et leurs classes. Afin d'offrir un document de qualité, il a été réalisé avec l'aide de professeurs du primaire et du secondaire, sous la supervision de Dimitri Laboury et Simon Connor, commissaires scientifiques de l'exposition et égyptologues renommés. A ce dossier s'ajoute trois carnets étudiants, mêlant B.D., énigmes, questions et « Saviez-vous que » pour rendre la visite aussi pédagogique que ludique. Pour aller plus loin, une visite guidée peut être organisée. En quelles circonstances le tombeau a-t-il été découvert ? Quelle était la vie au temps du Roi ? Qu'en est-il du mystère autour de sa mort ? Toutes ces questions - et bien d'autres - trouveront leurs réponses au cœur de décors époustouflants. Une plongée dans le monde d’un des pharaons les plus célèbres à vivre jusqu’au dimanche 31 mai 2020. Sam Mas


EXPOSITION : CLAUDE MONET – L’EXPÉRIENCE IMMERSIVE Comme pour l’exposition consacrée il y a peu à Vincent Van Gogh et qui s’est tenue à la Bourse de Bruxelles, Claude Monet – L’expérience immersive utilise les nouvelles technologies du digital pour animer les toiles de Claude Monet et vous intégrer à son univers. Ainsi des projections de plus de trois cents œuvres de l’artiste défilent à 360° et vous garantissent une aventure unique. Vous commencerez la visite par une introduction à Claude Monet, avec une explication de sa technique et de ses influences, ainsi qu’un survol de son existence. Ensuite, vous serez embarqués dans la salle immersive où défilent de manière animée, créative et surprenante les toiles de l’artiste. Un éveil des sens grâce aux coups de pinceaux virtuels et à la musique originale du compositeur belge Michelino Bisceglia. Vous assisterez à un spectacle son et lumière époustouflant ! Petit bonus avec l’Atelier Giverny, qui n’est autre que l’atelier de Monet. Vous y quitterez l’art digital pour contempler de nombreuses reproductions de toiles de l’artiste. En fin de parcours, retour à l’art digital avec une expérience VR (réalité virtuelle). Ce sera l’occasion de vous glisser dans la peau de Monet, grâce à des lunettes spéciales. Cette rencontre unique de dix minutes vous emmènera dans son atelier à Giverny mais aussi à Londres, aux Pays-Bas et en Norvège. Claude Monet – L’expérience immersive s’adresse à tout public, aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Il s’agit d’un moment exceptionnel pour une découverte à deux, une activité de groupe, une sortie familiale ou une visite solo. Une surprise attend les âmes artistiques. Au demeurant, un événement sensitif à découvrir sans tergiverser jusqu’au 19 avril 2020. Ne manquez pas cette odyssée exceptionnelle et voyez toutes les informations pratiques sur le site www.expo-monet.be Rue du marché-aux-herbes, 116 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : KIKIE CRÊVECOEUR Cela fait plus de trente ans que Kikie Crêvecœur dépose ses images au cœur des livres. Toutes sortes de livres ! De ceux qu’elle crée de toutes pièces à ceux qu’on lui demande d’enrichir en passant par ceux issus d’échanges complices. Kikie Crêvecœur aime collaborer avec les auteurs. Poètes et écrivains lui confient leurs mots. Elle les lit, les laisse reposer un temps, les reprend. Des images se dévoilent, prennent forme, traduisent son sentiment. Un dialogue s’installe, la connivence se fait. Des empreintes de gommes gravées, de linos, de monotypes s’impriment sur le papier, répondent aux lettres typographiées. De ces complicités encrées nait un tête-à-tête discret entre estampes et mots. Images et mots naissent parfois ensemble, poète et plasticienne s’inspirant mutuellement dans un vaet-vient créatif enivrant. Les images de Kikie Crêvecœur n’illustrent pas. Elles accompagnent, épousent le texte pour former avec lui un ensemble indissociable, subtil, équilibré. Une exposition des livres de Kikie Crêvecœur se tient à la Bibliotheca Wittockiana jusqu’au 10 mai 2020. On pourra y découvrir les nombreux ouvrages auxquels elle a collaboré, les estampes originales de ses images ainsi qu’une série de petits livres et d’œuvres plus intimistes qui lèvent un peu le voile sur son univers original. Voyez toutes les informations pratiques sur le site www.wittockiana.org Rue du Bemel, 23 à 1150 Bruxelles Sam Mas


EXPOSITION : BEAUTIFUL LACE & CARINE GILSON À travers cette exposition, la créatrice bruxelloise dévoile ce qui l’inspire : du jardin d’Eden aux kimonos japonisants, en passant par l’Art nouveau ou les œuvres de peintres célèbres. Elle raconte ses rencontres et ses collaborations avec des artisans de haut vol. Elle décrit le processus de création de ses pièces luxueuses et sophistiquées. En filigrane, les codes de sa maison se dessinent. Car, comme pour toutes les maisons de couture, un ADN unique définit chaque pièce qui sort de son imagination. Beautiful Lace & Carine Gilson propose une rencontre étonnante entre deux temps forts de la dentelle : durant deux siècles, la guipure bruxelloise a eu le gratin international à ses pieds. Depuis trente ans, Carine Gilson crée chez nous, dans notre belle capitale, de la lingerie de couture mêlant soie et dentelle. Un échantillonnage de son travail est à découvrir jusqu’au 19 avril 2020 au Musée de la Mode et de la Dentelle. Trouvez tous les détails pratiques et sur le site officiel de l’organisateur www.fashionandlacemuseum.brussels Rue de la violette, 12 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION: SUPER-HEROES NEVER DIE / COMICS AND JEWISH MEMORIES De quelle manière naissent les super-héros ? À travers plus de deux cent œuvres originales, cette exposition raconte comment la bande dessinée américaine s’entremêle, depuis ses débuts et jusqu’à aujourd’hui, aux tumultes de l’Histoire. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, une génération de dessinateurs juifs américains, soucieux de s’intégrer au point qu’ils ont dissimulé leurs patronymes aux consonances étrangères, ont donné naissance aux plus célèbres super-héros : Batman, Superman, Captain America et, parmi plusieurs autres, Spiderman. Près d’un siècle plus tard, les super-héros restent des figures centrales de notre culture contemporaine et passent avec brio le cap du grand écran. Si les causes qu’ils défendent ont changé, les questions d’identité et d’intégration, déjà abordées dans les années 1930, s’y lisent encore, parce qu’une société en crise a toujours besoin de personnages hors-normes auxquels s’identifier. Cette exposition a vu le jour grâce à un partenariat avec le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme de Paris et le Joods Historisch Museum d’Amsterdam. Un évènement à découvrir jusqu’au 26 avril 2020 au Musée juif de Belgique. Plus de détails sur le site www.mjb-jmb.org Rue des Minimes, 21 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : ZONES

Pour sa 26e exposition, Home Frit' Home accueille une bourlingueuse : Irène de Groot, artiste plasticienne pluridisciplinaire. Avec "ZONES", cette artiste nous immerge dans sa pratique singulière du photomontage. Car cette diplômée de l'Académie Royale des BeauxArts de Bruxelles (peinture et dessin, avec grande distinction) y détourne numériquement d'authentiques peintures des années 50-60, souvent qualifiées de "croûtes" et vouées à la déliquescence, en leur greffant, après les avoir sauvées de l'oubli et sublimées, les détails de quelques-unes de ses photographies récentes, capturées au gré de ses errances aux alentours de Bruxelles et au-delà en Belgique. Irène de Groot ? Long, long, le chemin... autant que ses cheveux le sont ! Une aventure. La découverte, sans cesse. La créatrice semble animée par le mouvement perpétuel. Après avoir "vécu" le monde sur plusieurs continents, elle poursuit son marathon artistique en région bruxelloise. Aujourd'hui, Irène de Groot y approfondit sa maîtrise de l'art de fixer un lieu et un instant. A travers la photographie et le travail sur l'image, empruntant tantôt aux techniques ancestrales, tantôt aux derniers développements numériques, elle privilégie donc une immobilité toute relative, puisqu'elle nous livre des visuels où la poésie exprime avec vivacité ses préoccupations. Une exposition à découvrir jusqu’au 2 mai 2020 à la galerie Home Frit’Home. Vous trouverez tous les détails pratiques sur le site www.homefrithome.be

Rue des Alliés, 242 à 1190 Bruxelles

EXPOSITION : BACK TO BRUEGEL La mythique Porte de Hal, vestige de l'enceinte médiévale de Bruxelles, s'ouvre sur l'univers du peintre Bruegel et invite à un plongeon surprenant dans une version en réalité virtuelle de ses peintures mondialement connues. Quatre œuvres prennent vie et vous entraînent dans la vie quotidienne d’il y a 450 ans. Voyagez au cœur du XVIe siècle face à d’authentiques trésors du Nouveau Monde, des armes et des armures, des instruments de musique et d’autres joyaux extraits des Musées royaux d’Art et d’Histoire. Complétez votre découverte par le toucher, l’odorat ou la manipulation. Au sommet du bâtiment, profitez également du magnifique panorama sur la capitale et laissez-vous transporter dans le passé grâce aux longues-vues virtuelles. Pour agrémenter le parcours, un audioguide gratuit est disponible en six langues : français, néerlandais, anglais, allemand, espagnol et russe. Enfin, après la visite, les enfants peuvent profiter de la plaine de jeux située à cent mètres de là. Un événement à découvrir en famille jusqu’au 18 octobre 2020. Plus de détails sur le site www.kmkg-mrah.be Boulevard du Midi, 150 à 1060 Bruxelles


EXPOSITION : KEITH HARING BOZAR présente une grande rétrospective de l’artiste américain légendaire, Keith Haring. Ami et compagnon d’art à la fois d’Andy Warhol et de JeanMichel Basquiat, Keith Haring a manifesté une présence unique dans le New York des années 1980, jouant un rôle clé dans la contre-culture et créant un style immédiatement reconnaissable. Surtout célèbre pour ses motifs iconiques (chiens aboyeurs, bébés rampants et soucoupes volantes), Haring cherchait à faire œuvre d’art public qu’il diffusait à travers son Pop Shop, les médias ou, encore, dans les métros et les espaces urbains collectifs. Puisant ses influences dans l’expressionnisme abstrait, le pop art, la calligraphie japonaise ou les travaux des grapheurs newyorkais, son style singulier, en apparence spontané, était tout autant traversé par les énergies de son époque, du voyage dans l’espace au hip-hop et aux jeux vidéo. Une œuvre puissante, qui n’a rien perdu de son actualité à redécouvrir jusqu’au 19 avril 2020. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.bozar.be Rue Ravenstein, 23 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : MONDO CANE En franchissant une grille en fer, le visiteur débarque dans un univers distinct, où trônent vingt-deux poupées blêmes et mutiques. Condamnées à une existence éternelle et monotone, une dizaine d’entre elles sont automatisées et effectuent des mouvements répétitifs. Mondo Cane peut être considéré comme un musée contemporain de l’art populaire, qui expose la figure humaine, dans une société où l’inertie et l’apathie règnent en maîtres. Jos de Gruyter et Harald Thys ont l'habitude de distiller des fictions à partir d'une réalité parfois trop réelle. Ils se disent volontiers attirés par l’état de psychose de la société actuelle, comme en témoignent les poupées ici exposées. A titre de rappel, leur travail a été présenté au Pavillon belge de la cinquantehuitième Biennale de Venise, où il a reçu une mention spéciale du jury. Le site web mondocane.net ainsi que le catalogue font partie intégrante de l’événement. Cela se déroule jusqu’au 24 mai 2020 à Bozar. Voyez toutes les informations pratiques sur le site www.bozar.be Rue Ravenstein, 23 à1000 Bruxelles


CINÉMA : PETIT PAYS Drame d’Éric Barbier, avec Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle, Isabelle Kabano et Delya De Médina. France 2019, 111 min. Sortie reportée au 26 août. Résumé du film – Dans les années 1990, le jeune Gaby vit au Burundi avec son père Michel, coopérant français, sa mère Yvonne, une Rwandaise tutsie, et sa petit sœur Anna. Il passe son temps à faire les quatre cents coups avec ses copains de classe, jusqu’à ce que la guerre civile entre Hutus et Tutsis se déclare, mettant fin à l’innocence de son enfance. Il va comprendre pourquoi une affaire de nez a mis le feu aux poudres dans une région de l’Afrique où grondait la révolte depuis longtemps. Commentaire – Depuis des siècles en fait. Depuis que l’élite tutsie s’est imposée aux Hutus, majoritaires mais plus frustes, dans les deux pays voisins du Rwanda et du Burundi, et que la colonisation a consacré cet état de fait. Les Tutsis, grands et au nez fin, ont dominé la société malgré les révoltes populaires. Même pays, même langue (le kinyarwanda au Rwanda, le kirundi au Burundi), même religion mais pas le même nez, sur lequel se disputent les enfants en voyant celui de Cyrano de Bergerac à l’école. Le génocide dans les deux pays limitrophes nous est conté à partir du Petit pays de Gaël Faye, tourné au Rwanda avec 90 pourcent d’acteurs rwandais. Le réalisateur français est Éric Barbier (La promesse de l’aube, 2017), qui en fait une adaptation très fidèle. Sauf la fin du livre, qu’il adapte dans un souci de vraisemblance, en recentrant les éléments un peu émiettés de l’histoire. Tout est donc conforme au récit de Gaby, et l’on suit les aventures d’une bande de cinq gamins qui vont découvrir l’horreur du génocide, mal profond et contagieux. Il se communique d’un pays à l’autre comme un virus, ou comme une gangrène, dévastant tout sur son passage. Jean-Paul Rouve incarne bien l’ingénieur français passionné par la coopération au Burundi, tandis que sa femme, réfugiée tutsie ayant fui le Rwanda, ne rêve qu’à Paris pour arpenter les Champs-Elysées. Yvonne a gardé une certaine arrogance héritée de la bourgeoisie, voire de l’aristocratie tutsie qu’elle représente, et elle le fait sentir à son mari qu’elle domine de la tête et du nez. C’est une femme au port altier, et leur couple s’en va à vau-l’eau, au bord de la déroute, miné par le colonialisme ambiant. On suit leur brouille, tandis que la situation dégénère sur le plan social et qu’une grande noce se prépare à Kigali, où doit se rendre Yvonne pour assister au mariage de son frère Pacifique. C’est alors que l’avion des deux présidents sera abattu au-dessus de Kigali, le 6 avril 1994, entraînant l’assassinat d’un million de Tutsis et d’Hutus modérés, avec un effet domino au Burundi. Tout nous est minutieusement raconté comme dans le livre, qui le faisait à travers les paroles d’un enfant. C’est raconté ici à travers la bouche des adultes, que couvrent le crépitement des rafales et le lynchage des corps martyrisés, avec des moments forts. Moins poétique il est vrai, mais plus circonstancié, le réalisateur ayant soin de situer les faits terribles qu’il met en scène avec un accent d’authenticité, notamment la langue locale. Le film a été tourné au Rwanda, où l’unité nationale a pu être reconstituée après la tragédie, Tutsis et Hutus se fondant dans une nation recomposée. Ce n’était sans doute pas le cas au Burundi, le petit pays décrit par Gaby, où les tensions restent fortes, vingt-cinq ans plus tard, entre les deux communautés. Petit pays a été présenté à Kigali en avant-première. Avis – A voir si vous n’avez pas lu le best-seller de Gaël Faye, Prix Goncourt des Lycéens et Prix du premier roman en 2016. Le film n’y apporte rien de plus, sinon la beauté des images et la présence des deux jeunes acteurs, magnifiques dans leur rôle. Michel Lequeux


CINÉMA : A MILLION LITTLE PIECES Drame de Sam Taylor-Johnson, avec Aaron Taylor-Johnson, Billy Bob Thornton, Odessa Young, Charlie Hunnam et Juliette Lewis. USA 2018, 113 min. Sortie le 25 mars. Résumé du film – Il est complètement camé. Il se déhanche comme un fou. Et finit par-dessus le balcon, en se jetant dans le vide. Devenu une épave humaine, James Frey va être admis en cure de désintoxication dans une clinique privée, où les règles sont fort strictes. Il devra d’abord reconnaître que son corps ne lui appartient plus, sous l’emprise de l’alcool et des drogues. Il va affronter ses démons intérieurs qui l’attirent vers la mort. Avec l’aide d’autres toxicomanes, il retrouvera progressivement son vrai visage en devenant à son tour la personne ressource de son amie Lilly, rencontrée dans l’institut. Commentaire – Histoire d’une lente remontée vers la lumière depuis le fin fond de l’enfer où sévit la drogue. Histoire d’un corps réduit en petits morceaux. Elle est inspirée d’Un million de petites pièces, le livre controversé de James Frey qui nous raconte sa résurrection suite aux multiples épreuves par lesquelles il est passé. Roman ou mémoire de sa pénible traversée ? « Guerre et paix » de la dépendance à toutes ces fichues drogues ? Le sujet est toujours à l’analyse après les nombreuses rectifications que l’auteur a produites depuis lors, en revenant sur ce qu’il a écrit. Sans doute, il y a une part de fiction dans son récit. Et il n’est pas sûr que sa petite amie Lilly se soit suicidée dans la salle de bain, comme il le dit, voire même qu’elle soit morte. Mais c’est la version qu’a choisi de tourner Sam Taylor-Johnson, née Samantha Wood, photographe et vidéaste britannique qui a réalisé en 2014 le très attendu Cinquante nuances de Grey, la romance érotique avec la jeune Dakota Johnson (la fille de Don Johnson et Mélanie Griffith) sous la dépendance de Jamie Dornan. Sam adapte ici le récit de James Frey à la lettre. L’acteur qui interprète le rôle du toxicomane est son mari, que la réalisatrice a rencontré sur le tournage de Nowhere Boy, un biopic du chanteur John Lennon tourné en 2009. Elle l’a épousé deux ans plus tard et ils se sont échangé leur nom pour produire leurs nouveaux films. A Million Little Pieces signe leur dernière collaboration en date. C’est un travail soigné, attentif aux mille et un petits détails du dossier, y compris les rages de dent et les ennuis gastriques du patient qu’on suit à travers un personnage addictif aux drogues, en révolte contre lui-même et contre la société. Il est sous l’emprise de l’alcool depuis ses treize ans, accro au crack depuis trois ans, et il en a vingt-trois. Il est le seul à pouvoir mettre un terme à son calvaire, malgré l’aide qu’on lui apporte. La solitude est son combat permanent, sa fureur de mourir qui le tient vivant, et le spectateur y participe dans une cure qui compte douze étapes. Cinq de celles-ci vont nous être montrées pour abréger la souffrance de la réinsertion. Mais au-delà brille une petite lumière qui laisse deviner la fin. Trop beau peut-être pour être vrai : c’est ce qu’on se dit en regardant les dernières images. Avec aussi Charlie Hunnam qui supporte son frère tout au long de la cure et qui l’attendra à la sortie, devant le pub. On l’a vu récemment dans The Gentlemen, où il interprétait un des deux narrateurs de l’histoire. Avis – On plonge dans cette cure de désintoxication comme dans une cuvette de WC. C’est dur et éprouvant à regarder, mais salutaire pour tous les accros de la drogue et pour nous qui ne sommes pas à leur place. Du moins, on l’espère. 15% seulement s’en sortiront. Ce film est leur planche de salut. Michel Lequeux


CINÉMA : POISSONSEXE Comédie romantique d’Olivier Babinet, avec Gustave Kervern, India Hair, Ellen Dorrit Petersen et Alexis Manenti. France-Belgique 2019, 89 min. Sortie le 1er avril. Résumé du film – Alors que Miranda, la dernière baleine du monde, fait la une des journaux, Daniel, biologiste obstiné, tente de redonner vie aux poissons en train de disparaître des mers. Célibataire désabusé, il est luimême hanté par le désir de devenir père et compte bien traiter ce problème scientifiquement. Le hic, c’est qu’à Bellerose, petit village sur l’Atlantique où il poursuit ses recherches, il y a seulement quatre femmes en âge de procréer, c’est-à-dire bien peu de chances pour lui de rencontrer la mère de ses futurs enfants. Pourtant, en sauvant de la noyade un étrange poisson amphibien, Daniel va réapprendre à tomber amoureux. Commentaire – Connu pour son long métrage Swagger, grand succès critique et public sur les jeunes banlieusards en 2016, Olivier Babinet se lance dans une comédie romantique avec Poissonsexe qui aurait dû sortir le 1er avril. Ce poisson d’avril est un amphibien, un amblystome originaire du Mexique qui est venu s’échouer sur les côtes françaises. Il représente le dernier espoir pour sauvegarder les poissons de l’extinction, annonciatrice de la disparition de l’espèce humaine, Corona virus oblige. Notre biologiste en mal de paternité en est bien convaincu : il doit tout faire pour repeupler la petite station balnéaire où il poursuit ses recherches dans un laboratoire. Alors que sa cheffe de service l’invite à lui fournir son sperme pour une fécondation in vitro à la vue de ses seins qu’elle exhibe, Daniel bat la plage à la recherche de celle qui pourrait devenir la mère de ses enfants. Où pourrait-il la rencontrer ? Il l’a peut-être croisée à la pompe d’essence de la station. Olivier Babinet développe cette comédie amoureuse comme une métaphore filée, où un petit amphibien représente l’espoir de l’humanité sortie de la mer. Car nos ancêtres étaient bien sûr des poissons. Le biologiste trouvera-t-il son âme sœur, comme le poisson à patte chargé de se reproduire si on le relâchait dans la mer ? Avec son air rose et canaille, il a tout pour faire fondre le cœur de notre scientifique, qui va rapidement trouver chaussure à son pied. Les sentiments ne se cultivent pas en effet dans un bocal, en laboratoire. Gustave Kervern, qui a campé autrefois la figure d’un journaliste débraillé et alcoolique, incarne avec tendresse ce biologiste lunatique qui ressemble comme deux gouttes d’eau au capitaine Haddock dans les aventures de Tintin. C’est un ancien comparse du Groland, le pays fictif inventé en 1992 par l’équipe de Jules-Edouard Moustic pour les émissions de divertissement de Canal+. Quant à celle dont il va tomber amoureux  c’est le meilleur moyen de faire des enfants , elle est interprétée par India Hair, meilleur espoir féminin de Camille redouble, la comédie de et avec Noémie Lvovsky (2012). Depuis, elle a fait son chemin : elle est apparue dans une vingtaine de films et dans plusieurs téléfilms, dont Capitaine Marlow. Une belle rencontre en perspective. Avis – Prix du Jury au Festival de Bordeaux, cette comédie sentimentale fait de l’amour un poisson d’avril à pêcher dans la vraie vie plutôt qu’en laboratoire. On s’y laisse prendre. Michel Lequeux


FOIRE DU LIVRE 2020 : NOUS Y ÉTIONS ! Malgré les alertes liées au coronavirus, La Foire du Livre de Bruxelles 2020 a eu lieu, consciente de la chance unique qu’elle a eu d’ouvrir in extremis, alors que d’autres salons littéraires ont dû annuler un peu partout en Europe suite aux injonctions des autorités et du monde médical. Les organisateurs de la Foire du Livre de Bruxelles souhaitent remercier vivement les 60.000 lecteurs et lectrices ayant fait le déplacement et participé aux activités dans la joie et la bonne humeur. Ils étaient nombreux ceux et celles qui ont répondu à l’appel du livre dans le calme et dans la détente, tout en prenant les précautions qui leur ont été communiquées. Un public qui s’est mis à l’écoute pour acheter ou se faire conseiller par les libraires et éditeurs présents. Merci également aux auteurs, autrices, exposant et journalistes de s’être ainsi mobilisés pour accueillir, échanger et avoir permis à La Foire d’ouvrir ses portes. Leur soutien a été essentiel. Cela sans oublier les bénévoles, les partenaires et les fournisseurs indispensables pour cette mise en place. Cette année, le Maroc se trouvait au cœur de l’événement, avec comme invitée d’honneur Leïla Slimani, des conteuses pour la jeunesse et des musiciens, en passant par des essayistes et des dramaturges. La littérature marocaine a su trouver son public à Bruxelles. Mosaïque de cultures, de langues, de paysages, de civilisations, le pavillon marocain a proposé aux visiteurs des rencontres multilingues, en français, en arabe, en néerlandais et en amazigh. Plusieurs échanges ont passionné le public belge et marocain. De la sorte, Leïla Slimani a traité de sujets forts et contemporains avec la sociologue Sanaa Al Aji. La formidable conteuse Halima Hamdane a emporté les petits comme les grands par sa présence, mais aussi le spectacle « Femmes en scène » proposé par les lauréates de l’atelier théâtre de l’Espace Magh, des lectures ponctuées d'intermèdes musicaux parfumés de « Oud » avec Younes Bourhanem. Le Pavillon a aussi accueilli l’exposition « Le Maroc et l’Europe, une histoire livresque » avec sa pièce maîtresse, le premier traité d’amitié entre le Maroc et la Belgique, signé par Léopold Ier. Parmi les autres moments forts, il convient de souligner la présence d’Amélie Nothomb, acclamée par ses fans, et Eric-Emmanuel Schmitt, chaleureux et généreux pendant et après leur discussion au Théâtre des mots. Sandrine Collette et son roman post-apocalyptique ont également fédéré l’intérêt. Alessandro Baricco, charismatique et passionnant, et l’intellectuel dissident chinois Liao Yiwu ont illustré à nouveau l’importance de la dimension internationale de la Foire dans sa programmation. La présence de ce dernier nous rappelle aussi à quel point les valeurs d’engagement font parties intégrantes de l’ADN de la Foire du livre de Bruxelles. Il a aussi été question de multilinguisme sur la Place de l’Europe. Ce lieu, devenu en quelques années un incontournable du menu de la Foire grâce au soutien de la Représentation de la Commission européenne en Belgique, a accueilli de très belles rencontres autour de celles et ceux qui font la littérature d’aujourd’hui en Europe. L’espace de rencontres ne parvenait pas à contenir le public de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, tandis qu’Hugo Clément et Gil Bartholeyns ont convaincu le public avec leurs arguments portant sur la question du végétarisme et d’élevage industriel. La librairie européenne n’a pas désempli avec des ventes de livres en langues étrangères en hausse. Cap sur la jeunesse avec une édition qui se porte au mieux, malgré les nouvelles technologies. Pour la cinquième année consécutive, la Foire du Livre de Bruxelles, bien consciente du rôle du traducteur dans la chaîne du livre, a consacré une journée à la traduction littéraire sur le thème D’une rive à l’autre. Le public a répondu présent et n’a pas boudé des thèmes aussi pointus que la traduction de la poésie ouïghour ou la traduction intersémiotique. De grandes figures de la traduction ont répondu présent et abordé les problématiques bien différentes. Les exposants ont également proposé plus de vingt-six rencontres dédiées aux pros et sept remises de prix, dont le Prix Marie-Pierre Jadin, le Prix Fintro 2019, l’Abel Quentin et le Prix Première 2020. Un excellent cru selon les organisateurs. En guise de conclusion, voilà une édition exceptionnelle qui n’a pas démérité et qui a séduit un vaste public de professionnels, d’étudiants et de lecteurs attentifs. Un excellent cru selon les organisateurs. Le livre est une fête et doit le rester ! Sam Mas


FOIRE DU LIVRE DE BRUXELLES : PUBLIER À TOUT ÂGE Invités d’honneur: Alessandro Baricco, Liao Yiwu et Leïla Slimani, prix Goncourt 2016 pour “Chanson douce”, les Lettres du Maroc à l’honneur, une littérature d’exception, un thème 2020: “Livre ensemble pour mieux vivre ensemble”, de nombreux partages à la clé, plusieurs prix décernés dont le Prix Première, un Palais des Imaginaires enfiévré... mais si exceptionnellement nous nous intéressions plutôt à une conférence en apparence anodine mais de premier ordre, la publication au centre de nos intérêts? “Publier à tout âge ? ” La thématique de la belle rencontre organisée par le groupe Aparis (Edilivre Publibook - Société des écrivains) au sein de la Foire du Livre de Bruxelles qui se déroulait à Tour et Taxis cette année, les auteurs invités à cette occasion: Valentine Picard, deux publications à son actif, Frédérick Thomas, pareillement, et Nigel Van Vooren qui de son côté en est à neuf ouvrages, Clémence Bourdon responsable Communication du groupe Aparis animant avec brio cette rencontre qui a attiré assez bien de monde, le thème évoqué ne pouvant que intéresser et plaire à un large public dans lequel nous avons pu remarquer la présence de Nausicaa Dewez, la rédactrice en chef de la revue de la Promotion des Lettres du Ministère de la Fédération Wallonie - Bruxelles “Le Carnet & Les Instants”. Une revue d’une haute teneur culturelle. Relèverait-elle éventuellement le défi d’un éditorial autour de cette thématique dans le prochain numéro ? Le pourquoi a d’emblée été abordé par Clémence Bourdon. Pour quelles raisons nos trois auteurs ontils tenu se faire publier ? Comment en arrive-t-on là ? Pour Nigel c’est l’amour et même la passion de la lecture, des mots et des idées, un autre virus lui aussi parfois très contagieux et nous savons tous qu’il n’y a souvent qu’un pas très vite franchi pour qui se sent pousser les ailes de l’écriture. Pour Valentine, c’est de l’ordre du vital, de la véritable urgence devenue exigence. Ah cette petite voix intérieure qui devient impérieuse, nous dicte notre conduite pour nous mener à prendre la plume ! Pour Frédérick, c’est une question et même un devoir de transmission, également de l’ordre du vital. Aux enfants, à la famille, à l’entourage, et notre conscience n’est apaisée qu’une fois la chose, l’écriture dans le cas présent, accomplie. Terminée ! L’individu peut éprouver cet infini besoin qui lui fait sortir plume et encrier - ou l’ordinateur, c’est selon ! - pour se lancer dans cette extraordinaire aventure. Van Vooren nous révèle qu’il déborde en permanence d’idées ; Picard nous apprend qu’elle fonctionne toujours avec un plan préétabli, une excellente méthode qui permet très souvent de ne point abandonner en cours de route; Thomas, lui, travaille sans plan, se levant quand ça vient, lorsqu’il sent que le moment est venu quel que soit ce moment. La tranquillité et de l’espace pour écrire ? Assurément ! Tous les trois en ressentent le besoin, l’exigence, l’écriture n’en est alors que meilleure ! Et quand la rédaction se termine, le livre est-il fin prêt pour être envoyé ? Loin de là ! Suivent relectures, avis et commentaires de l’entourage, une amélioration fréquente, voire obligée, du texte pour parvenir à cette fluidité tant recherchée par l’auteur, des élagages, les lourdeurs plus que suspectes éliminées au passage, l’accord du participe passé parfois revu, sueurs au rendez-vous, Valentine Picard nous citant dans la foulée Nicolas Boileau. “Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage…” jusqu’à l’obtention d’un manuscrit acceptable, crédible et cohérent, mais saviez-vous qu’en France une personne sur trois est l’auteur d’un manuscrit parfois dissimulé dans un coin ? C’est étonnant comme l’on écrit, ouvertement comme en cachette ! Mais chercher à se faire publier est-ce comme la quête du Graal en fin de compte ? Certes et le rêve une fois atteint, cela change-t-il quelque chose ? C’est en fait souvent tel une nouvelle vie qui débute, l’écriture se révélant à la fois parcours fléché et cheminement personnel qui marque l’auteur de manière indélébile, et à chacun ses objectifs et motivations, la satisfaction d’être publié et lu étant pour eux trois essentielle. Primordiale ! Un questions-réponses interactif clôture ensuite la rencontre, duquel surgit notamment un témoignage positif en ce sens que l’auteur n’a nul besoin chez Edilivre entreautre de se métamorphoser en infographiste. Il ne doit pas réaliser lui-même la mise en page et en forme du texte aux normes éditoriales, un bon point pour le groupe ! La fréquentation de la Foire du Livre ? Elle aura finalement accueilli cette année autour de 60.000 visiteurs contre 72.000 en 2019, baisse due à l’intrusion inopinée dans nos vies de ce virus qui court et galope même plus vite que le furet à travers les bois. Littérature en prose et en vers et contre tout... Toux ? Thierry-Marie Delaunois


LA LUMIÈRE DE L'ARCHANGE Réapparition en versions numériques d'un roman d'une brûlante actualité. En 1976, alors que j’allais quitter le Zaïre après trois ans de coopération, une nouvelle nous a sidérés : dans l’est du pays, à Yambuku, et à quelque distance de là, au Soudan, une épidémie d’origine inconnue décime les patients et le personnel de deux hôpitaux de brousse. Quelques cas seront importés à Kinshasa après mon départ, puis l’épidémie s’arrêtera aussi soudainement qu’elle avait commencé. C’était la première manifestation d’ebola, un virus mutant, qui réapparaîtra sporadiquement puis donnera, de plus en plus régulièrement, des épidémies en de nombreuses régions d’Afrique, en attendant, peut-être, sans doute, d’un jour se déverser dans le monde entier. Depuis lors, m’a imprégné l’idée d’écrire un roman sur une pandémie mondiale. Je m’y suis attelé alors que mon premier roman, « L’Arbre blanc dans la Forêt noire », cherchait en vain un éditeur. Écrit entre 1986 et 1990, publié en 1992, « La Lumière de l’Archange » était à l’époque un roman de légère anticipation, puisqu’il se déroulait à la fin de l’année 1999. Pierre Lhermitte, spécialiste des maladies virales, prix Nobel de médecine pour le vaccin contre le sida (là, je prenais mes désirs pour des réalités), fondateur d’une confrérie de scientifiques, est victime du virus qu’il étudie, redoutable mutant surgi dans les forêts centrafricaines. Tenu en quarantaine dans son propre service, soutenu par ses amis du monde entier, il participe a la course de vitesse entre l’épidémie et la recherche, tout en prenant conscience d’un monde contemporain dont il s’était jusqu’alors abstrait et qu’ébranlent de profonds bouleversements sociaux ou géopolitiques, ainsi que l’explosion de fanatismes ultraviolents et l’avènement de mouvements millénaristes en cette dernière année du XXe siècle. Mais d’étranges modifications psychiques apparaissent chez, les rescapés. Le développement de la vie serait-il à un carrefour ? Pierre Lhermitte, envoyé en Afrique pour coordonner la lutte contre l’épidémie dans l’espoir de l’y garder enclavée, sera entraîné simultanément dans une aventure exceptionnelle et dans une quête intérieure, psychologique, métaphysique et spirituelle. Ce roman, que d’aucuns ont qualifié de visionnaire, a été refusé par plus de 60 éditeurs (alors que l’ABFN, paru entre-temps à La Longue-Vue, avait obtenu le prix NCR) avant d’être accepté par Luce Wilquin. Le manuscrit avait mystérieusement disparu des éditions du Seuil, où aucune trace n’en a jamais été retrouvée. Peu après sa parution a été publiée sous la signature – je préfère ne pas dire « la plume » d’un homme de médias parisien une œuvrette parisianiste à souhait, qui en pillait les idées et dont je préfère taire le titre. Le « nègre » de cet auteur avait su où trouver l’inspiration qui lui faisait défaut. Bien que finaliste du Prix Rossel, « La Lumière de l’Archange » a rencontré l’habituelle indifférence réservée aux ouvrages publiés dans notre communauté (200 exemplaires écoulés, quand son ersatz de resucée connaissait un certain succès). Aujourd’hui qu’après les épidémies d’Ebola en Afrique, le monde est envahi par une pandémie de coronavirus, cet ouvrage d’une brûlante actualité, dont le seul défaut est d’avoir été publié en Belgique, nous met en garde contre les dangers que nos comportements font courir à une humanité fonçant tête baissée vers le mur. Il vient de reparaître sous forme numérique (en attendant une réédition papier) aux éditions M.E.O. Ed. MEO – 380 pages Gérard Adam « La Lumière de l’Archange, qui a de la chair et de l’esprit à la manière d’un être humain, développe ses propres qualités de ton et de narration. On se laisse saisir par l’écriture, et le reste suit sans faiblir (…) Gérard Adam touche ici à ce que l’humain a de plus caractéristique : la foi en l’avenir et la peur de la mort, qui transcendent tous deux le présent. » Pierre Maury, LE SOIR. « […] une fiction où se bousculent les idées, les doutes, les rebondissements […] l’auteur nous entraîne dans une aventure étonnante sur laquelle se greffe une intéressante quête intérieure dont on n’émerge pas indemne. » Monique VERDUSSEN, La Libre Belgique.


87e DISTRICT

Ed McBain et ses flics du 87e district revivent aujourd’hui grâce à une intégrale en neuf volumes qui regroupe l’ensemble des aventures des inspecteurs Carella, Meyer, Kling etc. dans les bas-fonds d'Isola. Ed McBain a mis en place de solides polars qui plairont aux plus dubitatifs, des histoires très cinématographiques et rédigées au cordeau. En une quarantaine d’années, l’auteur a étalé pas moins d’une cinquantaine de suites, permettant de mettre en place ses personnages, d’étoffer leur psychologie et d’emprunter des tangentes qui tiennent à la fois du thriller, du récit familial et qui s’étoffent d’ellipses sur les cadences d’une métropole en ébullition permanente. Présentés dans leur suite chronologique et dans des traductions révisées et intégrales, ces romans apparaissent une dizaine d’années après leur clôture définitive aussi vastes qu’une comédie humaine qui se veut un témoignage de premier plan sur la vie aux States, ses mœurs et ses habitants. En un certain sens, McBain peut être considéré comme un précurseur du récit choral, avec des enquêtes qui partent dans toutes les directions, des protagonistes qui vont et viennent, des indices qui se multiplient, des états d’âme qui se font et se défont. L’écriture est aussi belle qu’efficace, rôdée par une mécanique qui n’a rien à prouver. On le sait beaucoup moins, mais l’auteur a également rédigé sous divers pseudonymes, dont Evan Hunter, Richard Marsten, Hunt Collins, Curt Cannon et Ezra Hannon. A côté du polar, il s’est aussi distingué dans la science-fiction et des ouvrages plus littéraires. Si vous n’avez lu un de ses titres, voilà l’occasion de rattraper un retard dommageable. De son vrai nom Salvatore Lombino, Ed McBain est né le 15 octobre 1926 à New York et est décédé le 6 juillet 2005 dans le Connecticut. Son talent de narrateur et son sens du détail l’ont rendu célèbre dans le monde. On sait beaucoup moins qu’il a également signé plusieurs ouvrages sous le pseudonyme Evan Hunter, Richard Marsten, Curt Cannon et, parmi quelques autres, Ezra Hannon. Outre ses qualités novatrices (recours à la police scientifique, à la médecine légale, aux procédures d'une enquête réelle et à un découpage feuilletonnesque), la série « 87e district » se caractérise par un travail remarquable sur le temps romanesque frisant la perfection et la psychologie des personnages. Au fil des années, les lecteurs ont pu découvrir l’évolution de la brigade, passant des débuts essentiellement masculins et machismes à une ouverture en faveur de la gent féminine, afin d’imposer des collaboratrices incontournables. Les volumes 7, 8 et 9 viennnent de sortir en librairie. Avis aux amateurs ! Ed. Omnibus – environ 860 pages par volume Paul Huet


ADAM QUICHOTTE – LES SPAGHETTIS DE PAPY PIERRE Adam est un aventurier en culotte courte. Un vrai de vrai ! De ceux qui ne craignent rien et sont prêts à aller au bout du monde pour réaliser une quête. Lorsque papy Pierre lui laisse un post-it, qui lui demande d’aller chercher une série d’ingrédients pour préparer des spaghettis, il n’hésite pas une seule seconde. Accompagné du bon vieux chat Panza, il fait preuve d’un courage peu ordinaire. Il monte à l’assaut d’une planète inconnue, croise un oiseau bizarre, nage sous les eaux, voyage en montgolfière, gravit une montagne qui est en fait un monstre aux dents acérées, se fait agresser par des chauves-souris, explore un tunnel et revient à la maison sur un canot. Il achève sa course dans le chariot d’une grande surface, tandis que son grand-père fait les courses. Bien sûr, tout n’était qu’un rêve ! Stedho donne vie au monde imaginaire du jeune Adam avec une succession d’images colorées, qui se distribuent dans un cadre qui ressemble à une bédé, mais sans phylactères. C’est donc au lecteur d’imaginer les événements qui se multiplient et de prêter la parole au protagoniste. Ce choix délibéré possède la vertu de susciter la réflexion et d’être abordé par les plus petits qui ne savent pas encore lire. Adam Quichotte se veut une aventure fantastique et émouvante, pleine de choses magiques, féériques et, parfois, un peu terrifiantes qui aident à grandir et qui prouvent qu’il n’y a pas d’âge pour être vaillant. Du moins dans les rêves de chacun ! Ed. Steinkis – 64 pages Daniel Bastié

LA BARONNE DU JAZZ Née Kathleen Annie Pannonica Rothschild en 1913, Pannonica de Koeningswarter est la fille de Charles Rothschild, l’une des plus grandes fortunes au monde. Jeune femme d'une grande beauté, elle s'éprend en 1935 d'un jeune militaire français, le baron Jules de Koenigswater, du même niveau social qu’elle. De leur union naissent six enfants. Après la guerre, le couple s’installe à New York, mais tout les y oppose. La jeune femme refuse d’entrer dans le rang et préfère la compagnie des artistes à celle des diplomates. Personnalité flamboyante, elle rayonne, laissant son époux vaquer à ses occupations. Très vite, elle se révèle d’une immense générosité, se faisant le mécène de plusieurs créateurs, dont de nombreux jazzmen. En pleine ségrégation entre blancs et noirs, son comportement fait tache. Bud Powell, Thelonious Monk, Charlie Parker, Art Blakey, Dizzy Gillespie et beaucoup d’autres trouvent en elle une amie, un soutien et une confidente sincère. Stéphane Tamaillon et Priscilla Horviller livrent ici un biopic servi par une narration drôle, pétillante et émouvante. Une bédé qui ne se prend jamais la tête et qui revient sur une personnalité oubliée, qui a contribué à doter le jazz d’une aura indiscutable. Ed. Steinkis – 160 pages Daniel Bastié


FALLOUJAH : MA CAMPAGNE PERDUE Feurat Alani est correspondant de presse, spécialisé dans le MoyenOrient. Régulièrement, il collabore avec différents médias, tout en écrivant des scripts qu’il confie ensuite à d’autres artistes. Avec « Falloujah : ma campagne perdue », il revient sur la ville de son enfance. De ses vacances. La terre de ses parents. Le berceau de sa famille. Une ville comme il en existe beaucoup en Irak. Puis, la guerre met tout à mal. A mesure qu’il y retourne, il découvre le désastre du conflit du début des années 2000. Une métropole ravagée. Une population meurtrie. Une violence absurde avec l’usage de bombes à phosphore blanc et d’uranium, qui peut être assimilé à un crime contre l’humanité. Le constat est terrible : des bébés malformés et des cancers. Halim s’est chargé de mettre en cases les phylactères imaginés par l’auteur et nous sert une bédé en noir et blanc, qui sert à la fois de témoignage et de mise en garde. Le passé et le présent se confondent, l’enfance et l’âge adulte également. Le ton est dur et se veut une leçon d’Histoire sur une époque chaotique du XXIe siècle, tout en expliquant de quelle manière une situation mortifère a permis l’émergence de Daech. Un récit bouleversant, à la fois personnel et vrai. Une documentation ad hoc pour comprendre ce qui s’est réellement passé sous le régime de Saddam Hussein ! Ed. Steinkis – 126 pages André Metzinger

ASSANGE, L’ANTI-SOUVERAIN Que s’est-il passé pour que, en moins d’une décennie, l’un des chantres de la liberté devienne l’ennemi public numéro Un ? Pour bien comprendre la situation, Juan Branco, proche conseiller de Julian Assange, prend la plume et explique le parcours de ce dernier. Tout débute avec la création de Wikileaks, organisation non gouvernementale en 2006 et dont la raison d’exister consiste à offrir une fenêtre aux lanceurs d’alerte. Autrement dit à toute personne, groupe ou institution qui ayant connaissance d'un danger, un risque ou un scandale adresse un signal d'alarme et, ce faisant, enclenche un processus de régulation, de controverse ou de mobilisation collective. Bien entendu, la publication de documents confidentiels ne plaît pas à tout le monde. Dans un premier temps, Assange se voit courtisé par certains médias, reçoit de nombreux prix de journalisme et est pressenti pour le Prix Nobel de la Paix, avant d’être accusé de trahison par les Etats-Unis. La CIA en fait sa cible. Il s’enfuit à Londres et trouve refuge à l’ambassade d’Equateur, astreint à ne pas bouger de son lieu de retraite, constamment surveillé de l’extérieur par des hommes en noir. En 2019, la police britannique l’arrête, avec l’aval de son hôte équatorien. Manu militari, elle le place en détention. Une épée de Damoclès pèse sur lui : plus de cent cinquante ans de prison ! Ce livre ne se veut ni une apologie de l’homme ni une remise en question de son action. Il explique de quelle manière Julian Assange a vécu une chute vertigineuse, sans doute conscient dès le départ du risque encouru ? En s’appuyant sur ses expériences au Quai d’Orsay autant qu’à la Cour pénale internationale, l’auteur lève plusieurs coins du mystère. Bien entendu, on saisit d’emblée son message : sauver le plus grand lanceur d’alerte de notre époque et mobiliser l’opinion publique ! Ed. du Cerf – 494 pages Paul Huet


MAUVAISE CONSCIENCE Polar complexe, « Mauvaise conscience » nous entraîne dans les méandres d’une série d’affaires qui pourraient toutes être en corrélation. L’histoire commence avec des voitures qui sont fracturées dans le parking d’un immeuble. Dans le coffre de l’une d’entre elles se trouvait la comptabilité d’un homme d’affaires peu scrupuleux. Fort vite, un maître-chanteur se manifeste et, pour le faire taire, l’industriel fait appel aux services d’Angel, un nettoyeur. En parallèle, des dossiers liés à une potentielle menace terroriste ont également disparu. De quoi mettre la police sur les dents. Le milieu lyonnais y serait-il pour quelque chose ? Vers quoi se dirige-t-on ? Intervient alors Nono, un tueur qui élimine avec précision tous les témoins. Pour endiguer une folie qui se répand, une procureure aux méthodes peu orthodoxes bouscule les règles en usage. Au jeu de la manipulation, du mensonge et de la violence, il reste peu de place pour les états d’âme et l’éthique. Fabio Benoît signe un roman mené à toute vitesse, avec un dénouement à la déflagration surprenante et des situations à la fois réalistes et serties d’un humour qui permet de lever le pied de l’accélérateur d’un bolide lancé à deux cents à l’heure. Un livre qui s’inscrit dans la juste continuité de « Mauvaise personne », sorti en 2018 chez le même éditeur et rédigé par le même auteur. Avis aux amateurs ! Ed. Favre – 328 pages Amélie Collard

L’ODYSSÉE DU PLASTIQUE Le plastique est partout. Même au fond des océans. Dans le ventre des poissons ! Une marée polluante qui nuit à l’écologie autant qu’à la santé. Un constat qui implique des actions urgentes pour la sauvegarde de la planète. Le livre « L’odyssée du plastique » relate le combat mené par une équipe partie en croisade sous l’impulsion de Marco Simconi, entrepreneur généreux qui a consacré sa réussite professionnelle à une action d’autant plus nécessaire qu’urgente. Scientifiques, photographes et artistes ont uni leurs efforts sur le long terme, afin de proposer des solutions innovantes et limiter l’impact de ce polluant utilisé au quotidien et devenu un véritable fléau pour notre avenir. Le navigateur Eric Loizeau narre le récit de ce combat de David contre Goliath sans jamais baisser les bras et montre quelques avancées prometteuses, entre joies et doutes, dangers et moments de grâce. Cet ouvrage se veut à la fois empreint de beauté lorsqu’il dévoile des coins paradisiaques, mais n’occulte jamais les dégâts causés par le manque de vigilance des humains, leur déni ou leur je-m’enfoutisme. Or, on le sait, la terre n’appartient à personne, puisque nous en sommes les locataires sans pouvoir prétendre à un quelconque titre de propriété la concernant. Informer et sensibiliser, voilà les deux buts avoués de cet album qui combine photographies couleurs et prose. Si on n’avise pas, on peut déjà affirmer que les déchets plastiques ne feront que croître de manière exponentielle. Parmi les solutions suggérées, une machine qui recycle ces derniers pour les transformer en diesel. Vrai, les résines sont issues de produits intermédiaires (éthylène, propylène, acétylène, benzène, etc.), dont les matières premières sont le pétrole. Mettre l’intelligence des hommes au service de l’écologie, voilà un pas à franchir. Reste à y injecter des moyens financiers ! Ed. Favre – 192 pages Paul Huet


LES GUERRES SECRÈTES DES FOURMIS Par la faute des fabulistes, les fourmis ont acquis une réputation peu enviable. Ils la racontent notamment peu prêteuse (La Fontaine). Existe-il une once de vérité dans tout ce que ces récits populaires colportent ? Rien ! répondent les entomologistes. De surcroît, il n'existe pas de fourmi solitaire. Elles vivent en société, en suivant une organisation extrêmement précise, avec une hiérarchie dès la naissance, allant des ouvrières aux soldats. L'observation révèle chez elles une faculté d'adaptation qui s'apparente étrangement à ce qu'on appelle l'intelligence. Disciplinées et dévouées, elles sont prêtes à mourir pour leur colonie. A tous niveaux, les conflits existent. Entre sexes, entre clans, avec d’autres espèces. Pour mener le combat, les fourmis déploient de vraies stratégies militaires, des attentats-suicides ou la mise en place d’un système d’esclavage pour les sujets vaincus. Ces différends sont au cœur des recherches actuelles et suscitent l’étonnement autant que la fascination. Finalement, le monde des fourmis n’a pas fini de nous éblouir et nous renvoie le reflet de certains comportements proches des nôtres. Cleo Bertelsmeier est enseignante à Lausanne et connaît sur le bout des ongles l’univers des fourmis. Elle nous livre ses observations de manière didactique, avec des parties du texte en gras et des photographies qui permettent de découvrir certaines variétés. Voilà donc une introspection dans les fourmilières comme si nous y étions. Un ouvrage passionnant de vulgarisation qui raconte des histoires de sexe, de meurtres et d’invasions territoriales. A vous de voir ! Ed. Favre – 216 pages Daniel Bastié

LE ROMAN DE MOLLY N. La dessinatrice Molly Norris de Seattle a été menacée de mort par Al Qaida, qui l’accuse d’être à l’origine de la seconde affaire des caricatures de Mahomet, caractérisée par la journée du 20 mai 2010 intitulée « Jour où tout le monde dessine Mahomet ». Mouvement qui a suscité, notamment au Pakistan, des réactions extrêmes et violentes. La tête de l’artiste a naturellement été mise à prix, frappée par une fatwa pour motif de blasphème. Face à des menaces réelles de mort, elle a intégré un programme de protection des témoins mis en place par le FBI, afin de changer d’identité et de lieu de résidence. Sophie Carquain s’est inspirée de cette histoire vécue (et dont on a peu parlé chez nous !) pour écrire son dernier roman. Une tâche ardue, puisqu’elle a dû imaginer le nouveau vécu d’une femme partie sans laisser de traces, qui vit toujours et qui n’existe plus sous son nom. Quant à investiguer ? Les connaissances n’en savent pas davantage que l’écrivaine et Internet a été nettoyé par les agents fédéraux. Au-delà du récit d’une évasion, l’autrice a cherché à entrer dans la tête de Molly, en spéculant ses réactions, en sondant de quelle manière on tient le coup lorsqu’on vit pareille situation et quels états d’âme exprime-t-on ? Une enquête fascinante qui porte le lecteur à l’autre bout du monde et qui rappelle que la liberté d’expression est un droit bien mal acquis partout ! Ed. Charleston – 408 pages Paul Huet


BLESSURES DE VIE Vivre dans la résilience revient à vivre au ralenti. Si on peut déménager, quitter une région ou divorcer, on ne se débarrasse pas aussi facilement de son passé. Le mental ne ment pas et le corps somatise les blessures passées. Lorsque nous sommes touchés dans notre essence intime, nous réagissons souvent mal. A moins d’être totalement paralysés. Le chemin vers la guérison peut s’avérer long et douloureux. Il passe par une perspective de reconstruction. Le livre de Vincent Aveni est un guide vers nous-mêmes et surtout vers la compréhension de la relation qu’on entretient avec notre corps, nos émotions, nos douleurs et notre psyché. L’idée est d’apprendre au lecteur de quelle manière reconnaître les traumatismes qui s’inscrivent dans sa chair. L’auteur nous saisit par la main et cherche à répondre aux questions qui permettent de puiser ce qui est nécessaire pour abandonner un calvaire. On l’oublie trop souvent, mais notre enveloppe charnelle ressemble à une espèce de parchemin qui conserve toutes les marques accumulées au cours d’une existence. Etre en harmonie avec soi-même, c’est se rendre compte qu’on ne doit pas faire fausse route, qu’il importe de s’accorder avec son esprit et d’enclencher un processus harmonieux de guérison. Il a découpé son ouvrage en cinq gros chapitres : le lien au corps, le paradis perdu, lé séparation, la reconnexion et la guérison. Comme l’affirmait Lao Tseu : Le but n’est pas le but, c’est la voie ! Ed. Favre – 222 pages Sam Mas

QUAND LES ANIMAUX S’EN VONT… Les animaux de compagnie sont partout. Aujourd’hui, on considère qu’ils intègrent un quart des foyers européens et qu’ils font partie active de nombreuses familles, choyés, chouchoutés, aimés. La perte de l’un d’entre eux s’assimile à une catastrophe. A un véritable deuil. On pleure le disparu. On le regrette comme un être à part entière. Ce livre apporte un éclairage sur cet inévitable déchirement. Titulaire d’un diplôme d’assistante vétérinaire, Valérie Lebon a travaillé durant vingt-deux ans dans des cabinets privés et au CHUV. Attirée depuis toujours par la cause animale, elle s’est orienté vers la communication et consulte chaque jour depuis une décennie. Elle affirme que ses contacts avec ses patients à poils ou à plumes s’opèrent grâce à la télépathie, méthode qui lui a enseigné que le décès n’est qu’une transition vers une autre dimension, en dehors de l’enveloppe charnelle. Voilà une vision à saisir ou à rejeter. Si ce discours peut être d’un immense réconfort pour les maîtres endeuillés, il laissera dubitatif plus d’un. Au fil des chapitres, elle développe, explique, témoigne. « Foutaise ! » diront certains. Ce livre n’est évidemment pas pour eux et qu’ils passent leur chemin. A chacun de formuler un avis … Ed. Favre – 204 pages Sylvie van Laere


CHEMINOTS : PORTRAIT D’UNE COMMUNAUTÉ DE TRAVAIL Les cheminots font partie d’un des groupes sociaux les plus en vue. Un monde qui souvent intrigue ou fascine. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Ce livre relève le défi de répondre à ces questions. Non pas en affichant une analyse sévère du métier, mais en racontant ce qui fait la singularité de cette profession. Il s’agit néanmoins de relever une série de règles, de moyens de fonctionnement et un esprit grégaire. En suivant un dispositif convenu, tous œuvrent pour la satisfaction d’une clientèle éparse, allant de l’ouvrier au cadre, du vacancier au retraité. Bien sûr, les préceptes se veulent loin d’être arbitraires, puisque régis en amont par une équipe de direction, des chefs et des contrôleurs. Enfin, un job d’humanisation, puisqu’il sert à faciliter la vie de la communauté, en offrant un moyen de transport efficace et fiable. Un étonnement : le terme « cheminot » désigne moins une fonction que l’appartenance à une structure qui délivre le service ferroviaire. Sans se vouloir exhaustif, ce livre passe en revue tout ce qui est lié de près ou de loin à ce métier : horaire, uniforme, corporation, formation, etc. par le truchement d’une myriade de témoignages glanés sur le terrain par Ariane Verderosa. De nombreuses photographies en couleur de Gilles Leimdorfer émaillent ces pages. Loin des préjugés et des stéréotypes, cet album livre un point de vue singulier et un éclairage à part sur un groupe de travail encore trop mal connu. Ed. Autrement – 144 pages Daniel Bastié

REFUGE Les médias nous rappellent chaque jour la crise migratoire. Il y a encore peu, les journaux faisaient les gros titres en annonçant que le président Erdogan avait ouvert les frontières turques pour laisser les migrants affluer en Grèce. Gestion humanitaire à assurer dans l’urgence, ras-le-bol des habitants, élans de solidarité, relance des extrémismes nationaux ? Il ne s’agit pas de prendre position, mais de relever le quotidien de ces femmes et de ces hommes qui ont tout quitté pour aller ailleurs, risquant leur vie en traversant des zones hostiles, affrontant la peur et la misère et subsistant de débrouille. En Italie, en France ou en Allemagne, Bruno Fert est parti à leur rencontre, afin de photographier leur habitat. Qu’il s’agisse d’une tente, d’une chambre ou d’une cabane. Il en ressort des clichés sans empathie, qui témoignent d’une dure réalité. Alors que la plupart des citoyens européens cherchent un confort de plus en plus pointu et agrémenté de technologies, d’autres se contentent de l’élémentaire. Des refuges durables ou momentanés, dans lesquels ils s’installent en plantant leurs marques, en y mettant d’eux-mêmes et en ajoutant le plus qui en fait un chez eux bienvenu. L’idée de cet album consiste à montrer une réalité souvent éludée par la presse et à plonger le lecteur dans un monde qu’il ne connaît pas, pour lui permettre de s’identifier et de se mettre à la place de ces étrangers en observant leur lieu de vie. La démarche est à la fois belle et pédagogique. Surtout utile ! Ed. Autrement – 128 pages André Metzinger


BANLIEUE CRONGTON La vie d’Alex Wheatle ressemble à un roman et il n’est pas étonnant que l’on puisse retrouver des bribes de celle-ci dans les ouvrages qu’il a rédigés depuis la fin du XXe siècle. Des livres qui réinventent la langue et qui plongent dans le quotidien londonien avec des personnages haut en couleur, dont certains pourraient être sorti des films de Ken Loach. Si la réalité sociale se veut loin d’être amène, il la ponctue d’humour pour échapper au marasme des banlieues, avec un taux de chômage explosif, des laissés-pourcompte et une violence qui sourd derrière chaque porte close. L’occasion de retrouver à nouveau la jeune Mo, coincée sous un ciel gris entre une mère aimante et le jules de cette dernière, qui n’hésite pas à la frapper pour soulager ses besoins ou lorsqu’il a trop bu. Heureusement, elle peut toujours compter sur Naomi et Elaine, ses meilleures amies. Le jour où Lloyd, le mec qui campe chez elle et qui occupe le lit de sa maman, s’en prend à son intimité, elle rumine des idées de vengeance, car elle n’est pas de celles à baisser le front ni à se résigner ! Si la saga Crongton relève de l’imaginaire, il pourrait néanmoins s’agir de quartiers d’ici ou d’ailleurs. Surnommé le barde de Brixton par la presse britannique, l’auteur a également été DJ, a travaillé comme consultant pour la série « Small Axe » et s’est produit sur scène dans un one-man-show. Selon diverses sources, ses ouvrages seraient en passe d’être adaptés en série pour le petit écran. Au final, une histoire assez dure qui nous parle d’amitié, de déchaînements brutaux et de baumes pour cicatriser toutes les blessures de l’existence. Une lueur d’espoir émerge de ce monde de brutes ! Ed. Au Diable vauvert – 366 pages Paul Huet

LES POUPÉES DE NIJAR Níjar est une ville de la province d’Almeria située en Andalousie (Espagne), aussi connue pour ses serres incandescentes qui répandent une nappe de plastique sur plusieurs kilomètres et où s’activent des travailleurs principalement venus d’Afrique, prêts à s’esquinter la santé pour un salaire de misère. Dans ce cadre singulier, Gilles Vincent plante le pitch de son dernier roman. Tout débute lorsque des enfants sont kidnappés sans raison apparente et dont les corps sont retrouvés suspendus à des branches … comme des fruits mûrs ou des poupées désarticulées. Thomas Volner, photographe dépêché par son patron afin de réaliser un reportage-dénonciation sur des conditions agricoles inhumaines, est brusquement interpelé par ces meurtres mystérieux. Petit à petit, il se prend au jeu de remonter des semblants de pistes et de trouver des témoins. Face à un émoi grandissant, il soupçonne de vieilles rancœurs davantage que l’œuvre d’un maniaque. Tuer des gosses revient surtout à anéantir des parents. Et si l’ombre du franquisme avait fomenté un plan machiavélique ? Pour cerner le profil psychologique du coupable et mettre un terme à ses exactions, il convient de circonscrire le mobile. Or, sans mobile, rien ou peu de choses ne peuvent être mises en place ! L’auteur signe un polar noir de noir et ose ce que beaucoup regimbent à formuler : assassiner des gamins ! Depuis l’affaire Dutroux, en Belgique, un pas supplémentaire a été franchi dans l’horreur ! Ed. Au Diable Vauvert – 366 pages Daniel Bastié


LES BALLERINES VERTES Les couples s’essoufflent parfois. Souvent ? Usés par l’habitude, le ronron. Comment relancer une passion sur le point de s’étioler ? Rose, mariée trop jeune, suggère à Pierre, son époux, un break. Elle étouffe et fait appel à sa compréhension. Elle demande trois mois pour tout remettre en question, sauver ce qui peut encore l’être. Moins de cent jours pour aller ailleurs et retrouver une part d’elle-même. Ce reste de jeunesse endormi et qu’elle souhaite réveiller. Pour ce faire, elle part au Brésil et a décidé de se remettre à la samba, pratique abandonnée depuis son adolescence. Toutefois, une condition lui est imposée : se faire accompagner par Stan, le secrétaire de son mari, chargé de veiller sur elle dans un pays considéré comme extrêmement violent. Pourtant, dès son arrivée à Rio, Rose embrasse le rythme de la ville, s’y fond comme si elle y avait toujours vécu. Elle s’intègre dans l’univers de la nuit, des salles de danse et y rencontre des personnages envoûtant tel ce professeur charismatique et mystérieux. Enivrée de liberté, elle oublie rapidement les raisons qui l’ont amenée à tout abandonner et à renaître pour s’épanouir pleinement sans contraintes. Assez vite, une nouvelle routine s’impose à elle et son désir d’évasion s’érode. Des lettres de Pierre ravivent en elle les heures de félicité avec lesquelles elle se surprend de vouloir renouer. Solveig Vialle peint un portrait de femme moderne, qui mord dans la vie pour progresser, secouée par des sentiments contradictoires, bercée de passions foisonnantes et grisée par l’appel de l’inconnu. Il s’agit également d’une étude méticuleuse de la psychologie féminine et qui évite l’aspect caricatural. Ed. Léo Scheer – 224 pages Sylvie Van Laere

LE SYNDROME DE PALO ALTO La Silicon Valley est le lieu de tous les mythes. Ceux de la fortune, de la réussite et des innovations technologiques. Dans les coulisses, la réalité est tout autre et se révèle la pire des chiennes. A Palo Alto, au Sud de San Francisco, siège social de nombreux géants du Web, Marc est viré de la start-up dont il est le créateur, poussé vers la sortie par ses associés. Bien entendu, il rumine des idées de vengeance. Ses rares instants de répit, il les consacre à des discussions tarifiées avec Luz, une jeune colombienne qui gagne sa vie en proposant des shows sexy sur la toile. Peu à peu, elle l’entraîne dans sa haine contre un concurrent qui sévit sur les réseaux sociaux. Un combat qui donne progressivement l’idée à Marc de s’inspirer de Virus, un groupuscule d’activistes anti-tech et anticapitaliste pour s’attaquer à ses anciens collègues. Loïc Hecht s’est immergé de longues semaines dans le monde de cette industrie et a enquêté sur le terrain auprès de plusieurs employés pour livrer un récit choral impitoyable qui met à mal les rouages du système. Face à une structure libérale impitoyable, il interroge le lecteur sur les limites à poser et raconte de quelle manière chacun est assujetti à une servitude de plus en plus imposée par la société moderne. Terrifiant ! Ed. Léo Scheer – 400 pages Daniel Bastié


VOUS FAITES QUOI DANS LA VIE ? Dix-huit Nouvelles... dix-huit perles qu'on enfile pour confectionner un remarquable petit recueil de Nouvelles. Elles sont courtes et possèdent les trois qualités requises pour satisfaire amplement les attentes du lecteur passionné et enthousiaste que je suis : l'accroche de départ, le rythme soutenu et la chute, surprenante dans la plupart des cas. "Vous faites quoi dans la vie ?", ce sont dix-huit prénoms et autant de professions. Des professions simples mais ô combien utiles comme celles d'éboueur, de déménageur, de femme de ménage ou encore d'épicier. Des trajectoires tour à tour tragiques ou heureuses. Brigitte Moreau éprouve de la tendresse pour chacun de ses personnages et cette empathie est contagieuse. Comment, en effet, ne pas "succomber" au courage de Prudence (34 ans, femme de ménage), au "geste" de Jonas (17 ans, étudiant) ou à l'espoir de Babacar (37 ans, sans papier) ? Des personnages qui se croisent parfois dans une autre histoire... comme ce cuisinier de 51 ans, Guy, qui s'en prend ouvertement à l'auteur (Guy, 51 ans, personnage de fiction) lui reprochant de l'avoir fait cocu dans une nouvelle précédente (Guy, 51 ans, cuisinier), ... Extrait : ... "Je suis venu te dire ce que je pense de toi, espèce de salaud ! Tu crois que tu peux jouer ainsi avec la vie des gens ? Détruire leur bonheur en quelques mots puis les abandonner pour passer à une autre histoire ? L'auteur soupire. Il sent que la nuit va être longue. - Ecoute, Guy, je suis vraiment désolé pour toi. Mais tu n'es pas le premier homme à découvrir que sa femme le trompe. Il faut que tu l'oublies et que tu passes à autre chose. Mais c'est ta faute aussi. Tu es si mou si gnangnan. Ma femme par ci, ma femme par là. Je comprends qu'elle ait eu besoin de se chercher un homme, un vrai. - Non, c'est faux, rien de tout ça ne serait arrivé si tu ne l'avais pas écrit ! Tout allait très bien avant que tu t'en mêles..." Ou encore cet écrivain (Jacques, 43 ans, écrivain) roulant au pas d'homme derrière un camion de la voirie et qui voit un éboueur déposer une tulipe en origami sur le pas de la porte d'une petite maison jaune bien entretenue portant le numéro cinq. Un rituel dont on comprend le sens dans une nouvelle précédente (Didier, 29 ans, éboueur). Un recueil qui nous fait passer par divers sentiments où l'humour est aussi présent (Jocelyn, 45 ans, déménageur). Foi de nouvelliste, on déguste les nouvelles de "Vous faites quoi dans la vie ?" comme on le ferait avec un ballotin de pralines... une à une, avec goût, avec délice, en prenant son temps pour s'imprégner de toutes les saveurs. Editions Académia - 113 pages Alain Magerotte


UNE FEMME D'EXTÉRIEUR Taillée à coups de serpe dans du buis, voici Marthe, une grand-mère pas comme les autres ! Tout au long de ce récit, l'auteure (qui est la petite fille de Marthe) nous dresse le portrait d'une grand-mère qui n'a pas été une mère exemplaire, loin de là. Cette grand-mère qui rrrrroulait les "R" en bonne boraine se fagotait comme une prostituée. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Marthe se moquait du regard des autres. L'auteure tutoie cette grand-mère atypique. Un tutoiement plus accusateur qu'affectif car on ressent à travers celui-ci une tristesse teintée de regret d'avoir eu une grand-mère qui faisait honte... terriblement honte. Extraits : "... Au Trade Markt, tout le monde te redoute. Tu essaies toujours d'arnaquer quelqu'un et de payer le moins possible ta marchandise. Tu en perds même la politesse. Tu écrases tout le monde sur ton passage et te transformes en animal féroce. Tu parviens toujours à tes fins : la malhonnêteté et la grossièreté te vont bien..." "... Mais si tu viens me chercher à l'école avec maman, je suis soudain prise d'une immense gêne et regarde autour de moi pour être certaine que personne ne te remarquera, ce qui n'est pas chose aisée, car tu t'extirpes de l’Honda couleur rouille de maman en t'exclamant "bonjourrrr, chou" et en m'écrasant sous ta poitrine. Je suis une jeune adolescente et tu ne cadres pas avec les gens de Decroly ! Je rentrerais bien sous terre..." La mort de Marthe et le temps (n'est-il pas, d'après ce que l'on dit, un grand guérisseur ?) parviendront quelque peu à corriger voire à adoucir le jugement de l'auteure qui se questionne : Et si, tout compte fait, cette grand-mère était née à une mauvaise époque ? Son attitude choquerait-elle autant aujourd'hui ? Quelque part ; Marthe était une féministe avant l'heure. Une femme trop éprise de liberté à une époque où le rôle de celle-ci consistait surtout et avant tout à être une bonne ménagère uniquement soucieuse de faire la cuisine, la lessive, et de repasser le linge. Une modernité qui choquait à l'époque mais c'était pour Marthe une façon de se protéger d'un certain passé et de tenir le coup. Et Caroline Tapernoux, l'auteure, de se sentir quelque part l'héritière de cette "modernité" lors des épreuves qu'elle a dû subir dans la vie. Des épreuves qui ont révélé en elle une force et une créativité insoupçonnées. Rien que pour cela, Marthe méritait une réhabilitation dans l'esprit et le cœur d'une famille avec laquelle les rapports n'ont pas toujours été aisés. Une chronique familiale très agréable à lire, on ne s'ennuie pas un seul instant au point de regretter qu'il n'y ait pas plus de pages. Editions Académia - 80 pages. Alain Magerotte


LES FRUITS DE LA SOLITUDE Que représente la solitude ? Qu’inspire-t-elle ? Quel message envoiet-elle ? En partant de son expérience de vie, Myriam Buscema se raconte, s’interroge et ose quelques formules qui visent à dédramatiser une situation qui va à l’encontre du modèle voulu par notre société. On le sait, l’être humain est une personne grégaire et l’isolement lui va mal. Toujours ? Au fil d’une réflexion planifiée en amont, l’autrice répète qu’il n’en est rien et que, si parfois le fait d’être seule lui pèse, elle préfère cette situation à celle d’être mal accompagnée. Il faut néanmoins éviter la solitude de l’âme. Cesser de se morfondre et se regarder de face pour chercher le meilleur, afin de s’épanouir. La liberté revient aussi à prendre soin de soi pour soi … et non pour l’autre ou les autres ! Il ne s’agit bien entendu pas d’un repli stratégique. Toute notre vie, nous la confrontons avec nous-mêmes et notre rapport à autrui dépend des liens que nous entretenons avec notre image personnelle. Une évidence ! Pour aimer le monde, il faut d’abord s’aimer soi-même. Puis, si on ne trouve pas la personne idéale (alors que certains ou certaines placent la barre fort haut !) cela importe peu, puisque le temps libre permet de se ressourcer, de créer, de lire, d’écouter de la musique ou de se balader. Solitude ou liberté, voilà le paradoxe ! Pour savoir qui on est, il n’est nul besoin de conquérir ceux qui nous entourent. La voie solitaire invite à la conscience d’être soi et en vie. Dans le court laps de temps que représente notre passage sur terre, la solitude n’a rien d’un mal à endiguer, d’une épidémie à enrayer ou d’une pathologie. Qu’on l’accepte on non, elle est le lot d’une multitude dans une société de plus en plus individualiste, On souffre certes d’isolement lorsqu’il n’est pas choisi. La douleur vient du fait de ne pas être compris ni reconnu. Rarement de se trouver seul. Le solitaire n’est en rien un individu au cœur sec ni un indifférent, mais bien celui qui sait qui il est et qui maintient le goût du secret. Le présent ouvrage n’est pas un exposé philosophique ni un essai, plutôt une exploration d’un thème propre à de nombreux citoyens. Pour étayer ses propos, l’autrice remonte à sa petite enfance, parle de ses parents, de son mariage, de ses rencontres et de la façon dont elle a pris le contre-pied de ce que beaucoup considèrent comme étant une malédiction. Elle l’avoue clairement : vivre seule lui a permis de se trouver, même si elle n’a jamais renoncé à l’amour vrai ! Ed. Marcel Dricot – 106 pages Daniel Bastié

TOUT COMMENCE PAR LA BALEINE Les parfums, les lumières, les couleurs et les goûts sont autant de madeleine de Proust pour Alba, finlandaise qui vient de perdre son grand-père. En pleine rupture amoureuse, elle quitte Helsinki pour se rendre aux funérailles. Le corps du défunt a été exposé sur la table de la cuisine, paré d’une semi-pénombre, afin de permettre aux proches de se recueillir. Toute la famille est venue. Des oncles et des tantes qu’elle n’avait plus vus depuis des lustres. L’émotion s’empare d’elle et ravive des souvenirs qui émergent du passé. Ceux-ci exhument une part d’ombre, des cicatrices et des secrets longtemps tenus enfouis. Cristina Sandu livre un roman serti de sensibilité et de mélancolie, qui s’inscrit dans la nostalgie du temps qui fuit. L’autrice aborde ici des thèmes universels tels que la mort, l’hérédité, la multi-culturalité et la recherche d’identité. Au fil des pages, on découvre la légende de Goliath et la baleine et celle des œufs rouges. Une immersion complète dans une culture fort éloignée de la nôtre et, néanmoins, extrêmement vivace. Moralité de cet ouvrage : le passé est parfois tellement violent qu’il est bon de l’oublier, car réveiller d’anciennes sensations revient à souffrir de nouveau. Ed. Robert Laffont – 320 pages Amélie Collard


VERDI, L’INSOUMIS L’œuvre de Verdi ne serait pas ce qu’elle est sans l’homme ni son vécu. La littérature abonde concernant son travail et sa biographie, car ses opéras ne cessent de passionner, vecteurs de nombreuses impressions, d’une écriture à la fois forte et raffinée mise au service de sujets universels, du faible et de l’opprimé, refusant de s’établir dans les codes de son époque et ceux voulus par les puissants impresarios. Grâce à son talent, le compositeur a pu s’élever au-dessus de la mêlée, demeurer fidèle à ses engagements et ne pas se corrompre en suivant les modes. Il a toujours été l’insoumis de son adolescence, bardé d’une solide formation et confronté à la dureté de son temps. En ce sens, il s’est écarté des chemins balisés par ses prédécesseurs et a tenu à exprimer la condition humaine avec un naturaliste qui pourrait le rapprocher de Zola. Il a fait entrer un souffle nouveau dans l’univers des planches en exaltant les passions et en invitant la politique et la morale à s’intégrer dans ce que certains voient à tort comme un divertissement lyrique. De son vivant, il a fait l’objet d’une dévotion authentique, poussant les touristes à visiter la maison où il est né. Cet ouvrage n’a pas l’objectif de tout révolutionner, mais de rappeler à quel point le musicien a toujours été un homme debout, rejetant les accommodements et d’une rigueur intransigeante. En cela, certains critiques le comparent à Richard Wagner qui, lui également, a marqué son nom dans le marbre de l’Histoire. Néanmoins, une chose les différencie : Verdi rayonne certes par sa complexité, mais est devenu immortel par le biais de sa simplicité. Ainsi, ses opéras continuent encore de déchirer le voile des préjugés et des apparences, joués dans le monde entier et interprétés par les meilleurs artistes lyriques. Qui ne connaît pas Verdi ? Ne serait-ce que de nom ? Des airs immortels : solos, duos et chœurs ! Ed. Robert Laffont – 224 pages Daniel Bastié

MAGELLAN « Magellan » est un récit historique de Stefan Zweig, publié pour la première fois à Vienne en 1928. L’auteur y retrace la vie et les voyages du célèbre navigateur portugais Fernand de Magellan et, en particulier, le premier tour du monde de l’histoire de la navigation et la découverte du passage entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique par la pointe de l’Amérique du Sud, détroit qui désormais porte le nom du célèbre explorateur. Ici, l’art du romancier se déploie avec maestria, revenant sur cette odyssée sans pareille au cœur des affrontements et des rivalités entre grandes puissances du XVIe siècle. Parti avec près de deux cent cinquante hommes, on sait que le navire est revenu avec une vingtaine d’entre eux et sans Magellan, tué dans le cadre d’un combat avec des indigènes sur une île des Philippines. Cette histoire est aussi celle du destin entraîné par une volonté sans mesure. Un de ces exploits qui, pour Zweig, illustrent à la perfection la conscience novatrice des hommes, prouvant qu’une idée animée par le génie et portée par la passion demeure plus forte que tous les éléments réunis et que, engagée dans l’action, elle peut servir le progrès et les connaissances. Il s’agit ici d’une nouvelle traduction signée Françoise Wuilmart, forte et puissante. Surtout fidèle au texte original, sans fioritures personnelles et sans trahisons. Ed. Robert Laffont – 344 pages Daniel Bastié


LES DAMES DU MARDI Jean Siccardi est piémontais et aime sa belle région. Voilà une des raisons pour laquelle il plante ses personnages dans un décor adoré, baignés sous un soleil qui irradie au zénith et une nature sauvage. « Les dames du mardi » raconte le parcours de Vittorio Lombardo, qui s’est ensuite fait appeler Victor Cousin, comte de Valèse, après avoir acquis une fortune totalement fortuite. Au cours de la guerre 40-45, il trouve trois millions de francs dans la carcasse d’un avion britannique abattu. Un magot qu’il se fait un devoir de cacher, afin de le récupérer plus tard et modifier complètement son train d’existence. Une véritable aubaine pour cet orphelin devenu tour à tour gamin des rues, chef de bande qui rançonne les riches pour offrir une vie décente aux déshérités, castagneur lorsqu’il s’agit de s’empoigner avec les gars d’autres gangs, maquisard et porteur de messages dans les Alpes pour le compte de la résistance. Une vie qui s’étale sur un demi-siècle et qui exalte l’accent niçois, avec une truculence avérée, mais aussi beaucoup de dureté, loin des images d’Épinal qui ravivent le goût du pastis à déguster à la table d’une terrasse. Devenu un homme respecté et comme tous les notables qu’il côtoie, il fréquente l’établissement sélect de la coquette madame Juliette. Une maison tenue avec soin et dont les pensionnaires sont triées sur le volet. Parmi celles-ci, il s’éprend d’une belle fille perdue, dont le charme le foudroie. Il y a un peu de Robin des Bois et de Monte Cristo dans ce roman aux relents d’antan. Un zeste de Borsalino aussi ! L’auteur connaît la mécanique d’un récit efficace et s’en sert sans jamais appuyer sur les effets tonitruants. L’écriture est fluide et les descriptions bienvenues, question d’exhumer des images que la plupart des lecteurs ne connaissent pas et qui relèvent du cinéma de papa. Un destin hors du commun et plein de rebondissements, voilà une recette éprouvée par les feuilletonistes, dont l’auteur fait partie ! Ed. Presses de la Cité – 344 pages Daniel Bastié

ANONYMAT GARANTI Idée de base originale et roman bien mené : voilà ce que je peux dire de « Anonymat garanti » ou de quelle manière une jeune femme se trouve enlisée dans les filets d’un médecin peu scrupuleux. Au départ, la proposition paraissait alléchante pour Jessica, maquilleuse fauchée et à la recherche d’argent rapide. Elle répond à une étude rémunérée sur l’éthique et la morale, supervisée par un éminent psychiatre. Elle croit qu’elle devra se limiter à quelques réponses par rapport à un questionnaire basique et en étant la plus sincère possible. Très vite, cependant, elle déchante et découvre qu’il n’en est rien. Le sibyllin docteur Shields use et abuse de ses prérogatives, devenant de plus en plus intrusif. Naît de leur rencontre, une joute aussi captivante que malsaine et que le lecteur suit avec malice. Mais ce duel va plus loin que l’affrontement minimal. Le pitch de départ est retourné en cours de récit et se transforme en jeu du chat et de la souris, où le prédateur n’est pas forcément celui auquel on songe. L’approche est osée et glaçante, avec le thème sous-jacent de l’obsession et de la domination. On le sait, attirance et répulsion font un ménage explosif, autant que la notion d’amour et de haine. Au demeurant, il s’agit d’un duel verbal comme on en lit trop peu dans la littérature moderne, sorte de huis clos pernicieux qui prend la forme d’une gigantesque toile d’araignée et qui réclame un vainqueur et un vaincu. Dès les premiers chapitres, on tombe sous le charme et on ne voit pas le temps passer. Le roman se conclut par cette note : Lorsque l’argent croise la morale, les conséquences peuvent mettre en lumière de fascinantes vérités sur la nature humaine ! De loin, on songe aux expériences de Milgram en 1963 sur l’autorité. Mais bon, il s’agit d’autre chose, même si … Ed. Presses de la Cité – 472 pages Paul Huet


LES CHOIX DES APPARENCES Revivre. Tout démarrer en repartant de zéro. Camille en a assez et est prête à fuir une existence qu’elle entretient au quotidien. Pour concrétiser ce désir, elle plie bagages et laisse derrière elle un job bien rémunéré d’avocate spécialisée dans les affaires familiales, dégoûtée suite à une histoire qui a mal tourné. Direction : Douarnenez en Bretagne. Un lieu où elle a passé des étés idylliques ! Sur place, elle accepte un emploi d’assistante dans une biscuiterie locale et renonce à ses honoraires mirobolants. Ce poste, même modeste, lui permet de se déconnecter et de s’ouvrir à ellemême autant qu’aux autres, en oubliant le code civil, les prétoires et ses collègues empreints de morgue. Changer de vie, créer de nouveaux liens sociaux et devenir utile à la société : voilà le phare à atteindre ! Martine Delomme livre ici un merveilleux portrait de femme en rupture et prête à tout pour ne pas sombrer. Puis, au passage, pourquoi ne pas mettre de l’ordre dans son passé ? Acculée, elle comprend qu’elle doit également affronter quelques vieux fantômes poussiéreux abandonnés dans un placard sombre et qui ne cessent jamais de frapper contre la porte. Or, on le sait, aucune route n’est jalonnée de manière précise, personne n’est capable de prédire l’avenir et l’être humain est soumis aux aléas du destin qui le bousculent, l’interpellent et le poussent à (ré)agir. Avancer revient à exister. Choisir équivaut à ne pas se scléroser ! Ed. Presses de la Cité – 358 pages Amélie Collard

LES MURMURES DU LAC Isaure et Lucille sont jumelles. Pourtant, la vie les a séparées. Lorsque la seconde meurt dans un accident sous les yeux de la première, celle-ci décide d’endosser son identité afin de récupérer sa fortune. Un choix totalement démentiel, mais qui pourrait fonctionner. Evidemment, elle ne doit pas commettre d’impairs ! Pour elle, il s’agit surtout de démarrer une nouvelle existence en remettant le compteur à zéro. La difficulté consiste à s’intégrer dans un monde qu’elle ne connaît pas et à réagir face au beau Matthias. De quelle façon demeurer crédible dans la peau de celle qui était son contraire : une femme moderne, séduisante, attirée par les hommes et attirante. D’autant plus qu’une surprise de taille l’accueille. En l’occurrence : un bébé prénommé Noé ! Karine Lebert joue avec les codes et nous entraîne dans un suspense vertigineux, qui jongle avec les effets de miroir. Au jeu du chat et de la souris, elle distille un récit retors qui se fonde sur les souvenirs nés dans le creuset de l’enfance, un passé trouble qui a distendu durant de longues années les relations que les deux femmes entretenaient entre elles. Au départ, ce qui s’apparentait à un simple jeu de rôle se transforme bien vite en challenge, où rien n’est prévisible ni ordonné. Comment s’intégrer dans un monde dont on ignore tout ? Comment appréhender les réactions venues de partout ? De quelle manière adopter des attitudes et des comportements qui ne sont pas les siens ? L’idée de base est passionnante et bénéfice d’un excellent traitement. Si on s’intéresse au personnage, on est principalement curieux de découvrir de quelle manière son aventure évolue. Ed. Presses de la Cité – 344 pages Daniel Bastié


LES SECRETS DE BROCÉLIANDE « Georges Dupin et sa petite équipe du commissariat de police de Concarneau avaient fait bonne route, il leur avait fallu à peine plus d’une heure pour arriver à destination. Le commissaire conduisait, désinvolte comme à son habitude en matière de respect de la limitation de vitesse. Sa Citroën, encore vaillante en dépit de son âge avancé, avait été flashée à deux reprises. Ses lieutenants, Le Ber et Labat, étaient à l’arrière et Nolween, son indispensable assistante, sur le siège passager. Nolween avait eu l’idée grandiose de conclure une pénible obligation professionnelle du commissaire dans la forêt de Brocéliande en excursion touristique, ce qui n’était pas allé sans une certaine réticence de son chef. Mais Nolween était déterminée. » Voilà de quelle manière débute la nouvelle enquête du commissaire Georges Dupin, personnage de fiction créé sur le clavier de l’ordinateur de l’écrivain allemand Jean-Luc Bannalec (de son vrai nom Jörg Bong), installé depuis des années en Bretagne et amoureux de la région. Alors que la balade se voulait récréative, il a le malheur de tomber sur le cadavre d’un éminent historien, fine fleur de la recherche arthurienne. Pour quel mobile l’a-t-on assassiné ? La querelle pour l’édification d’un parc d’attraction serait-elle la cause du crime ? S’agirait-il plus simplement d’une querelle ou d’une découverte à s’approprier ? Dans ce lieu mythique, hanté par les spectres du Graal, le policier sait qu’il aura maille à partir avec plus d’un qui ne souhaitent pas ébruiter l’affaire. Du coup, la petite excursion se transforme en enquête qu’il entend mener rondement. Il ne sait pas encore que d’autres meurtres se succèderont. Le commissaire Georges Dupin a été popularisé par la chaîne ADR de la télévision germanique avec la série « Kommissar Dupin », dont le protagoniste est interprété par le comédien suisse Pasquale Aleardi venu tourner spécialement en France pour la circonstance. Le succès du feuilleton a même donné lieu à des circuits touristiques baptisés sur « La route de Dupin ». Ed. Presses de la Cité – 415 pages Daniel Bastié

BEAUTIFUL BOY

A l’angle de 72e rue et de Central Park s’élève le mythique Dakota Building, lieu de résidence de nombreuses stars. Nous sommes en 1980 et Anton Winter revient d’une mission humanitaire en Afrique. A vingt-trois ans, il retrouve le bercail et ses parents. Son père, Buddy, sort d’une dépression et lui demande de l’aide afin de relancer sa carrière dans la petite lucarne. Au fil des chapitres, Tom Barbash nous fait croiser John Lennon, Mick Jagger, Ted Kennedy et, parmi beaucoup d’autres, Lauren Bacall. L’ancien Beatles pourrait lui être utile pour revenir à la une de l’actualité et reconquérir le cœur du public. Anton s’investit dans cette mission et devient son intime. Il ne sait pas encore qu’un certain Mark Chapman videra sur ce dernier le barillet de son revolver quelques jours plus tard. « Beautiful boy » met en scène des personnages historiques et d’autres nés de l’imagination de l’auteur d’une manière parfaitement crédible, sans oser la surenchère et en demeurant fidèle au caractère des vedettes décrites dans leur quotidien. Pour ce faire, il s’est appuyé sur une riche documentation qui permet de nous en apprendre autant sur l’artiste assassiné que n’importe quelle biographie menée par des experts en la matière. Ce roman se caractérise par des dialogues redoutablement efficaces et s’ouvre sur une lettre de Buddy à son fiston. Bien entendu, le moteur de l’histoire repose sur la relation père-fils et les difficultés qui surgissent avec le fossé des générations. Egalement, il y dépeint sa fascination pour les paillettes du show-business, entre mélange d’engouement et de malédiction liés à la célébrité. Enfin, le vrai pitch du récit repose sur la question que voilà : Buddy animera-t-il une nouvelle émission télévisée ? Ed. Albin Michel – 412 pages Daniel Bastié


LE LIBÉRATEUR DE BRUXELLES Avec ce livre, notre collaborateur Georges Roland rend hommage à l'un des plus grands échevins qu'ait connu Bruxelles. Celui qui initia la construction de la seconde enceinte (le Pentagone), qui fit paver les rues de la ville, qui rendit de fiers services à ses administrés. En 1388, le poète fictif Roeland van der Borght est un témoin privilégié dans le crime atroce, commis sur Éverard t'Serclaes. La ville s'ap- prête à fêter Pâques, lorsque la nouvelle tombe : t'Serclaes a été agressé, et va mourir ! Le sire de Gaasbeek est immédiatement désigné comme coupable de ce lâche assassinat, et subira la terrible vengeance des Bruxellois. Mais la justice populaire est-elle vraiment infaillible ? Le Libérateur de Bruxelles est un roman historique, fruit de plusieurs années de recherches appuyées par les archives des Arbalétriers du Grand Serment de Saint Georges de Bruxelles. L'auteur a cherché à y regrouper les signes, événements et monuments distinctifs de sa ville : Manneken Pis, l’iris, la lambik, l’Ommegang, etc. en se focalisant non sur le coup d’éclat que fut la libération de Bruxelles par Éverard t’Serclaes, mais bien sur l’attentat dont il fut victime, en proposant une autre vue sur ces faits. Tous les personnages et faits ont sans doute existé, mais rien ne prouve leur authenticité. Dans le roman, tout est lié. Les Bruxellois y portent une telle dévotion à leur échevin que tout ce qui entoure son décès mort devient merveilleux, voire miraculeux. Si le sire de Gaasbeek fut l'ennemi juré des Lignages de Bruxelles, et plus particulièrement de leur représentant, Éverard t'Serclaes, il ne faut pas pour autant perdre de vue le contexte historique plus large. En quelques mots, voilà ce que révèle ce roman historique. Ed. Mémogrames – 260 pages Sam Mas

VICTOR, MON PÈRE Richard Lanoux est bien sûr le fils de Victor, celui qui a enchanté une partie de ma vie en interprétant des rôles comiques ou dramatiques, passant de la fonction de second couteau à celle de tête d’affiche. Un artiste peu commun flanqué de son mètre quatre-vingt-trois et d’une carrure de rugbyman. L’occasion de revenir sur une carrière exceptionnelle et d’une relation père-fils où parfois (souvent !) l’aîné intimidait l’autre. Pas facile de grandir en compagnie d’une vedette adulée par le monde du cinéma français, de trouver sa voie dans l’ombre d’une pointure de l’écran et de la petite lucarne. En partant de ses souvenirs, l’auteur se raconte et raconte celui qu’il admirait réellement. Un homme de caractère, mais foncièrement généreux et bon, un vrai professionnel qui s’investissait à fond dans ses projets pour les mener à terme, sans rechigner sur les efforts à produire. Puis, avec le temps, leur relation s’est inversée et le cadet est devenu le mentor, le conseiller et l’assistant, en écrivant plusieurs épisodes de la série « Louis la brocante », véritable triomphe à la télévision. Le dialogue s’est installé presque d’égal à égal. Une époque bénie selon Richard. Avec plus de quarante épisodes au compteur, Victor parvenait encore à surprendre, suscitant des réactions un peu partout, se renouvelant, dévoilant une force qu’on ne lui attribuait plus alors qu’il était malade. Il ne s’agit pas ici d’une apologie ni d’une confession, plutôt d’une machine à remonter dans le temps pour, justement, aller aux origines d’un homme simple et le suivre dans sa lente progression sous les feux de la rampe afin d’atteindre une renommée qui ne l’a jamais quittée. Un accident vasculaire a eu raison de lui en 2017, laissant une filmographie impressionnante où s’alignent Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au paradis, Adieu poulet, Louisiane, Le bal des casse-pieds, Un dimanche de flic, Une femme à sa fenêtre, Dupont Lajoie et bien d’autres. Ed. Plon – 219 pages. Daniel Bastié


DANS LES FORÊTS Pavel Melnikov-Petcherski est un auteur russe du XIXe siècle. Après avoir professé quelques années dans l'enseignement, il devient un fonctionnaire opportuniste, partisan de la manière forte contre les vieux-croyants ou groupes ritualistes qui se sont séparés de l’Eglise orthodoxe et cause d’un schisme. Des persécutions implacables s’ensuivent. Devenu rédacteur d’un journal local, il se lance dans la prose. Ce n'est toutefois qu'après sa retraite, en 1866, qu'il écrit le roman-fleuve « Dans les forêts » (1874), qui lui apporte la célébrité attendue. Un ouvrage qui se décline à la manière d’un poème épique, séparé en chants avec une action qui se déroule entre Noël et la Pentecôte. L’auteur y relate les travaux printaniers et les rites chrétiens alors en usage autour de la famille d’un riche marchand. Il y dépeint également un cortège de personnes hautes en couleur issues de toutes les classes sociales (prêtres, agriculteurs, vagabonds, etc.). Les destins de ces protagonistes s’enchevêtrent dans un gigantesque puzzle pour offrir un hymne à l’abondance, à la nature, à l’amour et au bonheur de vivre. Il s’agit pour beaucoup d’un livre phare né sous le règne du tsar Nicholas II et qui décrit avec passion la vie sous ses différents aspects, sans exagération mais avec le goût de la précision et de la joliesse du verbe. Langue et style sont ici empruntés à la culture orale : celle des contes, des chansons et des bylines, avec leurs stéréotypes et leurs répétitions. La présente réédition bénéficie d’une traduction récente et d’une postface de Sylvie Luneau, ainsi que d’une préface de Georges Nivat. Ed. des Syrtes – 1118 pages André Metzinger

LE JARDIN DE VERRE Lastotchka est une gamine sans avenir, jeune moldave livrée à elle-même dans un monde peu amène. A sept ans, elle intègre un orphelinat. Un lieu clos qui suscite à la fois son émerveillement et son ahurissement. Elle y découvre des règles qui la façonnent sous un jour neuf. L’occasion d’apprendre à lire et à écrire, de se familiariser avec le russe (alors qu’elle affectionne sa langue natale) et de se frotter à des surveillantes violentes. Tatiana Tibuleac livre un roman à hauteur d’épaules et revient sur le parcours d’une enfant qui souhaitait vivre heureuse, mais qui a été embarquée dans le cours d’un siècle difficile. Elle raconte les traumatismes de la jeunesse, la quête de soi et la difficulté de grandir. Le tout vu à travers le regard d’une gosse sensible qui apprend la dureté de la société qui l’enclave, en multipliant les expériences. « Le jardin de verre » peut aussi être considéré comme une lettre imaginaire rédigée par l’héroïne à ses parents défunts. La douleur de l’abandon, le manque de tendresse et d’amour maternel demeurent des plaies qui peinent à se cicatriser. En grandissant, elle pratique des petits boulots, lave des bouteilles, vit de rapine et apprend à repousser les sollicitations d’hommes trop entreprenants. Ce roman a été traduit du roumain par Philippe Loubière, en respectant le lyrisme de la prose initiale. Un récit initiatique trop pu connu chez nous et à découvrir sans craindre quoi que ce soit ! Ed. des Syrtes – 272 pages Sylvie Van Laere


LE ROMAN DE SISSI On oublie Romy Schneider et les films guimauves qui ont fait son succès ! Voilà la vraie Sissi ou Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach, née le 24 décembre 1837 dans le palais de la Ludwigstrasse à Munich. Elle est le quatrième enfant et la deuxième fille du duc Maximilien de Bavière et de la princesse Ludovica. A peine âgée de quinze ans, elle se fait courtiser par le jeune empereur François-Joseph d’Autriche. Le mariage est célébré en 1854 à Vienne. Rapidement enceinte, elle donne successivement naissance à quatre héritiers. Elisabeth Reynaud revient sur cette souveraine qui a marqué les imaginations (notamment grâce au cinéma !) et remet les points sur les i. Sissi détestait les fastes et n’a eu de cesse de les fuir. Sa véritable passion, elle la vouait aux arts. A travers différents témoins de son époque (dont la comtesse Larisch von Wittelsbach, son répétiteur grec et sa fille Marie-Valérie), on découvre une femme moderne, sensible, pleine d’humour et d’une force incroyable malgré les avatars. Pour ne pas perdre son époux, elle lui a offert une maîtresse et a su garder la tête haute lorsqu’un de ses fils, Rodolphe, s’est suicidé à trente-et-un ans dans la tourmente d’une relation amoureuse. On se situe naturellement ici à des lieues du conte de fées. Sissi est demeurée sauvageonne, rebelle et aurait dit : « La folie est plus vraie que la vie ». Il n’est bien entendu pas question de nihilisme mais d’ironie suprême et de lucidité désespérée. Un ouvrage en format de poche vendu à moins de neuf euros et qui dresse le portrait d’une reine exigeante. Peu le savent : elle a été assassinée par un certain Luigi Lucheni. Ed. du Rocher – 388 pages Daniel Bastié

LA LOI DES PÈRES Combien d’enfants ont-ils été victimes d’abuseurs ? Les chiffres ne sont pas connus avec précision. Néanmoins, il semblerait que deux à quatre pour cent de la population ait subi un viol ou des attouchements au cours de sa jeunesse. Aujourd’hui, les langues commencent à se délier et font sauter un tabou bien ancré dans notre société. Patric Jean a mené l’enquête et révèle l’effroyable. Le bienfondé de la domination masculine a eu pour effet de permettre l’inacceptable, reléguant les femmes et les enfants au second plan. Même si cette situation perdure dans certaines régions du monde, il en va différemment en Occident, où les femmes commencent à se regimber et les garçons violentés à s’exprimer. Il a bien entendu fallu des événements majeurs pour déverrouiller un silence pesant et modifier les mentalités. Les agissements du producteur hollywoodien Weinstein (qui vient d’être condamné à vingt-trois ans de réclusion) ont joué un rôle majeur dans ce mouvement de libération de la parole, ainsi que les affaires de pédophilie à répétition au sein du clergé. La domination des mâles est longtemps parue légitime, voire protégée par la législation. Malgré des avancées notoires pour lutter contre l’inceste, le harcèlement et le viol, trois tendances entravent toujours toute dénonciation. Il s’agit du déni, de la minimisation et de la légitimation. Les deux premières permettent d’occulter le problème et d’organiser un véritable négationnisme, en invitant les victimes à se cloîtrer dans le mutisme. L’autre affirme que les personnes abusées le désiraient. Au fil de ses investigations, l’auteur a été sidéré de constater que, trop souvent encore, une partie de la justice entérine quotidiennement ces situations au bénéfice du seul privilège masculin. Présenté comme un essai qui lance une alerte, « La loi des pères » raconte de quelle manière une série de faits se sont imposés au regard de l’écrivain et ont été relayés par de multiples témoignages hautement crédibles. Un choc et un ouvrage indispensable pour parler d’un phénomène mal connu ! Ed. du Rocher - 334 pages Daniel Bastié


LA MÉMOIRE PERDUE Le passé reste le passé, avec ses traces, ses traumatismes et ses richesses. Pourquoi l’être humain préfère-t-il retenir les guerres, les cataclysmes et autres catastrophes au détriment des avancées qui ont mené le monde à être ce qu’il est ? Ne pas oublier est certes le credo tenu par beaucoup, néanmoins peut-on l’envisager sous un angle bénéfique ? Le XXe et le XXIe siècles adorent le sensationnel. Voilà une des raisons évoquées avec le risque avéré de perdre tout un pan de notre histoire. Freud l’a bien montré : au bonheur, nous préférons regarder hier et avant-hier comme un trauma. La tendance implique d’inverser la formule. Cette perte d’histoire se mesure en Occident à l’aune de la dégradation du goût et de la compréhension. Elle apparaît également au quotidien par le biais d’une gigantesque perte des valeurs sociétales, une solitude qui s’accroît et des absences symboliques ou parfois littérales du foyer. Confronté à l’oubli des idées et des individus, notre système s’effondre pour ne laisser que désespoir ou lassitude, ennui et désolation. Cette expérience de l’oubli est monnaie courante. « La mémoire perdue » n’est pas un travail universitaire. Il s’agit d’un mélange de récits historiques, de critiques littéraires et culturelles, d’opinions subjectives et d’autobiographie. On y retrouve également des souvenirs intimes qui illustrent le vécu d’une existence et qui invitent à remettre les pendules à l’heure dans l’intention de ne pas se brader et de revenir à l’essentiel. L’’ouvrage de Francis O’Gorman ne tend enfin pas à l’optimisme béat, mais à envisager l’avenir avec sérénité, en misant sur la confiance et en demeurant solidement enracinés par rapport aux liens qui nous ont façonnés, dans le quotidien autant que dans notre environnement. Ed. du Rocher – 344 pages André Metzinger

L’IMPOSTURE ANTISPÉCISTE L'antispécisme est un courant de pensée philosophique et moral, formalisé dans les années 1970 et qui considère que l'espèce à laquelle appartient un animal n'est pas un critère pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter et de la considération morale qu'on doit lui accorder. L’antispécisme exige aujourd’hui la libération des animaux. Idée qui supposerait d’interdire tout produit d’origine animale, ainsi qu’une série de pratiques jugées oppressives (équitation corrida, chasse, zoos, cirques, etc.). L’antispéciste est au végane ce que l’intégriste est au croyant. Bien entendu, il s’avère toujours très difficile de tirer des analogies entre ce qui ne peut pas l’être. Aujourd’hui, les libérateurs des animaux apparaissent comme le symptôme d’une société qui va mal, qui s’invente de nouvelles idéologies et qui se replie sur des valeurs qu’elle porte en étendard pour affronter le vide qui la ronge. Naturellement, le monde doit évoluer et ce qui était considéré comme la norme ne doit plus l’être par hérédité. Serait-ce en faisant de nos amies les bêtes les messies d’un monde meilleur que ce dernier évoluera-t-il réellement vers la perfection ? On entend tous azimuts les éleveurs hurler leur désapprobation, Si on peut naturellement parler de souffrance animale dans certains cas malheureux, il convient de ne pas généraliser. A cela, il apparaît malhonnête d’associer dans ce combat des causes telles que l’antiracisme ou le féminisme. Enfin, cette utopie dissimule mal ses liens avec le transhumanisme. Ed. Desclée de Brouwer – 264 pages André Metzinger


LES MILITANTES Une femme est abattue en pleine rue. Une femme courageuse qui a eu le courage de saisir son destin en refusant de s’assujettir à un homme. De faire front et de garder la tête haute. En claquant la porte à un mari qui la battait. Un comportement fort et qui a eu l’heur d’irriter tous ceux qui souhaitent qu’elle garde sa place, ne fasse aucun remous et se subordonne à celui qu’elle a épousé. Alice Yekavian, experte en balistique, est chargée de mener rondement l’enquête. Elle ne se doute pas que cette affaire réclamera autant de temps que de patience. A mesure que les investigations progressent, elle affine le portrait de la victime et découvre une militante de la cause féminine, liée à un journaliste proche des milieux d’extrême gauche. Les témoins parlent trop ou se taisent. Le hasard s’invite au quotidien et prend de l’ascendance sur l’impartialité requise. Le plus difficile implique à délier le vrai du faux, de détricoter les récits qui partent tous azimuts. Où se situe la marge étroite qui sépare la vérité des mensonges qu’elle devine avoir été peaufinés en amont ? Parfois, elle le sait, il faut abandonner ses certitudes pour laisser une chance aux intuitions. Avec ce premier roman, Claire Raphaël signe un polar complexe qui se veut surtout une réflexion sur les sévices imposés aux femmes, un cri d’alarme enrobé de fiction et le reflet d’une société qui doit encore et toujours se remettre en question pour annihiler une série d’injustices qui opposent les deux sexes. Bien entendu, la violence ne se manifeste pas seulement par le biais de coups, mais dans les mariages forcés, les incisions rituelles, les viols, les crimes d’honneur, etc. Ed. Rouergue – 224 pages Sylvie Van Laere

SUR LE RHÔNE Le Rhône est un fleuve qui prend sa source dans le glacier du Rhône, au sein des Alpes suisses à plus de deux milles mètres d’altitude, et qui rejoint Genève, pour ensuite poursuivre son parcours en France avant de se jeter dans la mer Méditerranée au niveau de la Camargue. Jean-Louis Michelot, géographe et naturaliste, a consacré l’essentiel de sa carrière à son amour de la nature. Hospitalisé dans une chambre avec vue sur le Rhône, il s’est surpris à songer, à rêver et à laisser son imagination vagabonder. L’occasion d’évoquer maints souvenirs et de permettre à ses souvenirs personnels de se chevaucher. Immobilisé dans un lit, il a mis en place un plan d’ouvrage qui mêle voix du passé, avis subjectifs et données objectives. Du coup, il est parti de l’idée de raconter le Rhône sous différents aspects, en invitant les arts et les sciences à se tutoyer. Navigations buissonnières et autres explorations sensibles se trouvent donc au rendez-vous de ce livre tour à tour sensible, intelligent, truculent et ludique. Contempler, voir et analyser permet d’abord de prendre les mesures du fleuve, de réveiller l’esprit de celles et ceux qui ont nourri son histoire, de parler de visages insignes tels que Stendhal, Mistral, Clavel et, parmi tant d’autres, Bosco. Il achève son manuscrit de la manière suivante : « Rentrant par la forêt, je ne résiste pas à l’envie d’emplir mon corps d’un peu de la force du lieu et du printemps. Je cueille pour une omelette revigorante quelques feuilles d’ail des ours, justes sorties de terre. » Bien entendu, cet ouvrage fait ici et là l’objet de modestes libertés par rapport aux codes littéraires. Un fait totalement assumé par l’auteur qui, au-delà du plaisir d’offrir un texte à lire, souhaite faire passer le message que la terre doit être respectée et qu’elle demeure un bien précieux offert aux hommes. Ne laisser aucun déchet, ne pas s’approcher de zones sensibles, limiter la pratique du feu en pleine nature, ne pas arracher inutilement des végétaux. Au demeurant, jouer jusqu’au bout le jeu de l’Indien qui ne laisse derrière lui aucune trace de son passage ! Beau, écologique et inspirant. Ed. Rouergue – 276 pages Daniel Bastié


LE LIVRE DES SECRETS DE MON DINOSAURE PRÉFÉRÉ Aujourd’hui à l’école, c’est le jour du grand exposé sur les dinosaures. Alors, les élèves se lancent à tour de rôle. L’occasion de passer en revue les animaux qui ont traversé la préhistoire et de découvrir le stégosaure, le pachycéphalosaure, le spinosaure, le tyrannosaure, le diplodocus, le styracosaure, l’ichtyosaure, le quetzalcoaltus, l’iguanodon, le baryonyx et le mammouth. Auteur et illus-trateur, Maxime Derouen propose le best-of des dinos à travers le regard de gamins qui se bornent à l’essentiel et qui sont particulièrement attachés à ces créatures passées. Il s’agit à chaque fois de mini-exposés de quatre pages en quelques dessins, tout en couleur et servis par un zeste d’humour et des anecdotes faites pour plaire au jeune public. Ma foi, je ne connaissais pas certaines espèces et, un moment, j’ai cru à un gag. Je suis donc allé vérifier sur Internet pour m’assurer que tout était rigoureusement exact. J’ai dû constater le sérieux de l’affaire ! Un livre sympa qui devrait plaire à partir de cinq ans. Ed. Grasset Jeunesse – 80 pages Daniel Bastié

L’HERBIER PHILOSOPHE Nous connaissons toutes les herbiers traditionnels, avec ces végétaux qu’on écrasait entre deux pages d’un cahier pour les laisser sécher. Une manière de se familiariser avec la nature et d’en apprendre les éléments proches ou moins proches de notre environnement. Depuis, les choses ont évolué et la poésie s’est mise au service de la tradition. Agnès Domergue, illustratrice et autrice, a imaginé un herbier en s’inspirant des estampes japonaises pour aborder des plantes au nom aussi évocateur que immortelle, pensée, dame de onze heures, rose de porcelaine, bouton d’or, perce-neige ou arbre du voyageur. De quoi ouvrir un large horizon et laisser notre part d’enfance se combiner à nos connaissances. Ici, point de photographies, mais des dessins aquarellés d’une grande beauté (qui pourraient être encadrés pour décorer un salon ou une chambre) et accompagnés par quelques lignes qui ressemblent à un poème ou à une maxime, afin de méditer et provoquer une étincelle d’éveil. La forme tient du Koan, composé d’expressions courtes, d’énigmes ou d’anecdotes. Au demeurant, un herbier magnifique, transposé par le prisme d’une artiste au pinceau talentueux et qui se singularise par une originalité jamais gratuite, qui interroge la nature, l’approche et nous fait part de sa passion inconditionnelle pour ce qui nous entoure ou se love à nous. Un livre somptueux qui plaira aux mamans autant qu’aux enfants ! Ed. Grasset Jeunesse – 64 pages Amélie Collard


PAUVRE BAUDELAIRE Charles Baudelaire se trouve au terme de son existence, malaimé, usé, fauché. Un coup dur est en passe de l’achever. Par jugement du tribunal, six poèmes de son recueil « Les fleurs du mal » viennent d’être interdits de publication. Il quitte Paris et s’installe à Bruxelles. Contrairement à ses aspirations, la presse belge ne l’accueille pas de manière dithyrambique. Lui qui se proclame le Prince des poètes. Du coup, il se met à ruminer contre le jeune royaume et se lance dans une diatribe nourrie d’amertume et de mauvaise foi. Pourtant, le pays lui a permis de publier l’ouvrage censuré chez lui et ce grâce au soutien du graveur Félicien Rops. Cent cinquante-six ans plus tard, Francis Lalanne, chanteur, compositeur et écrivain, lui darde une réponse cinglante en vers octosyllabiques. La fureur du ton et la virulence acrimonieuse qui caractérisent « Pauvre Belgique », Lalanne les rapproche des pamphlets haineux de Céline. Porté par un souffle empruntant bien des tonalités (ironiques, crues, métaphysiques, lyriques), « Pauvre Baudelaire » dépeint la trajectoire d’un écrivain gâté par les muses, mais en proie à ses passions, en bute à ses détracteurs et victime de son caractère. C’est donc en peaufinant les rimes que Lalanne s’adresse au grand rénovateur du sonnet, au sondeur de l’abîme et à l’homme hanté par l’Idéal du Beau, déchiré entre extase et horreur Au demeurant, l’aventure belge de Baudelaire s’est soldée par une nonrencontre au lieu de célébrer la communication. Dommage ! 180° Editions – 224 pages Daniel Bastié

INDOLENCE CHRONIQUE L’amour est une drogue dont on peine à s’affranchir. Guérit-on du chagrin qui suit une rupture ? Oscar est dans l’incapacité de réagir, trouvant chaque journée nulle et grise. Pour compenser l’apathie qui le broie, il passe son temps en buvant et en zonant avec ses amis. Secrètement, il espère renouer avec Léa, la femme de sa vie. Lorsque celle-ci décède, son monde s’écroule. Il se retrouve en proie au chaos le plus total, sans aucuns repères. Il se met à tourner en rond tel un chien fou. Il y a pourtant Lucie qui n’a d’yeux que pour lui. Lucie à laquelle il ne prête pas beaucoup d’attention. Lucie qui l’attend dans l’ombre. Lucie qui espère que … Mais est-il capable de lui octroyer un regard, de faire un bout de route en sa compagnie, de s’engager durablement ? Simon Vandenbulke signe ici un premier roman aux accents douloureux, qui parle de déchirure et de deuil. Un livre qui dote les mots d’une résonnance pathétique et qui, lentement, voit surgir l’espoir d’une émergence. L’écriture est fluide, avec un ton presque oral. Il s’agit principalement d’une chronique rédigée à hauteur d’homme et qui se veut un témoignage sur nos engagements, nos rêves et notre désir de félicité. Quoi qu’on fasse : la vie poursuit sa route, même si elle ressemble parfois à une errance ! Ed. Lamiroy – 158 pages Paul Huet


IL ÉTAIT UNE FOIS … LE BONHEUR « Il était une fois », « La carrière », « L’oncle Emile », « De quoi est-il question » ? et « Souvenirs, souvenirs » : voilà le sommaire de ce recueil de nouvelles rédigées par Barbara Flamand, autrice bruxelloise à la plume acerbe, femme engagée et poétesse aguerrie. Depuis des années, elle dissèque le monde qui l’entoure, décrit sans relâche notre société, dénonce ses hypocrisies et aime, également, en relever les vertus. Avec « Il était une fois … le bonheur », elle charge ses mots d’affect et de réminiscences, pense naturellement à Colette. Une expression lue il y a longtemps dans un coin de verdure et qui ne pouvait que donner le titre à ce nouvel ouvrage. Bien entendu, l’art du récit court relève de l’exploit. Comment animer des personnages et poser une atmosphère sans digresser, en allant à l’essentiel ? Elle tient vraisemblablement son secret de l’art de la poésie qui, en quelques vers, annonce, dénonce, révèle ou suggère. Bien sûr, raconter les présents récits revient à les déflorer, à en ôter toute la surprise. Car il y a toujours une histoire, avec une conclusion surprenante, parfois extrêmement sombre. Toujours déroutante ! Pourquoi lire cet ouvrage ? Pour la beauté de l’écriture, d’abord ! Ensuite, pour la rigueur des phrases et leur sincérité. Voilà quelques lignes en guise d’hors-d’œuvre : « La parole doit être notre miroir. Parler des hommes aux hommes, sera mon programme dans sa simplicité. J’ai pu vivre sans programme. Je veux dire sans donner à mon métier un soutien existentiel. Mais comme c’est épuisant de se brosser les dents sans raison, de soigner son foie sans raison, d’éviter l’embonpoint sans raison, vos seins de fléchir, votre visage de se rider sans raison. Et voilà qu’aujourd’hui je donne à ma vie, en toute conscience, un fondement. Et je me sens neuve. » Ed. Bernadiennes – 127 pages Daniel Bastié

ESPÈRE EN TON COURAGE Le thème du courage a maintes fois été exalté en littérature, porteur de textes forts et de pensées nobles. Bien sûr, tout réside dans la manière de faire œuvre littéraire et, si la tradition peut remonter à Corneille, pourquoi ne pas continuer à miser son destin sur quelques assonances ou détonants aphorismes poétiques ? Entre exorcisme et fulgurance, Sophie Nauleau nous parle d’un sentiment qui devrait nous animer tous. Ce courage parfois perdu, souvent assoupi. Celui qui se révèle dans certaines circonstances et qui procure à l’existence ce surcroît de force qui mérite qu’on la poursuivre jusqu’au bout, sans fléchir ni blêmir. Dans les pas du poète insigne, l’autrice suggère un parcours audacieux pour éveiller les consciences et aider ceux qui ne craignent pas de porter hardiment la parole avec hauteur. Des ménestrels contemporains ou des amoureux des beaux mots. Tous ceux qui savent que le langage est une matière vivante, qui fluctue, évolue et engendre des phrases avec toute la légitimité d’être. Quelquefois mal pesées ou prononcées inhabilement. Surtout à voir tel un défi qui interpelle l’intelligence et qui exhorte à sortir de son cadre afin de ponctuer le dialogue. Voilà un essai nourri de références, fort et beau à la fois, bourré de citations et qui, faut-il le souligner, soutient que le courage est sens et non folie. Ed. Actes Sud – 78 pages Sam Mas


LA CREVETTE ET L’ANÉMONE L.P. Harvey est né en 1885 et décédé en 1972. S’il a principalement rédigé des nouvelles, il doit sa notoriété au roman « Le messager » (The go-between), dont Joseph Losey a proposé une adaptation cinématographique avant d’offrir à Michel Legrand l’occasion d’écrire l’une de ses plus belles partitions pour le grand écran. Avec « La crevette et l’anémone », il plonge le lecteur au début des années 1900 dans une petite ville bourgeoise et puritaine. Eustache et Hilda sont les protagonistes de ce récit tout en finesse et rempli de tendresse. Une fois de plus, il nous parle des préceptes d’une époque, de convenances, de ce qu’on doit faire et de ce qui est interdit. Pour Eustache, comment vivre pleinement sa jeunesse lorsqu’on doit se préparer à devenir un gentleman ? Puis, l’ombre d’Hilda colle constamment à chacune de ses décisions. Une grande sœur maternelle et un brin autoritaire, chargée de veiller sur son cadet. Une existence heureuse que tous deux souhaiteraient poursuivre à jamais. Néanmoins, un jour, le garçon aborde sur la falaise la vieille miss Fothergill, laide et défigurée. Cette rencontre bouleverse son destin. « La crevette et l’anémone » se veut le premier tome d’une trilogie romanesque qui passe de l’enfance à la maturité et qui se caractérise par une écriture d’une belle fluidité, chargée d’instants précieux, avec des descriptions qui ne pèsent jamais sur le cours de l’histoire et qui viennent à propos pour resituer une période où les engins à moteur se réduisaient à trois rien et n’encombraient pas les routes. Ed. La Table Ronde – 350 pages Daniel Bastié

LE COMPLOT DES PHILOSOPHES Sénèque est né en actuelle Andalousie. La date précise de sa naissance n'est pas connue, mais on la situe habituellement au début de notre ère.. D’un esprit très vif, il s’est rapidement fait connaître par les intellectuels de son époque. Conseiller sous le règne de Caligula, il a eu le privilège de provoquer la jalousie de moult familiers, avant de travailler pour Néron. Diffamé par plusieurs de ses contemporains, il a échappé à un empoisonnement, avant de tomber en disgrâce. Accusé de conjuration, il a été condamné au suicide et s’est ouvert les veines sur ordre de l’empereur. Avant de mourir, il aurait rédigé un texte oublié de tous. Deux mille ans plus tard, cette prose atterrit entre les mains de Laura Zante, jeune chercheuse italienne. Afin de l’authentifier, elle fait appel à l’expertise de François Lapierre, historien à la Sorbonne. Tous deux ne savent pas qu’ils mettent les pieds dans un engrenage dangereux. Très vite, un étau se resserre sur eux, avec les services secrets et une mystérieuse organisation occulte qui ne les lâchent plus. Entre complot politique et superstitions religieuses, ils découvrent peu à peu qu’ils sont en possession d’un document à la base d’un incroyable dispositif tenu caché depuis deux millénaires. Philippe Raxhon signe un thriller haletant entre passé et présent, Rome et Paris, un peu dans la lignée de « Da Vinci Code », bâti comme un feuilleton, avec des protagonistes charismatiques et une vérité qui demeure pure fiction. D’une certaine manière, l’auteur use d’une recette éprouvée et signe un roman qui plaît, avec des rebondissements à foison, une intrigue et de vrais méchants. Ed. City – 352 pages Paul Huet


MÉDITATION ET PAIX INTÉRIEURE Trouver la paix intérieure et ne plus être victime de tourments intérieurs autant qu’extérieurs, voilà l’objectif avoué de cet ouvrage. Ces dernières années, la méditation a fait l’objet d’un grand renouveau grâce à des techniques laïques et à leur validation par la communauté scientifique. Cet engouement a naturellement fait l’objet de nombreuses spéculations à ses débuts, voire à des inquiétudes de la part du clergé. Ne risque-t-elle pas de supplanter la prière dans le cœur des hommes ? C’est en fait le contraire qui pourrait se produire. Au lieu de parler de concurrence, certains y voient un appel à nous replonger dans les valeurs profondes, à redécouvrir notre tradition millénaire et à exhumer notre passé chrétien en remontant aux anachorètes qui se retiraient dans le désert pour s’enrichir spirituellement et s’affranchir des tentations terrestres. La méditation permet de regarder vers ce qui est essentiel, à oublier la vénalité, les émulations et les jalousies. Certes, prier et méditer sont deux choses différentes, mais pas forcément antagonistes. La première peut être vue comme un envol et la seconde comme un enracinement. Patrice Gourrier et Jérôme Desbouchages ont rédigé à quatre mains cet essai pour nous faire part de leur expérience et nous montrer de quelle manière le dialogue entre deux pratiques peut épanouir les personnes et leur apporter une once de sérénité bien absente au sein de notre société égocentrique. Ed. Artège – 318 pages Sam Mas

BIEN VIVRE LE CYCLE FÉMININ Le cycle féminin s’insère dans un rythme général qui est celui de l’existence. Rythme le plus souvent quaternaire. Ainsi en est-il du jour (matin, après-midi, soir et nuit), des saisons dans nos contrées (automne, hiver, printemps et été) et de la vie (enfance, adolescence, âge adulte et vieillesse). Des rythmes qui se succèdent sans qu’on puisse interférer sur eux. La beauté du cycle féminin se décline en cinq étapes : celle de l’air, de l’eau, du sommet, de la terre et du feu. Des termes métaphoriques pour parler des métamorphoses qui s’opèrent en chacune et qui, peu à peu, les font devenir femme à part entière. Bien entendu, le vécu du cycle variera de l’une à l’autre, mais ce qui importe consiste à en faire une force et à devenir un être lumineux, bien dans sa tête comme dans son corps. Des exemples illustrent les propos de Gabrielle Vialla, mère de famille et responsable associative auprès des couples. Peut-être qu’une bonne recette serait la bienvenue ? Eh bien, il n’y en a pas, si ce ne sont l’acceptation et la réception de la féminité dès son aurore. Enfin, la transmission joue un rôle capital. Expliquer le vécu de chaque cycle dans sa splendeur, malgré sa réalité prosaïque et ses difficultés inhérentes, reste sans doute le plus grand défi à saisir à bras-le-corps, tout en se servant de son intuition comme atout majeur. Ce livre s’adresse à celles qui désirent ne plus renier cette part d’elle-même, qui souhaitent profiter de tout instant et découvrir de quelle manière leur physique impacte les émotions. Ed. Artège – 64 pages Amélie Collard


VIVRE LA COMMUNION CONJUGALE AVEC LE CHRIST Vivre à deux ne relève pas d’une sinécure. Pour preuve : les divorces qui se multiplient et les séparations de fait qui vont bon train ! Existe-il une panacée pour réussir son couple ? Jusqu’ici, aucune recette miraculeuse n’a été dévoilée, si ce n’est le conseil de prendre bien soin de son conjoint ou sa conjointe, sans calcul et sans crainte de faire don de son temps, de sa patience et de sa sagesse. Alors que l’Eglise catholique est beaucoup critiquée à cause de ses malheureuses affaires de pédophilie, de prêtres abuseurs de religieuses et de ses positions à l’encontre de l’homosexualité, il convient de lui reconnaître une attitude qui prône la communion conjugale et la réussite de celle-ci. Aucune institution, quelle qu’elle soit, ne compte pas dans ses rangs quelques brebis galeuses. Cet ouvrage revient sur l’urgence de se consacrer davantage à l’autre, de s’offrir cœur et âme pour elle ou lui et de ne pas faire mystère du constat que notre société manque cruellement de spiritualité, emportée par un libéralisme débridé, une course au profit et à l’exploitation des gens. En ce sens, la Bible peut apporter un soutien utile à quiconque se trouve en attente, se situe face au gouffre de la solitude ou de querelles conjugales. L’Ancien comme le Nouveau Testament parlent en termes métaphoriques et illustrent avec moult images l’amour que Dieu consacre à sa création. Le regard sur le sacrement du mariage pose évidemment des conséquences pratiques, jusqu’à la manière dont chacun est appelé à vivre sa sexualité. Ainsi, cette dernière peut être vue comme un épanouissement. Défigurée, elle devient déformante et possessive. L’originalité de cet essai revient à placer la réussite conjugale sous l’angle de la vocation divine, comme un hymne en faveur du Christ et de tous ceux qui ont accepté de se tourner vers lui. Ed. Artège – 230 pages Sam Mas

LA FORCE DE LA VÉRITÉ Le monde va à vau-l’eau ! Une catastrophe spirituelle qui endigue la bonté que l’être humain possède en lui. Rien ne va plus, poussés que nous sommes à ne plus adhérer aux valeurs transmisses par nos parents, à vouloir tout tester et à se montrer plus forts que les aînés. L’individualisme a sclérosé notre société pour affecter l’humanité entière. Il n’existe plus de valeurs unitaires à partager. Ces dérives désastreuses sont la conséquence du déni de la foi propagée par beaucoup. Au cœur des bouleversements, Gerhard Müller en appelle au courage des fidèles pour témoigner et rappeler que l’espoir existe, quoi qu’il arrive. Il s’agit bien entendu d’un message catholique tenu par un archevêque et cardinal allemand et d’un appel à la conversion (ou du moins à certaines préceptes) ancestraux. Vivre ensemble et se respecter fait également partie du modèle prôné en famille, dans les lieux publics et au travail. La Bible est en ce sens un exemple pour aider ceux qui le souhaitent dans leur démarche, faire redémarrer l’espérance lorsqu’elle s’essouffle et prouver que nous avons parfois (souvent ?) besoin d’un exemple venu d’ailleurs pour nous aider à progresser. La force de la vérité peut se résumer comme étant une arme contre les tentations et le mal qui nous entoure. Un appel à retrouver les bons réflexes et à ne pas se considérer comme étant le centre de l’univers. A chacun de voir … Ed. Artège – 178 pages Sam Mas


TOUT SAVOIR SUR SAINT JOSEPH Il est l’époux de Marie. Un homme silencieux. Celui dont on ne connaît pas grand-chose. Un exemple. Un modèle à suivre. On lui attribue une énorme patience. De la piété. Surtout de la confiance. Infinie. Il est, avec son épouse, un visage exceptionnel du Nouveau Testament. Celui qui avance dans les pas de celle qui a été choisie par le Seigneur. Mais, finalement, que sait-on vraiment de lui ? Les informations demeurent pauvres dans la Bible. Quelques lignes ci et là. De maigres détails qui ne permettent pas (ou fort mal) de cerner le personnage à l’aune de son époque et d’e cerner sa personnalité. Dominique Le Tourneau, prêtre de l’Opus Dei et enseignant, s’est investi dans un travail en profondeur afin de nous présenter Joseph à travers plusieurs versets bibliques, mais également en s’appuyant sur des textes apocryphes. Il en ressort la vision d’un travailleur fort et courageux, maître de son existence et capable de beaucoup de renoncements pour s’inscrire dans la voie du Tout-Puissant. Cet ouvrage regorge naturellement d’anecdotes étonnantes et nous ouvre une voie pour aider ceux qui le souhaitent à le prier. Il s’agit d’un ouvrage rédigé pour tous, avec une volonté de vulgarisation, en évitant les termes compliqués et sans chercher à imposer quoi que ce soit. « Tout savoir sur Joseph » met au grand jour la splendeur du père de Jésus. Avis aux amateurs. Ed. Artège – 234 pages Sam Mas

DES HOMMES POUR L’ÉTERNITÉ Voilà l’incroyable aventure des bâtisseurs de cathédrales, ces hommes qui ont œuvré à l’édification de bâtiments parmi les plus majestueux de leur époque. Chaque construction était un challenge bâti à mains humaines, pierre par pierre, et faisait appel aux meilleurs artisans. Patrick Sbalchiero nous fait revivre, chapitre par chapitre, la vie de ces êtres de chair et de sang qui se sont investis dans le vaste projet d’offrir des temples grandioses à Dieu, en y mettant de la sueur et du savoir-faire. On le sait, les cathédrales sont des ponts qui relient les habitants de la terre au Tout-Puissant. Cet ouvrage ne se veut aucunement un traité d’histoire de l’art ni du catéchisme, encore moins un manuel d’architecture ! Il se contente de relater une épopée mal connue de ceux qui ont cherché à concrétiser le rêve un peu fou de glorifier leur Créateur en lui offrant un écrin digne du palais de Salomon. Cette aventure marque évidemment un effort collectif de longue durée qui, souvent, s’étalait sur trois ou quatre générations. Les personnes présentes sur le chantier lors des fondations n’avaient aucune chance de voir celui-ci achevé. Les architectes étaient naturellement logés à même enseigne. On a résumé l’art des cathédrales à la découverte de la croisée d’ogives et de l’arcboutant entre le XIIe et le XIIIe siècle. Des techniques évidemment essentielles qui ont permis d’élever des voûtes et de supprimer une partie des murs situés entre les piliers. Voilà un des secrets de ces lieux remplis de majesté et de grandeur ! Un livre passionnant et rempli d’anecdotes à lire et à relire. Ed. Artège -222 pages Sam Mas


PALINDROME "Palindrome" est une pièce de théâtre de Gaëtan Faucer. Elle met en scène deux personnages : Ana et Sylla... la première a hérité du manoir de son oncle et fait partie du monde des vivants. La seconde est la cousine germaine d'Ana. Elle hante le manoir et fait donc partie du monde des morts ! Une rencontre "explosive" entre une "encore là" et une "plus là" (comme se plaît à les définir l'auteur) qui mettra à jour des secrets de famille qu'il aurait mieux valu ne pas faire remonter à la surface ! Ce n'est pas la première pièce de Gaëtan Faucer que je lis et je ressens toujours ce même éblouissement au fil des pages... cette faculté extraordinaire qu'a l'auteur de nous balader sur un sentier que l'on croit bien balisé avant de bifurquer brusquement, nous laissant pantois comme deux ronds de flan ! Lecteur ou spectateur, on suit les chemins tortueux de la pensée de Gaëtan en "victime consentante" car on sait qu'au bout du compte, on ne sera pas déçu. "Palindrome" est une pièce de théâtre qui flirte allègrement avec le genre fantastique où l'humour, adroitement persillé, est également présent. On sent l'amateur de Lovecraft, Edgar Allan Poe ou de Stephen King. Un extrait pour vous mettre l'eau à la bouche : Ana : (Elle se lance) J'ai lu les lettres, enfin une partie, mais juste assez pour me rendre compte de la situation... Sylla, je suis désolée, je ne savais pas. Je... Sylla : (Amusée) : Tu as lu les lettres... Ana : Pardon. Sylla : Ce n'est rien. Ana : Enfin Sylla, comment peux-tu dire que ce n'est rien... Sylla : Tu es ici chez toi, tu fais et lis ce que tu veux. Ana : Il s'agit de ton intimité, ton intimité la plus profonde. Sylla : Tout cela n'a aucune importance. C'est du passé, un passé bien ancré dans un indéfectible mystère. Ana : J'ignorais... J'ignorais tout cela. Sylla : Ne t'inquiète pas, c'était le cas de tout le monde. Ana : Tout le monde, tu en es sûre ? Sylla : (Léger temps) : Non, pas tout le monde. Ana : C'est bien ce qui me semblait. Elle savait. Sylla : (Un temps) : Oui... Ana : Depuis longtemps ? Sylla : Oh oui... depuis de longues années. Ana : Attends, je ne comprends pas. Tu as l'air de prendre tout cela à la légère... Ta mère savait tout depuis le début, tu m'en parles avec tellement de détachement ! Je me sens complètement stupide et impuissante. En plus, tu rajoutes que tout cela n'a plus aucune importance... Sylla : Je suis morte, Ana, MORTE ! Qu'est-ce que cela change ? C'est fini, terminé, au placard. Tout comme ce courrier qui prend la poussière pour rien. Editions L'Harmattan - 46 pages Alain Magerotte

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Bruxelles culture avril 2020  

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