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BRUXELLES CULTURE 15 mars 2019 Brussels Diffusion asbl Contact et abonnement gratuit : pressculture4@gmail.com

RENCONTRE : JEAN-LOUIS AERTS


RENCONTRE : JEAN-LOUIS AERTS J’ai rencontré Jean-Louis Aerts pour la première fois à la Foire du Livre belge d’Uccle. Un entretien qui a débouché sur une interview publiée dans nos colonnes en avril 2017 et la découverte de son premier roman intitulé « Un siècle de mensonges ». A cette époque, il annonçait déjà une suite au récit et travaillait à celle-ci. Un peu moins de deux ans plus tard, elle débarque dans les librairies et conclut le voyage temporel (ou introspection) entrepris par Marylou. A force de creuser dans les méandres de sa propre histoire, l’héroïne finit par déterrer les vieux démons. Entre thriller et livre de science-fiction, l’auteur fait œuvre personnelle, maintient le suspense et ouvre des pistes qui jouxtent chaque événement. L’enquête ressemble à un puzzle dont les pièces s’assemblent ou se percutent. Qui a intérêt à freiner les investigations et pour quels motifs ? A nouveau, le lecteur est obligé de s’immiscer dans les limbes du passé pour circonscrire le présent. Trois femmes se trouvent opposées à des drames intimes et, malgré les décennies qui les séparent de leu r jeunesse respective, se voient soudées à travers les difficultés. Tout commence au début de la Seconde guerre mondiale avec Emilie, qui voit ses rêves se laminer. Quant à Jeanne, les années 60 scellent une tragédie qui la marque de manière indélébile. En fin, Marylou peine à garder la tête hors du marasme et voit le XXIe siècle se déplier autour d’elle sans qu’elle puisse interférer sur les mouvements d’horloge. Remuer les souvenirs améliore -t-il le quotidien ou sert-il d’exutoire ? Quoi qu’il en soit, les fantômes se réveillent sans qu’on s’y attende et viennent hanter les vivants. De bout en bout, l’écriture est fluide et la narration soutenue. De rebondissement en rebondissement, ce deuxième roman génère de l’enthousiasme et revient sur quelques faits ma rquants de l’histoire de notre pays. Rencontre. Par votre formation d’enseignant, vous êtes passionné de lecture et d’écriture, vos élèves saventils que votre deuxième roman a été publié ? Oui, bien sûr. Je parle souvent littérature avec eux en classe, que ce soit lors du cours de français ou dans le cadre de ma fonction de bibliothécaire de l’école. Le fait de prendre mon roman en exemple rend le cours plus concret et donne plus de sens à leur apprentissage. Comment s’est manifestée leur réaction ? Ils sont fiers que je sois leur enseignant. Lors d’une animation dans une classe de rhétorique, mes anciens élèves étaient également fiers de me connaître personnellement. C’est d’ailleurs une réaction que j’ai pu constater chez plusieurs personnes. Peu de gens possèdent un écrivain dans leur entourage. C’est très étonnant et je ne m’attendais pas à de telles réactions. On change très vite de statut aux yeux des autres. C’est très agréable ! Les élèves sont aussi très curieux de savoir comment on arrive à se faire éditer. Ils sont intarissables à ce sujet. Et puis, tout est bon pour éviter une heure de grammaire. Ce qui les émerveille aussi, c’est quand on passe à la télévision. J’ai eu la chance d’obtenir des passages à BX1 et à RTL et pour certains, cela représente la consécration suprême. « Un demi-siècle de mensonges » trouve son ancrage à Bruxelles. Pourquoi ce choix ?


La plupart des romans se déroulent en France, aux Etats-Unis ou un peu partout sur la planète, mais très peu mettent en valeur notre capitale et notre pays. Je trouvais tout naturel de faire vivre mes personnages dans les lieux où j’ai vécu. Si nous, auteurs belges, ne le faisons pas, qui va le faire ? La réaction des lecteurs bruxellois a été unanime. Tous ont été ravis de pouvoir situer ces lieux dans leur univers et tous étaient émus de reconnaître certaines rues, certains quartiers dans lesquels évoluent les héros. C’est également plus facile de décrire des endroits que l’on connaît bien. Quelle est la trame du roman ? Dans « Un siècle de mensonges », Marylou est une journaliste de trente-trois ans qui a la chance de se faire engager par un riche vieillard américain, pour lui écrire sa biographie. Le contrat à peine signé, elle se rend compte qu'elle se fait manipuler. Trop tard, le piège se referme inexorablement sur elle et le compte à rebours est déclenché : il lui reste moins de deux ans pour comprendre les enjeux dont elle est l'objet. Marylou sera forcée de remonter le passé jusqu’en 1907 et d’ouvrir la boîte de Pandore. Dans le deuxième tome, « Un demisiècle de mensonges », on commence le récit lors de la seconde guerre mondiale, en retraçant le destin de trois femmes, dont Marylou, que la vie n’a pas épargnées. Peut-on parler de thriller psychologique ou de suspense littéraire ? Je n’ai pas écrit un livre pour le faire entrer dans des cases. J’ai simplement écrit un roman que j’aurais eu envie de lire. Les gens aiment cataloguer les choses. Mes deux romans se rapprochent du thriller psychologique mais je les ai déjà vus rangés dans les romans historiques, les romans policiers et les romans fantastiques !

Quels ingrédients rehaussent l’intérêt de l’intrigue ? L’intrigue est très complexe et trouve sa force dans des événements historiques du XXe siècle. Faire vivre ses personnages lors de l’Expo 58 ou au moment de l’incendie de l’Innovation en 1967, cela rend le récit beaucoup plus crédible et fascinant. De plus, pour chacun des romans, j’ai veillé à tenir le lecteur en haleine en lui donnant des indices et en lui révélant des fragments de vérité tout au long des trente-cinq chapitres. J’ai particulièrement travaillé la fin de l’histoire en essayant de surprendre le lecteur. Il faut vraiment attendre la toute fin du récit pour obtenir toutes les réponses aux mille questions que l’on se pose. Dans quel état d’esprit vous asseyez-vous à la table d’écriture ? Avez-vous besoin d’un rituel ? J’ai besoin que les idées mûrissent avant de m’installer devant mon ordinateur. Souvent, les idées viennent le soir ou la nuit. J’aime alors me lever tôt, lorsque tout le monde dort encore, et m’asseoir à mon bureau. On devine un énorme travail de documentation pour brosser un siècle d’histoire contemporaine. Quelles ont été vos sources ? Internet est un outil formidable. Sans cela, il m’aurait été très difficile d’écrire ce roman. J’ai utilisé google map pour les descriptions de New York et Syracuse. Je n’y ai jamais mis les pieds, mais les lecteurs qui connaissaient ces villes ont trouvé leur description très crédible. Pour les informations concernant les événements historiques, j’ai consulté des dizaines de sites, livres


et dossiers parfois uniquement édités en anglais pour arriver à obtenir des renseignements très pointus. Je me suis dit : « Celui qui voudra vérifier si ce que je raconte est exact ne sera pas déçu ». En tout cas, j’espère que le lecteur, en plus de passer un bon moment de détente, apprendra pas mal de choses. J’ai moi-même redécouvert des événements que je croyais connaître. Allier plaisir et culture a toujours été mon credo. Au fil des pages, il apparaît que l’existence s’apparente à un jeu. A quelle catégorie appartient-elle ? Je suis content que vous me posiez cette question. C’est le cœur même du livre. Je n’ai pas la prétention d’apporter des réponses au sens de notre existence, mais j’avais envie de donner un coup de pied dans la fourmilière, de forcer les gens à s’interroger. La vie est-elle un jeu de hasard ? J’ai parfois tendance à le croire, mais c’est terriblement déstabilisant de penser que notre destin ne nous appartient pas. Laisser notre vie dans les mains d’un dieu est plus rassurant. Il arrive aussi que l’homme veuille prendre la place de son dieu. Une question traverse votre roman. Avançons-nous selon nos motivations ou sommes-nous subordonnés au hasard ? Selon vous, qu’en est-il vraiment ? Il y aura toujours une part de hasard, c’est inévitable. Nos actes nous donnent l’illusion de maîtriser notre vie, ils apportent un sens à notre existence et construisent notre ego. Comme je suis plutôt du genre optimiste, j’aime l’idée que nous avons le pouvoir de forcer le hasard. Dans « Un demi-siècle de mensonges », l’accent est plutôt mis sur les aléas de la vie qui nous transforment et font de nous des êtres que nous n’aurions peut-être pas souhaité devenir. Presque trois cent cinquante cents pages imprimées, l’élaboration a été conséquente. Combien de temps avez-vous mis pour rédiger ce manuscrit, de la gestation au point final ? J’ai mis plus d’un an entre le moment où j’ai eu l’idée et le moment où le manuscrit est parti chez les éditeurs. J’y ai sûrement travaillé plus de trois cents heures ! Sans compter les moments de réflexions. Dans un projet comme celui-là, votre cerveau est en marche 24h/24 pendant un an ! La chose est épuisante, mais cela correspond à un besoin et le résultat est très gratifiant. Le second roman a pris encore plus de temps puisque je l’avais déjà entamé avant que le premier ne soit édité. Sans déflorer l’épilogue du récit, de quelle manière faut-il interpréter le titre qui orne la couverture ? Le premier roman traverse tout le XXe siècle, comme une saga. Marylou tente de démêler le vrai du faux dans les informations qu’elle trouve. Paradoxalement, c’est celui qui lui a demandé d’écrire sa propre biographie qui prend un malin plaisir à lui mettre des bâtons dans les roues, à la diriger vers fausses pistes. Les feuilles rouges présentes sur la couverture ont aussi un rapport évident avec le roman, mais il faut l’avoir lu pour le comprendre ! Le second tome débute au milieu du XXe siècle, d’où son titre ! Les protagonistes sont-ils fictifs, réels ou partiellement inspirés de proches ou de tiers ? Les héros sont complètement fictifs et sont finalement très éloignés de moi et des gens qui m’entourent. J’ai trouvé plus aisé de construire les personnages en fonction de l’intrigue. J’ai voulu une Marylou spontanée, révoltée, mais attachante. Les personnages principaux doivent toujours avoir quelque chose en plus, quelque chose d’unique. Quant au vieillard, il est cynique, machiavélique mais, à certains moments, il nous apparait touchant et on arrive presque à l’excuser d’être aussi odieux. Une amie m’a un jour dit : « Comment peux-tu inventer un personnage aussi abominable alors que tu es si gentil ? » C’est jubilatoire de créer une telle figure. Dans un roman, tout est permis et on peut se lâcher !


En tant que Bruxellois, quel regard portez-vous sur la capitale en ce début de XXIe siècle ? Je suis né à Bruxelles, j’ai toujours vécu à Bruxelles et je n’ai pas l’intention de la quitter. En cinquante ans, elle a bien changé et est devenue plus cosmopolite. Je ne fais pas partie des nostalgiques qui trouvent que tout était mieux avant. Il ne faut jamais porter un regard trop critique sur ce qui est en train de se faire, mais replacer les changements dans le temps. Aujourd’hui, on critique le piétonnier ou la destruction du viaduc Reyers, comme on a critiqué en son temps le voûtement de la Senne, la jonction Nord-Midi, la construction du quartier Nord, … La ville est en éternel bouleversement et c’est cela qui la rend vivante. Avez-vous un nouveau roman en préparation ou un autre projet ? Je suis occupé à écrire mon troisième roman. La trame est déjà globalement définie. Ce sera un récit complètement différent des deux autres. C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur, un roman coup de poing qui fera l’apologie de l’euthanasie et qui, je l’espère, fera avancer la réflexion sur le sujet. Rendez-vous en 2020 pour vous en parler plus longuement… Retrouvez Jean-Louis Aerts sur sa page facebook : https://www.facebook.com/Jean-Louis-AERTS-247246028977463/ Propos recueillis par Daniel Bastié

THÉÂTRE : TAKE CARE La compagnie Le Corps Crie (menée par Noémie Carcaud) explore l'humain dans ses recoins les plus intimes : son rapport à lui-même et à l'autre, ses doutes, ses désirs et ses contradictions. La recherche de la compagnie s'articule autour de la théâtralité même de la vie : A quoi on joue ? Pour qui ? Quels sont les enjeux ? Où se situe la limite entre le réel et l'imaginaire, le vrai et le faux ? Avec « Take Care », elle nous propose un spectacle qui sonde l’ambivalence des relations. Sept protagonistes se trouvent rassemblés dans une maison de campagne isolée, une bâtisse vétuste, en partie effondrée. Ensemble, ils doivent décider de son sort. Les enjeux font ressurgir des liens, des rapports entre eux. Petit à petit, des souvenirs refont surface. Le passé se mêle au présent pour dévoiler les failles, les fissures, quelques fantômes. Des moments enfouis se rejouent, se reconstituent à travers la personnalité de chacun. Que signifie prendre soin ? Les autres sont-ils nécessaires ? Pourquoi a-t-on besoin que les autres aient besoin de nous ? Qui porter et jusqu'où aller ? Qui sauver et de quoi ? Que ne donnerait-on pas par peur d’être vidé, envahi, dépossédé ? A quoi tiennent les relations que nous entretenons avec notre entourage proche ? Quels sont nos besoins, nos attentes, notre responsabilité face aux autres ? Noémie Carcaud propose une pièce faite de questionnements et qui plonge le public dans des questions qui, un jour ou l’autre, l’amène à s’interroger sur les tenants et les aboutissements de chaque geste posé. Cette reprise est à voir du 12 au 16 mars 2019 à 20 heures au Théâtre de la Vie. L’opportunité de redécouvrir la performance de Cécile Chèvre, Yves Delattre, Sébastien Fayard, Jessica Gazon, Fabienne Laumonier, Cédric Le Goulven, Emmanuel Texeraud. Plus de détails sur le site www.theatredelavie.be Rue traversière, 45 à 1210 Bruxelles


EXPOSITION : AFRICA À LA PAPPILIA La Pappilia se met à l’heure africaine avec les portraits et les paysages de Nathalie Bambust. Coup de cœur et coup d’œil sur ces visages d’enfants qui nous regardent, ou sur ces scènes de la vie quotidienne qui nous plongent au cœur du continent noir. C’est éclatant de couleurs et de lumière. Ce qui frappe d’abord, c’est l’intensité des regards dans les peintures à l’huile ou dans les portraits au crayon, illuminés par le sourire de la vie. Des portraits qui sont marqués d’ombres, de dégradés et de lumière. Cette petite fille ou ce jeune garçon nous donnent le monde à voir dans leur regard d’Ange noir descendu du ciel. Leurs yeux scrutent l’avenir avec une grande foi. Un grand élan vers le monde qui s’ouvre à eux. « Les yeux sont essentiels, me confie la portraitiste, parce que c’est dans le regard qu’on perçoit l’âme de la personne. C’est là qu’on sent ce qu’elle a vécu, enfant ou adulte. Outre les enfants, j’adore dessiner les personnes âgées, qui ont leur vie à nous raconter. Mais le départ de chacun de mes dessins, ce sont les yeux. Je peins ces visages dans le détail parce que je suis portraitiste de formation. Cela suppose l’exactitude du trait, la fidélité à la personne qu’on peint et qui va se reconnaître dans le portait achevé. C’est la cerise sur le gâteau de voir la satisfaction du commanditaire lorsque le portrait est enfin fini. » D’où lui vient donc cette passion pour l’Afrique qu’on respire dans chacun de ses tableaux ? Nathalie Bambust s’en explique : « J’ai toujours aimé l’Afrique, même si je n’y suis jamais allée malheureusement. J’aime cette sagesse africaine qui me parle. J’ai connu beaucoup d’Africains quand j’étais jeune (mais elle l’est toujours). J’ai pu ainsi me baigner dans leur culture qu’ils transmettent de génération en génération. Ils respectent par exemple les personnes âgées que nous mettons, nous, de côté. Nous les reléguons dans les seigneuries. Là-bas, en Afrique, les vieux font partie de la vie quotidienne des gens. Ils continuent de vivre avec leurs familles, avec qui ils partagent leur expérience. Les Africains sont aussi des gens très généreux. Ils aiment la vie et font la fête pour le dire. Leur musique est chaleureuse, avec des couleurs chaudes et lumineuses qui transmettent cette chaleur. » Cette chaleur, on la perçoit dans chacun des tableaux, et par exemple dans celui où des paysannes sont en train d’arracher des carottes dans un champ. Nathalie a croqué cette scène de La Vie avec une touche impressionniste qui fait qu’on saisit le détail quand on prend du recul pour voir les mains qui s’affairent autour des carottes déterrées. Voyez le coloris des longues robes qui s’étirent alors que les deux paysannes travaillent au champ. « C’est pour cela aussi que j’aime le détail dans ces jeux de lumière et de couleurs qui s’entremêlent. Cela fait partie


de la décoration de la toile, comme dans les tissus africains qui motivent mes peintures. Quand on voit leurs tissus, c’est très chaud. Ils sont éclatants de couleurs. Cela manque vraiment chez nous. Les Africains aiment bien se montrer, se mettre en valeur, et leurs vêtements s’y prêtent. » Les pagnes des Africaines, bariolés de toutes les couleurs, mettent leur corps en beauté. C’est cela qui lui parle et qu’elle met à l’honneur dans cette exposition. Qui sont les modèles ? Si Nathalie n’est jamais allée en Afrique et si elle n’a pas encore visité le musée rénové de Tervuren, d’où lui viennent donc ces visages, ces femmes, ces enfants qu’elle peint avec tant d’exactitude dans le trait que les personnes pourraient s’y reconnaître ? « Je me base sur des clichés que je trouve un peu partout. Je vais chercher mes personnages sur Internet ou dans des revues, ou encore dans de vieux livres que j’ai chez moi. Quand j’ai enfin une idée précise du personnage à peindre, qu’il s’agisse d’une personne âgée, d’un enfant, d’un bébé, je me mets à chercher tous azimuts. Et je finis par les trouver. » Ainsi Regard avec ce jeune enfant qui nous sourit. La composition vient par la suite, et c’est là qu’elle met sa touche personnelle. Elle mêle souvent aux personnages des animaux, comme un zèbre ou un léopard dont on retrouve des morceaux dans ses tableaux. Elle le fait pour donner une certaine texture à la composition, qui rappelle les tissus africains très élaborés qui motivent ses toiles et qui représentent souvent, eux aussi, des animaux. Elle en fait une sorte de patchwork significatif, où des bouts d’Afrique se rejoignent dans une composition éclatée et éclatante de couleurs comme dans Le Triptyque de l’enfant. Un père architecte d’intérieur Nathalie Bambust est une artiste peintre originaire d’Overijse, bilingue comme beaucoup de Belges. C’est son père néerlandophone qui lui a donné l’amour du dessin. Rentrée de l’école, elle l’observait en train de dessiner des plans de maison, car il était architecte d’intérieur et décorateur. Il faisait partie de l’ancienne génération qui réalisait dessins et plans sur papier à dessiner. Il maîtrisait parfaitement la perspective. Il lui disait toujours : « Dans un paysage, il faut de la profondeur. » Nathalie dévorait des yeux les moindres détails d’un salon ou d’une chambre qu’il était en train de créer dans un style précis. Rien ne manquait, tous les détails s’y trouvaient, jusqu’au vase rempli de fleurs déposé sur une table, un rideau entrouvert, laissant pénétrer un rayon de soleil dans la pièce, les détails finement dessinés des moulures d’un meuble gothique, enfin tout ce qui allait lui donner cette envie irrésistible de dessiner et de peindre. Nathalie a suivi les cours de Saint-Luc à Bruxelles, en s’intéressant à des maîtres comme Van Eyck, Rubens, Memling, ou aux impressionnistes comme Renoir, Monet ou Toulouse Lautrec. Elle peint des portraits et des paysages depuis trente ans, car capter le regard de l’autre ou représenter la nature dans un style impressionniste est pour elle une véritable passion. Passion à partager à la galerie Pappilia jusqu’au 17 mars 2019. Où et quand ? Rue de la Brasserie, 71 à 1050 Bruxelles, les week-ends ou sur rendez-vous (0478 24 51 03). Plus d’informations sur www.pappilia.be Michel Lequeux


EXPOSITION : PICTURA LOQUENS L’exposition Pictura loquens, organisée par la Société royale des bibliophiles et iconophiles de Belgique (SRBIB) se veut une célébration des images parlantes présentes dans les ouvrages publiés par les imprimeurs des anciens Pays-Bas et de la Principauté de Liège, ou créées par des artistes originaires de ces contrées, du XVe au XVIIIe siècle. C’est enfoncer une porte ouverte que de reconnaitre que notre époque est devenue l’époque de la communication graphique. Nos nouveaux médias, internet et télévision en tête, ont été créés par et pour l’image, et les journaux, les magazines et les livres sont également devenus des vecteurs incontournables de la diffusion de celles-ci. Grâce au prêt, par les membres de la SRBIB, de plus de cent soixante ouvrages illustrés anciens (cent trente livres et trente gravures ou dessins), nous découvrons que cet attrait pour l’image ne date pas d’aujourd’hui. Dès le début de l’imprimerie, et particulièrement au XVIIE siècle, les artistes et artisans de nos contrées - les anciens Pays-Bas et la principauté de Liège – ont été au centre de la créativité européenne en ce qui concerne l’illustration des livres. Notre exposition montre que leurs œuvres ont été maintes fois rééditées, copiées au-delà des frontières, et ce, pour certaines d’entre elles, pendant plus de deux cents ans ! Tous les domaines sont abordés, chacun introduit dans le catalogue par un article écrit par un spécialiste, universitaire ou conservateur, et l’on découvre l’évolution du rôle imparti aux illustrations : descriptives pour les ouvrages des catégories Belles-Lettres ou Histoire & Géographie, instructives et complément du texte pour Sciences, Arts & Métiers, puis devenant symboliques, ésotériques, et souvent l’élément central du message dans les catégories Croyances & Rites ou encore Sagesse & Humanisme. L’ambition, dans la conception de cette exposition, a été de pouvoir intéresser tant le bibliophile averti que le néophyte. Pour le premier, nous proposons de nombreux ouvrages rares et un catalogue de trois cent soixante pages et plus de trois cent quarante illustrations couleur, apte à susciter réflexion et enrichissement. Pour le second, familier de l’omniprésence des images numériques d’aujourd’hui, nous nous sommes attachés à pouvoir l’intéresser en racontant les histoires de ces images anciennes, en montrant comment une estampe évolue au fil des ans, des décennies, voire des siècles, et en proposant de découvrir comment l’illustration d’un livre se fabrique. Un événement à découvrir jusqu’au 31 mars 2019 à la Bibliotheca Wittockiana. Plus de détails sur le site www.wittockiana.org Rue de Bemel 23 à 1150 Bruxelles


THÉÂTRE : COMÉDIE SUR UN QUAI DE GARE Lorsque la lumière monte sur scène, nous découvrons trois personnes assises sur un banc, devant la petite gare d’une province française. Tout en attendant le train, on perçoit d’emblée une certaine gêne. Au milieu, il y a une jeune femme avec, à sa gauche, un jeune homme et, à sa droite, un monsieur plus âgé. C’est lui qui rompt le silence en interpelant son cadet. De part et d’autre, les mots sont maladroits et crûs. Du coup, la fille s’en mêle et on apprend que le vieux monsieur est son père et qu’elle monte à Paris pour le faire soigner. Le père, lui, ne pense qu’à marier sa fille, car il ne veut pas la laisser seule. Il croit que ce jeune homme pourrait être un bon parti. Ce dernier, pas fort à l’aise, finit par dire qu’il a acheté un bureau de tabac dans la capitale et que l’ouverture aura lieu dès son arrivée. Le trio émane d’un milieu modeste et ne dissimule pas ses émotions. Malgré le cynisme de la situation, chacun éprouve le besoin de raconter son histoire tout en restant attentif aux mots des autres. En quelque sorte, un dialogue parfaitement inattendu s’installe. A mesure que les minutes s’égrènent, le père s’impatiente. Il rêve de voir sa fille tomber amoureuse du jeune homme installé près d’eux, qui paraît capable de la combler de bonheur et qui, peut-être, la trouve jolie. Ne représente-t-il pas un signe du destin ? Celui qui serait capable de veiller sur elle lorsqu’il ne sera plus là ? Un relais en quelque sorte … Puis, voilà que le haut-parleur annonce du retard. Le père en profite pour pousser sa fille à aller discuter avec le garçon. Puisque le temps paraît acquis à leur cause, ce dernier l’invite à consommer un café en tête-à-tête. A la fois ravi, le père ne peut néanmoins pas s’empêcher d’émettre des doutes : est-il un bon parti et saura-t-il la chérir ? Sur le ton de la comédie et sans avoir l’air d’y toucher, Samuel Benchetrit livre une histoire d’amour fort simple, avec des gens qui ne subissent aucun conflit majeur et qui possèdent la force d’être euxmêmes. Aussi, à tour de rôle, sur un banal quai de gare d’un lieu indéfini, chaque individu se retrouve seul et entre en dialogue pour exprimer son ressenti. Durant cet instant privilégié, les souvenirs s’enchaînent et un tourbillon emporte l’un et l’autre dans ce qui ressemble à un don total de soi, avec une belle générosité. Enfin, lorsque le train invite chacun à prendre place pour une destination connue, le récent couple décide de rester uni pour débuter une aventure à deux. Resté sur le quai, le père préfère les laisser mener librement leur avenir. Il n’éprouve aucune envie de s’imposer et choisit de demeurer ici plutôt que de partir se faire soigner loin de chez lui. La femme qui parlait dans le haut-parleur finit par le rejoindre et propose de prendre la place de sa fille, maintenant partie pour amorcer une belle passion. Sans effets de manches, l’auteur nous apprend que l’amour est un cadeau et que le choix d’une seule et simple rencontre peut totalement modifier le cours d’une existence. Antoine Herbulot, Jeanne Kacenelenbogen, Michel Kacenelenbogen et Elsa Tarlton partagent une réelle complicité sur scène, qui devient communicative. Cette pièce livre une partition tonique, un chouia sensible, parfois décalée, surtout drôle et tendre avec un zeste de tristesse. Avec détachement, elle parle des étapes qu’il faut forcément franchir afin de quitter le giron de ses parents afin d’embrasser une autre vie et démarrer un nouvel acte qui ressemble à un train qui prend son départ sur un quai de gare. Vous avez jusqu’au 30 mars 2019 pour découvrir cette pièce au théâtre Le Public qui, certainement, ne vous décevra pas. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1120 Bruxelles Maurice Chabot


THÉÂTRE : 1984 Au moins une fois dans sa vie, chaque individu a entendu parler de « 1984 », l’ouvrage le plus célèbre de George Orwell, un roman qui à l’époque (1949) faisait partie du genre sciencefiction et nous entretenait du monde à venir. Depuis, les prévisions de l’écrivain se sont en partie concrétisées avec une société qui a fait de plus en plus la part belle à la technologie et où tous les gestes, ainsi que les pensées les plus intimes, sont contrôlés. Le récit brosse le quotidien de la Grande-Bretagne après un séisme nucléaire, avec une nation rebâtie sur de nouvelles règles et une population passée de la terreur à l’indolence, qui l’a amenée à tout accepter, faisant de chacun un fantoche. En filigrane, l’auteur parle de despotisme. On y retrouve plusieurs éléments inspirés du nazisme et du stalinisme. Un système décidé à tout contrôler pour mieux le diriger, où aucun écart n’est admis, où la contestation est étouffée avant qu’elle puisse s’exprimer et où les esprits sont cadenassés. Bien évidemment, il n’y aurait pas d’aventure sans la présence de l’un ou l’autre contestataire et de traîtres. Chaque fois qu’une caméra de surveillance est installée, on songe à Big Brother alors que, sciemment, nous livrons notre vie privée sur la toile en multipliant les réflexions personnelles, les photographies de nos vacances, de notre intérieur ou de nos enfants par le truchement de divers réseaux sociaux. A deux reprises, le cinéma s’était attaqué à cette brique littéraire. Si la majorité des spectateurs a oublié la version de Michael Anderson (1956), certains se souviennent encore de celle de Michael Radford (1984) avec John Hurt et Richard Burton. A chaque fois, la difficulté a été de transposer la prose en images et de traduire les sentiments de haine, de rejet, de réflexe sécuritaire et de relations conflictuelles qui agitent cette fiction. Après avoir pesé le pour et le contre, le Théâtre royal du Parc a relevé le challenge et a choisi de proposer sa version d’un des grands classiques de la littérature contemporaine. Un pari a priori complexe, mais résolu avec intelligence, en dégraissant l’intrigue et en proposant le portrait de citoyens coupés d’euxmêmes et ayant oublié la saveur de la liberté. Comme toujours, Patrice Mincke se sert de l’espace avec maestria et peut compter sur des comédiens sélectionnés pour leur professionnalisme et leur don de mimétisme. Perrine Delers, Julie Dieu, Béatrix Ferauge, Fabian Finkels, Muriel Legrand et Guy Pion incarnent les protagonistes sans ménager leurs efforts et parviennent à engendrer une ambiance inquiétante. Avec une force incroyable et une amertume glacée, ils nous parlent de notre quotidien et nous livrent une parabole de l’existence, noyée dans la routine qui inhibe notre capacité à nous remettre en question, brebis dociles prêtes à tout accepter sans regimber. Visuellement, l’adaptation est parfaite, avec des jeux de lumière idoines, une musique introspective de Laurent Beumier et des projections vidéo d’Allan Beurms. Sans surprises, on découvre un spectacle engagé qui aide à grandir, qui pousse à une totale remise en question de nos valeurs et qui, alors que les élections de mai se profilent en Belgique, amène à se positionner sur la pertinence d’un vote utile. « 1984 » est à voir au Théâtre royal du Parc jusqu’au 6 avril 2019. Plus de détails sur le site www.theatreduparc.be Rue de la Loi 3 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : LES ENFANTS DU SOLEIL Reprise au Théâtre des Martyrs d’une comédie satirique mise en scène par Christophe Sermet. Elle est tirée d’une pièce de Maxime Gorki et passe les prémices de la révolution russe au scalpel de l’analyse. Toutes révolutions confondues d’ailleurs. Pavel est un alchimiste un peu fou, qui a la tête dans ses éprouvettes. Il dissèque la vie en particules infimes, sans se préoccuper de sa femme esseulée dont est amoureux un photographe. Il a une sœur complètement névrosée, Liza, qui refuse les avances de Boris, un vétérinaire sanguin et alcoolique venu s’installer dans leur demeure pour la draguer. La propre sœur de Boris, Mélania, est tombée amoureuse, elle, de Pavel que tous admirent. Deux bonnes (tirées d’une pièce de Jean Genet) servent tout ce beau monde qui hésite à sortir, car dans la ville rode un mal étrange qu’on appelle le choléra. Un mal qui prendra bientôt l’allure d’une révolution populaire, alors qu’ils rêvent tous d’un monde sans violence, placé sous le signe de la connaissance et de l’art. Derrière cette comédie bourgeoise inspirée d’une pièce de Maxime Gorki, se cache la satire féroce de la société russe en 1905. Le réalisateur Christophe Sermet en fait un diptyque avec sa réalisation précédente Vania ! pour nous plonger dans les préludes de la révolution bolchévique au début du XX e siècle. Le ton intime cède le pas à un théâtre plus politique. Six personnages sont en quête d’un sens à donner à leur vie. Ils sont à la recherche du bonheur perdu, du bonheur rêvé dans une maison où se côtoient les désirs et les ambitions de chacun. Gorki nous fait bien sentir le fossé qui creusait la société russe quand il écrivit Les enfants du soleil. D’un côté, il y a les nantis qui vivent du travail des autres. Il y a les intellectuels qui se réfugient dans la quête d’un bonheur égoïste, dans la recherche d’un monde utopique sur lequel ils règneraient en maîtres, comme Pavel sur les gens de sa maison. De l’autre, il y a les malheureux, les misérables incarnés par l’ouvrier Iegor, ignare et machiste, qui bat sa femme et se révolte contre ses maîtres. La seule à avoir compris cette fracture sociale, c’est la sœur de Pavel, Liza la névrosée qui s’attend au pire. Qui le prédit comme Cassandre. Elle a vu la haine dans les rues, et elle fouille la maison comme une taupe aveugle, à la recherche de la vérité. Trop tard pour qu’elle puisse répondre aux avances de son prétendant qui a quitté les lieux. La mise en scène est à l’image de cette fracture sociale, car elle divise la profondeur de l’espace en deux parties, par un écran au-dessus du bar sur lequel seront projetées les images de la révolution en marche. La poudre parlera et envahira finalement la salle. On comprend l’émoi des spectateurs russes qui voulaient fuir le théâtre, en croyant à l’époque qu’une véritable révolution s’y jouait. On est comme eux, pris par le piège qui se referme à la fin du spectacle. De bons comédiens y jouent, avec notamment Yannick Renier dans le rôle de l’alchimiste en culottes courtes – comme un savant ridicule qu’il est – et Philippe Jeusette qu’on retrouve dans le personnage sanguin et colérique de Vania ! qu’il rejoue ici comme un copié-collé. La fin explique le début de la pièce. Comme un serpent qui se mord la queue. Ou comme Godot qu’on n’attendait plus. A voir au Théâtre des Martyrs du 2 au 13 avril. Plus d’informations sur le site officiel www.theatre-martyrs.be qui produit la pièce. Place des Martyrs, 22 à 1000 Bruxelles Michel Lequeux


THÉÂTRE : L’EMPREINTE DU VERTIGE Un premier texte écrit et interprété par Angèle Baux Godard qui est accompagnée par le guitariste et percussionniste Jérémy David, dans une mise en scène de Clément Goethals. La pièce s’intitule L’empreinte du vertige et nous fait sentir l’innommable du viol. Le viol d’une petite fille devenue femme, qui se souvient de la blessure dans sa chair. « Sa grosse main de plâtre glisse sur mon corps. Il sculpte ma vie et la fige. » Entre conte et road trip, entre musique et paroles, ce texte écorché plonge à vif dans l’intimité d’une jeune femme qui a été une adorable petite fille. Et qui, du jour au lendemain, a perdu son innocence. En donnant la parole à Elisa qui fait remonter en elle la trace sanglante de la déchirure, Angèle Baux Godard s’empare d’un récit pesant du corps. A coups de flash-back qui lui reviennent en mémoire, elle nous fait revivre toute la blessure intime qu’elle a occultée, mais qui est toujours là à saigner. Comme un coup de hache qui reste planté en elle et qu’elle ne peut cicatriser. Ou comme cette panthère noire qu’elle a croisée au retour du travail et qui gît sous les roues de sa voiture, le corps éventré. Le choc de l’accident plonge Elisa dans ses souvenirs, où se mêlent d’autres déflagrations qui ont muré son corps dans le silence. Dans le refus de l’autre. Dans la solitude de la souffrance qu’elle a longtemps tue pour survivre. Il ne lui est plus possible désormais de rentrer chez elle pour fêter l’anniversaire de sa fille. Il faut qu’elle prenne la route au plus tôt pour se libérer du souvenir ravivé par le sang du félin. Pour raconter ce qui lui a si longtemps meurtri la chair. Enfance, adolescence, médecin, compagnon : toutes ces voix cheminent en elle à travers les tabous de la sexualité féminine qui se dévoilent dans son récit. A travers le refus de son corps d’accepter la présence de l’autre. Beaucoup de femmes souffrent, sans en parler, du réflexe incontrôlable de se fermer à leur partenaire, qu’on appelle le vaginisme. La cause en est bien souvent une blessure initiale, comme celle qui nous est racontée dans cette pièce, entre voix, chuchotements et roulements de timbales. L’empreinte du vertige nous fait pénétrer au cœur d’une blessure incicatrisable, distillée ici sur un mode allusif qui respecte la confession d’Elisa et nous la fait partager. Chacun pourra recomposer ce récit en y mettant ses propres mots, son propre vécu. A voir, à écouter et à partager au Théâtre des Martyrs qui coproduit la pièce avec le Rideau de Bruxelles, du 8 au 31 mars. Plus d’informations sur www.theatre-martyrs.be Place des Martyrs, 22 à 1000 Bruxelles Michel Lequeux


EXPOSITION : YVAN OSSCINI A la demande générale, Yvan Osscini voit son exposition à Espace Art Gallery (initialement prévue jusque fin février !) prolongée d’un mois. Un artiste ancré de plain-pied dans la modernité et qui ne s’encombre d’aucune référence afin de peindre librement, sans se soucier de ce qu’on produit ailleurs. Même si son art doit un peu (beaucoup ?) aux graffeurs qui ornent les murs de Marseille d’œuvres plus ou moins durables et si, curieusement, il confie être inspiré par les maîtres de la Renaissance, dont il admire le traitement des matières et le rendu, plutôt que par le Pop art. S’il ne rechigne jamais à utiliser les pinceaux traditionnels ou la brosse, il privilégie l’usage de la bombe de couleur pour tirer des traits qui deviennent expressions ou traces. Son style allie simplicité et complexité dans des élaborations pouvant être monumentales. Là, encore, l’homme ne se laisse pas malmener par les contraintes et travaille dans son atelier à l’abri des regards, pour déconstruire le réel afin de le réinventer avec deux doigts de fantaisie, énormément d’inspiration et un soupçon de poésie. Loin de toute rhétorique, il privilégie les mots simples pour parler de sa formation comme peintre de lettres et sa lente évolution dans le domaine du visuel pur. Au moment de laisser germer des idées ou des sensations, tout fait office de support : papier, toile marouflée, aluminium, plexiglas, bois. Chaque matière absorbe ou ralentit le geste pour opérer l’acte de magie pure qu’est le tableau en gestation et la découverte de celui-ci achevé. Assurément, faire le tour de l’exposition qui lui est consacrée à Bruxelles n’apporte aucune clé de lecture sémantique. Chaque création vit pour elle-même, sans interférer avec celle qui la précède ou qui la suit, même si une homogénéité circonscrit l’ensemble pour matérialiser le choc du regard. Le visiteur est donc invité à se forger un avis propre et à se laisser entraîner dans l’ambiance qui éclot aux cimaises. L’expression picturale d’Yvan Osscini repose sur une série d’associations et de décalages. On imagine peu la lente préparation nécessaire lors de la phase de composition. Rien n’est laissé au hasard et on ne compte pas les croquis avant d’attaquer la conception. Trait précis, harmonie des teintes, support des technologies modernes, tout est conçu avec méticulosité, avant d’être bousculé pour renaître entre les mains d’un faiseur de rêves. La place de l’illusion demeure également omniprésente, avec cette étrange sensation de déjà-vu et d’inédit, de proximité et d’éloignement, de langage classique et de vive modernité. On est enfin subjugué par la finesse d’exécution, où chaque élément trouve sa place, méticuleusement inventorié pour inviter le public au dialogue. Certains parlent de formes hallucinées, de palette flashy, du jeu de la perspective qui donne l’impression que ce qui est loin devient proche et inversement. Univers pop, acidulé et un chouia psychédélique font d’Yvan Osscini un plasticien inclassable et bien heureux de n’entrer dans aucune nomenclature. L’étiqueter reviendrait tout simplement à étouffer son originalité, à le contraindre à suivre des règles, à s’affranchir d’un caractère rebelle qui lui sied à merveille et à produire comme beaucoup d’autres le font …sans âme et en se limitant à répéter inlassablement ce qu’on peut voir çà et là. Découvrir ses dernières réalisations équivaut à vivre une expérience chromatique peu commune et à se laisser sertir par une atmosphère au sein de laquelle on respire sans hoquets, en oubliant le marasme et en prenant la peine de contempler la société de consommation loin des poncifs. Une débauche de thèmes baptisés « Univers neuro-psychédélique » à embrasser jusqu’au 31 mars 2019 à Espace Art Gallery ! En même temps, vous pourrez admirer les sculptures de Jean-François Courbe, les monotypes et pièces numériques d’Aymie, ainsi qu’un panel représentatif de peintures issues de la collection particulière de l’enseigne. Retrouvez tous les détails pratiques sur le site officiel www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


LES MAGRITTE DU CINÉMA BELGE 2019 Sous la houlette du Maître de Cérémonie Alex Vizorek, qui a chauffé l’assistance avec humour et autodérision, la 9e remise des Magritte du Cinéma belge s’est déroulée ce samedi 2 février dans la salle Gold Hall du Square, à Bruxelles. Plus précisément au mont des Arts, sous le prestigieux cube de verre qui fait face à la Bibliothèque royale. Présidée par Vincent Patar et Stéphane Aubier, cette soirée a récompensé les talents du cinéma belge en présence de nombreux invités de la jeune génération et des moins jeunes. Parmi ces invités, on a pu voir Lubna Azabal, Veerle Baetens, Yoann Blanc, Anne Coesens, Gérard Corbiau, François Damiens, Lucie Debay, Lukas Dhont, Pauline Etienne, Guillaume Gallienne, Hippolyte Girardot, Victor Polster, Natacha Régnier, Erika Sainte, Guillaume Senez, François Troukens, Arieh Worthalter et d’autres encore. Raoul Servais en était lui aussi. A nonante ans, il est le pionnier du cinéma d’animation. L’Académie André Delvaux lui a décerné un Magritte d’Honneur pour l’ensemble de son œuvre cinématographique inspirée par les peintres Delvaux et Magritte. Quant à l’affiche de cette 9e Cérémonie, elle est signée Brecht Evens, illustrateur et auteur de bandes dessinées. Meilleur film Trois films ont donc raflé les précieuses statuettes de cristal qui s’inspirent d’une affiche du peintre René Magritte réalisée pour les « moments inoubliables » d’un festival du cinéma en 1958. Elles sont une création originale du designer bruxellois Xavier Lust. Les trophées si convoités se montaient à vingt-deux, dont cinq sont allés à Nos batailles du réalisateur franco-belge Guillaume Senez, qui remporte la palme du meilleur film. C’est l’histoire d’un père de famille qui se retrouve seul du jour au lendemain. Il va lui falloir gérer le quotidien d’un coup : l’éducation des enfants, la vie de famille avec ses multiples tâches, ainsi que son activité professionnelle à laquelle il s’était voué corps et âme jusque-là. Tout ce que faisait sa femme qui est partie, n’en pouvant plus d’être ainsi dévorée par la vie du foyer. Face à ses nouvelles responsabilités, Olivier devra trouver un nouvel équilibre, car son épouse ne reviendra pas. Un film drôle et poignant, entre drame intime et chronique sociale, auquel le réalisateur a consacré quatre ans d’effort, en regrettant le peu de moyens mis à sa disposition. Regrettant aussi la condition de cinéaste en Belgique, coincé entre le chômage et la vie d’artiste. Gilet jaune, en somme, sur un tapis rouge où on vient de l’adouber. Son film a pourtant été un succès en France, où 250 000 spectateurs l’ont vu. Mais, nous dit-il, succès et valeur ne sont pas nécessairement liés sur le marché du cinéma. Meilleur film flamand Autre lauréat, Girl de Lukas Dhont qui remporte quatre statuettes, dont le Prix du meilleur film flamand avec Victor Polster dans le rôle d’une jeune danseuse étoile. Lara, 15 ans, rêve en effet de


devenir cette ballerine. Mais son corps ne se prête pas facilement à ce qu’elle veut lui imposer pour réussir ses pas de danse, car c’est le corps d’un garçon qu’elle rejette de toutes ses forces, du fond d’elle-même. Caméra d’Or à Cannes, tout en élégance et en finesse par la grâce de son jeune danseur qui a reçu le Prix du meilleur acteur pour sa performance. Meilleure image Enfin, trois Prix techniques sont venus récompenser Laissez bronzer les cadavres de Hélène Cattet et Bruno Forzani : un thriller sanglant qui se situe entre Sergio Leone et Tarantino, dans une ambiance résolument trash. Un lieu paradisiaque au bord de la Méditerranée va se transformer en pétaudière, suite à l’arrivée d’une bande de malfrats qui amènent avec eux 250 kilos d’or volés dans un fourgon blindé. Quelques invités surprise et deux flics vont contrecarrer leurs projets. Tout cela est servi sur une musique de western italien. Un régal pour les amateurs de coups de feu dans la sierra, avec le sang et le ricochet des balles. Gros plans sur les regards façon Sergio Leone. Meilleur documentaire Le Prix du meilleur documentaire a été remis à Ni juge ni soumise de Jean Libon et Yves Hinant, réalisateurs de la série Strip Tease, émission culte de la télévision belge. Ils suivent pas à pas la juge Anne Gruwez dans ses enquêtes criminelles, ses auditions de prévenus et ses visites des lieux où se sont produits les crimes. C’est pire que ce que le cinéma pouvait nous présenter. La justice est envisagée sous son angle le plus trivial et le plus noir. Ce documentaire-fiction – mais où s’arrête la fiction, où commence la réalité ? – est interprété par la juge elle-même, présente dans la salle lors de la remise du prix, mais réduite au silence par ses supérieurs sur le rôle qu’elle a joué dans la partie. Vous pourrez voir ou revoir chacun de ces films, et tous ceux qui étaient mis à l’honneur dans la sélection, lors de la tournée des Magritte en Wallonie et à Bruxelles. Voyez dates et films sur info@laquadratureducercle.be. Et n’en manquez bien sûr pas un seul : ils nous font honneur. Michel Lequeux

THÉÂTRE : MEILLEURS ALLIÉS Reprise d’un triomphe qui est en tournée en février et en mars. Couronnée en 2017 par plus de 100 représentations à Paris, jouée en 2018 à la Comédie Volter, cette pièce fut écrite voici une dizaine d’années par Hervé Bentégeat, grand reporter dans les pages du Figaro. Elle confronte deux figures emblématiques de l’Histoire : Churchill et de Gaulle qui, bien qu’alliés, se détestaient cordialement. Comme chien et chat. Bonjour les coups de griffes et les coups bas dans cette joute oratoire époustouflante, où Michel de Warzée et Pascal Racan se donnent à fond. Un duo infernal et un fabuleux moment d’Histoire sur le ton d’une comédie désopilante. C’est en effet le portrait croisé et convulsif de deux


hommes qui ont été les pires alliés de la Seconde Guerre mondiale. Ils s’estimaient et se détestaient tout à la fois. Churchill et de Gaulle sont les protagonistes des Meilleurs alliés, dans une mise en scène scrupuleuse de Jean-Claude Idée : exactitude des costumes et du montage vidéo qui accompagne la rencontre des deux hommes. Nous sommes à la veille du 6 juin 1944 à Portsmouth, en Angleterre, où toute la flotte alliée s’est rassemblée pour porter le coup fatal aux Allemands qui occupent les côtes françaises. La veille du Jour J du débarquement. Dans ces quelques jours qui vont du 4 au 7 juin, Churchill et de Gaulle s’affrontent pour écrire leur page de l’Histoire. La Grande Histoire qui en cache une autre, celle de leurs querelles intestines où les deux hommes vont se déchirer et se porter des coups bas. C’est terrifiant et drôle tout à la fois de les voir argumenter et débattre de leurs idées dans le salon de l’Amirauté britannique. Comme dans une tragi-comédie, avec les mêmes règles. Ces deux hommes ont chacun leur souffre-douleur sur qui ils vont se défouler à tour de rôle : l’ambassadeur de la France libre (Bernard d’Outremont) et le ministre anglais de la Guerre (Simon Willame), qui ne songent qu’à les raccommoder et faire la paix entre eux. Oui mais... De Gaulle est prétentieux, hautain, arrogant et grand de toute sa taille : il voudrait qu’on le traite en chef du gouvernement provisoire (mot sur lequel le raille Churchill), à qui des égards sont dus. Alors que, pour les Français qui ont rendu les armes quatre ans plus tôt, de Gaulle n’est qu’un déserteur ayant fui le pays pour continuer la lutte en Angleterre. Churchill de son côté est un alcoolique patenté, buveur de whisky, bavard et fantasque, ayant des sautes d’humeur, imprévisible et colérique. Se levant tard et travaillant toute la nuit, un verre à la main, le jour aussi d’ailleurs. Tout le contraire d’un homme d’Etat. En juin 1940, il avait offert son aide et les antennes de la BBC à de Gaulle, qui en avait bien besoin pour faire entendre son appel à la résistance aux Français qui ne le connaissaient pas. Churchill ne cesse de lui rappeler cette dette à son égard pour l’humilier et lui faire baisser l’échine. Tout cela est enlevé avec fougue et brio par deux acteurs magnifiques, imitant leur personnage à la lettre, comme deux gouttes d’eau. Pas facile pour Michel de Warzée, également directeur de la Comédie Volter, de garder l’accent anglais tout au long du spectacle, mais il le fait avec un sarcasme qui nous sidère. Il imite sir Winston Churchill à la perfection. Quant à Pascal Racan, il campe le Général sur un ton « vieille France » qui nous rappelle à tous la voix du grand homme au képi. Churchill est un optimiste dépressif, à qui l’alcool sert de gasoil ; de Gaulle est un pessimiste actif, rongé par le doute – par une interrogation que pointe sa montre qu’il ne cesse de consulter : à quoi bon tout cela ? Ces deux tempéraments s’affrontent comme dans une partie d’échecs. Superbe joute verbale sur l’issue de la guerre, qui nous rappelle les termes du Brexit d’aujourd’hui. On est frappé par l’actualité des propos échangés entre le petit gros et le grand maigre sur l’Europe. L’enjeu est toujours le même, c’est ce qui rend la pièce si contemporaine. L’Histoire est ainsi revisitée à travers ce duo antagoniste qui s’amuse et nous amuse avec ses passes d’armes. Forte de ses formules lapidaires, de ses réparties cinglantes et de ses mots piquants, cette comédie nous fait revivre l’entente calamiteuse (à défaut d’être cordiale) des deux hommes qui finiront par devenir, plus tard, les « meilleurs alliés » du monde. « De toutes les croix que j’ai portées, la plus lourde fut sans conteste la croix de Lorraine », conclut Churchill à la fin du spectacle. Il ajoute, en murmurant : « De Gaulle est un grand homme », mais nous ne saurons pas si c’est au sens propre ou au figuré. Sans doute les deux à la fois. De Gaulle, de son côté, le fera « compagnon de la Libération » quand il reviendra au pouvoir en 1958. A voir et à applaudir sans retenue dans la représentation qui a lieu à Waterloo le 14 mars 2019. Plus d’informations sur les lieux en consultant www.comedievolter.be Michel Lequeux


THÉÂTRE : ILS SE SONT AIMÉS Rien n’est plus fragile qu’un couple. Alors qu’ils s’étaient juré fidélité, deux êtres sont soumis aux vicissitudes de l’existence et passent par tout le nuancier des émotions, accumulant des souvenirs pas toujours somptueux et d’autres qui réveillent l’un ou l’autre souvenir amène. A mesure que le temps a passé, la frustration s’est cimentée, les reproches se sont durcis, l’habitude a tué le plaisir et les mensonges (petits et grands !) ont élimé la confiance. Possède-t-on toujours la capacité de pardonner et de remettre le compteur à zéro ? Isabelle et Martin n’ont évidemment jamais été d’accord sur tout même si, au départ, ils croyaient à la perfection et à l’indéfectibilité de leur union. Progressivement, le quotidien les a rattrapés pour faire son œuvre en marquant les gestes ordinaires de lassitude ou d’agacement, en rétrécissant la vision qu’ils avaient de l’avenir, en alourdissant les pensées et les choix à poser. Aujourd’hui ont-ils envie de poursuivre la route à deux ? Muriel Robin et Pierre Palmade nous proposent un spectacle conçu comme une succession de saynètes ou sketches indépendants qui analysent la vie conjugale et auscultent les imbroglios qui font qu’on est amené à régler ensemble une série de difficultés qui ne se seraient jamais présentées en demeurant célibataire. Il ne suffit pas de s’aimer, mais de s’accorder sur une pléiade de points aussi basiques que la relation au reste de la famille (ah ! la belle-mère), l’aménagement de l’appartement, l’organisation des repas, la priorité ou non des vacances ou l’achat d’une voiture neuve. Alors que les auteurs auraient pu tremper leur plume dans l’encre de la tragédie, ils choisissent le ton de l’humour, avec des répliques qui ricochent tous azimuts, des jeux de mots, un zeste de mauvaise foi et une vision pas si déformante du quotidien d’un ménage, avec ses hauts et ses bas, ses enthousiasmes et ses énormes instants de solitude. Si vivre seul ressemble parfois à un drame, en tandem la situation ne devient pas forcément une sinécure. Bien entendu, « Ils se sont aimés » n’entend pas psychanalyser le couple ni apporter l’une ou l’autre réponse face aux dissensions inévitables. Il se contente de brosser le portrait d’une femme et d’un homme qui sincèrement ont mis tout en œuvre pour réussir leur mariage et qui, malgré leurs efforts, se sont abîmés au contact l’un de l’autre. Maria del Rio est impeccable de spontanéité et de fraîcheur pour donner la réplique à Pierre Pigeolet qui, ici, interprète un époux fier et un brin naïf, mais tout aussi attachant. Sociologiquement, cette pièce nous renvoie le reflet de notre vécu et évoque moult situations connues, vues ou entendues. On rit énormément de se reconnaître ci et là, de voir les comédiens donner corps à nos réactions et de les prolonger parfois jusqu’à l’absurde. Si vous souhaitez passer une belle soirée à vous dégeler les zygomatiques sans honte de vous laisser aller, je ne peux que vous conseiller l’acquisition d’un ticket. « Ils se sont aimés » est à applaudir du 12 mars au 7 avril 2019. La mise en scène de David Michiels, dans un décor épuré, contribue grandement à ce bon moment de détente et de satisfaction. Retrouvez tous les détails pratiques sur le site www.trg.be Galerie des Princes, 6 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : L’ABATTAGE RITUEL DE GORGE MASTROMAS Adolescent, Gorge Mastromas a toujours été un garçon aimable et prévenant, mais jamais la vie ne l’a récompensé de sa gentillesse. Au contraire, elle l’a confiné aux seconds rôles et l’a rendu transparent, invisible. A vingt ans, tandis que son employeur se trouvait au bord de la ruine, une chance unique s’est offerte à lui pour faire partie du camp des vainqueurs. En s’affranchissant des convenances et du politiquement correct, il a commencé à s’approprier sans vergogne tout ce qui lui plaisait, jusqu’à devenir un des chefs d’entreprise les plus prospères du monde, quitte à se passer complètement de morale et d’empathie ! Il a bâti son empire sur trois règles d’or. Un. Quand tu veux quelque chose, prends-le, Deux. La seule chose requise pour acquérir ce que tu désires est ta volonté absolue et ta faculté de mentir. Trois. Ne pense jamais aux conséquences et ne regrette jamais tes actes. Avec un humour corrosif, Dennis Kelly propose une pièce épicée, traduite par Gérard Watkins et mise en scène par Jasmina Douieb, qui monte à l’assaut de l’ultra-libéralisme et en démontre les rouages implacables. Infiniment drôle et provocant, ce spectacle nous vaut de grands éclats de rire, sans jamais amoindrir la force de son propos. Yoann Blanc, France Bastoen, Didier De Neck, Stéphane Fenocchi et Valérie Lemaître campent des personnages haut en couleur, sublimes, horribles et maléfiques, prêts à toutes les vilénies pour accomplir leur destin. Evidemment, Gorge Mastromas devient une sorte d’archétype du tyran moderne, sans aucun scrupules et prêt à broyer tout le monde. Bref, un salaud qui s’assume ! « L’abattage rituel de Gorge Mastromas »est à découvrir du 12 mars au 6 avril 2019 au Théâtre de Poche. Plus de détails sur www.poche.be Chemin du Gymnase 1A à 1050 Bruxelles Paul Huet

THÉÂTRE : LES BELLES PERSONNES Sébastien Ministru fait partie des noms récurrents du Théâtre de la Toison d’Or. L’une des plumes sur laquelle l’équipe peut miser sans avoir peur de se fourvoyer. Né à Mons en 1961, il a réussi à imposer une encre mêlée de vinaigre et de miel, cherchant constamment la réplique qui fait mouche ou la formule qui déclenche d’immenses éclats de rire. En s’affranchissant des tabous, il ose tout et clame ce que beaucoup murmurent. Depuis le milieu des années 80, il est également réputé pour ses rubriques dans l’hebdomadaire « Moustique », dont il est devenu le rédacteur en chef. Chez lui, le décalage n’a pas de limites et son imagination foisonnante fait mouche. Pourquoi changer une formule qui plaît ? Après, entre autres, « Cendrillon, ce macho » et « Ciao Ciao Bambino », il revient en grande forme avec « Les belles personnes », une création mise en scène par Nathalie Uffner et défendue sur les planches par Laurence Bibot, Emmanuel Dell’Erba, Antoine Guillaume, Aurelio Mergola, Pierre Poucet et Soda, des comédiens qu’il connaît et apprécie. L’occasion de découvrir des individus singuliers et de gratter le vernis pour laisser émerger la vraie personnalité de chacun. La caricature est ici acerbe et rondement menée. Les trois couples, amis de longue date, aiment se réunir autour d’une table bien garnie et digresser à propos de tout et de rien, remodeler le monde, juger et critiquer autrui. Ils tiennent la chronique de leur amitié, de leurs espoirs, de leurs rêves, de leurs désenchantements et abusent un peu trop de l’alcool. Or, on le sait : in vino veritas ! Alors qu’ils comptaient passer une énième soirée conviviale, les propos dérapent et les libations avinées délient les langues. La situation vire très vite au burlesque le plus total et nous vaut des séquences d’une drôlerie irrésistible. « Les belles personnes » fait partie de ces spectacles conçus pour nous arracher de la morosité du quotidien, bousculer le ronron et décrisper nos zygomatiques. Cette création est à applaudir du 28 mars au 31 mai 2019 au Théâtre de la Toison d’Or. Plus de détails sur le site www.ttotheatre.com Galeries de la Toison d'Or, 396-398 à 1050 Bruxelles Daniel Bastié


LAURENCE ROSIER, LAUREATE DU PRIX DE L’ENSEIGNEMENT ET DE L’EDUCATION PERMANENTE POUR « DE L’INSULTE… AUX FEMMES » Laurence Rosier, professeure de linguistique, d’analyse du discours et de didactique à l’Université libre de Bruxelles, remporte le Prix 2018 du meilleur ouvrage destiné à l’enseignement et à l’éducation permanente du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour son livre : « De l’insulte... aux femmes », paru chez 180° Éditions. Laurence Rosier décortique dans un ouvrage de vulgarisation scientifique de quelle façon les femmes ont été et sont toujours la cible privilégiée des insultes. Forte de son engagement féministe et de sa méthodologie professionnelle, elle montre combien ce n’est pas innocent et les conséquences que cela peut avoir sur la construction de la pensée. Ce prix d’un montant de cinq mille € est remis tous les deux ans. Une cinquantaine d’ouvrages a été reçue pour l’édition 2018. Comme l’a souligné Mme Mathilde Vandorpe, députée et présidente du jury, « cette édition a mis l’accent sur la thématique de l’égalité entre les femmes et les hommes et les droits des femmes et le Parlement est fier de remettre ce prix à Mme Rosier. » Le choix de la thématique s’explique par le fait que le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles est particulièrement actif en matière d’égalité de genre et en a fait une de ses priorités. Il est d’ailleurs engagé dans le mouvement « HeForShe » (EuxPourElles) initié par ONU Femmes pour inciter les hommes et les garçons à s’engager pour l’égalité (plus d’informations à cet égard sur www.pfwb.be/heforshe). Les deux autres finalistes étaient :  « Femmes et hommes dans l’histoire, un passé commun », collectif 100% féminin, (Mmes Claudine Marissal, Eliane Gubin, Anne Morelli et Catherine Jacques) - Éditions Labor Éducation ;  « À la conquête de nos droits. Une histoire plurielle des luttes en Belgique », Institut d’Histoire ouvrière, économique et sociale – édité par le Centre d’action laïque de la Province de Liège. Le prix du meilleur ouvrage pour l’Enseignement et l’Éducation permanente du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles est attribué tous les deux ans. Il est décerné par un jury composé de professionnels et de députés. Alors que la parole des femmes vient de se libérer (affaire Weinstein) et que le débat sur l’écriture inclusive fait rage, les rapports entre la langue, le pouvoir, la violence et les femmes sont au cœur de l’actualité … Bienvenue dans l’arène du langage ! Nourrie par une foule d’exemples historiques et contemporains, la réflexion de Laurence Rosier nous amène dans l’univers des insultes, des insulteurs et des insultées avec Raymonde la syndicaliste, George l’écrivaine, Nabilla, la star de la téléréalité, Christiane la ministre mais aussi Colette, Marguerite Duras, Audre Lorde, Margareth Thatcher, Laurette Onkelinx, Myriam Leroy, Christine Angot, Brigitte Macron, les femen, les gameuses … La violence verbale sera passée au crible de l’analyse à travers le genre, les archétypes, les lieux, les règles explicites et implicites de l’injure en société et sur la toile ! En filigrane, on lira l’histoire de la « pisseuse » : le sobriquet reçu avant la naissance pour déjà (dé)classer la future petite fille … Propos recueillis par Sam Mas Photos de Frederic Sierakowski-Isopix


LES RENCONTRES LITTÉRAIRES DE BRUXELLES : QUALITÉ, CŒUR ET ESPRIT À L’ESPACE ART GALLERY ! Août 2018 : thématique abordée : “Publier un premier roman”, autour de la table les auteurs Annick Walachniewicz, Elodie Wilbaux et Lorenzo Carola; septembre 2018 : “Des nouvelles de nos anciens profs”, avec Françoise Houdart, Michel Ducobu et Michel Voiturier; octobre 2018 : “L’amour-piège”, avec Françoise Lalande, Claude Donnay et Patrick Lowie; novembre 2018 : “Belgique-Afrique: heurs et malheurs d’une rencontre”, avec Jean-Claude Kangomba, Claudine Tondreau et Jean-Marie Dubetz ; janvier 2019 : “Ces Flamand(e)s qui écrivent en français”, avec Anne Grauwels, Nicole Verschoore et Erik Sven, voici un aperçu significatif de ce que nous proposent les Rencontres Littéraires de Bruxelles un mardi par mois, excepté en juillet et en décembre, dès 19 heures à l’Espace Art Gallery. Initiateur des Rencontres : Robert Paul, également fondateur du prestigieux réseau Arts et Lettres, Jerry Delfosse étant quant à lui le directeur général des lieux, un espace dégagé et lumineux de 250m2 pour artistes reconnus, entre le Béguinage et la place de Brouckère, style : loft américain s’étendant sur différents niveaux. Et nous sommes ici dans un quartier en plein renouveau du centre de Bruxelles ! Vitrine de l’édition littéraire belge, même véritable témoignage de la qualité de nos auteurs publiés dans diverses maisons d’édition de notre pas si plat pays, les Rencontres Littéraires se déroulent en trois phases : s’offre tout d’abord à nous la rencontre thématique avec trois écrivains d’horizons souvent diversifiés; vient ensuite la lecture libre de leurs propres textes par trois ou quatre participants à la soirée, eux-mêmes auteurs inspirés et publiés chez nous; puis la soirée se clôture par le drink de la complicité, rouge ou blanc selon les goûts de chacun, aux discussions informelles, les trois écrivains du jour et même du soir signant alors leurs œuvres à la table où ils ont été invités. Magique. L’animateur et metteur en scène des Rencontres ? Gérard Adam, écrivain, également directeur des éditions M.E.O., qui a au préalable minutieusement préparé la route à suivre durant ces (environ) 90 minutes de Rencontres, assurant en alternance avec Daniel Simon (Editions Traverse) les lectures d’extraits des livres présentés. Trois auteurs, trois livres, une thématique elle aussi soigneusement choisie, nous en avons dévoilé un échantillon en ouverture de cette présentation. En fin psychologue, Gérard Adam conduit les échanges, le public attentif, conquis, réagissant parfois aux propos de nos auteurs. Un souvenir, une anecdote, une réflexion, l’auditoire loin d’être totalement passif. Magique. S’agit-il d’un débat entre nos trois auteurs invités ? Pas vraiment : ils sont en fait tour à tour questionnés sur leurs œuvres une fois que Gérard Adam leur ait donné la parole après les avoir brièvement présentés, mais il arrive qu’ils aient tous les trois une opinion à partager sur un point bien précis relevé par l’un d’eux, notre animateur veillant au grain. A ce que le chaos n’émerge point au cœur de la rencontre. Paix et sérénité. Le public ? D’origines diverses ! Tout le monde est accueilli à bras ouverts dans les lieux, l’accès étant gratuit, une aubaine à cette époque où il nous faut en permanence ouvrir notre portefeuille, nous retrouvant souvent comme délestés ! Les lectures libres ? Diversifiées, elles nous captent, nous touchent, nous font parfois vibrer, suscitant des échanges passionnés au cours du drink proposé et servi par Jerry Delfosse excellent dans le rôle de maître d’hôtel. Ces Rencontres ? Elles en permettent d’autres, en parallèle, pensées profondes et vivacité d’esprit souvent au rendez-vous ceci pour le meilleur. Magique ? Même bénéfique ! A bientôt à l’Espace Art Gallery pour un savoureux moment de partage ? Découvrez la programmation sur le site de l’organisateur www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Thierry-Marie Delaunois


UN KET DE BRUSSELLES : JOBS, JOBS, JOBS, POTVERDEKKE ! Aujourd’hui, on fréquente les bureaux d’Actiris, du Forem ou de VDAB beaucoup plus que les églises, les usines ou les cinémas. Ces peïs sont censés te trouver une occupation rémunératrice. Ils font de toi un portrait alléchant et l’envoient chez des DHR (avant on disait un patron mais maintenant ce sont des CEO, de DHR, des PDG) en disant que tu es le meilleur. L’autre répond que c’est sensas d’être comme ça mais qu’il n’a besoin que d’un type disponible 24h sur 24 et 6 jours par semaine, pour le salaire le plus bas possible, car les actionnaires et les banques sont sur son dos. Des jobs, des jobs, des jobs, qu’il disait. Un autre te parle de start-up. C’est beau, la créativité, l’indépendance, le courage, l’esprit d’entreprise. Awel je vais te raconter une histoire : les stratèges économiques modernes n’ont rien inventé, fieu ! Les jobs, les start-up, ça existe depuis longtemps. On a créé, exploité, et puis abandonné car on a trouvé ça ringard. Tu veux que je te cite des chevaliers du start-up rien que pour Brusselles ? Les cajoubereirs (fureteurs de poubelle) ; ils passaient chez le grossiste le matin, donnaient cinq francs de garantie pour la poussette qu’ils allaient utiliser pour ramener leur moisson, et partaient à l’assaut des poubelles de la ville. Ça leur rapportait une trentaine de francs et ils faisaient vivre leur famille avec ça. Les TchoucTchouc bonne affaire, qu’on pourrait comparer à des immigrants aujourd’hui, qui vendaient au porteà-porte des tapis d’Orient véritables tissés en Flandre Orientale ; des scheire-la-sliep (rémouleurs) avec un triporteur équipé d’une meule, qui proposaient leurs services à la ménagère, le heering boor (marchand de harengs) avec ses deux seaux accrochés à ses épaules, souvent un hollandais pure souche ; un vodden en bien (chiffonnier) qui te déchargeait de tes déchets les plus encombrants, des stoempers (pousseurs) qui aidaient les carrioles trop lourdes à gravir le boulevard du Botanique vers le haut de la ville. Et il y en a encore des tas… Tous ces gens avaient mis en place ce que l’on appelle aujourd’hui des start-up. La seule différence, c’est qu’ils n’avaient pas un cou démesuré (chez nous on dit qu’ils ne voulaient pas péter plus haut que leur cul) et que comme le sage, ils se contentaient de ce qu’ils avaient. Le plus formidable de tout ça, c’est que les gens d’une même corporation s’entendaient et pratiquaient des prix identiques. Aujourd’hui, avec l’index on te montre la Lune et toi tu regardes le doigt, tu crois que la laitue pousse chez Carrefour toute nettoyée dans des petits sacs en plastique, et il faut te dire qu’on doit enlever l’emballage avant de cuire ton poulet. I want it all and I want it now (Je veux tout et je le veux maintenant). Des jobs, des jobs, des jobs, qu’il disait. Et si demain un peï prenait une carriole avec un cheval (qui pollue moins qu’une camionnette) pour venir t’apporter à la maison du lait frais en berlingots, des légumes en vrac et des fruits à la pièce, tu fréquenterais encore les supermarchés ? Je sais bien que les Cajoubereirs et les Tchouc-Tchouc sont un passé définitivement clos. On s’imagine que c’est un temps où les gens étaient malheureux. Eh bien non, fieu ! Ils s’amusaient comme des fous, ensemble. Ils ne pleuraient pas dans leur gilet car le voisin a acheté la BMW dernier modèle, full options, que de l’autre côté de la rue ils viennent de se payer une tévé avec un écran de 3.5m que tu sais plier pour le faire passer par les portes. Le samedi, Ware venait avec son accordéon et youplà ! on levait la cuisse. La petite Jeannette se mariait et klett ! on était de la fête. On rigolait, on travaillait, on vivait, les Stoempers comme les ingénieurs des mines. Des jobs, des jobs, des jobs, qu’il disait. Des start-up, qu’il disait l’autre. Parler, c’est bien, agir, c’est mieux, c’est sans doute ce que dirait un Tonneklinker (racleur de tonneaux de bière) en vidant les derniers verres des clients après la fermeture du café. Ce qui m’étonne, tu vois, c’est que le jour d’aujourd’hui, on semble avoir oublié que des gens vivaient avant nous, qu’ils ont eu des idées – parfois bonnes, parfois moins–, et qu’ils nous ont laissé leur expérience.


Voilà un mot tabou, mon cher ami : l’expérience. Ça n’existe plus, on a fait table rase de l’expérience. C’est d’un ringard ! On te dit qu’un scientifique de renom (il a son édito chaque semaine dans « Je dis la vérité ») a prouvé que la viande de bœuf requiert 120 l d’eau par jour, que c’est un scandale, qu’il faut arrêter d’élever des bovins. Dans mon jardin, j’ai un saule qui boit 350 l d’eau par jour. On va aussi supprimer les arbres ? Autant tout de suite émigrer au Sahara ou en Syrie (ils vont être contents de nous voir arriver) pour ne plus voir tous ces buveur d’eau, nous qui ne sirotons que du Cacolac ou de la gueuze ! Georges Roland (Retrouvez les romans bruxellois de Georges Roland sur www.georges-roland.com) « Manneken Pis ne rigole plus » est maintenant disponible en format poche, ara !

Il Y A DANS BRUXELLES … Les rues de mon enfance, aux maisons surpeuplées, Dans les cuisines-caves où vivaient les anciens Et les chambres cachées sous les toits, esseulées ; Les marchands ambulants que poursuivaient les chiens. Le vent nous apportait des senteurs animales, Le cheval du crémier, l’âne du rémouleur, Les relents enivrants de denrées coloniales : Chaque chose en ce temps prodiguait sa couleur. Au parfum de ton nom dans l’air que l’on respire, Il y a dans Bruxelles un pronom qui m’attire. L’appel des camelots par-dessus la pagaille, Les vendeuses d’agrumes au regard implorant : Trois citrons pour cinq francs, attention la flicaille Nous embarque illico lorsqu’elle nous surprend ! À l’automne venu on rôtit les châtaignes Chauds, chauds, les marrons chauds que l’on vend à prix d’or. Pas besoin d’emballage aux allures d’enseigne, Dans le pan d’un journal la brûlure s’endort. Au parfum de ton nom dans l’air que l’on respire, Il y a dans Bruxelles un pronom qui m’attire. Saint-Jacques bord de Senne ou quartier des Marolles Aux impasses feutrées, victimes des boursiers, Vous avez des accents imprégnés de gloriole Qui firent les beaux jours de commis épiciers. Dans la rue un crieur sans doute de Hollande D’un geste familier propose ses harengs, Une vieille ridée vous réclame en offrande Sept francs pour un litre de potage odorant. Au parfum de ton nom dans l’air que l’on respire, Il y a dans Bruxelles un pronom qui m’attire. Mon école a un maître parfait en musique, Et sa voix de stentor, à travers les préaux, Nous rappelle que l’ordre est ici sans réplique, Qu’il n’est de bons garçons que soumis et féaux.


La rue nous appartient, jeunes chiots dont l’audace N’a d’égale que la volonté d’exister. À quatorze ans à peine, un sourire à la face, Je m’en vais au café pour apprendre à twister. Au parfum de ton nom dans l’air que l’on respire, Il y a dans Bruxelles un pronom qui m’attire. Est-ce la nostalgie ou bien l’agacement Que le fil de nos jours ait perdu notre empreinte ? Le démon de l’enfance apparaît en tourment, La vie se chargera d’en éroder l’étreinte Comme abdique la mer lorsqu’elle se retire. Les jours anciens sont morts, et les rues et les gens. Le parfum de ton nom dans l’air que l’on respire, A fait place aujourd’hui à l’odeur de l’argent. Il y a dans Bruxelles un pronom qui m’attire. (Extrait de « Chansons de Roland » par Georges Roland - Éd. Associations bernardiennes)

TOONE : CYRANO Tout le monde connaît ou a entendu parler de Cyrano de Bergerac, le personnage romanesque inventé par Edmond Rostand durant les années 1890, époque particulièrement troublée en proie notamment à l’affaire Dreyfus. La France est encore sous le coup de la défaite de 1870 et la morosité règne un peu partout. Après plusieurs œuvres qui n’ont pas rencontré le succès espéré, l’auteur se jette dans le projet un peu fou d’écrire une pièce en alexandrins et qui raviverait le souvenir des personnages Athos, Porthos et Aramis, sans pour autant plagier les romans d’Alexandre Dumas. Malgré de grosses inquiétudes, la Première est unanimement acclamée, présentant un héros nourri par une soif d'idéal et un refus des compromis. Si le ton se veut avant tout classique, il tient également de la farce, avec des tirades truculentes et un humour qui contraste avec la gravité de la situation (guerre, amour déçu, trahisons). Adapter ces vers pour le théâtre de marionnettes tient évidemment de la gageure. Comment demeurer fidèle au texte original tout en lui balançant de grands coups de pied au derrière ? Comme toujours, le Théâtre royal de Toone s’en sort avec une pirouette, qui consiste à conserver la trame du récit pour entièrement revoir les dialogues et les adapter à la sauce bruxelloise. Anachronismes, références au terroir, patois des Marolles … tout l’arsenal qui fait la particularité du théâtre de l’impasse Sainte Pétronille est sollicité en amont et pas question d’adopter un pas de côté ! Les fidèles viennent ici pour assister à des spectacles taillés sur mesure et passer un agréable moment de détente et de rire. En 1969, José Géal (Toone VII) et Barès, auteur de fables et de récits locaux, s’attaquent à la transposition de ce qui est devenu entre-temps un classique des planches et qui a déjà fait l’objet de plusieurs variantes cinématographiques et d’opéras. Dans le Soir du 3 octobre de la même année, le journaliste Luc Honorez écrit au terme d’une création ovationnée : « Toone et Cyrano, quel duo ! C’est la rencontre de l’empereur en casquette d’un théâtre folklorique et d’un bretteur à panache. C’est un duel pacifique entre un conteur né et un nez qui ne s’en laisse pas conter. On y retrouve tous les morceaux de bravoure attendus, tels la fameuse tirade du nez, la ballade du duel, les non merci. Mieux encore : loin de supprimer l’émotion de certaines scènes, les marionnettes la transposent et l’amplifient par la verve d’un langage coloré ». Les habitués savent surtout que chaque récit conventionnel transposé pour l’univers des marionnettes subit un lifting complet, en pratiquant le grand écart entre le texte initial, en usant de raccourcis indispensables et en teintant l’ensemble de bonhommie. Sans jamais se prendre au sérieux, Toone est devenu un recycleur de génie, imposant sa griffe dès les premières répliques et jouant avec les mécanismes du rire. Découvrir « Cyrano » entre ses murs demeure, malgré les décennies qui se sont écoulées, un plaisir indémodable. Pour celles et ceux que cela intéresse, les représentations ont lieu jusqu’au 16 mars 2019. Référez-vous aux détails pratiques mis en ligne sur le site www.toone.be Rue du Marché-aux-Herbes, 66 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


TOONE : HAMLET To be or not to be ?, voilà la question existentielle posée par Shakespeare dans l’une de ses tragédies les plus célèbres. Depuis cinq cents ans, beaucoup dissertent sur le monologue le plus insigne de la littérature anglaise. Le Théâtre royal de Toone n’entend évidemment pas faire chauffer les neurones ni apporter une réponse philosophique. Fidèle à son idéal populaire, qui consiste à réveiller le folklore bruxellois, il s’est emparé du répertoire de l’auteur britannique afin de l’adapter aux préoccupations locales, prouvant mieux que quiconque de l’intemporalité de la pièce et de l’universalité de son propos. Haine, amours contrariées, vengeance, fatalité … voilà les tenants d’un récit aux multiples embranchements. Avec les techniques d’antan, sans effets spéciaux, Nicolas Géal, patron de l’enseigne située au fond de l’impasse Sainte Pétronille, connaît les ficelles du métier et sait mieux que quiconque de quelle manière actionner les leviers du rire en chahutant les classiques. Avec un goût inné pour la farce, un don pour la parodie joyeuse et une habileté à faire résonner les jeux de mots, il remplace les acteurs par des marionnettes et profite de ce décalage pour donner corps à un pastiche savoureux. Hamlet, fils du roi du Danemark, a décidé de faire couler le sang de son oncle. Ce dernier a assassiné son frère pour s’emparer du trône. Voilà ce qu’il a appris par le fantôme du défunt, venu lui annoncer : - Fiske, je grille mon pauvre popotin tout nu sur le barbecue du purgatoire ! Pour des raisons scéniques, Bruxelles est devenu le centre de l’intrigue, avec une promenade inhospitalière dans les allées du cimetière d’Ixelles ou une conversation colorée sur les pavés de la Place De Brouckère. Détails qui prouvent que Shakespeare a écrit une œuvre qui s’adapte à toutes les époques et à toutes les régions. On le sait, chez Toone, on se nourrit souvent de références et la transgression des genres témoigne d’une liberté qui ne fâchera que les puristes (qui ne prendront d’ailleurs pas la peine d’assister aux représentations !). On ne cache pas non plus son bonheur de vivre de l’âme du terroir, en faisant du patois de Bruxelles une arme de séduction massive et de nostalgie, réveillant le souvenir de Virgile et de Jean d’Osta. Ce spectacle s’adresse avant tout aux Bruxellois de souche et d’adoption, mais aussi aux nombreux touristes qui prendront un plaisir évident à se frotter à une partie de notre patrimoine matériel (le théâtre et ses marionnettes) et immatériel (le dialecte des Marolles). Au demeurant, un plongeon récréatif dans un temps pas si lointain gavé de traditions et de racines qu’on ne souhaite pas voir disparaître. Les séances de « Hamlet » se déroulent du 21 mars au 13 avril 2019. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.toone.be Rue du Marché-aux-Herbes, 66 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


INTERVIEW : ERIC KONINCKX Les humoristes belges font parler d’eux. N’attendons pas qu’ils soient célèbres à l’étranger pour aller les applaudir. Soyons fiers de nos talents. Je vous présente aujourd’hui Eric Koninckx. Il a créé un spectacle One Man Show « La chtop » sous le nom de scène de Eric Belami. Eric, pouvez-vous nous résumer les multiples activités et passions qui ont jalonné votre vie ? J’ai un peu plus de trente-cinq ans de métier à mon actif. Cela va de jardinier à barman, en passant par déménageur, web master, formateur, coach … Tous ces métiers m’ont apporté une expérience de vie au niveau professionnel, personnel, relationnel, compétences, et même au niveau spirituel. Mais il me manquait toujours quelque chose pour être pleinement satisfait. Fleuriste, j’aimais la créativité et la communication. Web master, encore la créativité et en plus la technique. Coach, surtout la communication. A force de surfer sur le net je suis tombé sur une formation en réalisation qui regroupait créativité, communication et technique ! J’ai sauté sur l’occasion et le résultat fut exceptionnel. J’ai réalisé plusieurs courts-métrages, suivis par un long métrage qui ne demande qu’à être produit. Et puis un soir, lors d’un vernissage qui se passait dans un petit café-théâtre, j’ai eu envie de monter sur la scène et, de là, j’ai contemplé la salle et les sièges vides. J’ai eu un déclic, la chair de poule, et j’ai su que « c’était ça » ! J’ai immédiatement fixé deux dates de spectacle avec le programmateur qui m’a fait confiance et quatre mois plus tard je présentais mon premier one man show. Je vous sens enthousiaste, parlez-nous de ce spectacle, donnez-nous envie d’y venir. J’adore jouer avec mon public, le faire participer. Au niveau du fond, j’essaye d’amener les gens à réfléchir sur le sens de la société dans laquelle nous vivons, et par extrapolation cela conduit à une réflexion sur soi et sur ses comportements. Je dénonce entre autres le mercantilisme de la plupart des grosses sociétés. Je construis mon spectacle comme un scénario de film. Les différentes scènes créent, ensemble, un film cohérent. Les sketchs sont reliés par un fil rouge. L’histoire se nourrit des scènes de la vie courante, je laisse reposer, j’y reviens, je peaufine. Quand j’ai terminé l’écriture je crée des petites fiches. Là intervient la partie technique ou plutôt stratégique. L’ordre d’apparition des sketchs est primordial, c’est lui qui rythme le jeu. J’ai la chance d’être guidé par un metteur en scène qui m’empêche de me disperser quand, pris dans le feu de l’action, je pars tous azimuts et que j’en fais trop. Yves me recadre, il décortique, simplifie. J’aime le dicton « Seul, on va vite. A deux on va loin ». Quelle est la plus grande difficulté pour un humoriste débutant ? Je dirais la com. Créer est une chose, et cela ne me pose aucun problème. Par contre, la promotion ce n’est pas mon truc. Il faut contacter tous les amis, les relations, les réseaux sociaux, et les convaincre de venir. Tout le monde n’apprécie pas ce type d’humour. Ceux qui viennent et qui aiment le spectacle vont alors faire la pub autour d’eux. J’ai la chance de maîtriser l’informatique, cela me permet de réaliser des vidéos du spectacle et d’en diffuser des extraits dans les invitations et les publicités. Et également d’insérer son et images dans mon one man show. Ces vidéos étoffent mon dossier pour me présenter aux responsables de salles et décrocher une ou plusieurs dates. Merci Eric. Je vous souhaite une réussite à la mesure de votre enthousiasme Retrouvez l’artiste sur www.iview.today ou ericbelami.lachtop@gmail.com Propos recueillis par Silvana Minchella www.silvanaminchella.be


CINÉ-DIMANCHE : LES HEURES SOMBRES Portrait intime de Winston Churchill au moment d’adopter des décisions primordiales pour l’avenir de la démocratie, le dernier film de Joe Wright nous raconte la prise de conscience d’un homme politique confronté à la menace nazie. En évitant le ton solennel de certains documentaires, le réalisateur s’attache au personnage dans toute son humanité, saisi entre diverses options. Devenu premier ministre et soutenu par son épouse, le héros de la guerre des Boers s’engage dans une lutte sans merci contre Adolf Hitler. Le film nous ramène au printemps 1940, alors qu’il oppose de vifs palabres avec les membres de son gouvernement, dont certains privilégient les pourparlers en faveur de la paix. Jamais le mot reddition n’est formulé ! Avant de se prononcer face ses pairs, il s’assure du soutien du roi George VI. Le long métrage le montre dans le métro, en train de s’adresser à la population, de se rendre au Palais de Westminster ou de se forger un avis en vue de se positionner ouvertement contre le fascisme, au prix de beaucoup de souffrances annoncées. Sans être un film de guerre au sens propre, le sujet militaire n’est jamais éludé. La difficulté du metteur en scène a été de passionner le public en se plongeant dans les coulisses du pouvoir et de retranscrire le plus fidèlement les événements qui ont changé la face du monde. Bien sûr, on ne peut pas parler de « Les heures sombres » sans souligner la performance de Gary Oldman, totalement méconnaissable, et qui adopte avec un mimétisme extraordinaire les tics et les attitudes du grand homme. Buveur, fumeur, colérique et stratège de premier plan, on assiste à une réincarnation qui fait mouche, avec un protagoniste coincé entre le fer et l’enclume, sujet à des sautes d’humeur et rasséréné grâce à la complicité de sa femme (splendide Kristin Scott Thomas !). Le film a été acclamé pour la prestation d’un acteur au faîte de son talent, capable de surprendre à chaque fois et flanqué d’une énergie sans cesse renouvelée. Sur le plan musical, il a été fait appel au maestro Dario Marianelli, qui signe un score où le piano domine, mais qui se targue d’une couleur grise. Grâce au concours de sa fidèle secrétaire, Winston Churchill finit par se résoudre à l’action. La suite est connue ! Ce long métrage est à revoir le dimanche 17 mars 2019 à 10 heures 15 au Centre culturel d’Uccle. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.ccu.be Rue Rouge 47 à 1180 Bruxelles Daniel Bastié

THEATRE : DOM JUAN – L’ÉTRANGER – ON NE BADINE PAS AVEC L’AMOUR Dans la pièce de Molière, Dom Juan aime trop. Dans « L’Étranger » d’Albert Camus, Meursault n’aime pas assez. Ou est-ce l’inverse ? Dans « On ne badine pas avec l’amour » de Musset, Camille et Perdican ont dix-huit ans et ils ne croient déjà plus à l’amour. Quand lâchent leurs orgueils et leurs peurs, quand ils sont prêts à céder et à s’ouvrir l’un à l’autre, la tragédie arrive. Rosette, qu’ils avaient mise au milieu de leur jeu amoureux, meurt. Les histoires d’amour finissent mal en général… Pour aimer il faut être deux, mais on n’est jamais deux. Dans ces trois spectacles qui se focalisent sur les personnages principaux, Benoît Verhaert met en avant un autre personnage plus essentiel encore et qui n’est autre que le dialogue : dialogue entre Dom Juan et Sganarelle, entre Camille et Perdican, entre Meursault et lui-même… Les autres personnages sont là, gravitent autour, tantôt joués par un seul et même acteur ou par un chœur, tantôt sous la forme de marionnettes. Entre ces effets de loupe sur les personnages et le dialogue, il y a toujours une troisième donnée qui agit, qui interfère, qui ouvre la porte aux interprétations. Qu’elle soit Dieu, la société, la famille, l’autorité, qu’importe. Le dialogue est toujours finalement triangulaire et l’amour ressemble souvent, qu’on le veuille ou non, à un couple à trois. Trois pièces indémodables à voir au théâtre Varia jusqu’au 30 mars 2019. Plus de détails sur le site www.varia.be Rue du sceptre 78 à 1050 Bruxelles


THÉÂTRE : MACBETH Après « Hamlet », ce personnage de Shakespeare symptomatique du fou mégalomane, et après « Woyzeck » de Büchner, Michel Dezoteux clôt en beauté son projet de trilogie sur la folie et son focus sur trois personnages masculins interprétés par un même acteur : Karim Barras. Pour ne pas changer d’un iota une formule positive, il revient une fois encore à Shakespeare qui reste le plus grand auteur d’une histoire toujours en cours et choisit cette fois Macbeth, un drame sanglant de forces obscures et de crimes, de peurs et de confrontations aux illusions corruptrices de l’avoir, du savoir et du pouvoir. Macbeth et Banco sont les généraux de Duncan. Revenant d’une campagne victorieuse contre les rebelles, ils rencontrent sur une lande trois sorcières qui prophétisent que Macbeth deviendra roi et que Banco engendrera des rois bien que lui-même ne sera jamais appelé à le devenir. Tenté par la prophétie et par Lady Macbeth qui l’y pousse, Macbeth assassine Duncan. Il s’empare de la couronne, mais il lui reste des obstacles à franchir : Banco qu’il lui faut tuer mais qui prend la fuite, MacDuff, un noble qui le soupçonne de régicide et s’allie à Malcolm, les remords qui l’assaillent, Lady Macbeth qui perd la raison et les sorcières dont les voix le poursuivent. Tout fait de cette tragédie une œuvre puissant e et terrible dans laquelle les ténèbres dominent, peuplées de créatures rapaces et fugitives, de violence et de sang. Nous sommes dans un champ de bataille où l’irrationnel détraque le temps, condense les événements, et confronte l’homme à ses pulsions, s es fantasmes, ses tentations, ses aspirations inavouées. Est-ce le monde mental qui construit le réel ou bien l’inverse ? Que représentent ces sorcières et comment les représenter ? Cette dernière question équivaut non seulement à se poser « comment racont er » la pièce tout entière mais à rappeler aussi son immense théâtralité. Un classique à redécouvrir du 19 mars au 6 avril 2019 au théâtre Varia. Plus de détails sur le site www.varia.be Rue du sceptre 78 à 1050 Bruxelles

THÉÂTRE : PLAYBACK – HISTOIRES D’AMOUR Née en 1965, la Bruxelloise Delphine Bibet s’est fait remarquer tant au théâtre qu’au cinéma et à la télévision. On a pu notamment la remarquer dans « La partie d’échecs » d’Yves Hanchar et « Nue propriété » de Joachim Lafosse. Aujourd’hui, elle nous revient, entourée par Thierry Hellin, Catherine Mestoussis et Alexandre Trocki, afin de s’approprier de belles chansons populaires le temps d’une rencontre. Jouant sur la résonance entre les mots et la musique, elle propose un quatuor comme remède aux bleus à l’âme et aux chagrins de l’existence. Pour sa première mise en scène, elle nous suggère un voyage à travers le répertoire des années 60 à nos jours. A cette matière universelle et familière, elle associe des extraits des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. Car comme le disait si justement le poète : « Le langage est une peau, je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout des mots. Mon langage tremble de désir, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, je me dépense à faire durer ce moment pour qu’il ne s’arrête jamais ». Ce spectacle est à découvrir au Théâtre national du 26 mars au 5 avril 2019. Plus de détails sur le site officiel www.theatrenational.be Boulevard Emile Jacqmain, 111-115 à 1000 Bruxelles André Metzinger


SPECTACLE : FRANCK DUBOSC Inauguré en 1878, le Cirque Royal est une salle bruxelloise emblématique. Après rénovation, elle rouvre aujourd’hui ses portes pour le plus grand plaisir des amateurs de concerts, spectacles de danse, représentations théâtrales, etc. Avec une capacité de deux mille places, il propose une ambiance intimiste dans un cadre unique. Situé au cœur de la capitale, il met un point d’honneur à accueillir tous ses visiteurs dans les meilleures conditions. Une zone est d’ailleurs réservée pour les personnes à mobilité réduite et leurs accompagnants. Né le 7 novembre 1963 au Petit-Quevilly, Franck Dubosc est un humoriste, acteur et réalisateur français. Il se fait connaître par son personnage de dragueur et de frimeur, à la télévision comme sur scène. Il est l'auteur et la vedette de quatre one-manshows le plus souvent salués par la critique et reste l’un des comédiens préférés par le public francophone. Chacun a encore en mémoire le personnage de Patrick Chirac qu’il incarne dans la trilogie « Parking » ou son rôle du papa de Boule dans les deux « Boule et Bill » librement adaptés de la bédé signée Roba. Il fait partie de ces acteurs qu’on aime ou qu’on déteste, qui éblouissent ou qui agacent. Pro, attachant et drôle, il surjoue quelquefois, mais ne se prend jamais au sérieux. Voilà une possibilité de passer une soirée agréable en sa compagnie le samedi 23 mars 2019 à 20 heures. Plus de détails sur le site www.cirque-royal-bruxelles.be Rue de l'Enseignement, 81 à 1000 Bruxelles

CONCERT - A TRIBUTE TO ABBA Depuis sa dissolution, le groupe Abba reste en tête des ventes d’albums de reprises. Par son talent, il a imposé un style de musique fait de rythmique et de mélodies fédératrices, avec une formule axée sur la popularité et des airs entêtants, qu’on se surprend à chantonner après les avoir entendus. Sans surprise, il mérite une place dans l’Histoire de la pop, avec des tubes inoxydables (Mama Mia, Waterloo, The winner takes it all, Chiquita, Thank you for the music, etc.), tout en laissant les fans croire à une éventuelle reformation du quatuor. Depuis, la comédie musicale « Mamma Mia » a relancé les ventes de disques, tandis queBenny Andersson et Björn Ulvaeus se sont lancés dans une carrière en solo, jamais en manque d’inspiration et donnant naissance à des œuvres plus intimistes, dont les musicals « Chess » et « Kristina fran Duvemala ». Il n’y a pas une année qui passe sans un hommage. En n’apportant rien de neuf « The show – A tribute to Abba » reprend tout ce qui a fait le succès des tubes d’hier et d’avant-hier avec plus de deux millions d’albums vendus tous les douze mois. Ce concert live retrace le parcours des quatre Suédois, de leur début avant l’Eurovision en passant par tous ses grands triomphes. L’opportunité de se replonger dans le passé et d’agiter la madeleine de Proust. Ce show n’est pas un énième tribute band qui s’identifie vaguement aux interprètes originaux. Son point fort : deux chanteuses qui ressemblent non seulement physiquement à Agnetha et Anni-Frid, mais également vocalement, et que les fans les plus critiques ne peuvent qu’applaudir sans modération. Les deux artistes ont été recrutées après avoir remporté un célèbre concours de chant suédois en jouant les Abba Girls. Un concert à découvrir à Forest National le samedi 6 avril 2019 à 20 heures. Plu d’informations sur le site www.forest-national.be Avenue Victor Rousseau, 208 à 1190 Bruxelles André Metzinger


CONCERT : STARS 80 AND FRIENDS Créé à la suite du succès du film éponyme, « Stars 80 » est une tournée d’artistes qui se sont essentiellement produits au cours des eighties. Elle s'adresse essentiellement au public français, belge et suisse et fait renaître les tubes qui ont conquis les auditeurs par le truchement des postes de radio, de télévision et des pistes de danse. Après onze années de prestations soldout et plus de quatre millions de spectateurs, la formule est loin de se tarir avec les interprètes originaux sur scène, entourés de musiciens et de danseuses. A chaque saison, le programme évolue, avec de nouveaux intervenants. Si la troupe de départ demeure fidèle (Sabrina, Emile et Images, Patrick Hernandez, Cookie Dingler, Jean-Pierre Mader, Phil Barney, Jean Schulteis, Alec Mansion), des vedettes s’ajoutent de manière alternative à l’affiche : Pauline Esther, Benny B, Larusso, Plastic Bertrand, Lio, Thierry Pastor, Début de Soirée, etc.) Si la plupart des artistes sont titulaires d’un seul succès, ils peuvent se targuer d’avoir marqué les souvenirs en ayant fait danser la jeunesse durant tout un été et en ayant vendu une kyrielle de 45 tours. Bien entendu, chaque tournée réserve son lot de surprises, avec des têtes d’affiche qui évoluent selon les saisons. L’occasion de voir et revoir des vedettes que nous avons aimées et qui ont vieilli en même temps que nous, mais qui n’ont jamais perdu leur énergie et leur talent. « Star 80 and friends » est le concept 2019, fidèle à tout ce qui a été proposé antérieurement et qui s’inscrit dans la continuité. Ce show chargé d’adrénaline est à applaudir à Forest national le jeudi 11 avril 2019 à 20 heures. Plus de détails sur le site http://www.forest-national.be Avenue Victor Rousseau, 208 à 1190 Bruxelles Sam Mas

COMEDIE MUSICALE : LES MISÉRABLES Plus d’un siècle après la publication de « Les misérables » (1862) de Victor Hugo, l’œuvre devient comédie musicale sur les portées de Claude-Michel Schoenberg, compositeur ayant enregistré deux albums en tant que chanteur au milieu des seventies (dont le hit « Le premier pas »), avant de s’investir pleinement dans l’écriture de musicals et de ballets. Après avoir accouché de l’opéra-rock « La révolution française » (1973), il passe à la vitesse supérieure avec « Les misérables » (1980) en compagnie de son complice et parolier Alain Boublil. Fort vite, leur travail est acclamé et leur vaut des articles élogieux dans la presse. Les producteurs étrangers sentent le profit qu’ils peuvent tirer d’un pareil sujet et suggèrent de l’adapter en anglais. La première à Londres est un triomphe. Dès lors, la tournée gagne les Etats-Unis avant de s’arrêter un peu partout dans le monde. À quoi peut-on s’attendre avec la version présentée à Bruxelles les vendredi 22 et samedi 23 mars 2019 à 20 heures ? Simplement à une œuvre maîtrisée de fond en comble, avec une présentation sublime défendue par une trentaine de chanteurs professionnels et un orchestre symphonique. Des projections et effets de lumière remplaceront les décors afin d’éblouir le regard. Cette adaptation semi-concertante a pour objectif de réveiller les émotions et de rendre palpable un thème aussi universel que la condition humaine, avec des combats vifs comme les sacrifices, la lutte pour davantage de démocratie, la pauvreté, l’espoir, l’amour et la mort. Il s’agit enfin de se plonger dans l’Histoire de France après la défaite de Napoléon à Waterloo et de se confronter à une société complexe, où misère et richesse se côtoient sans vergogne. L’opportunité de revoir ou de découvrir des personnages passés à la postérité au point de devenir des archétypes : Valjean, Javert, Cosette, les Thénardier, etc. « Les Misérables en concert » sera présenté dans sa version originale, avec les textes français d’Alain Boublil sous-titrés en néerlandais et en anglais. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.forest-national.be Avenue Victor Rousseau, 208 à 1190 Bruxelles Sam Mas


COMEDIE MUSICALE : CATS La production londonienne West End s’arrête pour la première fois à Bruxelles et présente le classique de la comédie musicale « Cats » d’Andrew Lloyd Webber. Du 19 au 24 mars 2019, des représentations seront données au Palais 12, qui sera transformé en un théâtre de musical intimiste. Un geste unique en faveur de la Belgique à l'occasion du 70ème anniversaire du compositeur et qui marque le demi-siècle des plateaux du Heysel. En cette année jubilaire, les demandes affluent de tous côtés pour voir les chats chanteurs et danseurs reprendre vie. La représentation sera bien évidemment sur-titrée en français, afin de ne rien rater de l'histoire. Triomphe international, aucune autre comédie musicale n'a déchaîné autant d'énergie et d’enthousiasme spectacle depuis plus de trois décennies. A ce jour, plus de quatre-vingts millions de spectateurs ont vu ce show complet dans plus de trois cent cinquante villes réparties dans une vingtaine de pays. Le récit captive de bout en bout et narre une aventure qui tient à la fois du conte et de la fable. Plus de détails sur le site www.palais12.com Avenue de Miramar à 1020 Bruxelles

EXPOSITION : TEXTILES ET PARURES DES ANDES Les collections « Amériques » du Musée Art & Histoire sont considérées parmi les plus belles et les plus riches des musées européens. Si le public connait assez bien les différentes cultures des Andes (Pérou, Bolivie et Chili) grâce notamment à leurs céramiques, leur orfèvrerie et leurs momies, il n’a pas une image claire de la manière dont ces gens vivaient et étaient habillés. Le textile avait un statut particulier car il était considéré comme un bien extrêmement précieux. Il servait non pas seulement à se vêtir, mais était aussi symbole de pouvoir et d’identité et pouvait servir comme offrande ou bien d’échange. Cette exposition donne la possibilité d’admirer la magnificence de certains tissus, la qualité de l’orfèvrerie et la beauté de la plumasserie du passé précolombien. L’occasion de découvrir entre autres la maîtrise de l’art du tissage, la sophistication de certains motifs, les couleurs très diversifiées et éclatantes encore aujourd’hui de ces fibres et plumes. En découvrant leur garde-robe (chaussures, vêtements, coiffes et bijoux), les visiteurs peuvent côtoyer ces gens du passé dans leur quotidien et admirer des pièces exceptionnelles, de grande qualité, très colorées ainsi qu’une orfèvrerie impressionnante. De plus, l’ensemble des œuvres est présenté dans une scénographie attractive grâce à la reconstitution de morceaux d’architecture des Andes mais aussi de champ de coton et de sépultures. Il y a également un parcours destiné aux enfants ainsi que des animations éducatives. Environ deux cents objets issus de collections diverses sont exposés autour d’une thématique encore jamais présentée. Une expo grand public qui vous en met plein la vue jusqu’au 21 avril 2019 au Musée Art & Histoire. Plus de détails sur le site www.kmkg-mrah.be Parc du Cinquantenaire, 10 à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : PARTAGE DE MIDI Quatre êtres au milieu de leur espérance de vie se retrouvent décollés de la terre. En route vers l'étranger, ils ne possèdent pas d'autre choix que de se lancer, terriblement, à la rencontre de l'Autre. L'autre avec qui on voudrait être, l'autre ami, l'autre amant, l'autre Dieu. Leurs destins se déploient sous le regard des astres et leurs échanges à vif viennent ébranler nos mythologies enfouies. Pour sa première mise en scène, Héloïse Jadoul s’empare du « Partage de Midi » de Paul Claudel et en explore la langue dans toute son intensité dramatique, afin d’approfondir la question du don de soi, de la place accordée à l’amour et du sens donné à notre propre finitude. Une lecture de l’épreuve amoureuse par le prisme du sacré. Un message d’éveil au féminin de l’être, une connexion entre un discours d’un autre temps et une sensibilité d’aujourd’hui à voir du 2 au 13 avril 2019 à 20 heures au Théâtre de la Vie en compagnie des comédiens Alessandro de Pascale, Adrien Desbons, Emile FalkBlin et Sarah Grin. Plus de détails sur le site www.theatredelavie.be Rue traversière, 45 à 1210 Bruxelles

THÉÂTRE : MAMY FOUT LE BRONX Michel a décidé de louer une maison isolée en Lozère et d’y passer le réveillon en famille, mais il est loin d’imaginer la tournure que vont prendre les événements. Depuis dix ans, la femme de Michel et ses deux sœurs ne se sont pas revues. Au fil de l’évocation des souvenirs communs et des révélations, la tension monte. Alors qu’on attend Mamy qui n’arrive pas, Kevin, l’ado de la bande, ne fait rien pour alléger le climat. Il est persuadé qu’ils sont la cible d’une machination et qu’ils ne sortiront pas vivants de cette maison hantée. Même les plus cartésiens finissent par douter, tant les signes étranges se multiplient au fil des révélations. Au demeurant, le réveillon vire au drame et fait exploser les derniers liens qui soudaient encore faiblement la famille. Quel étrange secret dissimule cette bâtisse perdue loin de tout et pourquoi la grand-mère a-t-elle absolument tenu à rassembler les siens à mille lieues de la première ville. Voilà le pitch de « Mamy fout le Bronx », une comédie contemporaine (entre polar et script fantastique) écrite et mise en scène par Patrick Chaboud et interprétée sur les planches du Magic Land Théâtre par Loïc Comans, Sophie D’Hondt, Philippe Drecq, Manon Hanseeuw, Thomas Linckx. Elle est à applaudir du 22 au 30 mars 2019. Voyez tous les renseignements pratiques sur le site www.magicland-theatre.com Rue d'Hoogvorst, 8 à 1030 Bruxelles


CINÉMA : LE CHANT DU LOUP Thriller d’Antonin Baudry, avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz et Paula Beer. France 2018, 1 h 55. Sortie le 20 février 2019. Résumé – A bord d’un sous-marin français qui opère au large de la Syrie, la vie repose sur l’oreille d’un homme. « Chaussette », comme on a surnommé ce spécialiste du sonar, est capable d’identifier le moindre signal acoustique recueilli du fond de la mer : le nombre de pales des hélices en rotation, le bruit des moteurs, les signaux sonores même voilés sont des indices qui lui permettent de reconnaître avec une rare précision le submersible qu’ils sont en train de croiser. Ce jour-là, pourtant, un signal parvient à Chaussette, qu’il ne peut identifier au moment où le sous-marin va amorcer un sauvetage périlleux pour lequel il a été envoyé en mission. C’est le début d’un engrenage fatal qui va entraîner la France dans une guerre nucléaire. Commentaire – Deuxième film d’Antonin Baudry, spécialiste des affaires culturelles dans le milieu diplomatique, Le Chant du loup nous plonge au fond de la mer, au cœur de l’abîme, dans un thriller époustouflant qui nous change du cinéma français traditionnel. Rien à voir avec les états d’âme auxquels nous sommes habitués. C’est plutôt Le Grand Bleu revu sur le mode d’une catastrophe nucléaire, dans un engrenage fatal dont les pièces s’arment les unes après les autres. Avec un sens du cinéma façon Luc Besson. Un signal acoustique non perçu va conduire notre interprète du son, et l’Amirauté française à sa suite, sur la piste d’un sous-marin russe passé aux mains des djihadistes qui veulent déclencher une guerre nucléaire entre les deux blocs. Le scénario, mis au point par le réalisateur qui est un spécialiste de la BD (Quai d’Orsay), exploite l’absurdité d’un tir de riposte ne pouvant être annulé. Pour y parvenir, les péripéties sont un peu longues : le film dure près de deux heures qu’il faut meubler. Le suspense reste cependant entier, même si l’on devine finalement où le film veut aboutir. Les images tournées à bord des deux submersibles sont spectaculaires, notamment celles qui nous renvoient l’écho venu des profondeurs marines, qu’on appelle le chant du loup. François Civil assure avec brio cette oreille suraiguë aux côtés d’Omar Sy, plus habitué aux comédies qu’aux rôles sérieux, Reda Kateb (le petit-neveu de l’écrivain algérien Yacine Kateb) qu’on a pu voir dans Django Reinhardt d’Etienne Comar, et Mathieu Kassovitz qui joue le rôle de l’amiral des sousmarins nucléaires français. Il jouait aussi la voix off de la série Apocalypse. Ils forment à eux quatre une belle composition d’acteurs qui nous entraînent dans leur sillage. La jeune Paula Beer, actrice allemande d’expression française, interprète l’oreille féminine de Chaussette, plus portée, elle, sur l’écoute du cœur et du cannabis. Le film a été tourné notamment à Brest. Avis – Un thriller du fond de la mer qui ravira les amateurs de sensations fortes et tous ceux qui se demandent si le cinéma français peut changer de genre. Il se renouvelle ici avec éclat. L’éclat du film catastrophe. Michel Lequeux


CINÉMA : UNE FEMME D’EXCEPTION Biopic de Mimi Leder, avec Felicity Jones, Armie Hammer et Justin Theroux. USA 2018, 120 min. Sortie le 6 mars 2019. Résumé – Histoire inspirée de la réalité. Celle d’une jeune avocate, épouse, mère et Juive, qui s’est mise en tête d’affronter la Constitution américaine qui établit une distinction entre les sexes pour protéger la société. Ruth Bader Ginburg montrera que la meilleure façon de le faire, c’est d’abolir cette distinction fondée sur des préjugés et sur la tradition, en instaurant dans la loi la parité entre l’homme et la femme. Même si c’est l’homme qui reste au foyer pour s’occuper de sa vieille mère invalide. Commentaire – Le titre original On the Basis of Sex est beaucoup plus juste qu’Une femme d’exception, car il se fonde sur la réalité de la Constitution américaine vieille de plus de deux siècles. 178 lois varient en effet selon le sexe de l’individu, dont la réduction fiscale à l’avantage de la femme restée au foyer. Charlie Moritz fournira à l’avocate l’argument pour le prouver. Cette disparité entre les sexes repose sur la tradition qui maintient la femme au foyer, tandis que l’homme rapporte l’argent du travail qu’il exerce à l’extérieur. En 1970 encore, une femme ne pouvait recevoir une carte bancaire à son nom si elle n’était pas émise aussi au nom de son époux. Dans le pays le plus litigieux au monde, la jeune avocate devra d’ailleurs se reconvertir dans l’enseignement parce que les bureaux l’ont éconduite les uns après les autres. Ce film, à coups de cas plaidés, nous montre comment fonctionnait la justice aux Etats-Unis dans les années 60 et 70. Il le montre à travers l’histoire véridique d’une jeune avocate brillante et idéaliste, Ruth Bader Ginburg, qui fait équipe avec son mari pour mettre fin à un siècle de discrimination à l’encontre des femmes. Son combat la mènera de la Cour d’appel à la Cour suprême où elle affrontera les trois juges pour faire revoir la Constitution. Elle y sera nommée elle-même juge en 1993, fonction qu’elle continue d’exercer aujourd’hui à l’âge de 85 ans. Le film retrace l’histoire de sa carrière. L’actrice anglaise Felicity Jones interprète cette avocate d’exception. Elle le fait avec une rare conviction, se mettant dans la peau de son personnage avec toute la passion du métier et la fougue de la jeunesse. On l’a vue récemment dans le rôle principal d’Inferno aux côtés de Tom Hanks, et aussi comme l’héroïne de Rogue One, un spin-off de la série Star Wars. Malgré le bel enthousiasme qu’elle déploie, le film reste fort technique et il faudra s’accrocher aux cas plaidés pour le suivre de bout en bout. Il est réalisé par une femme, Mimi Leder, qui s’est reconnue dans les aspirations de l’avocate pour faire triompher une justice pour toutes. Le scénario a été écrit par le neveu de la juge siégeant à la Cour suprême, Daniel Stiepleman, qui s’est nourri de ses conseils avisés. Avis – Si la révision d’une justice à l’avantage des hommes vous intéresse, vous irez voir ce film tourné à Montréal par une femme militante et interprété avec brio par son actrice. Toute l’époque s’y trouve, y compris la couture des bas Nylon que porte l’avocate sanglée dans un tailleur sévère. Michel Lequeux


CINÉMA : STAN & OLLIE Comédie de Jon S. Baird, avec Steve Coogan, John C. Reilly, Shirley Henderson et Nina Arianda. GB 2018, 98 min. Sortie le 13 mars 2019. Résumé – On suit Laurel et Hardy en Angleterre, dans une tournée qu’ils entreprennent en 1953 avant de tourner dans un film où ils ont placé tous leurs espoirs. Mais le duo comique peine à faire salle comble. Désormais vieillissants et oubliés des plus jeunes dans les petites salles de quartier où ils se produisent, Stanley et Oliver sont prêts à prendre leur retraite. Seule leur capacité à se faire rire et à réinventer leurs gags va leur permettre de reconquérir le public qui les boude. Même si leur amitié légendaire connaît des brouilles, cette dernière tournée leur révélera à quel point ils peuvent compter l’un pour l’autre. A quel point ils sont « Stan & Ollie ». Commentaire – Ce film, tourné dans les studios de Pinewood en Angleterre, nous montre comment fonctionnait le duo comique. On voit comment passait le courant entre le maigre et le gros, entre la poésie et la logique qu’ils incarnaient à eux deux. Leurs sketches sur la scène n’ont rien d’éculé : ils continuent de nous faire rire par des entrées et sorties sans fin, l’un donnant la chasse à l’autre à tour de rôle. Et chaque fois avec une touche qui change leur physionomie. C’est fondé sur le cinéma muet, où les gestes, les mimes, l’expression du visage faisait tout à la place des paroles. Le public en redemande, et nous aussi qui assistons à cette performance sur scène. On suit également les deux acteurs dans leurs déplacements d’un hôtel à l’autre, avec les blagues qu’ils rejouent pour amuser la galerie, comme le chapeau que Stanley fait monter sur sa tête sans en avoir l’air, pour intriguer la réceptionniste, ou lorsqu’il sort de la voiture à la place de l’épouse qu’attend Hardy, les bras grand ouverts. Tout cela est millimétré au quart de tour et révèle la perfection de leurs gags qu’ils peaufinaient sous la houlette de Laurel. Les deux acteurs sont sublimes dans leur rôle. Ils sont dans la peau de leur personnage et leur ressemblent comme deux gouttes d’eau, avec les mêmes gestes, les mêmes mimiques, la même bedaine pour Hardy. A tel point qu’on les croirait revenus à l’écran – mais Oliver Hardy est mort quatre ans après cette tournée en Angleterre, et Laurel douze ans plus tard. Ils sont incarnés par Steve Coogan, acteur britannique qui interprète Phileas Fogg dans Le Tour du monde en 80 jours, et John C. Reilly, acteur américain aux multiples facettes. Le film est signé Jon S. Baird, réalisateur écossais de séries télévisées et d’une comédie noire à succès, Fith (2013). Qualité des décors et du scénario dû à Jeff Pope. Avis – Une superbe comédie sur la fin de carrière des plus grands comiques du cinéma à côté de Chaplin, qui était leur concurrent. Michel Lequeux


CINÉMA : C’EST ÇA L’AMOUR Drame de Claire Burger, avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg et Cécile Remy-Boutang. France 2018, 98 min. Sortie le 27 mars 2019. Résumé – Mario est employé à la souspréfecture d’une mairie et sa femme vient de le quitter. Il se retrouve seul avec leurs deux filles : Frida, 14 ans et Nicki, 17 ans. Malheureux comme une pierre et dans l’attente de celle qui les a abandonnés après vingt ans de vie commune. Alors, pour tenter de revoir sa femme, il s’inscrit à un atelier de théâtre en quête d’acteurs et d’une pièce à jouer. Commentaire – On va suivre Mario dans sa nouvelle vie de célibataire et dans ses rapports difficiles, faits de tensions et de rejet, avec ses deux filles dont il doit s’occuper. C’est le même sujet que celui de Nos batailles de Guillaume Senez, mais c’est tourné par une réalisatrice qui y apporte sa touche féminine en cadrant les visages et les regards, où elle met à nu les sentiments qui animent chacun des personnages. Il y a d’abord l’amour du père pour sa femme qu’il aime encore et pour leurs deux filles. Un amour que Mario a tant de mal à exprimer mais qu’on ressent dans chaque regard qu’il leur adresse, dans chaque geste qu’il ébauche vers elles. Car aimer, c’est tout partager et faire confiance. C’est ça l’amour, comme le dit ce cinquième film de Claire Burger qui a obtenu la Flèche de Cristal – soit le Grand Prix – au Festival des Arcs 2018. C’est aussi le malaise de la cadette, Frida, mal dans sa peau et tentée par le lesbianisme qu’elle découvre avec une camarade de classe. Elle rejette son père qu’elle croit responsable du départ de leur mère, allant même jusqu’à essayer de l’empoisonner pour se séparer de lui. Mais au fond, elle l’aime, comme sa sœur aînée qui se désole pour lui et pour elles deux du mal que leur a fait leur mère en les quittant. Leur mère n’a pas su voir l’amour de son mari, qui a du mal à s’exprimer avec les femmes. Du mal à leur dire qu’il les aime. Et puis, surtout, il y a ce mari, ce père incarné par Bouli Lanners, l’acteur belge qu’on a vu dans bien des films, et notamment dans Tueurs de François Troukens. Il joue le rôle émouvant d’un Père Goriot dévoré d’amour, qui a beaucoup de peine à remonter la pente du désespoir sur laquelle il glisse. Toujours à deux doigts d’en finir avec la vie s’il n’y avait pas leurs deux filles qu’il aime, étant prêt à subir les injures de la plus jeune et prenant l’échelle pour aller voir si elle est bien dans sa chambre. Oui, c’est ça, l’amour d’un père que tous ses gestes expriment mais que ses mots, guidés par la pudeur, n’avouent pas. La caméra est tactile, subtile : elle suit les visages cadrés au plus près, les mouvements, les regards qu’elle scrute en profondeur. On rentre ainsi dans la psychologie des personnages qu’on découvre peu à peu au fil de l’histoire. Belle performance des deux jeunes sœurs qui sont jolies à croquer dans leurs émois d’adolescentes. Et magnifique prestation de Bouli Lanners qui a reçu, pour ce film, le Prix d’interprétation masculine au même Festival des Arcs. Avis – Sur la cassure d’un couple, sur les enfants qui doivent choisir entre leurs parents, et sur la difficulté de se reconstruire après une séparation. Une histoire hélas très actuelle, qui nous émeut et nous fait réfléchir. Michel Lequeux


CINÉMA : MON BÉBÉ Comédie de Lisa Azuelos, avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo et Camille Claris. France 2019, 1 h 27. Sortie le 13 mars 2019. Résumé – Héloïse est la mère de trois enfants qui ont grandi. Jade, la petite dernière, aura bientôt 18 ans et elle s’apprête à quitter le nid familial pour poursuivre ses études au Canada si elle obtient le bac. Au fur et à mesure que le couperet de son départ approche, et dans le stress que cela représente pour elles deux, Héloïse se remémore leurs souvenirs communs : ceux d’une relation fusionnelle entre une mère et sa fille. Pour garder un maximum d’images, elle se met à filmer Jade avec son téléphone portable. Elle en oublierait presque de vivre le moment présent avec sa famille, dans la complicité qu’elle a toujours su partager avec « son bébé ». Une complicité que lui reprochent ses deux autres enfants qui ont pris entre-temps leur indépendance. Commentaire – Tranche de vie d’une mère poule qui stresse à l’idée d’être bientôt séparée de « son bébé » avec laquelle elle entretient une relation fusionnelle. Lisa Azuelos signe ici son septième film avec Mon bébé. Elle y revient sur la relation qu’elle n’a jamais eue avec sa mère Marie Laforêt, dont elle fut séparée très jeune en étant mise, avec son frère, dans une pension suisse. Elle avait déjà abordé ce sujet dans Lol, une comédie de mœurs avec Sophie Marceau qui jouait le rôle de la mère en 2008. Elle approfondit la comédie, qu’on trouvera peut-être un peu trop « bourge », un peu trop huppée. Surtout dans la première partie où la mère copie effrontément les manières des jeunes pour s’identifier à sa fille qu’elle accompagne partout, notamment dans les boutiques de vêtements. A cinquante ans, elle se fringue comme une gamine et fréquente des amies cougar qui n’ont en tête qu’une idée, celle de coucher avec un jeune mec beau comme un dieu. D’autant plus que ces mères adoptent le langage chébran des jeunes, leur langage branché qu’on appelle le verlan. Elles adorent parler à l’envers pour se donner l’air chélou, l’air louche. Héloïse se veut dans le coup avec ses trois enfants qui ont grandi et lui renvoient l’image d’une jeunesse qui n’est plus la sienne malgré les apparences. Ce côté m’as-tu-vu à la parisienne (elle tient un restaurant dans le quartier chic de Paris, où elle emploie son fils) s’estompe dans la seconde partie, lorsqu’elle en vient à s’occuper de son vieux père incarné par Patrick Chesnais, qui doit être hospitalisé. On la découvre alors vraiment impliquée dans la vie de famille, avec ses trois enfants qui le lui rendent bien. On voit qu’elle a tout sacrifié pour « ses trois petits chats », y compris ses amants d’un soir qu’elle renvoie avant leur coup d’essai, ou son mari qui est parti sans demander son reste. La fin nous la montre en mère très compréhensive, qui accepte que son bébé fasse sa vie toute seule, et qu’elle accompagnera dans un baptême en parachute. C’est interprété avec brio par Sandrine Kiberlain, également chanteuse, qui a obtenu pour ce film le prix de l’interprétation féminine au 22e Festival de l’Alpe d’Huez. A ses côtés, Thaïs Alessandrin, la fille de la réalisatrice, joue le rôle d’une ado délurée qui mène sa mère en bateau, d’une boutique de fringues à l’autre. Avec également Victor Belmondo, le petit-fils de Jean-Paul, à qui une chance vient d’être donnée de se faire un nom d’acteur. Avis – Autopsie d’une mère poule dont on partage l’angoisse à travers les flash-back qui font redéfiler tout son passé. Assez irritante au début, cette comédie de mœurs fait passer la pilule de l’amour excessif d’une mère pour sa fille. Michel Lequeux


CINÉMA : REBELLES Comédie noire d’Allan Mauduit, avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy et Simon Abkarian. France 2018, 1 h 30. Sortie le 27 mars 2019. Résumé – Sans travail ni diplôme, une ex-Miss Pas-de-Calais revient s’installer chez sa mère à Boulogne-sur-Mer, après avoir raté sa vie de mannequin dans le Sud de la France. Embauchée à la conserverie locale, Sandra a un « accrochage » avec son chef de service qui voulait la violer dans le vestiaire. Elle le blesse gravement dans les parties génitales et il en meurt en tombant dans l’escalier. Deux autres filles sont témoins de la scène. Alors qu’elles vont appeler les secours, les trois ouvrières découvrent un gros sac plein de billets dans le casier du chef. Un magot qu’elles décident de se partager en n’y touchant pas, ou presque. C’est là que leurs ennuis vont commencer. Commentaire – Allan Mauduit signe avec Rebelles une comédie noire déjantée sur le thème du magot volé qu’on se refile entre larrons. Ou plutôt entre larronnes, car les trois femmes font figure de belles salopes, en particulier Miss Pas-de-Calais (Cécile de France) qui est ici une Miss « casse-couilles ». Elle crache sa rancœur de Miss ratée et son chewing-gum avec à tous les coins de rue d’une ville qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle d’un western italien. C’est Le Bon, la Brute et le Truand en version féminine, avec nos trois gueuses qui enterrent le pognon dans un bois, sur une musique de Ludovic Bource qui rappelle les accords grinçants, stridents d’Ennio Morricone. Bang Bang sur les sbires à leur recherche. On n’y vit pas dans le Pas-de-Calais du film, on y crève, comme le chef de service découpé en morceaux et mis en boîte dans la conserverie. Comme le maquereau qu’il est lui-même. Les deux copines de la Miss sont du même tonneau qu’elle. La grosse Nadine (Yolande Moreau) scie un canon de fusil pour aller récupérer les boîtes de conserve où « repose » le violeur qui a tenté d’abuser de sa collègue. Quant à Marilyn la maigre (Audrey Lamy), elle a été la maîtresse du violeur, et elle s’y entend pour mettre dans le fossé la voiture de ses ravisseurs et leur tirer dessus. A elles trois, elles forment une belle équipe que la mafia belge, reconnaissable à son accent entre mille, prend en chasse. Même le flic, qui sert ici de sheriff, est pourri et n’a en tête qu’une idée : récupérer le magot pour lui malgré son nom, Digne, qui ne l’est pas du tout. C’est un flic parfaitement indigne. Avec Simon Abkarian en truand de service, comme il l’est dans la plupart des films (Casino Royale ou l’Affaire Ben Barka), sur la piste de la Miss « casse-couilles » qui s’avérera être sa fille. Qu’est-ce qui a donc pu pousser Allan Mauduit à réaliser ce polar doublé d’une comédie ? Il l’a fait après avoir tenté pendant sept ans d’acquérir les droits d’adaptation d’Un petit boulot, un roman américain qui lui a été soufflé au dernier moment par Michel Blanc. Rebelles est donc né d’une déception que le cinéaste a transformée en revanche avec cette comédie mafieuse tournée au féminin. C’est le premier film qu’il réalise en solo, après Vilaine sorti voici dix ans et dont il était le coréalisateur. Avis – Une parodie déjantée du polar, avec trois belles salopes qui en font voir de toutes les couleurs à la mafia belge lancée à leurs trousses. Trois excellentes actrices s’y défoulent, dont deux Belges. Michel Lequeux


CINÉMA : AÏLO, UNE ODYSSÉE EN LAPONIE Documentaire de Guillaume Maidatchevsky raconté par Aldebert, sur des images de Daniel Meyer. France 2018, 1 h 26. Sortie le 13 mars 2019. Résumé – Cette odyssée raconte le combat d’un petit renne sauvage, frêle et vulnérable face aux épreuves qu’il devra affronter dès sa naissance. Son éveil au cœur des paysages enneigés est un véritable conte de fée au pays du père Noël. Commentaire – Le héros de ce conte est Aïlo, un petit renne originaire de Laponie. On en trouve des milliers comme lui dans la taïga, où ils tentent de survivre face au froid et aux prédateurs. Les rennes ont des bois qui se renouvellent chaque année. Leur pelage leur permet de supporter des températures de - 40° C et ils peuvent se déplacer dans la neige grâce à leurs sabots très larges. Ils mangent de l’herbe, mais leur nourriture préférée est le lichen après lequel ils courent dans leur long périple annuel. On verra Aïlo affronter l’hermine blanche, le loup et le glouton qui guettent la descente des rennes vers les plaines. Le réalisateur français de ce documentaire est Guillaume Maidatchevsky, spécialiste de la faune. Il a travaillé pour des productions indépendantes et pour de grosses chaînes de télévisions internationales comme National Geographic, ZDF ou Sky. Il travaille aussi pour France 2 et 5. L’histoire naturelle est son sujet de prédilection. Biologiste de formation, il a tourné des documentaires sur les babouins en Afrique du Sud et sur les loups en Roumanie. Il aime raconter des histoires qui mettent la nature en scène. Aïlo est son premier long métrage, avec des cadrages qui font alterner les gros plans des animaux de la taïga et les plans de paysage. « J’ai choisi la forme du conte, nous explique le réalisateur, parce que je voulais toucher un public plus large. Avec le documentaire habituel, on a déjà une audience acquise à la cause animale, à la préservation de la nature qui est mon combat. La forme du conte, via la mise en scène de la dramaturgie, rend possible la sensibilisation d’autres personnes moins familières du documentaire. J’aime raconter des histoires qui provoquent l’émotion. Ce conte me permet de mettre la nature en scène. Mais de le faire sans mentir. Car en faisant mentir cette nature, je sais que mon message perdrait forcément de son sens. Aïlo est une fiction documentaire sur la réalité de la nature. » Il a construit un scénario de 80 pages qui forme le canevas de l’histoire. Puis il l’a adapté en tenant compte des espèces qu’il filmait et dont il suivait la transhumance annuelle. En tant que biologiste, il connaît les grandes lignes du comportement de ces animaux : le renard polaire, l’hermine blanche, le lemming, les loups, les gloutons (petits ours de Laponie) et les corbeaux qui guident les prédateurs vers leur proie. Il les suit sur la trace de nos rennes qui, chaque année, descendent des plateaux pour aller vers les fjords au début du printemps. Il les suit en respectant le combat pour la vie. Ce film fait parler la Laponie durant les quatre saisons qu’a duré le tournage, de mai 2017 à juin 2018. Notre petit renne, né dans des conditions difficiles qu’a filmées le réalisateur, devra affronter le froid, la glace, l’eau, l’ours polaire et les loups pour gagner son droit à l’existence. C’est émouvant et cela fait fondre le cœur. La chanson Aïlo est composée et interprétée par Aldebert, qui nous raconte cette histoire avec un sens de l’émerveillement. Avis – Un conte qui s’adresse à tous pour protéger la nature aujourd’hui si menacée. Petits et grands, vous y trouverez votre bonheur. La joie aussi de découvrir de magnifiques paysages en suivant Aïlo et sa famille dans la taïga enneigée. Michel Lequeux


MUSEUM IN PROGRESS De 1977 à 1987, je me suis vivement intéressé aux diverses expositions du beau Musée d’Ixelles. Je connus le conservateur zélé Jean Coquelet en 1977 et qui fit entrer son musée dans la modernité. Je connus également la digne Conservatrice qui lui succéda, madame Nicole d’Huart. Elle œuvra vaillamment vingt ans à la renommée de l’enseigne. Je fis à seize ans la connaissance du peintre Claude Lyr et qui suivit attentivement mes premiers écrits. Professeur, Claude sera nommé directeur de l’Académie des Arts d’Ixelles, où j’eus l’immense plaisir d’être invité aux vernissages de prestigieuses expositions. Elles eurent un retentissement mérité dans la presse écrite et télévisée. Citons-en quelques-unes pour mémoire : « Max Janlet », artiste qui fit un généreux legs à la Commune, « Thyssen-Bornemytsza » (1990), « Estampes japonaises », « L’impressionnisme et le fauvisme en Belgique » (1990) avec un superbe catalogue ou « Le Musée Spitzner » (succès de foule !). J’achetais les catalogues et reçus un exemplaire de nombreux catalogues destinés au Service des Arts et Lettres, pour la Bibliothèque centrale communale d’Ixelles où je fus directeur. Sous l’égide de l’Echevin des Arts et Lettres Georges Mundeleer, je fus convié aux vernissages. C’est le même échevin qui, comme vous le citâtes, nous affirma aussi qu’Ixelles était « un Petit Paris ». d’où le surnom de « Montparnasse bruxellois ». Comme Louvain fut un « Petit Prague », avant les terrifiantes destructions allemandes de 1914 et l’incendie volontaire d’une des plus riches bibliothèques universitaires européennes. Il me souvient avoir visité par deux fois les réserves du Musée, étonné par le nombre de trésors conservés. J’eus la chance de posséder au bureau deux peintures d’artistes modernes. Elles me furent prêtées (et enregistrées) par l’entremise, non pas de la tante Artémise, mais du sévère Régisseur Cosijns, dont une superbe toile de maître wallon, « Paysage de la Gare d’Anvers » signée par l’artiste belge Taf Wallet. Un jour gris, sous motif de recensement, ces œuvres me furent enlevées et je ne les revis plus jamais réapparaître rue Mercelis, où j’avais mon bureau. J’admirais les affiches de Toulouse-Lautrec, le comte albigeois reconnu et apprécié des fauvistes et expressionnistes. Il nous manqua deux, puis un unique exemplaire de la collection Toulouse-Lautrec. Miracle et obstination ! De mémoire aujourd’hui nous les possédons toutes. Notre collection du comte albigeois - nain et atrophié suite à deux chutes de cheval - est convoitée comme le sont les superbes affiches de la Belle-Epoque. Ces richesses picturales ont été exposées récemment à Madrid (2018). Ne possédions-nous pas un dessin signé Pablo Picasso qui fut volé puis restitué ou retrouvé ? J’aime les œuvres réalisées par Rik Wouters, peintre, sculpteur, graveur et dessinateur, admirateur de James Ensor. Sa svelte danseuse d’une sculpture beauté, fut transférée du square du Bastion - où elle figura à l’air libre - au Musée, afin d’être protégée des intempéries et des dégradations. On parle ici de douze mille œuvres figurant dans notre patrimoine. « De quoi s’occuper pour effectuer un inventaire complet des collections » ? Quid d’une réelle belle carterie et point de vente ? Le Musée d’Ixelles a fermé ses portes pour une durée de trois ans, afin d’entreprendre de colossaux travaux d’agrandissement et de rénovation. Nouvelles perspectives muséales et nouvelles structures attendues. Jean-Louis Cornellie


CD : MARY, QUEEN OF SCOTS Max Richter n’était pas attendu sur un film en costumes. Jusqu’ici, sa carrière l’avait amené à travailler sur des drames, des longs métrages intimistes ou expérimentaux. Pour une première réalisation, Josie Rourke s’est laissé entraîner par son admiration pour le musicien et l’a invité à concevoir un commentaire afin d’accompagner les derniers jours de Mary Stuart, souveraine d’Ecosse, tout au long du duel politique qui l’a opposée à Elisabeth d’Angleterre, avant son exécution en 1587. Pas question ici de minimalisme. De gros moyens ont été mis à la disposition du compositeur afin de doter ce récit d’une aura qui marque durablement les spectateurs. Loin de s’avérer un huis clos, « Mary, queen of Scots » apparaît comme une fresque en couleur où les dialogues ricochent et la violence exulte. Les membres du Air Lyndhurst Orchestra, soutenus par The London Voices, interprètent un score à la fois ancien et moderne, classique et hors de toute époque. Contrairement au travail de John Barry sur la version précédente de 1971, qui privilégiait les personnages, Max Richter a choisi une partition d’atmosphère, qui pose un climat et ne s’en dégage peu ou prou. Dès le générique s’impose une couleur marquée par la combinaison d’un hautbois, d’un cor anglais et d’une viole de gambe. Il y a également un aspect martial qui n’est jamais éclipsé avec des roulements de caisse claire et une voix arienne qui évoque la détermination et la fragilité de l’héroïne tragique, puisque les leçons d’histoire nous ont appris que le règne de Mary s’achève sous la hache du bourreau. Dès les premières mesures, la B.O. ne pouvait pas éluder cet épilogue dramatique connu de tous. Sans renoncer à son écriture, Max Richter noircit des portées finalement synchrones avec ce qui se déroule sur l’écran, joue avec les cadences, impose un tempo répétitif et lancinant et s’emploie à ne jamais sombrer dans le piège du plagiat. Assurément, on identifie son style avec aisance et on s’en réjouit. Il est de ces créateurs contemporains qui s’impliquent dans l’univers du cinéma sans user de redondances et qui combinent des mélodies envoûtantes à des nappes de cordes sans gémellité avec les élaborations qui se pratiquent à Hollywood. Disque Deutsche Grammophon – 18 pistes Daniel Bastié

LES MONDES CANNIBALES DU CINÉMA ITALIEN Une couverture rouge annonce la couleur ! Daniel Bastié est un auteur prolixe qui ose étonnamment sortir des chemins battus. Cinéphile averti, romancier, auteur de nouvelles, il parcourt le chemin du renommé cinéma italien des miraculeuses années 1970. Il ose aborder un thème oublié, parcourt "le monde du cannibalisme" et s'attache à défendre le genre comme on défendit le western spaghetti ou le péplum. Le cannibalisme d’Umberto Lenzi et Ruggero Deonato eut un certain succès. S'imaginer qu'il s'arrêta en jungle amazonienne, en forêt impénétrable tropicale, aux îles lointaines, en Afrique, Asie, est un leurre. Nous connûmes le cannibalisme en Europe également. Nous le tûmes. Un sujet peu ou prou traité ? Je n'imaginais pas Daniel Bastié approcher, étudier ce sujet tabou. L'horreur dans tous ses états ... Il y a quelques années, dans un grand magazine américain, on publia d'effrayantes photos de cannibalisme et de tortures infligées en Amazonie et un empalement d'indigène ! Bastié a voulu en 226 pages consacrer ses heures à un aspect méconnu du septième art, étayer soigneusement ses propos. Quoi, on étudia soigneusement les films "gore", le monde des vampires, du cinéma "pornographique !" Nous lui souhaitons un succès de ventes à l'heure où le monde est trop souvent à feu et à sang. Les sociétés changèrent mais la chair humaine n'a plus guère de prix et le cannibalisme existe toujours. On l'écrivit. Mordez dans ce livre intéressant que je vous recommande chaudement. Ed. Ménadès – 226 pages Jean-Louis Cornellie


JACK SPARROW – MANIFESTE POUR UNE LINGUISTIQUE PIRATE Jack Sparrow (dont le nom signifie moineau) est un flibustier de fiction, passé à la notoriété grâce à la saga « Pirates des Caraïbes » et campé à l’écran par Johnny Deep. On doit son origine à une attraction du parc Disneyland. Dès sa première apparition à l’écran, il fédère l’enthousiasme, avant de devenir source d’inspiration pour jeux vidéo. La question qui demeure est celle-ci : de quelle manière fabrique-t-on un héros ? Il n’y a bien sûr aucune recette, autrement cela se saurait ! Un personnage populaire doit cependant correspondre à un cahier de charges plutôt précis. Doté ou non de superpouvoirs, il allie un savant mélange de sympathie, d’intelligence et de courage. A cela, il doit généralement défendre le Bien pour entraver le Mal. A sa manière, Jack Sparrow est une sorte de seigneur des océans, buveur de rhum, séducteur dopé d’un charme qui opère particulièrement sur les femmes et flanqué d’un look qui le caractérise par rapport à ses semblables. Dans les suites qui s’enchaînent, le protagoniste cherche à échapper à la dette qui le lie à Davy Jones, à combattre des ennemis jurés ou à gripper la Compagnie des Indes orientales. Laurent de Sutter revient sur le personnage et le remet dans son contexte, tout en analysant les raisons de son succès. Si on ne peut pas nier la performance de l’acteur principal, le travail des scénaristes, des metteurs en scène successifs et de l’équipe technique, Jack Sparrow est rapidement devenu un archétype : celui d’un boucanier en quête permanente d’aventure et de liberté, confronté à son passé et prêt à en découdre avec quiconque cherche à entraver sa route. Au fil des chapitres successifs, le public est toutefois amené à l’évidence que l’arme préférée du héros coiffé à la mode rasta demeure la parole. La grande idée est ici de disséquer cette série sur le plan sémantique et d’apporter des conclusions auxquelles le spectateur lambda ne songe pas forcément. Un exercice loin des habituels ouvrages consacrés au septième art et qui relève de l’essai davantage que du livre pour cinéphiles. Ed. Les Impressions Nouvelles – 126 pages Daniel Bastié

NOSFERATU CONTRE DRACULA Existe-t-il un combat à mener, puisque Nosferatu et Dracula sont le même personnage ? Afin d’échapper aux droits d’auteur à verser à la veuve de l’écrivain irlandais Bram Stoker, le réalisateur allemand F.W. Murnau a eu l’idée de transposer le roman « Dracula » en Allemagne et de modifier le nom du célèbre vampire, le faisant passer de Dracula à Orlock. Bien entendu, le subterfuge a été dénoncé et la justice a donné raison aux ayant-droits, ordonnant également la destruction du film, dont quelques copies ont néanmoins pu être sauvées. Chef-d’œuvre du cinéma expressionniste, ce long métrage est actuellement analysé dans les universités et a été intégré au patrimoine du septième art, faisant figure de classique muet (1922). Si Universal et, surtout, la Hammer ont transformé le vampire en séducteur, Murnau l’a imaginé en bête assoiffée de sang, confiant à l’acteur Max Schreck le rôle principal. Beaucoup de choses ont été écrites à propos de cette réalisation et son tournage. Par exemples que Schreck était un authentique vampire et que l’actrice principale lui avait été promise en guise de salaire. Olivier Smolders revient sur la fonction du buveur de sang au cinéma et analyse l’évolution de Dracula, pour comprendre la manière dont il a été compris ci et là, passant de fairevaloir à protagoniste. Si Bela Lugosi a été le premier Dracula fidèle au personnage littéraire, Christopher Lee l’a doté d’une élégance qui a durablement marqué plusieurs générations, faisant de lui l’archétype du mort-vivant aux canines aiguisées et prêtes à déchirer la chair d’une gorge offerte. Alors Dracula-Nosferatu, même démarche ? Reprendre le dossier aux débuts permet de relativiser et de comprendre ce qui caractérise chacun, avec de nombreux points d’e convergence mais aussi quelques singularités qui prouvent que chaque cinéaste est un artiste qui s’inspire d’un imaginaire tant collectif qu’individuel. Un essai qui devrait passionner les amateurs de fantastique et d’horreur ! Ed. Les Impressions Nouvelles – 126 pages Daniel Bastié


SIMENON : TOUT MAIGRET A l’occasion du trentième anniversaire de la disparition de Georges Simenon, les éditions Omnibus s’attèlent à exhumer l’intégrale des enquêtes du commissaire Maigret. Un travail de compilation qui s’étalera sur plusieurs mois et qui a débuté en janvier dernier. L’opportunité de revenir sur l’homme et son œuvre, tout en rappelant le rôle majeur qu’il a joué dans la littérature populaire, avec des romans empreints de mélancolie et d’une rare acuité lorsqu’il s’agit de décrire les gens d’en bas, les humbles, les sans-grades. Véritable légende du XXe siècle, Simenon a également été l’un des littérateurs les plus publiés, faisant de lui le Balzac ou le Zola de son époque. Il a enfin été le faiseur de livres le plus adapté au cinéma et à la télévision, défendu par des comédiens au talent notoire, dont Jean Gabin, Jean Richard et, parmi plusieurs autres, Bruno Cremer. A travers ses récits, toute notre société prend vie. Un monde d’excès (crimes, femmes de désir) et d’instants d’incertitude. Sans superhéros ni flic galvanisé par l’action, Simenon nous apprend à lire entre les lignes, décrit judicieusement tous les riens qui façonnent l’existence et parle de milieux sociaux jusqu’alors peu présents dans les polars. Lancée en 1930, la série « Maigret » connaît fort vite un enthousiasme généralisé. Lorsque le célèbre commissaire entre dans sa vie, l’écrivain approche de la trentaine et connaît déjà un réel succès de librairie avec des fictions beaucoup plus travaillées que les habituels romans vendus en kiosques. Néanmoins, il hésite avant de proposer les quatre premiers manuscrits aux éditions Fayard, conscient qu’il se décale des clichés. Son personnage ne ressemble en rien à Sherlock Holmes et à Rouletabille. A quelques années de la retraite, Jules Maigret se veut plus massif que musclé, se complaît dans une existence de couple linéaire, ne vit aucune romance parallèle et est incapable de se passer d’une pipe qu’il bourre de tabac odorant. Ni jeune ni infaillible, il se sert essentiellement de son instinct pour résoudre les enquêtes qu’on lui oppose. Quant aux criminels (petits ou grands), il s’agit le plus souvent de quidams, animés de pulsions, ni sympathiques ni particulièrement rébarbatifs, incontrôlables au moment d’agir. Rarement de véritables crapules faisant partie d’un gang. Encouragé par un triomphe fulgurant, l’auteur s’astreint une cadence d’écriture qui pourrait tenir de la folie pure. Il s’engage à produire un tome mensuel. Pour le public, Maigret devient un visage récurrent, au point de ne pas laisser les cinéastes de marbre. Comme il faut s’en douter, Simenon se laisse lentement phagocyter par son personnage. Conscient de ce qui pourrait devenir un problème, il choisit de le délaisser durant huit longues années, afin de se consacrer à des livres plus sérieux, plus durs selon ses dires. Naturellement, il revient à son double de plume et offre une nouvelle fournée d’enquêtes aussi passionnantes que les précédentes. Saga qu’il achève en 1972 pour se consacrer à la rédaction de ses mémoires, laissant derrière lui près de quatre-vingts investigations du policier à l’allure la plus bourrue de France et qui adore humer l’atmosphère d’un lieu de crime plutôt que de foncer tête baissée. A raison de huit histoires réunies par volume, « Simenon – Tout Maigret » fait office de madeleine de Proust et nous régale avec des classiques jamais démodés. Pour la circonstance, chaque pièce a bénéficié d’une couverture dessinée par Loustal et se targue d’une préface inédite. Après les numéros 1, 2 et 3, voilà les numéros 4, 5 et 6 qui débarquent sur les étagères des librairies. Un must qui fleure le parfum d’antan et qui ravive les souvenirs pas si lointains de plaisirs découverts dans les salles de cinéma ou en s’adonnant à la lecture. Ed. Omnibus – environ 1250 pages par volume Daniel Bastié


HARRY POTTER ET LA CHAMBRE DES SECRETS Les éditions collector se suivent et ne se ressemblent jamais. Harry Potter reste une manne non négligeable pour les éditeurs et il ne se passe pas une année sans qu’il y ait une nouveauté à se mettre sous la dent. Que ce soit un album reprenant les plus belles photographies des films ou une nouvelle présentation de l’un ou l’autre roman. Cette fois, nous avons droit au texte original enrichi de passionnants bonus totalement inédits. Une occasion unique de tout savoir sur le petit sorcier le plus connu de la sphère littéraire. Au terme des dixhuit chapitres s’ajoutent une partie nommée « Les elfes de maison à Poudlard », une autre appelée « Les anciens élèves de Poudlard » et une troisième baptisée « La maison Poufsouffle ». Si le récit demeure bien connu par tous les amateurs, il est ici décliné en quatre versions : édition Gryffondor (couverture rouge), édition Serpentard (couverture verte), édition Poufsouffle (couverture jaune) et édition Serdaigle (couverture bleue). On le sait, la saga imaginée par J.K Rowling a été écoulée à presque quarante millions d’exemplaires à travers le monde, faisant d’elle un phénomène et, par la même occasion, révélant l’une des écrivaines aujourd’hui parmi les plus riches de la planète, dépassant de loin les succès de librairie d’Agatha Christie et de Stephen King. Entre les cours de potion magique, les matches de quidditsch et les combats de mauvais sorts, voici un livre qui plaira aux inconditionnels. Ed. Gallimard- Jeunesse – 408 pages Daniel Bastié

TOUT LE BLEU DU CIEL Emile a vingt-six ans. Hospitalisé pour un Alzheimer précoce, il refuse la fatalité et choisit de prendre le large pour un ultime voyage. A cet effet, il projette de parcourir le monde afin de découvrir d’autres cultures et vivre à 100%. Il passe une annonce en vue de trouver un compagnon ou une compagne, sans cacher ses problèmes de santé et une mort programmée. A son plus grand étonnement, il fait la connaissance de Joanne, une femme que rien ne semble inquiéter et qui ne fournit aucune explication sur sa présence. A deux, ils amorcent une quête à la recherche d’eux-mêmes et des autres. Pourtant, à force de se tutoyer, des sentiments intimes se mettent en exergue. L’un d’eux qu’on pourrait assimiler à de l’amour. Mélissa Da Costa signe ici un premier roman rempli de pudeur. Très vite, le lecteur comprend que le trajet entrepris est avant tout une introspection de l’âme du protagoniste, une auscultation de ses pensées les plus profondes, de ses peurs et de ses convictions. Il s’agit surtout d’un drame qui parle de douleur et de maladie. Derrière des paysages paradisiaques se dresse une froide réalité qui sent les couloirs aseptisés des maisons de soin. Lorsque les jours sont comptés, on voit forcément les choses avec un regard différent et, accroché à la vie, on mord dans chaque élément avec force et (peut-être ?) l’énergie du désespoir. L’écriture est ici vive et alerte et aboutit à un dénouement inattendu. Un beau roman qui aide à regarder la maladie différemment. Ed. Carnetsnord – 649 pages Amélie Collard


ÉTRANGER PARMI LES VIFS Lorsqu’un monde s’effondre, de quelle manière l’écrivain peut-il agir ? Simplement en saisissant la plume et en se targuant de jeter un regard objectif sur notre environnement. Dans une société de plus en plus brinquebalante, Peter Gantyr convoque un auteur obscur et le charge de détruire le monde en travaillant la langue car, il le croit, le destin de l’homme repose sur la force des mots. Pascal Bacqué entraîne le lecteur dans un roman singulier qui parle de présent et d’avenir et qui s’interroge sur le chemin à parcourir à travers nos habitudes. Avec humour et causticité, il ausculte notre vie et l’écorche lentement à coups de scalpel. Au passage, il égratigne nos certitudes, les dieux que sont le Net et la télévision, revient sur la crédibilité des informations et s’interroge sur la pertinence de tous à juger ce qui nous entoure. Davantage qu’un récit, l’auteur plonge au cœur des relations à entretenir avec les autres. Il se sert d’une plume forte pour les doter de mille influences, les parer de métaphores et oser la démonstration d’une culture érudite. A mesure que les personnages entrent en scène, on assiste à une polyphonie qui mène à la réflexion. Ed. Massos – 442 pages André Metzinger

MADAME LA PRÉSIDENTE Depuis son accession à l’Elysée, Emmanuel Macron ne s’est pas révélé le sauveur attendu. La faute à pas de chance ou à une conjoncture qui endigue chaque décision prise par le jeune dirigeant ? Certains pointent du doigt les liens qu’il tisse depuis des années avec les nantis et sa disposition à aimer les riches au détriment de ceux qui le sont moins. Pourtant, dès les premiers jours, il se targuait d’être le président de tous les Français. Alors que plusieurs ouvrages ont déjà été rédigés sur l’homme et son ascension fulgurante, Ava Djamshidi et Nathalie Schuck s’intéressent de près à Brigitte, son épouse, omniprésente et qualifiée de première conseillère officieuse. Maîtresse des horloges, serait-elle celle qui tient les rênes du pouvoir et qui souffle les conseils ? Dans cet ouvrage riche en anecdotes, on entre sur la pointe des pieds dans l’intimité du couple et on découvre le quotidien d’un ménage pas vraiment comme les autres, puisque constamment placé sous les feux de l’actualité et dont chaque déclaration devient affaire d’État. Résultat d’une longue enquête auprès des proches, ce livre dévoile le caractère bien trempé de la Première Dame de France, parle de son influence, de sa manière de s’intéresser à la vie politique, à recadrer son mari et à glaner les doléances. Sans être naïve, elle ne s’attendait toutefois pas à l’avalanche de fiel qui allait s’abattre sur elle. Les tirs partent de partout. Femme au tempérament bien trempé, elle a immédiatement mis en place une stratégie visant à se protéger, même si certains coups bas lui font toujours beaucoup de mal. Sans jamais perdre ses réflexes, elle formule des avis, exige être entendue, moralise et remet parfois de l’ordre dans un discours qui pourrait s’avérer terne et sans emphase. Le candidat Macron, sorti de nulle part et qui doit énormément à la défection de François Fillon (pas aussi chevalier blanc qu’il aurait aimé le faire croire !), ne serait vraisemblablement pas celui qu’on connaît sans sa Brigitte adorée. Ici, pas de révélations incontournables, mais un portrait contrasté ! Ed. Plon – 310 pages Sam Mas


REGARDE DANS LE MIROIR Julie Bocquet est née à Gand en mai 1977. Une enfant pas totalement comme les autres, puisque personne ne connaît son géniteur. Placée en institution religieuse, Fabienne, la jeune maman alors âgée de quatorze ans, ne reverra plus sa fille avant le début des années 90. La révélation fait l’effet d’un coup de marteau. Le papa est le chanteur Claude François, alors en couple avec le mannequin Kathalyn Jones et décédé quelques mois après la conception du bébé. Tiraillée entre ses parents adoptifs et le désir de nouer des liens avec ses véritables racines, Julie entame un cheminement qui, parfois, s’assimile à un calvaire. De quelle manière annoncer l’incroyable et faire en sorte d’être légitimement reconnue par le clan François. Pas vraiment fan de l’artiste, elle s’est progressivement familiarisée avec son répertoire, au point d’en devenir une fervente admiratrice. Bien entendu, elle se raconte sans rien dissimuler et parle de ses rêves comme de l’avenir dans lequel elle se projette. Elle ne réclame et ne revendique rien. Comme Delphine Boël (dans une autre affaire !), elle espère seulement être entendue afin de pouvoir vivre sans baisser le front, riche d’un illustre paternel adulé par les foules et, néanmoins, tellement secret sur sa vie privée. Plusieurs photographies illustrent ce témoignage qui a été traduit en français par France Jabbé, proche de la famille et inconditionnelle de l’idole des podiums, dieu vivant de la variété française et incorrigible perfectionniste. Ed. Luc Pire – 142 pages Amélie Collard

PAPA, JE TE PROMETS QU’UN JOUR … Felice Mazzu est entraîneur du club de foot de Charleroi et, plutôt que de parler sport, revient sur son parcours, en entamant le voyage dans le Borinage au cours des années 60. Fils d’immigrés italiens, il apparaît comme un garçon timide, parfois coincé dans un carcan de principes fort stricts. Discipline et respect sont les boussoles qui rythment sa jeunesse. Après des études à Gilly, il démarre professionnellement dans l’enseignement tout en se sentant attiré par les stades de football. Plutôt que de jouer sur le terrain, il préfère devenir entraîneur. On commence à entendre parler de son travail dès les années 2005, faisant de lui une personnalité qui compte. Avec un langage simple et sans fard, il renvoie l’image d’un homme simple et tenace, qui entretient de vraies valeurs et qui n’a jamais eu honte de s’y accrocher. Issu d’un milieu simple, il connaît mieux que quiconque la signification de l’effort, de l’endurance et du besoin de ne jamais laisser ses rêves se planter. Au fil des pages, on assiste également à la naissance d’un engouement et à un long engagement dans différents clubs de second niveau avant d’aller faire ses preuves en division 1. Le boulot, pas que cela, Felice Mazzu parle enfin de ses potes, de ses amours et de ses désabusements. Même sous les feux des projecteurs, il n’a pas été épargné par les coups du sort, tout en sachant que l’existence continue et qu’elle dote celui qui le mérite de félicités non négligeables. Ed. Luc Pire – 143 pages André Metzinger


BRUXELLES OMNIBUS Ode à Bruxelles, voilà un livre qui fait du bien, qui parle de nos habitudes et de notre histoire ! Journaliste vedette et chroniqueur royal, Patrick Weber s’interroge sur notre passé et remonte le temps en parcourant la capitale de long en large. A mesure que les étapes se succèdent, il s’offre des arrêts plus ou moins durables et apporte moult anecdotes qu’on ne devine pas forcément derrière une plaque émaillée de rue, en lisant les caractères gravés sur le socle d’une statue, en contemplant la façade d’une bâtisse. Si nous sommes Belges depuis la révolution de 1830, les archives remontent à l’occupation espagnole, avec l’âge d’or de Charles-Quint. Alors que la voiture a été souvent privilégiée, le mode pédestre et les transports en commun permettent de voyager sans contraintes et de découvrir la ville à hauteur de citoyen. L’auteur s’amuse ici à indiquer le numéro du bus, tram ou métro qui mène à chaque destination. Au fil des pages, on découvre que Bruxelles ne se résume pas seulement à l’Atomium, à MannekenPis et à la Grand Place. Traverser les rues, parcourir les boulevards ou s’arrêter à un rond-point permet de constater que notre environnement n’est pas aussi ennuyeux que certains le prétendent, que la surprise peu naître ici ou ailleurs et que, pour apprécier notre cadre de vie, il convient parfois de l’inscrire dans l’histoire de celles et ceux qui nous ont précédés. « Bruxelles Omnibus » se veut une respiration, avec ses trésors secrets, cachés ou, plus simplement, oubliés. Un must pour aimer Bruxelles ! Ed. Michel Lafon – 310 pages Daniel Bastié

LE MUSÉE IMAGINAIRE DE MICHEL BUTOR Rassembler en un seul volume la quintessence de l’art pictural et ne pas dépasser cent-cinq œuvres décisives, voilà le pari risqué auquel s’est attelé Michel Butor. Au fil des pages, il évoque les tableaux qui, selon lui, sont dignes de figurer parmi les musées les plus précieux. Un choix forcément subjectif, mais qu’il assume totalement. L’idée ne consiste bien entendu pas à nous retracer l’histoire des Arts, mais de partager des coups de cœur, en revenant sur des détails, une anecdote, un personnage dessiné ou une scène. Le choix de la langue est évidemment magique, poétique dans sa simplicité et sobre dans sa richesse. Associé au Nouveau Roman, l’auteur n’a jamais caché sa passion pour la peinture, qui l’a accompagné durant toute son existence. Sans tenir compte des dates ni des courants, il imagine une collection à son image, où se tutoient Corot, Turner, Giotto, Rubens, Picasso, Bacon, etc. Expérience inédite, ce recueil se présente comme une conversation avec un ami, prouvant que tous les domaines possèdent des connexions entre eux. Chaque tableau est accompagné d’une brève notice qui s’efforce de faire voir ce qu’on n’aurait pas vu lors d’une première observation, se double de quelques repères historiques et y va de commentaires idoines. Audelà du caractère définitif de l’image, ce livre se targue de remettre à plat les clichés et d’amener le lecteur à émettre un avis personnel. Un voyage sensoriel qui met le bon goût au centre des préoccupations. Ed Flammarion – 368 pages Daniel Bastié


BOY ERASED L’homosexualité apparaît encore trop souvent comme une déviance, un mal à exorciser. Garrard, dix-neuf ans, en fait l’expérience lorsqu’il annonce à se parents, baptistes ultraconservateurs, sa propension pour ceux de son sexe. Directement, ces derniers se mettent en tête de le guérir et de l’expédier dans un centre de conversion destiné à ramener la brebis égarée dans le giron de Dieu. Un endroit qui ne tolère aucune exception et où l’existence est menée d’une manière rigide. Un monde qui diabolise les romans d’Harry Potter, qui bannit l’œuvre de Beethoven et qui parle sans arrêt de péché et de damnation. Garrard Conley nous raconte son vécu à travers un texte poignant, qui se veut un témoignage vibrant sur les méthodes anti gays utilisées aux Etats-Unis et qui plaide en faveur du droit de posséder une identité sexuelle propre. De nombreuses pistes peuvent ici être analysées : les relations familiales, l’intégrisme religieux, la recherche de liberté, les différences. Ce récit fait naturellement froid dans le dos, mais n’a finalement rien d’étonnant dans un monde toujours enclin à s’aveugler lorsqu’il s’agit de s’ouvrir à la compréhension des proches. Quant à l’émotion, elle saisit aux tripes. Pour l’anecdote, cet ouvrage a été adapté au cinéma en 2010 avec Nicole Kidman, Lucas Hedges et Russell Crowe. Un uppercut ! Ed. Autrement -378 pages Paul Huet

LES FEUX La guerre déploie une myriade de fléaux. De quelle manière survivre, alors que la vie humaine n’a plus de prix aux yeux de la hiérarchie militaire. Tamura est un de ces soldats japonais qui errent sur un champ de bataille dévasté. Nous sommes en 1945 et la guerre touche à son terme. Livré à lui-même, il connaît la faim, la peur et remue sans cesse l’envie de quitter les Philippines pour, enfin, rentrer chez lui. Shöhei Ôoka nous plonge dans l’enfer d’un désastre et s’interroge sur le rôle à tenir lorsqu’on porte un uniforme et qu’on dispose d’une arme. Jusqu’où faut-il demeurer fidèle à sa nation et doit-on songer à sauver sa peau à n’importe quel prix ? Entre solitude et désespoir, le protagoniste semble avoir abandonné toute lueur, résigné à mourir dans un coin immonde de cette campagne tropicale, loin de ceux qu’il aimerait serrer dans ses bras. L’auteur parle de l’absurdité de la guerre et de la décomposition des espoirs. Chef-d’œuvre de la littérature asiatique, « Les feux » a été rédigé par l’un des plus grands écrivains du XXe siècle. Avec ce livre, partiellement autobiographique, il a remporté le prestigieux prix Yomiuri en 1951. La présente traduction est due au talent de Rose-Marie Makino-Fayolle. Un pamphlet contre la bêtise humaine et la violence que certains hommes infligent à ceux d’autres cultures, au nom d’une pseudo-suprématie ou de la volonté de s’emparer de leurs terres ! Ed. Autrement – 262 pages Daniel Bastié


JOURNAL SECRET 1941-1944 Curzio Malaparte a inscrit deux de ses ouvrages dans le marbre de la littérature italienne. « Kaputt » et « La Peau » restent à ce jour des témoignages accablants d’un pays en prise avec la guerre et une misère indicible. Journaliste, reporter et diplomate, l’homme n’a jamais cessé d’écrire. D’abord fasciné par les discours de Mussolini, il constate ensuite s’être fourvoyé. Envoyé en 1941 sur le front de l’Est auprès des troupes allemandes, il consigne ses observations dans un journal qu’il garde secret. Vient ensuite le temps de la désillusion face aux horreurs. Il se retrouve alors en Italie, après avoir séjourné en Finlande. Poétique et incandescente, son écriture est souvent bouleversement pour le lecteur, narrant l’inimaginable, la peur, les exactions et la mort qui frappe de manière arbitraire. N’appartenant à aucune école, il rédige librement, sans censure, et use d’un style excessivement visuel, parfois terriblement cru. Chez lui, la violence se veut omniprésente. L’art du littérateur n’est pas forcément d’embellir le présent, mais de parler de ce qui le taraude. Il peut devenir à la fois cri et libération, indignation et révolte. Publié ici pour la première fois en français, « Journal secret : 1941-1944 » apporte un éclairage qui complète tout ce qui avait déjà été lu. Les manuscrits originaux sont conservés à la Biblioteca di Via Senato à Milan, fondation privée soutenue par le fonds Malaparte. Ed. Quai Voltaire – 336 pages Daniel Bastié

PROUST ET LES AUTRES Christian Péchenard, né en juin 1930 à Paris et mort le 29 août 1996 à Montpellier, a été avocat, romancier et biographe de Marcel Proust. Naturellement bien placé pour parler de son écrivain préféré, il propose un livre épais comme deux doigts et revient sur l’homme, ses écrits et son monde. Loin de se définir comme un essai, cet ouvrage a pour seule vocation de faire aimer l’un des plus prestigieux auteurs du XXe siècle et d’envoûter par le truchement d’un univers où les personnages réels et ceux de fiction se tutoient pour raviver le souvenir heureux des lectures passées. « Proust et les autres » se veut avant tout un voyage nostalgique dans la mémoire. Qu’on soit à Cabourg ou à Paris, le lieu importe peu. La beauté du langage, l’intelligence des propos et la force de la narration font de ce recueil un florilège destiné à être consommé sans aucune modération, une invitation à tourner les pages pour entrer dans une intimité, dans les coulisses de la création et dans l’esprit d’un artiste qui en a inspiré tant d’autres. Un livre qui pétille d’ironie et de liberté. Diffusé en format de poche à 10,50 euros, ce serait dommage de se priver de la joie de le découvrir. Ed. La Table Ronde – 640 pages Daniel Bastié


ANTI-MEMOIRES Herman Van Rompuy est surtout connu comme homme politique belge et beaucoup moins pour ses écrits. Il y a encore quelques années, il avait fait parler de lui lors de la sortie d’un recueil d’Haïkus, ensuite mis en musique par Dirk Brossé. Aujourd’hui, il revient en librairies avec des pensées qui reflètent ses préoccupations et son tempérament. En choisissant de l’appeler « Anti-mémoires », il met immédiat le lecteur en garde. Il n’est pas question de s’y dévoiler sur le plan privé ni de provoquer l’une ou l’autre polémique. En parlant de son passé et de son vécu, il s’attache seulement à en tirer un enseignement pour continuer d’avancer et ne plus buter dans l’une ou l’autre ornière. A l’origine, cet ouvrage devait s’intituler « Leçons de vie » ou, en d’autres termes, comment apprivoiser l’existence et quelles richesses nous lègue-t-elle ? Il y pratique l’art de diffuser des conseils de sagesse sans pontifier ni sombrer dans la plus abominable vanité ? Peut-on prétendre des choses qui soient purement œuvres personnelles ? Dès la naissance, le hasard s’agglutine à chacune de nos actions, les encourage, les entraîne vers l’avant ou les freine. L’humain est jeté dans l’existence et il doit y trouver sa place, en serpentant d’une possibilité à l’autre. L’auteur parle évidemment de son intérêt pour la politique, de son amour immodéré de l’écriture, des changements inévitables qui surviennent alors qu’on ne les attend pas, de la quête du bonheur, du monde d’antan qu’on n’exhumera jamais, de la démocratie, de l’art d’écouter et, parmi moult autres thèmes, de l’imperfection de chaque décision, Ce livre doit être compris comme une série d’exercices individuels. Aujourd’hui, beaucoup vivent à toute allure, sans prendre soin de rien, en clamant avoir droit au bonheur inconditionnel. La sagesse rappelle que nous devons être nuancés dans nos actions, tout en veillant à prendre soin de tous. Ed. Mardaga – 143 pages Sam Mas

L’ORIENTATION SCOLAIRE ET PROFESSIONNELLE Le taux d’échecs scolaires est sur toutes les lèvres. Que se passe-t-il ? L’enseignement est-il en carence ? Les professeurs ne sont-ils pas à la hauteur ? Les étudiants manquent-ils de courage face à l’étude ? Pire, la formation est-elle en train de se laminer ? Il y a ceux qui se laissent totalement déborder par les tâches à effectuer et ceux qui ne se présentent pas aux examens, abandonnant en chemin. Pourquoi un livre dans le domaine de l’évaluation en orientation ? L’idée repose ici sur l’intérêt d’articuler connaissances théoriques et méthodologies pratiques en illustrant, autant que faire se peut, les notions et concepts abordés par des illustrations d’outils ou de dispositifs d’évaluation utilisables par le psychologue ou le praticien. Ensuite, sa valeur n’est pas seulement due à l’expertise de ses auteurs. Elle s’appuie sur des points concrets, loin des idées abstraites qui dépassent le lecteur lambda. Il s’agit d’une approche globale de la personne en demande d’orientation, en tenant compte des différentes facettes inhérentes à sa personnalité. Rigoureux et extrêmement complet, cet ouvrage est la boîte à outils qui devrait accompagner les professionnels. Ces derniers y puiseront des informations techniques, des suggestions et des règles de bonne pratique. Philippe Charlier est maître en psychologie de l’orientation, Katia Terrot est psychologue de l’Education nationale chargée de l’enseignement et Pierre Vrignaud a été professeur de psychologie de l’orientation à l’Université Paris-Nanterre. Ed. Mardaga – 462 pages Amélie Collard


MARE NOSTRUM Adelphe, la soixantaine, travaille depuis plusieurs décennies pour le compte d’une maison d’édition ayant pignon sur rue. Néanmoins, dès qu’il rejoint son domicile, il se consacre au plaisir de jouer du clavecin, une activité qu’il chérit et qui l’anime d’un bonheur suprême. Authentique esthète, il traque chaque instant de poésie dans une existence qu’il sait peu amène et sauve les apparences en faisant bonne figure. Alors qu’il pensait le présent tracé de manière intangible, une jeune femme fait irruption dans sa quotidienneté. Du coup, son équilibre s’en trouve bouleversé, ses certitudes l’abandonnent et des paradoxes fragilisent son équilibre. Fille de couleur et issue d’une autre culture, elle affirme l’admirer et l’aimer. Qu’en est-il réellement ? Son vieux cœur se remet à battre d’une manière intense, renouant avec une série de sensations adolescentes qu’il croyait perdues. Entre ses bras, il se sent revivre, tout en étant agité de troubles contradictoires. Le bonheur ne se pare-t-il pas de zones obscures, d’élans impétueux et obsédants ? Il découvre les affres d’un passé dont il ignorait (ou feignait ignorer) tout. Il s’agit de la mainmisse des Européens sur l’Afrique à une période où le colonialisme se teintait de suprématie raciale ou de paternalisme. Troublé, il choisit d’entreprendre un voyage initiatique qui l’amène sur les rivages de la Méditerranée. Plongeant tour à tour dans le sombre héritage de notre mémoire collective et les abîmes de la déraison, l’écriture de Philippe de la Genardière se transforme en hymne à la vérité, brûlant la distance que la littérature impose au réel. Une prose qui nous extirpe de la banalité et nous convie à ne pas sousestimer l’Histoire, avec ses pans oubliés ou volontairement dissimulés. Ed. Actes Sud – 300 pages Daniel Bastié

DANS LE MÊME BATEAU Emilie déteste la Saint-Valentin. Toutefois, on exige qu’elle organise et supervise une croisière sur ce thème. Un voyage idyllique qui doit emmener des touristes friqués aux Caraïbes. Puisqu’il s’agit de son job, elle voit mal de quelle manière refuser, même si la demande émane de Matt, dont elle était éprise alors qu’elle était adolescente. Puis, comme une frustration engendre souvent une seconde, elle voit Steve embarquer à bord du paquebot de luxe. L’homme qu’elle a le plus aimé et qui l’a laissée tomber. A cela, il est accompagné de sa nouvelle fiancée. Loin de taire les frustrations qui la bousculent, Emilie décide d’agir en passant à l’action. Comment se venger et saboter un voyage décrit dans les brochures promotionnelles comme étant paradisiaque ? Avec sagacité, elle observe, complote et fait croire qu’elle vit une romance avec Matt. Un stratagème payant ? Lorsqu’on est fragile, instable dans la manière de gérer les sentiments et qu’on ne parvient pas à oublier les mortifications, ne risque-t-on pas de sombrer davantage ? Au jeu du chat et de la souris, l’héroïne se laisse prendre au piège, avec le risque avéré d’avoir à nouveau le cœur brisé. Cassandra Rocca signe un roman plein de malice, tourmenté et romantique, qui parle d’amour et de la douleur d’avoir été plaquée. Malentendus, non-dits et humour mâtinent ce récit de mélancolie. Pourtant, l’amour devrait être la négation de la tristesse et des larmes. Ressasser le passé renforce la douleur et n’aide personne à avancer. On se demande aussi pourquoi le Prince Charmant ne vient jamais lorsqu’on l’attend ou pour quelles insidieuses raisons il n’est pas celui auquel on a rêvé. L’amour ne peut en aucun avoir l’aspect d’un naufrage ! Ed. LJ - 285 pages Amélie Collard


ON VA REVOIR LES ÉTOILES Le romancier écrit à l’ombre de sa gloire, avec des mots qui rappellent certains souvenirs abandonnés dans un coin obscur de la mémoire. Pour lui, rédiger éveille le passé, le fait sortir de sa torpeur et permet de le partager. Avec beaucoup de sensibilité, Emmanuel Sérot traite du temps qui s’écoule, que personne ne sait retenir, qui s’échappe par tous les pores de la peau et qui plombe les années. Vieillir n’est pas une malédiction, même si … Le narrateur nous parle de ses parents qui séjournent dans une maison de retraite et qui attendent l’heure fatidique qui les emportera pour une existence qu’on décrit souvent comme étant meilleure. Il y a la mémoire qui s’étiole, les gestes que les muscles freinent, la démarche qui cahote. Comme baume, il leur offre de la patience, des caresses, des baisers, des signes d’amour. Néanmoins, il ne faut pas s’attendre ici à un roman larmoyant. Les petits bonheurs sautent aux yeux et se manifestent dans chaque attention, empreints d’une humanité qui refuse de cesser de sourire et qui décrit la fragilité sans apitoiements. Autour du vieux couple gravitent les infirmiers, les aides-soignants et les enfants devenus adultes qui, à leur tour, prennent soin des aînés. Il ressort de ce récit intense que rien ne s’achève forcément dans la morosité. Alors qu’on s’y attend le moins, la vie peut contracter maintes félicités. Moins gris que la solitude, « On va revoir les étoiles » peut être interprété comme une ode au troisième âge et une approche d’une fin de vie bien plus lumineuse qu’on le croit. Ed. Philippe Rey -188 pages Sylvie Van Laere

LA MÉMOIRE DE L’ARBRE Chaque famille possède son histoire. Certains diront : ses mystères. Après avoir quitté Vilaverd, un petit village catalan, Joan et Caterina vont s’établir à Barcelone chez l’une de leurs filles. Jan, dix ans, comprend que l’arrivée de ses grands-parents va profondément modifier son quotidien. Désormais, son grand-père se chargera de tout, ira le chercher à l’école et lui préparera le goûter. Avec un souci permanent du détail précis, Tina Vallès raconte la chronique tendre d’une enfance simple, des longs échanges qui s’établissent au sein d’un même clan et des liens qui se tissent entre trois générations. Avec une écriture fluide, à hauteur de gamin, elle parle des mille richesses qui façonnent le temps qui s’égrène et, sans cris, passe de la banalité à des choses beaucoup plus sérieuses. A mesure que les semaines s’écoulent, elle insiste sur la complicité qui unit deux êtres amenés à se fréquenter. Puis, doucement, plonge le lecteur dans les nondits. Pourquoi le vieil homme se retient-il de répondre à certaines questions ? Néanmoins, un jour, l’adulte décide d’aller au-delà de la retenue à laquelle il s’était jusqu’ici assignée. Pour franchir le pas, il doit se retrousser les manches et mettre son âme à nu. A dix ans, Jan est certainement capable d’assimiler plusieurs choses, du moins d’en percevoir les principes. L’auteure prouve ici qu’elle maîtrise l’art de la narration et qu’elle est capable d’un cocktail de sensibilité qui touche à la mémoire profonde des êtres. Plus qu’un livre pour initiés, « La mémoire de l’arbre » se veut une approche délicate du rôle de la famille sur les descendants, qui endigue ou enrichit le présent comme le futur. Un merveilleux portrait qui n’a aucune ambition que celle d’émouvoir. Ed. Philippe Rey – 220 pages Sylvie Van Laere


NÉCROLOGIE DU CHAT Un énorme malheur vient de s’abattre sur Ana. Son chat, son animal de compagnie, est décédé, la laissant complètement désemparée. Pas question de jeter le petit corps dans une poubelle ni de l’abandonner n’importe où. Une évidence s’impose. Elle doit trouver un lieu pour l’inhumer. Bien entendu, les gens qu’elle croise ne comprennent pas et se permettent des réflexions qui l’humilient. Olivia Resenterra signe un récit cruel qu’elle étale sur trois journées. L’occasion de brosser le portrait peu reluisant de certains de nos concitoyens et de prouver que la cruauté s’ancre parfaitement dans le quotidien. Comment circonscrire la douleur lorsqu’on parle de la disparation d’un (simple) animal, alors que tant de souffrances frappent la société ? Bien que roman, « Nécrologie du chat » pourrait être assimilé à une fable, avec une farandole de seconds rôles qui, tour à tour, entrent en scène pour effectuer un tour de piste et se retirer aussitôt. La femme, dont on tait le nom, croise ainsi un fermier célibataire, des cyclistes, un gardien de cimetière, un duo de voyous en cavale, etc. Dévoiler la fin reviendrait à étioler l’épilogue. Je peux seulement dire que l’auteure trempe sa plume dans une encre mélangée à un cynisme total. Du sur mesure fait pour surprendre ! Ed. Serge Safran - 148 pages Daniel Bastié

GANGS OF L.A. La police de Los Angeles est totalement dépourvue face aux agissements de I.Q. (Isaïah Quintabe), un citoyen qui vient en aide à ceux qui se sentent délaissés par le pouvoir judiciaire. Une sorte de loup solitaire qui agit autant par civisme que pour pallier à un système qui depuis longtemps ne fait plus ses preuves. Les démunis lui sont reconnaissants et le rétribuent avec de faibles moyens : quelques pièces, des pneus de rechange, un repas, … Néanmoins, pour vivre, il doit accepter des contrats beaucoup moins reluisants. Cette fois, il répond aux sollicitations d’un chanteur qui se croit menacé de mort. S’engage un périple dans les quartiers malfamés de Long Beach, avec une panoplie d’individus sinistres aux attitudes inquiétantes. Si la ville joue un rôle important dans « Gangs of L.A. », l’intérêt de l’histoire se focalise autant sur l’enquête menée à bout de bras par un protagoniste mi justicier mi voyou, mais surtout sur la description de sa psychologie, révélée progressivement. Au fil des pages, on prend conscience de son adolescence compliquée, de la douleur liée à la mort de son frère et de sa volonté indéfectible d’abandonner sa condition sociale. En chemin, une faune s’agite pour le plus grand bonheur du lecteur, exhumant tous les stéréotypes des bas-fonds, de la femme rancunière aux malfrats notoires, sans omettre un molosse aux crocs acérés et un tueur à gages sans scrupules. On se situe dans le thriller qui suinte la noirceur, où rien n’est gagné d’entrée de matière et où les rebondissements se succèdent à un rythme décapant. Joe Ide frôle parfois la caricature, mais s’amuse follement en brossant le portrait d’un homme extrêmement doué qui se sert de son acuité pour résoudre un problème. Si on dit que l’auteur de ce roman est fan d’Arthur Conan Doyle, ceci explique sans doute cela. Ed. Denoël – 386 pages Daniel Bastié


J’AI RENDU MON UNIFORME La vie dans les hôpitaux est loin de s’avérer une sinécure. A l’heure où l’on parle de la pénibilité de certains métiers et de revalorisation des traitements, le livre de Mathilde Basset tombe à pic pour permettre au débat de rebondir. Infirmière en maison de retraite, elle raconte de quelle manière elle rentrait chez elle totalement laminée avec le sentiment de n’avoir pas pu exercer dans des conditions idoines. La manque de moyens, comme l’absence de considération, rendent chaque jour sa tâche de plus en plus compliquée. Après avoir tenu une page sur Facebook, dans laquelle elle se confiait, elle a choisi de passer à la vitesse supérieure en se racontant à travers un livre qui laisse le lecteur ahuri. Même si on sait que l’univers professionnel se révèle souvent impitoyable, on découvre les coulisses d’une profession qui avait tout pour faire rêver les petites filles. Surdosage de médicaments, travail à la chaîne, manque total d’empathie, gestion chaotique du service, horaires insoutenables, démotivation du personnel, arrogance de certains dirigeants : tout est fait pour brimer et briser les plus volontaires, avec stress, maltraitance, découragement et … laxisme. Plutôt que de s’effondrer et de laisser aller une situation qu’elle juge déplorable, l’auteure a choisi de réagir par le truchement d’un témoignage accablant. Si elle est consciente que les choses ne changeront pas d’un coup de baguette magique, elle sait qu’un ouvrage peut aider à faire évoluer les mentalités et concourir à améliorer ce qui doit l’être. Le troisième âge ne doit en aucun cas devenir un business livré à des personnes sans éthique et se résumer à une affaire de gros sous. Le lecteur est obligé de ne pas fermer les yeux, car il risque de devenir, demain ou après-demain, le pensionnaire d’une de ces séniories qui vantent le bien-être et la sérénité. Prendre soin des aînés revient à préparer son propre avenir puisque, plusieurs d’entre nous (moi ou mes proches) risquent de se retrouver en situation de dépendance, livrés aux bons soins d’un home aux slogans charmants mais qui dissimule (peut-être) un quotidien moins reluisant. Ed. du Rocher – 250 pages Paul Huet

ÉCOLOGIE INTÉGRALE Alors que les élèves du secondaire manifestent en Belgique en faveur du climat et que les questions de son réchauffement se positionnent au sein des débats politiques, Delphine Batho signe un manifeste qui revient sur une série d’évidences, afin de nous faire prendre conscience de la nécessité d’agir vite et bien pour notre environnement. Nous sommes tous terriens et locataires de la terre qui nous porte. Constat qui nous oblige à en propre soin, malgré nos différences, nos dissensions et notre individualisme primaire. On ne peut respecter la vie qu’en se respectant soi-même et en veillant à la nature. Pourtant, on le sait depuis une ou deux décennies, nous avons été amenés à prendre conscience de la fragilité de notre environnement. La survie de la planète passe obligatoirement par une autre manière de consommer, de se comporter et de transmettre certaines valeurs liées au passé. Le monde vit actuellement un cycle de transition, certes chaotique, mais dont on peut limiter les dégâts à condition de veiller à sauver ce qui peut l’être. Chose qui implique un nouveau questionnement. Exister devient le but premier que nous allons confier à nos descendants. Condition qui appelle un changement des pensées en passant par l’écologie intégrale qui promet une espérance en rupture totale avec les courants politiques actuels. Si ces forces sont toujours dispersées et peu écoutées, il est notoire que dans les années futures elles s’uniront pour se heurter au monopole des holdings industriels et les obliger à revoir leur système de production. L’énoncé implacable du désastre à venir a de quoi stimuler les plus indécis et à les engager à agir en pleine conscience des responsabilités individuelles. Le combat se situe à la hauteur de la vie. Pas un mince défi ! Ed. du Rocher – 119 pages Paul Huet


LES FOLIES FERMIÈRES Les fermiers sont confrontés à moult difficultés et le métier devient de plus en plus pénible au point que, chaque année, plusieurs d’entre eux sont déclarés en faillite ou abandonnent le métier, faute de perspectives d’un avenir meilleur. David Caumette est agriculteur à Garrigues, dans le Tarn. Chez lui, on travaille la terre de père en fils. Une vocation. Un sacerdoce. Après avoir tâté de l’enseignement, il reprend les affaires familiales, avec une kyrielle d’idées qui s’enchevêtrent. Pour résister à la conjoncture, il ouvre une boucherie, instaure la vente directe et, porté par son enthousiasme, créé un restaurant baptisé « Les folies fermières », qui sert les produits de la ferme et ceux des exploitations voisines, tout en proposant des spectacles qui tiennent du cabaret, avec chanteuses, danseuses, magiciens, etc. Très vite, le concept attire les curieux, puis fidélise les convaincus. A son tour, David monte sur scène et se voit contraint d’obtenir une licence d’entrepreneur de spectacle. Sans jamais baisser les bras, l’homme innove, poursuit dans la voie qu’il s’est assignée et décuple une énergie herculéenne pour voir ses différents défis aboutir. Au fil des pages, on se rend naturellement compte de la difficulté d’être cultivateur ou éleveur en Europe au XXIe siècle, harcelé par une concurrence venue d’ailleurs et les mesures dictées par Bruxelles. On découvre également l’importance de ne jamais se reposer sur les acquis et de se remettre sans arrêt en question. Aujourd’hui, l’auteur se trouve à la tête de la seule ferme française transformée en cabaret. Au-delà de l’anecdote, il s’agit d’un témoignage qui prouve que la chance peut sourire aux audacieux. Ed. du Rocher – 182 pages Paul Huet

CONTRE LE LIBÉRALISME Que ce soit en France ou en Belgique, le libéralisme a montré ses limites, que ce soit avec Nicolas Sarkozy ou le gouvernement Michel. Une société libérale se caractérise par la domination des riches au détriment de ceux qui ne le sont pas ou qui le sont moins, avec une primauté à l’individualisme et à l’investissement en vue de faire fructifier le portefeuille des actionnaires. L’obsession de la croissance, l’assujettissement au dieu Argent et l’idée d’un système à la rentabilité éternelle a institué le capital en valeur suprême, à des lieues de toute éthique, de toute compassion, de toute humanité. Le libéralisme se veut avant tout une doctrine à la fois économique, politique et philosophique qui doit être étudiée comme un ensemble, sans être morcelée et en évitant les vieux clivages gauche-droite. Le problème, lorsqu’on parle de libéralisme, est qu’on se retrouve piégé par le mot. Si par esprit libéral on entend esprit ouvert ou liberté d’entreprendre, on se heurte à un mur de verre qui, très vite, vole en éclats. La société n’est pas un marché ni une entreprise. Derrière les chiffres, les ventes et achats venus de toutes parts se tiennent des femmes et des hommes soumis à un quotidien de moins en moins amène. Alain de Benoist s’interroge sur ce courant et nous apprend qu’il est pluriel, qu’il encourage le règne du jetable et de l’éphémère, qu’il s’appuie sur les lois du business, sur les fluctuations de la Bourse, qu’il bâtit des bulles sur lesquelles s’appuient les technocrates de la finance, qu’il parle du droit des travailleurs pour mieux leur imposer des devoirs, qu’il aime la mondialisation pour davantage mépriser les populations. L’individu étant propriétaire de lui-même, le système devrait le laisser maître de ses compétences et de ses choix aussi longtemps qu’il n’entrave pas la possibilité pour les autres d’en faire autant. Restaurer le commun et le bien commun est le combat mené aujourd’hui par les antilibéraux. Les gilets jaunes sont dans les rues pour rappeler que les choses doivent changer. Au risque d’une guerre civile ou d’une révolution. Ed. du Rocher – 345 pages André Metzinger


RÉSISTANCE L’Europe va mal ! Partout on parle de conjoncture difficile, d’états au bord de la faillite, de régions qui briguent leur autonomie, de davantage de fédéralisme, de pays qui souhaitent se séparer de l’Union européenne, du Brexit qui divise le peuple anglais. Nicolas Dupont-Aignan refuse les sirènes de l’optimisme béat et parle du rêve français auquel il aspire, loin de l’image qui nous est actuellement donnée par un gouvernement cacochyme. Pour lui, l’Elysée s’est établie en oligarchie qui pille le peuple et qui ne résout pas les difficultés rencontrées par la population. Quatre axes doivent primordialement être dégagés : une existence en paix au sein du territoire, des efforts sur le plan de l’écologie, une retraite digne pour tous et des conditions de vie décente afin d’endiguer la misère qui s’installe dans de nombreux quartiers. Comment en finir avec un système qui a prouvé ses limites et restituer les rênes du pouvoir au peuple ? L’auteur y va de sa plume et suggère des pistes de réflexion avec l’intention d’espérer des lendemains meilleurs. L’Histoire n’est jamais écrite avec un marqueur indélébile. Il est des instants où tout peut encore basculer dans un sens comme dans l’autre. L’actuel mouvement des Gilets jaunes comme la marche des jeunes en faveur du climat témoignent que le combat n’est jamais vain pour être compris et que le peuple a conscience que le désabusement et le fatalisme ne peuvent en aucun cas s’instaurer en règle. Ed. du Rocher -256 pages Sam Mas

LES DONNEURS DE LEÇONS Qui sont ces donneurs de leçons qui se présentent comme possédant la science infuse, qui connaissent tout mieux que les autres et qui moralisent, privilégiant la parole à l’action ? En première ligne, on retrouve les hommes politiques, bien vite suivis par les hauts fonctionnaires ou, encore, par les syndicalistes et certains journalistes. Ensemble ou chacun dans son petit coin, ils font leur prêche en faveur de ceci ou contre cela. Bardés de principes, ils se retranchent derrière des lois et aveuglent les citoyens avec de beaux discours. Ils tiennent le plus souvent un message manichéen, visant à opposer le Bien contre le Mal, le gentil contre le méchant. Bref, ils se targuent de sauver le pays. Parviendront-ils à durer sur la longueur ? Relever les fêlures n’a jamais été preuve de réel engagement. Aujourd’hui, on le découvre, Emmanuel Macron a réussi à faire descendre une partie de la France dans les rues. Une chose demeure : l’Europe est en faillite, avec la mort annoncée de l’État providence, champion des dépenses publiques, de la mauvaise gestion des deniers communs, de la gabegie et des prélèvements obligatoires. A ces prétendus Zorro, il convient de répliquer en se servant de réponses fermes, nourries d’arguments solides, de faits et de chiffres incontestables. Il n’y a plus de place pour les idéologies pontifiantes. La démonstration doit être claire et riche en exemples. Nicolas Lecaussin met en lumière les dérives du système, dénonce combines et privilèges qui dansent la gigue au sommet du pouvoir et illustre ses affirmations par des anecdotes vérifiées. Ed. du Rocher – 208 pages André Metzinger


LES ROBOTS ET LE MAL Que sera notre avenir ? La science s’est mise au service de l’homme pour améliorer le quotidien et faciliter l’existence. Bientôt, les robots remplaceront les travailleurs à l’usine, au supermarché, dans les transports en commun. Déjà, des systèmes informatiques participent aux conflits, dressent des statistiques et anticipent certains désirs. Jusqu’où le monde estil prêt à déléguer son autorité aux machines ? Directement se pose la question de l’éthique, du libre-arbitre, de la frontière à ne jamais franchir, du Bien et du Mal. Une responsabilité tangible appartient à ceux qui programment ces innovations, saluées par certains et décriées par d’autres. Au lieu de se jeter à bras ouverts dans les nouvelles technologies, ne vaudrait-il pas mieux s’en défier et se répéter qu’elles nous fliquent où qu’on aille, établissent une nomenclature de nos achats, espionnent nos habitudes, pistent chacun de nos trajets. Pire, sont-elles fiables à 100% ? La presse nous a relaté il y a peu l’accident qui a impliqué une voiture autonome et un piéton. On a également certainement vu le film (avec Yul Brynner) ou la série télévisée « Westworld », qui annonce une société en prise avec les robots. Il s’agit certes de science-fiction, mais beaucoup augurent qu’elle se profile inexorablement à notre porte, arrachant les femmes et les hommes de leurs occupations ordinaires. Big Brother s’installe avec le consentement collectif, en ignorant complètement ses dérives et ses abus. Attention : danger ! Ed. Desclée de Brouwer – 212 pages André Metzinger

UNE FAIM D’ABÎME La destruction de soi et des autres est-elle innée à la nature humaine ? Normalement, tout être vivant est appelé à vivre, à se reproduire et à s’épanouir. Alors, qu’est-ce qui pousse certains individus à mourir en martyrs, à offrir leur existence sur l’autel d’une cause, à accepter un voyage sans retour en participant à un attentat meurtrier ? D’où naît cette éthique de la mort ? Betty Rojtman remonte aux origines de notre civilisation et décante tout ce qui ressemble de près ou de loin au désir de sacrifice absolu. On peut aller jusqu’à postuler que la revendication d’un décès programmé pourrait être le signe inversé de la grande protestation humaine de sa soif d’infini et de son désir d’être. La littérature s’est naturellement nourrie de cette passion morbide, alimentant la plume d’écrivains tels que Georges Bataille, Maurice Blanchot et, parmi plusieurs autres, Jacques Derrida. S’agit-il d’un art de vivre ou d’un désespoir qui mène à la chute des valeurs communes ? Au fil d’une lecture complexe, l’auteure s’attache à suivre un fil rouge et à affirmer que cette obsession de destruction demeure un énorme défi que la société se doit d’endiguer. Ed. Desclée de Brouwer – 196 pages Sam Mas


ENQUÊTE SUR LA THÉORIE DU GENRE Le genre existe-t-il ? Ou alors est-il régi par des nomenclatures qui visent essentiellement à étiqueter les choses autant que les personnes ? Depuis quelques années, on parle des stéréotypes sexués et de la nécessité à faire éclater ce qui, jusque-là, paraissait intangible. Si on naît garçon ou fille, il est aujourd’hui reconnu que certaines personnes n’entrent dans aucune de ces deux catégories. Sous couvert de combats légitimes contre l’homophobie, une entreprise de déconstruction vise à rendre la place due à chacun. Manuels scolaires, programmes, interventions d’associations militantes, débats, spectacles ou concerts, l’éducation à la sexualité est devenue une nécessité dans un monde où l’information circule à la vitesse 2.0. et où la violence pullule sur les réseaux sociaux. Le constat est flagrant. Il importe de revoir les mentalités et de passer à la formation des masses, faute de quoi de grands ravages pourront être constatés chez les enfants. Esther Pivet revient sur ce qui était raconté hier et n’hésite pas à ruer dans les brancards. Avant toute chose, elle précise que le concept de genre reste un concept sociologique fondé sur le postulat suivant : L’identité sexuelle masculine et féminine appelée genre est le fruit d’une construction sociale. Par diverses influences (culture, vie quotidienne, médias), le monde a assigné l’homme à certains métiers et la femme à certaines tâches. Sans désir particulier, sans prédisposition. Le mot genre vient de l’anglais « gender » qui a émergé au milieu du XXe siècle dans le cadre d’études sur de fort rares ambiguïtés sexuelles. L’idée du présent ouvrage consiste à remettre le lexique à plat et à analyser les tenants et les aboutissants d’une série de données qui façonnent notre manière de raisonner, d’appréhender les choses et de s’y soumettre. Ed. Artège – 259 pages Sam Mas

LE CHAT D’ORAN Voilà une période que les plus jeunes ne connaissent pas ou dont ils n’ont même pas entendu parler. La guerre d’Algérie a fait partie de ces sales conflits qui ont mis une nation à feu et à sang, qui ont dressé les frères les uns contre les autres, animé de grands élans de violence et lâché d’immenses slogans. En 1961, au lendemain du putsch raté des généraux, la terreur s’installe d’Oran à Alger, avec le spectre de la mort sombre qui plane au-dessus des visages. Dans ce contexte particulièrement tendu, Antoine Delaroche, surnommé le Chat d’Oran et membre du Centre de Renseignements et d’Actions, doit empêcher coûte que coûte un attentat qui s’annonce beaucoup plus meurtrier que les précédents. Il dispose de quarantehuit heures pour éviter l’hécatombe. Montre en main, il sait qu’il va devoir non seulement sauver sa peau, mais aussi celle de son épouse et de ses enfants, pris pour cibles par les terroristes. A l’instar de milliers d’autres Pieds-noirs, il se trouve confronté à un choix : servir la France ou ne pas oublier son identité. Georges Salinas signe une fiction qui s’ancre dans l’Histoire et qui réveille d’anciennes douleurs. Si le récit s’enrobe de broderie littéraire, il se base sur un contexte ayant existé et décrit un temps où la violence se manifestait à chaque coin de rue, mettant en scène des personnages et de faits réels associés à des instants de pure invention, tout en combinant action, politique et amour. « Le chat d’Oran » est annoncé comme le premier volet d’une trilogie consacrée au terrorisme. Ed. Mareuil – 269 pages André Metzinger


LES ÂMES ENGLOUTIES Les cadavres se succèdent à un rythme effréné, alors qu’aucun mobile ne semble acquis. Si la police croit en la présence d’un serial-killer, le professeur Göran émet la thèse que la forêt serait peuplée de revenants et que ces derniers se rassasieraient de l’âme des vivants. Cette hypothèse intrigue Nathalie, venue se ressourcer dans la maison de sa jeunesse, avec la nette volonté d’achever sa thèse de biologie. Très vite, Maya, photographe judiciaire, se surprend à croire que le monde invisible peut ouvrir des portes menant à celui de ses contemporains. Susanne Jansson accumule les descriptions efficaces, plante un décor poisseux et déplie le grand florilège qui fait que le genre fantastique ait autant de succès. Pas de temps morts et le suspense est mené sans répit. Alors qu’on s’attend à tout avec cette histoire qui ouvre diverses pistes, l’épilogue ne serait-il pas beaucoup plus cartésien qu’on l’envisageait ? Bien sûr, déflorer la fin revient à endiguer une partie du plaisir de lire. Chose à laquelle je refuse de participer par éthique. Avec « Les âmes englouties », l’auteure offre un premier livre qui a été un succès en Suède et qui est en passe de devenir un best-seller un peu partout en Europe. Ed. Presses de la Cité – 314 pages Daniel Bastié

LES SARMENTS DE LA COLÈRE Christian Laborie signe une belle histoire d’amour, pleine de passion et de sincérité, où les expressions galvanisent les sentiments et ne trichent jamais. Paysan cévenol, Adrien travaille dans le vignoble du marquis de Frontillargue. Il y rencontre Camille, petite-fille du propriétaire. Très vite, se noue entre eux une relation intense faite de complicité et d’amour. Les origines sociales opposent les deux jeunes gens, néanmoins ils savent qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Lorsqu’Adrien part pour l’armée, il laisse derrière lui une Camille désemparée et cinq années mettent à l’épreuve leurs sentiments. Mariée de force à un homme qu’elle n’aime pas, la jeune femme se retourne dans les souvenirs. Au loin, la révolte des gueux se met à enfler. L’amour est-il imputrescible ? L’auteur nous offre une variante sur les thèmes éternels que sont le destin contrarié et la force mise en place pour raccommoder ce qui a été déchiré. Malgré le temps qui fuit inexorablement et les avanies qui s’accumulent, Adrien n’a de cesse de se rapprocher de celle qu’il chérit plus que tout au monde. L’auteur nous livre ici une saga dont il détient les secrets, avec des personnages qui s’inscrivent parfaitement dans l’action, déterminés à suivre leur cœur et soumis à la pression de tous. Bien entendu, il s’agit avant tout d’une romance qui s’intègre dans un contexte historique précis et qui, par la qualité des descriptions, peut faire office de leçon pour quiconque cherche à s’informer sur la fin du XIXe et l’univers du travail qui y avait cours. Alors que, aujourd’hui, on parle de peste porcine et de grippe aviaire, Christian Laborie décrit les ravages d’un autre fléau : le phylloxéra, insecte ravageur qui s’en prend à la vigne et détruit tout. Ed. Presses de la Cité – 622 pages Daniel Bastié


MUSIQUE NOCTURNE Avec ce roman d’un des spécialistes du thriller surnaturel, le lecteur se voit plongé dans une série d’histoires distillées pour le bercer de rêves sombres. En véritable héritier de Bram Stoker et Mary Shelley (mais surtout de Stephen King !), John Connolly revient au premier rang de l’actualité avec un livre rempli de mystères et qui lui permet de présenter une kyrielle de personnages plus étranges les uns que les autres. Le choix de la nouvelle est souvent excellent pour surprendre et passer d’un univers à l’autre, tout en apportant une conclusion singulière. On ne se retrouve pas ici en présence d’un énième recueil de bizarreries littéraires, mais du résultat de maintes cogitations tentaculaires qui emportent les amateurs loin d’un quotidien rassurant, avec une bibliothèque maléfique, de troubles émissaires du Pape, un gamin qui sourit aux morts, une reine aux larmes magiques, des fœtus rangés dans des bocaux, des catholiques emportés par une foi fiévreuse, des ressuscités, des fantômes, une créature pourvue de milliers d’yeux, etc. En choisissant la formule courte, l’auteur affine sa palette et va à l’essentiel, sans abandonner son style à la fois descriptif et poétique, et soigne la mise en place de chaque récit en le rendant visuel. Maintenant, reste à savoir dans quelle mesure vous aimez le genre fantastique, là où on ne s’encombre jamais de cartésianisme et où on se surprend à faire bondir l’étrangeté d’un placard, d’une venelle obscure ou en l’agitant sous les poudroiements d’un réverbère. Homme de son époque, l’auteur mène chacun aux confins de la raison et déploie une tonne d’ingéniosité pour rendre crédible ce qui ne le serait pas forcément sous la plume d’un confrère. Ed. Presses de la Cité – 428 pages Daniel Bastié

LE JARDIN DES FLEURS SECRETES Le thème des jumelles qui se découvrent après plusieurs décennies n’est pas neuf et nous vaut de grands moments d’émotion. Envoyée à Londres pour participer à une exposition florale, Iris se retrouve nez-à-nez avec son double. En fait Viola, sœur dont elle a été séparée vingt ans plus tôt et dont elle ignorait jusqu’à l’existence. Maintenant réunies, elles décident de percer les secrets qui leur ont valu de vivre éloignées. Leur grand-mère semble être la seule personne à pouvoir fournir l’une ou l’autre explication. Après le succès de « Parfum des sentiments », Cristina Caboni embraie avec un nouveau roman rempli de douceur et d’émotions. La fluidité de son écriture et le choix d’un contexte floral livrent ici un résultat fait d’odeurs, de parfums et de couleurs qui se combinent en bouquets parfaitement charmants. Apicultrice de formation, l’auteure possède une énorme connaissance des fragrances et des essences naturelles et s’en sert pour émerveiller autant que pour surprendre. Au-delà d’une quête en forme de reconnaissance, elle parle également de la fusion des retrouvailles et du besoin de savoir d’où on vient. Il s’agit enfin d’une belle histoire de femmes chargée de sensibilité, à la fois tactile, odorante et visuelle. Regards complices et parlant d’une voix commune, Iris et Viola se savent prêtes à tout bousculer pour aboutir à la vérité. La seule. La vraie ! Ed. Presses de la Cité – 458 pages Sylvie Van Laere


UN VIOLON EN FORÊT Mathieu est garde-forestier. Sa mission : surveiller les bois et traquer la moindre alerte d’incendie. Lorsqu’un filet de fumée s’élève de la ferme de Montcouvert, il y envoie son ami Baptiste. Sur place, ce dernier découvre la présence de Guillermina, une étrangère venue accomplir une quête. Fasciné par la beauté de la jeune femme, il accepte de lui venir en aide. S’engage une plongée dans le passé de la région à la recherche d’une ancienne mine au fond de laquelle reposerait le cadavre du grand-père de celle-ci. Un drame que les archives locales ont soigneusement éludé. Didier Cornaille teinte son roman de souvenirs et y témoigne à nouveau de son amour pour le Morvan. Si les caractères sont dépeints avec une belle vigueur, il s’applique particulièrement à décrire le quotidien qui se métamorphose en suivant le fil des saisons, en s’attachant à une nature toujours vierge et qui ressemble par instants à de beaux clichés de magazines. On y trouve aussi les mœurs locales et les tensions qui se tissent entre villageois des vallées voisines. « Un violon dans la forêt » reste surtout l’histoire d’une jolie rencontre entre un homme prêt à s’ouvrir pour accueillir l’amour et une belle jeune fille férue de violon. Enfin, l’auteur parle d’une société qui a fait son temps et qui, doucement, se tourne vers le futur. Journaliste et écrivain, il est réputé pour ses carnets de voyages et ses guides locaux. Assez naturellement lorsqu’il aborde la fiction, il plante le décor dans des lieux qu’il connaît et admire, devenant un auteur régional qui, mieux que l’Office du tourisme, promeut la terre de ses ancêtres, qu’il entretient et protège. Ed. Presses de la Cité – 343 pages Daniel Bastié

J’AI DÛ RÊVER TROP FORT L’amour perdure, quoi qu’il advienne ! Voilà ce que certains affirment. Avec le temps qui s’étiole, quelques souvenirs demeurent vivaces, au point de marquer la mémoire de manière permanente. Néanmoins, parfois, le passé rejoint le présent et, de concert, tous deux s’offrent une sarabande qui malmène l’un ou l’autre individu trop fragile. Nathy est saisie par de curieuses impressions et est amenée à croire qu’elle peut remonter le temps. S’agit-il du fruit du hasard ou d’une machination rôdée pour la plonger une décennie en arrière ? Sans parvenir à balayer totalement ses appréhensions, elle demeure convaincue qu’elle risque de revivre une parenthèse passionnelle à laquelle elle tient paradoxalement beaucoup plus qu’elle ne croyait. Michel Bussi signe un roman tout en finesse, sans jamais appuyer sur l’accélérateur. Avec une écriture poétique, il nous saisit par la main et nous entraîne dans les méandres d’un récit auquel on prend plaisir à croire. Après quelques ouvrages plus sombres, il allie ici force et justesse pour rendre l’émotion palpable. Très vite, il déconstruit les stéréotypes et prouve (faut-il en douter ?) qu’il est un des meilleurs écrivains de sa génération. Avec lui, on a envie de crier : la passion dure toujours ! Voici une lecture particulièrement prenante et qu’on ne lâche pas jusqu’à la dernière page. Une gigantesque bouffée d’oxygène dans un monde replié sur lui-même … Ed. Presses de la cité – 476 pages Sylvie Van Laere


LES AMANTS DE LA RIVIÈRE ROUGE Le dépaysement n’est pas forcément une déchirure. Enceinte, Louise, quinze ans, abandonne sa Vendée et part se réfugier en Charente chez des connaissances. Là, elle trouve la chaleur d’une famille, le bonheur d’un véritable foyer et peut y élever sa petite Rose. Reconnue grâce à ses talents de cuisinière, elle pense mener une vie nouvelle, sans se douter que son équilibre sera à nouveau déstabilisé par un drame. Cette fois, elle accepte d’embrayer pour une nouvelle aventure, qui doit la mener à Québec, de l’autre côté de l’Atlantique, prête à affronter le Nouveau Monde pour y célébrer l’espoir d’un avenir amène. Marie-France Desmaray signe une chronique pleine d’émotion et déploie toute son érudition pour nous faire adhérer aux choix d’une héroïne qui refuse de se laisser broyer par les avanies. Même s’il s’agit d’un récit a priori banal, l’écriture en fait une parabole sur le courage, la détermination et la condition des femmes dans une société où chaque loi a été rédigée par les hommes. A côté du tempérament lumineux du personnage principal, l’écrivaine multiplie les contrastes et parle d’abandon, de maltraitance et de culpabilité. Ceux qui allèguent que l’existence n’est pas drôle aujourd’hui ont intérêt à réfléchir à celle d’autrefois. Sans jamais sombrer dans le mélo, « Les amants de la Rivière-Rouge » se veut avant tout catalyseur de belles émotions et nous vaut une belle description des mœurs d’avant-guerre. Ed. Presses de la Cité – 636 pages Amélie Collard

LA KERMESSE DU DIABLE Loin de s’en laisser compter, Renelde van Eyck, fille d'un brasseur réputé de Lille, regimbe face aux difficultés et choisit de redresser le front plutôt que de voûter les épaules. Nous sommes en 1657 et la vie n’a rien d’une sinécure. Elevée au couvent, elle peut compter sur la fortune familiale pour mener une existence agréable. Néanmoins, le ciel s’assombrit le jour où elle apprend que ses parents ont décidé de lui faire épouser un noble désargenté. Une catastrophe, car elle ne l’aime pas et refuse de se soumettre à un homme qui la répugne. A peu près au même moment, elle croise le destin de Grégoire, soupçonné d’hérésie et accusé de pactiser avec les esprits des ténèbres. Annie Degroote signe un roman historique bien documenté qui nous parle du quotidien, de la bourgeoisie florissante, des mœurs vernaculaires et nous dévoile peu à peu l’organisation d’une véritable chasse aux sorcières organisée par les membres du clergé. Alors que la semaine pascale s’annonce et que la kermesse annule se prépare, les feux de l’Inquisition s’abattent sur celles et ceux qui ne suivent pas les lois divines ou prônent des avis divergents. Sans jamais sombrer dans les poncifs, l’auteure réussit la gageure de signer un ouvrage passionnant et opte pour la description d’une jeune femme en avance sur son époque, déterminée, fière et libre. Revendiquer le droit de demeurer célibataire devient ici un geste féministe fort. Bien entendu, elle trouve en quelques proches des adjuvants de qualité. On songe particulièrement à sa marraine. Ed. Presses de la Cité - 444 pages Amélie Collard


CHARMANT Voilà une féérie faite pour redorer le blason du bonheur ! Nellie Oswald, dessinatrice sans notoriété, peine à surmonter une énième déception sentimentale. Afin de ne pas se morfondre dans une indicible solitude, elle assiste à un vernissage. Là, elle dérobe un cahier de papier à dessin. Machinalement, elle croque l’homme de ses rêves. Enfin, celui tel qu’elle le phantasme. Par une magie qui n’existe que dans les contes de fées, le Prince charmant se matérialise devant ses yeux, tangible, tout en chair et en os. Toutefois, fort vite, elle découvre que l’effet de l’envoûtement se dissipe dès qu’elle se confronte au quotidien. Peut-on trouver le bonheur en le falsifiant ? Désormais, elle s’active pour permettre au jeune séducteur de retourner dans son univers et fait face à mille situations complexes. Entrent en scène des mercenaires, un créateur dément, un chihuahua et une cohorte de personnes dérangés. Malgré ses appréhensions, elle se persuade qu’elle est effectivement prête à succomber une nouvelle fois dans les bras d’Aphrodite. David Safier signe un récit plein de légèreté, tout en finesse et en fantaisie. Une fois que le lecteur accepte le postulat de départ, il se laisse emporter sur les ailes d’une belle histoire qui rebondit à chaque chapitre et qui encourage l’optimisme. Sans se souhaiter moralisateur, le roman s’achève en ponctuant que les apparences ne sont qu’un reflet de la réalité et que l’amoureux idéalisé demeure un concept souvent éloigné de la raison et du possible. Ed Presses de la Cité – 360 pages Sylvie Van Laere

CHUT ! IL NE FAUT PAS RÉVEILLER LES PETITS LAPINS QUI DORMENT Ce livre ne raconte pas vraiment d’histoire. Il est celui qu’on lit avant d’aller coucher les petits. Question de leur faire comprendre que le moment de dormir est venu. Un peu comme l’apparition du Marchand de sable dans la série « Bonne nuit les petits », avec l’incontournable Nounours et ses amis Nicolas et Pimprenelle Une berceuse aux mots doux et poétiques, qui rassure et met en confiance. On anticipe ici un sommeil paisible, fait de rêves câlins, de sensations agréables. Chargé de poésie, ce petit album servi par des dessins charmants et des couleurs chaudes prélude l’instant où on s’abandonne à la nuit. Amélie Jackowski est illustratrice et sait trouver les mots qui enveloppent. Ici, tout est murmure, confidence, souffle. Imprimé sur des pages cartonnées, cet ouvrage s’adresse évidemment aux très jeunes lecteurs, capables de saisir l’essentiel à partir de choses simples. Ed. Rouergue – 28 pages Amélie Collard

CHIPS ET BISCOTTE Faut-il être semblables pour s’apprécier et s’aimer ? Les différences ne renforcent-elles pas l’amitié ? Chips et Biscotte n’ont rien en commun, demeurent néanmoins complémentaires et savent partager de grands moments de complicité. Mikaël Jourdan profite de ce récit rigolo pour faire passer plusieurs messages : on est rarement heureux isolé dans un coin, on a besoin des autres pour partager et on apprend forcément beaucoup en côtoyant des personnes animées par différents centres d’intérêt, des goûts et des désirs parfois opposés aux nôtres. Avec des phrases simples, il raconte le quotidien de deux personnages indéfinissables, dont la mission est d’amener les jeunes lecteurs à réfléchir sur leur vie et à les aider à grandir. Forcément, il faut aborder ce livre avec un regard d’enfant, autrement on risque de le trouver naïf. Cet ouvrage, mignon et gentil, devrait plaire aux plus petits. Ed. Rouergue – 40 pages


TIGNASSE ÉTOILE Evelyne Wilwerth est artiste et se manifeste dans divers domaines, toujours à la recherche de l’imprévu, de la surprise. Qu’il s’agisse de romans, d’essais biographiques ou de théâtre, elle pratique une belle langue où la fioriture devient arabesques, où les mots se transforment en mélodie. Cette fois, elle nous invite à plonger dans la vie de Jacinthe et nous entraîne à rencontrer une fillette de huit ans qui pratique l’humour autant que la révolte. Le temps passe et l’enfant grandit. Ses aspirations évoluent, ses intérêts changent, son corps et son moral mûrissent. Chronique d’une existence, ce livre écrit à la première personne parle des tous et des riens qui modèlent le quotidien, qui s’accrochent aux choses et leur fournissent du relief. De huit à vingt-cinq ans, on suit une parabole. Celle d’une étoile qui illumine, éblouit et se nourrit de mille détails qui paraissent anodins aux yeux du quidam. Chaque âge à sa raison d’être et, si on met tellement de temps pour grandir, c’est qu’il y a bien une explication naturelle. Au fil des étapes, on suit l’héroïne et on découvre sa soif de vérité, son besoin impétueux de créer. Loin de s’avérer une leçon de morale, ce livre traite du besoin d’aimer, de la force à exprimer ce qui sourd au plus profond de soi et d’une liberté qui ne demande qu’à être mordue sans entraves. Ed. M.E.O. – 166 pages Daniel Bastié

UN AMOUR DE PSY La vie de psy n’est pas forcément la panacée pour être heureux. Chez Angelo, rien ne va plus. Alors qu’il se croyait baigné dans un bonheur durable, il découvre que les certitudes sur lesquelles il avait bâti son présent s’émiettent. Hannah, son épouse depuis trois décennies, vient de s’amouracher d’une femme, sa fille lui fourgue un gosse malade, sa maman le harcèle avec des ennuis de plomberie et ses patients le taraudent afin que, miraculeusement, il les guérisse de troubles épars. Désemparé, il est amené à la conclusion qu’il ne possède pas de solution idoine et que la psychologie serait, peut-être, une vaste fumisterie. Anne Duvivier signe un roman à la fois drôle et caustique qui traite d’une profession ayant pignon sur rue et d’un homme en proie à un malaise grandissant. Comment gérer la vie des autres, alors qu’on s’englue dans des difficultés personnelles auxquelles on ne connaît pas de réponses ? Confusion des sentiments et élans incontrôlés, chaque jour adopte une tangente que le protagoniste ne soupçonnait pas. Bien sûr, parce qu’il s’agit d’un psy (docteur je-sais-tout) les situations en deviennent plus sarcastiques. Il s’agit d’un livre qui sort des sentiers battus et qui réserve quelques surprises. Ed. M.E.O. – 182 pages Sam Mas


MON HÔTE S’APPELAIT MAL WALDRON Il ne faut pas être musicologue pour apprécier le dernier roman de Carino Bucciarelli. Il faut simplement être capable d’aimer les belles histoires nourries de nostalgie et savoir se plier aux règles de la biographie romancée. A titre de rappel, Mal Waldron était un pianiste de haut niveau, sans doute le plus soul de sa génération, capable de s’effacer derrière Billie Holiday comme de s’étourdir de girations de derviches tourneur au service des transes musicales qu’il entretenait chez Charles Mingus, en alternance avec Horace Parlan. Si le nom ne dit sans doute plus grand-chose aux mélomanes, une discographie riche de plusieurs dizaines d’albums reste cependant là pour témoigner de son immense talent et de sa virtuosité. Plutôt que d’élaborer un essai, l’auteur s’appuie sur un fait marquant dans la vie du musicien. Victime d’un accident cérébral suite à une surdose d’héroïne, l’homme s’est retrouvé dans le coma, avant de revenir à l’existence, totalement dépossédé de sa mémoire. Naturellement, si ce récit est imprégné de la présence du pianiste, il n’en est pas le protagoniste. Le narrateur l’admire, le côtoie et perd une partie de son objectivité lorsqu’il se retrouve en sa compagnie. Un réflexe de fan. Pour l’anecdote, le soliste américain est venu s’installer en Europe dès le début des années 50, a vécu à Uccle et est discrètement décédé dans notre capitale en 2002, loin d’assurer les grands titres des journaux. A partir d’un événement authentique, ce livre nous entraîne dans un passionnant jeu de miroirs et s’interroge sur le rôle de la création, sur la fonction de la musique et sur l’identification à laquelle certains se prêtent sans même y prendre garde. Par extension, Carino Bucciarelli invite le lecteur à s’interroger sur la fonction de l’écriture et du poids (volontaire ou non) de l’écrivain sur sa prose. Mise en abyme, digressions et errances caractérisent ces pages qui se singularisent par une belle musicalité qui, par instants, donne l’impression de swinguer. Ed. M.E.O. – 128 pages Daniel Bastié

BEAU COMME UNE ÉCLIPSE Suis-je égal à celui que je vois s’agiter dans mes rêves ? Albin Bienfait n’a rien d’un meneur. Plutôt naïf et un chouia mal dans sa peau, il se laisse convaincre par un oncle fantasque qu’il est un winner. De ceux à qui le monde ouvre les bras et à qui tout réussit. Poussé par un enthousiasme démesuré, il accepte de se lancer dans une aventure inédite et de partir loin de ses repères, pour entamer une grande aventure. Son destin l’attend-il en Afrique, dans un petit pays appelé le Swaziland ? Forcément, ses espoirs se fracassent à la réalité et son intégration ne ressemble pas à la sinécure annoncée. De rencontres étranges en actions peu glorieuses, il est amené à ouvrir les yeux tout en se retrouvant en bute à une série de moqueurs. Qu’importe ! Il décide de garder la barre de son entreprise et d’aller toujours de l’avant. Malgré les avanies et bardé d’une philosophie qui pourrait apparaître comme un appel à l’utopie, il surmonte les épreuves une à une, affronte les avanies du quotidien, creuse son trou et découvre qu’il ne sait finalement pas grand-chose de luimême ni de ses vraies aspirations. Chemin faisant, il se targue de retrouver Esther, son amour de jeunesse. Albin n’a rien du héros. Quidam, il porte en lui de grands projets, mais ne sait pas de quelle manière les faire aboutir. Il faut attendre l’épilogue du récit pour savoir ce qu’il en est réellement. Vivant ou mort, chacun appartient à l’éternité et, forcément, fusionne avec les autres. L’homme est un animal grégaire et ne peut pas s’épanouir dans la solitude. En ce sens, il garde sa propre identité, tout en devenant Esther et des millions d’autres, tous rassemblés sous une même écorce de chair (ou d’esprit ?) et prêts à communier conjointement pour que rien ne s’arrête. Carpe diem ! Ed. M.E.O. – 174 pages Daniel Bastié

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BC 15 mars 2019  

BC 15 mars 2019  

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