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BRUXELLES CULTURE 10 janvier 2020 Brussels Diffusion asbl Contact et abonnement gratuit : pressculture4@gmail.com

RENCONTRE : CORINNE HOEX


RENCONTRE : CORINNE HOEX Corinne Hoex est née à Uccle (Bruxelles), le 13 juillet 1946. Licenciée et agrégée en histoire de l’art et archéologie de l’Université libre de Bruxelles, elle a travaillé comme enseignante, documentaliste et chargée de recherches. Elle a écrit plusieurs études relatives aux arts et traditions populaires. Depuis plusieurs années, elle se consacre à son œuvre personnelle. Elle a publié plusieurs romans, de la poésie et des livres d’artistes. Elle a aussi participé à des ouvrages collectifs et collabore régulièrement à des revues littéraires. Depuis avril 2017, elle est membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, où elle a succédé à Françoise Mallet-Joris. Rencontre. Depuis quel âge écrivez-vous ? Comme historienne d’art, j’ai publié jadis quelques études relatives aux arts et traditions populaires, ouvrages scientifiques avec références et notes au bas des pages. Il ne s’agissait pas à cette époque d’écriture littéraire, le seul type d’écriture qui désormais me passionne. D’où vous est venu le goût pour l’écriture ? Du besoin de dire, certainement. À l’adolescence, la littérature française m’a beaucoup apporté. J’avais au lycée un merveilleux professeur de français, Madame Gierst, qui m’a ouvert des mondes. Pendant longtemps, j’ai cru que l’écriture d’un roman exigeait un grand sujet, très documenté, et extérieur à moi-même. Ma mère, lorsqu’elle acceptait que je lui lise quelques lignes de ma prose, confirmait irrévocablement ce point de vue : « C’est bien écrit, ma petite fille, mais ça n’intéressera personne ». Peu à peu, cependant, il m’est apparu que le meilleur sujet, celui qui me ferait aller le plus loin, je le trouverais en moi-même, sujet à la fois le plus proche et le plus étrange, qui toujours m’échappait et cependant m’appelait. Le goût d’écrire, cette saveur particulière de me confronter aux mots et de me laisser emmener par eux, ce goût sans doute m’est venu lorsque j’ai compris que ce qui me motivait dans l’écriture, ce qui vraiment pour moi était jubilatoire et révélateur, était de donner place à l’inconscient dans l’élaboration romanesque et poétique. Y a-t-il une part d’autobiographie dans vos ouvrages ? Si oui, laquelle ? Le mot de « biographie » ne convient pas à mon travail. Il ne correspond pas à mon intention. En effet, une biographie décrit la vie de quelqu’un et ce n’est pas mon projet de décrire la mienne. Cela ne m’intéresserait pas de raconter ce que je sais. Par contre, ce qui me motive, c’est aller là où je me découvre, là où autre chose de moi parle et me surprend, là où je suis libre. Il y a donc une très grande part de moi dans mes livres, une très grande part qui se révèle dans les émotions, dans tout ce qui affleure. Quels sont les écrivains que vous admirez et qui vous ont influencée ? Il y en a beaucoup : Colette, Tristan Corbière, Italo Calvino, Marguerite Yourcenar, Samuel Beckett, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Gustave Flaubert. J’ai aussi beaucoup d’admiration pour les grands auteurs de la chanson française, Brassens en tête, et Barbara, Lapointe, Brel, Leclerc, Vignault.


Qu’est-ce qui motive votre travail d’écriture ? C’est sans doute dans l’écriture que je suis le plus près de ma vérité intérieure, c’est là aussi, en dépit de la réclusion que l’exercice m’impose, que je suis le plus libre, le plus vivante, c’est là que je mets au monde cette part de moi qui m’étonne. Quel rapport entretenez-vous avec vos lecteurs ? Sans eux je n’écrirais pas. Même s’ils ne sont pas physiquement là au moment où j’écris, ils sont constamment présents en moi, et d’une exigence absolue. J’attache beaucoup d’importance à leurs impressions. Ils m’apprennent tant de choses à propos de ce que j’écris et qui souvent m’échappe. Vous avez publié récemment aux éditions Tétras Lyre un ouvrage de poésie, Et surtout j’étais blonde, avec des gravures de Marie Boralevi. Comment définiriez-vous cet ouvrage ? C’est un texte qui compte énormément pour moi. Un texte violent et trouble, qui gravite autour de l’enfance, de la fragilité, du féminin, de la prédation masculine et de ses saccages. Selon vous, quel plaisir le lecteur peut-il y trouver ? Il y a dans ce livre une alliance très forte entre les mots, percutants, acérés, et les images énigmatiques et terribles qui l’illustrent. Vous vivez à Uccle. Quel regard portez-vous sur la capitale et quels liens entretenez-vous avec elle ? Bruxelles est la ville de mon enfance, la ville de mes grands-mères, qui m’emmenaient avec elles faire des courses dans les vieilles rues pavées du côté de la Bourse, ou écouter les opéras à la Monnaie. C’est la ville de l’université où j’ai vécu mes années de jeunesse. La ville du Sablon où j’ai adoré travailler autrefois. La ville à présent où j’adore me rendre aux rencontres littéraires dans les librairies et les bibliothèques, aux Midis de la Poésie qui se tiennent aux Musées des Beaux-Arts. Bruxelles est une ville foisonnante de culture, et où la forêt de Soignes, cette magnifique hêtraie millénaire, nous accueille quand nous le voulons, à dix minutes à peine de la place Flagey. Quels sont vos endroits préférés à Bruxelles et pourquoi ? Les librairies, bien sûr, Tropismes, Quartiers Latins, Chapitre XII, La Licorne, Filigranes, Candide et, un peu plus loin à Waterloo, Graffiti. Les bibliothèques aussi, notamment celle des Riches-Claires. Les galeries d’art et les antiquaires, La Patinoire Royale, Michel Lambrecht, Pierre Hallet, Francis Carrette, Brigitte Geerinckx, Patrick Derom. Les musées, notamment les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique et les Musées Royaux d’Art et d’Histoire où j’ai été guide autrefois. Les parcs, Wolvendael, Tenbosch, Tournay-Solvay. Les étangs d’Ixelles et l’abbaye de la Cambre. La rue Lepoutre en fin de journée en hiver, avec le soleil rouge dans l’enfilade des arbres. La drève de Lorraine au début du printemps quand les hêtres pourpres ont leurs premières feuilles, d’un rose tout neuf. La campagne de Fond Roy à Uccle. Le quartier du Balai à Boitsfort. Pour aborder votre œuvre, quels titres conseilleriez-vous à nos lecteurs ? Pourquoi ? Le Grand Menu. C’est mon premier roman. C’est par lui qu’il faut commencer. Il est paru une première fois en 2001 aux Éditions de l’Olivier. En 2010, Les Impressions Nouvelles l’ont réédité. En 2017, il a été repris par Espace Nord. Lors de sa parution, en 2001, j’avais été invitée par Bernard Pivot sur le plateau de Bouillon de Culture. C’était ma toute première interview. J’étais très


impressionnée. Un incandescent baptême du feu. Je suggérerais aussi Valets de nuit, paru en 2015 aux Impressions Nouvelles et dans lequel j’aborde un registre léger, réjouissant, un peu coquin. J’ai adoré écrire ce livre. Parmi les ouvrages que vous avez écrits, lequel est votre préféré ? Vous me demandez l’impossible ! Chacun est une part de moi. Avez-vous un livre que vous regrettez d’avoir écrit ou un livre que vous réécririez autrement ? Pourquoi ? Non, je n’ai pas de regret. Je ne pense pas que je réécrirais mes livres autrement. Mes livres appartiennent chacun à l’époque où ils ont été écrits et possèdent une forme qui leur est propre. Ils ont tous leur personnalité, exactement comme des êtres vivants. Je les travaille durant des années avant de les publier. J’élague, j’émonde, je taille, je fais des boutures, j’observe ce qui pousse. Un vrai travail de jardinage. Puis un jour ça fleurit. Ça donne son parfum. Et ce parfum-là, ce qui échappe, ce qui m’échappe, ce que je n’aurais pas pu préméditer, ce qui est au-delà du travail, ce miracle-là, ne peut pas être retravaillé des années plus tard. Mais toujours de nouveaux miracles peuvent advenir, de nouveaux livres. Quel est le sujet de votre prochain livre ? Ce sera un ensemble de courts textes mettant en scène de très vieilles dames un peu égarées. Je ne peux pas en dire davantage pour le moment. Cela prend forme peu à peu. C’est encore fragile, encore en train de naître. Retrouvez Corinne Hoex sur www.wikipedia.org Propos recueillis par Daniel Bastié

EXPOSITION : BEAUTIFUL CARINE GILSON

LACE

&

À travers cette exposition, la créatrice bruxelloise dévoile ce qui l’inspire : du jardin d’Eden aux kimonos japonisants, en passant par l’Art nouveau ou les œuvres de peintres célèbres. Elle raconte ses rencontres et ses collaborations avec des artisans de haut vol. Elle décrit le processus de création de ses pièces luxueuses et sophistiquées. En filigrane, les codes de sa maison se dessinent. Car, comme pour toutes les maisons de couture, un ADN unique définit chaque pièce qui sort de son imagination. Beautiful Lace & Carine Gilson propose une rencontre étonnante entre deux temps forts de la dentelle : durant deux siècles, la guipure bruxelloise a eu le gratin international à ses pieds. Depuis trente ans, Carine Gilson crée chez nous, dans notre belle capitale, de la lingerie de couture mêlant soie et dentelle. Un échantillonnage de son travail est à découvrir jusqu’au 19 avril 2020 au Musée de la Mode et de la Dentelle. Trouvez tous les détails pratiques et sur le site officiel de l’organisateur www.fashionandlacemuseum.brussels Rue de la violette, 12 à 1000 Bruxelles


AU GUI L’AN NEUF POUR 2020 !

Il est de tradition le 1er janvier – du moins, ce l’était, car les traditions se perdent dans nos grandes villes – d’offrir un rameau de gui en disant « Au gui l’an neuf ! ». Les amoureux qui s’embrassent sous une branche de gui le 31 décembre à minuit scellent, dit-on, un amour qui durera toujours... Mais d’où vient cette coutume qui associe le gui porte-bonheur aux fêtes du Nouvel An ? C’est une longue histoire, aussi vieille que cette plante parasite qui pousse en hiver sur certains arbres comme le pin, le sapin ou, plus rarement, le chêne. Ses feuilles toujours vertes et charnues abritent de petites baies blanchâtres dont se nourrissent les oiseaux au cœur de l’hiver. C’est d’ailleurs en se nettoyant le bec sur les branches, qu’ils transportent les graines d’un arbre à l’autre. La verdure éternelle du gui, associé au chêne, a toujours été un symbole d’immortalité. Les Gaulois, qui croyaient en l’immortalité des âmes, le cueillaient en hiver, à l’époque de la floraison, « lorsque la plante est le plus visible et que ses longs rameaux verts, ses feuilles et les touffes jaunes de ses fleurs, enlacés à l’arbre dépouillé, présentent l’image de la vie au milieu d’une nature morte et stérile », comme l’écrit si joliment Michelet dans son Histoire de France. La cueillette de cette plante magique ne pouvait se faire qu’au moyen d’une faucille en or, le plus noble des métaux et selon un rituel que rapporte Pline l’Ancien, écrivain latin du 1 er siècle de notre ère. Chaque année, le sixième jour de la nouvelle lune succédant au solstice de l’hiver (c’est-à-dire fin décembre), les druides, qui étaient les prêtres des Gaulois, se rendaient en cortège dans la forêt auprès d’un grand chêne. Vêtu d’une longue robe blanche, l’un d’eux montait dans l’arbre sacré et coupait le gui avec une serpe d’or pour reprendre « l’eau du chêne » : la vitalité et la force de l’arbre dérobées par la plante parasite. César, dans La Guerre des Gaules, le confirme : « Un prêtre en robe blanche monte sur l’arbre et coupe avec une serpette d’or le gui. Les druides croient que l’eau où l’on a fait tremper le gui rend féconds tous les animaux qui en boivent et qu’elle est un remède efficace contre toute espèce de poisons. La cérémonie pour cueillir le gui est la plus solennelle de toutes celles que pratiquent les druides. » Les rameaux étaient recueillis au vol dans un drap blanc tendu au pied du chêne, car pour garder leur pouvoir magique, ils ne devaient pas toucher le sol. Le gui était alors distribué parmi l’assistance nombreuse, et chacun emportait sa part de porte-bonheur pour la nouvelle année, tandis que deux taureaux blancs étaient immolés aux cris de « O ghel an heu ! », ce qui signifiait dans la langue celtique « Que le blé germe ! ». L’adage populaire, en transposant l’expression celtique, en a fait : Au gui l’an neuf ! La superstition tenace du gui n’était pas du goût des chrétiens qui, au 4e siècle, tentèrent de l’éradiquer. La vénération du gui fut décrétée païenne. Lorsque la fête de Noël remplaça la fête païenne du « Sol invictus », le Soleil invincible (fête de Mithra, dieu solaire), le houx fut substitué au gui. Un remède universel Souvenez-vous, dans les aventures d’Astérix, le druide Panoramix en coupe sur les chênes avec sa serpe d’or. Le gui fait partie de ses ingrédients pour préparer la fameuse potion magique qui délivrera les Gaulois de tous leurs maux, y compris les Romains, leur pire ennemi.


On sait que pour les Gaulois le gui était une panacée, une sorte de remède universel. Ils l’appelaient d’ailleurs la plante « qui guérit toutes les maladies ». Ils croyaient que, prise en tisane, elle rendait les animaux féconds et constituait un puissant antidote contre les poisons. Cette croyance a survécu dans la médecine naturelle, qui recommande toujours le gui en pommade ou en tisane. Broyé avec du saindoux, on en fait un onguent pour les engelures. En tisane, le gui agirait sur le métabolisme en général et sur le diabète en particulier. Il règlerait les troubles vasculaires, les pertes trop abondantes et pourrait même supprimer la stérilité... Il y a sûrement du vrai dans tous ces boniments deux fois millénaires. Les légendes ont la vie dure. Voilà pourquoi vous offrirez cette année, avec vos meilleurs vœux pour 2020, un rameau de gui à ceux que vous aimez. Et moi, au lieu de vous dire simplement « Bonne année », je vous dis : Au gui l’an neuf ! Michel Lequeux

EXPOSITION: SUPER-HEROES NEVER DIE / COMICS AND JEWISH MEMORIES De quelle manière naissent les super-héros ? À travers plus de deux cent œuvres originales, cette exposition raconte comment la bande dessinée américaine s’entremêle, depuis ses débuts et jusqu’à aujourd’hui, aux tumultes de l’Histoire. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, une génération de dessinateurs juifs américains, soucieux de s’intégrer au point qu’ils ont dissimulé leurs patronymes aux consonances étrangères, ont donné naissance aux plus célèbres super-héros : Batman, Superman, Captain America et, parmi plusieurs autres, Spiderman. Près d’un siècle plus tard, les super-héros restent des figures centrales de notre culture contemporaine et passent avec brio le cap du grand écran. Si les causes qu’ils défendent ont changé, les questions d’identité et d’intégration, déjà abordées dans les années 1930, s’y lisent encore, parce qu’une société en crise a toujours besoin de personnages hors-normes auxquels s’identifier. Cette exposition a vu le jour grâce à un partenariat avec le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme de Paris et le Joods Historisch Museum d’Amsterdam. Un évènement à découvrir jusqu’au 26 avril 2020 au Musée juif de Belgique. Plus de détails sur le site www.mjb-jmb.org Rue des Minimes, 21 à 1000 Bruxelles


RENCONTRE : TERESA LAGERWALL Teresa, vous êtes auteur-compositeur, artiste, chanteuse, enseignante, bloggeuse, etc. Il y a sûrement un fil rouge qui relie toutes vos vies ? Oui, il y en a un bien-sûr. Je crois qu'il y en a un pour chaque vie, non ? Chez moi, je parlerais d'une quête constante de la relation humaine. Dans tout ce que je fais ... je ne cherche que ça ... le lien ... D'ailleurs, récemment, grâce à vous Silvana, j'ai pu expérimenter une relation au public très particulière, avec la lecture de votre recueil érotique « de soufre et de miel ». Porter une parole de femme avec un homme en plus, l'acteur Serge Hervens, quel délice … Là, vous étiez actrice, c'est votre point de départ, le jeu ? J'aime le jeu, sous toutes ses formes. Mais ce n'est pas l'origine. L'origine serait la parole. J'écris et chante depuis toujours ... aussi longtemps que je me souvienne. Depuis que je sais monter sur une table, depuis que je sais tenir un crayon ... Aujourd'hui je réalise enfin ce rêve … mélanger mes mots à la musique. Mais avant celui-ci, qui est peut-être le plus inavoué, j'en ai réalisé plein d'autres ! J'ai débuté ma carrière en voyageant, j'ai pu rencontrer l'autre, l'autre moi-même ... avec cette chance de travailler pour des médias en vue. Le métier de journaliste/reporter pour des télés, magazines et radios m'a permis de bouger, j'ai adoré ça ! Ce sont ces voyages qui vous ont donné envie d'enseigner à un moment ? Oui tout à fait. J'ai eu envie de transmettre tout ce que ces médias m'avaient appris, de le partager. Du coup, j'ai ouvert un cabinet de coaching en expression orale et mis au point une méthode qui aide les gens à mieux parler. Un contexte où vous expérimentez la relation d'aide ? Absolument ! Parler mieux, bien s'exprimer est à la portée de tout le monde. C'est juste une question d'exercice. Brel disait que le talent c'est 99% de travail et 1% d'inspiration. C'est tellement vrai ! Oui, j'aide les gens à aimer leur voix, leur élocution, à s'aimer peut-être ... Comment résumeriez-vous votre méthode ? Mon Maître mot : S'A-MU-SER !! Là on revient au jeu. Jouer avec sa voix, son corps, ses émotions pour les comprendre et les canaliser. Mais dans le plaisir !!! Ça fait penser au théâtre ? Effectivement, je viens de là, d'une famille d'acteur ... ça aide. Et ce serait à force de coacher les autres, que vous revenez à votre propre voix que vous allez nous offrir avec votre premier album ? Oui peut-être bien ... Sauf que je coache surtout les métiers de la parole ou simplement les personnes qui ont envie de mieux s'exprimer ... je coache rarement des chanteurs, même si ça m'arrive. Mais oui ... en aidant les autres, on s'aide soi-même. Je dirais que c'est plutôt le temps qui passe qui me glisse à l'oreille : « Vas-y, réalise ton rêve d'enfant ! » Et vous chantez ? L'amour ! What else ! Et j'ai commencé avec une reprise « ces petits riens » de Gainsbourg, sur Soundcloud. Un hommage ... J'y remercie un peu mon « père artistique ». C'est un génie du verbe, que j'ai eu la chance de rencontrer. Et puis je chante l'amour que j'ai pour les êtres, le temps qui passe sur leur visage ... leurs rides que j'aime ... une façon d'aimer les miennes ... Et puis chanter, composer, produire c'est surtout rencontrer des musiciens ... woaw, quel bonheur ! J'attendais ce moment depuis tellement longtemps ! Quand je répète avec eux, qu'on enregistre ensemble, j'ai tellement l'impression


de revenir chez moi ... Créer de la musique ensemble c'est dialoguer d'âme à âme. La voix ou les instruments que nous jouons sont les caisses de résonnance de nos âmes, non ? Vos voyages vous ont inspirée ? Quel serai l'endroit au monde où vous vous sentez le mieux ? Oui, mes voyages inspirent ma musique, mais aussi tout ce que j'ai traversé comme femme, devenir mère ... le plus incroyable des voyages ... élever un enfant, aimer, construire, divorcer et puis aimer de nouveau et puis vivre sans homme parfois, avec malgré tout plein d'amour dans sa vie ... L'amour a tellement de formes... Pour revenir sur terre ... j'aime tellement d'endroits ! Difficile de choisir entre le Vénézuela, la Floride, la Suède, la France, la Suisse, l'Italie ... En tout cas, je reviens chaque fois ici, en Belgique ... ça s'explique l'amour d'un pays ? Je ne crois pas ... Au fond, je me sens bien partout, du moment que je peux écrire. Mon pays se serait les mots, la parole ! Une parole que je chante, que je prends, que j'écoute, que je lis ... J'aime ce nouveau rapport à la parole que donnent les réseaux sociaux. Aujourd'hui tout le monde écrit, c'est passionnant ... parfois inquiétant aussi. En tout cas on assiste à une révolution extraordinaire ! Avec l'invention de l'imprimerie, les gens se sont mis à lire, avec internet, ils écrivent. Le monde se réapproprie enfin la magie des mots, l'énergie des mots ! On grandit tous grâce à ça ... en trébuchant, en se cassant parfois un peu la figure. Mais n'ayons plus peur d'exprimer notre propre Parole ! Merci Teresa pour cette rencontre. Le mot de la fin ? Parlez !! Mal, bien, passionnément, maladroitement, mais PARLEZ !! Je veux vous entendre. A bientôt Silvana, c'était si bon de se retrouver ... entre amoureuses des mots. Propos recueillis par Silvana Minchella

EXPOSITION : SKAII DE VEGA Skaii de Vega est une artiste authentique. Exceptionnelle. Espace Art Gallery est heureux de lui offrir ses cimaises pour une exposition qu’il considère prometteuse. L’occasion de se familiariser avec des œuvres qui dépeignent la vision intérieure d’une créatrice fortement influencée par la psychanalyse et le mouvement surréaliste. Avec des tableaux qui jouent la carte de l’onirisme, de la provocation ou de la référence, elle travaille essentiellement l’huile et n’hésite jamais à se procurer des matériaux de récupération. Plutôt que de chercher l’inspiration, elle attend que cette dernière vienne à elle, que ce soit dans le chef d’une rencontre, au cœur d’une lecture, à travers une phrase ou par le truchement d’un rêve. Pour elle, il importe d’aller au-delà des apparences et de transcender le quotidien. Une démarche qui implique un engagement dans ce qu’elle fait, avec un jusqu’auboutisme radical. Elle ne lâche pas une toile avant de l’avoir achevée, même si elle se permet parfois quelques retouches ultérieures. Chaque peinture est création pure. Certains disent qu’elle raconte une histoire. Comment savoir ? Skaii de Vega aime entretenir un certain mystère autour de ses compositions. Au fond, elle sait que la place de l’imaginaire confère à chaque visiteur le droit d’interpréter librement ce qu’il voit, d’entrer ou non dans la perceptive du dessin et de se laisser baigner par la palette qui s’étale comme des doigts baignés de nuances chromatiques. Relier son art au passé est certes une tentation, alors que s’esquissent çà et là des éléments qui renvoient à Dali et à De Chirico, voire à Picasso. Bien entendu, la présente manifestation propose une vision partielle de son travail. Pour une vue d’ensemble, je ne peux que vous suggérer d’aller découvrir un panorama de plusieurs années de travail en atelier sur son site personnel. Naturellement, des images sur le Net ne rendent pas totalement l’effet d’une œuvre face à laquelle on se confronte de visu. Place au dialogue ! Vous avez jusque fin janvier 2020 pour découvrir ses derniers bébés. Plus de détails sur le site officiel www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


EXPOSITION : ÇA BOUGE À ESPACE ART GALLERY ! Il faut prendre son temps pour admirer les œuvres exposées à Espace Art Gallery, réparties dans plusieurs salles qui se succèdent et qui jamais ne se ressemblent. Eclectisme, voilà le choix posé par le patron de l’enseigne, Jerry Delfosse (ancien étudiant des Beaux-Arts de Bruxelles), élève de Szymkowicz et Brichet, avant de se lancer dans le métier de galeriste. D’une certaine manière, le lieu est le reflet de ses envies et le prolongement de ses attentes. A défaut de ne plus créer lui-même, il encourage les plasticiens contemporains à dévoiler leurs travaux, n’hésitant jamais à partir à leur rencontre et à visiter plusieurs ateliers pour être au plus proche du dialogue artistique. L’aura qui entoure les expositions qui se multiplient chez lui n’est jamais usurpée. Préparées en amont, elles bénéficient d’un réel service, avec une mise en évidence des toiles et des sculptures sélectionnées. A la pointe du combat, il se fait seconder par une kyrielle de seconds couteaux, femmes et hommes de l’ombre, qui lui transmettent cartes de visites, numéros de téléphone ou adresses mail. Nous sommes au XXIe siècle, une époque où tout va vite. Sans tergiverser, il prend des rendez-vous et se déplace partout en Belgique, invitant plusieurs créateurs à le rejoindre dans le bureau de la galerie pour discuter des modalités qui finaliseront le prochain événement. Plutôt que de privilégier la procrastination, il saisit le fer dès qu’il est chaud et noircit son agenda. Un brin maniaque (bien qu’il préfère le terme perfectionniste !), il faut que tout soit parfait, sans ratures ni bavures, presque chronométré. Le jour du vernissage, les invités peuvent se rendre à l’évidence que tout a été mis en action pour les recevoir dans un écrin qui se prolonge tout en longueur en suivant l’architecture intérieure du bâtiment, faisant de cet endroit l’une des plus grandes et des plus belles galeries de la capitale, située en face du Béguinage et à un bond de la Grand-Place. Une situation pas anodine pour les touristes qui souhaitent découvrir Bruxelles tout en faisant un saut ici. Défendant l’art de qualité, Espace Art Gallery fonctionne telle une machine parfaitement huilée, faite pour ne pas se gripper et demeurer fidèle à sa volonté d’offrir l’expression de travaux qui s’inscrivent dans les modes tout en s’en écartant. Chaque exposition dévoile ses propres surprises, nullement pareille à la précédente. L’occasion de s’émerveiller sans rien céder au spectaculaire. Bien entendu, les goûts de chacun s’exprimeront en faveur ou en défaveur de chaque créateur. On le sait, une œuvre renvoie à ce que chaque visiteur possède de plus intrinsèque dans sa quête d’émotions ou (plus pompeusement formulé !) dans sa recherche du Beau. Si la plupart des exposants ne se sont pas encore faits un nom qui attire les conservateurs des musées traditionnels, la chose ne signifie pas qu’ils produisent des travaux au rabais. Ils excellent dans leur pratique et s’affirment à travers des dessins, des peintures ou des sculptures qui s’inscrivent dans une certaine modernité. Entendons des pièces uniques qui transpirent la société qui nous entoure, avec des techniques qui n’ont plus grand-chose à voir avec le classicisme d’autrefois, même si (de temps à autre) certains se targuent d’un clin-d ’œil au passé ou à un maître insigne. Pour le mois de janvier, Jerry Delfosse a convié plusieurs d’entre eux à se produire entre ses murs. Si Anne-Marie Paris-Leroy (venue de France) prolonge sa période entamée en décembre dernier, le sculpteur tchèque Radek Svoboda propose des pièces en 3D jusqu’ici inédites au regard, tandis que Lucie Van Herck les rejoint pour un tour de piste qui est une première fois en Belgique. Bouquet de sensations, frémissement des couleurs, harmonie des formes ou, au contraire, coups de poings visuels et enchevêtrements bruts tirés d’une palette, il y en a pour tous les avis. Simone Sarda-Verdeil prolonge son exposition de décembre dernier et Skaii de Vega s’ajoute à ce quatuor de base. De quoi susciter le débat et faire mentir l’adage qui affirme que « les goûts ne se discutent pas ! ». Au contraire, on en parle. On doit en parler ! Une manifestation à découvrir jusque fin janvier à Espace Art Gallery. Plus de détails sur le site www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : LES ATRIDES Dans la mythologie grecque, les Atrides sont les descendants d’Atrée, roi de Mycène et père d’Agamemnon et de Ménélas. Il est raconté que cette famille a été marquée par le sceau de la violence, multipliant les meurtres et imaginant les barbaries les plus lâches pour obtenir le pouvoir. Rien ne lui a été épargné : infanticides, incestes, parricides, viols, cocufiages, etc., faisant presque passer les Borgia pour des enfants de chœur. Au départ, il s’agissait néanmoins d’une famille comme les autres, appelée au bonheur, sans qu’une folie déraisonnable ne s’abatte sur elle et entraîne chacun de ses membres dans un labyrinthe de tourments. Comme souvent, guerroyer ne sert à rien, sinon à répandre inutilement le sang et décupler la haine. On le sait, en pareille situation, personne ne sort victorieux. Le Théâtre royal du Parc s’empare du récit d’Eschyle, écrit au cinquième siècle avant notre ère pour parler d’ambition, de désir de filiation, d’exactions et oser une réflexion sur la démence qui atteint certains monarques. Alors que la crise est portée à un paroxysme, aucun discours ne peut ramener les hommes à un juste raisonnement. Ici, chacun cherche à accroître son pouvoir sans s’accorder aux autres, en sombrant dans l’isolement le plus strict, en se voilant la face et en perdant ce qui lui reste de lucidité. Les règles sociales et religieuses ne remplissent plus leur fonction et ne servent qu’à rendre spectaculaires des vies abîmées. La reconstruction est un chantier qui peine à être entrepris et seul un cataclysme pourrait secouer les âmes. Le metteur en scène Georges Lini adapte les codes de la tragédie antique et rend contemporain un chef-d’œuvre étudié dans les universités. Après « Un conte d’hiver », « Tailleur pour dames » et « MacBeth » (sa dernière réalisation pour le Théâtre royal du Parc), il renoue avec le visuel, en se servant de nombreux effets spéciaux pour rendre ostensible un drame fort en rebondissements, puissante évocation des tempéraments et parabole d’existences foudroyées. Avec un souci d’actualisation, il pose un regard décalé qui nous permet de la faire résonner au présent un texte vieux de presque vingt-cinq siècles, de lui faire perdre son statut de classique pour en renouveler la perception, faire surgir des réponses neuves et imprévisibles aux résonances contemporaines afin de provoquer une nouvelle ouverture des sens auprès des spectateurs. Au demeurant, un théâtre qu’il dynamise pour le transformer en véritable performance pour les acteurs, obligés de se mouvoir sans cesse et poussés à décupler leurs efforts. Deux heures de prestation, à néanmoins déconseiller aux jeunes de moins de quatorze ans. Violence oblige. « Les Atrides » est à applaudir du 16 janvier au 15 février 2020. Plus de détails sur le site www theatreduparc.be www.theatreduparc.be Rue de la Loi, 3 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : SAISON ONE 2.0 Alors que les séries font la fortune des producteurs, tant sur la toile qu’à la télévision, pourquoi ne pas adapter ce concept aux planches ? Marie-Paule Kumps et Bernard Cogniaux ont décidé de rassembler les ficelles du genre pour offrir une pièce décapante, avec une histoire présentée par épisodes et qui s’amuse à brocarder l’univers du théâtre. Pour frapper juste, il importe d’éviter la méchanceté et d’user de toute la mécanique de l’humour. A aucun instant, il n’est question d’un règlement de comptes. Plutôt d’un regard caustique sur ce qui se trame en coulisses, sur l’ego de certains gens du métier, sur les aléas de la profession et les objectifs à atteindre. Avec beaucoup de vivacité, « Saison 2.0. » ausculte une galerie de personnages au caractère à la fois touchant et drôle. L’opportunité d’embarquer sur un cargo qui prend vie sous les néons et qui suit le cours d’un fleuve pas vraiment tranquille. Les humeurs se manifestent au cours des séquences qui se succèdent, animées par le jeu de Catherine Decrolier, Emmanuelle Mathieu, Frédéric Nyssen, Martine Willequet et Pierre Poucet. Du coup, on se trouve plongé au cœur d’une saison théâtrale belge, où tout va vite (parfois trop !), où chaque détail doit être mesuré au millimètre et où les imprévus doivent être annihilés pour faire place à l’excellence. Quoi qu’il arrive : the show must go on ! en oubliant les egos, la peur de l’échec, les écueils de la vie privée et le trac. Le public a payé pour obtenir de la qualité. Bien entendu, on rit follement, tout en prenant conscience du travail mené dans les coulisses pour apporter du rêve aux spectateurs. Une pièce atypique à découvrir jusqu’au 18 janvier 2020 au Théâtre de la Toison de la Toison d’Or. Plus de détails sur le site www.ttotheatre.com Galeries de la Toison d’Or, 396-398 à 1050 Bruxelles Daniel Bastié

GUILLERMO GUIZ : AU SUIVANT ! De son vrai nom Guy André Daniel Michel Verstraeten, Guillermo Guiz a fait ses armes à la radio avant de monter sur les planches. Gendre idéal, il use de son physique pour donner vie à des personnages attachants et drôles et se raconter sur le ton de la confidence. Privilégiant les bons mots, il est devenu en quelques mois le roi de la vanne. Jamais méchants, ses sketches mettent en scène des situations ordinaires et règlent les petits problèmes du quotidien grâce à des pirouettes et une dose salutaire de bonne humeur. Avec une maîtrise de l’espace scénique, il fait montre d’une aisance remarquable, soigne chacune de ses interventions et musèle les grincheux. Le temps de la représentation, il véhicule une bonne humeur fédératrice, sans temps morts et offre une heure trente de talent, soutenu par un tempo de métronome. La mise en scène épurée souligne son grand talent. Ni esbroufe ni effets spéciaux. Le monologue ciselé est très vite devenu sa signature. Plutôt que de se fier à des tiers, il rédige seul et se fie à sa seule inspiration. En ce sens « Au suivant ! » est un one-man-show personnel, qui flingue tous azimuts et se révèle d’une rare efficacité. Une performance à découvrir au Théâtre de la Toison d’Or du 23 janvier au 29 février 2020. Plus de détails sur le site www.ttotheatre.com Galeries de la Toison d’Or, 396-398 à 1050 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : CALLAS, IL ÉTAIT UNE VOIX Plus de 40 ans après le décès de la cantatrice, la Comédie Volter reprend l’hommage du Théâtre Jean Vilar à celle qui a ému les cœurs et les oreilles. Surnommée « la Bible de l’Opéra », la Callas fut une soprano météorite dans le ciel de l’art lyrique. Elle fut la reine du bel canto, aux trois octaves et aux aigus exceptionnels. La diva nous raconte sa vie dans la mise en scène palpitante de Patrick Brüll. Le 16 septembre 1977, François Grenier, journaliste à la radio, se prépare à partir en vacances pour rejoindre sa famille en Bretagne. Mais une information met un terme à ses préparatifs : Maria Callas à 53 ans vient de mourir dans son appartement parisien qu’elle occupait seule. Alors que le journaliste fouille sa documentation, la diva lui apparaît comme dans un rêve. Est-ce son spectre qui se montre à la fenêtre, nimbé de blanc et de noir ? Elle va lui raconter sa vie, mêlant l’intime et la musique. Tour à tour enjouée et dramatique, cette tragi-comédie écrite par Jean-François Viot en 2017 décline la vie de la diva en cinq actes, comme dans une tragédie classique. La tragédie d’une vie vouée à l’art lyrique sans concession, avec beaucoup de bas et de désillusions. « L’impuissance d’un personnage qui plie devant la force du destin. Le premier acte où l’on apprend qui est Maria Callas, née Kaloyeropoúlou. Le second où tout va bien pour elle mais où arrive le petit grain de sable dans les rouages. Le troisième où elle pense qu’elle va s’en sortir. Et puis la suite, quand tout s’effondre dans sa carrière et dans sa vie... », nous explique le dramaturge pour brosser la pièce. C’est tout Maria Callas qui est ainsi résumée, volontaire et fragile, émouvante et rebelle, vilain petit canard qui se transforme en un cygne au chant ensorceleur. Va-t-elle insuffler au journaliste à qui elle se confie un souffle romantique nouveau, en lui offrant ses cris déchirants qui culminent au ciel et ses derniers râles d’émotion qui nous submergent ? La comédienne et chanteuse d’opéra Anne Renouprez incarne avec brio la divine soprano dans laquelle elle se fond corps et âme. A la fois touchante et sensible, elle fait revivre sous nos yeux tantôt Maria, tantôt la Callas, par la magie de sa voix et le charme de sa silhouette. Quant à Alain Eloy, qui incarne le journaliste enquêteur, il campe avec peu d’artifices une mosaïque de personnages secondaires qui ont influencé la Callas. Cantatrice cosmopolite, née aux Etats-Unis, élevée en Grèce, sa véritable patrie, italienne par son mariage et décédée à Paris où elle a vécu ses dernières années. A voir de toute urgence pour savoir ce qui se cachait derrière cette grande voix d’opéra à la Comédie Volter, du 15 au 26 janvier. Plus de détails sur le site www.comedievolter.be Avenue des Frères Legrain, 98 à 1150 Bruxelles Michel Lequeux


THÉÂTRE : LES ÉMOTIFS ANONYMES Angélique est une chocolatière archi-douée, mais aussi une grande émotive, qui perd tous ses moyens dès qu'elle devient le centre des attentions. Durant des années, elle a œuvré au service d’une grande maison, sans jamais chercher la reconnaissance. Aujourd’hui, à la recherche d’un emploi, elle répond à l’annonce de Jean-René, patron d'une fabrique de chocolat au bord de la faillite. Leur passion commune pour le chocolat les rapproche rapidement et ils tombent amoureux, mais leur timidité maladive les empêche de se l'avouer. En effet, Jean-René est également un grand émotif, qui consulte un psychologue, alors qu'Angélique rencontre un groupe d'émotifs anonymes. Leur relation semble difficile, voire compromise, alors que tout est mis en place pour vivre une relation amoureuse durable. Voici l’histoire toute simple de deux personnes pour lesquelles chaque sortie se transforme en parcours du combattant. Chaque rencontre prend l’allure d’un examen et chaque conflit provoque des sueurs froides. On a pu découvrir cette histoire au cinéma avec Benoit Poelvoorde et Isabelle Carré. Un film rempli de sensibilité. Arthur Jugnot l’a mis en scène pour les planches en faisant appel au talent de Nicolas Buysse, Charlie Dupont, Tania Garbarski et Aylin Yay. A nouveau, le charme opère grâce à des personnages attachants et quelques bonnes idées. Les obstacles, les dérobades, les soubresauts et les fuites perpétuelles, tous ces ingrédients permettent d'alimenter de manière inédite et réaliste le moteur à explosion que doit être la comédie sentimentale. On se prend à aimer très vite ces hyperémotifs. Le ton rapproche cette pièce d’une fable moderne qui traite à la fois du regard des autres et de la confiance à acquérir pour avancer dans l’existence. On peut même parler d’un chouia de poésie. « Les émotifs anonymes » est à voir au théâtre Le Public du 7 janvier au 22 février 2020. Plus des détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles

THÉÂTRE : LES TRICHEUSES

Nous sommes au XIXème siècle, un temps pas si lointain dont est issu le nôtre. Dans un quartier peu sûr, infesté de voyous, une mère sentant le vent tourner empoigne sa gamine, et d’un coup de couteau lui coupe la tignasse. Casquette et pantalons : « À partir de maintenant, tu t’appelleras Jean ! ». Voilà la mère en taule et la fille à la rue. Toute seule. Mais, protégée par son apparence, elle ira sonner aux portes. Jean se fera domestique. L’habit ne fait pas le moine, dit-on, mais l’apparence souvent crée la fonction. Or, par une nuit fatale, une puce maudite va s’introduire sous le tissu patiemment cousu, et déchirer l’habit… laissant apparaitre la vérité toute nue. « Les tricheuses » conte une histoire vraie ou qui aurait pu l’être. Une histoire de subterfuge pour échapper à la violence. Une histoire d’identités falsifiées pour cause de survie, de paix ou de liberté. Dans ce spectacle, très librement inspiré d’une nouvelle de George Moore, toute une troupe d’acteurs enfile les costumes d’époque, se fond dans les peaux et livre une histoire comique et tragique de puce, de charbon, de double fond … et de sororité. Alors, bienvenue à l’hôtel ! Frederik Haùgness, Jeanne Kacenelenbogen, Patricia Ide, Magali Pinglaut et Chloé Struvay excellent sous la direction de Michel Kacenelenbogen. A voir du 23 janvier au 22 février 2020. Plus des détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles


THÉÂTRE : LA REVUE Voilà une tradition qui se renouvelle chaque année ! Alors que se préparent les fêtes d’hiver, le Théâtre royal des Galeries propose sa revue annuelle ou l’occasion de regarder l’actualité politique dans le rétroviseur. A travers des sketches, des numéros chorégraphiés, des chansons et des parodies énergiques, la troupe emmenée par Alexis Goslain présente un festival de bonne humeur, avec matière à se plier en quatre de tout ce qui ne tourne pas rond chez nous. On le sait, la Belgique est le pays du surréalisme et notre humour singulier permet de nous moquer de … nous-mêmes, sans méchanceté, mais en pointant tout ce qui cause les grandes et petites bisbrouilles qui agitent le royaume. Sans hésiter, les (bons) mots fusent, puisque les habitués du projet savent que la parodie est une arme efficace pour mitonner une soirée festive. Spectacle multiforme, la Revue est le cadeau attendu comme avant-goût de réveillon, le champagne dont on fait sauter le bouchon avant la Saint Sylvestre. Le cru 2019 a été concocté avec soin, agrémenté de pépites et de traits d’ironie qui ponctuent l’ensemble. Chose qui laisse toujours une place à l’émotion, car (on le sait) un bon menu alterne le sucré et le salé. Du coup, les Bruxellois se fient au talent des programmateurs et achètent leur billet les yeux fermés. Pour beaucoup, il s’agit d’une date attendue, d’un rendez-vous espéré. La magie d’un tel spectacle ne tient pas uniquement dans la mise en scène et la qualité des textes, adaptés au fil de l’actualité, mais aussi dans le travail des décors, des costumes, des lumières et de la conception musicale. Un cocktail pas si simple à doser, car il importe d’enchaîner les tableaux sans transition trop abrupte et d’équilibrer les séquences pour que chacun puisse y trouver son goût. La Revue se cuisine à l’aigre-doux. Quant aux intentions du metteur en scène, il les dévoile en ces mots : « Je pars du philosophe qui dit qu’il faut se presser de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. Le rire est un antidote puissant pour décongestionner les peurs et la noirceur ambiante. Il y a une maxime de Michel Serrault qui me parle assez bien et donne plein de sens à cette démarche artistique qu’est la Revue : On ne peut sous aucun prétexte être sérieux trop longtemps. Si on est trop sérieux, on devient facilement con. » Un incontournable à applaudir pour se dérider les zygomatiques jusqu’au 26 janvier 2020 en compagnie de Bernard Lefrancq, Angélique Leleux, Anne Chantraine, Marie-Sylvie Hubot, Gauthier Bourgeois, Frédéric Celini, Natasha Henry et Philippe Peters. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.trg.be Galerie des Princes, 6 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : OH, LES BEAUX JOURS ! « Samuel Beckett est pour moi un refuge. Une voix qui m’aide à vivre. Jamais je n’avais osé l’aborder. Attendais-je que l’interprète dont je rêvais pour jouer Winnie atteigne l’âge du rôle ? Beckett est une école d’humilité. Dans nos sociétés de communication, il agit comme antidote à un certain usage narcissique et boursouflé de la langue. Se mettre à l’écoute de cette voix unique, c’est se confronter à ses propres limites. Ce qui n’a rien de désespérant », voilà ce qu’écrit le metteur en scène Michael Delaunoy. Pièce devenue un classique, « Oh, les beaux jours ! » parle de la lutte inexorable contre les années qui fuient et auxquelles on aimerait arracher un jour de plus. La tonique Winnie y parvient, s’émerveillant d’un rien, conférant au moindre événement un vif intérêt, Elle semble animée d’un increvable désir, qu’elle soit immergée jusqu’à la taille ou jusqu’au cou dans un mamelon situé dans un paysage brûlé par le soleil. On se situe dans le théâtre dit de l’absurde, avec des personnages loin de nous et qui, pourtant, nous ressemblent. Les deux acteurs sont enfoncés dans la terre jusqu'à la taille. Winnie s’exprime principalement. Son compagnon se contente de quelques répliques. Du texte et de la situation naît un humour décalé qui fait mouche. A mesure que s’enchaînent les trois actes, on se rend compte de l’engrenage de la roue du temps qui tourne, des secondes perdues et de tout ce qui échappe à la condition humaine. Pour s’occuper, elle soliloque, fait l’inventaire de son sac à main, examine le contenu de ce dernier ou déploie son ombrelle. Qu’attendent-ils ? Vraisemblablement la mort. Anne-Claire et Philippe Vauchel sont à applaudir du 7 au 17 janvier 2020 au Théâtre des Martyrs. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.theatremartyrs.be Place des Martyrs, 22 à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : QUATORZE JUILLET De digressions en digressions, passant des bananes Chiquita à Calderón, des prairies normandes de la ferme familiale à un tournage dans le Grand Nord canadien avec Leonardo Di Caprio, d’une chanson de Renaud à Claudel, Fabrice Adde nous entraîne dans un voyage empli de sincérité, de démesure, d’insolence et générosité. Il fonctionne comme un enfant qui joue sans y penser, sans voir plus loin que l’instant présent, à des lieues des contingences propres aux adultes. Il fait face au gouffre d’une situation impossible : il a tout perdu… et s’en amuse avec nous ! Un seul en scène à découvrir du 7 janvier au 1er février 2020 au Théâtre des Martyrs. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.theatre-martyrs.be Place des Martyrs, 22 à 1000 Bruxelles


UN KET DE BRUSSELLES : LE TRAM 22 – Avancez si vous plaît ! – Deuischoeiven astableeft ! Fin des années 1950. J’allais à l’athénée en tram depuis deux ans. J’avais un abonnement annuel, et je pouvais monter sur un premier convoi jusqu’au Cinquantenaire, puis sur un deuxième vers la porte de Namur. Mon père m’avait montré le chemin un matin, puis je devais me débrouiller tout seul. Au début, j’ai un peu cafouillé avec tous ces numéros et ces arrêts et plusieurs fois je suis arrivé en retard. Le peï à l’entrée de l’athénée (on l’appelait Poujade car il ressemblait au politique français de l’époque) n’était pas un tendre et c’est à peine s’il ne nous passait pas à tabac pour qu’on ne recommence pas. Du coup, les grands de rhéto écrivaient (à la craie, les tagueurs n’existaient pas encore) « Poujade à poil » sur tous les murs de l’établissement. Pas qu’ils souhaitaient contempler l’académie du mastodonte, rassure-toi, juste pour signifier leur désaccord avec ses méthodes. Donc je prenais le tram deux fois par voyage. Comme la correspondance 22-41 ne me plaisait pas, j’ai opté l’année suivante pour le direct jusqu’au Quartier Léopold, puis une trotte à pied. Je prenais le 22, une motrice sans remorque, ça n’avait aucune stabilité. Lorsqu’on arrivait dans la longue ligne droite entre l’avenue des Nerviens et le parc du Cinquantenaire, des crapuleux se plaçaient tout à l’arrière, et balançaient le tram en pliant les genoux en cadence « Oh ! Eh ! Oh ! Eh » et a voiture se mettait à tanguer d’avant en arrière, puis de gauche à droite. Les voyageurs étaient pris de panique et le receveur Maurice se mettait à gueuler. J’ai fini par participer aux festivités, et le tram avançait comme un luron qui se baguenaude le long des rails. « Oh ! Eh ! Oh ! Eh ! » À l’arrêt du bout de la ligne droite, on était priés de descendre et d’attendre le suivant. Encore heureux qu’on ne nous confisquait pas notre abonnement ! Plus une remontrance de Poujade à escompter. Le tram 22, c’était mon préféré. Il n’avait jamais de remorque, comme le 28 que je prenais avec ma mère pour aller en ville. Et puis surtout, ça balançait drôlement. Je te parlais d’une trotte à pied : il fallait enfiler la rue d’Arlon, puis la rue du Parnasse, puis remonter la rue Caroly, traverser la rue du Trône, la place de Londres et déboucher rue de la Paix. Vingt minutes de marche, quatre fois par jour (je rentrais manger à midi, on avait deux heures de fourche, c’était juste mais jouable). C’est dire que je me suis fait les jambes… Alors il faut aussi que je te parle du 83. Il avait son terminus au square des Héros – je t’ai déjà parlé de la meï avec son long nez qui pendait sur son genou – et comme c’était une motrice spéciale (le tram hein, pas la meï, elle avait déjà assez avec son nez) sans plaques sur le toit mais le numéro et les arrêts indiqués dans une boîte fermée, c’était tof ; aussi avec plus de sièges que dans les petits 22, ça faisait chic-chic devant le café Sellier où wattman et receveur allaient vider un godet et leur vessie. Le 83, pour moi, c’était le tram du cinéma. On le prenait souvent pour aller au ciné Léopold de l’avenue de la Chasse ou au ciné Cinquantenaire. Il avait l’air plus confortable et plus luxueux que les vieux machins avec ou sans remorque. Plus long aussi. Les roues étaient montées sur des plateaux mobiles, et dans les virages un peu courts le corps du tram sortait de l’alignement des rails. Encore tof ! Le jour d’aujourd’hui, tu vois plus ça qu’au musée. On a des voitures futuristes au ras du sol (tu parviendrais même plus à écraser une figue en dessous, potverdekke ! C’est à peine si elles ont encore besoin de courant pour avancer. En tous cas, tu n’entends plus crier « Jef, de flèch es af ! » car maintenant la flèche c’est devenu un pantographe qui sait prendre le courant à trois mètres du fil de distribution, et bientôt il n’y aura plus personne pour crier. Ara ! Je vais pas oublier de te parler du « chocolaten tram » qu’on voyait passer quand le réseau avait un problème : une voiture en panne, un aiguillage qui ne marchait plus, tous ces petits ennuis anodins qui aujourd’hui se trouvent en quatre secondes sur les réseaux sociaux et que même un Papou chébran en est informé en temps réel. Tu vois le progrès. Juste encore un mot sur les aiguillages. Ça c’était un truc de ouf comme on dit chez les keums. Quand le tram devait emprunter une nouvelle voie (on essayait d’éviter, tu vas comprendre pourquoi), le


wattman arrêtait sa machine et criait « Aiguillage ! » et le receveur (Maurice ou un autre, pas d’importance) s’armait d’une ferraille avec au bout un gros plot cylindrique surmonté d’un espace pour mettre son pied. Il se précipitait à l’avant du tram, enfonçait le plot dans un trou ménagé à cet effet, en s’aidant de tout son poids et l’aiguille se mettait dans la bonne position – s’il n’y avait pas de feuilles mortes, ou un morceau de bois que des sales kets avaient placé là pour rigoler – le tram passait et le receveur pouvait lâcher le bazar et courir pour remonter dans le tram en marche. Du sport, que je te dis. Depuis lors, ils ont inventé une commande à distance et bientôt il n’y aura plus besoin d’aiguillage puisqu’il n’y aura plus de rails. (Ça c’est juste un avis pour les Liégeois qui sont occupés à replacer les rails qu’ils ont enlevés il y a dix ans). Je te parlerais bien encore de la barrière Singilles où il y avait un peï préposé dans une guérite, et qui devait actionner quinze leviers pour orienter les trams dans la bonne direction. Une sorte de sens giratoire ferroviaire. Un casse-tête pour le manipulant, oué ! Le soir, devant son fricot, sa femme devait le regarder actionner son couteau et sa fourchette comme Charlot quand il était mécanicien, fieu. Le chicon dans la chaussée de Waterloo, la patate vers l’avenue du Parc, la côtelette vers la rue Théodore Verhaegen. Si tu ne deviens pas scheilzot (fou à lier) au bout d’une semaine, c’est que tu es bon pour le sévice. La prochaine fois, je vais te chanter une petite chanson. C’est une fable. Mais y a pas que le mankepuut (boîteux) d’Ésope et Jan van ‘t Bronwouter (Jean de la Fontaine pour les fransquillons) à faire des fables, tu sais ? Jean Anouilh en a écrit aussi, et c’est une de lui que je te dirai en brusseleir de la bonne cuvée. Ça s’appelle « Les crotjes et le fox ». Georges Roland

Retrouvez les romans bruxellois de Georges Roland sur www.georges-roland.com Ses trois titres les plus demandés : « Le brol aux Marolles », « Cartache ! du ramdam chez les rames » et « Manneken Pis ne rigole plus » sont maintenant disponibles en format poche, ara ! Les chroniques du ket (numéro 1) sont disponibles en format ultra-poche sur le site de l’auteur. Tu veux encore un schoupe ? Georges Roland présente son nouveau livre « Le libérateur de Bruxelles » (éditions Mémogrames) à la Foire du Livre de Bruxelles le 5 mars prochain. C’est l’histoire du peï que tu caresses son genou à la Grand Place.

CONCERT : TYPH BARROW Deux ans après la sortie de son album « Raw » (arrivé n°1 des ventes, disque d'or et unanimement salué par la critique), Typh Barrow revient avec un nouvel album intitulé « Aloha » qui sortira mijanvier 2020. A cette occasion et pour fêter son bébé, elle donnera un showcase spécial au Botanique. Elle y présentera son dernier disque, dont deux extraits « Replace » et « Doesn't Really Matter » tournent déjà sur le Web. Artiste complète (auteur-compositeur, musicienne et interprète exceptionnelle), elle est actuellement une des plus belles voix de la scène belge. Véritable bête de scène, elle enchaîne les concerts et les festivals sans interruption depuis trois ans et s’est imposée comme une artiste incontournable. Pour la petite histoire, elle était une amie intime de la regrettée Maurane. Cela se passera le vendredi 17 janvier 2020 au Botanique. Plus de détails sur le site www.botanique.be Rue Royale, 236 à 1210 Bruxelles


CONCERT : ANGÈLE En quelques mois, la fille de Marka et de Laurence Bibot a gravi pas mal de chemin, se hissant à la tête des hit-parades. Après des singles qui ont cartonné, elle a livré un album intitulé « Brol » qui est sorti dans les bacs des disquaires en octobre 2018. Un titre en forme de clin-d’œil à sa Belgique natale, où les mélodies se combinent à des effets électroacoustiques. Depuis, les récompenses se sont additionnées. Sur la pochette du Cd, on retrouve l’artiste enfant toutes dents (de lait) dehors tandis que, sur Instagram, la jeune Bruxelloise a dévoilé petit à petit la pochette de son disque en compagnie d'extraits sonores des neufs inédits qui nous baladent dans un univers électro-pop à l'instar de ses premières chansons à succès. La découvrir sur scène demeure un plaisir, où sa présence fait merveille, sympathique combinaison de jeunesse, de tonicité et de fraîcheur. Une artiste sur laquelle nous avons à compter. Le Palais 12 l’accueille le 9 février 2020 à 20 heures. Plus de détails sur le site www.palais12.com Avenue de Miramar à 1020 Bruxelles Sam Mas

THÉÂTRE : DES CARAVELLES ET DES BATAILLES Un curieux microcosme vit heureux dans un lieu reculé, quelque part en Europe, mais pas hors du monde. Le récit démarre avec l’arrivée d’un nouveau venu. A travers ses yeux, le lieu se dévoile peu à peu comme un foyer d’imagination et agit comme une énigme. Depuis le grand hall aux briques rouges qui abrite une série de tableaux représentant la chute de l’empire Inca jusqu’au jardin à l’abandon, les résidents évoluent dans cet espace qui n’existe que parce qu’il est nommé. Un nouveau rapport au temps ainsi qu’une délicatesse des effusions humaines s’établit. Différentes époques, récits et rêveries singulières sont convoqués et se répondent. Dans un même mouvement, on découvre la sensibilité des habitants, leurs étonnantes activités et le vertige de leurs préoccupations. A l’abri de l’extérieur, le monde se rappelle à eux. Conte réaliste sur le théâtre et la société contemporaine imaginé par Eléna Doratiotto et Benoît Piret, « Des caravelles et des batailles » emprunte librement à l’univers de « La Montagne magique » de Thomas Mann. On peut voir dans ce spectacle à l’humour irrésistible la nécessité de s’aménager des espaces hors « de l’embrouillamini des affaires » et d’établir un dialogue neuf avec le tangible ou de faire mine de s’en éloigner pour le rencontrer autrement. Un moment jubilatoire et radical à découvrir du 14 janvier au 1er février 2020 au Théâtre Varia. Plus de détails sur le site www.varia.be Rue du sceptre, 78 à 1040 Bruxelles


HUMOUR : LES HOMMES VIENNENT DE MARS ET LES FEMMES DE VENUS III L'homme et la femme sont évidemment bien différents et la guerre des sexes perdure depuis plusieurs générations. Les poncifs ont la vie dure, même s’ils recèlent une part de vérité. On raconte que les femmes viennent de Vénus (synonyme d’amour), ne pensent qu'à leur aspect extérieur, à enfanter, à une belle noce, aux fleurs et vivent de leurs émotions; tandis que les hommes naissent sur Mars, planète associée à la guerre, ne songent qu'aux voitures, au sexe, au foot et à leur autonomie. Bref, ils ne parlent pas le même langage et la chose mène souvent à la confrontation. Voire au clash ! Lorsqu’il dit blanc, elle pense noir. Lorsqu’il évoque les loisirs, il rêve barbecue, alors qu’elle envisage du shopping entre copines. Paul Dewandre revient en grande forme avec un troisième opus plein de tonicité et qui n’a pas à pâlir si on le compare avec les deux volets précédents. Il y a tellement à raconter sur les relations qui se nouent entre masculin et féminin, tant de distorsions que cela en devient extrêmement comique. Naturellement, cette pièce joue avec l’effet de miroir, qui fait que chaque spectateur se reconnaît à un instant précis. L’artiste trouve à nouveau les mots justes et donne envie de croire à tout ce qu’il raconte. Il se produit le 31 janvier 2020 à 20 heures 30 au Centre culturel d’Auderghem. Plus de détails sur le site www.ccauderghem.be Boulevard du Souverain, 183 à 1160 Bruxelles Paul Huet

THÉÂTRE : LE CERCLE DE WHITECHAPEL Arthur Conan Doyle, George Bernard Shaw, un directeur de théâtre et une femme médecin s’impliquent pour mettre un terme aux agissements de Jack l’éventreur, un des premiers serial-killers de l’histoire contemporaine. Un véritable boucher qui a mis en émoi l’Empire britannique et qui a commis des meurtres sadiques, a priori sans mobile, s’en prenant exclusivement à des prostituées en voie de clochardisation. Malgré la diligence de Scotland Yard, son profil demeure extrêmement flou. Le placer sous les verrous rassurerait tout le monde. Alors, quatre cerveaux de l’époque s’activent pour débloquer les choses. « Le cercle de Whitechapel » fait monter la tension crescendo, mêle le vrai et le faux et associe des personnages historiques qui n’ont jamais planché sur cette épineuse énigme. Aujourd’hui, on ignore toujours qui était réellement le fameux tueur en série et les supputations continuent d’aller bon train, pointant du doigt l’un ou l’autre suspect. Tout ce qu’on sait est que, au bout de trois semaines de crimes répétés, il a cessé toute manifestation. Arrêté pour d’autres motifs, décédé ou parti sévir à l’étranger ? Bien entendu, Julien Lefebvre ose une théorie personnelle, qui sert ici d’épilogue. Dans les rôles principaux, Stéphanie Bassibey, Pierre-Arnaud Juin, Ludovic Laroche, Nicolas Saint-Georges et Jérôme Paquatte jouent à la perfection et rendent crédibles une atmosphère so british. Voilà un thriller familial à découvrir du 11 au 15 février 2020 à 20 heures 30 au Centre culturel d’Auderghem. Plus de détails sur le site www.ccauderghem.be Boulevard du Souverain, 183 à 1160 Bruxelles


CINÉ-DIMANCHE : GREEN BOOK Le septième art foisonne de nombreuses créations cinématographiques annuelles. Le Centre culturel d’Uccle propose des séances de rattrapage dominicales. Une sélection des meilleures sorties de la saison écoulée. Tous les films sont présentés en version originale avec sous-titres (en français et en néerlandais) dans la grande salle. Cette année encore, le planning propose une série de thématiques qui vous promettent réflexion, nostalgie, charisme et bouffée d’air frais. En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité. Confrontés au pire de l’âme humaine, auquel ils font face grâce à leur générosité et à leur humour, les deux hommes vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables et découvrir leur humanité commune. Porté par l’oscarisé Mahershala Ali et le toujours excellent Viggo Mortensen, ce long métrage assume son statut de film hollywoodien qui mène sa barque sans tromper personne sur la marchandise et qui raconte une histoire touchante en s’appuyant sur la force de l’interprétation de ses deux comédiens absolument éblouissants. Un futur classique du cinoche à découvrir (ou à revoir) le dimanche 12 janvier 2020 à 10 heures 15 au Centre culturel d’Uccle. Plus de détails sur le site www.ccu.be Rue Rouge, 47 à 1180 Bruxelles

HUMOUR : SOIS BELGE ET TAIS-TOI ! Voilà un spectacle qui fait du bien ! Pour la vingt-deuxième année consécutive, « Sois Belge et Taistoi ! » révèle le potentiel comique d’un pays souvent surréaliste. Le résultat est parfois absurde, souvent piquant mais toujours drôle et pertinent. Plus qu’une tradition, c’est un spectacle total et bourré de talents : imitations, sketches, parodie, chansons… Sur scène, les comédiens savent tout faire (ou presque) avec énergie et générosité. Ils se moquent, font rire et réfléchir (mais pas trop). Ils tapent tous azimuts et ne ratent personne. Alors ne les ratez pas non plus ! Après les élections du 26 mai 2019, il y a eu suffisamment de matière pour des auteurs à la plume experte en jeux de mots et de situations pour chatouiller l’actualité avec beaucoup d’humour (à croire que les responsables politiques le font exprès !). Le climat, le Brexit, la mobilité, les élections, les négociations, le communautaire, des sujets de société, la vie de tous les jours et la Belgique sont un fond quasi inépuisable pour des chansonniers qui adorent piquer là où ça chatouille, sans méchanceté mais avec une acuité sans censure. Au bout de deux décennies de shows endiablés et renouvelés incessamment, on sait que la morosité est invitée à demeurer au vestiaire. Un festival de séquences drôles, impertinentes et justes écrites sur le fil par le duo (père et fils) André et Baudouin Remy et à applaudir le mardi 14 janvier 2020 à 20 heures 15 au Centre culturel d’Uccle. Plus de détails sur le site www.ccu.be Rue Rouge, 47 à 1180 Bruxelles


EXPOSITION : PAUL DELVAUX, L’HOMME QUI AIMAIT LES TRAINS Paul Delvaux (1897-1994) a développé une œuvre magistrale qui s’inspire du monde ferroviaire. A l’occasion des 25 ans de son décès, Train World vous propose de plonger dans son univers à la fois poétique et mystérieux. Magnifiquement intégrés dans la scénographie de Train World, les tableaux du maître surréaliste entrent en écho avec l'atmosphère singulière du musée. Le temps d’une exposition, nous vous invitons à vivre cette résonnance magique et à découvrir l’œuvre de ce passionné de trains et de gares. Le parcours présente l’évolution du peintre : il débute par les premiers dessins des années 1920, se poursuit avec les aquarelles des années 1930 et continue par la découverte des pièces monumentales des années 1950-1970. Au travers d'objets personnels de l’artiste, on découvre sa passion pour l'univers ferroviaire. Une exposition magistrale et unique Une cinquantaine d'œuvres sont exposées. Les pièces présentées proviennent du Musée Paul Delvaux (Saint-Idesbald) et de collections privées. Elles n’en sortent que très rarement ! On peut ainsi admirer une vingtaine de grands tableaux dont La gare forestière (1960) - une de ses œuvres phares - ainsi des toiles mettant en scène des femmes dans un paysage ferroviaire : L’âge de fer (1951), Le voyage légendaire (1974) ou encore Le Tunnel (1978). A côté des toiles, aquarelles et dessins, vous pouvez également découvrir des maquettes de trains faites sur mesure à la demande de l’artiste et visionner un film inédit. Si la fascination du peintre pour le rail reste un mystère, cette exposition vous promet un voyage empreint de rêverie et d’une certaine nostalgie … Un événement à découvrir jusqu’au 15 mars 2020 au Musée du Train. Plus d’informations sur www.trainworld.be Gare de Schaerbeek Place Princesse Elisabeth, 5 à1030 Bruxelles

EXPOSITION : DOTREMONT ET LES SURRÉALISTES - UNE JEUNESSE EN GUERRE (1940-1948) Christian Dotremont, fondateur du mouvement artistique d’après-guerre CoBrA et créateur des logogrammes, a entamé son parcours à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Accueilli parmi les surréalistes bruxellois menés par René Magritte, Dotremont oscillera constamment entre adhésion et critique dans sa relation avec le mouvement de ses aînés. Durant les années d’Occupation, les surréalistes qui ne se sont pas exilés doivent lutter pour maintenir une activité ; la dimension politique imprègne la création artistique. Au lendemain de la guerre, Dotremont continue à mêler engagement poétique et politique afin de prendre son indépendance vis-à-vis du surréalisme. À travers les œuvres de Dotremont et d’autres artistes surréalistes de l’époque, mais aussi des films, revues et photographies, l’exposition retrace cette période agitée et peu connue de l’histoire du surréalisme bruxellois. Une exposition à voir au Musée BelVue jusqu’au 9 février 2020. Plus de détails sur le site www.belvue.be Place des Palais, 7 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : DALÍ & MAGRITTE Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique consacrent une exposition exceptionnelle à Salvador Dalí et à René Magritte. Pour la toute première fois, les rapports et influences entre les deux plus grandes icônes du surréalisme sont mis en lumière. Salvador Dalí et René Magritte se sont croisés à Paris au printemps 1929, en compagnie des grands noms de l'avantgarde artistique. Puis, en août de la même année et à l’invitation de Dalí, Magritte a séjourné à Cadaqués, le port d’attache du peintre espagnol. Cet été surréaliste – qui a aussi compté la présence d’Éluard, Miró et Buñuel – s’est révélé décisif pour l’art moderne. Plus que quiconque, Dalí et Magritte se sont attachés à défier le réel, à questionner le regard et à bousculer les certitudes. Le Catalan et le Belge ont témoigné d’une fascinante proximité, malgré des créations et des personnalités bien différentes qui les ont finalement amenés à s’éloigner. La présente exposition révèle leurs liens personnels mais aussi philosophiques et esthétiques à travers plus de cent peintures, sculptures, photographies, dessins, films et pièces d'archives. Profitez également de cette visite pour prolonger cette expérience surréaliste en découvrant le nouvel accrochage du Musée Magritte, qui offre une sélection de la plus grande collection d’œuvres de René Magritte au monde. Cela se déroule jusqu’au 9 février 2020 aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Plus de détails sur le site www.fine-arts-museum.be Rue de la Régence, 3 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : CHIHARU SHIOTA Les installations spectaculaires de Chiharu Shiota transforment les espaces dans lesquels elles se déploient et immergent le visiteur dans l’univers de l’artiste. Elles associent des matières textiles telles que la laine et le coton à différents éléments : formes sculptées ou objets usagés. L’artiste combine performances, art corporel et montages 3D dans un processus qui situe le corps au centre de toutes préoccupations. Sa pratique artistique protéiforme explore les notions de temporalité, de mouvement, de mémoire et de rêve et requièrent l’implication à la fois mentale et corporelle du spectateur. La participation très remarquée de Chiharu Shiota à la Biennale de Venise, où elle représentait le Japon en 2015, a confirmé l’envergure internationale de son travail. Présentée dans la salle Bernheim, Me Somewhere Else (2018), œuvre d’une grande force visuelle, occupe une place bien particulière dans la production de sa créatrice. Elle évoque sa lutte contre la maladie et la certitude que son esprit survivra à son corps. Née à Osaka au Japon en 1972, Chiharu Shiota vit et travaille à Berlin depuis 1997. Ces dernières années, ses travaux ont été exposés à travers le monde, notamment au New Museum of Jakarta (Indonésie), au SCAD Museum of Art et au Smithsonian Washington D.C. (États-Unis) et, parmi beaucoup d’autres, au K21 Kunstsammlung NRW (Allemagne). Bien entendu, Tokyo lui a réservé une place d’honneur au Musée Kyoto, ainsi qu’au Mori Art Museum. Un événement culturel à découvrir jusqu’au 9 février 2020. Si vous êtes tentés par cette visite, voyez tous les détails pratiques sur le site www.fine-arts-museum.be Rue de la Régence, 3 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : CLAUDE MONET – L’EXPÉRIENCE IMMERSIVE Comme pour l’exposition consacrée il y a peu à Vincent Van Gogh et qui s’est tenue à la Bourse de Bruxelles, Claude Monet – L’expérience immersive utilise les nouvelles technologies du digital pour animer les toiles de Claude Monet et vous intégrer à son univers. Ainsi des projections de plus de trois cents œuvres de l’artiste défilent à 360° et vous garantissent une aventure unique. Vous commencerez la visite par une introduction à Claude Monet, avec une explication de sa technique et de ses influences, ainsi qu’un survol de son existence. Ensuite, vous serez embarqués dans la salle immersive où défilent de manière animée, créative et surprenante les toiles de l’artiste. Un éveil des sens grâce aux coups de pinceaux virtuels et à la musique originale du compositeur belge Michelino Bisceglia. Vous assisterez à un spectacle son et lumière époustouflant ! Petit bonus avec l’Atelier Giverny, qui n’est autre que l’atelier de Monet. Vous y quitterez l’art digital pour contempler de nombreuses reproductions de l’artiste. En fin de parcours, retour à l’art digital avec une expérience VR (réalité virtuelle). Ce sera l’occasion de vous glisser dans la peau de Monet, grâce à des lunettes spéciales. Cette rencontre unique de dix minutes vous emmènera dans son atelier à Giverny mais aussi à Londres, aux Pays-Bas et en Norvège. Claude Monet – L’expérience immersive s’adresse à tout public, aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Il s’agit d’un moment exceptionnel pour une découverte à deux, une activité de groupe, une sortie familiale ou une visite solo. Une surprise attend les âmes artistiques. Au demeurant, un événement sensitif à découvrir sans tergiverser jusqu’au 19 avril 2020. Ne manquez pas cette odyssée exceptionnelle et voyez toutes les informations pratiques sur le site www.expo-monet.be Rue du marché-aux-herbes, 116 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : ANTARCTICA Explorez l’Antarctique comme si vous y étiez ! L’exposition Antarctica vous emmène en expédition en Terre Adélie, aux abords de la base française Dumont d’Urville. Vous êtes prêt ? Entrez dans le vestiaire où se préparent les plongeurs, avant de glisser avec les phoques et les manchots dans l’eau glacée de l’océan Austral. Puis rejoignez-les dans les profondeurs grouillantes d’espèces étranges et magnifiques. De retour à la surface, vous voilà au beau milieu de la banquise, à quelques mètres à peine d’une colonie de manchots empereurs. Asseyez-vous et écoutez leurs appels, observez comment ils s’occupent de leurs jeunes, regardez-les se tenir au chaud en se serrant les uns contre les autres … Il y a tant à voir dans ce paysage à 360 ° ! Antarctica se veut une exposition immersive au cœur de ce continent exclusivement accessible aux scientifiques. De superbes films projetés sur de grands écrans – dont une projection finale à 360 ° – et des infographies sur le mode de vie des animaux vous font découvrir la fascinante biodiversité terrestre et sousmarine du pôle Sud. Luc Jacquet, le réalisateur oscarisé pour son film documentaire La Marche de l'empereur, présente dans cette exposition deux mondes contrastés : un désert de glace inhospitalier où vivent à peine quelques espèces animales (des oiseaux et mammifères marins) et un monde sous-marin qui regorge de vie avec plus de neuf mille espèces de poissons, mollusques, crustacés, coraux, etc. Ses images impressionnantes et souvent uniques vous feront réaliser combien l'Antarctique est beau, mais également fragile ! Une exposition à découvrir jusqu’au 30 août 2020 au Musée des Sciences naturelles. Trouvez tous les détails pratiques sur le site www.naturalsciences.be Rue Vautier, 29 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : CROSSROADS On le sait, la fin de l’Empire Romain a plongé l’Europe dans une période de déclin. C'est du moins la version classique que l'on entend lorsque l'on parle du Haut Moyen Âge, cette époque située entre 300 et 1000 après J.C., également surnommée « Âge sombre ». Peuples en migration, nouvelles structures politiques, changements climatiques, conflits religieux, ... Cette période a néanmoins plus de points communs avec notre monde moderne qu’il n’y paraît. Un temps d’échanges et de contacts grâce aux voyages, au commerce, à la diplomatie et aux guerres. L'exposition « Crossroads » vous invite à reconsidérer vos certitudes et à voyager à plus de mille ans du XXIe siècle pour aller à la rencontre des Avars, des Francs, des Mérovingiens, des Byzantins, des Égyptiens et des Vikings par le truchement d’objets qui illustrent à merveille un savoir-faire et des techniques artisanales qui, toutes, témoignent d’un haut degré de civilisation. Bijoux mérovingiens, manuscrits en parchemin écrits en runes, monnaies en or des empereurs byzantins, textiles coptes aux motifs et aux couleurs étonnantes se tutoient pour proposer un fascinant dialogue qui rappelle à quel point tout changement peut devenir vecteur de nouveauté et de transformation. Loin des livres scolaires poussiéreux qui se complaisaient à parler de barbarie, la fin de l’héritage antique n’a jamais été synonyme de chaos ni d’apocalypse. Au contraire, la population a dû s’adapter à une dynamique qui a encouragé les influences réciproques entre nations pour voir naître de nouvelles identités culturelles. Le Musée du Cinquantenaire propose de réveiller l’archéologue qui sommeille en chaque visiteur jusqu’au 29 mars 2020. Plus de détails sur www.artandhistory.museum Parc du Cinquantenaire à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : EKPHRASIS L’écriture artistique demeure une tradition qui remonte à l’origine au passé lointain, dont les différents aspects ont assumé au fil du temps des modalités et des rôles très variés : des traités théoriques (da Vinci), aux mémoires autobiographiques (Cellini), aux textes historiques et critiques (Vasari) jusqu’à la poésie (Michel-Ange), tout en s’intégrant parfois directement aux œuvres plastiques et à l’art visuel par l’utilisation des lettres de l’alphabet, de mots ou de textes. L’exposition « Ekphrasis » (ou « L’écriture dans l’art ») montre de nombreux exemples de cette pratique au XXe et au XXIe siècle. D’une part, via la peinture ou la sculpture et, d’autre part, par le truchement l’écriture comme moyen de remplacer ou de décrire l’image. Dans son texte sur la néo-rhétorique, Roland Barthes parle de l’Ekphrasis comme étant « un fragment anthologique qui peut être transféré d’un discours à l’autre ». Dans le cadre de cette exposition, le terme choisi ne doit pas être interprété à la lettre, mais plutôt comme un titre le plus proche possible de l’attitude adoptée par certains créateurs, qui consiste non seulement à produire des images par l’écriture, mais aussi à la pratiquer de manière à la rendre similaire aux origines de la formation de sa propre image. En synthétisant encore davantage, on pourrait définir le projet de cette manifestation comme une observation et une réflexion sur des œuvres et des textes créés par des femmes et des hommes qui sont évertués à penser par images. Cet événement rassemble le résultat du travail d’une quarantaine d’artistes ayant œuvré dès les années soixante. A voir jusqu’au 9 février 2020 à la Villa Empain. Plus de détails sur le site www.villaempain.com Avenue Franklin Roosevelt, 67 à 1050 Bruxelles


EXPOSITION : JEUNESSE REBELLE : GRANDIR EN EUROPE DEPUIS 1945 En Europe et au cours des 70 dernières années, d’un groupe qui subissait l’histoire, les jeunes sont devenus un groupe qui a façonné celle-ci. L’exposition porte un regard sur quatre générations d’adolescents devenus adultes à des moments cruciaux du parcours européen : la fin des années 40, les années 60, les années 80 et les années 2000. Elle s'arrête sur les expériences clés de la jeunesse : l’éducation et l’emploi, la formation d’une identité et la rencontre de l’amour. Ces expériences sont inévitablement rythmées par la politique, la société, la culture et l’économie du moment. Être jeune dans un monde riche et libre est une expérience très différente de celle vécue par une jeunesse marquée par la pauvreté ou l’oppression. Un peu partout, les jeunes choisissent de rompre avec les valeurs de leurs parents et se voient comme une génération différente. Ils forgent leur propre culture avec leurs propres valeurs, des valeurs pour lesquelles les jeunes sont prêts à se battre ou même à mourir. L’occasion de revenir sur les rêves des visiteurs, de les plonger dans une machine à remonter le temps et de rappeler qu’hier n’était pas forcément mieux qu’aujourd’hui. Un événement à découvrir jusqu’au 29 février 2020 à la Maison de l’Histoire européenne. Plus de détails sur https://historiaeuropa.ep.eu/fr Rue Belliard, 135 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : BACK TO BRUEGEL La mythique Porte de Hal, vestige de l'enceinte médiévale de Bruxelles, s'ouvre sur l'univers du peintre Bruegel et invite à un plongeon surprenant dans une version en réalité virtuelle de ses peintures mondialement connues. Quatre œuvres prennent vie et vous entraînent dans la vie quotidienne d’il y a 450 ans. Voyagez au cœur du XVIe siècle face à d’authentiques trésors du Nouveau Monde, des armes et des armures, des instruments de musique et d’autres joyaux extraits des Musées royaux d’Art et d’Histoire. Complétez votre découverte par le toucher, l’odorat ou la manipulation. Au sommet du bâtiment, profitez également du magnifique panorama sur la capitale et laissez-vous transporter dans le passé grâce aux longues-vues virtuelles. Pour agrémenter le parcours, un audioguide gratuit est disponible en six langues : français, néerlandais, anglais, allemand, espagnol et russe. Enfin, après la visite, les enfants peuvent profiter de la plaine de jeux située à cent mètres de là. Un événement à découvrir en famille jusqu’au 18 octobre 2020. Plus de détails sur le site www.kmkg-mrah.be Boulevard du Midi, 150 à 1060 Bruxelles


EXPOSITION : EMMANUEL LEPAGE Loin de l’image de l’auteur isolé dans son atelier, Emmanuel Lepage, né le 29 septembre 1966 à Saint-Brieuc en Bretagne, incarne l’artiste avide de voyages, de rencontres, de découvertes et de partages. Il emmène ses lecteurs en Amérique du Sud via « Terre sans mal » et « Muchacho », puis se met au reportage graphique après avoir découvert l’Antarctique. De là naissent, entre autres, « Voyages aux îles de la Désolation », « Un Printemps à Tchernobyl » et « La lune est blanche ». Son goût pour l’évasion et sa curiosité pour le monde et les gens donnent forme à une œuvre colorée d’une grande finesse et chargée de sensibilité, synonyme d’exaltation, d’intensité et d’humanité. Sa palette somptueuse et ses récits nous emmènent dans un univers fascinant, qui invite à voir le monde autrement. Champion de la bédé moderne qui ne renie jamais son héritage né au fil de lectures diverses et dans la passion, il propose le plus souvent des livres engagés, qui parlent de notre siècle et qui invitent à la réflexion. L’exposition qui lui est consacrée au centre belge de la Bande dessinée s’achève le 8 mars 2020. Plus de détails sur le site www.cbbd.be Rue des sables, 20 à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : DIEU LE PÈRE « Dieu le Père » est le nouvel opus de la vie de Roda. On se souvient de l’énorme succès qu’il fit au Poche avec son « On the Road… A » (prix de la critique 2016), dans lequel il évoquait ses racines et concluait à la nécessité d’être de quelque part, lui qui est né au Maroc, a grandi en Guinée, possède la nationalité belge et se revendique d’une gueule d’italien pour faciliter ses sorties en boîte. Avec sa nouvelle création, il pèle une nouvelle couche de son existence et part à la rencontre d’un père absent et fantasmé qu’il a fini par rejoindre. J’ai essayé de garder contact avec lui au téléphone. Dans les meilleurs jours, on atteignait trente secondes. Notre record était une minute dix. C’était parce qu’il y avait un problème de réseau. On a passé vingt-cinq secondes à dire « Allo ? Tu m’entends ? ». Il évoque également sa mère avec une énorme honnêteté et sans fausse pudeur, le repli religieux et le salon de beauté qu’elle a créé et baptisé : Institut Makki, avec banc solaire et pédicure, qui a fait sa fortune. Pour dresser le bilan de son existence, Roda remercie beaucoup Dieu, avec lequel il forme (sa mère et lui) une trinité bizarroïde. Il a pris l’habitude de négocier tant le bonheur des siens que l’achat de nouvelles baskets. Avec Allah, il se permet une conversation honnête sans parti pris. Quoique … La profondeur de ce texte, son humour et sa sincérité ont poussé la direction du Poche à assurer la création de ce one-man show mis en scène par Pietro Pizzuti et à découvrir sans retenue du 7 au 25 janvier 2020 à 20 heures 30 au Théâtre de Poche. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.poche.be Chemin du Gymnase, 1A à 1000 Bruxelles


DOCUMENTAIRE : TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA MOMIE Qui était donc Rascar Capac, la momie inca « qui déchaîne le feu du ciel » ? Lugubre et squelettique, elle arpente les vignettes d’Hergé, en jetant des maléfices sur ses proies à l’aide de petites boules de cristal. Gare à vous si vous avez un jour divulgué les secrets du Grand Inca des Andes. Un documentaire vient de révéler l’histoire de cette momie. Enfants, nous l’avions découverte dans Tintin et les 7 Boules de cristal où elle se vengeait des explorateurs audacieux qui l’avaient ramenée de leur expédition lointaine en Amérique du Sud. Elle avait quelque chose d’effrayant lorsqu’elle se pointait, la nuit, dans l’embrasure d’une fenêtre pour plonger le professeur Bergamote et ses invités dans un profond sommeil léthargique. Elle nous terrifiait autant que les explorateurs eux-mêmes. Elle a hanté les nuits de beau nombre d’entre nous qui finissions l’album, la peur au ventre. Elle a aussi inspiré Le Cri d’Edvard Munch. Cette momie est à l’origine de la vocation de Serge Lemaître, archéologue et conservateur de la section précolombienne au Musée royal d’art et d’histoire du Cinquantenaire. On le retrouve comme investigateur dans le documentaire de Frédéric Cordier, Tintin et le mystère de la momie Rascar Capac. En 52 minutes, ce moyen-métrage à paraître en DVD fait le tour de la question et nous dit qui était Rascar Capac. Avec le conservateur et son adjointe Caroline Tillieux, nous partons à la découverte du passé de cette momie longtemps conservée, avec d’autres corps momifiés, dans les réserves du MRAH. Elle n’avait pas de nom quand elle fut léguée, vers 1840, au musée alors installé porte de Hal, mais elle portait seulement un numéro d’inventaire : AAM 3959. Le baron belge Jean-Baptiste Popelaire de Terloo fut son acquéreur. Aventurier et ornithologue, il avait fait naufrage au large du Chili, en ramenant dans ses bagages une foule d’objets amérindiens, dont sept momies conservées dans des caisses. Mais d’où venaient-elles et où les avait-il trouvées, on n’en savait rien. Jusqu’à ce que les scientifiques se prennent d’intérêt pour elles, suite à la découverte de la tombe de Toutankhamon dans la vallée des Rois en 1922. Les momies devinrent alors des sujets d’étude. Hergé et les momies incas Contrairement aux momies égyptiennes, les momies incas ont le corps dénudé, assis sur les genoux qui sont repliés et attachés contre le buste, avec les mains posées sur les épaules. Elles forment comme un paquet destiné à être enseveli dans des fosses semi-circulaires recouvertes de sable. On a en effet découvert des momies au nord du Chili, près de la frontière du Pérou, dans les grandes dunes surmontant la côte du Pacifique, à des hauteurs qui les protégeaient des tsunamis fréquents dans la région. Et à la différence de l’Egypte, les corps n’étaient pas momifiés mais préservés naturellement par la sécheresse du climat. Tous les corps, car ils étaient tous pareillement ensevelis. Pas seulement donc les rois et les dignitaires. Quant au nom, c’est Hergé qui l’a trouvé, à la recherche d’une momie et d’une histoire à raconter dans sa bande dessinée. Il remplaça le numéro d’inventaire par Rascar Capac lorsqu’il finit l’album en 1947. Il l’avait commencé en 1943, mais ses albums étant interdits de publication après la guerre, il avait laissé la bande inachevée avant de s’y remettre et de lui donner une suite dans Le Temple du Soleil. Rascar semble tiré de lascar, individu rusé jouant des tours comme la momie, et Capac rappelle le nom des rois incas, dont le légendaire Manco Capac qui est à l’origine de l’Empire inca au début du XIIIe siècle. Hergé était féru d’histoire et c’est dans les livres qu’il avait puisé le nom du personnage.


La momie était-elle bien ce grand Inca, fils du Soleil ? De Bruxelles à Paris au Musée de l’Homme, et de Paris à Cuzco, capitale des Incas au Pérou, le documentaire nous livre tous les secrets de la momie. Non, ce n’était pas un roi inca ni un grand dignitaire religieux. C’était un petit Indien d’un mètre cinquante-quatre, qui souffrait du dos, avait de l’arthrose et qui mourut à 25 ans, après avoir chassé les loups de mer, ou phoques, avec un harpon de bois. Cette momie est ainsi celle d’un chasseur-pêcheur sur la côte chilienne du Pacifique, près de la frontière péruvienne. On a prélevé des morceaux de peau pour dater les restes au carbone 14 : le pêcheur serait mort entre 1480 et 1560 sous les Espagnols. Le documentaire de Frédéric Cordier nous en fait la démonstration précise en interrogeant les scientifiques et en allant vérifier leurs dires sur place. Analyse de tous ces éléments dans le film, assortis des détails recueillis dans les musées et à la clinique St-Luc pour le scanner de Rascar Capac. Voilà donc le mystère élucidé. Triste pour la momie des 7 Boules de cristal qui en perd son aura, mais c’est un grand pas pour le musée de l’art précolombien au Cinquantenaire, qui saura maintenant comment expliquer son origine aux visiteurs. « Si le film est un documentaire mélangeant à la fois histoire et recherche scientifique moderne, le ton du film se veut aussi léger et ludique, tel un album de Tintin qu’on ouvre et dont on reste mordu par l’esprit d’aventure et de découverte », conclut le réalisateur qui s’apprête à tourner un autre documentaire sur l’Aurora, le Titanic du Titicaca. Le documentaire de 52 minutes sera visible à la RTBF en janvier, outre sa parution prochaine en DVD. Tintin et le mystère de la momie Rascar Capac de Frédéric Cordier, coproduit par Un film à la patte, Panoramique Terre et Moulinsart sa, Belgique 2019. DVD à paraître bientôt. Michel Lequeux

DVD : PLAYMOBIL - LE FILM Après Lego, voilà Playmobil qui franchit le cap du grand écran, avec un long métrage destiné aux enfants. L’occasion de faire se succéder plusieurs univers de la célèbre marque et de passer successivement du monde des pirates à celui des Vikings, des Romains à celui des fées, etc. Le récit est bien sûr un prétexte. Les esprits chagrins parlent d’une gigantesque opération de marketing bien huilée et destinée à promouvoir les jouets préférés des enfants. La question demeure celle-ci : Est-il nécessaire de faire une pub tous azimuts ? Non, dans la mesure où les petits personnages en plastique sont implantés parfaitement dans les mœurs enfantines. Oui, si on considère qu’un peu de promo ne nuit jamais à l’image d’une firme qui possède le vent en poupe ! En-dehors de ces considérations purement théoriques, « Playmobil : le film » reste un récit dynamique. Tout débute lorsque Charlie, le petit frère de Marla, disparaît. Directement, elle se lance à sa recherche et ses investigations l’emmènent aux quatre coins du monde, obligée à traverser diverses dimensions. Le rythme est trépidant, avec un zeste d’humour, de l’action et des pelletées de bons sentiments. Naturellement, comme il s’agit d’une quête, les dangers ne manquent pas et se multiplient sur la route de l’intrépide. Heureusement, tout s’achève dans la joie des retrouvailles. « Playmobil le film » s’adresse avant tout aux moins de dix ans. Daniel Bastié


CINÉMA : 1917 Film de guerre de Sam Mendes, avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Colin Firth, Andrew Scott, Mark Strong, Benedict Cumberbatch et Richard Madden. Etats-Unis/Royaume-Uni 2019, 120 min. Sortie le 15 janvier 2020. Résumé du film – Au plus fort de la Première Guerre mondiale, deux jeunes soldats britanniques, Schofield et Blake, se voient confier une mission impossible. Dans une course contre la montre, ils doivent traverser les lignes ennemies pour arrêter l’offensive du lendemain vouée à l’échec. Si elle a lieu, cette offensive entraînera la mort de 1 600 hommes, dont le frère de Blake. S’engage alors une poursuite dans l’enfer des tranchées avec les Allemands qui sont à l’affût. Commentaire – Avec 1917, Sam Mendes, le réalisateur anglais d’American Beauty, Skyfall et Spectre, commémore le centenaire de la Grande Guerre. Celle qui a coûté la vie à dix millions de civils et de militaires. Il ne le fait pas de n’importe quelle façon, mais avec un seul plan-séquence qui nous plonge au cœur du conflit. Pendant deux heures, la caméra suit pas à pas par un travelling continu, tantôt en les précédant dans les tranchées, tantôt en les suivant, tantôt encore en les prenant latéralement, ces deux soldats britanniques qui affrontent les dangers des lignes ennemies. Avec eux, on est plongé au cœur de l’enfer : la boue qui régurgite les cadavres, les trous inondés des bombes, les barbelés, les yeux crevés par les vautours, les bras amputés, les chars éventrés. Partout, c’est l’horreur qui nous assaille, sans que la caméra lâche un seul instant nos deux héros qui s’avancent parmi les décombres. Peu de films ont été consacrés à la guerre 14-18, à part Cheval de guerre de Spielberg qui montrait l’héroïsme de l’animal face aux massacres des deux camps. Sam Mendes y revient avec cette fresque immersive qui nous fait vivre dans nos entrailles l’incommensurable chaos de la Grande Guerre. Avec toute sa folie inhumaine. Il y est aidé par la prise de vue en continu de son cameraman attitré Roger Deckins, qui s’est arrangé pour qu’on ne voie pas les raccords entre les plans (coupés dans les endroits imperceptibles comme les casemates ou la nuit). La netteté parfaite des scènes, filmées avec les focales très courtes du grand angle, nous permet de suivre la progression des deux soldats dans le champ du paysage. Rien n’échappe à l’œil du spectateur confronté à l’expressionnisme des vues. A tout instant, on se demande d’où va provenir la balle des tireurs allemands embusqués. Sam Mendes, qui a coécrit le scénario avec Krysty Wilson-Cairns, s’est inspiré des souvenirs de son grand-père Alfred, vétéran de la Grande Guerre décoré pour sa participation aux batailles sur le front belge. Même si aucun lieu n’est mentionné, c’est toute la guerre qui est concentrée dans ce film, avec toute son horreur. Deux jeunes acteurs britanniques l’illustrent à merveille : George MacKay et DeanCharles Chapman, venus des séries télévisées (Game of Thrones), qui nous montrent leur talent et leur conviction pour incarner la grande fresque historique. Thomas Newman, le compositeur de Skyfall, achève de faire vibrer à l’écran cette journée héroïque entre toutes. Avis – Une immersion dans la Grande Guerre racontée par un long plan-séquence. 1917 restera dans les annales du cinéma. Michel Lequeux


CINÉMA : GLORIA MUNDI Drame de Robert Guédiguian, avec Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier, Lola Naymark, Robinson Stévenin et Grégoire Leprince-Ringuet. France/Italie 2019, 107 min. Sortie le 1er janvier 2020. Résumé du film – Après des années d’incarcération, Daniel sort de prison et découvre qu’il est devenu grand-père. Son ex-femme Sylvie, qui s’est remariée, fait les ménages mais a toutes les peines du monde pour nouer les deux bouts. Son mari conduit les bus la nuit, Mathilde est vendeuse dans un prêt-à-porter éphémère, et sa demi-sœur Aurore tient la caisse d’un atelier de réparation des petits ustensiles dirigé par son compagnon. L’autre beau-fils vit, lui, d’expédients. Quand un coup du sort fait basculer ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout faire pour aider cette famille dans le besoin. Commentaire – Robert Guédiguian, réalisateur et coscénariste de ce drame social, met en scène avec Gloria mundi une famille recomposée qui lutte contre la précarité de l’existence. C’est à Marseille, comme dans bon nombre de ses films, que le réalisateur scrute l’histoire de ceux qu’il appelle, en se référant à Victor Hugo, les « pauvres gens » : les misérables luttant chaque jour pour survivre. Il campe les ouvriers, les salariés, les petits patrons, les chômeurs, les déclassés et les prostituées qui font le trottoir pour amasser quelques sous. Il montre la vie de ces femmes qui cèdent à la promotion facile du canapé pour trouver un emploi. Comme Mathilde qui s’abandonne dans les bras de son beau-frère pour devenir la gérante d’un magasin de bricolage. Ainsi passe la vie (sic transit, dit le film) de ces laissés-pour-compte dans un drame qui évoque la fragilité des plus démunis. Guédiguian fut militant du parti communiste français dans sa jeunesse, et c’est dans les rues qu’il côtoya la misère sociale. L’irréparable sera en effet commis par un de ces cas sociaux à la recherche d’un maigre emploi. L’ancien détenu fera tout, quitte à se dénoncer, pour réparer le geste criminel de son beau-fils. Ce détenu est incarné par Gérard Meylan, l’ami de longue date du réalisateur qui fit sa connaissance en vendant L’Humanité dans les rues, à la criée. Gérard ressemble fort au regretté Pierre Mondy (le commissaire Cordier) dont il a la bonhomie bourrue, le calme avant la tempête, mais aussi le courage d’assumer un crime qu’il n’a pas commis. Car son cœur est celui d’un homme pétri d’humanité, sans aucune ruse. Le réalisateur marseillais lui a confié, comme d’habitude, le rôle d’un observateur un rien désabusé mais compatissant au sort de ses semblables. C’est un habitué de ce registre dramatique : 37 ans de carrière, 34 films (souvent des drames) mais aucune récompense à ce jour. Dommage pour ce grand acteur français qu’on a revu récemment dans La villa (2017), avec Ariane Ascaride, l’épouse de Guédiguian qui, là encore, réalisait le film. Avis – Un drame social qui nous fait vivre la misère enracinée des quartiers populaires de Marseille. On est pris à la gorge, même si la fin aurait pu être différente, dans un registre moins noir. Michel Lequeux


CINÉMA : SEULES LES BÊTES Thriller de Dominik Moll, avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Damien Bonnard, Nadia Tereszkiewicz et Valeria Bruni Tedeschi. France/Allemagne 2019, 117 min. Sortie le 1er janvier 2020. Résumé du film – Une femme disparaît dans une tempête de neige sur un plateau des Cévennes où subsistent quelques fermes isolées. Alors que la gendarmerie se met à sa recherche, cinq personnes sont impliquées dans cette disparition mystérieuse, balayée par les vents d’hiver. Chacune détient un secret qui permettra de résoudre l’énigme dont la solution est loin de là. Très loin. Commentaire – A partir du polar éponyme de Colin Niel (paru aux éditions du Rouergue en 2017), romancier qui tient lui-même un petit rôle dans le film, Dominik Moll développe un récit à tiroirs dont les éléments s’emboîtent comme dans un puzzle. Peu à peu, en effet, les maillons se mettent en place pour former une chaîne qui décrit le drame de ces éleveurs livrés à la montagne, solitaires et abandonnés à eux-mêmes. Ils s’accrochent à leurs bêtes, à leur chien, comme à une bouée de sauvetage pour ne pas sombrer dans la folie. A l’autre bout de la chaîne, il y a les Africains qui rêvent de faire fortune. Ce sont les « brouteurs », c’est-à-dire les arnaqueurs. Ils arnaquent en effet, avec la toile, les Européens retranchés dans un Eldorado de luxe. Enfin, c’est ce qu’ils croient. Entre les deux mondes séparés par la distance mais que rapprochent les réseaux sociaux, se passe alors un jeu de séduction. Un jeu de dupes auquel se laissent prendre certains pigeons, sur l’air répété d’Alain Barrière « Tu t’en vas... », qui sert de générique au film. Ils n’ont plus rien d’autre à faire, ces pigeons d’Europe, qu’attendre l‘âme sœur qui viendra les sauver de leur détresse. C’était donc une bonne idée de confronter la solitude des demeurés, des laissés-pour-compte, avec celle des Africains qui rêvent de gagner l’Europe pour s’enrichir. Les tiroirs sont bien ouverts, mais deux heures pour les refermer, c’est long, beaucoup trop long. Et le spectateur de s’impatienter sur un thriller qui n’en finit plus. Dominik Moll, réalisateur franco-allemand de sept films et coscénariste de l’intrigue avec Gilles Marchand, aurait pu, aurait dû ramener le sujet à l’essentiel, au lieu de rouvrir les tiroirs sur certaines invraisemblances. Et d’en faire, à la limite, un documentaire sur les « brouteurs » de la Côte d’Ivoire, qu’il filme sur place dans des séquences tournées à Abidjan. Il les montre avec leur féticheur et leurs filles faciles, aimantées par l’appât du Blanc. Oui, sans doute, le réalisateur a réduit le récit, faisant l’impasse sur certains personnages présents dans le roman, mais pas assez pour tenir le spectateur en haleine d’un bout à l’autre. La fin vire au règlement de compte et n’apporte plus rien à l’intrigue. Seules les bêtes est interprété, notamment, par Damien Bonnard qui a joué dans six films en 2019, dont J’accuse. Il campe, aux côtés de Denis Ménochet, un campagnard frustre qui n’a plus que la montagne et ses bêtes pour se raccrocher à la vie. Et quand la vie n’a plus d’espoir... Allez voir le film pour connaître la suite si je n’en ai pas trop dit. Avis – Un polar qui se boucle sur lui-même après des tiroirs ouverts et refermés sur un scénario tiré en longueur. Où la forme gâche le fond, qui aurait mérité mieux. Michel Lequeux


CINÉMA : JUDY Biopic de Rupert Goold, avec Renée Zellweger, Rufus Sewell, Jessie Buckley et Finn Wittrock. EtatsUnis 2019, 118 min. Sortie le 15 janvier 2020. Résumé du film – A la fin des années 60, la star du Magicien d’Oz s’apprête à donner une série de concerts à Londres. Mais sa voix s’est fragilisée au fil du temps et Judy Garland est au bout du rouleau, détruite par une vie entièrement consacrée à Hollywood et à sa carrière. Epuisée par son métier qui la mène d’hôtel en hôtel, par ses addictions à la drogue et ses histoires d’amour ratées, elle va pourtant une dernière fois céder à la passion dans les bras du producteur de disques Mickey Deans. Commentaire – Ce biopic dramatique est adapté de la comédie musicale End of the Rainbow écrite par Peter Quilter en 2005. Et comme le mot End l’indique, le film s’attache aux derniers moments de la vie de Judy Garland, actrice, chanteuse et danseuse américaine décédée à Londres en 1969, à l’âge de 47 ans. Elle s’était illustrée par Over the Rainbow qu’elle chantait dans Le Magicien d’Oz, qui l’avait propulsée en 1939 au rang des stars de la comédie musicale. Judy commence cette chanson à la fin du film, sur une voix cassée, brisée, qui s’interrompt et qui sera reprise en chœur par l’assistance. Judy nous raconte la déchéance de cette icône du 7e art, minée par ses ennuis de santé, par les barbituriques qu’elle prenait et qui l’emporteront, et par son culte de la chanson à tout prix. On la suit dans sa dernière prestation sur scène, aux côtés de son imprésario que campe Jessie Buckley, alors qu’elle tente une dernière fois de croire à l’amour (elle s’est mariée quatre fois, dont deux avec des homosexuels). Renée Zellweger prête sa voix et ses traits à la vedette de la MGM, dans une performance qui vaut le détour et qui lui a valu des avis dithyrambiques de la part des critiques de cinéma. Il faut dire que la ressemblance est frappante et que celle qui a incarné Bridget Jones dans la trilogie du même nom s’est vraiment coulée dans son personnage, en y mettant le visage fripé, les yeux avides et la bouche en cul de poule de la chanteuse. Renée Zellweger nous revient après avoir été mise à l’écart cette décennie, suite à ses interprétations de Bridget Jones pour lesquelles elle avait dû prendre des kilos en trop et malgré plusieurs comédies musicales récompensées. On dit qu’elle était devenue méconnaissable à cause de la chirurgie esthétique. Ce biopic relance incontestablement le fil de sa carrière. Le film est signé Rupert Goold, metteur en scène britannique qui vient du théâtre et dont Judy est le second long métrage après le thriller américain True Story (2015). Avis – Un biopic dramatique sur la fin de carrière de Judy Garland, qui relance l’intérêt pour cette icône de la comédie musicale d’après-guerre. Michel Lequeux


CINÉMA : ADORATION Drame de Fabrice Du Weltz, avec Thomas Gioria, Fantine Harduin et Benoît Poelvoorde. Belgique/France 2019, 98 min. Sortie le 15 janvier 2020. Résumé du film – Paul, un jeune garçon de 14 ans dont la mère est femme de ménage dans une clinique psychiatrique, tombe amoureux d’une adolescente internée pour des troubles du comportement. Cette jeune fille s’appelle Gloria et, comme la robe rouge qu’elle porte, elle est solaire, d’un tempérament de feu. Paul va s’enfuir avec elle dans la forêt, loin du monde des adultes qui leur fait peur, après que Gloria a précipité dans le vide, du haut de l’escalier, une infirmière de service. Commentaire – Tout tremble dans Adoration, avec les images filmées en gros plans qui traduisent le désarroi des deux jeunes fugueurs. Ce côté brouillon des scènes, ayant du mal à s’ancrer dans le paysage, déconcerte d’abord. On se dit que le cameraman devrait stabiliser ses plans au lieu de s’égarer sur les visages perdus dans le feuillage. On comprend très vite que la photo signée Manu Dacosse (et récompensée par un prix au Festival fantastique de Sitges) traduit le manque de repères de ces adolescents qui fuient la société. En glissant sur leurs visages, la caméra glisse aussi sur leur malaise, leur soif de liberté exprimée par le vol des oiseaux dans le ciel. Le drame s’achèvera d’ailleurs sur des cigognes qu’ils regardent passer par-dessus leurs têtes, en rêvant à la liberté qu’ils vont perdre s’ils sont arrêtés par la police lancée à leurs trousses. Adoration, c’est aussi et d’abord les premiers émois amoureux qui nous rappellent After dans la rivière où se baignent Paul et Gloria. La caméra les filme en train de nager l’un vers l’autre. Elle tourne autour de leurs lèvres qui se rapprochent avant de se prendre. Délurée, Gloria masturbera Paul à l’ombre des feuilles, lui demandant s’il aimerait lui faire l’amour. Il est le seul qui ait sa confiance. La colère est sa réponse aux autres. Cette colère qui va devenir de la folie furieuse. Vêtue de rouge, Gloria se transforme en une furie, d’abord contre l’infirmière qu’elle projette dans le vide, puis contre les bateliers hollandais dont elle incendie le bateau. Ou encore contre Hinkel, incarné par Benoît Poelvoorde, dont elle précipite la voiture dans le fossé, alors que le campeur les conduisait à l’hôpital. Elle sent si on veut l’empêcher d’aller au bout de ses rêves, en Bretagne où Paul a promis qu’il l’emmènerait. Paul contre qui elle s’emporte aussi dans une crise de schizophrénie. Petit clin d’œil à cette coproduction belgo-française soutenue par la RTBF et Wallimage : Gloria parle néerlandais avec les bateliers qui les ont recueillis sous la pluie battante. C’est Fantine Harduin, actrice belge née le 23 janvier 2005, qui incarne l’héroïne. Elle a confirmé son jeune talent dans Le Voyage de Fanny où elle interprétait l’une des sœurs de l’héroïne (2016) et dans Happy End de Michael Hancke (2017). Quant à Thomas Gioria, on l’a déjà vu dans Jusqu’à la garde, premier film de Xavier Legrand où il jouait le rôle d’un adolescent devant subir le divorce de ses parents. Il a été primé comme le meilleur espoir masculin aux Césars 2019. Ce drame est signé Fabrice Du Welz, réalisateur belge qui a commencé sa carrière dans le Super 8. Son premier long métrage Calvaire, film d’horreur, avait obtenu le prix du Jury au Festival de Cannes en 2004. Adoration est son 6e film, récompensé par le Prix de la meilleure interprétation pour les deux jeunes acteurs au FIFF 2019. Avis – Une fugue qui nous plonge dans la tête de deux jeunes déboussolés. Les images traduisent leur manque de repères et leur soif de liberté. Brouillon mais envoûtant. Michel Lequeux


CINÉMA : SCANDALE Drame de Jay Roach, avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, John Lithgow, Malcolm McDowell et Kate McKinnon. USA 2019, 108 min. Sortie le 29 janvier 2020. Résumé du film – Un scandale éclate dans les coulisses d’une chaîne de télévision aussi puissante que controversée. Après des années passées à se voiler la face, des femmes journalistes sont désormais prêtes à briser la loi du silence pour dénoncer les agissements de leur patron. Mais leur parole aura-t-elle un poids face à l’homme le plus puissant de l’industrie des médias ? Commentaire – Inspiré d’un scandale qui est à l’origine de « l’affaire Harvey Weinstein », ce biopic nous plonge au cœur du drame. On revit le harcèlement sexuel des trois « bombes » du petit écran. Ces trois femmes, interprétées par Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie, se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Même volonté chez elles de plaire à tout prix, de s’exhiber dans le « prime time » des émissions. Même volonté de réussir à la télé. Blondes, elles ont le même regard qui étincelle, les mêmes lèvres pulpeuses, les mêmes seins qu’elles affichent devant les caméras (en les rembourrant avec l’âge), les mêmes hanches moulées dans les jupes étroites qu’elles doivent enfiler pour plaire au producteur. Ce sont les présentatrices du journal télévisé qui ont subi les avances de leur patron. Le succès se paie : c’est en se laissant faire qu’elles ont obtenu leur emploi. Jusqu’à ce que la plus âgée craque, révélant les avances subies dans le passé. Mise au rancard parce que son visage sans maquillage s’est flétri, avec une silhouette moins avenante, elle se venge en dénonçant le producteur. Un patron infâme, sirupeux et colérique, qui les menaçait toutes, si elles se refusaient à lui, de les congédier du plateau séance tenante. Nicole Kidman est la plus âgée de ces barbies du petit écran. Femme-jouet au sommet de la profession, elle est l’exemple « avarié », digéré et repoussé de toutes celles qui ont usé de leur sex-appeal pour franchir le plafond de verre de la télévision. Combien d’autres n’ont pas subi cette promotion canapé dans le bureau de Weinstein ? John Lithgow incarne à la perfection le goujat que fut le magnat du cinéma américain : rusé, sournois, hypocrite, manipulateur et retors, il monnayait son pouvoir sur les jeunes actrices. On le voit à l’œuvre dans Scandale. Les plans rapides, interchangeables, mélangent les trois femmes prises dans l’étau de la profession, au point qu’on s’y perd dans le détail. Et c’est bien ainsi car leur sort est commun. La seule scène osée est celle où la jeune Margot Robbie remonte lentement, sous l’œil grivois du patron, sa jupe noire pour révéler son intimité. On devine la suite qu’elle racontera avec des sanglots dans la voix, en disant qu’elle se sentait salie après cela. C’est bien joué et conforme aux nombreux scandales que la presse a révélés. Le film cependant ne fait qu’illustrer une histoire vieille comme le monde, dénoncée par « Me Too ». Toutes ces femmes ont fini par accuser ceux qui abusaient d’elles, en mettant tous les hommes dans le même panier (ce qu’on peut reprocher à leur mouvement). Le film pointe aussi Donald Trump qui aurait violé une ex-épouse refusant de lui céder et qui s’en prend violemment, par ses injures, à l’une des présentatrices. Avis – Ces trois femmes sont peut-être trop belles pour qu’on y croie vraiment, mais c’est ce qui justifie le harcèlement sexuel dont certaines ont été ou sont les victimes. Du cinéma à la vraie vie, il n’y a souvent qu’un pas que Scandale nous fait franchir. Michel Lequeux


CINÉMA : NOTRE DAME Comédie sentimentale de et avec Valérie Donzelli, Pierre Deladonchamps, Thomas Scimeca, Bouli Lanners et Virginie Ledoyen. France 2019, 95 min. Sortie le 18 décembre 2019. Résumé du film – Elle n’avait pas prévu d’héberger son ex-mari largué par sa petite amie, de tomber enceinte de lui et de rencontrer en même temps un ancien amour de jeunesse dans cet attaché de presse dépêché par la mairie de Paris. Car Maud Crayon, nom de cette architecte décoratrice, vient de remporter le concours du réaménagement du parvis de Notre Dame sous la forme d’un phallus en érection, prêt à éjaculer, qui servira de bouche de métro en face de la cathédrale. Un scandale qui fait grincer beaucoup de dents, notamment celles de son patron maghrébin outré par cette abomination artistique. Les fidèles catholiques lui emboitent le pas en chantant « plus près de toi, Mon Dieu ». Commentaire – Terminée avant que n’éclate l’incendie de Notre Dame à Paris en avril dernier, cette comédie féministe de Valérie Donzelli s’inspire des films de Jacques Tati avec un personnage qui n’arrête pas d’enfiler les bourdes, voire les échecs, au fil des scènes. A la fois dans sa vie privée, où Maud collectionne les amours du passé qu’elle conjugue, et dans sa vie professionnelle où elle se met tout Paris à dos en déposant le projet d’une obscénité artistique. Mais Eiffel n’avait pas fait mieux avec sa Tour qui avait choqué les mentalités à l’époque. La force de cette comédie, c’est de mobiliser les esprits sur l’artistiquement correct. Sa faiblesse, c’est de le faire à travers un scénario où il ne se passe rien, sinon le va-et-vient d’une femme tiraillée entre les deux amours de sa jeunesse, dans un projet fou que la bourrasque emporte jusqu’à la mairie par un heureux concours des circonstances. Cette magie du hasard baigne tout le film et lui donne un aspect féerique. Comme lorsque la maquette de Maud survole les toits de Paris et que la neige fait atterrir sur le bureau de la mairesse subjuguée. Ou lorsqu’un accident chimique se révèle un doux parfum rose qui s’est évaporé d’une fabrique après avoir mis la ville c’en dessus dessous. Ou encore lorsque l’attaché de presse prend la place de l’avocate décédée brutalement au tribunal, pour défendre les idées révolutionnaires de Maud dont il est toujours amoureux. Tout cela est drôle, léger, charmant, pétillant, mais le tout, il faut l’avouer, reste fort superficiel. La cheville ouvrière de Notre Dame est Valérie Donzelli, réalisatrice, scénariste et actrice, très proche de son personnage par sa formation initiale d’architecte et par sa vie privée (elle a eu trois enfants, comme dans le film, le dernier étant de père inconnu). Réalisatrice du clip de campagne de Benoît Hamon pour l’élection présidentielle, elle a signé cinq longs-métrages, dont La Guerre est déclarée en 2011, qui conte les difficultés d’un couple pour sauver leur petit garçon atteint d’une tumeur au cerveau. Couple interprété par Valérie Donzelli et son compagnon Jérémie Elkaïm, devenu entretemps son ex comme dans le film, qui racontent leur propre histoire. Avis – Une comédie féministe où domine la légèreté inspirée de Tati. Et le paradoxe aussi : le sexe en érection face à Notre Dame pose la question de l’artistiquement correct à travers une femme en pleine ébullition sentimentale. Féministe, disions-nous. Michel Lequeux


HOMMAGE À ROBERT DE NIRO Considéré comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération, Robert De Niro s'est forgé une carrière exceptionnelle grâce, entre autres, à sa formidable capacité de s'immerger totalement dans ses rôles. Deux films récents, et non des moindres (The Irishman et Joker), ont donné l'occasion à ce comédien de renouer avec le cinéma de qualité après quelques années de cabotinage. L'occasion pour la Cinematek de proposer une rétrospective de ses plus grandes compositions. C'est sous la houlette de trois maîtres du Nouvel Hollywood que De Niro a acquis sa réputation. D'abord avec De Palma, puis Scorsese et, enfin, Francis Ford Coppola. Après un détour par l'Europe pour interpréter le rôle du fils d’un riche propriétaire terrien, menant une vie insouciante dans la superbe fresque historique « Nocecento » de Bertolucci, il est retourné aux États-Unis, où il est devenu l'un des acteurs les plus en vue, grâce, principalement, à deux rôles. D'abord celui d'un ouvriersidérurgiste de Pennsylvanie, confronté aux pires atrocités de la guerre. Une performance remarquable en tous points, dans un film controversé qui est aussi l'un des premiers à aborder sans détours le sujet encore tabou qu'était la Guerre du Vietnam (« Voyage au bout de l'enfer »). Ensuite, ce que beaucoup considèrent comme son plus grand rôle : une stupéfiante incarnation de Jake La Motta dans « Raging Bull » de Martin Scorsese, composition qui lui a valu l'Oscar du meilleur acteur. Poursuivant les fructueuses collaborations avec les cinéastes qui l'ont révélé, il se tourne également vers d'autres horizons, jouant la carte de la diversité. Sans jamais délaisser le film de gangsters (« Il était une fois l'Amérique », « Heat », « Goodfellas »), genre auquel il s’est souvent associé. Il s'est aussi essayé, avec plus au moins de bonheur à la comédie (« Midnight Run »), à la romance (« Falling in Love »), à la fresque historique (« Mission »), au thriller politique (« Des hommes d'influence ») ou encore au cinéma fantastique (« Frankenstein »). À partir de la fin des années 1990, De Niro a un peu perdu de sa superbe, se fourvoyant dans des films et des personnages qui n’étaient pas à la mesure de son talent. Seules éclaircies dans la grisaille, son rôle d’innommable crapule dans l'incontournable « Jackie Brown » de Tarantino, et deux films qu'il a lui-même réalisés, « Il était une fois le Bronx » et « Raisons d’État », par lesquels il a démontré qu'en plus d'être un comédien hors pair, il possédait également un talent indéniable pour la mise en scène. Jusqu’au 29 février, vous avez l’occasion de revoir ce comédien incontournable sur grand écran. L’hommage se déroule à la Cinematek. Plus de détails sur le site www.cinematek.be Rue Baron Horta, 5 à 1000 Bruxelles

CINÉMA : EUROPALIA ROMANIA La Nouvelle Vague roumaine est devenue une marque de fabrique internationale pour un corpus cinématographique fait de tranches de vie de la société contemporaine, portant la réalité à l’écran dans


sa forme narrative la plus pure. Ces films ont ouvert le public aux préoccupations artistiques, sociales et politiques de leurs réalisateurs, reflétant une culture en constante négociation avec son histoire. Dans le cadre d’Europalia Roumanie, la Cinematek convie le public à une large rétrospective historique sur des thèmes spécifiques, abordant les changements du pays de l’ère Ceaucescu à l’époque actuelle au travers des liens étroits qui unissent le cinéma et la réalité. Soul of a Nation rassemble des adaptations cinématographiques des grands classiques de la littérature roumaine, drames pastoraux, poèmes populaires pittoresques ou œuvres burlesques. Genre : Reality Through Archetypes se penche sur le reflet de la réalité contemporaine dans le cinéma de genre, qu’il s’agisse de la satire de la bureaucratie socialiste, de la dénonciation des inégalités capitalistes et de la course aux armements nucléaires, ou de l’efficacité étonnamment comique de la propagande nationaliste dans les films d’aventure historiques. Plus largement, l’impact inévitable de la propagande d’Etat sur le cinéma et la subversion qu’elle entraîne par nature est représenté dans Propaganda & Subversion par cinq films qui soutiennent ou défient la représentation idéologique de la société et de l’individu dans le communisme. Dans une perspective historique plus précise, (Mal)Adjustment se penche sur les traumatismes de la transition post-communiste des années 1990 en Roumanie, à travers des comédies sombres et amères. Rebels Without a Cause réunit trois portraits affectueux de jeunes captés au seuil de l’indépendance et de l’inévitabilité de la maturité et de la responsabilité sociale, tandis que family Portraits propose des interprétations formellement diverses des relations familiales au cours des cinquante dernières années. Composé à la fois d’œuvres canoniques et de perles cachées du cinéma roumain (certaines présentées pour la première fois à l’échelle internationale), Videograms of a Nation vous propose un voyage dans le cœur et l’âme de la Roumanie. Un programme à découvrir à la Cinématek dans le cadre d’Europalia Romania jusqu’au 2 février 2020. Plus de détails sur le site www.cinematek.be Rue Baron Horta, 5 à 1000 Bruxelles

COUPES DANS LES SUBSIDES CULTURELS FLAMANDS Le Gouvernement flamand a annoncé récemment vouloir « maximiser la valeur sociétale, personnelle et économique de la Culture » en réduisant drastiquement les subsides aux institutions culturelles flamandes. Les subsides de fonctionnements seront rabotés, mais ce sont essentiellement les subventions aux projets qui seront visées et réduites de 60% ! Le secteur culturel flamand est bien évidemment inquiet et a réagi vivement. Ces coupes budgétaires s’ajoutant aux économies imposées au secteur depuis plusieurs années auront pour conséquence la suppression de certains spectacles dès la saison prochaine. La culture est un moteur de développement de la société, au niveau culturel évidemment, mais aussi humain et économique. En Communauté française, la ministre s’est engagée à ne pas rogner sur le budget dédié à la culture. Affaire à suivre ! L’information nous a été transmise par Isabelle Emmery, députée bruxelloise et présidente du Centre culturel Escale du Nord. Sam Mas


ASSIETTE GOURMANDE : PIZZERIA DA ARTURO & LENKA S'il y a bien un endroit où j'aime me restaurer, c'est à la "Pizzeria da Arturo & Lenka" où l'alliance magique entre un sicilien de Catane (Arturo) et une croate originaire de Split (Lenka). Une pizzeria qui a ouvert ses portes il y a 20 ans déjà (mai 1999). L'accueil y est chaleureux, l'ambiance est détendue, sympathique et le choix... difficile, très difficile tant la carte des menus offre un grand choix d'une cuisine italienne des plus savoureuses et cela à des prix les plus abordables ! La spécialité maison : l'ossobuco (20 €), mais, sans passer la carte des menus de manière exhaustive, je ne peux m'empêcher de vous faire quelques suggestions... d'ailleurs commençons par ces dernières... ce sont les premières sur la carte : fondue au parmesan (12 €), escargots au four (14 €), cuisses de grenouilles à l'ail (14 €), gambas maison ou gambas grillés (25 €), etc. Pour l'apéro, faites votre choix entre un amaretto (5 €), un cognac (5 €) ou un whisky (5 €), etc. Les entrées froides vont d'une salade niçoise (10€) au trio du carpaccio (15 €), etc. Pour les entrées chaudes, une grande variété de scampis (14€), etc. etc. et une bonne minestrone (6 €) comme potage ... Au rayon pâtes, des spaghetti (le "bolo" à 10€, le "sicilien" à 13 € et le carbonara à 14 €), des tagliatelles, des tortelloni, etc. etc. Les pâtes au four ne sont pas en reste avec les lasagnes (12 €) ou le festival de pâtes (16€), etc. La carte des viandes ne manque pas d'attrait non plus : des escalopes diverses à 18 € (milanaise, maison, pizzaiola, archiduc, ...), des steaks, des entrecôtes, etc. Si vous aimez le poisson, vous êtes à la bonne adresse : sole meunière (35 €) ou l'espadon arlecchino (20 €), etc. Au tour des pizzas maintenant : la napoli (10 €), la salami (10 €), la regina (13 €), margherita (9 €), etc. me font saliver rien qu'à les énoncer ! Il n'y a pas de bon repas qui ne se termine par un plateau de fromages (14 €). Rayon des vins : rouges (chianti (30 €), valpolicella (28 €), bardolino (28 €), mais aussi des blancs, des rosés comme ceux de Sicile que l'on retrouve dans les trois gammes (rouge, rosé, blanc) : le Santa Cristina (38 €) et le regaleali (30 €). Un tiramisu (6 €), un zabaglione (8 €), une dame blan-che (6 €) ou une brésilienne (6 €) en guise de dessert, etc. etc., et pour terminer, un cappuccino (2,80 €), un thé (2,50 €), un expresso (2,50 €) ou un décaféiné (2,50 €) sans oublier, le verre offert par la maison ! (grappa, amaretto, au choix...) ! Il faut encore savoir que TOUS les plats sont à emporter (Deliveroo...) et que la capacité de la pizzeria peut accueillir un maximum de 40 personnes ! Les heures d'ouverture : de 12 à 15 heures et de 18 à 23 heures. Jour de fermeture hebdomadaire : lundi Place du Dr Schweitzer, 16 à 1082 Berchem Sainte-Agathe - Tél. : 02/465.66.30 Alain Magerotte


DE SOUFRE ET DE MIEL “Flamme, Par l’épée coupée, Deux parts égales, Mâle, Et, Femelle…” sont les vers d’ouverture du recueil “De soufre et de miel”, qui laissent présager une errance. Deux parts, deux âmes, séparées, arrachées l’une à l’autre manifestement. Mâle et femelle se retrouveront-ils un jour lointain ou proche ? Quelle destinée les attend au bout du chemin ? Les mots de Sylvie Godefroid, responsable des auteurs à la Sabam, en quatrième de couverture sont aussi justes que éloquents quant à la teneur de l’œuvre, extrait choisi : “Bienveillance, voilà le mot qui s’impose à moi quand je me pose à la lisière du monde onirique de Silvana Minchella. Elle écrit comme elle vit : avec la simplicité de celle qui a compris de ses batailles anciennes l’apaisement et l’amour universel…” Sa poésie, un bon vin ? Que nous livre ou délivre cette œuvre ? Recueil de qualité au titre évocateur d’une auteure belge d’origine italienne qui manie tout aussi bien le roman, la nouvelle, le conte et l’humour, “De soufre et de miel” nous introduit au coeur d’un monde, d’une poésie sensuelle exaltante, épicée, inspirée, Silvana Minchella nous relatant, pas à pas, cette royale et fabuleuse quête vers la reconnaissance et les retrouvailles entre âmes mâle et femelle, le chemin se révélant souvent tortueux et aussi escarpé qu’un sentier de petit village de montagne, un jeu difficile, nous annonce le prologue: “De l’amour-haine à la désespérance de ne jamais découvrir le pourquoi de la sensation de manque et de vide…” L’illustration de couverture est “L’Astre habité” de Salvatore Gucciardo, artiste inspiré à la renommée croissante. Cette toile, par son aspect étrangement ésotérique, pourrait-elle contenir à elle seule le soufre et le miel qu’évoque le titre ? Parcourons ensemble l’œuvre : dédiée “à tous les hommes que j’ai aimés…”, elle nous parle en prologue d’errance, de leurres, de déceptions, de mémoires karmiques, puis, soudain, une épée surgit, séparant mâle et femelle, flammes vacillantes ; suivent espoir et désir, le chemin, abrupt, parsemé d’envies...quand survient l’Elu. Rêve ou réalité ? Âme cherchée, enfin trouvée ? Retrouvée ? Vibration, souvenir, les mémoires flambent, flanchent, les âmes aspirées, l’instant proche, vers le paradis et les chairs se tendent, leurres et peur s’atténuant, héroïne, héros, la rencontre, sensuelle, les phrases crues, l’uppercut visuel, sensoriel, paupières closes ; le tunnel s’ouvre, soupirs, tambours du cœur, cris et feulements, au cœur de la savane, les corps en feu, une dernière goutte de rosé(e), un corps Poussière d’étoile, secousses sismiques inéluctables. Mirages ? Chaos ? Une quête de l’autre longue, éprouvante, les flammes à nouveau vacillantes, les mots choisis par Silvana Minchella enrobés, susurrés, déposés, arômes mélangés et sens affolés, avant l’allegro final de cette symphonie fantastique et sensuelle, véritable déclaration d’amour touchante, frémissante, émouvante. ”De soufre et de miel” ? L’œuvre poignante d’une auteure animée et enthousiasmante, les mots s’épanouissant en un style simple, agréable, le texte aéré et porteur de vives sensations, de sentiments diversifiés, l’amour frôlant le divin, sublimé, d’ardents épisodes aux répliques parfois théâtrales, ce recueil nous offrant une progression, parfaitement maîtrisée par l’écrivain, entre nos deux âmes mâle et femelle par l’épée séparées, recueil qui, s’il avait été musique, aurait été sans conteste du Liszt, une promesse de lait et de miel une fois l’oasis atteint. Bon voyage au sein des mots de Silvana Minchella, ils vous feront vibrer, vous élever, vous ... bonne lecture ! Ed. Chloé des Lys - 48 pages Thierry-Marie Delaunois


TWEETS Ce livre est un OVNI tombé du ciel dans la littérature contemporaine. Une littérature contemporaine saturée d'histoires mettant en scène des mondes imaginaires (Fantasy) ou des polars se disputant dans une surenchère effrénée des tonnes d'hémoglobine et cela jusqu'à l'écœurement. TWEETS est un livre lumineux ! Elle raconte l'histoire de personnages qui n'ont rien de commun et donc rien à se dire. Lui, c'est Emile Bontemps, un homme âgé, bougon, qui, suivant un rituel immuable, vient s'installer sur un banc... ou plutôt sur son banc (ah ces manies de vieilles personnes) dans le parc du Héron. Elle, c'est Nina, une ado moderne qui, un jour, a l'outrecuidance de s'installer sur le banc d'Emile! Une ado en proie à des problèmes de harcèlement à l'école. Ça commence mal ! Et puis... ces deux-là finiront par devenir les meilleurs amis du monde au cours de moult péripéties. Une complicité renforcée par l'empathie qu'ils porteront tous les deux à un... geai ! Curieux et sympathique volatile, omniprésent, qui n'hésitera pas à mettre son grain de... sel en nous commentant tout ce qu'il voit de là-haut ! TWEETS est donc un hymne à l'amitié, mais aussi au bonheur, à la vie ! L'auteure aime ses personnages, on le sent tout au long des pages. Et cet amour est communicatif. Impossible de résister à ces ondes positives transmises à travers une écriture limpide et juste. Car cette écriture-là, facile en apparence, est la plus exigeante qui soit ! Décrire les êtres et les choses avec simplicité en utilisant le mot juste relève tout simplement du grand art ! Je ne peux dès lors résister à l'envie de vous livrer un court extrait révélateur : "... Des mots dits au creux de l'oreille d'une voix épuisée, avec la tête qui tourne et le corps qui tremble, avec le cœur qui trébuche sur chaque mot. Des mots comme des Post-it à ne pas oublier. Une voix aimante qui essaie d'apaiser un chagrin océan. Le train arrive. Le quai verra bientôt une vague de voyageurs déferler, puis une autre s'engouffrer dans les wagons en partance, pour des retrouvailles ou l'inconnu. Le train repart déjà. Les mains s'agitent comme des oiseaux affolés. Puis, cet ultime message : le front appuyé contre la vitre, et un cœur qui se dessine entre les pouces et index joints. Un sourire doux qui s'accroche aux derniers instants..." TWEETS est un conte poétique où l'humour n'est pas exempt. TWEETS de Anne Victoria Henrard est un conte philosophique à mettre (comme le stipule le 4ème de couverture) dans presque toutes les mains. A partir de dix ans... jusqu'à cent-dix ! Ed. Acrodacrolivres – 124 pages Alain Magerotte

ANGLE MORT L’art de la nouvelle s’est souvent révélé un exercice périlleux. Celui d’effectuer le grand écart pour poser des climats et présenter des protagonistes sans exposer leur passé ou en omettant qu’ils auront un avenir. Des instantanés qui s’inscrivent dans l’air du temps, en pointant l’un ou l’autre détail afin de faire progresser le récit. Jean-Marie Van Wayenbergh utilise le quotidien pour plonger le lecteur dans des micro-polars qui se déroulent à Bruxelles, se servant du décor de certains quartiers pour les sertir d’une authenticité qui pare chaque récit d’un aspect pseudo-documentaire. Il s’agit ici de son premier recueil de textes courts qui lui permet d’explorer le thriller domestique ou, comme il aime à le signifier, le polar intimiste. Au fil des descriptions, l’auteur passe en revue des situations qui s’inscrivent dans l’ordinaire, avec des mini-suspenses qui se résolvent ou non, des moments de surprise et des instants de tension qui vont crescendo. L’angle mort étant par définition la zone inaccessible au champ de vision, il apparaît donc tout à fait normal que le lecteur soit transbahuté dans des univers où le doute s’épaissit sans prendre de gants. Il ne s’agit jamais de réflexions sur le Bien et le Mal, mais d’un melting-pot bien de chez nous qui s’imbibe d’un surréalisme assuré et d’un goût pour la beauté de l’écriture. Ed. Le Scalde – 224 pages Daniel Bastié


IL NEIGERA DANS TON JARDIN Vingt-cinq nouvelles écrites avec les tripes, à mi-chemin entre la réalité et le fantastique, l’étrange restant inexpliqué. Elles sont ancrées dans le réel mais s’en distancient par l’effet du rêve, présent tout au long du recueil. Comme si on voyait les choses dans un état second. Jugez-en donc : une nonagénaire bien vivante demande son euthanasie et s’y ravise à chaque fois jusqu’à promettre qu’il neigera dans le jardin de ses deux fils si elle s’en va... Un enseignant qui voudrait repartir à zéro dans la classe de son enfance y parvient avec l’instituteur défunt qui l’attend dans ses souvenirs et dans le couloir. Un chineur est confronté à la pulsion sexuelle de ses désirs et en meurt après l’extase. Ou bien c’est un 24 décembre pour prendre en stop la passagère étrange d’un crime parfait... Autant de nouvelles qui nous plongent jusqu’au cou dans l’univers de Jean Lhassa. Un univers oscillant à la limite du rêve, meublé des souvenirs que le romancier exhume avec une plume incisive, cinglante, sanglante, affutée comme une lame de rasoir. Non sans une certaine ironie d’ailleurs. Certaines de ces nouvelles sont taillées avec un bistouri sur la table d’opération. Un très sale canard va nourrir le projectile qui atteindra le promoteur immobilier transformé en... vilain petit canard sous les yeux satisfaits d’un chat en quête de revanche. Katsikoula, la chèvre folle et hystérique, entraîne sa moitié au cœur du Péloponnèse où elle rejoindra ses autres compagnes qui font bêh ! Ou encore, c’est le Pardon oublié qui nous fait revivre cruellement la fin de la guerre dans le Condroz namurois, avec les noms inversés des villages, les tueries nazies et toujours la vengeance qui est à l’œuvre. Cette vengeance qui anime tout le recueil. Toutes ces nouvelles s’appuient sur les souvenirs de l’auteur remaniés, maquillés, portant le loup, qui en font de savoureuses histoires à lire en quelques minutes, en se demandant de quoi sera faite la suivante. On ne voit pas le temps filer à la lecture de ce recueil accrocheur. Jean Lhassa fut enseignant : cela se sent, se devine au travers de ses récits. Il a consacré sa carrière à l’exercice de la nouvelle (ses élèves diront : son devoir d’école) où il est passé maître d’œuvre. Son dernier recueil le confirme après plus d’une centaine de nouvelles parues au Centre d’Art d’Ixelles. A lire toutes griffes dehors – les griffes du chat, bien sûr – avec en prime l’imagination au pouvoir. Éditions Ménadès – 242 pages Michel Lequeux

LE SEXE SELON MAÏA Maïa Mazaurette a publié une vingtaine d’ouvrages, passant du roman à la nouvelle, de l’essai à la bédé. Journaliste spécialisée en sexologie, elle a mis sa plume au service de différents médias (Play Boy, GQ, France Inter, Arte Radio, etc.). Néanmoins, ses chroniques publiées dans Le Monde ont retenu l’attention des lecteurs, nimbées de pertinence et d’une justesse irrésistible. Sans jamais perdre l’idée qu’elle doit se situer au plus près de la réalité vécue par ses lecteurs, elle évite les digressions et part de constats. Son analyse naît de lectures académiques, d’articles de presse, de rencontres au parc, dans les transports en commun ou ailleurs, de mots entendus ici ou là-bas. Sans tabous, elle exprime ce que beaucoup pensent tout bas sans jamais hausser le ton. « Le sexe selon Maïa » propose une compilation de cinquante textes publiés au fil des années et qui percutent grâce à une acuité jamais en morgue. Même s’ils n’apprennent pas forcément énormément de choses sur nos mœurs, ils embraient dans le sens du dialogue, veillent à désinhiber nos comportements et se veulent fédérateurs, rappelant que la sexualité reste un moteur qui alimente l’humanité et qui demeure un plaisir utile afin de rythmer le long parcours d’une existence. Il s’agit d’un recueil ludique, drôle, impertinent et qui se débarrasse des culpabilités nées dans le giron des religions et d’un monde soi-disant bien-pensant. Les illustrations de Charlotte Molas émaillent cette compilation réjouissante. Un uppercut aux idées poussiéreuses et néanmoins tenaces ! Ed. de la Martinière – 222 pages Amélie Collard


PLEIN LE DOS Près de quatre-vingts pour cent de la population souffre aujourd’hui de douleurs physiques. Que ce soit la nuque, le dos, les hanches. Il s’agit de troubles musculosquelettiques dont les causes sont éparses et dont l’impact se répercute à tous les niveaux de la société. Pire, de plus en plus de jeunes se plaignent et ce bien avant d’avoir atteint l’âge où se déclarait hier et avant-hier les premiers symptômes. Faut-il y voir un problème lié à notre mode de vie, à notre manière de nous déplacer, au stress ou à la surexploitation des écrans ? Assurément, les avis divergent et les théories fusent tous azimuts. Néanmoins, chacun est unanime qu’il convient de protéger les enfants pour assurer leur avenir. Après avoir analysé nos comportements et pointé ce qui endigue notre bien-être, Olivier Girard lâche un cri d’alarme : Nous exposons notre corps à trop de dangers ! Il importe d’accorder une attention particulière à notre posture, car tout démarre de là. Prévenir les maux de dos débute par un apprentissage à la fois simple et raisonné. Une clinique de la douleur a même vu le jour pour traiter ceux-ci. Notre façon de vivre a changé. Si la genèse de la souffrance est parfois difficile à circonscrire et si les remèdes ne sont pas toujours idoines, il importe néanmoins de prendre les devants et de s’appliquer à une bonne hygiène de vie. Or, on le sait, plus on débute tôt et meilleurs seront les résultats, même s’il n’existe pas de panacée. Le mérite de cet ouvrage est de pointer le désaccord qui existe entre nos bonnes intentions et les mauvaises habitudes accumulées au fil des saisons ... par oubli, désinvolture, méconnaissance ou paresse. Un ouvrage qui a le mérite d’ouvrir les yeux et de rappeler des principes utiles. Mieux vaut prévenir que guérir ! Ed. Favre – 196 pages Amélie Collard

EXCESSIVES Les femmes du XIXe siècle ont vécu des expériences incroyables et comparables à celles de certains hommes, avec des destins flamboyants, empreints de liberté, de volupté et de panache. A une époque corsetée, elles se sont épanouies loin des conventions, devenant poétesses, poseuses de bombes ou meneuses de messes noires, passant des salons cossus aux sous-sols lugubres. Elles ont tutoyé les sommets ou se sont roulées dans le vice, slalomant entre grandeur et décadence, sorte d’amazones en décalage avec leur époque. Louise Ebel revient sur plusieurs femmes au vécu incroyable, qu’elles se nomment Geneviève Lantelme, Henriette Maillat, Berthe de Courrière, Madeleine Deslandes, Wilhelmine retrouvée et Gisèle d’Estoc. On ne peut naturellement pas encore parler de féminisme, même si … Naturellement, leur existence aurait pu ou a été inspiration des artistes, muses ou divines. Cet ouvrage met en lumière leur destin exceptionnel sans chercher à éblouir à n’importe quel prix. En bravant les conventions, elles se sont émancipées du joug des mâles, reléguant père et époux dans les coulisses, mettant leurs certitudes en avant et regimbant à entrer dans le moule d’une société contraignante. Phénomènes de la libération féminine, elles demeurent toujours des exemples, de celles qui ont bravé les préceptes pour acquérir des droits, s’épanouir et vivre selon leur inspiration. En un certain sens, elles ont ouvert la voie aux héroïnes modernes. Ed. Favre – 256 pages Amélie Collard


SANS PLUS RETENIR La vie est une ligne horizontale, plutôt droite, sans retour possible. En avançant, on laisse derrière soi son passé, avec celles et ceux qui ne sont plus, inhumés ou incinérés, fantômes qui s’agitent parfois encore dans un coin des souvenirs. Lorsqu’on apprend qu’un proche va mourir, on se sent déstabilisé, confus, la bouche pâteuse, les gestes courts. De quelle manière exprimer le chagrin qui taraude et de quelle façon ne pas perdre pied ? Alors, face à cette souffrance, on comprend l’absolue nécessité de rester debout. Sans tabou et sans impudeur, Raphaël Watbled parle de l’innommable, de ce que la conscience refuse de saisir et de ce que les autres ont difficile à entendre. Un ami de vingt-sept ans est en passe de rendre l’âme. Du coup, un vieux démon lui revient en mémoire. Les images lointaines d’une fillette défenestrée qui émergent comme celles d’un spectre malmenant. L’auteur livre ici un récit bouleversant et revient sur l’histoire d’un drame. Il a été témoin des cris et des parents en pleurs, rassemblés autour du petit corps qui vient de chuter du balcon. Sa résilience se résume par un cheminement qui se détache lentement d’une jeunesse qu’on pourrait avoir envie de retenir, comme un exercice périlleux qui consiste à déposer des mots sur cette éclaboussure. Impossible de vivre sereinement lorsqu’on a vécu pareil traumatisme. Alors, cet ami qui s’éteint peu à peu fait songer à un train qui aborde une courbe avec, derrière, les wagons qui se détachent les uns des autres. Ed. Favre – 112 pages Daniel Bastié

SAHARA Le Sahara est un gigantesque désert qui, depuis des siècles, fascine ou effraie, multiplie les connotations et invite au dépaysement le plus total. Plus vaste désert chaud du monde, il traverse le continent africain d’Est en Ouest. Contrairement à certaines idées colportées, le sable ne constitue que 20% de sa surface globale. Régis Colombo, réputé pour ses clichés d’une beauté incomparable, s’est lancé à la conquête de cette terre dite (à tort) aride pour en rapporter des photographies empreintes de poésie où le temps semble suspendu pour l’éternité. On est surpris par la succession de paysages qui jamais ne se ressemblent. Il a été dit que le Sahara est Dieu sans les hommes, terrain de jeux dangereux aux rêves d’enfant et qu’il offre aux humains une page dans le grand livre de la Création. Préfacé par Albert Jacquard, ce bel imagier est complété par un texte d’Antoine Blanc qui nous fait visiter l’Algérie, la Lybie, l’Egypte et le Niger à la rencontre du Roi Scorpion ou pour surmonter des dunes balayées par un vent chaud. Une région où l’hospitalité s’exprime avec le cœur à la découverte de racines qui nous renvoient à une période où l’industrialisation et le capitalisme ne minaient pas les valeurs de la société. Une grande partie des images ont été saisies à l’aide d’un appareil panoramique grand format et nous invitent à un voyage qui met en valeur la diversité des individus et des choses. De la prise de vue nocturne à l’instantané, l’artiste réfléchit au cadrage, pose un climat et cadre ce qui est hors cadre. Une fenêtre qui immortalise la vision d’un reporter qui se situe entre matière et lumière ! Ed. Favre – 186 pages Daniel Bastié


LES PERLES DU CURÉ On peut rire de la religion. Pour preuve, le dernier livre de Bruno Laroche, prêtre du diocèse du Mans, chercheur et enseignant. Il a recueilli cinq cent cinquante récits véridiques et blagues portant sur les curés et leur paroisse. Il y en a évidemment pour tous les goûts et tous les degrés d’humour. Maintenant, soyons franc, il s’agit toujours d’histoires gentilles qui évitent la trivialité et les sujets qui fâchent. On ne parle bien entendu pas de prêtres pédophiles ni des relations ambiguës de l’église avec l’argent. Ces blagues nous replongent également dans le passé, avec des anecdotes qui renvoient à l’époque de la guerre, à certains versets de la Bible et au cœur de nos préoccupations humaines. Présenté tel un best-of (bien entendu subjectif), ce recueil est à saisir au premier comme au second degré et devrait faire rire en fonction de la sensibilité de chaque lecteur. Ed. Artège-252 pages Sam Mas

L’ISLAM : MENACE OU DEFI ? Difficile de se positionner face à l’Islam. La faute à une actualité qui présente parfois les musulmans sous un jour suspicieux, qui parle d’attentats et qui élude ce qui constitue les fondements de leur foi. Il y a également chez nous une vraie méconnaissance du Coran et de la culture née autour du prophète Mohamed. Avec une immigration croissante et la venue de fidèles de plus en plus nombreux en Europe, cette religion est devenue un véritable défi pour quiconque souhaite vivre en harmonie avec ses voisins. Pour faire avancer le débat, il importe de se désenclaver de plusieurs idées toutes faites et d’affronter les questions qui fâchent. Qu’en est-il réellement du voile, de la charia, de la soif spirituelle de la jeunesse qui pourrait glisser dans la radicalisation et du choc des civilisations ? Loin de chercher la polémique, cet ouvrage s’efforce de jeter des ponts entre deux cultures et d’inviter les chrétiens à se pencher sur une religion cousine à la leur dans un souci de bienveillance et de fraternité. Au fil des pages, on découvre que le chrétien est confronté à un double défi : charité envers l’étranger qui cherche refuge ailleurs et volonté de maintenir sa culture et ses traditions sans se laisser phagocyter par des préceptes venus de loin. Concilier les revendications et dialoguer font partie des règles qui demeurent chères à tous. Alors, Islam : menace ou non ? A chacun de se forger sa propre opinion ? Ed. Artège – 196 pages Sam Mas

D'UN AMOUR BRÛLANT Une lettre du Christ ! On croit rêver, et pourtant… voilà ce qu'Il pourrait nous écrire. Jaillie de son cœur, le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine livre ici sa compréhension du message évangélique. En artiste plus qu'en théologien ou en exégète, il met en scène le Christ, lui fait raconter sa vie, braque les projecteurs sur les aspects dominants de sa pensée, sans jamais manquer de la mettre en rapport avec les questions qui agitent aujourd'hui le coeur humain et la vie de l'Église. Le résultat est saisissant, déstabilisant, dérangeant. Approche personnelle ou inspirée ? Subjective ou réaliste ? Imaginaire ou exacte ? Ed. Artège – 158 pages


ALZHEIMER PRÉCOCE Que sait-on vraiment de la maladie d’Alzheimer, une pathologie qui a longtemps été méconnue avant d’être enfin mise en lumière par le monde médical ? Florence Neiderlander a été diagnostiquée atteinte de ce mal en 2013. Un tsunami ! Âgée de quarante-deux à l’époque, elle ne savait pas quoi penser, s’est informée et a découvert ce qui l’attend. Refusant la procrastination, elle a décidé d’agir (de réagir) et a consigné par écrit ce qui lui tenait à cœur. Des souvenirs, des bouts d’existence qu’elle souhaitait conserver. Au fil du temps, elle s’est rendu à l’évidence que sa mémoire lui jouait des tours, qu’elle oubliait par bribes des noms, des mots et que son passé partait en lambeaux. Face à la maladie, elle a lutté en empoignant mille stratagèmes pour afficher une volonté exemplaire. Chaque jour lui a apporté un quota de soleil, des bonheurs simples dans lesquels elle a croqué à pleines dents, refusant de pleurer sur son sort pour profiter de chaque instant de lucidité, avec une joie de vie immodérée, un besoin d’expression et un quotidien nimbé d’amour et d’un courage exemplaire. Ed. Michalon – 318 pages Sylvie Van Laere

AUX ORIGINES DU DROIT Qu’est-ce que le droit et comment remonter à sa genèse ? Johan Jacob Bachofen s’est efforcé de lancer une machine à voyager dans le temps et de s’interroger sur ce qui régit les sociétés. Un voyage qui renvoie le lecteur dans les sphères de l’Antiquité, avec la vigueur d’un explorateur intrépide parti pour comprendre. Au fil des pages, on découvre le pourquoi du modèle patriarcal, l’évolution spirituelle et les raisons du droit maternel. Relire Bachofen permet de comprendre le monde d’aujourd’hui en le comparant au passé. L’usage dont ses travaux ont fait l’objet prouve la fécondité de notre quotidien, tout en soulignant l’importance de la tradition en tant qu’histoire commune dans laquelle chaque citoyen s’inscrit, afin d’appuyer son appartenance au collectif, à contre-courant des dérives tant libérales que nationalistes. Le présent ouvrage propose d’aller au-delà des imperfections pour montrer ce que la réflexion de cet auteur peut toujours apporter. A condition assurément de prendre la peine de lire ses lignes pour en saisir l’essence. Ed. Michalon – 126 pages André Metzinger Johann Jakob Bachofen est né à Bâle le 22 décembre 1815 et est décédé le 25 novembre 1887 dans la ville où il est né. Il est réputé pour son travail comme juriste, philologue et sociologue suisse, théoricien du matriarcat. Bien que très contestée dès sa parution, sa thèse a eu une influence considérable. Ainsi, un contemporain de Bachofen, Alexis Giraud-Teulon, s'appuyant sur Hérodote, Strabon et Polybe, a souscrit en 1867 à l'existence d'une gynocratie chez certains peuples, mais conteste que cette situation « anormale » ait pu aller, sauf cas exceptionnels, jusqu'à une domination féminine dans les affaires de la cité (Source : Wikipedia)


AFFRANCHIE Chroniqueuse aux côtés d’Anne Roumanoff sur Europe 1 et dans l’émission « L’info du vrai » sur Canal +, Léa Lando est ce qu’on peut appeler une VIP, femme moderne et libérée de tout, capable de belles pirouettes en parlant de sujets graves sur le ton de la dérision, tout en se produisant dans un seul sur scène pour disséquer l’actualité et rire de tout. Avec une verve décalée et un état d’esprit sans arrêt en ébullition, elle adore la formule qui chatouille les tympans, les mots qui grattent, les expressions qui piquent. Avec un sens de l’autodérision cocasse et une verve qu’on n’imagine pas forcément chez cette grande fille brune, elle poste des billets qui parlent de tout : de la mode, de sa poitrine, de la piscine, de la fidélité, de la Journée mondiale de la Femme, de NotreDame de Paris, d’écologie, des rappeurs, du 1er avril, etc. Le présent recueil rassemble une cinquantaine de missives, dont la plupart ont été lues à l’antenne. L’occasion de se livrer sans concession, sans jamais se rétracter à la dernière seconde et en allant jusqu’au bout. Ce concept de « Lettres à … » est magnifique et permet de parler de sujets complexes (ou qui le sont moins) en dénonçant ou en taquinant ce qui doit l’être. Assurément, rien ne nous oblige d’applaudir à chaque paragraphe mais, indéniablement, on doit conclure que l’inspiration se trouve au rendez-vous. Une manière d’analyser certaines situations en parlant de soi-même car, avant de parler des autres, il convient de s’exposer sans fards. Des chroniques réussies et qui se lisent d’une traite. Jamais, il ne faut avoir honte d’y trouver du plaisir ! Ed. Plon – 332 pages Amélie Collard

LE GRAND VOYAGE EN ABÉCÉDAIRE Voilà une histoire qui se découvre sous la forme d’un bel abécédaire, fruit du travail à quatre mains de Christian Demilly (texte) et Alain Pilon (dessin). Deux enfants se réveillent dès le matin, avalent leur déjeuner, décrochent leur anorak d’une patère et vaquent à leurs occupations remplies de candeur. Le récit est simple et linéaire, avec de jolies surprises qui émaillent le tempo. Au fil des pages, les rencontres se multiplient pour proposer un joli puzzle qui enchante et rassure. En vrai ou comme dans un rêve, ils empruntent une barque, voyagent en train, fréquentent un lama avant de revenir à la maison et profiter d’un bon sommeil réparateur. A la fin de l’ouvrage, une double page permet de retrouver certains mots illustrés et se dote d’un aspect pédagogique autant que ludique. S’il s’agit avant tout d’un magnifique album grand format tout en couleur fait pour émerveiller le regard et doper l’imagination, il se présente sous la forme d’une parabole qui porte sur la vigueur de la poésie, l’importance de grandir et la nécessité de trouver à ses côtés un complice fidèle. Un voyage qui débute avec la lettre A et qui s’achève avec la lettre Z. Un périple à lire sans hésiter pour se plonger dans la magie des mots et s’y rouler sans avoir honte d’y prendre plaisir. Ed. Grasset jeunesse - 48 pages Daniel Bastié


300 EXPRESSIONS BIEN FRANÇAISES POUR ÉPATER LA GALERIE La langue est un matériau vivant, qui évolue au fil du temps et qui se nourrit d’expressions éparses, nées par accident, d’origines populaires ou littéraires, fruits d’auteurs qui ont su marquer plusieurs générations. Le problème est que, avec le temps, elles se sont parfois étiolées, ont perdu de leur sens ou sont tombées en désuétude. Alfred Gilder, féru de belles lettres et ancien fonctionnaire, est parti à la recherche de ces constructions chargées d’histoire. Il a donc choisi d’honorer une galerie de mots qui réveilleront vraisemblablement des souvenirs aux lecteurs. En un double sens, cet ouvrage se veut passionnant parce qu’il nous plonge dans le passé et parce qu’il offre matière à agrémenter notre manière de parler en enrichissant le langage avec des images fortes faites pour renforcer la compréhension, l’élocution ou l’écriture. Revenir à ses moutons, Bête comme un âne, Pas piqué des hannetons, Graisser la patte, Sortir de la cuisse de Jupiter : voilà quelques exemples du contenu de ce dictionnaire pas comme les autres, qui revient sur l’étymologie, la genèse et la signification qui ont été attribuées à chaque locution. De quoi alimenter des heures de lecture tout en s’instruisant ! Certains ne manqueront pas (comme le mentionne le titre !) de pavoiser en société, en étalant une culture nouvellement acquise. A vous de voir ! Ed. Omnibus - 226 pages Daniel Bastié

LA SCRIBE Le récit historique a pour fonction de nous faire voyager dans le passé et de nous faire vivre à une époque dont nous ignorons souvent beaucoup de choses (sauf pour les historiens et les férus en la matière !). Antonio Garrido nous envoie en 799, à la veille du couronnement de Charlemagne. Dans son royaume, Teresa (fille d’un scribe) se singularise par un caractère indépendant d’une rare modernité. Elle aspire à vivre parmi les livres et sait comment s’y prendre. Lorsqu’elle entre au service d’un moine après avoir subi un drame qui a frappé sa famille, elle découvre qu’elle a emporté un palimpseste dont le contenu risque de modifier le cours de la chrétienté. L'occasion pour l’auteur de nous présenter un personnage hautement historique, frère Alcuin, devenu dans le roman une espèce de Sherlock Holmes moyenâgeux, renvoyant un peu au personnage fictif de Guillaume de Baskerville, imaginé par Umberto Ecco dans « Le nom de la rose ». Heureusement, les analogies se limitent à deux ou à trois petits détails innocents pour embrayer directement sur un polar solide et singulier, où les intrigues se corsent en nœuds épais, où le ton se durcit à mesure que l’enquête progresse et que le danger se resserre. Toutes les ficelles du livre d’aventure sont ici déployées avec force et conviction pour ne jamais lasser et entretenir une tension palpable. Beaucoup de choses ont été colportées à propos de l’auteur, notamment qu’il aurait rédigé durant sept années afin que le résultat soit parfait et que personne ne puisse lui reprocher l’une ou l’autre erreur dans sa description de la vie quotidienne en Franconie, dans la tenue des protagonistes ni dans des mœurs bien éloignées des nôtres. Après s’être documenté de mille manières, il a veillé au rythme de chaque chapitre, les souhaitant ni trop courts ni trop longs. A quand une adaptation cinématographique de ce récit ou un feuilleton en cinq ou six épisodes ? Voilà du plaisir à l’état pur chargé d’une vraie verve littéraire ! Presses de la Cité – 608 pages Daniel Bastié


LES MARTYRES D’ORANGE Durant les années terribles de la Révolution française, trentedeux religieuses ont été arrêtées et rassemblées à la prison d'Orange, des femmes de dévotion appartenant au monastère du Saint-Sacrement de Bolène (région d'Avignon). Le motif de leur inculpation : avoir tenté de détruire la République par le fanatisme et la superstition. Autrement dit par la prière et la piété. Les minutes de leur procès ont été consignées dans des archives et nous sont parvenues, constituant un témoignage de premier plan sur la brutalité du nouveau régime destiné à éradiquer la dictature des Capet et la misère populaire. Le tribunal établi sous le nom de Commission populaire a siégé au cours de l’année 1794, se prononçant sur le cas de chaque accusée. Dans la fureur de cette époque, le verdict se concrétisait le plus généralement par la peine de mort et la montée des coupables à l’échafaud. A l’instar de nombreux citoyens français, les sœurs n’ont pas eu d’alternative que de faire face et de montrer leur courage en marchant vers la guillotine. Alexis Neviaski revient sur cette tragédie et nous raconte les jours et les heures qui ont précédé leur mise à mort. Disposant de sources historiques, parfois inédites, il nous entraîne dans une fresque captivante qui nous montre de quelle manière des barbares en remplacent d’autres. En 1925, les martyres d’Orange ont été béatifiées, entrant par la grande porte dans le mémoire des Justes. Actuellement, un procès en vue de les canoniser vient d’être ouvert, rappelant que, à l’instant de perdre la tête, elles ont pardonné à leurs bourreaux, incapables de se rendre compte du tort qu’ils commettent autour d’eux. Ed. Artège – 296 pages Sam Mas

LA FEMME-MAŸTIO Retour au cœur de la préhistoire ! Il y a environ trente mille ans, Maÿtio fait partie du clan des Néandertals. Elle croit aux dieux de la nature et se retrouve seule, après que les siens se soient volatilisés. Elle se lie d’amitié avec une jument qui, à son tour, disparaît. Pour juguler sa tristesse, elle se met à dessiner sur la paroi d’une grotte. Le début de l’art ? Bientôt, d’autres hommes et femmes la rejoignent et suivent son exemple, enclins à partager des émotions, à éveiller la joie, la mélancolie, la nostalgie, la peur ou l’espoir. Béatrice Castaner a vu le jour en 1961 à Limoges. Passionnée de théâtre et d’archéologie, elle écrit depuis toujours et n’hésite pas à emprunter des voies peu commerciales en parlant de la préhistoire, alors que le public se fascine plutôt pour les thrillers et les récits de jeunes sorciers bardés de pouvoirs. Avec une écriture ciselée, elle entraîne les lecteurs dans une histoire qui ne manque jamais d’attraits et les emporte dans le quotidien d’ancêtres qui ont eu tout à apprendre de leur environnement, loin des facilités actuelles. On se situe ici à des lieues des stéréotypes véhiculés un peu partout. Maÿtio n’est pas une sauvage, mais un personnage qui, certes, doit lutter pour vivre, mais qui offre un profil d’être debout, peu décidé à se laisser abattre par les avatars. L’auteure excelle ici à nous faire voyager dans le temps, en se basant sur une documentation accumulée au fil des ans, en inventant une partie des gestes posés et en utilisant un style d’une belle précision et d’une redoutable efficacité. Grâce à l’originalité du tracé, du phrasé, de la forme et au fil de la mélodie de ses mots, elle ressuscite un pan d’une époque qui n’existe plus et qui resplendit d’une beauté primitive. Ed. Serge Safran – 158 pages Amélie Collard


LA PETITE CEINTURE Dans une grande maison, avec des arbres qui se découperaient dans le cadre des fenêtres, elle trouverait le calme. Elle passerait dans de nouvelles rues, aux noms inconnus. Et la forêt, tout autour, la protègerait. Elle doit à présent parier sur l’avenir. Pour le reste, les jeux sont faits. Alors autant miser sur les bienfaits d’un déménagement. Le passé se déposera lentement au loin, dans un lieu où elle s’est promis de ne jamais retourner. Tout a commencé de la sorte, par une nouvelle maison où elle veut emporter le moins possible avec elle. Et surtout pas l’insomnie ! Fraîchement divorcée et abîmée par sa séparation, Adrienne vient de s’installer dans une vaste bâtisse à côté de Fontainebleau. De son côté, François vit au Havre. Après une première rencontre due au hasard, ils savent que le destin a prévu de les remettre en contact. Tout sera donc fait pour qu’ils aient à nouveau l’opportunité de se parler. Ils se retrouvent donc au fil de rencontres concentrées autour de la petite ceinture ou ligne de chemin de fer qui contourne la capitale. Dans ses bagages, chacun emporte de peu de soi : son passé, son présent et ses espoirs. Avec ce roman, Nathalie Piégay raconte une passion éphémère qui s’inscrit sur les portées d’une partition ponctuée de souffles, de désirs et d’une relative ambivalence, puisque couple jamais il n’y aura vraiment. Beaucoup de pudeur et un zeste de sensualité scandent cette intrigue qui navigue de lieux communs en lieux qui le sont moins. La beauté des mots fait le reste ! Ed. du Rocher – 236 pages Paul Huet

MADAME ÉLISABETH DE FRANCE Élisabeth de France a été éclipsée par son frère aîné Louis XVI, entré dans les annales de l’Histoire par le truchement d’une révolution qui lui a valu d’être guillotiné. Coline Dupuy et Emmanuel Cerisier rendent aujourd’hui justice à cette héroïne discrète. On a retenu d’elle une femme de tempérament, qui a toujours apporté un soutien indéfectible au roi et qui, à l’instar de ce dernier, a été condamnée par le tribunal pour être exécutée à l’âge de trente ans. Proche du monarque et de sa famille, elle les a accompagnés tout au long des années terribles. Retracer son existence brève revient à plonger le lecteur dans une page douloureuse du XVIIIe siècle, celle de tous les changements et de tous les espoirs, à une époque où le peuple aspirait à d’énormes réformes et était prêt à une violence exacerbée pour atteindre ses objectifs. Que sait-on d’elle ? Il a été raconté qu’elle était belle et rebelle, pleine de charme et de vivacité, vertueuse dans ses rapports avec les autres et prompte à pratiquer la charité avec humilité. Ange incarné sur terre, elle a pratiqué le célibat comme sacerdoce pour aimer son prochain et contribuer à témoigner de son immense foi en Dieu. En 1953, l’Eglise l’a reconnue servante du Très-Haut, confiante jusqu’au calvaire. Le présent roman graphique se prévaut d’un découpage cinématographique et débute lorsque la jeune femme se confronte aux juges. Flashback pour retracer son enfance et sa jeunesse pour revenir, ensuite, aux jours ultimes. Ed. du Rocher – 48 pages Paul Huet

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Bruxelles culture janvier 2020  

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