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BRUXELLES CULTURE 10 décembre 2019 Brussels Diffusion asbl Contact et abonnement gratuit : pressculture4@gmail.com

RENCONTRE : VICTOR NTACORIGIRA


RENCONTRE : Victor N t a c o r i g i r a Présent un peu partout dans sa commune de résidence, Victor Ntacorigira est un homme de terrain, humaniste et progressiste. Dans une société qui va à la dérive, il croit aux valeurs qui rapprochent les citoyens et, depuis de nombreuses années, fait partie d’un groupe de réflexion qui prône la mise en place d’une monnaie locale et citoyenne. Rencontre. Quelle est votre formation ? Je suis informaticien et je vis à Anderlecht. En octobre dernier, vous vous êtes présenté sur une liste communale dans le cadre des élections. Quel a été votre score ? Avec trois cent quatorze voix de préférence pour une première expérience, je pense que le résultat a été bon. Depuis de nombreuses années, vous êtes chargé de conférences à la Maison de la Participation d’Anderlecht ? En quoi consistent ces dernières ? Je suis très actif dans une série de projets de terrain, dont l’échange entre citoyens, la transition écologique et la transparence des dossiers économiques. Vous êtes également très dynamique dans le cadre du lancement de la zinne, une monnaie locale. De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’une alternative au monde de la finance. Une monnaie locale et citoyenne, qui privilégie l’éthique et la responsabilité de chacun. Son objectif est de dynamiser les circuits courts, de privilégier les commerces locaux et de renforcer les liens sociaux. Pourquoi le nom zinne ? Le nom « zinne » évoque à la fois la Senne et le zinneke ou sangmêlé qui caractérise la capitale, avec des habitants venus de différents horizons. Pour marquer son ancrage 100% bruxellois. Il est important que les gens puissent s’identifier à leur monnaie et qu’ils aient envie de l’utiliser. Qui se trouve à la base de cette monnaie indépendante ? Un collectif citoyen a lancé ce projet par l’intermédiaire de l’asbl Financité. Des gens comme vous et moi, intellectuels ou pas, engagés en politique ou simples habitants. Durant de longues années, des chantiers de réflexion ont été ouverts. Faut-il faire confiance aux banquiers ? Peut-on se fier aux pontes de la finance ? Où notre argent part-il et, surtout, à quoi sert-il ? Pas question de financer des guerres et des dictatures ! L’opportunité, enfin, de sortir des circuits traditionnels et de fonctionner avec une monnaie dont le cours ne soit pas dicté par la Bourse. Existe-il des exemples ailleurs en Belgique ? Onze monnaies locales circulent en Wallonie, avec divers résultats d’un lieu à l’autre. Elles sont plutôt en vogue dans certains endroits. « L'épi lorrain » fonctionne dans la province du Luxembourg. Le « valeureux » est présent à Liège. A Mons, le « Ropi » va être relancé. Des réflexions existent à Tournai et à Namur avec le « Lum'çon ». Le « Talent » connaît pas mal de succès à Ottignies, de même que le « Volti » à Rochefort et le « Get-it » dans le Brabant wallon. En Flandre, les initiatives sont plus mitigées avec, néanmoins, le « Res » à Louvain et le « Toreke » à Gand.


Qu’est-ce qui peut inciter les gens à s’emparer de cette monnaie ? Avant tout, un désir de changement. A cela, on peut lui attribuer des valeurs telles que la mise en exergue de projets locaux, comme l’ouverture de maisons de quartiers ou de crèches et l’accès à de micro-crédits. Elle peut également constituer une épargne et être échangée contre des euros. La démarche est essentiellement citoyenne dans un monde qui s’ouvre de manière anarchique à la libéralisation et au commerce tous azimuts. Privilégier les commerces locaux revient à entretenir la vie de quartier, tout en faisant confiance à des marchands que nous connaissons et que nous désirons encourager. A quel moment la zinne a-t-elle été officiellement lancée ? Sans grands articles dans les médias, la zinne a été officiellement lancée en mars 2019. Elle doit démarrer lentement, en rassurant chacun et en prouvant qu’elle n’est pas un copié-collé de l’euro. Elle n’est, bien sûr, pas amenée à remplacer les billets officiels. Certaines communes pensent toutefois à l’utiliser comme monnaie complémentaire, voire à payer certaines primes ou prestations par son intermédiaire. On se souvient de l’Eco-Iris, lancé en 2014 par Evelyne Huytebroeck alors ministre de l'Environnement et de l'Énergie, et qui a été voué aux oubliettes. Comment expliquez-vous cet échec ? Malgré une sérieuse préparation en amont et un budget alloué à l’information, je crois que le public n’était pas prêt à entrer en scène et à se démarquer des courants traditionnels, malgré la crise de 2008 et le crash des fleurons de la finance. Puis, la mode est aujourd’hui à l’écologie, à la consommation responsable, à moins de pollution et aux circuits courts. Voilà sans doute ce qui lui a manqué il y a cinq ans. La situation n’est plus la même ! Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir avec la « zinne » ? Le désir des gens de bouger, de ne pas faire du sur-place, le manque de crédibilité du monde politique, la course au profit des enseignes bancaires, la prise de conscience qu’il faut secouer les habitudes, que ce qui a été proposé jusqu’il y a peu n’a pas apporté les résultats escomptés et qu’emprunter la tangente ne représente pas forcément un risque déraisonnable. Combien vaut une zinne ? Tout simplement un euro. Le taux de conversion doit rester simple. Un pour un ! Pas de palabres ni de spéculation. Une trentaine de comptoirs de change sont actuellement recensés dans le tout Bruxelles, dont quelques bibliothèques et centres culturels. Où peut-on utiliser ces billets ? Chez de nombreux petits commerçants et dans quelques PME. Pour des raisons évidentes, les grandes surfaces n’entrent pas dans le projet et se tiennent bien à l’écart de celui-ci, parce que les patrons font partie d’un comité d’entreprise et que le siège social est généralement situé à l’étranger. Je ne connais pas l’avenir, mais je crois fortement que cette monnaie fera parler d’elle positivement. Actuellement, elle fonctionne plutôt bien dans l’axe nord-sud de la capitale, principalement à Jette, Auderghem, Ganshoren et Uccle. Les autres territoires doivent être renforcés. Chose à laquelle on travaille. Voilà pourquoi l’équipe est présente lors d’événements éphémères tels que La fête de l’environnement. En quoi est-elle fiable ? Comme une monnaie normale, elle dispose d’éléments anti-copie, dont un hologramme. Vous pouvez trouver des billets d’un, deux et demi, cinq, dix et vingt zinnes. Il est actuellement en pour-parler de la décliner en monnaie virtuelle via une application GSM. Affaire à suivre ! Propos recueillis par Daniel Bastié


EXPOSITION : FORMES ET ABSTRACTION Les mois s’enchaînent à Espace Art Gallery sans jamais se ressembler. Aucun passage à vide en compagnie de plasticiens qui viennent confronter leurs travaux avec le public de la capitale et exposer leurs dernières créations. Comme toujours, ils proviennent de toute l’Europe, parfois d’ailleurs, faisant de leur art un médium qui suscite la surprise ou qui provoque une totale remise en question. Anne-Marie Paris-Leroy peint depuis la fin des années 60, une période de toutes les mutations et de toutes les libertés. Affranchie des contingences, elle travaille selon ses humeurs et propose des œuvres profanes qui rappellent l’effervescence et la beauté de l’abstraction. Ses toiles sont lignes et juxtapositions de couleurs qui dialoguent pour composer un tout cohérent. Ici, point de heurts ni de conflits. Pièces sujettes à l’interprétation d’un instant, elles happent le visiteur par le coude et l’entraînent dans un univers à la fois reposant et fécond, imaginé pour émouvoir, susciter de belles émotions ou, simplement, inviter une tranche d’esthétique à se mêler au quotidien. Respiration ou éveil caractérise les sculptures de Simone Sarda-Verdeil. Des œuvres inscrites dans la matière et qui prennent doucement forme pour proposer des courbes nées dans le grès blanc (qui ressemble à de la porcelaine). Façonnée à la main, chaque objet est unique, poli avec un galet de Durance. En amont de l’exposition, on imagine aisément le corps-à-corps avec la matière, un travail haletant en atelier et le regard qui unit les attentes aux envies de l’artiste. Alors que beaucoup de créateurs se disent issus de la modernité, Christine Robinson ne cache pas son lent apprentissage académique, avant de trouver sa voie et se laisser subjuguer par l’univers de la mer et des jardins, sans jamais appuyer sur la pédale de la démonstration à n’importe quel prix. Avec un pinceau maîtrisé, elle présente des travaux profondément personnels, qui sont à la fois suggestion et tutoiement et qui lui permettent de se montrer ombrageuse et dynamique pour suggérer la force des éléments et la fureur de la nature qui gronde. Durant de longues années, François Camille s’est impliqué dans diverses disciplines et a tâté de tous les styles, avant de découvrir le cubisme et les réalisations des Delaunay. Une révélation. Pourquoi ne pas, lui aussi, se désenclaver de la figuration et oser un chemin de traverse, loin des routes balisées et expérimenter ? Le résultat est à l’avenant de ses ambitions et se caractérise par des compositions qui doivent énormément au néoplasticisme issu de la grille cubique. Acrylique et peinture à l’huile sont les principales matières utilisées par Corinne Vanden Berghe, une Bruxelloise qui réside non loin de la gare du Midi dans un quartier qui a longtemps été un nid d’artistes venus du monde entier. Sans jamais se départir de sa motivation, elle créé des toiles de toutes dimensions et de type impressionniste avec, parfois, un clin d’œil aux maîtres du genre : Giorgio de Chirico, René Magritte, Salvatore Dali et quelques autres. Pourquoi ne pas utiliser l’art du collage lorsque la situation l’exige ? Voilà une mixité de techniques qui enchante, déroute et renvoie à un pan du passé inscrit dans les livres d’art. Un événement à découvrir à Espace Art Gallery jusqu’au 29 décembre 2019. Voyez tous les détails pratiques sur le site officiel de l’organisateur www.espaceartgallery.eu Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


EXPOSITION : LES ENCRES DE PASCALE Elle nous revient, Pascale, avec ses encres de Chine qu’elle expose à l’Espace l’Épicentre, rue des Éperonniers à Bruxelles. Cette ville qu’elle aime bien, où elle habite, et dont le nom lui sert de patronyme, puisqu’elle s’appelle désormais Pascale de Bruxelles. « Je me revendique comme une artiste bruxelloise, me confiet-elle, et comme j’expose de plus en plus souvent à l’étranger, Bruxelles me sert d’étiquette. » Quant à son prénom, il est en lien étroit avec « Pâques » et traduit, comme l’étymologie nous le montre, l’artiste passeuse d’émotions qu’elle est. Lavis à main levée Dans émotion, il y a le mot qui anime chacune de ses créations. Ce sont ses « Pascalligraphies » déjà exposées aux RichesClaires en mars 2019 : des dessins à l’encre de Chine qu’elle réalise à partir d’un mot ou d’une phrase qui enfante chez elle une émotion particulière. Refusant le chevalet ou la table, trop rigides sous ses mains, elle crée à même le sol, dans une danse avec le papier. Ce mot, cette phrase génère une image qui la traverse comme un éclair et dont elle se délivre dans une sorte de transe artistique. « Je travaille toujours à main levée sur mes encres de Chine. Je suis devant ma feuille, dans une pose inconfortable, car je dois être moi-même en tension pour capter le mouvement de la vie dans ce que je peins ou dessine. Je lance traits et taches sur le papier, sans aucun dessin préparatoire. » Il y a beaucoup de puissance et d’énergie dans ses lavis sortis de terre, que Pascale produit à main levée, sans repentir, en alliant la maîtrise du geste à la spontanéité de l’expression. Cette maîtrise, on la retrouve dans sa dernière exposition, Animal et Arborescence, où elle nous livre les forces de la nature qui se déploient. Comme Antée qui reprenait des forces au contact de la terre, les arbres d’Arborescence mêlent leurs troncs noueux dans une inquiétante proximité. On est d’abord déconcerté par le foisonnement des choses qui s’arrachent du sol et montent à l’assaut du ciel. Comme dans une gigantesque convulsion de la nature. Les racines des arbres se rejoignent pour former une matière en ébullition. Tout bouge dans cette forêt dense, parcourue d’ombres. Mais en tentant d’y voir plus clair dans les fourrés, on reconnaît bientôt une forme animale, sans doute un daim, qui lève le museau vers le ciel à travers les branches. L’encre du lavis dessine des épaisseurs au pied des troncs où bourgeonne la terre, dans une profusion de verdure. Le ciel, lui, est caché par la masse du feuillage qui fait de cette forêt un repaire pour les animaux sauvages qu’on devine à l’affût derrière les buissons. « Il y a toujours une grande part d’imagination dans mes œuvres. Avec mes arborescences, c’est une improvisation totale à l’encre de Chine. C’est un moment de création qui me submerge, et puis l’œuvre ne m’appartient plus. Le dessin, ou ce qui en émerge, me surprend moi-même. Chacun pourra y voir des choses différentes suivant son vécu, suivant le moment où l’on regarde le tableau, parce que demain on y verra autre chose. Qu’il s’agisse de peintures en couleurs ou en noir et blanc, comme les lavis, l’œuvre vit, elle se transforme avec le spectateur. J’aime beaucoup la poésie, et ce qui m’attire dans un poème, c’est sa liberté : le déploiement du texte sur la page blanche. » L’œuvre de Pascale est donc disponible aux sens, comme dirait Umberto Eco dans son traité sur L’Œuvre ouverte. Chaque lavis est propice aux interprétations que le spectateur


peut y injecter. En l’immolant au sens unique, on vide la toile de son contenu, on la tue comme si on achevait un cheval. Pascale déteste l’idée d’un « tableau achevé », figé pour l’éternité. Ses tableaux sont vivants et débordent de cette pulsion de vie qui les a animés, de cette vibration qu’ils transmettent, notamment dans les nus très expressifs dont je vous ai déjà parlé dans un article précédent. Libellule, aigle, chevaux L’animal est aussi présent dans son exposition. Libellule sur une branche, aigle déployant ses ailes sur une proie, ou chevaux entraînés dans une folle cavalcade, on croise l’animal dans cette forêt sauvage d’Arborescence. Avec ses peintures à l’acrylique, sujet d’une exposition future, Pascale veut fixer le regard du singe ou du lion. Ce regard qui dénote l’intelligence. « Dans le mot intelligence, explique l’artiste, attentive à l’étymologie qu’elle a apprise dans ses humanités gréco-latines, il y a le préfixe in- qui indique l’intérieur. Quand je dessine un arbre ou un animal, j’ai l’impression de le comprendre de l’intérieur. Anima, c’est l’âme, et l’animal en est pourvu, lui qui provient de la même racine latine. » Si l’on y ajoute animus, l’esprit, on comprend toute cette intelligence qui s’exprime à travers le regard des bêtes qui voient celles que nous sommes devenus à leur place. « Car le côté bestial, conclut Pascale, c’est nous qui l’avons. Le respect de l’animal me touche beaucoup. Posons-nous donc la question : l’animal ne serait-il pas doué d’intelligence, voire de sensibilité ? Si on a eu un chien, un chat ou un canari, on ne peut qu’en convenir. » Pascale de Bruxelles exposera Animal et Arborescence à l’Espace l’Épicentre chaque samedi, du 7 décembre au 31 janvier prochain. Vernissage de l’exposition le samedi 7 décembre, de 11 à 20 heures. Vous pourrez joindre directement l’artiste à son adresse électronique avecdusoleil@yahoo.com pour convenir avec elle d’un autre jour de visite. Rue des Éperonniers, 2 à 1000 Bruxelles Michel Lequeux L’ART À VENDRE JM Ernest Bertrand, galeriste de la Pappilia à Ixelles, met en vente son triptyque Incohérences à un prix défiant toute concurrence (250 €). On y reconnaît les éléments de la peinture contemporaine, notamment Le Cri d’E. Munch qui a répandu sa folie contagieuse sur le XXe siècle. Cette folie vient d’entraîner la faillite de Thomas Cook dont le logo sert de rambarde au pont des suicidés. Les deux autres parties du triptyque déclinent tout l’expressionnisme qui a suivi et que Munch annonçait en 1895. Le tableau sera exposé à la galerie Pappilia en décembre, à moins qu’il ne soit vendu d’ici là. La toile peinte à l’acrylique mesure 1 m 20 sur 80 cm. Contactez l’artiste pour plus de renseignements à son adresse électronique jmb@expertbertrand.be Rue de la Brasserie, 71 à 1050 Bruxelles Michel Lequeux


THEÂTRE : LE LIVRE DE LA JUNGLE Quelle excellente idée d’adapter pour les planches le fameux recueil de nouvelles écrites par Rudyard Kipling voilà plus d’un siècle et de proposer une version très éloignée du dessin animé des studios Disney ! Du coup, on se rapproche beaucoup plus de la réalisation britannique due à Zoltan Korda (1942) avec Sabu et de celle signée Stephen Sommers (1994), avec des personnages de chair et un grand soin apporté au niveau de la reconstitution. Paru en deux tomes en 1894, « Le livre de la jungle » reste à ce jour l’ouvrage le plus célèbre de son auteur. Les nouvelles s’y succèdent dans un ordre pas forcément chronologique et présentent des saynètes de la vie dans la jungle indienne, où les animaux sont confrontés à la présence d’un enfant sauvage recueilli par une famille de loups. L’occasion pour l’écrivain, considéré par certains comme étant la voix de l’impérialisme ou du colonialisme britannique, d’évoquer plusieurs aspects de la société et de découvrir, via différentes situations, l’éducation d’un petit bout d’homme, les lois sauvages et les amitiés qui se nouent face au danger. Bien entendu, il peut s’agir de métaphores du monde des humains, où rien n’est vraiment aussi beau que plusieurs aimeraient le clamer tous azimuts. Loin de tout angélisme, Rudyard Kipling plante le décor de son action dans un lieu hostile, où Mowgli n’est pas forcément le bienvenu et où les uns redoutent les autres (le tigre Shere Khan promet d’éliminer celui qu’il considère comme une menace pour ceux de son espèce). Poussé à abandonner le seul foyer qu’il a connu, le protagoniste est amené à partir à la recherche du village des hommes, pour s’épanouir auprès de ceux qui lui ressemblent. L’occasion d’effectuer un voyage initiatique qui le pousse à grandir et à se découvrir. A l’instar de tout apprentissage, il devra faire montre de courage et de persévérance. Autant qu’une parabole de la société de son époque, Rudyard Kipling a rédigé un livre qui parle de valeurs intemporelles, de vertus qui font que chacun trouve une place dans le monde au sein duquel il évolue et de passions fortes qui façonnent les nœuds de l’amitié. Mis en scène par Thierry Debroux et Philippe Tasquin, cette version ne pose aucune difficulté si on la compare à tout ce qui a été vu précédemment. Chaque comédien se donne corps et âme au rôle qui lui a été dévolu et est parfaitement crédible face à une jungle reconstituée en atelier. Il suffit de se rappeler certains spectacles précédents montés au Théâtre royal du Parc pour savoir qu’on ne rechigne pas à investir pour satisfaire le plaisir des yeux et à faire appel à une douzaine d’acteurs pour apporter du mouvement et de l’intensité à l’ensemble. Comme toujours, tout est millimétré, au point de très vite oublier tout ce qui a été vu ailleurs et d’avoir l’impression d’une relecture d’un sujet –certes connu !- mais complètement retravaillé pour ne jamais sombrer dans la redite ni les poncifs. Il y a aussi ici le choix d’une mise en scène cinématographique, avec un gigantesque plateau, le désir de jouer avec la profondeur de la scène, de faire intervenir la musique pour des interludes chantés (et enchantés !) et les effets sonores, de proposer de l’action, des combats et, finalement, d’embarquer chaque spectateur dans un spectacle complet qui marie exotisme, aventure et souvenirs de jeunesse. On ne peut évidemment pas parler de ce programme sans agiter la madeleine de Proust qu’il représente pour beaucoup. Enfin, le sujet a le pouvoir d’attirer les familles accompagnées d’enfants plus ou moins jeunes, désireux de voir en live Baloo, Bagheera, Kaa et Shere-Khan. On se situe en effet fort loin des roucoulades assénées par le Disney de notre enfance. La véritable histoire de Mowgli se caractérise par une noirceur relative qui témoigne d’un monde désenchanté, où l’on préfère tourner le dos à tout ce qu’on a aimé et où on brûle son passé. Dans la jungle, Mowgli lutte pour sa vie ! Un spectacle à découvrir au Théâtre royal du Parc du 13 au 31 décembre 2019. Plus d’informations sur www.theatreduparc.be Rue de la Loi, 3 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : LA REVUE 2019 Voilà une tradition qui se renouvelle chaque année ! Alors que se préparent les fêtes d’hiver, le Théâtre royal des Galeries propose sa revue annuelle ou l’occasion de regarder l’actualité politique dans le rétroviseur. A travers des sketches, des numéros chorégraphiés, des chansons et des parodies énergiques, la troupe emmenée par Alexis Goslain présente un festival de bonne humeur, avec matière à se plier en quatre de tout ce qui ne tourne pas rond chez nous. On le sait, la Belgique est le pays du surréalisme et notre humour singulier permet de nous moquer de … nous-mêmes, sans méchanceté, mais en pointant tout ce qui cause les grandes et petites bisbrouilles qui agitent le royaume. Sans hésiter, les (bons) mots fusent, puisque les habitués du projet savent que la parodie est une arme efficace pour mitonner une soirée festive. Spectacle multiforme, la Revue est le cadeau attendu comme avant-goût de réveillon, le champagne dont on fait sauter le bouchon avant la Saint Sylvestre. Le cru 2019 a été concocté avec soin, agrémenté de pépites et de traits d’ironie qui ponctuent l’ensemble. Chose qui laisse toujours une place à l’émotion, car (on le sait) un bon menu alterne le sucré et le salé. Du coup, les Bruxellois se fient au talent des programmateurs et achètent leur billet les yeux fermés. Pour beaucoup, il s’agit d’une date attendue, d’un rendez-vous espéré. La magie d’un tel spectacle ne tient pas uniquement dans la mise en scène et la qualité des textes, adaptés au fil de l’actualité, mais aussi dans le travail des décors, des costumes, des lumières et de la conception musicale. Un cocktail pas si simple à doser, car il importe d’enchaîner les tableaux sans transition trop abrupte et d’équilibrer les séquences pour que chacun puisse y trouver son goût. La Revue se cuisine à l’aigre-doux. Quant aux intentions du metteur en scène, il les dévoile en ces mots : « Je pars du philosophe qui dit qu’il faut se presser de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. Le rire est un antidote puissant pour décongestionner les peurs et la noirceur ambiante. Il y a une maxime de Michel Serrault qui me parle assez bien et donne plein de sens à cette démarche artistique qu’est la Revue : On ne peut sous aucun prétexte être sérieux trop longtemps. Si on est trop sérieux, on devient facilement con. » Un incontournable à applaudir pour se dérider les zygomatiques du 4 décembre 2019 au 26 janvier 2020 en compagnie de Bernard Lefrancq, Angélique Leleux, Anne Chantraine, Marie-Sylvie Hubot, Gauthier Bourgeois, Frédéric Celini, Natasha Henry et Philippe Peters. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.trg.be Galerie des Princes, 6 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : « LA NATIVITÉ » CHEZ TOONE ! Alors que le sapin illumine la Grand-Place voisine, que le Marché de Noël prend possession de la Bourse et de ses environs, le Théâtre royal de Toone ne pouvait pas omettre de placer « La Nativité » au menu de ses représentations. Les marionnettes bruxelloises proposent une relecture de la naissance de Jésus. Il ne s’agit évidemment pas d’adapter les évangiles de Luc et de Matthieu de manière fidèle, mais de partir du récit originel et de s’imprégner de l’univers de Michel de Ghelderode qui a rédigé sur le sujet. Avec tout son professionnalisme et son sens de la synthèse, Nicolas Géal est l’âme de son théâtre, issu d’une longue tradition à la tête du même endroit. Sans heurter les croyants, il transpose le récit dans notre capitale et respecte sa chronologie, omettant certains passages pour en accoler d’autres. Qu’importe ! Il s’agit d’un spectacle récréatif, d’une pure distraction qui a pour vocation de raviver la gouaille des Marolles et qui n’a pas peur de placer un mot plus haut que l’autre. L’occasion aussi de permettre à Woltje (marionnette fétiche de l’enseigne !) d’intervenir au détour de l’une ou l’autre saynète et d’asséner des vérités très terre-à-terre. Le comique tient autant du langage que des anachronismes volontaires que les spectateurs s’amusent à relever. Dans l’ordre, on passe de la visite de l’Ange à la naissance de Jésus dans une crèche, pour aboutir au massacre des premiers-nés mâles. Contrairement à ce que beaucoup pensent, l’idée de départ a été de s’inspirer de la littérature de Michel de Ghelderode plutôt que de se référer à la Bible. Homme de lettres un peu oublié aujourd’hui, le célèbre écrivain était essentiellement réputé pour la qualité de son théâtre, ainsi que pour ses contes scabreux qu’il affectionnait beaucoup. Chez lui, l’étrangeté se mêlait le plus souvent au folklore et il puisait son inspiration dans le religieux, les traditions séculaires et ses angoisses métaphysiques. On retrouve un peu ce schéma dans la mise en scène du présent spectacle, avec des têtes (de poupées) qui volent lors de la boucherie finale, du mysticisme vite oublié et des références à notre société moderne. Avec des décors qui représentent Bruxelles, on voyage dans le temps et on se délecte des bons mots assénés à tour de bras. « La Nativité » version Toone est un spectacle haut en couleur, avec des costumes chamarrés, un zeste d’impertinence qui ne choquera que les pisse-froid et un respect des choses apprises au catéchisme. Un récit traditionnel mixé à la sauce locale que l’on découvre ou revoit afin de s’assurer un quota de bonne humeur pour la semaine en cours et ce jusqu’au 31 décembre 2019. Plus de détails sur le site www.toone.be Rue du Marché-aux-Herbes (Impasse Sainte Pétronille), 66 à 1000 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : UNE FOLIE DE SACHA GUITRY A la Comédie Volter se joue, du 4 au 31 décembre, Une Folie de Sacha Guitry mise en scène par Danielle Fire. Un texte savoureux de 1938, dont le sujet principal est le divorce, traité avec humour et spiritualité, les deux ingrédients qui continuent de nous divertir dans les pièces de Guitry. C’est ce qui frappe en premier lieu. L’humour percutant de l’auteur évoque des sujets toujours actuels : comment tricher avec les impôts, la psychanalyse des couples, l’union libre, l’adultère, et surtout le divorce. Guitry durant toute la pièce fait l’éloge de la rupture qui fait partie du mariage, comme deux et deux font quatre. Cette écriture superbe, concentré d’esprit et de malice, nous fait sentir l’esprit parisien, brillant et caustique, qui animait l’auteur de La Vie à deux. « Le mariage, c’est résoudre à deux les problèmes que l’on n’aurait pas eus tout seul. » La mise en scène de Danielle Fire laisse la part belle aux mots. Ce joyeux bijou théâtral n’a pas pris une ride depuis sa création. La grande tirade sur le divorce révèle Guitry dans toute sa splendeur quand il manie le paradoxe avec une rare vélocité. Le docteur Flache, nom génial pour un psy, s’apprête à partir vivre dans le sud de la France, abandonnant les nombreux fous auxquels il a consacré sa carrière. Survient un couple non marié depuis six ans (ils étaient rares en 1938), qui fait appel à ses services, chacun voulant se débarrasser de l’autre qu’il déclare fou. Le docteur y consentira-t-il pour faire interner chaque conjoint ? Une bonne, folle en rémission prise en charge par le psychanalyste depuis son plus jeune âge, et une tapissière complètent la panoplie sur scène. On assiste au feu des réparties et à un jeu de dupes. Sacha Guitry maîtrisait avec brio les amours et les ruptures, car il fut marié cinq fois et c’était un grand séducteur, ayant eu de nombreuses liaisons. Qui résisterait en effet à un esprit si pétillant ? Avec Stéphanie Moriau, Michel de Warzée, Bruno Georis, Catherine Claeys et Amandine Chevigny qui se disputent la scène à la Comédie Volter du 4 au 31 décembre. Prix unique lors du réveillon du 31 décembre : 35 € par personne à 16 h et 45 € à 20 h 15. Venez donc vous régaler du spectacle en fêtant avec les comédiens la fin de l’année. Plus de détails sur le site www.comedievolter.be Avenue des Frères Legrain, 98 à 1150 Bruxelles Michel Lequeux OPÉRA : LES CONTES D’HOFFMANN Dans cet opéra fantastique de Jacques Offenbach, le poète E.T.A. Hoffmann devient le protagoniste de trois de ses propres contes. Ses histoires d’amour avec la poupée Olympia, avec la chanteuse Antonia gravement malade et avec la courtisane Giulietta échouent face à l’écart entre rêve fragile et dure réalité. Offenbach a composé son premier véritable opéra peu avant sa mort, après une vie consacrée à l’opérette. De ce genre, il a repris la richesse mélodique qui l’a consacré mais, ici, l’humour laisse place à une poésie mélancolique tissée de vains espoirs et d’idéaux brisés. La quête universelle de l’amour authentique, qui se heurte aux projections superficielles de l’inconscient, fait de sa composition une oeuvre atemporelle. Le metteur en scène Krzysztof Warlikowski et le chef d’orchestre Alain Altinoglu s’emploient à dévoiler l’essence d’une œuvre où temps et espace ne sont que les vestiges d’une mosaïque détruite. Dans un premier temps, l’ouvrage est destiné à l’Opéra Comique. Comme le souhaite la tradition de cette salle, il devra comporter des dialogues parlés auxquels Offenbach envisage déjà de substituer des récitatifs en vue de futures représentations à Vienne et ailleurs. Un changement de direction de l’institution oblige le compositeur à confier la création des Contes d’Hoffmann au Théâtre Lyrique, puis à la Gaîté qui finalement ferme ses portes pour cause de faillite en 1878. L’œuvre est donc à nouveau promise à l’Opéra Comique et, selon les volontés de son directeur, Offenbach transpose, rectifie et réécrit de nombreuses pages. En septembre 1880 commencent les répétitions, et l’œuvre subit encore quelques changements. Mais dans la nuit du 4 au 5 octobre 1880, Offenbach meurt. L’opéra sera complété et terminé par le compositeur français Ernest Guiraud (1837-1892). Un testament musical à voir et à écouter à La Monnaie du 10 décembre 2019 au 2 janvier 2020. Plus de détails sur le site www.lamonnaie.be Place de la Monnaie à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : DALÍ & MAGRITTE Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique consacrent une exposition exceptionnelle à Salvador Dalí et à René Magritte. Pour la toute première fois, les rapports et influences entre les deux plus grandes icônes du surréalisme sont mis en lumière. Salvador Dalí et René Magritte se sont croisés à Paris au printemps 1929, en compagnie des grands noms de l'avantgarde artistique. Puis, en août de la même année et à l’invitation de Dalí, Magritte a séjourné à Cadaqués, le port d’attache du peintre espagnol. Cet été surréaliste – qui a aussi compté la présence d’Éluard, Miró et Buñuel – s’est révélé décisif pour l’art moderne. Plus que quiconque, Dalí et Magritte se sont attachés à défier le réel, à questionner le regard et à bousculer les certitudes. Le Catalan et le Belge ont témoigné d’une fascinante proximité, malgré des créations et des personnalités bien différentes qui les ont finalement amenés à s’éloigner. La présente exposition révèle leurs liens personnels mais aussi philosophiques et esthétiques à travers plus de cent peintures, sculptures, photographies, dessins, films et pièces d'archives. Profitez également de cette visite pour prolonger cette expérience surréaliste en découvrant le nouvel accrochage du Musée Magritte, qui offre une sélection de la plus grande collection d’œuvres de René Magritte au monde. Cela se déroule jusqu’au 9 février 2020 aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Plus de détails sur le site www.fine-arts-museum.be Rue de la Régence, 3 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : CHIHARU SHIOTA Les installations spectaculaires de Chiharu Shiota transforment les espaces dans lesquels elles se déploient et immergent le visiteur dans l’univers de l’artiste. Elles associent des matières textiles telles que la laine et le coton à différents éléments : formes sculptées ou objets usagés. L’artiste combine performances, art corporel et montages 3D dans un processus qui situe le corps au centre de toutes préoccupations. Sa pratique artistique protéiforme explore les notions de temporalité, de mouvement, de mémoire et de rêve et requièrent l’implication à la fois mentale et corporelle du spectateur. La participation très remarquée de Chiharu Shiota à la Biennale de Venise, où elle représentait le Japon en 2015, a confirmé l’envergure internationale de son travail. Présentée dans la salle Bernheim, Me Somewhere Else (2018), œuvre d’une grande force visuelle, occupe une place bien particulière dans la production de sa créatrice. Elle évoque sa lutte contre la maladie et la certitude que son esprit survivra à son corps. Née à Osaka au Japon en 1972, Chiharu Shiota vit et travaille à Berlin depuis 1997. Ces dernières années, ses travaux ont été exposés à travers le monde, notamment au New Museum of Jakarta (Indonésie), au SCAD Museum of Art et au Smithsonian Washington D.C. (États-Unis) et, parmi beaucoup d’autres, au K21 Kunstsammlung NRW (Allemagne). Bien entendu, Tokyo lui a réservé une place d’honneur au Musée Kyoto, ainsi qu’au Mori Art Museum. Un événement culturel à découvrir jusqu’au 9 février 2020. Si vous êtes tentés par cette visite, voyez tous les détails pratiques sur le site www.fine-arts-museum.be Rue de la Régence, 3 à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : SAISON ONE 2.0 Alors que les séries font la fortune des producteurs, tant sur la toile qu’à la télévision, pourquoi ne pas adapter ce concept aux planches ? Marie-Paule Kumps et Bernard Cogniaux ont décidé de rassembler les ficelles du genre pour offrir une pièce décapante, avec une histoire présentée par épisodes et qui s’amuse à brocarder l’univers du théâtre. Pour frapper juste, il importe d’éviter la méchanceté et d’user de toute la mécanique de l’humour. A aucun instant, il n’est question d’un règlement de comptes. Plutôt d’un regard caustique sur ce qui se trame en coulisses, sur l’ego de certains gens du métier, sur les aléas de la profession et les objectifs à atteindre. Avec beaucoup de vivacité, « Saison 2.0. » ausculte une galerie de personnages au caractère à la fois touchant et drôle. L’opportunité d’embarquer sur un cargo qui prend vie sous les néons et qui suit le cours d’un fleuve pas vraiment tranquille. Les humeurs se manifestent au cours des séquences qui se succèdent, animées par le jeu de Catherine Decrolier, Emmanuelle Mathieu, Frédéric Nyssen, Martine Willequet et Pierre Poucet. Du coup, on se trouve plongé au cœur d’une saison théâtrale belge, où tout va vite (parfois trop !), où chaque détail doit être mesuré au millimètre et où les imprévus doivent être annihilés pour faire place à l’excellence. Quoi qu’il arrive : the show must go on ! en oubliant les egos, la peur de l’échec, les écueils de la vie privée et le trac. Le public a payé pour obtenir de la qualité. Bien entendu, on rit follement, tout en prenant conscience du travail mené dans les coulisses pour apporter du rêve aux spectateurs. Une pièce atypique à découvrir du 12 décembre 2019 au 18 janvier 2020 au Théâtre de la Toison de la Toison d’Or. Plus de détails sur le site www.ttotheatre.com Galeries de la Toison d’Or, 396-398 à 1050 Bruxelles Daniel Bastié

Distribution Mise en scène : Marie-Paule Kumps et Bernard Cogniaux Avec Catherine Decrolier, Emmanuelle Mathieu, Frédéric Nyssen, Pierre Poucet, Martine Willequet et François Heuse Scénographie : Anne Goldschmidt Costumes : Laurence Van H Création lumières : Gaëtan Vandenberg Décor sonore : Laurent Beumier


CINÉ-DIMANCHE : LE RETOUR DE MARY POPPINS Le temps a passé et Mary Poppins a quitté la famille Banks pour vivre de nouvelles aventures. Aujourd’hui, Michael travaille à la banque où son père était employé et occupe la maison du 17 allée des Cerisiers avec ses trois enfants, Annabel, Georgie et John, et leur gouvernante Ellen. Lorsque la famille subit une perte tragique, Mary Poppins réapparaît. Avec l’aide de Jack, l’allumeur de réverbères toujours optimiste, elle met tout en œuvre pour que la joie et l’émerveillement reviennent dans leur existence. Ce nouveau film remet au goût du jour des personnages qui nous ont émerveillés voilà un demi-siècle, tout en nous présentant de nouveaux intervenants, dont l’excentrique Topsy. Toujours aussi magique et féerique que la version précédente, ce « Retour de Mary Poppins » se veut un enchantement ciselé pour toutes les générations, avec des rebondissements, de la bonne humeur et des chansons. En fait, il s’agit d’une suite qui n’en est pas vraiment et qui peut se laisser voir sans connaître la version de 1964. L’actrice Emily Blunt succède à Julie Andrews sans avoir à rougir de sa prestation. Ce film marque également le come-back des longs métrages mêlant images réelles et dessins animés. Rob Marshal, spécialiste du divertissement, signe cette adaptation. Il est considéré comme étant un spécialiste du genre avec, entre autres, le musical « Chicago », « Nine » et le drame « Mémoires d’une geisha ». Un film à voir au Centre culturel d’Uccle le dimanche 15 décembre 2019 à 10h15. Plus de détails sur le site www.ccu.be Rue Rouge, 47 à 1180 Bruxelles Daniel Bastié

THÉÂTRE : LA PEUR Voilà un thriller amoureux saisissant à la Hitchcock ! Il nous interroge sur le mensonge, la honte et la relation de couple. Un chef-d’œuvre de Stefan Zweig, qui excelle dans la description des tourments intérieurs de ses héros. Sa nouvelle, « La Peur », en est le meilleur exemple. Construite comme un roman à suspense, la pièce se déroule au rythme haletant des angoisses d’Irène, jeune femme adultère traquée par l’étrange compagne de son amant. Mensonges ? Vérités ? Hallucinations ? Comment déceler le vrai du faux ? On assiste au vacillement d’un couple qui ne se comprend plus… jusqu’au dénouement final, véritable coup de théâtre. Cette pièce à l’esthétique cinématographique s’inspire de l’univers du célèbre Alfred (Hitchcock), notamment du remarquable film « Fenêtre sur cour ». Cette transposition se veut vraiment réussie, construite avec intelligence, afin de distiller un suspense parfaitement concocté pour générer l’étrange. Le texte ambigu à souhait est servi trois comédiens qui donnent corps à une tension palpable. Cette pièce a été nommée aux Molières 2017 et à revoir au Centre culturel d’Uccle le mardi 10 décembre 2019 à 20 heures 15. Plus de détails sur le site www.ccu.be Rue Rouge, 47 à 1180 Bruxelles Sam Mas


THÉÂTRE : ÊTRE OU NE PAS ÊTRE Dressé sur un tréteau, un acteur décide de réaliser le rêve de sa vie : interpréter un texte qui rassemble une quinzaine des monologues extraits de l’œuvre de Shakespeare. Mais le personnage s’empare du comédien et emporte le public dans un récit plein d’émotions et de rires, qui nous décrit les aléas, les combats et les envolées de la vie d’un artiste sur scène. Nous voici au théâtre pour le voir concrétiser son rêve et découvrir une sorte de best-of de l’auteur le plus interprété au monde. D’emblée, il annonce : De toute façon mesdames et messieurs, vous ne pouvez pas imaginer ce que c’est pour moi, d’être avec vous ce soir. Je vous ai tellement attendus… Mais là, je vous tiens ! Pris en otages ! J’ai kidnappé mon comédien. Je lui ai tout pris. Son sang, son souffle, son cœur. Être ou ne pas être, là est la question. Moi, je veux être, être et ne pas être. Voilà ma réponse. Nous franchirons ensemble, les limites de la simple représentation théâtrale, pour vivre l’expérience unique d’un spectacle éternel. Nous resterons unis à tout jamais pour trouver enfin la symbiose parfaite, jamais atteinte jusqu’à aujourd’hui, entre un simple personnage, moi, et son merveilleux public, vous ! Un seul en scène de et avec Luca Franceschi. Une performance à applaudir jusqu’au 21 décembre 2019 au théâtre Le Public. Veuillez trouver tous les détails complémentaires sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles

THÉÂTRE : À LA VIE, À LA MORT Que sommes-nous prêts à faire pour la planète ? Que sommes-nous prêts à faire pour ceux qui nous sont proches ? L’action de la pièce nous projette dans un futur proche d’une dizaine d’années. Dans ce temps, pas si lointain, afin de résoudre tout à la fois le problème du coût du vieillissement de la population et le manque de moyens pour investir dans le développement durable, l’État met en place un système d’une efficacité redoutable, mais éthiquement et moralement très perturbant : Écothanasia. Dans ce contexte, qui balaie impitoyablement les valeurs humanistes, au profit de la logique économique et des urgences écologiques, deux vieux amis (des amis de longue date, qui sont aussi de vieux amis…) à l’approche de leur fin de carrière, se trouvent confrontés à la question brûlante de savoir ce qu’ils laisseront comme héritage aux générations futures. Bernard Cogniaux et Pierre-André Itin ont les idées folles, mais la plume légère. Ils écrivent une pièce drôle, forte et décalée, très enthousiasmante. Ils touchent à un sujet tabou et creusent leur sillon avec un certain cynisme, mais avec élégance, humour et beaucoup de pertinence : que se passerait-il si on programmait l’heure de sa mort, au bénéfice d’un monde durable ? Un futur inquiétant, mais dépeint avec bienveillance. Et c’est ça qui est élégant ! Cette pièce est à découvrir au théâtre Le Public jusqu’au 31 décembre 2019. Plus de détails sur le site www.theatrelepublic.be Rue Braemt, 64-70 à 1210 Bruxelles


HUMOUR : SOIS BELGE ET TAIS-TOI ! Voilà un spectacle qui fait du bien ! Pour la vingtdeuxième année consécutive, « Sois Belge et Taistoi ! » révèle le potentiel comique d’un pays souvent surréaliste. Le résultat est parfois absurde, souvent piquant mais toujours drôle et pertinent. Plus qu’une tradition, c’est un spectacle total et bourré de talents : imitations, sketches, parodie, chansons… Sur scène, les comédiens savent tout faire (ou presque) avec énergie et générosité. Ils se moquent, font rire et réfléchir (mais pas trop). Ils tapent tous azimuts et ne ratent personne. Alors ne les ratez pas non plus ! Après les élections du 26 mai 2019, il y a eu suffisamment de matière pour des auteurs à la plume experte en jeux de mots et de situations pour chatouiller l’actualité avec beaucoup d’humour (à croire que les responsables politiques le font exprès !). Le climat, le Brexit, la mobilité, les élections, les négociations, le communautaire, des sujets de société, la vie de tous les jours et la Belgique sont un fond quasi inépuisable pour des chansonniers qui adorent piquer là où ça chatouille, sans méchanceté mais avec une acuité sans censure. Au bout de deux décennies de shows endiablés et renouvelés incessamment, on sait que la morosité est invitée à demeurer au vestiaire. Un festival de séquences drôles, impertinentes et justes écrites sur le fil par le duo (père et fils) André et Baudouin Remy et à applaudir Jusqu’au 31 décembre 2019 à la salle de la Madeleine. Plus de détails sur le site www.soisbelge.be Rue Duquesnoy, 14 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : CROSSROADS On le sait, la fin de l’Empire Romain a plongé l’Europe dans une période de déclin. C'est du moins la version classique que l'on entend lorsque l'on parle du Haut Moyen Âge, cette époque située entre 300 et 1000 après J.C., également surnommée « Âge sombre ». Peuples en migration, nouvelles structures politiques, changements climatiques, conflits religieux, ... Cette période a néanmoins plus de points communs avec notre monde moderne qu’il n’y paraît. Un temps d’échanges et de contacts grâce aux voyages, au commerce, à la diplomatie et aux guerres. L'exposition « Crossroads » vous invite à reconsidérer vos certitudes et à voyager à plus de mille ans du XXIe siècle pour aller à la rencontre des Avars, des Francs, des Mérovingiens, des Byzantins, des Égyptiens et des Vikings par le truchement d’objets qui illustrent à merveille un savoir-faire et des techniques artisanales qui, toutes, témoignent d’un haut degré de civilisation. Bijoux mérovingiens, manuscrits en parchemin écrits en runes, monnaies en or des empereurs byzantins, textiles coptes aux motifs et aux couleurs étonnantes se tutoient pour proposer un fascinant dialogue qui rappelle à quel point tout changement peut devenir vecteur de nouveauté et de transformation. Loin des livres scolaires poussiéreux qui se complaisaient à parler de barbarie, la fin de l’héritage antique n’a jamais été synonyme de chaos ni d’apocalypse. Au contraire, la population a dû s’adapter à une dynamique qui a encouragé les influences réciproques entre nations pour voir naître de nouvelles identités culturelles. Le Musée du Cinquantenaire propose de réveiller l’archéologue qui sommeille en chaque visiteur jusqu’au 29 mars 2020. Plus de détails sur www.artandhistory.museum Parc du Cinquantenaire à 1000 Bruxelles


LIBRAIRIE : MOT PASSANT C'est le 27 novembre 2015 que la librairie "Mot Passant" a ouvert ses portes. Moins de cinq ans d'existence pour une librairie qui compte déjà parmi les plus importantes de Bruxelles et de sa région, rivalisant ainsi avec Filigranes et Tropismes. Cette renommée, elle la doit à son patron, son maître d'oeuvre, Michaël Veliu. Un homme dynamique jamais en manque d'idées. Michaël Veliu se plaît à qualifier "Mot Passant" de librairie généraliste (thématiques diverses et variées) et conviviale. Il n'y a qu'à voir cette grande table en bois qui favorise les échanges et sur laquelle, très souvent, des étudiants viennent réviser leurs cours. "Mot Passant" (dont le jeu de mots n'échappera à personne) bénéficie d'un personnel spécialisé et polyvalent et met particulièrement en valeur les auteurs belges. Très régulièrement d'ailleurs, des auteurs sont invités le dimanche midi pour présenter leur(s) œuvre(s) et tout se déroule de façon très conviviale autour de cette grande table de façon à ce que l'invité se trouve au même niveau que les lecteurs. Pas question de jouer les "stars" chez "Mot Passant" ! A ce sujet, je peux déjà vous dire que l'agenda est complet jusqu'en mars 2020 ! La partie consacrée aux enfants est aussi très importante. Il faut savoir qu'elle représente 1/3 du chiffre d'affaires et de manière générale, le livre se porte bien, souligne Michaël Veliu qui met aussi l'accent sur les différentes connexions avec des théâtres et des journaux. Sans oublier les prix ! Par exemple, le prix "Mot passant" du meilleur roman de l'année. En 2018, il a été attribué à Salvatore Minni pour "Claustration". Cette année, il sera décerné au roman "Jeux de mains..." de Yves et Laurent (Autoédition Yves Laurent). L'évènement sera célébré le dimanche 8 décembre à midi ! Le 29 septembre dernier, "Mot Passant" remettait également un prix spécial aux Editions Lamiroy pour l'originalité de la Collection Opuscule. Et ce n'est pas tout ! On peut boire et se sustenter chez "Mot Passant". Le salon de thé (dont le patron est très friand) offre un grand choix de ce breuvage ainsi que d'autres boissons ; café, coca, eaux, vin... sans oublier les couques, les sandwiches et le potage en hiver ! Bibliophiles, bibliophages ou autres dévoreurs de livres en tous genres, n'hésitez pas à aller faire un tour dans cette librairie qui est ouverte 7 jours sur 7 et 365 jours par an ! Heures d'ouverture : tous les jours de 10H à 19H et les dimanches et jours fériés de 9 à 18 heures ! Avenue de Jette, 300 à 1090 Bruxelles Alain Magerotte

QUID DE LA RÉMUNÉRATION DES ARTISTES PLATICIENS ? Les artistes plasticiens ne bénéficient toujours pas du statut d’artiste et ne sont en général pas rémunérés lorsqu’ils exposent, au motif de la visibilité qui leur est offerte. Le secteur des arts plastiques éprouve énormément de difficultés et certains créateurs (photographes contemporains par exemple) n’ont pas les moyens d’exposer leurs œuvres, car les tirages coûtent énormément, ainsi que les encadrements. Cette situation témoigne d’un vrai malaise. La députée bruxelloise Isabelle Emmery s’est inquiétée de la situation et a récemment interpelé la ministre de la culture afin de, notamment, connaître les mesures qu’elle compte apporter en Fédération Wallonie-Bruxelles pour palier à cette carence. Si une réflexion de fond n’a pas encore été menée à ce sujet, la ministre a assuré qu’elle explorerait cette piste avec son équipe. Affaire à suivre ! Sam Mas


THÉÂTRE : INAVOUABLE Gaspard et Clémence forment un vieux couple et leur fils unique, Lucas, vit avec Manon, une riche héritière. Ces derniers ont un enfant qu’ils décident de confier aux grands-parents le temps d’un séjour d’une semaine pour faire le point et se retrouver. Ou pas ? C’est alors que, suite à une maladresse irréparable, Clémence avoue que Gaspard n’est pas le géniteur de Lucas et, telle une fusée lâchée à toute vitesse, un secret défloré en amène d’autres. Véronique Jannot (inoubliable Joëlle Mazart de la série « Pause-Café ») donne la réplique à Jean-Luc Moreau dans un vaudeville pas aussi léger qu’il en a l’air. Eric Assous égratigne le milieu bourgeois avec des répliques qui font mouche, mitonne les dialogues au quart-de-tour et fait voler en éclat les certitudes. Le couple est placé en instabilité, avec des rebondissements. Servi par une mise en scène à la fois simple et efficace, Jean-Luc Moreau (également présent dans l’un des deux rôles principaux !) prouve à nouveau qu’il reste un surdoué, capable d’apporter le meilleur de lui-même devant ou derrière le rideau rouge. Pour l’anecdote, la pièce a été créée en France par Michel Leeb, face à la toujours belle Véronique Jannot, Inutile de préciser que « Inavouable » a été un succès. Un bon moment à découvrir au Centre culturel d’Auderghem du 10 au 14 décembre 2019 à 20 heures 30. Plus de détails sur le site www.ccauderghem.be Boulevard du Souverain, 183 à 1160 Bruxelles

HUMOUR : FAITES L'AMOUR AVEC UN BELGE ! Il est belge et elle est française. Elle adore le foot, la bière et les sorties. Il est casanier, shopping et câlins. Ce couple détonnant, à l’encontre des stéréotypes, nous entraîne dans une spirale de quiproquos renversants. Michael Dufour signe une succession de sketches mis bout-à-bout et revisite, par le prisme d’un duo, ce qui fait la joie de vivre à deux. A l’aide de saynètes absurdes, drolatiques ou cruelles, il raconte tout (ou presque !) : répartition des tâches ménagères, job de chacun et répercutions au quotidien, sexualité, fidélité, animal de compagnie, etc. L’auteur et Emilie Wiest s’appliquent dans une joute où chaque coup est permis. Ce spectacle incontournable renverse les poncifs et croque à pleines dents les différences culturelles entre la France et la Belgique. Incisif, caustique et nourri de justesse, « Faites l’amour avec un belge ! » est un régal à voir ou à revoir de toute urgence (pour échapper à la morosité d’une société de plus en plus formatée) du 26 au 28 décembre 2019 à 20 heures 30 au Centre culturel d’Auderghem. Voyez davantage de détails sur le site www.ccauderghem.be Boulevard du Souverain, 183 à 1160 Bruxelles Paul Huet


THÉÂTRE : LE NOIR TE VA SI BIEN John et Lucie sont des prédateurs. Chacun de son côté s'est marié à de nombreuses reprises à de richissimes conjoints qui, très vite, sont passés de vie à trépas. L'inspecteur Peter Campbell de Scotland Yard, las de courir après eux sans pouvoir obtenir la moindre preuve de culpabilité, s'est arrangé pour les réunir dans un manoir. En les présentant l'un à l'autre, il compte les faire convoler en justes noces pour, ensuite, assister au massacre et mettre un terme définitif à leur ballet criminel. Attirés par leurs fortunes respectives, les monstres se marient et mettent tout en œuvre pour occire l’autre, déposant ainsi les pieds dans une spirale de stratagèmes totalement délirants et cocasses et ce pour le plus grand plaisir du public. On se situe ici dans une comédie de boulevard d’un excellent cru, due à la plume acerbe de Saül O’Hara en forme olympique. Sous la direction de Daniel Hanssens (également présent dans l’un des rôles principaux), Laure Godisabois, Pascal Racan, Manuela Servais, Michel Hinderyckx, Christel Pedrinelli, Sybille Van Bellinghen et Frederik Haugness apportent leur tonicité pour faire oublier la version diffusée dans le cadre de feu l’émission « Au théâtre ce soir » avec Jean Le Poulain et Maria Pacôme, tous deux disparus. Un classique d’humour noir à applaudir du mardi 3 au samedi 7 décembre 2019 à 20 heures 30 au Centre culturel d’Auderghem. Plus de détails sur le site www.ccauderghem.be Boulevard du Souverain, 183 à 1160 Bruxelles Paul Huet

THÉÂTRE : HATE LETTERS Marie et Jacques s’aiment. Et comme tous les gens qui s’adorent, il leur arrive de se détester. Voire, de se quitter. Mais ce n’est pas facile de se haïr. Surtout quand on s’aime ! Alors, ils s’écrivent. Des lettres d’humour et d’humeur, rageuses, râleuses, cruelles, bourrées de mauvaise foi, de reproches improbables, de mesquineries et de menaces absurdes. Roland Giraud, bougon et perfide, excelle face à Maaïke Jansen qui lui fait face avec audace et tendresse. Couple à la ville, Roland Giraud et Maaïke Jansen campent un couple ordinaire, lassé par la quotidienneté et totalement émoussé. Pour sauver ce qui peut l’être, ils tentent un ultime sursaut. Qui ne s’est pas lassé de son conjoint, tout en hésitant à briser des liens indéfectibles ? L’ambulance est là pour emmener le patient à l’hôpital et tenter des soins palliatifs. Cette comédie épistolaire rédigée par Thierry Lassalle et Jean Franco est à découvrir du 21 au 25 janvier 2020 à 20 heures 30 au Centre culturel d’Auderghem du 10 au 14 décembre 2019 à 20 heures 30. Plus de détails sur le site www.ccauderghem.be Boulevard du Souverain, 183 à 1160 Bruxelles Paul Huet


THÉÂTRE : DESPERADO Moustache à la Charles Bronson, santiags rutilantes, pantalon à franges et chapeau de cow boy : ces quatre-là prennent possession de la scène comme John Wayne défend la prison dans « Rio Bravo ». Sauf que, en moins de temps qu’il ne faut à Clint Eastwood pour dégainer son colt, toute cette décharge visuelle de testostérones se dégonfle piteusement. Marc, Bruno, Michel et Eddy ont beau afficher de sombres visages impassibles, ils moisissent dans une existence terne avec un avenir qui pourrit sous un meuble. À rebours du cowboy viril et sûr de lui, c’est l’homme ordinaire qui, sous ces quatre silhouettes, se dévoile peu à peu. Des êtres pleins de certitudes et de déceptions, de rêves et de désillusions. Des gars fatigués, incompris, frustrés, reclus dans leurs vies étriquées et blessés par les petites humiliations quotidiennes, à des lieues de la liberté tant chérie. Chez eux, le langage c omble les vides et leur sert d’exutoire Voilà une comédie qui fait rire mais qui, paradoxalement et avec un arrière-plan social dramatique, n’est jamais oublieuse des duretés de l’existence et de l’absurdité des choses. Un mélange savoureux (accents compri s) d’acteurs francophones (Hervé Piron et Eno Krojanker) et néerlandophones (Youri Dirkx et Peter Vandenbempt) multiple au carré un récit minimaliste qui parle de la vie sans oublier qu’elle mérité d’être vécue. Une pièce à découvrir au Théâtre Varia du 12 au 19 décembre 2019. Plus de détails sur le site www.varia.be Rue du sceptre, 78 à 1040 Bruxelles

BIENTÔT UN NOUVEL ALBUM POUR ME’ ASA WEYO La Bruxelloise, Me'Asa Weyo est une auteure-compositrice-interprète très influencée par les musiques soul, africaines, funk, latines et pop. Elle est également une musicienne aux nombreuses facettes (guitare, piano et percussions), tout en travaillant comme coach vocal et chef de chœur. « Way of Indigo », son premier album sorti il y a déjà quelques années, se veut un disque à son image ; passionné, positif, sensible et chaleureux, conçu pour transmettre et partager des émotions et des vécus. L’artiste travaille actuellement sur un nouveau CD qui parle de la façon dont nous sommes tous (d’une certaine manière) connectés et de l’envie d’exploiter ces connexions pour finalement commencer à regarder la vie comme il se doit. Il traite également d’une des plus grandes leçons qu’elle a apprises cette année. L’univers, ou peu importe comment chacun le définit, nous envoie des petits messages et nous convie à regarder ce qui nous entoure pour décoller de la morosité, s’offrir du rêve et se réconcilier pleinement avec l’existence. Retrouvez Me’Asa Weyo sur son site officiel www.measaweyo.com Daniel Bastié


UN KET DE BRUSSELLES : LE TRAM 28 - Avancez si vous plaît ! - Deuischoeiven astableeft ! La voix de Maurice le receveur du tram résonnait le long du plafond de la motrice, et les usagers se poussaient docilement vers la plate-forme avant. Ça lui permettait de repérer les resquilleurs de l’arrière qui essayaient de se cacher derrière un malabar : - Eh là menneke ! C’est quatre francs cinquante ! Maurice portait sur le ventre une sacoche des plus bizarres. Une monture en fer blanc, où étaient rangées par grandeur les différentes pièces de monnaie, et un distributeur – lui aussi en fer blanc - exposait les différents tickets à sa disposition, dont les principaux étaient un « simple à quatre francs cinquante » et une « correspondance à sept francs ». C’était un temps où on trouvait encore des pièces trouées de vingt-cinq centimes, juste de quoi se payer un sugus à la rhubarbe au bollewinkel (qu’on appelait le petit maga). Car on pouvait acheter des denrées courantes à septante-cinq centimes (je te parlerai un jour de ces drôles de pièces qu’on avait héritées du Moyen-Âge). Revenons au tram. C’étaient des wagons peints en jaune clair, avec à l’avant et à l’arrière du toit, une grande plaque ronde portant un chiffre noir. De chaque côté du cercle, un bandeau de couleur annonçait les arrêts prévus, à gauche en français, à droite en flamand. Car comme aujourd’hui dans le métro, on n’écrit pas Verheylewegen de la même façon, selon qu’on est Bruxellois ou Brusseleir (???). Tu m’expliqueras pourquoi quand on ira prendre un pot chez Mie Moeyal. À l’arrière de la motrice (car parfois il y avait un wagon supplémentaire) se trouvait la flèche de prise de courant. Là, on aborde le point crucial de ce genre de transport en commun : qui ne connaît pas la phrase célèbre : « Jef ! de flèch es af ! » ? Ce que le conducteur (le wattman) ne manquait pas de remarquer puisque son engin n’avançait plus. Alors Maurice se précipitait hors de sa motrice, agrippait le câble de la flèche, qu’il déroulait totalement, puis s’évertuait à replacer le curseur sur le fil distributeur de courant. Parfois, cela faisait de grosses étincelles, surtout quand il y avait du vent et que la flèch wagelait droldement. Devant, le wattman attendait patiemment que la force lui soit rendue et en profitait pour consulter la plaquette portant son horaire : - Potverdekke je dois être à Montgoméry à 9.53 et il est déjà 10.02 ! J’aurai même pas le temps d’aller pisser au pissodrome du cimetière d’Etterbeek. Alleï, Maurice ! Spoeid a ! (Dépêche-toi !) Devant lui, à sa main gauche, se trouvait une manivelle qui réglait la vitesse du tram. À droite, le frein Westinghouse avec en dessous de la poignée une goupille qui permettait de libérer du sable devant les roues. Eh oui, caler le tram le faisait glisser sur les rails, et lorsqu’on heurtait un passant, on déclenchait la pédale du ramasse-corps et on fermait les yeux : « Qu’est-ce que je vais encore prendre comme cigare du contrôleur ! » Mais le chef du tram, c’était le receveur. Nature, puisque c’est lui qui ramassait le pognon ! Les litiges, c’était son domaine. Quand une meï commençait à faire la chochotte sur une banquette car son voisin avait lâché une douf (pet), c’est Maurice qui intervenait, et quand un ket voulait pas céder sa place pourtant réservée aux invalides de guerre, il avait à faire avec le receveur. Au terminus, ils allaient tous les deux, le receveur-chef et le wattman-subordonné, boire un vase chez Pill avant d’aller se vider la vessie, et repartir. Tout se passait dans la sérénité, pas comme maintenant où tu as un chronomètre à la place du cerveau. Le jeudi après-midi, ma mère et moi on prenait le tram 28 pour aller en ville. Elle préférait monter dans la remorque car il y avait plus de places assises, qu’elle disait. Moi je regardais les affiches au-dessus des vitres, des publicités pour Spa ou pour Bovril, ou alors des recommandations du type « se tenir aux mains courantes à cause des chocs imprévus ». Le 28 du jeudi après-midi, c’était comme un départ à l’aventure : Brusselles, me voilà ! Dans la remorque, ça chahutait quand même un peu dans les longues lignes droites, car les rails, eux, ne l’étaient pas toujours, en ligne droite. Arra. - Quel âge il a ton ket, demandait le receveur en me regardant comme ça de travers. Et ma mère appuyait sur ma tête pour me faire plus petit :


- Och erme, il a que cinq ans, tu sais (j’en avais huit mais j’étais petit, newo ?) il peut encore voyager gratuit. Comme à cette époque glorieuse les enfants n’avaient pas de carte d’antiquité, il fallait bien croire leurs parents. Le prochain coup, je te parlerai encore de Maurice et de son tram. Aussi du tram 22 et du 41 car c’étaient des phénomènes dans leur genre, ça tu peux me croire. Georges Roland

Retrouvez les romans bruxellois de Georges Roland sur www.georges-roland.com Ses trois titres les plus demandés : « Le Brol aux Marolles », « Cartache ! du ramdam chez les rames » et « Manneken Pis ne rigole plus » sont maintenant disponibles en format poche, ara ! Les chroniques du ket (numéro 1) sont disponibles en format ultra-poche sur le site de l’auteur.

HOMMAGE À ROBERT DE NIRO Considéré comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération, Robert De Niro s'est forgé une carrière exceptionnelle grâce, entre autres, à sa formidable capacité à s'immerger totalement dans ses rôles. Deux films récents, et non des moindres (The Irishman et Joker), ont donné l'occasion à ce comédien d’exception de renouer avec le cinéma de qualité après quelques années de cabotinage. L'occasion pour la Cinematek de proposer une rétrospective de ses plus grands rôles. C'est sous la houlette de trois maestros du Nouvel Hollywood que De Niro forge sa réputation. D'abord avec De Palma, puis Scorsese et enfin Francis Ford Coppola. Après un détour par l'Europe pour interpréter le rôle du fils d’un riche propriétaire terrien, menant une vie insouciante dans la superbe fresque historique « Nocecento »de Bertolucci, il revient aux États-Unis, où il va devenir l'un des acteurs les plus en vue, grâce, principalement, à deux rôles. D'abord celui d'un ouvrier-sidérurgiste de Pennsylvanie, confronté aux pires atrocités de la guerre. Une performance remarquable en tous points, dans un film controversé qui est aussi l'un des premiers à aborder sans détours le sujet encore tabou qu'était la Guerre du Vietnam (« Voyage au bout de l'enfer »). Ensuite, ce que beaucoup considèrent comme son plus grand rôle : une stupéfiante incarnation de Jake La Motta dans « Raging Bull » de Martin Scorsese, composition qui lui vaut l'Oscar du meilleur acteur. Poursuivant les fructueuses collaborations avec les cinéastes qui l'ont révélé, il se tourne également vers d'autres horizons, jouant la carte de la diversité. Sans jamais délaisser le film de gangsters (« Il était une fois l'Amérique », « Heat », « Goodfellas »), genre auquel il est le plus souvent associé. Il s'essaye aussi, avec plus au moins de bonheur, à la comédie (« Midnight Run »), à la romance (« Falling in Love »), à la fresque historique (« Mission »), au thriller politique (« Des hommes d'influence ») ou encore au cinéma fantastique (« Frankenstein »). À partir de la fin des années 1990, De Niro perd un peu de sa superbe, se fourvoyant dans des films et des personnages qui ne sont pas à la mesure de son talent. Seules éclaircies dans la grisaille, son rôle d’innommable crapule dans l'incontournable « Jackie Brown » de Tarantino, et deux films qu'il a lui-même réalisés, « Il était une fois le Bronx » et « Raisons d’État », par lesquels il démontre qu'en plus d'être un comédien hors pair, il possède également un talent indéniable pour la mise en scène. Vous avez l’occasion de revoir ce comédien incontournable sur grand écran jusqu’au 29 février 2020. L’hommage se déroule à la Cinematek. Plus de détails sur le site www.cinematek.be Baron Horta, 5 à 1000 Bruxelles


VISITE AU WIELS La brasserie Wielemans-Ceupens a été construite en 1930 par la famille qui lui a donné son nom. Il s’agissait du plus grand producteur de bière de la capitale et qui souhaitait que ses travailleurs soient heureux pour effectuer leur tâche avec passion. L’architecte Adrien Blomme a donc été chargé d’édifier un bâtiment à la fois pratique et agréable, avec de vastes zones lumineuses et aérées. L’atelier où était fabriqué le précieux liquide doré était le plus grand d’Europe et les gigantesques fenêtres qui s’ouvraient sur la voirie permettaient de faire pénétrer la lumière, tout en donnant aux passants la possibilité de se rendre compte des conditions de travail du personnel. La nuit, le bâtiment était illuminé de l’intérieur et irradiait dans tout le quartier. Quant à la décoration, les patrons l’ont souhaitée à la fois belle et sobre. Inutile de préciser que la réputation du nectar s’est fort vite répandue dans tout le royaume. Que s’est-il ensuite passé ? La fin de la guerre et le début des années 50 ont vu les affaires décliner, même si la qualité était toujours au rendez-vous ? On le sait, le goût de la clientèle modifie parfois ses envies et se focalise sur d’autres marques plus efficaces sur le plan de la communication ou moins chères. Quoi qu’il en fût, le bâtiment a été délaissé et abandonné dans son état d’origine, en attendant une hypothétique reprise. En 2007, l’infrastructure a été transformée en musée mais, pour garder un témoignage de son glorieux passé, quatre des huit cuves en cuivre à brasser ont été maintenues. Depuis, des expositions sont organisées autour de thématiques permanentes ou temporaires, toutes focalisées sur l’art moderne, aussi bien pour mettre en évidence des valeurs établies que des créateurs émergents, sans aucune distinction. Bien que le Wiels n’ait pas encore acquis le statut de musée, il est communément désigné comme tel. Au cours de la dernière décennie, il s’est construit une réputation sur son programme engagé et critique, multipliant les démarches et osant se placer de biais par rapport aux formules exploitées ailleurs. Plus qu’un simple lieu de passage, il entend se singulariser comme étant un vrai lieu de dialogue, où les styles ne connaissent pas de frontière et où les restrictions n’existent pas. A ce jour, il se targue d’avoir convié les visiteurs à découvrir une grosse soixantaine de manifestations, d’avoir accueilli un peu moins de cent cinquante artistes venus de tous les horizons et d’avoir mis sur pied de fort nombreuses activités éducatives et socio-culturelles. Que découvre-t-on au Wiels ? Il y en a évidemment pour tous les goûts et, comme les goûts ne se critiquent pas, le public se trouve confronté à des œuvres picturales, à des sculptures et, parfois, à des installations qui témoignent de la vitalité des créateurs d’aujourd’hui avec, toujours, en filigrane, la grande question qui porte sur le rôle de l’art dans la société contemporaine. Il n’est pas rare non plus de voir des productions à résidence tutoyer des pièces spécialement créées pour un événement. Au demeurant, le lieu est devenu en l’espace de quelques années une plateforme des idées, mariant le plus accessible à ce qui l’est forcément moins. Un défi de taille qui semble avoir été remporté haut la main par une équipe volontaire et finalement sûre de la démarche à poursuivre. Le Wiels est accessible gratuitement au public chaque premier dimanche du mois. Plus de détails sur le programme des expositions via le site www.wiels.org Avenue Van Volxem 354 à 1190 Bruxelles Daniel Bastié


THÉÂTRE : LE GRAND FEU Quarante ans après sa mort, Jacques Brel fascine toujours. Treize livres lui ont été consacrés au cours de l’année passée : de la biographie au recueil de textes, de l’essai à la BD, du témoignage au récit thématique. On s’étonne presque de l’absence d’un biopic ! On aime Brel pour ses chansons pleines de révolte, mais encore pour sa vie, aussi courte que riche. Pour la façon qu’il eut de sans cesse prendre la tangente quand le piège de l’habitude risquait de l’enfermer. Pour son sens de l’engagement et son goût de liberté. Il continue de séduire, notamment du côté des rappeurs et du slameurs. Abd al Malik a confessé avoir eu un choc en le voyant implorer « Ne me quitte pas ». Stromae a repris sa gestuelle en chantant « Formidable ». Eddy De Pretto est fasciné de voir « les postillons qui sortent de sa bouche ». Avec « Le Grand Feu », Mochélan nous propose son Brel et lui imprime son flow, son accent, sa tchache loin des pénibles numéros d’imitation. Un spectacle à la croisée du théâtre et de la musique, rassemblant les chansons les moins connues du grand Jacques, mis en scène par Jean-Michel Van den Eeyden. Une performance à voir au Théâtre de Poche du 10 au 21 décembre 2019. Plus de détails sur le site www.poche.be Chemin du Gymnase, 1A à 1000 Bruxelles

THÉÂTRE : UNE FOLIE Le docteur Flache, célèbre psychiatre, est sur le point d’abandonner Paris pour profiter d’une retraite méritée dans le Midi, laissant derrière lui ses patients, son pavillon du XVIIIème et son infirmière. Mais c’est sans compter sur l’arrivée soudaine de Jean-Louis, puis de la charmante Missia. Chacun lui demandant d’examiner son conjoint, qu’il croit devenu fou. Sacha Guitry laisse toute sa verve s’exprimer dans cette pièce qui aborde le thème du divorce, à une époque où les couples ne pouvaient (ou ne pensaient pas !) se séparer. Séducteur impénitent et marié à de nombreuses reprises, l’auteur traite le sujet avec une légèreté chargée d’humour, serti de répliques qui cinglent et capable de pirouettes attendues. Cette comédie (avec portes qui claquent) est menée tambour battant par, notamment, Stéphanie Moriau, Michel de Warzée et Bruno Geori au summum de leur forme. Le texte date de 1938 et n’a pas vieilli. Durant près d’une heure trente, l’auteur y fait l’apologie de la rupture et réclame le droit au bonheur. Pourquoi se lamenter à côté de quelqu’un qu’on n’aime plus, alors que la félicité se trouve quelques maisons plus loin, à l’occasion d’une rencontre, fruit ou non du hasard ? Avec une écriture superbe, concentré d’esprit et de malice, « Une folie » donne envie de se procurer le texte pour en apprendre certaines tirades par cœur. Moderne, d’une actualité saisissante et d’une drôlerie irrésistible, voilà une affiche faite pour dérider nos zygomatiques et rire de nous-mêmes sans méchanceté, pour se regarder dans le miroir de notre quotidien. Un bijou à applaudir du 4 au 31 décembre 2019 à la Comédie Claude Volter. Plus de détails sur le site www.comedievolter.be Avenue des Frères Legrain, 98 à 1150 Bruxelles


COURS DE BRUSSELEIR Les dialectes sont souvent présentés comme vulgaires et populaires (dans le sens péjoratif), si on les compare avec les langues officielles sensées seules capables de traduire un esprit élevé, d’exprimer science, poésie ou philosophie. Les parlers de Bruxelles n’y échappent pas. Il suffit de compter les textes (chansons ou sketches) axés sur les injures, les degrés successifs d’éthylisme (Bruxelles en définit sept alors qu’Anvers n’en recense que cinq) ou qui narrent des situations qui se déroulent endessous de la ceinture ! Joske Maelbeek nous a prouvé que poésie et jeux de mots fins sont consubstantiels du parler bruxellois. Aujourd’hui, Jean-Jacques de Gheyndt vous propose de relever le gant et de vous familiariser avec le langage populaire de chez nous. Les cours ont lieu le deuxième samedi du mois de 11 à 13 heures à « La Fleur en Papier Doré », un café au passé illustre. C’est là que se réunissaient les figures de proue du surréalisme belge du vingtième siècle : René Magritte, Louis Scutenaire, Marcel Mariën, etc. Plus tard, d’autres artistes et écrivains ont également fréquenté régulièrement le lieu. Le café est encore de nos jours un rendez-vous artistique et littéraire. Plus d’informations sur www.sciencezwanze.be. Rue des Alexiens 55 - 1000 Bruxelles Willy Smedt

HISTORIQUE DU MUSEE D’ART FANTASTIQUE DE BRUXELLES La Maison « Bis-Art Bizzare » a vu le jour en 1989 dans le cadre de l'animation « Été-Jeunes ». Michel Dircken et Michel Souren, qui travaillaient alors comme animateurs à la Maison des Jeunes d'Etterbeek, ont reçu un micro budget pour réaliser une animation durant les vacances d’été. Enthousiastes, ils ont décidé de fabriquer quelques objets et un décor fantasmagorique, en laissant vagabonder leur imagination. Après une quinzaine de jours de montage et dix d'exposition, une cinquantaine de personnes ont vu leur travail. Dès lors, ils ont décidé d’offrir de l'ampleur à cet événement, d’obtenir un budget propre, de démarcher la presse écrite, la radio et la télévision, etc. De l’huile de coude, de la sueur, des engueulades et des fous rires, sans oublier la déglutition d’un nombre indéterminé de canettes de bière. En 1996, trois mois de montage ont été nécessaires pour réaliser leurs nouvelles idées avec une exposition qui s’est étalée sur huit semaines. 1997 s’est avérée une année de transition, tant sur le plan logistique que pratique. La plupart des manifestations ont été organisées au Clos des Arts dans les Anciennes Glacières à Saint-Gilles. C’est ce moment que Michel Dircken a choisi pour monter la pression d’un cran. Réfugié au dernier étage de son habitation de la rue Américaine (à deux pas du Musée Horta !), il a transformé les autres niveaux en un espace étonnant. Cet endroit, entièrement dédié à l'art fantastique, offre depuis aux visiteurs un aperçu parfois baroque, souvent pointu et un chouia surréaliste des créations étranges et actuelles. Evidemment, un soin particulier a été apporté aux détails. Depuis, de nombreuses expositions et de multiples événements y ont été organisés, tant pour les enfants que pour les adultes. Pour savoir ce qui s’y déroule, nous ne pouvons que vous inviter à consulter régulièrement le site www.fantastic-museum.be écrivain Rue Américaine, 7 à 1060 Bruxelles Sam Mas


L’ANNIVERSAIRE DE VOTRE ENFANT AU MUSÉE D’ART FANTASTIQUE L’anniversaire de votre enfant approche et vous n’avez aucune idée pour lui offrir une surprise dont il se souviendra longtemps. A cela, dix-sept ou vingt-cinq copains d’école doivent débarquer à la maison pour célébrer cette journée importante. Pourquoi ne pas envisager de faire appel aux services de l’équipe du Musée d’Art Fantastique et de faire entrer tous les invités dans un monde où l’étrangeté rime avec fascination, où le rêve se combine à la réalité, où les trolls et bestioles font la cour aux sorcières sorties des contes de fées ? Evidemment, il importe de rassurer les parents. Ici, rien d’effrayant et l’univers du Musée, comme celui du Centre d’Art Fantastique, se veut avant tout récréatif et bon enfant. Pas question d’être à la base de cauchemars. On rit et on s’amuse dans le monde des Sorcières ! Dès leur arrivée à 14 heures, les enfants visitent la collection permanente et essaient de répondre aux questions de la chasse au trésor pour remporter un badge personnalisable. De nombreux jeux géants (puissance 4 / Puzzle et Tic Tac Toe) permettent ensuite aux membres du groupe de s’affronter lors de duels rigolos. Dans le local de la cafétéria, barbe à papa et autres sucreries diaboliques raviront petits et grands gloutons. Pour les monstres qui désirent danser la salsa du démon, un système de sonorisation est disponible (musique à amener sous forme de cd ou clef usb). Clou de l’après-midi (moyennant supplément et réservation) : les enfants peuvent assister au spectacle « Même pas peur ! » d’une durée de 45 minutes dans la salle de spectacle du CAF, un show humoristique en compagnie d’un pro de la scène. Plus d’informations via infomafcaf@gmail.com Rue de la glacière 18 à 1060 Bruxelles Daniel Bastié

EXPOSITION : EKPHRASIS L’écriture artistique demeure une tradition qui remonte à l’origine au passé lointain, dont les différents aspects ont assumé au fil du temps des modalités et des rôles très variés : des traités théoriques (da Vinci), aux mémoires autobiographiques (Cellini), aux textes historiques et critiques (Vasari) jusqu’à la poésie (Michel-Ange), tout en s’intégrant parfois directement aux œuvres plastiques et à l’art visuel par l’utilisation des lettres de l’alphabet, de mots ou de t extes. L’exposition « Ekphrasis » (ou « L’écriture dans l’art ») montre de nombreux exemples de cette pratique au XXe et au XXIe siècle. D’une part, via la peinture ou la sculpture et, d’autre part, par le truchement l’écriture comme moyen de remplacer ou de décrire l’image. Dans son texte sur la néo-rhétorique, Roland Barthes parle de l’Ekphrasis comme étant « un fragment anthologique qui peut être transféré d’un discours à l’autre ». Dans le cadre de cette exposition, le terme choisi ne doit pas être interprété à la lettre, mais plutôt comme un titre le plus proche possible de l’attitude adoptée par certains créateurs, qui consiste non seulement à produire des images par l’écriture, mais aussi à la pratiquer de manière à la rendre similaire aux origines de la formation de sa propre image. En synthétisant encore davantage, on pourrait définir le projet de cette manifestation comme une observation et une réflexion sur des œuvres et des textes créés par des femmes et des hommes qui sont évertués à penser par images. Cet événement rassemble le résultat du travail d’une quarantaine d’artistes ayant œuvré dès les années soixante. A voir jusqu’au 9 février 2020 à la Villa Empain. Plus de détails sur le site www.villaempain.com Avenue Franklin Roosevelt, 67 à 1050 Bruxelles


EXPOSITION : BOULE & BILL Boule et Bill soufflent soixante bougies ! Pour fêter l'événement, le Centre belge de la Bande dessinée consacre un espace entier à cette belle aventure imaginée par Jean Roba. Au-delà d’une grande histoire d’amitié et d’humour, les récits de Boule et Bill représentent un vrai festival dédié à la vie familiale et à l’enfance. Les premières planches ont vu le jour dans le magazine Spirou en 1959. A travers près de mille cinq cents gags et une quarantaine de beaux albums cartonnés, la série a conquis les gamins de trois générations successives, grâce à la complicité qui unit un petit garçon et son chien. A leur tour, les parents ont été séduits par la justesse du ton et la beauté du dessin. Des tranches d’existence qui s’articulent en compagnie de personnages secondaires, dont papa, maman, une tortue domestique, une kyrielle d’oiseaux en liberté et des copains à tout-va. La présente exposition rappelle, comme l’a écrit Saint-Exupéry, que : On est de son enfance comme on est d’un pays ! Nous sommes donc tous un peu du pays de Boule et Bill ou, du moins, nous aspirons à celui-ci. Cela se passe jusqu’au 31 décembre 2019 au Centre belge de la Bande dessinée. Ne tardez donc pas ! Plus de détails sur le site www.cbbd.be Rue des sables, 20 à 1000 Bruxelles Sam Mas

EXPOSITION : EMMANUEL LEPAGE Loin de l’image de l’auteur isolé dans son atelier, Emmanuel Lepage, né le 29 septembre 1966 à SaintBrieuc en Bretagne, incarne l’artiste avide de voyages, de rencontres, de découvertes et de partages. Il emmène ses lecteurs en Amérique du Sud via « Terre sans mal » et « Muchacho », puis se met au reportage graphique après avoir découvert l’Antarctique. De là naissent, entre autres, « Voyages aux îles de la Désolation », « Un Printemps à Tchernobyl » et « La lune est blanche ». Son goût pour l’évasion et sa curiosité pour le monde et les gens donnent forme à une œuvre colorée d’une grande finesse et chargée de sensibilité, synonyme d’exaltation, d’intensité et d’humanité. Sa palette somptueuse et ses récits nous emmènent dans un univers fascinant, qui invite à voir le monde autrement. Champion de la bédé moderne qui ne renie jamais son héritage né au fil de lectures diverses et dans la passion, il propose le plus souvent des livres engagés, qui parlent de notre siècle et qui invitent à la réflexion. L’exposition qui lui est consacrée au centre belge de la Bande dessinée s’achève le 8 mars 2020. Plus de détails sur le site www.cbbd.be Rue des sables, 20 à 1000 Bruxelles


EXPOSITION : JEUNESSE REBELLE : GRANDIR EN EUROPE DEPUIS 1945 En Europe et au cours des 70 dernières années, d’un groupe qui subissait l’histoire, les jeunes sont devenus un groupe qui a façonné celle-ci. L’exposition porte un regard sur quatre générations d’adolescents devenus adultes à des moments cruciaux du parcours européen : la fin des années 40, les années 60, les années 80 et les années 2000. Elle s'arrête sur les expériences clés de la jeunesse : l’éducation et l’emploi, la formation d’une identité et la rencontre de l’amour. Ces expériences sont inévitablement rythmées par la politique, la société, la culture et l’économie du moment. Être jeune dans un monde riche et libre est une expérience très différente de celle vécue par une jeunesse marquée par la pauvreté ou l’oppression. Un peu partout, les jeunes choisissent de rompre avec les valeurs de leurs parents et se voient comme une génération différente. Ils forgent leur propre culture avec leurs propres valeurs, des valeurs pour lesquelles les jeunes sont prêts à se battre ou même à mourir. L’occasion de revenir sur les rêves des visiteurs, de les plonger dans une machine à remonter le temps et de rappeler qu’hier n’était pas forcément mieux qu’aujourd’hui. Un événement à découvrir jusqu’au 29 février 2020 à la Maison de l’Histoire européenne. Plus de détails sur https://historia-europa.ep.eu/fr Rue Belliard, 135 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION : BACK TO BRUEGEL La mythique Porte de Hal, vestige de l'enceinte médiévale de Bruxelles, s'ouvre sur l'univers du peintre Bruegel et invite à un plongeon surprenant dans une version en réalité virtuelle de ses peintures mondialement connues. Quatre œuvres prennent vie et vous entraînent dans la vie quotidienne d’il y a 450 ans. Voyagez au cœur du XVIe siècle face à d’authentiques trésors du Nouveau Monde, des armes et des armures, des instruments de musique et d’autres joyaux extraits des Musées royaux d’Art et d’Histoire. Complétez votre découverte par le toucher, l’odorat ou la manipulation. Au sommet du bâtiment, profitez également du magnifique panorama sur la capitale et laissez-vous transporter dans le passé grâce aux longues-vues virtuelles. Pour agrémenter le parcours, un audioguide gratuit est disponible en six langues : français, néerlandais, anglais, allemand, espagnol et russe. Enfin, après la visite, les enfants peuvent profiter de la plaine de jeux située à cent mètres de là. Un événement à découvrir en famille jusqu’au 18 octobre 2020. Plus de détails sur le site www.kmkg-mrah.be Boulevard du Midi, 150 à 1060 Bruxelles


EXPOSITION : BEAUTIFUL LACE & CARINE GILSON À travers cette exposition, la créatrice bruxelloise dévoile ce qui l’inspire : du jardin d’Eden aux kimonos japonisants, en passant par l’Art nouveau ou les œuvres de peintres célèbres. Elle raconte ses rencontres et ses collaborations avec des artisans de haut vol. Elle décrit le processus de création de ses pièces luxueuses et sophistiquées. En filigrane, les codes de sa maison se dessinent. Car, comme pour toutes les Maisons de couture, un ADN unique définit chaque pièce qui sort de son imagination. Beautiful Lace & Carine Gilson propose une rencontre étonnante entre deux temps forts de la dentelle : durant deux siècles, la guipure bruxelloise a eu le gratin international à ses pieds. Depuis trente ans, Carine Gilson crée chez nous, dans notre belle capitale, de la lingerie de couture mêlant soie et dentelle. Un échantillonnage de son travail est à découvrir jusqu’au 19 avril 2020 au Musée de la Mode et de la Dentelle. Trouvez tous les détails pratiques sur le site www.fashionandlacemuseum.brussels Rue de la violette, 12 à 1000 Bruxelles

EXPOSITION: SUPER-HEROES NEVER DIE - COMICS AND JEWISH MEMORIES De quelle manière naissent les super-héros ? À travers plus de deux cent œuvres originales, cette exposition raconte comment la bande dessinée américaine s’entremêle, depuis ses débuts et jusqu’à aujourd’hui, aux tumultes de l’Histoire. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, une génération de dessinateurs juifs américains, soucieux de s’intégrer au point qu’ils ont dissimulé leurs patronymes aux consonances étrangères, ont donné naissance aux plus célèbres super-héros : Batman, Superman, Captain America et, parmi plusieurs autres, Spiderman. Près d’un siècle plus tard, les super-héros restent des figures centrales de notre culture contemporaine et passent avec brio le cap du grand écran. Si les causes qu’ils défendent ont changé, les questions d’identité et d’intégration, déjà abordées dans les années 1930, s’y lisent encore, parce qu’une société en crise a toujours besoin de personnages hors-normes auxquels s’identifier. Cette exposition a vu le jour grâce à un partenariat avec le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme de Paris et le Joods Historisch Museum d’Amsterdam. Un évènement à découvrir jusqu’au 26 avril 2020 au Musée juif de Belgique. Plus de détails sur le site www.mjb-jmb.org Rue des Minimes, 21 à 1000 Bruxelles


THÉÂTRE : CHARLOTTE Charlotte est la fille de Léopold I, roi de Belgique, et de Louise d’Orléans. À la mort de sa mère, elle n'a que dix ans. Par la suite, elle devient une adolescente pensive et studieuse, un rien introvertie, passionnée par le monde des arts et férue de religion. Sa foi en Dieu la pousse à épouser l’archiduc FerdinandMaximilien d’Autriche, fervent croyant et pratiquant. Le mariage se célèbre en 1857 dans le cadre d’une noce qui accueille les têtes couronnées venues de l’Europe entière. En 1864, le couple déménage à Mexico pour diriger la nation. Une mission difficile et un challenge loin d’être gagné. La mentalité sud-américaine, n’ayant rien à voir avec celle qui se pratique sur l’ancien continent. En 1867, Ferdinand-Maximilen est exécuté par les hommes du général libéral Mariano Escobedo. Charlotte s’effondre et, lentement, sombre dans la dépression. Son quotidien se ponctue de crises de paranoïa et de grands instants d’abattement. Beaucoup la considèrent folle. Elle meurt confinée au château de Laeken en 1927, oubliée de tous. La dramaturge belge Michèle Fabien a été fascinée par cette personnalité dramatique au point de s’atteler à la rédaction d’une pièce la concernant. Un point d’orgue à sa carrière. Néanmoins, peu avant la première, elle décède d’une hémorragie cérébrale voilà tout juste vingt ans. Afin de marquer ce triste anniversaire, le Théâtre de la Vie a décidé d’exhumer son texte et de le proposer dans une mise en scène réunissant Leila Chaarani et Alexandre Duvinage sous la direction de Frédéric Dussenne. Un duo qui revive un pan de notre Histoire et qui se veut à la fois pédagogique et récréatif. Voilà une page de notre passé (peu ou mal connu) qui reprend vie sur les planches le 17 au 18 décembre 2019 à 20 heures. Plus de détails sur le site www.theatredelavie.be Rue Traversière 45, à 1210 Bruxelles André Metzinger

THÉÂTRE : LE BAL DES MOMIES Après avoir aidé Sherlock Holmes à résoudre le mystère des meurtres de white Shapel (écrit de cette manière dans la pièce !), le docteur Watson très secoué par le rôle qu’il a dû jouer dans cette enquête et par les souvenirs qu’il ne parvient pas à effacer de sa mémoire se décide à suivre une thérapie. La psychanalyse balbutiante ne lui apportant pas le repos espéré, il décide de partir en vacances espérant tourner la page définitivement. Il embarque à bord du « Louxor » en ce matin d’avril pour une croisière sur le Nil, accompagné de lady Babington, une jeune femme dont il est très épris. Le repos ne dure que le temps d’une escale. Lorsque Watson voit monter à bord Sherlock Holmes en personne, il n’est pas loin de croire à une malédiction. Les retrouvailles sont glaciales même si Sherlock Holmes, passionné d’égyptologie, tente de rassurer Watson sur ses intentions. Pas d’enquêtes et simplement des vacances ! Watson a envie de croire à cette version et se persuade qu’il ne s’agit là que d’une étrange coïncidence mais lorsqu’apparait à quelques minutes du départ le commissaire Callaghan, le chef de Scotland Yard, il sait que le hasard n’intervient jamais en rafale. Ce dernier a été appelé par les autorités égyptiennes pour les aider à résoudre la mort mystérieuse de plusieurs scientifiques dans la vallée des rois. Le climat devient pesant, la peur s’installe et le voyage va vite tourner au drame. Dès le deuxième soir, un meurtre est commis à bord du palace flottant. L’enquête et les différentes pistes vont mener nos protagonistes à Louxor puis jusque dans la vallée des rois, afin d’élucider une énigme épaisse comme l’ego de madame Yambo (une prof que j’ai fréquentée à Ixelles). Tandis que les cadavres s’accumulent sur le pont du « Louxor », le doute s’épaissit et les charmes de l’Orient opèrent. Dans les fumées voluptueuses des chichas, « Le bal des momies » s’articule. Ecrit et mis en scène par Patrick Chaboud, ce spectacle décoche une volée de flèches qui se nomment intrigue, suspense et … humour. Muriel Bersy, Barnabé De Keyser, Philippe Drecq, Sophie D’hondt, Stefania Greco, Thomas Linckx, David Notebaert et Xa donnet vie aux protagonistes lointainement inspirés de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle. Une pièce à applaudir au Magic Land Théâtre jusqu’au 28 décembre 2019 à 20 heures. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.magicland-theatre.com Rue d'Hoogvorst, 8 à 1030 Bruxelles Sam Mas


THÉÂTRE : 137 FAÇONS DE MOURIR Et si la mort n'était pas qu'une fin biologique ? Et s'il existait une infinité de morts pouvant s'additionner, se combiner, se contredire, jalonner une vie sans l'arrêter mais, au contraire, la nourrir ? Dans « 137 façons de mourir » (projet en déploiement sur deux saisons dont la face B est une première forme), Virginie Strub et la Kirsh Compagnie s'attachent au comment on meurt. Peu importe le qui, le quand, le où, les prémices ou les résultantes. Voilà une proposition au langage atypique qui dissèque les possibilités de mort(s) comme une matière brute, de leur essence à leurs multiples couches d'invisible et indicible, extirpant la finitude des choses de l'endroit tragique où l'orgueil humain l'a reléguée. Un éloge de la fragilité pour réenchanter le vivant. Des morts physiques, psychiques, intimes, sociales, sociétales, symboliques, imaginaires … autant de passages et de mouvements induisant la perpétuelle transformation d'une existence -ou d'un système- avant d'arriver à la grande mort à laquelle rien ni personne n'échappe. Pourtant, à une époque obsédée par la maîtrise, la performance et l'infaillibilité, la mort représente une menace et, par là même, un tabou. Ecrit et mis en scène par Virginie Strub, cette création avec Viola Baroncelli, Alessandro de Pascale-Kriloff, Ingrid Heiderscheidt, Christophe Lambert, Viviane Thiébaud... et quelques autres est à découvrir jusqu’au 14 décembre 2019 au Théâtre de la Vie. Voyez tous les détails pratiques sur le site www.theatredelavie.be Rue traversière, 45 à 1210 Bruxelles

TALENTS DE CHEZ NOUS : LAURA CROWE & HIM L’écrivain Eric Fagny nous a fait part d’un récent coup de cœur qui s’est produit dans le cadre de la soirée officielle organisée pour la sortie du premier CD de Laura Crowe & Him, nouveau visage de l’Electro-Pop francophone. Après le succès de Our Chemical Soul, un univers envoûtant aux sonorités pop-électro qui l’a mené sur toutes les scènes belges, le duo a affirmé sa personnalité musicale et nous propose LC&H, un album très abouti, où se côtoient des titres accrocheurs, des ambiances synth-wave (Crazy, Leave) et dark-pop (No One But Me, WTF). Entre Lana Del Rey, Banks et Kate Bush, la voix sensuelle de Laura Crowe sublime cette production minimaliste sur des textes en anglais, mais faisant la part belle au français. Les deux artistes seront présents cet été sur le podium de plusieurs festivals. En attendant, découvrons-les sur youtube ou via leur site officiel www.lauracroweandhim.com Sam Mas


DVD : ANNA Le dernier bébé de Luc Besson n’a pas fait le tabac espéré en salle, malgré un marketing appuyé. Pourtant, il reflète parfaitement la patte du metteur en scène hyperdoué, réputé pour avoir conçu sa société de production (Europacorp) en s’appuyant sur des recettes hollywoodiennes et en boostant ses films d’adrénaline. La commercialisation en DVD permet souvent de rectifier le tir et de revoir certains jugements. « Anna » s’inscrit dans la veine ouverte par « Nikita » et « Lucy », avec une héroïne qui colle au poteau les mecs venus de différents horizons, à la fois machos, immoraux ou brutaux. Un peu comme Anne Parrilaud dans « Nikita », elle campe une femme moderne prompte à jouer du revolver et à castagner pour remplir les contrats imposés par ses patrons ou pour sauver sa peau. En un tournemain, elle change d’identité et nous promène dans les coulisses du KGB, au sein d’une Russie caricaturale qui défile comme une bande dessinée conçue pour divertir. Sasha Luss porte le rôle sur ses épaules, une prestation athlétique pour ce top-model davantage habitué aux podiums des défilés et aux flashs des photographes qu’à la rigueur d’un plateau de tournage. Malgré tout ce qui a été écrit, cet opus ne déçoit pas et s’inscrit dans la lignée de tout ce que le sieur Besson a réalisé au préalable, avec un style propre, des redondances et une manière singulière de raconter une histoire qui tient dans un savant mélange d’images très soignées, un montage nerveux et une série d’ellipses qui enclenchent un rythme qui vibre à deux cents à l’heure. Maintenant, il faut revenir à une bonne mesure. Luc Besson n’a jamais mis en chantier des films d’auteur. Son cinéma s’est toujours targué d’être récréatif, privilégiant l’action aux grands instants d’empathie. Remuant, pétaradant et nourri de rebondissements, « Anna » remplit son office, servi dans un bel écrin visuel. Comme toujours, le compositeur Eric Serra cisèle une partition efficace, où la mélodie prime sur la tension. Un long métrage à découvrir sans se poser trop de questions et pour passer une soirée agréable en compagnie d’une bière et de pop-corn. Daniel Bastié

FESTIVAL : BRUXELLES SE LIVRE(S) Ce festival littéraire est une véritable fête aux livres consacrés à Bruxelles, à son patrimoine et à ses trésors cachés. C’est l’occasion unique de faire connaissance avec tous les ouvrages, récents ou plus anciens, à prix neufs ou déstockés ayant Bruxelles comme sujet principal ou secondaire : beaux livres, art de vivre, littérature, poésie, polars, architecture, histoire, photographie, patrimoine, romans, nouvelles, essais, livres gourmands, jeunesse, etc. C'est également l'occasion rêvée de rencontrer les auteur(e)s bruxellois(es) qui font l'actualité : Jean-Baptiste Baronian, Edgar Kosma, Marc Meganck, Bruno Brel, Joske Maelbeek, Gorian Delpâture, David Peeters, Eric Van den Abeele, Thierry Demey, Chantal Kesteloot, Yves Laurent, Gilles Horiac, Anne-Cécile Huwart, Ziska Larouge, Phil Smans, Pierre Guyaut-Genon, Alain Rolland, Alessandra d’Angelo, Chloé Roose, Xavier Huberland, Michel Joiret, Isabelle Fable, Tania Neuman-Ova, Arnaud de la Croix, JeanLouis Aerts, Isabelle Bielecki, Claude Donnay, Alexis Gicart, Carino Bucciarelli, Zam Ebale, Bénedicte Phillippon, Anne Norman, Daniel Soil, Evelyne Wilwerth, Gérard Adam... et bien d’autres auteur(e)s passionnant(e)s et passionné(e)s par Bruxelles ! L’accès est gratuit et cela se déroule le samedi 14 et le dimanche 15 décembre 2019 de 10 à 18 heures à la Maison de la Francité. Plus de détails sur le site www.bruxellesselivre.be Rue Joseph II, 18 à 1000 Bruxelles


CINÉMA : JOYEUSE RETRAITE ! Comédie de Fabrice Bracq, avec Thierry Lhermitte, Michèle Laroque, Nicole Ferroni, Omar Mebrouk et Judith Magre. France 2019, 90 min. Sortie le 20 novembre. Résumé du film – Philippe et Marilou rêvent de s’installer au Portugal pour retrouver leur liberté sous le soleil, bien loin des tracas quotidiens. L’heure de la retraite ayant enfin sonné pour eux, ils vont pouvoir concrétiser ce projet qui leur tient tant à cœur en vendant leur propriété près de Paris. Au revoir le travail, au revoir la famille, au revoir les emmerdes ! C’est du moins ce qu’ils pensent quand leur fille vient leur annoncer qu’elle veut refaire sa vie, qu’il y a trois enfants à garder certains jours et que la grand-mère a des soucis de santé. Commentaire – C’était une bonne idée de cibler les « chicoufs ». Vous ne connaissez pas le mot ? Chic, les petits-enfants sont là, ouf ils sont partis, nous voici enfin libres ! C’est ce que disent les grandsparents quand ils font partie de la caste des « bobos », les bourgeois-bohème de Paris qui exhibent leur soif de liberté à tout prix. Et qui le montrent avec le cynisme des parvenus. Ces libertaires épris d’indépendance aiment leurs proches pour autant qu’ils ne s’imposent pas trop à eux et les laissent tranquilles, comptant sur les doigts d’une main les rares moments qu’ils veulent bien consacrer à leurs petits-enfants. Ils inventent dans leur agenda mille et une raisons pour ne pas devoir s’en occuper. Voilà ce que les soixante-huitards retraités sont devenus à Paris dans les chansons de Renaud, qui les a pris pour cibles. Joyeuse retraite ! était donc partie sur une bonne idée, bonne comme la retraite des privilégiés, avec Thierry Lhermitte qui nous revient, star un peu passée-dépassée des Bronzés et du Splendid. A ses côtés, Michèle Laroque qui a quitté planches et séries télévisées pour cette comédie prétendument drôle. Mais voilà, on ne fait pas une comédie avec seulement des clichés, des stéréotypes qui s’enchaînent les uns aux autres comme un chapelet à l’église. Il faut qu’ils rebondissent, ces clichés, et là est le souci majeur de Fabrice Bracq, réalisateur de plusieurs CM dont c’est ici le premier long métrage : il n’arrive pas à tirer parti des caricatures qu’il met en scène, laissant retomber celles-ci comme des pâtés dans le sable. Cela fait mouche dans les courts métrages dont il est l’auteur, comme Diagnostic avec Michel Cymes qui reprend ici son rôle de médecin pour soigner la mère âgée de Philippe (il confondra d’ailleurs la mère et la femme dans son cabinet où il reçoit le couple pour évaluer l’état de la grand-mère). Mais il faudrait une suite à tous ces sketches, faute de quoi la comédie paraît trop morcelée, trop longue, ce qu’elle est en effet. Elle est en décalage avec ce qui ferait réellement rire. Celle qui s’en sort le mieux est Judith Magre, la vieille mère, comédienne et actrice qui, à 93 ans, tient bien son rôle d’arrière-grand-mère devant la caméra. Elle arrive à nous faire sourire quand elle transforme le funérarium de la maison de retraite où son fils l’a placée, en un salon de beauté pour dames âgées voulant se refaire le visage. Quelques bonnes scènes, qui ne sauvent cependant pas cette comédie. Avis – Un tissu de clichés sur les grands-parents chicouf, à quoi il manque un liant entre les sketches pour en faire une comédie digeste. Michel Lequeux


CINÉMA : KNIVES OUT Thriller policier de Rian Johnson, avec Daniel Craig, Ana de Armas, Chris Evans, Jamie Lee Curtis, Toni Collette, Katherine Langford et Christopher Plummer. USA 2019, 130 min. Sortie le 27 novembre. Résumé du film – Un célèbre auteur de polars est retrouvé mort dans sa propriété le soir de ses 85 ans. L’esprit affûté et la mine débonnaire, le détective privé Benoit Blanc est engagé par un commanditaire anonyme pour élucider l’affaire. Mais entre la famille de l’écrivain qui s’entredéchire pour l’héritage, et le personnel qui lui reste dévoué, le détective plonge dans les méandres d’une enquête épicée, mêlant mensonges et fausses pistes, où les rebondissements s’enchaînent jusqu’à la fin et nous tiennent en haleine. Commentaire – Daniel Craig incarne avec un flegme tout britannique ce détective privé qui nous rappelle Hercule Poirot dans les œuvres d’Agatha Christie. Mort sur le Nil a manifestement servi de référence à ce suspense où toute une famille se déchire comme un nid de vautours à propos d’un héritage qui lui échappe. On voit avec quelle hargne chacun tente de reprendre sa part de billes dans un manoir valant une fortune. Et plusieurs de ces billes sont truquées, ceci expliquant pourquoi l’écrivain, joué par Christopher Plummer, a revu son testament quelques jours avant sa mort. On voit aussi, au fur et à mesure que progresse l’enquête, comment les pistes se brouillent dans une affaire de plus en plus délicate, avec un trou au milieu, « comme un donut », ironise le détective. Ce donut rime avec « whodunit », qui l’a fait ?, synonyme du roman d’énigme classique au début du XXe siècle, appelé aussi roman-jeu. On est confronté au mystère de la chambre close et l’on découvrira à la fin qui y est entré et s’en est échappé. Hommage au suspense donc. Saluons la mise en scène remarquable que signe Rian Johnson, réalisateur américain de SF lancé actuellement sur une nouvelle trilogie de Star Wars, dont il a déjà commis le huitième épisode de la saga. Les couleurs du manoir sont bien anglaises, avec des feuilles qui tombent dans ce grand parc que parcourent les lévriers noirs au début du film. Cependant, A couteaux tirés a été tourné à Boston aux Etats-Unis, fin 2018, dans une teinte automnale qui va comme un gant à ce suspense digne d’Agatha Christie. Un savoureux mélange des atmosphères s’en dégage. Daniel Craig, qu’on reverra bientôt dans son dernier James Bond Mourir peut attendre, se fait ici sarcastique et futé pour démêler tous les fils de l’intrigue. C’est un vrai régal de revoir l’agent secret sous cet air pimenté d’une touche d’humour. Christopher Plummer, à 89 ans, a toujours bon pied bon œil pour camper un patriarche avisé, qui sait à qui doit aller toute sa fortune. Et Ana de Armas, son infirmière, n’est pas la dernière à qui il pense. Elle sera la nouvelle James Bond Girl qui sortira en 2020, après avoir interprété la petite amie de « K » dans le blockbuster de SF Blade Runner 2049, aux côtés de Ryan Gosling et Harrison Ford. Dans la galerie des portraits qui s’enfilent dans ce manoir, citons aussi Jamie Lee Curtis qui fait une vieille harpye près de ses sous, et son fils Chris Evans qui a tout d’un rapace sournois et avide. Avis – A couteaux tirés est à déguster sans modération pour la qualité de ses acteurs et pour le suspense où ils nous plongent. Michel Lequeux


CINÉMA : LE MEILLEUR RESTE À VENIR Comédie dramatique de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, avec Patrick Bruel, Fabrice Luchini, Zineb Triki, Pascale Arbillot, Marie Narbonne et Jean-Marie Winling. France 2019, 1 h 57 min. Sortie le 4 décembre. Résumé du film – Suite à un énorme malentendu, deux amis d’enfance apprennent que l’autre est atteint d’un cancer incurable. Ne voulant pas gâcher les derniers moments à vivre, chacun décide de tout plaquer pour rattraper le temps perdu, estimant qu’il doit bien cela à son ami. Commentaire – Cette comédie dramatique part d’un sujet grave : le cancer qui frappe aveuglément et qui, du jour au lendemain, peut nous couper les ailes. Chacun des deux amis porte le poids de l’autre, en gardant pour lui le diagnostic de la mort à venir. Sur cette confusion de la maladie se déploie une excellente comédie qui nous fait réfléchir aux valeurs de la vie. La caméra, en s’attardant sur les deux visages rapprochés, creuse l’embarras des deux hommes et fait rejaillir l’amitié qui les unit depuis toujours, malgré le temps qui passe et qui a fini par les séparer. Le cancer, lui, va les réunir. Car la vie n’est pas à perpette. Patrick Bruel et Fabrice Luchini, deux monstres sacrés du cinéma français plusieurs fois césarisés, incarnent ces deux potes que tout sépare : le drôle et le sérieux, le potache et l’intello, le playboy et le chercheur à l’Institut Pasteur, le dragueur et le divorcé toujours amoureux de sa femme qui s’est remariée. Bruel passe d’une aventure galante à une autre, tandis que Luchini préfère Proust et les jeux de langage, maniant les chiasmes avec délectation, sinon ostentation. Cette amitié fondée sur l’antagonisme des caractères fonctionne à merveille, entraînant des situations drôles, voire la bouffonnerie où excelle Luchini, réputé pour ses saillies verbales et ses pirouettes de style qu’il déploie au théâtre et devant les journalistes. Tout s’enchaîne donc jusqu’à ce que la comédie devienne drame. Jusqu’à ce que la maladie rattrape les personnages en vadrouille. Mais là encore, le drame se teinte d’humour et nous fait accepter l’inévitable. Il faut rire de tout, même du pire avec ces deux amis qui se présentent comme des juifs laïcs, athées mais y croyant quand même un peu quand l’un d’eux vient se recueillir dans une église. Toute cette comédie est d’ailleurs empreinte d’un humour juif qui rend la mort acceptable. Patrick Bruel est luimême juif et sait ce qu’il incarne dans cette comédie. Le Meilleur reste à venir a été réalisé par Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière (le fils du metteur en scène Denys), qui en sont à leur quatrième film dont ils signent aussi le scénario. Ils avaient déjà réalisé en 2012 Le Prénom, une comédie satirique avec également Patrick Bruel, tirée de la pièce éponyme dont ils étaient les auteurs avec le même comédien. Bruel retrouve Luchini dont il fut le copain trente-quatre ans plus tôt dans Profs, une comédie sur l’école. Ils forment à eux deux un tandem des quatre cents coups, un tandem de tous les diables qu’on retrouve avec un grand plaisir. On se souvient des profs potaches qu’ils incarnaient en 1985. Ici aussi, l’amitié prend le dessus. Avis – Sur un sujet grave, une comédie légère portée par deux grands acteurs qui se relancent la balle dans une complicité savoureuse. Grave et légère comme les oxymores dont raffole Luchini. Michel Lequeux


THÉÂTRE-RECITAL : CE SOIR, CHÉRI ! « Ce Soir Chéri ! » est une véritable comédie qui allie l’élégance et la farce, tout autant que des voix magnifiques et un texte ciselé. Diana et Sophie font flèche de tout bois, pourvu que l’effet soit comique. Leurs armes fatales ? Une voix de soprano capable de grandes envolées et une voix de mezzo étonnamment chaude. Pour tout accessoire : un nid de pies voleuses juché sur une table haute de cocktail dinatoire. Et au programme, une exploration chantée et jouée des secrets de Dame Nature et l’inventaire coquin des mille et un Kâmasûtra de la faune et de la flore, le tout avec la complicité d’Haendel, Offenbach, Vian, Satie et quelques autres. Une soirée impeccable servie par Diana Gonnissen et Sophie de Tillesse. Que la musique soit fête ! Un événement à découvrir le Samedi 21 décembre 2019 à 20 heures 30 au Centre civique de Kapelleveld. Plus de détails sur le site www.lasalamandreproductions.be Avenue Albert Dumont,10 à 1200 Bruxelles

LE BILLET DE SILVANA : DÉRAPAGES C’est toujours une émotion fébrile quand un livre s’incarne après une longue gestation. Je vous annonce la naissance de mon petit dernier, c’est le douzième d’une famille nombreuse. Je l’ai appelé « Dérapages ». Des nouvelles courtes, une écriture rapide et incisive, un survol des relations qui se nouent et se dénouent sur Terre. On vit tous des dérapages plus ou moins contrôlés avec, parfois, de la tôle froissée. Quelques poésies saupoudrées par ci par là détendent l’atmosphère. Un format facile à emporter et à déguster entre deux courses contre le temps, un livre à glisser sous le sapin, bref un livre qui se plie à toutes vos envies. Un petit aperçu ? Eros et Cupidon Compagnons facétieux Écumaient les mers et les cieux À la recherche d’un nouveau jeu Pour rendre fous les Humains Ils eurent l’idée De répandre sur Terre Un nuage de perlimpinpin Qu’ils appelèrent amour Ce fut la plus longue épidémie Que connut cette planète Car au lieu de décimer Elle multipliait

Vous pouvez le commander en version papier (11,50 euros) ou en numérique (4,99 euros) sur le site de l’éditeur avec ce lien www.edilivre.com/derapages-silvana-minchella.html Je vous souhaite de clôturer l’année dans la joie et l’amour et je vous donne rendez-vous en 2020. Espérons que cette année toute neuve sera à la hauteur de l’élégance de son graphisme. Silvana Minchella PORTRAIT : DE NOTRE RÉDACTRICE SILVANA Silvana Minchella est née dans un petit village du sud de l’Italie. Enfant unique et sans autre distraction que les éléments de la nature, son imagination l’a nourrie tout en la séparant des gamins de son âge. Elle était, se souvientelle, une enfant différente des autres. A cinq ans, elle a suivi ses parents qui ont émigré en Belgique, pour venir s’installer à Bruxelles. Inscrite à l’école, elle a découvert l’univers des livres, la joie des bibliothèques et est parvenue à surmonter le choc de l’exil. De la lecture à l’écriture, le pas a été très vite franchi. Des contes pour enfants, des romans, des nouvelles, de l’humour et de la poésie, sa plume s’est essayée à tous les styles.


JEUX DE MAINS ... "L'inspecteur David Corduno et son équipe sont sur les dents. Un tueur en série sévit dans la capitale. Après cinq crimes et deux ans de pause carrière, il reprend du service. Sa signature : il coupe une phalange de sa victime et la met sur ou dans la victime suivante..." Voilà le pitch du polar qui vient d'obtenir le prix "Mot Passant" du meilleur roman 2019. Un roman écrit à "quatre mains", celles d'Yves Vandeberg et de Laurent Vranjes, deux bruxellois "bon teint" amis de longue date. Comment cette belle histoire a-t-elle commencée ? On peut même parler d'histoire merveilleuse, voire de conte de fée, quand on sait que ce livre a déjà été vendu à 6.000 exemplaires (et ce n'est qu'un début)!... Quand on sait qu'on peut se le procurer dans les boutiques Club et Belgique Loisirs et qu'il s'est retrouvé en un mois dans le Top 10 des meilleures ventes !... Quand on sait qu'il s'est retrouvé rapidement dans le Top 5 des meilleures ventes chez "Mot Passant" !... Quand on sait que Yves et Laurent ont déjà écumé avec succès de nombreuses Foires et en particulier les plus grosses comme celle de Bruxelles (Tour & Taxis) et celle de Paris !... Quand on sait que "Jeux de mains..." a eu droit à plusieurs articles dans la presse y compris en France ("L'événement" ou "Journal de France", des mensuels tirés à plus de 200.000 exemplaires) !... Et bien, comme dans les contes de fée, il était une fois... une petite nouvelle (fort appréciée) écrite par Yves lors d'un atelier d'écriture. Nous sommes en 2007. A l'époque, Yves fréquente une salle de sports où il se lie d'amitié avec Laurent qu'un drame familial a frappé de plein fouet (frère assassiné !... Il y aura un lien avec le roman; l'inspecteur Corduno sera inspiré du personnage de Laurent). A partir de cette nouvelle, les deux compères vont "imaginer" l'histoire jusqu'à ce que Yves fasse un burn-out professionnel. Nous sommes en 2015. L'écriture lui sera salvatrice car Laurent lui propose alors de faire le livre. Chacun écrit de son côté et lors des réunions, les deux hommes constatent que l'osmose entre eux est parfaite ! Leur style est très proche. Elle se fond dans un même moule. 8 mois plus tard, "Jeux de mains..." sortait en autoédition. Mais pourquoi avoir choisi l'autoédition ? Au départ, Yves et Laurent signent un contrat avec Jessica C. Perez (de talentbulle révélatrice de talents) pour la correction, la mise en page, la couverture, etc. En cours de processus, Jessica décide de monter sa maison d'édition pour les publier. ESFERA Editions était née. Son projet : passer par une campagne de "crowdfunding" pour réunir des fonds à la publication de "Jeux de mains..." Son second objectif : inclure le lecteur dans le processus éditorial avant la parution du roman. Malheureusement, elle dut abandonner. Voilà pourquoi Yves et Laurent sont en autoédition. Que peut-on encore dire de ce roman qui n'a pas fini de faire parler de lui ?... Que "Jeux de mains..." est un livre fort, un livre cinématographique ! Il est taillé comme un scénario de film (dans la lignée de "Seven" de David Fincher avec Brad Pitt et Morgan Freeman), avec cependant des pointes d'humour qui permettent de décompresser de temps en temps. A cet effet, il est accompagné d'un marque-page recensant toutes les expressions typiquement bruxelloises que l'on découvre au fil des pages. Son prix ?... 18€ pour la version papier et 2,99 € pour la version numérique. Encore deux anecdotes avant de reprendre la route : - Un commissaire divisionnaire de la zone Bruxelles Nord-Ouest a acheté le bouquin. Il lui a tellement plu qu'il est revenu en acheter 4 pour ses collègues ! - En septembre 2018, Yves et Laurent, à titre exceptionnel, ont pu suivre 3 mois de cours de module en criminalistique et de médecine légale ; cela à l'initiative d'Anne Leriche (ex directrice de l'Institut National de criminologie et criminalistique de Bruxelles). Sachez enfin que nos deux compères ont déjà entamé la suite de ce polar captivant. Son titre ?... "Jeux de vilains..." of course ! Ed. Esfera – 374 pages Alain Magerotte


SÉRÉNADE À LA VIE Une belle sérénade que ce recueil de Bernadette Gérard-Vroman ! C’est un voyage aux mille attraits Extraits des tréfonds de mon âme, Âme d’enfance qui grandit, Dilemme … “Sérénade à la vie” de Bernadette Gérard-Vroman ? Un voyage en effet où sensibilité et force se fondent pour nous conter la vie, l’amour, la paix, l’envol et même la mort au travers de mots judicieusement choisis par notre poétesse pour qui la terre est une sphère à deux inconnues, poétesse qui nous a déjà offert “Aux tréfonds de mon âme” et “Parfums d’outre-terre”, deux bijoux d’élégance littéraire tournés vers l’être et le verbe, celui qui nous conduit à la réflexion par le biais d’un style d’une grande fraîcheur poétique…”and love in the middle of nowhere !” De “La nuit étoilée” et “Jeu d’art” à “Exploration intérieure” (d’où sont tirées les vers ci-dessus) et “Prisonniers du temps”, nous caressons le temps, frémissant de l’aube au crépuscule, visitons les saisons, saisissant au passage diverses sensations; nous nous imprégnons l’âme à chaque station, au nombre de vingt-sept, le corps du recueil entouré de citations inspirées, un avant-propos nous confiant que coule un sang d’encre dans les veines de Bernadette Gérard-Vroman, notre artiste des mots ...avec un éventuel dilemme au détour d’un sentier ? Dilemme où oscillent les réponses, Onces d’espoir et d’étincelles, Celle qui du bout de ses doigts Va sculpter d’une vie les contours … Espoir et étincelles, souffle et couleurs, traversent l’oeuvre, un piano à queue en (c)ouverture et un fragment de “Murmure d’automne” en fermeture. “Sérénade à la vie” ? En âme majeure, clés de sol et de fa en accord parfait. A découvrir ! Ed. Chloé Des Lys – 55 pages Thierry-Marie Delaunois

ÉTAT DE CHOC Le genre humain, voilà le sujet des nouvelles qui composent « Etat de choc », le dernier recueil de l’écrivain bruxellois Gus Rongy. Les petites lâchetés, la mauvaise foi, les erreurs de parcours et les errances ... mais aussi le charme de l’existence font l’intérêt de cette douzaine de récits saupoudrés d’humour et de cocasserie. A mesure que les textes se succèdent, chacun découvre que les situations, a priori banales, pourraient être des tranches de sa vie authentiques et que les protagonistes pourraient être des amis, des voisins et, pourquoi pas, moi ? En somme, ils nous ressemblent ! Il s’agit aussi d’histoires sans digressions et où le sujet est rapidement exposé. Il y a surtout la qualité de l’écriture, ciselée de bout en bout, décortiquée par un ancien prof de français qui maîtrise la grammaire et la syntaxe, où se dessinent des anti-héros embourbés dans des situations banales qui dérivent vers l’inattendu. Ici, jamais de descriptions inutiles, mais toujours une chute surprenante. Pourquoi se procurer « Etat de choc » ? Pour le plaisir de lire, bien sûr, mais également pour un ton original qui permet d’évoquer les dilemmes, les hésitations et les coups de cœur vécus au quotidien et dont on ne parle pas (ou si peu). Ed. Ménadès – 168 pages Daniel Bastié


AUPRÈS DE MA BLONDE Où donc Thierry-Marie Delaunois va-t-il puiser son imagination ? Elle foisonne dans son dernier roman…Chaque personnage y est une énigme tant dans la psychologie que dans l’action – toujours imprévisible. Et tout va s’enchevêtrer… On peut bien imaginer à chaque page la tournure qui s’annonce, et non, on va de surprises en surprises. Sans jamais pourtant perdre le fil (si la confusion semble l’emporter au début, elle n’est qu’apparente). En effet, l’auteur a savamment étudié la construction d’un édifice complexe. On progresse, décontenancé et haletant, avec l’envie de savoir et, à la fin, ce n‘est jamais vraiment ce qu’on attendait, ni la nature profonde des personnages, qui se livrent difficilement, ni le cœur des intrigues. On se disperse pour mieux être surpris – et on le sera très singulièrement lors du dénouement final. L’imagination et la construction : deux qualités de ce livre… Et puis l’introspection… Car André, Hélène, et Séréna, les principaux protagonistes, sont des esprits torturés. Un autre mérite de l’auteur est de placer un de ses héros dans sa propre position d’écrivain : André se met à écrire le livre imaginé par son créateur… après l’avoir imaginé à son tour, dès sa seconde rencontre avec Séréna, tant la jeune femme le fascine Tous dans ce livre s’interrogent sur eux-mêmes, à l’obsession, analysant les questions métaphysiques qui empoisonnent : d’où viens-je, qui suis-je, où vais-je ? Et s’interrogent sur les autres. En fait ils espionnent, fabulent, fantasment, cherchent à percer les mystères de chacun. Sur fond de désirs amoureux croisés qui suscitent confrontations et jalousies.Si André, quadragénaire esseulé, a une destinée particulière, que dire de celle de Séréna qui porte un lourd secret ! Le destin qui les unira est aussi une totale surprise ! Et la fameuse « lettre » en est encore une autre. Et puis il y a la trajectoire d’Hélène qui à sa façon ouvre des interrogations sur les voies du « transgénérationnel », lequel peut briser l’individu à son insu ! Et puis on meurt beaucoup dans ce livre ! À lire par le début, même si la fin est royale ! Ed. Chloé des Lys - 228 pages Claude David

DEUX MANCHES ET LA BELLE Milt Gross était un dessinateur humoristique et animateur américain né en novembre 1895 et décédé en novembre 1953. Il a également eu l’occasion de travailler sur des films d’animation durant la période où le cinéma ne parlait pas encore, avant d’être sollicité par la MGM au cours des années 30. Pour beaucoup, il passe comme étant le créateur de la bande dessinée loufoque et parodique, annonçant la naissance deux décennies plus tard de la revue MAD. Avec « Deux manches et la belle », il a signé un vrai chef-d’œuvre, à la fois original et novateur. Ce roman graphique se caractérise par des dessins en noir et blanc, sans aucun dialogue, et s’étale sur près de trois cents pages. On le constate aujourd’hui, le monde de la bédé s’est fortement inspiré du septième art, de sa manière de mettre en scène les personnages, de découper les séquences et de poser le tempo. En publiant à nouveau ce classique de l’Âge d’or, les éditions La Table Ronde exhume un titre encensé par beaucoup et, néanmoins, oublié par le citoyen lambda. Il y a forcément énormément à apprendre du passé et cela s’avère une nouvelle fois pertinent lorsqu’on feuillette ce gros livre cartonné. Joost Swarte préface cette redécouverte et précise que, si on souhaite comprendre les codes cinématographiques, le mieux est de revoir certains films d’Alfred Hitchcock (il cite « Fenêtre sur cour ») et que, pour se familiariser avec le neuvième art, il importe de tutoyer les travaux de Milt Gross. Ed. La Table Ronde – 288 pages Jean Lhassa


LE BON CŒUR Jeanne d’Arc est un des visages préférés des Français, au même titre que Napoléon. Sans calcul, elle a offert à son pays une page de gloire, même si elle y a laissé la vie. Native de Domremy, la jeune paysanne sollicite de Robert de Baudricourt, seigneur de Vaucouleurs, une lettre de recommandation et une escorte pour se rendre auprès du Dauphin de France. Elle promet de bouter les Anglais loin des frontières territoriales et de libérer Orléans. L’histoire est certes connue, mais Michel Bernard la dote d’anecdotes rares et met en place des personnages extrêmement humains, coincés dans leur engagement ou meurtris par mille contradictions. L’écriture est ici dynamique et moderne et nous rappelle des événements appris à l’école ou vus à travers des films divers. Jeanne est présentée comme une femmeenfant, extrêmement pieuse et capable de se dépasser pour mener sa mission à terme. Sans jamais éluder la récupération politique de son action, l’auteur signe ici une fresque flamboyante. Peu importe finalement qu’elle ait ou non entendu des voix célestes, le récit se suffit à lui-même. Il est toutefois bon de rappeler qu’on se situe au cœur d’un XVe siècle ombrageux qui ne s’est pas défait de son mysticisme aliénant et que la population (pour la plupart totalement illettrée) était prompte à suivre le premier prophète (ou prophétesse) venu. Voilà une saga aventureuse remplie de passion et qui nous parle d’une époque bien révolue. Ed. La Table Ronde -264 pages Daniel Bastié

LE BON SENS L’affaire Jeanne d’Arc est loin d’atténuer les passions. Dix-huit ans après sa condamnation, Charles VII boute les Anglais de Rouen et songe à assurer la reconquête du territoire. Il sait que la tâche sera ardue et que la misère s’abattra encore durablement sur les familles. Néanmoins, il n’a pas d’alternative s’il souhaite rétablir sa souveraineté. Tout en maintenant la pression, il promet une amnistie pour ceux qui ont trahi. En 1431, il ordonne une enquête visant à réhabiliter la Pucelle. Non, elle n’était pas une sorcière ni une hérétique ! Les investigations le poussent à faire parler les témoins, à relire les minutes du procès. Fort vite, il s’avère que l’enquête ne ressemble pas à une sinécure. La méfiance règne et quelques-uns semblent avoir des comptes à régler. Michel Bernard nous entraîne dans une fresque historique qui sent le soufre. La Guerre de Cent ans touche à sa fin et il importe de rétablir des socles solides sur lesquels baser l’avenir. Au fil des chapitres, on suit une poignée d’hommes déterminés, rusant avec la raison d’Etat et bouleversés par ce qu’ils apprennent de vive voix. Qui était vraiment Jeanne ? Qu’a-t-elle vraiment apporté à la nation ? Ce livre a été couronné de nombreux prix : Prix du roman France Télévision, Prix littéarire de la ville d’Arcachon, Prix Michel Dard, Prix Louis Barthou de l’Académie française, Prix du roman historique des Rendez-vous de l’Histoire de Blois, etc. Ed. La Table Ronde – 194 pages Paul Huet


DANS L’ŒIL DU DÉMON Tokyo par un mois de juin maussade. Un coup de fil chamboule la vie de Sonomura, un écrivain occupé à rédiger sa dernière nouvelle pour la revue qui l’emploie. Un riche ami (son seul ami ?) l’avertit de la possibilité d’assister à un crime. Un crime qui ne le concerne en rien et qu’il ne peut pas empêcher ni dénoncer. Intrigué, il accepte ce mystérieux rendez-vous. S’ensuit une partie de cache-cache dans les bas-fonds de la métropole. Jeux de miroirs et d’apparences, messages et secrets à déchiffrer, Tanizaki Jun’Ichirô entraîne les lecteurs à la recherche de l’innommable, vient à la rencontre d’une femme possédant une étrange sensualité et alterne le chaud et le froid. Au fil des chapitres, on s’interroge sur la pertinence ou non de cette course à l’énigme. Puis, la victime ne serait-elle pas l’ami décidé à mettre en scène sa propre disparition ? Du moins, à devenir le jouet d’une beauté morbide qui se repait du sang des gens qu’elle assassine, après les avoir envoûtés ? Se pose enfin la question de savoir jusqu’où nous devons nous fier aux apparences et à quel point nos yeux retranscrivent la réalité telle qu’elle apparaît vraiment ? « Dans l’œil du démon » se veut un brillant théâtre d’illusions qui jongle avec les nerfs et ne dévoile ses cartes qu’au dernier chapitre. Ce roman a été traduit du japonais par Patrick Honoré et Ryoko Sekiguchi et est présenté pour la première fois en français. Ed. Philippe Picquier – 132 pages Daniel Bastié

ARBRES La nature a toujours joué un rôle primordial dans la culture chinoise, symbole de vie et d’éternité. Un art fortement influencé par les estampes et entretenu par plusieurs générations de créateurs qui en ont codifié la représentation. Coincé entre deux mondes (Orient et Occident), Ji Dahai a toujours été attiré par le dessin et la peinture et, depuis son adolescence, a longtemps flâné dans les musées pour s’imprégner du talent de ses prédécesseurs. Une expérience utile pour concrétiser son désir d’expression et méditer en pratiquant la calligraphie, la langue des poètes. Le vécu de ses ancêtres lui a été transmis dans les gènes et lui permet de donner corps sur papier à des arbres majestueux qui passent sous son pinceau pour, parfois, se colorer même si, très souvent, il privilégie la sobriété du noir de l’encre utilisée. Il ressort de chacune de ses pièces des travaux qui ressemblent à des aquarelles sans l’être, qui privilégient l’essence des choses plutôt que de rechercher le détail graphique. A force de se laisser habiter par ses dessins (ou peintures), on se prend à penser qu’elles sont habitées par une vie autonome, passant de l’ombre à la lumière, du rien au tout, de l’infiniment grand à l’infiniment petit. A moins que ce soit juste l’inverse ? Ed. Philippe Picquier – 154 pages Daniel Bastié


UNE FEMME ET LA GUERRE « Une femme et la guerre » est le résultat du mixage de deux nouvelles rédigées par l’écrivain japonais Sakaguchi Ango après la capitulation de son pays en 1945. Marqué par les horreurs de la guerre, il parle de protagonistes animés par un sentiment de révolte contre le système, ses injustices et la violence d’un monde en proie à l’abomination la plus totale. Il met ici en scène une femme et un homme qui s’aiment malgré la société qui se décompose sous les bombes américaines, en prenant conscience du désastre qui s’opère pour eux comme pour leurs proches. Le chaos engendre un second chaos, les valeurs se délitent et la morale s’enclave dans des principes qui ressemblent si peu à ce qu’elles étaient hier et avanthier. Kondô Yôko, dessinatrice de manga, s’est emparée de cette double histoire pour la présenter sous la forme d’un roman graphique, servi par un noir et blanc impeccable. On se doute que l’auteur a puisé dans le réservoir de ses propres souvenirs. L’intérêt narratif ajoute de la puissance aux dessins et nous vaut un ouvrage d’excellente tenue qui parle du passé et se targue d’offrir une leçon d’Histoire, tant pour savoir que pour ne jamais oublier. Au-delà du prisme qui associe deux êtres que rien n’aurait dû unir, il propose un récit universel qui aurait pu se dérouler ailleurs. Berlin sous les bombes aurait pu servir de cadre à cette adaptation. En bonus, le texte original de kondô Yôko et une préface de Patrick Honoré. L’exaltation incandescente engendre l’instant précaire où tout peut basculer. Il s’agit surtout d’émotions exacerbées qui peuvent mener à la mort. Ed. Philippe Picquier – 196 pages Daniel Bastié

Le SAS Luc Dellisse est un écrivain reconnu, auteur d’une vingtaine d’ouvrages publiés chez différents éditeurs. Lorsqu’il aborde la nouvelle, il le fait avec autant de sérieux que lorsqu’il s’attaque au format long. Une déontologie qui l’a toujours poussé à donner le meilleur pour flirter avec l’excellence, même s’il sait que le récit court ne flatte généralement pas l’envie des lecteurs. Saynètes, les nouvelles rassemblées ici exposent des histoires sans grandes aventures, sans personnages secondaires ni rebondissements à foison. Chose qui n’empêche pourtant jamais de générer des ambiances ou atmosphères ponctuées en quelques paragraphes, sans effets rebondissants. Il se sert de son quotidien pour broder et redéfinir le contour de choses connues, loin des certitudes que l’on croyait acquises. Du coup, nos quartiers et nos voisins deviennent le décor et les acteurs de petites pièces menées avec brio pour embarquer les valises à destination d’une contrée inconnue. Vingt perles qui s’enfilent sans aucun désagrément, qui font apparaître l’insoupçonné derrière le mur des conventions et qui organisent une bacchanale tonitruante pour nous aider à franchir le sas invisible qui débouche sur l’ailleurs. Ed. Traverse – 156 pages Daniel Bastié


LA CÂLINOTHÉRAPIE Le mot est à la mode, alors qu’il n’existe pas au dictionnaire. Les câlins sont dans l’air du temps et tout le monde a déjà vu des gens qui se baladent avec une pancarte « Free hugs » (câlins gratuits). Pourtant la câlinothérapie, comme son orthographe l’indique, c’est du sérieux, parce qu’il contient thérapie et correspond au réconfort ou touché psychoaffectif, qui n’a rien à voir avec les relations sexuelles. Le terme a été inventé par le Gandhi féminin Amritanandamayi, également connue sous le nom d’Amma. Adaptée à tous les âges, cette méthode se veut à la fois simple et innovante. Elle maintient en bonne forme physique et libère l’esprit des toxines négatives. Preuves à l’appui, l’auteure montre que le monde a évolué et que plus personne aujourd’hui ne voit la vie comme on la regardait hier. Face aux défis du XXIe siècle et à un stress omniprésent, il importe de réagir pour abandonner le vertige d’un monde qui, souvent, tourne à vide, perd ses repères et vogue sans buts. Céline Rivière rappelle qu’il existe une méthode qui permet d’effectuer le vide en soi, afin de se débarrasser de ce qui ne nous sert plus ou qui est toxique. La réédition de cet ouvrage a pour objectif de faire le point sur le rapport que chacun entretient avec lui-même, tout en s’intéressant aux autres. En finir avec les mille raisons qui justifient qu’on ne va pas bien, voilà le but avoué ! Ed. Michalon - 264 pages Sylvie Van Laere

L’ART D’ÊTRE NORMALE Jusqu’à un certain âge, il est humain de penser que le monde tourne selon des règles immuables et que chacun agit selon celles-ci. Puis, vient une période de mutation, avec forcément une remise en question des certitudes. Entre intelligence intellectuelle, relationnelle et émotionnelle, Elina Nobelen décrypte notre mode de fonctionnement et jette un regard sur les normes sociales et autres conventions qui régissent notre système de vie communautaire. Comment tombe-t-on amoureux ? De quelle façon gère-t-on l’hypersensibilité ? Par quel moyen trouve-t-on sa place dans le cadre professionnel ? Avec l’envie de faire comprendre un message, l’auteure déconstruit les représentations que nous avons de la société au sein de laquelle nous évoluons et l’associe à des savoirs pour les interroger avec acuité. Il s’agit de stimuler l’énergie du débutant pour lutter contre le décalage qui endigue le bonheur. Il n’existe bien sûr pas de solution miracle, seulement des pistes. Cet ouvrage propose une vision atypique et pudique qui se base sur le témoignage pour circonscrire la complexité des relations des enfants et des adultes qui souffrent de ne pas être compris. Sortir de sa coquille passe inévitablement par la prise de conscience et la volonté de faire bouger les choses pour ne plus ressembler à un extraterrestre parachuté sur terre. Ed. Michalon - 176 pages André Metzinger


SARTRE : LES PÉRILS DE LA LIBERTÉ Jean-Paul Sartre a été un visage prépondérant du XXe siècle. Père de l’existentialisme et penseur engagé. Son monde n’est plus, même si la jeunesse actuelle continue de dénoncer un système abusif qui a montré ses limites et qui ne se retrouve plus dans une société en contradiction avec les principes qu’elle prône. L’occasion de parler de la devise qui symbolise la France. Qu’en est-il de la notion de liberté, d’égalité et de fraternité ? S’engager revient à démontrer qu’on est prêt à aller de l’avant. Parce qu’on n’est pas un lâche, qu’on demeure fidèle à plusieurs valeurs, qu’on refuse l’immobilisme et qu’on refuse la passivité tétanisante. Néanmoins, la liberté est-elle toujours une victoire ? Cet ouvrage repose sur la cohérence et l’unité et se base sur des années de réflexion intégralement fondées sur l’œuvre du philosophe. Il s’agit de la pensée à l’aune de son temps, de décennies heurtées par des idées novatrices et terriblement violentes. Un certain esprit sartrien continue certes de hanter notre époque, en lui conférant le pouvoir absolu d’édifier l’humanité au-delà des structures établies et en la hissant au rang de sujet de l’Histoire. Voilà une étude qui travaille la matière et qui développe plusieurs convictions fortes disséminées à travers des milliers de pages noircies durant près de quarante années. Ed. Michalon – 124 pages Paul Huet

DES COUTEAUX ET DES HOMMES Pour certains, les couteaux sont davantage qu’un simple ustensile, mais un apparat ou une sorte de relique. Il existe même des milliers de collectionneurs, prêts à traverser la moitié du monde pour se procurer la pièce rare. Il s’agit surtout du premier instrument utilisé par l’homme, aide précieuse au moment de tailler une branche, de sectionner une corde, de découper les chairs ou de fendre un ennemi. De la pierre ancestrale, il est devenu fer, bronze ou acier, faisant une entrée fracassante dans les ménages. Au fil du temps, les artisans ont appris à le maîtriser, à le façonner, à le durcir et à le polir avant d’entreprendre de le décorer par le truchement de matières nobles diverses. Il exerce même sur certains une réelle fascination, au point de prolonger le mouvement du bras ou de réchauffer la poche dans laquelle il est calé. François-Xavier Salle propose un authentique voyage à travers les continents, afin de faire connaissance avec les meilleurs praticiens qui mettent leur savoir-faire en avant pour rendre à l’objet son sens à la fois usuel et culturel. L’occasion de découvrir des pièces de toute beauté, plus attrayantes les unes que les autres, passant des lames emblématiques aux créations les plus folles et résolument modernes. Cet ouvrage relié propose de splendides photographies de modèles. Très complet. Ed. Gründ – 240 pages André Metzinger


LES MIRACLES DE L’OURCQ A l’origine, le canal de l’Ourcq avait pour vocation d’alimenter Paris en eau potable. Aujourd’hui entièrement consacré au transit des péniches, il traverse la capitale en passant par divers quartiers. Véronique Pierron en fait le décor de son premier roman tout simplement intitulé « Les miracles de l’Ourcq ». On y découvre une population précarisée qui, non loin des berges, a bâti des habitations de fortune, recouvertes de bâches, avec un toit en tôle et isolées tant bien que mal avec des cartons perméables à la pluie. On y rencontre une poignée de parias en manque de repères autant que d’argent. Parmi ces derniers se profilent le caractère de Bella voyante à ses heures, Noury le musicien génial mais totalement inconnu de la profession, le Vieux qui s’adonne au tricot et Juno, un Brésilien égaré dans cette jungle urbaine. Abimés par l’existence, ils ne songent qu’à panser leurs plaies. Puis, alors que personne ne s’y attend, des miracles se produisent. L’auteure propose ici un récit sans misérabilisme et sans pathos et dresse le portrait d’une poignée de marginaux en quête d’espoir. Au fil des chapitres, elle développe un univers coloré et se permet toutes les libertés, loin de la caricature. On songe évidemment à « Clérambard » de Marcel Aymé pour sa truculence, l’absence totale de censure et une poésie qu’il est agréable de saisir dans un monde enclin au rationalisme et peu prompt à la fantaisie. Le livre a été couronné par le Prix Jean Anglade 2019, présidé par Franck Bouysse. Ed. Presses de la Cité – 312 pages Daniel Bastié

LA REINE DES MERS Avec la série télévisée « Vikings » créée par Michael Hirst, les valeureux guerriers venus du froid ont à nouveau la cote. Linnea Hartsuyker, citoyenne américaine d’origine scandinave, a choisi d’enclencher une saga qui sent bon les vents boréaux et qui réveille la fureur des luttes passées pour le pouvoir et la conquête. Après un premier opus qui a remporté un méga succès de librairie, elle amorce un deuxième tome qui ne démérite pas si on le compare au précédent. L’opportunité de retrouver des visages familiers, dont celui de Ragnar (qui règne désormais sur le comté de Sogn) et celui de Solvi, son ennemi juré et pourtant amant de sa sœur. Alors que les batailles font rage, la sédition gronde un peu partout. Puisant dans les textes fondateurs de la littérature nordique, l’auteure brosse le portrait d’hommes en proie à leurs démons, épris d’idéaux et prêts à sacrifier leur vie pour ceux-ci. Violence, héroïsme, romantisme et aventure se succèdent à un rythme effréné. Par la force des choses, on songe un peu à l’ambiance de feuilletons tels que « The game of Thrones » ou « Outlander ». En évitant les temps morts, cette histoire nous entraîne à une époque forcément lointaine, où il fallait croiser le fer pour vivre ou, plus simplement, survivre. Un troisième et dernier volume est attendu d’ici peu, afin de clôturer cette trilogie. La qualité de la traduction française est le fait de Marlène Roman, sans qui nous n’aurions pas le même plaisir de lire. Ed. Presses de la Cité – 598 pages André Metzinger


D’AUTRES VIENDRONT Créée en 1998, le Cour pénale internationale a pour mission de juger des femmes et des hommes ayant commis des crimes contre l’humanité. Richard Boldin nous plonge dans un futur proche. En 2013, trois Africains sont accusés d’avoir perpétré l’innommable. Chargé de passion, le procès débute. Selon le dossier à charge, ils seraient complices d’un médecin considéré comme étant l’instigateur d’un document sulfureux proposant à la terre entière un projet écologique révolutionnaire et d’une radicalité inédite. Hélène Morel se présente aux plaidoiries avec le secret espoir d’en apprendre davantage sur son petit-fils, mystérieusement disparu au cœur du continent noir. Au fil des semaines, elle se rapproche de Djany, une femme secouée par les mêmes angoisses, et qui exige de savoir ce qui est également arrivé à son petit-fils. L’auteur nous propose un récit sulfureux et nous plonge dans les contradictions d’une Afrique hétéroclite, en proie aux dissidences et aux querelles ethniques. Jamais il n’élude le rôle majeur joué par L’Occident qui maintient un paternalisme motivé par des intérêts économiques pesants. Bien entendu, les passions se déchaînent, les rancœurs s’exacerbent et les violences extrêmes se manifestent. Voilà une fiction qui rejoint une brûlante actualité et qui évoque la question écologique sous un jour neuf. Demain est à nos portes et il importe de demeurer vigilants à ce qui se trame ici comme ailleurs ! Ed. Presses de la Cité – 298 pages Daniel Bastié

LE MARTYRE DES INNOCENTS Boston prépare les fêtes de fin d’année. Dans ce contexte particulier, une productrice de films d’épouvante est retrouvée décédée dans son appartement, les yeux arrachés et déposés méticuleusement dans sa paume. La police croit à un meurtre isolé. Quelques jours plus tard, un second corps est découvert non loin de là, le buste percé de flèches. Cette fois, aucun doute n’est permis. Un tueur embusqué règle des comptes ou assassine pour le plaisir. Bizarrement, il apparaît que les indices renvoient à la martyrologie chrétienne. On pense à Lucie de Syracuse qui a été énuclée et à Saint Sébastien. Mises à la remorque de ce double crime, l’inspectrice Jane Rizzoli et la légiste Maura Isles devinent qu’elles devront résoudre l’une des affaires les plus épineuses de leur déjà longue carrière. Pour ce faire, elles prennent contact avec Amalthea Lank, la maman biologique de Maura, qui purge actuellement une peine de prison, condamnée pour plusieurs crimes particulièrement gratinés. Elle seule pourrait les mener sur la piste d’un serial-killer vicieux et sans doute influencé par les hagiographies de saints. Une fois de plus, Tess Gerritsen cisèle une intrigue forte, ponctuée de séquences extrêmement visuelles et choquantes. En plongeant ses personnages dans une société torve, elle promène le lecteur dans les méandres de l’âme humaine et multiplie les rebondissements pour resserrer le récit. Au fil des chapitres, on découvre que les apparences ne sont pas forcément ce qu’elles sont et qu’un terrible secret motive les actions d’un vengeur impénitent. Un thriller noir de noir pour passer une nuit blanche ! Ed. Presses de la Cité – 348 pages Paul Huet


DADDY GAGA L’arrivée d’un enfant s’avère une aventure peu ordinaire. Un changement radical du mode de fonctionnement d’un couple. Un bonheur autant qu’un tsunami dans le ronron. Julien Chavanes décrit la situation en une trentaine de saynètes politiquement incorrectes et en affirmant tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Oui, un bébé bouleverse l’équilibre d’un ménage et suscite maintes confrontations ! Être à la hauteur, voilà le challenge auquel sont confrontés les jeunes pères. La société ne les prépare pas (ou plus !) au défi de la paternité. On ne naît pas père, on le devient ! Arborer la tenue de Daddy Gaga se veut une expérience enrichissante autant que déstabilisante. Malgré la bonne volonté de chacun, les imprévus se multiplient et aucune alternative ne se présente si ce n’est celle que de réagir au quart-de-tour. Comment donner le biberon, changer les couches ou emmener le petit prince au parc ? Que faire lorsqu’il refuse obstinément d’avaler le contenu de son biberon, lorsqu’il est constipé ou quand il commence à poser des questions ? Le ton est drôle de bout en bout et sonne vrai. Soit on lit cet ouvrage au premier degré et on en ressort effrayé au point de ne plus souhaiter avoir d’héritiers, soit on s’embarque dans la lecture en adoptant un recul salutaire et on se bidonne en visualisant mentalement ce qu’on a soi-même vécu. Or, on le sait, le bonheur de saisir un enfant par la main est beaucoup plus intense que les petites mésaventures endurées au cours de certaines périodes de son (de notre) apprentissage. « Daddy Gaga » est le portrait d’un papa ordinaire, légèrement dépassé par ses nouvelles responsabilités et qui progresse en territoire inconnu (voire hostile ?). Ed. Plon – 222 pages Paul Huet

MOI JÉRUSALEM Gilbert Sinoué retrace l’histoire d’une ville millénaire, pas vraiment comme les autres, à la croisée des trois grandes religions monothéistes et toujours sujette à maints conflits. Une manière d’embarquer à bord d’une machine à remonter le temps pour se plonger au cœur de l’Antiquité à la rencontre des dynasties pharaoniques, de se retrouver sous la tente en compagnie de peuples hébreux nomades, d’assister à l’édification du temple de Salomon et d’écouter les sermons des prophètes venus de tout le royaume. Tour à tour, des étrangers s’emparent du territoire : Babyloniens, Perses, Grecs, Romains jusqu’à la destruction du siège de Dieu sur terre à la suite d’une énième révolte contre le conquérant venu d’Europe. L’histoire se poursuit sans trêve avec l’arrivée des Arabes, des Francs, des Mamelouks, des Ottomans, des Britanniques, etc. Jusqu’au fameux plan de partage de la Palestine ratifié en 1947 par la communauté internationale. Marche-t-on vers un temps de paix ? Nenni ! La violence redouble d’intensité avec des guerres successives entre pays limitrophes, des intifadas qui se multiplient et une insécurité qui s’accroît. Réaction : le nouvel état utilise de plus en plus la loi du Talion et réprime chaque action terroriste par des bombardements ou une entrée fracassante de l’armée en territoire musulman. Où est l’époque bénie de toutes les promesses formulées par le Très-Haut à l’attention de son peuplé élu parmi toutes les nations ? Néanmoins, toujours debout, Jérusalem doit composer (et compose) avec le monde moderne, se plie à de nouvelles règles et attend que le Messie sorte du silence afin d’apporter l’espoir et la cohésion, pacifie les cœurs et adoucit certains propos qui virent parfois à l’extrémisme. Impossible que ce joyau de l’humanité disparaisse un jour, réduit en cendres pour avoir été trop désiré, morcelé entre divers positionnements. Il ne s’agit certainement pas d’un champ clos sur lequel continuerait à se jouer le choc des civilisations, mais d’un lieu qui invite les hommes à se réconcilier et à converser. L’auteur utilise la mécanique du roman pour exhumer le passé et donne la parole aux pierres qui ont vu défiler des siècles de transition, de gloire et de violence. Ed. Plon – 308 pages Sam Mas


UNE ENVIE DE DÉSACCORD(S) Cécilia Attias (éphémère Première Dame de France) et son fils Louis Sarkozy adorent débattre, se confronter lors de joutes intellectuelles à propos du monde qui tourne bien ou mal, pointer les cicatrices qui engendrent le désespoir, relever les sujets qui fâchent ou étonnent, partir à la recherche d’un idéal de vie qui permettrait à l’humanité de se régénérer. Alors que le dialogue pourrait s’organiser autour d’une table, ils ont préféré la voie épistolaire pour s’enflammer. Rien ne leur échappe : les arts, la religion, la politique, l’amour, la finance, etc. L’opportunité de développer deux visions et de chercher des axes de concomitance car, on le devine, par leur éducation et leur milieu social, ils se retrouvent sur de nombreux points. Bien entendu, on décolle très souvent des idées communément perçues pour découvrir des assisses qui leur sont propres. Au fil des pages, les arguments se déplient, s’affinent, s’affûtent. Avoir des opinions divergentes n’a cependant rien d’étonnant, puisque nous sommes uniques, avec des préoccupations qui ne taraudent pas forcément les autres. Quelques sujets se mettent d’eux-mêmes en exergue : le climat, la condition des femmes, la famille, les coulisses du pouvoir, la démocratie. A coups de portraits, d’anecdotes et de confidences, aucun thème n’échappe à l’analyse de ce duo mère-fils sur un ton à la fois confiant et qui le lie durablement par d’importants liens d’affection. Ed. Plon – 273 pages André Metzinger

QUAND J’AI COMMENCÉ À BRODER, LES HARICOTS AVAIENT ENCORE DES FILS ! Faut-il encore présenter Philippe Bouvard, homme de télévision, journaliste, chroniqueur et écrivain ? Les aînés ont retenu de lui l’émission « Les grosses têtes » qui a fait un tabac dans la petite lucarne autant qu’à la radio. Amateur de jolies formules, dénicheur de talents, béotien et regard acerbe sur notre société, il a accompagné un pan de notre existence en touchant à tous les domaines. A l’aune de ses presque 90 ans, il jette un regard rétrospectif sur les grands événements qu’il a vécu, ses rencontres, ses coups de gueule, ses amitiés, la profession. Il n’a jamais caché ses préférences pour les gens d’esprit, les humoristes populaires, les gens authentiques. Loin de rédiger un testament littéraire, il a sélectionné une centaine de chroniques rédigées pour le Figaro Magazine et les a rassemblées sous la présente couverture. L’occasion de se confier au détour d’une formule, de lancer un trait acide, d’afficher ses prédilections, de réveiller le passé ou, plus simplement, de parler culture ou affaires. Bien entendu, toute sélection se veut subjective mais, d’emblée, on doit accepter la règle puisqu’il ne peut pas en être autrement. Cependant, on le sait, chacun peut se fier au bon goût d’un homme qui n’a plus grand-chose à prouver et qui, depuis longtemps, a fait ses preuves. Il existe un ton Bouvard, drôle, impertinent, à saisir parfois au second degré, avec une manière si particulière de tourner en ridicule les pédants, les autosatisfaits, les ambitieux, les dénués du moindre talent et qui se croient les génies de leur siècle. A aucun moment, il n’a manqué de matière première. Il lui a généralement suffit d’observer ses contemporains et de se sustenter de cette manne intarissable. Aujourd’hui, on découvre (ou redécouvre) ces instantanés sans déplaisir, avec nostalgie et en se remémorant de bons instants qui ne sont plus. Ed. Plon – 616 pages Paul Huet


TINTIN DU CINÉMA À LA BD Le personnage de Tintin est inscrit au patrimoine mondial de la bande dessinée. Né en 1929 sous le crayon d’Hergé (de son vrai nom Georges Rémy), il a vécu moult aventures de papier avant de franchir le cap du grand et du petit écran, devenant également héros d’une comédie musicale composée par le chef gantois Dirk Brossé. On le sait, son papa de création est né en même temps que le septième art et, à l’instar de ses contemporains, a été fasciné par cette invention révolutionnaire. On a répété qu’il appréciait particulièrement Charlie Chaplin, Laurel et Hardy et les Marx Brothers. La question repose aujourd’hui sur l’influence que les films ont pu jouer sur sa manière de séquencer ses travaux graphiques. Durant une vingtaine d’années, Bob Garcia a mené l’enquête et a visionné des centaines de longs métrages pour y déceler les corrélations et trouver les œuvres qui ont été déterminantes au moment de mettre en scène le jeune reporter et ses amis (nouveaux et anciens). Il ressort de cet essai des découvertes surprenantes qui nous entraînent dans le passé à la découverte de chefs-d’œuvre oubliés ou mal connus. Le livre se découpe en plusieurs sections, dont une première entièrement circonscrite autour des pellicules exhumées des archives de diverses cinémathèques. La partie la plus intéressante repose sur les comparaisons qui apparaissent livre par livre. L’occasion de voir différemment des joyaux tels que « Tintin en Amérique », « Les bijoux de la Castafiore » et autres classiques qui ont enchanté notre enfance. Autant d’invitations à relire Tintin avec un regard neuf, sans rien ôter au génie de son géniteur. Ed. Desclée de Brouwer – 274 pages Daniel Bastié

MORT, MAIS PAS DANS MON CŒUR Existe-t-il pire que le décès d’un proche ? On le sait depuis que le monde tourne, l’existence prépare à s’en aller un jour ou l’autre, même si chaque être humain tente de repousser l’instant ultime. Davantage on vieillit et plus on se trouve confronté à la disparation de celles et ceux qu’on a tutoyés, embrasés et chéris. La détresse est forcément immense, scandée de questionnements, avec un besoin pressant de comprendre et une impuissance à la hauteur du malheur qui s’abat sur les épaules. Comment réagir ? Il y a un temps forcément durant lequel on doit faire son deuil. La mort reste le plus souvent inattendue ou incompréhensible, générant des impressions diverses allant de l’injustice à l’abattement. On le sait, une disparition brutale peut même avoir une incidence sur le vécu des vivants et impacter leurs jours. Josée Masson est travailleuse sociale, formatrice et conférencière et se charge de mineurs endeuillés. Au fil de son expérience, elle a développé une méthode qui consiste à apporter des réponses claires pour aider chacun d’eux à surmonter l’épreuve qui le broie. Elle a décidé de rédiger un ouvrage à l’attention des adultes confrontés à ce type de problématique. Quels mots utiliser ? De quelle manière formuler son empathie sans accroître la détresse de celui à qui on s’adresse. Non seulement, elle se base sur ses expériences personnelles, mais s’appuie sur de nombreux témoignages de collègues, de parents et d’acteurs du milieu socio-médical. Ne jamais enclaver les émotions, parler vrai et ne pas minimiser la douleur. Surtout ne jamais dicter ce que les jeunes doivent effectuer dans cet instant particulièrement complexe et faire appel à leur intelligence, voilà quelques idées préparatoires avant d’entamer la lecture de cet essai qui peut aider à accompagner un enfant ou un adolescent. Sans avoir la prétention de détenir LA vérité, l’auteure entend assumer sa compréhension de la situation en la sertissant d’exemples choisis et en parlant de son vécu. Ed. Desclée de Brouwer – 396 pages Amélie Collard


MON APPROCHE EXPLIQUÉE AUX PARENTS On croyait tout savoir de Maria Montessori (1870-1952), une des premières femmes médecins d’Italie. Le hasard de la vie a exhumé des textes inédits et oubliés de tous dans les archives pédagogiques de l’AMI. Un ensemble particulièrement intéressant, puisqu’il s’adresse aux parents et qu’il pose clairement les objectifs à atteindre lorsqu’on se lance dans l’éducation d’un ou de plusieurs enfants. Selon les experts, ils auraient été rédigés à Londres au début des années 30. Afin d’étayer cette hypothèse, ils soulignent qu’un des articles a fait l’objet d’une publication en 1931 dans The Saturday Review. Finalement, la chose importe peu, puisque l’ensemble demeure d’une belle cohérence, même s’il ne s’agit pas de la prose rédigée dans la langue maternelle de l’auteure, mais d’une traduction anglaise due à un collaborateur fidèle. A nouveau, Maria Montessori se positionne en faveur des enfants et sur la meilleure manière de les aider à grandir. Être parent ne s’improvise pas et, à défaut d’une véritable formation, chaque femme et chaque homme doit acquérir des réflexes et choisir une proposition éducative idoine. On sait qu’elle a été invitée un peu partout pour expliquer sa méthode, répondre aux questions, argumenter et défendre ses positions. Sa règle d’or reposait sur : Un : se mettre à l’écoute de l’enfant. Deux : comprendre ses besoins. Trois : chercher à les satisfaire. Bien entendu, aujourd’hui, on trouve la chose naturelle alors que, durant l’entre guerres, personne ne parlait (ou n’y songeait simplement !) du droit des petits. Ces textes ont été préfacés par Paula Polk Lillard, pédagogue renommée et cofondatrice de la Forest Bluff School dans l’Ilinois. Un petit livre à lire pour trouver des formules de sagesse ! Ed. Desclée De Brouwer – 104 pages Sylvie Van Laere

PORTRAITS INTIMES DE MARIE NOËL Marie Rouget est née le 16 février 1883 à Auxerre dans une famille fidèle à la tradition catholique. Assez tôt, elle s’est laissée séduire par l’écriture et a couché ses premiers textes en les faisant publier sous le pseudonyme Marie Noël. Le succès s’est trouvé au rendez-vous et les gens de la presse ont unanimement salué son talent. Femme intègre à ses idées, sa réputation a cru lorsqu’elle a compilé des chansons traditionnelles pour les offrir à la postérité. Chose qui élude ses écrits beaucoup plus personnels et intimes, qui témoignent d’une personnalité contrastée. A partir de clichés en noir et blanc, Chrystelle Claude de Boissieu nous invite à partir à la rencontre d’une femme exceptionnelle qui s’est distinguée dans un monde d’hommes. Son intelligence et sa sagacité lui ont permis d’entretenir une correspondance suivie avec de nombreux artistes de son temps : Henry de Montherlant, Jean Cocteau, François Mauriac, Vincent d’Indy et quelques autres. A la recherche de la vérité, son œuvre se distingue également par une approche de la foi née dans la réflexion, la prière et le questionnement. Frappée de cécité, elle nous a quittés en 1967. Une demande de béatification a été ouverte en 2017, cinquante ans après son décès. Conçu comme un album, le présent ouvrage met en parallèle des photographies et des textes. Une manière originale d’aborder une personnalité dont les sentiments ont traversé les temps modernes, en alternant piété et cris de désespoir. Enfin, une façon singulière de découvrir qui se cachait derrière le masque de l’écrivaine. Ed. Desclée De Brouwer – 320 pages Sylvie Van Laere


COMPTINES DE LA MÈRE L’OIE Les comptines de la mère l’oie (à ne pas confondre avec Les contes de la mère l’oie de Charles Perrault !) sont des chansons traditionnelles anglaises que la plupart des enfants connaissaient. Drôles ou mélancoliques, elles évoquent une ribambelle de personnages farfelus et poétiques, parfois empruntés à l'Histoire. L’air de rien (et en images comme en musique), elles ont traversé les siècles pour nous parvenir avec une fraîcheur qui n’a aucunement vieilli. Après maints illustrateurs plus talentueux les uns que les autres, c’est au tour de Gérard Dubois de proposer sa version d’une série d’indémodables toujours cocasses, caustiques et, parfois, émouvants, Il s’agit d’une traduction modernisée due à Christian Demilly. L’idée de base consistait à saisir des textes anciens et à les adapter pour que les jeunes lecteurs puissent s’en réjouir. Le principe graphique n’a pas été de s’enorgueillir d’un modernisme à tout prix, mais de jouer la carte de l’esthétique, tout en rappelant que les décennies se sont écoulées depuis la création des comptines. On retrouve donc un petit côté ancien (qui ne signifie pas désuet !) et qui évoque lointainement les gravures très XIXe siècle et certains dessins début XXe. Un beau livre fait pour plaire et à prêter aux copains qui ne le connaissent pas. Ed. Grasset Jeunesse – 32 pages Amélie Collard

DANS MON PETIT MONDE Le district de l’enfance est loin de s’avérer un vase clos, où l’imagination folâtre en maîtresse, à des lieues des conventions et du cartésianisme sur lesquels s’appuie la société des adultes. Grandir ne va pas forcément sans heurts. Une petite fille (dont on tait l’identité) est emmenée par ses parents chez un psychologue. Motif : son comportement. Rien de grave. Elle fait parfois des rêves bizarres et les réveille en pleine nuit. Le médecin l’écoute attentivement et lui offre un livre : « Alice au pays des merveilles » de Lewis Carroll. L’histoire d’une autre petite fille très imaginative. L’identification est parfaite, car elle aussi voit et entend des choses, se sent rapetisser ou devenir géante. La lecture lui apprend qu’elle n’est pas seule à vivre pareilles émotions et qu’il convient de ne jamais paniquer. Puis, par une magie qui n’existe que dans les contes, elle se projette dans l’univers d’Alice et se découvre une gémellité avec cette dernière. S’agit-il d’un rêve ou d’une seule projection de l’esprit ? Qu’importe. Aujourd’hui, elle ne craint plus la solitude et a appris qu’une amie fidèle vaut mieux que toutes les thérapies modernes. A son papa qui s’enquiert de son état, elle répond : « Plus besoin d’aller voir le docteur. Il y a quelqu’un qui m’aide maintenant. » Voilà un beau livre pour enfants dû au talent de Sandrine Bonini et Elodie Bouédec. Le cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année ? Ed. Grasset Jeunesse – 32 pages Daniel Bastié


100 ANTONOMASES Une antonomase est une figure de style qui consiste à employer une qualité comme nom commun ou à utiliser un nom propre pour sertir un comportement. Sans le savoir, on l’utilise au quotidien : un Gavroche, un Don juan, un Casanova, etc. Sophie Dutheillet de Lamothe s’est amusée à en relever cent dans le langage courant et à les définir, pour s’amuser autant que pour briller en société. Inventées par certains écrivains ou venus directement d’individus célèbres, elles sont entrées dans le langage commun. Naturellement, leur pertinence dépend étroitement de la connotation qu’on leur attribue. Surprenantes, drôles ou éculées, elles ont été rassemblées pour offrir une balade singulière au pays de la rhétorique. Au fil des pages, l’auteure nous invite également à nous remémorer quelques traits d’histoire et à exhumer un pan du passé. Pourquoi Babey d’Aurevilly a-t-il été surnommé le Michel-Ange de la croûte ? Quand a-t-on pris la peine de parler du baron Haussmann comme de l’Attila de l’expropriation ? Les expressions se succèdent à un rythme chronométré : la Joconde de la Préhistoire, le Berlusconi français, le Confucius du Béarn et, parmi beaucoup d’autres, le Christ de la Paternité. On peut assurément s’amuser à en inventer dans son coin. Le Picasso de mon immeuble, Le Weinstein de l’administration, la sœur Teresa du quartier … A chacun ses références ! A l’instar des métaphores, il s’agit de se baser sur de solides assisses, faute de quoi, on rate son effet ! Ed. du Rocher – 212 pages Daniel Bastié

MADAME ÉLISABETH DE FRANCE Élisabeth de France a été éclipsée par son frère aîné Louis XVI, entré dans les annales de l’Histoire par le truchement d’une révolution qui lui a valu d’être guillotiné. Coline Dupuy et Emmanuel Cerisier rendent aujourd’hui justice à cette héroïne discrète. On a retenu d’elle une femme de tempérament, qui a toujours apporté un soutien indéfectible au roi et qui, à l’instar de ce dernier, a été condamnée par le tribunal pour être exécutée à l’âge de trente ans. Proche du monarque et de sa famille, elle les a accompagnés tout au long des années terribles. Retracer son existence brève revient à plonger le lecteur dans une page douloureuse du XVIIIe siècle, celle de tous les changements et de tous les espoirs, à une époque où le peuple aspirait à d’énormes réformes et était prêt à une violence exacerbée pour atteindre ses objectifs. Que sait-on d’elle ? Il a été raconté qu’elle était belle et rebelle, pleine de charme et de vivacité, vertueuse dans ses rapports avec les autres et prompte à pratiquer la charité avec humilité. Ange incarné sur terre, elle a pratiqué le célibat comme sacerdoce pour aimer son prochain et contribuer à témoigner de son immense foi en Dieu. En 1953, l’Eglise l’a reconnue servante du Très-Haut, confiante jusqu’au calvaire. Le présent roman graphique se prévaut d’un découpage cinématographique et débute lorsque la jeune femme se confronte aux juges. Flash-back pour retracer son enfance et sa jeunesse pour revenir, ensuite, aux jours ultimes. Ed. du Rocher – 48 pages Paul Huet


L’ESPRIT DE LA LITURGIE Le Pape Benoît XVI est réputé pour être un éminent théologien, grand intellectuel imbibé par l’esprit de Dieu. A travers la beauté des mystères de la Création, il a passé l’essentiel de son existence à explorer la force de l’action divine, transcendant le temps et captant la vérité là où forcément ses contemporains ne la cherchent pas durablement. Considéré par les fidèles comme l’un des principaux ouvrages qu’il a rédigés, « L’esprit de la liturgie » nous revient dans le cadre du cinquantième anniversaire de la Réforme liturgique. A l’heure où les croyants se désengagent de la messe et à une époque où les églises se vident misérablement dans certains pays européens, Joseph Ratzinger veille à secouer les malentendus généralement répandus tous azimuts et rappelle le lien unique qui soude l’être humain à son créateur. Il insiste sur la nécessité de revenir à une liturgie vivante proche des gens, d’abattre les murs de verre qui nous séparent des sacrements et de se réorienter vers des valeurs sûres telles que la prière, la solidité de certains rites qu’il importe (selon lui) de pérenniser et de rappeler l’importance du culte au quotidien. Une volonté qui va dans la direction d’un renouveau du mouvement chrétien espéré par beaucoup, afin de devenir flambeau pour éclairer les ténèbres d’une société qui part à vau-l’eau, au sein de laquelle les valeurs se délitent et les espoirs se laminent. Lorsque l’Adoration de la Trinité décline, quand la foi n’apparaît plus comme un socle solide, au moment où le citoyen est enclavé dans ses libertés par des contingences qui le dépassent et à l’instant où la raison de croire perd le lieu de son expression et de son enracinement, la célébration de la foi rappelle à tout un chacun que l’espoir demeure et que rien n’est définitivement scellé. Ce livre a été préfacé par le cardinal Robert Sarah. Ed. Artège – 298 pages Sam Mas

GUIDE PRATIQUE DES PAPILLONS DE FRANCE L’objet est beau, relié sous une épaisse couverture cartonnée, et servi par de nombreuses photographies idoines pour aider le lecteur à discerner les différentes espèces de papillons que l’on trouve en France, Corse comprise. Une véritable mine de savoir qui présente une nomenclature complète et précise, enrichie par une introduction générale destinée à un public à la fois large et passionné. Les néophytes comme les amateurs férus y trouveront de quoi passer de longues soirées studieuses à lire, à découvrir, à comparer et à analyser. Deux cent cinquante-sept espèces présentent ici leurs principales caractéristiques écologiques, leur distribution départementale, leur statut de conservation, leur degré de menace climatique, ainsi qu’une description soignée et détaillée de la morphologie de chacune. Il s’agit d’un livre à la fois extrêmement original et pratique qui fonctionne par blocs d’espèces semblables, afin de faciliter les comparaisons et d’aider au moment de la lecture. L’objectif n’est bien entendu pas de pousser tout un chacun à se passionner pour l’entomologie, même si … Aimer la nature, sa flore et sa vie revient à prendre soin de nous. Alors que disparaît lentement la diversité dans nos campagnes, il incombe plus que jamais de demeurer attentif aux belles choses qui nous entourent. Apprécier et apprendre, voilà les premiers pas qui vont bien sûr dans la bonne direction. Ed. Delachaux et Niestlé – 416 pages Sam Mas


MESRINE : LES SEPT CERCLES DE LA MORT Décédé à quarante-deux ans, Jacques Mesrine reste aujourd’hui un des visages les plus emblématiques du grand banditisme. Déclaré ennemi public numéro Un pour ses braquages à répétition et ses évasions spectaculaires, il a régulièrement fait les grands titres des journaux avant d’être abattu au cœur de Paris dans un piège organisé par les Forces de l’ordre en 1979. Quarante années plus tard, sa personnalité divise toujours. Était-il une sorte de Robin des Bois moderne ou un être ultraviolent ? Son décès s’est-il inséré dans le plan d’un véritable traquenard destiné à l’éliminer physiquement ou l’affaire a-t-elle purement mal tourné ? Deux clans continuent de s’affronter. Néanmoins, des indices étayent l’une et l’autre version. La violence de l’affrontement pourrait laisser sous-entendre que la police a davantage cherché à l’occire qu’à le neutraliser. A contrario, on a retrouvé dans sa voiture plusieurs grenades et des armes de poing. De cet incident, le public a principalement retenu que l’unité anti-Mesrine, créée quelques mois plus tôt, a criblé sans sommation son véhicule de balles. Dix-huit impacts ont percuté le truand. Il s’agit ici du premier cas de remise en cause de la légitime défense invoquée par l’Etat. Jean-Marc Simon revient sur ce cas et nous entraîne dans un labyrinthe aux couloirs sans fin. Qui était vraiment l’homme de tous les paradoxes ? S’il évoque naturellement ses dernières heures, il brosse le portrait d’un petit bourgeois rebelle, tour à tour passionné et terrifiant, macho avec les femmes et capable d’atrocités comme la torture poussée du journaliste Jacques Tillier (à qui il reprochait d’avoir écrit des conneries à son sujet) ou des kidnappings contre remise de rançon. Particulièrement à l’aise avec les médias, il a entretenu lui-même sa propre légende, se laissant souvent aller à commenter ses états d’âme autant que ses actions par le truchement d’une prose qu’il expédiait lui-même aux quotidiens. « Mesrine, les sept cercles de la mort » expose les cercles mortifères qui ont conduit l’homme à une mort expéditive : grande gueule, penchants dangereux, police qui devait redorer son blason, nature imprévisible, police divisée, époque violente et justice poussée à faire ses preuves. Voilà donc encore Mesrine, mais revu sans la passion qui a suivi son décès et à travers le prisme de nouvelles révélations. Ed. Mareuil - 468 pages Daniel Bastié

SOPHIE MARCEAU EN TOUTE LIBERTÉ Sophie Marceau est une icône du cinéma français et cela fait quarante ans qu’elle occupe le fronton des cinémas en multipliant les rôles, passant des films populaires aux œuvres d’auteur. Son nom a également défrayé la chronique par le biais de relations entretenues, entre autres, avec Andrzej Zulawski, Christopher Lambert, etc. Toutefois, pour beaucoup, elle demeure la petite Vic de « La boum », cette gamine aux joues roses et aux yeux pétillants, la petite fiancée aimée de tous et l’amie parfaite. L’enthousiasme du public est resté intact. Selon Frédéric Quinonero, la comédienne aime l’idée de s’inscrire dans la génération des eighties et d’avoir été suivie tout au long de son existence, vivant tantôt retranchée des médias ou placée sous les feux des projecteurs. En cheminant, elle a appris son métier et peaufiné son jeu. Star et antistar, terrienne, rêveuse et accessible, sociale et solitaire, insolite et prévisible, elle a toujours surfé entre doutes et certitudes, coups de foudre et replis instinctifs. Son atout majeur ? Elle n’a jamais eu de plan de carrière et n’a jamais rêvé de gloire. Venue d’une cité ouvrière, elle a forgé sa personnalité à la dure. Son ambition première : se situer dans le vrai, ne pas décoller de la réalité, garder le goût des choses simples et ne jamais désavouer la petite Sophie Maupu (sa véritable identité) qui vit en elle. Ed. Mareuil – 368 pages Daniel Bastié


CYNTHIA Cynthia est une blonde platine plutôt sexy. Derrière les apparences, elle dissimule un secret. Elle n’est pas née fille et traverse l’existence en frayant un chemin solitaire. Décomplexée, elle va au-delà du regard des autres, tend à s’épanouir avec ses propres moyens, sans jamais chercher à choquer, mais prête à mordre la vie de toutes ses dents. Leo Ortolani est excessivement connu en Italie pour ses bandes dessinées décalées. Doté d’un trait incisif, il a l’heur de pointer ce qui chatouille les sensibilités. Plutôt que d’avancer avec d’énormes sabots, il emploie la mécanique de l’humour pour raconter ce que beaucoup taisent ou ne veulent pas entendre. A l’aide de saynètes qui se succèdent, il narre le quotidien d’un transsexuel qui tombe amoureux, cherche un emploi, se confronte aux préjugés et ne sait pas toujours de quelle manière exprimer ce qui le taraude intimement. Il évite le rire gras et slalome entre les clichés pour mieux les faire éclater. Le découpage est conçu avec soin, le dessin s’accroche à un noir et blanc esthétique et le sens du tempo fait mouche. Mieux, il parvient à doser avec subtilité l’émotion, des instants contemplatifs et le discours militant. Bie entendu, il ne cherche jamais à prouver quoi que ce soit. Néanmoins, ce roman graphique remet certains préceptes en question et bouscule les tabous. Ed. Steinkis -248 pages Sam Mas

LE GOÛT DE LA PAPAYE Il semblait bien qu’un certain Adolf Hitler était en train de bouleverser mes projets. » Sompong est thaïlandais. Passionné par les langues étrangères, il s’engage dans l’armée avec le voyage comme seul objectif. Au printemps 1939, il est le lauréat d’une bourse lui offrant la possibilité de poursuivre ses études militaires à Berlin. C’est le début d’un long périple… Entre épopée et quête identitaire, Le Goût de la Papaye retrace les pérégrinations de Sompong à travers une Europe déchirée par la Seconde Guerre mondiale. Italo-thaïlandaise, Elisa Macellari est née à Pérouse.Après avoir obtenu le diplôme de l'Accademia di Belle Arti de Pérouse, elle s'installe à Turin où elle travaille comme médiatrice culturelle auprès de la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo. Elle s'établit ensuite à Milan, où elle est assistante à la galerie d'art contemporain SuzyShammah.Depuis 2012, elle est illustratrice free-lance pour des maisons d'éditionet des revues, italiennes mais aussi étrangères. Parmi ses clients : The New York Times, Women's Health UK, Cartoon Network, Donna Moderna, Mondadori, Feltrinelli, Einaudi, Giunti, Piemme, Zanichelli, Rubbettino Editore, Il Battello a Vapore, Emme Edizioni, Edizioni BD, Gorilla Sapiens Edizoni,Plansponsor, Planadviser, Donna Magazin, Viction:ary, Nobrow Press, Bandcamp, Cancer World Magazine, Spazio Mag, Voicemap, Razor & TieRecords, Langosteria, Karimoku New Standard, Woodyzoody. Son travail a été exposé en Italie et ailleurs dans le monde. Le Goût de la papaye est son premier roman graphique. Ed. Steinkis – 232 pages

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Bruxelles culture décembre 2019  

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