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FA N Z I N E D E S Y N T H WAV E M É C H A N T E | N U M É R O U N I Q U E

JANVIER

2017

GOST // HOLLYWOOD BURNS DELILAH DAHMER // FØRTIFEM SETH ICKERMAN // SHEGLITCHR


Anton LaVey et son t-shirt préféré d’Images.

PANDEMONIUM est un fanzine célébrant la SYNTHWAVE, courant artistique et musical parfois retro-futuriste, parfois occulte, tout le temps ‘cheesy’, aussi bien inspiré par la musique synthétique des 80s que par les films d’action et d’horreur de série Z. Cet unique numéro regroupe quelques reviews et entretiens avec des artistes participant au mouvement, quelque soit leur domaine de création. 2


SOMMAIRE GOST NON PARADISI 6 INTERVIEW 8 HOLLYWOOD BURNS FIRST CONTACT 10 INTERVIEW 12 L’ANNÉE 2016 EN REVIEWS 16 BLOOD MACHINES 18 RENCONTRE AVEC SETH ICKERMAN 20 DELILAH DAHMER ET LE SYNTHZILLA 22 ENTRETIENS SUR LE PASSÉ, LE PRÉSENT ET LE FUTUR DU FESTIVAL FØRTIFEM 26 SHEGLITCHR 30

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DEATH IS NO PRISON TO THOSE WHO HAVE 4


GIVEN THEIR SOULS TO THE PRINCE OF DARKNESS 5


REVIEW

GOST Le mystérieux GosT, vaisseau du prince des ténèbres, avait frappé fort en 2015 avec son album Behemoth, s’établissant ainsi comme grand évêque de la slasherwave satanique. Il revient cette fois ci avec Non Paradisi, opus terrifiant, largement inspiré du poème épique “Le Paradis Perdu” de John Milton. “Commencement” ouvre le bal, alternant grosses basses synthétiques et cuivres. On reconnaît le monstre GosT de l’album précédent, mais il semble être revenu plus puissant et plus grandiloquent encore.

pourtant bien flippante.

Suit “Nasgency”, servant de descente tranquille, mais certaine vers les enfers.

“Arise (feat Kriistal Ann)” morceau à l’ambiance de sabbat citant directement “Le Paradis Perdu”, perd malheureusement en efficacité sur les dernières mesures par sa redondance.

“4th” poursuit, à grands renforts de basses lourdes et agressives, et de synthés lancinants.

“Aggrandizement (feat Bitchcraft)”, troisième morceau, est certainement le plus risqué de l’album et celui qui divisera le plus. Sorte de slow maléfique, il possède un rythme particulier, dans son association entre la partie instrumentale et vocale qui destabilisera certains durant les premières écoutes. On surveillera néanmoins Bitchcraft, dont l’album doit sortir bientôt.

L’album entame ensuite sa dernière ligne droite avec un trio de titres tout simplement parfaits, mené par l’un des plus efficaces de l’album, “Malifecarum”. Du début jusqu’à la fin, GosT nous assène des coups de haches sonores surpuissants en plein visage. Le drop d’ouverture est encore dur à cicatriser.

Le potentiel horrifique de l’album se révèle réellement avec “Lake Of Fire”. Les excès des premiers morceaux sont passés, ici on ne garde que le nécessaire, et c’est efficace. Malgré son apparente simplicité, ce morceau montre l’aisance avec laquelle GosT sait installer une atmosphère d’angoisse et d’appréhension.

“Unum Infernum” calme légèrement le jeu, sans être moins efficace, bien au contraire. Une lecture plus classique de la darkwave, qui n’est pas sans rappeler l’Uncanny Valley de Perturbator, sorti en Mai dernier. Néanmoins, après une pause et un sample exaltant de messe satanique, le morceau trouve un second souffle et revient plus fort et plus effrayant.

Retour à l’uptempo avec “Supreme (feat. Hayley Stewart)”où l’enfer semble plus sympathique que prévu, après une intro

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Pochette de “Non Paradisi” signée FØRTIFEM

“I am Abaddon”, dernier uptempo maléfique, boucle le tout avec ses orgues, gémissements, et chants déformés presques plaintifs.

effrayant, et meilleur encore que les précédents. Un album idéal pour aller invoquer Baalberith dans les bois. Pour ceux qui en veulent plus, l’album est accompagné d’un très sympathique EP intitulé Secret Arcana contenant quelques morceaux inédits, et versions allongées de tueries telles que “Reign In Hell” (Behemoth).

En somme, c’est une nouvelle réussite pour GosT qui semble désormais inarrêtable, sortant de sa zone de confort pour aller expérimenter de tous les côtés, et nous offrir un album grandiloquent, varié,

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INTERVIEW

GOST Où l’on apprend que le prince des ténèbres lit des bouquins sur la biologie moléculaire. Avant tout, félicitations pour le succès de Non Paradisi. Vous avez réussi à façonner un album plus puissant que Behemoth, mais aussi plus nuancé et atmosphérique. Merci ! Vous avez auparavant cité le poème “Le Paradis Perdu” de John Milton (poète anglais de la renaissance. Comparé parfois à Dante et sa Divine Comédie) comme principale source d’inspiration pour Non Paradisi. D’autres oeuvres ont-elles également influencé votre travail pendant la conception de l’album? Le poème a effectivement été l’influence principale, oui, donnant à Non Paradisi sa vision et sa noirceur. Musicalement, j’ai été influencé par différentes compositions orchestrales, notamment celle du premier “Insidious”. J’ai beau ne pas être très fan du film, le travail de Joseph Bishara sur la bande originale est assez remarquable.

En parlant d’orchestre, avez vous déjà été tenté par un projet complètement orchestral ?

Merci ! Avec GosT, ce que vous voyez sur scène, c’est ma réaction naturelle à la musique.

Si je pouvais me le permettre, ce serait quelque chose qui pourrait m’intéresser, oui. Mêler des textures orchestrales à de la musique électronique moderne me plait beaucoup. Cependant, je n’ai pas dans l’idée de poursuivre dans cette direction. Pas avec GosT en tous cas.

Y a t’il un endroit en particulier où vous aimeriez jouer ?

Quelle est la chose dont vous êtes le plus fier, dans Non Paradisi ? Je suis particulièrement fier de l’histoire, de l’arc narratif. Cet album a été conçu comme une expérience auditive, plus que Behemoth. C’était en tous cas ma volonté. Vous avez beaucoup joué, cette année, puisque vous étiez en tournée, et je dois dire que je trouve votre énergie assez incroyable. Vous avez l’air de vraiment aimer performer et partager votre musique avec la foule.

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Je suis demandé un peu partout, mais personnellement, j’aimerais vraiment avoir la chance de jouer un jour en Amérique du sud. De ce que j’ai cru comprendre, jouer en concert là bas, c’est la folie totale. Sans aucune retenue. Je pense que cette attitude collerait bien avec GosT. Ce serait une expérience intéressante. Qu’est-ce que vous écoutez, ces derniers temps ? J’écoute beaucoup de genres différents. Même au cours d’une seule semaine, c’est assez dur à dire. Je n’ai en revanche pas eu assez de temps libre récemment pour vraiment partir à la découverte de nouvelles musiques, malheureusement.


blood-music.bandcamp.com

gost1980s.bandcamp.com

@gost1980s

« Je suis à michemin dans la conception de mon prochain album et ça commence à être assez intense »

Vous lisez quelque chose, en ce moment ? Oui, je me suis mis à lire un livre sur la génétique au niveau moléculaire. C’est bien au delà de mes compétences, mais c’est parfois intéressant d’aller se plonger dans quelque chose que l’on ne maîtrise pas du tout. J’ai toujours trouvé la science passionnante, et c’est cool pour alimenter les conversations avec mes potes, chez moi. Ok, on est pas super fun en soirée haha. Y a t’il un projet sur lequel vous bossez dont vous voulez nous parler ? J’aide ma femme à terminer son projet “Bitchcraft”.

GosT au Synthzilla, par Sylvain Clapot

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Si vous avez aimé sa participation à Non Paradisi, sur le morceau “Aggrandizement”, surveillez-la. Je suis également à michemin dans la conception de mon prochain album et ça commence à être assez intense, mais je ne peux pas en dire plus. Question bonus : Vous avez déjà parlé de votre goût pour la pop bien kitch des années 80, donc sans réfléchir, quelle est votre chanson préférée de Michael Jackson ? Oh, “Beat it”. De très loin. Solide choix. Merci beaucoup GosT ! Merci à vous !


REVIEW

HOLLYWOOD BURNS FIRST CONTACT EP En Juin dernier sortait le premier EP d’Hollywood Burns. En à peine six titres, HB s’impose comme solide voix de la synthwave, parvenant même à filer un nouveau souffle bien nécessaire au genre. Dès les premières secondes, avec ses Pistolasers et son thérémine, “Black Saucers” pose le décor et ouvre “First Contact” le premier EP d’Hollywood Burns, haut en couleur, et riche en inspirations. Le morceau démarre en trombes et projette l’auditeur en pleine bataille intergalactique tout droit sortie d’une série B des 50s. Le thérémine remporte clairement la bataille, malgré des riffs de guitares et de synthés très efficaces. Ce premier morceau, peut être le meilleur de l’EP, montre avec quelle aisance Hollywood Burns arrive à construire un morceau intelligemment fourni, où chaque partie complimente les autres, sans tomber dans la surabondance. C’est du travail de pro et on apprécie.

A peine le temps de souffler un peu avant de se prendre l’intro de“Californian Nightmare - feat Olivier Maréchal” en pleine tête. Un titre tout droit sorti d’un film d’action des 80s. Riffs de synthé, solos de guitare et de saxophone, tout est là. Deux-trois high-kick de Van Damme plus tard, on retourne à la science fiction avec “Cult of C.”, morceau plus “spooky”, plus gentiment flippant que les précédents. Le format, plus long, permet également de rompre avec le rythme effréné des deux premiers morceaux. La piste respire un peu plus, malgré un second tier qui se traine un peu, sauvé par une belle reprise finale. “Burn Hard feat Volkor X et Florent Gerbault” entame assez difficilement la seconde moitié de l’EP. Bien que tout à fait

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respectable, il peine à vraiment décoller, jusqu’à ses solos de basse et de synthé qui remettent les choses au clair. “Enter the Yakuza Club”, pénultième piste de l’EP, nous fait traverser un night-club mafieu Japonais, armé d’un synthé à grosse disto. Il manque néanmoins au morceau le petit “je ne sais quoi” qui lui donnerait tout le charme qu’il mérite. Le décor est planté avec succès, mais on reste sur notre fin, à attendre un moment dont on se souviendra après l’écoute, une mélodie qui nous restera dans la tête. Enfin, clôturant l’EP aussi bien que “Black Saucers” l’avait ouvert, “Came To Annihilate” allie lourds synthés darkwave, à quelques éléments de chiptune. A six minutes et vingtcinq secondes, le dernier


Cover de l’EP par Emeric Levardon

morceau est également le plus long. Pour autant, il ne faiblit jamais, et après deux minutes d’invasion alien et de bataille électronique démarre un refrain où une voix robotique nous chante notre propre fin. Heureusement, le thérémine, vrai héro de cet EP, fait un retour triomphal.

Un belle réussite que ce “First Contact EP” d’Hollywood Burns qui, même dans ses moments les plus faibles, reste solide, agréable à écouter, et toujours frappant dans la richesse de son instrumentation. Plus qu’offrir une grande cohérence narrative, l’EP sert plus de démonstration, de preuve qu’Hollywood Burns sait aborder avec succès une palette de thèmes différents.

Enfin, quelques éléments orchestraux viennent donner encore plus de panache au morceau qui se termine en feux d’artifices.

On aura hâte de danser là dessus en concert. Bientôt.

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INTERVIEW

HOLLYWOOD BURNS Où l’on apprend pourquoi HB veut embraser Hollywood.

Hollywood Burns, bonjour. Pour commencez, pourriez-vous nous parler de la naissance de ce projet ? Hollywood Burns, j’y suis venu parce que j’ai réalisé un pilote de série pour la télé - un show avec des inspi 80’s - mais le projet s’est jamais concrétisé. Du coup j’ai synthétisé mes envies en musique avec ce projet. Avant ça, j’ai surtout pas mal composé sous mon vrai nom pour des courts-métrages ou de la web-série. Pour de la télé aussi, puisque je bosse régulièrement avec Nolife. A la base je viens surtout de la scène orchestrale. C’est en copiant des mecs comme John Williams ou Jerry Goldsmith que j’ai appris la musique. Ça m’a appris à être très rigoureux en terme d’écriture. D’ailleurs, c’est probablement pour ça qu’aujourd’hui même quand je fais de l’électro, j’ai avant tout une approche extrêmement mélodique et que j’attache une attention toute particulière au storytelling. Y a un côté opéra dans mes morceaux. Votre EP “First Contact” sorti cet été possède justement une assez grande richesse d’instrumentation. Pourriez-vous nous parler de votre processus d’écriture, de composition ? C’est un peu de la musique accidentelle en fait. Souvent, le premier jet et le résultat final n’ont absolument rien à voir. J’ai tendance à noter plein d’idées et essayer beaucoup de choses, ensuite j’essaye de tout raccrocher en rendant l’ensemble cohérent. C’est probablement pour ça que c’est autant bordélique parfois.

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Finalement mon processus de création c’est juste de m’amuser comme un gamin avec tous ces synthés qui font pouet-pouet

« Le plus important pour moi, c’est de créer la surprise chez l’auditeur »

Mais surtout, ce qui est le plus important pour moi, c’est de créer de la surprise chez de l’auditeur. Soit avec un break inattendu (le solo de basse de Burn Hard), soit avec des instruments pas forcément communs comme le thérémine (Black Saucers) ou du Koto (Enter the Yakuza Club). Je suis conscient que c’est pas dans l’aspect «synthwave agressive» que je suis le plus original. Des gars comme Carpenter Brut ou Perturbator faisaient ça déjà très bien avant moi. Du coup j’essaye de trouver autre chose. Mais dans une review j’ai vu quelqu’un dire «je ne vous spoilerais pas l’EP». Ça m’a surpris, mais j’ai trouvé ça très cool qu’on soit autant sensible au côté surprenant d’un album. Après j’essaye de ne jamais faire deux fois le même morceau. Mais aujourd’hui ça devient un peu compliqué parce qu’à vouloir partir dans tous les sens, en terme d’identité artistique c’est un peu confus. Donc à l’avenir, même si je continue à faire quelques grands écarts, je vais quand même resserrer un peu autour d’un univers. Maintenant faut juste que je trouve de nouvelles idées pour surprendre les gens. L’EP est également chargé de références musicales liées au cinéma. De Carpenter à Herrmann, tout est là. Le cinéma est-il important pour vous ? Quelles sont vos autres inspirations ? Carpenter et Hermann sont peut être les plus évidents, mais je suis surtout un immense fan des films de Spielberg, Cameron et Raimi, et de compositeurs comme Williams ou Goldsmith. C’est pas forcément évident à l’écoute de mes morceaux, mais c’est ces mecs qui ont façonné ma vision du fantastique donc ils sont forcément toujours présents dans mes créations. D’ailleurs, rien que le nom “Hollywood Burns” ça vient du fait que je suis désolé de piétiner toutes ces références hollywoodiennes.

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INTERVIEW

Après j’ai pas vraiment d’inspiration directe d’un film particulier sur un morceau. Mais je peux citer un titre comme Enter the Yakuza Club où y un peu de Kitano Takeshi, ou de Miike Takashi qui trainent. D’ailleurs je peux pas écouter le morceau sans penser à la scène d’ouverture de Dead or Alive. D’un autre côté Cult of C. c’est évidemment un morceau sur Cthulhu. On y retrouve des inspirations tirées de Lovecraft, mais aussi de Silent Hill, un de mes grands amours. Pour les inspirations années 50 c’est un peu arrivé par accident en essayant des sons de thérémine. Ce côté “Le Jour où la Terre s’arrêta” me plait beaucoup. Ce qui me fait marrer avec les sonorités typées années 50

c’est qu’aujourd’hui ça ne sonne pas du tout sérieux. Du coup me réapproprier ces sons cheap et les mettre au service de quelque chose qui sonne super premier degré je trouve ça fun. On est à la fois dans de l’hommage et de la parodie. En dehors du cinéma, mes principales inspirations viennent du métal. Essentiellement les groupes scandinaves de mon adolescence, pour le côté mélodique. Je peux citer par exemple Dimmu Borgir ou Children of Bodom (période Hate Crew Death Roll). Par contre je suis pas très branché synthwave étrangement. Passé quelques artistes comme Carpenter Brut ou mon ami Volkor X j’en écoute très peu.

Quels sont tes prochains projets ? J’ai commencé à bosser sur un album. Ça avance très lentement mais ça finira par arriver un jour. Je commence aussi à bosser sur du live en début d’année prochaine, avec mes comparses Olivier et Flo qui sont aussi sur l’EP. On va essayer de faire quelque chose de bien. A l’occasion de l’album je vais essayer de faire un peu de clip aussi. Mais si je le fais j’ai vraiment envie d’y mettre les moyens. L’idée ça serait de ne pas juste faire un truc cheap mais de proposer quelque chose de vraiment intéressant. Vu que faire de la vidéo, c’est mon vrai métier, ça devrait être faisable.

@hollywood_burns hollywoodburns.bandcamp.com

Visuel officiel par Emeric Levardon

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THIS THING COMES FROM OUTER SPACE 15


REVIEW

2016 EN REVIEWS PANDEMONIUM revient brièvement sur quelques bons et moins bons albums d’une année forte en synthwave.

PERTURBATOR The Uncanny Valley

John Carpenter LOST THEMES II

Tommy’ 86 TRANSHUMANISM

Ultime album de Perturbator ou pas, cet opus est une grande réussite, à tous les niveaux. Accompagnés de superbes visuels signés Ariel Zucker, l’album nous offre une vraie narration, à travers des morceaux musicalement variés, intelligemment orchestrés et terriblement efficaces.

Après un très (très) bon “LOST THEMES” sorti en 2015, Big John remet ça avec une “Part II”. Ce second épisode peine néanmoins à trouver de vrais moments forts pour arriver au niveau du précédent. On retiendra en revanche le très chouette “Distant Dream”, morceau qui brille encore plus dans sa version live.

Tommy’ 86 effectue ici un assez gros virage vers la darkwave dans un album sympatique qui, malgré quelques bons moments peine à sortir des sentiers battus. Malheureusement, des featurings classes ne font pas un album. Ce premier essai est peut être timide et conventionel, mais il est néenmoins prometteur.

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Dance With The Dead The Shape

VOLKOR X This Means War

Tangerine Dream Particles

C’est ça, DWTD. Ca réinvente pas l’eau chaude, mais c’est tellement efficace. Encore un album exaltant à écouter en boucle.

Ici aussi, un bon album aux compositions solides et à l’orchestration réussie, sans grosse révolution cependant.

Un beau double EP qui montre que le groupe n’a rien perdu de son talent, malgré le décès d’Edgar Froese l’année dernière. RIP, Edgar.

CONFRONTATONAL Kingdom Of Night

VANGELIS ROSETTA

Dead Astronaut Arms of Night

Un album sympathique et très cinématique que ce nouveau Confrontational. Mention spéciale pour le très beau et mélo “Keep Faith featuring Hélène de Thoury”.

Un album de planétarium peut être, mais un très bon album de planétarium. Vangelis, on lui apprend plus grand chose.

Un bel opus plongeant dans la new-wave goth des 80s, peinant cependant à vraiment assumer son excentricité. On regrette la timidité des parties chantées par Hayley.

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ARTICLE

SETH ICKERMAN Après un magnifique court métrage pour Carpenter Brut et son “Turbo Killer”, le studio Seth Ickerman revient avec BLOOD MACHINES. Cette nouvelle collaboration entre le duo français Raphael Hernandez/ Savitri Joly-Gonfard, et Carpenter Brut est bien plus ambitieuse et vend clairement du rêve. Inspiré par la science fiction et les films d’horreur des 80s, BLOOD MACHINE veut s’extirper de la structure classique du clip video, pour s’approcher de la vraie expérience de cinéma, le tout autour de la musique de Carpenter Brut. “Dans les années 80, les clips étaient de vrais court-métrages, on veut reprendre la forme d’un Thriller de Michael Jackson, ou plus particulièrement d’un Bad ou d’un Captain EO. En d’autres termes, un court métrage classique avec des passages musicaux mémorables.” Par le passé, le duo avait déjà exprimé sa volonté de ne pas utiliser la musique comme un simple outil, mais bien en faire une partie intégrante de chaque projet. Leur bande annonce “ICKERMAN” sortie début 2016 en est

un très bon exemple. Le sound design et la musique synthétique de ROB y servaient autant le court métrage que leurs sublimes effets spéciaux, lettre d’amour au cinéma et à la culture tech-noir. Cette fois ci, c’est un moyen métrage d’une demi heure dont il est question avec BLOOD MACHINE. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le studio s’essaie à un format plus long. En effet, à ses débuts, le duo avait réalisé un fan-film Matrix de 90 minutes intitulé “Kaydara” qui suivait un chasseur de prime du même nom, à la poursuite de l’Elu qu’il cherche à abattre. Ce projet réalisé avec les moyens du bords dans les Hautes Alpes, fut écrit en deux jours, tourné en une semaine et post-produit en six ans. Oui, six ans.

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Le résultat est assez incroyable, et tient de l’exemple dans le milieu du fan-film. BLOOD MACHINE, lui, se présentera comme un space-opéra évoluant dans le même univers que le clip de Turbo Killer. Le moyen métrage racontera l’histoire de deux hommes traquant une machine qui tente de s’émanciper, avant de s’apercevoir qu’elle semble être dotée d’une âme. Intrigués, ils décident de poursuivre cette âme à travers la galaxie. “Nous voulons aborder le thème classique de la relation Homme-Machine d’un point de vue plus poétique et fantastique. On aime l’idée que notre film commence là où Blade Runner se termine.”


Visuel pour Kaydara Affiche de BLOOD MACHINES par Mathieu Vavril, Julien Lemoine et Seth Ickerman

Malheureusement, un projet d’une telle envergure pour un aussi petit studio est difficile à produire et c’est pour cela qu’Ickerman fait appel au financement participatif à travers un kickstarter pour pouvoir le réaliser. La page Kickstarter que PANDEMONIUM soutien et vous conseille de visiter, est pleine de concept art et character design qui vous donneront une idée plus complète de l’univers qu’Ickerman veut développer. N’hésitez pas à participer !

@SethIckerman sethickerman.com KickStarter : bit.do/bloodmachines

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INTERVIEW

SETH ICKERMAN Entretiens avec “Seth Ickerman”, studio et entité. La magie du cinéma popcorn des 80s a l’air de vous avoir énormément marqué, et d’encore maintenant attiser votre passion. Avez vous réussi à faire le métier dont vous réviez, gamin ? J’étais un enfant dans les années 80, j’ai donc une nostalgie naturelle pour cette période. Gamin, je rêvais d’être Superman, donc ça va être difficile d’en faire mon métier… quoi que… Blague à part, quand j’étais enfant, je me suis toujours amusé à raconter des histoires à travers l’écrit, le dessin, l’animation sur mon Atari St, etc… Je pense que j’ai commencé ce métier en m’amusant et que sans que je m’en rende compte, il est devenu bien réel. Quel est votre “premier grand moment de cinéma” ? Plusieurs images me reviennent… Mais pour coller avec mon projet actuel “BLOOD MACHINES”, j’ai envie

de citer “Les Maîtres du Temps” de René Laloux : un long métrage français de science-fiction comme on en fait plus et dont je garde un souvenir profondément émouvant. Comme le démontre le making of de Turbo Killer, vous touchez à tout : de l’effet spécial numérique à la maquette. Quelle est votre formation ? J’ai acquis la plupart de mes compétences en autodidacte. Lorsque je ne sais pas réaliser un effet, j’essaye de trouver des informations pour apprendre à le faire ou à inventer moi-même une technique pour le créer.

“folie”, surtout quand tu as beaucoup d’ambition et que tout le monde doit se donner à fond. Avec Blood Machine, vous êtes en train de poser les fondations de tout un univers. Y a t’il malgré tout une grosse franchise hollywoodienne à laquelle vous aimeriez toucher ? Avec le budget hollywoodien qui va avec.

Quelles sont les choses les plus importantes que vous ayez retenu, au fil des années ?

Je suis un peu en retard, Denis Villeneuve m’a volé “Blade Runner 2” et maintenant, il veut s’attaquer à “Dune” ! Sérieusement, je pense que je préfère inventer que de reprendre une licence, aussi illustre soitelle. “BLOOD MACHINES”, ou mon projet de long métrage “Ickerman” vont dans ce sens.

L’un des points le plus important, c’est l’Humain ! Le cinéma est un travail d’équipe, il faut savoir créer un courant pour donner aux gens l’envie de te suivre dans ta

En présentant Blood Machine, vous parlez d’une possibilité d’expérience de Réalité Virtuelle. Pouvez vous nous en dire plus sur votre volonté d’expérimenter ce média ?

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INTERVIEW

Cette technologie me fascine. Je suis très intéressé de l’explorer. Pour autant, il n’est pas question de l’utiliser comme un gadget. Aussi, si on en parle dans cette campagne Kickstarter, c’est parce qu’il a pour moi une façon de l’intégrer de manière artistique. Maintenant, faire de la VR coûte très cher, ce n’est donc pas gagné.

sociaux notamment). C’est une façon pour nous de garder une certaine indépendance et de ne pas dépendre complétement des médias traditionnels, souvent trop frileux quand il s’agit de s’écarter des sentiers battus. Qu’est-ce que vous écoutez, ces derniers temps ? Vous n’êtes pas obligés de répondre “du Carpenter Brut”.

A ce sujet, au delà du kickstarter, comment peut-on soutenir votre studio ?

Ennio Morricone ! Avant, aujourd’hui et demain.

Il est très important pour nous de faire grandir notre communauté (sur les réseaux

Quelques images du tournage de Turbo Killer (2016)

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INTERVIEW

DELILAH DAHMER

ET LE SYNTHZILLA FESTIVAL

Le Synthzilla Festival, pour les deux du fond qui suivent pas, c’est le premier festival français de Synthwave/Chiptune créé en 2015 par l’association Kaiju Masqué. Pandemonium tenait à rencontrer Delilah Dahmer, sa grande ordonnatrice, pour parler de cette aventure. Des bons moments, des moins bons moments, et de l’avenir. L’AVANT SYNTHZILLA

ancien collègue qui m’a notamment beaucoup aidé sur le plan administratif et financier. Parce que c’est très dur d’obtenir des financements, en tant que jeune association. On a pas de subventions.

“A la base, j’ai une formation de journaliste, je suis “JRI : Journaliste Reporter d’Images” et je me suis spécialisée dans le jeu vidéo. J’ai bossé plusieurs années chez JeuxVideos.fr et M6, où j’écrivais des articles sur des jeux et de la musique. On m’a finalement confié une rubrique pop-culture que j’ai intitulée “Popzilla” - je suis cohérente dès le départ, t’as vu ?- où je présentais divers artistes en quelques minutes. A l’époque, j’écoutais beaucoup de chiptune et de bitpop, et un jour, un collègue m’a parlé de Perturbator et Carpenter Brut. J’ai tout de suite accroché, et essayé de les avoir pour ma rubrique. C’était en 2013. Le temps de pouvoir organiser tout ça, on était déjà fin-2014. Les épisodes sont sortis, et après ça, on est tous restés en contact.

Bref, j’ai commencé en mars, pour une première édition en Octobre. On a eu beaucoup de chance, parce que la soirée était sold-out. A l’époque, c’était la première fois que Dan Terminus, Perturbator et Carpenter Brut jouaient sur la même scène. Celle du Jack Jack à Lyon, en l’occurrence. On avait aussi Thomas Barandon qui était lyonnais et Confrontational pour leur première date française, parce qu’ils sont italiens. J’ai d’ailleurs rencontré Massimo Usaï de Confrontational totalement par hasard, via mon blog, parce qu’il réagissait à quelque chose qui n’avait rien à voir avec la musique. On a progressivement tissé un lien d’amitié, et c’est toujours un plaisir de travailler avec lui.

Puis un matin de mars 2015, je me suis réveillée et je me suis dit “Et si je créais un festival ?”.

Après cette première édition, on a fait une soirée de co-production avec The Link Prod au Jack Jack, avec Perturbator, Das Mortal, GOST et Tommy’ 86. Je me suis occupée de l’organisation sur place, et Link prod venait avec spectacle tout fait, ce qui était plutôt cool.

LA PREMIERE EDITION “Il fallait déjà que j’apprenne “comment on faisait un festival”, parce que j’avais jamais fait ça de ma vie. J’ai été assez vite rejoint par un

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INTERVIEW

Delilah entourée par les Dance With The Dead, Malmö, Artemus Gordon, et Confrontational

LA SECONDE EDITION “La seconde édition a été problématique pour différentes raisons. Je l’ai montée majoritairement toute seule, à distance, puisqu’à ce moment là, j’avais quitté Lyon. Et j’ai un peu fait n’importe quoi. J’avais décidé de faire une “Pré-party” en Septembre, et le festival en Octobre. Là où je me suis faite avoir, c’est que je voyais ça comme un seul gros évènement. On m’a assez vite rappelée qu’il s’agissait bien de deux évènements distincts, et que la réussite de l’un ne garantissait pas la réussite de l’autre, et ça n’a pas manqué. La pré-party a été plutôt très réussie, et on a même pu avoir les Dance With The Dead. Je tenais absolument à participer à leur tournée Française, il était hors de question qu’ils aillent chez

quelqu’un d’autre que chez moi haha. Le Festival d’octobre a, par contre, beaucoup moins bien marché. En terme de line-up, déjà, je suis allée trop loin. On va pas se le cacher, ce qui marche le plus, c’est Carpenter Brut et Perturbator. Ce sont les têtes de proue du mouvement. Seulement, lorsqu’il ne s’agit pas d’eux, c’est assez difficile de mobiliser les gens. Par exemple, lors d’une date parisienne quelques semaines avant, pour des artistes géniaux comme GosT et Dan Terminus, la salle était assez vide, parce que c’est pas eux qu’on vient voir. C’est un peu triste. A p rè s , y a b e a u co u p d’artistes qui veulent jouer, mais sans vraiment se rendre compte de tout ça. Je me suis retrouvée confrontée à un assez

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gros dilemne : essayer de promouvoir des artistes moins connu et les faire découvrir aux gens, ou me plier à ce que les gens veulent voir pour pouvoir remplir mon festival. Estce que je devais vraiment faire jouer Perturbator une nouvelle fois, même si c’est un artiste que j’adore ? J’ai plutôt déduit que le rôle d’un petit festival comme le Synthzilla, c’était justement de pouvoir se renouveler. Surtout que Perturbator et Carpenter Brut étaient à Lyon quelques temps après. Quel intérêt, dans ce cas ? C’est pour ça que j’ai choisi d’avoir GosT comme headliner. Pour les autres artistes, c’était la première fois qu’ils jouaient à Lyon. J’ai essayé de plutôt proposer de l’exclusivité. Mais en contre partie, je n’ai pu remplir que la moitié de la salle, et sur mon budget, ça s’est beaucoup vu.


INTERVIEW

J’ai beau travailler bénévolement, c’est pas le cas des artistes, et il faut que je puisse réussir à les payer. La question de cette deuxième édition, c’était “comment est-ce que je paie des artistes qui ont fait un boulot excellent, du mieux qu’ils pouvaient vu les conditions, alors que je n’ai pas cet argent là, parce que je n’ai pas fonctionné.” Parce qu’on aussi eu des gros problèmes de son, et ça, c’était l’enfer. On a eu des coupures toute la soirée. Daniel Deluxe s’est accroché, il a eu beaucoup de courage, mais avec GosT, on a dû le faire sortir de scène au bout 20 minutes. C’était dur parce que dégager GosT, c’est d’abord dégager un pote. Sans parler des problèmes financiers, parce que payer un cachet complet pour un artiste qui n’a pas joué un set complet, c’est compliqué.

En tous cas, on a vraiment eu un public compréhensif, qui malgré tout, nous a pas jeté leurs falafels dessus. Même quand on leur disait que, non, GosT ne remonterais pas sur scène, parce qu’il est trop véner, et nous aussi. Quelques jours après, d’ailleurs, on découvrait que la salle avait eu les mêmes problèmes juste avant, alors qu’elle nous disait “Ah non non, on a jamais eu de problème de ce genre”. C’est pas toujours facile. Après, le Synthzilla, ca reste un projet génial, j’en suis très fière, et ça m’a permis de rencontrer beaucoup de gens super cool. J’ai finalement eu qu’une vraie mauvaise expérience avec un artiste dont je ne citerais pas le nom. C’était une sorte de gamin pourri gâté et sexiste qui s’est comporté n’importe comment avec tout le monde, alors qu’il sortait de nulle part. Ça la fout mal

quand, avec Carpenter Brut, qui rassemble 8 personnes en tout avec les techniciens, j’ai jamais eu de problème. Ils ont toujours été adorables. Même le tourneur de John Carpenter a été super sympa. Alors que j’avais envoyé un mail à la con, il m’a quand même répondu en s’excusant parce qu’il venait de prévoir une date à Paris. Donc c’est ça, le Synthzilla, c’est beaucoup de surprises, finalement.” L’APRÈS “Après la deuxième édition, c’est dur, parce qu’il faut complètement remonter une structure, trouver une nouvelle salle, faire un lineup qui séduise et établir une nouvelle relation de confiance avec le public. Et encore une fois, financièrement, c’est très compliqué. C’est pour ça que l’avenir du festival est vraiment incertain. Est-ce qu’on fait un kickstarter ? Est-ce qu’on abandonne la soirée Jeux Vidéos, sachant que d’autre le font très bien ? Est-ce qu’on fait une soirée qui mélange synthwave et chiptune, et réunir un public plus large ? L’accès, c’est une question importante, aussi. Pour la deuxième édition, y a un fan roumain qui a fait 22 heures de route pour venir, par exemple. Ou des américains qui ont galérés pour arriver jusqu’à Lyon. Même pour les artistes, c’est pas pratique : GosT est arrivé le soir même

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Visuel de FØRTIFEM pour le Synthzilla

sur deux boutons et si ça sonne un peu bien, c’est bon. C’est pour ça que ceux qui s’en sortent le mieux dans cette scène, c’est ceux qui ont une vraie formation musicale, et quelque chose de particulier à apporter. J’ai promis d’écouter tout ce que l’on m’envois pour le fest, donc je peux témoigner. UN MORCEAU PRÉFÉRÉ DE SYNTHWAVE, JUSTEMENT ? Le Perv, de Carpenter Brut. Il est parfait ce morceau. Après, y a beaucoup de morceaux que je trouve excellents, comme Disco Inferno et Ghost Dancers Slay Together, de Pertubator. Finalement, comme j’ai commencé avec eux, j’ai beau écouter plein d’artistes différents, j’y reviendrais toujours.

de Glasgow à 19h. Le pauvre gars a à peine eu le temps de bouffer un truc avant de devoir monter sur scène. Paris aurait été beaucoup plus simple, et c’est là bas que j’envisage un éventuel futur pour le Synthzilla.

LE DESIGN GRAPHIQUE EST IMPORTANT POUR TOI ?

Le milieu de la synthwave, il est un peu paradoxal. Il a beau être en plein essor, il redouble pas nécessairement d’inventivité. Quand je suis allée voir John Carpenter, ça m’a pas retournée parce que j’ai beau aimer ce qu’il fait, il est un peu la seule source d’inspiration d’une très grosse partie des artistes de synthwave. Qui eux même s’inspirent entre eux et tout finit par sonner pareil. T’as VHS-machin qui sort un morceau, alors t’as VHS-truc qui va lui dire “Oh c’est génial !!”, en se prenant au premier degré à fond, tu vois ? Et ils s’appellent tous “LazerTime-Future-Cop-Miami”, est-ce que tout vient d’un générateur de nom ou comment ça se passe haha ?

Comme je trouve que la Synthwave tient beaucoup sur le visuel, c’est important de travailler avec des bons designers. FØRTIFEM, par exemple, j’aimais beaucoup ce qu’ils faisaient, j’ai presque tous leurs prints. Ariel Zucker, bien sûr, je ne pouvais pas ne pas travailler avec. C’est Ariel Zucker. Branca Studio, aussi, nous a fait une super affiche, alors qu’il ne connaissait rien à la Synthwave, avec un mec qui ressemble à Perturbator, qui a une queue de dinosaure. ET SINON ? TU AS D’AUTRES PROJETS DONT TU VEUX NOUS PARLER ?

Je dis ça, mais je sais bien que c’est difficile de trouver sa place, parfois, dans une certaine scène. C’est pour ça qu’un GosT avec sa grosse disto, ses vieux films d’horreurs occultes, ou Perturbator et son délire satanico-disco, sont intéressants. Cela dit, faut pas me demander de créer un truc. Je serais carrément le genre de personne à choper un logiciel de DJ pourri, appuyer

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J’ai différents projets en tête. Peut être travailler sur une tournée avec Confrontational, on en discutais récemment, même si c’est assez compliqué pour les raisons que j’ai évoquées tout à l’heure. Sinon, j’aimerais beaucoup créer une sorte de cabinet de curiosité, un lieu de proximité qui permettrait des rencontres entre des artistes et un public, qui pourrait même en accueillir en résidence. Je pense par exemple à des tatoueurs, parce que le body art m’intéresse beaucoup. @synthzillafest synthzillafest.fr


INTERVIEW

FØRTIFEM FØRTIFEM est un duo de designers et illustrateurs français composé de Jessica Daubertes et d’Adrien Havet. Quelque part entre le tatouage, l’illustration Metal des 80s et la gravure à l’ancienne, leurs illustrations ont un style d’un charme bien particulier. Très actif dans le milieu de la musique, FØRTIFEM a notamment collaboré avec GosT, Carpenter Brut, et le Synthzilla Festival pour différents artworks, tous plus classieux les uns que les autres. Cela va bientôt faire cinq ans que vous créez ensemble. Qu’est-ce qui fait que cela fonctionne aussi bien ? Quelle est votre dynamique, au sein du studio ? C’est tout bête, avant d’être un collectif, on est un couple. Aussi, en duo dans la vie comme au travail, au fil des années, on a appris à se connaitre, et à forger main dans la main une esthétique avec nos références communes et l’univers de chacun. Ça fait déjà plusieurs années que Førtifem c’est devenu notre boulot à plein temps, et on fonctionne en symbiose pour chacune des productions du studio. La dynamique est assez primaire et intense pour ne rien cacher, parce qu’il faut se l’avouer, on a un style de dessin qui prend beaucoup de temps. En gros, on essaye de se lever tôt tous les jours, on nourrit nos chats, on bosse jusqu’à ce que nos chats deviennent insupportables, on leur redonne à manger et on s’y remet après. C’est notre dynamique honteuse du moment ! Avez vous une technique d’illustration préférée ou un procédé d’impression que vous affectionnez particulièrement? On pourrait se qualifier d’artisans têtus au niveau des techniques d’illustration. On dessine à la main au moins, et on peaufine à l’ordinateur. Après, on

est assez intéressés par la gravure / linogravure, mais on a pas vraiment le temps d’expérimenter autant qu’on le voudrait. En ce qui concerne l’impression on est à fond Sérigraphie, avec nos bons potes Olivier Marescaux ou le 7e Oeil, mais on s’intéresse aussi depuis cette année à la Risographie. C’est en gros une photocopieuse japonaise en tons directs qui file un coté ultra vintage aux illustrations. Les cartouches d’encre ressemblent à des torpilles de sousmarin, et le rendu des trames est hyper intéressant. En gros on aime bien les beaux rendus aux couleurs bien denses, sur du papier de qualité, mais qui laissent un peu de place au hasard et aux accidents. Et en terme de créa, vous en avez une dont vous êtes particulièrement fier ? Celle qui est aussi devenue un fil rouge ici, la Trilogie de Carpenter Brut. A chaque repressage, à peu près une fois par an, on refait entièrement la couverture, et on planque des détails dans le reste de l’artwork. Récemment, pour une expo, on s’est même amusés à refaire la Nature Morte en ‘vrai’, avec crâne de bouc et patin à roulette taille 39.

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Covers de l’album “Behemoth” de GosT et de la Trilogie de Carpenter Brut

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INTERVIEW

Vous avez, par le passé, parlé d’illustrateurs qui vous ont influencés : d’HR Giger à Ryan Begley, en passant par le tatoueur Alexander Grim. Y a t’il d’autres artistes qui vous influencent, qui agissent en dehors de ce champ artistique ? Oh, des tonnes ! On a une culture certes principalement visuelle, mais elle ne se limite pas qu’aux images. Outre la longue liste de « vieux maitres » qui ont forgé notre goût pour la Belle Ouvrage, notre magma pop-culture va puiser dans le cinéma de Truffaut, de Verhoeven, de Jodorowsky, de Mc Tiernan, des comics 90s comme les X-Men de cette époque, Hellboy, Gen13 et Spawn,le Black Metal de Bergen, 90s là aussi ou la House de Chicago des année 80. Comment vous êtes vous retrouvés à créer pour des artistes de Synthwave (et ses sous-genres plus sombres) ? Qu’est-ce qui vous plaît dans l’univers visuel de ce genre ? A la base, un musicien nous a contacté pour qu’on lui fasse un logo. Il allait bientôt sortir un premier EP 6 titres, un certain Carpenter Brut. On y a découvert une electro un peu vintage et bourrine, une espèce de Justice qui jouerait du Goblin sous stéroïdes. Ce qu’on ne savait pas encore, c’est l’ampleur que ça allait prendre, que des gens allaient finir par l’appeler le Brutagram et allaient se le faire tatouer. Alors, de fil en aiguille, on a commencé à côtoyer James de Perturbator, et on a rencontré James de GosT, et tous les autres James de la scène. Avant d’aimer leur musique, on apprécie surtout les gars derrière, et ce coté “j’aime le Metal, mais passons un peu à autre chose” en ce qui les concerne. Visuellement, ce qui est génial c’est qu’on peut y combiner les choses qu’on préfère: des trucs qui brûlent et des trucs qui brillent, se replonger dans l’esthétique

@Fortifem fortifem.fr

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« A la base, un musicien nous a contacté pour qu’on lui fasse un logo. Il allait bientôt sortir un premier EP 6 titres, un certain Carpenter Brut. »

avec laquelle on a grandit et en sortir quelque chose qu’on espère intéressant. En dehors de la synthwave, vous avez créé pour beaucoup d’artistes et de sociétés différentes. Y a t’il quelqu’un pour qui vous aimeriez vraiment créer ? Il y a bien entendu les groupes de metal idoles de notre jeunesse, auquel on commence à avoir accès petit à petit, chaque collaboration ouvrant de nouvelles portes. En ce moment, s’il ne fallait en citer que quelques uns ça serait Rammstein et Dark Throne. Après, parmi les groupes qui nous touchent, y en a énormément de Urfaust à Harm’s Way, et des plaisirs coupables, BabyMetal en premier. On a aussi une passion pour la mode, et on aimerait beaucoup mettre nos dessins aux services de certains créateurs si un jour ils ont besoin d’illustrations. Rick Owens, Raf Simons, Ann Demeulemeester, Thom Browne, Damir Doma, si vous passez par là… Un coup de coeur musical, dernièrement ? Un des meilleurs concerts de 2016 qu’on a vu le deux décembre en tout petit comité. VMO, Violent Magic Orchestra, un collectif constitué autour des japonais de Vampilllia, avec Paul de Mondkopf, Pete Swanson et les chanteurs de Mayhem et de the Body. En live, imaginez de la synthwave jouée par des black metalleux avec des armes lourdes dans les ruines d’Osaka.

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INTERVIEW

SHEGLITCHR Depuis les années 80, le glitch art sert de solide outil aux artistes pour créer à des fins parfois purement esthétique ou pour émettre une réflexion sur leur culture contemporaine. Pandemonium a rencontré SHEGLITCHR, une jeune artiste qui s’est spécialisée dans le glitch art, pour discuter de sa démarche et de ses influences. Bonjour, SHEGLITCHR. Pour commencer, peux-tu nous parler un peu des techniques que tu emploies et de ta démarche artistique ? En général, je commence avec une image extérieure, un portrait ou un paysage, que je sélectionne en fonction des couleurs et de la structure. Je l’altère ensuite de manière analogique en utilisant un boitier qui s’appelle le Data Bender. L’image est transmise de mon ordi au boîtier, jusqu’à une télé cathodique. Je capture le résultat avec un appareil photo et je retouche le tout une dernière fois sur photoshop. J’aime beaucoup cet esprit VHS, années 90. Je pense que ça vient de mon enfance. J’aime le charme un peu nostalgique du rendu. Est-ce que t’as des artistes en particulier qui t’influencent ? La plupart du temps, mes créations viennent plus de mon vécu que d’une influence directe. C’est une sorte de jet d’émotion direct, instantané. Mais oui, il y a des artistes que j’aime beaucoup, qui m’inspirent indirectement. Roberto Malano, par exemple, ou Rob Sheridan, qui a bossé pour Nine Inch Nails.

Et de manière générale, j’essaie de m’inspirer du quatuor Alejandro Jodorowsky, David Lynch, David Cronenberg et John Carpenter. Jodorowsky pour sa folie et son ambition, Lynch pour son calme et sa poésie, Cronenberg pour la précision, et Carpenter pour son esthétique. Comment as-tu découvert le Glitch-art ? Il y a quelques années maintenant, une amie m’avait envoyé le lien d’un de ces générateurs de glitch-art en ligne. Comme j’aimais beaucoup les collages, et encore maintenant, j’ai trouvé que c’était une prolongation numérique intéressante. J’ai ensuite essayé d’en recréer les effets avec photoshop, et en cherchant un peu, j’ai découvert toute une communauté qui m’a introduit au glitch-art analogique. C’est une communauté qui s’agrandit, d’ailleurs. Je sais pas si vous connaissez “Fu:bar”, c’est un event qui permet aux artistes de Glitch-Art d’exposer en Croatie, par un système d’open-call. Tu peux poster ton travail sur le site, et y a une sélection. Y a t’il des projets dont tu es particulièrement fière ? Il y a un projet de vidéo, oui, mais malheureusement, je ne peux pas encore en parler pour le moment.

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“Inner Face” & “Cady”

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INTERVIEW

Sinon, je travaille actuellement à la création d’un clip pour le duo lyonnais Mont Analog que j’ai rencontré à Paris. Mon travail correspondait à ce qu’ils cherchaient, alors ils m’ont commandé un clip, et j’ai beaucoup de liberté dessus. La musique a l’air d’être importante pour toi. Oui, beaucoup. J’aime essayer de trouver les liens entre le son et les images, et à travers mon travail, tenter de changer la perception de l’un et de l’autre. Musicalement, du coup, quelles sont tes influences ? J’aime plein de choses différentes. Du Jazz japonais des années 1980 au metal, en passant par l’électro et la chanson française. Forcément, en plongeant dans la scène glitch-art actuelle, j’ai connu la synthwave avec les grands comme Perturbator ou Carpenter Brut.

Beaucoup de gens se mettent au glitch-art par la synthwave, aussi. Comment est-ce que tu vois le futur de ton travail ? J’aimerais beaucoup faire du live. Accompagner des artistes sur scène, par exemple, ou en exposition. Faire du glitch art en direct. J’aimerais aussi amener un peu plus de collage dans mes créations, pour mélanger les techniques, et “réutiliser l’ancien” d’une manière différente. La réalité augmentée m’intrigue aussi, mais il me manque les moyens et les connaissances en code. On surveillera SHEGLITCHR qui, nous diton, prépare quelque chose de sympa dans le milieu de la synthwave. Mais c’est un secret. “f o l d e r s” en dessous “h u m a n s” à droite

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« J’aime essayer de trouver les liens entre le son et les images, et à travers mon travail, tenter de changer la perception de l’un et de l’autre.»

@sheglitchr/@camillegrgt sheglitchr.com

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MERCI FA N Z I N E

MALADROITEMENT É C R I T E T R É A L I S É PA R DORIAN

@DORIANTWP B

: DORIANP

DORIANMAKESPOSTERS. TUMBLR.COM

DE

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VOTRE GRAND MERCI À

H O L LY W O O D B U R N S , G O S T, S H E G L I T C H R , DELILAH DAHMER, FØRTIFEM ET SETH ICKERMAN POUR LEUR TEMPS, LEUR AIDE ET LEUR GENTILLESSE.

ATTENTION 35


roofl eht no cain

m ,cain

m a s’ehS


Pandemonium Fanzine